mars 1870 à 1871. La Défaite. La Commune. Répression en Algérie. Troie. Livingstone/Stanley. Bell/Meuci. 14201
Publié par (l.peltier) le 8 octobre 2008 En savoir plus

16 03 1870                Léopold von Hohenzollern Sigmaringen est pressenti pour occuper le trône d’Espagne, après la fuite d’Isabelle IV. Il accepte le 3 Juillet.

19 05 1870               Au Canada français, la vallée du Saguenay-Lac Saint Jean, est ravagée par un incendie. Un sol encombré de résidus de chantiers de coupe forestière de l’année précédente, des feux de nettoiement non maîtrisés, la foudre et pour finir, un fort vent, tout cela provoque rapidement un gigantesque incendie : 7 morts, 555 familles sans-abri. des milliers d’hectares ravagés.

21 06 1870                  Émeutes à Tientsin [qui deviendra Tianjin], en Chine : des rumeurs d’enlèvements d’enfant circulaient depuis un moment dans la communauté chinoise, effectués par les missionnaires français et l’orphelinat des Filles de la Charité. Trois jours plus tôt avaient été tués trois chinois accusés de jouer les rabatteurs pour les chrétiens, mais aussi le consul de France Fontanier et son chancelier Simon. La révolte s’était propagée et quarante chinois chrétiens sont tués ainsi qu’une vingtaine d’étrangers essentiellement des religieux. Plusieurs églises sont incendiées, dont Notre Dame des Victoires. Les canonnières des puissances étrangères sont envoyées pour mettre fin à la révolte et les puissances étrangères feront payer tout cela très cher à la Chine ; il s’avérera que ces rumeurs d’enlèvement étaient totalement infondées.

12 07 1870                 Napoléon III demande à la Prusse de s’opposer à cette intronisation : accord de Guillaume I° sur la demande française.

14 07 1870               Par la dépêche d’Ems, Bismarck rectifie la position de Guillaume I°, dans des termes difficilement admissibles pour la France.

15 07 1870                  Les chambres votent la mobilisation.

Vous n’êtes pas prêts, avertit Adolphe Thiers.

Nous sommes prêts et archiprêts, rétorque le maréchal Le Bœuf, ministre de la guerre. La guerre dût-elle durer deux ans, il ne manquerait pas un bouton de guêtre à nos soldats.

18 07 1870                 Le concile Vatican I proclame l’infaillibilité pontificale en matière de définition doctrinale. Ceux qui y resteront opposés seront nommés vieux catholiques. Il s’est ouvert le 8 décembre de l’année précédente devant 700 pères ainsi représentés :

  • 200 Italiens
  • 70 Français,
  • 40 Autrichiens-Hongrois
  • 40 Américains
  • 9 Canadiens
  • 30 Américains du sud
  • 37 Espagnols
  • 19 Irlandais
  • 18 Allemands
  • 12 Anglais
  • 19 d’autres pays
  • près de cent évêques missionnaires
  • 50 prélats de rite oriental

La guerre va interrompre les travaux.

En matière de définition doctrinale… il faut entendre cela au sens large, et même très large ; c’est que, mes bien chers fils, la doctrine, ça touche à tout :  ainsi la constitution Dei Filius dit-elle :

Si quelqu’un dit qu’il est possible que les dogmes proposés par l’Église se voient donner parfois, suivant le progrès de la science, un sens différent que celui que l’Église a compris et comprend encore, qu’il soit anathème !

*****

Ainsi étaient claquées les portes au nez de tout savant qui tenterait de traduire les touchantes métaphores surgies de l’épopée juive puis du Moyen Âge chrétien en tenant compte des données d’une science qui accumulait alors les preuves du caractère poétique du discours biblique. L’Église et avec elle la Société de Jésus s’acharnent une fois de plus à attirer sur elles les sarcasmes de ceux qui cherchent, étudient, ou lisent, simplement…

Jean Lacouture       Jésuites       Les Conquérants     Seuil 1991

19 07 1870                  Bien légèrement, la France déclare la guerre à la Prusse. Il se révèlera que l’impréparation était totale : arrivée sur les frontières de l’est, les troupes n’y trouveront aucun ravitaillement, on manquera de tout. Nommé à Belfort, un général cherchera en vain son corps ; on verra des réservistes de Dunkerque envoyés à Perpignan pour être affectés à Strasbourg etc etc … une ahurissante pagaille…

Côté prussien, ce n’est pas la même chanson : Bismarck, qui veut aboutir à l’unité allemande, est parvenu à engager aux côtés de la Prusse, les grands royaumes du sud : Bade, Wurtemberg, Bavière : cette armée sera sous commandement prussien mais elle sera allemande.

16 08 1870                  C’est jour de foire à Hautefaye, en Dordogne. Un jeune noble du coin de 32 ans, Alain de Monéys, vient y chercher une génisse. Il habite près de Bretanges dans le domaine familial.

Dans cette région ultra bonapartiste le cousin d’Alain de Monéys, Camille de Maillard, républicain convaincu, se moque des paysans en lançant un Vive la République à une  foule en colère qui se retourne contre lui. Camille réussit à s’échapper, aidé de ses métayers mais la rumeur circule en ville que son cousin, Alain, est au village et qu’il est forcément aussi une vermine détournant l’argent des honnêtes paysans pour l’envoyer aux Prussiens. La rumeur enfle. Le jeune Alain va être pris et massacré  par plus de 200 personnes qui, tout en allant boire à l’auberge, reviennent rouer de coups le jeune homme qui ne cesse de crier tout au long de son supplice Vive l’Empereur ! Rien n’y fera. Même le courage du curé et des métayers d’Alain de Monéys, ne permettront pas de le soustraire à une foule en transe, avide de sang et de sacrifice propitiatoire à même de conjurer la peur de l’envahisseur. Après avoir été frappé, sanglé comme un cheval, avoir pris des coups de bâtons, de fourches, de crochets de boucher, il sera finalement, alors qu’on assemble à la va-vite du bois et des meubles, brûlé vif sur la place du Lac désséché par des villageois de 14 à 60 ans.

La gnôle prise sur le zinc, qui désinhibe les réserves de tous ces solitaires pour donner le premier rôle à la convivialité propre à ces rencontres, ne peut suffire à elle seule à expliquer pareil déchaînement de violence tirée du fond des âges ; ces paysans étaient ultra bonapartistes probablement parce qu’ils avaient réalisé qu’il ne pouvait plus servir à rien d’être royaliste. Vengeance envers celui qu’ils estimaient avoir trahi ses origines ? Peur viscérale de l’ogre prussien ? Qui peut le savoir ?

Le procès se tiendra à Périgueux en décembre 1871 : parmi les 19 inculpés,  4 seront condamnés à la peine capitale, et exécutés sur la place du village.

30 08 1870                             Défaite de Napoléon III déjà très diminué par la maladie, et Mac Mahon, à Sedan, face aux Prussiens commandés par Moltke. Napoléon III capitule le 2 septembre : il est prisonnier : c’est la chute de l’Empire, mais la guerre continue. Ce n’est pas en contraignant les militaires au silence que l’on peut embrasser la victoire : Je rayerai du tableau d’avancement tout officier dont je verrai le nom sur une couverture de livre.

Arthur Rimbaud a 16 ans, et le génie est déjà là pour dire l’horreur de la guerre. Bien plus tard, Serge Reggiani le chantera :

C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent, où le soleil, de la montagne fière,
Luit ; c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort : il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme.
Nature, berce-le chaudement : il a froid !

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud Le dormeur du val        1870

31 08 1870                 Bataille de Bazeilles où chaque camp perd 2 500 hommes. Alphonse de Neuville immortalisera dans Les dernières cartouches la défense de l’auberge Bourgerie, où l’on peut voir le commandant Arsène Lambert et une poignée d’hommes défendre la maison jusqu’à épuisement complet des munitions.

Mais pourquoi donc les dernières cartouches quand on en est au début d’une guerre ? L’industrie nationale, n’étant pas en mesure de satisfaire à la demande de l’armée, un marché avait été passé avec la manufacture belge de Herstal, sans avoir cherché à en connaître les actionnaires. Or le Kronprinz en était le principal, qui s’était empressé de faire en sorte que les commandes françaises n’arrivent pas à destination, et c’est ainsi que les munitions commandées en Belgique n’arrivèrent pas à temps à Sedan. Mais cela n’empêchera pas la Manufacture d’Herstal de présenter sa facture qui sera réglée par la IIIe République.

L’impératrice Eugénie fait évacuer par train spécial les collections de tableaux et dessins du Louvre, Joconde incluse ; destination : l’arsenal de Brest qui gardera le trésor pendant un an,  au bout duquel, les risques encourus par la Commune ayant disparu, il reviendra à Paris.

4 09 1870                   Les Parisiens ont appris la veille la défaite de Sedan et manifestent aux portes de la Chambre des Députés, défendue sans conviction aucune par des sergents de ville et des gardes de Paris. La Chambre finit par être envahie par la foule, le Sénat quant à lui, se disperse de lui-même : le pouvoir tombe et Jules Favre [grand père de Jacques Maritain] proclame la République qui sera gouvernée jusqu’en février 1871 sous le régime d’un gouvernement de la Défense Nationale, présidé par le général Trochu (dont les Parisiens diront que c’est le participe passé du verbe trop choir), Léon Gambetta étant ministre de l’Intérieur. Il va instaurer un moratoire sur les loyers parisiens.

Clemenceau et quelques autres députés républicains, pour punir la Corse d’avoir voulu rester fidèle aux Bonaparte, demandent qu’elle soit rendue à l’Italie : la demande ne sera pas examinée. Les troupes françaises en poste à Rome pour y garantir le maintien du pape sont rappelées en France.

5 09 1870                   Onze hommes arrivent au sommet du Mont Blanc, à 14 h ; ils sont rapidement pris par une tempête qui va durer huit jours. Le 17 septembre, Sylvain Couttet découvrira au sommet du mur de la Côte – au sud du Col de la Brenva, c’est alors la voie normale – cinq corps. Sur celui de l’américain Jos Bean, un carnet de notes faisant ses adieux à sa femme, indique une mort probable le 7 septembre au soir. Les six autres corps ne seront jamais retrouvés.

Le Comité central républicain des 20 arrondissements commence à siéger rue de la Corderie. C’est un autre pouvoir qui se met en place. Le gouvernement n’est pas décidé à la lutte, mais le peuple de Paris, fort des 380 000 hommes qui constituent la garde nationale, dirigée par le Comité central, réclame la guerre à outrance. Victor Hugo revient à Paris.

9 09 1870                             Victor Hugo lance un appel de fraternité aux Allemands :

Il me convient d’être avec les peuples qui meurent, je vous plains d’être avec les rois qui tuent.

19 09 1870                Début du siège de Paris. L’idée du ballon monté vint du photographe Nadar ; elle va être mise en œuvre par l’ingénieur du génie maritime Dupuy de Lôme qui parvient à faire sortir 67 ballons de la capitale : dans l’un d’eux, le 7 octobre se trouve Gambetta. Il était plus facile de quitter Paris en ballon que d’y arriver : aussi avait-on mis au point des boules de Moulins pour y apporter le courrier : on confia à la Seine des boules étanches en zinc pouvant contenir 500 lettres, en espérant que le courant les porterait jusqu’aux filets qui barraient la Seine à Paris. Sur les 55 boules qui furent ainsi expédiés aucune n’arriva. 35 boules furent retrouvées envasées, la dernière en 1982 ; il en reste donc encore 20. Elles ont été baptisées boules de Moulins car le courrier à destination de la capitale était centralisé à Moulins. Donc, pour des messages de grande importance, le pigeon était encore le meilleur moyen de communiquer.

