9 juillet à octobre 1940 L’État français se met en place. Naissance de la 2° DB. Découverte de Lascaux. Montoire. 12542

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Publié par (l.peltier) le 6 septembre 2008 En savoir plus

9 07 1940

Laval et Alibert ont beaucoup œuvré pour que la Chambre des députés et le Sénat se réunissent à Vichy. Tétanisés par la défaite, l’exode, Mers el Kébir, députés et sénateurs abdiquent toute référence à des valeurs républicaines en votant à la quasi unanimité les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, le grand hara kiri parlementaire de l’été 1940, pour le sénateur Paul Boncour. Le matin, ce sont les députés qui doivent dire s’ils acceptent de réviser les lois constitutionnelles de 1875 : 395 voix pour, 3 contre. L’après-midi, c’est au tour des sénateurs de répondre à la même question : 229 pour, 1 contre.

prier et encore prier pour que Pierre soit sauvé, pour que les Boches ne reviennent pas, pour que la France soir sauvée ! […] Dans l’exposé des motifs on reconnaît le mal fait par l’éducation sans Dieu. C’est toute l’université, œuvre de Napoléon, qu’il faudrait f. par terre. Toute l’idolâtrie classique […]. Démolition extérieure et putréfaction intérieure : les instituteurs.

Paul Claudel. Journal

Zita, 48 ans, veuve de Charles I° depuis 1922, dernière impératrice d’Autriche, reine de Hongrie et reine de Bohème, réfugiée au Portugal, obtient un visa pour les États Unis, où elle et ses  7 enfants arriveront le 27 juillet. Les enfants ne parlant pas tous couramment le français, elle posera ses valises finalement au Québec ; dans l’un de ses valises la plupart des bijoux de la couronne qu’elle fera passer pour volés et qui, conformément à sa demande ne referont surface que 100 après la mort de son époux. Et c’est Karl Habsbourg, son petit fils qui sortira ces bijoux de leur cache fin octobre 2025.

10 07 1940 

Sénateurs et députés sont réunis pour répondre à une seule question : l’examen du projet de loi constitutionnelle déposé au nom du gouvernement par le vice président du Conseil, Pierre Laval et Alibert. Il n’y a qu’un seul article : L’Assemblée nationale donne tous pouvoirs au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, à effet de promulguer par un ou plusieurs actes, une nouvelle constitution de l’État français. Cette constitution devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie. Elle sera ratifiée par la nation et appliquée par les assemblée qu’elle aura créées.

La clarté du texte fit reculer plus de parlementaires que la veille et le vote tint un peu moins du plébiscite : on compta quand même 80 contre, 20 abstentions, et 569 pour, dont 90 élus socialistes.

Tout le scénario avait été réglé d’avance avec une minutie savante. Laval redoutait, à juste titre, l’impartialité et la fermeté morale de M Jeanneney… Dès le premier engagement, M Jeanneney [Jules, père de Jean Marcel, grand père de Jean Noël] fut donc attaqué, bousculé avec une fermeté de boxeur par M F. Buisson qui le réduisit au silence. Les loges et galeries réservées au public avaient été garnies par Doriot dont la meute répondait de la voix aux Montigny (lavalistes) et aux Tixier Vignancour (Extrême droite) de la salle.

Léon Blum

La III° république est morte. Pétain a tous les pouvoirs.

Pour bazarder la République, les choses ne vont pas traîner :

  • 11 juillet Acte constitutionnel n°1 : Pétain prend le titre de chef de l’État.
  • 11 juillet Acte constitutionnel n°2 : il se nomme chef du gouvernement et prend le pouvoir législatif
  • 11 juillet Acte constitutionnel n°3 : il ajourne la Chambre des députés et le Sénat.
  • 12 juillet Acte constitutionnel n°4 : Pétain fait de Laval son dauphin.
  • 20 juillet Acte constitutionnel n°5 : création de la cour suprême de justice et modification du code de procédure pénal militaire
  • 22 juillet Mise en place de la censure
  • 27 août Abolition du décret réprimant les injures raciales
  • 3 septembre Loi sur les mesures d’internement administratifs et début des arrestations.

Vote de l’Assemblée nationale et fin du régime parlementaire et de la domination des francs maçons et des instituteurs. Du moins espérons-le. Il n’y aura rien de fait tant qu’on n’aura pas abattu l’Université de France et l’éducation classique.

Paul Claudel Journal

Notre poète diplomate de 72 ans avait pris goût aux conversions ; après la flamboyante conversion au catholicisme, il se convertit donc au pétainisme ; le moment venu, il se convertira au gaullisme.

11 07 1940     

Premier numéro de la Revue La Gerbe, sous la direction d’Alphonse de Châteaubriant, qui a publié chez Grasset en 1937 Gerbe de forces, véritable hymne au nazisme ; l’hebdomadaire défend l’idée d’une Europe aryanisée, débarrassée du bolchevisme, proche des thèses du RNP de Marcel Déat, s’éloignant du pétainisme maréchaliste. On y trouve les signatures de Jean Giono, Paul Morand, Jean Cocteau, Marcel Aymé, Sacha Guitry, etc. Le rédacteur en chef en est Marc Augier, connu après-guerre sous le pseudonyme de Saint Loup :

Parti un jour pour l’Allemagne, poussé par la désespérance dans laquelle me plongeait le drame de la décadence des races occidentales, tout d’un coup m’était apparu là-bas un peuple revivifié de toutes ses détresses et revivifié parce qu’il avait pratiqué collectivement le principe primordial en lequel réside le grand ressort de la restauration de toute vie. L’arbre de la vieille Europe n’était donc pas complètement desséché ni mort, puisque, encore, il pouvait donner cette poussée verte ! Alors, j’ai dit à la France, ma patrie : Réjouis-toi, ta condamnation n’est pas sans recours, puisque cette feuille verte est encore possible et qu’étant possible elle tienne.

La Gerbe 15 août 1940

18 07 1940

Vladimir Jankélévitch, philosophe, est révoqué comme n’ayant pas la nationalité française à titre originaire. Il sera destitué une deuxième fois en vertu du statut des juifs en décembre 1940. Mobilisé le 1° septembre 1939 comme lieutenant d’infanterie, il avait été blessé à la Sauvetat de Guyenne le 20 juin 1940, et alors évacué et hospitalisé jusqu’au 1° août 1940 à Marmande.  Il entrera ensuite dans la clandestinité à Toulouse où il passera toutes les années de guerre. On m’a découvert deux grands parents impurs, car je suis, par ma mère, demi juif ; mais cette circonstance n’aurait pas suffi si je n’avais, de surcroit, été métèque par mon père. Cela faisait trop d’impuretés pour un seul homme. … Je me trouve dès maintenant sans situation et sans ressources… Je voudrais bien foutre mon camp au Groenland ou ailleurs, avec mes œuvres complètes.

Lettre à Beauduc

Agacé par Sartre, il lui adressera quelques bonnes piques : la morale, cela consiste à s’engager, non à effectuer une tournée de conférences au cours desquelles on s’engage à s’engager.

20 07 1940  

En poste à Londres, Paul Morand, convaincu de l’invasion imminente de l’Angleterre, prend peur et s’embarque pour Lisbonne avec son personnel – une soixantaine de membres, à l’exception notable d’Elisabeth de Miribel, qui dit : Je reste ici, et sera devenue secrétaire de de Gaulle dès le mois de juin : c’est elle qui tapera le fameux appel du 18 juin – : Je ne suis pas resté à Londres parce que je sentais qu’un monde était à sa fin, qu’il fallait chercher ailleurs. Mais je croyais que le problème de mon pays allait se poser différemment. Sans penser qu’on ne peut sauver une civilisation, lorsqu’à 100 km de là, une autre s’écroule.

Paul Morand. Lettres d’un voyageur 1945. [adressée au prince de Faucigny Lucinge]

Viré des Affaires étrangères le 26 août pour abandon de poste, l’amitié de Jean Jardin, chef de cabinet de Laval, le fera revenir aux affaires comme attaché à ce même cabinet. Il sera nommé président de la commission de censure cinématographique, sera décoré de l’ordre de la Francisque et prêtera serment de fidélité à Pétain. Jusqu’à la fin de sa mission, il aura tenu à distiller, avec son habituel talent, son fiel. Ses propos sont à prendre avec des pincettes, truffés de boules puantes, mais le tableau général rend compte tout de même d’une réalité nettement plus complexe que celui qu’a voulu en brosser l’histoire écrite par le vainqueur français, le général de Gaulle.

Après l’armistice et l’affaire de Mers el Kébir, les relations diplomatiques avec l’Angleterre étant rompues, l’ambassade est invitée à rejoindre la France par le Portugal. Roger Cambon démissionne et reste sur place. Le Département, nonobstant le cours différent de la politique extérieure française, se préoccupe de maintenir un contact avec l’ancien allié. Sous prétexte de coordonner la liquidation des missions d’achat, le Quai d’Orsay propose la nomination à Londres d’un agent important, aux tâches utiles et imprécises. Nouveau ministre des Affaires étrangères, Paul Baudouin, peu suspect pourtant d’anglophilie, se prête à cette manœuvre. Sur quoi Paul Morand, sans instructions, quitte son poste sous prétexte de remettre au ministre un message particulier de lord Halifax. Le message n’était, semble-t-il, qu’un prétexte. Il remet aussitôt au ministre, en revanche, la note du 20 juillet. Les propos venimeux qu’elle contient à l’égard de ses collègues, joints à l’espèce d’abandon de poste dont il s’était rendu coupable, valent à Morand sa mise à la retraite en qualité de conseiller, puisqu’il eût fallu, pour le prolonger, le promouvoir au grade de ministre plénipotentiaire, ce que son comportement avait rendu difficile. Il devait en conserver une amertume durable et surtout, par la suite, transformer en un acte positif d’adhésion à la politique collaborationniste de Vichy ce qui avait été d’abord, en 1940, une fuite bureaucratique, en crabe, vers des rivages plus sûrs que ceux de l’Angleterre, attitude dont personne à la vérité, pas même Baudouin, ne lui avait su gré.

