9 décembre 2026 « Obsèques » d’Elon Musk 2178

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Publié par (l.peltier) le 16 août 2008 En savoir plus

9 12 2026

ET SI

Épilogue du roman de Philippe Claudel : Wanted Stock 2025, publié bien sûr avant le 28 février 2026, quand les États Unis décapitèrent l’Iran. Donc Philippe Claudel n’avait pas alors connaissance de ces événements.

Ayant été désigné pour le prix Nobel de la Paix pour avoir commandité les meurtres de Dimitri Peskov, porte parole du gouvernement russe, tué le 12 juin 2026 pour 0.5 million $, de Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Russie, tué le 14 juin 2026 pour 1 million $, et de Vladimir Poutine, président de la Russie, tué le 2 juin 2026 pour un milliard $, par ses gardes du corps qui n’en pouvaient plus de le voir les considérer comme un rouleau de papier hygiénique, Elon Musk atterrit à Oslo pour recevoir son prix, le lendemain, à l’Hôtel de ville d’Oslo.

On attendait des invités du monde entier. Le président Trump s’était fait excuser en raison de sa participation à un tournoi de golf essentiel comme l’avait écrit la Maison Blanche, mais son vice président, J.D.Vance avait confirmé sa présence, tout comme le roi Charles III d’Angleterre, Volodymyr Zelensky, Ioula Navalnaïa [veuve d’Alexei Navalny], Emmanuel Macron, le président français, le premier ministre britannique, Keir Starmer, la présidente du Conseil italien, Georgia Meloni, Donald Tusk, le Premier ministre polonais, Pedro Sánchez, son homologue espagnol, Mohammed ben Salmane, prince héritier d’Arabie saoudite, le roi du Maroc, Javier Milei, président de l’Argentine, et quelques dizaines d’autres dignitaires des cinq continents.

Jamais remise de prix Nobel n’avait connu un public aussi prestigieux, et jamais discours de Nobel n’avait été à ce point attendu, tant on savait que Musk serait capable de prononcer des mots originaux, sans doute disruptifs, propres à peser que les grands équilibres financiers et géopolitiques.

Et tout à coup, patatras, Elon Musk meurt d’un infarctus coronaire massif.

[…] Donald Trump  décida d’un deuil national de cinq jours. Les drapeaux furent mis en berne dans tout le pays. Les obsèques nationales eurent lieu le 22 décembre à Washington. 

Le cercueil végétal d’Elon Musk, placé dans la Tesla Cybertruck qu’il aurait dû emprunter à Oslo, et qui avait été réaménagé pour l’occasion, quitta à quinze heures le Capitole où il avait été exposé pendant un jour et une nuit, recevant les hommages de dizaines de milliers de personnes qui avaient patienté souvent pendant des heures au dehors dans le froid glacial avant de pouvoir pénétrer dans l’édifice.

Salué tout le long du parcours par une foule considérable massée sur les côtés de la chaussée, le convoi funéraire se dirigea lentement vers la cathédrale Saint Matthieu où fut célébré un office en la mémoire de celui qui s’était toujours présenté non comme un pratiquant , mais comme un chrétien culturel. Y assistaient plus de 90 dirigeants et chefs d’État  du monde entier, ce qui n’était jamais arrivé depuis les obsèques de John Fitzgerald Kennedy.

Devant l’assemblé dans laquelle au premier rang se trouvaient quatre anciens présidents des États Unis d’Amérique, Bill Clinton, G W Bush, Barack Obama et Joe Biden, le président Donald Trump prononça l’oraison funèbre dont on retint surtout les dernières envolées, qui plongèrent l’assistance dans l’expectative, tant personne ne fut capable de dire si Donald Trump parlait sérieusement ou s’il exprimait de façon métaphorique un atroce chagrin qu’il avait éprouvé, comme s’il avait dit un peu plus tôt, à l’occasion de la perte incommensurable que lui même, l’Amérique et l’humanité venait de subir.

Vous savez, on dit souvent que personne n’est irremplaçable. On le dit. On le dit souvent. Vous avez dû entendre ce genre de choses. Je ne sais pas d’où vient cette affirmation. Peut être est ce encore un de ces trucs que l’on trouve dans les ouvrages de philosophes européens à la noix, je ne sais pas, je ne lis jamais de livre. Je n’ai pas de temps à perdre, j’ai mieux à faire. Et vous aurez remarqué au passage que chez nous en Amérique, on n’a jamais eu de philosophes, et c’est tant mieux ! Les grandes nations n’ont pas de philosophes, elles ont autre chose à faire, elles ont les mains dans le moteur, elle n’ont pas le temps de rêvasser et de produire du jus de cerveau ! Mais ce n’est pas le sujet aujourd’hui.