Victor Hugo, volontairement enfermé dans Paris, publie son appel :

Aux Français
La France doit à tous les peuples et à tous les hommes de sauver Paris,
non pour Paris, mais pour le monde.
Ce devoir, la France l’accomplira.
Que toutes les communes se lèvent !
Que toutes les campagnes prennent feu !
Que toutes les forêts s’emplissent de voix tonnantes !
Tocsin ! Tocsin !
Que de chaque maison il sorte un soldat ;
Que le faubourg devienne régiment ;
Que la ville se fasse armée.
Les Prussiens sont 800 000,
Vous êtes 40 millions d’hommes (…)
Faisons la guerre de jour et de nuit,
La guerre des montagnes, la guerre des plaines.
Levez-vous ! Levez-vous !
Pas de trêve, pas de repos, pas de sommeil.
Le despotisme attaque la liberté, l’Allemagne attente à la France…
Ô francs-tireurs, allez, traversez les halliers, passez les torrents,
Profitez de l’ombre et du crépuscule, serpentez dans les ravins,
Glissez-vous, rampez, ajustez , tirez, exterminez l’invasion.
Défendez la France avec héroïsme, avec désespoir, avec tendresse.
Soyez terrible, ô patriotes !
Arrêtez-vous seulement, quand vous passerez devant une chaumière,
Pour baiser au front un petit enfant endormi.

20 09 1870                  Les bersaglieri du général de La Marmora entrent dans Rome. La monarchie italienne achevait son unité. Le pape se considérera désormais prisonnier du gouvernement italien au Vatican. Il faudra attendre Mussolini pour que soient normalisées les relations entre le Saint Siège et le gouvernement italien le 11 février 1929 !

De bons serviteurs de l’Eglise s’étaient inquiétés dès 1862, de l’éventualité de cette annexion du principal des États Pontificaux par l’Italie, et donc, du transfert des ressources que procurait ces États – impôts divers – vers le budget italien. François Xavier des Mérode un Belge très futé fit acheter par les Société immobilière du Vatican les terrains de l’actuelle gare de Rome-Termini : on était alors sur des terrains qui n’étaient que de la roupie de sansonnet, mais le belge perspicace avait deviné que Rome ne pourrait s’agrandir que sur ces terrains : la plus value réalisée des années plus tard, lors de leur revente marque le début du trésor du Vatican.

26 09 1870                  Les bombardements prussiens mettent le feu à la cathédrale de Strasbourg. En 1873, l’architecte Gustave Klotz veillera à lui redonner son aspect d’origine en reconstruisant la couverture en cuivre et la charpente en bois. Depuis 1998, celle-ci se divise en tronçons séparés par des murs en béton pour éviter la propagation du feu.

11 10 1870           Pierre Cara, blessé sous Orléans, est fait prisonnier. Il s’évadera et rejoindra l’armée de Chanzy. Pierre Cara, c’est le nom qu’a choisi Petar Karađorđević, d’une dynastie royale serbe. L’assassinat du roi de la dynastie rivale le portera au pouvoir en 1903 : il deviendra Pierre I ° de Serbie. Il avait fait St Cyr en tant qu’étranger de 1862 à 1864, et s’était engagé au 5° bataillon de la Légion Étrangère en 1870.

Léon Gambetta arrive à Tours, où il trouve Garibaldi (!), toujours disponible pour une juste cause. Il lui propose le commandement de quelques centaines de volontaires en Savoie. Garibaldi fait la fine bouche… Ce sera alors le commandement de tous les corps francs des Vosges, de Strasbourg à Paris, et d’une brigade de gardes mobiles. Garibaldi installera son Quartier Général à Dole, puis Autun. Perclus de rhumatismes, il confia l’essentiel des actions à son gendre Ricciotti, qui fit souffrir les Prussiens le 19 novembre à Chatillon-sur-Saône. Ayant occupé Dijon, ils repoussèrent les Prussiens qui voulaient les en déloger le 21 janvier 1871, s’emparant même du drapeau du 61° régiment de Poméranie, le seul que les Prussiens perdirent durant toute la guerre !

Les avis sur sa prestation seront loin d’être unanimes :

Lorsque Garibaldi arriva à Tours, aucun officiel n’était présent à la gare. Un logis misérable suintant l’humidité attendait celui qui se donnait à la République malgré ses rhumatismes. Honteux, le comité d’accueil prit l’initiative de l’installer à la préfecture en délogeant le préfet. Mais le héros ne perdit rien de sa superbe et sut électriser un petit auditoire venu entendre des paroles d’espoir.

[…] Il parla. Du haut de cette tribune improvisée, sa voix claire, vibrante, sans embarras, s’animait quand il parlait de république et de liberté ! On l’écoutait en silence. Il semblait que sa venue présageait le succès prochain […]. Garibaldi parle bien le français; c’ est par une coquetterie de vieillard qu’il s’excuse. Sa figure grandiose et calme respire un de franche simplicité, de bonhomie triste. Son œil brille d’un feu doux qui s’éclaire quand il parle. Il a vraiment grand air avec sa chemise rouge, son vaste manteau gris perle blé de rouge et théâtralement relevé sur l’épaule, son chapeau de feutre mou, d’où s’échappent les mèches blanches de ses longs cheveux flottant sur le cou, sa barbe blanche négligée, sa physionomie pensive, non dénuée de finesse. Les mains sont belles, les jambes se grosses, lourdes, impotentes, enveloppées d’un grossier pantalon, trop large, des chaussés de souliers informes déparent le tableau. Il faut voir Garibaldi à cheval un jour de bataille, fièrement campé sur sa selle, qu’il ne quitte pas tant que dure le danger.

G. Cavalier, Les Mémoires à Pipe-en-bois, Champvallon, Seyssel

[…] Les teints mats à peine rosés par la froidure font bien sous la casquette rouge. La chemise de flanelle de même couleur, à parements et à cols noirs, entre dans le pantalon gris enfermé dans des guêtres de cuir ; une ceinture bleue roulée autour de la taille, un élégant petit manteau gris, complètent ce costume plein de coquetterie […]. Une nuée d’officiers papillonnent autour de cette brillante jeunesse. Ils sont tellement attifés, bichonnés, pomponnés, qu’il faut regarder à plusieurs reprises […] pour bien se convaincre que ce sont des soldats […]. À côté […] se rangent d’autres troupes qui n’ont guère que le costume de commun. Les visages sombres, les traits flétris, les types de bandits, les figures de sac et de corde y abondent et prennent, sous la chemise rouge, une expression d’oiseaux de proie, de hyènes en quête de cadavres.

[…]        Garibaldi pouvait se glorifier d’avoir transformé une ville honnête [Autun] en un bagne où les forçats [les volontaires garibaldiens] étaient les maîtres […]. Retiré dans ses appartements, enfoui sous des couvertures […], il languissait tout le jour, oisif, indolent, l’intelligence obscurcie, presque éteinte, et ne sortait de sa stupeur, ne retrouvait une étincelle de vie, que pour applaudir à ces abominateurs, pour vomir une insulte nouvelle contre la religion et les meilleurs citoyens. Il n’a jamais cessé d’être l’ennemi acharné de notre pays, il est venu pour organiser l’armée du désordre, enrôler les coquins, les conduire au pillage, au sac de la France, et compléter l’œuvre de l’Allemagne ; soit qu’une convention expresse le liât à M. de Bismarck, soit plutôt qu’il se contentât d’agir pour le compte de l’Internationale et de la franc-maçonnerie cosmopolite, qui depuis Frédéric le Grand reçoit son mot d’ordre de Berlin. Révolutionnaire dont l’orgueil insensé côtoyait la folie, sectaire sans patrie, insul­teur même de ses concitoyens, complaisant pour le piétiste Guillaume, auxiliaire de Bismarck, homme de Cavour, pensionné de Victor-Emmanuel, il n’a eu de la démocratie que le masque. Mais il était un démagogue habile, déclamateur et théâtral, excellent impresario de son funeste personnage.

Theyras, Garibaldi en France, Autun, 1888.

Quant à Garibaidi, ces attaques répétées des 21 et 23 janvier lui ont fait croire qu’il avait devant lui d’importantes forces allemandes. Il s’est borné à une défense prudente : c’est en termes dithyrambiques qu’il chante ses succès. Résultat: les désastres de l’armée de l’Est. L’erreur est humaine, dira-t-on, elle n’est pas une faute. Le crime n’est pas là, il consiste en ce que Garibaldi, ayant reçu l’ordre de rejoindre l’armée de l’Est, ne l’a pas rejointe. Exécuter l’ordre, il n’y a pas songé. Ce sont des vues personnelles, la recherche de succès propres, qui ont dicté sa conduite. S’il avait cherché à obéir, aucune impossibilité matérielle ne l’en eût empêché : la division Pélissier maintenue à Dijon suffisait à absorber l’activité du général de Kettler ; l’armée des Vosges pouvait librement rejoindre l’armée de l’Est. D’où le désastre par la même voie: l’indiscipline intellectuelle, l’oubli du devoir militaire, au sens le plus exact du mot. La satisfaction donnée à ce devoir, dans un cas comme dans l’autre, ne présentait aucune difficulté, mais il fallait le connaître, pour cela le chercher ; il fallait avoir le sentiment de la discipline. Éviter l’erreur, la faute, empêcher le désastre ; tout était obtenu par un simple acte d’obéissance.

Ferdinand Foch (le futur maréchal de 1918)     Conférence à l’École supérieure de guerre parue en avril 1903

28 10 1870                Les Prussiens prennent Le Bourget et Bazaine, bloqué dans Metz, se rend, livrant 170 000 hommes aux Allemands.

29 10 1870                  Le peintre Gustave Courbet, affiche son pacifisme en écrivant aux Allemands : Laissez-nous vos canons Krupp : nous les fondrons avec les nôtres. Le dernier canon, gueule en l’air, coiffé du bonnet phrygien, planté sur un piédestal que nous érigerons ensemble sur la place Vendôme, sera notre colonne, à nous et à vous, la colonne de l’Allemagne et de la France à jamais fédérées.

Lettre ouverte à l’armée allemande et aux artistes allemands

Président de la Fédération des artistes, il demandait que la colonne Vendôme soit déboulonnée, attendu que ce monument est dénué de valeur artistique et tend à perpétuer les idées de guerre et de conquête qui étaient dans la dynastie impériale.

31 10 1870                 Le peuple de Paris apprend l’échec de la sortie du Bourget, la capitulation de Metz et l’ouverture des négociations : la foule envahit l’Hôtel de Ville, retenant le gouvernement prisonnier. Les gardes nationaux demandent sa déchéance aux cris de Vive la Commune. Un compromis est trouvé dans l’organisation d’un référendum, trois jours plus tard, qui devra répondre à la question : La population de Paris maintient-elle, oui ou non, les pouvoirs du gouvernement de la Défense Nationale ? Le Oui l’emportera, avec 557 996 voix, mais il y aura quand même 62 638 Non, lesquelles vont former l’ébauche de la Commune. Le refus du verdict du suffrage universel sera la marque de naissance de la Commune. Le garde des Sceaux Isaac Jacob, alias Adolphe Crémieux s’écriera : Majorité de ruraux, honte de la France. Le Corrézien, quotidien régional, se risquera à publier sans signature les vers fielleux d’un ancien communard :

Le troupeau d’électeurs, de paysans stupides
Que nul sentiment ne peut aiguillonner,
Ce peuple de lourdauds, de hobereaux cupides,
Veut tenter, Ô Paris, de te découronner.
Sujets du Sous-préfet et du Garde-champêtre,
Dociles à la voix du Maire et du curé,
Gros ruminants, pareils aux bœufs qu’ils mènent paître, 
Blasphèment bêtement ton grand nom vénéré.

