15 mai 1938 au 8 mai 1940. Début du Bio, post chimie. Accords de Munich. « La Drôle de guerre ». 25991
Publié par (l.peltier) le 9 septembre 2008 En savoir plus

15 05 1938          Manasobu Fukuoka travaille pour le bureau des Douanes  de Yokohama à la Division de l’Inspection des Plantes. Il a une solide formation en agronomie. Une pneumonie aigüe l’emmène à l’hôpital ; il en sort et un petit matin, au lever du soleil, en se promenant au-dessus du port, il a une illumination. En Occident en pareille situation cela se traduit par une conversion à la religion [Claudel, Verlaine], au Japon, pas forcément, ce serait plutôt une intime conviction qui se forme : JE NE SAIS RIEN, et, en sortant de soi : Nous pouvons remettre en question tout l’acquit de l’homme, et penser que nous avons tout à apprendre.

Jusque-là on reste dans une variété de délires pas si rares que cela. Le problème avec ce monsieur, c’est qu’il va passer rapidement à l’acte en mettant en œuvre ses convictions sur une exploitation agricole, et il appellera cela l’agriculture sauvage, fondée sur quatre principes :

  1. Ne pas labourer ou retourner la terre
  2. Ne pas utiliser de fertilisant chimique ou de compost préparé.
  3. Ne pas désherber au cultivateur ni aux herbicides.
  4. Refuser toute dépendance aux produits chimiques.

La mise en œuvre d’un tel catéchisme signifie la faillite de toute l’industrie liée au monde agricole, aussi bien au Japon qu’en Occident. C’est comme les moteurs qui fonctionnent autrement qu’au pétrole… ils n’atteignent jamais le stade de la production de série. Donc l’expérience de M. Fukuoka  restera quasiment confidentielle. Il reste que son livre, La Révolution d’un seul brin de paille, chez Guy Tredaniel  2005, est passionnant. Il y affirme ce n’est pas la disparition par décision politique des industries mécaniques et chimiques liées à l’agriculture qui règlera le problème, pas plus que l’interdiction de tous les intrants agricoles, mais bien seulement le changement d’attitude du consommateur qui doit apprendre à se défaire de ses choix en fonction du seul aspect extérieur du produit, et du prix le plus bas possible. Il est impératif que le consommateur accepte de payer un peu plus cher un produit de qualité supérieure même si son aspect extérieur ne répond pas aux canons du commercialement correct. Et il faut consommer local pour développer les circuits courts. La solution est entre les mains du consommateur. Plus tard, en Occident Pierre Rabhi, les Bourguignon, les anthroposophes s’inspirant de Rudolf Steiner, auront des vues très proches de  celles de Masanobu Fukuoka[1]

19 05 1938                   Des mouvements de troupes allemandes sont signalées à la frontière tchèque. Le lendemain, la Tchécoslovaquie mobilise partiellement ses troupes. La France, suivie quasiment à regret par l’Angleterre, déclare qu’elle viendra en aide à la Tchécoslovaquie si celle-ci est agressée par l’Allemagne. L’Allemagne reculera 3 jours plus tard, le 23 mai.  Dans ces jours-là, M. Maïsky, ambassadeur de la Russie à Londres vient dire au Foreign Office que la Russie fera son devoir d’alliée à côté des autres alliés de la Tchécoslovaquie. J’ai mission de vous le dire.

27 05 1938                Convention de neutralité entre la Suède, l’Islande, la Finlande, le Danemark et la Norvège.

05 1938                      Renault lance la Juvaquatre : 7 l /100 km ; 100 km /h. Elle sera présente au salon de l’automobile de Berlin en février 1939, où Louis Renault aura la visite de Hitler et Goering. Invention du stylo à bille par le Hongrois Lazslo Biro : il déposera un brevet en 1943.

17 06 1938                 Décision est prise de mettre fin au bagne de Cayenne. Il faudra cependant attendre le mois d’août 1953 pour que les 132 bagnards restants embarquent sur un navire qui les ramènera en France.

06 1938                        Chef désigné du groupe d’armées de l’Est en cas de mobilisation générale, le général Prételat dirige en juin 1938 un exercice de cadres n’impliquant que des officiers d’état-major : imaginant une attaque allemande brusquée, en pleine période de mobilisation,  à travers les Ardennes, avec un fort soutien aérien : lors de l’exercice, les forces adverses traversent le massif forestier en soixante heures et attaquent dans la foulée, sans préparation d’artillerie le secteur fortifié de Montmédy, tronçon de la ligne Maginot confiée à la 2° armée, le long de la Meuse et de la Chiers. Les généraux Georges et Gamelin trouveront l’exercice excessif, quand il ne faisait qu’annoncer ce qui allait se passer.

5 07 1938                   Sur proposition britannique, le comité de non intervention, crée le 14 septembre 1937, décide de faire procéder au retrait proportionnel des volontaires étrangers des deux camps de la guerre d’Espagne.

6 au 16 07 1938          Plus de 50 000 juifs d’Allemagne, hommes, femmes et enfants se sont déjà réfugiés aux États-Unis, accueillis par la puissante communauté juive américaine. À l’initiative de Roosevelt, 32 pays se retrouvent à Évian pour envisager des solutions à l’émigration des Juifs d’Allemagne. N’ont pas été invités : l’Allemagne et le Portugal ; sont absentes ou seulement représentées par d’autres pays, l’Italie, l’URSS, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie et l’Afrique du Sud. Évian, parce que les États-Unis, n’étant pas membres de la SDN, ne pouvaient la faire siéger en Suisse : la SDN est à Genève. Ces dix jours de palabre ne déboucheront sur rien de concret, sinon la création du CIR : Comité Intergouvernemental pour les Réfugiés.

15 07 1938                  La paix ne se donne qu’à ceux qui ont le courage de la vouloir et de la défendre.

Romain Rolland

21 07 1938                  Les Américains Charles Houston, Petzhold, et le sherpa Pasang Dawa Kikuli atteignent l’altitude de 7 925 m sur les pentes du K2, 8 611m.

24 07 1938                  Deux Allemands : Anderl Heckmair, Ludwig Vörg, et deux Autrichiens, Fritz Kasparek, et Heinrich Harrer – champion du monde universitaire de ski alpin en 1937 – réussissent la première de la face nord de l’Eiger, 3 975 m, en Suisse. L’Eiger, cela veut dire l’Ogre : en nommant, on étiquette, inévitablement ; ainsi l’homme a affublé les montagnes de ses catégories affectives … il y a les bonnes et il y a les méchantes… Dans les Alpes, l’Eiger est la plus méchante : la seule dénomination de ses repères dans la face nord en dit long : fer à repasser, bivouac de la mort etc…

Harrer est inscrit au parti national socialiste, et même membre des SA. Au début de la guerre, il sera en Inde, de retour d’une expédition sans succès au Nanga Parbat, où s’est illustré le sherpa Ang Tsering. Fait prisonnier par les Anglais, il parvient à s’évader en 1944, parcourt le pays pendant deux ans et parvient au Tibet en 1946 où il deviendra précepteur du Dalaï Lama pendant 7 ans, puis grand explorateur à travers le monde. Il sera rattrapé par son passé nazi, beaucoup plus théorique que pratique, en 1997, à l’occasion de la sortie du film de Jean Jacques Annaud, inspiré de son livre à succès Sept ans au Tibet, sorti en 1953.

Catherine Destivelle fera cette face nord, en solo et en hivernale le 10 mars 1992 ; elle raconte ces premières tentatives :

Le premier assaut avait été lancé par deux alpinistes allemands, Max Sedlmayer et Karl Mehringer, en 1935. En cinq jours, ils réussirent à atteindre le milieu de la face. Le dernier jour, des observateurs armés de télescopes les virent se diriger vers un endroit appelé le Fer à repasser – de loin, il y ressemble effectivement – et disparaître dans des nuages qui se refermèrent sur eux. Ils ne les revirent plus jamais vivants. Des semaines plus tard, un pilote d’avion, en longeant la face, aperçut l’un des disparus, gelé, debout sur une étroite vire où ils avaient dû passer la nuit. Pas de trace du second qui ne fut découvert que vingt ans plus tard au même endroit, enseveli sous la glace. Par la suite, ce lieu fut appelé le Bivouac de la mort.

En juillet 1936, la deuxième tentative fut effectuée par quatre alpinistes : deux Bavarois, Kurz et Hinterstoisser, et deux Autrichiens, Rainer et Angerer. Dans le bas, ils n’empruntèrent pas la même ligne que les précédents : ils passèrent à droite dans un terrain plus facile, puis ils durent effectuer une traversée descendante à gauche dans des dalles lisses pour rejoindre la ligne de leurs prédécesseurs. Hinterstoisser, le plus habile rochassier, effectua, en tête de cordée, cette traversée qui, depuis, porte son nom. Après l’avoir franchie, il fixa la corde pour que ses compagnons puissent le rejoindre. Après ce passage délicat, ils récupérèrent leur corde et continuèrent leur ascension. À la nuit tombée, ils se blottirent sous un surplomb. Cependant, des spectateurs avaient remarqué qu’un des grimpeurs était resté longtemps immobile sur le deuxième névé. Il sembla ensuite être aidé par ses compagnons. Avait-il été touché par une chute de pierres ? Cette hypothèse fut vite écartée lorsque les observateurs virent les alpinistes continuer à monter le lendemain matin. Vers neuf heures, un épais brouillard s’abattit sur les deux tiers supérieurs de la face et ils ne purent les revoir de toute la journée. Le lendemain matin, ils les repérèrent à la limite supérieure du deuxième névé. Les alpinistes se trouvaient beaucoup plus bas que prévu et progressaient très lentement. Ils n’avaient pas encore rejoint le Bivouac de la mort, le point le plus haut atteint par les Allemands l’année précédente. Puis on les vit redescendre. Un des hommes était soutenu par les trois autres. Ils descendirent lentement le deuxième névé, puis posèrent un rappel pour passer une barre rocheuse et accéder ainsi au bivouac sous le surplomb. Ils passèrent là leur troisième nuit. Le temps se dégradait rapidement. Cependant, on put voir Hinterstoisser se diriger vers la traversée. Épuisé, sans corde fixe, il n’arriva pas à retraverser. La seule solution fut de descendre en rappel la paroi surplombante qui se trouvait en dessous d’eux. La suite fut racontée par un cheminot. En milieu de journée, en criant par la fenêtre du tunnel qui donne sur cette partie de la face, il réussit à établir le contact avec eux. Ils étaient à quelques longueurs au-dessus de lui et tout allait bien. Pensant qu’ils le rejoindraient rapidement, il dégagea une petite plateforme dans la neige pour les aider à trouver l’endroit, puis il se mit à l’abri des intempéries dans le tunnel et leur prépara du thé. Au bout d’un moment, ne les voyant pas arriver, il ressortit voir ce qui se passait, il entendit des cris désespérés et se précipita sur le téléphone du funiculaire pour donner l’alarme. Trois guides arrivèrent pour porter secours. Partant de la fenêtre de la galerie, ils traversèrent la face pour apercevoir, quatre-vingt-dix mètres plus loin, Toni Kurz qui pendait au bout d’une corde. Celui-ci les supplia de l’aider. Ses compagnons étaient tous morts. Hinterstoisser avait dévissé dans l’après-midi et avait atterri au pied de la face, et Angerer avait été étranglé par la corde probablement lors de la chute d’Hinterstoisser. Rainer, l’homme blessé, était mort gelé. Ces deux derniers étaient toujours attachés à la corde de Kurz. Des pierres et des trombes d’eau lui tombaient dessus, mais les guides ne purent rien faire pour lui ce soir-là car la nuit tombait. Le lendemain matin, Toni Kurz était encore en vie et appelait toujours à l’aide. Malgré leurs efforts, les guides ne réussirent pas à le rejoindre. Il pendait dans le surplomb trente-sept mètres au-dessus d’eux.

—   On va t’aider, ne t’inquiète pas, lui crièrent-ils. Est-ce que tu peux nous envoyer une ficelle pour qu’on te passe une corde et des pitons afin de poser un rappel ?

Le pauvre Kurz réussit à remonter péniblement entre les deux corps de ses camarades en coupant toute la corde qu’il pouvait. Mais c’était loin d’être suffisant. La seule façon d’en obtenir une plus grande longueur était de séparer les brins qui constituaient le tressage de la corde en chanvre. Il ne pouvait se servir de son bras gauche, gelé, mais avec sa bonne main et ses dents, il parvint tout de même à mettre bout à bout plusieurs ficelles et obtint ainsi une longueur de quarante-cinq mètres qu’il fit descendre aux guides. Ceux-ci réalisèrent à ce moment-là que la corde qu’ils allaient lui envoyer serait trop courte pour l’amener jusqu’à eux. Ils attachèrent alors rapidement une autre corde au bout de celle que Kurz tirait.

Le rappel enfin posé, Kurz fit une descente interminable. Il recourbait son bras inutile autour de la corde pour garder l’équilibre et utilisait l’autre pour contrôler sa vitesse. Arrivé à la jonction des deux cordes, le nœud ne passa pas dans son mousqueton de rappel et arrêta sa descente. Kurz n’avait plus de force et ses efforts pour essayer de faire passer le nœud restèrent vains. Les sauveteurs ne pouvaient pas l’aider, car il était toujours hors de leur portée. Ils tirèrent sur la corde pour l’étirer le plus possible et amener Kurz à eux. Cela réussit presque : ils parvinrent à toucher la pointe de ses chaussures, mais malheureusement ils ne purent l’attraper. Les guides essayaient de l’encourager :

—   Vas-y, tu y es presque. On va te récupérer. Essaye encore une fois !

Kurz se bagarra à nouveau pour passer le nœud à travers le mousqueton. Il avait le visage rouge, gonflé, et une expression éteinte. Les guides savaient qu’il était en train de mourir. L’un deux lui suggéra alors de couper la corde, lui assurant qu’il ne tomberait pas loin. Mais il ne pouvait plus bouger, il était à bout.

— Je n’en peux plus, je n’en peux plus, gémit Kurz, qui bascula en arrière à ce moment-là.

Quelques minutes plus tard, il était comme un pantin désarticulé.

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Le corps de Tony Kurz le 22 07 1936

[…] Dans le même livre, une photo montrait quatre alpinistes à l’air fatigué, mais hilares. La légende disait : De gauche à droite, les Autrichiens Heinrich Harrer et Fritz Kasparek, les Allemands Anderl Heckmair et Ludwig Vörg au retour de la première ascension de la face nord de l’Eiger le 24 juillet 1938.

Sur la page suivante, on découvrait les quatre alpinistes en costume de ville aux côtés d’Hitler. La légende : Cette première retentissante fut immédiatement transformée en acte de propagande par le régime nazi. Je fus assez surprise de voir cette scène.

Au départ, les Allemands et les Autrichiens formaient deux cordées distinctes. Lorsque Heckmair et Vörg attaquèrent la paroi, deux SA autrichiens se trouvaient déjà dans la face : Harrer et Kasparek. Harrer avait pris soin d’emporter dans son sac le fanion à croix gammée pour le planter au sommet. Il espérait ainsi être sélectionné pour l’expédition au Nanga Parbat. Heckmair et Vörg éprouvaient peu de sympathie pour ce mouvement politique et ne savaient comment réagir face à cette concurrence encombrante, lorsqu’ils les rattrapèrent sur les pentes de glace du second névé. Heckmair refusait de s’encombrer de ces deux Autrichiens, mais Vörg, plus généreux, le persuada de faire cordée commune. Ils bivouaquèrent au pied de la rampe, juste un peu plus loin que le Bivouac de la mort. Ce long couloir en oblique à gauche est une des difficultés de la voie qu’ils ouvraient. Ils en sortirent par une longue traversée horizontale, la Traversée des dieux, qui leur permit d’atteindre l’Araignée. Ce névé très raide est un axe naturel pour les avalanches et les chutes de pierres. Le mauvais temps les surprit à cet endroit. Ils en réchappèrent et établirent leur dernier bivouac au pied des fissures de sortie. Le lendemain, ils abandonnèrent tout leur matériel pour pouvoir franchir rapidement les dernières longueurs. Malgré la tourmente et une chute de Heckmair dont les crampons traversèrent la main de Vörg, ils parvinrent au sommet le 24 juillet à quinze heures. Ils eurent juste le temps de redescendre avant la nuit. À la gare de la Petite Scheidegg, ils furent accueillis par une foule qui les attendait et acclama les héros du III° Reich qui furent exhibés comme des exemples parfaits de coopération austro-allemande et de triomphe de la volonté. Il m’est difficile de juger ces alpinistes qui se sont laissé récupérer par ce régime. Leur était-il possible de refuser ? À priori, pour moi, ces hommes étaient avant tout de vrais alpinistes comme ceux des générations suivantes qui inscrivirent leurs noms dans l’histoire de la face nord de l’Eiger.

Depuis 1938, plus de vingt nouvelles voies ont été tracées dans l’Eigerwand, chacune avec son lot d’accidents. Cette fascination est probablement liée aux histoires tragiques de cette face et tout alpiniste rêve de braver ce mythe. En fait, cette montagne provoque un mélange d’attirance et de répulsion. Elle fait peur.

Catherine Destivelle Ascensions            Arthaud 2012

15 08 1938                 Le ruban bleu repasse au Queen Mary avec 31,69 nœuds.

2 09 1938                   En Italie, les Juifs naturalisés après 1919 ont six mois pour quitter le pays.

8 09 1938                    Il n’est pas possible que la souveraineté et l’indépendance de la Tchécoslovaquie lui soit maintenant arrachée lambeau par lambeau […] Ce qui est en cause, c’est le sort de l’Europe, le sort de la liberté en Europe, Grande Bretagne et France comprise.

Léon Blum

12 09 1938                   Hitler parle au Congrès de Nuremberg.

Jacques Lusseyran, 14 ans, aveugle depuis l’âge de 8 ans, l’a écouté à la radio : s’il en dénonce bien sûr les orientations de fond, il n’en avoue pas moins la force de la magie qu’exerce cette parole ; il n’a certes pas entendu autre chose que tous les auditeurs, mais sa sensibilité particulièrement aiguë (depuis sa naissance ou depuis sa cécité ?) rappelle celle d’une Leni Riefenstahl, six ans plus tôt, subjuguée par la fascination qu’exerce Hitler :

J’étais sensible à sa magie. Je ne la trouvais pas grossière, je ne la trouvais pas mécanique et grinçante : elle avait pour moi la majesté des grandes fautes. Je me sentais emporté par elle, happé vers cette foule qui, là-bas, hurlait, trépignait. Hitler était donc, dans ce conflit naissant à travers l’Europe, le seul feu qui parût briller. Tous ceux qui défendaient la raison, la sagesse, eux, ne parlaient pas, ne savaient pas parler. Ma déception grandissait chaque jour.

*****

À quatorze ans à peine, il comprend que le Mal a le verbe haut et puissant, il mesure la redoutable séduction des langages totalitaires et il trouve, en revanche, aux avocats de la paix une bien pâle rhétorique.

Jérôme Garcin             Le voyant             Gallimard 2015

17 09 1938                  Léon Blum, qui n’a pour l’heur aucune fonction ministérielle reçoit Jaromir Necas, ministre socialiste tchèque, qui lui remet un message du président Edouard Benes accompagné d’une carte d’Etat major sur laquelle est délimité le territoire maximum que les Tchèques sont prêts à abandonner à l’Allemagne. Blum transmet la carte dès le lendemain à Daladier, qui la montrera aux Anglais. Mais en principe ce document n’était an aucun cas une procuration délivrée aux alliés. [pourquoi donc dès lors l’avoir remise à Blum ? ] Probablement la plus grosse erreur politique de Léon Blum !  Et cela change absolument tout l’éclairage de ces accords de Munich : car enfin, munis d’un tel document, – on est tenté de dire un tel viatique -, même s’il n’avait pas valeur officielle, comment Chamberlain et Daladier  ne se seraient-ils pas dit avant tout : Après tout, pourquoi donc faudrait-il se montrer plus royaliste que le roi ? Si les Tchèques eux-mêmes sont prêtes à brader une partie de leur territoire, au nom de quoi viendrions-nous nous y opposer ?

http://www.persee.fr/doc/slave_0080-2557_1979_num_52_1_7793

20 09 1938                  Deux jours plus tôt, la France et l’Angleterre ont conseillé à la Tchécoslovaquie d’accepter les conditions de l’Allemagne, ce que les Tchèques avaient déjà accepté, on vient de le voir.

La partie d’Hitler est gagnée contre l’Angleterre et la France. Son plan est devenu le leur. […]          La guerre est probablement écartée. Mais dans des conditions telles que moi, qui n’ai cessé de lutter pour la paix, qui, depuis bien des années, lui avais fait d’avance le sacrifice de ma vie, je n’en puis éprouver de joie et que je me sens partagé entre un sentiment de lâche soulagement et la honte.

Léon Blum                 Le Populaire du 20 septembre 1938.

21 09 1938                 À Bad Godesberg, Hitler rencontre Chamberlain et entre dans une colère telle que l’Anglais se pose [enfin !] des questions sur sa santé mentale. Les proches collaborateurs d’Hitler diront qu’il rongeait le tapis… Les Allemands garderont l’expression.

