7 février 1971 au 13 mars 1974. Georges Pompidou. Salvador Allende. Bruay en Artois. Courriers du Gabon 21817
Publié par (l.peltier) le 25 août 2008 En savoir plus

7 02 1971        En Suisse, les femmes obtiennent le droit de vote au niveau fédéral.

15 02 1971             Pour la monnaie, les Anglais adoptent le système décimal.

19 02 1971                  De la même série Daphné que les sous-marins Minerve et Eurydice, disparus respectivement les 27 janvier 1968 et 4 mars 1970, le Flore, commandé par le lieutenant de vaisseau Jean-Jacques Leize, en naviguant en immersion périscopique  connaît un incident grave qui lui fait embarquer une grande quantité d’eau par le tube – ce n’est pas le périscope – qui, depuis la surface, permet d’alimenter en air le moteur. Le compartiment moteur inondé, le sous-marin est contraint de larguer ses plombs de sécurité pour remonter à la surface. Pris en charge peu après par les remorqueurs  Pachyderme et Travailleur, il est ramené à Toulon.

22 02 1971                  Hafez el Assad moyennant un coup de force s’installe à la présidence de la République en Syrie. Il va y rester jusqu’à sa mort, en 2000. Alois Brunner, ancien cadre du nazisme – un temps directeur du camp de Drancy – qui a pu échapper à la prison sans doute par erreur sur son nom à son bénéfice, s’est réfugié depuis longtemps en Syrie. A la faveur de la montée en puissance d’Hafez el Assad, il s’introduit dans l’organigramme des services de renseignements qui vont bénéficier de sa longue expérience en matière de répression et de torture. Lâché par Bachar el Assad, il serait mort dans un cachot à Damas en décembre 2001.

24 03 1971         Le Congrès américain abandonne le projet du supersonique Boeing 2707-200 SST.

30 03 1971                  La Suède décide de ne pas adhérer à la Communauté Européenne.

5 04 1971                  Le Nouvel Observateur publie un manifeste signé de 343 femmes, dont une ribambelle de nom connus : Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, Françoise Sagan, Catherine Deneuve, Stéphane Audran, Françoise Fabian, Bernadette Lafont, Jeanne Moreau, Bulle Ogier, Marie-France Pisier, Micheline Presle, Delphine Seyrig, Nadine Trintignant, Marina Vlady, Yvette Roudy, Gisèle Halimi, etc… Toutes n’ont pas avorté, mais s’accusent solidairement du délit d’avortement pour démasquer l’hypocrisie sociale. Charlie Hebdo le nommera le manifeste des 343 salopes, adopté par l’ensemble de la presse française. C’est un plaidoyer pour l’avortement libre et donc sa dépénalisation.

Un million de femmes se font avorter en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l’avortement libre.

Texte rédigé par Simone de Beauvoir

Il y eut au moins un homme pour envoyer à la bergère la réponse du berger : Il est regrettable que votre mère n’ait pas pu mettre en pratique vos précieux conseils.

Y est associé un texte du MLF et du MLA – Mouvement de libération des femmes et Mouvement pour la liberté de l’avortement :

Notre ventre nous appartient

L’avortement libre et gratuit n’est pas le but ultime de la lutte des femmes. Au contraire, il ne correspond qu’à l’exigence la plus élémentaire, ce sans quoi le combat politique ne peut même pas commencer. Il est de nécessité vitale que les femmes récupèrent et réintègrent leur corps. […] Chaque année, 1 500 000 femmes vivent dans la honte et le désespoir. Cinq mille d’entre nous meurent. Mais l’ordre moral n’en est pas bousculé. On voudrait crier.

Et Jean Daniel se met en première ligne dans son éditorial : Le scandale que constituent le nombre effarant d’avortements clandestins et les conditions révoltantes dans lesquelles ils sont pratiqués n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est que les femmes décident aujourd’hui de répondre au scandale par le scandale.

Le but est atteint : le sujet jusque là tabou, est porté sur la place publique.

23 05 1971                  Robert Paragot arrive au sommet du Makalu, 8 515 m.

Makalu base camp trekking

13 06 1971                       Le congrès du parti socialiste qui se tient à Epinay porte à sa tête François Mitterrand : La révolution, c’est d’abord une rupture. Celui qui n’accepte pas la rupture – la méthode, cela passe ensuite -, celui qui ne consent pas à la rupture […] avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste […]. L’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes !

Oh, que voilà une belle envolée, avec effet de manche, excommunication et tout et tout… on n’a rien oublié…

23 06 1971                  Les 6 acceptent l’entrée de l’Angleterre dans la Communauté Européenne.

29 06 1971         Une dépressurisation accidentelle provoque la mort de trois cosmonautes russes dans Soyouz 11, trente minutes avant l’atterrissage.

30 06 1971                  Cinq hommes grimés et armés attendent un transfert de fond de la Banque de France, à l’intérieur même de l’Hôtel des Postes de Strasbourg. La protection policière s’exerce sur la voie publique, pas au-delà. Ils assomment quelques convoyeurs, ne tirent pas un seul coup de feu et repartent avec 11 680 000 francs – 1.78 million d’€ -. Le gang des Lyonnais finira par revendiquer l’affaire ; un partie du montant aurait servi à financer l’UDR, via le SAC -Service d’Action Civique -.

06 1971                       Première mise à l’épreuve sérieuse pour le jeune Parc de la Vanoise : Maurice Michaud et Pierre Schnebelen, les deux rois du béton dans les Alpes françaises forment le projet d’imposantes stations de ski à l’intérieur du Parc. Levée de boucliers pour faire respecter la charte du Parc et c’est Robert Poujade, ministre de l’environnement qui obtient un consensus, qui fait tout de même une belle entorse au statut du Parc : le projet d’urbanisation de Val Chavière est annulé, mais sont autorisées des remontées mécaniques sur les glaciers de la Grande Motte et de Chavière, à l’intérieur du périmètre du Parc

1 07 1971                    Début du stationnement payant à Paris.

7 07 1971                    Inauguration du Pont de l’île de Noirmoutier.

10 07 1971            Tentative de coup d’État à Skhirat au Maroc, où le roi donne une réception pour son 42° anniversaire : des conjurés ont baratiné les élèves de l’Académie militaire d’Ahermoumou, leur faisant croire que le roi avait été fait prisonnier et qu’il fallait le libérer : on mitraille à tout va dans le palais : bilan : 200 mort. Le roi a la baraka et y échappe.

16 07 1971                  En Espagne, Franco appelle Juan Carlos.

Le Conseil Constitutionnel, présidé par Gaston Palewski, ennemi farouche de Georges Pompidou, [l’incoercible haine du Résistant à l’endroit de celui qui ne l’a pas été] annule une loi Marcellin, ministre de l’Intérieur, réglementant la liberté d’association. Ce faisant, il quitte les plates-bandes de sauvegarde de l’exécutif contre les morsures parlementaires, pour opérer une prise de pouvoir qui ne dit pas son nom : le Conseil passait d’un contrôle technique de la loi à une censure politique de son contenu. Le suffrage du peuple est remplacé par le gouvernement des juges, une sorte d’américanisation de notre vie politique, le tout au nom des Droits de l’Homme.

15 08 1971             Les Européens se sont accordés en 1970 sur un plan de stabilisation de leurs monnaies : le plan Werner, – du nom de son auteur, premier ministre luxembourgeois – : bon nombre de ses propositions seront reprises, 20 ans plus tard, dans le Traité de Maastricht. Richard Nixon coule la tentative en décidant unilatéralement la fin de la convertibilité du dollar en or, clé de voûte du système de change décidé à Bretton Woods en 1944 : toutes les devises avaient alors un cours fixe par rapport au dollar, le dollar étant lié à l’or.

13 09 1971                  L’avion qui emmène Lin Biao et sa famille loin de la Chine s’écrase à Öndörhaan, en Mongolie : 5 jours plus tôt, Lin Biao aurait fomenté un coup d’État contre Mao Zedong. Il était le successeur désigné de Mao Zedong pendant la révolution culturelle. Dans la foulée, environ un millier de hauts responsables militaires furent victimes d’une purge.

12 10 1971              Mohammad Reza Pahlavi, Shah d’Iran, invite à Pasagardes, Chiraz et Persépolis le gratin du monde politique occidental et soviétique pour y célébrer le 2 500° anniversaire de la fondation de l’empire achéménide par Cyrus le Grand : il se place au pied de son mausolée pour lui rendre hommage, par-delà 25 siècles :

Cyrus, grand roi, roi des rois, rois des Achéménides, roi de la Terre d’Iran, moi, rois des rois d’Iran, et mon peuple, nous te saluons. (…) Au moment où l’Iran renoue ses liens avec l’histoire, nous témoignons ici la gratitude de tout un peuple envers toi, immortel héros de l’Histoire, fondateur du plus vieil Empire du monde, grand libérateur, digne fils de l’humanité. (…) Après deux millénaires et demi, le drapeau perse flotte à nouveau avec fierté comme à l’époque de ta gloire. Aujourd’hui comme alors, la Perse apporte le message de la liberté et de la philanthropie dans un monde tourmenté. Cyrus, grand roi, roi des rois… Nous sommes rassemblés sur la tombe où tu reposes pour l’éternité afin de te dire : dors en paix car nous veillons et veillerons toujours sur ton héritage.

S’ensuivirent 101 coups de canon.

Il ignorait que commençait alors son chant du cygne.

Célébration du 2 500e anniversaire de la fondation de l ...

26 10 1971                  La Chine populaire est admise à l’ONU.

5 11 1971                    10° et dernier tir de la fusée Europa, construite par ELDO – European Launcher Development Organisation, Centre européen pour la construction de lanceurs d’engins spatiaux –  : 10° échec.

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L’auteur de ce site a passé les années 1971 à 1975 au Gabon : il en a rapporté quelques lettres, qui donnent un bon aperçu de la langue française écrite en Afrique, ce qui n’a rien à voir avec la langue petit nègre prêtée aux protagonistes de Tintin et autres héros de la BD d’antan : il s’agit pour la plupart de courriers adressés à l’Office des Bois, où il travaillait ; le plus souvent, il s’agit d’obtenir une avance sur salaire pour régler un problème familial, mais parfois, il peut s’agir de délation, de démission fracassante, d’un sentiment de mal [ou bien] aimé etc… Le SIC s’impose pour toute cette littérature, qui ne pouvait garder son sens qu’en étant retranscrite à la lettre près.

Les accusations de racisme étant toujours prêtes à fuser, il est sans doute utile de situer un peu la syntaxe qui suit, le choix des mots, les tournures de phrase etc… Tout d’abord, le français n’est pas la langue courante, parlée à la maison, de ces africains… ce n’est qu’à l’école qu’ils l’ont apprise… quand ils sont allés à l’école. Ils prêtent aux mots un sens très souvent autre que le nôtre…

De plus, la plupart de ces lettres ont été écrites par une tierce personne, un intellectuel – celui qui travaille dans les bureaux – lequel cherche parfois à se faire valoir auprès du demandeur en utilisant des formules redondantes, ampoulées… les artifices sont donc nombreux et s’expliquent très simplement. Restons donc au premier degré… et ne boudons ni la rigolade, ni le plaisir à lire un sentiment très fort de la famille et au diable la crainte de ces accusations de racisme, la vigilance non-stop de tous les gardiens du socialement correct, cousins modernes des bourgeois de Molière – cachez ce sein que je ne saurais voir -. Entre la crainte de choquer et le besoin de dire ce qui existe, il ne faut pas hésiter et donner la première place au principe de réalité, because it’s there, disait Mallory. Et que ceux qui s’acharnent à croire que tout le monde est pareil, que le blanc, c’est la même chose que le noir, eh bien, laissons les chérir leur petit catéchisme qui les rend aveugles. Les bêtisiers eux aussi ont bien le droit d’être sans frontières.

Ce qui est terrible aujourd’hui, c’est que personne ne dit du mal de personne. Si l’on en croit ce que l’on lit, tout est bien. Personne ne tue plus personne, tout se vaut, rien n’est jeté par terre, et rien n’est un drapeau. Tout est sur le même niveau. Pourquoi ? Sûrement pas parce que c’est vrai !

Picasso

Toutes les personnes ayant vécu professionnellement en Afrique ont eu l’occasion de lire un jour ou l’autre des lettres de cette veine.

Deux inscriptions tout d’abord, vues à Lambaréné :

Sur le mur d’une case : Nous récusons vos liesses dans cette pièce.

À l’entrée d’un magasin : La Monoprix n’est pas un corps de garde. Les vagabonds qui n’ont rien à faire toute la journée ne doivent pas venir tromper leur impatience à l’intérieur de la MONOPRIX. Merci.

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OWENDO LIBREVILLE

Objet : Bon de Caisse (15 000 frs)

Monsieur,

J’ai l’honneur de venir très respectueusement auprès de votre haute bienveillance solliciter un bon de caisse d’un montant de 15 000 frs pour régularisation de l’adultère que j’ai commise.
Le montant total infligé à ce propos était de 30 000 frs. Amorti de 15 000 frs et le reste je recours à votre dignité de bien vouloir m’accorder ce bon.
Le remboursement s’effectuera en deux mensualités.
Espérant que ma demande sera acceptée, veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments dévoués.
Samedy Mathias.

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Monsieur le Dicteur,

Je vien Près de vous pour vous dir Mes nouvelles les plus frapantes. Je suis dans la poîte de puit le 28 du moi passer jus qu’à nos jous, ont me dit de ne plus travaille par ce que je n’ai pas de piece et Pourtant ce n’est pas pour la première de foie que je suis en loyer dans cette boîte, et si c’est vrais qu’on na plus bessoin de moi qu’on me payé depuit de jours que j’ai travaille, et moi en Personne je ne refuser pas mon travail. Mais je ne trouve pas les Raiçons pour les quelle qu’on me fait partir. Je vous le dit pour une deuxième de foie que je veut travaille Mes hé-las des ennuis qu’on veux me fair je ne peut rient dir de gros Je vous prie, Monsieur le Dicteur, d’agréer l’expression de Mes sentiments respectueuse Tout dévoués

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Monsieur Mendome Timothée N’ZIENGUI MOBEDY Bernard Owendo, le 14 Mars 1973

Dactylo O.N.B.G. à- O W E N D O

Monsieur et cher chef, Je viens par la présente auprès de votre bienveillance, suppléer à vous demander toujours un sécours, car pardon s’il vous plaît c’est que j’ai confiance en vous. Hier soir, la fille à l’oncle est venue et nous demeurons tous maintenant à la maison, alors elle est accompagnée d’un enfant, je ne peux pas m’en sortir. Pour cette cause, je recours vos efforts afin que vous m’avancer quelque chose en matière d’argent tel que vous en disposer à me donner. Même 500 Francs qui feront 1000 Frs avec les derniers je vous en rends d’avance merci. Veuillez agréer, Cher Monsieur Peltier, à l’expression de ma profonde gratitude. Bernard N’ZIENGUI MOUBEDY./ .-

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Guiboumou Nicolas Brigadier des douanes

Owendo, le 1 – 5 -73

Monsieur et cher ami Laurent Peltier

Le baptême de mes deux filles m’a presque mis à plat. Si vous pouviez pour une troisième fois me venir en aide ! Cette somme vous sera rendue le 8 courant, date de perception de nos heures supplémentaires et fond commun. Remerciements anticipés. Bon pour une somme de 10 000 F ( Dix mille F) 4 000 F (Quatre mille F) Guiboumou.

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Nzé – Mba Pierre Owendo 4 – VI – 73PARC – OWENDO / LBV

Objet : Cessation de tous services au Parc. À monsieur le Chef du Parc Ow / LBVMonsieur,

Pour éviter de perdre mes honneurs et dignités en persistant à travailler au parc en qualité de m/o, afin que je ne m’écrase pas sous le poids des misères, je vous avise que je cesse aujourd’hui, au parc mes fonctions en qualité de m / o, fonctions que je ne mérite nullement, pour occuper ailleurs des responsabilités dignes de moi. Veuillez considérer, Monsieur le Chef du parc, l’expression de mes sentiments respectueux.

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O.N.B.G NYANGA le 13 / 9 / 73

À Monsieur le Directeur Général de L’O.N.B.G. de la Nyanga à Mayumba.

Monsieur, J’ai l’honneur de venir très respectueusement auprès de votre Haute bien équité, solliciter à vous souligner ceci que :

  1. nous ici à la Nyanga, les travaux se déroulent dans un comportement de tribalisme et de sorcellerie chez nous. C’est à dire : citons en premier lieu Monsieur Boulingui Daniel qui empoisonne les autres en vempire et qui emploie le sang des êtres humains pour mieux travailler.
  2. Ce Boulingui s’entend avec Boubala Florent qui est Capita* et qui sont tous des Bapounou qui, sans chercher à réfléchir partent raconter à l’Européen les fausses paroles d’accusion jusqu’à ce que l’homme sera licencié et faire rentre un autre homme de leur dialect. À l’arrivage d’un remorqueur les hommes se permettent sans crainte de jeter des paquets de lance à boucle* et des filins. Quant au gasoil ils envoient des dame-jeanne et des dame-jeanne chez eux en destination de leurs parents en disant que c’est nous même les Baloumbous qui commandons. Quand on crie à cela ils nous disent ceci : si nous entendons ça chez le Blanc, tu es vite fait d’être licencier, de mourir. Il en est de même pour Makaya Vincent l’infirmier qui vend les médicaments conserve d’autre dans sa maison pour les envoyer chez ses parents et aime que soigner sa femme.

Concernant et pandant les jours de travail Mr Boulingui et Mr Boubala envoient les travailleurs à Igotchi pour leur chercher du vin de palme sans que le Blanc le sache, les hommes partent faire une semaine et les jours sont pointés. S’urtout ce qui étaient embochés en Août et Septembre 73 sont tous des saoûlards même s’il ne travaille pas ça ne leur dit rien, il suffit que ça soit des Bapounous. Don patron, nous voulons que vous les affecter ailleur ou les licencier faute de quoi nous risquerons d’écrire à Libreville et Port Gentil.

