28 avril 1969 au 13 mars 1974. On a marché sur la lune. Dernière ligne droite pour de Gaulle. Georges Pompidou. Salvador Allende. Courriers gabonais. 23323
Publié par (l.peltier) le 25 août 2008 En savoir plus

28 04 1969                     Le référendum sur la réforme du sénat et la création de régions a été refusé par 52.41 % des votants, De Gaulle démissionne. Il partira en Irlande, accompagné de son aide de camp, l’amiral Flohic.

En 1940, vous avez rendu à la France l’honneur, puis l’indépendance, puis la liberté. Depuis lors, à plusieurs reprises, vous avez, vous seul, sauvé le pays des périls qui le menaçaient, désordre, asservissement, guerre civile, faillite et misère. Par votre politique africaine, vous avez épargné à la France d’innombrables guerres injustes et ruineuses. Les Français vous doivent tout : leur indépendance nationale, leurs libertés politiques, leurs institutions assainies, leur aisance matérielle, leur relèvement économique. Ils vous doivent surtout, à vous seul, que la France n’ait jamais cessé, depuis que vous êtes à sa tête, d’être respectée.

Anonyme. Une des quelques 50 000 lettres envoyées à l’Elysée ou à Colombey.

29 04 1969                  Georges Pompidou se déclare candidat à l’élection présidentielle.

1 06 1969                    Le premier tour élimine les candidats de gauche : Duclos, Defferre, Rocard, Krivine.

8 06 1969                    Nixon retire 25 000 soldats du Viet Nam.

16 06 1969                  Georges Pompidou est élu président de la République, avec 58.21 % des voix : le centriste Alain Poher est largement battu. Nixon retire 35 000 soldats du Viet Nam. Les Américains se seront livrés de 1967 à 1972 à des essais de dérèglement du climat en déversant sur la piste Ho Chi Min des tonnes de iodure d’argent avec pour effet de la noyer sous les pluies ainsi provoquées : l’effet escompté ne fut pas celui recherché.

Les vélos étaient confiés à des hommes d’âge mur, des pères de famille, des briscards. Longues files silencieuses impossibles à repérer sous la forêt. La nuit les yeux fixés sur le ver luisant attaché au casque de celui qui précède. Le fusil AK tenu par une lanière dans le dos, des chargeurs et des grenades sur le torse.

Chaque cycliste en autonomie est muni d’un sac de riz et d’un réchaud, d’un briquet-tempête, d’une sacoche d’outils, d’une lampe torche, d’un imperméable à capuche, de chambres à air, d’un hamac, d’une tente et d’un lot d’images pornographiques. Pas de BMC pour les bodoïs à vélo, pas d’attente debout dans la boue le savon et la serviette à la main. L’armée du peuple se branle vite fait le long du talus et remonte en selle. Peut-être la plus grande invention stratégique du convoyage depuis les éléphants d’Hannibal. Contre eux, les B 52 et les hélicos, la débauche de technologie inutile.

Patrick Deville          Kampuchéa    Le Seuil 2011

Le maître d’œuvre de cette armée de la nuit, le général Giap est certainement l’un des plus grands stratèges qu’ait connu le monde et sa stratégie incluait le choix de ses collaborateurs : parmi eux, Pham Xuân Ân, colonel des services de renseignements du Viet-Minh, et évidemment agent des services secrets du Sud Vietnam :

Pendant quinze ans, la taupe allonge ses galeries, fréquente Lansdale et la CIA, photographie tous les documents qu’il voie passer, consigne et analyse les indiscrétions. Ses notes remontent jusqu’au général Vô Nguyên Giap, le vainqueur de Dien Bien Phu et bientôt le vainqueur des Américains. Les deux hommes se rencontreront après la victoire. Le général confirmera avoir été, grâce à cet agent dont il ignorait le nom assis en permanence dans la salle de commandement américain. En quinze ans, jamais une erreur. Une vie méticuleuse de mandarin silencieux. Le journaliste pro-yankee travaille au milieu des correspondants de guerre, vit avec eux au Continental, il est l’ami des députés corrompus et des officiers, dîne avec eux, prend avec eux des verres chez Grival aux heures où l’attention se relâche, mais on est entre soi, loin des oreilles des Viêts. À la mort de Ho Chi Minh en 1969, il rédige une nécrologie reprise partout dans le monde sans commettre le moindre faux pas. Sa vie est cloisonnée, précise et efficace comme celle d’un Douch.

Ces deux-là sont les recrues idéales pour qui parvient à s’attacher leur fidélité.

Patrick Deville          Kampuchéa    Le Seuil 2011

23 06 1969               Nelson Mandela est en prison depuis le 5 août 1962. Il sera libéré le 11 février 1990 : il écrit à sa femme Winnie :

[…]    Ce sont quelques diamants que contient cette lettre, et après l’avoir lue le 17 mai, je me suis senti à nouveau aux anges. Les désastres arriveront et s’en iront, laissant toujours leurs victimes soit complètement brisées, soit renforcées et plus expérimentées, capables de faire face à une nouvelle vague de défis. C’est précisément dans ce moment présent qu’on doit se souvenir que l’espoir est une arme puissante qu’aucun pouvoir sur terre ne peut vous enlever : rien ne peut-être aussi précieux que de prendre part à l’histoire de la formation d’un pays. Les valeurs éternelles de la vie sociale et de la pensée ne peuvent être créées par des gens indifférents ou hostiles aux véritables aspirations d’une nation. Ceux qui n’ont ni âme ni sens de l’orgueil national, ni aucun idéal, ne peuvent supporter l’humiliation ou la défaite. Ils ne peuvent élaborer aucun héritage national, ils ne sont inspirés par aucune mission sacrée et ne peuvent faire naître ni martyrs ni héros nationaux. Aucun nouveau monde ne naîtra grâce à ceux qui se tiennent à distance, les bras croisés ; il naîtra grâce à ceux qui sont dans l’arène, dont les vêtements sont déchirés par les tempêtes et dont le corps est mutilé par l’affrontement. L’honneur appartient à ceux qui ne renoncent jamais à la vérité, même quand tout semble sombre et menaçant, qui essaient encore et encore, que les insultes, l’humiliation ou la défaite ne découragent jamais. Depuis l’aube des temps, l’humanité  a respecté les hommes courageux et honnêtes, des hommes et des femmes comme toi, ma chérie – une jeune fille ordinaire née dans un village de campagne à peine indiqué sur les cartes, femme d’un kraal [le kraal, en afrikaans, est un groupe de huttes entourées d’une clôture pour garder le bétail] le plus humble même selon les critères paysans.

[…]    Dans cette attente, je veux que tu saches que je pense à toi à chaque instant de la journée. Bonne chance, ma chérie. Un million de baisers et des tonnes d’amour.

Avec dévouement.

Dalibunga

14 07 1969                  Un match de foot entre le Salvador et le Honduras se termine mal : 1 000 morts.

21 07 1969                  Neil Amstrong est le premier homme à marcher sur la lune. Apollo XI s’est désolidarisé du LEM, qui alunit à 21 h 17, le 20 juillet. Les opérations à effectuer prendront presque 7 heures avant de pouvoir sortir. Il est 3 h 56’. Les deux hommes (le deuxième est Buzz Aldrin) passeront 22 heures sur la lune. Un petit pas pour l’homme, un pas de géant pour l’humanité feront le tour du monde… à pas de géant.

En 2000, lors d’une conférence devant le Press Club américain, il citera la 3° loi d’Arthur C. Clarke : Elle semble aujourd’hui particulièrement adaptée : toute technologie suffisamment développée est indiscernable de la magie. Vraiment, cela a été un siècle magique.

Astronauta norte-americano Buzz Aldrin na Lua

Dans les mois précédant l’expédition, Neil Amstrong et Buzz Aldrin s’étaient entraînés dans un désert lunaire de l’ouest des Etats-Unis, qui abrite plusieurs communautés indigènes américaines. Un jour qu’ils s’entraînaient, les astronautes tombèrent sur un vieil indigène américain. L’homme leur demanda ce qu’ils fabriquaient là. Ils répondirent qu’ils faisaient partie d’une expédition de recherche qui allait bientôt partir explorer la Lune. Quand le vieil homme entendit cela, il resta quelques instants silencieux, puis demanda aux astronautes s’ils pouvaient lui faire une faveur.

  • Que voulez-vous ?
  • Eh bien, fit le vieux, les gens de ma tribu croient que les esprits saints vivent sur la Lune. Je me demandais si vous pouviez leur transmettre un message important de la part des miens.
  • Et quel est le message ? demandèrent les astronautes.

L’homme marmonna quelque chose dans son langage tribal, puis demanda aux astronautes de le répéter jusqu’à ce qu’ils l’aient parfaitement mémorisé.

  • Mais qu’est-ce que ça veut dire ?
  • Je ne peux pas vous le dire. C’est un secret que seuls sont autorisés à savoir notre tribu et les esprits de la Lune.

De retour à leur base, les astronautes ne ménagèrent pas leurs efforts pour trouver quelqu’un qui sût parler la langue de la tribu et le prièrent de traduire le message secret. Quand ils répétèrent ce qu’ils avaient appris par cœur, le traducteur partit d’un grand éclat de rire. Lorsqu’il eut retrouvé son calme, les astronautes lui demandèrent ce que ça voulait dire. L’homme expliqua. Ce qu’ils avaient si méticuleusement mémorisé voulait dire: Ne croyez pas un seul mot de ce qu’ils vous racontent. Ils sont venus voler vos terres.

1 09 1969                    Gabrielle Russier, enseignante de 42 ans à Marseille avait une liaison avec l’un de ses élèves, 16 ans : elle ne résiste pas au poids de la mise à l’index et se suicide. Près de 50 ans plus tard, dans une situation analogue, Brigitte Auzière, née Trogneux deviendra première Dame de France en mai 2017, après avoir rencontré Emmanuel Macron quand il avait 16 ans et elle 41. Ils avaient frôlé mais tout de même évité le scandale. Puis les choses s’arrangeront vite, même si une pauvre crapule comme Adriano Segatori, un psychiatre italien  voudra se faire mousser en prétendant que ce n’est pas Emmanuel Macron qui a séduit Brigitte Auzière, mais que c’est elle qui l’a violé, ceci sans le moindre début de preuve ; mais quand on appartient à un opuscule néofasciste comme Casa Pound, on ne s’embarrasse pas de preuves.

En Lybie, Mouammar Kadhafi renverse le roi Idriss I° et s’installe rapidement comme le seul chef en se débarrassant de ses comparses. Il restera au pouvoir jusqu’en 2011.

9 09 1969                    Eddy Merckx fait une chute sévère sur la piste de Blois : mais auparavant, quelle année : l’homme a écrasé de son art, de sa classe tous ses adversaires : Paris-Nice, où il double Jacques Anquetil dans le contre la montre du col d’Èze, Le Tour des Flandres, Liège-Bastogne-Liège. Le Giro et le Tour de France, avec un Roger Pingeon second à 18’ ! Jacques Goddet, directeur du Tour titrera dans l’Equipe : Merckxissimo.

09 1969                      Jacques Chaban Delmas, premier ministre, lance son programme de nouvelle société, préparé par ses chefs de cabinet : Simon Nora et Jacques Delors. [Le texte de son discours se trouve dans le chapitre discours de ce site.]

10 1969                       Murray Gell-Mann, américain, reçoit le Nobel de physique : il a découvert de quoi sont faites les particules élémentaires de l’atome : des quarks. Il en existe six qui forment ce que les physiciens appellent l’étrangeté d’une particule : cette propriété permet au noyau de demeurer stable grâce à la force de cohésion dite interaction forte. C’est le véritable ciment qui lie les éléments de notre Univers.

9 11 1969                    78 Indiens débarquent sur l’île d’Alcatraz, the Rock, une prison fédérale abandonnée, dans la baie de San Francisco. Fin novembre, ils étaient 600, qui proposèrent d’acheter Alcatraz avec des perles de verre et des chiffons de toile rouge comme les Blancs l’avaient fait pour Manhattan environ trois siècles auparavant.

Nous pensons que cette île que vous appelez Alcatraz est idéale pour recevoir une réserve indienne telle que les Blancs la conçoivent. En fait, nous pensons que cet endroit présente toutes les caractéristiques des réserves indiennes :

·         Elle est éloignée de tous services et n’est desservie par aucun moyen de transport adéquat.
·         Il n’y a pas d’eau courante.
·         Les services sanitaires sont défectueux.
·         Pas de pétrole ou de minerais.
·         Pas d’industrie et donc un chômage très élevé.
·         Aucun service de santé.
·         Le sol est rocheux, impropre à toute culture, et il n’y a pas de gibier
·         Pas d’équipements scolaires.
·         Il y a toujours eu surpopulation dans cette île.
·         La population a toujours été considérée comme prisonnière et tenue dans une totale dépendance des autres.

Le gouvernement fit couper les lignes téléphoniques, l’électricité et l’eau… Certains indiens partirent, d’autres restèrent plus d’un an avant que les forces fédérales ne viennent les déloger

19 11 1969                  2° alunissage américain : Gordon et Bean ; ils y passeront 30 h.30’.

25 12 1969                  La guerre des six jours a modifié la donne entre Israël et la France, qui a décidé de ne pas livrer les cinq vedettes lance missile Misvatch qu’Israël avait commandées, et de plus presque intégralement payées. Israël n’apprécie pas ces manières, et charge le Mossad – ses services secrets – de récupérer ce qu’ils estiment être leur bien : mission accomplie 5/5 : au petit matin, les garde côtes français, les yeux encore baignés du merveilleux de Noël et l’estomac empli de dinde, s’aperçoivent que les dindons, ce sont eux : les vedettes sont bien parties. Israël avait monté un bobard de société norvégienne qui prétendait vouloir racheter ces bateaux désarmés pour faire de la recherche pétrolière en mer du Nord. Sitôt sorti de Cherbourg, cap au sud, où les Anglais les laissent franchir Gibraltar sans difficulté. La presse locale se taira pendant deux jours, de mèche avec le constructeur Félix Amiot, président des Constructions mécaniques de Normandie.

1969                            1° tronçon du RER. Achèvement de l’autoroute Lyon-Marseille, un an avant Lyon-Paris. Le SMIG devient SMIC : C pour Croissance. Le minimum légal doit pouvoir assurer une progression et non pas seulement un maintien du pouvoir d’achat. A Megève, l’hôtel du Mont Blanc brûle ; le feu est parti d’une chambre de Manitas de Plata [Ricardo Ballardo à l’état-civil]. Henri de Lumley reprend les recherches du pasteur Bicknell et du sculpteur Conti dans la Vallée des Merveilles, dans le Mercantour. Les très nombreuses gravures du Bronze ancien, vers – 1 760, conduiront à la protection rigoureuse du site. Les inévitables auteurs de graffiti – qui en fait ne font que prendre la suite de leurs ancêtres du Bronze, mais sans que cela représente un quelconque intérêt, n’ont pas attendu le XX° siècle pour se manifester : bon nombre d’entre eux datent du milieu du 19°.

Le stalinisme n’en finit pas d’agoniser : un des derniers soubresauts : l’exclusion de Jacques Lacan de l’École Normale supérieure. Il y reviendra le 6 septembre 2011, et ne manquera pas de s’exprimer là-dessus lors d’une réunion organisée à Paris par Jacques-Alain Miller : Althusser et Derrida s’étaient tous les deux employés à rétablir l’ordre des choses qui était l’ordre communiste… Philippe Sollers ne parlera jamais autrement d’eux qu’en mentionnant les propriétaires de la Rue d’Ulm.

Ce qui deviendra dans les années 90 le réseau Internet commence à se mettre en place, dans le département des projets avancés de l’armée américaine, né en 1957, en réaction au Spoutnik russe : ARPA : Advanced Research Project Agency. La firme BBN préconise un mode de communication par paquets doté de son protocole propre, le Network Control Protocol. Un ordinateur chargé de gérer le réseau a également été conçu : IMP : Interface Message Processor. Un an plus tard, on aura un réseau entre quatre universités : Stanford, Californie(2), Utah. En 1971, ARPANet a 23 connexions, 111 en 1977.

On s’émerveille devant des start-up qui seraient nées dans des garages, mais on oublie de dire que le garage se trouve en fait sur un porte-avions.

Pierre Bellanger, patron de Skyrock

10 02 1970                  À Val d’Isère, une avalanche détruit le chalet de l’UCPA : 39 morts.

4 03 1970                         Le sous-marin S 644 Eurydice, de la classe des Daphné, coule au large du cap Camarat : 57 morts. L’implosion de sa coque vers 600 m. de profondeur sera ressentie à Toulon, et enregistrée par le sismographe de Nice, à 7 h 28′. En restant au conditionnel, il pourrait y avoir eu une collision avec le cargo tunisien Tabarka. Son épave a été repérée et photographiée par le Mizar, muni d’un poisson, de la marine américaine :

Il est tout de même bien étrange que la Marine Nationale n’ait pas mis tout en œuvre pour aller récupérer cette épave, une fois repérée,  ce qui aurait probablement permis de connaître les causes du drame : le sous-marin Nautile est bien allé chercher quelques belles pièces du Titanic par 3 870 m de fond ! quand l‘Eurydice repose entre 700 et 1 000 m. de fond, par 43°16′ N et 6°81′ E, grosso modo la longitude de Saint Raphaël et la latitude du cap Saint Tropez.

5 03 1970                   Une quarantième signature du traité de non prolifération nucléaire permet son entrée en vigueur. La France et la Chine ne donneront leur signature qu’en 1992. En 1963, John Kennedy avait déclaré : Nous sommes actuellement quatre puissances détentrices de l’arme nucléaire. Si nous ne faisons rien, nous serons 20 ou 25 dans vingt ans. L’explosion de la bombe chinoise en août 1964 avait accéléré les négociations et le traité avait été mis à la signature le 1° juillet 1968. Il avait donc fallu presque deux ans pour parvenir aux quarante signatures nécessaires à son entrée en vigueur.

18 03 1970                  À Phnom Penh, au Cambodge, le général Lon Nol renverse Norodom Sihanouk et fonde la république khmer du Cambodge. La corruption généralisée, le soutien indéfectible des campagnes à Norodom Sihanouk, la diminution de l’aide américaine au Viet Nam et les bombardements du Cambodge, donneront des ailes à la résistance des khmers rouges qui le chasseront 5 ans plus tard. Sihanouk se réfugie à Pékin où il forme un gouvernement en exil et une coalition armée avec ses anciens opposants communistes.