Juan Negrin, chef du gouvernement républicain espagnol, déclare à la SDN qu’il accepte le retrait immédiat de tous les combattants non espagnols : ce sera chose faite dès le lendemain : en pleine bataille, les Brigades Internationales seront relevées par des unités de recrues catalanes.

26 09 1938                   Une fois la région des Sudètes revenue au Reich, il n’y aura plus pour l’Allemagne en Europe de problème territorial. Nous laisserons les Tchèques tranquilles, car nous ne voulons pas du tout des Tchèques.

Hitler, au Palais des Sports de Berlin

27 09 1938                  Jacques Jaujard, directeur des Musées nationaux et René Huyghe, conservateur en chef du Département des peintures du Louvre, sont persuadés que les Allemands seront un jour prochain à Paris : ils ont organisé le sauvetage des collections du Louvre, en repérant les châteaux susceptibles de les abriter… ce jour-là, c’est La Joconde qui s’en va à Chambord… seulement pour deux jours, les accords de Munich la ramenant provisoirement à Paris.

28 09 1938                   Hitler et Mussolini donnent leur accord pour une conférence de la dernière chance à Münich

Si je ramène mes regards à ces mois de constante et croissante peur de la guerre en Europe, je ne me souviens en tout que de deux trois jours de véritable confiance, de deux ou trois jours où l’on eut encore une fois, et pour la dernière fois, le sentiment que le nuage passerait, qu’on pourrait de nouveau respirer tranquillement et librement comme autrefois. Par une perverse ironie du sort, il se trouva que ces deux ou trois jours furent justement ceux que l’on considère aujourd’hui comme les plus funestes de l’histoire contemporaine .vies jours de rencontre de Chamberlain et de Hitler à Munich.

Je sais bien qu’aujourd’hui on n’aime pas se rappeler ces journées où Chamberlain et Daladier, impuissants, le dos au mur, capitulèrent devant Hitler et Mussolini. Mais comme je veux dans ces pages servir la vérité documentaire, je dois reconnaître que tous ceux qui ont vécu ces trois journées en Angleterre les ont éprouvées comme merveilleuses. En ces derniers jours de septembre 1938, la situation était désespérée. Chamberlain revenait justement du deuxième voyage en avion qu’il avait entrepris afin de rencontrer Hitler, et quelques jours après, on savait ce qui s’était passé. Chamberlain s’était rendu à Godesberg pour accorder sans réserve à Hitler tout ce que celui-ci avait exigé de lui à Berchtesgaden. Mais ce que Hitler avait trouvé suffisant quelques semaines auparavant ne contentait plus son hystérique volonté de puissance. La politique de l’apeasement et du try and try again avait lamentablement échoué, l’époque de la confiance avait pris fin du jour au lendemain en Angleterre. La France, l’Angleterre, la Tchécoslovaquie, l’Europe n’avaient plus d’autre choix que de s’humilier devant la péremptoire volonté de puissance de Hitler ou de se mettre en travers de son chemin les armes à la main. L’Angleterre semblait résolue à toute extrémité. On ne taisait plus les préparatifs militaires, on les montrait au contraire ostensiblement. Soudain parurent des ouvriers qui aménagèrent des abris au milieu des jardins de Londres, à Hyde Park, à Regent’s Park et principalement en face de l’ambassade allemande, en vue de bombardements imminents. La flotte fut mobilisée, les officiers du grand état-major faisaient d’incessants aller-retour en avion entre Paris et Londres afin d’arrêter en commun les dernières dispositions, les bateaux à destination de l’Amérique étaient pris d’assaut par les étrangers, qui voulaient se mettre assez tôt en lieu sûr ; depuis 1914, jamais l’Angleterre n’avait connu semblable réveil. Les gens marchaient plus sérieux et plus pensifs. On regardait les maisons et les rues encombrées avec cette secrète pensée : les bombes ne vont-elles pas s’abattre ici dès demain ? Et à The des nouvelles, les gens, derrière les portes, se rassemblaient autour de la radio. Une tension formidable, invisible et pourtant sensible en chaque homme’ chaque seconde, pesait sur tout le pays.

Puis vint cette séance historique du Parlement où Chamberlain rapporta qu’il avait encore tenté d’aboutir à une entente avec Hitler, qu’il lui avait encore, pour la troisième fois, fait la proposition de le rencontrer n’importe où en Allemagne pour sauver la paix gravement menacée. La réponse à cette proposition ne lui était pas encore parvenue. Puis arriva milieu de la séance – qui prenait vraiment un tour par trop dramatique – la dépêche annonçant que Hitler et Mussolini donnaient leur consentement à une conférence à Munich, et à cette seconde – fait à peu près unique dans l’histoire d’Angleterre -le Parlement anglais perdit la maîtrise de ses nerfs. Les députés bondirent de leurs sièges, crièrent et applaudirent, les galeries retentirent de jubilation. Il y avait-des années et des années que cette maison vénérable n’avait pas tremblé sous une telle explosion de joie. Humainement, c’était un merveilleux spectacle que de voir le sincère enthousiasme provoqué par la nouvelle que la paix pouvait encore être sauvée  et de voir aussi surmontée la tenue et la retenue que les Anglais observent d’ordinaire avec tant de virtuosité. Mais politiquement, cette explosion constituait une faute énorme car par cet immense cri de joie, le Parlement, le pays tout entier avaient trahi toute leur horreur de guerre, leur volonté de tout sacrifier, même leurs intérêts, même leur prestige, pour l’amour de la paix D’emblée, Chamberlain apparaissait comme l’homme qui se rendait à Munich non pas pour imposer la paix, mais pour la quémander. Personne, pourtant, ne soupçonnait alors quelle capitulation s’annonçait. Tout le monde pensait – et moi aussi, je ne le nie pas – que Chamberlain allait à Munich pour discuter et non pas pour capituler. Suivirent encore deux, trois jours de brûlante attente, trois jours durant lesquels le monde entier retint en quelque sorte son souffle. Dans les parcs, on creusait ; dans les usines de guerre, on travaillait, on mettait en position des canons antiaériens, on distribuait des masques à gaz, on prévoyait l’évacuation des enfants de Londres et l’on faisait des préparatifs mystérieux que les particuliers ne comprenaient pas, mais dont chacun, pourtant, savait à quoi ils visaient. De nouveau le matin, le milieu du jour, le soir, la nuit se passèrent à attendre le journal, à écouter la radio. De nouveau se retrouvèrent ces moments de juillet 1914 avec la terrible, l’épuisante attente du oui ou du non.

Et puis, soudain, comme par un formidable coup de vent, les lourds nuages se dissipèrent, les cœurs se déchargèrent de leur fardeau, les âmes furent délivrées. Là nouvelle était arrivée que Hitler et Chamberlain, Daladier et Mussolini avaient abouti à un complet accord – et, plus encore, que Chamberlain avait réussi à conclure avec l’Allemagne une convention qui garantissait à l’avenir le règlement pacifique de tous les conflits possibles entre ces pays. Cela paraissait une victoire décisive de la tenace volonté de paix d’un homme d’Etat en soi assez sec et insignifiant, et tous les cœurs furent pleins de reconnaissance pour lui en cette première heure. On apprit d’abord par la radio la nouvelle de cette peace for our time  qui annonçait à notre génération éprouvée qu’il lui serait permis encore une fois de vivre en paix, encore une fois d’être sans soucis, encore une fois de travailler à l’édification d’un monde nouveau et meilleur, et tous ceux-là mentent, qui essaient après coup de nier à quel point nous étions enivrés par ce mot magique. Car qui pouvait croire que celui qui s’apprêtait à se faire porter en triomphe revenait en vaincu ? Si la grande masse des Londoniens avait connu l’heure de son arrivée, le matin où Chamberlain rentra de Munich, des centaines de milliers personnes auraient afflué au terrain d’aviation Croydon pour saluer et accueillir par des cris de joie l’homme dont nous croyions tous, à cette heure, qu’il avait sauvé la paix de l’Europe et l’honneur de la terre. A cela s’ajoutèrent les journaux. Une photographie y montrait Chamberlain, dont le visage offrait d’ordinaire une fatale ressemblance avec une tête d’oiseau irrité, en train d’agiter fièrement et tout souriant, à la portière de l’avion, ce document historique qui annonçait peacefor our time et qu’il rapportait à son peuple comme le don le plus précieux. Le soir, on voyait déjà la scène à l’écran ; les spectateurs bondissaient de leurs sièges, criaient et applaudissaient – pour un peu, ils se seraient embrassés le sentiment de la nouvelle fraternité qui était maintenant censée commencer pour le monde. Pour ceux qui étaient alors à Londres, en Angleterre, ce fut là une journée incomparable, qui allégea toutes les âmes.

J’aime à me promener dans les rues durant de telles journées historiques afin de me pénétrer plus fortement et plus sensuellement de l’atmosphère, de respirer au sens le plus exact du terme l’air du temps. Dans les jardins, les ouvriers avaient interrompu le creusement des abris, les badauds les entouraient, riant et bavardant, car enfin cette peace for our time avait rendu inutiles ces abris antiaériens ; j’entendis deux jeunes gens plaisanter dans leur meilleur cockney : ils espéraient qu’on allait faire de ces abris des toilettes souterraines, il n’y en avait pas assez à Londres. Tout le monde riait de bon cœur, tous semblaient rafraîchis, vivifiés comme les plantes après un orage. Ils marchaient plus droits que la veille et les épaules plus légères, et dans leurs yeux anglais d’ordinaire si froids brillait un éclair de gaieté. Les maisons semblaient plus lumineuses depuis qu’on savait qu’elles n’étaient plus menacées par les bombes, les autobus plus coquets, le soleil plus clair, la vie de milliers et de milliers de personnes exaltée et fortifiée par cette parole enivrante. Et je sentais qu’elle me donnait des ailes à moi aussi. Je marchais infatigablement d’un pas de plus en plus rapide et léger, et le flot de la nouvelle confiance m’emportait, moi aussi, plus puissamment et plus joyeusement. A l’angle de Piçcadilly, quelqu’un, soudain, vint précipitamment à moi. C’était un fonctionnaire du gouvernement anglais, que je connaissais peu, un homme qui n’était nullement expansif, mais au contraire plein de retenue. En temps ordinaire, nous nous serions bornés à nous saluer poliment, et jamais il ne lui serait venu à l’esprit de m’adresser la parole. Mais ce jour-là, il s’approcha de moi les yeux luisants : Que pensez-vous de Chamberlain ? me dit-il, rayonnant de joie. Personne ne le croyait, et pourtant il a fait ce qu’il fallait, il n’a pas cédé, et ainsi il a sauvé la paix.

Tous partageaient ce sentiment, et moi aussi ce jour-là. Et le lendemain fut encore un jour de bonheur. Les journaux étaient unanimes à se féliciter de l’événement ; à la Bourse, les cours bondirent brusquement ; d’Allemagne nous arrivaient de nouveau des voix aimables, pour la première fois depuis des années ; en France, on proposait d’élever un monument à Chamberlain. Mais, hélas ! ce n’était là que le dernier éclat que jetait la flamme avant de s’éteindre définitivement. Dès les jours suivants commencèrent à suinter les détails fâcheux : on apprit combien la capitulation avait été sans réserves, de quelle honteuse manière on avait sacrifié la Tchécoslovaquie, à laquelle on avait promis solennellement aide et protection, et dès la semaine suivante il était manifeste que même cette capitulation n’avait pas suffi à Hitler, qu’avant même que sa signature fût sèche sur le traité il en avait déjà violé toutes les dispositions particulières. Sans se gêner, Goebbels criait à présent sur tous les toits qu’à Munich on avait mis l’Angleterre le dos au mur. Une grande lumière d’espérance était éteinte. Mais elle a lui un jour ou deux et nous a réchauffé le cœur. Je ne puis ni ne veux oublier ces journées.

Stefan Zweig Le monde d’hier   1944.Pour la traduction française, 1982, chez Belfond

30 09 1938            Les accords de Munich (Hitler pour l’Allemagne, Mussolini pour l’Italie, Daladier pour la France et Chamberlain pour l’Angleterre, [la gouvernante anglaise de la France, pour François Bedarida] entérinent la cession à l’Allemagne du territoire des Sudètes, peuplé de 2,8 millions d’Allemands. L’occupation est fixée au 10 octobre. Les sept cent mille Tchèques qui s’y trouvent auront six mois pour choisir.

Paul Reynaud est du voyage, qui se  chargera de la négociation d’ensemble avec Alexis Léger, – alias Saint John Perse – alors secrétaire général du Quai d’Orsay, pacifiste convaincu : c’est lui qui va se charger d’annoncer aux représentants tchèques le contenu de l’accord signé sans eux douze heures plus tôt !

Il est interrogé aux portes de son hôtel à Münich :

Mais enfin, Monsieur l’Ambassadeur, cet accord, c’est quand même un soulagement, non ?

Ah oui, un soulagement… comme lorsqu’on a fait dans sa culotte !

De retour à Paris, Edouard Daladier sortit la tête basse de l’avion, prêt à subir les sifflets de la foule ; mais il blêmit quand il n’entendit qu’applaudissements, cris de joie. Alexis  Léger le surprit à murmurer : Les cons ! s’ils savaient ! !

Surnommé le taureau du Vaucluse, Chamberlain ajoutait, un taureau avec des cornes d’escargot !

Les accords de Munich furent une illustration parfaite de ce mélange d’aplomb et d’agression, d’un coté, de peur et de concession de l’autre.

                                                                                   Eric J. Hobsbawn                   L’Age des Extrêmes

Du balcon du 10 Downing Street, Chamberlain roucoule :

Mes amis, c’est la seconde fois dans notre histoire qu’est venue d’Allemagne la paix dans l’honneur. Je crois que c’est maintenant la paix pour notre époque. Maintenant, je vous conseille de rentrer chez vous et de dormir paisiblement.

*****

Nous avons essuyé une défaite totale et absolue…

Longue interruption jusqu’à l’arrêt des sifflets et protestations.

Nous sommes au sein d’une catastrophe d’une ampleur sans exemple. Le chemin des Bouches du Danube, le chemin de la mer Noire est ouvert. L’un après l’autre tous les pays d’Europe centrale et de la vallée du Danube seront entraînés dans le vaste système de la politique nazie émanant de Berlin. Et n’allez pas croire que ce soit la fin, non, ce n’est que le commencement…

Winston Churchill, aux Communes

On commettrait une grave erreur si on contrariait en quoi que ce soit cet espoir et cette joie, car ils sont eux-mêmes une puissance de paix et une chance de paix.

[…]     La rencontre de Munich, c’est la braise qui vient ranimer la flamme sacrée au moment précis où elle vacille et risque de s’éteindre.

[…]    Il n’y a pas un homme et pas une femme en France pour refuser à Chamberlain et à Daladier leur juste tribut de gratitude. Le guerre est écartée. Le fléau s’éloigne. On peut reprendre son travail et retrouver son sommeil. On peut jouir de la beauté d’un soleil d’automne. Comment ne comprendrais-je pas ce sentiment de délivrance puisque je l’éprouve ? (Le populaire du ° octobre)

Léon Blum

Sur le demi-cadavre d’une nation trahie, la France est rendue à la belote et à Tino Rossi.

Henry de Montherlant

Elle sonne, elle sonne, la cloche de la trahison. 
Qui sont ces mains qui l’ont mise en branle ?
La douce France, la fière Albion, 
Et nous les avons aimées.

Frantiŝek Halas

La fameuse phrase Plutôt Hitler que Blum, prêtée aux futurs membres du Gouvernement de Vichy, est en fait d’Emmanuel Mounier :

On ne comprendra rien au comportement de cette fraction de la bourgeoisie si on ne l’entend murmurer à mi-voix : Plutôt Hitler que Blum. 

Emmanuel Mounier, directeur de la Revue Esprit, octobre 1938

1 10 1938                    Voici donc la détente. Les Français, comme des étourneaux, poussent des cris de joie, cependant que les troupes allemandes entrent triomphalement sur le territoire d’un État que nous avons construit nous-mêmes, dont nous garantissons les frontières et qui était notre allié. Peu à peu nous prenons l’habitude du recul et de l’humiliation, à ce point qu’elle nous devient une seconde nature. Nous boirons le calice jusqu’à la lie

Colonel Charles de Gaulle, en garnison à Metz. Lette à sa femme Yvonne.          Lettres, notes et carnets 1919 -juin 1940. Plon 1980

Personne ne refuse à Monsieur Neville Chamberlain et à Monsieur Edouard Daladier la gratitude qui leur revient. La guerre est évitée. Le fléau s’éloigne. On peut reprendre son travail et retrouver son sommeil. On peut jouir de la beauté d’un soleil d’automne. Comment ne comprendrais-je pas ce sentiment de délivrance puisque je l’éprouve ?

Léon Blum                 Œuvres  de Léon Blum 1937-1940 . 1 10 1939

Je sais bien qu’il y a parmi nous des hommes pénétrés de patriotisme qui espèrent que la France pourra vivre en paix, fière, libre, à côté de cette nouvelle et gigantesque Allemagne. […] Non ! N’espèrez pas ! L’Allemagne est insatiable devant les faibles ; l’Allemagne est impitoyable pour les faibles. L’Allemagne ne respecte que les forts et nous venons de lui montrer que nous ne l’étions pas.

Henri de Kerillis, un des deux députés non communistes – et le seul de droite – à voter contre les accords de Munich.

Henri de Kerillis sera à Londres le 18 juin 1940, aux cotés de de Gaulle auquel il offrira ses services. Il partira à New York où il publiera en 1942 Français, voici la vérité sur la genèse du drame de 1940. Il collaborera, avec Geneviève Tabouis, à New York, au journal français Pour la victoire. Défendant des idées proches de celles du gouvernement américain à l’époque, ses articles constitueront dans un premier temps un éloge de la Résistance et du général de Gaulle. Très critique envers le maréchal Pétain et la collaboration, il sera déchu de la nationalité française et condamné à mort par contumace par le régime de Vichy. Plus tard, la rupture entre le général Giraud et le général de Gaulle fera de lui un ennemi farouche du dernier.

5 10 1938                    Je demande un effort de surarmement plus intense et plus hâtif.

Léon Blum

L’ahurissante valse-hésitation des responsables politiques vis-à-vis de l’attitude à avoir envers Hitler, un jour je souffle le chaud, le lendemain je souffle le froid, un jour j’aspire à la paix à tout prix, le lendemain j’en appelle au réarmement, ne laisse pas d’étonner. Et la gauche n’en a pas le monopole : à l’extrême droite, pour d’autres raisons, Charles Maurras balancera sans cesse entre la volonté de paix et le choix de la guerre, ne sachant qui doit l’emporter entre sa haine du bolchevisme et celle du nazisme.

7 10 1938                   En Allemagne, les Juifs doivent remettre leur passeport dans un délai de 14 jours.

10 10 1938                 La Pologne envahit le secteur tchécoslovaque de Tesin, reprenant ainsi 76  de ses nationaux, mais incorporant 125 000 Tchèques. La Hongrie va lui emboîter le pas en récupérant 504 000 Magyars installés le long de la frontière slovaque, mais récupérant ainsi 500 000 Slovaques.

13 10 1938                  Paris s’apprête à recevoir le roi des Belges, Léopold III, pour l’inauguration d’une statue de son père Albert I°, le roi-soldat. Colette aime beaucoup les Belges et le dit. Elle parle ici d’une rencontre avec la reine Elisabeth, nièce de Sissi ; postérieurement, les rencontres se feront régulières et une réelle amitié nouera les deux femmes. Il faut se représenter l’importance du personnage qu’était alors Colette dans la société française : à 65 ans, son talent journalistique ne suffisait pas à expliquer sa popularité : il y fallait une grande écoute et compréhension de l’autre, ce qui avait fait d’elle la confidente de nombre de françaises. Le droit français de l’époque faisait bien peu de cas des femmes mariées, des mères, tenues pour des domestiques, à l’écart du droit de vote, à l’écart de l’autorité parentale, obligées d’avoir l’autorisation du mari pour ouvrir un compte bancaire etc… Le droit romain qui donnait au père droit de vie et de mort sur ses enfants, n’avait guère été changé sur ce point par le code Napoléon. Bref, il y avait de quoi se sentir étouffer et, quand une petite porte s’entrouvrait par laquelle passait une brise rafraîchissante, nombre de femmes s’y engouffraient. Confidente en 1938, cela signifie quasiment obligatoirement l’utilisation de l’écrit et, dans une lettre on ne dit pas la même chose que lorsque qu’on téléphone à 3 heures du matin à Macha Béranger, et encore moins lorsque l’on se livre à une séance narcissique sur Facebook à toute heure du jour et de la nuit. Elle était donc devenue souvent l’amie des grands ; peut-être ne l’était-elle pas réellement des petits, mais ceux-là étaient tout de même certains de trouver auprès d’elle une réelle qualité d’écoute.

Un jour que j’étais à Bruxelles, le trottoir me fut barré, un moment, par un rassemblement tranquille. Comme je m’informais, croyant à un accident, une imposante fruitière me répondit : Ça est notre reine qui sort d’un magasin.

La petite foule se dispersa sans cris ni saluts, il n’y eut qu’un tendre empressement discret, et le mot orgueilleux de la marchande : notre reine. Combien de fois l’ai-je entendu sur des lèvres belges, ce possessif affectueux notre roi, notre reine ?