Ils prennent l’essence de la compagnie sans l’ordre pour se rendre à Moulondo acheter leur vin.

Veuillez agréer patron croire à parole sans avoir pitié d’eux.

Autre chose patron ils vendent les filins et les lance à boucles qui restent dans les remorqueurs et se partage l’argent.

Pambou Philibert et peuple du parc.

* Capita : Responsable de la main d’œuvre du parc.

* Lance à boucle : sorte de piton marié à un anneau dans lequel court le filin qui, sous tension, donne sa cohésion au radeau de grumes.

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SOUNDAT GAETAN Ce 12 Octobre 1973 B.P.2 MAYUMBA

Cher fils Joseph Hildevert,

J’accuse bonne réception de ta lettre du 4-10-73, accompagnée d’une liste d’un grand nombre des articles de grande valeur. Seuls : Salon en rotins et les 2 chèvres du Nord-Cameroun, non parvenus et te demande de les garder jusqu’à ce que tu auras une bonne occasion sûre pour m’expédier ces deux chèvres. Oui, tu es né très sensible envers moi et j’ai toujours demandé au Bon Dieu à ce que tes enfants te fassent le même rendement que tu rends à moi. Ils travailleront pour l’intérêt commun de la maison, et non pour leur plaisir personnel. D’alleur une maison qui se divise entre elle, elle tombe, donc continue à travailler pour le bien être du village, ensuite Dieu continuerait à te donner d’avantage de bien. Mathieu et les femmes disent que ton fils, très attentif, voyait à l’âge de 11 ans tous les colis que tu envoyais étant à Fougamou, il observait et à son tour, il le fait à présent. Ils étonnent, surtout tout ce que tu envoies, pas sur ma demande, mais ton cœur est toujours tourné vers moi. Si tu es embrassé pour m’expédier les ouvertures, salons et chèvres, le montant à payer, peut-être, je serais en mesure à t’envoyer un mandat, la femme de ton cadet a vu le petit montant qu’elle est allée toucher à l’Office des Bois, c’est avec ça que je l’ai payé passages avec deux enfants pour suivre son mari à Mikambo. J’ai dépensé plus que la moitié mais quand même, je peux venir au secours, surtout s’il y a de chaises bien fabriquées tout en bois, il faudrait en profiter 2 douzaines. Donc, j’attends ta réponse. Nouvelles : Julie était très malade, un abcès au mollet, il a fallu une voiture pour la faire monter à l’hôpital où elle est restée 12 jours, j’étais forcé de sortir de l’argent pour la nourrir là-bas. À Vemot, le beau frère DOUKAGA ne veut plus la voir, MAHINDZA l’a obligé d’aller chercher vite ses affaires et revenir à Bana.MAHINDZA, ELLE même maigrit petit à petit. François ses pieds enflent de plus en plus. Seule la Mère NGOYO tient fort, malgré sa vieillesse. Pour ce qui concerne ton stage à l’E.N.A. ou en France, je ne sais que faire. D’abord, je voudrais savoir les admis, sont au nombre de combien ? Parce que j’ai envie d’envoyer un mot au Docteur Benjamin, ou l’attendre ici, comme il construit ici, il vient tous les 25 du mois. Si tu vois, que c’est long, essaie de faire venir TCHIBINDA à coté de toi. Pour l’instant, tout va à pas de tortue, et tous t’embrassent en même temps avec moi, te souhaitant toujours : santé, chance et réussite dans tous les domaines./- Le Père G. SOUNDAT.- MENDOME Timothée

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Owendo, le 15 – 10 – 73 Service Parc.

O.N.B.G. À Monsieur le Comptable

Monsieur

J’ai l’honneur de venir très respectueusement auprès de votre haute bienveillance vous dire adieu du bien que vous m’aviez fait durant tous les 4 mois (quatre mois) Monsieur le Chef Comptable votre départ est très ému. Gardez comme souvenir ma photo puisque vous m’aviez bien gardé et dès aujourd’hui je ne suis plus content comme auparavant. Veuillez agréer Monsieur mes salutations les plus distinguées. T. MENDONE. M. Nzé Abaghe SAMUEL Owendo, le 10 / 2 / 74Pointeur marqueur en bout.

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Objet : Prêt d’argent Monsieur le Directeur de l’O.N.B.G. d’Owendo à Owendo.

Monsieur, par mesures de clémence et par pitié je viens avec grand respect auprès de votre haute bienveillance vous prier de bien vouloir me secourir en prêtant une somme de 15 000 frs. Je vous jure devant Dieu de vous les rembourser en trois mois sans aucune plaisanterie de ma part de fait que je suis complètement accablé, pour pouvoir payer le trousseau, dans un mois ma femme va accouché. Dans l’espoir de croiséance des mots ci-dessus. Veillez agréer Monsieur le Directeur l’assurance de mon profond respect et de mes sentiments dévoués. Je vous couvre de mes meilleurs remerciements et salutations cordialement distingués.

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Nzé Abaghe SAMUEL.Assoumou Gaston

Akoga 7 Janvier 1969

Moniteur officiel à Akoga à Monsieur Guenégués, Directeur du Chantier Anzème

Monsieur, J’ai l’honneur de porter plainte contre le nommé sieur Jean Bosco, cuisinier de l’Ets Leroy ce dernier ayant comme motif : Vandalisme s’est éventré dans ma chambre en date du 26 décembre 1968 pour courtiser ma femme Mingoué sur mon lit métalique qui m’a coûté 20 000 frs y compris le matelas mousse. Je vous demandé que ce sieur paye mon lit ainsi que le scandale d’avoir briser la porte de ma chambre plus adultère. Ils ont eu l’occasion quand j’étais à Libreville. Dans l’attente de votre suite favorable, Veuillez Agréer Monsieur le Directeur l’expression de mes meilleurs vœux.

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Assoumou Gaston Ekohau N’DOUTOUM Allogo

Mardi, le 15 Juillet 1969 BP 69 Libreville

à Monsieur le Directeur des Etablissements LEROY Libreville.

Monsieur,

Honneur venir auprès de votre haute bienveillance vous présenter mes doléances.

La tâche que j’assume, elle est facile, mais délicate dans ses différentes formes. Huit mois de travail acharné, période d’un rendement appréciable de la part de mes supérieurs. Il va sans dire que depuis cette date, un problème poignant menace au jour le jour mes habits. Le vélo de service qui m’a été donné est devenu une véritable force destructrice de mes intérêts : six pantalons sont tombés hors d’usage, frottés, abîmés entre les jambes ; du fait de pédaler régulièrement. Compte tenu des impératifs cités, des exemples convaincants ont été successivement vécus par MM. Michel et Boujean dans le souci de remédier cet état de chose. De puis un mois et demi, cet engin, suite aux malheureuses conséquences que j’ai essuyées est écarté de mes activités ruisselant de sueur, assumant ainsi mes commisssions.

Dans l’intérêt de préserver mon équilibre matériel, rendre plus efficace et moins fatiguant mon travail, je vous en prie de me prendre une mobylette de service (action alarmante, utilisation d’une machine qui va malheureusement au détriment des intérêts du dit serviteur. Dans l’espoir que vous voudriez faire promptement droit à ma demande, je vous en prie, Monsieur le Directeur l’assurance de mon profond respect.

Ekauho N’Doutoum Allogo.

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Et, pour bien prouver que les histoires drôles sont sans frontières, un petit échantillonnage bien de chez nous ; d’employés gabonais d’une importante société mixte de bois tropicaux, on passe à des mots d’excuse de parents d’enfants scolarisés en France.

24 11 1971                  Le vol 305 – un Boeing 727 – emmène une trentaine de passagers de Portland, dans l’Oregon à Seattle ; parmi eux, un certain Dan Cooper, au profil particulièrement normal. Les passagers n’ont alors pas à être fouillés avant l’embarquement. Il s’installe à proximité du strapontin de l’hôtesse de l’air, Florence Schaffner… pour pouvoir, le moment venu, lui glisser un petit mot… qu’elle met dans sa poche, comme elle le fait pour tous les mots des dragueurs ; mais celui-là revient à la charge verbalement : Mademoiselle, je vous conseille de lire ce mot : j’ai une bombe avec moi. Elle s’exécute alors pour constater que le bonhomme parle de détournement, demande 200 000 $ de rançon, en cash non marqué, et deux jeux de parachutes, le tout remis à l’aéroport de Seattle. Et à Seattle, après que l’hôtesse ait pu vérifier qu’il était effectivement porteur d’une bombe [mais comment pouvait-elle distinguer une vraie d’une fausse ?] l’opération se fait : on lui remet 200 000 $, les deux jeux de parachutes, les passagers descendent ainsi que les membres de l’équipage sauf les trois nécessaires pour que l’avion puisse repartir. Il passe deux heures à Seattle, dont le temps de faire le plein, puis repart cap sur Mexico, avec obligation de voler très bas, à 3 000 mètres d’altitude, lentement : 310 km/h, et avec une cabine non pressurisée, où il s’enferme. L’équipage, ne recevant de la cabine aucune réponse à ses questions par radio, entre dans la cabine pour s’apercevoir qu’elle est vide : l’oiseau s’est envolé, en pleine tempête, et on ne le retrouvera jamais. En 1978, au nord de la zone supposée de l’atterrissage de Cooper, un promeneur trouvera une fiche plastifiée expliquant comment déployer l’escalier arrière d’un Boeing 727. Puis, le 10 octobre 1980, un enfant sortira du fleuve Columbia un paquet de 294 billets de 20 dollars maintenus par des bandes plastiques. Ils sont abîmés par l’eau, mais les numéros correspondent. Il s’agit bien d’une partie de la rançon remise à Cooper neuf ans plus tôt. Jamais aucun billet de la rançon ne sera utilisé. Il est probable que la tempête d’alors, ou simplement le manque d’expérience aient empêché le bonhomme d’ouvrir son parachute et qu’il soit tombé au fond d’un lac. Il semble bien étrange qu’à Seattle, lorsqu’il ne restait plus à bord de l’avion que trois membres d’équipage et Dan Cooper que la police et le FBI n’aient rien tenté pour le neutraliser. On pourrait être tenté de dire chapeau l’artiste, mais en réfléchissant un peu on a plutôt envie de dire au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.

Anecdote sans suite en 2014 : Ross Richardson publie Still Missing. Selon l’auteur, Cooper s’appellerait Richard Lepsy, un père de quatre enfants disparu en octobre  1969. Ce gérant d’épicerie avait laissé sa voiture dans le parking de l’aéroport de Traverse City, dans le Michigan, et emporté la recette de son magasin pour ne plus jamais donner de nouvelles à sa femme. Quand cette dernière découvrira à la télévision le portrait-robot de Cooper, elle ne pourra s’empêcher de noter sa ressemblance évidente avec son mari ; en plus, même cravate et mêmes chaussures. La ressemblance entre le portrait-robot et les photos de Lepsy est troublante. Mais l’expertise ADN ne donnera rien, et le FBI classera l’affaire.

2 12 1971                     Lancée le 28 mai, la sonde Mars 2 a effectué 470 M. de km avant d’atteindre Mars.

Cheikh Zayed (1918-2004), ancien émir d’Abou Dhabi fonde les Emirats arabes unis -EAU, 1971-, qui regroupe entre autres, Abu Dhabi et Dubaï. Dans Le Désert des déserts, l’explorateur britannique Wilfred Thesiger, raconte  sur quatre pages sa rencontre dans les années 1940 avec le cheikh inconnu d’une oasis perdue, Al Ain.

[…]     Zayed était homme vertueux. Grâce à lui, les Émirats sont différents des autres États du Golfe arabique : les jeunes filles vont à l’école et les femmes disposent quasiment des mêmes droits que les hommes. Mais Zayed n’a pas changé en profondeur la société émiratie, car il en avait une vision très traditionnelle, liée à son milieu d’origine. Encore aujourd’hui, le pouvoir de nombre de femmes se limite à la sphère privée. Et par exemple, lorsqu’Anne-Aymone Giscard d’Estaing dînait avec la principale épouse de Zayed, elle devait porter un masque ! […]     Il était capable de comprendre que les choses étaient différentes ailleurs. La seule chose que Zayed n’arrivait pas à concevoir était la théorie de l’évolution selon Darwin : il riait à chaque fois que François Mitterrand lui disait que nous descendions  peut-être du singe : cela le laissait totalement interdit. Cet homme avait aussi de grandes qualités d’empathie. Quand Chirac lui rend visite pour la dernière fois, Zayed, mourant, est tellement heureux de le retrouver que cela en est profondément émouvant. […]     L’arrogance et la négligence occidentales font que l’on s’intéresse peu à des personnages dont l’univers culturel diffère du nôtre. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille tout accepter du fait que les gens ont une autre culture. Ce n’est pas de l’irénisme ou de l’angélisme de ma part.

Extrait d’une interview de Frédéric Mitterrand, à l’occasion d’un documentaire sur Arte du 26 mai 2015

11 12 1971              Il est bien rare que le progrès technique ne se paie pas d’un tribut. Ainsi du train, de la voiture, de l’avion ; aujourd’hui, c’est de plongée sous-marine qu’il est question :

Une équipe américaine s’attaque au record de profondeur. Sheck Exley, plongeur de sécurité raconte : Le but était de descendre à -145 m. Archie Forfar, Ann Gunderson et Jim Lockwood avaient mis au point la technique suivante : ils descendaient, gilet gonflé au maximum, le long d’un tombant, au moyen d’une gueuse de plomb tout simplement posée dans le creux des genoux, les jambes repliées en arrière. En cas de syncope les jambes se relâchaient, libérant la gueuse de plomb. Grâce à son gilet gonflé le plongeur remontait alors et je n’avais plus qu’à le récupérer. Mais, ce 11 décembre 1971, la tentative tourne au drame. La procédure prévue ne peut être exécutée, le câble n’est pas en bon état. Archie Fofar et Ann Gunderson ont peur de se coincer et décident de descendre gilets dégonflés, sans les gueuses. Lockwood les suit avec la gueuse sur l’arrière des genoux, mais il a oublié de gonfler son gilet : Dès que j’ai commencé la descente, j’ai réalisé que j’avais un problème. Le câble était plein de graisse, et je m’en suis mis plein les mains. Impossible de manipuler l’inflateur pour gonfler mon gilet ! Exley et les autres plongeurs de soutien se tiennent à – 90m. Les trois plongeurs les dépassent et atteignent – 120 m. Lockwood remonte alors en catastrophe et est récupéré par Exley. Plus tard il racontera : Je ne sais pas ce qui s’est passé, je ne me souviens de rien. Je n’ai véritablement repris conscience qu’au palier de – 15 m. C’est sûrement Archie qui a gonflé mon gilet, vers – 120 m. Pour ce faire Archi s’est gravement mis en danger et ne peut arrêter sa descente… Ann le suit… Bientôt les plongeurs de sécurité se rendent compte que les deux plongeurs ne pourront pas remonter sans aide. Ils descendent jusqu’à – 120 m. mais ne peuvent plus rien. Archie et Ann sont hors de portée. Beaucoup plus bas, Archie et Ann respirent encore. Ils sont posés sur un petit rebord de la falaise et ne peuvent plus rien faire d’autre, complètement pris par la narcose… Leurs corps ne seront jamais récupérés.

Mauro Zürcher    Histoire de la plongée

13 12 1971                  Le président Georges Pompidou se rend aux Açores en Concorde pour y rencontrer le président Richard Nixon.

14 12 1972                     Dernière mission Apollo 17 vers la lune : la moisson sera de 249 livres de roches lunaires de la vallée  de Taurus-Littrow. L’équipage est composé de Harrison Schmitt, Ronald Evans et Gene Cernan, qui est le dernier homme à avoir marché sur la lune, jusqu’à ce jour. On l’entendit [… la lune, pas Gene Cernan] alors pousser un long soupir de soulagement : Mon Dieu il était bien temps… au train où vont ces gens, ils auraient été capables de me ramener sur terre en pièces détachées ! Les trois dernières missions prévues au programme, Apollo-18, 19 et 20, sont annulées.

La stratégie de Kennedy consistait à montrer que les Russes se casseraient les dents sur la Lune. La preuve était faite et le succès total. Cela ne servait à rien de continuer. 

 Francis Rocard CNES

21 12 1971                  Bernard Kouchner et onze autres médecins fondent Médecins Sans Frontières. Bien des années plus tard, Médecins sans frontières sera devenu une grosse organisation avec tous les ingrédients qui s’y rattachent : publicité, mailing, communication … et même un Prix Nobel de la Paix en 1999.

1971                            Découverte de l’homme de Tautavel : il a 450 000 ans ; c’est un homo Erectus. L’Américain Edward Hoff invente le micro processeur. Le Pakistan oriental a été en proie à de nombreux soulèvements initiés par les Bengalis, soutenus par l’Inde voisine et sévèrement réprimés par l’armée : et c’est encore une partition : le Pakistan oriental prend son indépendance pour devenir le Bangladesh.

9 01 1972                    Un incendie détruit le Queen Elizabeth à Hong Kong. Racheté par un armateur chinois, il sera rebaptisé Seawise University.

28 01 1972                  Un ouvrier effectuant des travaux dans les combles de la basilique Saint Donatien de Nantes oublie de fermer son chalumeau en quittant le chantier, et c’est l’ensemble de la toiture qui prend feu. Les dégâts seront tels qu’elle sera fermée au culte et aux visites pendant treize ans, et ne sera ouverte à nouveau qu’en mai 1985. Un incendie très probablement criminel l’endommagera à nouveau le 18 07 2020, détruisant totalement les orgues.