Adolphe Crémieux donnera son nom, au décret du 24 octobre accordant la citoyenneté française aux 37 000 juifs algériens, leur ouvrant les portes de l’école de la République, puis de l’administration : ils vont ainsi se détacher de la communauté musulmane, qui n’avait pas renoncé à la loi coranique et était donc restée illettrée et algérienne.

5 11 1870                    Début du siège de Belfort, français depuis 1636, défendu par Denfert Rochereau ; aux Prussiens qui le sommaient de se rendre, il répondit très militairement : Nous connaissons l’étendue de nos devoirs envers la France et envers la République et nous sommes décidés à les remplir. Sur ordre du gouvernement, il évacuera Belfort après cent trois jours de siège, le 18 02 1871. Cette résistance sera reconnue par les Prussiens qui n’annexeront pas la ville : c’est l’origine du Territoire de Belfort, constitué en 1922. De 1871 à 1918, Belfort sera la partie restée française du département du Haut Rhin. La ville s’était déjà fait remarquer quand, en 1815, le lieutenant général Lecourbe défendit la Haute Alsace pied à pied contre l’invasion et conserva Belfort à la France.

En mémoire de la résistance de Denfert Rochereau et de ses troupes, Bartholdi – qui réalisera la statue de la Liberté, dans la baie de New York -, se mit à sculpter dès 1875 un Lion dans les grès rouges sur lesquels sont assises les fortifications de Belfort.

Emil du Bois-Raymond, recteur de l’université de Berlin cadre l’éducation allemande : Nous, l’Université de Berlin, sise face au palais royal, sommes, par notre acte de fondation, le garde du corps intellectuel de la maison de Hohenzollern. Si Emil du Bois-Raymond voulait préparer le terrain aux nazis, il ne pouvait mieux dire ! Il suffira de remplacer Hohenzollern par Hitler !

Theodor Mommsen, historien allemand de l’Antiquité, réclame l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine du Nord en se référant aux similitudes culturelles. Son collègue français, Fustel de Coulanges, lui répond :

Vous croyez avoir prouvé que l’Alsace est de nationalité allemande, parce que sa population est de race germanique et parce que son langage est allemand. Mais je m’étonne qu’un historien comme vous affecte d’ignorer que ce n’est ni la race, ni la langue qui fait la nationalité. […]
Ce qui distingue les nations, ce n’est ni la race ni la langue.
Les hommes sentent dans leur cœur qu’ils sont un même peuple lorsqu’ils ont une communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et d’espérances. Voilà ce qui fait la patrie. Voilà pourquoi les hommes veulent marcher ensemble, ensemble travailler, ensemble combattre, vivre et mourir les uns pour les autres. La patrie, c’est ce qu’on aime. Il se peut que l’Alsace soit allemande par la race et par le langage. Mais par la nationalité et le sentiment de la patrie, elle est française. Et savez-vous ce qui l’a rendue française ? Ce n’est pas Louis XIV, c’est la Révolution de 1789.

Fustel de Coulanges L’Alsace est-elle allemande ou française ?

10 11 1870                 Léon Gambetta, partisan de la guerre à outrance avait voulu préparer une contre offensive en mettant en place onze camps militaires, occupés par des armées nouvelles. Les Prussiens étaient aux portes d’Orléans et la désorganisation générale.

Le général Émile de Kératry, convaincu lui aussi du bien-fondé de la poursuite de la guerre, avait été nommé à la tête de l’armée de Bretagne le 22 octobre et, pour venir en appui de l’armée de la Loire, il avait été chargé d’établir à la hâte un camp à Conlie, sur la butte de la Jaunelière, dans la région du Mans [Sarthe], affecté à la formation, et d’y rassembler les mobilisés et les volontaires de l’ouest de la France pour y former une armée de Bretagne. Le contingent mobilisable des cinq départements bretons était, à lui seul, de 80 000 hommes.

Ce camp pouvait accueillir 50 000 hommes et 25 000 hommes s’y trouvaient dès le 10 novembre. Près de 60 000 hommes y seront passé au total et il avait été prévu de les armer avec les surplus de la guerre de Sécession américaine (1861-1865), lesquels surplus promis par Gambetta n’étaient pas parvenus à destination.

À l’arrivée des mobilisés, les baraquements n’ayant pas été construits, des tentes avaient été établies en urgence. Comme le terrain avait été nivelé un peu plus tôt, le piétinement de milliers d’hommes en avait fait rapidement un bourbier. Des pluies torrentielles l’avaient inondé que les soldats avaient surnommé Kerfank – la ville de boue -. Avec les premières neiges, les maladies s’étaient développées : fièvre typhoïde, variole, etc.

Est-ce bien un camp ? C’est plutôt un vaste marécage, une plaine liquéfiée, un lac de boue. Tout ce qu’on a pu dire sur ce camp trop célèbre est au-dessous de la vérité. On y enfonce jusqu’aux genoux dans une pâte molle et humide. Les malheureux mobiles se sont pourvus de sabots et pataugent dans la boue où ils pourraient certainement faire des parties de canots. Ils sont là quarante mille nous dit-on et, tous les jours, on enlève 500 ou 600 malades. Quand il pleut trop fort, on retrouve dans les bas-fonds des baraquements submergés. Il y a eu ces jours derniers quelques soldats engloutis, noyés dans leur lit pendant un orage.

Gaston Tissandier, de passage le 15 décembre 1870 

Le manque d’instructeurs, prisonniers en Allemagne, de matériel, de ravitaillement, provoquent le découragement au sein d’une troupe pourtant largement constituée de volontaires mais livrés à l’oisiveté et à l’ennui.

Kerartry avait informé Gambetta à plusieurs reprises, qui s’était refusé à l’évacuation.

La polémique avait commencé à faire rage et le général de Kérartry avait démissionné, remplacé par le général de Marivault qui avait ordonné immédiatement une première évacuation, contre les ordres de Gambetta, qui ne signera la première autorisation que quelques jours plus tard, le 19 décembre 1870. Dès le lendemain, les 15 000 soldats les plus faibles s’étaient replié sur Rennes, les plus malades renvoyés dans leurs familles. Le scandale prend plus d’ampleur, devant l’état des hommes qui rentrent chez eux.

Une commission d’enquête parlementaire sera nommée, dont les conclusions, rédigées en 1872, seront publiées en 1874. Le général de Lalande déclarera devant elle : Je crois que nous avons été sacrifiés. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Mais j’affirme qu’on n’aurait pas dû nous envoyer là, parce que l’on devait savoir que nous n’étions pas armés pour faire face à des troupes régulières.

Inutile de dire que les Bretons ne portent pas Gambetta dans leur cœur et que l’une des premières mesures prises lors de manifestations d’indépendance est de débaptiser un boulevard Gambetta.

Sous-préfet de Chateaulin de 1930 à 1933, Jean Moulin illustrera le recueil Armor de Tristan Corbière, publié en 1935, avec la La Pastorale de Conlie, sous son nom d’artiste : Romanin. S’il ne paraît pas avoir fait un gros travail d’archives, puisqu’il y met une femme au centre, alors qu’il n’a pas eu de femme à Conlie, l’atmosphère générale du dessin tient de la prescience des camps de la mort des nazis. http://art-maniac.over-blog.com/article-jean-moulin-peintre-et-marchand-d-art-69640402.html

16 11 1870                   En Espagne, les Cortes élisent roi le duc Amédée d’Aoste.

25 11 1870              Sous le pseudonyme de Jean Baudry, Arthur Rimbaud écrit dans Le Progrès des Ardennes, Le rêve de Bismarck, qu’il qualifie de Fantaisie.

C’est le soir. Sous sa tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck, un doigt sur la carte de France, médite ; de son immense pipe s’échappe un filet bleu. Bismarck médite. Son petit index crochu chemine, sur le vélin, du Rhin à la Moselle, de la Moselle à la Seine ; de l’ongle, il a rayé imperceptiblement de papier autour de Strasbourg : il passe outre. À Sarrebruck, à Wissembourg, à Woerth, à Sedan, il tressaille, le petit doigt crochu : il caresse Nancy, égratigne Bitche et Phalsbourg, raie Metz, trace sur les frontières de petites lignes brisées, – et s’arrête…
Triomphant, Bismarck a couvert de son index l’Alsace et la Lorraine ! – Oh ! sous son crâne jaune, quels délires d’avare ! Quels délicieux nuages de fumée répand la pipe bienheureuse !
Bismarck médite. Tiens, un gros point noir semble arrêter l’index frétillant. C’est Paris.
Donc, le petit ongle mauvais, de rayer, de rayer le papier, de ci, de là, avec rage, – enfin de s’arrêter… Le doigt reste là, moitié plié, immobile.
Paris ! Paris ! – Puis, le bonhomme a tant rêvé l’œil ouvert, que, doucement, la somnolence s’empare de lui : son front penche vers le papier ; machinalement, le fourreau de sa pipe, échappée à ses lèvres, s’abat sur le vilain point noir …
Hi ! povero ! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s’est plongé dans le fourneau ardent… Hi ! povero ! Va povero ! dans le fourneau incandescent de la pipe…, Ho povero ! son index était sur Paris ! … Fini, le rêve glorieux !
Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate ! – Cachez, cachez ce nez ! …
Eh bien ! mon cher, quand, pour partager la choucroute royale, vous rentrerez au palais
[sur l’exemplaire du Progrès des Ardennes, les dernières lignes étaient devenues illisibles en 2008].
Voilà ! Fallait pas rêvasser.

Jean Baudry Le Progrès des Ardennes du 25 novembre 1870

3 12 1870             Les troupes françaises sont battues à Orléans.

8 12 1870             La délégation du gouvernement qui s’était installée à Tours le 11 septembre, déménage à Bordeaux.

27 12 1870         Les Prussiens commencent à bombarder Paris. Victor Hugo est devenu un personnage sacré… on donne son nom à un ballon-poste, à un canon. Un autre canon dû à une souscription porte celui d’une de ses œuvres – Le Châtiment – Il écrira dans l’Année terrible : Nous mangions du cheval, du rat, de l’ours, de l’âne. Et, le 2 janvier 1871, il notait dans son Journal : On a abattu l’éléphant du Jardin des Plantes ; il a pleuré. Et l’éléphant ne fût pas le seul à connaître ce sort, il en alla de même pour les tigres, lions, girafes, chameaux et dromadaires et autres zèbres que l’on pouvait découvrir au jardin d’acclimatation, crée quelques années plus tôt par Napoléon III.

Le journal L’Illustration félicite les commerçants qui ne tirent pas profit de la situation – nombre d’entre eux ne s’en privent pas, faisant valser les étiquettes – . Les produits alimentaires Felix Pottin, la maison de conserve Chevallier-Appert, les établissements de bouillon Liebig, la maison des Deux Chinois ont droit à la gratitude du pays. Félix Potin réserve ses produits à ses clients, organise en leur faveur un système de rationnement et de répartition, à prix stabilisés. Et, quand vient le manque, il achète Castor, l’un des deux éléphants du Jardin d’acclimatation, qu’il fait abattre et débiter en tranches.

Jean-Michel Dumay Le Monde Magazine 7 août 2010

La consommation d’absinthe augmentera de 500 %. L’usage médicinal de la plante existait depuis les Assyriens et les Babyloniens : appelée aussi alvine, elle est de la famille des armoises ou artémis, en l’honneur de la Diane grecque Artemis – qui signifie privé de douceur. On soignait ainsi les maux d’estomac, du foie et des reins, ainsi que les fièvres des régions marécageuses et même le mal de mer. Dans le Val d’Aoste on l’utilisait en cataplasme contre les vers chez les enfants, en bouquet dans les chalets pour éloigner les puces etc…

Pour couvrir les évidents méfaits de ses 72° et, plus précisément de la thuyone, une molécule convulsivante, désinhibitrice et même hallucinogène, on la coiffa de nombreuses vertus : elle donne de l’appétit, combat la colique et la jaunisse, éveille l’intelligence, enraye les fièvres… bref c’est la fée verte. Le succès ira croissant, et l’offre s’alignera très bien sur la demande : Pontarlier comptera quatre distilleries en 1826 et vingt cinq en 1913, produisant cinquante cinq mille litres d’absinthe … par jour ! Il y en a une aussi à Annecy dès 1903. En 1874, la production française était de 700 000 litres, elle sera de 36 000 000 litres en 1910 ! Pour la vodka Zubrowka, qui contient la fameuse herbe à bison – la Hiérochloé odorata –, c’est la coumarine qui est toxique : on l’utilise dans la composition d’un raticide ; quand on passe avant les bisons, on la trouve dans la forêt primaire de Bialowieza, en Biélorussie, vendue 1 000 $ le boisseau.