Les Belges, peuple fort, peuvent – ils l’ont montré – se passer de tout, sauf de porter amitié à qui les aime. Ils ne regardent pas aux dépenses du cœur, ni aux autres. Souverains et sujets de la Belgique vivent simplement, mais ils savent user du faste avec simplicité. C’est pourquoi je trouve que rien ne sera trop beau dans la réception que Paris fera à Léopold III.

Ceux qui, chez nous, ne l’ont jamais vu ne vont pas manquer de comparer, aux traits du roi de bronze, ceux du roi vivant. L’œil subtil des femmes, surtout, saisira sur le visage de celui-ci l’apport de l’énergique reine mère, le T dessiné par les sourcils horizontaux et la droite arête du nez, et une manière de sourire qui dépend des yeux autant que de la bouche. De ces yeux extrêmement clairs, riches d’expression plus que de couleur, on dit dans mon pays que ce sont des yeux qui traversent la tête. Quand il s’agit d’un jeune roi réfléchi, le mot fait une belle image… À trente-sept ans, la somme de connaissances qui traversèrent, recueillies par Léopold III, sa solide tête dorée, est considérable. Si jeune encore, il a été un roi heureux, puis un roi malheureux. Que penserait la jeunesse d’aujourd’hui, encline aux efforts brefs, de la lourde éducation qui pèse sur les enfants royaux ?

À l’âge où l’on campe par jeu et par plaisir, le prince Léopold dormait en uniforme, la tête sur son havresac, parmi l’armée de son père. Auparavant, on lui enseignait ce qu’apprennent les enfants les plus appliqués, et son emploi du temps et de l’esprit comportait des leçons d’empire sur soi, outre les sports et la musique… La charmante photographie que celle où une main maternelle, experte à sculpter, peindre, émouvoir les cordes, celle de la reine Élisabeth, rectifie la position d’une petite main sur l’archet ! Les voyages eux-mêmes, fête des enfants ordinaires, font partie du programme d’instruction et d’éducation, pour les fils des derniers rois, et les forcent d’apprendre, quand l’heure, le lieu, le climat n’invitent qu’à rêver.

Le roi des Belges, qui vient à Paris saluer son père, fait chez nous figure de jeune homme, parce qu’il est dans notre caractère de nous attacher au charme individuel de nos hôtes royaux – oublierions-nous, à voir celui-ci, que chez lui il règne ? Il règne au point de connaître ce qui forme un monarque complet : les difficultés matérielles, l’opposition politique, la gravité du trouble avenir, le poids, le souci d’une descendance dont il serait le seul appui, si la reine Élisabeth, du fond de sa solitude de veuve, ne tendait à un fils solitaire sa délicate et puissante main…

Je ne l’ai vue qu’une fois, la reine Élisabeth, avant la mort d’Albert I°. Elle eut la bonté de me donner un rendez-vous matinal, au palais. En dépit de tous ses portraits, je ne m’attendais pas à voir entrer et venir à moi, légère sur un grand étang de parquet… une jeune fille. La jeunesse persistante, chez une femme, ce n’est pas dans le grain de l’épiderme, dans une paupière intacte qu’elle s’annonce et nous étonne. Nette de tout fard, la reine des Belges me surprit si fort que je ne pris pas la précaution de m’en cacher.

Jeune était la démarche – la reine aime et prolonge les promenades à pied – et jeunes les cheveux filetés de blanc, encore plus jeunes la taille mince, les épaules effacées, et que dirai-je du regard ? Le bleu sentimental des prunelles, qui pouvait ne fléchir devant rien ni personne, la reine-artiste l’avait rappelé dans une parure bleuâtre, dans un joyau : elle se rendait à une de ces cérémonies qui imposent à une reine, quelque matinale que soit l’heure, le port d’une robe longue et soyeuse, du chapeau dit habillé. Du moins la ravissante petite aigrette, pleine d’un humour à peine perceptible, qui égayait le royal chapeau, rappelait que la reine Élisabeth aimait de ramasser, pendant ses promenades, la plume tombée du geai ou du ramier, et la planter comme personne entre les mailles de son bonnet de laine…

Engrenée que j’étais dans une tournée de conférences, il me fallut quitter Bruxelles, en renonçant à l’honneur et à la joie d’un déjeuner intime avec une reine qui mérita de s’appeler la Bien Aimée de l’Europe, et qui modela son fils afin qu’il fût digne à la fois d’un trône, de la félicité, de la douleur sans bornes [la mort de son épouse Astrid 3 ans plus tôt dans un accident de voiture au bord du lac des 4 cantons en Suisse], et de la confiance d’un peuple, résumée dans la chaleur bruxelloise !

Cette chaleur d’amitié, d’ironie cordiale, de généreuse hospitalité, je la connais depuis bien longtemps. Elle commence pour moi à la gare du Midi, à Bruxelles. Si ma chance le veut, le chauffeur du taxi me demande, inimitablement : Où ça est-ce que tu vas, Madame ? Je voudrais bien pouvoir lui répondre: Je vais, comme autrefois, chez les parents – frères, belles-sœurs, cousins de ma mère, fils des Français qui optèrent, vers 1850, pour la nationalité belge, ma mère exceptée. Je vais à la source d’une odeur de pain chaud, de charbon de terre, de café qui me dilate les narines. Je vais à des amis qui m’ouvrirent leur cœur, qui lurent mes livres, qui unirent sur leur table, quand j’arrivais, les meilleurs vins de France, les longues écrevisses, les poissons de la mer proche. Je vais à ceux de qui je suis, je reste la débitrice, car ils me jugèrent digne de succéder, au sein du cénacle, qui choie prose et vers français, à la comtesse de Noailles.

Le chauffeur de taxi n’a que faire de telles confidences. Il me suffit d’ailleurs qu’il me mène par un chemin connu, banal, agréable, sur un pavé bruxellois et souvent mouillé, à travers une capitale dont je suis un peu la citoyenne d’adoption, une capitale qui s’y connaît en fait d’hospitalité. En fait d’amitié aussi – elle peut montrer ses cicatrices.

Aussi je me soucie que Paris se mette, aujourd’hui, en frais.

Rien ne sera trop beau. Le linge damassé des grands jours. La belle argenterie. Les drapeaux, les musiques. Des cris, un peu d’exaltation autour d’un socle, au-dessous d’un chevalier de bronze, autour de son fils. Songez, Paris, qu’il s’agit d’un roi, et d’un beau jeune homme. Songez, surtout, qu’il s’agit de fêter un ami.

*****

« Madame Colette, je ne sais pas bien pourquoi je vous écris, et vous trouverez que je n’ai pas grand-chose à vous dire. Je n’ai rien d’une aviatrice, ni d’une guérisseuse, ni d’une grande directrice d’industrie. Quand j’étais jeune fille (c’est loin) j’étais très pauvre. Il faut en voir beaucoup quand on veut rester honnête. Enfin, j’ai épousé un garçon de mon âge et tranquille. Nous avons eu deux filles. Je ne dis pas que ça été commode de les élever. Nous nous donnions tant de peine que le temps passait vite. Nous avons eu la chance de les marier toutes les deux. Jamais nous ne nous sommes faits la moindre méchanceté mon mari et moi, et nous continuons. C’est-à-dire que nous croyons quelquefois que notre vie commence au lieu qu’elle finit. En somme il ne nous est jamais rien arrivé de remarquable. Mais je ne peux pas m’empêcher de trouver dans ma vie quelque chose de très spécial, la preuve est que je vous écris. Si je ne vous mets pas mon nom, c’est qu’il n’intéresse personne. »

Je me garderai bien d’ajouter, louange ou commentaire, quoi que ce soit à une telle lettre. Je l’ai copiée pour mes lectrices de Paris-soir, comme j’aurai calqué le dessin d’une fleur.

Colette Paris-soir, 12 décembre 1938

Cette femme, anonyme par réalisme, non par calcul, qui n’avait probablement jamais fait d’études, dit son intelligence, sa bravoure serait-on tenté de dire, avec une rare concision : cela n’est pas sans rappeler le court poème de Maximilien I°, grand’père de Charles Quint, à des siècle d’écart, à une distance culturelle sidérale, qui n’avait en commun avec elle que d’avoir vécu dans un monde encore dominé par une sagesse paysanne qui n’a pas besoin de religion pour parler de bonheur.

Vis, ne sais pour combien de temps,
Et meurs, ne sais quand ;
Dois partir, ne sais où ;
Ce qui m’étonne, c’est que je sois content.

On pense encore à ce film des années 70 dans lequel Jean-Louis Trintignan joue un cadre, la cinquantaine aisée, qui voit un couple âgé sur le quai d’une gare – l’époque du film est encore à la locomotive à vapeur -, elle sortant son mouchoir pour enlever une escarbille de l’œil de son mari, et le cadre de se dire, avec une jalousie non dissimulée : mais comment donc ont-ils fait pour arriver à cet âge en s’aimant encore ?

28 10 1938                 Les rescapées des Brigades Internationales, avant de quitter l’Espagne, défilent à Barcelone sur un tapis de fleurs.

Incendie aux Nouvelles Galeries de la Canebière à Marseille, peu après 15 h. Le mistral se met de la partie et le feu se propage en face, à l’Hôtel de Noailles et au Grand Hôtel. La façade des Nouvelles Galeries s’effondre. La catastrophe fera 75 morts. Edouard Daladier, président du Conseil, n’est pas loin : il préside le congrès du parti Radical au Grand Palais : arrivé rapidement sur les lieux, il ne mâchera pas ses mots envers les élus de la ville : N’y a-t-il donc personne pour faire régner l’ordre dans cette ville ? Il va décider de placer la ville sous tutelle du préfet ; Edouard Herriot, maire de Lyon, lui aussi présent fait venir les pompiers de Lyon : ils arrivent à 23 heures. Le maire socialiste, Henri Tusso sera démis de ses fonctions le 20 mars 1939 et n’aura pas de successeur jusqu’à la Libération. La ville de Marseille sera condamnée pour faute lourde en 1952 par le Conseil d’Etat. Les Nouvelles Galeries ne seront pas reconstruites.

30 10 1938                 Dans l’émission radiophonique CBS, Mercury Theater on the Air, Orson Welles, 23 ans, adapte le roman La Guerre des mondes de Herbert Georges Wells, publié en 1898 : il ne s’agit ni plus ni moins que de l’invasion belliqueuse des États-Unis par les Martiens. Les studios de CBS, la police enregistreront pendant l’émission quelques appels voulant s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un reportage en direct, mais rien de plus. La plupart des auditeurs avaient bien enregistré le message du début de l’émission disant qu’il s’agissait de fiction. Mais le lendemain, la presse ne pourra se contenter de ce flop et se mettra à parler de panique généralisée pendant l’émission, ayant entraîné des embouteillages monstres, des morts etc… Et le fait est qu’aujourd’hui encore ce jour est resté celui de la crédulité stupide des gens alors qu’en fait, c’est celui des flops des médias, frustrés de ce que le bon sens des gens les empêche de gober n’importe quoi.

Automne 1938            Le chanoine Devémy est aumônier des sanatoriums du Plateau d’Assy, en Haute Savoie, depuis bientôt dix ans. Il a lancé la construction d’une église dont les fidèles seraient essentiellement les malades des sanatoriums. Maurice Novarina en est l’architecte : il a déjà construit une église à Vougy, une autre au Fayet et son projet pour le plateau d’Assy a été accepté par l’évêque d’Annecy, Mgr Florent de la Villerabelle. Les travaux ont commencé au printemps de l’année, effectués par l’entreprise Victor Olivet.

Il a répondu à une invitation du Père Couturier, dominicain, à une exposition d’art religieux : Vitraux et tapisseries modernes. Rouault a fait trois cartons de vitraux que Paul Bony a exécutés : deux crucifixions et un Christ aux outrages, le tout monté sur des bâtis en contreplaqué… pas vraiment l’idéal pour les mettre en valeur. Le chanoine demande au Père Couturier s’il serait possible d’avoir l’un de ces vitraux pour l’église du Plateau d’Assy. Il transmet à Rouault qui répond : choisissez et le chanoine Devémy choisit le Christ aux outrages.

C’est ainsi que va commencer une aventure artistique qui n’aura pas fini de faire couler de l’encre, de déchaîner des passions : grande querelle des Anciens et des Modernes [voir à juillet 1951] focalisée autour de ce qui devait être, aux dires même du chanoine, une église honnête, sincère, fonctionnelle, traditionnelle, avec de bons matériaux, cadrant bien avec le paysage, s’inspirant des chalets typiquement savoyards, trapus, enveloppés dans leurs toits débordants partout, protégés. […] Je n’avais aucune prétention révolutionnaire – bien moins encore médité de faire du bruit et encore moins de faire du scandale. Ça, pas du tout.

[…] Or la décoration de l’église a dépendu en fait de ce vitrail : le père Couturier était d’accord avec moi : on ne pouvait pas mettre n’importe quoi avec ce vitrail de Rouault.

Dès lors, les relations des uns et des autres les amèneront à contacter Bonnard, Matisse, Braque, Lurçat, Chagall, Léger, Lipchitz, Bercot, Bazaine, Demaison, Hebert-Stevens, Bony, Brianchon, Lamache, Ruche, Signori, Kijno, Mary, Strawinsky, Huré. Même Picasso avait été approché : il avait présenté un tableau qui aurait pu être la Vierge et l’Enfant Jésus, mais la femme avait un œil à la base du front et l’autre près de la bouche, et le chanoine Devémy, soucieux de ne pas le blesser, avait répondu avec une onctuosité toute ecclésiastique : ça me paraît difficile ! Et c’est ainsi que la renommée de nombre de ces artistes focalisa autour de l’église du plateau d’Assy l’intérêt de la presse, que débats il y eut, tables rondes,  etc… Mais la palme de la contestation s’adressa au Christ de Germaine Richier, à laquelle le chanoine Devémy avait demandé de s’inspirer d’un verset d’Isaïe ch. 53 : Comme un surgeon, il a grandi devant nous, comme une racine en terre aride, sans éclat ni beauté nous l’avons vu et sans aimable apparence, objet de mépris et rebut de l’humanité. Pour être sans éclat ni beauté et sans aimable apparence, c’était réussi… on ne pouvait faire mieux !

8 11 1938                   Maurice Bavaud, un garçon de 22 ans, de nationalité suisse, séminariste à Saint Brieuc s’est rendu en Allemagne pour y assassiner Hitler. Il a acheté à Bâle un pistolet 6.35 mm : mêlé à la foule lors d’une journée de commémoration, il ne parvient pas à trouver le bon moment pour passer à l’acte. Il renonce à son entreprise et repart pour Paris : sans billet, il se fait arrêter et remettre à la Gestapo : après avoir été fouillé et sous la torture, il avoue son projet. Son pays ne tentera rien pour le sauver. Il sera condamné à mort, enfermé à la prison de Plötzensee et décapité à la hache le 14 mai 1941. Marcel Gerbohay, un  ami du séminaire, français et complice dans ce projet, sera exécuté en 1943.

On a coutume de se moquer d’un tel degré d’amateurisme, mais en l’occurrence l’issue tragique fait venir les larmes, non le rire ; il est bien certain que ce n’est pas en fréquentant un grand séminaire que l’on risque d’apprendre le B.A. BA en matière d’assassinat politique : être en règle en prenant ses titres de transport, se débarrasser au plus vite des pièces à conviction : le revolver, etc etc…

9 11 1938                     En Allemagne, les nazis nommeront Kristallnacht – Nuit de Cristal – un vaste pogrom antisémite qui fera 36 morts chez les juifs et 36 blessés graves ; 119 synagogues sont brûlées, 815 magasins pillés, 171 maisons incendiées ou détruites, 20 000 Juifs ont été arrêtés ; le prétexte : la mort du conseiller d’ambassade à Paris Von Rath, des suites d’un attentat commis par Herschel Grynszpan, un juif polonais de 17 ans, deux jours plus tôt : il venait d’apprendre l’expulsion fin octobre de sa famille d’Allemagne vers la Pologne. La quantité de verre brisé ce jour-là équivaut à la moitié de la production annuelle de verre de la Belgique. Les dégâts causés ont été estimés à plusieurs centaines de millions de $. Dans les cas où les assurances remboursèrent les dommages causés aux Juifs, l’État confisqua cet argent en compensation du meurtre de von Rath. Cette amende atteignit 250 millions de $. Les principales têtes SA tombent pour être remplacés par les SS : Schutz Stappel. Vont s’ensuivre les premiers convois de Juifs vers Dachau.

                        Le silence des pantoufles est plus dangereux que le bruit des bottes.

*****

Comment cela a-t-il été possible !
Quand les nazis sont venus chercher les communistes
Je n’ai rien dit,
En effet, je n’étais pas communiste.
Quand ils ont jeté en prison des sociaux démocrates,
En effet, je n’étais pas social démocrate.
Quand ils sont venus chercher les catholiques
Je n’ai pas protesté,
En effet, je n’étais pas catholique.
Quand ils sont venus me chercher
Il n’y avait plus personne pour protester.

Martin Niemöller, 1892-1984, pasteur à Berlin, condamné à 7 ans de camp de concentration.

L’économie allemande dépasse de 25 % son niveau de 1929.

15 11 1938                           À Barcelone, Dolorès Ibarruri, la Pasionaria, dit adieu aux Brigades Internationales

Mères ! Femmes ! Lorsque les années auront passé et que les blessures de la guerre seront cicatrisées ; lorsque le souvenir des jours de détresse et de sang se sera estompé dans un présent de liberté, d’amour et de bien-être ; lorsque les rancœurs seront mortes et que tous les espagnols sans distinction connaîtront la fierté de vivre dans un pays libre, alors, parlez à vos enfants. Parlez leur des hommes des Brigades Internationales.

Dites-leur comment, franchissant les océans et les montagnes, passant les frontières hérissées de baïonnettes, épiés par des chiens dévorants avides de déchirer leur chair, ces hommes sont arrivés dans notre pays comme des croisés de la liberté. […]

Ils abandonnèrent tout :  tendresse, patrie, foyer, fortune, mères, épouses, frères, sœurs et enfants, et vinrent nous dire : Nous voici. Votre cause, la cause de l’Espagne, est la nôtre. C’est la cause de toute l’humanité éprise de progrès !

Aujourd’hui, ils s’en vont. Beaucoup d’entre eux, des milliers, restent ici, avec comme linceul, la terre espagnole, et tous les espagnols se souviennent d’eux avec une émotion profonde. […]

Camarades des Brigades Internationales ! Des raisons politiques, des raisons d’État, l’intérêt de cette même cause pour laquelle vous avez offert votre sang avec une générosité sans limites, font que vous repartez, certains de vous dans leur pays, d’autres vers un exil forcé. Vous pouvez partir la tête haute. Vous êtes l’histoire, la légende, l’exemple héroïque de la solidarité et de la démocratie universelle […].

Nous ne vous oublierons pas ; et quand l’olivier de la paix se couvrira de nouveau de feuilles mêlées aux lauriers victorieux de la République espagnole, revenez !

30 11 1938                 Le gouvernement réprime la grève générale déclenchée par la CGT.

16 12 1938                 Franco restitue au roi Alphonse XIII ses droits civils ; ce dernier revient en Espagne.

25 12 1938                 Offensive décisive de Franco sur la Catalogne.

12 1938                      Le premier Institut de sondage – Gallup – a été crée aux États-Unis en 1936… ils arrivent en France, où 70 % des personnes interrogées estiment que la France et la Grande Bretagne doivent désormais résister à toute nouvelle exigence de Hitler

1938                           Entre prudence et naïveté, la Banque de France, choisit la prudence : elle fait disperser ses lingots d’or dans ses succursales de l’ouest, du centre et du sud de la France. L’aventure de ces lingots ne faisait que commencer : les péripéties ne vont pas manquer, jusqu’à la fin de la guerre, quand les lingots rentreront au bercail, pratiquement au complet :

En 1939, avant même le déclenchement du conflit, les réserves d’or rejoignent 91 dépôts au Sud, à l’Ouest et au Centre : 756 tonnes de métal précieux sont ainsi acheminées par camion au Puy. Pour faciliter le transport, on transforme en lingots les pièces d’or, que les Français patriotes avaient apportées durant la Première Guerre mondiale. [Il faut noter aussi l’envoi en Turquie, via Beyrouth de 60 tonnes d’or : était-ce la condition pour que la Turquie resta neutre pendant le conflit ?]

Mais, au printemps 1940, après la percée des armées allemandes, ces précautions sont insuffisantes. Il faut organiser l’évacuation outre-mer des 1 777 tonnes d’or de la Banque de France, auxquelles s’ajoutent 230 tonnes d’or belge et polonais, ainsi que 200 caisses de la Banque Nationale de Suisse. À noter que les réserves de la Bank Polski ont déjà effectué un étonnant périple : évacuées de Varsovie à l’arrivée des troupes allemandes en septembre 1939, elles ont gagné par chemin de fer le port de Constanza, en Roumanie, d’où un petit pétrolier anglais les emmène en Turquie. De là, elles partent en train pour Beyrouth, d’où la flotte française les convoie jusqu’à Toulon, avant qu’elles ne se retrouvent dans les caves de la succursale de la Banque de France de Nevers. […]

Grâce à la diligence de la Banque de France et à l’efficacité de la Royale, les Allemands ne récupéreront pas une once de l’or français. Lorsque, dès le 16 juin 1940, une semaine avant l’armistice, un général allemand se présente rue de La Vrillière et demande : Où est l’or ? on le conduit dans les caves, qui sont vides. Même les billets dits de la réserve du gouverneur se sont volatilisés : ils ont gagné l’Angleterre par les ports de la Manche et de la Bretagne. Ils reviendront à hauteur de 7 milliards de francs dans des avions anglais pour être parachutés à la Résistance.

