16 février 1936 à avril 1938. Front Populaire. Guerre d’Espagne. Jeux Olympiques de Berlin. 22531
Publié par (l.peltier) le 9 septembre 2008 En savoir plus

16 02 1936                   En Espagne, victoire du Frente Popular, coalition de gauche qui réunit le PCE, le PSOE et les partis républicains de gauche : Manuel Azaña arrive au pouvoir. Anarchistes et trotskistes brûlent, pillent, violent églises et couvents, sans avoir le contrôle complet de leurs propres troupes, où se glissaient fadas et voyous.

21 02 1936              Envoyé par Pierre Lazareff, directeur de Paris-soir, Bertrand de Jouvenel interview Adolf Hitler à Berlin :

Hitler                    Il n’est pas bon que les peuples usent leurs forces psychologiques en haines infécondes.  

Jouvenel             Dans Mein Kampf, vous vous êtes pourtant montré d’une grande violence envers la France démocratique

– Hitler :               J’ai écris cela en prison, au moment où Poincaré, venait d’envahir la Ruhr. Ma pensée est désormais tout autre, il dépend de l’opinion française de se rapprocher de l’Allemagne qui, dans son écrasante majorité, fait confiance à son chef – un chef qui dit à la France : Soyons amis.

Le pacte franco-soviétique devait être discuté le 27 et 28 février à la Chambre. Otto Abetz, l’homme de Ribbentrop, vint à Paris demander que l’article sorte dès le début des débats. Impossible. Qaund il sortira le 29, la chambre avait voté le pacte franco-soviétique la veille.

Ainsi la propagande allemande fut-elle à même de soutenir que le gouvernement français avait retardé la publication à dessein, preuve qu’il ne souhaitait pas une réconciliation avec l’Allemagne. Argument utilisé, quelques jours plus tard, lors de l’entrée des troupes en Rhénanie : Vous avez refusé la main tendue… Alors qu’évidemment la décision était déjà prise lors de l’entretien.

Jean Noël Jeanneney           Le Monde 13 12 2014

23 02 1936                             Fehrat Abbas, 37 ans, est docteur en pharmacie depuis 1933, conseiller général en 1934, conseiller municipal de Sétif en 1935 ; il adhère à la Fédération des élus musulmans de Constantine et à ce titre écrit fréquemment dans L’entente, dont il sera d’ailleurs directeur de la rédaction deux ans plus tard. Il nourrit de grandes sympathies pour l’Action Française de Charles Maurras, dont la démocratie décentralisatrice lui semble convenir à son pays.

Je ne mourrai pas pour la patrie algérienne parce que cette patrie n’existe pas. Je ne l’ai pas découverte. J’ai interrogé l’histoire, j’ai interrogé les vivants et les morts ; j’ai visité les cimetières. Personne ne m’en a parlé.

Fehrat Abbas             L’Entente

Mais il est vrai qu’on avait pu lire aussi sous sa plume, publié dans une livre en 1931, Le Jeune Algérien, regroupant notamment ses articles écrits dans les années 1920, et dont la thèse se rapporte à la lutte contre la colonisation pour assurer l’entente entre les Français et musulmans :

Nous sommes chez nous. Nous ne pouvons aller ailleurs. C’est cette terre qui a nourri nos ancêtres, c’est cette terre qui nourrira nos enfants. Libres ou esclaves, elle nous appartient, nous lui appartenons et elle ne voudra pas nous laisser périr. L’Algérie ne peut vivre sans nous. Nous ne pouvons vivre sans elle. Celui qui rêve à notre avenir comme à celui des Peaux-Rouges d’Amérique se trompe. Ce sont les Arabo-Berbères qui ont fixé, il y a quatorze siècles, le destin de l’Algérie. Ce destin ne pourra pas demain s’accomplir sans eux.

Allez comprendre !

26 02 1936                Sous la direction de Ferdinand Porsche, sortie de la première Volkswagen, – la voiture du peuple – pour 990 marks. La fabrication allemande s’arrêtera le 19 01 1978, mais, dans une robe du même style, mise au goût du jour, elle réapparaîtra en 1999, sous le nom de beetle : elle ne sera alors plus du tout Volk et donc bon marché, mais bien réservée à une clientèle branchée-friquée.

02 1936                       Aux Jeux Olympiques de Garmisch Partenkirchen, Émile Allais, 24 ans,  prend la médaille de bronze du combiné. Mais globalement, ce sont les Scandinaves qui sont à l’honneur – la distinction n’était pas encore faite entre ski alpin et ski nordique – avec 28 médailles sur 47. L’Allemagne en a 6. Émile Allais avait débuté en compétition internationale trois ans plus tôt à Saint Moritz, terminant 29° au slalom descente, 27° au combiné. Son job de porteur à l’Hôtel du Mont d’Arbois l’avait rapproché de l’instructeur autrichien Otto Lantschner. Avant le ski, il s’était déjà essayé avec succès au patinage, hockey sur glace, gymnastique, athlétisme et cyclisme. Peut-être cette boulimie de sports était-elle nécessaire pour oublier son immense timidité avec les filles ? La France avait alors décidé de se doter d’une équipe apte à relever les défis à l’international, en s’appuyant sur les bastions de Chamonix et de Megève. Pari tenu donc.

3 03 1936                     Le magazine américain Variety n’est pas tendre pour Jean Harlow, une actrice américaine au sommet de sa carrière : On ne peut pas qualifier Jean Harlow de bonne comédienne. Elle se montre tristement suffisante, mais contribuera probablement au succès du film auprès du public masculin, grâce à la profondeur de ses décolletés et à la minceur de ses parures. Elle fête ses 25 ans avec des amis qui lui offrent des cadeaux. Elle en déballe un et quand elle découvre le contenu, s’exclame : Un livre ! Mais,  j’en ai déjà un ! 

7 03 1936                   Hitler envahit la zone rhénane démilitarisée, large de 50 km sur la rive droite du Rhin. Les traités de Versailles et de Locarno autorisent la France à intervenir manu militari.

8 03 1936                      Nous ne sommes pas disposés à laisser placer Strasbourg sous le feu des canons allemands.

Albert Sarraut, président du Conseil

Mais ces mâles rodomontades s’évanouiront dès le lendemain devant la trouille des autres ministres sur les conséquences très probablement négatives de la fermeté sur l’électorat : des élections vont avoir lieu dans six semaines.

Nous n’avons pas à marcher contre Hitler avec les Soviets.

Charles Maurras L’Action française

L’Allemagne envahit… l’Allemagne

Le Canard enchaîné

Hommes, femmes, jeunes, unissez-vous pour empêcher le fléau de la guerre de fondre à nouveau sur nous.