François Sureau. Quai d’Orsay. L’iconoclaste 2015

Note pour le Ministre [Baudouin, ministre des Affaires Étrangères de Pétain]

Relation sommaire de la situation à Londres du 17 juin au 20 juillet Liverpool, 20 juillet 1940

L’annonce de notre armistice s’est abattue sur une opinion britannique mal préparée ; la première réaction nous fut cependant favorable : grand élan de sympathie et de pitié pour une France qui restait l’alliée élue ; on comprenait qu’elle dût abandonner la lutte. Que les Français se reposent ; c’est à nous maintenant de continuer seuls, disait Harold Nicholson, un des plus fidèles partisans de l’entente. Mais, dès le 18 juin, le Times porte déjà la question sur le terrain politique : Le maréchal Pétain forme un gouvernement de droite.

Le général de Gaulle avait débarqué à Londres le 14 juin. Autour de lui s’étaient cristallisées aussitôt les tendances, jusque-là éparses, visant à créer un noyau français de résistance loin d’une France vassalisée par l’Allemagne, noyau constitué surtout avec des éléments français de gauche, sur lesquels, malgré des déboires, l’Angleterre croit toujours pouvoir compter. Dès lors, les mots French Government sont remplacés par The Petain Government, gouvernement qui est censé ne pas représenter la nation. (Cette formule adoptée par la presse, la BBC, etc. subsiste encore.) On espère que le général de Gaulle saura rallier les colonies françaises, et le ministère de la Guerre économique, tout occupé à ce moment d’un pool des ressources coloniales interalliées, insiste pour qu’en dépit de l’armistice, la mission française du Blocus y participe. La mission décline cette offre.

Dès le 17 juin M. Kérillis était arrivé à Londres et y avait commencé ses démarches et le général de Gaulle parlait pour la première fois à la BBC. Sous le patronage du ministre de l’Information, M. Duff Cooper, ils orchestrent toute une propagande injurieuse contre le maréchal, troublent l’opinion anglaise, divisent la colonie française d’Angleterre, font pleuvoir les nouvelles tendancieuses ou fausses (arrivée imminente de MM. Blum, Mandel, Campinchi, Delbos, attentat de la Gestapo contre M. Paul Reynaud, assassinat de M. Pierre Cot, etc.). Cependant, le 19 juin, M. Churchill fait à la radio un discours où, sauf une allusion à la rupture par la France de ses engagements envers son alliée, le ton est encore très modéré (Quoi qu’il arrive, notre victoire sera celle de la France…). Rapidement, le bruit se répand que le général de Gaulle a refusé d’exécuter l’ordre qu’il vient de recevoir de rentrer en France ; il va grouper tous les Français désireux de poursuivre la lutte, il se déclare sûr de l’appui que lui ont promis télégraphiquement les généraux Noguès, Catroux, Mittelhauser ; il a pour lui l’ambassade de France, il déjeune chez M. Corbin à qui Kérillis a dit brutalement : De toute façon, vous êtes fini ; autant venir avec nous. Les 19, 20, 21 juin, le général de Gaulle et Kérillis sont installés comme chez eux dans le bureau de l’ambassadeur et de son secrétaire de confiance, M. de Charbonnière. Kérillis, qui prétend avoir refusé les fonds de la propagande anglaise en vue de la création d’un journal français à Londres, obtient néanmoins de la Bank of England l’autorisation d’exporter avec lui aux États Unis les 40 000 livres sterling qu’il avait en dépôt à Londres depuis juin 1936. La Bank of England lui accorde cette faveur unique (aucun autre Français n’a été autorisé à sortir plus d’une livre sterling), sur une intervention écrite de l’ambassade. Parti pour Bordeaux dans un avion anglais avec lord Lloyd, le chef du Comité de coordination, M. Jean Monnet (accrédité à Londres en novembre 1939 par M. Daladier) est rentré à Londres le 20 juin. Depuis, il assiège Downing Street et, au Foreign Office, M. Vansittart. À l’ambassade, c’est chez M. Roger Cambon qu’il tient ses assises : il est de notoriété publique qu’il sera le président du Conseil de ce gouvernement français en préparation dont tous les réfugiés français notables se voient offrir les portefeuilles. Mais Bordeaux donne l’ordre à nos unités navales réfugiées en Angleterre de rentrer dans leurs ports. Cette mesure pose devant le public la question de la flotte française. L’opinion britannique en est si émue que le gouvernement croit pouvoir prendre une décision à laquelle, heureusement, il ne sera pas donné suite : il annonce à la radio que le général de Gaulle est autorisé à prendre sous sa juridiction tous les Français habitant en Angleterre ; résultat de l’influence de M. Jean Monnet. Et ce même soir du 23 juin, le général de Gaulle lance sur un ton comminatoire un appel à tous les Français, qui jette la consternation dans leurs rangs car ils se voient contraints d’opter entre un internement probable ou un engagement chez les factieux. Affaissé, ambigu et spectral, M. Corbin annonce le 22 juin sa démission à ses intimes. L’avant-veille M. Alexis Léger, arrivant d’Arcachon, était débarqué à Londres où il logeait chez Vansittart. Désapprouvant la politique des réfugiés, il cherche à se désolidariser d’eux au plus vite et consacre son séjour en Angleterre à s’efforcer de faire comprendre à ses amis anglais les dangers de cette politique et à préparer son départ pour les États Unis. De même, M. André Maurois, à qui de Gaulle a offert le sous secrétariat d’État aux Affaires étrangères, a répondu : Faites une légion, mais non un gouvernement. Pendant tout ce temps, M. Élie Bois et Madame G. Tabouis ameutent la presse du dimanche contre le gouvernement français.

Cependant, de tous côtés, les esprits modérés s’inquiètent et font tous leurs efforts pour éviter une définitive rupture franco anglaise. Ronald Tree agit sur M. Duff Cooper (Tree est secrétaire parlementaire), le major Morton, chef de l’Intelligence Service de Downing Street, influe sur le Premier ministre qui consent à retarder sa déclaration d’investiture au gouvernement de Gaulle mais à regret, car le mouvement de Gaulle était devenu un élément de la politique intérieure anglaise. Que voulez-vous, répondait Vansittart au commandant du C, si nous ne créons pas un gouvernement français de lutte à outrance, nous ne pourrons pas soutenir le moral de notre peuple. Cependant M. Jean Monnet doit sentir que l’atmosphère se refroidit car il modère l’élan de ses interventions : cet homme brillant et habile, cette personnalité saturnienne et malchanceuse semble ébranler l’édifice en même temps qu’il le construit, suivant ainsi la ligne brisée de toute une vie mystérieuse et internationale, semée de faillites.

Les troupes françaises, ramenées de Norvège en Ecosse, s’impatientent et réclament leur rapatriement. Le 26 juin, un incident éclate qui fera réfléchir l’ambassade et les Anglais raisonnables : les ouvriers d’arsenaux français retenus à Liverpool marchent sur le consulat de France et il faut les arrêter par des barrages de police. Du coup l’ambassadeur se décide à donner suite aux demandes réitérées des missions et, les convoquant chez lui, promet, bien que mollement, de les faire rapatrier. Le gouvernement anglais, ne voyant débarquer aucun des hommes politiques annoncés, commence à s’interroger sur la politique à suivre : c’est au cours de ces dernières journées de juin qu’est né le projet de la mise hors de combat de la flotte française. Dès le 26 juin, le ministre de la Guerre économique, M. Dalton, travailliste dur, se refuse à toute conversation sur le ravitaillement de la France et annonce le blocus des côtes françaises. Le 1° juillet, les ministères britanniques auprès desquels sont accréditées des missions françaises, convoquent les chefs de ces missions et les invitent à prendre du service en Angleterre, en leur laissant le choix entre le général de Gaulle ou l’administration britannique. C’est alors qu’éclate l’affaire de Mers el Kébir.

Cet attentat a eu à Londres des contrecoups moraux immédiats : secrètement blâmé par une partie de l’opinion publique anglaise, il a ouvert les yeux à beaucoup de Français encore hésitants ou même déjà inscrits chez de Gaulle ; il a rendu impossible la création en Angleterre d’un gouvernement et même d’un Comité national français ; il a obligé l’ambassade à se dégager entièrement de ses liens avec le général, et les réfugiés à mettre une sourdine à leurs conspirations. La rupture des relations diplomatiques qui a suivi gêne beaucoup le gouvernement britannique ; la presse l’annonça par de très discrets entrefilets. Bien qu’elle eût été rendue publique dès le 3 juillet par les radios étrangères, elle ne fut officielle que huit jours après, les télégrammes de Vichy ayant subi un curieux retard. Avec le départ de M. Roger Cambon, l’ambassade se trouvait enfin placée sous les ordres d’un chef impartial, M. de Castellane. Grâce à lui, les télégrammes partaient et arrivaient normalement et le rapatriement des missions était préparé avec la collaboration du Foreign Office.

Winston Churchill, désorienté, avait en effet repassé la main aux diplomates et les chargeait de réparer ses erreurs. Pour obtenir un avantage naval très discutable, l’amirauté avait ruiné en quelques heures trente-cinq ans d’alliance. Mais nous n’avions pas encore vu la fin des maladresses du Premier ministre. Irrité par certaines discrètes interventions de nos missions, mettant en garde soldats, marins et réfugiés français contre des engagements irréfléchis, le gouvernement faisait arrêter par la police anglaise, les 5 et 6 juillet, les quartiers maîtres de la mission navale coupables d’avoir parlé breton dans la rue à des compatriotes ; des tracts étaient saisis, deux de nos officiers étaient mis au secret à Glasgow ; un courrier de la marine, le lieutenant de Saint Seine, était dépouillé d’un pli officiel ; la pression administrative sur les blessés et les réfugiés en faveur de la légion de Gaulle, dont l’effectif s’élevait maintenant à 4 000 hommes, s’accentuait de jour en jour. Enfin, le 9 juillet au matin, une trentaine d’officiers de nos missions se voyaient assigner une résidence forcée à Oxford avec huit heures de préavis. Dans les missions, l’émotion était à son comble. Averti à temps, le Foreign Office faisait rapporter la mesure deux heures avant son exécution, obtenant même la mise hors de cause de nos attachés naval et militaire spécialement visés.

Dès le lendemain, 10 juillet, une détente immédiate en résultait : le Foreign Office acceptait d’échanger avec le gouvernement français un agent diplomatique. Il trouvait sur l’heure un bateau pour le rapatriement des missions et quelques jours plus tard celles-ci partaient pour la France.