Le Cambodge jouait un rôle crucial dans la guerre du Vietnam. Y passait l’extrémité méridionale de la piste Ho Chi Minh : on appela ainsi l’ensemble des sentiers qui reliaient le Vietnam du Nord communiste à celui du Sud, dirigé par Nguyen Van Thieu, soutenu par les Américains, pour ravitailler en nourriture et en armes les communistes vietnamiens au Sud ; ainsi que la piste Sihanouk, en particulier depuis le port de Kompong Som (Sihanoukville). La bordure orientale du pays abritait des sanctuaires pour les troupes de Hanoï, celles du Front national de libération du Sud Vietnam (les communistes du Sud) et les Khmers Rouges.

Antoine Coppolani   L’Histoire n° 410 Avril 2015

Les Khmers rouges ont émergé des cratères semés par les B 52.

Ben Kiernan

Voilà une vie pleine et riche, longue, insaisissable, essayons pourtant de dénombrer ses

Voilà une vie pleine et riche, longue, insaisissable, essayons pourtant de dénombrer ses circonvolutions, ses retournements, ses contorsions de boa affable et souriant, le boa de Kipling : aie confiance… Sihanouk l’hypnotiseur essaie sans résultat d’étouffer les Khmers rouges, puis accepte de devenir le premier prince de sang nommé chef d’État d’un régime communiste.

Voilà ce que peut être une vie quand elle embrasse l’histoire de tout un siècle. Sa diplomatie serpentine avait préservé la paix au Cambodge pendant près de vingt ans au cœur du brasier de l’Indochine en guerre. Lorsque les vichystes l’assoient sur le trône, les Siamois viennent à nouveau d’amputer le royaume. C’est un roi triste. Derrière le sourire des Khmers se dissimule l’abîme de la mélancolie. Il est l’héritier d’un trône nostalgique. C’est une manière de saudade khmère. Tout a disparu, Angkor Thom, la Grande ville du X° siècle, puis Angkor Vat, la Ville pagode du XII°, la puissance de Jayavarman le Roi lépreux. Son royaume est pris en tenaille entre les ennemis siamois de l’Ouest, envahisseurs qui se sont emparés d’Angkor, et les ennemis vietnamiens à l’Est, envahisseurs qui se sont emparés du delta du Mékong. Maintenant c’est lui le souverain divinisé, le roi-père qui fait tourner la Roue du monde dont le diamètre ne cesse de diminuer. Il veut agir, ne plus regarder en arrière vers les splendeurs passées. Il ne lancera plus son armée au combat à dos d’éléphant. Le roi effectue un stage à l’école militaire de Saumur, en sort avec le grade de capitaine de cavalerie blindée et un brevet d’artilleur de char. C’est un souverain de vingt-six ans, déjà marié à quatre femmes et père de huit enfants, qui reçoit l’année suivante les jeunes amis avant leur départ pour Paris, et remet à chacun cinq cents piastres.

Au palais, ce jour-là, se tiennent côte à côte, inclinés devant lui, respectueux, le futur Pol Pot et Phung Ton, le père de Sunthari.

Puis d’un coup le petit roi lunatique descend du trône, abdique, crée un parti politique, la Communauté socialiste populaire, remporte les élections. Il n’est plus roi, le voilà prince à nouveau, et chef du gouvernement.

Dans son aveuglement pour la modernité et l’Occident, Sihanouk, poète, saxophoniste et cinéaste, veut faire de Phnom Penh le Paris de l’Extrême-Orient. Il interdit aux paysans qui entrent en ville de se promener le torse nu ou en sarong et les pieds nus. Ils ne pourront livrer leurs produits au marché que de nuit et sur des itinéraires prévus. Il interdit aux conducteurs de cyclo-pousse le port du short. Dans les films du prince, dont il écrit lui-même les scénarios, et qu’il réalise, et dans lesquels il interprète les premiers rôles, de longues limousines glissent en silence dans les avenues propres de Phnom Penh. Leurs occupants en descendent pour se rendre, smokings et robes longues, à des réceptions données dans des appartements meublés à l’européenne, lèvent leur coupe de Champagne. Le prince est l’éditeur de la revue pornographique Pseng Pseng. Voilà les civilaï dont se vengeront les Khmers rouges.

Le prince est un magicien, un illusionniste sur la scène du grand music-hall de l’Histoire. Il essaie de neutraliser d’un coup de baguette les jeunes intellectuels de gauche. Ces ingrats disparaissent et gagnent le maquis. Il rejette l’aide américaine. Tout s’accélère. Ses gesticulations, il conviendrait de les filmer en accéléré comme les aventures d’un équilibriste débordé. Les Vietnamiens envahissent le Laos et le Cambodge. Le Viêt-minh trace la piste Hô-Chi-Minh sous la forêt. Sihanouk reçoit au Stade olympique avec les plus grands honneurs le général de Gaulle comme lui opposé à la guerre du Vietnam. Toute la ville entend la grande voix du général et son éloge du Cambodge écrit par Malraux : une histoire chargée de gloire et de douleurs, une culture et un art exemplaires, une terre féconde aux frontières vulnérables entourée d’ambitions étrangères et au-dessus de laquelle le péril est sans cesse suspendu.

Le funambule offre le port de Kompong Som aux Viêt-congs et indique aux Américains leurs positions, puis dénonce à la radio les bombardements. Le grand écart est intenable. Il sait que chacune des bombes impérialistes renforce la guérilla. Son armée fait preuve d’une efficace cruauté. Les combattants khmers rouges capturés sont attachés à des arbres et éventrés, jetés de falaises pas trop hautes afin qu’ils meurent lentement, disloqués ou éviscérés, comme une mise en garde filmée par ses équipes de télévision et présentée aux actualités, entre deux reportages sur des concours d’élégance automobile au casino de Kep.

On regarde en l’air le fildefériste, on sait bien qu’il va tomber. Sihanouk est renversé en 1970 par le général Lon Nol et ceux qu’il appellera la Bande des traîtres. Il pourrait jeter l’éponge, se retirer en France, peaufiner ses œuvres dans sa propriété de Mougins au-dessus du chatoiement de la Méditerranée. C’est l’embrasement, la guerre du Cambodge. Les combattants du Viêt-minh brandissent devant les paysans illettrés son portrait à l’entrée des villages, s’installent jusqu’aux temples d’Angkor. Sihanouk est conspué par la République. Ce sont les insultes qui lui font quitter sa retraite, une certaine idée de sa place dans l’Histoire. Lon Nol est soutenu par les Américains et les Vietnamiens le sont par l’Union soviétique. Sihanouk invente une triangulaire. Le 1er Mai il est à Pékin, à la tribune officielle, à la droite de Mao, lequel déclare le soutenir.

Après le glorieux 17 Avril, il fait monter les enchères, part en Corée du Nord, compose à Pyongyang le poème Adieu Cambodge comme Essenine avait écrit Adieu Bakou. L’ancien souverain accepte, bon prince, de rentrer à Phnom Penh à la condition d’être nommé chef d’Etat à vie. Il est aussitôt confiné dans son palais désert au milieu de la capitale déserte. Il découvre la ville silencieuse, les barbelés, les chauves-souris. Dès le printemps il démissionne, lit à la radio un texte qui déjoue par son habileté la censure de l’Angkar : La Bande des traîtres m’abreuvait d’injures et me traînait dans la boue de leurs calomnies et humiliations. Je resterai éternellement reconnaissant envers le peuple du Kampuchea, ses héros et ses héroïnes et son Angkar révolutionnaire qui m’ont lavé de toute cette boue, et m’ont complètement réhabilité aux yeux du monde et de l’Histoire.

Son honneur est sauf et la tragédie oubliée, il disparaît, n’est plus qu’un citoyen assigné à résidence dans son palais au milieu d’une petite cour effarouchée. Il regagne Pékin avant la Troisième guerre d’Indochine. Le dernier paradoxe de la Guerre froide. Les Chinois et les Américains alliés des Khmers rouges contre les Vietnamiens et les Soviétiques. Les chars et les avions de combat, les dizaines de milliers de morts ajoutées aux millions, jusqu’à ce que Moscou mette genou à terre. L’Inusable réapparaît après le départ des Vietnamiens. Il publie Prisonnier des Khmers rouges.

Le magicien qu’on a vu coupé en deux, à chaque extrémité de la scène les deux boîtes où pointaient la tête et les pieds, salue son public et les lumières se rallument. Norodom Sihanouk redevient roi en 93, finit par abdiquer en 2004, place son fils Norodom Sihamoni sur le trône. Le voilà Père du roi. En ce mois d’avril 2009, à l’ouverture du procès des Khmers rouges, on ne sait pas trop où est Sihanouk, lequel vient de léguer ses archives personnelles à la France, sans doute dans sa villégiature chinoise. [† 15 10 2012 à Pékin. ndlr]

Patrick Deville          Kampuchéa    Le Seuil 2011

11 04 1970                        Apollo 13 part pour la lune. Trois jours plus tard, à 322 000 km de la terre, un réservoir d’oxygène du module de service explose. La première information qu’en aura le contrôle au sol sera un laconique Houston, we’ve had a problem de Jack Swigert. La conception du voyage imposait que le vaisseau pousuive son voyage jusqu’à la Lune pour utiliser son attraction gravitationnelle afin de revenir vers la Terre. Le module de commande et de service Apollo étant devenu inhabitable, l’équipage se réfugia dans le module lunaire, Aquarius, dont l’occupation par les trois hommes de l’équipage n’avait pas été prévue sur une période prolongée. Les astronautes et le contrôle au sol trouveront des méthodes pour récupérer de l’énergie, économiser l’oxygène en quantité suffisante et éliminer le dioxyde de carbone. Jim Lovell, Jack Swigert, Fred Haise seront récupérés sains et saufs le 17 avril.

16 04 1970                  En Haute Savoie, terre, neige, pierres, arbres se détachent de la Chaîne des Fiz et ensevelissent un sanatorium du Plateau d’Assy, deuxième bâtiment au-dessus de celui de Praz-Coutant : 72 morts, dont 56 enfants.

04 1970                       À 22 ans, Patrice Chéreau s’était vu confier la direction du Théâtre de Sartrouville. Il s’était démené pour que le théâtre sorte de la salle, aille dans les écoles, les usines sans trop se soucier des coûts… qui avaient explosé : d’où la faillite malgré le succès des Soldats de Lenz. Tout en commençant à rembourser les dettes de Sartrouville – il en aura pour 15 ans -, il s’en va en Italie, invité par Giorgo Strehler au Piccolo Teatro de Milan : il donne Splendeur et mort de Joachim Murieta de Pablo Neruda, qui lui vaut 22 rappels d’une salle debout !

C’est le premier Jour de la Terre : William Arrowsmith, professeur de littérature à l’université du Texas, lit un texte, quelque peu arrangé par Henri Smith, journaliste au Seattle Sunday Star à partir de notes prises en 1854, et publiées dans le journal du 29 octobre 1887. Ces notes relatent le discours que Seattle, (qui laissa son nom à la ville) le chef des Suquamish et des Duwamish adressa en 1854 à Issac Stevens, commissaire des affaires indiennes pour le nouveau territoire de Washington chargé de concrétiser des arrangements territoriaux. Dans la salle se trouve Ted Perry, scénariste d’un film sur l’environnement commandé par la Southern Baptist Television Commission. Il estime qu’il faut garder l’esprit du discours, mais qu’une réécriture est nécessaire et qu’en même temps il faut continuer à l’attribuer à Seattle. Ce discours fut cité par Al Gore dans son livre Sauver la planète Terre en 1992.

En avril 1992, le New York Times révélera qu’il était bien éloigné de la réalité de 1854 : à cette époque, il n’y avait pas de bisons dans cette région ; et ils ne pouvaient pas avoir été tués depuis un train, puisque le train n’existera qu’à partir de 1870 : Ted Perry a adapté, arrangé ce texte comme les réalisateurs d’Hollywood traficotaient la réalité historique pour faire des peplums dans les années 60. Mais le petit tour de passe-passe sera couronné de succès, au delà de toute espérance, puisque ces paroles deviendront pour tous les écologistes le legs de la sagesse écologiste indienne aux hommes blancs destructeurs… Se non e vero, e ben trovato….

On trouvera le texte original de Henri Smith reproduit sur le site Internet de la tribu Suquamish : www.suquamish.nsn.us/ et http://editiondupetitbois.sanspubs.com/le-discours-du-chef-seattle/http://editiondupetitbois.sanspubs.com/le-discours-du-chef-seattle/. On peut lire un recueil de textes indiens exprimant la même sensibilité dans le recueil Pieds nus sur la Terre sacrée, Denoël, 1971.

Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? L’idée nous paraît étrange. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l’air et le miroitement de l’eau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ? Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d’insecte sont sacrés dans le souvenir et l’expérience de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l’homme rouge. Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu’ils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n’oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l’homme rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l’homme, tous appartiennent à la même famille. Aussi lorsque le Grand chef à Washington envoie dire qu’il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous. Le Grand chef envoie dire qu’il nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. Il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérons donc votre offre d’acheter notre terre. Mais ce ne sera pas facile. Car cette terre nous est sacrée. Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n’est pas seulement de l’eau mais le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons de la terre, vous devez vous rappeler qu’elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l’eau claire des lacs parle d’événements et de souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père. Les rivières sont nos frères, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoës, et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez désormais vous rappeler, et l’enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos frères et les vôtres, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère. Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos mœurs. Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car c’est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n’est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu’il l’a conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux, et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l’oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu’un désert. Il n’y a pas d’endroit paisible dans les villes de l’homme blanc. Pas d’endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps, ou le froissement des ailes d’un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a-t-il à vivre si l’homme ne peut entendre le cri solitaire de l’engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d’un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprends pas. L’Indien préfère le son doux du vent s’élançant au-dessus de la face d’un étang, et l’odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi, ou parfumé par le pin pignon. L’air est précieux à l’homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle. La bête, l’arbre, l’homme. Ils partagent tous le même souffle. L’homme blanc ne semble pas remarquer l’air qu’il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l’air nous est précieux, que l’air partage son esprit avec tout ce qu’il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit où même l’homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés. Nous considérerons donc votre offre d’acheter notre terre. Mais si nous décidons de l’accepter, j’y mettrai une condition : l’homme blanc devra traiter les bêtes de cette terre comme ses frères. Je suis un sauvage et je ne connais pas d’autre façon de vivre. J’ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l’homme blanc qui les avait abattus d’un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister. Qu’est-ce que l’homme sans les bêtes ? Si toutes les bêtes disparaissaient, l’homme mourrait d’une grande solitude de l’esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l’homme. Toutes choses se tiennent. Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu’ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu’ils respectent la terre, dites à vos enfants qu’elle est enrichie par les vies de notre race. Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes. Nous savons au moins ceci : la terre n’appartient pas à l’homme ; l’homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses se tiennent. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu’il fait à la trame, il le fait à lui-même. Même l’homme blanc, dont le dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut être dispensé de la destinée commune. Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien. Il y a une chose que nous savons, et que l’homme blanc découvrira peut-être un jour, c’est que notre dieu est le même dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre, mais vous ne pouvez pas. Il est le dieu de l’homme, et sa pitié est égale pour l’homme rouge et le blanc. Cette terre lui est précieuse, et nuire à la terre, c’est accabler de mépris son créateur. Les Blancs aussi disparaîtront ; peut-être plus tôt que toutes les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus. Mais en mourant vous brillerez avec éclat, ardents de la force du dieu qui vous a amenés jusqu’à cette terre et qui pour quelque dessein particulier vous a fait dominer cette terre et l’homme rouge. Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt chargés du fumet de beaucoup d’hommes, et la vue des collines en pleines fleurs ternie par des fils qui parlent. Où est le hallier ? Disparu. Où est l’aigle ? Disparu. La fin de la vie, le début de la survivance.

8 06 1970                    A sa demande, de Gaulle est reçu par Franco à Madrid. Que se sont-ils dit ? Nul ne le sait. Néanmoins Claude Sérillon estimera pouvoir en faire un livre qui sortira en 2018 : Un déjeuner à Madrid, au Cherche Midi.

13 07 1970                  Thor Heyerdahl, parti de Safi, au Maroc, sur son bateau Râ II, construit exclusivement de feuilles de papyrus, arrive à l’île de la Barbade après 57 jours en mer.

17 07 1970              Georges Pompidou, président de la République, écrit à Jacques Chaban Delmas, premier ministre. Ses détracteurs dauberont avec beaucoup trop d’empressement sur son amour de la voiture – c’est lui qui fera construire les voies sur berge à Paris – pour en faire le parangon du tout à la bagnole. Ce courrier vient montrer que sa passion pour les arbres voulait mettre un frein aux aménageurs bornés.

Mon cher premier ministre,

J’ai eu par le plus grand des hasards communication d’une circulaire du Ministre de l’Équipement, Direction des Routes et de la Circulation Routière, dont je vous fais parvenir photocopie.
Cette circulaire, présentée comme un projet, a en fait déjà été communiquée à de nombreux fonctionnaires chargés de son application, puisque c’est par l’un deux que j’en ai appris l’existence.
Elle appelle de ma part deux réflexions :
La première, c’est qu’alors que le conseil des ministres est parfois saisi de questions mineures telles que l’augmentation d’une prime versée à quelques fonctionnaires, des décisions importantes sont prises par les services centraux d’un ministère en dehors de tout contrôle gouvernemental.
La seconde, bien que j’aie plusieurs fois exprimé en conseil des ministres ma volonté de sauvegarder partout les arbres, cette circulaire témoigne de la plus profonde indifférence à l’égard des souhaits du président de la république. Il en ressort en effet que l’abattage des arbres le long des routes deviendra systématique sous prétexte de sécurité.
Il est à noter par contre que l’on envisage qu’avec beaucoup de prudence et à titre de simple étude le déplacement des poteaux électriques ou télégraphiques. C’est que là il y a des administrations pour se défendre.
Les arbres eux, n’ont, semble t-il, que moi-même et il apparaît que cela ne compte pas.
La France n’est pas faite uniquement pour permettre aux français de circuler en voiture, et quelle que soit l’importance des problèmes de sécurité routière, cela ne doit pas aboutir à défigurer son paysage.
D’ailleurs, une diminution durable des accidents de la circulation ne pourra résulter que de l’éducation des conducteurs, de l’instauration des règles simples et adaptées à la configuration de la route, alors que la complication est recherchée comme à plaisir dans la signalisation sous toutes ses formes. Elle résultera également des règles moins lâches en matière d’alcoolémie, et je regrette à cet égard que le gouvernement se soit écarté de la position initialement retenue.
La sauvegarde des arbres plantés au bord des routes, et je pense en particulier aux magnifiques routes du Midi bordées de platanes, est essentielle pour la beauté de notre pays, pour la protection de la nature, pour la sauvegarde d’un milieu humain.
Je vous demande donc de faire rapporter la circulaire des Ponts et Chaussées et de donner des instructions précises au ministre de l’équipement pour que, sous diverses prétextes, vieillissement des arbres, demandes de municipalités circonvenues à tout souci d’esthétique, problèmes financier pour l’entretien des arbres et l’abattage des branches mortes, on ne poursuive pas dans la pratique ce qui n’aurait été abandonné que dans le principe et pour me donner satisfaction d’apparence.
La vie moderne dans son cadre de béton, de bitume et de néon créera de plus en plus chez tous un besoin d’évasion, de nature et de beauté.
L’autoroute sera utilisée pour les transports qui n’ont d’autre objet que la rapidité. La route elle, doit revenir pour l’automobiliste de la fin du XX° siècle ce qu’était le chemin pour le piéton ou le cavalier : un itinéraire que l’on emprunte sans se hâter, en en profitant pour voir la France.
Que l’on se garde de détruire systématiquement ce qui en fait la beauté !