L’Humanité

On trouve tout de même quelques voix pour ne pas caresser dans le sens du poil :

12 03 1936                 Pierre Étienne Flandin, ministre des Affaires étrangères est à Londres pour demander au gouvernement britannique la mobilisation simultanée des forces de terre, de l’air et de mer des deux pays. Puis il va rencontrer Winston Churchill, qui n’est encore que simple député conservateur :

Ayez une politique ferme, le monde vous suivra et vous pourrez éviter la guerre. C’est votre dernière chance. Si vous n’arrêtez pas l’Allemagne maintenant, tout est fini. La France ne peut garantir plus longtemps la Tchécoslovaquie, car cela va devenir géographiquement impossible. Si vous ne faites pas respecter le traité de Locarno, il ne vous restera plus qu’à attendre le réarmement de l’Allemagne… Si vous n’arrêtez pas l’Allemagne par la force aujourd’hui, la guerre est inévitable.

Le même jour, il rencontrera Neville Chamberlain, chancelier de l’Échiquier, qui lui déclarera : Pas d’intervention militaire, ni même de sanctions économiques.

Et comme le gouvernement français se refuse à agir sans son allié, il s’abstiendra donc. Churchill, qui n’avait pas encore endossé les habits de l’opposition radicale à Hitler, écrira le lendemain dans l’Evening Standard : Au lieu d’user de représailles par les armes, comme l’aurait fait la génération précédente, la France, en ayant recours à la Société des Nations, a suivi la ligne de conduite opportune.

16 03 1936                 Si vous aviez tout de suite fait avancer 200 000 hommes dans la zone réoccupée par les Allemands, vous auriez rendu un immense service à tout le monde.

                                                                                   Pie XI à l’ambassadeur Charles Roux.

2 04 1936                   Je vous prends à témoin du défaitisme militaire qui transparaît à travers chaque ligne, de l’indigence de pensée et – ce qui est plus grave – de volonté.

Colonel de Gaulle à Paul Reynaud, sur l’article d’un général dans le Mercure de France.

21 04 1936                 En Palestine, combats de rue entre Juifs et Palestiniens à Jaffa et Tel Aviv : les musulmans demandent l’arrêt de l’immigration juive et l’interdiction de l’achat des terres.

04 1936                      Il y a dans le monde, en dehors de l’Allemagne, un clan qui veut la guerre et qui propage insidieusement sous couleurs de prestige et de morale internationale, les cas de guerre. C’est le clan des anciens pacifistes, des révolutionnaires et des juifs qui sont prêts à tout pour abattre Hitler et pour mettre fin aux dictatures.

Maurice Blanchot Combat

3 05 1936                   Front populaire en France. Les grèves ne vont pas tarder à s’étendre à l’ensemble du pays.

Ne pas oublier le rôle immense que le coté kermesse aura joué dans la grève. Trente Mardi gras rentrés (il n’y en a plus eu depuis la guerre) ressortent comiquement ou sauvagement. La joie d’être autonome, d’être libre, et, par le fait de n’avoir pas, aujourd’hui, à obéir, de se sentir soudain un autre.

André Malraux

9 05 1936                   Addis Abeba est tombé cinq jours plus tôt. Mussolini proclame l’empire italien, piazza Venezia à Rome. Il parle, parle,  parle et finit par conclure : Le peuple italien a crée l’empire avec son sang. Il le fécondera par son travail ou le défendra par ses armes. Dans cette certitude suprême, levez haut, légionnaires, vos fanions, vos armes et vos cœurs pour saluer, après quinze siècles, la résurrection de l’empire sur les collines sacrées de Rome.

27  05 1936                              Paul Emile Victor entreprend la traversée du Groenland d’ouest en est. Ce n’est pas une première : pas moins de 13 expéditions s’y sont déjà frottées, dont le grand Fridtjof Nansen, le premier en 1888,  Knud Rasmussen, le grand ethnologue danois, qui failli ne pas en sortir vivant,  paralysé par un lumbago à l’extrême nord du Grœnland : ses compagnons affamés ont réussi à le ramener in extremis au comptoir de Thulé. Alfred Wegener, le savant allemand qui avança  l’hypothèse de la dérive des continents, à l’origine de la tectonique des plaques, est mort de faim et d’épuisement en novembre  1930 en tentant de ravitailler une station posée au centre géographique de la calotte, Eismitte. Au même moment, l’Anglais Augustine Courtauld a été sauvé de justesse, enseveli dans la tente météo où il avait passé l’hiver entièrement seul. Bref… l’histoire de cette traversée est lourde de drames.

Depuis la baie de Disko, au S-O du Groenland, il lui faudra traverser 600 km de calotte glaciaire ; il est accompagné de Robert Gessain, Michel Pérez et Eigil Knuth, un comte danois, critique d’art et sculpteur, chargé de la navigation, et  32 chiens. Knuth a emporté la boussole que Fridtjof Nansen a léguée à son grand-père après sa traversée de 1888, mais c’est sentimental : la déclinaison magnétique est telle qu’il faut corriger sans arrêt. La distance est calculée avec une roue de vélo placée à l’arrière d’un traîneau. Dès que le soleil se montre, Knuth fait le point au sextant. Mais bientôt, l’ophtalmie l’empêchera de faire ses relevés. Des tempêtes bloquent l’expédition sous la tente, l’avance est plus lente que prévu. La fatigue gagne. Les chiens, épuisés, s’arrêtent tous les vingt pas. Il faut soulever les traîneaux pour les relancer, et c’est un effort énorme. Paul-Emile Victor écrira : Je vomis sur la piste, accroché au traîneau comme à une bouée, à genoux dans la neige, aveuglé par un feu d’artifice de mille étoiles noires… . Il faudra sacrifier du matériel pour alléger les traîneaux. Victor abandonne la radio mais pas la caméra de 35  kg. Les chiens fatiguent, il faut bientôt faire deux fois la route pour les soulager, puis abattre les plus faibles. Ils arriveront sur la côte est le 6  juillet 1936, après quarante-neuf jours de traversée, y trouvant une cabane où ont été entreposés des vivres. Dans les heures qui suivent, trois chiennes mettent bas. Les Eskimo à qui ils ont donné rendez-vous arrivent en oumiak, la grande embarcation traditionnelle, pour les conduire à Ammassalik, aujourd’hui Tasiilaq, 2 000 habitants, principale ville et seul aéroport de la côte est.