Quant à l’or, il s’en faut de peu qu’il ne tombe dans les mains nazies. Notamment à cause des tergiversations du gouvernement qui refuse l’aide américaine. Début juin, le président Roosevelt propose d’envoyer un croiseur et deux destroyers pour transporter en lieu sûr tout l’or restant en France. […] L’affaire, si l’on peut dire, tombe à l’eau, et c’est la Royale qui doit organiser en catastrophe la mise à l’abri du stock d’or restant en France.

À la vérité, ce dernier a bien maigri depuis septembre 1939. Plus de 800 tonnes d’or ont déjà gagné New York via Halifax, au Canada, pour régler les achats réalisés dans le cadre du cash and carry : les navires français arrivent avec l’or et repartent avec les canons, les mitrailleuses et les avions. Parfois trop tard, comme pour le Béarn et la Jeanne-d’Arc : arrivés fin mai 1940 à Halifax avec 299 tonnes d’or à bord, ils chargent aussitôt 110 avions, mais, quand ils approchent des côtes françaises, l’armistice va être signé et ils sont détournés vers la Martinique, où les appareils rouilleront au sol. Le croiseur Émile Bertin connaît une aventure encore plus surprenante : arrivé le 18 juin à Halifax avec 254 tonnes d’or, il reçoit l’ordre du nouveau gouvernement français, le gouvernement Pétain, de gagner aussitôt la Martinique. Il brûle la politesse aux Anglo-Canadiens qui veulent le retenir et transporte l’or à Fort-de-France, où il sera entreposé jusqu’à la fin de la guerre.

Restent, fin juin 1940, à la veille de l’armistice, quelque 1 260 tonnes d’or à évacuer, dont l’essentiel est à Lorient et dans le fort de Portzic, près de Brest. Elles sont chargées, du 16 au 19 juin, sur des bateaux civils réquisitionnés, alors que la Luftwaffe mitraille le port et lance des mines magnétiques.

Dans son rapport, l’envoyé de la Banque de France raconte comment des marins en détention, sortis de prison tout exprès et à moitié ivres (un navire pinardier vient d’accoster), transportent dans des camions-bennes du service à ordures de Brest 16 201 caisses et sacoches d’or. Les navires partent à la veille de l’arrivée des troupes allemandes et gagnent Casablanca puis Dakar, d’où le trésor gagne par chemin de fer Kayes, au Soudan français. (au Mali,  proche de la frontière avec le Sénégal, plein à l’est de Dakar, sur le fleuve Sénégal et la ligne de chemin de fer Dakar-Bamako), Il y restera durant toute la guerre, malgré les pressions allemandes pour son rapatriement en métropole. [Quelle que soit la situation de chacun dans ce conflit, il faut souligner la probité de cette poignée d’individus qui se sont retrouvés seuls en charge de la gestion de l’or de la France. Ils ont eu un réflexe de bons fonctionnaires en s’organisant d’eux-mêmes par grade et ancienneté : l’inspecteur Martial, qui était à New York, avait la responsabilité de gérer quelqu’un à Alger, qui gérait lui-même quelqu’un qui était à Dakar ! Lacroix était tout seul au fort de Kayes, avec vingt-cinq tirailleurs sénégalais et un sergent européen. C’est tout ! N’importe qui aurait pu les assassiner et repartir avec l’or ! Eux-mêmes auraient pu s’emparer de l’or ! Ils ne l’ont pas fait. Cela prouve leur loyauté.]

Le 23 juin 1940, la Banque de France avait inscrit à son bilan 84 616 milliards de francs d’encaisse or. En décembre 1944, ses réserves métalliques s’élèvent à 84 598 milliards. La France retrouve ses 1 777 tonnes de métal précieux. Ou plutôt aurait retrouvé ce tonnage de métal précieux, si elle ne devait restituer à Bruxelles l’or belge livré par Vichy à l’Allemagne. Au total, en tenant compte à la fois de cette cession, des prises sur l’or nazi, et des 395 kg manquants (on a envie de dire : c’est tout ?), la France dispose de 1 700 tonnes d’or pour faire repartir son économie.

Georges Valance

La réserve d’or officielle de l’Allemagne est minuscule 76 millions de marks en 1937, soit 1 200 millions de francs ou 25 tonnes d’or environ, alors qu’en France l’encaisse métallique, au moment de l’armistice, s’élèvera à 1 777 tonnes, soit 85 milliards de francs auxquels s’ajouteront les 270 tonnes pour 13 milliards du Fonds de Stabilisation des Changes. […]

En 1937, on se pose bien la question de savoir s’il faut se préoccuper d’organiser le contrôle des changes. Mais il n’est pas certain que ce soit la crainte d’un conflit qui motive ce projet. C’est bien plutôt l’hémorragie d’or. En effet nous avons perdu en quelques mois plus de 1 000 tonnes sur les 4 278 qui étaient dans les caves de la Banque au début de 1936. Dans la précipitation, en effet, le Front populaire a ébranlé la monnaie ; le spectre de la dévaluation apparaît. Pourtant le gouvernement de Léon Blum affirme les affiches blanches de la dévaluation ne couvriront pas nos murs. Encore un pari stupide !

En 1938, on éparpille l’encaisse or dans différentes succursales distantes des côtes de 200 km en moyenne

À la déclaration de la guerre, les finances de la France se sont d’ailleurs améliorées depuis Munich. La grève générale a échoué. La confiance est revenue. L’encaisse or, avec 2 180 tonnes est de plus du double de celle de 1914 (il est vrai qu’en 1914 il y avait plus d’or chez les particuliers). La trésorerie de l’Etat est à l’aise on vivra sur la première avance de la Banque jusqu’au 29 février 1940.

En mai 1940, les préoccupations  de la Banque de France sont de deux ordres : sauver l’encaisse or et évacuer au fur et à mesure de l’avance des troupes allemandes les services ou succursales menacées.

Dès le début de l’offensive allemande, la Banque transfère l’or vers Brest où il sera stocké dans la chambre des torpilles sous 20 mètres de rocher, puis sur le Verdon (rive gauche estuaire de la Gironde, juste au sud de la Pointe de Grave) et sur Toulon.

Le danger devenant de plus en plus grand, on décide alors d’évacuer l’or outre-mer. Entre le 20 mai et le 25 juin 1940, plusieurs convois vont partir dans des directions différentes : le Canada, l’Amérique, la Martinique et l’Afrique, Casablanca d’abord, puis Dakar et enfin Kayes au Sénégal. Kayes était à 500 km des côtes et on pensait que l’or serait mieux à l’abri qu’à Dakar, et en effet, l’attaque qu’a subi cette ville quelque temps après l’a confirmé.

Le 20 mai 1940, le Béarn part de Toulon et subit une alerte aux sous-marins au large du Cap Saint-Vincent (Portugal). Le 21 mai, les croiseurs Emile Bertin et Jeanne d’Arc partent de Brest et rejoignent le Béarn aux Açores. Le 1er juin l’escadre accoste à Halifax sur un môle voisin de celui où débarque la Reine Juliana de Hollande. La cargaison est transportée à la Federal Reserve Bank de New York. Le 2 juin le paquebot Pasteur part de Brest pour Halifax où il arrive six jours après. Le chargement est dirigé sur la Royal Bank of Canada à Ottawa. Le 9 juin le paquebot Ville d’Oran quitte le Verdon pour Casablanca où il arrivera le 12 juin.

Comme nous n’avions pas tout à fait assez de bateaux, nous avions demandé aux Américains d’évacuer une partie de notre or (212 tonnes), mais les Américains n’étaient pas en guerre et n’avaient pas le droit de transporter de l’or pour le compte d’un pays belligérant. Aussi nous leur avons vendu de l’or à Brest, et l’avons racheté à l’arrivée à la Federal Reserve Bank.

Le 12 juin, l’Emile Bertin revenu à Brest embarque un autre chargement à destination de Fort de France, à la Martinique. Le 18 juin à Brest, 17 heures seulement avant l’arrivée des allemands, on charge, dans des conditions très difficiles en raison des alertes continuelles, toute une flotte, composée des paquebots : El Djezair, El Kantara, El Mansour, Ville d’Oran, Ville d’Alger. On emploie toute la main-d’œuvre disponible y compris les joyeux (condamnés de droit commun). Imaginez les sueurs froides de notre Caissier général lorsqu’il fut mis au courant.

Comme on n’a pas assez de moyens de transport, on réquisitionne treize camions anglais qui allaient être détruits. Finalement la flotte s’éloignera de Brest alors qu’explosent les réservoirs de mazout. Ce convoi à destination de Casablanca ira finalement jusqu’à Dakar d’où le chargement, qui comprend notamment l’or belge et l’or polonais, sera acheminé sur Kayes (petite ville à l’ouest de l’actuel Mali). Le dernier convoi part du Verdon dans la nuit du 22 au 23 juin. Le chargement du Primauguet a lieu dans des conditions très périlleuses. Le navire, attaqué par les allemands, a dû prendre le large et c’est de nuit que le remorqueur la Geneviève l’accoste par une forte houle pour lui livrer la précieuse cargaison.

Pierre Négrier directeur honoraire de la Banque de France

Jean Stoetzel fonde l’Institut Français d’Opinion Publique : IFOP.

Jean Loiseau ne vit que pour la randonnée pédestre. Dix ans plus tôt, il a crée le club des Compagnons voyageurs, affilié au Touring Club de France, et il a depuis théorisé la randonnée dans plus de vingt ouvrages. Il publie maintenant Les Routes du marcheur, au nombre de 32, jalonnées, numérotées, reliées en réseau et cartographiées. Ce sont elles qui vont devenir les GR, – sentiers de Grande Randonnée, balisés en rouge et blanc par les volontaires du CNSGR – Comité National des Sentiers de Grande Randonnée, volontaires souvent formés par Loiseau lui-même. La randonnée pédestre institutionnalisée est née : dans les années 2010, la FFRP – Fédération Française de Randonnée Pédestre, deviendra FFR – Fédération Française de Randonnée pour inclure la randonnée en vélo, fournissant toujours un remarquable travail où la négociation avec chaque propriétaire de terrain traversé par un GR fait l’objet d’un contrat, où le balisage s’uniformise sur l’ensemble du territoire en s’adaptant à l’évolution de la randonnée, plus gourmande aujourd’hui d’itinéraires en boucle que d’étape en étape, d’où la naissance de PR – sentiers de petite randonnée – balisés en jaune.

Pendant quelques mois vous n’aurez rien à faire qu’à marcher devant vous, où vous voudrez, comme vous voudrez, vite ou lentement ; rien ni personne ne vous presse. J’ai connu cette vie et je la pleure éternellement.

Gobineau     Nouvelles Asiatiques.

J’ignore quel est le dieu qui possède ainsi mon cœur à le rendre fou et pourquoi les divinités de la route m’appellent. Impossible de résister

Bashô, poète japonais, 1689

Les chemins partent.
Ils sont parfois presque oubliés. Ils ont existé, ils ont été là, des bêtes les ont traversés, des enfants les ont suivis, les soirs et les matins, avant et après l’école ; et celles qui allaient à la messe, et ceux qui revenaient des foires, et les jeunes après la danse, le cœur pris, la tête perdue. Les chemins, jadis, avant le temps des routes bleues, ont irrigué seuls les vastes corps des terres vives ; on le voit, les traces le disent, tellement décidées, certaines et lisibles.
Les chemins sont opiniâtres. Ils parcourent et nervurent, au présent de chaque jour. Ils effleurent des mains effacées, débusquent les hameaux les plus infimes. Ils ont des secrets. Ils sont des secrets. Si la grâce n’a pas été donnée de les apprivoiser d’enfance, ils vous sont révélés par des personnes de confiance qui vous précèdent et vous initient.
Ensuite on les connaît. Les présentations ont été faites, on ne les oublie pas, ils nous suivent plus que nous ne les suivons, ils sillonnent en nous dans l’hiver des villes, quand nous avons déserté, si nous désertons. Je sais mes chemins par cœur, je les récite, je les déroule, ils me sont une compagnie buissonnière.
Les chemins sont creux, souvent, creux, creusés ; il y a eu là un travail, une façon, un savoir, ils ne sont pas de hasard, ils sont allées quelque part, ils ont été nécessaires, en d’autres temps, ils ont été utiles, agricoles, et parfois encore un tracteur affairé les remplit de son vacarme salutaire.
Il est des chemins de plateau qui filent à fleur de ciel, à bout d’horizon, des chemins radicaux, sans ambages, mangés d’air fou. Ceux-là n’ont pas peur, ils vont droit, face à l’hiver, dans son mur blanc, nets, d’un seul coup, d’un seul, et puis après rien, ni personne, le vide barbelé le vent la paix.
Il en est d’autres, ourlés, festonnés, qui font chevelure et miel de tout, le noisetier, l’églantier, les frênes étiques, les peupliers en escouade, les hêtres altiers, les pierres moussues, la digitale flamboyante. Ceux-là sinuent, minaudent, serpentent, souples et coquets. Le temps qui passe, les jours, ne comptent pas pour eux. Ils ne veulent savoir que le temps qu’il fait, les saisons brassées, les verts, les roux, les gris, et les grands soirs de lumière.
Les chemins sont parfumés, terre, eau, pierre, feuilles neuves, humus rassis, aubépine fugace, sureau entêté ; lilas incongru qui garda  jadis le coin du jardin. Plus de jardin, la maison a fondu, glissé, reste le lilas, seul, glorieux..
J’ai en bouche le goût des chemins, goût de soir mouillé, d’air cuit de soleil, goût de neige, quand elle va venir, quand elle est venue, quand elle est là, qui comble le chemin, le remplit, le déborde. Le chemin ressurgira, au temps doux, restitué, lavé, équarri. Toujours les chemins reviennent à eux, nous reviennent, donnés, ouverts.

Marie Helène Lafon      Album     Buchet-Chastel          2012

La Massey-Harris Company Limited, canadienne, lance la première moissonneuse batteuse automotrice ; trop lourde, trop chère… il faudra attendre le modèle suivant, en 1941, pour une production en série. L’Américain Chester F. Carlson invente la photocopie. Nestlé crée le Nescafé.

De 40 heures en juin 36, la semaine de travail repasse à 48 heures. Le Jazz entre au Carnegie Hall avec Benny Goodman et Count Basie. Dix ans après son premier court-métrage, Steamboat Willie, Walt Disney réalise Blanche Neige et les 7 nains, son premier dessin animé long métrage : il prend son inspiration dans les grands classiques de la littérature européenne : les aventures de Pinocchio de Collodi, les contes de Perrault pour la Belle au bois dormant et Cendrillon, Alice au pays des merveilles  de Lewis Caroll, le Livre de la Jungle de Kipling.

Juan Perón, officier d’Etat Major argentin, est détaché auprès de l’armée italienne pour une durée de 2 ans.

Aux États-Unis, le Fair Labour Standard Act  interdit le travail des enfants, instaure un salaire minimum, variable selon les États. Il peut être considéré comme la dernière mesure du New Deal. Il y a encore 11 millions de chômeurs.

La totalité des informations données sur le New Deal proviennent de la page qui lui est consacrée sur Wikipedia, avec la mention bien particulière et plutôt rare, d’article de qualité, qui appelle évidemment la question : ah bon, et les autres articles qui ne bénéficient pas de cette mention, qu’est-ce qui les caractérise ? 

7 01 1939                 Le président de la Banque nationale envoie un mémorandum à Hitler pour l’alerter sur les capacités financières de l’Allemagne :

Le président du directoire de la Reichsbank

Berlin SW 111, le 7 janvier 1939

Document confidentiel Reichsbank au Führer et chancelier du Reich, Berlin.

La Reichsbank a depuis longtemps attiré l’attention sur les dangers résultant pour la monnaie de l’augmentation excessive des dépenses publiques et du crédit à court terme. Au terme de l’année 1938, la situation monétaire et financière est parvenue à un point critique qui nous fait un devoir de solliciter des décisions… La situation monétaire globale se présente en effet actuellement comme suit :

  1. Vers l’extérieur : la Reichsbank ne dispose plus de réserves d’or ou de devises. Le solde négatif des rentrées par rapport aux sorties augmente fortement. Les sorties n’atteignent plus la valeur des rentrées qui nous sont nécessaires. Les réserves constituées par l’intégration de l’Autriche, les valeurs étrangères et les pièces d’or nationales sont épuisées. Les certificats en devises établis par les services de surveillance ne sont plus du tout couverts aujourd’hui, dans leur grande majorité, par des rentrées assurées de devises et risquent donc de ne plus pouvoir être honorés. Nous perdrions alors du même coup notre dernier crédit à l’étranger pour importer des marchandises
  2. .À l’intérieur : les actifs de la Reichsbank sont presque exclusivement constitués de titres d’État (essentiellement des effets Mefo). La banque d’émission se trouve ainsi complètement bloquée et, au cas où elle se trouverait de nouveau sollicitée par l’économie, elle serait incapable d’accorder les crédits nécessaires. Environ 6 milliards d’effets Mefo se trouvent hors de la Reichsbank et pourraient à chaque instant lui être présentés pour escompte en espèces, ce qui constitue une menace permanente pour la monnaie. […]

Au 1° janvier 1933, la masse monétaire en circulation atteignait 3 560 millions de Reichsmark. Elle a atteint, le 1° mars 1938, 5 278 millions. Cette augmentation d’environ 1,7 milliard de RM en cinq ans n’est pas de nature à saper la confiance en la monnaie, du fait que la production de l’économie allemande a presque doublé dans le même temps. Mais, entre le 1er mars et le 31 décembre 1938, la masse monétaire a atteint 8 223 millions de RM, c’est-à-dire, une augmentation de 2 milliards de RM, soit une augmentation plus forte au cours des dix derniers mois qu’au cours des cinq années antérieures. […]

La valeur de notre monnaie ne saurait être maintenue, comme le montre l’exemple historique des assignats de la Révolution française, où en dépit de cours imposés, de sanctions rigoureuses, etc., cette monnaie perdit toute valeur.

[…]         Si pendant les deux grandes opérations extérieures, dans la Marche de l’Est et dans les Sudètes, une augmentation des dépenses publiques était absolument nécessaire, le fait qu’une fois ces opérations terminées aucune diminution de la politique des dépenses ne se dessine et qu’au contraire tout semble indiquer qu’on s’apprête à les accroître encore oblige impérativement à indiquer quelles seront les conséquences pour la monnaie. Il ne nous appartient pas de démontrer dans quelle mesure une politique de dépenses effrénées peut se concilier avec les fruits et les réserves de l’économie allemande ni avec les exigences sociales de la population. En revanche, notre responsabilité exige que nous indiquions qu’une nouvelle mise à contribution de la Reichsbank, soit directement, soit par un appel autre au marché financier, n’est pas acceptable.

Le directoire de la Reichsbank, soussigné, est conscient d’avoir, dans sa contribution aux grands objectifs fixés, fait avec joie tout son possible, mais il est aussi conscient que maintenant un arrêt s’impose. Un accroissement de la production de biens ne peut s’obtenir par l’augmentation du nombre de billets. […]

  1. Le Führer et chancelier du Reich a lui-même publiquement condamné à maintes reprises l’inflation comme stupide et inutile. Nous demandons par conséquent que soient prises les mesures suivantes : Le Reich et tous les autres pouvoirs publics n’auront plus le droit d’engager des dépenses ni d’assumer des garanties et des obligations qui [ne] puissent être financées par voie d’emprunt sans perturber le marché à long terme des capitaux.
  2. Pour appliquer efficacement ces mesures, le ministre des Finances du Reich doit recouvrer le total contrôle financier de toutes les dépenses publiques.
  3. Le contrôle des prix et des salaires doit prendre une forme efficace. Les errements fâcheux en la matière doivent être éliminés.
  4. Le recours au marché de l’argent et des capitaux doit relever de la décision de la seule Reichsbank.

Le directoire de la Reichsbank : Dr Hjalmar Schacht, Dreyse, Vocke, Ehrhardt, Hûlse, Blessing, Kretschmann, Puhl

On le voit, le pays est au bord de la banqueroute. Mais, comme le dit Paul Valéry, les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent les mythes : Hitler voit rouge et met Schacht à la porte, pensant probablement qu’on va faire baisser la température en cassant le thermomètre. Mais les faits sont têtus, et il va s’activer pour prendre chez les voisins ce qui lui manque : la richesse, l’or, les diamants, les tableaux : 9 mois plus tard il envahira et pillera la Pologne : l’Anschluss de mars 1938 n’avait pas suffi pour renflouer les caisses. Puis viendra le tour de la Hollande, de la Belgique et de la France, 18 mois plus tard.

29 01 1939                 La France ouvre sa frontière espagnole et ce sont des milliers de femmes, enfants et vieillards qui entrent, dans des conditions d’improvisation totale de la part de la France : la Retirada.