La Défense de Paris 1870    Auteur anonyme. Musique : sur l’air de Fualdès

Non jamais sur cette terre
On ne vit en vérité,
Pareille calamité,
Ni plus affreuse misère,
Que celle que l’on subit
Sous le siège de Paris.

Paris ! cette ville aimable,
Qui donc ose l’assiéger ?
Serait-ce cet étranger,
Qu’avec un accueil affable
Elle admettait dans son sein ?
Oui, c’est lui son assassin.

C’est d’accord avec l’infâme
Celui qui livra Sedan :
Bonaparte, ce tyran !
Ce gredin sans cœur, sans âme !
Que la Prusse avec ardeur,
Accomplit notre malheur.

Lors du fameux plébiscite,
Sans tous ceux qu’ont voté oui
On n’aurait pas aujourd’hui
Cette guerre tant maudite :
Paris qui n’y est pour rien
À cette heure en souffre bien.

Que de chagrin, que de peine !
Pour un moment d’abandon ;
Si l’on avait voté non,
La France Républicaine,
Pour l’instant, ne serait pas
Dans un si triste embarras.

Quand on pense que nous sommes
Privés de relations,
De communications,
Avec le reste des hommes ;
Du monde pour nous le bout
Ne va pas même à Saint-Cloud.

Quand le ballon nous emporte
Dans tous les départements.
Des lettres pour nos parents,
Jamais il ne nous rapporte
Les réponses, ce qui fait
Qu’on en est très inquiet.

Nous n’avons de leurs nouvelles
Qu’au moyen de nos pigeons ;
Mais des Prussiens, les faucons
Les chassent à tire-d’aile :
Sur dix, il en revient deux ;
On le voit, c’est très chanceux.

L’aspect de toutes nos rues
Est lugubre, car, hélas !
On a supprimé le gaz
Même avant une heure indue,
Et les magasins, le soir,
Font vraiment du mal à voir.

D’ailleurs, toutes les boutiques
N’ont plus rien d’étalagé,
A part chez le boulanger,
C’est en vain que les pratiques
Chercheraient quoi que ce soit ;
On n’a plus même de bois.

Car dans cet horrible siège
On est bien privé de tout ;
Mais de chauffage surtout,
Et sur nos toits, blancs de neige,
L’hiver, en signe de deuil,
Vient étendre son linceul.

Un jour une pauvre mère
Privée de bois, de charbon,
Attend la distribution
Une journée tout entière ;
Dans ses bras cruel effroi !
Son enfant est mort de froid !

On a vu dans les tranchées
Des soldats, de froid périr ;
Ils préféreraient mourir
D’une mort plus recherchée,
Vis-à-vis de l’ennemi,
En défendant le pays.

Et nos pauvres ménagères
Attendent en pataugeant,
Souvent trois heures durant,
Pour obtenir d’ordinaire
Un pot-au-feu de cheval
Ce brave et noble animal.

C’est en pleurant qu’on le mange,
Et l’on n’en a pas toujours ;
Il arrive bien des jours
Que, par force, l’on s’arrange
D’un plat, qui n’est pas très gros,
De riz cuit avec de l’eau.

Il est des êtres rapaces !
J’en rougis ; mais des marchands
Exploitent les pauvres gens ;
Jugez où va leur audace,
Ils vendent un mauvais chou
Jusqu’à des six francs dix sous.

On se nourrit d’épluchures,
De chats, de chiens et de rats ;
On vend des choses au tas
Que l’on jetait aux ordures ;
Mais on s’en repaît enfin,
Pour ne pas mourir de faim.

Dans une pauvre mansarde,
Située rue Desnoyers
La femme vient d’expirer,
Et, seul, son mari la garde ;
Quand, privé de tout secours,
De faim, il meurt à son tour.

Et le matin quand on rentre
De la garde rempart,
Des pommes de terre au lard
Feraient tant de bien au ventre ;
Mais ce légume est passé ;
Du moins, c’est pour les blessés.

Or, toutes les ambulances
Que l’on a fait à grands frais,
Sont pleines, ou à peu près,
Sans compter ceux que la France,
Parmi ses enfants perdus,
Ne reverra jamais plus !

Que de mères en alarmes !
Gémissent en ce moment
Sur le sort de leurs enfants
Qu’a trahi celui des armes ;
Mort sous le plomb meurtrier,
Ou tout au moins prisonnier !

Moralité
Eh ! bien de tous ces ravages,
Nous souffrons sans murmurer ;
Loin de nous désespérer
Ils augmentent nos courages :
On ne vaincra pas Paris,
Tant que nous serons unis !

1870                                   Marie Louise Jay, née à Samoëns en 1838, épousera Ernest Cognacq, né à St Martin en Ré en 1839. Tous deux fervents catholiques, ils fondèrent à Paris de nombreuses bonnes œuvres, dont la meilleure fût sans conteste La Samaritaine. Ils moururent tous deux à 87 ans. Tout cela méritait bien une rue. Marie Louise n’ayant pas oublié Samoëns, lui offrit sur 3,5 ha un jardin botanique qui rassemble quelque 5 000 plantes du monde entier.

La Bonne Mère, en cuivre galvanoplastique, une réalisation de la maison Christofle, est dressée au sommet de Notre Dame de la Garde, à Marseille. Les édiles font inscrire sur le fronton de l’Hôtel de ville : Marseille, fille de Phocée, sœur de Rome, rivale de Carthage, émule d’Athènes.

L’Américain George Westinghouse met au point un procédé de freinage des locomotives par air comprimé, expérimenté deux ans plus tard sur un train de voyageurs. Il fera plus tard adopter la traction électrique et fondera la Westinghouse Electric Corporation, aujourd’hui premier constructeur mondial de centrales nucléaires.

Première importation d’une cargaison entière de nitrates plus communément nommé salpêtre du Chili, – un nitrate de sodium naturel -, avec des magasins à Dunkerque, Nantes, La Rochelle et Bordeaux. Le navire est de l’armement Le Quellec-Bordes qui en possède alors quatre. Antoine Dominique Bordes était parti au Chili en 1834 pour y représenter le capitaine Le Quellec, établi à Bordeaux. Ils s’étaient associés en 1847 en achetant quatre navires marchands pour importer au Chili du charbon anglais et en exporter du salpêtre, du cuivre et du guano. La mort de M. Le Quellec fera d’Antoine Dominique Bordes l’unique propriétaire de la maison. L’homme avait deviné l’accroissement de la demande en nitrates pour ce qui allait devenir les fameux NPK de l’agriculture : il commande 13 navires jaugeant de 600 à 1200 tonnes. En 1883, il cède l’entreprise à ses trois fils, Adolphe, Alexandre et Antonin. La maison Bordes était lancée, vite réputée pour sa rigueur et son sérieux  : à la veille de la Première guerre mondiale, elle sera le deuxième armateur au monde, avec 46 navires jaugeant 163 000 tonnes, dont le fameux 5 mâts barque France II, le plus grand voilier du monde, développant 6 350 m² de voiles !

11 01 1871                             Défaite des troupes françaises au Mans ; la veille de la bataille du Mans, on avait distribué à 19 000 hommes des fusils Springfield rouillés et des cartouches avariées. Dans certains cas, certaines de ces armes explosaient au moment du tir. Le général Chanzy rejettera la responsabilité de la défaite aux hommes de Conlie, car c’est sur leur position de la Tuilerie que les Prussiens font porter leur effort décisif, qui décida de la victoire. Les soldats français, épuisés par deux mois de privations, mal armés, presque pas préparés, sont taillés en pièces dans la nuit du 11 au 12 par la 20e division prussienne du général von Krautz-Koschlau.

18 01 1871                  Dans la galerie des glaces du château de Versailles, proclamation de l’Empire d’Allemagne. Louis II de Bavière avait compris qu’il allait être mangé par l’ogre prussien, mais par son habileté  manœuvrière, sous couvert de désengagement, de fuite même, il parvint  à choisir à quelle sauce il serait mangé et c’est ainsi qu’il obtint une autonomie fiscale et administrative et un nombre de voix déterminant au futur Conseil fédéral, ce qui fit de la Bavière le Land le plus puissant de l’Allemagne [et c’est encore le cas aujourd’hui].

Anton von WERNER     1885

19 01 1871           Défaite des troupes françaises à Saint Quentin.

22 01 1871          Paris se révolte à l’annonce de la démarche de Jules Favre, envoyé du gouvernement auprès de Bismarck pour la conclusion d’un armistice. Ce dernier exige l’élection d’une Assemblée nationale, afin de signer la paix avec un gouvernement légitime

26 01 1871             Jules Favre signe un cessez le feu avec les plénipotentiaires du Reich.

6 02 1871               Léon Gambetta démissionne à Bordeaux.

8 02 1871          Le gouvernement de la Défense nationale remet ses pouvoirs à l’Assemblée Nationale élue le 8 février : Victor Hugo est le deuxième élu des parisiens, derrière Louis Blanc. La majorité parlementaire est anti républicaine : 500 députés monarchistes dont 200 légitimistes, 200 orléanistes, et 30 bonapartistes contre 200 républicains modérés et 20 représentants de la gauche extrême. L’une des premières mesures sera de mettre fin au moratoire sur les loyers institué par le précédent gouvernement en septembre 1870.

13 02 1871                 Réunion à Bordeaux de la nouvelle Assemblée Nationale.

Au fond de la salle, un vieillard, seul sur son banc, se lève et demande la parole. Sous son grand manteau brille une chemise rouge. C’est Garibaldi. À l’appel de son nom il a voulu répondre, dire d’un mot qu’il résigne son mandat dont Paris l’a honoré. Les hurlements couvrent sa voix. Il reste debout, élève cette main desséchée qui a pris un drapeau aux Prussiens, les injures redoublent ! Le châtiment tombe des tribunes. Majorité rurale ! Honte de la France ! , jette la voix sonore de Gaston Crémieux de Marseille. Les députés se retournent, menacent. Les bravos et les défis des tribunes tombent encore. Au sortir de la séance la foule applaudit Garibaldi. La garde nationale lui présente les armes, malgré M. Thiers apostropha l’officier commandant. 

Gaston Lissagaray

14 02 1871                Cette période de troubles va voir se nouer la destinée peu commune d’Aurélie Picard. Née 22 ans plus tôt en Champagne, fille d’un gendarme qui a passé de nombreuses années en Algérie, elle ne manque pas de prestance et devient demoiselle de compagnie de la famille Steenakers : Monsieur Steenakers est alors conseiller général. Élu député en 1870, il a suivi le gouvernement à Bordeaux, où il devient ministre des Postes. Il confie à Aurélie l’apprentissage des pigeons voyageurs.