4 06 1936                   Léon Blum est nommé président du conseil. Sous les III° et IV° République, avec un président de la République pot de fleur, c’est le président du conseil qui est le véritable chef de l’exécutif, soumis cependant aux humeurs capricieuses de la Chambre. Quelques années plus tôt, Clemenceau, le verbe bien crû, déclarait : il y a 2 organes inutiles : la prostate et le Président de la République. Tout médecin qu’il fût, il se trompait, et en plus, sans y mettre la manière, avec l’aplomb du mandarin tout imbu de sa science, car aujourd’hui, on sait que la prostate sert à quelque chose ; mais il est vrai qu’on ne sait toujours pas à quoi pouvait bien servir un président de la III° République.

8 06 1936                   Au bout d’une nuit de négociations avec les représentants du patronat et la CGT, Léon Blum peut annoncer l’accord de Matignon : contrats collectifs de travail, liberté syndicale, augmentation de 7 à 15 % des salaires, élection de délégués du personnel, instauration des congés payés et de deux jours de repos hebdomadaire [1] : en fait Léo Lagrange n’avait fait pratiquement que ressortir un projet de loi, voté par la Chambre en 1931 et mis depuis aux oubliettes par le Sénat, projet qui ne faisait pas vraiment partie des revendications ouvrières qui avaient amené au pouvoir le Front Populaire. Pierre Gaxotte, historien directeur de Je suis partout et donc peu suspect de sympathies socialistes, fustigera cette vilaine habitude des patrons de se laisser arracher ce qu’ils pourraient accorder de bonne grâce

11 06 1936                 Instauration des Conventions Collectives.

Notre but reste le pouvoir des Soviets, mais ce n’est pas pour ce soir, ni pour demain matin… Alors il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction est obtenue.

Maurice Thorez, après la signature des accords de Matignon

12 06 1936                 Instauration de la semaine de 40 heures, des congés payés et des conventions collectives.

Ce fût un temps où les Français crurent vraiment qu’ils allaient s’aimer les uns les autres.

Jean Renoir

Ce fût aussi malheureusement un temps où l’on prit l’habitude de l’inadmissible : les accidents mortels de la route : 4 600 morts dans cette seule année, avec un parc automobile de 1.5 millions de véhicules ! Il faudra attendre des dizaines et des dizaines d’années pour qu’une volonté politique vienne faire pièce aux pitoyables et criminels arguments des lobbys de la voiture, – constructeurs en tête – en mettant en place les mesures qui feront baisser considérablement le nombre de ces hécatombes mortelles.

28 06 1936            Louise Weiss, ardente militante de la cause féminine, emmène dix suffragettes à l’hippodrome de Longchamp ; elles parviennent à envahir l’hippodrome, interrompant le Grand Prix de Paris… les chevaux n’eurent pas droit à l’avoine des braves, mais comme un bon rire vaut un bon beefsteack, et qu’on en vit se tenir les côtes encore longtemps après l’événement…seuls les joueurs furent frustrés…

30 06 1936                  L’empereur d’Éthiopie Haïlé Sélassié se présente à la tribune de la SDN à Genève devant les représentants de 52 nations. Il doit faire face aux sifflets et insanités des provocateurs fascistes embusqués dans les tribunes. Aujourd’hui c’est nous, demain ce sera vous, prophétise-t-il. Le texte de son intervention se trouve dans la catégorie Discours.

5 07 1936                  Hitler tient un meeting à Weimar devant 50 000 personnes. Parmi les spectateurs, un jeune suédois de 18 ans, Ingmar Bergman, fasciné comme l’immense majorité des spectateurs. Il est en séjour, dans le cadre d’échanges culturels, dans une famille protestante d’Haina, ville de Thuringe : le père est pasteur et toute la famille acquise au national-socialisme. Ingmar a un frère qui adhère au parti nazi suédois. Sans en avoir jamais été membre, lui-même restera tout de même chloroformé par le nazisme jusqu’en 1946, quand les premiers images et films de la libération  des camps de concentration lui ouvriront, non sans peine, les yeux :

Quand les portes des camps de concentration se sont ouvertes, je n’ai d’abord pas voulu croire à ce que je voyais. Je pensais que c’était de la propagande alliée. Quand la vérité devint évidente, ce fut un choc terrible. D’une façon brutale, j’ai été d’un coup tiré de mon innocence.

13 07 1936            En Espagne, en représailles au meurtre d’un lieutenant des gardes d’assaut, le député monarchiste Calvo Sotelo, est assassiné.

16 07 1936          Les Allemands préparent les Jeux Olympiques de Berlin, qui débuteront dans quinze jours : quelques 800 Tsiganes résidant à Berlin et dans les environs sont arrêtés et internés sous surveillance policière dans un camp de la banlieue, à Marzahn. La plupart des touristes ignoraient bien sur tout de cette rafle, ignoraient aussi que le régime nazi avait provisoirement enlevé les panneaux antisémites, ignoraient encore que les autorités nazies avaient ordonné qu’on leur évite de tomber sous le coup des poursuites pénales prévues par les lois anti-homosexuels.

17 07 1936                 En poste aux Canaries, Franco a rejoint le Maroc, et débarque en Espagne. Une partie de l’armée se soulève dès le lendemain, mais ce sont encore 55 % des effectifs de l’armée qui restent loyales au gouvernement, faisant échouer l’insurrection à Madrid, Valence et Barcelone. Du 29 juillet au 5 août, un pont aérien, composé pour l’essentiel de Junker 52 allemands, amène 1 500 hommes du Maroc en Espagne et le 5 août, un convoi sous la protection de 2 cuirassés de poche allemands débarque entre 2 500 et 3 000 hommes en Andalousie.

Millán Astray, l’un des fondateurs de la Légion étrangère, chantera les regulares maures : autant la propagande de l’autre camp donne parfois des frissons dans le dos, autant celle-là provoque le rire :

Les vaillants Maures qui, hier encore, détruisaient mon corps, méritent aujourd’hui la gratitude de mon âme car ils se battent pour l’Espagne contre les Espagnols […] je veux dire les mauvais Espagnols […] car ils donnent leur vie pour la défense de la religion sacrée de l’Espagne, comme le prouve leur présence à la messe de l’armée en campagne, escortant le Caudillo et épinglant des médailles et des sacrés cœurs sur leur burnous.

Les anarchistes de Catalogne se livrent aussitôt à un massacre sur les prêtres et religieuses : on exhume des cadavres de religieuses pour les exposer à la foule.

Deux anarchistes me racontèrent une fois comment, avec des camarades, ils avaient pris deux prêtres ; on tua l’un sur place, en présence de l’autre, d’un coup de révolver, puis on dit à l’autre qu’il pouvait s’en aller. Quand il fut à vingt pas, on l’abattit. Celui qui me racontait l’histoire était très étonné de ne pas me voir rire.