De la fuite de Barcelone le 26 janvier, je ne pourrai jamais oublier les blessés qui sortaient de l’hôpital de Vallcarca. Mutilés, couverts de bandages, à demi nus malgré le froid, ils se poussaient vers la route en criant qu’on ne les abandonne pas aux mains des vainqueurs […]. Ceux qui avaient perdu leurs jambes se traînaient sur le sol, ceux qui avaient perdu un bras levaient l’autre le poing fermé, les plus jeunes pleuraient de peur, les plus âgés hurlaient de rage et maudissaient ceux d’entre nous qui fuyaient et les abandonnaient.

Teresa Pàmies, jeune militante du PSUC communiste.

01 1939              Le Schwabenland est un navire allemand porteur de deux hydravions Dornier Do J, le Passat et le Boreas, qu’il est à même de catapulter. Il s’est avancé dans les mers australes jusqu’aux côtes nord de l’Antarctique, entre  1° O et  20° E et entre 70° et 75° S, à 10° au sud du cercle polaire ; ses deux avions vont larguer sur ce territoire du continent antarctique des barres d’aluminium porteuses du drapeau allemand : ils parviennent à baliser ainsi près de 600 000 km² qu’ils baptisent Neuschwabenland, le nom allemand de la Souabe. En matière de colonisation, difficile de faire plus vite : il est vrai qu’il n’y avait guère que des manchots qui n’éprouvaient pas d’aversion pour des poteaux d’aluminium et un drapeau allemand. Cette annexion ne sera entérinée par personne ; elle est aujourd’hui à la Norvège.

Le Schwabenland était un cargo mixte équipé d’une catapulte à vapeur et de moyens de levage pour les dix tonnes de ses deux hydravions Dornier Do J, le Passat et le Boreas

Le Schwabenland

6 02 1939                   Les dirigeants et militaires républicains espagnols arrivent en France, à la suite des civils : ils sont rassemblés dans les camps d’Argelès sur mer : les trois cotés du camps sont délimités par des barbelés plantés à la va-vite sur la plage, le quatrième coté, c’est la mer. D’autres camps suivront, séparant femmes, enfants, vieillards, malades et les hommes et soldats.

Imaginez une sinistre frange de terre sablonneuse, d’environ deux kilomètres de long sur quatre à cinq cent mètres de large. Elle était balayée par la Méditerranée d’un coté et finissait dans un marais de l’autre. Toute la zone, divisée en corrals carrés, était entourée de barbelés. Des mitrailleuses étaient disposées le long du périmètre du camp. Des latrines, qui consistaient en une longue poutre fixée sur des piliers sous laquelle la marée passait, furent construites sur la plage. C’est ainsi que nous fûmes accueillis par la France républicaine et son gouvernement socialiste. En signe de gratitude pour cet accueil chaleureux, nous décidâmes de baptiser ces latrines boulevard Daladier […] Le sable paraissait sec, mais il ne l’était qu’en surface. Il nous fallait dormir dehors par groupe de cinq à dix hommes. Avec quelques une des capotes et des couvertures, nous faisions notre couche et avec les autres nous nous couvrions. Il fallait éviter de se retourner d’un coté sur l’autre, car la partie mouillée du corps gelait dans l’air froid et cela pouvait entraîner une pneumonie […]. Les hommes blessés et malades étaient aussi là. La mortalité était très élevée, elle atteignait une centaine de personnes chaque jour.

Emil Shteingold, brigadiste letton, au camp de Saint Cyprien, 90 000 hommes.

Barcelone est tombée aux mains des Franquistes le 26 janvier, Madrid tombera le 28 mars. Le maréchal Pétain viendra représenter la France pour fêter la victoire aux cotés de Franco ; dans la foulée, il sera nommé ambassadeur de France à Madrid. 100 000 hommes tombèrent sur les champs de bataille, 50 000 à l’arrière, de maladie et de malnutrition, 10 000 victimes, dans les bombardements de populations civiles. Mais ce sont les représailles qui firent le plus de victimes : Terreur blanche contre Terreur rouge. 49 772 de la part des républicains, dont 4 184 prêtres, 12 évêques, 2 635 moines et 283 religieuses, à peu près 13 % des ecclésiastiques d’Espagne. 200 000 de la part des nationalistes, dont la moitié après la fin de la guerre. Nombreux furent les républicains qui restèrent cachés, terrés chez des amis, le plus souvent dans leur famille pendant 30 ans, ne parvenant pas à accorder confiance aux différentes amnisties prononcées par Franco. Il fallut attendre la dernière, en 1969, pour qu’ils puissent reprendre une vie d’homme libre. On comptera 450 à 500 000 exilés : nombre d’entre eux rentreront, mais 280 000 resteront à l’étranger, principalement en France.

Le gangstérisme d’Etat pu sévir sans trop se cacher : se mirent alors en place des réseaux de trafics d’enfants alimentés par des détournements dans les maternités même : on choisissait des femmes seules ou en situation difficile et, après l’accouchement, on leur faisait croire que leur enfant était mort-né, pour pouvoir le vendre tranquillement. La mère faisait elle preuve d’un soupçon de méfiance en demandant à voir l’enfant ? On sortait alors d’un congélateur un nouveau-né mort en lui disant que c’était le sien ; puis on le remettait au frais en attendant d’avoir à le ressortir pour la demande suivante. Ce trafic dura des dizaines d’années. Le prix était d’environ  200 000 pesetas, – à peu près 2 400 € actuels -. Le trafic pourrait avoir concerné 300 000 enfants de 1940 à 1990. Ce qu’il en fallu de complicités assassines, de lâchetés, de peurs rentrées pour permettre tout cela : médecins, infirmières, prêtres, religieuses, employés à l’administration des hôpitaux, employés d’État Civil : que de registres truqués, de certificats de décès bidons, etc… tout cela avec l’argument fallacieux : mais c’était pour le bien de ces enfants : leurs mères n’avaient pas les moyens de les éduquer convenablement. [voir Courrier International n° 1102, du 15 au 21 décembre 2011]

Savez-vous ce qu’est la guerre d’Espagne, ce qu’elle a été vraiment ? Si vous ne le savez pas, vous ne comprendrez jamais rien au fascisme, au communisme, à la religion, à l’homme, vous ne comprendrez jamais rien à rien ; parce que toutes les erreurs, tous les espoirs du monde se sont concentrés dans cette guerre, comme une lentille concentre les rayons du soleil et met le feu, de même l’Espagne s’est allumée avec tous les espoirs et toutes les erreurs du monde, et c’est de ce feu que le monde crépite aujourd’hui.

Leonardo Sciascia. Les oncles de Sicile. Gallimard 2002

C’est cela, une guerre civile : la détestation à mort du frère pour la sœur, de la mère pour la fille. C’est cela, la vraie guerre, dès qu’on oublie les récits de la mémoire utile et de l’Histoire rangée : les assassinats sordides, les enlèvements, les cachots secrets, les sinistres paseos, les cadavres abandonnées dans la Casa Del Campo, les parloirs des prisons bondées, avec ces foules hurlantes ; et moi, à 3 ans, accroché aux barreaux, criant Maman, Mamita, me débattant entre deux miliciennes.

[…] C’est, pour un enfant d’à peine six ans, la route de l’exil dans une nuit gelée, en mars 1939, remplie de l’écho de la bataille perdue, avec, dans les voitures, cette peur sourde : Tiendront-ils ? et, à chaque barrage, la question angoissante : Qui est-ce ? Les nôtres ? Puis, dans les lueurs d’une aube surnaturelle, ces foules désemparées, vindicatives et terrorisées, entassées sur le quai devant le dernier cargo anglais surchargé de réfugiés. Et pour finir, la côte qu’on regarde s’éloigner dans un hébétement incrédule. Des cicatrices intérieures, oui : la peur, la faim, le froid, l’inguérissable mélancolie. Mais surtout l’aversion des idéologies, du lyrisme et du pathos. J’entendrai plus tard les récits, je lirai les plaidoyers et les apologies, République, fascisme ; je tenterai de m’y accrocher. Mon corps chaque fois me rappelait au désordre sanglant : où donc, dans ce Madrid de guerre, se trouvait la République ? Son gouvernement avait fui ; les anarchistes la rejetaient au nom de leur pureté révolutionnaire ; les socialistes de Largo Caballero s’unissaient aux communistes qui la défendaient en attendant de pouvoir l’étrangler. Dans les rues de la capitale, ce ne sont pas les portraits d’Azaña ou de Negrin que je voyais, mais ceux, immenses, de Marx, de Lénine et de Staline. De l’autre coté, carlistes, catholiques, phalangistes vouaient à cette Gueuse honnie une haine véritablement démente.

Michel del Castillo Mes cicatrices intérieures   L’Histoire n°311   2006

Ce n’est pas Franco qui a gagné la guerre ; ce sont les républicains qui l’ont perdue. […] Régime légal de l’Espagne, la République n’a pas été capable, en présence du danger, de sceller la coalition des citoyens. Tout le monde luttait contre tout le monde. La défaite des républicains est due à l’anarchie ; la victoire de Franco, à la discipline. La maladie de la Résistance est celle des républicains espagnols. Les chefs des mouvements devraient y prendre garde.

Jean Moulin à Daniel Cordier. Août 1942

Des bourgeois européens qui, pour la plupart, ne songeaient plus beaucoup à l’éventualité d’une guerre où ils devraient tout sacrifier à la patrie, vinrent à Salamanque et à Burgos s’enrôler dans les rangs fascistes. Et beaucoup plus nombreux encore, des ouvriers de Tchécoslovaquie, d’Angleterre, d’Allemagne et de France qui eussent refusé de donner une goutte de leur sang pour la défense de leur pays capitaliste moururent en héros sous les murs de Madrid dans les Brigades Internationales. De tels états d’âme, qui rappelaient les mentalités des anciennes guerres de religion, eurent d’incalculables conséquences morales et politiques. Dans chaque pays, l’esprit national baissa de plusieurs crans au profit de la solidarité des classes et de la solidarité mystique.

On cessa de penser français, anglais, belge ou tchèque, pour penser fasciste ou anti-fasciste, communiste ou anti-communiste. Les doctrines d’intérêt d’État reculèrent non dans l’esprit du public, mais dans celui des élites et de leurs représentants autorisés, les diplomates, les hommes d’État et même les militaires. C’est ainsi, pour ne citer qu’un exemple frappant, que le grand État-major français, qui avait toujours été partisan de l’alliance russe – Foch a écrit que l’alliance russe avait sauvé la France d’une mort certaine en 1914 – perdit tout à coup de vue ses grandes raisons techniques et stratégiques, et ne retînt qu’une chose, c’est que les Russes étant rouges au lieu d’être blancs, il fallait se passer d’eux.

Henri de Kérillis          Français, voici la vérité              Editions de la Maison Française New York 1942

Je vais vous raconter quelque chose que vous ne savez pas, quelque chose de la guerre. Il prit une gorgée de nescafé ; je fis de même : Miralles avait eu la main un peu lourde sur le cognac. – Quand je suis parti au front en 1936, d’autres garçons étaient partis avec moi. Ils étaient de Terrassa, comme moi ; très jeunes, presque encore des enfants, comme moi ; j’en connaissais quelques-uns de vue ou pour avoir parlé avec eux, mais pas la plupart. C’était les frères Garcia Segués (Joan et Lela), Miquel Cardos, Gabi Baldrich, Pipo Canal, le gros Odena, Santi Brugada, Jordi Gudayol. Nous avons fait la guerre ensemble, les deux guerres : la nôtre et l’autre, mais c’était la même. Aucun d’entre eux n’a survécu. Tous morts. Le dernier était Lela Garcia Segués. Au début, je m’entendais mieux avec son frère Joan, qui avait le même âge que moi, mais, avec le temps, Lela est devenu mon meilleur ami, le meilleur que j’aie jamais eu : on était tellement amis qu’on n’avait même pas besoin de se parler quand on était ensemble. Il est mort à l’été 1943, dans un village près de Tripoli, écrasé par un char anglais. Vous savez, depuis la fin de la guerre, je n’ai pas passé un seul jour sans penser à eux. Ils étaient si jeunes… Ils sont tous morts. Tous morts. Morts. Morts. Tous. Aucun d’entre eux n’a jamais goûté les bonnes choses de la vie : aucun n’a jamais eu de femme pour lui tout seul, aucun n’a connu le bonheur d’avoir un enfant et de le voir, à trois ou quatre ans, se glisser dans son lit, entre sa femme et lui, un dimanche matin, dans une chambre ensoleillée. ..

A un moment donné, Miralles avait commencé à pleurer : son visage et sa voix n’avaient pas changé, mais quelques larmes, au-delà de toute consolation, coulaient, d’abord rapides, le long de la surface lisse de sa cicatrice puis, plus lentes, sur ses joues à la barbe clairsemée.

  • Parfois, je rêve d’eux et je me sens alors coupable : je les vois tous, intacts, ils me saluent en plaisantant, aussi jeunes qu’autrefois puisque le temps n’a plus cours pour eux, aussi jeunes qu’autrefois, et ils me demandent pourquoi je ne suis pas avec eux, comme si je les avais trahis, car ma véritable place était là-bas ; ou comme si j’usurpais la place de l’un d’entre eux ; ou comme si, en réalité, j’étais mort depuis soixante ans dans un quelconque fossé d’Espagne ou d’Afrique ou de France et que j’étais en train de rêver d’une vie future avec une femme et des enfants, une vie qui finirait ici, dans cette chambre d’hospice, pendant que nous causons.

Miralles continua à parler plus précipitamment, sans sécher les larmes qui coulaient le long de son cou et mouillaient sa chemise de flanelle.

  • Personne ne se souvient d’eux, vous savez ? Personne. Personne ne se souvient même pourquoi ils sont morts et pourquoi ils n’ont jamais eu ni femme, ni enfants, ni chambre ensoleillée ; personne, et encore moins ceux pour lesquels ils se sont battus. Aucune rue misérable d’aucun village misérable d’aucun pays de merde ne porte ni ne portera jamais le nom de l’un d’entre eux. Vous comprenez ? Vous comprenez, n’est-ce pas ? Ah… mais je m’en souviens moi, et comment ! de tous je me souviens, de Lela et de Joan et de Gabi et d’Odena et de Pipo et de Brugada et de Gudayol, je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme ça, il n’y a pas un seul jour où je ne pense à eux.

Miralles cessa de parler, sortit un mouchoir, sécha ses larmes, se moucha ; il le fit sans pudeur, comme s’il n’avait pas honte de pleurer en public, ainsi que le faisaient les vieux guerriers homériques, ainsi que l’aurait fait un soldat de Salamine. Il but ensuite d’un trait son nescafé refroidi. Nous gardâmes le silence, en fumant. La lumière du balcon faiblissait peu à peu ; à peine entendait-on les voitures passer. Je me sentais bien, un peu ivre, presque heureux. Je pensai : Il se souvient de ses compagnons pour la même raison que moi je me souviens de mon père et Ferlosio du sien et Miquel Aguirre du sien et Jaume Figueras du sien et Bolano de ses amis latino-américains, de tous les soldats morts dans des guerres perdues d’avance : il se souvient d’eux, décédés soixante ans plus tôt et pourtant pas encore morts, précisément parce qu’il s’en souvient. Ou peut-être n’est-ce pas lui qui se souvient d’eux, mais eux qui s’agrippent à lui, pour ne pas mourir complètement. Pourtant, après la mort de Miralles, pensai-je, ses amis mourront complètement eux aussi, car il n’y aura personne pour se souvenir d’eux et les empêcher ainsi de mourir.

Javier Cercas             Les soldats de Salamine           Actes sud        2002

Madame Blanco, amis des parents de Françoise, quitte Barcelone, enceinte de 2 mois pour se réfugier en France : après avoir transité à Perpignan, elle est dirigée sur Besançon, puis Arc et Senans, dans les anciennes Salines Royales, où l’on regroupe des réfugiés espagnols. Aldo naît en août 1939. Madame Blanco ne peut pas le nourrir. Le bébé souffre de dénutrition et l’assistante sociale décide de leur évacuation sur l’hôpital de Besançon, tenu par des religieuses. L’une d’elles veut persuader Madame Blanco de le faire baptiser : elle refuse et se retrouve isolée sous le prétexte fallacieux d’une gale, puis renvoyée de l’hôpital vers le sud du pays, avec son enfant dénutri, sans nourriture, sans aucune recommandation pour le centre d’accueil de destination : le bébé est dans un cageot ; le convoi passe par Tarascon ; à Perpignan, on les loge dans une écurie de chevaux, dont on vient d’enlever grossièrement le crottin, pour finalement échouer à Argelès où Aldo meurt, 8 mois après sa naissance, en avril 1940. En décembre 1940 Madame Blanco retrouvera son mari qui, après avoir combattu dans les rangs républicains, avait été interné au camp de Vernet, en Ariège. L’attitude de ces religieuses n’était pas isolée… dans les années qui suivront, l’administration de Vichy pratiquera une ségrégation vis à vis des espagnols : les enfants espagnols seront tenus à l’écart des distributions de lait dans les écoles, ils n’auront pas le droit de monter le drapeau lors du lever aux couleurs, etc…

Les Salines Royales d’Arc et Senans, en Franche Comté, sont une étonnante réalisation de Claude Nicolas Ledoux (1736-1806) de 1775 à 1779, au vu de laquelle on ne peut s’empêcher d’avoir un peu froid dans le dos tant est manifeste et précoce la volonté de contrôler la vie des gens de A à Z : on dirait qu’il n’y manque que les miradors en bonne pierre de taille. C.N. Ledoux est aussi l’architecte de 17 bureaux de perception, sur les grands boulevards de Paris, dont 4 sont encore debout… ils provoquèrent le mécontentement général des parisiens, hostiles à ce mur murant Paris qui rend Paris murmurant… Les salines connaîtront leurs premières difficultés avec la suppression, à la révolution, de l’impôt le plus impopulaire : la gabelle, puis, en 1840, avec la suppression du monopole d’Etat sur le sel. Désaffectées en 1895, rachetées par des entrepreneurs privés, elles tomberont en ruine ; le département se décida enfin à les prendre en charge en 1927 après que le dernier propriétaire, plutôt que de faire les frais d’une restauration, ait dynamité la maison du directeur. Il fut alors question de transférer les haras Nationaux de Besançon aux Salines Royales et quelques aménagements en ce sens furent effectués. C’est en l’état qu’elles furent transformées en centre d’accueil, au confort tout rustique, pour les réfugiés espagnols, à partir de février 1939. Des Tziganes – jamais plus de 200 – prendront leur suite de juillet 41 à septembre 1943.  Elles ont été aujourd’hui magnifiquement restaurées et classées au titre du patrimoine mondial de l’UNESCO. La fondation Claude Nicolas Ledoux en assure l’animation.

Ignorez-vous ce qu’il en coûte à ceux qui osent changer la masse des idées reçues ?

Claude Nicolas Ledoux

Musique / chant : Lluis Illach. Silvia Perez Cruz.

27 02 1939                 La France et la Grande Bretagne reconnaissent le régime de Franco.

10 03 1939          Felix Kersten, né en Estonie, de nationalité finlandaise, pourvu de dons de guérisseur coiffés par des études de médecine allopathique et l’enseignement très précis d’un lama tibétain sur 3 ans, entre pour la première fois au siège de la Gestapo à Berlin, Prinz Albrecht-Strasse, pour y soigner le Reichsführer Heinrich Himmler, ministre de l’Intérieur et donc à la tête des SS, qui souffre de maux d’estomac qu’aucun médecin jusqu’à présent n’est parvenu à soulager. Leur relation durera jusqu’à la défaite de l’Allemagne : Kersten fera du funambulisme pendant ces cinq années, parvenant à imposer à Himmler de troquer ses honoraires contre des élargissements de prisonniers, détenus etc… Himmler ne roulait pas sur l’or et le troc était bienvenu, mais surtout il avait physiquement besoin, et plusieurs fois par semaine de Kersten, seul à même de le soulager, sinon de le guérir. À ses dires, amplement vérifiés parait-il, il aurait ainsi fait échapper à la mort des dizaines de milliers de détenus… 3 millions de Hollandais auraient vu suspendu leur déportation en Pologne, 2 700 juifs déportés à Thérésienstadt, auraient vu leur train pour Auschwitz détourné sur la Suisse, etc…  Joseph Kessel, après s’être longuement entretenu avec Kersten, a publié le récit Les mains du miracle où l’on voit un Himmler réduit au rôle de simple marionnette aux mains de Kersten : difficile à croire…

14 03 1939                   Hitler convoque à Berlin le président tchèque Émil Hácha, et simule une colère telle que le tchèque s’évanouit et qu’il faut l’intervention du Dr Morell, médecin d’Hitler pour le remettre sur pied, après quoi, terrorisé, il acceptera de remettre avec une pleine confiance le pays tchèque entre les mains du Führer.

15 03 1939                 L’Allemagne occupe la Tchécoslovaquie.

Pendant mille ans, les provinces de Bohême et de Moravie ont fait partie de l’espace vital du peuple allemand. […] Le peuple allemand ne peut tolérer l’existence de troubles continuels sur ce territoire. C’est pourquoi, en vertu de la loi d’autoconservation, le Reich allemand est maintenant résolu à intervenir et à employer des mesures décisives pour établir les bases d’un ordre raisonnable en Europe centrale. Au cours des mille années de son histoire, il a en effet déjà prouvé qu’en raison de la grandeur et des qualités du peuple allemand, le Reich est seul qualifié pour entreprendre cette tâche.