Sidi Ahmed Tidjani, noir, chef de l’influente confrérie tidjaniya du sud algérien, est en exil à Bordeaux car soupçonné de sympathies pour les rebelles Ouled Ziad. Il rend visite à M Steenakers et tombe amoureux d’Aurélie… qui ne dit pas non. L’affaire va mettre quelques mois pour se conclure, le temps pour Sidi Ahmed Tidjani d’accepter de répudier toutes ses autres épouses, et de promettre de n’en prendre aucune autre. La bénédiction nuptiale sera donnée à Alger par Mgr Lavigerie, lequel avait pris la mesure de la portée symbolique de la situation : une blanche chrétienne qui épouse un noir musulman sans pour autant répudier sa religion : cela méritait une souplesse dans l’adaptation des habitudes en vigueur que l’évêque d’Alger était tout à fait à même d’assumer. Il s’était d’ailleurs associé pour la circonstance au mufti Bou Kandoura.

On n’est pas vraiment sûr qu’Aurélie ait été heureuse : à son arrivée à Alger, c’est elle qui dût mettre à exécution la promesse du mari, en chassant les deux premières épouses ; sept ans plus tard, elle en découvrit une troisième, qu’elle chassa aussi mais en adoptant son enfant, Ali. Son mari mourut en 1897 et elle épousa alors son frère. Mais on sait qu’elle vécut longtemps – jusqu’en 1933 – et qu’elle passa ce temps à faire œuvre utile, avec l’aide d’une bourse du gouvernement, en construisant le petit palais de Kourdane à Aïn Madhi, 80 km à l’ouest de Laghouat, et surtout en y créant de magnifiques jardins, une école française, un dispensaire, et en allant même inoculer de la rigueur comptable dans les finances de la confrérie. Quelle vitrine de rêve pour la colonisation ! Frison Roche en fera le canevas de son livre Djebel Amour. Devenue Lalla Tidjani, on l’avait surnommée Lalla Yamina, [sainte femme d’Islam] : c’était un temps où l’intégrisme, d’un coté comme de l’autre, ne sévissait pas encore ; la largesse d’esprit pouvait donc s’exprimer.

17 02 1871                   Adolphe Thiers est nommé chef du pouvoir exécutif de la République. Protestation solennelle des députés Alsaciens et des Lorrains (ils représentent 1,5 M habitants) contre leur future annexion à l’Allemagne.

26 02 1871                   Armistice de Versailles. En avant goût de la Paix à venir, la ville de Paris versera à l’Allemagne 200 millions de Francs, soit 4 milliards de Francs 1992.

Si l’œuvre violente à laquelle on donne en ce moment le nom de traité s’accomplit,
si cette paix inexorable se conclut, c’en est fait du repos de l’Europe ;
L’immense insomnie du monde va commencer.
Il y aura désormais en Europe deux nations qui seront redoutables ; l’une parce qu’elle sera victorieuse, l’autre parce qu’elle sera vaincue.

Victor Hugo

8 03 1871                    De toutes les puissances européennes, aucune ne s’est levée pour défendre cette France qui, tant de fois, avait pris en main la cause de l’Europe… Pas un roi, pas un État, personne ! […] Un homme est intervenu, et cet homme est une puissance […]. Il est le seul des généraux français qui ont lutté pour la France, le seul qui n’ait pas été vaincu […]. Il y a trois semaines, vous avez refusé d’entendre Garibaldi […]. Aujourd’hui vous refusez de m’entendre. Cela me suffit. Je donne ma démission. 

Victor Hugo

18 03 1871                    À Paris, début de la Commune : la capitulation devant les Prussiens, la fuite de l’Assemblée nationale à Versailles, et quelques autres maladresses, dont la suppression du moratoire sur les loyers, déclenchent le soulèvement des milieux ouvriers. Le général Vinoy a reçu l’ordre de reprendre les canons que les Parisiens, à la nouvelle de l’occupation de Paris par les uhlans à partir du 1° mars, ont mis en sûreté dans les hauts lieux de la capitale : Montmartre, Buttes Chaumont, Belleville ; deux généraux sont exécutés, mais le contre-ordre arrive rapidement et l’armée évacue Paris. Les Communards se dotent d’un gouvernement révolutionnaire qui durera jusqu’au 28 mai 1871 remerciant l’armée de n’avoir pas voulu porter la main sur l’arche sainte de nos libertés, et appelant Paris et la France à jeter ensemble les bases d’une république acclamée avec toutes ses conséquences, le seul gouvernement qui fermera pour toujours l’ère des invasions et des guerres civiles.

La mort soudaine de son fils Charles, le 13 mars, éloigne Victor Hugo des événements ; de Bruxelles où l’ont appelé ses affaires, meurtri, impuissant, il ne peut que condamner ces affrontements devant l’éclat de rire affreux des Prussiens… La Commune n’est pas plus Paris que l’Assemblée n’est la France. Par après, les pouvoirs en place dans toute l’Europe voudront voir derrière tout cela la patte de Karl Marx qui aurait été le principal inspirateur.

28 03 1871           La RFU – Rugby Football Union – a précisé les 37 règles du rugby établies en 1845 par William Delafield Arnold, qui deviennent les  59 règles  qui encadrent le premier match international de l’histoire entre l’Écosse et l’Angleterre.

03 1871                     Correspondant de guerre du Chicago Tribune et du New York Herald, Stanley se voit confiée par Gordon Bennett la mission de retrouver Livingstone : il ne part pas sans biscuit, et les Américains ont déjà, bien ancrée, une tradition de logistique lourde, voire très lourde : 27 kilomètres d’étoffe pour les échanges, des centaines de rouleaux de fil de fer, inestimable bien sous ces latitudes, quantité de fausses perles de toutes les manières ; trente et un volontaires armés, 153 porteurs, 27 bêtes de somme, 2 chevaux, et, attachés directement à sa personne 3 gardes du corps blancs. La malaria fait rapidement des ravages chez les humains, la mouche tsé-tsé chez les animaux. La mutinerie menace contre laquelle il n’hésite pas à faire usage de ses armes. Il va mettre 8 mois pour rejoindre le lac Tanganyika.

8 04 1871                    Du Constantinois à la Kabylie, c’est plus d’un tiers de la population algérienne qui se soulève contre la France.

Dernière grande révolte indépendantiste avant celle de 1945 et de 1954, le soulèvement de 1871, où révolte des Mokrani, procède d’une somme de mécontentements perceptibles dès avant la guerre franco-prussienne […] l’insurrection gagne la Petite et la Grande Kabylie, l’essentiel du Constantinois et quelques tribus de l’Oranie, soit le tiers de la population algérienne. La répression fut à la hauteur de l’événement, visant par son outrance à dompter définitivement des tribus, tout en procurant de nouveaux moyens à la colonisation. Aux amendes de guerre estimées à 36 millions de francs-or, s’ajoutèrent la confiscation et la mise sous séquestre d’un patrimoine foncier de l’ordre de 450 000 hectares [de bonnes terres, celles de la plaine, près de la mer, ne laissant ainsi aux Kabyles que la montagne].

Bernard Droz

Dès 1864 le général Mac Mahon jugeait que les procédés des Européens à l’égard des Arabes sont durs et injustes… leur presse se livre à des attaques incessantes contre eux : elle ameute les rancunes et les haines

7 ans plus tard le général Lapasset contresignait : l’abîme ainsi crée sera comblé un jour par des cadavres.

Le général Allard, lui, fait son métier de commissaire du gouvernement au Sénat :

Le gouvernement ne perdra pas de vue que la tendance de la politique doit en général être l’amoindrissement de l’influence des chefs et la désagrégation de la tribu.

Alexis de Tocqueville constate la même chose, non pour le recommander mais bien pour le déplorer :

La société musulmane en Afrique n’était pas incivilisée (…) Il existait en son sein un grand nombre de fondations pieuses, ayant pour objet de pourvoir aux besoins de la charité ou de l’instruction publique. Partout, nous avons mis la main sur ses revenus en les détournant en partie de leurs anciens usages ; nous avons détruit les établissements charitables, laissé tomber les écoles, dispersé les séminaires. Autour de nous, les Lumières se sont éteintes, le recrutement des hommes de religion et des hommes de loi a cessé ; c’est à dire que nous avons rendu la société beaucoup plus misérable, plus désordonnée, plus ignorante et plus barbare qu’elle n’était avant de nous connaître.

04 1871                        Louise Michel, née dans un château délabré de la Marne, voue une admiration sans bornes à Hugo ; libertaire – je n’ai pas voulu être le potage de l’homme – elle se trouve aux avant postes de la Commune. S’éloignant des engagements de Clamart ou d’Issy les Moulineaux, elle entre dans l’église réformée de Neuilly et commence à y composer La danse des bombes, qui restera inachevée :

Amis, il pleut de la mitraille
En avant tous ! Volons ! Volons !
Le tonnerre de la bataille
Gronde sur nous… Amis, chantons !
Versailles, Montmartre salue.
Garde à vous ! Voici les lions !
La mer des révolutions
Vous emportera dans sa crue.

En avant, en avant sous les rouges drapeaux !
Vie ou tombeaux.
Les horizons aujourd’hui sont tous beaux !

Frères, nous léguerons nos mères
A ceux qui nous survivront.
Sur nous point de larmes amères !
Tout en mourant nous chanterons.
Ainsi, dans la lutte géante
Montmartre, j’aime tes enfants,
La flamme est dans leurs yeux ardents
Ils sont à l’aise dans la tourmente.

C’est un brillant lever d’étoiles
Où tout aujourd’hui dit : Espoir !
Le dix-huit mars nous gonfle les voiles
Ô fleur, dis lui bien Au revoir

*****

Madame et Pauline Roland,
Charlotte, Théroigne, Lucile,
Presque Jeanne d’Arc, étoilant
Le front de la foule imbécile,
Nom des cieux, cœur divin qu’exile
Cette espèce de moins que rien
France bourgeoise au dos facile,
Louise Michel est très bien.

Elle aime le Pauvre âpre et franc
Ou timide, elle est la faucille
Dans le blé mûr pour le pain blanc
Du Pauvre, et la sainte Cécile,
Et la Muse rauque et gracile
Du Pauvre et son ange gardien
A ce simple, à cet indocile.
Louise Michel est très bien

Gouvernements de malatent,
Mégathérium ou bacille,
Soldat brut, robin insolent,
Ou quelque compromis fragile,
Tout cela, son courroux chrétien
L’écrase d’un mépris agile,
Louise Miche est très bien.

Citoyenne ! votre évangile
On meurt pour ! c’est l’Honneur ! et bien
Loin des Taxil et des Bazile,
Louise Michel est très bien

Paul Verlaine Ballade en l’honneur de Louise Michel

Et ceux qui, comme moi, te savent incapable
De tout ce qui n’est pas héroïsme et vertu…
Ceux qui savent tes vers mystérieux et doux,
Tes jours, tes nuits, tes soins, tes pleurs donnés à tous,
Ton oubli de toi-même à secourir les autres…
Ta bonté, ta fierté de femme populaire,
L’âpre attendrissement qui dort sous ta colère…
Qui savent que si on te disait : D’où viens-tu ?
Tu répondrais : Je viens de la nuit où l’on souffre…

Victor Hugo              Viro Major      Décembre 1871

10 05 1871                   Traité de Francfort : la France cède à l’Allemagne une grande partie de la Lorraine et l’Alsace, à l’exception de Belfort. L’est du pays sera occupé jusqu’au 2 03 1875, date du dernier règlement des 5 milliards que la France doit verser à l’Allemagne, l’équivalent de 3 ans de recettes fiscales, 100 milliards de francs 1992 : Bismarck aurait bien voulu étouffer la France. Mais Adolphe Thiers ne veut en aucun cas gouverner en traînant ce boulet : à un an d’intervalle, il lance les deux emprunts les plus élevés du siècle : pour le premier, du 27 juin 1871, le gouvernement souhaite lever 2,3 milliards de francs: en moins de 6 heures, plus du double est réuni : 335 000 personnes souscriront pour 4,9 milliards de francs. Pour le deuxième, les 28 et 29 juillet 1872, ce sont 49 milliards qui seront souscrits, dont 28 depuis l’étranger. Il faut préciser que les banques étaient de la partie, se portant garantes de la réussite moyennant commission ; au premier rang, on trouvait la Banque Rothschild, qui sera encore présente pour le deuxième emprunt, malgré les oppositions des autres banques, ce qui lui permettra d’encaisser une commission de plus de 7 millions, contre seulement 875 000 pour le Crédit Lyonnais. Cela permettra de solder le règlement de ces réparations avec une belle avance sur l’échéancier : le dernier règlement sera effectué le 18 09 1873 ; les troupes allemandes quitteront alors le territoire français.