Simone Weil       Lettre à Georges Bernanos

19 07 1936                   L’Espagne du Frente popular inaugure des Contre jeux olympiques populaires à Barcelone, en opposition à ceux qui sont programmés onze jours plus tard à Berlin. Leur durée de vie va être bien courte : leur annulation interviendra quatre jours plus tard. Bon nombre d’athlètes présents resteront sur place  et formeront, deux mois plus tard, les premiers éléments des Brigades internationales : le bataillon Thälmann. En France, seul Pierre Mendès France s’était opposé à la participation française aux Jeux de Berlin.

Les Brigades internationales compteront jusqu’à 35 000 volontaires venus de plus de 50 pays : 10 577 Français, 5 000 Allemands ou Autrichiens, 3 350 Italiens, 2 800 Américains et 2 000 Britanniques ; mais, en tenant compte des départs/ arrivées, il n’y aura jamais plus de 15 000 hommes simultanément sur le sol espagnol.

À Barcelone, création du Comité central des milices antifascistes (CNT, UGT, anarchistes et communistes) qui supplantent les forces régulières.

Du balcon du ministère de l’Intérieur, à Madrid, Dolores Ibárurri, [qui s’était inventé dans les années 1920 le pseudonyme de Pasionaria, simplement parce que son premier texte avait été publié pendant la semaine de la Passion] lance sur les ondes : Face au soulèvement militaire fasciste, tous debout ! Défendons la République ! Défendons les libertés populaires et les conquêtes démocratiques du peuple ! […] Tout le pays vibre d’indignation devant ces misérables qui veulent plonger l’Espagne démocratique et populaire dans un enfer de terreur et de mort. Mais ils ne passeront pas ! L’Espagne entière s’apprête au combat. […]

Le Parti communiste vous appelle au combat. Il appelle tout spécialement les ouvriers, les paysans, les intellectuels, à occuper un poste de combat pour écraser définitivement les ennemis de la république et des libertés populaires. Vive le front populaire ! Vive l’Union des tous les antifascistes ! Vive la république du peuple ! Les fascistes de passeront pas ! Ils ne passeront pas !

Le désormais célèbre No pasaran était la même chose que le ils ne passeront pas du général Pétain à Verdun en février 1916… on peut appeler cela l’Union sacrée passant à l’international ! Mais elle n’était pas seule à être mère courage : il en fallait aussi à Federica Montseny, première femme ministre en Europe occidentale avec le maroquin de la Santé et de l’Assistance sociale, qu’elle occupera jusqu’en 1937.

Le 22 juillet, Franco répond à un journaliste :

–           Êtes-vous prêt à tuer la moitié des Espagnols pour assurer la victoire de votre camp ?
–           J’ai dit : quel que soit le prix à payer.[2]

La radio lance de véritables appels au meurtre, le général Molla érige la terreur en système.

Là bas, on fusille comme on déboise

Saint Exupéry

Dans une guerre civile, même la victoire est une défaite.

Lucain, La Pharsale, 60 ap. J.C., poème épique sur la guerre entre César et Pompée.

André Malraux n’a pas perdu de temps pour venir aux cotés des Républicains : aviateur comme Lénine était social-démocrate, cela ne l’empêcha pas d’être parachuté colonel d’aviation, à la tête de l’escadrille España, composée de coucous souffreteux qui passèrent beaucoup plus de temps au sol que dans les airs, arrachant aux Républicains des salaires plus que confortables pour ses aviateurs. Les nationalistes insurgés peuvent compter sur 130 000 officiers et soldats, dont de nombreux Marocains. Les républicains disposent d’un effectif théorique de 90 000 hommes (dont 33 000 hommes des forces paramilitaires de sécurité qui ne sont pas vraiment des soldats). Mais, pour parer au coup d’État, le gouvernement avait relevé les soldats de leur devoir d’obéissance envers leurs officiers, et donc, les dits soldats allèrent se mêler aux ouvriers et paysans pour s’armer directement en pillant les casernes ! Quand l’inconscience et une sidérante naïveté tiennent lieu de stratégie !

Le premier atout des Républicains, c’est de détenir le quatrième stock d’or du monde [3], – 635 tonnes -. En fait le joli magot va fondre comme neige au soleil : 125 tonnes [environ 130 millions $] vont partir en France, en règlement de fournitures d’armes et, le 15 septembre 1936, 10 000 caisses d’or, [510 tonnes, 518 millions $] quittent la gare d’Atocha : 2 200 caisses partent pour Marseille et 7 800 autres pour Odessa. Durant l’année 1937, c’est encore 256 millions $ qui partiront dans les coffres de l’Eurobank à Paris, à même d’opérer des transferts pour Moscou. Staline avait fait sa chatemitte : la meilleure sécurité pour votre or, c’est de nous l’envoyer à Moscou ! Les Russes au final, en tripatouillant sans complexe les taux de change, finiront par dire aux Républicains Espagnols qu’ils leur ont fourni des armes pour 100 millions $ de plus que ce qu’ils ont reçu ! On verra aussi les Allemands fournir des armes aux Républicains ! mais c’était en fait en marge du régime nazi et l’argent allait dans les seules poches d’Hermann Goering, et auparavant dans celles des exécutants, des trafiquants d’armes grecs. Mais la République a aussi les grandes villes avec ses industries et main d’œuvre, les zones minières, l’essentiel de la marine de guerre et marchande, les deux tiers du territoire métropolitain ; l’exportation des agrumes de Valence représente la première source de devises étrangères du pays.

De l’autre coté, les nationalistes vont bénéficier d’aides nombreuses et très diverses : Juan March, un ancien contrebandier, leur donna 15 millions de livres sterling, le roi Alphonse XIII piocha dans sa cassette : 10 millions $, bien des capitaux partis dans les premiers mois de l’année revinrent au bénéfice des nationalistes, on collecta aussi de façon bien persuasive les alliances en or auprès des citoyens dans la zone conquise. Les riches, nouveaux comme anciens et principalement des américains, ouvriront aussi leur porte monnaie, prêts à financer quiconque s’oppose à la bolchevisation de l’Europe : Franco reçut 3 500 000 tonnes de pétrole à crédit pendant la guerre, plus du double des importations républicaines, 5 pétroliers de la Texas Oil Company furent détournés sur ordre de leur patron sur Téneriffe où il y avait une raffinerie. La Standard Oil of New Jersey fit de même à moindre échelle. Ford, Studebaker, General Motors fournirent 12 000 camions aux nationalistes, Dupont de Nemours, 40 000 bombes, qui passèrent par l’Allemagne – oui, par l’Allemagne ! – pour contourner l’acte de neutralité. En 1945, José María Doussinague, sous-secrétaire au ministères des Affaires étrangères espagnoles, admettra que sans le pétrole, les camions et les crédits américains, nous n’aurions jamais pu gagner la guerre civile. Joseph Kennedy, père de John, Edward, Robert, Joseph, à la tête des catholiques, avait été le plus acharné partisan d’une aide aux nationalistes.