Hitler, à Prague le 16 mars

28 03 1939                 Peugeot sort la 202 : 4 portes, 4 places, 23 400 F (environ 8000 € de l’an 2000). La marque prendra l’habitude de nommer ses voitures par des chiffres choisis dans les centaines, ce qui laissait dans tous les cas un zéro au milieu du chiffre, lequel zéro était physiquement sur la calandre un trou qui permettait de passer la manivelle. La manivelle disparaîtra, mais le zéro restera.

Peugeot 202

19 04 1939                    Le paquebot Paris brûle au Havre.

30 04 1939                  Exposition universelle à New York.

4 05 1939                      Flanquer la guerre en Europe à cause de Dantzig, c’est y aller un peu trop fort, et les paysans français n’ont aucune envie de mourir pour les Poldèves.

Marcel Déat               L’Œuvre

11 05 1939                  Un petit incident de frontière proche de l’est de la Mongolie extérieure entre agents japonais et russes serait resté sans conséquences si les deux pays n’avaient disposé dans cette région des forces impressionnantes : les soviétiques en Extrême-Orient étaient passées de 100 000 hommes en 1931 à 531 000 en 1939, et l’armée du Kwantung [ou Guangdong, nom japonais de la Mandchourie] de 65 000 à 270 000. Et évidemment tout ce monde ne rêvait que d’en découdre. Déjà en juillet 1938, la bataille du lac Khassan, 120 km au SO de Vladivostock, rive gauche du fleuve Tumen, près de son embouchure, avait donné lieu à une difficile victoire russe sur les Japonais quand les premiers disposaient d’effectifs nettement supérieurs. Staline en avait conçu une colère telle qu’il avait fait fusiller le général Blücher et son état-major. S’engage maintenant la bataille de Khalkhin Gol, ou bataille de Nomohan, avec pour enjeu le contrôle de la Mongolie, alors protectorat russe. Les russes ont à leur tête Joukov, qui a la prudence de s’attendre à une guerre longue et se prépare d’autant plus qu’il est loin de ses bases. A l’opposé, les Japonais, proches de leurs bases, surs de l’emporter rapidement ne consolident pas leurs arrières. On verra des combats aériens mettant aux prises 200 avions ! et encore des chars par centaines. En fin de compte les Russes l’emporteront mais laisseront près de 9 000 morts sur le terrain. Un armistice sera signé  le 15 septembre, chaque armée revenant sur ses positions d’avant le mois de mai. Les Japonais, face à cette résistance russe à leur volonté d’expansion au nord, changeront de stratégie et s’orienteront sur le sud pour les expansions à venir.

13 05 1939                  Le paquebot allemand Saint Louis appareille de Hambourg avec 963 Juifs, sortis pour les uns du camp de Dachau, pour presque tous de leur domicile où ils ont abandonné tous leurs biens ; mais ils ont l’accord des autorités nazis. Le but : les États-Unis, via un détour par Cuba où ils attendront leur visa pour le pays de la liberté. Mais ils ne pourront même pas débarquer à Cuba, où les autorités avaient commencé à se livrer à un trafic sur les visas. Le 4 juin Roosevelt interdira au Saint Louis l’accès aux ports américains ; il en ira de même au Canada. Le Saint Louis n’aura plus qu’à retraverser l’Atlantique dans l’autre sens, en accostant à Anvers, où la Belgique accueillera 250 réfugiés, les Pays-Bas 200, la France 200 et l’Angleterre 282.

22 05 1939                    Pacte d’acier entre l’Italie et l’Allemagne.

05 1939                       Le dernier Livre Blanc anglais, sous le gouvernement de Neville Chamberlain, donnant les directives sur l’immigration juive en Israël, renie la déclaration Balfour, en prévoyant de créer avant dix ans un Etat Palestinien unique. Il s’ensuit que l’immigration juive est limitée à 75 000 arrivants pendant cinq ans, au bout desquels elle sera soumise au consentement arabe : les neurones de Neville Chamberlain n’étaient sans doute pas assez développées pour réaliser que ce document était un arrêt de mort pour tous les Juifs d’Europe pris au piège hitlérien.

17 06 1939                 L’exécution sur le parvis de la prison de Versailles d’Eugen Weidmann, repris de justice allemand auteur de six meurtres, à cause de retards inexpliqués, ne peut avoir lieu qu’au petit matin. La foule se presse devant l’échafaud, les photographes mitraillent, un film est tourné. Service d’ordre, bousculade. Tout cela donne lieu à tant d’indécence – on vit les paumés du petit matin venir là terminer leur nuit arrosée, en costume de soirée, certains allant jusqu’à tremper leur mouchoir au pied de la veuve – que décision fut prise de les faire désormais à l’intérieur des prisons.

Est-il sain d’esprit, sain à la manière féroce, le garçon aux longs cils qui soignait ses rosiers, saluait le voisin, serrait le col d’une jeune fille, puis jouait à saute-mouton ? Ou bien est-il sadique, porteur d’un invisible cilice qui le brûle de félicité ?

[…] Mon métier d’écrivain ne consiste pas à accabler un être que tout et ses propres aveux condamnent, mais bien à dénoncer le drame humain, en quelque lieu qu’il éclate, et plutôt que de passer légèrement sur le pathétique d’une audience comme celle-ci, de taire qu’un assassin a rarement montré – à défaut d’autre scrupule – le souci de la scrupuleuse vérité autant que le Weidmann d’hier, j’aimerais mieux ne plus écrire.

Nous n’acceptions pas sans nous débattre qu’un assassin hideux ait, d’un bout à l’autre des audiences, conservé sa dignité corporelle, la mesure dans les mots, le refus de s’apitoyer sur lui-même, qu’il ait pris soin de ne jamais en appeler à notre compassion, voire à notre intérêt ; mais en débattant, nous l’acceptions

Colette                                   Paris-Soir, 2 avril 1939

2 07 1939                   Le général Maxime Weygand déclare à Lille : L’armée française a une valeur plus grande qu’à aucun moment de son histoire

19 07 1939            Une locomotive électrique fait 204 km/h de Milan à Florence. En France, l’État Major ne veut pas entendre parler d’électrification du chemin de fer : énergie trop fluide, invisible, subtile quand la mécanique, elle, fait le poids.

A 19 heures, Fritz Wiessner et Pasang Dawa Kikuli se trouvent à 8 370 m. sur l’arête sommitale du K2, sans oxygène : ils ne leur reste plus que 240 m de dénivelé à faire pour vaincre le deuxième sommet du monde : 8 611 m. Fritz Wiessner est né à Dresde en 1900, il a émigré aux Etats-Unis en 1929. Sa force, son talent, sa puissance d’organisation font de lui un insurclassable alpiniste sur le continent américain. Pasang Dawa Kikuli est sherpa, bien sûr, mais aussi lama bouddhiste. Il vient d’un pays où, la nuit, on jette des pierres sur les ponts pour en chasser les esprits malins, où l’on croit que les montagnes sont les demeures des divinités. Il a peur de la nuit près des sommets ; il ne veut pas poursuivre : Tomorrow, Sahib, tomorrow. Fritz Wiessner ne pourra le faire revenir sur sa décision, et, tomorrow, cela ne sera pas possible. Ils commencent à descendre et Pasang perd ses crampons ; pour un sherpa, le danger, c’est la descente, lorsque la Déesse Blanche de la Montagne lâche ses chiens,  [les avalanches]. Ce n’est qu’à deux heures du matin que les deux hommes arrivent au dernier camp à 7 900 m. Ils font une nouvelle tentative le lendemain, mais la paire de crampons manquante est un trop gros handicap et ils ne peuvent continuer. Fritz Wiessner est un adepte du by fair means, – peu de pitons en montagne, pas d’oxygène au K2, pas non plus de radio -. Il a mis sur pied une logistique impeccable : 8 camps avec duvets, vivres et réchauds, sont échelonnés sur l’arête des Abruzzes. L’absence de radio va l’empêcher de demander des crampons, pire… elle va laisser se propager le défaitisme de la plupart de ses compagnons. Il retrouve Dudley Wolfe au camp 8 à 7 700 m, furieux d’être bloqué là depuis une semaine sans qu’aucun ravitaillement ne soit arrivé du bas. Tous trois repartent vers le camp 7, et c’est la chute, que Wiessner parviendra à enrayer par un plantage de piolet : Je ressentis un choc fantastique. J’eus l’impression d’être cassé en deux. À l’époque, j’étais incroyablement costaud. Blessé, Dudley Wolfe reste au camp 7, qui a été déserté, ainsi que tous les autres camps, jusqu’à la base : de la chaîne mise en place pendant des semaines, il ne reste plus rien. Les malentendus, l’inexpérience, la malchance aussi, ont eu raison de cette belle logistique : Wiessner passé pour mort, la débandade commençait. Quatre sherpas repartent alors chercher Dudley Wolfe au camp 7, le trouvent délirant. Refusant de descendre le jour même, les sherpas redescendent au camp 6, puis trois d’entre eux remontent pour emmener Wolfe : on ne les reverra jamais. Les ennuis ne sont pas finis pour Wiessner : à son retour à New York, (la guerre est déclarée en Europe), l’American Alpine Club, plutôt que de saluer l’exploit, ouvre une enquête… le FBI fera de même. On lui reprochera principalement d’avoir engagé pour cette expédition des hommes particulièrement inexpérimentés. Il restera un paria pour l’alpinisme officiel américain pendant vingt ans, et ne sera réhabilité qu’en 1966. Il mourra en 1988.

Camp VI

30 07 1939                 Crise ouverte entre la Pologne et l’Allemagne, à propos du corridor de Dantzig, port de la mer Baltique, aujourd’hui Gdansk, berceau du syndicat Solidarité.

2 08 1939                     Les physiciens nucléaires Leó Szilárd, Edward Teller et Eugene Wigner – tous trois réfugiés hongrois aux Etats-Unis -, convaincus que l’énergie libérée par la fission nucléaire pourrait être un jour utilisée dans des bombes par l’Allemagne nazie, persuadent Albert Einstein, le plus célèbre physicien de l’époque, d’avertir de ce danger Franklin Roosevelt. Szilárd fait le brouillon de la lettre. Dans les semaines suivantes, Roosevelt autorisera  la création du Advisory Committee on Uranium, dont les membres se réuniront dès le 21 octobre. À sa tête se trouvera Lyman Briggs, alors directeur du National Bureau of Standards. Un budget de 6 000 $ sera alloué à Enrico Fermi de l’Université de Chicago pour ses expériences sur les neutrons. La bombe atomique est en route.

Monsieur,

Certains travaux récents d’E. Fermi et L. Szilárd, dont les manuscrits m’ont été communiqués, me conduisent à prévoir que l’élément uranium peut devenir une source nouvelle et importante d’énergie dans un futur immédiat. Certains aspects de la situation qui est apparue me semblent demander une attention, et si nécessaire, une action rapide de la part de l’Administration. Je pense donc qu’il est de mon devoir d’attirer votre attention sur les faits et recommandations suivants :

Ces quatre derniers mois, il est devenu possible grâce aux travaux de Joliot en France ainsi que ceux de Fermi et Szilárd en Amérique, de déclencher une réaction en chaîne nucléaire avec de grandes quantités d’uranium. Grâce à elle, une grande quantité d’énergie et de grandes quantités de nouveaux éléments similaires au radium pourraient être produits. Maintenant, il semble presque certain que ceci pourrait être atteint dans un très proche avenir.

Ce nouveau phénomène pourrait conduire à la construction de bombes et il est concevable, quoique bien moins certain, que des bombes d’un nouveau type et extrêmement puissantes pourraient être assemblées. Une seule bombe de ce type, transportée par bateau et explosant dans un port, pourrait très bien détruire l’ensemble du port ainsi qu’une partie de la zone aux alentours. Toutefois, de telles bombes pourraient très bien s’avérer trop lourdes pour un transport aérien.

Les États-Unis n’ont que du minerai pauvre en uranium et en quantité modérée. Il y a de bons filons au Canada et dans l’ancienne Tchécoslovaquie mais les sources les plus importantes se trouvent au Congo belge.

Eu égard à ces éléments, vous pouvez penser qu’il serait désirable d’avoir un contact permanent entre l’Administration et l’équipe de physiciens qui travaillent sur les réactions en chaîne en Amérique. Une manière possible de réaliser cela serait de donner mission à une personne qui a votre confiance, et qui pourrait peut-être jouer ce rôle à titre officieux. Sa tâche pourrait consister à :

a) se mettre en rapport avec les départements gouvernementaux, pour les informer des développements à venir, et faire des recommandations pour l’action du Gouvernement, en portant une attention particulière au problème de la préservation de l’approvisionnement en minerai d’uranium pour les États-Unis ;

b) accélérer le travail expérimental, qui n’est à présent accompli que dans les limites des budgets des laboratoires universitaires, en fournissant des fonds, si nécessaire, par des contacts avec des mécènes privés ralliés à cette cause, et peut-être aussi en obtenant la coopération de laboratoires industriels possédant les équipements requis.

Il paraît que l’Allemagne a actuellement mis fin à la vente d’uranium des mines tchèques qu’elle a annexées. Une telle action précoce de sa part peut sans doute être mieux comprise quand on sait que le fils du sous-secrétaire d’État allemand, von Weizsäcker, est attaché à l’Institut du Kaiser Wilhelm à Berlin où une partie du travail américain sur l’uranium est en train d’être reproduite.

Très sincèrement vôtre

Albert Einstein

La réponse arrivera le 19 octobre.

Mon cher Professeur

Je tiens à vous remercier de votre récent courrier et de son contenu, des plus intéressant et important.

J’ai trouvé le sujet d’une telle gravité que j’ai convoqué un conseil constitué des responsables du Bureau des Normes, et choisi un représentant de l’armée et de la marine pour approfondir les champs ouverts par votre proposition concernant l’uranium.

Je suis heureux de constater que le Docteur Sachs [à la tête du National Policy Committee.ndlr] ait manifesté sa volonté de coopérer avec ce comité et je pense que c’est la méthode la plus pratique et la plus efficace pour traiter le sujet.

Merci d’accepter mes sincères remerciements.

Très sincèrement vôtre.

Franklin Delano Roosevelt

Dr. Albert Einstein. Old Grove Road. Nassau Point. Peconic. Long Island. New York

23 08 1939                  Pacte germano soviétique, dit encore Ribbentrop-Molotov, qui prévoit entre autres, le partage de la Pologne.

27 08 1939                   Les Allemands font voler leur premier avion à réaction : le Heinkel HE 178 : le turboréacteur a été conçu par Hans Pabst von Ohain. En fait, le réacteur avait déjà été testé sur un autre avion, le bombardier en piqué He 118, pour le vol lui-même, mais l’avion continuait à décoller et atterrir avec son moteur classiques à hélice le réacteur étant placé sous la carlingue, au centre, et mis en route seulement après le décollage. Suivront le Heinkel He 280 entre 1940 et 1942. Mais la Luftwaffe n’était pas intéressée par ces fabuleuses nouveautés et ces trois premiers avions resteront des prototypes, intégralement financés par le patron, M. Heinkel. En 1944 le He162 A2 sera le premier produit en série… mais trop tard pour inverser le cours des choses.

Heinkel He-118 V1

He 118

He 176, … oublié par la postérité

 

He 178

Heinkel He 178 (1939)

He 178

He 280

He 162 Salamandre

28 08 1939                 Les tableaux et la statuaire du Louvre reprennent la route, pour être cachées dans une trentaine de châteaux, pour la plupart proches de la Loire : Chambord, Valençay, Cheverny, Brissac dans un premier temps, puis plus au sud au fur et à mesure de l’avancée des Allemands. Une partie restera à Paris, dans les caveaux du Panthéon et de Saint Sulpice.

On a beau avoir établi des plans méticuleux… le caractère exceptionnel de l’opération rend les imprévus inévitables : on n’avait pas prêté particulièrement attention au Radeau de la Méduse, qui s’avérait être le plus grand des tableaux, au moins dans une dimension : il lui fut impossible de passer sous un pont et il dut rebrousser chemin pour être débarqué au château de Versailles !

31 08 1939                 L’Allemagne exige la cession de Dantzig et l’organisation d’un plébiscite dans le corridor : depuis 1918, le couloir de Dantzig séparait l’Allemagne de la Prusse orientale. Se refusant encore à passer pour l’agresseur, Hitler monte un simulacre d’attaque de la station de radio de Gleiwitz, en territoire allemand, par des troupes polonaises… qui ne sont autres qu’un commando allemand revêtu d’uniformes polonais ; il a ainsi son article dans le journal qui lui permet de jouer les victimes.

16 000 écoliers parisiens sont envoyés en province.

08 1939              L’écrivain / diplomate Paul Morand est nommé chef de la Mission française économique de Londres.

M. Hitler est par nature artiste et non politique et, une fois réglée la question de la Pologne, il se propose de finir ses jours en artiste et non en faiseur de guerres.

Neville Chamberlain, premier ministre de Grande Bretagne.

Mais comment donc pareil niais a-t-il pu arriver au pouvoir ?

1 09 1939     4h45′                Le cuirassé allemand Schleswig-Holstein, sans déclaration de guerre, bombarde la garnison polonaise de Westerplatte, le port de Gdansk ; la Luftwaffe se chargera de la suite : c’est ainsi qu’Hitler envahit l’ouest de la Pologne ; Staline envahit l’est.

En France, mobilisation générale. Premier dégât collatéral : annulation du 1° festival de Cannes, prévu précisément ce jour.

La France ressent dès l’exposition universelle de 1937 le désir de consolider son prestige culturel en organisant une compétition internationale de films. À la fin des années 1930, choqués par l’ingérence des gouvernements fascistes allemand et italien dans la sélection des films de la Mostra de Venise – inaugurée en août par le docteur Joseph Goebbels, Les Dieux du stade de Leni Riefensthal a été récompensé -, Philippe Erlanger (directeur de l’Association française d’action artistique) et les critiques de cinéma Émile Vuillermoz et René Jeanne (tous trois membres du jury international de la Mostra) soumettent à Jean Zay, ministre de l’Éducation, des Beaux-Arts et des Sports, l’idée d’un festival international de cinéma, politiquement indépendant, en France. Jean Zay, intéressé par la proposition, donne une réponse favorable le 26 décembre 1938 et est encouragé par les Américains et les Britanniques qui ont boycotté la Mostra de Venise : Harold Smith, représentant à Paris de la Motion Picture Association of America et Neville Kearney, délégué officiel du cinéma britannique en France, s’engagent à soutenir ce festival du monde libre et à y amener des vedettes. Le festival se veut un partenariat franco-américain qui crée le plus grand marché du film mondial. Plusieurs villes sont candidates, notamment Vichy, Biarritz, Lucerne, Ostende, Alger et Cannes, dont Henri-Georges Clouzot apprécie l’agrément et l’ensoleillement. Le comité de coordination composé des représentants des différents ministères concernés par le festival, après avoir étudié les atouts de chaque ville et envoyé ses représentants sur place, retient finalement Cannes. Deux personnalités cannoises, les directeurs de palaces Henri Gendre, propriétaire du Grand Hôtel, et Jean Fillioux, propriétaire du Palm Beach, ont en effet mis en avant leurs chambres, leurs équipements ainsi qu’une salle de projection pouvant accueillir un millier de spectateurs. De plus, la ville de Cannes s’est engagée à augmenter sa participation financière à 600 000 francs, à mettre à la disposition du comité ses salles de réception et a promis de construire un palais spécialement dédié au festival.

Philippe Erlanger est le premier délégué général du Festival.

En juin 1939, Louis Lumière accepte d’être le président de la première édition du Festival qui doit se dérouler du 1er au 20 septembre. Il avait alors déclaré vouloir encourager le développement de l’art cinématographique sous toutes ses formes et créer entre les pays producteurs de films un esprit de collaboration. La sélection française est arrêtée et comprend L’Enfer des anges de Christian-Jaque, La Charrette fantôme de Julien Duvivier, La Piste du nord de Jacques Feyder et L’Homme du Niger de Jacques de Baroncelli.

Parmi les films étrangers, on retrouve Le Magicien d’Oz de Victor Fleming, Pacific Express (Union Pacific) de Cecil B. DeMille, Au revoir Mr. Chips (Goodbye Mr Chips) de Sam Wood et Les Quatre Plumes blanches (The Four Feathers) de Zoltan Korda, un film tchèque interdit par Hitler.

Le peintre Jean-Gabriel Domergue, cannois par adoption, crée la célèbre affiche du 1er Festival.

Dès le mois d’août, les vedettes affluent et la Metro-Goldwyn-Mayer affrète un paquebot transatlantique pour amener les stars d’Hollywood : Tyrone Power, Gary Cooper, Annabella, Norma Shearer et George Raft. On prévoit des fêtes ; inspirés par le film Quasimodo, les Américains projettent de construire une réplique de Notre-Dame de Paris sur la plage de Cannes. Le 1° septembre, jour de l’ouverture, les troupes allemandes pénètrent en Pologne, et le Festival est annulé.