Nous laissions derrière nous une situation pleine de difficultés auxquelles il faudra parer : nos marins, internés dans de mauvaises conditions, sont en danger d’être réexpédiés trop vite sans les garanties de sécurité nécessaires par les autorités anglaises inquiètes de leur esprit de révolte ; les blessés et les convalescents sont soumis à des pressions administratives les dirigeant sur de Gaulle ; des marins de commerce et des réfugiés civils, non encore recensés, errent à travers l’Angleterre, oubliés de tous ; nos consulats, encore tolérés, risquent d’être fermés s’ils se manifestent activement ; le personnel des missions, resté volontairement pour assurer la liquidation ou retenu contre son gré par les Anglais, a beaucoup de peine à communiquer avec Vichy. La presse anglaise ne publie que des nouvelles françaises tendancieuses et l’ancienne mission d’information (Bret) ne fait plus rien de bon ; l’Institut français, dirigé par M. Denis Seurat, bien que subventionné par les Affaires étrangères, sert de cabinet politique au général de Gaulle ; un bureau politique de placement et de renseignements pour réfugiés vient de s’ouvrir où l’influence de M. P. Comert et de Madame G. Tabouis [1] s’exerce dans le sens le plus défavorable au gouvernement français.

Paul Morand. (MAE, Papiers 1940, Papiers Baudouin, vol. 12, fos 59-63 (P. Morand)

22 07 1940 

15 000 Français d’origine étrangère, juifs pour la plupart, se voient retirer leur nationalité : Israélite – sic – . Pas d’intérêt national, médecin israélite roumain, israélite communiste, peut-on lire sur des dossiers. On vous classe dans des catégories bizarres dont vous n’avez jamais entendu parler et qui ne correspondent pas à ce que vous êtes réellement. On vous convoque. On vous interne. Vous aimeriez bien comprendre pourquoi.

Patrick Modiano. Dora Bruder. Gallimard 1997

Cette loi entraînait la révision individuelle ou familiale de toutes les acquisitions de nationalité française intervenues depuis la loi du 10 août 1927, soit 648 000 personnes, venues principalement d’Europe du Sud et de l’Est, en partie juives dans ce dernier cas, qui avaient bénéficié de cette mesure entre 1927 et 1940. De plus, la loi entendait revenir sur cette acquisition en étendant cette éventuelle dénaturalisation aux enfants nés en France. Au total, près d’un million de personnes ont été concernées par la menace d’un retrait de nationalité : cela fait beaucoup plus de monde que pour le même dispositif, appliqué par Vichy envers des gaullistes ou autres résistants, et qui touchera moins de 500 personnes. La lenteur et la lourdeur administratives gripperont la logique politique de purification ethnico-sociale voulue par le régime. Parfois, elles ne serviront que de paravent à une volonté non écrite mais réelle de ne pas appliquer la loi : les deux logiques expliqueront l’écart entre le nombre de dénaturalisables et celui des dénaturalisés.

À Southampton, ce sont à peu près 30 000 réfugiés qui débarquent, venus des pays envahis par la Wehrmacht. Dans le même temps, à Londres Churchill lance : Set Europe ablaze – mettez l’Europe à feu et à sang -. Pour ce faire, il crée le SOE – Service Operations Executive -, directement sous ses ordres, s’inspirant d’un mix d’opérations militaires et de méthodes de voyous, sous les ordres du général Colin Gubbins, qui va essentiellement recruter chez les réfugiés, les 30 000 débarqués à Southampton et les suivants, nombreux, au grand dam de de Gaulle, qui entendait bien avoir la haute main sur tous les résistants français, mais qui n’était pas chez lui quand Churchill, lui, l’était. Au printemps 1941, la première stratégie mise en œuvre se révélera être proche de la catastrophe : deux parachutages ratés du début à la fin : le premier, censé être en Belgique, sera en fait en Allemagne et l’homme arrivera… au milieu d’un camp de prisonniers !  pour le second, ce sera encore en Allemagne : c’est son parachute qui refusera de s’ouvrir : les Allemands qui récupèrent le corps découvrent ainsi le pot aux roses … un cadavre a l’avantage de parler beaucoup plus vite qu’un vivant : il suffit de lui faire les poches ! Donc, changement de stratégie : faute de l’embrasement généralisé espéré par Churchill, qui n’était qu’une chimère, les populations étant encore trop marquées par la sidération de la victoire des armées allemandes,  on se portera sur des actions ciblées

23 07 1940 

On peut être philosophe et ne pas goûter la résistance : J’espère que l’Allemagne vaincra ; car il ne faut pas que le général de Gaulle l’emporte chez nous. Il est remarquable que la guerre revient à une guerre juive, c’est-à-dire à une guerre qui aura des milliards et aussi des Judas Macchabées. […] On verra peut-être si, les juifs éliminés de tout pouvoir, les choses vont mieux. Il se peut mais je n’en sais rien. 

Alain

Le Grand Sage, vénéré de l’ensemble de la France littéraire, n’aura pas une ligne sur le débarquement des Alliés, la Libération, la chute de Berlin. Pas une ligne, jusqu’à la fin, en 1950, sur les camps d’extermination et l’assassinat de millions de juifs, alors que la presse du temps, qu’il lira de près, en parlera abondamment. Il sera resté scotché à un pacifisme mou qui l’aura tenu éloigné de tout esprit de résistance : la vie est un combat. Rien ne justifie qu’on expose sa vie.

24 07 1940 

Le Meknes est coulé en quittant l’Angleterre : il emmenait 1 500 soldats qui avaient choisi de rentrer en Afrique du Nord : il n’y a que 50 rescapés. C’est ce navire qui avait emmené les Chasseurs Alpins de Norvège – l’opération sur Narvik – en Angleterre.

31 07 1940   

Le général Paul de la Porte du Theil crée les chantiers de jeunesse : tous les hommes de 20 ans résidant en zone libre devront y passer 8 mois : c’était la meilleure façon d’occuper les 100 000 recrues appelées sous les drapeaux en juin. Relevé de ses fonctions le 3 janvier 1944, il sera arrêté le lendemain par la Gestapo et déporté.

Je me suis dit souvent que la seule idée féconde qu’il eût fallu retenir de Vichy, c’était les chantiers de jeunesse. Sous un régime où tout finissait de pourrir, il y eut pourtant de ce côté là, un commencement de réussite, une amorce de formation dont certains demeurent encore marqués.

François Mauriac. De Gaulle, 1964.

07 1940

Premier gouvernement de Vichy. La photo pourrait laisser croire qu’il dispose au moins d’une certaine marge de manœuvre, laquelle est en fait encore plus étroite qu’on ne pourrait le penser : il n’y aura aucune parution de quelques texte que ce soit au Journal Officiel qui n’ai reçu l’imprimatur allemand. C’est peu dire de l’indépendance de la zone libre et du gouvernement de Vichy.

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Le chef de l’État français et le premier gouvernement du régime de Vichy, photo probablement prise en juillet 1940 sur la terrasse du pavillon Sévigné à Vichy. De gauche à droite : Pierre Caziot, François Darlan, Paul Baudouin, Raphaël Alibert, Pierre Laval, Adrien Marquet, Yves Bouthillier, Philippe Pétain, Émile Mireaux, Maxime Weygand, Jean Ybarnégaray, Henry Lémery, François Piétri, Louis Colson.

Les cartes de rationnement voient le jour, et le 18 septembre, les denrées suivantes sont contingentées, délivrables contre la remise de tickets de rationnement, dans les quantités suivantes pour un adulte :

– 350 gr de pain/jour
– 50 gr de fromage/jour
– 50 gr de matière grasse par jour
– 360 gr de viande/semaine, (dont 20 % d’os !!)
Les catégories de rationnaires sont les suivantes :
E : enfant de moins de 3 ans
J1, J2, J3 : enfant et adolescent
A : 21 à 70 ans
T : Travailleur de force
C : Cultivateur
V : Vieillard
Le taux rural des rations est inférieur au taux urbain, les populations rurales, même non agricoles étant censées pouvoir bénéficier d’un petit élevage (poule, lapin etc…).

Les premiers à souffrir, [et souvent mourir], d’avoir à se contenter de cela seront bien sur les plus faibles, les vieillards isolés, mais surtout les malades mentaux, pensionnaires des hôpitaux psychiatriques : à la fin de la guerre, on parlera de 45 000 morts de faim dans les asiles d’aliénés.

J’ai vu le spectacle d’une telle famine que cela nous plonge en plein Moyen Age. Des salles pleines de malades décharnés, squelettiques… Presque tous sont couverts de vermine et de gale, atteints de furoncles et d’anthrax suppurants.

Le directeur régional de la santé de Laon, chargé de visiter l’hôpital de Clermont de l’Oise. Rapport daté du 29  novembre 1944.

D’un mois à l’autre, les rations fluctuent ; les jours sans viande sont institués : mercredi, jeudi, vendredi. Le café pur est interdit : il est remplacé par un mélange – les fameux ersatz – à base d’orge. Dans Heureux comme Dieu en France, Marc Dugain prête cette appréciation à Galmier, devenu à 20 ans, résistant par hérédité : C’était une soupe à rien du tout, épaissie par une farine d’un végétal inconnu en temps de paix.

Le peuple américain ne veut pas entendre parler de la guerre, mais l’armée américaine, elle, s’y prépare : elle lance un appel d’offres pour la fabrication d’un engin léger, adapté à la guerre de mouvements, capable de transporter en toute circonstance quelques fantassins et leur matériel : et cela donnera naissance, un an plus tard, à celle qui deviendra des décennies plus tard, la plus légendaire des 4 X 4 : la Jeep, 980 kg, 370 kg de charge utile, construite par Willys et Ford.

4 08 1940      

L’antisémitisme est suffisamment généralisé pour que Le Matin, journal, de droite certes, mais qui se vante tout de même d’appartenir à la presse d’information généraliste et non à la presse d’opinion, s’autorise un ton qui fait froid dans le dos : il s’agit du quartier du Marais, une tâche au cœur de Paris, entre la rue des Archives et la rue de Sévigné, dédale de voies étroites, sombres, mais surtout incroyablement sales. Cela doit disparaître.