L’homme avait la tête certainement bien pleine, mais aussi, ce qui est de plus en plus rare, bien faite et savait mettre les choses à leur place, sans céder à l’amalgame et à la confusion : ainsi de l’art dont il disait qu’il doit discuter, doit contester, doit protester. L’intelligence terrienne, celle qui se refuse à mettre le bon sens à l’écart, cohabitait avec un intérêt profond pour l’art moderne, dont l’envers était une allergie certaine à l’académisme, à la lourdeur du pompier.

21 07 1970                  En Égypte, inauguration du barrage d’Assouan, financé par les Russes.

20 08 1970                       À la sortie de la rade de Toulon, le sous-marin, de la classe des Daphné, S 646 Galatée heurte le sud-africain, lui aussi de la classe des Daphné, Maria Van Ruymbeke : endommagé, les groupes mettent l’atmosphère en sous-pression et nombre de marins s’évanouissent pas anoxie. Pour éviter de couler, il va s’échouer près du cap Cepet, – un des deux caps sud de la presqu’île de Saint Mandrier : six hommes mourront à l’hôpital.

4 09 1970                    Salvador Allende, candidat de l’Union Populaire au Chili, est le premier socialiste à accéder démocratiquement au pouvoir dans un pays d’Amérique latine. Installé deux mois plus tard au palais de la Moneda, il nationalise les principales entreprises du pays, entreprend une réforme agraire en expropriant les grands domaines, bloque les prix. S’ensuivent des grèves nationales.

28 09 1970                       Mort de Gamal Abdel Nasser, président de l’Egypte.

Sans doute en voulait-on inconsciemment à Sadate d’avoir succédé à Nasser, comme on peut détester le nouvel époux d’une mère du seul fait qu’il a pris la place d’un père adoré. En France par exemple, tous ceux qui ont tenu les rênes du pouvoir après Napoléon I° ont pâti de la comparaison avec lui, et plus que tous, celui qui portait le même nom ; que le règne du grand empereur ait été ruineux et se soit achevé par une défaite et par une occupation étrangère n’y change rien, les peuples sont reconnaissants à celui qui leur offre l’épopée, le rêve, l’admiration des autres et un brin d’orgueil. L’instant napoléonien fut le dernier où la France occupa la première place parmi les nations de la terre, où elle tenta de réunir l’Europe autour d’elle par la force combinée de ses armes et de ses idées. L’instant nassérien fut moins ambitieux, mais à l’aune de ce qui semblait encore possible pour les Arabes, il joua un rôle similaire ; et il demeure dans les mémoires comme une ultime chevauchée.

[…]        Dans la mesure où le combat nationaliste – celui des Égyptiens, des Algériens, des Iraniens, des Tchétchènes comme des Palestiniens – a surtout opposé des peuples musulmans à des adversaires chrétiens ou juifs, il pouvait être mené au nom d’une communauté de religion plus facilement encore qu’au nom d’une communauté de langue. Et dans la mesure où l’attrait du socialisme pour des masses réside dans sa promesse de réduire le fossé entre les possédants et les démunis, un tel objectif pouvait parfaitement se traduire en termes religieux ; l’islam, comme le christianisme, a toujours su s’adresser aux pauvres et les attirer vers lui. Tout ce qui, dans le nationalisme et dans le socialisme, était spécifique, irréductible, « non soluble » allait être écarté, ou bien tomber de lui-même ; tout ce qui était permanent et substantiel allait être intégré en une sorte d’idéologie totale, à la fois nationaliste et globaliste, et prétendant répondre à tous les besoins de ‘homme, qu’ils soient identitaires, spirituels ou matériels. Une idéologie de combat vers laquelle ont convergé tous ceux qui, quelques décennies auparavant, se seraient plutôt reconnus dans le nassérisme ou même dans le communisme.

Amin Maalouf                 Le dérèglement du monde         Grasset 2009

9 10 1970                    Proclamation de la République du Cambodge, après 11 siècles de monarchie.

15 10 1970                 Le Boehlen sombre dans la tempête au large d’Ouessant. 25 des 32 hommes d’équipage meurent. 9 500 tonnes de pétrole s’échappent des soutes. Il repose par 100 mètres de fond.

18 10 1970                  Au Canada, l’état d’urgence est déclaré contre le Front de Libération du Québec, après que quelques uns de ses membres aient kidnappé, puis tué Pierre Laporte, ministre du travail du Québec.

29 10 1970                  Mise en service du dernier tronçon qui permet d’aller de Lille à Marseille par autoroute.

1 11 1970                    Une discothèque brûle à St Laurent du Pont : 146 morts.

4 11 1970                    Concorde vole à mach 2.

9 11 1970                    À Colombey les deux Églises, le général de Gaulle s’assied vers 19 h pour une réussite : une rupture d’anévrisme le foudroie en quelques secondes. Hara Kiri sera interdit pour avoir titré, en référence à l’incendie de St Laurent du Pont, huit jours plus tôt : Bal tragique à Colombey : un mort.

Il est une chose que je ne pardonnerai jamais à la gauche : c’est d’avoir fait croire que de Gaulle était de droite.

Michel Onfray

12 11 1970                  Un cyclone ravage le Golfe du Bengale : 500 000 morts.

1970                            Le congé maternité est étendu à l’ensemble des salariées : il passera à 16 semaines en 1980.

5 02 1971                    Alunissage réussi d’Apollo XIV, troisième mission habitée à se poser sur la lune ; elle compte trois astronautes : Alan Shepard, Edgar Mitchell et Stuart Roosa. C’est la première mission à caractère exclusivement scientifique. Le module lunaire s’est posé dans la formation géologique Fra Mauro, destination originelle de la mission Apollo XIII qui n’avait pu aboutir.

Pour leur seconde sortie extravéhiculaire, les astronautes de la NASA, arrivés la veille sur la Lune, devaient atteindre le cratère Cône, distant de 1,5 km. Traînant derrière eux le MET, une charrette à bras conçue pour transporter les échantillons et le matériel, les deux hommes ont marché longtemps en direction du nord-est, grimpé  péniblement une côte, mais ne sont pas parvenus à découvrir leur cible dans ce paysage sans point de repère. Arrivés à 17 mètres de l’objectif, caché par une ondulation de terrain, ils ont été contraints de faire demi-tour après avoir néanmoins prélevé un morceau d’un gros rocher blanc et ramassé quelques blocs gisant à son pied. L’un d’eux pesait près de neuf kilos : c’est la Grosse Bertha.

[…]     l’un des morceaux de la Grosse Bertha pourrait ne pas avoir été formé sur la Lune mais sur la Terre. Jeremy Bellucci, du Muséum d’histoire naturelle de Suède, et ses collègues affirment que ce fragment de deux grammes, âgé de 4 milliards d’années, a peut-être été arraché au sol de notre planète par un impact de météorite avant d’être transporté jusqu’à notre satellite.

[…]     Parmi les 382 kilos d’échantillons rapportés de la Lune, beaucoup sont des brèches, des assemblages de roches d’origines diverses fusionnées entre elles à la suite d’une ou de

plusieurs chutes de météorites. Tel est le cas de la Grosse Bertha. Retrouvée dans la formation géologique du cratère Fra Mauro, elle correspond presque certainement à un éjecta (projection de matière) de l’impact qui, voilà 3,8 milliards d’années, a formé le bassin de la mer des Pluies. La roche étudiée par Jeremy Bellucci et ses confrères est l’une de celles qui y furent alors piégées : un morceau de quartz, de feldspath et de zircon, dont l’âge avait précédemment été estimé à 4 milliards d’années. Ces chimistes ont voulu établir dans quelles conditions d’oxydation, d’humidité, de pression et de température, ce minuscule fragment avait été cristallisé. Et ont découvert que ces conditions étaient réunies à une profondeur de 170 km sur la Lune, et seulement de 19 km sur la Terre.

vahé ter minassian    Le Monde du 13 02 2019

Ce qui pourrait confirmer l’hypothèse de la formation de la lune, morceau de la Terre prélevé à la faveur de la collision avec une météorite.

7 02 1971                    En Suisse, les femmes obtiennent le droit de vote au niveau fédéral.

15 02 1971                  Pour la monnaie, les Anglais adoptent le système décimal.

19 02 1971                  De la même série Daphné que les sous-marins Minerve et Eurydice, disparus respectivement les 27 janvier 1968 et 4 mars 1970, le Flore, commandé par le lieutenant de vaisseau Jean-Jacques Leize, en naviguant en immersion périscopique  connaît un incident grave qui lui fait embarquer une grande quantité d’eau par le tube – ce n’est pas le périscope – qui, depuis la surface, permet d’alimenter en air le moteur. Le compartiment moteur inondé, le sous-marin est contraint de larguer ses plombs de sécurité pour remonter à la surface. Pris en charge peu après par les remorqueurs  Pachyderme et Travailleur, il est ramené à Toulon.

22 02 1971                  Hafez el Assad moyennant un coup de force s’installe à la présidence de la République en Syrie. Il va y rester jusqu’à sa mort, en 2000. Alois Brunner, ancien cadre du nazisme – un temps directeur du camp de Drancy – qui a pu échapper à la prison sans doute par erreur sur son nom, à son bénéfice, s’est réfugié depuis longtemps en Syrie. A la faveur de la montée en puissance d’Hafez el Assad, il s’introduit dans l’organigramme des services de renseignements qui vont bénéficier de sa longue expérience en matière de répression et de torture. Lâché par Bachar el Assad, il serait mort dans un cachot à Damas en décembre 2001.

24 03 1971                  Le Congrès américain abandonne le projet du supersonique Boeing 2707-200 SST.

30 03 1971                  La Suède décide de ne pas adhérer à la Communauté Européenne.

5 04 1971                  Le Nouvel Observateur publie un manifeste signé de 343 femmes, dont une ribambelle de nom connus : Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, Françoise Sagan, Catherine Deneuve, Stéphane Audran, Françoise Fabian, Bernadette Lafont, Jeanne Moreau, Bulle Ogier, Marie-France Pisier, Micheline Presle, Delphine Seyrig, Nadine Trintignant, Marina Vlady, Yvette Roudy, Gisèle Halimi, etc… Toutes n’ont pas avorté, mais s’accusent solidairement du délit d’avortement pour démasquer l’hypocrisie sociale. Charlie Hebdo le nommera le manifeste des 343 salopes, adopté par l’ensemble de la presse française. C’est un plaidoyer pour l’avortement libre et donc sa dépénalisation.

Un million de femmes se font avorter en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l’avortement libre.

Texte rédigé par Simone de Beauvoir

Il y eut au moins un homme pour envoyer à la bergère la réponse du berger : Il est regrettable que votre mère n’ait pas pu mettre en pratique vos précieux conseils.

Y est associé un texte du MLF et du MLA – Mouvement de libération des femmes et Mouvement pour la liberté de l’avortement :

Notre ventre nous appartient

L’avortement libre et gratuit n’est pas le but ultime de la lutte des femmes. Au contraire, il ne correspond qu’à l’exigence la plus élémentaire, ce sans quoi le combat politique ne peut même pas commencer. Il est de nécessité vitale que les femmes récupèrent et réintègrent leur corps. […] Chaque année, 1 500 000 femmes vivent dans la honte et le désespoir. Cinq mille d’entre nous meurent. Mais l’ordre moral n’en est pas bousculé. On voudrait crier.

Et Jean Daniel se met en première ligne dans son éditorial : Le scandale que constituent le nombre effarant d’avortements clandestins et les conditions révoltantes dans lesquelles ils sont pratiqués n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est que les femmes décident aujourd’hui de répondre au scandale par le scandale.

Le but est atteint : le sujet jusque là tabou, est porté sur la place publique.

23 05 1971                  Robert Paragot arrive au sommet du Makalu, 8 515 m.

13 06 1971                       Le congrès du parti socialiste qui se tient à Epinay porte à sa tête François Mitterrand : La révolution, c’est d’abord une rupture. Celui qui n’accepte pas la rupture – la méthode, cela passe ensuite -, celui qui ne consent pas à la rupture […] avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste […]. L’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes !

Oh, que voilà une belle envolée, avec effet de manche, excommunication et tout et tout…on n’a rien oublié…

23 06 1971                  Les 6 acceptent l’entrée de l’Angleterre dans la Communauté Européenne.

29 06 1971         Une dépressurisation accidentelle provoque la mort de trois cosmonautes russes dans Soyouz 11, trente minutes avant l’atterrissage.

06 1971                       Première mise à l’épreuve sérieuse pour le jeune Parc de la Vanoise : Maurice Michaud et Pierre Schnebelen, les deux rois du béton dans les Alpes françaises forment le projet d’imposantes stations de ski à l’intérieur du Parc. Levée de boucliers pour faire respecter la charte du Parc et c’est Robert Poujade, ministre de l’environnement qui obtient un consensus, qui fait tout de même une belle entorse au statut du Parc : le projet d’urbanisation de Val Chavière est annulé, mais sont autorisées des remontées mécaniques sur les glaciers de la Grande Motte et de Chavière, à l’intérieur du périmètre du Parc

1 07 1971                    Début du stationnement payant à Paris.

7 07 1971                    Inauguration du Pont de l’île de Noirmoutier.

10 07 1971                       Tentative de coup d’État à Skhirat au Maroc, où le roi donne une réception pour son 42° anniversaire : des conjurés ont baratiné les élèves de l’Académie militaire d’Ahermoumou, leur faisant croire que le roi avait été fait prisonnier et qu’il fallait le libérer : on mitraille à tout va dans le palais : bilan : 200 mort. Le roi a la baraka et y échappe.

16 07 1971                  En Espagne, Franco appelle Juan Carlos.

Le Conseil Constitutionnel, présidé par Gaston Palewski, ennemi farouche de Georges Pompidou, [l’incoercible haine du Résistant à l’endroit de celui qui ne l’a pas été] annule une loi Marcellin, ministre de l’Intérieur, réglementant la liberté d’association. Ce faisant, il quitte les plates-bandes de sauvegarde de l’exécutif contre les morsures parlementaires, pour opérer une prise de pouvoir qui ne dit pas son nom : le Conseil passait d’un contrôle technique de la loi à une censure politique de son contenu. Le suffrage du peuple est remplacé par le gouvernement des juges, une sorte d’américanisation de notre vie politique, le tout au nom des Droits de l’Homme.

15 08 1971             Les Européens se sont accordés en 1970 sur un plan de stabilisation de leurs monnaies : le plan Werner, – du nom de son auteur, premier ministre luxembourgeois – : bon nombre de ses propositions seront reprises, 20 ans plus tard, dans le Traité de Maastricht. Richard Nixon coule la tentative en décidant unilatéralement la fin de la convertibilité du dollar en or, clé de voûte du système de change décidé à Bretton Woods en 1944 : toutes les devises avaient alors un cours fixe par rapport au dollar, le dollar étant lié à l’or.

13 09 1971                  L’avion qui emmène Lin Biao et sa famille loin de la Chine s’écrase à Öndörhaan, en Mongolie : 5 jours plus tôt, Lin Biao aurait fomenté un coup d’État contre Mao Zedong. Il était le successeur désigné de Mao Zedong pendant la révolution culturelle. Dans la foulée, environ un millier de hauts responsables militaires furent victimes d’une purge.

26 10 1971                  La Chine populaire est admise à l’ONU.

5 11 1971                    10° et dernier tir de la fusée Europa, construite par ELDO – European Launcher Development Organisation, Centre européen pour la construction de lanceurs d’engins spatiaux –  : 10° échec.

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L’auteur de ce site a passé les années 1971 à 1975 au Gabon : il en a rapporté quelques lettres, qui sont un bon aperçu de la langue française écrite en Afrique, ce qui n’a rien à voir avec la langue petit nègre prêtée aux protagonistes de Tintin et autres héros de la BD d’antan : il s’agit pour la plupart de courriers adressés à l’Office des Bois, où il travaillait, au Gabon, de 1972 à 1975 ; le plus souvent, il s’agit d’obtenir une avance sur salaire pour régler un problème familial, mais parfois, il peut s’agir de délation, de démission fracassante, d’exprimer le sentiment d’être mal aimé ou ….bien aimé etc… Le SIC s’impose pour toute cette littérature, qui ne pouvait garder son sens qu’en étant retranscrite à la lettre près.

Les accusations de racisme étant toujours prêtes à fuser, il est sans doute utile de situer un peu la syntaxe qui suit, le choix des mots, les tournures de phrase etc… Tout d’abord, le français n’est pas la langue courante, parlée à la maison, de ces africains… ce n’est qu’à l’école qu’ils l’ont apprise… quand ils sont allés à l’école. Ils prêtent aux mots un sens très souvent autre que le nôtre…

De plus, la plupart de ces lettres ont été écrites par une tierce personne, un intellectuel – celui qui travaille dans les bureaux – lequel cherche parfois à se faire valoir auprès du demandeur en utilisant des formules redondantes, ampoulées… les artifices sont donc nombreux et s’expliquent très simplement. Restons donc au premier degré… et ne boudons ni la rigolade, ni le plaisir à lire un sentiment très fort de la famille et au diable la crainte de ces accusations de racisme, la vigilance non-stop de tous les gardiens du socialement correct, cousins modernes des bourgeois de Molière – cachez ce sein que je ne saurais voir -. Entre la crainte de choquer et le besoin de dire ce qui existe, il ne faut pas hésiter et donner la première place au principe de réalité, because it’s there, disait Mallory. Et que ceux qui s’acharnent à croire que tout le monde est pareil, que le blanc, c’est la même chose que le noir, eh bien, laissons les chérir leur petit catéchisme qui les rend aveugles. Les bêtisiers eux aussi ont bien le droit d’être sans frontières.