Les Alsaciens et les Lorrains ont jusqu’au 10 Octobre pour décider de se fixer en France : ils seront 158 000 à le faire, soit 10 % de la population des territoires annexés : c’est l’origine de l’expansion et de l’industrialisation de Belfort et Nancy. Un bon nombre partit aussi en Algérie.

La monarchie des Hohenzollern rendait à la France ce que les Capétiens avaient fait autrefois à l’Allemagne : elle voyait chez nous avec faveur des institutions qui étaient le contraire des siennes. Et, quant à l’attitude à prendre vis-à-vis des affaires de France, Bismarck donnait à son maître le même conseil que Pierre Dubois avait donné à Philippe le Bel et Marillac à Henri II : tenir sous main les affaires d’Allemagne en la plus grande difficulté qu’on pourra.

Jacques Bainville.      Histoire de deux peuples continuée jusqu’à Hitler. 1933

Quand un peuple tombe esclave, tant qu’il tient bien sa langue, c’est comme s’il tenait les clés de sa prison.

Alphonse Daudet, parlant du français en Alsace en 1872

17 05 1871             Explosion de la cartoucherie du Champ de Mars, encore dite cartoucherie de Grenelle, à l’angle de l’avenue Rapp et de l’avenue Labourdonnais. Le feu a pris dans l’atelier des poudres, où travaillent huit cents ouvrières et s’est propagé au bâtiment voisin : le dépôt des projectiles chargés ; c’est lui qui aurait explosé, faisant tomber une pluie de balles sur Paris.

16 05 1871             La colonne Vendôme est renversée.

Considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de Barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente du vainqueur aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République Française : la Fraternité, la Commune de Paris décrète : la colonne de la place Vendôme sera démolie.

Décret de la Commune de Paris du 12 avril 1871.

La statue du premier des Bonaparte en empereur romain est à la voirie. C’est fort bien : mais ça ne suffit pas. La carcasse emmaillotée de ce maître coquin est encore aux Invalides. Il faut qu’elle soit brûlée coram populo et que ses cendres soient jetées au vent. Plus de ces ignobles reliques.

Jules Vallès. Le cri du peuple.

Cela, la Commune n’eut pas le temps de le faire.

21 au 28 05 1871            Semaine rouge, Semaine sanglante, qui fit près de 25 000 morts, dont 150 chez les Versaillais : l’armée est entrée dans Paris, prenant les barricades à l’envers : Paris est mis à feu et à sang : pétroleurs et pétroleuses arrosent les monuments : le 24, les Tuileries flambent et s’écroulent aux trois-quarts, le feu se propage à la bibliothèque du Louvre, riche de plus de 100 000 volumes, dont les plans manuscrits du monument ; mais le conservateur du Louvre Barbet de Jouy bataille comme un beau diable pour que le musée reste hors d’atteinte des émeutiers : il coordonne l’action des gardiens, veille à la sécurité. Doué d’un sens aigu du service public et de ses responsabilités, il est l’interlocuteur intraitable des artistes communards qui veulent diriger le musée, Courbet ou Dalou ; (mais, par la suite il témoignera en faveur des artistes et aidera Dalou à obtenir un passeport pour l’Angleterre). L’armée,  sous la direction de Bernard de Sigoyer, éteint l’incendie qui menaçait la Grande Galerie, et Barbet de Jouy assure la protection des collections avec l’aide d’Antoine Héron de Villefosse et de la cohorte des gardiens. L’Hôtel de Ville et la Cour des Comptes brûlent aussi, et avec eux l’état civil des Parisiens depuis le XVI° siècle ; les 80 000 volumes de la bibliothèque installée dans les combles de l’Hôtel de Ville partent en fumée ; le lendemain des incendies sont allumés au Palais Royal, au ministères des Finances. Le Palais de Justice est disloqué…un véritable holocauste patrimonial, dira Alexandre Gady. Louise Michel veut mettre le tout en musique en délaissant les barricades pour les orgues abîmées d’une église, le tout au son du canon : on dirait un orage d’été, jubile-t-elle. Mgr Darboy, archevêque de Paris, est exécuté ; quelques heures plus tard, c’est au tour de 15 dominicains d’Arcueil. Le 26, 52 civils, gendarmes et prêtres sont fusillés à Belleville.

Ainsi qu’une forêt immense, la Ville brûlait et flambait. Le tocsin ne s’arrêtait pas… L’air était tissu de flammes. Avivés encore par la rafale, les incendies se dressaient de toutes parts ainsi que des torses géants. Des démons de feu semblaient cerner la Ville, léchant le ciel de leurs langues monstrueuses.

Elémir Bourges Les oiseaux s’envolent et les fleurs tombent

28 05 1871                 Fin de la Commune : 147 émeutiers, retranchés au cimetière du Père La Chaise, sont fusillés au mur des Fédérés. [le père La chaise, confesseur jésuite de Louis XIV avait obtenu de lui ce domaine où il se lamentait auprès du Seigneur : S’il est bien vrai que vous portez les péchés du monde, Seigneur, moi, je porte ceux du roi, et, croyez moi, cela n’est pas rien …]

Ces parisiens montant à l’assaut du ciel…

Le véritable secret de la Commune, le voici : c’était essentiellement un gouvernement de la classe ouvrière, le résultat de la lutte des classes des producteurs contre la classe des appropriateurs, la forme politique enfin trouvée qui permettait de réaliser l’émancipation économique du Travail.

[…] Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera célébré à jamais comme le glorieux fourrier d’une société nouvelle. Ses martyrs seront enclos dans le grand cœur de la classe ouvrière.

Karl Marx La guerre civile en France

La justice sera à l’image de la répression : 10 042 condamnés, dont 4 500 déportés en Nouvelle-Calédonie, 3 761 condamnés par contumace, 93 condamnés à mort. 19 000 accusés seront acquittés. Certains feront antichambre à l’Orangerie du château de Versailles le temps d’un été, après quoi le nécessaire retour des orangers chassera les condamnés.

Mais cette période laissera arriver jusqu’à nous Le temps des cerises, qui est tout de même autre chose que la Marseillaise ; il faudra attendre qu’à son retour d’exil, Clément la dédie à Louise, ambulancière de la Commune, pour qu’elle accède à la notoriété, car rien ne prouve qu’elle ait été chantée au moment de la Commune ; les paroles sont de Jean Baptiste Clément [1] en 1866 et la musique, d’Antoine Renard en 1868 :

Quand nous chanterons le temps des cerises
Et gai rossignol, et merle moqueur
Seront tous en fête.
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur.
Quand nous chanterons le temps des cerise,
Sifflera bien mieux le merle moqueur.

Mais s’il est bien court, le temps des cerises,
Où l’on s’en va deux, cueillir en rêvant
Des pendants d’oreille…
Cerises d’amour aux robes pareilles,
Tombant sous la feuille en gouttes de sang.
Mais il est bien court, le temps des cerises,
Pendants de corail qu’on cueille en rêvant.

Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d’amour,
Évitez les belles !
Moi, qui ne crains pas les peines cruelles,
Je ne vivrai point sans souffrir un jour.
Quand vous en serez au temps des cerises,
Vous aurez aussi des peines d’amour !

J’aimerai toujours le temps des cerises ;
C’est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte.
Et Dame Fortune en m’étant offerte
Ne saura jamais calmer ma douleur.
J’aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur

Les contemporains ne seront pas tendres : à part Hugo qui veut rester homme avant tout, la condamnation violente est quasi unanime, dépassant largement les rangs du seul camp conservateur.

On aurait dû condamner aux galères toute la Commune et forcer ces sanglants imbéciles à déblayer les ruines de Paris, la chaîne au cou, en simples forçats.

Gustave Flaubert

Car, lorsque le cher homme disait : il n’y a qu’une chose que je comprenne dans la politique, c’est l’émeute, il entendait bien sûr que toutes les émeutes ne sont pas à mettre sur le même pied : il en va des émeutes comme du reste : il y a les bonnes et il y a les mauvaises.

Je me refuse à plaindre l’écrasement d’une pareille démagogie.

Georges Sand

Les Versaillais, c’était la partie saine de la France, la raisonnable, la pondérée, la paysanne, qui supprimait la partie folle. Le bain de sang que le peuple de Paris vient de prendre était peut-être une horrible nécessité pour calmer certaines de ses fièvres. Vous le verrez maintenant grandir en sagesse et splendeur.

                                                                                                                      Émile Zola

Aucun événement de notre histoire moderne, et peut-être de notre histoire tout court, n’a été l’objet d’un pareil surinvestissement d’intérêt, par rapport à sa brièveté. Il dure quelques mois, de mars à mai 1871, et ne pèse pas lourd sur les événements qui vont suivre, puisqu’il se solde par la défaite et la répression.

[…]     Le souvenir de la Commune a eu la chance de se trouver transfiguré par un grand événement postérieur : la Révolution russe de 1917 l’a intégré à sa généalogie, par l’intermédiaire du livre que Marx avait consacré à l’événement dès 1871.

[…]     Pourtant, la Commune doit beaucoup plus aux circonstances de l’hiver 1871 et au terreau politique français qu’au socialisme marxiste, auquel elle ne tient par rien. 

François Furet

La Commune, dépourvue d’idées neuves, de valeurs fondatrices et de dirigeants d’envergure, ne fut jamais en mesure de précipiter l’enfantement d’un monde nouveau

François Broche, Sylvain Pivot

La Commune ? Ce fut la ligue de tous les déclassés, de tous les incapables, de tous les envieux, de tous les assassins, de tous les voleurs, mauvais poètes, mauvais peintres, journalistes manqués, tenanciers de bas étage. 

Charles Marie Leconte de Lisle, José Maria de Heredia

La seule chose, j’en reviens toujours là, c’est un gouvernement de mandarins. Le peuple est un éternel mineur. Je hais la démocratie.

[…]     Le premier remède serait d’en finir avec le suffrage universel, la honte de l’esprit humain. Dans une entreprise industrielle (société anonyme), chaque actionnaire vote en raison de son apport. Il en devrait être ainsi dans le gouvernement d’une nation.

[…]      L’instruction obligatoire et gratuite n’y fera rien qu’augmenter le nombre des imbéciles. Le plus pressé est d’instruire les riches qui, en somme, sont les plus forts.

Gustave Flaubert. Lettres à George Sand

Cette Commune est une crise de vomissements, les saturnales de la folie.

George Sand Lettres à Gustave Flaubert.

Les communards ? Des têtes de pions, collets crasseux, cheveux luisants, les toqués, les éleveurs d’escargots, les sauveurs du peuple, les déclassés, les tristes, les traînards, les incapables ; Pourquoi les ouvriers se sont-ils mêlés de politique ?  

Alphonse Daudet

J’abhorre la guerre que le prolétariat parisien vient de susciter. Il s’est rendu cruellement coupable à l’égard de la patrie, ivre qu’il était de doctrines farouches : le devoir étroit des gouvernements est de réprimer fermement le socialisme dans ses écarts anarchiques.

Émile Littré

On demande formellement que tous les membres de la Commune, que tous les journalistes qui ont lâchement pactisé avec l’émeute triomphante, que tous les Polonais interlopes et les Valaques de fantaisie soient passés par les armes devant le peuple rassemblé. 