[…] Au rez de chaussée de chaque maison, divisé en boutiques – plutôt en échoppes – aux enseignes en caractères hébraïques, la saleté règne en maîtresse. Des boucheries dont la devanture de faux marbre doit rarement connaître le contact de la brosse en chiendent et de l’eau de lessive n’offrent à l’étalage que des viandes casher c’est-à-dire tuées et saignées selon le rite juif. De grosses mouches noires festoient au nez et à la barbe du boucher, qui se garderait bien de les chasser : ce dernier, coiffé de la petite calotte juive, les mains croisées sur son tablier sale, assis sur le pas de sa boutique, converse dans le langage de sa race avec d’énormes commères. […] À la caisse, la charcutière, fardée à l’excès mais les ongles noirs, bavarde avec une cliente au profil significatif. […] Un porche noir qui vous jette au regard des relents rances de moisissure expose des tonnelets de poissons salés et de gros cornichons nageant dans une saumure verdâtre. […] Tout est juif ici, choses, gens, inscriptions. Sur les trottoirs étroits, des hommes barbus en longs pardessus crasseux, portant le traditionnel chapeau melon enfoncé jusqu’à rabattre les oreilles, parlent à voix basse. […] Il est étonnant qu’en un temps où l’on disait mener la lutte contre les microbes, on ait laissé subsister en plein cœur de Paris cette répugnante tache qu’est le ghetto.

Deux mois plus tard allait tomber le statut sur les Juifs : le terrain s’y prêtait mieux qu’on ne pourrait le croire aujourd’hui : le régime de Vichy jouait sur du velours.

08 1940   

Le général de Gaulle fait diffuser par voie d’affiche sur le territoire anglais un résumé de son appel du 18 juin.

À TOUS LES FRANÇAIS

La France a perdu une bataille !
Mais la France n’a pas perdu la guerre !
Des gouvernants de rencontre ont pu capituler, cédant à la panique, oubliant l’honneur, livrant le pays à la servitude. Cependant, rien n’est perdu !
Rien n’est perdu, parce que cette guerre est une guerre mondiale. Dans l’univers libre, des forces immenses n’ont pas encore donné. Un jour, ces forces écraseront l’ennemi. Il faut que la France, ce jour-là, soir présente à la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur. Tel est mon but, mon seul but !
Voilà pourquoi je convie tous les Français, où qu’ils se trouvent, à s’unir à moi dans l’action, dans le sacrifice et dans l’espérance.
Notre patrie est en péril de mort
Luttons tous pour la sauver !
VIVE LA FRANCE !

Général de Gaulle, 18 juin 1940 [cette date fait donc partie des petits arrangements de de Gaulle avec l’Histoire]

Gilbert Renault, le futur colonel Rémy, est envoyé de Londres en France pour y monter le premier réseau de renseignement, qui deviendra la confrérie Notre Dame.

9 08 1940  

En Turquie, pose du dernier tronçon du chemin de fer Berlin Bagdad.

13 08 1940

Varian Fry, jeune journaliste américain, débarque à Marseille pour y représenter l’Emergency Rescue Committee,  – Comité américain de secours – avec 3 000 $ collectés aux États Unis lors de campagnes à l’américaine, avec discours, galas, tombolas etc… et la garantie de 2 000 danger visas accordés à des intellectuels, artistes, enseignants, chercheurs, menacés par l’article 19 de la Convention d’armistice, qu’il va loger Villa Air Belle, 63, Boulevard des Lombards, dans le quartier de la Pomme, sur la route d’Aubagne. Ce Comité a été crée par le président de l’Université de Newark Franck Kingdon et le syndicaliste William Green, avec le soutien d’Eleanor Roosevelt. La liste des personnalités aidées par Varian Fry est impressionnante : Hannah Arendt, André Breton, De Castro, Marc Chagall, Marcel Duchamp, Max Ernst et son épouse Peggy Guggenheim, Stephane Hessel, Jacques Lipchitz, André Masson, Max Ophüls, Benjamin Peret, Anna Seghers, Victor Serge et bien d’autres…

16 08 1940 

Début de l’expulsion vers la France des Lorrains indésirables.

 18 08 1940   

Accord de défense mutuelle États Unis Canada.

20 08 1940  

Trotski s’était installé à Coyoacán dans la banlieue de Mexico, où était parvenu à le rejoindre un agent secret de Staline, communiste espagnol, faux journaliste et vrai amant de Sylvia Ageloff, une ancienne secrétaire, américaine, que Trotski avait retrouvé avec plaisir. Staline avait pris le temps de tisser sa toile : Ramon Mercader avait été soustrait du front espagnol pour recevoir à Moscou une formation à l‘assassinat ! eh oui ! Sous l’identité belge de Jacques Mornard, il lui avait ensuite fallu séduire à Paris la militante trotskiste Sylvia Ageloff, à laquelle il livrera un baratin classique pour expliquer sa nouvelle identité canadienne de Frank Jacson quand il l’aura retrouvée à Mexico, travaillant pour Trotski. Ramon Mercader, devenu quasiment familier des lieux, n’a plus qu’à attendre le moment favorable pour le tuer d’un coup de piolet, trop bien ajusté pour que les chirurgiens y puissent quelque chose : ce moment favorable, c’est l’absence de Jean van Heijenoort, secrétaire, traducteur et garde du corps de Trotski parti à New York pour y préparer un doctorat de mathématiques tout en classant les archives de Trotski à Harvard. Natalia, l’épouse de Trotski, s’était bien étonnée de la gabardine que portait ce jour-là Ramon Mercader… en plein mois d’août, à Mexico, mais bon … [2] L’autopsie révélera un cerveau exceptionnellement développé, pesant mille cinq cent soixante grammes.

Ramon Mercader sera arrêté sur le champ, ne parlera jamais, effectuera vingt ans de prison, sera libéré le 13 mai 1960 et fêté comme un héros à Moscou ; il mourra dans son lit à Cuba le 18 octobre 1978, à 65 ans, ce qui est considéré comme un âge avancé pour un assassin.

Que se passe-t-il chez cet enfant juif élevé en dehors de toute religion ? Et n’est-ce pas précisément pour cela que la passion de justice accapare toutes ses puissances. Littérateur né, à mesure qu’il grandit, l’adolescent ne devient pas le petit Rastignac que nous connaissons tous. Il ne souhaite même pas de faire carrière dans la révolution et par la révolution. Il veut changer le monde, simplement.

Chez cet enfant comblé de dons, chez ce premier de la classe en toute matière, quelle mystérieuse main coupe une à une toutes les racines de l’intérêt personnel, le détache et finalement l’arrache à une destinée normale, pour le précipiter dans un destin presque continûment tragique où les prisons, les déportations, les évasions, servent d’intermèdes à une interminable exil ?

François Mauriac

En Chine, Les Cent régiments du général Peng Dehuai lancent une guérilla contre les troupes japonaises qui va durer jusqu’au début décembre : essentiellement des opérations de sabotage de voies ferrées. Neuf cent vingt sept Républicains espagnols sont raflés à Angoulême pour être déportés à Mauthausen : c’est le premier convoi de déporté politiques.

25 08 1940  

Le gouverneur du Tchad, Felix Eboué et le colonel Marchand décident de maintenir le RTST : Régiment de Tirailleurs Sénégalais du Tchad et le territoire du Tchad, dans la guerre, sous les ordres du général de Gaulle. Ce basculement de Felix Eboué, noir d’origine antillaise, dans le camp de de Gaulle entraîna celui de centaines de milliers d’Africains : les troupes coloniales de Vichy étaient composées à 90 % de Noirs et d’Arabes. Ces tirailleurs sénégalais avaient grandement contribué à bouter les Allemands hors du Cameroun lors de la Première guerre mondiale et avaient beaucoup de mal à les voir revenir en vainqueurs. Leurs officiers avaient honte de leur expliquer que la mère patrie avait failli à sa grandeur et qu’elle était divisée. Cameroun, Moyen Congo, Oubangui, Tahiti et des possessions françaises des Indes, de l’Océanie suivent immédiatement.

C’est que le Tchad était encore, par excellence un de ces pays où pouvait encore s’exercer dans tous les domaines une activité soutenue et féconde ; avec ses régions désertiques, sa population rare et fière, son climat extrême, il offrait l’espace dans lequel une énergie bien trempée se sent libre de tout oser.

[…] Celui qui ambitionnait une existence virile, tout entière tendue vers l’action dans ce qu’elle a de plus dépouillée et de plus exaltant, demandait à servir dans les Groupes Nomades du Nord qui maintenaient l’ordre parmi les tribus au sang chaud et montaient la garde aux frontières du Sahara libyque italien.

[…] Là, vivant en ascète, pris par la grandeur du désert, tout entier à sa vie si simple et si pleine, il dépouillait le vieil homme. Ses sentiments devenaient purs comme le ciel étoilé qui reposait le soir son regard brûlé de soleil et de sable. Un peu de nostalgie se glissait parfois en son âme ; la grande solitude l’invitait à méditer sur l’infini.

Colonel Vézinet La 2° DB en France, combattants et combats en France présentés par un groupe d’officiers et d’hommes de la division. Arts et Métiers graphiques, 1945

Le colonel Leclerc, – capitaine en mai 1940, de son vrai nom Philippe de Hauteclocque, né au château de Belloy en Picardie : on entend loing sonner haute clocque – mandaté par de Gaulle, prend le commandement du RTST, où le rejoignent les militaires d’Ornano, de Guillebon, Massu, des unités de l’Oubangui, du Moyen Congo, du Gabon, des volontaires arrivés de Syrie et d’Angleterre ; ils ont à leur disposition les ressources matérielles de l’AOF et de l’AEF. Ce RTST, que l’on appelle encore ceux du Tchad, est le premier noyau de ce qui deviendra officiellement en août 1943, la 2° Division Blindée.

27 08 1940

Les Allemands font retirer plus de 20 000 livres des librairies et bibliothèques françaises : c’est la liste Bernhard. La liste Otto la complètera un mois plus tard.

08 1940

Henry Dhavernas (1912 – 2009) créé Les Compagnons de France, mouvement de jeunesse vichyste, qui sera dissous en par le Régime de Vichy. L’esprit est patriotique, anti collaborationniste, proche de certaines positions résistantes se voulant malgré tout fidèle au maréchal Pétain et prônant une régénération française dans le cadre des valeurs (pas toutes, pas l’antisémitisme de la Révolution nationale. cf. l’École d’Uriage et les Chantiers de la jeunesse française.)