Ce qui est terrible aujourd’hui, c’est que personne ne dit du mal de personne. Si l’on en croit ce que l’on lit, tout est bien. Personne ne tue plus personne, tout se vaut, rien n’est jeté par terre, et rien n’est un drapeau. Tout est sur le même niveau. Pourquoi ? Sûrement pas parce que c’est vrai !

Picasso

Toutes les personnes ayant vécu professionnellement en Afrique ont eu l’occasion de lire un jour ou l’autre des lettres de cette veine.

Deux inscriptions tout d’abord, vues à Lambaréné :

Sur le mur d’une case : Nous récusons vos liesses dans cette pièce.

À l’entrée d’un magasin : La Monoprix n’est pas un corps de garde. Les vagabonds qui n’ont rien à faire toute la journée ne doivent pas venir tromper leur impatience à l’intérieur de la MONOPRIX. Merci.

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OWENDO LIBREVILLE

Objet : Bon de Caisse (15 000 frs)

Monsieur,

J’ai l’honneur de venir très respectueusement auprès de votre haute bienveillance solliciter un bon de caisse d’un montant de 15 000 frs pour régularisation de l’adultère que j’ai commise.
Le montant total infligé à ce propos était de 30 000 frs. Amorti de 15 000 frs et le reste je recours à votre dignité de bien vouloir m’accorder ce bon.
Le remboursement s’effectuera en deux mensualités.
Espérant que ma demande sera acceptée, veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments dévoués.
Samedy Mathias.

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Monsieur le Dicteur,

Je vien Près de vous pour vous dir Mes nouvelles les plus frapantes. Je suis dans la poîte de puit le 28 du moi passer jus qu’à nos jous, ont me dit de ne plus travaille par ce que je n’ai pas de piece et Pourtant ce n’est pas pour la première de foie que je suis en loyer dans cette boîte, et si c’est vrais qu’on na plus bessoin de moi qu’on me payé depuit de jours que j’ai travaille, et moi en Personne je ne refuser pas mon travail. Mais je ne trouve pas les Raiçons pour les quelle qu’on me fait partir. Je vous le dit pour une deuxième de foie que je veut travaille Mes hé-las des ennuis qu’on veux me fair je ne peut rient dir de gros Je vous prie, Monsieur le Dicteur, d’agréer l’expression de Mes sentiments respectueuse Tout dévoués

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Monsieur Mendome Timothée N’ZIENGUI MOBEDY Bernard Owendo, le 14 Mars 1973

Dactylo O.N.B.G. à- O W E N D O

Monsieur et cher chef, Je viens par la présente auprès de votre bienveillance, suppléer à vous demander toujours un sécours, car pardon s’il vous plaît c’est que j’ai confiance en vous. Hier soir, la fille à l’oncle est venue et nous demeurons tous maintenant à la maison, alors elle est accompagnée d’un enfant, je ne peux pas m’en sortir. Pour cette cause, je recours vos efforts afin que vous m’avancer quelque chose en matière d’argent tel que vous en disposer à me donner. Même 500 Francs qui feront 1000 Frs avec les derniers je vous en rends d’avance merci. Veuillez agréer, Cher Monsieur Peltier, à l’expression de ma profonde gratitude. Bernard N’ZIENGUI MOUBEDY./ .-

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Guiboumou Nicolas Brigadier des douanes

Owendo, le 1 – 5 -73

Monsieur et cher ami Laurent Peltier

Le baptême de mes deux filles m’a presque mis à plat. Si vous pouviez pour une troisième fois me venir en aide ! Cette somme vous sera rendue le 8 courant, date de perception de nos heures supplémentaires et fond commun. Remerciements anticipés. Bon pour une somme de 10 000 F ( Dix mille F) 4 000 F (Quatre mille F) Guiboumou.

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Nzé – Mba Pierre Owendo 4 – VI – 73PARC – OWENDO / LBV

Objet : Cessation de tous services au Parc. À monsieur le Chef du Parc Ow / LBVMonsieur,

Pour éviter de perdre mes honneurs et dignités en persistant à travailler au parc en qualité de m/o, afin que je ne m’écrase pas sous le poids des misères, je vous avise que je cesse aujourd’hui, au parc mes fonctions en qualité de m / o, fonctions que je ne mérite nullement, pour occuper ailleurs des responsabilités dignes de moi. Veuillez considérer, Monsieur le Chef du parc, l’expression de mes sentiments respectueux.

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O.N.B.G NYANGA le 13 / 9 / 73

À Monsieur le Directeur Général de L’O.N.B.G. de la Nyanga à Mayumba.

Monsieur, J’ai l’honneur de venir très respectueusement auprès de votre Haute bien équité, solliciter à vous souligner ceci que :

  1. nous ici à la Nyanga, les travaux se déroulent dans un comportement de tribalisme et de sorcellerie chez nous. C’est à dire : citons en premier lieu Monsieur Boulingui Daniel qui empoisonne les autres en vempire et qui emploie le sang des êtres humains pour mieux travailler.
  2. Ce Boulingui s’entend avec Boubala Florent qui est Capita* et qui sont tous des Bapounou qui, sans chercher à réfléchir partent raconter à l’Européen les fausses paroles d’accusion jusqu’à ce que l’homme sera licencié et faire rentre un autre homme de leur dialect. À l’arrivage d’un remorqueur les hommes se permettent sans crainte de jeter des paquets de lance à boucle* et des filins. Quant au gasoil ils envoient des dame-jeanne et des dame-jeanne chez eux en destination de leurs parents en disant que c’est nous même les Baloumbous qui commandons. Quand on crie à cela ils nous disent ceci : si nous entendons ça chez le Blanc, tu es vite fait d’être licencier, de mourir. Il en est de même pour Makaya Vincent l’infirmier qui vend les médicaments conserve d’autre dans sa maison pour les envoyer chez ses parents et aime que soigner sa femme.

Concernant et pandant les jours de travail Mr Boulingui et Mr Boubala envoient les travailleurs à Igotchi pour leur chercher du vin de palme sans que le Blanc le sache, les hommes partent faire une semaine et les jours sont pointés. S’urtout ce qui étaient embochés en Août et Septembre 73 sont tous des saoûlards même s’il ne travaille pas ça ne leur dit rien, il suffit que ça soit des Bapounous. Don patron, nous voulons que vous les affecter ailleur ou les licencier faute de quoi nous risquerons d’écrire à Libreville et Port Gentil.

Ils prennent l’essence de la compagnie sans l’ordre pour se rendre à Moulondo acheter leur vin.

Veuillez agréer patron croire à parole sans avoir pitié d’eux.

Autre chose patron ils vendent les filins et les lance à boucles qui restent dans les remorqueurs et se partage l’argent.

Pambou Philibert et peuple du parc.

* Capita : Responsable de la main d’œuvre du parc.

* Lance à boucle : sorte de piton marié à un anneau dans lequel court le filin qui, sous tension, donne sa cohésion au radeau de grumes.

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SOUNDAT GAETAN Ce 12 Octobre 1973 B.P.2 MAYUMBA

Cher fils Joseph Hildevert,

J’accuse bonne réception de ta lettre du 4-10-73, accompagnée d’une liste d’un grand nombre des articles de grande valeur. Seuls : Salon en rotins et les 2 chèvres du Nord-Cameroun, non parvenus et te demande de les garder jusqu’à ce que tu auras une bonne occasion sûre pour m’expédier ces deux chèvres. Oui, tu es né très sensible envers moi et j’ai toujours demandé au Bon Dieu à ce que tes enfants te fassent le même rendement que tu rends à moi. Ils travailleront pour l’intérêt commun de la maison, et non pour leur plaisir personnel. D’alleur une maison qui se divise entre elle, elle tombe, donc continue à travailler pour le bien être du village, ensuite Dieu continuerait à te donner d’avantage de bien. Mathieu et les femmes disent que ton fils, très attentif, voyait à l’âge de 11 ans tous les colis que tu envoyais étant à Fougamou, il observait et à son tour, il le fait à présent. Ils étonnent, surtout tout ce que tu envoies, pas sur ma demande, mais ton cœur est toujours tourné vers moi.Si tu es embrassé pour m’expédier les ouvertures, salons et chèvres, le montant à payer, peut-être, je serais en mesure à t’envoyer un mandat, la femme de ton cadet a vu le petit montant qu’elle est allée toucher à l’Office des Bois, c’est avec ça que je l’ai payé passages avec deux enfants pour suivre son mari à Mikambo. J’ai dépensé plus que la moitié mais quand même, je peux venir au secours, surtout s’il y a de chaises bien fabriquées tout en bois, il faudrait en profiter 2 douzaines. Donc, j’attends ta réponse. Nouvelles : Julie était très malade, un abcès au mollet, il a fallu une voiture pour la faire monter à l’hôpital où elle est restée 12 jours, j’étais forcé de sortir de l’argent pour la nourrir là-bas. À Vemot, le beau frère DOUKAGA ne veut plus la voir, MAHINDZA l’a obligé d’aller chercher vite ses affaires et revenir à Bana.MAHINDZA, ELLE même maigrit petit à petit. François ses pieds enflent de plus en plus. Seule la Mère NGOYO tient fort, malgré sa vieillesse. Pour ce qui concerne ton stage à l’E.N.A. ou en France, je ne sais que faire. D’abord, je voudrais savoir les admis, sont au nombre de combien ? Parce que j’ai envie d’envoyer un mot au Docteur Benjamin, ou l’attendre ici, comme il construit ici, il vient tous les 25 du mois. Si tu vois, que c’est long, essaie de faire venir TCHIBINDA à coté de toi. Pour l’instant, tout va à pas de tortue, et tous t’embrassent en même temps avec moi, te souhaitant toujours : santé, chance et réussite dans tous les domaines./- Le Père G. SOUNDAT.- MENDOME Timothée

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Owendo, le 15 – 10 – 73 Service Parc.

O.N.B.G. À Monsieur le Comptable Monsieu

J’ai l’honneur de venir très respectueusement auprès de votre haute bienveillance vous dire adieu du bien que vous m’aviez fait durant tous les 4 mois (quatre mois) Monsieur le Chef Comptable votre départ est très ému. Gardez comme souvenir ma photo puisque vous m’aviez bien gardé et dès aujourd’hui je ne suis plus content comme auparavant.Veuillez agréer Monsieur mes salutations les plus distinguées.T. MENDONE. M. Nzé Abaghe SAMUEL Owendo, le 10 / 2 / 74Pointeur marqueur en bout.

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Objet : Prêt d’argent Monsieur le Directeur de l’O.N.B.G. d’Owendo à Owendo.

Monsieur, par mesures de clémence et par pitié je viens avec grand respect auprès de votre haute bienveillance vous prier de bien vouloir me secourir en prêtant une somme de 15 000 frs. Je vous jure devant Dieu de vous les rembourser en trois mois sans aucune plaisanterie de ma part de fait que je suis complètement accablé, pour pouvoir payer le trousseau, dans un mois ma femme va accouché. Dans l’espoir de croiséance des mots ci-dessus. Veillez agréer Monsieur le Directeur l’assurance de mon profond respect et de mes sentiments dévoués. Je vous couvre de mes meilleurs remerciements et salutations cordialement distingués.

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Nzé Abaghe SAMUEL.Assoumou Gaston

Akoga 7 Janvier 1969

Moniteur officiel à Akoga à Monsieur Guenégués, Directeur du Chantier Anzème

Monsieur, J’ai l’honneur de porter plainte contre le nommé sieur Jean Bosco, cuisinier de l’Ets Leroy ce dernier ayant comme motif : Vandalisme s’est éventré dans ma chambre en date du 26 décembre 1968 pour courtiser ma femme Mingoué sur mon lit métalique qui m’a coûté 20 000 frs y compris le matelas mousse. Je vous demandé que ce sieur paye mon lit ainsi que le scandale d’avoir briser la porte de ma chambre plus adultère. Ils ont eu l’occasion quand j’étais à Libreville. Dans l’attente de votre suite favorable, Veuillez Agréer Monsieur le Directeur l’expression de mes meilleurs vœux.

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Assoumou Gaston Ekohau N’DOUTOUM Allogo

Mardi, le 15 Juillet 1969 BP 69 Libreville

à Monsieur le Directeur des Etablissements LEROY Libreville.

Monsieur,

Honneur venir auprès de votre haute bienveillance vous présenter mes doléances.

La tâche que j’assume, elle est facile, mais délicate dans ses différentes formes. Huit mois de travail acharné, période d’un rendement appréciable de la part de mes supérieurs. Il va sans dire que depuis cette date, un problème poignant menace au jour le jour mes habits. Le vélo de service qui m’a été donné est devenu une véritable force destructrice de mes intérêts : six pantalons sont tombés hors d’usage, frottés, abîmés entre les jambes ; du fait de pédaler régulièrement. Compte tenu des impératifs cités, des exemples convaincants ont été successivement vécus par MM. Michel et Boujean dans le souci de remédier cet état de chose. De puis un mois et demi, cet engin, suite aux malheureuses conséquences que j’ai essuyées est écarté de mes activités ruisselant de sueur, assumant ainsi mes commisssions.

Dans l’intérêt de préserver mon équilibre matériel, rendre plus efficace et moins fatiguant mon travail, je vous en prie de me prendre une mobylette de service (action alarmante, utilisation d’une machine qui va malheureusement au détriment des intérêts du dit serviteur.Dans l’espoir que vous voudriez faire promptement droit à ma demande, je vous en prie, Monsieur le Directeur l’assurance de mon profond respect.

Ekauho N’Doutoum Allogo.

24 11 1971                  Le vol 305 – un Boeing 727 – emmène une trentaine de passagers de Portland, dans l’Oregon à Seattle ; parmi eux, un certain Dan Cooper, au profil particulièrement normal. Les passagers n’ont alors pas à être fouillés avant l’embarquement. Il s’installe à proximité du strapontin de l’hôtesse de l’air, Florence Schaffner… pour pouvoir, le moment venu, lui glisser un petit mot… qu’elle met dans sa poche, comme elle le fait pour tous les mots des dragueurs ; mais celui-là revient à la charge verbalement : Mademoiselle, je vous conseille de lire ce mot : j’ai une bombe avec moi. Elle s’exécute alors pour constater que le bonhomme parle de détournement, demande 200 000 $ de rançon, en cash non marqué, et deux jeux de parachutes, le tout remis à l’aéroport de Seattle. Et à Seattle, après que l’hôtesse ait pu vérifier qu’il était effectivement porteur d’une bombe [mais comment pouvait-elle distinguer une vraie d’une fausse ?] l’opération se fait : on lui remet 200 000 $, les deux jeux de parachutes, les passagers descendent ainsi que les membres de l’équipage sauf les trois nécessaires pour que l’avion puisse repartir. Il passe deux heures à Seattle, dont le temps de faire le plein, puis repart cap sur Mexico, avec obligation de voler très bas, à 3 000 mètres d’altitude, lentement : 310 km/h, et avec une cabine non pressurisée, où il s’enferme. L’équipage, ne recevant de la cabine aucune réponse à ses questions par radio, entre dans la cabine pour s’apercevoir qu’elle est vide : l’oiseau s’est envolé, en pleine tempête, et on ne le retrouvera jamais. En 1978, au nord de la zone supposée de l’atterrissage de Cooper, un promeneur trouvera une fiche plastifiée expliquant comment déployer l’escalier arrière d’un Boeing 727. Puis, le 10 octobre 1980, un enfant sortira du fleuve Columbia un paquet de 294 billets de 20 dollars maintenus par des bandes plastiques. Ils sont abîmés par l’eau, mais les numéros correspondent. Il s’agit bien d’une partie de la rançon remise à Cooper neuf ans plus tôt. Jamais aucun billet de la rançon ne sera utilisé. Il est probable que la tempête d’alors, ou simplement le manque d’expérience aient empêché le bonhomme d’ouvrir son parachute et qu’il soit tombé au fond d’un lac. Il semble bien étrange qu’à Seattle, lorsqu’il ne restait plus à bord de l’avion que trois membres d’équipage et Dan Cooper que la police et le FBI n’aient rien tenté pour le neutraliser. On pourrait être tenté de dire chapeau l’artiste, mais en réfléchissant un peu on a plutôt envie de dire au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.

Anecdote sans suite en 2014 : Ross Richardson publie Still Missing. Selon l’auteur, Cooper s’appellerait Richard Lepsy, un père de quatre enfants disparu en octobre  1969. Ce gérant d’épicerie avait laissé sa voiture dans le parking de l’aéroport de Traverse City, dans le Michigan, et emporté la recette de son magasin pour ne plus jamais donner de nouvelles à sa femme. Quand cette dernière découvrira à la télévision le portrait-robot de Cooper, elle ne pourra s’empêcher de noter sa ressemblance évidente avec son mari ; en plus, même cravate et mêmes chaussures. La ressemblance entre le portrait-robot et les photos de Lepsy est troublante. Mais l’expertise ADN ne donnera rien, et le FBI classera l’affaire.

2 12 1971                     Lancée le 28 mai, la sonde Mars 2 a effectué 470 M. de km avant d’atteindre Mars.

Cheikh Zayed (1918-2004), ancien émir d’Abou Dhabi fonde les Emirats arabes unis -EAU, 1971-, qui regroupe entre autres, Abu Dhabi et Dubaï. Dans Le Désert des déserts, l’explorateur britannique Wilfred Thesiger, raconte  sur quatre pages sa rencontre dans les années 1940 avec le cheikh inconnu d’une oasis perdue, Al Ain.