VIDEO. Il y a 47 ans, la cathédrale de Nantes brûlait

VIDEO. L'incendie de Notre-Dame de Paris ravive de douloureux souvenirs  pour les Nantais

30 01 1972                Bloody Sunday à Londonderry, en Irlande du Nord : 14 morts, dont aucun n’était armé, tués par l’armée lors d’une manifestation pacifiste : c’est dans un véritable traquenard tendu par l’armée que sont tombés les manifestants. Depuis trois ans, Belfast s’était défiguré avec la construction de murs de la paix – peace walls – qui séparaient les communautés catholiques des protestantes ; tandis qu’à Berlin on avait nommé cela mur de la honte, ici on le nommait mur de la paix. Bizarre ! au vu du résultat, il aurait mieux valu parler de mur de la haine. Mais c’aurait été céder au principe de réalité, tandis qu’avec un mur de la paix on gravit glorieusement un sommet dans la tartuferie… delicious. Et tant pis pour de qui est le fondement du christianisme – l’amour de son prochain – : il faudra repasser un autre jour. Il faudra près de 40 ans pour que cela soit reconnu, par David Cameron en juin 2010, peu après son arrivée au pouvoir : il aura fallu 12 ans d’enquête. Le pays va s’embraser.

On peut dorénavant proclamer au monde que les morts et les blessés du Bloody Sunday […] étaient innocents et ont été abattus par des soldats à qui on a fait croire qu’ils pouvaient tuer impunément

Derry Tony Doherty, dont le père figure au nombre des tués.

Peintures Murales De Mur De Paix De Belfast Photo ...

21 02 1972               Nixon rencontre Mao Zedong. La même année, Les Américains restituent au Japon les îles Senkaku en même temps qu’Okinawa.

3 03 1972                         Lancement de Pioneer X vers Jupiter : elle va devenir la doyenne des sondes interplanétaires américaines ; dès 1980, le Jet Propulsion Labatory de la NASA, remarquera un ralentissement inexpliqué de sa vitesse [l’observation sera la même pour Pioneer XI, lancé en 1973] : elle perdra le contact radio avec la Terre quand 11 milliards de km les sépareront, 26 ans plus tard, en 1998. Ses 270 kilos ont traversé successivement la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter, près de laquelle elle arrivait en décembre 1973, puis les orbites des planètes extérieures, Uranus, Neptune  et Pluton. Elle a quitté le système solaire le 13 juin 1983 en direction de la constellation du Taureau. Le 30 novembre 1997, tout allait bien à bord ; elle aurait pu continuer son grand bonhomme de chemin, à 50 000 km/h, pendant  plusieurs centaines d’années, et passer dans trente mille ans à proximité de l’étoile la plus proche. Mais voilà que fin septembre 98, de même que ses collègues Pioneer XII et Ulysse – une sonde européenne – elle est sortie de sa trajectoire, happée par une force mystérieuse.

De profundis clamavi ad te, Domine :
Domine, exaudi vocem meam.

17 03 1972                          Joseph Césari tombe. La police trouve d’abord son laboratoire, mais il n’y est pas. Ils vont le chercher chez lui et peuvent le confondre, car il a commis une erreur : sur la face intérieure d’une jambe d’un pantalon trouvé dans le laboratoire, il y a une tâche qui correspond exactement à une plaie sur sa jambe. Il a gagné ses galons de chimiste auprès de son frère, préparateur en pharmacie, mais très rapidement, l’élève a dépassé le maître et Joseph Césari est aujourd’hui le chimiste **** de la drogue : c’est lui qui est à même de fabriquer de l’héroïne pure à 99 % : unique, ce qui signifie bien sûr chère, très chère, à même de lui permettre de tenir un train de vie somptueux. Les étapes de la fabrication partent de la fleur de pavot, dont on extrait la morphine base, à laquelle on ajoute de l’anhydride acétique et l’on obtient ainsi de la morphine, très pure pour les chimistes de Marseille, moins pour les autres : c’est comme pour la bouillabaisse, faut pas être pressé, faut que ça routoutoune, longtemps. Le métier s’est créé des décennies plus tôt en fabriquant du faux Pastis. Avec un prix de revient de l’héroïne  de 10 000 francs le kilo, et un prix de vente de 90 000, il n’est pas nécessaire d’être fort en maths pour voir l’intérêt de l’affaire.

Ces succès policiers ont été longs à venir et il a fallu que Richard Nixon, las de voir l’hécatombe que provoquait l’héroïne marseillaise dans son pays, le plus grand consommateur mondial – 149 morts en mars 1972 -, tance sérieusement le gouvernement français pour que celui-ci hausse aussi le ton envers les policiers de Marseille, jusque là plutôt mous. L’affaire durait depuis un moment : dès 1962, Jacques Angelvin, un animateur français de tétévision s’était fait prendre la main dans le sac en important 50 kg d’héroïne caché dans une voiture. Le 29 février 1972, Le Caprice des temps, un bateau de pêche entièrement rénové, à quai à Villefranche et qui avait attiré l’attention de la police parce qu’il … ne rapportait jamais de poisson, appareille, cap à l’ouest et se fait prendre en chasse par le Scirocco des Douanes qui l’interceptent juste avant qu’il ne quitte les eaux territoriales : demi-tour sur Marseille où l’on trouve dans un puits confectionné sur l’étrave 425 kg d’héroïne : les Américains sont contents et le disent. Mais c’est l’arrestation de Joseph Césari qui sera le point d’orgue de la lutte contre la French Connexion : Monsieur 98 % était tombé, – il se suicidera cinq jours plus tard aux Baumettes – il ne restait plus qu’à trouver les commanditaires ce qui, avec le système d’incarcération américain, est assez facile : s’ils acceptent de balancer, on offre aux condamnés un séjour dans une ferme où ils peuvent jouer au golf, recevoir leur maîtresse, bref… presque la belle vie.

6 04 1972                         En  jouant sur un terrain vague de Bruay en Artois, deux enfants découvrent le cadavre de Brigitte Dewèvre, 15 ans, fille de Thérèse et Léon Dewèvre, mineur des Houillères.

13 04 1972                       Pierre Leroy, notaire à Bruay en Artois, est arrêté : quand il allait voir sa maîtresse, il avait l’habitude de garer sa voiture rue de Ranchicourt, proche du terrain vague où a été découvert le corps de Brigitte Dewevre. Le juge Pascal, militant de la première heure du Syndicat de la Magistrature, se contente de ce constat pour prendre sa décision. Il laisse la presse filmer l’arrestation du notaire menotté : je n’ai pas perdu mon temps. Je m’adresse à la presse pour ne pas laisser courir les bruits les plus faux et faire connaître mes idées sur la Justice. Le juge Pascal va trouver derrière lui soutien sans faille de la part de groupuscules maoïstes qui ont à leur tête un certain Marc, qui n’est autre que Serge July dont le journal Pirate utilise les journalistes de presse Libération, créée neuf mois plus tôt sous le parrainage de Jean-Paul Sartre et de Maurice Clavel, avec pour déontologie, en exergue la mise au rencart de l’archaïque Descartes avec son énoncé ce qui n’est que vraisemblable doit être tenu pour faux, au profit de l’énoncé : il n’est pas nécessaire qu’un fait soit tenu pour vrai pour le prendre en compte, il suffit qu’il soit vraisemblable.

Les prostituées du coin décrivent en détail les exigences sexuelles du notaire avant de se rétracter en reconnaissant avoir parlé sous la pression de la police. René Pleven, garde des sceaux doit rappeler que l’inculpé est présumé innocent, ce qui n’empêche nullement la presse d’extrême gauche de mitrailler à tout va :

Et maintenant, ils assassinent nos enfants. Le crime de Bruay : il n’y a qu’un bourgeois pour avoir fait cela.

[…]        Un notaire qui mange des steaks d’une livre quand les ouvriers crèvent de faim ne peut être qu’un assassin d’enfant.

[…]        Oui, nous sommes des barbares. Il faut le faire souffrir petit à petit. Qu’on nous le donne. Nous le couperons morceaux par morceaux au rasoir ! Je le lierai derrière ma voiture et je roulerai à cent à l’heure dans les rues de Bruay. Il faut lui couper les couilles ! […] Barbares, ces phrases ? Certainement, mais pour comprendre il faut avoir subi cent vingt années d’exploitation dans les mines.

La Cause du peuple

Après le dessaisissement le 13 juillet du petit juge Pascal par la chambre criminelle de cassation, au profit de la Police Judiciaire de Paris, cette dernière reprendra l’affaire à zéro et Jean-Pierre Flahaut, 17 ans, plutôt perturbé, camarade de Brigitte s’accusera du meurtre, puis reviendra sur ses déclarations. Libération titrera : Bruay : Jean-Pierre n’est pas l’assassin. Au final, ses aveux ne seront pas estimés suffisants pour qu’il soit condamné : il sera relaxé. Pierre Leroy aura fait trois mois de prison et sa maîtresse Monique Mayeur une semaine, avant d’être libérés.

Si Leroy (ou son frère) est confondu, la population aura-telle le droit de s’emparer de sa personne ? Nous répondons oui ! Pour renverser l’autorité de la classe bourgeoise, la population humiliée aura raison d’installer une brève période de terreur et d’attenter à la personne d’une poignée d’individus méprisables, haïs. Il est difficile de s’attaquer à l’autorité d’une classe sans que quelques têtes de membres de cette classe ne se promènent au bout d’un pique.

Benny Levy

C’est probablement l’exemple le plus patent de la manipulation de la population d’une petite ville ouvrière, très homogène par toute une clique de journalistes d’extrême gauche, très naturellement malhonnêtes, qui crie en permanence À mort, À mort, lynchons le, pendons le, aidés en cela par un juge dont la faconde a du mal à cacher le travail bâclé. On se voit glacé d’effroi face à cette meute ivre d’appels au meurtre… ça sent la haine et rien d’autre… les pires jours de la Commune, ou du Ku Klux Klan, ou des SA. La justice ne sortira pas grandie de l’affaire.

04 1972                  L’Europe crée le Serpent monétaire, système dans lequel aucune monnaie ne doit varier de plus de 2,25 % par rapport aux autres monnaies du serpent

2 06 1972             Arrestation en Allemagne d’Andréas Baader. Le terrorisme fleurit un peu partout et s’exporte : Japon, Palestine, Allemagne, Italie.

8 06 1972                  La photo fera le tour du monde :

Le cliché pris par Nick Ut nous plonge dans l’enfer de la guerre du Vietnam. Ce 8 juin 1972, dans le village de Trang Bang, une effroyable bavure est commise par l’aviation sud-vietnamienne, qui lutte avec les États-Unis contre les forces communistes du Nord. Mal renseignés, les bombardiers Skyraider se trompent de cible. Ils larguent des bombes au napalm sur un temple qui abrite non pas des combattants vietcongs, mais leurs propres soldats et des civils. 

À quelques centaines de mètres de là, le photographe Nick Ut a assisté à toute la scène. Avec un groupe de journalistes internationaux, il a découvert, horrifié, que des civils surgissaient du nuage de fumée. Il a photographié, parmi eux, la grand-mère de Kim Phuc portant dans ses bras le corps inerte d’un petit garçon : Danh, trois ans. Et dans les bras d’un homme vêtu de blanc, Cuong, un bébé de neuf mois. Tous deux sont les cousins de Kim Phuc, les fils de sa tante Anh. Tous deux ont été touchés mortellement. 

[…]              Lorsque la fillette parvient à son tour jusqu’à lui, Nick Ut tire de son sac son quatrième et dernier appareil photo encore chargé, un Leica M3. Il immortalise la détresse de fille neuf ans, qui répète sans cesse les mêmes mots : Trop chaud ! Trop chaud ! À sa droite, son grand-frère implore les adultes : Aidez ma sœur

[…]             Car Kim Phuc est en danger de mort. Le napalm a ravagé un tiers de la surface de son corps : son dos, son cou, son bras gauche, son cuir chevelu sont brûlés au moins au troisième degré. Sans prise en charge immédiate, elle succombera à ses blessures.

Un homme vietnamien demande alors aux journalistes, qui sont motorisés, de conduire la fillette à l’hôpital. Nick Ut s’en charge. Il embarque la petite victime ainsi qu’une jeune femme grièvement blessée dans sa voiture et, après trois quarts d’heure de route cahoteuse et douloureuse, parvient avec son chauffeur à un hôpital proche de Saïgon. S’il vous plaît, aidez-les, dit le preneur d’images à une infirmière. Nick Ut ne peut rester, il doit rentrer au plus vite au bureau de son agence Associated Press pour transmettre son travail. Les chemins du photographe et de la petite fille se séparent. Provisoirement. 

Dans les jours qui suivent, tandis que la photographie prise par Nick Ut se propage dans la presse mondiale, la vie de Kim Phuc ne tient qu’à un fil. À un fil… et à une intervention providentielle : celle de Christopher Wain, le journaliste d’ITN, celui-là même qui avait donné à boire à la petite Vietnamienne après l’attaque de Trang Bang. 

Souhaitant raconter l’histoire de la fille de la photo, comme on l’appelle déjà, Wain retrouve la trace de Kim Phuc le 10 juin. Il découvre que le pronostic des médecins est dramatique : les brûlures sont trop graves, l’hôpital n’est pas équipé pour les traiter, on s’attend à ce que l’enfant meure d’un jour à l’autre.

Alors le journaliste britannique remue ciel et terre. En multipliant les coups de fil, il apprend l’existence d’un établissement américain à Saïgon, la clinique Barsky, où l’on soigne les grands brûlés. 

L’espoir renaît. Ne reste plus, alors, qu’à obtenir l’aval des autorités sud-vietnamienne pour effectuer le transfert. Une formalité ? Pas tout à fait ! Contre toute attente, l’interlocuteur de Christopher Wain au ministère sud-vietnamien des Affaires étrangères traîne des pieds. Il laisse entendre au journaliste médusé que Kim Phuc, si elle devait vivre, attirerait encore davantage les projecteurs médiatiques sur cet épisode honteux pour son gouvernement. La réponse de Christopher Wain, retranscrite dans la riche biographie de Kim Phuc par Denise Chong, est cinglante : Le monde entier a déjà vu que l’aviation sud-vietnamienne a bombardé son propre peuple, et [la survie de Kim Phuc] serait encore pire pour vous ?!

Et, saisissant un couteau : Tenez !  Pourquoi ne lui faites-vous pas une faveur ? Allez à son hôpital et tranchez lui la gorge immédiatement  ! Après un long silence, le fonctionnaire finit par donner son accord. Grâce à Christopher Wain, la fillette a gagné le droit de survivre.

Transférée à la clinique Barsky, où elle bénéficie enfin de soins adaptés, Kim Phuc reste dans un état critique pendant une quarantaine de jours, subit 17 opérations et vit le supplice quotidien du nettoyage des plaies. Ce n’est qu’au bout de 14 mois qu’elle rentre chez elle. Sauvée, mais marquée à vie. Plus tard, elle rencontrera un autre bienfaiteur, le journaliste allemand Perry Kretz, qui obtiendra des autorités qu’elle se fasse opérer dans un hôpital d’Allemagne de l’Ouest pour tenter d’apaiser ces douleurs qui n’en finissent pas. 

Le gouvernement sud-vietnamien ne voulait pas s’offrir de mauvaise publicité avec le sort de l’infortunée Kim Phuc. À l’inverse, le régime communiste qui lui succède après la réunification du pays, en 1976, va vite prendre conscience de l’intérêt stratégique que représente la fille de la photo. Quel symbole plus frappant, plus célèbre de la brutalité de l’ennemi capitaliste ? Après plusieurs années dans l’anonymat, Kim Phuc, adolescente puis jeune femme, participe désormais à des films de propagande, enchaîne les interviews avec les journalistes du monde entier, voyage en URSS où l’attendent des festivals dédiés à l’anti-impérialisme. 

En 1986, Kim Phuc est envoyée dans le Cuba de Fidel Castro pour y poursuivre ses études de pharmacologie. Le temps d’un reportage, elle y retrouve un certain Nick Ut, désormais installé au États-Unis. Celui-ci dira, plus tard, avoir perçu à cet instant la mélancolie de l’ancienne fillette de Trang Bang.

C’est sur les bancs de la fac que Phuc rencontre son futur mari, Toan, un étudiant vietnamien. Avec lui, elle décide de s’évader. De fuir le régime de Hanoï qui exploite sa renommée en la manipulant à distance comme une marionnette. Les deux tourtereaux mettent leur plan à exécution en 1992, à l’occasion de… leur voyage de noces, organisé en Union soviétique. Alors que l’avion du retour vers La Havane fait escale à Gander, sur l’île de Terre-Neuve, le couple sort discrètement de l’appareil et entre sur le territoire canadien avec la bénédiction des autorités, qui accueillent les immigrés à bras ouvert.

Un nouveau chapitre s’ouvre dans la vie de la jeune femme, qui s’installe définitivement au Canada, devient mère de deux garçons, et ambassadrice de bonne volonté de l’Unesco pour la paix.

Ses activités caritatives l’amènent à croiser à plusieurs reprises des personnages de son histoire : ses bienfaiteurs Nick Ut, Christopher Wain, Perry Kretz… mais aussi un certain John Plummer, ancien capitaine de l’armée américaine au Vietnam, impliqué dans la chaîne de commandement qui a abouti au bombardement de son village. Je suis désolé, je suis désolé, lui confie-t-il, en larmes, lors d’une conférence. Mais le temps qui passe n’efface pas les blessures physiques, qui sont indélébiles. En 2015, après plus de quatre décennies de souffrance quotidienne, Kim Phuc est toujours incapable de lever correctement ce bras gauche si sévèrement meurtri par le napalm, et vit un martyr lors des changements de saison. Alors la Canadienne décide d’entamer une nouvelle bataille contre les brûlures en recevant un traitement au laser dans une clinique de Miami. À ses côtés, son mari Toan, et… Nick Ut, encore lui, qui réalise un reportage sur l’événement, 43 ans après photographié pour la première fois la petite blessée de la Route 1. De lui, Kim Phuc dit : Nick Ut, de son nom vietnamien Huynh Cong Ut, possède lui aussi un destin hors du commun. De prime abord, rien ne prédestine le jeune Vietnamien au photojournalisme. Le photographe de la famille, c’est son grand frère La, qui travaille pour Associated Press. Et puis, en 1965, La se fait tuer sur le front, et Nick prend sa suite. D’abord comme laborantin, puis comme photographe à part entière. 