Henry Dhavernas propose un encadrement de la jeunesse pour la sortir de la rue. Il lance avec la Charte du Randan, ce mouvement qui regroupe tous les mouvements de jeunesse de l’époque ( jeunesse unioniste, Scout, auberges de jeunesse, JOC, la CGT, le Parti Socialiste). Grâce à son travail au cabinet de Paul Reynaud, il contacte le général Weygand qui met à sa disposition les moyens humains et matériel dont il dispose. Dhavernas est le premier président et le restera jusqu’en février 1941. Guillaume de Tournemire prendra sa suite.

Le siège social, est à Vichy au début, puis transféré rue Garibaldi à Lyon, puis au château de Crépieux la Pape. Ils occuperont aussi le château de Cambous, dans l’Hérault de l’automne 1940 à 1942.

Plus proche de la Révolution nationale que de la collaboration totale, Tournemire écarte de la rédaction du bulletin du mouvement les membres qui préféreraient un rapprochement plus étroit avec le III° Reich. Une crise éclate lorsque certains membres ont la tentation d’utiliser les Compagnons comme d’un vivier pour le service d’ordre légionnaire – le SOL -, mais le soutien du secrétaire général à la Jeunesse, Georges Lamirand, permet à Tournemire de conserver le contrôle sur le mouvement. Celui-ci va compter jusqu’à 32 000 cadres et hommes.

Reçu par Pétain le 12 novembre 1942, le chef Compagnon lui fait part de sa volonté d’engager un jour le mouvement pour reprendre le combat. Pétain semble l’encourager dans sa démarche. De fait, son adjoint Georges Lamarque, membre du réseau de renseignement Alliance, dirigé par Marie Madeleine Fourcade, depuis novembre 1941, propose d’organiser l’armement de l’ensemble du mouvement (17 000 hommes) via son réseau. Le 22 novembre 1942, l’entrée en résistance est décidée : l’engagement des Compagnons dans l’Alliance est acté par un accord entre Tournemire et Fourcade, par l’intermédiaire de Lamarque. En mars 1943, Lamarque prend le commandement du sous réseau Druides, qui va comporter de nombreux cadres des Compagnons, à commencer par Tournemire lui-même, sous le pseudonyme de Dispater, mais également Jean Védrine. Lamarque, alias Brenn, va choisir des chefs de secteur pour son sous-réseau. D’autres cadres partent vers des mouvements de résistance différents, comme Georges Rebattet, directeur adjoint de Tournemire, qui rejoint Combat. 

Entre août et septembre 1943, Tournemire passe dans la clandestinité, et François Huet, alors secrétaire général, lui succède. Mais le mouvement est peu à peu miné par le STO, et Pétain accepte sa dissolution en janvier 1944. Huet rejoint alors les Druides, et devient en mai le chef militaire du Maquis du Vercors. L’armement du mouvement prévu par Alliance est abandonné.

Résumé de Wikipedia

7 09 1940

Début des bombardements de Londres par l’Allemagne : le Blitz. En fin de compte ce furent des garçons aux cheveux longs, pilotes de Spitfire, frais émoulus d’Oxford, de Cambridge, qui gagnèrent la bataille d’Angleterre de juillet à octobre 1940 au prix de la vie de 415 d’entre eux : Never in the field of human conflict was so much owed by so many to so few. Jamais dans l’histoire des conflits humains tant de gens n’ont dû autant à si peu.

Winston Churchill

Réalisant que ce n’était pas ainsi qu’il pourrait venir à bout des Anglais, Hermann Goering met fin à l’opération le 7 octobre ; elle aura fait 43 000 morts et plus de 139 000 blessés. Les services secrets britanniques avaient percé les codes allemands et connaissaient le programme de ces bombardements ; cette connaissance restera secrète pour que les Allemands ne réalisent pas que leur code était décrypté ; donc, le système d’alerte restera classique : Churchill acceptera qu’il y ait beaucoup plus de morts pour que soit maintenu ce secret.

Londres a su encaisser noblement ; il a pris sa médecine en vrai boxeur ; il n’a pas fait étalage de ses blessures, comme tant de villes qui annoncent sur des panonceaux touristiques qu’elles sont des cités martyres. Londres n’avait jamais connu de sièges, de défaites, de révolutions populaires importantes, de vraies barricades ; les Londoniens n’ont jamais sauté sur leurs fusils, n’étant pas des romantiques et n’ayant, pas plus que les policemen, d’armes à feu. Le Blitz a donné à Londres ces cicatrices qui lui manquaient.

Paul Morand Londres 1933

SIGNOR FORMICA: LONDRES BAJO EL BLITZ ALEMÁN

un livreur de lait

8 09 1940 

Robot, le chien de Marcel Ravidat, apprenti mécanicien de 17 ans à Montignac, découvre un trou inhabituel dans la vallée de la Vézère, sur la commune de Montignac en Dordogne et, plus précisément, sur la propriété du comte et de la comtesse de la Rochefoucauld [3]  : pour attirer l’attention des quatre enfants qu’il accompagne, il aboie, et les quatre gamins – Marcel Ravidat, Jacques Marsal, 14 ans, le fils du café restaurant Le bon accueil, Georges Agniel, 17 ans, de Nogent sur Marne, en vacances chez sa grand’mère, et Simon Coencas, 13 ans, juif réfugié en zone libre – découvrent les grottes de Lascaux. Ils y reviennent le 12 septembre avec une lampe et l’instituteur du village, réalisant qu’il s’agit bien d’une découverte, fait prévenir Henri Edouard Prosper Breuil, – l’abbé Breuil -, archéologue de renom réfugié à Brives, qui vient confirmer l’importance de la découverte le 21 septembre. Pour enrayer les dégradations dues au CO², – algues vertes, la maladie verte et calcite blanche, la maladie blanche – elle sera fermée au public le 20 avril 1963, puis bénéficiera d’une réouverture a minima en 1976, avec un système de contrôle de climatisation satisfaisant, mais pas assez au goût des responsables, qui se font baratiner par un commercial capable de vendre des brise glace à l’Algérie pour, in fine, lui commander une grosse machine en 1999, qui va jouer le rôle du pompier pyromane, en faisant réapparaître les champignons et les tâches noires de mélanine, au point que l’alarme généralisée sonnera début 2009, quand l’Unesco parlera d’inscrire le site sur la liste du Patrimoine en péril. Les dissensions entre responsables administratifs et archéologues, entre scientifiques eux-mêmes – Jean Clottes et l’omniprésent Yves Coppens, nommé par Frédéric Mitterrand – ne sont pas étrangères à cette dégradation. Un comité international pour la préservation de Lascaux est basé à… Oakland, en Californie. Un comité indépendant, le Lascaux International Scientific Think Thank – LIST-, est présidé par Michel Goldberg, biochimiste de l’Institut Pasteur… Des fac-similés seront construits à proximité, Lascaux II, Lascaux III, Lascaux IV, qui reproduit 95 % de l’original, à partir de 1983 et le public ne boudera pas son plaisir.

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Marcel Ravidat, quelques semaines après le 12 septembre 1940, dans la salle des taureaux

En images : il y a 76 ans, avec les inventeurs de Lascaux - Sud Ouest.fr

Lascaux. Visite du comte Bégouën (en clair, à gauche), le 29 octobre 1940, sous la direction de H. Breuil (veste claire). Au niveau de l’échelle : Marcel Ravidat et, en arrière, Jacques Marsal

La paroi qui s’adresse devant Paula est vierge et bossuée. Vaste, sept mètres de longueur pour quatre de hauteur, elle impose sa nudité rocheuse et impressionne la jeune femme qui s’en approche, s’intrigue : c’est fou ! L’homme dans son dos commente à voix forte, comme s’il lui parlait de loin : les centaines de blocs qui composent le relief de la grotte ont d’abord été réalisés par fraisage numérique suivant les données du relevé 3D réalisé dans la cavité, un jet d’eau très fin à haute pression a sculpté le polystyrène ; ensuite, chaque bloc a été peaufiné à la main par des sculpteurs-modeleurs qui se sont également appuyés sur le modèle 3D, ils ont utilisé de la pâte à papier pour travailler le moindre creux, la moindre aspérité du relief, avant d’inciser au stylet les mille cinq cents gravures pariétales qui existent dans la grotte, énorme boulot, précis, délicat ; puis on a appliqué sur les parois l’élastomère de silicone pour prendre l’empreinte du relief modelé et obtenir le négatif de la cavité, chaque panneau rigidifié par une couche de résine, puis renforcé par des armatures métalliques.

[…] Pour réaliser le voile de pierre, on a mis au point un mélange spécial à base de poudre de marbre blanc que l’on a stratifié au fond des moules avec de la résine acrylique et de la fibre de verre, pour obtenir, en positif, cette membrane ultrafine qui restitue l’aspect minéral de la caverne, son grain, son toucher ; c’est aussi un matériau censé résister aux conditions climatiques du fac-similé. […] Il s’agit de reproduire ici la toile de fond des peintures des peintures paléolithiques, de créer la patine avant de peindre les figures ; il faut y aller doucement, grain à grain, sans faire de pointillisme, être juste au quart de millimètres : c’est l’ambiance visuelle de la cavité qui se joue ici, une part de son atmosphère, c’est le plus difficile, il faut faire sentir l’usure du temps… on réalise un tout, le fond est aussi essentiel que les figures…

[…] Ils sont peut-être vingt, et Paula a le sentiment de les connaître tous, de retrouver sa bande, les copistes, les braqueurs de réel, les trafiquants de fiction, employés sur le fac similé de Lascaux car scénographes, vitraillistes, costumiers, stratifieurs [spécialistes de matériaux composites], mouleurs, maquilleurs de théâtre, aquarellistes, cinéastes, restaurateurs d’icônes, doreurs ou mosaïstes. Ils se disséminent comme des acteurs sur un plateau avant le lever de rideau, chacun prend place dans son îlot de lumière, devant sa paroi, bientôt leur concentration commune maille entièrement l’espace et Paula y est prise, subitement euphorique.