Le 9 janvier 1937 Manuel de Irujo Ollo dirigeant basque, qui travailla avec Francisco Largo Caballero et Juan Negrîn, énoncera les faits concernant l’Église dans un mémorandum lu à Valence :

La situation de fait de l’Église, depuis le mois de juillet dernier, sur tout le territoire loyal, sauf le basque, est la suivante :

  • tous les autels, images et objets de culte, à de rares exceptions près, ont été détruits, avec mépris pour la plupart ;
  • toutes les églises ont été fermées au culte, lequel s’est trouvé totalement suspendu ;
  •  une grande partie des lieux de culte, en Catalogne, ont été incendiés sans que cela paraisse anormal ;
  • les organismes officiels ont reçu des cloches, des calices, des ostensoirs, des candélabres et d’autres objets du culte qu’ils ont fondus, utilisant même leurs matériaux pour la guerre ou à des fins industrielles ;
  • dans les églises ont été installés des dépôts de toutes sortes : marchés, garages, écuries, casernes, refuges et autres modes d’occupation divers, moyennant – les organismes officiels les ont occupées pour leur réaménagement – des travaux de caractère permanent ;
  • tous les couvents ont été évacués et la vie religieuse y a été suspendue. Leurs édifices, objets de culte et biens de toutes sortes ont été incendiés, saccagés, occupés ou/et détruits ;
  • prêtres et religieux ont été arrêtés, incarcérés, fusillés par milliers sans motifs invoqués, faits qui, s’ils ont en effet diminué, se poursuivent non seulement dans les zones rurales, où on les a pourchassés et sauvagement massacrés, mais aussi dans les villes. Dans Madrid, Barcelone et les autres grandes localités, c’est par centaines qu’on compte les gens incarcérés pour leur seule qualité de prêtres ou de religieux ;
  • on en est arrivé à l’interdiction absolue de détention privée d’images pieuses et d’objets du culte. La police, qui pratique des fouilles à domicile, explorant l’intérieur des habitations, la vie intime des personnes ou des familles, détruit outrageusement et avec violence images, estampes, livres religieux, tout ce qui a un rapport avec le culte ou le rappelle.

07 1936                          Une expédition française dans la chaîne du Karakoram connaît l’échec dans sa tentative sur le Gasherbrum I – Hidden Peak – 8 086 m : Pierre Allain et Jean Leininger doivent s’arrêter à 6 850 m. et redescendre en raison d’une mousson prématurée.

C’était, depuis l’expédition de Jacquemart en 1830, la première expédition française qui se lançait à son tour, après tant de tentatives d’alpinistes anglais, américains, italiens, allemands, suisses et hollandais, à la conquête de la plus haute chaîne du monde.

Pierre Leprohon       Le Cinéma et la montagne, éditions Jean Susse, Paris, 1944, page 108.

Dirigée par Henry de Ségogne, [haut fonctionnaire] l’expédition française comprenait Pierre Allain, Jean Carle, Jean Charignon, Jean Deudon, Marcel Ichac (cinéaste), Jean Leininger, Louis Neltner, Jean Arlaud, Jacques Azémar. L’objectif : conquérir l’un des 14 sommets de 8 000 m du globe. Cette expédition est relatée dans le film Karakoram de Marcel Ichac

Samivel aurait du en être, mais l’argent l’en a écarté : il s’en ouvre à son amie Claire-Eliane Engel, journaliste et écrivain de montagne très connu :

Saint Paul 23 Février

Chère amie,

Nous allons demain dans le Queyras, puis à Montgenèvre et enfin â Sestrières faire une dizaine de jours de ski. Voilà deux mois que je n’ai pas quitté mon bureau et je serai heureux de retrouver la neige

Bon voyage pour vous à Londres. On vous y questionnera probablement sur l’expédition de l’Himalaya. Que comptez-vous dire? Car vous savez que ça devient scandaleux, le mot n’est pas trop fort.

De Ségogne emmène en effet (à ma place) son beau frère [Jacques Azémar] qui n’a jamais mis les pieds en montagne et qui est chargé de la T.S.F dont il n’avait jamais entendu parler il y a trois semaines. Seulement ce monsieur donne 35 000 francs : et voilà.

A la place d’Armand Charlet [guide de Chamonix], on emmène : …Deudon [président du club de spéléologie […]

Samivel

1 08 1936                   Léon Blum accorde 14 milliards de francs au budget de la défense pour le réarmement quand les militaires ne lui en demandaient que 9. Il adhère au pacte international de non intervention en Espagne ; en fait l’Allemagne et l’Italie soutiennent déjà Franco, d’abord en appui aérien, puis en hommes au sol : 19 000 Allemands, 73 000 Italiens, 10 000 Portugais, et 700 Irlandais de l’ultra-catholique général O’Duffy.

Ouverture à Berlin des XI° Jeux Olympiques : la délégation française, béret basque sur le chef,  adresse à Hitler le salut dit de Joinville, qui a le tort de ressembler comme un frère au salut nazi, ce qui la fera ovationner par les 100 000 spectateurs présents. Le vieux baron Pierre de Coubertin rend un hommage appuyé à l’Allemagne nazie, et là, il ne s’agit pas d’une méprise. Il déclarera dans L’Auto quelques mois plus tard :

La grandiose réussite des Jeux de Berlin a magnifiquement servi l’idéal olympique.[…] La glorification du régime nazi a été le choc émotionnel qui a permis le développement immense qu’ils ont connu.

Autre discours d’une célébrité : Sven Hedin, suédois de 71 ans,  ancien élève de l’illustre géographe allemand Ferdinand von Richthofen, explorateur audacieux dès la fin du XIX° siècle, géographe, topographe, photographe : il a cartographié avec fiabilité le Pamir, le désert de Taklamakan, le Tibet, sans jamais être parvenu à entrer à Lhassa, en dépit de plusieurs tentatives. Il ne cessera de soutenir le régime nazi tout en intervenant à de nombreuses reprises pour obtenir des diminutions de peines de juifs déportés, quand ce n’est une libération.

Et bien sûr, au premier plan du programme des festivités, l’hymne national allemand : Deutschland über alles. À côté de notre sanguinolente Marseillaise, à l’histoire finalement plutôt simple, l’histoire de cette hymne allemand est d’une incroyable complexité, à l’origine de quelques gaffes de taille jusque dans les années 2010. L’affaire se jouera en 1952 entre le chancelier Konrad Adenauer, conservateur, fidèle aux traditions, et le président fédéral Theodor Heuss, démocrate, partisan d’effacer les traces honteuses du passé ; c’est Konrad Adenauer qui l’emporta, en conservant donc les faux pas et risques que son maintien entraînait. Pour ce qui est de la mélodie composée en 1791, il faut mettre hors de cause l’autrichien Joseph Haydn, mort en 1809.