Pas de nudité frontale ! Chez AP, à l’époque, cette interdiction n’est pas de celles qu’on outrepasse. Pourtant, le 8 juin 1972, quand Nick Ut revient dans la nuit avec le cliché déchirant de cette fillette anonyme brûlée par le napalm, le bureau de Saïgon décide tout de même de transmettre la photo au siège de l’agence américaine. Il faut dire que le chef de l’équipe n’est autre qu’Horst Faas ; avec son œil avisé, cette légende du photojournalisme mesure sans délais la puissance exceptionnelle de l’image prise par le jeune Ut.

Son flair ne l’a pas trompé. Non seulement l’image est acceptée au sommet de l’agence, mais elle fait le tour du monde à vitesse grand V et vaut bientôt à Nick Ut une flopée de récompenses, dont le prestigieux prix Pulitzer. À seulement 21 ans, le voilà auteur d’une image instantanément mythique. Mais celle-ci ne fera pas basculer l’Histoire à elle seule, comme le prétend parfois la légende : en 1972, un an avant le retrait des troupes, l’opinion publique américaine est déjà largement démoralisée par huit longues années de guerre, et le président Nixon a amorcé le départ du bourbier vietnamien.

En 1975, alors que les Nord-Vietnamiens fondent sur Saïgon, Associated Press évacue Nick Ut aux États-Unis. Une nouvelle vie, bien plus paisible, débute pour lui en Amérique. […].

L’Obs. 28 juillet 2016

En arrière-plan, des soldat sud-vietnamiens. À droite, le photographe de « Life » David Burnett, qui recharge son appareil (Nick Ut / AP / Sipa)

4 07 1972                         Jacques Chaban Delmas, premier ministre, n’entretient pas les meilleures relations du monde avec le président Georges Pompidou. Il sait d’ailleurs depuis quelques jours qu’il va être remercié le lendemain. Un de leurs sujets de discorde tient aux mesures  à prendre pour enrayer le fléau des accidents de la route : 18 000 morts pour cette année 1972 ! Au début des années 50, on avait franchi la barre des 5 000 morts/an. À la fin, on en était à 8 000 ! Dans les années 60, on ajoute un millier de morts chaque année pour arriver à 15 000 morts en 1970, 16 500 en 1972 [chiffre minoré, car ne prenant en compte les morts que dans la semaine qui suivait l’accident ; les 18 000 morts mentionnées plus haut a pris en compte les morts un mois après l’accident] Pompidou fan de voiture et de vitesse, contrairement à ce que pourrait laisser penser sa personnalité, ne veut pas entendre parler de mesures pour brimer les automobilistes : Si les Français veulent se tuer, eh bien, qu’ils se tuent !

À Matignon, Christian Gérondeau, jeune polytechnicien et ingénieur des Ponts, a proposé au début de l’année à Chaban la création d’une structure interministérielle avec un responsable unique pour coiffer les trop nombreux organismes qui s’occupent de Sécurité routière ; Chaban n’y a pas donné suite, sachant que Pompidou s’y opposerait, mais cette fois-ci il se dit : je n’ai plus rien à perdre et il crée un Comité interministériel pour la Sécurité Routière, et nomme Christian Gérondeau délégué général !

Et dans un premier temps, les deux principales mesures qui feront diminuer le nombre de morts seront la limitation de vitesse : finalement 90 sur routes, 130 sur autoroute, et l’instauration du permis à point, plus quelques mesures annexes comme l’obligation d’attacher la ceinture de sécurité. Puis près de 20 ans plus tard, les radars et le traitement administratif de ces infractions d’une redoutable efficacité.

Mais rien de tout cela, rien de cet extraordinaire combat contre une prétendue fatalité, n’aurait pu connaître le succès sans la réunion de plusieurs personnalités venant de différents horizons : pour la haute fonction publique, Christian Gérondeau, pour le politique, Jacques Chirac, qui, pour une fois, retourna sa veste du bon côté, et, plus tard, des parents de victimes : Geneviève Jurgensen, qui avait perdu ses deux filles dans un accident de voiture le 3 avril 1980 mettant en cause un chauffard ivre, et qui créera la Ligue contre la violence routière, et Christine Cellier qui la rejoindra quand sa fille Anne mourra le 17 septembre 1986 des suites de ses brûlures, trois mois après avoir été percutée par un chauffard en état d’ivresse. Ces femmes sauront faire bouger les lignes : elles feront basculer l’opinion – ce qui n’est pas une mince affaire – : les chauffards seront désormais considérés comme des criminels. Chacun d’entre nous doit mettre ces citoyens en son Panthéon  personnel. Merci à eux de pouvoir traverser désormais un passage piéton sans se faire klaxonner, merci à eux d’être parvenu à faire entrer dans ces multitudes d’îlots que sont les voitures, véritables forteresse jusqu’alors d’égoïsme sacré, un minimum de courtoisie et de respect de l’autre : la vie du citoyen lambda en a été grandement améliorée.

21 07 1972                  Accord de libre échange entre la CEE et la Suède, Finlande, Islande, Autriche, Portugal, Suisse.

31 07 1972                       Le vol 841 Delta Air Lines, un DC 8 comptant sept membres d’équipage, 94 passagers, assurant la liaison Détroit-Miami est détourné par trois hommes, deux femmes… et trois enfants, membres de la Black Liberation Army, qui avaient réussi à dissimuler un pistolet dans une Bible. Ils voulaient pouvoir offrir une meilleure vie à leurs enfants. Il n’y eut ni coup de feu, ni blessé, ni tué. L’avion atterrit à Miami, où 86 otages furent libérés en échange d’une rançon d’un million de dollars, remise par un officier du FBI en slip ! L’avion repartit pour Boston où il fit le plein, puis Alger. Les autorités algériennes saisirent l’appareil et la rançon qu’ils rendirent à la compagnie aérienne. Les pirates furent relâchés au bout de quelques jours.

Quatre des cinq pirates, George Brown, Joyce Tillerson, Melvin McNair et Jean McNair, installés alors en France, seront arrêtés à Paris le 26 mai 1976, et jugés par un tribunal français après que la demande d’extradition américaine eut été rejetée. George Brown et Melvin McNair seront condamnés à cinq ans de prison et leurs épouses libérées. Ils vivront tous en France.

16 08 1972                       Les chasseurs de l’Armée de l’air marocaine mitraillent en plein vol l’avion qui ramène le roi d’un voyage à l’étranger. Touché, le pilote parvient tout de même à se poser à Rabat. Dénoncé, le général  Oufkir se suicidera.

Stefano Mariottini habite Riace, un village de Calabre, 100 km à l’est de Reggio. Quand il n’exerce pas son métier de chimiste, il pratique la pêche sous-marine, et ce jour-là, à 200 mètres de la côte voit un bras dépasser du fonds sableux, à 8 mètres sous la surface. Il tire dessus : rien ne vient, tout est trop lourd, trop profondément enfoncé dans le sable. Il repère le lieu avec une petite bouée qu’il gonfle avec l’air de sa bouteille et qui reste au-dessus du bras, dix mètres plus haut : c’est ainsi plus facile à repérer et on ne risque pas de se faire piquer la découverte comme si on laissait la bouée remonter jusqu’en surface. Il reviendra avec le nécessaire pour emporter son butin : deux nus en bronze, hautes de près de 2 mètres : des guerriers grecs du V° siècle avant J.C. Emmenées à Reggio les deux sculptures connaîtront une première restauration, qui se poursuivra à Florence ; élaborées selon le principe de la cire perdue sur négatif, on enlèvera  l’argile restée collé au bronze à l’intérieur des statues, pour un poids de 240 kg. Quid de ces statues ? il est difficile de croire qu’elles aient coulé avec le bateau qui les transportait, car on ne retrouve aucune trace d’épave dans les parages ; il est possible qu’elle aient été jetées à l’eau pour alléger le navire qui les transportait, possible aussi qu’elle aient été enterrées à terre en un site qui aura par après été recouvert par la mer : en cet endroit, la côte a reculé de 500 mètres depuis l’antiquité et sur terre il  y avait un sanctuaire dédié à Saint Côme et Damien qui avait pris la place d’un temple consacré aux Dioscures. Ces bronzes sont au musée de Reggio de Calabre depuis 2011.

Bronzi di Riace, da 45 anni un tesoro che affascina studiosi e appassionati  di storia e cultura - Il Quotidiano del Sudhttps://ilformat.info/wp-content/uploads/2019/09/I-bronzi-di-Riace-1.jpg

Department of Classics | 40 years of the Riace Bronzes

11 09 1972          Clôture des JO de Munich, endeuillée par la prise d’otages meurtrière sur la délégation israélienne par un commando palestinien  Septembre Noir : 9 morts parmi les otages, 6 dans le commando et les forces de l’ordre. Les cerveaux de l’affaire : Hassan Salamé, fils d’Hassan Salamé, héros de la première révolte palestinienne en 1936, mort en 1948 à la bataille de Ras el-Ein, et Mohammed Daoud Odeh, simplifié en Abou Daoud. Le Mossad arrache à Golda Meïr l’ordre de liquider les leaders de Septembre Noir : ils seront tous éliminés… sauf Hassan Salamé qui deviendra  chef des renseignements de Yasser Arafat, négociant en secret avec les Américains en 1974 le reconnaissance des droits Palestiniens contre la sauvegarde de leurs intérêts au Moyen Orient. Abou Daoud échappera à plusieurs tentatives d’assassinat et mourra dans son lit, à Damas le 3 juillet 2010, à 73 ans.

25 09 1972                 Par référendum, la Norvège refuse d’entrer dans la CEE.

5 10 1972                Par référendum : 56,7 % – le Danemark demande à entrer dans la CEE.

28 10 1972          Vol inaugural du 1° Airbus A 300 B : le programme Airbus a été mis en route en  1969 : La France et l’Allemagne y participent chacune pour 37,5 % , l’Angleterre pour 20 % et l’Espagne, 5 %.

10 1972                      Fragilisé par la grève des patrons – camionneurs, petits commerçants, ingénieurs, entrepreneurs, professions libérales, effrayés par l’accélération des mesures d’Étatisation décrétées par le gouvernement -, Salvador Allende fait entrer au gouvernement plusieurs militaires, dont le général Carlos Prats, commandant en chef des forces armées, son ami personnel. Dans un pays qui s’étire du nord au sud sur 4 300 km pour une moyenne de 180 km d’est en ouest, trois semaines d’obstruction de la route suffisent à le mettre à genoux.

23 11 1972                 Quatrième et dernier essai du lanceur russe lourd NI : une poussée de  2 200 tonnes permettant de placer en orbite basse une charge utile de 72 tonnes : des performances analogues à celles du Saturne V américain. Mais pour le russe, autant d’essais, autant d’échecs. Le premier a eu lieu de 21 février 1969, le second le 3 juillet 1969, et le troisième le 26 juin 1971. Le lanceur N1 était constitué de quatre étages, fonctionnant au kérosène et oxygène liquide. Les rivalités, mésententes entre les concepteurs, Korolev, Vladimir Tchelomeï, Mikhaïl Yanguel, et Nikolaï Kouznetsov, le motoriste, additionnées aux indécisions des décideurs du kremlin pesèrent lours dans ces échecs à répétition. L’existence du lanceur NI ne sera révélée qu’avec la glasnost de Gorbatchev.

Cependant, la raison profonde de l’échec soviétique dans la course à la Lune est à chercher du côté de l’organisation. Au début des années 1960côté Américain, certains se disent que les plans quinquennaux soviétiques ont du bon, et on met sur pied un plan décennal pour Apollo, on réactive la grosse machine de guerre sous l’égide de la NASALe système russe, lui, n’a pas de structure capable d’exercer un leadership unique. Il n’a pas créé d’agence et fonctionne avec des concurrences internes et plusieurs grands bureaux d’étude, les OKB. 

Les trois principaux OKB dans le secteur spatial sont dirigés par Sergueï Korolev, Vladimir Tchelomeï, père de la fusée Proton, lanceur lourd qui est toujours en activité aujourd’hui et Mikhaïl Yanguel, spécialiste de missiles intercontinentaux. Khrouchtchev était un paysan dont la philosophie se résumait ainsi : on ne met pas tous ses œufs dans le même panier.

Au point que deux programmes lunaires différents vont être développés en parallèle ! Celui de Korolev, qui, avec la fusée N-1 et le vaisseau Soyouz, veut se poser sur la Lune. Et celui de Tchelomeï, dont l’ambition, moins grande, consiste à se mettre en orbite autour de notre satellite naturel. Quand Sergueï Afanassiev est nommé en 1965 à la tête du tout nouveau ministère des machines générales pour essayer de coordonner tout le monde, il n’y parvient pasIl y a plus d’une centaine de structures différentes, et le puzzle n’est plus réconciliable. 

Pierre Barthélémy               Le Monde du 16 07 2019

14 12 1972                     Dernière mission Apollo 17 vers la lune : la moisson sera de 249 livres de roches lunaires de la vallée  de Taurus-Littrow. L’équipage est composé de Harrison Schmitt, Ronald Evans et Gene Cernan, qui est le dernier homme à avoir marché sur la   lune, jusqu’à ce jour. On l’entendit [la lune, pas Gene Cernan] alors pousser un long soupir de soulagement : Mon Dieu il était bien temps… au train où vont ces gens, ils auraient été capables de me ramener sur terre en pièces détachées ! Les trois dernières missions prévues au programme, Apollo-18, 19 et 20, sont annulées.

La stratégie de Kennedy consistait à montrer que les Russes se casseraient les dents sur la Lune. La preuve était faite et le succès total. Cela ne servait à rien de continuer. 

 Francis Rocard CNES

Le coût de la sécurité des hommes est tel qu’il est 10 fois plus cher d’envoyer des êtres humains que d’envoyer du matériel.

Jean-Yves Le Gall

18 12 1972                       Neilia Hunter Biden, 30 ans, épouse de Joe Biden va acheter un sapin de Noël avec ses trois enfants, Hunter, Beau et Naomi à Wilmington, dans le Delaware, États-Unis. Un camion leur refuse la priorité. Neilia et Naomi, 1 an, meurent. Hunter et Beau sont grièvement blessés. Beau mourra d’une tumeur au cerveau en 2015. Joe Biden se remariera avec Jill Tracy Jacob en 1977, qui deviendra donc première dame le 20 janvier 2021.

22 12 1972                   Au Chili – Sud Est de Santiago – les survivants d’un accident d’avion dans la Cordillère des Andes datant du 13 octobre sont retrouvés . 8 sont morts lors de l’accident, 12 dans une avalanche, et les survivants, ayant appris par la radio que les recherches étaient abandonnées, n’ont pu se maintenir en vie qu’en se nourrissant de chair humaine. Mais ne pensez pas à mal : le Chili con carne existait déjà, et l’anthropophagie n’a jamais cessé d’exister sur notre terre.

29 12 1972                    Un avion – Lockheed Tristar L 1011 – de la compagnie Eastern Airlines qui effectue le vol New York Miami se présente pour l’atterrissage à Miami. Il reçoit de la tour de contrôle le message : Turn left, right now. – tournez- à gauche, immédiatement – . Probablement le pilote n’a-t-il pas bien entendu la première partie de la phrase, toujours est-il qu’il tourne à droite, et c’est la catastrophe : il s’écrase dans les Everglades, immense zone de marais : sur les 176 passagers/équipage, il y aura 101 morts. Les informations glanées sur Internet parlent toutes d’étranges apparitions de fantômes du pilote et du co-pilote dans les mois qui suivirent l’accident. Accident qui aurait été dû au manque de vigilance des pilotes quant à l’altitude de l’avion, qui descendait quand ils pensaient qu’il restait à altitude constante : leur attention aurait été détournée par des problèmes techniques dus à une simple ampoule cassée, témoin de la sortie du train d’atterrissage ! On ne trouve absolument aucune information qui reprenne de près ou de loin ce que dit le linguiste Claude Hagège, qui cite ce dramatique exemple pour illustrer le flou de la langue anglaise dans certaines circonstances [Express d’avril 2012].

Mais le flou existe partout, y compris dans le français : Jacques Perrin en fait une scène de l’un de ses films sur la guerre d’Algérie : un lieutenant attend dans la vallée le compte-rendu d’une opération de ratissage effectuée par ses hommes sur un plateau en hauteur ; du haut, le caporal demande une consigne quant au sort du prisonnier qu’il a fait : Descends-le, s’entend-il répondre. Le caporal comprend qu’il doit le tuer, quand le lieutenant demandait seulement qu’il l’emmène avec lui dans la vallée. Abasourdi, il fait répéter l’ordre, et le lieutenant, qui n’a pas compris qu’il pouvait y avoir un malentendu, répète l’ordre. Ce n’est qu’en entendant le coup de feu qui tue le fellagha qu’il réalise le drame.

1972                            Anne Chopinet est la 1° femme admise à Polytechnique.

L’article qui suit sera publié dans le Monde du 7 juin 2018. Mais il concerne une affaire – qui deviendra un scandale d’Etat – née en 1972 : l’intoxication des habitants de la Guadeloupe et de la Martinique par un insecticide – le chlordécone – qui tue le charançon de la banane.