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ET SI …

Imaginons l’échange qu’auraient pu avoir au téléphone Louis Lumière, président de ce premier festival avec Jean Zay, ministre de l’Education nationale, des Beaux-Arts et des Sports, dans le gouvernement Daladier, ce 1° septembre 1939…

Louis Lumière          Monsieur le ministre, j’ai appris comme tout le monde que le chancelier Hitler venait d’envahir la Pologne et que le gouvernement français avait ordonné la mobilisation générale. Dans ces conditions, il m’est impossible de maintenir  ce festival : le cinéma est par trop assimilé à un monde de vie facile, engendrant le vedettariat, et ce qui reste dans le champ du critiquable en temps de paix devient insupportable en temps de guerre. Aussi ai-je pris la décision de l’annuler, et je tenais à vous donner la primeur de cette information.

Jean Zay                    Monsieur Lumière, j’entends bien votre propos et vos sentiments vous honorent. Mais il se trouve que si je suis ministre de l’Education Nationale, des Beaux-Arts et des Sports dans ce gouvernement c’est pour m’occuper de l’aspect politique de ces activités. Vos amis Philippe Erlanger, Émile Vuillermoz et René Jeanne sont venus me voir il y a quelques mois pour me soumettre l’idée de ce festival dont vous êtes aujourd’hui le président. Si j’ai vivement encouragé cette initiative, c’est dans une optique essentiellement politique, celle de présenter un front solide et cohérent sur le plan artistique au nazisme allemand et au fascisme italien qui n’ont pas hésité à mettre la main sur la Mostra de Venise, pour en faire l’instrument de la diffusion de leur poison. Et aujourd’hui plus que jamais, je suis convaincu de la nécessité de se battre aussi sur ce front, je suis convaincu que la défense de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ne sont pas seulement au bout des fusils, mais aussi dans les bobines de films qui sont au programme de votre festival.

Votre combat est essentiel, aussi je vous demande de revenir sur votre décision. Il y aura évidemment quelques aménagements à faire, quelques festivités voyantes à éviter, mais le champagne se garde longtemps ; il faudra se montrer un peu plus discret sur ce point.

Mais je vous en prie, ne changez rien d’essentiel au programme ; pour ma part, je vais faire en sorte d’élargir le débat pour que tout le monde de la culture participe à ce festival : je me charge de faire venir dans les 48 heures à Cannes des représentants du monde littéraire, du théâtre, de la culture, de la peinture pour qu’ils y prennent la parole, qu’ils proclament haut et fort qu’il ne peut y avoir de culture là où il y a la censure, les autodafés, la prison pour délit d’opinion.

Que ne ferait-on pas avec des SI ?     Jean Zay démissionnera du gouvernement dès le lendemain pour rejoindre le front. Nul ne pouvait savoir que la guerre allait attendre et que l’on allait s’installer pendant neuf mois dans une drôle de guerre. L’union sacrée du monde des Beaux-Arts ne se constituera pas et on assistera même, impuissants à son éclatement, quand des artistes renommés accepteront l’invitation des nazis à se rendre en Allemagne pendant la guerre, y cautionner la culture nazie, quand l’extrême droite prendra la direction d’organes de presse antisémites etc…

3 09 1939                    La France et la Grande Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne.

La France compte 41 millions d’habitants, l’Allemagne, 70. Le Français se fait rare, dira Giraudoux

Près de 500 000 personnes commencent à évacuer l’Alsace, vers la Dordogne et l’Indre. Le gouvernement fait venir d’Indochine 19 750 hommes – linh tho : travailleur soldat -, pour soutenir l’économie de guerre, seulement pour la durée des hostilités, en s’appuyant sur une instruction de la M.O.I. – Main d’œuvre indigène, nord-africaine et des colonies -, service rattaché au Ministère du Travail, datant de 1934 :

Dans le cas d’agression manifeste mettant la métropole en danger […] des unités de travailleurs coloniaux encadrées peuvent être employées en dehors de leur territoire d’origine, dans les services publics ou exploitations privées travaillant pour les besoins de la nation.

L’expérience de 1914-1918 a montré que les tirailleurs africains et maghrébins font de la bonne chair à canon, tandis que les Indochinois – 50 000 pendant la grande guerre – s’avèrent une main d’oeuvre habile et docile.

À leur arrivée à Marseille, ces Nha qué, [ainsi qualifiés par les colons], vont commencer par inaugurer la toute nouvelle prison des Baumettes, à peine achevée. La plupart d’entre eux travailleront dans les poudreries, à remplir obus et autres munitions. 250 d’entre eux travailleront le riz en Camargue – 250 ha en 1945 – : la signature de l’armistice ne changera rien à leur sort assimilable à celui d’un détenu (payé dix fois moins qu’un ouvrier), ni l’arrivée de la IV° République : pour nombre d’entre eux, l’enrôlement durera jusqu’en 1952 !

9 09 1939                    Le 2° groupe d’armées, commandé par le général Prételat, [sorti major de promotion de l’Ecole de Guerre en 1905] comprenant les 3° armée du général Condé, la 4° du général Edouard Réquin et la 5° du général Bourret, entre en Sarre – c’est l’offensive de la Sarre – sans rencontrer la moindre résistance allemande, à l’exception d’une mitrailleuse : elles sont déployées le long de la ligne Maginot en Alsace Lorraine, de Petit-Xivry près de Longuyon à Diebolsheim près de Sélestat. La Wehrmacht est alors bien occupée en Pologne. Les Français arrêtent de progresser le 14 et le 21 septembre, le général Gamelin donne l’ordre de la retraite, à la fureur du général Giraud. Puis, très vite, il ne se passera pratiquement plus rien sur le front occidental : on s’installe dans la drôle de guerre – Phoney war – pour les Anglais.

Le général en chef Gamelin aurait été plus à sa place en grand chef scout : Allez, mes braves louveteaux, vous avez très bien joué jusqu’à présent, mais maintenant, il faut rentrer à la maison… la soupe va refroidir.

En traversant les villages allemands, les Français ne rencontrent aucune résistance frontale, mais certains secteurs sont minés par les Allemands, ce qui occasionne des pertes. Les troupes françaises sont parfois retardées durant deux jours. La lente offensive française atteignit son sommet le 12 septembre avec une pénétration de 8 kilomètres en Allemagne. Dans un village, une seule mitrailleuse allemande contint l’avance française pendant plus d’un jour. Le 21 septembre, Maurice Gamelin donne l’ordre de retraite en direction de la Ligne Maginot, certains généraux comme Giraud ne sont pas d’accord voyant une occasion incroyable pour les forces françaises dans la Sarre. Le 17 octobre, les dernières forces françaises de couverture quittent le territoire allemand.

Bernard Zins a étudié les pertes françaises dans le secteur de la Blies, 39 soldats ayant été inhumés au cimetière de Weidesheim dans la commune de Kalhausen. En tout, l’opération de la Sarre aurait fait dans l’armée française environ 2 000 victimes -morts, blessés, malades -.

La Pologne étant battue, les divisions allemandes seront transférées du front de l’Est vers le front Ouest. L’artillerie allemande sera alors à portée des éléments avancés de la Ligne Maginot, et les avions de chasse de la Luftwaffe reviendront dans le ciel occidental.

La première armée allemande de Erwin von Witzleben mènera du 16 au 24 octobre une contre-offensive. Épaulée par une division d’infanterie, la Wehrmacht entrera en France mais n’occupera que quelques kilomètres carrés et ne progressera pas jusqu’au 10 mai 1940, date du début de la Blitzkrieg allemande. Cette contre-offensive, seul combat d’une certaine envergure sur la frontière durant la drôle de guerre, fera 196 tués et 114 disparus dans les troupes allemandes

Le général allemand Siegfried Westphal a lui-même reconnu que la situation à l’Ouest était dangereuse et risquée et a estimé que les Français auraient pu atteindre le bassin de la Ruhr en deux semaines.

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Il n’y avait eu aucune résistance vigoureuse des Allemands qui s’étaient repliés sur la ligne Siegfried après des escarmouches presque sans effusion de sang… Pas une seule division, un seul char, un seul avion allemand ne fut prélevé sur le front polonais pour renforcer celui de l’ouest.

William L. Shirer, général allemand. La chute de la IIIe république, p. 546

Quand nos troupes prirent l’offensive en Alsace au lendemain de la déclaration de guerre, l’État-Major français alla de surprise en surprise. Des mines d’une puissance extraordinaire éclataient sous les pas de l’infanterie. Des bombes à retardement tombaient du ciel dans les villages. Des avions contre-attaquaient avec des sirènes hurlantes qui brisaient les nerfs des soldats. Quand sur le terrain conquis on appuyait sur la porte d’une maison vide ou quand on y déplaçait une chaise, la maison explosait. L’ennemi utilisait pour franchir les rivières des embarcations plates en caoutchouc d’un modèle inédit. Toute la machinerie utilisée par lui était imprévue, nouvelle et souvent merveilleuse. Pour la première fois, on eut conscience que l’invention, facteur redoutable, allait jouer contre la France. Les cervelles allemandes avaient travaillé cependant que les autres s’étaient engourdies.

Henri de Kerillis Français, voici la vérité ! …    Éditions de la Maison Française New-York 1942

Le général Prételat

Des R-35 du 5e BCC dans la forêt de Warndt.

Puis, très vite, il ne se passera pratiquement plus rien sur le front occidental : on s’installe dans la drôle de guerre – Phoney war – pour les Anglais.

10 09 1939                 Le Canada déclare la guerre à l’Allemagne.

26 09 1939                 Dissolution du PCF. Les défections, qui avaient commencé dès la signature du pacte, se transforment en hémorragie. Les arrestations se multiplient. Le 2 octobre, Jacques Duclos passe en Belgique, et dans les jours qui suivent, 41 députés communistes sont arrêtés.

27 09 1939                  Varsovie capitule : 900 000 prisonniers.

4 10 1939                   Le soldat Maurice Thorez, premier secrétaire du PCF et sapeur à la 4° compagnie de navigation fluviale de Chauny, dans le Pas de Calais, déserte pour la Belgique, puis la Russie où il restera jusqu’au 26 novembre 1944.

6 10 1939                   Enième partage de la Pologne : Zone allemande autour de Dantzig et Poznan ; zone polonaise autour de Varsovie, Cracovie, Radom et Lullin, soit 10 M. d’habitants sur 98 000 km², zone russe – rattachée aux républiques d’Ukraine et de Russie blanche – : 280 000 km², occupée par plus de 10 M. d’habitants, dont 3,5 M. de Polonais.

11 10 1939                 Daladier repousse les propositions de paix de Hitler.

16 au 24 10 1939          La première armée allemande de  Erwin von Witzleben mène une contre-offensive. Épaulée par une division d’infanterie, la Wehrmacht entre en France mais n’occupe que quelques kilomètres carrés et ne progressera plus jusqu’au 10 mai 1940.

19 10 1939                 Création du CNRS : Centre National de la Recherche Scientifique, dans un hangar d’Ivry où il abrite un laboratoire de synthèse atomique.  La cellule mère est l’Institut de biologie physico-chimique, fondé en 1927 et le principal animateur de la nouvelle structure est Jean Perrin, prix Nobel en 1926.

22 10 1939                 Le colonel de Gaulle écrit à Paul Reynaud, président du Conseil :

À mon avis l’ennemi ne nous attaquera pas, de longtemps. Son intérêt est de laisser cuire dans son jus notre armée mobilisée et passive […] Puis, quand il nous jugera lassés, désorientés, mécontents de notre propre inertie, il prendra en dernier lieu l’offensive contre nous.

8 11 1939                    Georg Elser fait exploser une bombe dans la grande salle de la brasserie Bürgerbräu, à Munich où auraient dû se trouver les dirigeants du parti nazi, venus là pour fêter l’anniversaire du putsch raté de 1923 : mais Adolf Hitler, Joseph Goebbels, Hans Frank, Joachim von Ribbentrop, Philipp Bouhler, Martin Bormann, Rudolf Hess, Julius Streicher, Fritz Todt, Heinrich Himmler, Alfred Rosenberg avaient quitté la salle treize minutes avant l’explosion.

Ouvrier menuisier et horloger, communiste, il voulait mettre fin à la guerre. Il avait très longuement et minutieusement préparé son attentat, programmant l’explosion entre 21h15’et 21h30’. Mais Hitler n’a parlé que de 20 h 08 à 20 h 58,  soit 40’ de moins de d’habitude, ayant un train à prendre pour Berlin à 21h30’. L’explosion fait huit morts, dont 7 membres du parti nazi, 63 blessés dont 16 grièvement. Georg Elser sera arrêté dès le lendemain, prisonnier à Orianenburg, puis Dachau où il sera abattu le 9 avril 1945.

9 11 1939                    Heinrich Böll fait partie des troupes allemandes stationnées en Pologne ; il écrit à ses parents :

C’est dur ici, et j’espère que vous comprendrez si je ne peux vous écrire qu’une fois tous les deux ou quatre jours dans les temps à venir. Aujourd’hui, je vous écris surtout pour vous demander du Pervitin (…). Je vous embrasse, Hein.

Qu’est-ce donc que ce Pervitin ? Ni plus ni moins qu’une metamphétamine, disons une drogue, communément nommée par les soldats de la Wehrmacht Panzerschokolade, dont ils ont produit pendant la guerre  200 millions de comprimés !

Dans un autre courrier de mai 1940, Böll explique à ses parents qu’il est devenu froid, sans réaction. Une seule pilule de Pervitin est aussi efficace que des litres de café pour rester en alerte.

En Janvier 1942 un groupe de 500 troupes encerclées par l’armée rouge tentera d’échapper à des températures de moins de 30 degrés. Le médecin de l’unité écrira alors : J’ai décidé de leur donner du Pervitin quand ils ont commencé à s’allonger dans la neige, voulant mourir. Après une demi-heure, les hommes ont commencé à montrer spontanément qu’ils se sentaient mieux. Ils ont recommencé à marcher de façon ordonnée, leurs esprits étaient meilleurs, et ils étaient plus vigilants.

Hitler en prenait en intraveineuse. Bien sûr, il y a des effets secondaires : vertiges, hallucinations, dépression …

Pendant la première guerre mondiale, Pétain avait vanté le vin Mariani, mais ce n’était tout de même que du vin, certes additionné d’une décoction de feuilles de coca. Mais avec le Pervitin on est dans la drogue [2] dure, et la drogue dure a la vie dure : en 1953, le médecin Karl Maria Herrligkoffer, chef d’expédition au Nanga Parbat, au Pakistan, en prescrira à Hermann Buhl qui parviendra seul au sommet – 8125 m.-

En face, dans le camp allié, on faisait usage d’un produit analogue – la benzédrine – largement utilisé par les aviateurs anglais, américains, et encore par les troupes américaines du débarquement du 6 juin. Elle circulait encore dans les années 60, en usage chez les étudiants pendant les périodes de révision, à la veille des examens.

25 11 1939          Albert Camus, – il a alors 26 ans – exclu du Parti Communiste trois ans plus tôt, aurait voulu publier dans le Soir Républicain – le journal qu’il dirige à Alger avec Pascal Pia et qui se limite à un recto-verso – un manifeste adressé principalement aux journalistes. Le texte ne paraîtra pas, car censuré, mais sera retrouvé en février 2012 par Macha Séry, journaliste au Monde, aux Archives Nationales d’Outre-Mer, à Aix en Provence. Il figure dans la rubrique Discours de ce site.

1 12 1939              Le parlement accorde les pleins pouvoirs au gouvernement pour la durée de la guerre.

7 12 1939               La Norvège, la Suède et le Danemark sont neutres dans le conflit Russie Finlande.

15 12 1939             À Hollywood, première du film Autant en emporte le vent, adaptation du roman de Margaret Mitchell, avec Clark Gable dans le rôle de Rhett Butler, et Vivian Leigh, dans celui de Scarlett O’Hara. Le 29 février suivant, elle aura l’oscar de la meilleure actrice et le réalisateur Victor Fleming raflera 7 autres oscars.En l’an 2000, le tirage du roman – le titre français est de Jean Paulhan -, atteint 28 millions d’exemplaires. [En 2012, J. K. Rowling aura fait 450 millions d’exemplaires avec ses Harry Potter.]

17 12 1939         Le cuirassé allemand de poche Admiral Graf Spee interné à Montevideo après une bataille contre trois croiseurs britanniques se  saborde faute de sauf conduit accordé par les alliés qui réclamaient son internement en Argentine ou en Uruguay.

Le cuirassé de poche Admiral Graf Spee se saborde à Montevideo le 17 décembre 1939

1939                               Saint Gobain sort le Duralex, le verre incassable.

En Allemagne, toutes les jeunes filles de moins de 25 ans, feront un an de service civil. Toujours en Allemagne, mise en œuvre de l’opération T4 : en l’espace de 2 ans, ce sont quelque 70 000 malades mentaux qui sont mis à mort par gazage au monoxyde de carbone.

En Italie, création de l’ICR : Institut Central pour la Restauration : à l’origine, l’entêtement de trois hommes : Giulio Carlo Argan, Giuseppe Bottai, alors ministre de la culture et Cesare Brandi, qui en devient le directeur. Il gagnera ses premiers galons en s’opposant à la restauration maladroite des marbres du Parthénon. Il deviendra au cours des ans l’autorité la plus universellement reconnue en matière de restauration de monuments historiques. Dans les années 1990, voyant venir les talibans en Afghanistan, il parvint à faire mettre en lieu sur les pièces les plus intéressantes du musée national de Kaboul : elles sortiront de leur cachette vers 2008. En 2004, l’UNESCO considère l’Italie comme chef de file de toutes les opérations de protection du patrimoine culturel mondial endommagé à la suite de guerres ou de catastrophes naturelles.

Après 1926, Bugatti renoue avec la victoire au Mans. Paul Müller invente le DDT : Dichloro Diphenyl Trichloréthane.

Identification de la fission nucléaire par l’Autrichienne Lise Meitner et l’Allemand Otto Frisch, en bombardant l’uranium de neutrons. Les Curie prouvent le phénomène de réaction en chaîne.

Dans une note non publiée, le Père Couturier, dominicain qui s’est octroyé la régence de l’Art Sacré en France livre ses vœux dans la revue l’Art Sacré, qu’il dirige avec le Père Régamey : ils éclairent la virulente querelle qui l’opposera 12 ans plus tard à Pierre Peltier, au sujet de l’Église du plateau d’Assy. Pierre avait négrifié pour Pierre Barbier qui monopolisait pratiquement les Chantiers du Cardinal, et l’avait apprécié, et c’était tout le contraire de la part du Père Couturier :

Le jour où Dufy, Segonzac, Picasso, Derain, Matisse, Bonnard, auront des commandes pour St Sulpice, pour Notre Dame, ou pour le Faubourg St Honoré, le jour où Perret, Le Corbusier, Mallet Stevens, auront à bâtir dans les chantiers du Cardinal autant d’églises que M. Barbier ou M. Tartempion, une grande partie de notre tâche sera faite. Non point qu’à notre avis, cela suffise à assurer la renaissance de l’art chrétien (ni même que nous soyons très sûr que les œuvres sorties de ces mains illustres soient toutes très religieuses) mais une chose essentielle sera restaurée : l’Église aura retrouvé dans ce domaine le sens de la grandeur, l’habitude de s’adresser aux grands, aux véritables maîtres et non plus à des médiocres plus ou moins spécialisés.

Archives de M. A. Couturier, O.P. citées par Marcel Billot dans : Paris, 1937-1957. Centre Georges Pompidou.

Invité à prêcher le carême à la paroisse française de New-York, le Père Couturier y restera pendant la durée de la guerre, créant l’École des Hautes Études de New-York, l’Institut Français d’Art Moderne.

Patrick Leigh Fermor poursuit sa route, prenant la vie comme elle vient, et ma foi, si les nuits dans un bon lit de plumes, dans un château plutôt que dans une chaumière, sont plus nombreuses qu’à la belle étoile, pourquoi s’en plaindre ?

Je choisis une meule de foin à l’approche de la brume. Une large corniche avait été taillée aux deux tiers de sa hauteur, où une échelle oubliée permettait de monter facilement. J’y fus bientôt juché et déballai le pain beurré, le porc fumé et les poires qu’on m’avait donnés à O’Kigyos. Après quoi je finis le vin entamé à midi. Cette solitude soudaine, le fait de se coucher avec les poules, tout cela semblait un peu triste après toute une semaine de soirées pleines de gaieté ; mais l’impression était contrebalancée par le plaisir de dormir à la belle étoile pour la quatrième fois, et parce que je savais approcher du commencement d’un nouveau chapitre de mon voyage. Enveloppé dans ma capote, la tête posée sur mon sac, je m’étendis, fumai, – avec précaution, étant donné l’inflammabilité de mon nid parfumé – et m’abandonnai à d’enthousiastes pensées. C’était comme cette première nuit passée sur les bords du Danube : j’avais le même sentiment, presque extatique, que personne ne savait où je me trouvais, pas même un porcher, cette fois ; bien que j’eusse un petit regret à l’idée de quitter la Hongrie, tout me souriait. D’ailleurs, ce n’était pas un adieu définitif aux Hongrois, Dieu merci : des haltes préétablies saupoudraient déjà les marches occidentales de la Transylvanie. Un vague souci, toutefois, associé à un soupçon de culpabilité, flottait dans l’air : moi qui avais prévu de mener la vie d’un vagabond, d’un pèlerin ou d’un goliard, de dormir dans les fossés, sur les meules, et de ne frayer qu’avec les oiseaux de ce plumage, je flânais de château en château, sirotais du tokay dans des verres de cristal taillé et fumais des pipes longues d’un mètre avec des archiducs, au lieu de partager des sèches avec des clochards. On aurait difficilement pu attribuer ces déviations à de l’arrivisme : le mot implique à tout le moins un effort répété, alors que mes changements imprévus de niveau s’étaient produits aussi facilement qu’une ascension en ballon. Mes remords ne durèrent pas longtemps

[…] Le rythme de mon voyage s’était ralenti, tout sentiment de durée s’était évanoui, et c’est seulement aujourd’hui, un demi-siècle trop tard, que j’éprouve des remords soudains et rétrospectifs d’avoir accepté si souvent l’hospitalité ; mais ils ne sont pas très vifs.