[…]     Zayed était homme vertueux. Grâce à lui, les Émirats sont différents des autres États du Golfe arabique : les jeunes filles vont à l’école et les femmes disposent quasiment des mêmes droits que les hommes. Mais Zayed n’a pas changé en profondeur la société émiratie, car il en avait une vision très traditionnelle, liée à son milieu d’origine. Encore aujourd’hui, le pouvoir de nombre de femmes se limite à la sphère privée. Et par exemple, lorsqu’Anne-Aymone Giscard d’Estaing dînait avec la principale épouse de Zayed, elle devait porter un masque ! […]     Il était capable de comprendre que les choses étaient différentes ailleurs.La seule chose que Zayed n’arrivait pas à concevoir était la théorie de l’évolution selon Darwin : il riait à chaque fois que François Mitterrand lui disait que nous descendions  peut-être du singe : cela le laissait totalement interdit. Cet homme avait aussi de grandes qualités d’empathie. Quand Chirac lui rend visite pour la dernière fois, Zayed, mourant, est tellement heureux de le retrouver que cela en est profondément émouvant. […]     L’arrogance et la négligence occidentales font que l’on s’intéresse peu à des personnages dont l’univers culturel diffère du nôtre. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille tout accepter du fait que les gens ont une autre culture. Ce n’est pas de l’irénisme ou de l’angélisme de ma part.

Extrait d’une interview de Frédéric Mitterrand, à l’occasion d’un documentaire sur Arte du 26 mai 2015

13 12 1971                  Le président Georges Pompidou se rend aux Açores en Concorde pour y rencontrer le président Richard Nixon.

21 12 1971                  Bernard Kouchner et onze autres médecins fondent Médecins Sans Frontières. Bien des années plus tard, Médecins sans frontières sera devenu une grosse organisation avec tous les ingrédients qui s’y rattachent : publicité, mailing, communication … et même un Prix Nobel de la Paix en 1999.

1971                            Découverte de l’homme de Tautavel : il a 450 000 ans ; c’est un homo Erectus. L’Américain Edward Hoff invente le micro processeur. Le Pakistan oriental a été en proie à de nombreux soulèvements initiés par les Bengalis, soutenus par l’Inde voisine et sévèrement réprimés par l’armée : et c’est encore une partition : le Pakistan oriental prend son indépendance pour devenir le Bangladesh.

9 01 1972                    Un incendie détruit le Queen Elizabeth à Hong Kong. Racheté par un armateur chinois, il sera rebaptisé Seawise University.

28 01 1972                  Un ouvrier effectuant des travaux dans les combles de la basilique Saint Donatien de Nantes oublie de fermer son chalumeau en quittant le chantier, et c’est l’ensemble de la toiture qui prend feu. Les dégâts seront tels qu’elle sera fermée au culte et aux visites pendant trois ans.

30 01 1972                Bloody Sunday à Londonderry, en Irlande du Nord : 14 morts, dont aucun n’était armé, tués par l’armée lors d’une manifestation pacifiste : c’est dans un véritable traquenard tendu par l’armée que sont tombés les manifestants. Depuis trois ans, Belfast s’était défiguré avec la construction de murs de la paix – peace walls – qui séparaient les communautés catholiques des protestantes ; tandis qu’à Berlin on avait nommé cela mur de la honte, ici on le nommait mur de la paix. Bizarre ! au vu du résultat, il aurait mieux valu parler de mur de la haine. Mais c’aurait été céder au principe de réalité, tandis qu’avec un mur de la paix on gravit glorieusement un sommet dans la tartuferie… delicious. Et tant pis pour de qui est le fondement du christianisme – l’amour de son prochain – : il faudra repasser un autre jour.Il faudra près de 40 ans pour que cela soit reconnu, par David Cameron en juin 2010, peu après son arrivée au pouvoir : il aura fallu 12 ans d’enquête. Le pays va s’embraser.

On peut dorénavant proclamer au monde que les morts et les blessés du Bloody Sunday […] étaient innocents et ont été abattus par des soldats à qui on a fait croire qu’ils pouvaient tuer impunément

Derry Tony Doherty, dont le père figure au nombre des tués.

Peintures Murales De Mur De Paix De Belfast Photo ...

21 02 1972               Nixon rencontre Mao Zedong. La même année, Les Américains restituent au Japon les îles Senkaku en même temps qu’Okinawa.

3 03 1972                         Lancement de Pioneer X vers Jupiter : elle va devenir la doyenne des sondes interplanétaires américaines ; dès 1980, le Jet Propulsion Labatory de la NASA, remarquera un ralentissement inexpliqué de sa vitesse [l’observation sera la même pour Pioneer XI, lancé en 1973] : elle perdra le contact radio avec la Terre quand 11 milliards de km les sépareront, 26 ans plus tard, en 1998. Ses 270 kilos ont traversé successivement la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter, près de laquelle elle arrivait en décembre 1973, puis les orbites des planètes extérieures, Uranus, Neptune  et Pluton. Elle a quitté le système solaire le 13 juin 1983 en direction de la constellation du Taureau. Le 30 novembre 1997, tout allait bien à bord ; elle aurait pu continuer son grand bonhomme de chemin, à 50 000 km/h, pendant  plusieurs centaines d’années, et passer dans trente mille ans à proximité de l’étoile la plus proche. Mais voilà que fin septembre 98, de même que ses collègues Pioneer XII et Ulysse – une sonde européenne – elle est sortie de sa trajectoire, happée par une force mystérieuse.

De profundis clamavi ad te, Domine :
Domine, exaudi vocem meam.

6 04 1972                         En  jouant sur un terrain vague de Bruay en Artois, deux enfants découvrent le cadavre de Brigitte Dewèvre, 15 ans, fille de Thérèse et Léon Dewèvre, mineur des Houillères.

13 04 1972                       Pierre Leroy, notaire à Bruay en Artois, est arrêté : quand il allait voir sa maîtresse, il avait l’habitude de garer sa voiture rue de Ranchicourt, proche du terrain vague où a été découvert le corps de Brigitte Dewèvre. Le juge Pascal, militant de la première heure du Syndicat de la Magistrature, se contente de ce constat pour prendre sa décision. Il laisse la presse filmer l’arrestation du notaire menotté : je n’ai pas perdu mon temps. Je m’adresse à la presse pour ne pas laisser courir les bruits les plus faux et faire connaître mes idées sur la Justice. Le juge Pascal va trouver derrière lui soutien sans faille de la part de groupuscules maoïstes qui ont à leur tête un certain Marc, qui n’est autre que Serge July dont le journal Pirate utilise les journalistes de presse Libération, créée neuf mois plus tôt sous le parrainage de Jean-Paul Sartre et de Maurice Clavel, avec pour déontologie, en exergue la mise au rencart de l’archaïque Descartes avec son énoncé ce qui n’est que vraisemblable doit être tenu pour faux, au profit de l’énoncé : il n’est pas nécessaire qu’un fait soit tenu pour vrai pour le prendre en compte, il suffit qu’il soit vraisemblable.

Les prostituées du coin décrivent en détail les exigences sexuelles du notaire avant de se rétracter en reconnaissant avoir parlé sous la pression de la police. René Pleven, garde des sceaux doit rappeler que l’inculpé est présumé innocent, ce qui n’empêche nullement la presse d’extrême gauche de mitrailler à tout va :

Et maintenant, ils assassinent nos enfants. Le crime de Bruay : il n’y a qu’un bourgeois pour avoir fait cela.

[…]        Un notaire qui mange des steaks d’une livre quand les ouvriers crèvent de faim ne peut être qu’un assassin d’enfant.

[…]        Oui, nous sommes des barbares. Il faut le faire souffrir petit à petit. Qu’on nous le donne. Nous le couperons morceaux par morceaux au rasoir ! Je le lierai derrière ma voiture et je roulerai à cent à l’heure dans les rues de Bruay. Il faut lui couper les couilles ! […] Barbares, ces phrases ? Certainement, mais pour comprendre il faut avoir subi cent vingt années d’exploitation dans les mines.

La Cause du peuple

Jean-Pierre Flahaut, 17 ans, plutôt perturbé, camarade de Brigitte s’accusera du meurtre, puis reviendra sur ses déclarations. Libération titrera : Bruay : Jean-Pierre n’est pas l’assassin.

Si Leroy (ou son frère) est confondu, la population aura-telle le droit de s’emparer de sa personne ? Nous répondons oui ! Pour renverser l’autorité de la classe bourgeoise, la population humiliée aura raison d’installer une brève période de terreur et d’attenter à la personne d’une poignée d’individus méprisables, haïs. Il est difficile de s’attaquer à l’autorité d’une classe sans que quelques têtes de membres de cette classe ne se promènent au bout d’un pique.

Benny Levy

Le petit juge Pascal sera dessaisi le 13 juillet par la chambre criminelle de cassation. Pierre Leroy aura fait trois mois de prison et  sa maîtresse Monique Mayeur une semaine, avant d’être libérés.

04 1972                  L’Europe crée le Serpent monétaire, système dans lequel aucune monnaie ne doit varier de plus de 2,25 % par rapport aux autres monnaies du serpent

2 06 1972               Arrestation en Allemagne d’Andréas Baader. Le terrorisme fleurit un peu partout et s’exporte : Japon, Palestine, Allemagne, Italie.

4 07 1972                         Jacques Chaban Delmas, premier ministre, n’entretient pas les meilleures relations du monde avec le président Georges Pompidou. Il sait d’ailleurs depuis quelques jours qu’il va être remercié le lendemain. Un de leurs sujets de discorde tient aux mesures  à prendre pour enrayer le fléau des accidents de la route : 18 000 morts pour cette année 1972 ! Au début des années 50, on avait franchi la barre des 5 000 morts/an. À la fin, on en était à 8 000 ! Dans les années 60, on ajoute un millier de morts chaque année pour arriver à 15 000 morts en 1970, 16 500 en 1972 [chiffre minoré, car ne prenant en compte les morts que dans la semaine qui suivait l’accident ; les 18 000 morts mentionnées plus haut a pris en compte les morts un mois après l’accident] Pompidou fan de voiture et de vitesse, contrairement à ce que pourrait laisser penser sa personnalité, ne veut pas entendre parler de mesures pour brimer les automobilistes : Si les Français veulent se tuer, eh bien, qu’ils se tuent !

À Matignon, Christian Gérondeau, jeune polytechnicien et ingénieur des Ponts, a proposé au début de l’année à Chaban la création d’une structure interministérielle avec un responsable unique pour coiffer les trop nombreux organismes qui s’occupent de Sécurité routière ; Chaban n’y a pas donné suite, sachant que Pompidou s’y opposerait, mais cette fois-ci il se dit : je n’ai plus rien à perdre et il crée un Comité interministériel pour la Sécurité Routière, et nomme Christian Gérondeau délégué général !

Et dans un premier temps, les deux principales mesures qui feront diminuer le nombre de morts seront la limitation de vitesse : finalement 90 sur routes, 130 sur autoroute, et l’instauration du permis à point, plus quelques mesures annexes comme l’obligation d’attacher la ceinture de sécurité. Puis près de 20 ans plus tard, les radars et le traitement administratif de ces infractions d’une redoutable efficacité.

Mais rien de tout cela, rien de cet extraordinaire combat contre une prétendue fatalité, n’aurait pu connaître le succès sans la réunion de plusieurs personnalités venant de différents horizons : pour la haute fonction publique, Christian Gérondeau, pour le politique, Jacques Chirac, qui, pour une fois, retourna sa veste du bon côté, et, plus tard, des parents de victimes : Geneviève Jurgensen, qui avait perdu ses deux filles dans un accident de voiture le 3 avril 1980 mettant en cause un chauffard ivre, et qui créera la Ligue contre la violence routière, et Christine Cellier qui la rejoindra quand sa fille Anne mourra le 17 septembre 1986 des suites de ses brûlures, trois mois après avoir été percutée par un chauffard en état d’ivresse. Ces femmes sauront faire bouger les lignes : elles feront basculer l’opinion – ce qui n’est pas une mince affaire – : les chauffards seront désormais considérés comme des criminels. Chacun d’entre nous doit mettre ces citoyens en son Panthéon  personnel. Merci à eux de pouvoir traverser désormais un passage piéton sans se faire klaxonner, merci à eux d’être parvenu à faire entrer dans ces multitudes d’ilots que sont les voitures, véritables forteresse jusqu’alors d’égoïsme sacré, un minimum de courtoisie et de respect de l’autre : la vie du citoyen lambda en a été grandement améliorée.

21 07 1972                  Accord de libre échange entre la CEE et la Suède, Finlande, Islande, Autriche, Portugal, Suisse.

31 07 1972                       Le vol 841 Delta Air Lines, un DC 8 comptant sept membres d’équipage, 94 passagers, assurant la liaison Détroit-Miami est détourné par trois hommes, deux femmes… et trois enfants, membres de la Black Liberation Army, qui avaient réussi à dissimuler un pistolet dans une Bible. Ils voulaient pouvoir offrir une meilleure vie à leurs enfants. Il n’y eut ni coup de feu, ni blessé, ni tué. L’avion atterrit à Miami, où 86 otages furent libérés en échange d’une rançon d’un million de dollars, remise par un officier du FBI en slip ! L’avion repartit pour Boston où il fit le plein, puis Alger. Les autorités algériennes saisirent l’appareil et la rançon qu’ils rendirent à la compagnie aérienne. Les pirates furent relâchés au bout de quelques jours.

Quatre des cinq pirates, George Brown, Joyce Tillerson, Melvin McNair et Jean McNair, installés alors en France, seront arrêtés à Paris le 26 mai 1976, et jugés par un tribunal français après que la demande d’extradition américaine eut été rejetée. George Brown et Melvin McNair seront condamnés à cinq ans de prison et leurs épouses libérées. Ils vivront tous en France.

16 08 1972                       Les chasseurs de l’Armée de l’air marocaine mitraillent en plein vol l’avion qui ramène le roi d’un voyage à l’étranger. Touché, le pilote parvient tout de même à se poser à Rabat. Dénoncé, le général  Oufkir se suicidera.

Stefano Mariottini habite Riace, un village de Calabre, 100 km à l’est de Reggio. Quand il n’exerce pas son métier de chimiste, il pratique la pêche sous-marine, et ce jour-là, à 200 mètres de la côte voit un bras dépasser du fonds sableux, à 8 mètres sous la surface. Il tire dessus : rien ne vient, tout est trop lourd, trop profondément enfoncé dans le sable. Il repère le lieu avec une petite bouée qu’il gonfle avec l’air de sa bouteille et qui reste au-dessus du bras, dix mètres plus haut : c’est ainsi plus facile à repérer et on ne risque pas de se faire piquer la découverte comme si on laissait la bouée remonter jusqu’en surface. Il reviendra avec le nécessaire pour emporter son butin : deux nus en bronze, hautes de près de 2 mètres : des guerriers grecs du V° siècle avant J.C. Emmenées à Reggio les deux sculptures connaîtront une première restauration, qui se poursuivra à Florence ; élaborées selon le principe de la cire perdue sur négatif, on enlèvera  l’argile restée collé au bronze à l’intérieur des statues, pour un poids de 240 kg. Quid de ces statues ? il est difficile de croire qu’elles aient coulé avec le bateau qui les transportait, car on ne retrouve aucune trace d’épave dans les parages ; il est possible qu’elle aient été jetées à l’eau pour alléger le navire qui les transportait, possible aussi qu’elle aient été enterrées à terre en un site qui aura par après été recouvert par la mer : en cet endroit, la côte a reculé de 500 mètres depuis l’antiquité et sur terre il  y avait un sanctuaire dédié à Saint Côme et Damien qui avait pris la place d’un temple consacré aux Dioscures. Ces bronzes sont au musée de Reggio de Calabre depuis 2011.

 

Bronzi di Riace

11 09 1972          Clôture des JO de Munich, endeuillée par la prise d’otages meurtrière sur la délégation israélienne par un commando palestinien  Septembre Noir : 9 morts parmi les otages, 6 dans le commando et les forces de l’ordre. Les cerveaux de l’affaire : Hassan Salamé, fils d’Hassan Salamé, héros de la première révolte palestinienne en 1936, mort en 1948 à la bataille de Ras el-Ein, et Mohammed Daoud Odeh, simplifié en Abou Daoud. Le Mossad arrache à Golda Meïr l’ordre de liquider les leaders de Septembre Noir : ils seront tous éliminés… sauf Hassan Salamé qui deviendra  chef des renseignements de Yasser Arafat, négociant en secret avec les Américains en 1974 le reconnaissance des droits Palestiniens contre la sauvegarde de leurs intérêts au Moyen Orient. Abou Daoud échappera à plusieurs tentatives d’assassinat et mourra dans son lit, à Damas le 3 juillet 2010, à 73 ans.

25 09 1972                   Par référendum, la Norvège refuse d’entrer dans la CEE.

5 10 1972                      Par référendum : 56,7 % – le Danemark demande à entrer dans la CEE.

28 10 1972          Vol inaugural du 1° Airbus A 300 B : le programme Airbus a été mis en route en  1969 : La France et l’Allemagne y participent chacune pour 37,5 % , l’Angleterre pour 20 % et l’Espagne, 5 %.

10 1972                      Fragilisé par la grève des patrons – camionneurs, petits commerçants, ingénieurs, entrepreneurs, professions libérales, effrayés par l’accélération des mesures d’Étatisation décrétées par le gouvernement -, Salvador Allende fait entrer au gouvernement plusieurs militaires, dont le général Carlos Prats, commandant en chef des forces armées, son ami personnel. Dans un pays qui s’étire du nord au sud sur 4 300 km pour une moyenne de 180 km d’est en ouest, trois semaines d’obstruction de la route suffisent à le mettre à genoux.

23 11 1972                 Quatrième et dernier essai du lanceur russe lourd NI : une poussée de  2 200 tonnes permettant de placer en orbite basse une charge utile de 72 tonnes : des performances analogues à celles du Saturne V américain. Mais pour le russe, autant d’essais, autant d’échecs. Le premier a eu lieu de 21 février 1969, le second le 3 juillet 1969, et le troisième le 26 juin 1971. Le lanceur N1 était constitué de quatre étages, fonctionnant au kérosène et oxygène liquide. Les rivalités, mésententes entre les concepteurs, Korolev, Vladimir Tchelomeï, Mikhaïl Yanguel, et Nikolaï Kouznetsov, le motoriste, addtionnées aus indécisions des décideurs du kremlin pesèrent lours dans ces échecs à répétition. L’existence du lanceur NI ne sera révélée qu’avec la glasnost de Gorbachev.

19 12 1972                     Dernière mission Apollo vers la lune : la moisson sera de 249 livres de roches lunaires.