Il a vu ses collègues tomber malades et mourir tour à tour sans comprendre. Cancer, cancer, cancer… C’est devenu notre quotidien. A l’époque, on ne savait pas d’où ça venait, se souvient Firmin (les prénoms ont été modifiés) en remontant l’allée d’une bananeraie de Basse-Terre, dans le sud de la Guadeloupe. L’ouvrier agricole s’immobilise sur un flanc de la colline. Voilà trente ans qu’il travaille ici, dans ces plantations verdoyantes qui s’étendent jusqu’à la mer. La menace est invisible, mais omniprésente : les sols sont contaminés pour des siècles par un pesticide ultra-toxique, le chlordécone, un perturbateur endocrinien reconnu comme neurotoxique, reprotoxique (pouvant altérer la fertilité) et classé cancérogène possible dès 1979 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Ce produit, Firmin l’a toujours manipulé à mains nues, et sans protection : Quand on ouvrait le sac, ça dégageait de la chaleur et de la poussière, se rappelle-t-il. On respirait ça. On ne savait pas que c’était dangereux. Il enrage contre les patrons békés, du nom des Blancs créoles qui descendent des colons et détiennent toujours la majorité des plantations : Ils sont tout-puissants. Les assassins, ce sont eux, avec la complicité du gouvernement.
La France n’en a pas fini avec le scandale du chlordécone aux Antilles, un dossier tentaculaire dont les répercussions à la fois sanitaires, environnementales, économiques et sociales sont une bombe à retardement. Cette histoire, entachée de zones d’ombre, est méconnue en métropole. Elle fait pourtant l’objet d’une immense inquiétude aux Antilles, et d’un débat de plus en plus vif, sur fond d’accusations de néocolonialisme.
Tout commence en  1972. Cette année-là, la commission des toxiques, qui dépend du ministère de l’agriculture, accepte la demande d’homologation du chlordécone. Elle l’avait pourtant rejetée trois ans plus tôt à cause de la toxicité de la molécule, constatée sur des rats, et de sa persistance dans l’environnement. Mais le produit est considéré comme le remède miracle contre le charançon du bananier, un insecte qui détruisait les cultures.
Les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique en seront aspergées massivement pendant plus de vingt ans pour préserver la filière, pilier de l’économie antillaise, avec 270 000 tonnes produites chaque année, dont 70  % partent pour la métropole.
La France finit par interdire le produit en  1990, treize ans après les Etats-Unis. Il est toutefois autorisé aux Antilles jusqu’en septembre  1993 par deux dérogations successives, signées sous François Mitterrand par les ministres de l’agriculture de l’époque, Louis Mermaz et Jean-Pierre Soisson. Des années après, on découvre que le produit s’est répandu bien au-delà des bananeraies. Aujourd’hui encore, le chlordécone, qui passe dans la chaîne alimentaire, distille son poison un peu partout. Pas seulement dans les sols, mais aussi dans les rivières, une partie du littoral marin, le bétail, les volailles, les poissons, les crustacés, les légumes-racines… et la population elle-même.
Une étude de Santé publique France, lancée pour la première fois à grande échelle en  2013 et dont les résultats, très attendus, seront présentés aux Antillais en octobre, fait un constat alarmant : la quasi-totalité des Guadeloupéens (95  %) et des Martiniquais (92  %) sont contaminés au chlordécone. Leur niveau d’imprégnation est comparable : en moyenne 0,13 et 0,14 microgrammes par litre (µg/l) de sang, avec des taux grimpant jusqu’à 18,53  µµg/l. Or, le chlordécone étant un perturbateur endocrinien, même à très faible dose, il peut y avoir des effets sanitaireprécise Sébastien Denys, directeur santé et environnement de l’agence. Des générations d’Antillais vont devoir vivre avec cette pollution, dont l’ampleur et la persistance – jusqu’à sept cents ans selon les sols – en font un cas unique au monde, et un véritable laboratoire à ciel ouvert.
En Guadeloupe, à cause des aliments contaminés, 18,7  % des enfants de 3 à 15 ans vivant dans les zones touchées sont exposés à des niveaux supérieurs à la valeur toxicologique de référence (0,5 µg/kg de poids corporel et par jour), selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Un taux qui s’élève à 6,7  % en Martinique. Cette situation est là encore unique, s’inquiète un spécialiste de la santé publique, qui préfère garder l’anonymat : On voit parfois cela dans des situations professionnelles, mais jamais dans la population générale.
La toxicité de cette molécule chez l’homme est connue depuis longtemps. En  1975, des ouvriers de l’usine Hopewell (Virginie), qui fabriquait le pesticide, avaient développé de sévères troubles neurologiques et testiculaires après avoir été exposés à forte dose : troubles de la motricité, de l’humeur, de l’élocution et de la mémoire immédiate, mouvements anarchiques des globes oculaires… Ces effets ont disparu par la suite, car le corps élimine la moitié du chlordécone au bout de 165 jours, à condition de ne pas en réabsorber. Mais l’accident fut si grave que les Etats-Unis ont fermé l’usine et banni le produit, dès 1977.
Et en France, quels risques les quelque 800 000 habitants de Martinique et de Guadeloupe  courent-ils exactement ? Les études menées jusqu’ici sont édifiantes – d’autres sont en cours. L’une d’elles, publiée en  2012 par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), montre que le chlordécone augmente non seulement le risque de prématurité, mais qu’il a aussi des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons.
Le pesticide est aussi fortement soupçonné d’augmenter le risque de cancer de la prostate, dont le nombre en Martinique lui vaut le record du monde – et de loin -, avec 227,2 nouveaux cas pour 100 000 hommes chaque année. C’est justement la fréquence de cette maladie en Guadeloupe qui avait alerté le professeur Pascal Blanchet, chef du service d’urologie au centre hospitalier universitaire (CHU) de Pointe-à-Pitre, à son arrivée, il y a dix-huit ans. Le cancer de la prostate est deux fois plus fréquent et deux fois plus grave en Guadeloupe et en Martinique qu’en métropole, avec plus de 500 nouveaux cas par an sur chaque île.
Intrigué, le professeur s’associe avec un chercheur de l’Inserm à Paris, Luc Multigner, pour mener la première étude explorant le lien entre le chlordécone et le cancer de la prostate. Leurs conclusions, publiées en  2010 dans le Journal of Clinical Oncology, la meilleure revue internationale de cancérologie, révèlent qu’à partir de 1 microgramme par litre de sang, le risque de développer cette maladie est deux fois plus élevé.
Entre deux consultations, Pascal Blanchet explique, graphique à l’appui : Comme les Antillais sont d’origine africaine, c’est déjà une population à risque – du fait de prédispositions génétiques – . Mais là, la pollution environnementale engendre un risque supplémentaire et explique une partie des cas de cancers de la prostate.
Urbain fait partie des volontaires que le professeur avait suivis pour son étude. Cet agent administratif de 70 ans, au tee-shirt Bob Marley rehaussé d’un collier de perles, reçoit chez lui, près de Pointe-à-Pitre. Son regard s’attarde sur ses dossiers médicaux empilés sur la table du jardin, tandis que quelques poules déambulent entre le manguier et sa vieille Alfa Roméo.
Quand il a appris qu’il était atteint d’un cancer de la prostate, Urbain s’est d’abord enfermé dans le déni. C’est violent. On se dit qu’on est foutu, se souvient-il. Un frisson parcourt ses bras nus. J’ai été rejeté. Les gens n’aiment pas parler du cancer de la prostate ici. La maladie fait l’objet d’un double tabou : la peur de la mort et l’atteinte à la virilité dans une société qu’il décrit comme hypermachiste. Mais les langues se délient enfin « , se réjouit-il.
L’idée de se faire opérer n’a pas été facile à accepter. Et puis je me suis dit : merde, la vie est belle, mieux vaut vivre sans bander que mourir en bandant ! Il rit, mais la colère affleure aussitôt :  J’ai été intoxiqué par ceux qui ont permis d’utiliser ce poison, le chlordécone. Aujourd’hui je suis diminué. Selon lui, beaucoup de gens meurent, mais le gouvernement ne veut pas le prendre en compte. Si c’était arrivé à des Blancs, en métropole, ce serait différent. Et puis, c’est aussi une affaire de gros sous.
Ce qui se joue derrière l’affaire du chlordécone, c’est bien la crainte de l’Etat d’avoir un jour à indemniser les victimes – même si prouver le lien, au niveau individuel, entre les pathologies et la substance sera sans doute très difficile. Mais l’histoire n’en est pas encore là. Pour l’heure, les autorités ne reconnaissent pas de lien formel entre le cancer de la prostate et l’exposition au chlordécone. Une étude lancée en  2013 en Martinique devait permettre de confirmer – ou non – les observations faites en Guadeloupe. Mais elle a été arrêtée au bout d’un an. L’Institut national du cancer (INCa), qui l’avait financée, lui a coupé les fonds, mettant en cause sa faisabilité.
[…]                      En dire aussi peu que possible, de peur de créer la panique et d’attiser la colère. Pendant des années, les autorités ont appliqué cette stratégie au gré des nouvelles découvertes sur l’ampleur du désastre. Mais le manque de transparence a produit l’effet inverse. La suspicion est désormais partout, quand elle ne vire pas à la psychose : certains refusent de boire l’eau du robinet, la croyant, à tort, toujours contaminée. D’autres s’inquiètent pour les fruits, alors qu’il n’y a rien à craindre s’ils poussent loin du sol – le chlordécone disparaît à mesure qu’il monte dans la sève, ce qui explique que la banane elle-même ne soit pas contaminée.
[…]                      La population n’est pas la seule à avoir été choquée. Des scientifiques, des médecins, des élus et des fonctionnaires nous ont fait part de leur indignation face à ce qu’ils perçoivent comme un tournant, en contradiction totale avec la politique de prévention affichée par les pouvoirs publics, visant au contraire à réduire au maximum l’exposition de la population au chlordécone.
[…]                      Qui est responsable de cette situation ? La question est devenue lancinante aux Antilles. Des associations et la Confédération paysanne ont déposé plainte une contre X en  2006 pour mise en danger d’autrui et administration de substances nuisibles. On a dû mener six ans de guérilla judiciaire pour que la plainte soit enfin instruite, s’indigne Harry Durimel, qui défend l’une des parties civiles. Le ministère public a tout fait pour entraver l’affaire. Trois juges d’instruction se sont déjà succédé sur ce dossier, dépaysé au pôle santé du tribunal de grande instance de Paris, et actuellement au point mort.
Le Monde a pu consulter le procès-verbal de synthèse que les enquêteurs de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp) ont rendu, le 27  octobre 2016. Un nom très célèbre aux Antilles, Yves Hayot, revient régulièrement. Il était à l’époque directeur général de Laguarigue, la société qui commercialisait le chlordécone, et président du groupement de producteurs de bananes de Martinique. Entrepreneur martiniquais, il est l’aîné d’une puissante famille béké, à la tête d’un véritable empire aux Antilles – son frère, Bernard Hayot, l’une des plus grosses fortunes de France, est le patron du Groupe Bernard Hayot, spécialisé dans la grande distribution.
Devant les gendarmes, Yves Hayot a reconnu qu’il avait pratiqué personnellement un lobbying auprès de Jean-Pierre Soisson, qu’il connaissait, pour que des dérogations d’emploi soient accordées.
Surtout, l’enquête judiciaire révèle que son entreprise, Laguarigue, a reconstitué un stock gigantesque de chlordécone alors que le produit n’était déjà plus homologué. Elle a en effet signé un contrat le 27  août 1990 avec le fabricant, l’entreprise Calliope, à Béziers (Hérault), pour la fourniture de 1 560 tonnes de Curlone – le nom commercial du chlordécone -, alors que la décision de retrait d’homologation – le 1er  février 1990 – lui a été notifiée, écrivent les enquêteurs. Ils remarquent que cette quantité n’est pas normale, puisqu’elle est estimée à un tiers du tonnage acheté sur dix ans. De plus,  » au moins un service de l’Etat a été informé de cette importation , puisque ces 1 560 tonnes ont bien été dédouanées à leur arrivée aux Antilles en 1990 et 1991. Comment les douanes ont-elles pu les laisser entrer ?
D’autant que, s’il n’y avait pas eu de réapprovisionnement, il n’y aurait pas eu de nécessité de délivrer de dérogations pour utiliser le produit jusqu’en  1993, relève l’Oclaesp. Les deux dérogations accordées par les ministres de l’agriculture visaient en effet à écouler les stocks restants en Guadeloupe et en Martinique. Or ces stocks provenaient de ces réapprovisionnements, notent les gendarmes. La société Laguarigue a justifié cette importation par une divergence dans l’interprétation de la réglementation. Yves Hayot ne sera pas inquiété par la justice : il est mort en mars  2017, à l’âge de 90 ans.
Contacté par Le Monde, l’actuel directeur général de l’entreprise, Lionel de Laguarigue de Survilliers, affirme qu’il n’a jamais entendu parler de cela. Il précise qu’il n’était pas dans le groupe à l’époque – il est arrivé en  1996 – et assure que Laguarigue a scrupuleusement respecté les trois phases d’arrêt du chlordécone concernant sa fabrication, sa distribution et son utilisation.
Les conclusions des enquêteurs sont quant à elles sans ambiguïté : Les décisions prises à l’époque ont privilégié l’aspect économique et social à l’aspect environnemental et à la santé publique, dans un contexte concurrentiel avec l’ouverture des marchés de l’Union européenne. La pollution des Antilles au chlordécone est ainsi principalement la conséquence d’un usage autorisé pendant plus de vingt ans. Reste à savoir si, au vu des connaissances de l’époque, l’importance et la durée de la pollution étaient prévisibles.
Un rapport de l’Institut national de la recherche agronomique, publié en  2010 et retraçant l’historique du chlordécone aux Antilles, s’étonne du fait que la France a de nouveau autorisé le pesticide en décembre  1981. Comment la commission des toxiques a-t-elle pu ignorer les signaux d’alerte : les données sur les risques publiées dans de nombreux rapports aux Etats-Unis, le classement du chlordécone dans le groupe des cancérigènes potentiels, les données sur l’accumulation de cette molécule dans l’environnement aux Antilles françaises ?, s’interroge-t-il. Ce point est assez énigmatique car le procès-verbal de la commission des toxiques est introuvable.
Le rapport cite toutefois l’une des membres de cette commission en  1981, Isabelle Plaisant : Quand nous avons voté, le nombre de voix contre était inférieur au nombre de voix pour le maintien de l’autorisation pour les bananiers, dit-elle. Il faut dire que nous étions peu de toxicologues et de défenseurs de la santé publique dans la commission. En nombre insuffisant contre le lobbying agricole.
Longtemps resté discret sur le sujet, Victorin Lurel, sénateur (PS) de la Guadeloupe, ancien directeur de la chambre d’agriculture du département et ancien ministre des outre-mer, dénonce un scandale d’Etat. Les lobbys des planteurs entraient sans passeport à l’Elysée, se souvient-il. Aujourd’hui, l’empoisonnement est là. Nous sommes tous d’une négligence coupable dans cette affaire.

Faustine Vincent                      Le Monde du 7 juin 2018

Pas bien loin de là, au large de Fort Lauderdale, en Floride, les Américains jettent à la mer deux millions de vieux pneus : la mode est aux récifs artificiels et ils pensent que poissons, langoustes, dauphins et tutti quanti vont les remercier chaleureusement de leur avoir donné d’aussi pratiques abris : pensez donc, avec un peu d’habileté, on peut changer de place tous les jours : il suffit de faire rouler le pneu comme dans sa vie antérieure : même Walt Disney ne se serait pas risqué à pareille audace. Ils mettront vingt ans pour réaliser que c’était une fausse bonne idée et iront les repêcher en 1990. En France, on n’attendit pas le résultat de l’expérience et on préférera se dire : si les Américains l’ont fait, c’est que ça doit être bien et, au début des années 1980, avec la bénédiction d’Alain Bombard, très éphémère – 22 mai au 23 juin 1981 – secrétaire d’Etat au Ministère de l’Environnement, on mouillera 25 000 pneus à 800 mètres au large, dans le golfe Juan ; les résultats français seront aussi catastrophiques que les résultats américains, mais on mettra plus de temps qu’eux pour aller les repêcher et c’est seulement en 2018 que l’on commencera à le faire. C’est encore dans les années 80, en 1984, qu’une manipulation malheureuse au musée océanographique de Monaco introduira les algues vertes en Méditerranée. Décidément, sur la Côte d’Azur, il est des jours où ils feraient mieux de ne pas se lever du tout !

Donella Meadows, Dennis Meadows, Jørgen Randers, William W. Behrens, ingénieurs au MIT, c’est à dire bon connaisseurs des modèles mathématiques publient The limits to growth, Universe books, 1972 que l’Europe prendra l’habitude de nommer Rapport du Club de Rome. Ils démontrent que l’augmentation constante de la population mondiale, comme celle de la consommation alimentaire sont insoutenables. Cinquante ans plus tard, à peu près tout ce qui y était prédit sera réalisé.

Dans une préface à une réédition ultérieure, Jean-Marc Jancovivi dira :

En 1968, on avait assisté à la création d’un organisme qui fera beaucoup parler de lui quelques années plus tard, même si sa naissance n’a pas fait tant de bruit : le Club de Rome. Au moment de sa création, il regroupait une poignée d’hommes, occupant des postes relativement importants dans leurs pays respectifs (un recteur d’université allemande, un directeur de l’OCDE, un vice-président d’Olivetti, un conseiller du gouvernement japonais…), et qui souhaitaient que la recherche s’empare du problème de l’évolution du monde pris dans sa globalité pour tenter de cerner les limites de la croissance.