Pour le reste, nous nous contenterons de citer in extenso le très bon article de Wikipedia.

Das Deutschlandlied – Le Chant de l’Allemagne – ou Das Lied der Deutschen – Le Chant des Allemands – est un chant dont le troisième couplet a été l’hymne national de la République fédérale Allemande, avant de devenir depuis 1990 celui de l’Allemagne réunifiée. Les paroles en ont été composées par l’écrivain August Heinrich Hoffmann von Fallersleben en 1840 sur l’île de Heligoland, sur la partition d’un quatuor à cordes de Joseph Hayn datant de 1791. Les trois couplets ont constitué l’hymne national de la République de Weimar de 1922 à 1933. Seul le premier couplet était chanté sous l’Allemagne nazie.

La mélodie pourrait être d’origine croate : les premières mesures sont assez semblables au début du chant populaire de Croatie Jutro Rano Ja Se Stanem. Elle a été adaptée par le compositeur autrichien Joseph Haydn en 1791 comme chant d’anniversaire pour l’empereur François II du Saint Empire. Le titre est alors Gott erhalte Franz den Kaiser – Dieu sauve l’empereur François –, fondé sur le modèle de Dieu sauve le Roi/la Reine ou God save the Queen/the King. Lorsque François II devient en 1804 l’empereur François I° d’Autriche, le chant est adopté comme hymne impérial de l’Empire autrichien avec les paroles Gott erhalte, Gott beschütze/ unsern Kaiser, unser Land […] – Dieu conserve, Dieu protège/ notre Empereur, notre pays […].

Il est le plus souvent connu aujourd’hui comme Chant des Allemands dans sa version de 1841, surtout pour la première ligne de son premier couplet, Deutschland, Deutschland über alles. Cependant, le troisième couplet a été défini en 1952 comme l’hymne national allemand par un échange de courriers entre le chancelier Konrad Adenauer et le président fédéral Theodor Heuss.

Le XIX° siècle marque un tournant décisif dans l’histoire de l’Europe à travers le développement de l’industrialisation, l’éclosion des nationalismes et l’aspiration des peuples à plus de liberté. Sur les cendres du Saint-Empire romain germanique aboli par Napoléon en 1804, l’Allemagne est divisée. Son territoire est morcelé en une multitude d’États rivaux, royaumes et principautés jaloux de leurs privilèges. Les Allemands, vaincus puis vainqueurs en 1815, ont été humiliés par la domination française. Afin de retrouver une unité et une fierté, les penseurs germaniques mettent alors en avant la seule chose susceptible à leurs yeux de pouvoir réunir à nouveau tous les Allemands, la culture. L’exaltation du rôle historique de l’espace germanique et de ses valeurs traditionnelles se fond dans le mouvement nationaliste naissant. Dans les rues et sur le papier on se bat pour l’unité et la liberté de la patrie allemande – Einigkeit und Freiheit für das Deutsche Vaterland –. Le professeur August Heinrich Hoffmann von Fallesleben participe à ce mouvement, mais il est exilé par le royaume de Prusse conservateur qui juge ses idées politiques dangereuses. C’est durant cette période, en 1841, qu’il compose le Deutschlandlied, pour exprimer son désir d’une Allemagne forte et unie, mais aussi plus libérale.

Les mots Deutschland, Deutschland über alles, über alles in der Welt doivent dans ce contexte être compris comme un appel aux souverains allemands à mettre de côté leurs querelles et à concentrer leurs efforts sur la réunification de l’Allemagne. En allemand standard, über alles signifie par-dessus tout dans le sens de priorité et non de primauté ou supériorité, ce qui serait über allem. De plus, à l’époque de Fallersleben, ce texte avait une connotation politique libérale, car l’aspiration à une Allemagne unie allait souvent de pair avec la réclamation de plus de libertés, comme la liberté d’expression, la liberté de la presse et autres Droits de l’homme.

Ainsi, les frontières de la patrie allemande que décrivent le premier couplet ne doivent nullement être considérées comme frontières politiques, mais marquent les limites de la langue et de la civilisation allemandes de l’époque. Cependant la volonté des premiers nationalistes de réunir dans un même État tous les citoyens allemands (de culture allemande) fournira un modèle et un objectif aux pangermanistes du siècle suivant, le Groβdeutschland.

Le thème du Deutschlandlied apparaît à plusieurs reprises dans la Symphonie triomphale que Bedŕich Smetana a composée à l’occasion du mariage en 1854 de l’empereur François Joseph I° d’Autriche avec Élisabeth de Wittelsbach. Cette inclusion de l’hymne impérial dans l’œuvre d’un compositeur tchèque, évocation qui ne manquait pas d’intention politique, sera diversement appréciée selon les époques.

Trente ans plus tard, en 1871, le chancelier Bismarck réalise le rêve d’unification allemande sous l’égide autoritaire de la Prusse et crée le II° Reich. Les nécessités de la Realpolitik ont exclu de facto l’Autriche du nouvel État.

À la suite de la défaite allemande clôturant la Première Guerre mondiale, un nouveau régime plus démocratique succède à l’Empire. La République de Weimar, d’orientation sociale et libérale, fait l’expérience de la démocratie et accorde de nouveaux droits politiques et sociaux, accomplissant enfin le double souhait de Fallersleben. Les trois couplets du Deutschlandlied deviennent l’hymne national officiel en 1922. Cependant, le traité de Versailles a laissé un goût amer chez les vaincus. Dans les années suivantes se développe un sentiment d’injustice qui se transforme rapidement en désir de revanche, renforcé par la crise économiques des années trente. Le premier couplet est alors récupéré et utilisé par des partis nationalistes tel que le NSDAP et réajusté pour s’accorder avec leurs idéologies.

Ainsi Deutschland, Deutschland über alles est réinterprété par les nationaux-socialistes comme L’Allemagne doit dominer le monde, et l’idée d’une patrie unifiée pour tous les Allemands devient un dogme Heim ins Reich – retour [de territoires] au Reich –. L’idéologie nazie se réapproprie les aspirations pangermanistes dans leur forme la plus extrême pour justifier sa politique expansionniste et ses actes criminels. Sous le régime nazi, à l’occasion des cérémonies officielles, le premier couplet du Deutschlandlied est donc utilisé pour précéder le Horst Wessel Lied, hymne de la SA, ce qui n’en fait toutefois pas un hymne nazi au sens strict du terme.