[…] J’ai une idée, s’exclama István pendant le déjeuner. Nous allons tous nous associer et t’acheter une génisse ! Tu pourrais la pousser devant toi sur la route. Quand elle aura suffisamment grandi, tu pourras la présenter à un taureau, et tu auras une autre génisse ; un peu plus tard,  une autre. Tu pourrais arriver à Constantinople avec un énorme troupeau, au bout de quelques années…

Patrick Leigh Fermor Entre fleuve et forêt.     Payot 1992

1 01 1940                   Le colonel de Gaulle envoie à 80 personnalités civiles et militaires un mémorandum, L’avènement de la force mécanique, réquisitoire très dur contre la stratégie définie par l’état-major. Il y a déjà comme un avant goût de rébellion.

Les Allocations familiales accordent 3000 F pour le 1° enfant, soit 860 € 2000. Quelques prix en francs 1940 convertis en € 2000 :

Essence :                                        5,80                                   1,70

Kg de pain                                      3,15                                   0,90

Km SNCF 2°cl.                               0,45                                   0,13

Ticket de métro                              1,30                                   0,37

Traction 7 CV                                    28 500,00                             8 212,00

Salaire horaire à Paris                     10,50                                   3,00

16 01 1940                 Les 44 députés communistes sont déchus de leurs mandats.

01 1940              Elisabeth Eidenbenz, belle brune suisse de 26 ans, institutrice, n’a d’autre expérience en matière de santé que celle acquise aux côtés des Républicains espagnols à Madrid et à Valence, auprès desquels elle a été missionnée par le Secours Suisse aux enfants, une organisation protestante pacifiste. Après la Retirada, son association lui a demandé de continuer à s’occuper des réfugiés espagnols en France où elle est arrivée en décembre 1939 : Saint-Cyprien, Argelès, Rivesaltes, Gurs : elle aide les réfugiés à s’établir, seuls ou en famille, dans des baraquements en toile ou en bois édifiés à la hâte ; ils doivent y affronter le froid, la faim, les épidémies, la saleté, autant dire une perspective d’échecs sans fin à décourager les plus braves. Elisabeth perçoit vite qu’elle ne pourra pas rester ainsi, impuissante devant les mères qui accouchent dans les pires conditions et souvent, perdent leur bébé. À l’hôpital de Perpignan, les bonnes sœurs refusent d’accoucher les rouges. Convaincue qu’il faut d’urgence les mettre à l’abri, elle est parvenue à convaincre son organisation de restaurer En Bardou, un petit château en ruine, sur la commune d’Elne, pour le transformer en maternité et en dispensaire infantile.

Les premières pensionnaires emménagent début janvier 1940, alors que les travaux ne sont pas encore terminés. Au rez-de-chaussée, les cuisines et la buanderie. Au premier étage, le réfectoire et un espace pour les enfants convalescents. Au deuxième, une grande salle réservée aux accouchements et aux nouveau-nés. Tout en haut, les chambres du personnel. L’ensemble est équipé avec du matériel de récupération. Un potager fournira des légumes aux petits. Travail harassant pour lequel Elisabeth et les quatre infirmières ne reçoivent aucun salaire, juste un peu d’argent de poche.

Elisabeth Eidenbenz étend bientôt son activité à l’ensemble des camps de la région, en y créant des pouponnières et des cantines. Aidée d’autres volontaires, elle y dispense des soins quotidiens et distribue du lait. Très vite, les Espagnols sont rejoints dans ces prisons à l’air libre par des Tziganes et des juifs ciblés par le gouvernement de Vichy. Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont ainsi internées dans le sud de la France. La maternité d’En Bardou accueille les jeunes mamans, et Elisabeth va enregistrer elle-même les bébés à la mairie. Sommée de déclarer les enfants juifs, elle refuse, quitte à travestir les noms des petits David Levi en Juan Gonzales. Les rappels à l’ordre de la Croix-Rouge, qui a pris le contrôle de son organisation, n’y changent rien. En février 1943, la direction de l’ONG hausse le ton, en adressant à ses volontaires une circulaire leur enjoignant de ne rien faire contre les autorités : Les lois du gouvernement de la France doivent être exécutées exactement et vous n’avez pas à examiner si elles sont opposées ou non à vos propres convictions. La doctoresse s’obstine, prenant même le risque d’aider certaines familles à passer à la clandestinité.

A Pâques 1944, la Gestapo décidera de réquisitionner le petit château. Elisabeth Eidenbenz sera sommée d’évacuer à la hâte les mères et leurs enfants. La maternité trouve un temps refuge dans une ferme avant que l’aventure ne cesse quelques mois plus tard, faute de vivres. La volontaire suisse, elle, est congédiée par la Croix-Rouge : elle ira s’occuper en Autriche d’un hospice pour enfants de réfugiés des pays de l’Est.

En  1991, alors qu’il travaille comme fonctionnaire aux Nations unies, Guy Eckstein découvrira le nom d’Elisabeth Eidenbenz sur son acte de naissance : il va tout faire pour retrouver sa trace et la sortir de l’anonymat. Il conte l’histoire au nouveau maire, Nicolas Garcia, lui-même fils de réfugiés espagnols, communiste et qui en ignorait tout : il en reste espanté. Guy Eckstein retrouvera Elisabeth Eidenbenz, la convaincra de revenir à Elne. Les retrouvailles seront, on le pense bien, bouleversantes. Une cinquantaine d’adultes nés à la maternité rencontrent madame Elisabeth, qui leur avoue : Je n’ai jamais pensé que tous ces enfants me devaient la vie.

La municipalité finira par racheter le château, en juillet  2005, pour en perpétuer la mémoire : La maternité d’Elne.

28 02 1940                 1° voyage du paquebot Queen Elisabeth, de Liverpool à New York.

29 02 1940                 Mise en service des cartes d’alimentation.

5 03 1940                  Les dirigeants soviétiques estiment que les officiers d’active polonais qu’ils ont fait prisonniers en septembre 1939, représentent une bonne partie de l’intelligentsia, et forment un foyer nationaliste. Staline, Molotov, Khrouchtchev et d’autres membres du Politburo ordonnent au NKVD – la police politique soviétique – d’examiner le cas de 25 700 prisonniers polonais internés dans plusieurs camps selon une procédure spéciale, sans faire comparaître en jugement les détenus et sans formuler d’accusation, appliquant à leur égard la plus haute mesure punitive – la fusillade – . 21 857 officiers polonais sont ainsi exécutés, principalement près de Katyn, à l’ouest de Smolensk  – 421 tués d’une balle dans la nuque.

Avant même le massacre de Katyn, Khrouchtchev avait ordonné la déportation au Kazakhstan de 60 000 polonais, membres des familles d’officiers.

J’allais vers Smolensk et la Russie était partie il y a peu de temps. Des hommes avaient vécu là, cela se sentait. La maison derrière, l’étable du kolkhoze en ruine, quelques vaches, même, broutant dans la steppe et leur gardienne allongée, immobile, dans l’herbe jaune. La vague de déroute m’avait précédé et je la suivais jusqu’à Moscou, à quelques semaines, quelques mois d’intervalle, Moscou, j’attendais de revoir la Russie à Moscou. Le pays revenait à ce qu’il était avant la présence humaine. Marais, étangs, forêt et vent. Je passai devant une grosse usine abandonnée, laissée dans la précipitation, me dis-je, et sur son mur de briques figuraient les inscriptions 1967, KPCC, dans une marqueterie anguleuse en pierres claires posées de façon inégale.

Et la forêt. Je savais ce qui m’attendait, dans cette forêt et lorsque je parvins, sur la gauche, à hauteur d’un sanatorium, je compris que j’étais arrivé, car Katyn avait toujours passé pour un sanatorium. Mais ce n’était pas le bon. Un infirmier me demanda ce que je cherchais. Je le lui dis. En bas de la route, à trois, quatre kilomètres, vous verrez.

J’avais le sentiment que la forêt, de part et d’autre de la route, devenait de plus en plus silencieuse. J’entendais craquer chaque branche sur laquelle marchait un cueilleur de champignons, puisque on ramassait les champignons aussi dans cette forêt. Au bout d’une quarantaine de minutes, la chaussée s’élargit en un parking pour visiteurs, sur la droite, et une pancarte apparut: Complexe national du souvenir. L’entrée était un remblai couvert de gazon, assez monumental pour aller avec le musée, lequel faisait penser tour à tour à un dispositif de défense celte ou à un stand de tir. Un groupe d’anciens combattants arrivait dans l’autre sens, portant leurs décorations de guerre, selon l’habitude, beaucoup étaient venus avec leur femme mais ils avaient le visage figé, marqué, comme s’ils venaient d’enterrer leurs fils dans cette forêt. Et tel était presque le cas, car ils avaient mis leur jeunesse au tombeau, leur glorieuse victoire, leurs années d’héroïsme aux grandes décorations ; serrés les uns contre les autres, ils se taisaient, regardaient à terre ou dans le vide, se hâtant de rejoindre le parking où leur car attendait. J’étais ému de croiser tous ces hommes âgés qui venaient de perdre la foi. Cela me mettait en colère, contre qui, difficile à dire. À qui cela pouvait faire plaisir ? Qui pouvait se réjouir de les voir ainsi, à quoi cela servait ?

Je pénétrai dans le musée, une jeune femme me montra des photos au grain grossier de la fin des années trente et ressortit avec moi. Elle s’appelait Oxana et travaillait là. Faisant le guide pour les visiteurs. Je lui racontai les hommes âgés. C’est douloureux, pour ces anciens combattants, et pourtant, ils viennent nombreux. Tout le monde savait, ils savaient, tout ce temps. La vallée de la mort, c’est ainsi que les gens appelaient cette forêt. Maintenant, ils ouvrent les yeux et ils voient.

L’endroit le plus sacré de Katyn est une immense tombe de la taille d’un bloc d’immeubles dans laquelle est encastrée une cloche. Elle sonnait pendant que je fis le tour des quatre parois de cette fosse commune sur lesquelles étaient apposées 4 421 plaques d’un rouge brunâtre, comme des carreaux, sur lesquelles figurait, à chaque fois, un nom polonais. Szymanski, Szymski, Szymanowski, Smid, Szubert. Le docteur. en médecine Berlinerblau, Leopold. Né le troisième jour après la veillée de Noël en 1901, fusillé sur ordre de Staline, quarante ans plus tard, dans la forêt de Katyn, comme 4 420 autres officiers et ce qui restait d’élite polonaise. Comme le père de la comtesse Mankowska, qu’on avait enlevé à son château galicien pour l’amener là.

Le complexe avait été maquillé en sanatorium du KGB et réellement utilisé comme tel. Gagarine y était venu en cure, me dit Oxana, Khrouchtchev, aussi, ainsi que Gorbatchev. Un jour, une vieille femme avait visité le musée. Elle racontait qu’un été, elle avait grimpé en cachette avec d’autres enfants sur la clôture, à cause des fraises qui poussaient en grand nombre dans la forêt du sanatorium, et ils en avaient tellement mangé qu’ils avaient tout vomi. Nous quittâmes ce complexe du souvenir soigneusement entretenu pour faire quelques pas dans la forêt. Oxana me montra nombre d’endroits fouillés par les pilleurs de tombes. Tout le sol de la forêt était douteux. Je pris une branche, à peine avais-je ôté un peu de mousse et de terre que je tombai sur des os, une semelle cousue, une ceinture de cuir, une côte noircie.

C’était une forêt d’exécution, la gare était proche, situation propice, j’avais marché tout ce temps parallèlement aux rails. Des milliers, dizaines de milliers d’hommes, peut-être, avaient été transportés là, conduits sur cette route à travers la forêt pour être fusillés, enterrés. Le musée avait identifié trois cents tombes, avec, dans chacune, soixante à quatre­-vingt-dix cadavres. Les noms des Polonais fusillés avaient été recensés avec précision sur instigation polonaise, pour leurs victimes compatriotes, les Russes donnaient le chiffre de dix mille tandis que les successeurs du KGB rendirent trois mille noms publics. Si l’élite de la Pologne n’avait pas été abattue dans cette forêt, gisant là, si les Polonais n’avaient pas exigé en masse l’édification de ce grand mémorial, Katyn serait, aujourd’hui encore, une forêt morte comme il s’en trouve sur les bretelles de sortie d’autres villes soviétiques, celui qui sait sait, celui qui ne sait pas passe ou va cueillir des fraises ou des champignons.

Considérant le nombre de morts, Katyn fut d’abord un crime perpétré par les Russes contre eux-mêmes. Mais il fallut que le crime concernât les Polonais pour qu’on s’y intéresse. Il fut découvert par les Allemands au cours de leur progression. Les soldats de Hitler déterrèrent le Katyn de Staline en 1943, c’est-à-dire qu’ils firent creuser la population. Cinq cents Russes furent fusillés là, qui reposent aussi dans la forêt. Une grande croix orthodoxe rappelle leur mémoire et les Russes, en quête de lieux sacrés de visite, à l’occasion de leur mariage, viennent ici ; en passant, nous vîmes une mariée déposer des fleurs devant la croix, et la famille faisant une photo du couple. La légende tardive selon laquelle c’étaient les Allemands qui avaient organisé le massacre de Katyn fut répandue par les commissaires de Staline, qui utilisaient des cartouches de fabrication allemande pour ces exécutions massives. Oxana m’en montra une. Y figurait le nom de la firme Gerka. Calibre 7,65.

Wolfgang Büscher Berlin-Moscou, un voyage à pied.   L’esprit des péninsules  2003

8 03 1940                       À St Nazaire, lancement du cuirassé Jean Bart.

 

20 03 1940                     Daladier démissionne, remplacé par Paul Reynaud. Mais il prend le portefeuille de la Défense et, dès le lendemain, ordonne le rachat de tout le stock mondial d’eau lourde  – 185 kg – qui se trouve alors en Norvège, détenu par la société Norsk Hydro, dont les capitaux sont en majorité français ; le directeur, Georges Aubert est d’origine française, pro-alliés et vend le stock pour 36 millions de FF. Ce sera chose faite avant le déferlement des blindés allemands en mai ; les 26 bidons d’eau lourde seront alors évacués à Bordeaux, puis en Angleterre, le 15 juin, quelques heures avant l’installation de Pétain au pouvoir, selon un ordre de mission de Jean Bichelonne, chef de cabinet du ministre de l’armement Dautry, à bord du contre-torpilleur Milan, qui emmène encore le général de Gaulle à Plymouth. De Gaulle était allé de Bordeaux à Brest en voiture. De Londres où il arrivera le 16 au matin, il refera un aller-retour Londres-Bordeaux-Londres, avec l’avion prêté par Churchill, un De Havilland DH.95 Flamingo : il sera à nouveau à Londres le 17 juin au soir.

28 03 1940                 Les gouvernements français et anglais conviennent de ne pas conclure de paix séparée sans l’accord de l’autre partie.

30 03 1940                Wang Jingwei, une des personnalités de premier plan du Kuomintang, longtemps rival de Tchang Kaï Chek, en place à Shangaï depuis 1938 pour négocier avec les Japonais, devient chef d’un État fantoche basé à Nankin, soumis directement au pouvoir japonais jusqu’en 1945.

15 04 1940                 Débarquement franco anglais – des chasseurs alpins pour les Français – à Narvik, Norvège ; ils essuieront un revers à Lillehamer, contre les troupes allemandes du général Dietl.  Il s’agissait de barrer aux Allemands l’accès au fer suédois.

1 05 1940                         À Berlin, Richard Walther Darré, ministre de l’Agriculture, détaille la politique de mise en œuvre du nazisme dans les territoires conquis :

Ce sera notre devoir d’organiser économiquement les territoires conquis qui progressivement seront inclus dans le territoire allemand. Nous introduirons dans notre nouvel espace vital des méthodes absolument nouvelles. Toute propriété foncière ou industrielle d’habitants d’origine non allemande sera confisquée sans exception et distribuée tout d’abord aux membres méritants du parti et aux soldats qui auront obtenu des honneurs pour actes de bravoure dans cette guerre. Ainsi une nouvelle aristocratie des maîtres allemands (Herrenvolk) sera créée. Cette aristocratie aura des esclaves qui lui seront assignés. Les maîtres allemands auront la propriété de ces esclaves qui consisteront en nationaux non-allemands privés du droit de posséder la terre. Je vous prie de ne pas interprêter le mot esclave comme une métaphore ou comme un terme de réthorique. Nous avons dans l’esprit une forme moderne de l’esclavage médiéval que nous devons et voulons instaurer parce que nous en avons un besoin urgent pour pouvoir accomplir nos grandes tâches. À ces esclaves ne seront refusées en aucune manière les bénédictions de l’ignorance. La plus haute éducation sera à l’avenir réservée seulement à la population allemande de l’Europe.

Nous avons choisi cette forme d’esclavage pour plusieurs raisons. La plus importante est que nous abolissions l’étalon-or et le remplaçions par le travail. Ce travail doit être aussi bon marché que possible afin que notre conquête économique puisse s’étendre largement et rapidement. Nos futures générations doivent même en temps de paix recevoir une éducation telle qu’elles puissent, en cas de nécessité, être capables de défendre fortement et énergiquement ce que nous avons acquis. Ici aussi, la forme d’esclavage mentionnée ci-dessus prouvera sa valeur. Les maîtres allemands habitués à commander et en cas de nécessité à frapper sans aucun égard là où il sera nécessaire, seront de solides piliers pour soutenir le gouvernement du Monde par l’Allemagne.

[…]              Dès que nous aurons battu l’Angleterre nous vous détruirons définitivement, vous autres Anglais. Les hommes valides et les femmes entre 16 et 45 ans seront envoyés comme esclaves sur le continent. Les vieux et des faibles seront exterminés. Tous les hommes restants comme esclaves en Angleterre seront stérilisés ; un ou deux millions de jeunes femmes de type nordique seront envoyées dans un certain nombre de fermes de reproduction où, inséminées pendant 10 à 12 ans par des mâles allemands sélectionnés, elles pourront produire chaque année des petits nordiques qui seront élevés comme des Allemands. Ces enfants formeront la future population britannique. Ils seront en partie éduqués en Allemagne et seuls ceux satisfaisant aux critères nazis seront autorisés à retourner en Angleterre pour y résider de manière permanente. Les autres seront stérilisés et iront rejoindre les groupes d’esclaves en Allemagne. Ainsi, en une ou deux générations, les Britanniques auront disparu.

8 05 1940                   Les Anglais aimeraient bien mettre à la porte Neville Chamberlain, qui est de moins en moins l’homme de la situation. Le conservateur – le parti de Neville Chamberlain – Leo Amary avait fait au plus court mais aussi au plus féroce en citant Cromwell :

Vous siégez ici depuis trop longtemps pour le peu de bien que vous avez fait. Partez, vous dis-je, que nous soyons débarrassés de vous. Au nom du ciel, partez !

David Lloyd George, ancien premier ministre enfoncera le clou :

Il a réclamé des sacrifices. Il ne pourrait mieux servir la victoire dans cette guerre qu’en faisant lui-même le sacrifice de son mandat.

Mais le vote va lui renouveler sa confiance et il faudra attendre un arbitrage du parti travailliste de Clément Atlee, deux jours plus tard, pour que Winston Churchill, jusqu’alors premier lord de l’amirauté,  devienne Premier ministre.

____________________________________

[1]   Les graines plantées par cet homme ne resteront pas stériles : dans les années 2010, on verra nombre de Japonais s’installer comme viticulteurs en France se réclamer de lui, en mettant en oeuvre ses principes ; ainsi de Hirotake Ooka, installé en Ardèche, sur la rive gauche du Rhône ; le shintoïsme japonais vénère les kamis, – les forces de la nature – Tremblements de terre permanents, tsunamis… On sait qu’on ne peut rien contre elles. Donc, autant les laisser faire. Dompter la vigne, cette liane qui va naturellement grimper aux arbres, s’avère presque contre nature. Il convient donc de la brusquer le moins possible.

[2] du hollandais droog : herbe séchée


Les commentaires sur cet article:
2 commentaires posté(s) sur 15 mai 1938 au 8 mai 1940. Début du Bio, post chimie. Accords de Munich. « La Drôle de guerre ». 25991
Par Taverne Jean, le 22 octobre 2012 à 22 h 57 min.

Votre travail est passionnant. Je l’avais découvert en 2010 et y ait trouvé plusieurs textes très intéressants et, je crois, très peu connus.
Je travaille sur l’Europe, et particulièrement, l’Europe centrale orientale. Contactez-moi si vous le jugez utile. Merci et bravo!


Par l.peltier, le 24 octobre 2012 à 4 h 01 min.

Merci. Un cuisinier est toujours heureux que ce qu’il concocte soit apprécié. Peut-on lire votre travail sur un blog ?


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