Ce n’est toutefois pas en 1968 que paraît le fameux rapport, mais quelques années plus tard, en 1972, et ce ne sont pas les membres du Club de Rome qui l’ont rédigé, mais une équipe de chercheurs du Massachussets Institue of Technology (ou MIT) qui fut constituée pour l’occasion, suite à la demande du Club de Rome. Il serait donc plus juste d’appeler le document couramment désigné sous le nom de Rapport du Club de Rome par son vrai nom : le rapport Meadows & al. (le nom du directeur de l’équipe de recherche était Dennis Meadows), qui se compose d’un document de synthèse, présentant les principaux résultats du travail qui fut effectué, dont je tente de faire un commentaire de lecture plus bas, et d’annexes diverses.

[…]           L’écologie, on n’en veut pas parce qu’elle pose des limites.

1 01 1973                      Adhésion à la CEE du Royaume Uni, de l’Irlande et du Danemark. 1° numéro de Libération.

1 02 1973                     Les compagnies aériennes américaines Panam et TWA annulent leur commande de Concorde.

6 02 1973                     16 enfants et 4 adultes meurent dans l’incendie du CES Édouard Pailleron, dans le XIX° arrondissement : des collégiens ont allumé une poubelle, et cela a suffi pour que s’embrase ce collège, construit à partir de 1963 comme 874 autres, dans le cadre d’un programme de construction d’urgence, consécutif au passage de la scolarité de 14 à 16 ans : les normes de sécurité avaient été bien assouplies : dans le cas présent, les vides entre les structures du bâtiment ont agi comme des cheminées à grand tirage, les structures métalliques n’étaient pas protégées du feu etc… une association des parents des victimes se créera, qui osera s’attaquer à l’État : deux haut fonctionnaires seront condamnés puis amnistiés.

27 02 1973                   300 Sioux Oglala investissent la ville de Wounded Kneee, là même où s’était déroulé le massacre de 1890, et annoncent la libération du territoire. Plus de 200 agents du FBI, policiers fédéraux cernent alors la ville et organisent le blocus. On verra des avions affrétés par des partisans des indiens atterrir à l’intérieur du campement pour leur porter secours, où larguer des vivres, on verra un hélicoptère fédéral tirer sur les indiens qui allaient chercher ces vivres. Les indiens résistèrent 71 jours, soutenus par des messages du monde entier. 120 d’entre eux furent arrêtés.

29 03 1973                   Départ du dernier Marine du Viet Nam . Cette guerre aura fait 58 000 morts, coté américain, 3 millions coté vietnamien. Les traumatismes mentaux provoqueront par après chez les anciens combattants américains 102 0000 suicides.

3 04 1973                          Le code-barre est adopté par les leaders de l’industrie et de la distribution. Il deviendra opérationnel le 26 juin 1974, sur un paquet de chewing-gum en Ohio, premier produit scanné dans un supermarché. Il arrivera en France six ans plus tard sur un paquet de galettes bretonnes, et néanmoins françaises. C’est GS1, une ONG internationale qui gère l’affaire, fournissant les codes-barres aux entreprises, moyennant une cotisation annuelle allant de 50 à 5 000 €. Un code-barre, c’est un produit et un seul. GS1 en attribue au minimum 100 et c’est au producteur de les attribuer à ses articles. Lorsque cesse la fabrication d’un article, l’entreprise propriétaire de son code doit attendre  quatre ans avant de le réutiliser. Dans les 13 chiffres du code-barre, les premiers indiquent le pays, puis le fabricant, puis le produit. Cette combinaison permet théoriquement d’attribuer 1 000 milliards de codes. Le premier avantage du code-barre est de diviser les stocks par deux, la sortie en caisse venant chaque fois mettre à jour le stock.

Quarante ans plus tard, ses jours seront comptés : deux concurrents arriveront : le standard EPC qui permet d’être reconnu à distance par radio-fréquence, et le QR code, qui, sous la forme de carré, peut-être lu par les smartphones.

Résumé de Michel Waintrop. La Croix 5 avril 2013

8 04 1973                Décès de Picasso

Picasso : "Quand je n'ai pas de bleu, je mets du rouge"

Ce qui est terrible aujourd’hui, c’est que personne ne dit du mal de personne. Si l’on en croit ce que l’on lit, tout est bien. Personne ne tue plus personne, tout se vaut, rien n’est jeté par terre, et rien n’est un drapeau. Tout est sur le même niveau. Pourquoi ? Sûrement pas parce que c’est vrai !

Trente quatre ans plus tard, Daniel Buren dira pratiquement la même chose :

La confusion totale règne dans le milieu de l’art : on accepte tout, on ne rejette rien, n’est ce pas parce que l’essentiel de la production n’a plus aucune force ? Je trouve ça très angoissant.

La crise est donc durable.

Toute création véritable implique une certaine surdité à l’appel d’autres valeurs, pouvant aller jusqu’à leur refus sinon même leur négation… Même pleinement réussie, la communication intégrale avec l’autre condamne, à plus ou moins brève échéance, l’originalité de sa et de ma création.

Claude Levi Strauss         Race et culture

27 04 1973                  L’administration fédérale de l’aviation [FAA] américaine interdit les vols supersoniques au-dessus de son territoire pour des raisons de pollution, notamment sonore.

Pour moi, l’aviation n’a de valeur que dans la mesure où elle contribue à la qualité de la vie humaine. La recherche dans le domaine du vol supersonique est évidemment de grande importance et mérite d’être poursuivie, mais mon opinion personnelle est que l’exploitation régulière du supersonique à son niveau actuel de développement porterait préjudice tout  à la fois à l’aviation et aux habitants de notre planète. Je crois que nous devrions interdire à ces avions le survol et l’utilisation du territoire américain aussi longtemps qu’ils présentent un danger pour notre environnement général.

Charles Lindberg, le premier à avoir traversé l’Atlantique en 1927, membre du conseil d’administration de la Pan Am. Déclaration à L’Express du 7-13 août 1972.

3 06 1973                           Lors du salon de l’aéronautique du Bourget, un Tupolev 144 s’écrase à Goussainville, près du Bourget : 14 morts. Il avait été surnommé Concordski, car considéré, à tort, comme une copie conforme du Concorde : 140 passagers à Mach 1,9 sur 6 500 km. Il sera retiré du service après un autre accident en 1978, ayant fait 3 morts. 17 exemplaires auront été construits.

8 06 1973                           Pour la première fois depuis 1939, Franco a nommé un premier ministre : l’amiral Carrero Blanco.

28 06 1973                  Au Chili, le général Carlos Prats a quitté provisoirement le gouvernement.  Washington a gelé les lignes de crédit des organismes de financement de l’aide au développement. L’inflation galope à plus de 300 %, le marché noir représente l’essentiel de la circulation des biens. Un régiment de blindés attaque le palais présidentiel. La démission du général Ruiz qui ne parvient pas à trouver un accord avec les grévistes enclenche un processus de révolte au sein de l’armée, qui, pour finir va amener Augusto Pinochet à la tête des forces armées.

30 06 1973    La France intéresse l’Allemagne au programme Ariane : l’Agence Spatiale Européenne s’engage en août : la France financera le lanceur à hauteur de 63,9 %, et  les frais de fonctionnement de la base de Kourou à hauteur de 75 %. La charge  satellisable passera de 1 500 à 1 750 kg.

06 1973                             En Dordogne, Brigitte Bardot, 38 ans, termine le tournage de L’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise, un film de Nina Companeez

L’action se passe au Moyen Age, avec cavalcades, et duels sur la place du village. Parmi les figurants, une vieille dame avec sa chèvre. J’allais les voir dès que j’avais une pause, mais elle me dit un jour : J’espère que le film sera terminé dimanche. C’est la communion de mon petit-fils, on fera un grand méchoui avec la chèvre. J’ai été horrifiée ! Et j’ai immédiatement acheté la chèvre. Je suis rentrée avec elle dans mon hôtel 4 étoiles. Ce fut le déclic. Adieu le cinéma, et je me suis dès lors consacrée tout aux animaux.

Brigitte Bardot

A quoi tiennent les choses ! Par après, elle se mettra à brûler ce qu’elle avait adoré, à cracher dans la soupe de ces 20 ans de cinéma avec une vindicte haineuse qui voudront nous faire croire à un dédoublement de personnalité, comme si c’était une autre personne qu’elle-même qui avait été abusée ; allons donc, si cette vie avait été aussi insupportable que vous le dites, vous n’auriez pas fait durer ce cauchemar pendant vingt ans ! un peu de cohérence, madame Bardot. Vous n’étiez pas dans un camp de concentration tout de même !

Non ! Je n’ai jamais aimé le cinéma ! Ce n’est que superficialité et frivolité. Tout y est faux. Les décors, les situations, les sentiments, et la plupart des gens. Sans parler de ce nombrilisme qui fait croire aux acteurs qu’ils sont le centre du monde ! Je déteste le culte de la personnalité. Il fallait que mon imprésario me botte le cul pour que j’aille aux premières de film et dans les cocktails. J’en avais horreur. La simple lecture d’un scénario m’angoissait, et pendant la vingtaine d’années où j’ai enchaîné les films, j’avais le ventre noué et je développais un herpès au début de chaque tournage. Avec toujours ce même sentiment de vacuité.

La vie d’artiste m’a valu des moments intenses. Mais c’était dans le privé. Jamais dans l’officiel. On s’est tellement moqué de moi à mes débuts ! On a dit que j’étais une ravissante idiote, que je parlais mal, que je jouais comme un pied. Si vous saviez le mépris auquel j’ai été confrontée, parallèlement d’ailleurs à une adoration sans limite. Cela m’a blessée. C’était si injuste ! J’ai un principe de vie : quand on entreprend quelque chose, il faut le faire bien, et jusqu’au bout. Je l’ai appliqué au cinéma. Je n’ai rien fait en dilettante.

J’ai eu le sentiment de ne pas être reconnue à ma juste valeur.  La reconnaissance n’est venue qu’après. Longtemps après ! Bien sûr, j’avais le statut de star : bien payée, célébrée sur les tapis rouges, dotée de belles voitures, de coiffeurs, de maquilleuses, tout le fourbi. Mais tout était fou et faux. Et je me suis pris pêlemêle dans la figure mesquineries et gestes d’adoration sans mesure, mensonges, humiliations, salissures. C’était la contrepartie de la lumière qu’on braquait sur moi. Cette lumière que certains envient et qui a failli me tuer. Car je suis vite devenue une proie pour journalistes et paparazzi. Ils étaient partout, je n’avais plus de refuge. C’était une horreur. Et c’était effrayant. La traque. Avec ce que cela implique : le stress, l’angoisse, la dépendance aux somnifères. La perte de l’envie de vivre.

Brigitte Bardot interviewé par Annick Cojean du Monde le 21 janvier 2017.

Et si vous insupporte tant que cela le culte de la personnalité vous n’auriez pas laissé la commune de Saint Tropez vous ériger une statue en 2017… Cette seule acceptation signifie bien que vous aviez en vous tous les éléments pour mordre à belles dents à l’hameçon !

18 07 1973                         À proximité de Vizille, dans la côte de Laffrey, les freins d’un car transportant des touristes belges lâchent : 43 morts.

15 08 1973               Arrêt des bombardements américains au Cambodge : fin de 12 ans d’intervention  militaire américaine en Indochine.

25 08 1973            À peu près 60 000 manifestants se retrouvent au Rajal del Gorp, sur le Larzac pour combattre le projet d’extension du camp militaire, à l’initiative du syndicat des Travailleurs Paysans (prédécesseur de la Confédération Paysanne), fondé par Bernard Lambert. Cet appel fédère des sensibilités très diverses, du fondateur de la communauté non-violente de l’Arche, Lanza del Vasto, aux ouvriers des montres Lip en passant par des représentants des peuples en résistance venus d’Europe ou d’Afrique.

L’essentiel de ces 60 000 manifestants venaient de tout le mouvement de retour à la terre, aux succès et à la durée très inégaux : parfois le rêve, relayé par l’opiniâtreté, permettait un enracinement réel, parfois la dureté de vie provoquait un retour à la ville ; ceux qui restaient acceptaient une pauvreté à la limite de la détresse. Quelquefois se produisait un petit miracle :

De la route principale un chemin carrossable, suivant les gorges, conduisait au départ d’un sentier. Par ce sentier, le long du ruisseau, il fallait une bonne heure de marche pour atteindre le hameau d’Héric, perché tout là-haut, loin de tout, sans autre accès. En voiture, sur le chemin, je doublai un homme âgé qui marchait en s’appuyant sur un bâton et se dirigeait vers les gorges ; un paysan, vêtu d’un vieux costume en velours, lourdement chaussé, un sac à l’épaule. Je m’arrêtai et lui proposai de l’avancer un peu. Il accepta.
En voiture, il me dit qu’il remontait à Héric où il avait passé toute son existence. Je lui dis : Il ne doit plus y avoir beaucoup de gens, là-haut.
Non. J’ai vu mourir tout le monde.
Lorsque le chemin carrossable s’arrêta, je lui demandai, en garant la voiture, si cela l’ennuierait de me voir faire un bout de chemin avec lui. Ça ne l’ennuyait pas du tout.
Nous attaquâmes le sentier, qui est assez raide, et monte dans un paysage escarpé entre des roches nues, très découpées. L’homme marchait le premier, poséme­nt, toujours au même rythme, comme quelqu’un qui marche depuis toujours sur ces sentiers-là. Il allait avoir autour de soixante-dix ans. Difficile d’être plus précis. Un vieux.
Après une centaine de mètres, il me demanda d’où j’étais. Je le lui dis : de Colombières. J’ajoutai que j’étais le fils de Félix Carrière.
Ah. me dit-il. De Félissou ?
Félissou était le surnom usuel de mon père. Cela servait à le distinguer de son père, qui s’appelait aussi Félix.
L’homme d’Héric connaissait Félix Carrière mais vaguement. J’ai toujours été surpris que les gens se connaissent si peu de village à village.
[…] Le vieux d’Héric me demanda encore :
Et il n’est pas mort, ce Félix Carrière ?
Si, lui dis-je. Il est mort depuis plus de vingt ans.
Ah.
Ils appartenaient, mon père et lui, à la même génération, ou à peu près. Sans doute s’étaient-ils rencontrés dans une fête, ou à l’occasion d’un tournoi de boules.
Il est mort de quoi ?
Du cœur. Il était malade.
Ah.
Nous continuâmes à parler, par petits bouts de phrases, tout en marchant. Il me parla d’Héric, ces deux ou trois maisons perdues dans la montagne, qui avaient été toute sa vie.
Et vous vivez tout seul là-haut ?
Je vivais seul jusqu’à l’année dernière.
Et maintenant ?
Maintenant non, je ne suis plus seul. Connaissant les silences nécessaires à ce type de conversation, où l’on n’est jamais sûr que celui qu’on interroge ait vraiment envie de parler, j’attendis une dizaine de mètres avant de lui demander : Qui vit avec vous ?
Les hippies.
C’était bien le dernier mot que je m’attendais à entendre là. Deux ans auparavant, avec Milos Forman, nous avions vécu des mois à New York, dans l’East Village, pour travailler sur le film Taking off. Nous avions connu de très près les personnages, les coutumes, la musique de cette culture nouvelle du flower power, qu’on appelait aussi psychédélique. Je ne pouvais pas me douter que j’allais la retrouver là. L’homme me raconta l’histoire phrase par phrase tout en montant. Un an plus tôt trois jeunes gens fuyant le monde étaient arrivés à Héric, par on ne sait quels détours. Ils décidèrent qu’ils n’iraient pas plus loin. Une Américaine, un Hollandais et un Allemand.
Après des premiers contacts assez difficiles, car aucun des trois ne parlait français, ils commencèrent à vivre avec le vieil homme, dans une maison à demi en ruines proche de la sienne, couchant dans la paille. Par la force de leur seule présence et la curiosité qu’ils éveillaient sans doute chez lui, ils brisèrent sa solitude. Une vie en commun reprit petit à petit dans le hameau. Le vieux leur enseigna une partie de son savoir-faire, comment on reconnaît les bons champignons, où trouver des asperges sauvages, comment pêcher, etc. Il leur donna des pommes de terre et des châtaignes. Il descendait de temps en temps dans la vallée, toujours à pied, pour acheter quelques objets indispensables, ou du sucre, ou un litre d’huile. Les trois autres restaient là-haut, loin de toute société humaine.
Mais ils m’ont quand même appris des choses, dit l’homme. Par exemple ils mangent les racines des fougères ! Ils les font griller ! Jamais entendu parler de ça, avant.
Et c’est bon ?
Pas mauvais. On dirait des topinambours, en plus dur.
Et ils ne vous ont rien fait fumer ?
Si, si, bien sûr. Mais ils n’en ont plus maintenant. Il continua à bavarder de choses et d’autres. Je n’avais guère le temps de rester avec lui mais il me semblait, à certains regards, qu’il ne m’avait pas vraiment tout dit, qu’il gardait encore un certain secret.
Il finit par me le raconter. Le voici : quand la jeune fille de Los Angeles arriva au hameau d’Héric, elle était enceinte. De qui ? Le vieux ne le sut jamais. Peut-être l’ignorait-elle aussi. Peut-être s’agissait-il d’un autre homme que ces deux-là. Cela ne paraissait pas la préoccuper. Cependant, quand le temps de l’accouchement approcha, il fallut songer à la délivrer.
Au cours d’une de ses descentes dans la vallée, le vieux en parla au docteur Lau, à Olargues, en lui demandant de monter à Héric le moment voulu.
Pas question, répondit le docteur. Il était bien trop âgé pour pratiquer cette ascension-là (il devait prendre sa retraite en 1973). Et on ne connaissait aucune sage-femme, à Olargues ou dans les environs, capable de courir ce risque.
Après réflexions, va-et-vient et conciliabules, le vieux demanda au docteur s’il ne pourrait pas mettre lui-même cet enfant au monde. Le docteur fut un peu surpris, apparemment, et dit en fin de compte : pourquoi pas ? Il lui montra soigneusement comment il faut procéder et lui expliqua tous les gestes.
Et c’est moi qui l’ai accouchée, me dit le vieux. C’est moi qui l’ai fait venir, le bébé. Vous auriez vu ça ! C’est un garçon, et je peux vous dire qu’il va bien.
Nous n’étions plus très loin du hameau, à quinze minutes peut-être. Son récit terminé, le vieux gardait de nouveau le silence comme si, malgré sa fierté médicale, il regrettait un peu de m’en avoir tant dit. Il montait devant moi du même pas tranquille, penché en avant, le bâton à la main. Je me disais que dans le sac qu’il portait se trouvaient peut-être des couches, du talc, du lait.
Il me dit un peu plus tard :
Nous sommes cinq maintenant là-haut.
Je ne suis pas monté avec lui jusqu’à Héric. Il m’a semblé que le vieux n’y tenait pas. Il ne fit rien pour m’inviter, au contraire. Peut-être voulait-il garder ça pour lui.
Je le saluai et je redescendis vers la voiture.