Après la chute du III° Reich, l’Allemagne est occupée par les puissances alliées et n’existe plus en tant qu’État. Soviétiques à l’Est et Occidentaux à l’Ouest se partagent et occupent ses dépouilles. Les symboles nationaux allemands, hymne et drapeau, sont retirés. Pourtant les impératifs géopolitiques nés de la Guerre froide reprennent bientôt le dessus. L’affrontement Est-Ouest exige que les Allemands reprennent leur destin en main et assurent eux-mêmes leur défense. En 1949 est créée la RFA en zone occidentale, puis la RDA en zone soviétique, selon deux modèles diamétralement opposés. La question de la dénazification se pose alors avec une acuité particulière.

En Allemagne de l’Ouest, alors que se reconstruit une nouvelle nation démocratique, toutes les connotations pangermanistes qui collent désormais au Deutschlandlied interdisent de continuer à utiliser les couplets nationalistes de l’ancien hymne. L’évocation de frontières orientales qui ne sont plus de fait celles de l’Allemagne peut aussi faire apparaître la première strophe comme revancharde et cela même si la ligne Oder Neisse ne deviendra la frontière officielle de l’Allemagne qu’en 1989. Les territoires orientaux étant seulement sous administration provisoire polonaise et russe. Mais le chant conserve une grande valeur symbolique aux yeux de la population. C’est pourquoi ce sujet sensible est à la source de disputes entre le chancelier fédéral Konrad Adenauer, conservateur et fidèle aux traditions, et le président fédéral Theodor Heuss, démocrate qui préférerait tirer un trait sur les éléments honteux du passé. On décide finalement de garder le chant comme hymne national, mais épuré de ses accents guerriers et références territoriales. Pour les occasions officielles il est donc réduit à son troisième couplet. L’ordre est confirmé par Theodor Heuss le 06 mai 1952. La dernière fois que la première strophe est chantée lors d’un événement officiel est à la suite de la victoire allemande pendant la finale de la coupe du monde de football de 1954 à Berne, par le public.

En Allemagne de l’Est, pour des raisons naturelles d’incompatibilité idéologique, le Deutschlandlied ne peut être repris. Les communistes est-allemands choisissent comme hymne national Auferstanden aus Ruinen de Johannes R. Becher et Hans Eisler, dont le message est plus conforme à l’esprit soviétique.

Après la chute du mur de Berlin en 1989 et la réunification allemande en 1990, le troisième couplet, porteur de valeurs démocratiques modernes comme le respect du Droit, de la Liberté, ou la recherche du bonheur, est adopté comme hymne national de toute l’Allemagne. Il est confirmé le 19 août 1991 par une lettre du président Richard von Weizäcker au chancelier Helmut Kohl. Les deux premiers ne sont pas interdits stricto sensu, mais ils ne sont jamais prononcés lors des événements officiels. Chanter ou utiliser le premier couplet est généralement perçu comme l’expression de vues politiques très à droite, voire ouvertement néo-nazies. Pour éviter toute confusion préjudiciable, les paroles sont rarement chantées.

Hors d’Allemagne, cette distinction est moins connue et provoque régulièrement des incidents diplomatiques et des discussions. Ainsi, lors de l’Euro 2008, la chaîne suisse SRG sous-titre avec les paroles de l’hymne traditionnel (1°, 2° et 3° couplet) pendant l’hymne allemand (3° couplet uniquement), lors du match Autriche-Allemagne. L’erreur est impardonnable assure SRG. En 2011, les organisateurs des championnats du monde de canoë-kayak diffusent l’intégralité du chant après le titre d’Anne Knorr et Debora Niche. Lors de la Fed Cup de 2017 à Hawaï, cette version de l’hymne a été jouée au début de la rencontre Allemagne-USA. En dehors du monde sportif, le chanteur Pete Doherty provoque un scandale en entonnant Deutschland, Deutschland über alles lors d’un concert organisé à Munich. Hué par le public, il se fait expulser de la scène, avant de s’excuser le jour même. Cette réaction fait douter du réalisme d’une scène de la série télévisée Pan Am ; dans l’épisode 3, Escale à Berlin, diffusé pour la première fois en 2011, l’hôtesse de l’air française Colette Valois chante le fameux premier couplet lors d’une réception à Berlin-Ouest en 1963 sans provoquer de scandale. Dans le monde diplomatique, l’erreur passe encore moins bien. Le programme officiel des cérémonies du 11 novembre 2009 à Paris – dont l’invitée d’honneur est Angela Merkel mentionnait l’hymne allemand : Deutschland über alles. Le ministère de la Défense doit reconnaître l’erreur, qui est corrigée dans le programme final. L’année suivante, le président chilien Sebastian Piñera, écrit dans le livre d’or de la présidence allemande un texte en anglais puis la phrase en allemand Deutschland über alles sous les yeux du président allemand Christian Wulff. Il s’en excuse ensuite, déclarant ne pas être au courant de la signification historique que revêtait cette phrase en Allemagne.

 Seul le troisième couplet du chant constitue l’actuel hymne national allemand.

Deutschlandlied (Chant d’Allemagne)

Premier couplet
Deutschland, Deutschland über alles,
über alles in der Welt.
Wenn es stets zu Schutz und Trutze
brüderlich zusammenhält,
von der Maas bis an die Memel,
von der Etsch bis an den Belt.
Deutschland, Deutschland über alles,
über alles in der Welt.
L’Allemagne, l’Allemagne par dessus tout, 
au-dessus de tout au monde.
Quand constamment pour sa protection et sa défense,
fraternellement elle est unie,
de la Meuse (Maas) jusqu’au Niémen (Memel)
de l’Adige (Etsch) jusqu’au Détroit(Belt).
L’Allemagne, l’Allemagne au-dessus de tout,
au-dessus de tout au monde.
Deuxième couplet
Deutsche Frauen, Deutsche Treue,
Deutscher Wein und Deutscher Sang
sollen in der Welt behalten
ihren alten schönen Klang,
uns zu edler Tat begeistern
unser ganzes Leben lang.
Deutsche Frauen, Deutsche Treue,
Deutscher Wein und Deutscher Sang.
Femmes allemandes, fidélité allemande, 
Vin allemand et chant allemand
doivent continuer dans le monde
de résonner avec leur ancienne beauté,
de nous porter à agir avec noblesse,
tout au long de notre vie.
Femmes allemandes, foi allemande,
Vin allemand et chant allemand.
Troisième couplet de l’hymne officiel national allemand
Einigkeit und Recht und Freiheit
für das Deutsche Vaterland.
Danach lasst uns alle streben
brüderlich mit Herz und Hand.
Einigkeit und Recht und Freiheit
sind des Glückes Unterpfand.
Blüh im Glanze dieses Glückes,
blühe, Deutsches Vaterland ! (bis)
Unité et droit et liberté
pour la patrie allemande.
Cela, recherchons-le
en frères, du cœur et de la main.
Unité et droit et liberté
sont les fondations du bonheur.
Fleuris, dans l’éclat de ce bonheur,
Fleuris, patrie allemande ! (bis)

Premier couplet de l’Hymne impérial autrichien

Gott erhalte, Gott beschütze
unsern Kaiser, unser Land !
Mächtig durch des Glaubens Stütze,
führt Er uns mit weiser Hand.
Laßt uns Seiner Väter Krone
schirmen wider jeden Feind !
Innig bleibt mit Habsburgs Throne
Österreichs Geschick vereint.