Le Figaro

On les abat à la mitrailleuse. Quand j’ai entendu le coup de grâce, ça m’a soulagé. 

Edmont de Goncourt

Qu’un vaincu de Paris, qu’un homme de la réunion dite Commune, que Paris a fort peu élue et que, pour ma part, je n’ai jamais approuvée, qu’un de ces hommes, fût-il mon ennemi personnel, surtout s’il est mon ennemi personnel, frappe à ma porte, j’ouvre. Il est dans ma maison. Il est inviolable.

Victor Hugo dans L’Indépendance belge

Ernest Delahaye est un ami d’enfance d’Arthur Rimbaud. Il rapporte une conversation où il tient des propos très marqués par l’utopie, mais à 17 ans n’est-ce pas ? c’est bien permis ; mais au milieu de ces phrases parfois bien prétentieuses, d’un idéalisme naïf – pénétré d’horreur pour la force et la conquête – vertueux sentiment sur lequel il s’assiéra sans état d’âme quinze ans plus tard quand il se fera marchand d’armes en Abyssinie – se glissent des fulgurances comme cette vision du nazisme qui un jour, viendra corseter l’Allemagne pour l’emmener dans la folie meurtrière.

Il envisage d’une façon toute particulière le patriotisme. Rejetant l’idée de nationalité qu’il veut remplacer par celle de république européenne, pénétré d’horreur pour la force et la conquête qu’enguirlandent l’hypocrisie et la sottise pour l’unique profit, au fond, de sales canailles convoitises individuelles, il méprise, il déteste les Prussiens, non parce qu’ils sont vainqueurs mais parce que leur victoire en fera un peuple bête.

Je dois placer ici une conversation datant de 1871. Les deux villes, toutes voisines de Charleville et de Mézières étaient souvent traversées par des troupes qui retournaient en Allemagne. Fantassins noirs, bleus, verts, cuirassiers moyenâgeux, artilleurs à ceinturon blanc, casque à pointe, casque à boule, caque à chenille, fourgons, caissons peints en gros, canons à culasse dument emmaillotée défilaient chaque jour. Parfois, il y avait des revues générales où paradait une division. C’était un spectacle évité par les gens dignes. Mais les gamins allaient voir.

Rimbaud, sarcastique, remarquait l’extrême discipline, la parfaite obéissance, l’extraordinaire précision de mouvement, l’habillement confortable des troupes, leur bonne mine ; il rappelait tous les racontars dont s’était bercée l’illusion française, au commencement de la campagne, sur ces soldats que l’on représentait, si complaisamment comme affamés, en loques, prêtes à la révolte, puis il détaillait nos fautes, mettait en regard de notre imprévoyance la complète organisation, la science méthodique de l’ennemi.

Ah ! fis-je mélancoliquement, ces gens-là nous sont bien supérieurs ! Il se retourna vivement : ils nous sont bien inférieurs. Et comme j’éternuais de stupéfaction à cette conséquence inattendue de ses précédentes paroles :

Oui, continua Rimbaud, le peuple allemand paiera cher sa victoire. Les imbéciles ! Derrière leurs aigres trompettes et leurs plats tambours, ils s’en retournent dans leur pays manger leurs saucisses, et ils croient que c’est fini. Mais attends un peu ! Les voilà maintenant militarisés à outrance, et pour longtemps, et sous des maîtres bouffis d’orgueil, qui ne les lâcheront pas ! Ils vont avaler toutes les saletés de la gloire. Obligés de se maintenir en face de l’Europe envieuse et inquiète, qui leur préparera des coups de Jarnac, ils en ont pour cinquante ans à être cravachés… Je vois d’ici l’administration de fer et de folie qui va encaserner la société allemande, la pensée allemande… Et tout cela, pour être écrasés à la fin par une coalition !… Si encore ils s’en tenaient à la ridicule satisfaction d’avoir été les plus forts ! Mais non, ils nous prennent deux provinces : ils veulent étendre la teinte plate qui marque leur pays sur une carte… afin d’être bien sûrs qu’on reviendra un jour leur tomber dessus ! Bismarck est plus idiot que Napoléon I° !…

Napoléon n’a rien compris à la mission que lui assignaient les circonstances. Arrivé par la révolution, il l’a fait avorter stupidement. Au lieu d’organiser le communisme, – chose facile, puisque la propriété n’existait plus guère de fait, et plus du tout moralement et légalement – il a rebâti une société plus inique que l’ancienne. Un rôle colossal s’offrait à lui ; il n’a pas voulu, il n’a pas vu, il n’a pensé qu’à rester, à se traîner si longtemps qu’il pouvait, – par des moyens surannés, enfantins : la conquête, la gloire, – à la tête de quelques centaines d’individus qui l’ont jeté dehors, comme un chien galeux, quand il n’a été plus bon à rien. En France, il a tout gâché : sens artistique, sens littéraire, l’administration, l’instruction publique, même le catholicisme. La centralisation, qui peut être une bonne chose, il l’a rendue stérilisante, néfaste. En Europe, avec toutes ses tueries, il n’a rien empêché, rien fixé, rien fait ; mais il a donné aux ennemis de son pays une force qu’ils n’avaient jamais eue, sans compter la saignée de trois millions d’hommes dont il a appauvri la race française.

N’importe ! Les Allemands nous sont inférieurs ; car plus un peuple est vaniteux, plus il approche de la décadence. L’histoire le prouve. Du moment qu’une nation veut conquérir, sortir de chez elle pour en dominer d’autres, elle marche au suicide. Les Allemands nous sont inférieurs à cause de leur victoire qui les abrutit.

Notre chauvinisme a reçu un coup dont il ne se relèvera pas. Tant mieux ! La défaite nous libère de préjugés stupides, la défaite nous transforme et nous sauve.

Ernest Delahaye Rimbaud                     Revue littéraire de Paris et de Champagne. Paris Reims 1905/1906.

31 08 1871               Le Conseil de guerre condamne Gustave Courbet à payer 323 000 francs, montant des frais de redressement de la colonne Vendôme – remontée sur son piédestal en 1873 – et à six mois de prison à Sainte Pélagie pour son engagement dans la Commune. À la sortie l’attendait la haine de tous les peintres sans talent…. il s’exilera à La Tour de Peilz, sur la rive suisse du lac Léman : sa condamnation avait fait monter le cours de ses tableaux, et il fut moins malheureux que ne le dirent ses amis :

Si la Commune m’a apporté des désagréments, elle a augmenté la vente de mes tableaux de moitié. En ce cas-là, on peut laisser gueuler les gens .

                                                                                   Gustave Courbet, le 26 juillet 1872

Malgré [ou bien grâce à ?] 12 litres de vin par jour, il peindra encore 80 toiles en 4 ans, dont quelques sujets commerciaux : 21 versions du Château de Chillon, à moins de 10 km de chez lui, il est vrai. Il mourra le 31 décembre 1877, à la veille de la première échéance du remboursement.

Un autre condamné à mort par contumace pour avoir participé à l’incendie des Tuileries, Claude-Marie Perret, tailleur de pierre qui s’enfuira en Belgique avec son épouse Pauline Lucie Lorimey : et c’est ainsi que leurs trois enfants, futurs architectes illustres naîtront en Belgique, Auguste à Ixelles et Gustave et Claude à Laeken où leur père a créé une entreprise de bâtiment, suffisamment prospère pour leur permettre de regagner Paris, à la faveur d’une loi d’amnistie en 1880.

Un an plus tard, Ludovic Halévy dira dans ses Carnets son sentiment, avec plus de sécheresse que Clément : Je commence à m’embrouiller moi, dans ces insurrections qui sont un devoir et dans ces insurrections qui sont un crime : je ne vois pas bien la différence.

*****

Je vous accorderais que la France est dans un état désespéré si on pouvait la considérer comme soumise aux règles ordinaires, mais elle a toujours été un pays si étrange, si plein d’anomalies que la morale commune fondée sur l’histoire lui est absolument inapplicable.

Lord Westbury. 1872

Le même jour, le journal Le Faucigny publie un manifeste sécessionniste, qui met à profit la défaite de la France pour demander l’organisation d’un nouveau référendum, respectueux des procédures qui s’y attachent : aujourd’hui le Conseil d’État annule des élections pour des irrégularités qui sont des broutilles en regard de celles alors commises par Napoléon III.

Monsieur Thiers, lui, y répondra par l’envoi de 10 000 hommes en Savoie, dont 1 000 à Bonneville.

09 1871                        L’allemand Heinrich Schliemann, persuadé, contrairement à la majorité des archéologues, que la ville de Troie, chantée par Homère dans l’Odyssée, est située à l’emplacement du village d’Hissarlik, à 6 km du détroit des Dardanelles, se met à creuser, ne s’encombrant pas des couches successives qu’il croit être postérieures à Troie : il alla en fait trop bas, mettant à jour des ruines d’une ville datant d’un millier d’années avant la Troie de Priam… qu’il avait dépassé, 3 niveaux plus haut. Il parvint à évacuer le trésor découvert – 9 000 objets en tout – hors de Turquie, illégalement bien entendu, mais ce fut pour le donner à la Grèce qui mit tout cela au musée d’Athènes. Il fit à nouveau une fabuleuse découverte à Mycènes en 1878, où il crut découvrir le tombeau d’Agamemnon, faisant là encore erreur, car sa trouvaille était antérieure de plusieurs siècles. Il reste néanmoins l’un des pionniers de l’archéologie et de la stratigraphie.

J’ai le grand plaisir de vous annoncer que je viens de découvrir les tombeaux qui, dans la tradition, sont connus pour être ceux d’Agamemnon, Cassandre, Eurymédon et leurs camarades. A l’intérieur j’ai trouvé un trésor colossal qui se compose d’objets archaïques en or massif.

Heinrich Schliemann au roi Georges I° de Grèce, en 1876

10 1871                       Une vache pas sage renverse une lampe à pétrole dans une écurie de Chicago et c’est les trois-quarts de la ville qui brûlent. Peut-être la ville, détentrice d’un bon savoir sur les animaux, avait entendu parler de l’origine thérapeutique des eaux d’Avène en France, puisque l’histoire dit que c’est un cheval qui en a été le premier bénéficiaire en 1736… toujours est-il que les très nombreux brûlés furent soignés, avec une grande efficacité, avec de l’eau d’Avène. La ville sera reconstruite en pierre à laquelle on s’attachera à donner un style néo gothique d’un conservatisme qui exclue toute créativité ; mais les matériaux vont évoluer : la fonte va faire place à l’acier, moins cassant et les premiers gratte-ciel verront le jour 15 ans plus tard : le conformisme esthétique devra faire de plus en plus de place à la logique résumée dans la formule de Louis Sullivan : Form follows function – la forme suit la fonction -. Quarante ans plus tôt, la ville n’était encore qu’un gros hameau d’Indiens et de marchands de fourrure. Sa position sur les rives du lac Michigan, au cœur d’un réseau ferroviaire et routier – voie ferrée vers l’ouest dès 1848 – vont en faire rapidement le point de convergence des grains, des bestiaux et des produits de la forêt. Les abattoirs de l’Union Stockyards ont ouvert en 1865. En 1870 la ville compte 300 000 habitants.

L’intersection de Dearborn Street et Monroe Street après l’incendie.

10 11 1871                Stanley, retrouve à Uji, sur les rives du lac Tanganyika David Livingstone, debout, isolé, s’abritant les yeux de la main, en veston de flanelle rouge, pantalon gris et casquette à bande d’or, vieux gentleman maigre au visage chagrin, malade donné pour mort en Angleterre.