22 12 1972                   Au Chili – Sud Est de Santiago – les survivants d’un accident d’avion dans la Cordillère des Andes datant du 13 octobre sont retrouvés . 8 sont morts lors de l’accident, 12 dans une avalanche, et les survivants, ayant appris par la radio que les recherches étaient abandonnées, n’ont pu se maintenir en vie qu’en se nourrissant de chair humaine. Mais ne pensez pas à mal : le Chili con carne existait déjà, et l’anthropophagie n’a jamais cessé d’exister sur notre terre.

29 12 1972                    Un avion – Lockheed Tristar L 1011 – de la compagnie Eastern Airlines qui effectue le vol New York Miami se présente pour l’atterrissage à Miami. Il reçoit de la tour de contrôle le message : Turn left, right now. – tournez- à gauche, immédiatement – . Probablement le pilote n’a-t-il pas bien entendu la première partie de la phrase, toujours est-il qu’il tourne à droite, et c’est la catastrophe : il s’écrase dans les Everglades, immense zone de marais : sur les 176 passagers/équipage, il y aura 101 morts. Les informations glanées sur Internet parlent toutes d’étranges apparitions de fantômes du pilote et du co-pilote dans les mois qui suivirent l’accident. Accident qui aurait été dû au manque de vigilance des pilotes quant à l’altitude de l’avion, qui descendait quand ils pensaient qu’il restait à altitude constante : leur attention aurait été détournée par des problèmes techniques dus à une simple ampoule cassée, témoin de la sortie du train d’atterrissage ! On ne trouve absolument aucune information qui reprenne de près ou de loin ce que dit le linguiste Claude Hagège, qui cite ce dramatique exemple pour illustrer le flou de la langue anglaise dans certaines circonstances [Express d’avril 2012].

Mais le flou existe partout, y compris dans le français : Jacques Perrin en fait une scène de l’un de ses films sur la guerre d’Algérie : un lieutenant attend dans la vallée le compte-rendu d’une opération de ratissage effectuée par ses hommes sur un plateau en hauteur ; du haut, le caporal demande une consigne quant au sort du prisonnier qu’il a fait :

–                   Descends-le, s’entend-il répondre.

Le caporal comprend qu’il doit le tuer, quand le lieutenant demandait seulement qu’il l’emmène avec lui dans la vallée. Abasourdi, il fait répéter l’ordre, et le lieutenant, qui n’a pas compris qu’il pouvait y avoir un malentendu, répète l’ordre. Ce n’est qu’en entendant le coup de feu qui tue le fellagha qu’il réalise le drame.

1972                              Anne Chopinet est la 1° femme admise à Polytechnique.

L’article qui suit sera publié dans le Monde du 7 juin 2018. Mais il concerne une affaire – qui deviendra un scandale d’Etat – née en 1972 : l’intoxication des habitants de la Guadeloupe et de la Martinique par un insecticide – le chlordécone – qui tue le charançon de la banane.

Il a vu ses collègues tomber malades et mourir tour à tour sans comprendre. Cancer, cancer, cancer… C’est devenu notre quotidien. A l’époque, on ne savait pas d’où ça venait, se souvient Firmin (les prénoms ont été modifiés) en remontant l’allée d’une bananeraie de Basse-Terre, dans le sud de la Guadeloupe. L’ouvrier agricole s’immobilise sur un flanc de la colline. Voilà trente ans qu’il travaille ici, dans ces plantations verdoyantes qui s’étendent jusqu’à la mer. La menace est invisible, mais omniprésente : les sols sont contaminés pour des siècles par un pesticide ultra-toxique, le chlordécone, un perturbateur endocrinien reconnu comme neurotoxique, reprotoxique (pouvant altérer la fertilité) et classé cancérogène possible dès 1979 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Ce produit, Firmin l’a toujours manipulé à mains nues, et sans protection : Quand on ouvrait le sac, ça dégageait de la chaleur et de la poussière, se rappelle-t-il. On respirait ça. On ne savait pas que c’était dangereux. Il enrage contre les patrons békés, du nom des Blancs créoles qui descendent des colons et détiennent toujours la majorité des plantations : Ils sont tout-puissants. Les assassins, ce sont eux, avec la complicité du gouvernement.
La France n’en a pas fini avec le scandale du chlordécone aux Antilles, un dossier tentaculaire dont les répercussions à la fois sanitaires, environnementales, économiques et sociales sont une bombe à retardement. Cette histoire, entachée de zones d’ombre, est méconnue en métropole. Elle fait pourtant l’objet d’une immense inquiétude aux Antilles, et d’un débat de plus en plus vif, sur fond d’accusations de néocolonialisme.
Tout commence en  1972. Cette année-là, la commission des toxiques, qui dépend du ministère de l’agriculture, accepte la demande d’homologation du chlordécone. Elle l’avait pourtant rejetée trois ans plus tôt à cause de la toxicité de la molécule, constatée sur des rats, et de sa persistance dans l’environnement. Mais le produit est considéré comme le remède miracle contre le charançon du bananier, un insecte qui détruisait les cultures.
Les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique en seront aspergées massivement pendant plus de vingt ans pour préserver la filière, pilier de l’économie antillaise, avec 270 000 tonnes produites chaque année, dont 70  % partent pour la métropole.
La France finit par interdire le produit en  1990, treize ans après les Etats-Unis. Il est toutefois autorisé aux Antilles jusqu’en septembre  1993 par deux dérogations successives, signées sous François Mitterrand par les ministres de l’agriculture de l’époque, Louis Mermaz et Jean-Pierre Soisson. Des années après, on découvre que le produit s’est répandu bien au-delà des bananeraies. Aujourd’hui encore, le chlordécone, qui passe dans la chaîne alimentaire, distille son poison un peu partout. Pas seulement dans les sols, mais aussi dans les rivières, une partie du littoral marin, le bétail, les volailles, les poissons, les crustacés, les légumes-racines… et la population elle-même.
Une étude de Santé publique France, lancée pour la première fois à grande échelle en  2013 et dont les résultats, très attendus, seront présentés aux Antillais en octobre, fait un constat alarmant : la quasi-totalité des Guadeloupéens (95  %) et des Martiniquais (92  %) sont contaminés au chlordécone. Leur niveau d’imprégnation est comparable : en moyenne 0,13 et 0,14 microgrammes par litre (µg/l) de sang, avec des taux grimpant jusqu’à 18,53  µµg/l. Or, le chlordécone étant un perturbateur endocrinien, même à très faible dose, il peut y avoir des effets sanitaireprécise Sébastien Denys, directeur santé et environnement de l’agence. Des générations d’Antillais vont devoir vivre avec cette pollution, dont l’ampleur et la persistance – jusqu’à sept cents ans selon les sols – en font un cas unique au monde, et un véritable laboratoire à ciel ouvert.
En Guadeloupe, à cause des aliments contaminés, 18,7  % des enfants de 3 à 15 ans vivant dans les zones touchées sont exposés à des niveaux supérieurs à la valeur toxicologique de référence (0,5 µg/kg de poids corporel et par jour), selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Un taux qui s’élève à 6,7  % en Martinique. Cette situation est là encore unique, s’inquiète un spécialiste de la santé publique, qui préfère garder l’anonymat : On voit parfois cela dans des situations professionnelles, mais jamais dans la population générale.
La toxicité de cette molécule chez l’homme est connue depuis longtemps. En  1975, des ouvriers de l’usine Hopewell (Virginie), qui fabriquait le pesticide, avaient développé de sévères troubles neurologiques et testiculaires après avoir été exposés à forte dose : troubles de la motricité, de l’humeur, de l’élocution et de la mémoire immédiate, mouvements anarchiques des globes oculaires… Ces effets ont disparu par la suite, car le corps élimine la moitié du chlordécone au bout de 165 jours, à condition de ne pas en réabsorber. Mais l’accident fut si grave que les Etats-Unis ont fermé l’usine et banni le produit, dès 1977.
Et en France, quels risques les quelque 800 000 habitants de Martinique et de Guadeloupe  courent-ils exactement ? Les études menées jusqu’ici sont édifiantes – d’autres sont en cours. L’une d’elles, publiée en  2012 par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), montre que le chlordécone augmente non seulement le risque de prématurité, mais qu’il a aussi des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons.
Le pesticide est aussi fortement soupçonné d’augmenter le risque de cancer de la prostate, dont le nombre en Martinique lui vaut le record du monde – et de loin -, avec 227,2 nouveaux cas pour 100 000 hommes chaque année. C’est justement la fréquence de cette maladie en Guadeloupe qui avait alerté le professeur Pascal Blanchet, chef du service d’urologie au centre hospitalier universitaire (CHU) de Pointe-à-Pitre, à son arrivée, il y a dix-huit ans. Le cancer de la prostate est deux fois plus fréquent et deux fois plus grave en Guadeloupe et en Martinique qu’en métropole, avec plus de 500 nouveaux cas par an sur chaque île.
Intrigué, le professeur s’associe avec un chercheur de l’Inserm à Paris, Luc Multigner, pour mener la première étude explorant le lien entre le chlordécone et le cancer de la prostate. Leurs conclusions, publiées en  2010 dans le Journal of Clinical Oncology, la meilleure revue internationale de cancérologie, révèlent qu’à partir de 1 microgramme par litre de sang, le risque de développer cette maladie est deux fois plus élevé.
Entre deux consultations, Pascal Blanchet explique, graphique à l’appui : Comme les Antillais sont d’origine africaine, c’est déjà une population à risque – du fait de prédispositions génétiques – . Mais là, la pollution environnementale engendre un risque supplémentaire et explique une partie des cas de cancers de la prostate.
Urbain fait partie des volontaires que le professeur avait suivis pour son étude. Cet agent administratif de 70 ans, au tee-shirt Bob Marley rehaussé d’un collier de perles, reçoit chez lui, près de Pointe-à-Pitre. Son regard s’attarde sur ses dossiers médicaux empilés sur la table du jardin, tandis que quelques poules déambulent entre le manguier et sa vieille Alfa Roméo.
Quand il a appris qu’il était atteint d’un cancer de la prostate, Urbain s’est d’abord enfermé dans le déni. C’est violent. On se dit qu’on est foutu, se souvient-il. Un frisson parcourt ses bras nus. J’ai été rejeté. Les gens n’aiment pas parler du cancer de la prostate ici. La maladie fait l’objet d’un double tabou : la peur de la mort et l’atteinte à la virilité dans une société qu’il décrit comme hypermachiste. Mais les langues se délient enfin « , se réjouit-il.
L’idée de se faire opérer n’a pas été facile à accepter. Et puis je me suis dit : merde, la vie est belle, mieux vaut vivre sans bander que mourir en bandant ! Il rit, mais la colère affleure aussitôt :  J’ai été intoxiqué par ceux qui ont permis d’utiliser ce poison, le chlordécone. Aujourd’hui je suis diminué. Selon lui, beaucoup de gens meurent, mais le gouvernement ne veut pas le prendre en compte. Si c’était arrivé à des Blancs, en métropole, ce serait différent. Et puis, c’est aussi une affaire de gros sous.
Ce qui se joue derrière l’affaire du chlordécone, c’est bien la crainte de l’Etat d’avoir un jour à indemniser les victimes – même si prouver le lien, au niveau individuel, entre les pathologies et la substance sera sans doute très difficile. Mais l’histoire n’en est pas encore là. Pour l’heure, les autorités ne reconnaissent pas de lien formel entre le cancer de la prostate et l’exposition au chlordécone. Une étude lancée en  2013 en Martinique devait permettre de confirmer – ou non – les observations faites en Guadeloupe. Mais elle a été arrêtée au bout d’un an. L’Institut national du cancer (INCa), qui l’avait financée, lui a coupé les fonds, mettant en cause sa faisabilité.
[…]                      En dire aussi peu que possible, de peur de créer la panique et d’attiser la colère. Pendant des années, les autorités ont appliqué cette stratégie au gré des nouvelles découvertes sur l’ampleur du désastre. Mais le manque de transparence a produit l’effet inverse. La suspicion est désormais partout, quand elle ne vire pas à la psychose : certains refusent de boire l’eau du robinet, la croyant, à tort, toujours contaminée. D’autres s’inquiètent pour les fruits, alors qu’il n’y a rien à craindre s’ils poussent loin du sol – le chlordécone disparaît à mesure qu’il monte dans la sève, ce qui explique que la banane elle-même ne soit pas contaminée.
[…]                      La population n’est pas la seule à avoir été choquée. Des scientifiques, des médecins, des élus et des fonctionnaires nous ont fait part de leur indignation face à ce qu’ils perçoivent comme un tournant, en contradiction totale avec la politique de prévention affichée par les pouvoirs publics, visant au contraire à réduire au maximum l’exposition de la population au chlordécone.
[…]                      Qui est responsable de cette situation ? La question est devenue lancinante aux Antilles. Des associations et la Confédération paysanne ont déposé plainte une contre X en  2006 pour mise en danger d’autrui et administration de substances nuisibles. On a dû mener six ans de guérilla judiciaire pour que la plainte soit enfin instruite, s’indigne Harry Durimel, qui défend l’une des parties civiles. Le ministère public a tout fait pour entraver l’affaire. Trois juges d’instruction se sont déjà succédé sur ce dossier, dépaysé au pôle santé du tribunal de grande instance de Paris, et actuellement au point mort.
Le Monde a pu consulter le procès-verbal de synthèse que les enquêteurs de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp) ont rendu, le 27  octobre 2016. Un nom très célèbre aux Antilles, Yves Hayot, revient régulièrement. Il était à l’époque directeur général de Laguarigue, la société qui commercialisait le chlordécone, et président du groupement de producteurs de bananes de Martinique. Entrepreneur martiniquais, il est l’aîné d’une puissante famille béké, à la tête d’un véritable empire aux Antilles – son frère, Bernard Hayot, l’une des plus grosses fortunes de France, est le patron du Groupe Bernard Hayot, spécialisé dans la grande distribution.
Devant les gendarmes, Yves Hayot a reconnu qu’il avait pratiqué personnellement un lobbying auprès de Jean-Pierre Soisson, qu’il connaissait, pour que des dérogations d’emploi soient accordées.
Surtout, l’enquête judiciaire révèle que son entreprise, Laguarigue, a reconstitué un stock gigantesque de chlordécone alors que le produit n’était déjà plus homologué. Elle a en effet signé un contrat le 27  août 1990 avec le fabricant, l’entreprise Calliope, à Béziers (Hérault), pour la fourniture de 1 560 tonnes de Curlone – le nom commercial du chlordécone -, alors que la décision de retrait d’homologation – le 1er  février 1990 – lui a été notifiée, écrivent les enquêteurs. Ils remarquent que cette quantité n’est pas normale, puisqu’elle est estimée à un tiers du tonnage acheté sur dix ans. De plus,  » au moins un service de l’Etat a été informé de cette importation , puisque ces 1 560 tonnes ont bien été dédouanées à leur arrivée aux Antilles en 1990 et 1991. Comment les douanes ont-elles pu les laisser entrer ?
D’autant que, s’il n’y avait pas eu de réapprovisionnement, il n’y aurait pas eu de nécessité de délivrer de dérogations pour utiliser le produit jusqu’en  1993, relève l’Oclaesp. Les deux dérogations accordées par les ministres de l’agriculture visaient en effet à écouler les stocks restants en Guadeloupe et en Martinique. Or ces stocks provenaient de ces réapprovisionnements, notent les gendarmes. La société Laguarigue a justifié cette importation par une divergence dans l’interprétation de la réglementation. Yves Hayot ne sera pas inquiété par la justice : il est mort en mars  2017, à l’âge de 90 ans.
Contacté par Le Monde, l’actuel directeur général de l’entreprise, Lionel de Laguarigue de Survilliers, affirme qu’il n’a jamais entendu parler de cela. Il précise qu’il n’était pas dans le groupe à l’époque – il est arrivé en  1996 – et assure que Laguarigue a scrupuleusement respecté les trois phases d’arrêt du chlordécone concernant sa fabrication, sa distribution et son utilisation.
Les conclusions des enquêteurs sont quant à elles sans ambiguïté : Les décisions prises à l’époque ont privilégié l’aspect économique et social à l’aspect environnemental et à la santé publique, dans un contexte concurrentiel avec l’ouverture des marchés de l’Union européenne. La pollution des Antilles au chlordécone est ainsi principalement la conséquence d’un usage autorisé pendant plus de vingt ans. Reste à savoir si, au vu des connaissances de l’époque, l’importance et la durée de la pollution étaient prévisibles.
Un rapport de l’Institut national de la recherche agronomique, publié en  2010 et retraçant l’historique du chlordécone aux Antilles, s’étonne du fait que la France a de nouveau autorisé le pesticide en décembre  1981. Comment la commission des toxiques a-t-elle pu ignorer les signaux d’alerte : les données sur les risques publiées dans de nombreux rapports aux Etats-Unis, le classement du chlordécone dans le groupe des cancérigènes potentiels, les données sur l’accumulation de cette molécule dans l’environnement aux Antilles françaises ?, s’interroge-t-il. Ce point est assez énigmatique car le procès-verbal de la commission des toxiques est introuvable.
Le rapport cite toutefois l’une des membres de cette commission en  1981, Isabelle Plaisant : Quand nous avons voté, le nombre de voix contre était inférieur au nombre de voix pour le maintien de l’autorisation pour les bananiers, dit-elle. Il faut dire que nous étions peu de toxicologues et de défenseurs de la santé publique dans la commission. En nombre insuffisant contre le lobbying agricole.
Longtemps resté discret sur le sujet, Victorin Lurel, sénateur (PS) de la Guadeloupe, ancien directeur de la chambre d’agriculture du département et ancien ministre des outre-mer, dénonce un scandale d’Etat. Les lobbys des planteurs entraient sans passeport à l’Elysée, se souvient-il. Aujourd’hui, l’empoisonnement est là. Nous sommes tous d’une négligence coupable dans cette affaire.