Pour en revenir à cette phrase eh bien, je peux vous le dire, elle est nulle. Nulle ! Elle est débile. Complètement débile ! Car il y a des êtres humains qui sont irremplaçables, oh oui ! Et Elon fait partie de ceux là. Il en fait partie. Personne ne peut et ne pourra remplacer Elon. Personne ! Jamais ! Vous vous rendez compte de ce que nous avons réussi à faire avec Elon en quelques mois ? On a tordu le cours des choses ! On a apprivoisé l’Histoire, cette bête sauvage, ce fauve, pour la rendre docile et qu’elle vienne nous manger dans la main ! On a mis fin à une guerre ! À une guerre ! Ce n’est pas rien, tout cela ! On a fait liquider de grandes crapules et fait en sorte qu’ils arrêtent de nuire à l’humanité et de foutre le bordel ! Et nous avons fait cela non pas avec une armée de trois millions de soldats, mais à deux, à deux seulement ! Moi et Elon ! Moi et Elon ! Deux mecs nourris de burgers et de Coca ! C’est ça l’Amérique ! Ce sont deux types qui montent sur leur canasson, qui rejettent leur chapeau en arrière, qui vérifient leur flingue à la ceinture et qui foncent dans l’inconnu ! Voilà ! Oui, c’est ça notre  grandeur à nous autres Américains ! Tu vas me manquer Elon ! Tu vas nous manquer, terriblement !

Trump s’arrêta quelques secondes. On vit ses lèvres bouger sas qu’aucun son n’en sorte. Il passa le revers de sa main droite devant ses yeux, inspira longuement.

Pardon… l’émotion … On a beau être président, quand on enterre un ami, on est juste un homme avec sa peine. Elon, Elon… je l’aimais… Oui, je t’aimais, Elon, je ne te l’ai peut être pas assez dit…. Je t’aimais… Vous savez, je déteste les homosexuels. Vous le savez, que je les déteste. Ils font des trucs contre nature. Des trucs dégueulasses. Des trucs que je ne parviens même pas à imaginer, à visualiser ! C’est immonde même de penser que des êtres humains puissent faire ce genre de truc ! Abject ! On devrai les punir ! On devrait les soigner ! Les enfermer ! Les rééduquer ! Je dis cela, parce que, moi qui déteste les homosexuels, qui les déteste mais alors plus que tout, eh bien, si moi même j’avais dû être homosexuel, ce qui n’aurait pas pu arriver, je vous assure, mais imaginons, imaginons, eh bien moi, j’aurais choisi de l’être avec Elon. Sur une île, vous savez, le truc de l’île, du bateau qui fait naufrage, des deux seuls survivants et qui finissent par … Bon, vous m’avez compris. Voilà. Voilà, c’est dit.

Dites, est ce qu’on pourrait me donner un Coca ? Normal, pas Light. J’ai soif. Les émotions me donnent soif. Allez me  chercher un Coca, bordel !

Ah, je voulais tout de même ajouter encore une chose, Elon. Oui, une autre chose, très importante, et qui n’a rien à voir avec les homosexuels ni avec le Coca Cola : Elon, ta mort m’a fait réfléchir. Elle a eu au moins pour moi cet avantage. elle m’a fait vraiment réfléchir, à m’en faire mal aux méninges. Et j’ai eu une révélation. Oui, appelons un chat un chat, une révélation, le mot n’est pas trop fort. C’était avant hier : ma balle s’était un peu trop enfoncée dans le sol, la faute au terrain trop gras, aux fortes pluies, et je ne savais pas trop comment la frapper pour qu’elle revienne sur le green. Voyez vous, je l’ai déjà dit souvent mais on ne me croit jamais, je ne suis jamais aussi performant pour avoir des idées claires et prendre des décisions majeures que lorsque je joue au golf. Si tout le monde se mettait au golf, je vous assure que l’humanité s’en porterait mieux. Et une fois encore, cela s’est avéré. Le golf.  Une révélation. Soudain. Et que j’ai tournée et retournée dans mon cerveau.

Aujourd’hui, je peux vous l’annoncer, j’ai signé, juste avant de venir dans cette magnifique cathédrale, un décret. Un décret qui rentre immédiatement en application. Un décret que j’ai baptisé « décret Elon », en souvenir de mon ami. J’ai pensé, mûri le décret Elon pendant mes parcours de golf en ces jours de deuil national, c’était le moins que je pouvais faire pour la mémoire de mon cher ami, et je l’ai signé, ce putain de décret, il n’y pas pas une heure.