Nous avançons rapidement. Nous faisons halte près d’un petit torrent dont nous escaladons la haute berge nue, le tout dernier d’une myriade que nous avons traversés. Nous arrivons au sommet, et voilà Ujiji dessous nous, enchâssé dans les palmiers, à moins de deux cents mètres de nous. À cet instant capital, nous ne pensons plus aux centaines de milles que nous avons parcourus, aux centaines de collines que nous avons escaladées et redescendues, aux nombreuses forêts que nous avons traversées, aux jungles et aux broussailles qui nous ont exaspérés, aux plaines salées qui ont martyrisé nos pieds, aux soleils brûlants qui nous ont brûlés, ni aux dangers et aux difficultés désormais surmontés avec succès. C’est notre cœur et nos émotions qui soutiennent nos yeux braqués sur les palmiers en essayant de deviner dans quelle hutte ou maison loge l’homme blanc avec la grande moustache grise dont nous avons entendu parler au Malagarazi. Nous sommes maintenant à environ cent mètres du village d’Uji et une foule dense commence à m’entourer. Soudain, j’entends une voix sur ma droite dire
–                Bonjour, Sir ! C’est Susi, le domestique de Livingstone.
–                Quoi ! Est-ce que le Dr Livingstone est par là ?
–                Oui, Sir.
–                Dans ce village ?
–                Oui, Sir.
–                En êtes-vous sûr ?
–                Certain, certain. Je viens juste de le quitter.
Comme j’avançais doucement dans sa direction je constatai qu’il était pâle, qu’il semblait exténué… J’aurais voulu courir à lui, seulement la présence d’une foule aussi importante m’a effrayé ; j’aurais voulu l’embrasser, mais c’était un Anglais et je ne savais pas comment il aurait accepté cela. Aussi je fis ce que la couardise et une fierté mal placée me suggéraient comme étant la meilleure chose à faire, je marchai délibérément vers lui, soulevai mon chapeau, et dis :
–                Dr Livingstone, je suppose ?
–                Oui, c’est mon nom, répondit-il avec un doux sourire, tout en soulevant doucement son chapeau.
Il n’avait pas vu d’Européen depuis six ans.
L’échange fameux, trop fameux, appartient très probablement à la cohorte sans fin des mots historiques – Du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent- etc etc .. qui n’ont jamais été prononcées par leur présumé auteur mais inventés par les commentateurs avides du poids des mots autant que du choc des photos, fabricants de fiction, sans scrupules aucuns quant au respect de la réalité. En l’occurrence, pour ce qui concerne Stanley, il est pour le moins étrange que l’on trouve cela seulement dans le récit qu’il en a fait dans le  New York Herald et non dans son propre carnet de voyage, dont les pages correspondantes ont été arrachées ; et le journal de Livingstone ne rapporte rien de tel. Il lui fallait probablement trouver des mots à même de répondre à l’attente des lecteurs, mis en condition depuis des mois par Gordon Bennett, le patron du New York Herald

En 1863, le gouvernement anglais avait révoqué la mission dont il avait chargé Livingstone. De retour en Afrique trois ans plus tard, il était revenu au lac Nyassa depuis la côte est, était arrivé le 1° avril 1867 à l’extrémité sud du lac Tanganyika, accompagné de quelques fidèles indigènes. Le 8 novembre 1867, il découvre le lac Moero, en juillet 1868, le lac Bangoueolo. Du lac Tanganyika, il repart vers l’ouest où il découvre la source de la Loualaba, – nom du cours supérieur du Congo – un peu à l’ouest de Lumumbashi, qu’il prend pour celles du Nil. Le 15 octobre, il avait assisté au massacre de 400 esclaves africains par des Arabes esclavagistes. Il n’a plus la force de vérifier ce qu’il croit avoir découvert et revient à Uji, sur les bords du lac Tanganyika. Il y est le 23 octobre, quatre jours avant Stanley. Avec Stanley, il découvrira que le lac Tanganyika n’alimente pas le lac Victoria, et ne peut donc être la source du Nil… qui ne se trouve pas très loin. Ils se quittent le 14 mars 1872… pour ne plus se revoir.

Un mysticisme voisin du martyre rejoignait chez lui la soif de la découverte.

Stanley

En fait, à 59 ans, Livingstone n’est plus en mesure de poursuivre ses explorations épuisantes. Il poursuit néanmoins ses recherches de la source du Nil. Le 31 mai 1872 il écrit : En ce qui concerne cette source du Nil, je suis en perpétuel doute et perplexité. La grande Loualaba peut s’avérer comme étant le Congo. Vers le Nil, elle serait plus courte. Sa grande courbe vers l’ouest est en faveur du Congo. J’en sais déjà trop pour me montrer trop affirmatif.

Il mourra épuisé le 30 avril 1873 sur les bords du lac Banguelo. Stanley était alors rentré en Europe. Ses serviteurs, se comportant à l’opposé de la tradition africaine, embaumeront son corps pour l’emmener sur Zanzibar, d’où il sera ramené sur l’Angleterre natale.

Son caractère et sa carrière ont été de ceux qui seront toujours un exemple pour notre race. Né sans avantages sociaux, sans perspectives encourageantes, sans appuis influents, cet invincible Écossais a taillé son chemin à travers le monde et profondément gravé son nom dans l’histoire de l’Humanité, pour finalement être mis au tombeau dans l’abbaye de Westminster parmi l’admiration pleine de regrets de tout un peuple, laissant un nom qui brillera à jamais pour nos compatriotes. Comment donc y est-il arrivé ?

Par l’audace dans la conception, la fertilité dans l’imagination, le courage dans l’exécution, par une noble endurance dans la souffrance et le désappointement, par le sacrifice de lui-même jusqu’à la mort : c’est ainsi qu’il a pu, de l’insuccès même, faire sortir le triomphe, et dans la pire obscurité ne cesser de voir devant lui la lumière. L’œuvre de Livingstone se dresse toujours avec une grandeur monumentale parmi les réalisations de l’énergie humaine.

Lord Curzon, en 1913 à l’occasion du centenaire de sa naissance

23 12 1871                  Albert de Mun, René de la Tour du Pin et Maurice Maignen fondent à Paris les premiers cercles ouvriers.

28 12 1871                  Antonio Meucci protège son invention du téléphone, par un avertissement de brevet, formule renouvelable plus économique qu’un brevet. Deux semaines auparavant, il a fondé la Telettrofono Company avec trois associés – le telettrophone, c’est le nom de son invention, réalisé dès 1850 pour pouvoir communiquer depuis son bureau avec sa femme immobilisée dans sa chambre par des crises d’arthrite. N’ayant pas les moyens financiers de prolonger son avertissement de brevet, il va le laisser expirer en 1876. Ayant fait des études de mécanique dans son Italie natale, il vit à Cuba depuis 1835 où il est technicien de théâtre. Il faudra attendre cent trente et un ans pour que, le 11 juin 2002, la Chambre des représentants lui fasse justice : Expressing the sense of the House of Representatives to honor the life and achievements of 19th Century Italian-American inventor Antonio Meucci, and his work in the invention of the telephone.

Jusqu’en 1989, personne n’avait jamais remis en question la paternité de Bell sur l’invention du téléphone, quand, cette année-là, Basilio Catania, ancien directeur général de la CSELT -l’agence de recherche et de développement des télécoms italiennes-, découvre les travaux d’Antonio Meucci, alors qu’il est technicien du théâtre à Florence. Basilio Catania renifle alors une éventuelle spoliation de Meucci par Bell. L’appareil construit par Meucci, le Telettrophone, aurait bel et bien fonctionné. Réalisé dès 1850, il en aurait fait une démonstration à son ami Enrico Bendelari dix ans plus tard, et l’expérience aurait été relatée par un journal new-yorkais de langue italienne, L’Eco d’Italia.

Il va alors rencontrer B. Grant, vice-président de la Western Union Telegraph Company, en vue d’une démonstration. C’est à partir de là que la spoliation aurait commencé. Grant aurait offert à Meucci d’utiliser ses locaux et d’y entreposer son matériel, et lui aurait demandé d’examiner les plans de son invention. Ceci étant fait, Grant aurait systématiquement repoussé la démonstration, permettant à  Graham Bell, écossais naturalisé canadien, professeur de physiologie vocale, qui aurait travaillé dans ces locaux, de voler l’invention de Meucci. En mars 1876, Graham Bell déposa le brevet du téléphone, transfert du son par voie électromagnétique, puis expérimenta son appareil à l’exposition internationale de Philadelphie la même année. Puis vint le grand succès de Londres où il installa un téléphone à la Chambre des communes. Pour soutenir cette thèse, Catania s’appuie également sur les travaux d’une commission d’enquête dont l’attention aurait été attirée par les plaintes de Meucci pour ententes illicites : il aurait existé une connexion secrète entre des employés de l’office des brevets et la compagnie de Bell. Et celle-ci s’était engagée à rétrocéder à la Western Union 20 % des bénéfices de l’invention, le téléphone. La controverse, ignorée de la communauté scientifique, a connu un certain écho dans le grand public, et en particulier auprès de la communauté italienne de New York qui est parvenue à convaincre Rudolph Giuliani, le maire, de réhabiliter Meucci en faisant du 1° mai 2000, le Meucci Day, réhabilitation officialisée par la Chambre des Représentants. La querelle est de taille, car on ne peut ignorer par ailleurs l’existence d’un troisième inventeur, Elisha Gray, américain, qui sera en procès longtemps avec Bell, fondée sur un c’était moi le premier au bureau des brevets.

Eugène Mercier a acheté deux ans plus tôt le site du Mont Bernon à Épernay : pendant six ans, il va faire creuser 47 galeries représentant un total de 18 km, jusqu’à 30 mètres en dessous du sol, où il pourra entreposer 18 millions de bouteilles à une température constante de 10°C, et un taux d’humidité de 90%.

Apparition de la Vierge à Pontmain (Mayenne). Inauguration du tunnel du Mt Cenis. En Angleterre, fondation de la RFU : Rugby Football Association : la règle du port du ballon à la main est entérinée. La ballon restera cependant plus ou moins sphérique jusqu’en 1920 : ses dimensions ovales ne deviendront définitives qu’en 1931. Toujours en Angleterre, Thomas Lipton (1850-1931) monte une épicerie à Glasgow, avec des campagnes publicitaires qu’il a pu observer aux États-Unis. Le succès est au rendez-vous. Neuf ans plus tard, il ouvrira son vingtième commerce. Dans les années 1890, il en possèdera plus de trois cents. Mais surtout, au cours d’un voyage en Australie, une escale à Ceylan va transformer sa vie. Il rachète cinq plantations de thé en faillite. Il vendra le thé directement dans ses épiceries. Les intermédiaires sont supprimés. Le slogan est tout trouvé : Direct from the tea gardens to the teapot – Directement des plantations à la théière -. Le succès deviendra vite planétaire.

Les rapports de Genève et de la Savoie du nord continuent à alimenter les gazettes :

Chacun sait que la plus forte partie de l’émigration qui envahit Genève se recrute dans les populations de la Savoie du Nord ; d’autre part, ce pays a manifesté à plusieurs reprises sa sympathie pour la Suisse, et ses intérêts matériels sont solidairement  liés à ceux de Genève. Ces conditions une fois connues, voici l’influence qu’elles peuvent exercer sur notre canton : si ces populations sont réunies à la Suisse, elles y trouvent la base même de leur intérêt matériel, moral et politique, c’est à dire, leur nationalité véritable. Ce ne sont plus des étrangers, des inconnus sans lien commun avec nous, mais des vrais citoyens suisses rentrant dans leur patrie et leur capitale naturelles, intéressés à son bien-être qui est le leur et à son indépendance qui fixe pour toujours leur sort si souvent tourmenté.

Joseph Bard

31 12 1871                   L’Allemand  Carl Benz présente le premier moteur à explosion à 2 temps.

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[1] Lequel serait le principal responsable de la destruction de la colonne Vendôme, insistant pour qu’elle fût entièrement brisée et détruite.


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