Faustine Vincent                      Le Monde du 7 juin 2018

Pas bien loin de là, au large de Fort Lauderdale, en Floride, les Américains jettent à la mer deux millions de vieux pneus : la mode est aux récifs artificiels et ils pensent que poissons, langoustes, dauphins et tutti quanti vont les remercier chaleureusement de leur avoir donné d’aussi pratiques abris : pensez donc, avec un peu d’habileté, on peut changer de place tous les jours : il suffit de faire rouler le pneu comme dans sa vie antérieure : même Walt Disney ne se serait pas risqué à pareille audace. Ils mettront vingt ans pour réaliser que c’était une fausse bonne idée et iront les repêcher en 1990. En France, on n’attendit pas le résultat de l’expérience et on préférera se dire : si les Américains l’ont fait, c’est que ça doit être bien et, au début des années 1980, avec la bénédiction d’Alain Bombard, très éphémère – 22 mai au 23 juin 1981 – secrétaire d’Etat au Ministère de l’Environnement, on mouillera 25 000 pneus à 800 mètres au large, dans le golfe Juan ; les résultats français seront aussi catastrophiques que les résultats américains, mais on mettra plus de temps qu’eux pour aller les repêcher et c’est seulement en 2018 que l’on commencera à le faire. C’est encore dans les années 80, en 1984, qu’une manipulation malheureuse au musée océanographique de Monaco introduira les algues vertes en Méditerranée. Décidément, sur la Côte d’Azur, il est des jours où ils feraient mieux de ne pas se lever du tout !

1 01 1973                      Adhésion à la CEE du Royaume Uni, de l’Irlande et du Danemark. 1° numéro de Libération.

1 02 1973                     Les compagnies aériennes américaines Panam et TWA annulent leur commande de Concorde.

6 02 1973                     16 enfants et 4 adultes meurent dans l’incendie du CES Édouard Pailleron, dans le XIX° arrondissement : des collégiens ont allumé une poubelle, et cela a suffi pour que s’embrase ce collège, construit à partir de 1963 comme 874 autres, dans le cadre d’un programme de construction d’urgence, consécutif au passage de la scolarité de 14 à 16 ans : les normes de sécurité avaient été bien assouplies : dans le cas présent, les vides entre les structures du bâtiment ont agi comme des cheminées à grand tirage, les structures métalliques n’étaient pas protégées du feu etc… une association des parents des victimes se créera, qui osera s’attaquer à l’État : deux haut fonctionnaires seront condamnés puis amnistiés.

27 02 1973                   300 Sioux Oglala investissent la ville de Wounded Kneee, là même où s’était déroulé le massacre de 1890, et annoncent la libération du territoire. Plus de 200 agents du FBI, policiers fédéraux cernent alors la ville et organisent le blocus. On verra des avions affrétés par des partisans des indiens atterrir à l’intérieur du campement pour leur porter secours, où larguer des vivres, on verra un hélicoptère fédéral tirer sur les indiens qui allaient chercher ces vivres. Les indiens résistèrent 71 jours, soutenus par des messages du monde entier. 120 d’entre eux furent arrêtés.

29 03 1973                   Départ du dernier Marine du Viet Nam . Cette guerre aura fait 58 000 morts, coté américain, 3 millions coté vietnamien. Les traumatismes mentaux provoqueront par après chez les anciens combattants américains 102 0000 suicides.

3 04 1973                          Le code-barre est adopté par les leaders de l’industrie et de la distribution. Il deviendra opérationnel le 26 juin 1974, sur un paquet de chewing-gum en Ohio, premier produit scanné dans un supermarché. Il arrivera en France six ans plus tard sur un paquet de galettes bretonnes, et néanmoins françaises. C’est GS1, une ONG internationale qui gère l’affaire, fournissant les codes-barres aux entreprises, moyennant une cotisation annuelle allant de 50 à 5 000 €. Un code-barre, c’est un produit et un seul. GS1 en attribue au minimum 100 et c’est au producteur de les attribuer à ses articles. Lorsque cesse la fabrication d’un article, l’entreprise propriétaire de son code doit attendre  quatre ans avant de le réutiliser. Dans les 13 chiffres du code-barre, les premiers indiquent le pays, puis le fabricant, puis le produit. Cette combinaison permet théoriquement d’attribuer 1 000 milliards de codes. Le premier avantage du code-barre est de diviser les stocks par deux, la sortie en caisse venant chaque fois mettre à jour le stock.

Quarante ans plus tard, ses jours seront comptés : deux concurrents arriveront : le standard EPC qui permet d’être reconnu à distance par radio-fréquence, et le QR code, qui, sous la forme de carré, peut-être lu par les smartphones.

Résumé de Michel Waintrop. La Croix 5 avril 2013

27 04 1973                  L’administration fédérale de l’aviation [FAA] américaine interdit les vols supersoniques au-dessus de son territoire pour des raisons de pollution, notamment sonore.

Pour moi, l’aviation n’a de valeur que dans la mesure où elle contribue à la qualité de la vie humaine. La recherche dans le domaine du vol supersonique est évidemment de grande importance et mérite d’être poursuivie, mais mon opinion personnelle est que l’exploitation régulière du supersonique à son niveau actuel de développement porterait préjudice tout  à la fois à l’aviation et aux habitants de notre planète. Je crois que nous devrions interdire à ces avions le survol et l’utilisation du territoire américain aussi longtemps qu’ils présentent un danger pour notre environnement général.

Charles Lindberg, le premier à avoir traversé l’Atlantique en 1927, membre du conseil d’administration de la Pan Am. Déclaration à L’Express du 7-13 août 1972.

3 06 1973                           Lors du salon de l’aéronautique du Bourget, un Tupolev 144 s’écrase à Goussainville, près du Bourget : 14 morts. Il avait été surnommé Concordski, car considéré, à tort, comme une copie conforme du Concorde : 140 passagers à Mach 1,9 sur 6 500 km. Il sera retiré du service après un autre accident en 1978, ayant fait 3 morts. 17 exemplaires auront été construits.

8 06 1973                           Pour la première fois depuis 1939, Franco a nommé un premier ministre : l’amiral Carrero Blanco.

28 06 1973                  Au Chili, le général Carlos Prats a quitté provisoirement le gouvernement.  Washington a gelé les lignes de crédit des organismes de financement de l’aide au développement. L’inflation galope à plus de 300 %, le marché noir représente l’essentiel de la circulation des biens. Un régiment de blindés attaque le palais présidentiel. La démission du général Ruiz qui ne parvient pas à trouver un accord avec les grévistes enclenche un processus de révolte au sein de l’armée, qui, pour finir va amener Augusto Pinochet à la tête des forces armées.

30 06 1973                La France intéresse l’Allemagne au programme Ariane : l’Agence Spatiale Européenne s’engage en août : la France financera le lanceur à hauteur de 63,9 %, et  les frais de fonctionnement de la base de Kourou à hauteur de 75 %. La charge  satellisable passera de 1 500 à 1 750 kg.

06 1973                             En Dordogne, Brigitte Bardot, 38 ans, termine le tournage de L’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise, un film de Nina Companeez

L’action se passe au Moyen Age, avec cavalcades, et duels sur la place du village. Parmi les figurants, une vieille dame avec sa chèvre. J’allais les voir dès que j’avais une pause, mais elle me dit un jour : J’espère que le film sera terminé dimanche. C’est la communion de mon petit-fils, on fera un grand méchoui avec la chèvre. J’ai été horrifiée ! Et j’ai immédiatement acheté la chèvre. Je suis rentrée avec elle dans mon hôtel 4 étoiles. Ce fut le déclic. Adieu le cinéma, et je me suis dès lors consacrée tout aux animaux.

Brigitte Bardot

A quoi tiennent les choses ! Par après, elle se mettra à brûler ce qu’elle avait adoré, à cracher dans la soupe de ces 20 ans de cinéma avec une vindicte haineuse qui voudront nous faire croire à un dédoublement de personnalité, comme si c’était une autre personne qu’elle-même qui avait été abusée ; allons donc, si cette vie avait été aussi insupportable que vous le dites, vous n’auriez pas fait durer ce cauchemar pendant vingt ans ! un peu de cohérence, madame Bardot. Vous n’étiez pas dans un camp de concentration tout de même !

Non ! Je n’ai jamais aimé le cinéma ! Ce n’est que superficialité et frivolité. Tout y est faux. Les décors, les situations, les sentiments, et la plupart des gens. Sans parler de ce nombrilisme qui fait croire aux acteurs qu’ils sont le centre du monde ! Je déteste le culte de la personnalité. Il fallait que mon imprésario me botte le cul pour que j’aille aux premières de film et dans les cocktails. J’en avais horreur. La simple lecture d’un scénario m’angoissait, et pendant la vingtaine d’années où j’ai enchaîné les films, j’avais le ventre noué et je développais un herpès au début de chaque tournage. Avec toujours ce même sentiment de vacuité.

La vie d’artiste m’a valu des moments intenses. Mais c’était dans le privé. Jamais dans l’officiel. On s’est tellement moqué de moi à mes débuts ! On a dit que j’étais une ravissante idiote, que je parlais mal, que je jouais comme un pied. Si vous saviez le mépris auquel j’ai été confrontée, parallèlement d’ailleurs à une adoration sans limite. Cela m’a blessée. C’était si injuste ! J’ai un principe de vie : quand on entreprend quelque chose, il faut le faire bien, et jusqu’au bout. Je l’ai appliqué au cinéma. Je n’ai rien fait en dilettante.

J’ai eu le sentiment de ne pas être reconnue à ma juste valeur.  La reconnaissance n’est venue qu’après. Longtemps après ! Bien sûr, j’avais le statut de star : bien payée, célébrée sur les tapis rouges, dotée de belles voitures, de coiffeurs, de maquilleuses, tout le fourbi. Mais tout était fou et faux. Et je me suis pris pèle-mêle dans la figure mesquineries et gestes d’adoration sans mesure, mensonges, humiliations, salissures. C’était la contrepartie de la lumière qu’on braquait sur moi. Cette lumière que certains envient et qui a failli me tuer. Car je suis vite devenue une proie pour journalistes et paparazzi. Ils étaient partout, je n’avais plus de refuge. C’était une horreur. Et c’était effrayant. La traque. Avec ce que cela implique : le stress, l’angoisse, la dépendance aux somnifères. La perte de l’envie de vivre.

Brigitte Bardot interviewé par Annick Cojean du Monde le 21 janvier 2017.

Et si vous insupporte tant que cela le culte de la personnalité vous n’auriez pas laissé la commune de Saint Tropez vous ériger une statue en 2017… Cette seule acceptation signifie bien que vous aviez en vous tous les éléments pour mordre à belles dents à l’hameçon !

18 07 1973                         À proximité de Vizille, dans la côte de Laffrey, les freins d’un car transportant des touristes belges lâchent : 43 morts.

15 08 1973               Arrêt des bombardements américains au Cambodge : fin de 12 ans d’intervention  militaire américaine en Indochine.

25 08 1973            À peu près 60 000 manifestants se retrouvent au Rajal del Gorp, sur le Larzac pour combattre le projet d’extension du camp militaire, à l’initiative du syndicat des Travailleurs Paysans (prédécesseur de la Confédération Paysanne), fondé par Bernard Lambert. Cet appel fédère des sensibilités très diverses, du fondateur de la communauté non-violente de l’Arche, Lanza del Vasto, aux ouvriers des montres Lip en passant par des représentants des peuples en résistance venus d’Europe ou d’Afrique.

L’essentiel de ces 60 000 manifestants venaient de tout le mouvement de retour à la terre, aux succès et à la durée très inégaux : parfois le rêve, relayé par l’opiniâtreté, permettait un enracinement réel, parfois la dureté de vie provoquait un retour à la ville ; ceux qui restaient acceptaient une pauvreté à la limite de la détresse. Quelquefois se produisait un petit miracle :

De la route principale un chemin carrossable, suivant les gorges, conduisait au départ d’un sentier. Par ce sentier, le long du ruisseau, il fallait une bonne heure de marche pour atteindre le hameau d’Héric, perché tout là-haut, loin de tout, sans autre accès. En voiture, sur le chemin, je doublai un homme âgé qui marchait en s’appuyant sur un bâton et se dirigeait vers les gorges ; un paysan, vêtu d’un vieux costume en velours, lourdement chaussé, un sac à l’épaule. Je m’arrêtai et lui proposai de l’avancer un peu. Il accepta.
En voiture, il me dit qu’il remontait à Héric où il avait passé toute son existence. Je lui dis : Il ne doit plus y avoir beaucoup de gens, là-haut.
Non. J’ai vu mourir tout le monde.
Lorsque le chemin carrossable s’arrêta, je lui demandai, en garant la voiture, si cela l’ennuierait de me voir faire un bout de chemin avec lui. Ça ne l’ennuyait pas du tout.
Nous attaquâmes le sentier, qui est assez raide, et monte dans un paysage escarpé entre des roches nues, très découpées. L’homme marchait le premier, poséme­nt, toujours au même rythme, comme quelqu’un qui marche depuis toujours sur ces sentiers-là. Il allait avoir autour de soixante-dix ans. Difficile d’être plus précis. Un vieux.
Après une centaine de mètres, il me demanda d’où j’étais. Je le lui dis : de Colombières. J’ajoutai que j’étais le fils de Félix Carrière.
Ah. me dit-il. De Félissou ?
Félissou était le surnom usuel de mon père. Cela servait à le distinguer de son père, qui s’appelait aussi Félix.
L’homme d’Héric connaissait Félix Carrière mais vaguement. J’ai toujours été surpris que les gens se connaissent si peu de village à village.
[…] Le vieux d’Héric me demanda encore :
Et il n’est pas mort, ce Félix Carrière ?
Si, lui dis-je. Il est mort depuis plus de vingt ans.
Ah.
Ils appartenaient, mon père et lui, à la même génération, ou à peu près. Sans doute s’étaient-ils rencontrés dans une fête, ou à l’occasion d’un tournoi de boules.
Il est mort de quoi ?
Du cœur. Il était malade.
Ah.
Nous continuâmes à parler, par petits bouts de phrases, tout en marchant. Il me parla d’Héric, ces deux ou trois maisons perdues dans la montagne, qui avaient été toute sa vie.
Et vous vivez tout seul là-haut ?
Je vivais seul jusqu’à l’année dernière.
Et maintenant ?
Maintenant non, je ne suis plus seul. Connaissant les silences nécessaires à ce type de conversation, où l’on n’est jamais sûr que celui qu’on interroge ait vraiment envie de parler, j’attendis une dizaine de mètres avant de lui demander : Qui vit avec vous ?
Les hippies.
C’était bien le dernier mot que je m’attendais à entendre là. Deux ans auparavant, avec Milos Forman, nous avions vécu des mois à New York, dans l’East Village, pour travailler sur le film Taking off. Nous avions connu de très près les personnages, les coutumes, la musique de cette culture nouvelle du flower power, qu’on appelait aussi psychédélique. Je ne pouvais pas me douter que j’allais la retrouver là. L’homme me raconta l’histoire phrase par phrase tout en montant. Un an plus tôt trois jeunes gens fuyant le monde étaient arrivés à Héric, par on ne sait quels détours. Ils décidèrent qu’ils n’iraient pas plus loin. Une Américaine, un Hollandais et un Allemand.
Après des premiers contacts assez difficiles, car aucun des trois ne parlait français, ils commencèrent à vivre avec le vieil homme, dans une maison à demi en ruines proche de la sienne, couchant dans la paille. Par la force de leur seule présence et la curiosité qu’ils éveillaient sans doute chez lui, ils brisèrent sa solitude. Une vie en commun reprit petit à petit dans le hameau. Le vieux leur enseigna une partie de son savoir-faire, comment on reconnaît les bons champignons, où trouver des asperges sauvages, comment pêcher, etc. Il leur donna des pommes de terre et des châtaignes. Il descendait de temps en temps dans la vallée, toujours à pied, pour acheter quelques objets indispensables, ou du sucre, ou un litre d’huile. Les trois autres restaient là-haut, loin de toute société humaine.
Mais ils m’ont quand même appris des choses, dit l’homme. Par exemple ils mangent les racines des fougères ! Ils les font griller ! Jamais entendu parler de ça, avant.
Et c’est bon ?
Pas mauvais. On dirait des topinambours, en plus dur.
Et ils ne vous ont rien fait fumer ?
Si, si, bien sûr. Mais ils n’en ont plus maintenant. Il continua à bavarder de choses et d’autres. Je n’avais guère le temps de rester avec lui mais il me semblait, à certains regards, qu’il ne m’avait pas vraiment tout dit, qu’il gardait encore un certain secret.
Il finit par me le raconter. Le voici : quand la jeune fille de Los Angeles arriva au hameau d’Héric, elle était enceinte. De qui ? Le vieux ne le sut jamais. Peut-être l’ignorait-elle aussi. Peut-être s’agissait-il d’un autre homme que ces deux-là. Cela ne paraissait pas la préoccuper. Cependant, quand le temps de l’accouchement approcha, il fallut songer à la délivrer.
Au cours d’une de ses descentes dans la vallée, le vieux en parla au docteur Lau, à Olargues, en lui demandant de monter à Héric le moment voulu.
Pas question, répondit le docteur. Il était bien trop âgé pour pratiquer cette ascension-là (il devait prendre sa retraite en 1973). Et on ne connaissait aucune sage-femme, à Olargues ou dans les environs, capable de courir ce risque.
Après réflexions, va-et-vient et conciliabules, le vieux demanda au docteur s’il ne pourrait pas mettre lui-même cet enfant au monde. Le docteur fut un peu surpris, apparemment, et dit en fin de compte : pourquoi pas ? Il lui montra soigneusement comment il faut procéder et lui expliqua tous les gestes.
Et c’est moi qui l’ai accouchée, me dit le vieux. C’est moi qui l’ai fait venir, le bébé. Vous auriez vu ça ! C’est un garçon, et je peux vous dire qu’il va bien.
Nous n’étions plus très loin du hameau, à quinze minutes peut-être. Son récit terminé, le vieux gardait de nouveau le silence comme si, malgré sa fierté médicale, il regrettait un peu de m’en avoir tant dit. Il montait devant moi du même pas tranquille, penché en avant, le bâton à la main. Je me disais que dans le sac qu’il portait se trouvaient peut-être des couches, du talc, du lait.
Il me dit un peu plus tard :
Nous sommes cinq maintenant là-haut.
Je ne suis pas monté avec lui jusqu’à Héric. Il m’a semblé que le vieux n’y tenait pas. Il ne fit rien pour m’inviter, au contraire. Peut-être voulait-il garder ça pour lui.
Je le saluai et je redescendis vers la voiture.

Jean Claude Carrière Le vin bourru  Plon 2000

11 09 1973                  Au Chili, la journée est décisive :

6 h 40’               À Valparaiso, la marine s’est soulevée et marche sur Santiago

8 h 30’              Pinochet est le premier signataire du communiqué de la junte

8 h 55’              Les carabiniers affectés à la défense de la Moneda abandonnent le palais.