Jean Claude Carrière Le vin bourru  Plon 2000

11 09 1973          Au Chili, la journée est décisive :

6 h 40’               À Valparaiso, la marine s’est soulevée et marche sur Santiago

8 h 30’              Pinochet est le premier signataire du communiqué de la junte

8 h 55’              Les carabiniers affectés à la défense de la Moneda abandonnent le palais.

9 h 30’          Allende organise la défense du palais en demandant aux femmes de partir – y compris des deux filles Beatriz et Maria Isabel, et laissant partir les hommes qui le souhaitent.

11 h 58’            Bombardement aérien qui déclenche un incendie.

13 h 30’            Allende parle à Radio Magallanes : c’est son dernier discours :

Je paierai de ma vie la défense des principes qui sont chers à cette patrie. La honte tombera sur ceux qui ont trahi leurs convictions, manqué à leur propre parole et se sont tournés vers la doctrine des forces armées.

Le Peuple doit être vigilant, il ne doit pas se laisser provoquer, ni massacrer, mais il doit défendre ses acquis. Il doit défendre le droit de construire avec son propre travail une vie digne et meilleure. À propos de ceux qui ont soi-disant autoproclamé la démocratie, ils ont incité la révolte, et ont d’une façon insensée et douteuse mené le Chili dans le gouffre. Dans l’intérêt suprême du Peuple, au nom de la patrie, je vous exhorte à garder l’espoir. L’Histoire ne s’arrête pas, ni avec la répression, ni avec le crime. C’est une étape à franchir, un moment difficile. Il est possible qu’ils nous écrasent, mais l’avenir appartiendra au Peuple, aux travailleurs. L’humanité avance vers la conquête d’une vie meilleure.

Compatriotes, il est possible de faire taire les radios, et je prendrai congés de vous. En ce moment des avions sont en train de passer, ils pourraient nous bombarder. Mais sachez que nous sommes là pour montrer que dans ce pays, il y a des hommes qui remplissent leurs fonctions jusqu’au bout. Moi, je le ferai, mandaté par le Peuple et en tant que président conscient de la dignité de ce dont je suis chargé.

C’est certainement la dernière occasion que j’ai de vous parler. Les forces armées aériennes ont bombardé les antennes de radio. Mes paroles ne sont pas amères mais déçues. Elles sont la punition morale pour ceux qui ont trahi le serment qu’ils ont prêté. Soldat du Chili, Commandant en chef, associé de l’Amiral Merino, et du général Mendosa, qui hier avait manifesté sa solidarité et sa loyauté au gouvernement, et aujourd’hui s’est nommé Commandant Général des armées.

Face à ces évènements, je peux dire aux travailleurs que je ne renoncerai pas. Dans cette étape historique, je paierai par ma vie ma loyauté au Peuple. Je vous dis que j’ai la certitude que la graine que l’on a confiée au Peuple chilien ne pourra pas être détruite définitivement. Ils ont la force, ils pourront nous asservir, ils mais n’éviteront pas les procès sociaux, ni avec le crime, ni avec la force.

L’Histoire est à nous, c’est le Peuple qui la fait.

Travailleurs de ma patrie, je veux vous remercier pour la loyauté dont vous avez toujours fait preuve, de la confiance que vous avez accordé à un homme qui fut le seul interprète du grand désir de justice, qui jure avoir respecté la constitution et la loi. En ce moment crucial, la dernière chose que je voudrais vous dire, c’est que la leçon sera retenue.

Le capital étranger, l’impérialisme, ont créé le climat qui a cassé les traditions : celles que montrent Scheider et qu’aurait réaffirmé le commandant Araya. C’est de chez lui, avec l’aide étrangère, que celui-ci espérera reconquérir le pouvoir afin de continuer à défendre ses propriétés et ses privilèges.

Je voudrais m’adresser à la femme simple de notre terre, à la paysanne qui a cru en nous, à l’ouvrière qui a travaillé dur et à la mère qui a toujours bien soigné ses enfants. Je m’adresse aux fonctionnaires, à ceux qui depuis des jours travaillent contre le coup d’État, contre ceux qui ne défendent que les avantages d’une société capitaliste. Je m’adresse à la jeunesse, à ceux qui ont chanté et ont transmis leur gaieté et leur esprit de lutte. Je m’adresse aux Chiliens, ouvriers, paysans, intellectuels, à tous ceux qui seront persécutés parce que dans notre pays le fascisme est présent déjà depuis un moment. Les attentats terroristes faisant sauter des ponts, coupant les voies ferrées, détruisant les oléoducs et gazoducs, face au silence de ceux qui avaient l’obligation d’intervenir. L’Histoire les jugera.

Ils vont sûrement faire taire radio Magallanes et vous ne pourrez plus entendre le son métallique de ma voix tranquille. Peu importe, vous continuerez à m’écouter, je serai toujours près de vous, vous aurez au moins le souvenir d’un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le Peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et se laisser humilier. Travailleurs : j’ai confiance dans le Chili et dans son destin. D’autres hommes espèrent plutôt le moment gris et amer où la trahison s’imposerait. Allez de l’avant sachant que bientôt s’ouvriront de grandes avenues où passera l’homme libre pour construire une société meilleure.

Vive le Chili, vive le Peuple, vive les travailleurs ! Ce sont mes dernières paroles, j’ai la certitude que le sacrifice ne sera pas vain et qu’au moins surviendra une punition morale pour la lâcheté et la trahison. »

Allende organise alors la reddition, fermant la marche de la colonne. Puis il remonte au premier étage.

13 h                      Augusto Olivares, directeur de la télévision national, intime de Salvador Allende, est venu le saluer, lui et tous ses inconditionnels ; il les quitte, mais ne sort pas de la Moneda et entre dans une pièce vide où il se suicide d’une balle dans la tête.

13 h 58’            Le docteur Patricio Gijon remonte chercher un masque à gaz et à cet instant précis, j’ai vu comme dans un éclair le président assis sur un sofa, se tirer une rafale avec une mitraillette placée entre ses jambes. La boîte crânienne a volé en éclats.

Chili septembre 73: un stade et un coup d'état | Les Clionautes

Salvador Allende et le coup d'Etat de Pinochet (1973)

Pinochet prend le pouvoir.

Grand collectionneur, il met à profit le trouble des premiers instants pour voler dans la Moneda quelques trésors du patrimoine national, comme l’épée de Bernardo O’Higgins, le héros de l’indépendance chilienne, la piocha, étoile à cinq branches sertie d’or que reçoivent les présidents lors de leur investiture, quelques tableaux. En lieu et place, il mettra des faux.

Il ne va pas faire dans la demi-mesure :

  • État de siège proclamé sur l’ensemble du territoire, ce qui permet l’application du code de justice militaire. Une police politique est créée : la DINA – Direction de l’Intelligence Nationale – , rebaptisée CNI – Centrale Nationale d’Information – en 1977. En octobre 1988 – la fin du régime militaire – , plus de 3 200 personnes auront été tuées ou portées  disparues, 35 000 auront été torturées ; 200 000 Chiliens – 2 % de la population – se seront exilés.
  • Expulsion des représentants des  citoyens des institutions de l’État.
  • Dissolution du Congrès.
  • Destruction par le feu des registres électoraux.
  • Interdiction des partis politiques.
  • Contrôle des médias.
  • Suppression de l’autonomie des organismes relevant de la société civile.
  • Les recteurs de toutes les universités, publiques comme privées, sont remplacés par des généraux ou des amiraux.
  • Couvre feu, qui sera maintenu dans certaines villes jusqu’en mars 1978
  • L’importation de livres est soumise à censure.

J’veux te raconter Kissinger
l’histoire d’un de mes amis
son nom ne te dira rien
il était chanteur au Chili

Ça se passait dans un grand stade
on avait amené une table
mon ami qui s’appelait Jara
fut amené tout près de là

On lui fit mettre la main gauche
sur la table et un officier
d’un seul coup avec une hache
les doigts de la gauche a tranché
D’un autre coup il sectionna
les doigts de la dextre et Jara
tomba tout son sang giclait
6 000 prisonniers criaient

L’officier déposa la hache
il s’appelait p’t’être Kissinger
il piétina Victor Jara
chante dit-il tu es moins fier

Levant ses mains vides des doigts
qui pinçaient hier la guitare
Jara se releva doucement
faisons plaisir au commandant

Il entonna l’hymne de l’U
de l’unité populaire
repris par les 6 000 voix
des prisonniers de cet enfer

Une rafale de mitraillette
abattit alors mon ami
celui qui a pointé son arme
s’appelait peut-être Kissinger

Cette histoire que j’ai racontée
Kissinger ne se passait pas
en 42 mais hier
en septembre septante trois

Julos Beaucarne       1973

Victor Jara était quasiment devenu ambassadeur du Chili socialiste sur la scène internationale après l’élection d’Allende. C’est lui qui avait rendu hommage à Pablo Neruda lors de son Nobel de littérature en 1972.

Victor Jara est transporté le 11 septembre 1973 dans le Stade national, à l’endroit même où, en 1972, il avait rendu hommage à Neruda. Il meurt criblé de balles le 16 septembre. Avant de le tuer, un policier lui broie les mains. Il aurait alors commencé à chanter l’hymne de l’Unité populaire, repris en chœur par les autres militants arrêtés avec lui.

Cilles Bataillon         L’Histoire n°391 Septembre 2013

Sur le plan économique, les entreprises nationalisées sous Allende sont restituées à leurs anciens propriétaires. Les grandes entreprises publiques d’État sont privatisées. Fin du contrôle des prix et abaissement des barrières douanières. Investissements étrangers encouragés. Tout cela sous le management des Chicago boys, des économistes néolibéraux formés à l’école du néolibéral  Milton Friedman, sous la houlette de Sergio de Castro, ministre de l’économie. La gestion des fonds de pension des travailleurs est transférée à des entreprises à but lucratif. En 1990, 40 % de la population sera paupérisée.

Les larmes ne doivent pas troubler la vue et il n’est pas interdit de penser que les graines semées sous la présidence d’Allende, hors d’atteinte des militaires adeptes du golpe, donneront naissance quarante ans plus tard, à une situation qui sera une première mondiale : deux femmes qui s’affrontent pour le deuxième tour d’élections présidentielles. Qui aurait raisonnablement osé prédire cette fantastique arrivée des femmes au pouvoir même dix ans plus tôt ?

19 09 1973                   Charles XVI Gustave monte sur le trône de Suède.

23 09 1973                 Pablo Neruda, de son nom de naissance Ricardo Eliecer Neftalí Reyes Basoalto, meurt à la clinique Santa Maria de Santiago pendant que La Chascona,  sa maison de Santiago était saccagée par les militaires : livres brûlés etc… Il avait 69 ans, et s’apprêtait à s’exiler au Mexique.

Je veux vivre dans un pays où il n’y ait pas d’excommuniés.
Je veux vivre dans un monde où les êtres soient seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédés par une règle, par un mot, par une étiquette.
Je veux qu’on puisse entrer dans toutes les églises, dans toutes les imprimeries.
Je veux qu’on n’attende plus jamais personne à la porte d’un hôtel de ville pour l’arrêter, pour l’expulser.
Je veux que tous entrent et sortent en souriant de la mairie.
Je ne veux plus que quiconque fuie en gondole, que quiconque soit poursuivi par des motos.
Je veux que l’immense majorité, la seule majorité : tout le monde, puisse parler, lire, écouter, s’épanouir. 

Pablo Neruda            Confieso que he vivido, J’avoue que j’ai vécu. Parution posthume de 1974

09 1973                              Un Concorde venant de Caracas se pose au Texas

6 10 1973                           Guerre du Kippour. (Israël – Egypte)

16 / 17 10 1973                 Les ministres des 6 pays du Golfe persique – l’OPEP -décident d’augmenter de 70 % le prix du brut : en 2 mois il va quadrupler ; le baril de brut passe de 3 à 11.65 $.

C’est un tournant géopolitique et une brèche dans l’échange inégal imposé par les pays industriels occidentaux, sous l’hégémonie américaine, aux pays détenteurs de matières premières depuis la mondialisation de l’après-1945. Si les termes de l’échange de pays exportateurs de minerais et denrées agricoles se dégradent jsuqu’en 1989, ce choc pétrolier n’en symbolise pas moins une sorte d’acte II de la décolonisation. Avec le poids des pays exportateurs de pétrole et la montée des puissances industrielles asiatiques la mondialisation apparaît de moins en moins comme un phénomène organisé par les grandes puissances occidentales, par l’impérialisme colonial ou l’érection d’institutions internationales qu’elles dominent ; elle semble devenir une dynamique autonome et de plus en plus incontrôlable.

1973 marque ainsi le premier coup d’un choc  du global des années 1973-1985, véritable basculement du monde par rapport au régime de mondialisation né après 1945. En cette année 1973, les pays du Tiers Monde revendiquent d’ailleurs à l’ONU un nouvel ordre économique international plus équilibré, tandis que la puissance et la confiance des pays industriels occidentaux semblent marquer le pas. Les États-Unis se retirent du Vietnam, le terrorisme mine l’Italie et menace l’Allemagne, tandis qu’en France on redécouvre, avec le livre de Robert Paxton, La France de Vichy 1940-1944 (1973), un passé national vichyste, au moment même où renaissait l’extrême droite, la xénophobie (création en 1972 du Front National et meeting Halte à l’immigration sauvage ! à l’initiative des néofascistes d’Ordre nouveau le 21 juin 1973) ainsi que de violentes ratonnades (dénoncées par le film Dupont Lajoie d’Yves Boisset).

Christophe Bonneuil           Histoire Mondiale de la France, sous la direction de Patrick Boucheron et 132 auteurs encadrés par Nicolas Delalande, Florian Mazel, Yann Potin, Pierre Singaravélou. Seuil 2018

30 10 1973                  Mise en service du premier pont sur le Bosphore : 1560 m de long, 1074 m entre les deux portées ; largeur du tablier : 9 m , soit 8 voies de circulation.

10 1973                        Faute d’avoir l’assurance que son projet de ramener la durée du mandat présidentiel à 5 ans au lieu des 7 actuels, soit voté par le Congrès avec la majorité nécessaire des 3/5°, – requise pour une réforme constitutionnelle – Georges Pompidou le retire.

25 11 1973                 Le président grec Georgios Papadópoulos, devenu chef d’État après avoir lui-même fait partie du gouvernement des colonels – il est lui-même colonel – est renversé par un coup d’État militaire.

Hellène est en servitude, elle ne bouge plus, elle ne respire plus. Mikis Théodorakis a été des premiers à en payer le prix. Il a composé en 1969 La Marche de l’Esprit, sur un poème d’Angelos Sikelianos – 1884-1951 -. Personne mieux que lui n’a dit la colère de l’homme face à la dictature des forces obscures : indignez-vous ! et, plus largement, c’était aussi une manière de dire au monde : Ne croyez pas ceux qui vous disent que les deux seuls grands moteurs du monde sont l’argent et le sexe, car avant l’argent, avant le sexe, il y a l’Esprit, oui, l’Esprit. Et la fabuleuse voix de Maria Farantouri chante magnifiquement cette colère.

11 1973                       Au Congo, Mobutu, de retour de Chine dans les jours précédents, se lance dans la zaïrianisation, ni plus ni moins que la saisie de l’ensemble des petites et moyennes entreprises, exploitations agricoles, plantations et fonds de commerce, soit quelques milliers d’entreprises, pour être données aux Congolais. Comme le dira un jour Albert Bernard Bongo : Hier, nous étions au bord du gouffre ; depuis nous avons fait un grand pas en avant !  Cette catastrophe permit tout de même à Mobutu de s’offrir 14 plantations dispersées dans tout le pays, contrôlant ainsi le quart de la production de cacao et de caoutchouc : il fera travailler 25 000 personnes, deviendra le troisième employeur de l’État  et, grâce surtout aux revenus des mines, la 7° fortune du monde ! Ce pillage débile entraîna une augmentation du chômage, des prix, donc un appauvrissement général de la population, d’où une multiplication de petits boulots pour boucler les fins de mois, et une corruption en croissance exponentielle : les militaires seront les premiers à se servir : utilisation des véhicules de l’armée pour faire le taxi, du personnel subalterne pour servir de domestique à la maison, volatilisation des appareils de radio, sono etc etc… Tout le monde veut commander, mais personne ne veut obéir, disait un rapport.

Erwin Blumenthal, ancien cadre de la Bundesbank, missionné par Le FMI pour analyser tout cela, rendra son verdict : Mobutu et son gouvernement formuleront sans aucun doute de nouvelles promesses, et la dette extérieure, qui ne cesse de croître, obtiendra une fois de plus, un report de paiement, mais il n’y a aucune chance, et je dis bien aucune chance, que les créanciers revoient un jour leur argent.