Que dit ce décret ? C’est simple. C’est une évidence. C’est d’une force et d’une clarté biblique, vous en conviendrez, et je ne vous pas qui pourrait le contester ou trouver à y redire: le décret dit que moi Donald Trump, quarante septième président des États Unis d’Amérique, j’interdis à la mort de s’en prendre à une liste de personnes dont l’identité sera annoncée dans les jours prochains. Des personnes, vous l’avez compris, qui ne sont pas remplaçables. Des personnes aussi précieuses qu’Elon. Et mon grand regret, mon immense regret, c’est de ne pas avoir imaginé et pris ce décret plus tôt, car Elon, Elon Musk, notre grand Elon Musk serait encore parmi nous, si j’avais eu l’idée de ce décret et s’il était entré en application.

L’objet de ce décret, efficient dès maintenant, est de dire à la Mort : Non, non, bats en retraite, salope ! Tu n’as pas le droit de te saisir de cette personne ! Tu n’as pas le droit de t’en prendre à cette personne ! Cette personne est protégée par le décret Elon! Fais marche arrière, retire toi, va t’occuper d’autres types. Des minables, des inutiles, des merdes, des remplaçables, ça ne manque pas, mais laisse tranquille cette personne sinon les sanctions seront terribles ! 

Vous me connaissez, tous ici, quand je dis quelque chose, ce ne sont pas des mots en l’air ! Si je promets la foudre, c’est que la foudre est dans ma poche. Voilà. Voilà. La Mort est prévenue. Qu’elle se tienne à carreau et fasse attention ! Je n’en dirai pas plus.

Repose en paix, Elon !

Et ce Coca, bordel ! Je vais l’attendre combien de temps ? Il y a deux mille ans un type était capable de marcher sur l’eau, et aujourd’hui, dans sa maison, personne ne peut me trouver un Coca ! ! !

Si on parvient aisément à déceler la folie chez un simple mortel, elle est plus difficile à reconnaître chez un homme d’État [1] , qui plus est président de la première puissance mondiale. D’autant que depuis des années, Donald Trump avait habitué l’opinion à gommer les frontières entre vérité et mensonge, histoire et fiction, affirmation et dénégation, fait et souhait, réduisant le domaine de la raison à un champ circonscrit et minime de la pensée, préférant donner à l’hybris les habits de la décence et s’adresser au penchant pour la passion de son auditoire plutôt qu’à sa capacité de bon sens.

Depuis qu’il était apparu sur la scène internationale le 20 janvier 2017, il avait favorisé et encouragé l’expansion sans borne de la stupidité et de l’arrogance. Avec son aval, ses encouragements, ses décisions, les positions les plus absurdes et les plus rétrogrades sur le plan scientifique avaient été favorisées.

Dès le début de son second mandat, durant lequel d’ailleurs il voulait changer la loi afin qu’il devient son deuxième mandat, il n’avait eu de cesse de museler les penseurs, les intellectuels, les scientifiques de toute nature, en supprimant des lignes budgétaires, des crédits, en fermant des laboratoires, en entravant le travail des chercheurs et des universitaires. Peu ou prou, avec des méthodes en apparence moins violentes mais tout aussi terribles, il s’inscrivait dans la lignée de prédécesseurs de fétide mémoire qu’avaient été les nazis, qui n’avaient eu de cesse de soutenir les brutes au détriment des poètes , des clairvoyants et des philosophes.

Sous Trump I et sous Trump 2, la progression de la bêtise avait été telle que plus de quinze pour cent des étudiants en première année dans les universités les plus prestigieuses du pays étaient persuadés que la terre était plate, que le monde avait été créé il y a six mille ans, et que l’homme et le singe n’avaient radicalement rien en commun. Ce pourcentage dans la population globale montait à des hauteurs indécentes. Le reste du monde n’était pas épargné tant les idées et les attitudes de Trump avaient de quoi séduire les plus crétins et les conforter dans le fait qu’une opinion pouvait équivaloir à un savoir.

[…] La stupidité progressant plus vite que l’intelligence, et l’explosion démographique accentuant le phénomène, il devenait clair que le pourcentage d’idiots était significativement plus important au début du XXI° siècle qu’il ne l’avait été sous l’empereur Auguste.

Philippe Claudel. Wanted Stock 2025

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[1] Il est certes bien difficile de trouver des âneries valant celle de Donald Trump dans notre vieille Europe, mais, à part Hitler chez qui l’hybris était probablement plus puissant que la folie, dans notre France, plusieurs crans en dessous, on peut se remémorer notre impayable Bernard Tapie qui avait proféré un jour qu’il fallait mettre le chômage hors la loi ! et encore Olivier Faure avec son il faut mettre fin à la tyrannie du mérite