[…] Sur les seaux de plastique blanc et les bocaux alignés sur les étagères, on peut relever les étiquettes : calcaire broyé, poudre de verre, argiles et calcites issus des grottes de Dordogne, et puis les pigments naturels approchant ceux de la caverne, l’oxyde de manganèse pour le noir, et les ocres pour les bruns (limonite), les rouges (hématite) et les jaunes (goethite). Les peintres de Lascaux ont utilisé quinze nuances chromatiques différentes… ils devaient savoir où se situaient les gisements de manganèse, et pour les ocres ils n’avaient eu qu’à se baisser pour en ramasser ; la seule inconnue, c’est ce carré de violet qu’ils ont peint sous un patte de la grande vache noire, dans la Nef, sur la paroi gauche… ils devaient préparer le travail, y penser à l’avance, fabriquer les couleurs, ça leur prenait du temps, plusieurs heures, il fallait soit charger la matière pour épaissir, soit trouver de quoi la fluidifier, peut-être aussi qu’ils chauffaient le pigment ; ils devaient faire exactement ce que nous sommes en train de faire ; ce qui trouble Paula vient d’ailleurs, de l’intérieur du langage, de ce ils qui revient sans cesse et rebondit entre les murs de la pièce telle une balle magique : ils sont venus, ils ont fait ci, ils ont fait ça, le pronom direct sans référence, chargé à bloc, et désignant des êtres proches et pourtant confiés au temps.

maylis de kerangal. Un monde à portée de la main. Gallimard 2018

Et il se pourrait bien que les confessions de Marie-Germaine Fragne, 86 ans, le 8 août 2013 à la sortie de la boulangerie, viennent changer la donne : elle révéla à Laurent Mathieu, maire de Montignac un secret de famille vieux de cinquante et un ans, selon lequel son mari et son beau-frère aujourd’hui décédés auraient trouvé dans les années 1960 sur leur propriété une autre grotte, à 4 km à vol d’oiseau de la première, contenant elle aussi des peintures pariétales, une grotte assez grande et pleine de dessins, et auraient rebouché le trou pour ne pas être embêtés par des hordes touristiques ou scientifiques. Le maire dit avoir été d’abord sceptique, jusqu’à ce que l’octogénaire lui montre des caisses de silex et des lampes à graisse semblables à celles de Lascaux. Affaire à suivre, peut-être même à creuser… Mais, à en croire les archéologues, depuis les années 2010 on a des drones, qui, équipés de caméras thermiques, sont à même de situer des grottes dès lors qu’on choisit des jours d’hiver, quand les basses températures de l’atmosphère permettent une lecture aisée du sous-sol. Et si des drones ont été utilisés à Montignac, dans l’hypothèse de résultats négatifs, on nous l’aurait fait savoir, ne serait-ce que pour remettre à zéro la machine à fantasmes !  Or, tel n’est pas le cas. Donc on peut continuer à laisser fonctionner la machine à fantasmes.

Les ossements retrouvés dans les grottes de la Dordogne – ces ossements d’ancêtres qui sont la plus fidèle, la plus visible, la plus sensible des mémoires -, ces ossements nous disent qui étaient ces hommes (on peut deviner les rituels de leur vie à ceux dont ils ont entouré leur mort), mais non ce à quoi ils croyaient, ce à quoi ils rêvaient. À cela, seules les peintures de Lascaux ont pu répondre ou du moins esquisser, au sens propre, une réponse. Sans Lascaux, nous ne saurions pas grand-chose du monde vivant qui entourait ces hommes et surtout de la façon dont ils le voyaient. Lascaux a su faire d’un cheval, d’un bison, d’un ours ou d’un auroch – et, plus encore, d’un chasseur éventré par un fauve – les figurants et les témoins du premier légendaire de la terre. Du premier miracle qui put ressusciter pour nous les cortèges rituels et vivants de ce temps. Pour reprendre une formule éclair qui eut son heure de gloire, celle de Lénine disant : Le communisme, c’est les soviets plus l’électricité ? (triste devise, et plus triste programme encore qui ne dut combler en son temps que le syndicat des électriciens), on pourrait dire que la préhistoire, c’est Lascaux plus l’invention du feu. Ni Lascaux ni le feu domestique ne sont les produits du hasard. Ils sont nés du cerveau des hommes de ce temps pour répondre à un double besoin : nourrir leur corps et nourrir leur cœur. Et je me dis que Lascaux n’est pas seulement la plus belle expression des rêves de ces temps anciens, le premier mémorial des merveilles de la terre, mais aussi un rempart, une parade contre ses monstres. Nous sommes, même si nous ne le savons que depuis peu -, nous sommes depuis toujours les enfants de Lascaux car nous avons toujours à portée de nos mains la possibilité de conjurer les monstres et de faire naître les merveilles. Chacun devrait imaginer, susciter, peindre ou porter en lui son bestiaire personnel et vital, son zodiaque de chasseur de rêves et d’aurochs. Chacun devrait avoir sa grotte de Lascaux dans les profondeurs de son être. Les aurochs existent encore, mais ils portent un autre nom et ils ont une tout autre apparence. D’ailleurs nous aussi, pendant tous ces mois de la guerre, avons dû lutter contre les fauves et les barbares allemands. Nous aussi avons dû vivre en des grottes obscures, ces profondeurs cavernicoles où s’épanchaient les peurs, et où s’élevaient les prières. La plus forte des scènes peintes de Lascaux, qui représente un homme nu, debout, affrontant un bison, est devenue légende universelle comme celle qui, de nos jours, représenta le même homme, debout, affrontant un tank sur la place Tienanmen à Pékin. Les tanks sont les aurochs de notre temps, mais c’est bien le même homme, frère, complice ou ancêtre qui se dresse aujourd’hui et se dressa il y a vingt mille ans contre les forces aveugles et destructrices du monde.

Quand deux figures humaines se reconnaissent ainsi à des milliers d’années de distance, identiques dans le temps, et identiques en leur affrontement, n’est-ce pas le temps lui-même qui s’abolit ? Nous n’avons nul besoin d’immortalité quand notre histoire elle-même se mue en immortelle légende.

Jacques Lacarrière.  Un Jardin pour mémoire. Nil 1999

17 09 1940  22 h

Le Père Rory O’Sullivan, 32 ans, anglais et Oblat de Saint François de Sales, s’est échappé d’Annecy en juin pour l’Angleterre. Il se retrouve embarqué à titre d’aumônier catholique sur le City of Bénares, un navire de 11 000 T, conçu pour assurer le transport de passagers de Grande Bretagne vers les Indes ; il transporte 400 personnes, équipage compris. Lui-même est responsable de 90 enfants qui devaient être accueillis dans des familles canadiennes. Le sous marin allemand U 48 [4], qui se nomme pour l’équipage Le Chat qui fait gros dos, lui envoie une torpille dans les machines : le bateau va mettre 30 minutes pour couler ; les exercices d’alerte ont été nombreux et les enfants ne paniquent pas : le père Rory parvient à en rassembler quelques uns, et ce sont 46 personnes qui se retrouvent embarquées sur une chaloupe qui ne fait pas dix mètres de long : 6 enfants, une femme, un polonais, 4 marins anglais et plus de 30 indiens de Goa, que l’on nommait des lascars – indigènes enrôlés dans la marine – . La chaloupe est munie d’un système de leviers dont le mouvement entraîne une hélice ; il y a aussi un petit gréement et une voile ; les vivres de secours sont là aussi, l’eau deux fois plus que prévu… mais pour 46, le rationnement est nécessaire dès le départ ; que faire ? rester sur les lieux du naufrage, puisqu’un SOS a été envoyé par le navire avant de sombrer, et qu’on peut attendre raisonnablement des secours rapides, ou bien s’éloigner, puisque les navires marchands ont ordre de ne jamais stopper à proximité de sous marins ennemis et de sacrifier les survivants plutôt que d’exposer encore d’autres navires au même sort ? L’officier qui a pris le commandement décide de partir vers l’est, c’est-à-dire l’Angleterre, à la voile et à l’aviron… tant qu’on trouvera l’énergie nécessaire.

Au 5° jour, ils sont certains d’avoir été repérés par un navire mais celui-ci s’éloigne après être arrivé pratiquement sur eux… il faudra attendre le 8° jour pour qu’ils soient repérés par un hydravion Sunderland, lequel, à bout de carburant ne peut que lâcher un paquet de vivres que le vent va éloigner des naufragés, et demander l’envoi d’un autre hydravion, lequel largue aussi un colis, cette fois-ci récupéré : vivres chauds dans un thermos, soupe, sauce tomate, pêches en conserve, et eau pratiquement à volonté… le festin ! Un destroyer au nom prédestiné, le Saint Antoine, vient les recueillir sur la fin de la journée : il leur faudra encore 40 heures de navigation pour toucher terre, en Écosse, dans le port de Gourock.

Le père Rory, après quelques jours de grande souffrance et de délire s’enquiert alors des nouvelles des autres passagers : Au total, des 90 enfants seuls 7 furent sauvés ; de leurs 10 surveillants 4 survivaient dont la demoiselle et moi. Des 400 hommes à bord du paquebot, moins de 100 s’en tiraient. Chose étrange, sur dix embarcations devant porter 350 personnes, 20 heures après le désastre, il ne restait que 50 survivants, tandis que l’embarcation trouvée 8 jours après avait ses 46 naufragés vivants. Le fait d’avoir navigué tout de suite à la voile avait, à la fois, sauvé notre vie, en nous gardant secs, mais failli nous perdre en nous éloignant des sauveteurs.

Les autorités britanniques avaient compté pour morts ces 46 naufragés, puisque non repérés par les navires venus sur les lieux du drame : ainsi une messe avait-elle déjà été dite à son intention le 22 septembre, demandée par la famille et le journal Kentish Messenger écrivait le 25 septembre :

Le père Rodéric O’Sullivan, fils unique de Monsieur et Madame C O’Sullivan, demeurant au 126 Mortimer street à Herne Bay, a été une des victimes d’une atrocité nazie exprimée dans le torpillage d’un navire qui emmenait 90 enfants fuyant les bombes de l’ennemi, et qui devaient être accueillis dans des familles canadiennes. En attendant d’être mobilisé dans la Royal Navy, comme il en avait fait la demande, il s’était offert comme accompagnateur de ces enfants. Le Père O’Sullivan avait 32 ans et avait reçu une éducation française et suisse dès sa jeunesse. Après des études à Rome, où il reçoit un diplôme de théologie, il fût ordonné prêtre en 1931 à l’âge de 23 ans. Il fut ensuite nommé professeur dans un collège de Savoie, en France, et était membre de l’ordre de Saint François de Sales. Après la capitulation de la France, il traversa la France, non sans peine et put enfin s’embarquer au large de Saint Jean de Luz, pour finalement rejoindre ses parents à Herne Bay. Depuis son retour, il disait la messe à l’église catholique romaine de Herne Bay. La tragique nouvelle de son décès fut reçue par ses parents samedi dernier. Aux différents services de dimanche, le Recteur, le Père Gavin Malachy annonça la triste nouvelle aux fidèles.