9 12 1973                             Tempête dans une fondue savoyarde  à Val d’Isère : l’équipe de France de ski – féminine comme masculine – voit ses meilleurs éléments renvoyés, sans explication officielle : Britt Lafforgue, Ingrid Lafforgue, Henri Duvillard, Roger Rossat-Mignot, Jean-Noël Augert (blessé, il se rétablissait chez lui, à la Toussuire) et Patrick Russel.  Sur http://ddata.over-blog.com/4/36/88/74/Affaire-de-Val-d-Isere—Photos—Sections-for-PDF.pdf, Alain Lazard en fait un récit exhaustif. Pour les moins concernés, la tempête se calmera quelques semaines plus tard, pour ceux qui étaient au coeur du cyclone, le calme ne reviendra que des années plus tard.

Après avoir consulté Georges Joubert et les responsables des équipes de France et en accord avec le secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports, j’ai décidé de procéder à une rénovation et au rajeunissement de ces équipes. En conséquence, ne font plus partie des équipes de France les coureurs dont les noms suivent : Ingrid Lafforgue, Britt Lafforgue, Jean-Noël Augert, Henri Duvillard, Patrick Russel et Roger Rossat-Mignod. Cette mesure doit permettre de retrouver un climat nécessaire pour une bonne préparation des futures  compétitions et notamment des jeux Olympiques d’Innsbruck de 1976. J’ajoute que j’ai annoncé ces dispositions aux athlètes il y a un quart d’heure. 

Maurice Martel, président de la FFS -Fédération Française de ski -.

Au nom des six coureurs exclus, cette décision nous a surpris. Nous regrettons de ne pas avoir donné notre point de vue devant les personnes qui ont pris cette décision. D’une part nous avons été touchés par la solidarité des anciens de l’équipe. D’autre part nous sommes persuadés que nous avons encore un rôle à jouer dans le ski français. Quand nous serons mieux informés sur les raisons exactes de cette décision, nous serons en mesure de vous donner plus d’informations.

Ingrid Lafforgue

Les journaux sportifs de l’époque voudront faire porter le chapeau de cette décision à Georges Joubert, directeur des équipes de France avec Jean Vuarnet. Elle fut en réalité le fait d’un collectif qu’Alain Lazard nomme Conseil des sages, composé de cinq personnalités : Maurice Martel, président de la FFS, dirigeant de longue date et artisan des grandes équipes de France des années 60; Jean Vuarnet, champion olympique de descente 1960, vice-président de la FFS, président de la Commission sportive nationale, ancien patron du ski italien qu’il hissa au faîte de la hiérarchie mondiale chez les messieurs durant l’olympiade 1968-1972; Georges Joubert, président du GUC – Grenoble Université Club – et responsable national du ski de compétition ; Roger Chastagnol, président du Comité descente-slalom à la FFS (Vuarnet, Joubert et Chastagnol occupaient leur fonction depuis le Congrès de Juan-les-Pins, au mois de juin 1972). Enfin Pierre Mazeaud, secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports et alpiniste réputé, de passage à Val d’Isère, qui s’associa aux quatre officiels fédéraux. Il y avait eu des précédents : vingt ans plus tôt, avant les J.O de Cortina d’Ampezzo, les Autrichiens s’étaient trouvé dans une situation analogue et avaient procédé à une purge semblable… qui avait mis au premier plan les Toni Sailer, Anderl Molterer etc… Mais d’une part les années 50, ce n’est pas les années 70, et d’autre part il n’y a sans doute pas en Autriche ce fossé entre montagnards et citadins, car en Autriche, tout le monde est montagnard, avec un bon pourcentage d’entre eux qui vivent en ville.

Les réactions seront virulentes, parfois en faveur de la décision, comme celle de Marielle Goitschel, qui, as usual, ne mâche pas ses mots : Moi, je les aurais virés plus tôt… […] je trouve qu’aujourd’hui ce sont Joubert et Vuarnet qui ont raison de vouloir réellement donner une formation aux jeunes. Bonnet avait fait de nous des bêtes à skier, or il n’y a pas que cela dans la vie… Au moins dans cette affaire, elle n’aura pas fait preuve de clanisme familial, puisque belle-sœur de Jean Béranger, ancien adjoint d’Honoré Bonnet.

Et encore, Alain Vuarnet, fils de Jean, le 27 février 2010 s’adressant aux exclus, à l’occasion d’un pot pour fêter le 50°anniversaire de la médaille d’or de son père à la descente des J.O. de Squaw-Valley :  Sachez que, lorsque la décision a été prise au plus haut niveau, celui qui a fait de la résistance à cette sanction, celui qui a défendu ardemment les skieurs, n’est pas celui que vous semblez viser depuis des lustres, en effet votre défenseur le plus ardent face à cette exclusion à vie a été M. Joubert entraîneur de l’équipe de France de 1973. 

Mais, la plupart des réaction sont pour condamner, parfois très violemment, la décision : au premier rang, l’ancien patron des équipes de France, Honoré BonnetC’est un scandale ! Sur le plan de la moralité, il est inconcevable qu’une telle décision soit prise si tard… C’est à vomir. C’est la plus basse des bassesses auxquelles j’ai été confronté… Tout cela sent des combinaisons machiavéliques, vicieuses et méchantes.

Emile Allais avait toujours fait preuve d’un esprit d’ouverture qui le maintenait à distance du chauvinisme : J’espère que l’Ecole du Ski français va pouvoir incorporer ces nouveaux mouvements dans son programme d’enseignement… Par son caractère international, cette nouvelle technique conduira peut-être à la disparition des particularismes nationaux en matière d’enseignement et à l’épanouissent de cette méthode universelle que tous les skieurs appellent de leurs vœux. 

Emile Allais, préface à Ski 57, de Georges Joubert et Jean Vuarnet

Qu’y a-t-il au fond de cette affaire, qui est une sorte de querelle montagnarde des Anciens et des Modernes, en l’occurrence  des montagnards contre ceux de la ville. Jusque là la formation, la responsabilité du ski de compétition avait été la chasse gardée des montagnards, dont le tempérament s’accommode fort bien des à la manière commando d’un Honoré Bonnet ; les James Couttet, Emile Allais, René Sulpice etc étaient tous des montagnards ; Alain Vuarnet n’en était pas un vrai : il était fils de médecin, ayant fait des études supérieures, perçu comme  à part par ses collègues de l’équipe de France ; Georges Joubert, né à Vizille avait fait l’Ecole Normale Supérieure d’Education Physique et était à la tête du GUC – Grenoble Université Club -, une pépinière de champions ; pour les montagnards, c’étaient des gens de la ville, et le fait de leur avoir confié la direction des équipes de France était perçu d’une certaine façon comme une spoliation. De plus la rupture était importante quant au type d’entraînement choisi ; qu’en était-il jusqu’alors ? les skieurs faisaient  leur saison de compétition, puis rangeaient leurs skis fin mars et ne les ressortaient qu’à la fin novembre. Georges Joubert, à la tête d’un club d’étudiants, pour ne pas mettre à mal leurs études, avait inauguré des stages de ski d’été sur les glaciers les plus proches de Grenoble : Sarenne, puis l’Alpe d’Huez. Arrivant à la direction de l’équipe de France, il avait maintenu ce calendrier et cela avait été mal perçu par les coureurs. Les événements de mai 68, – c’était il y a seulement cinq ans -, n’avaient pas pu ne pas marquer même les skieurs : l’année précédente, lors des championnats de France à la Foux d’Allos, on avait pu voir Henri Duvillard se classer 64° de la descente ! de la bouderie qui confine à la provocation ; à Val d’Isère on avait pu voir Patrick Russel, pourtant élève de Georges Joubert se coiffer d’un bonnet de bagnard floqué Vacationing at Alcatraz… ce à quoi Jean Vuarnet avait répondu qu’il y a plusieurs différences entre la prison d’Alcatraz et l’équipe de France de ski alpin, la première différence étant que les portes de l’équipe de France étaient toujours ouvertes et que n’importe quel membre pouvait en sortir sans demander la permission à qui que ce fut. Et c’était là encore de la provocation de sale gosse, plutôt immature. En termes crus cela s’appelle cracher dans la soupe, première spécialité soixante-huitarde ;  on est en droit de penser que les relations entre Adrien Duvillard et Henri, son frère cadet de treize ans se détériorèrent considérablement et durablement… Treize ans, qui avaient valeur d’une génération, le premier né six ans avant la guerre, le second deux ans après la fin de la guerre, 20 ans en 1968. Adrien, profondément catholique était un adepte farouche du linge sale qui se lave en famille et surtout pas sur la place publique. Et par là-dessus, les innombrables montagnards, journalistes compris,  qui venaient attiser le feu avec leurs rancœurs, le nez sur le guidon.

Donc, il y avait des choses à revoir, il fallait mettre les choses à plat ; il fallait faire une espèce de Grenelle du ski ; mais qui mettre à la table des négociations : côté coureurs, Patrick Russel était le mieux placé mais venait d’étaler son immaturité ; côté entraîneur, Emile Allais était bien le montagnard dont l’esprit d’ouverture était le plus évident, mais s’il pesait lourd en renommée, il ne détenait aucune responsabilité de cet ordre. Et c’est ainsi que ce Conseil des sages prit sa décision, contre toute sagesse, en ayant très probablement raison sur le fond, mais radicalement tort sur la forme, avec une ignorance totale de la plus élémentaire pédagogie : du caporalisme à l’état pur : politiquement, une catastrophe. L’équipe de France mettra 10 ans pour se sortir de l’ornière dans laquelle l’avaient fait tomber ces adjudants de mes fesses. Quatorze ans plus tôt, la mort de Vincendon et Henry en hiver entre le refuge des Grand Mulets et le sommet du Mont Blanc avait réveillé des passions entre montagnards et ceux d’en-bas mais la mort avait contenu les querelles dans les limites de la décence ; dans cette affaire de Val d’Isère, il n’y eut pas mort d’homme et donc le déchaînement des passions put se donner libre cours et il ne fut laissé pas la moindre place à la pudeur.

Le blog de affairevaldisere - Retour sur une affaire qui a secoué le sport  français et laissé des traces dans l'histoire du ski alpin tricolore

En bleu, Maurice Martel. A gauche, Pierre Mazeaud

Georges Joubert — Wikipédia

Georges Joubert

10 décembre 1973 - Dans une tentative de résoudre la crise qui s'est  produit à la fin de la semaine dans l'Isère, les dirigeants exclus de six  skieurs de l'équipe de France :

de gauche à droite, Patrick Russel, Roger Rossat-Mignot, Henri Duvillard, Brit et Ingrid Lafforgue

French Ski Team : Photo d'actualité

1 Decembre 1971. Grenoble. De gauche à droite : Accroupis : Jean-Noël Augert, Henri Duvillard. Milieu : Bernard Grosfillex, Jean-Luc Pinel, Jean-Pierre Augert, Bernard Orcel, Bernard Charvin et Patrick Russel. En haut : Henri Brechu, Alain Penz et Roger Rossat-Mignod.

1973                            Le Danemark, le Royaume Uni et l’Irlande rejoignent la CEE, portant à 9 le nombre des pays membres.

Le France est désarmé, à quai au Havre, malgré bien des manifestations syndicales pour empêcher l’inéluctable : l’augmentation des prix du pétrole, la concurrence de l’avion… et la plus grande grève de l’histoire de la marine marchande ont mis définitivement les comptes dans le rouge. Racheté dans un premier temps par le milliardaire saoudien Akram Ojjeh, ce dernier le revendra à un armateur norvégien, Knut Ulstein Klosters pour 18 M. $. Les aménagements intérieurs seront refaits, la motorisation revue à la baisse et il sera rebaptisé Norway.

Le russe Sviatoslav Fiodorov réussit à corriger des myopies par de petites incisions de la cornée. Début des travaux du BAM, branche du Transsibérien reliant le lac Baïkal au fleuve Amour [qui, en bouriate, signifie, sale, boueux] et la Mer Noire : 3 150 km de voies : c’est le principal chantier de la période de Brejnev, surnommé le monument le plus long à la gloire de la stagnation.

Un camion libyen se paie l’Arbre du Ténéré. Les reliques iront au musée de Niamey. On ne peut s’empêcher de penser à un trait de de Gaulle en écho à Mort aux cons issu des rangs à la fin d’une cérémonie militaire : Vaste programme !  Ce vieil acacia – Acacia tortilis, sous espèce raddiana – perdu dans l’un des plus durs désert du monde, le seul très probablement à être mentionné en toutes lettres sur toutes les cartes, devenu point géodésique, allait bravement chercher son eau à 36 mètres sous le sol, très mauvaise eau, précisait la carte Michelin, qui ajoutait encore : Monument.

La société Rhône-Progil met en exploitation le sel gemme de Parrapon, sur la commune de Vauvert dans le Gard :

Tout a commencé en 1962, lors de l’exploration pétrolière dans le Midi de la France. Le forage du puits de Pierrefeu a révélé la présence d’un gisement important de sel gemme à plus de 2 500 m de profondeur. En 1973, la société Rhône-Progil démarre l’exploitation sur le site de Parrapon afin d’alimenter en saumure les électrolyses de Lavéra, près de Martigues. […]    L’extraction nécessite la mise en place de forages profonds, par doublets (puits espacés de 9 mètres), employant des méthodes de type pétrolier, ce qui fait du site de Parrapon un site unique en Europe. Lorsque les forages sont arrivés au niveau du filon de sel, de l’eau sous pression (90 bars maximum) est injectée dans l’un des forages pour dissoudre le sel et la saumure ainsi formée est remontée par le second puits. Les salines sont desservies en eau par le canal d’irrigation du Bas-Rhône, dont la station dédiée exclusivement aux besoins de KEM ONE se situe à proximité du carrefour de Gallician sur la RN 572.

90 kilomètres de canalisations relient les Salines de Vauvert à Fos-sur-Mer et Lavéra

La saumure extraite est envoyée dans un premier temps dans des réservoirs afin de vérifier sa concentration – elle doit être saturée en sel à 320 grammes par litre – et d’éliminer les impuretés solides. Rectifiée et traitée, elle est stockée dans le grand réservoir à ciel ouvert, puis, de là, injectée dans un pipeline et acheminée jusqu’aux usines de Fos-sur-Mer et de Lavéra (Bouches-du-Rhône). Depuis 1973, ce pipeline appelé saumoduc, en grande partie enterré, fait l’objet de contrôles quotidiens par une entreprise spécialisée, notamment par cheminement sur tout son tracé.
Il s’agit là d’un mode de transport sûr, réglementé et respectueux de l’environnement. Il représente l’équivalent 16 600 wagons de sel qu’il faudrait acheminer chaque année depuis les salines vers les sites de production de KEM ONE (soit 153 camions par jour).
De l’électrolyse du sel jusqu’à la transformation du PVC
Le chlorure de sodium extrait à Vauvert (1,1 million de tonnes par an), sous forme de saumure, alimente en matière première les ateliers d’électrolyse de Fos et Lavéra. A partir du sel, KEM ONE fabrique différents produits. Du chlore, bien sûr, mais aussi de la soude, de l’hydrogène, de l’acide chlorhydrique et de l’eau de Javel.
Combiné avec de l’éthylène, issu du crackage du pétrole, le chlore est principalement employé dans la production de PVC et des chlorométhanes utilisés pour la fabrication de silicones, de gaz fluorés, etc.…
Des couches profondes du sous-sol des Costières au tableau de bord de notre voiture, aux fenêtres de notre appartement, à notre mobilier de jardin, aux jouets de nos enfants… quel chemin parcouru !
Au-delà des prouesses techniques et des savoir-faire déployés dans l’exploitation du gisement, les Salines de Vauvert mettent en exergue leurs préoccupations en matière d’environnement et leur apport à l’économie locale.
Les modes d’extraction et de transport du sel ne génèrent pas d’émissions polluantes. L’eau nécessaire à l’exploitation (3 millions de m³ par an, environ) provient du canal du bas-Rhône et fait de KEM ONE un des plus gros – sinon le plus gros – client de BRL. Enfin, avec 50 hectares de vignes plantées en Sirah et Grenache, les Salines sont devenues un acteur majeur de la Cave pilote de Gallician.

Guy Roca         http://vauvert-plus.com/2017/11/11/la-route-du-sel/

12 02 1974                 Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne a écrit L’Archipel du Goulag de 1958 à 1967, sur de minuscules feuilles de papier enterrées dans des jardins d’amis, un exemplaire étant envoyé en Occident. Peu de temps après la fin de la rédaction, on découvre pendue Elizabeth Voronianskaïa, une de ses aides : elle avait avoué sous la torture au KGB l’emplacement de la cachette où se trouvait un des exemplaires ; Soljénitsyne décide alors de la publication de L’archipel du Goulag, à Paris, dans une des rares imprimeries disposant de caractères cyrilliques. Les premiers exemplaires viennent d’arriver à Moscou : il est expulsé pour l’Allemagne de l’Ouest : il partira ensuite pour Zurich, en Suisse, puis pour les États-Unis.

3 03 1974                         Le vol Turkish Airlines 981 – un DC 10  – Istanbul – Londres, via Orly, s’écrase en forêt d’Ermenonville, par 49° 08′ 44″ N, 2° 38′ 04″ E, à proximité de Senlis : 346 morts. La porte de soute s’est ouverte, provoquant une très brutale dépressurisation, dont la violence a endommagé les commandes manuelles : l’appareil ne répondait plus à aucune commande. Il y avait sur ces appareils un défaut de conception de verrouillage de la porte de soute qui avait été signalé depuis longtemps, sans suite,  et de plus, cette opération avait été mal vérifiée lors de sa dernière manipulation.

9 03 1974                    Le soldat japonais Onaba, fatigué de mener une vie de sauvage sur l’île de Lubang, dans les Philippines, se rend : il ne savait pas que la guerre était terminée depuis 29 ans !

13 03 1974                  Mise en service de l’aéroport de Roissy, commencé en 1964. Il aura coûté 1,63 milliard F. C’est Paul Andreu qui en a été l’architecte.

Terminal 1


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