9 h 30’          Allende organise la défense du palais en demandant aux femmes de partir – y compris des deux filles Beatriz et Maria Isabel, et laissant partir les hommes qui le souhaitent.

11 h 58’            Bombardement aérien qui déclenche un incendie.

13 h 30’                   Allende parle à Radio Magallanes : c’est son dernier discours :

Je paierai de ma vie la défense des principes qui sont chers à cette patrie. La honte tombera sur ceux qui ont trahi leurs convictions, manqué à leur propre parole et se sont tournés vers la doctrine des forces armées.

Le Peuple doit être vigilant, il ne doit pas se laisser provoquer, ni massacrer, mais il doit défendre ses acquis. Il doit défendre le droit de construire avec son propre travail une vie digne et meilleure. À propos de ceux qui ont soi-disant autoproclamé la démocratie, ils ont incité la révolte, et ont d’une façon insensée et douteuse mené le Chili dans le gouffre. Dans l’intérêt suprême du Peuple, au nom de la patrie, je vous exhorte à garder l’espoir. L’Histoire ne s’arrête pas, ni avec la répression, ni avec le crime. C’est une étape à franchir, un moment difficile. Il est possible qu’ils nous écrasent, mais l’avenir appartiendra au Peuple, aux travailleurs. L’humanité avance vers la conquête d’une vie meilleure.

Compatriotes, il est possible de faire taire les radios, et je prendrai congés de vous. En ce moment des avions sont en train de passer, ils pourraient nous bombarder. Mais sachez que nous sommes là pour montrer que dans ce pays, il y a des hommes qui remplissent leurs fonctions jusqu’au bout. Moi, je le ferai, mandaté par le Peuple et en tant que président conscient de la dignité de ce dont je suis chargé.

C’est certainement la dernière occasion que j’ai de vous parler. Les forces armées aériennes ont bombardé les antennes de radio. Mes paroles ne sont pas amères mais déçues. Elles sont la punition morale pour ceux qui ont trahi le serment qu’ils ont prêté. Soldat du Chili, Commandant en chef, associé de l’Amiral Merino, et du général Mendosa, qui hier avait manifesté sa solidarité et sa loyauté au gouvernement, et aujourd’hui s’est nommé Commandant Général des armées.

Face à ces évènements, je peux dire aux travailleurs que je ne renoncerai pas. Dans cette étape historique, je paierai par ma vie ma loyauté au Peuple. Je vous dis que j’ai la certitude que la graine que l’on a confiée au Peuple chilien ne pourra pas être détruite définitivement. Ils ont la force, ils pourront nous asservir, ils mais n’éviteront pas les procès sociaux, ni avec le crime, ni avec la force.

L’Histoire est à nous, c’est le Peuple qui la fait.

Travailleurs de ma patrie, je veux vous remercier pour la loyauté dont vous avez toujours fait preuve, de la confiance que vous avez accordé à un homme qui fut le seul interprète du grand désir de justice, qui jure avoir respecté la constitution et la loi. En ce moment crucial, la dernière chose que je voudrais vous dire, c’est que la leçon sera retenue.

Le capital étranger, l’impérialisme, ont créé le climat qui a cassé les traditions : celles que montrent Scheider et qu’aurait réaffirmé le commandant Araya. C’est de chez lui, avec l’aide étrangère, que celui-ci espérera reconquérir le pouvoir afin de continuer à défendre ses propriétés et ses privilèges.

Je voudrais m’adresser à la femme simple de notre terre, à la paysanne qui a cru en nous, à l’ouvrière qui a travaillé dur et à la mère qui a toujours bien soigné ses enfants. Je m’adresse aux fonctionnaires, à ceux qui depuis des jours travaillent contre le coup d’État, contre ceux qui ne défendent que les avantages d’une société capitaliste. Je m’adresse à la jeunesse, à ceux qui ont chanté et ont transmis leur gaieté et leur esprit de lutte. Je m’adresse aux Chiliens, ouvriers, paysans, intellectuels, à tous ceux qui seront persécutés parce que dans notre pays le fascisme est présent déjà depuis un moment. Les attentats terroristes faisant sauter des ponts, coupant les voies ferrées, détruisant les oléoducs et gazoducs, face au silence de ceux qui avaient l’obligation d’intervenir. L’Histoire les jugera.

Ils vont sûrement faire taire radio Magallanes et vous ne pourrez plus entendre le son métallique de ma voix tranquille. Peu importe, vous continuerez à m’écouter, je serai toujours près de vous, vous aurez au moins le souvenir d’un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le Peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et se laisser humilier. Travailleurs : j’ai confiance dans le Chili et dans son destin. D’autres hommes espèrent plutôt le moment gris et amer où la trahison s’imposerait. Allez de l’avant sachant que bientôt s’ouvriront de grandes avenues où passera l’homme libre pour construire une société meilleure.

Vive le Chili, vive le Peuple, vive les travailleurs ! Ce sont mes dernières paroles, j’ai la certitude que le sacrifice ne sera pas vain et qu’au moins surviendra une punition morale pour la lâcheté et la trahison. »

Allende organise alors la reddition, fermant la marche de la colonne. Puis il remonte au premier étage.

13 h                      Augusto Olivares, directeur de la télévision national, intime de Salvador Allende, est venu le saluer, lui et tous ses inconditionnels ; il les quitte, mais ne sort pas de la Moneda et entre dans une pièce vide où il se suicide d’une balle dans la tête.

13 h 58’            Le docteur Patricio Gijon remonte chercher un masque à gaz et à cet instant précis, j’ai vu comme dans un éclair le président assis sur un sofa, se tirer une rafale avec une mitraillette placée entre ses jambes. La boîte crânienne a volé en éclats.

Pinochet prend le pouvoir.

Grand collectionneur, il met à profit le trouble des premiers instants pour voler dans la Moneda quelques trésors du patrimoine national, comme l’épée de Bernardo O’Higgins, le héros de l’indépendance chilienne, la piocha, étoile à cinq branches sertie d’or que reçoivent les présidents lors de leur investiture, quelques tableaux. En lieu et place, il mettra des faux.

Il ne va pas faire dans la demi-mesure :

  • État de siège proclamé sur l’ensemble du territoire, ce qui permet l’application du code de justice militaire. Une police politique est créée : la DINA – Direction de l’Intelligence Nationale – , rebaptisée CNI – Centrale Nationale d’Information – en 1977. En octobre 1988 – la fin du régime militaire – , plus de 3 200 personnes auront été tuées ou portées  disparues, 35 000 auront été torturées ; 200 000 Chiliens – 2 % de la population – se seront exilés.
  • Expulsion des représentants des  citoyens des institutions de l’État.
  • Dissolution du Congrès.
  • Destruction par le feu des registres électoraux.
  • Interdiction des partis politiques.
  • Contrôle des médias.
  • Suppression de l’autonomie des organismes relevant de la société civile.
  • Les recteurs de toutes les universités, publiques comme privées, sont remplacés par des généraux ou des amiraux.
  • Couvre feu, qui sera maintenu dans certaines villes jusqu’en mars 1978
  • L’importation de livres est soumise à censure.
J’veux te raconter Kissinger
l’histoire d’un de mes amis
son nom ne te dira rien
il était chanteur au Chili
 
Ça se passait dans un grand stade
on avait amené une table
mon ami qui s’appelait Jara
fut amené tout près de là
 
On lui fit mettre la main gauche
sur la table et un officier
d’un seul coup avec une hache
les doigts de la gauche a tranché
 
D’un autre coup il sectionna
les doigts de la dextre et Jara
tomba tout son sang giclait
6 000 prisonniers criaient
 
L’officier déposa la hache
il s’appelait p’t’être Kissinger
il piétina Victor Jara
chante dit-il tu es moins fier
 
Levant ses mains vides des doigts
qui pinçaient hier la guitare
Jara se releva doucement
faisons plaisir au commandant
 
Il entonna l’hymne de l’U
de l’unité populaire
repris par les 6 000 voix
des prisonniers de cet enfer
 
Une rafale de mitraillette
abattit alors mon ami
celui qui a pointé son arme
s’appelait peut-être Kissinger
 
Cette histoire que j’ai racontée
Kissinger ne se passait pas
en 42 mais hier
en septembre septante trois

Julos Beaucarne       1973

Victor Jara était quasiment devenu ambassadeur du Chili socialiste sur la scène internationale après l’élection d’Allende. C’est lui qui avait rendu hommage à Pablo Neruda lors de son Nobel de littérature en 1972.

Victor Jara est transporté le 11 septembre 1973 dans le Stade national, à l’endroit même où, en 1972, il avait rendu hommage à Neruda. Il meurt criblé de balles le 16 septembre. Avant de le tuer, un policier lui broie les mains. Il aurait alors commencé à chanter l’hymne de l’Unité populaire, repris en choeur par les autres militants arrêtés avec lui.

Cilles Bataillon         L’Histoire n°391 Septembre 2013

Sur le plan économique, les entreprises nationalisées sous Allende sont restituées à leurs anciens propriétaires. Les grandes entreprises publiques d’État sont privatisées. Fin du contrôle des prix et abaissement des barrières douanières. Investissements étrangers encouragés. Tout cela sous le management des Chicago boys, des économistes néolibéraux formés à l’école du néolibéral  Milton Friedman, sous la houlette de Sergio de Castro, ministre de l’économie. La gestion des fonds de pension des travailleurs est transférée à des entreprises à but lucratif. En 1990, 40 % de la population sera paupérisée.

Les larmes ne doivent pas troubler la vue et il n’est pas interdit de penser que les graines semées sous la présidence d’Allende, hors d’atteinte des militaires adeptes du golpe, donneront naissance quarante ans plus tard, à une situation qui sera une première mondiale : deux femmes qui s’affrontent pour le deuxième tour d’élections présidentielles. Qui aurait raisonnablement osé prédire cette fantastique arrivée des femmes au pouvoir même dix ans plus tôt ?

19 09 1973                   Charles XVI Gustave monte sur le trône de Suède.

23 09 1973                 Pablo Neruda, de son nom de naissance Ricardo Eliecer Neftalí Reyes Basoalto, meurt à la clinique Santa Maria de Santiago pendant que La Chascona,  sa maison de Santiago était saccagée par les militaires : livres brûlés etc… Il avait 69 ans, et s’apprêtait à s’exiler au Mexique.

Je veux vivre dans un pays où il n’y ait pas d’excommuniés.
Je veux vivre dans un monde où les êtres soient seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédés par une règle, par un mot, par une étiquette.
Je veux qu’on puisse entrer dans toutes les églises, dans toutes les imprimeries.
Je veux qu’on n’attende plus jamais personne à la porte d’un hôtel de ville pour l’arrêter, pour l’expulser.
Je veux que tous entrent et sortent en souriant de la mairie.
Je ne veux plus que quiconque fuie en gondole, que quiconque soit poursuivi par des motos.
Je veux que l’immense majorité, la seule majorité : tout le monde, puisse parler, lire, écouter, s’épanouir. 

Pablo Neruda            Confieso que he vivido, J’avoue que j’ai vécu. Parution posthume de 1974

09 1973                              Un Concorde venant de Caracas se pose au Texas

6 10 1973                           Guerre du Kippour. (Israël – Egypte)

16 / 17 10 1973                 Les ministres des 6 pays du Golfe persique décident d’augmenter de 70 % le prix du brut : en 2 mois il va quadrupler ; le baril de brut passe de 3 à 11.65 $.

30 10 1973                  Mise en service du premier pont sur le Bosphore : 1560 m de long, 1074 m entre les deux portées ; largeur du tablier : 9 m , soit 8 voies de circulation.

10 1973                        Faute d’avoir l’assurance que son projet de ramener la durée du mandat présidentiel à 5 ans au lieu des 7 actuels, soit voté par le Congrès avec la majorité nécessaire des 3/5°, – requise pour une réforme constitutionnelle – Georges Pompidou le retire.

25 11 1973                 Le président grec Georgios Papadópoulos, devenu chef d’État après avoir lui-même fait partie du gouvernement des colonels – il est lui-même colonel – est renversé par un coup d’État militaire.

Hellène est en servitude, elle ne bouge plus, elle ne respire plus. Mikis Théodorakis a été des premiers à en payer le prix. Il a composé en 1969 La Marche de l’Esprit, sur un poème d’Angelos Sikelianos – 1884-1951 -. Personne mieux que lui n’a dit la colère de l’homme face à la dictature des forces obscures : indignez-vous ! 

11 1973                       Au Congo, Mobutu, de retour de Chine dans les jours précédents, se lance dans la zaïrianisation, ni plus ni moins que la saisie de l’ensemble des petites et moyennes entreprises, exploitations agricoles, plantations et fonds de commerce, soit quelques milliers d’entreprises, pour être données aux Congolais. Comme le dira un jour Albert Bernard Bongo : Hier, nous étions au bord du gouffre ; depuis nous avons fait un grand pas en avant !  Cette catastrophe permit tout de même à Mobutu de s’offrir 14 plantations dispersées dans tout le pays, contrôlant ainsi le quart de la production de cacao et de caoutchouc : il fera travailler 25 000 personnes, deviendra le troisième employeur de l’État  et, grâce surtout aux revenus des mines, la 7° fortune du monde ! Ce pillage débile entraîna une augmentation du chômage, des prix, donc un appauvrissement général de la population, d’où une multiplication de petits boulots pour boucler les fins de mois, et une corruption en croissance exponentielle : les militaires seront les premiers à se servir : utilisation des véhicules de l’armée pour faire le taxi, du personnel subalterne pour servir de domestique à la maison, volatilisation des appareils de radio, sono etc etc… Tout le monde veut commander, mais personne ne veut obéir, disait un rapport.

Erwin Blumenthal, ancien cadre de la Bundesbank, missionné par Le FMI pour analyser tout cela, rendra son verdict : Mobutu et son gouvernement formuleront sans aucun doute de nouvelles promesses, et la dette extérieure, qui ne cesse de croître, obtiendra une fois de plus, un report de paiement, mais il n’y a aucune chance, et je dis bien aucune chance, que les créanciers revoient un jour leur argent.

1973                            Le Danemark, le Royaume Uni et l’Irlande rejoignent la CEE, portant à 9 le nombre des pays membres.

Le France est désarmé, à quai au Havre, malgré bien des manifestations syndicales pour empêcher l’inéluctable : l’augmentation des prix du pétrole, la concurrence de l’avion… et la plus grande grève de l’histoire de la marine marchande ont mis définitivement les comptes dans le rouge. Racheté dans un premier temps par le milliardaire saoudien Akram Ojjeh, ce dernier le revendra à un armateur norvégien, Knut Ulstein Klosters pour 18 M. $. Les aménagements intérieurs seront refaits, la motorisation revue à la baisse et il sera rebaptisé Norway.

Le russe Sviatoslav Fiodorov réussit à corriger des myopies par de petites incisions de la cornée. Début des travaux du BAM, branche du Transsibérien reliant le lac Baïkal au fleuve Amour [qui, en bouriate, signifie, sale, boueux] et la Mer Noire : 3 150 km de voies : c’est le principal chantier de la période de Brejnev, surnommé le monument le plus long à la gloire de la stagnation.

Décès de Picasso :

Ce qui est terrible aujourd’hui, c’est que personne ne dit du mal de personne. Si l’on en croit ce que l’on lit, tout est bien. Personne ne tue plus personne, tout se vaut, rien n’est jeté par terre, et rien n’est un drapeau. Tout est sur le même niveau. Pourquoi ? Sûrement pas parce que c’est vrai !

Trente quatre ans plus tard, Daniel Buren dira pratiquement la même chose :

La confusion totale règne dans le milieu de l’art : on accepte tout, on ne rejette rien, n’est ce pas parce que l’essentiel de la production n’a plus aucune force ? Je trouve ça très angoissant.

La crise est donc durable.

Toute création véritable implique une certaine surdité à l’appel d’autres valeurs, pouvant aller jusqu’à leur refus sinon même leur négation… Même pleinement réussie, la communication intégrale avec l’autre condamne, à plus ou moins brève échéance, l’originalité de sa et de ma création.

Claude Levi Strauss         Race et culture

Un camion libyen se paie l’Arbre du Ténéré. Les reliques iront au musée de Niamey. On ne peut s’empêcher de penser à un trait de de Gaulle en écho à Mort aux cons issu des rangs à la fin d’une cérémonie militaire : Vaste programme !

Ce vieil acacia – Acacia tortilis, sous espèce raddiana – perdu dans l’un des plus durs désert du monde, le seul très probablement à être mentionné en toutes lettres sur toutes les cartes, devenu point géodésique, allait bravement chercher son eau à 36 mètres sous le sol, très mauvaise eau, précisait la carte Michelin, qui ajoutait encore : Monument.

12 02 1974                 Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne a écrit L’Archipel du Goulag de 1958 à 1967, sur de minuscules feuilles de papier enterrées dans des jardins d’amis, un exemplaire étant envoyé en Occident. Peu de temps après la fin de la rédaction, on découvre pendue Elizabeth Voronianskaïa, une de ses aides : elle avait avoué sous la torture au KGB l’emplacement de la cachette où se trouvait un des exemplaires ; Soljénitsyne décide alors de la publication de L’archipel du Goulag, à Paris, dans une des rares imprimeries disposant de caractères cyrilliques. Les premiers exemplaires viennent d’arriver à Moscou : il est expulsé pour l’Allemagne de l’Ouest : il partira ensuite pour Zurich, en Suisse, puis pour les États-Unis.

3 03 1974                         Le vol Turkish Airlines 981 – un DC 10  – Istanbul – Londres, via Orly, s’écrase en forêt d’Ermenonville, par 49° 08′ 44″ N, 2° 38′ 04″ E, à proximité de Senlis : 346 morts. La porte de soute s’est ouverte, provoquant une très brutale dépressurisation, dont la violence a endommagé les commandes manuelles : l’appareil ne répondait plus à aucune commande. Il y avait sur ces appareils un défaut de conception de verrouillage de la porte de soute qui avait été signalé depuis longtemps, sans suite,  et de plus, cette opération avait été mal vérifiée lors de sa dernière manipulation.

9 03 1974                    Le soldat japonais Onaba, fatigué de mener une vie de sauvage sur l’île de Lubang, dans les Philippines, se rend : il ne savait pas que la guerre était terminée depuis 29 ans !

13 03 1974                  Mise en service de l’aéroport de Roissy, commencé en 1964. Il aura coûté 1,63 milliard F. C’est Paul Andreu qui en a été l’architecte.

Terminal 1


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