21 09 1940                  

Witold Pilecki, capitaine polonais, s’est fait cueillir volontairement chez sa sœur par la Gestapo le 19 septembre 1939 à Varsovie pour être déporté à Auschwitz ; il va y rester jusqu’en février 1943, parvenant alors à s’évader en compagnie de deux autres compatriotes, dont Kazimiez Albin. Mais le rapport qu’il soumettra aux alliés, ne sera pas cru ; il contenait des chiffres difficilement acceptables, parlant de deux millions de victimes dans les trois premières années de fonctionnement. Il intégrera une unité de renseignement, sera pris par les soviétiques, torturé et exécuté en mai 1948. Un documentaire sera donné sur la chaine LCP de l’Assemblée nationale le 8 novembre 2021 : Infiltré à Auschwitz par Ted Anspach et Maya-Anaïs Yataghène ; une BD : l’Affaire Pilecki, par Ducoudray et Martin, chez PEFC, 2020.

23 09 1940  

De Gaulle tente sa première opération pour gagner l’empire à la cause de la France Libre devant Dakar et, s’il avait pu en même temps faire main basse sur l’or de la Pologne et des Belges que  la Banque de France avait fait transférer à Dakar quatre mois plus tôt, ça l’aurait bien arrangé ; mais c’est un échec ; le dernier moine soldat de France, Georges Thierry d’Argenlieu, envoyé en négociateur en compagnie de Bécourt Foch, le petit fils du maréchal, se font cueillir par les mitrailleuses de l’armée d’armistice : ils sont grièvement blessés. Le souvenir de Mers el Kébir était encore trop cuisant. La troupe de de Gaulle sur des navires pour la plupart anglais, reprend le large.

27 09 1940

Pacte tripartite Japon, Italie, Allemagne. Walter Benjamin, écrivain allemand vivant en France, se suicide à Port Bou, proche de la frontière espagnole, d’une forte  dose  de morphine. Un an plus tôt, il avait été interné dans un camp pour ressortissants allemands, puis, au printemps 1940, il n’avait dû qu’à l’intervention de Saint John Perse, dont il avait été le traducteur, d’échapper à un nouvel internement. Dans une situation sans issue, je n’ai d’autre choix que d’en finir. C’est dans un petit village dans les Pyrénées où personne ne me connaît que ma vie va s’achever.

Correspondance Adorno-Benjamin 1928 – 1940. La Fabrique 2002

28 09 1940 

Publication de la liste Otto – en référence à Otto Abetz -, diffusée par la Propaganda Abteilung et la Propagandastaffel, établie avec la collaboration du Syndicat des éditeurs français et des maisons d’édition. C’est Henri Filipacchi, chef du service des librairies à Hachette, qui en rédige la version initiale après avoir consulté les éditeurs.

Elle  comporte 1 060 titres, parmi lesquels… Mein Kampf [!] et des essais critiquant l’Allemagne ou le racisme, comme ceux du général Mordacq, d’Edmond Vermeil, du R.P. Pierre Chaillet ou d’Hermann Rauschning, ainsi que des textes d’auteurs juifs, communistes ou opposants au nazisme comme Heinrich Heine, Thomas Mann, Stefan Zweig, Max Jacob, Joseph Kessel, Sigmund Freud, Carl Gustav Jung, Julien Benda, Léon Blum, Karl Marx, Léon Trotski, Louis Aragon,  etc…

Ce sont 2 242 tonnes de livres qui vont passer au pilon !

9 1940 

Le champion de tennis Jean Borotra est nommé commissaire général à l’éducation physique et aux sports. Fondation de l’École des Cadres d’Uriage, par le général Dunoyer de Segonzac ; il s’agit avant tout de former les cadres… de la milice. Hubert Beuve Méry, le futur fondateur du Monde en sera le directeur des études.

Beaucoup moins officiellement s’était mis en place au sein de l’armée d’Armistice un service bien réel, mais très discret – le CDM : Conservation du Matériel ou, plus clairement, Camouflage du Matériel – qui visait à soustraire à la surveillance allemande le matériel militaire sauvé de la défaite pour le cacher partout où cela serait possible, en sécurité. Il avait à sa tête le commandant Mollard. Et cela constituera vite un stock impressionnant dont les Allemands découvriront l’essentiel  seulement en décembre 1943. Selon Henri Amouroux, 3 720 cars et camions seront détournés vers des sociétés civiles ; 65 000 fusils, 9 500 mitrailleuses et fusils mitrailleurs, 200 mortiers, 55 canons de 75 mm, des canons antichars et antiaériens seront ainsi camouflés.

Une groupe des jeunesses fascistes de San Remo vient visiter Menton. Parmi eux, Italo Calvino, 16 ans : Nous visitons des maisons saccagées et le Bristol. […] Certains ont des raquettes de tennis, des gants de boxe, des horloges. […] Le lendemain matin, nous visitons une villa : les premiers visiteurs avaient cherché l’argenterie dans les tiroirs et jeté en l’air tout le reste, les seconds avaient retiré les tapis de dessous les meubles, ces derniers se retrouvant dans des positions bizarres, comme s’il y avait eu un tremblement de terre. Des moustiquaires de tulle gisent par terre. Un de mes camarades fourre de la lingerie sous son uniforme, un autre attaque à coups de marteau un vieux meuble pour récupérer le bossettes. […] L’après-midi, on visite des appartements du centre où les portes avaient été déjà forcées. Des camarades fouillent avec patience, prenant un objet pour le rejeter peu après devant quelque chose de mieux. L’un d’eux arrache de vieux chandeliers à coups de marteau. Dans la rue, chacun s’interroge : Et toi, qu’as-tu trouvé ? Et chacun étale le résultat de sa collecte. L’exaltation de la chasse a saisi tout le monde… À l’heure de notre départ en camions, nous sommes chargés de ballots comme des contrebandiers.

Italo Calvino Gli Avanguardisti a Mentone

Cela se nomme du vol, mais le cher homme prend bien soin de ne jamais prononcer le mot.

Georges Ripert a pris la suite d’Albert Rivaux, puis d’Émile Mireaux à la tête de l’Éducation nationale, rebaptisée ministère de l’Instruction publique de l’État français, avec pour objectif de nettoyer l’enseignement primaire. Cette focalisation sur l’enseignement primaire s’explique par la composition statistique des scolarisés : pour un peu moins de 40 millions d’habitants, la France compte seulement 75 000 étudiants, et primaire et secondaire sont très inégaux : 132 000 instituteurs et seulement 15 000 professeurs, pour la plupart ardents propagandistes des idéaux égalitaires et du laïcisme. Bête noire du ministère : le SNI : Syndicat National des Instituteurs, fief de la gauche. La mobilisation a déjà enlevé 26 000 instituteurs, dont la moitié sont restés prisonniers. On estime à un millier le nombre d’instituteurs révoqués, la loi de 1904 interdisant l’enseignement aux congrégations religieuses est abrogée, les écoles normales sont supprimées.

Le général Giraud, fait prisonnier en juin, est interné dans la forteresse de Koenigstein, près de Dresde : il écrit à ses quatre fils et filles ; le courrier sera largement diffusé, y compris par le général de Gaulle :

Kœnigstein, septembre 1940

Je ne sais combien de temps je resterai ici, des mois, des années peut-être. Il est possible que je sois enterré à côté de mon ami Dame. Je suis prêt à tout : peu importe.
Je vous confie le soin de me remplacer dans une tâche sacrée, le relèvement de la France. Je vous interdis de vous résigner à la défaite, et d’admettre que la France puisse passer après l’Italie, l’Espagne ou la Finlande. Peu importe les moyens. Le but seul est essentiel. Tout doit lui être subordonné. […] Au début, il ne s’agit pas de heurter de front un ennemi qui s’est assuré la possession de notre sol et nous a totalement désarmés. Stresemann a défini la méthode à employer : nous n’avons qu’à copier intelligemment.
En première urgence, la libération du territoire à l’intérieur des frontières qui nous sont laissés. Ensuite la reconstruction physique, morale et sociale. […] En troisième lieu […] pouvoir refaire une armée moderne. Ceci suppose un programme à exécuter, par qui de droit :
– les esprits sont faits en France ;
– l’instruction est faite aux colonies ;
– le matériel est fait à l’étranger.
Malgré tous les contrôles, un pareil programme est possible, le camouflage étant de règle. Rien ne ressemble au service en campagne comme l’instruction des scouts. Rien ne ressemble à un avion militaire comme un avion de transport. Un tracteur à chenilles n’a besoin que de sa cuirasse pour devenir un char, etc., etc.
Mais avant tout, que les esprits soient à la hauteur de leur tâche. Qu’ils veuillent être Français totalement. Que personne ne s’expatrie des pays occupés ou temporairement détachés : il s’agit d’y maintenir la pensée française. Mais que personne n’hésite à s’expatrier si on lui offre à l’étranger une situation où il peut être utile à la France. Vous tous […] rappelez-vous qu’une bourrasque passe mais que la Patrie reste. Une Nation vit quand elle veut vivre. […] Forcez les autres à penser comme vous, à travailler comme vous. Nous sommes sûrs du succès, si nous savons vouloir.
Résolution. Patience. Décision.

Général H. Giraud

Angelo Giuseppe Roncalli, nommé dès 1935 délégué apostolique en Turquie et en Grèce, – le futur pape Jean XXIII de 1958 à 1963 – dès qu’il apprend la persécution des Juifs par les nazis, se met à organiser leur départ vers la Palestine ; il prend aussi en charge les membres du clergé venus de toute l’Europe et particulièrement de Hongrie et de Bulgarie…. permis gratuits d’émigration  délivrés par la délégation apostolique en particulier vers la Palestine sous mandat britannique, certificats de baptêmes temporaires et sauf conduits, vivres et vêtements fournis par la Croix Rouge. Il s’adressera au roi Boris III de Bulgarie [dont il avait béni le mariage avec la fille du roi d’Italie, Jeanne de Savoie] pour qu’il désapprouve la déportation de 25 000 Juifs de Sofia et obtiendra son aide pour faire sauver par la Croix Rouge des milliers de juifs slovaques qui étaient déportés en Bulgarie. Il aidera le rabbin Yitzhak Halevi Herzog à alerter le Vatican pour sauver les juifs de Moldavie, et en 1944, ceux de Roumanie (seuls 750 dont 250 orphelins arrivèrent en bateau à Jérusalem) etc… Dans son témoignage écrit envoyé au procès de Nuremberg il affirmera que Von Papen, ambassadeur du Reich en Turquie, aurait permis le sauvetage de 24 000 Juifs  en leur fournissant des papiers en règle.

3 10 1940

Le régime de Vichy promulgue un statut particulier pour les Juifs, auxquels la fonction publique et les professions libérales sont désormais interdites. Monseigneur Valeri, représentant du Vatican à Vichy considère cela comme une disposition bénéfique, qui permet de contrecarrer leur prétendue influence néfaste dans la société française.

Monsieur le Maréchal,

J’ai lu le décret qui déclare que tous les israélites ne peuvent plus être officiers, même ceux d’ascendance strictement française. Je vous serais obligé de me faire dire si je dois aller retirer leurs galons à mon frère, sous lieutenant au 36° régiment d’infanterie, tué à Douaumont, en avril 1916 ; à mon gendre, sous lieutenant au 14° régiment de dragons portés, tué en Belgique en mai 1940 ; à mon neveu, Jean-François Masse, lieutenant au 23° colonial, tué à Rethel, en mai 1940. Puis-je laisser à mon frère la médaille militaire gagnée à Neuville Saint Vaast, avec laquelle je l’ai enseveli ? Mon fils Jacques, sous-lieutenant au 62° bataillon de chasseurs alpins, blessé à Soupir, en juin 1940, peut-il conserver son galon ? Suis-je enfin assuré qu’on ne retirera pas rétrospectivement la médaille de Sainte Hélène à mon arrière grand’père ?

Je tiens à me conformer aux lois de mon pays, même quand elles sont dictées par l’envahisseur.

Pierre Masse, sénateur de l’Hérault au Maréchal Pétain.

Pour mieux les identifier, ainsi que les musulmans, on met en place le N.I.R. : Numéro d’Identification au Répertoire national d’identification des personnes physiques : c’est le numéro à 13 chiffres qui n’est autre que notre actuel numéro de Sécurité Sociale.

Ce n’est pas au moment où Hitler impose à la France une législation raciste, contraire à toutes ses traditions nationales et solennellement condamnées par l’Église de Rome, qu’un doute quelconque peut voiler les intentions du personnage. Les grotesques mascarades du culte néo-païen, l’adoration du soleil et des pierres noires, on a eu et on a tort d’en rire. La vogue de la magie et des fables astrologiques dans l’entourage et jusque dans la maison de Hitler, on a eu et on a tort de les tourner en dérision. La déification du Führer par les profiteurs de son régime et par lui-même pose un problème dont on ne se débarrasse pas par un éclat de rire. D’abord elle oblige tous les croyants à livrer au faux dieu, à tout instant et dans tous les domaines, une guerre sans répit et sans merci. Ensuite, elle prouve que l’ordre nouveau dont parle Goebbels, c’est en réalité l’âge des cavernes.

Maurice Schumann, dans les jours suivants, à la radio de la France Libre. D’aucuns l’avaient surnommé La Transe combattante.

4 10 1940

Par décret, signé par du Maréchal Pétain, les préfets peuvent interner sans motif les ressortissants étrangers de race juive dans des camps spéciaux.
Un avion japonais survole Chu Hsien, dans le Chekiang, en Chine. Il répand des grains de blé et de riz mélangés à des puces : 38 jours après, des cas de peste bubonique sont déclarés dans ce secteur, faisant 21 décès. Ils renouvelleront l’opération le 27 octobre, le 28 novembre, avec des résultats très inégaux.

7 10 1940  

Création de l’ordre des médecins. Abrogation du Décret Crémieux qui accordait aux Juifs d’Algérie depuis 1870 la nationalité française. On compte à ce moment-là 130 000 Juifs en Algérie : 1 310 d’entre eux resteront français après la publication de cette abrogation : anciens combattants etc… La suppression de la nationalité française, cela signifie l’impossibilité de travailler dans la fonction publique, de fréquenter les écoles françaises pour les enfants… pour les hommes, c’est souvent l’enfermement dans de véritables camps de concentration, dont le principal : Djenien Bou Rezg, et pour tous l’impossibilité de s’engager dans l’armée.

13 10 1940

Les courses des hippodromes ont cessé le 12 mai. Mais l’hippodrome d’Auteuil les reprend pour le galop et ce jusqu’à la fin de la guerre. Marcel Boussac en est l’un des principaux animateurs ; il fait partie du Conseil national de Vichy  et va entretenir de très bonnes relations avec les officiers supérieurs allemands, fournissant en tissus la Kriegsmarine. À la libération ses ennuis judiciaires prendront fin quand d’anciens déportés attesteront avoir perçu intégralement leur salaire pendant tout leur temps d’absence.

Élisabeth Alexandra Mary Windsor, 14 ans, fille aînée de George VI, roi d’Angleterre enregistre un message à toute la jeunesse d’Angleterre à la BBC, pour l’émission Children’s hour : Nous savons, chacun de nous, qu’à la fin tout ira bien, car Dieu prendra soin de nous et nous donnera la victoire et la paix. Et quand la paix viendra, souvenez-vous que ce sera à nous, les enfants d’aujourd’hui, de faire du monde de demain un endroit meilleur et plus heureux. Plus tard, elle se formera en tant que mécanicienne, et conductrice de camion, sous le contrôle d’un instructeur du service territorial auxiliaire qu’elle rejoindra volontairement au début de 1945. À la fin de la guerre, elle aura atteint le grade de commandant junior. Et le 6 février 1952 elle deviendra reine d’Angleterre.

14 10 1940

Luis Companys y Jover est fusillé à la forteresse de Montjuich, à Barcelone. Président de la généralité de Catalogne dès 1931, il avait dirigé le soulèvement contre le gouvernement de Madrid en 1934. Réfugié en France en 1939, il sera livré à la Gestapo, qui le livrera à Franco.

18 10 1940

Des pluies diluviennes s’abattent depuis deux jours sur le Vallespir, à l’ouest de Perpignan, et le lit du Tech s’encombre de matériaux apportés par les glissements de terrain des versants. Les eaux finissent par sortir violemment du lit : l’aïguat emporte tous les parages : on dénombrera 48 victimes et d’innombrables dégâts dans toute la vallée : des dizaines de ponts, 60 immeubles à Arles sur Tech et à Amélie les Bains, 10 à Prats de Mollo la Preste. Le village du Tech sera ravagé.

23 10 1940

Entrevue de Hendaye entre Hitler et Franco, lequel a commencé par faire attendre Hitler plus d’une heure sur le quai : … les trains espagnols ….

Hitler veut lui arracher un engagement à ses cotés ; Franco se défend pied à pied, justifiant ses refus par l’état de faiblesse de l’Espagne à la sortie de quatre ans de guerre civile. Et Franco ne parvient pas à lui faire accepter sa volonté d’empiètement sur l’Empire français en Afrique du Nord : il n’ambitionnait pas moins que de prendre à la France le Maroc, Oran, le Sahara jusqu’au 20° parallèle, et la zone littorale de Guinée jusqu’au delta du Niger ! Un protocole précisa toutefois que l’Espagne entrerait en guerre quand cela lui serait demandé, que Gibraltar lui serait restitué. Hitler repartira d’Hendaye en jurant : plutôt me faire arracher dix dents que discuter une heure de plus avec ce type-là.

24 10 1940

Entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler. La célèbre poignée de main sera le symbole de toute la collaboration.

la poignée de main fut trop brève pour qu’un appareil de cette époque puisse obtenir une certaine netteté.

Je choisirai des hommes vieux, trop vieux pour plonger leur regard dans le lointain et discerner mes buts. Ils ne seront pas fatalement des coquins et des traîtres. J’exploiterai la sottise, la faiblesse, la sénilité et surtout l’ambition. Ma réussite dépendra de ce que j’aurai su ou non les trouver.

Hitler à Rauschnigg et Strasser

Hitler demande que la France déclare la guerre à l’Angleterre ; refus de Pétain. Mais, soucieux de faire un geste symbolique de réconciliation, il envoie deux avions à Kayes récupérer quelques tonnes d’or pour l’Allemagne et, dans la foulée, ordonne que l’intégralité de l’or belge – 210 tonnes – soit acheminé vers l’Allemagne, sous contrôle allemand : 49 tonnes vont être acheminées par avion peu avant Noël sur Oran, le solde prendra le train pour Bamako, puis le fleuve Niger pour Tombouctou, avec transfert  sur des bateaux plus petits pour Gao, et de là en camions pour Colomb Béchar, 1 800 km au nord : mais les tempêtes de sable eurent raison des mécaniques et c’est à dos de chameaux que l’or parvint à Colomb Béchar, terminus du train en provenance d’Alger, 800 km au nord est !  Et, d’Alger, par avion pour Berlin. Cela va se faire, lentement mais surement, mené à bien par un commando d’Allemands qui dès le départ avaient laissé l’uniforme pour des vêtement indigènes : fin 1941, moins d’un tiers du trésor avait traversé le Sahara ; le dernier convoi arrivera en Allemagne le 26 mai 1942.

10 1940

Fondation de la Communauté protestante de Taizé.

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[1] Journaliste apparentée aux Cambon, très liée à Eleanor Roosevelt, régulièrement rémunérée par Staline à raison de 5 000 F/mois dans les années 1930

[2] Elle aurait eu la cervelle un peu plus dégourdie, elle se serait empressée auprès de Ramon Mercarder pour lui dire, en bonne maitresse de maison : donnez-moi donc cette gabardine… elle vous sera encore plus inutile à l’intérieur qu’à l’extérieur, et l’assassin se serait retrouvé gros jean comme devant, dépouillé de l’arme du crime, le piolet caché dans la gabardine.

[3] très rapidement, on peut se dire qu’une fois de plus, ce sont les riches qui vont rafler la mise. Mais il n’en est rien : le droit français ne reconnaît la propriété d’un terrain que pour la surface de celui-ci ; mais le sous-sol appartient toujours à l’État ; le cas est probablement plutôt rare pour des grottes pariétales, mais beaucoup plus fréquent pour des mines de fer, de charbon ou de tout autre minerai.

[4] On le saura par un livre enquête d’après-guerre : Profondeur Périscope de Kenneth Poolman