Dieu conserve, Dieu protège
notre Empereur, notre pays !
Il est puissant parce qu’il s’appuie sur la Foi
Il nous mène d’une main sage.
Protégeons la couronne de Son père
contre tout ennemi !
Le destin de l’Autriche reste
intimement lié au trône des Habsbourg.

 Wikipedia

Ce détournement d’une phrase d’un chant au profit d’une idéologie tient d’une pratique courante qu’on voit mise en œuvre aussi bien chez les politiques  que chez les faussaires : les nazis avaient ainsi détourné, avec la complicité de la sœur de Nietzsche son idée du surhomme.

Les Allemands empochent 89 médailles, dont 33 d’or, pour 56 aux États-Unis, dont 24 d’or. À 13 ans, l’Américaine Marjorie Gestring, devient la plus jeune médaillée des JO d’été : c’est en plongeon. Contrairement à une légende, Hitler n’a pas quitté le stade après la victoire du noir américain Jess Owens dans le 100 m, mais il s’est contenté de parler de la supériorité athlétique du primitif. Les sympathies marquées pour le nazisme et l’antisémitisme dominaient alors au sein du Comité olympique américain : ainsi de l’entraîneur américain, Dean Cromwell, membre de l’American First Committee, organisation pro-nazie. Quant au secrétaire de ce même comité, Avery Brundage, il suffit de le lire : Les Allemands ne pratiquent pas de discrimination à l’encontre des Juifs dans leurs épreuves de sélection olympique. Les Juifs sont éliminés parce qu’ils ne sont pas des athlètes d’un niveau suffisant. Il n’y a pas dans le monde dix Juifs qui soient d’un calibre olympique. Ainsi, à la veille du relais 4 x 100, Jess Owens et Ralph Metcalfe, noir lui aussi, qui n’avaient pas été sélectionnés pour cette course, reçoivent l’ordre de leur Comité Olympique, de remplacer Marty Glickman et Sam Stoller, tous deux juifs : les nazis – qui estiment qu’entre deux maux : noir ou juif , il faut choisir le moindre – ont obtenu sans difficulté aucune cette vilenie d’Avery Brundage.

Mais les prises de position officielles n’étouffent pas toujours la vie des individus : Carl Ludwig, Luz, Long, bel allemand pur jus concourt au saut en longueur. Jess Owens a mordu ses deux premiers essais ; Luz vient alors lui conseiller de changer ses marques et Jess est qualifié. Le lendemain, il gagne le concours du saut en longueur, Luz est second, et à la fin, vient prendre le bras de Jess, le lève très haut, puis les deux hommes s’enlacent et regagnent les vestiaires bras d’sus bras d’sous. La cinéaste Leni Riefensthal tourne les Dieux du stade, à bord du dirigeable Hindenburg ou du fond des piscines à l’aide d’une caméra sous-marine. On n’y verra pas la scène d’amitié entre Jess Owens et Luz Long, alors que les images existent dans les archives américaines. Par contre les références aux canons de la statuaire grecque seront nombreuses : Hitler était allé chercher des ancêtres aux Allemands chez les Doriens, des indo-européens venus d’Asie, qui, au XII° siècle av. J.C., auraient anéanti la civilisation mycénienne avant de donner naissance à la Grèce classique, et plus précisément à Sparte, la belliqueuse rivale d’Athènes.

Jess Owens est fêté comme un héros à son retour : la légende l’y a précédé et on ne manque pas de l’interroger sur le refus d’Hitler de lui serrer la main ; il répond avec beaucoup de pertinence : Le président des États-Unis ne m’a pas serré la main non plus… Puis, plus tard : quand je suis revenu dans mon pays, après toutes les histoires de racisme que j’avais entendues sur Hitler, je ne pouvais pas plus qu’auparavant monter dans le bus par la porte avant. Je devais entrer par l’arrière. Et je ne pouvais pas non plus habiter là où je le voulais.

Il se verra retirer sa licence sur des imputations mensongères, ce qui mettra fin à sa carrière internationale. La tardive réparation par Gerald Ford lui octroyant, en 1976, la plus haute distinction accordée à un civil, la Médaille présidentielle de la liberté, ne pèsera pas lourd en regard de la vie brisée. Il ne fera pas fortune et cherchera à gagner sa vie comme il pouvait, et, dans ce cas, on travaille là où l’on est compétent : il avait été le plus rapide de tous les hommes, il était amusant de voir s’il pourrait être aussi rapide qu’un cheval : la confrontation fut donc organisée et Jess Owens arriva premier ; il faut tout de même dire, à la décharge du cheval, que ce dernier, effrayé par le coup de pistolet du starter, resta scotché dans son paddock  !

17 08 1936                 Au Québec, les libéraux, après 39 ans de pouvoir, le cèdent à l’Union nationale, créée le 7 11 1935 par Maurice Duplessis.

19 08 1936               Près du village de Viznar, pas loin de Grenade, sur le lieu dit la Fuente Grande que les Maures appelaient la Source aux larmes, Fédérico Garcia Lorca est assassiné, sur ordre du général Valdès. Il a 38 ans. Quelques heures plus tôt c’est son beau-frère, maire de Grenade, Manuel Fernández Montesinos, qui avait été assassiné.

Un rapport de police inédit, datant de 1965, que l’écrivaine française Marcelle Auclair – auteure du livre Enfances et mort de Garcia Lorca (Seuil, 1968) – parviendra à obtenir, vient confirmer la thèse de l’assassinat politique : il y est écrit que le poète était socialiste, franc-maçon  et connu pour ses pratiques homosexuelles – sic -, une aberration qui devint connue de tous. S’ensuit le récit de son arrestation et de son exécution : surpris par les phalangistes à Grenade, le poète prit peur et se réfugia dans la demeure de ses amis les frères Rosales Camacho, d’anciens phalangistes. Ces derniers tentèrent, en vain, d’intercéder en sa faveur. Arrêté et emmené dans une caserne, il fut ensuite conduit à Viznar, près de Grenade, à proximité d’un endroit connu comme Fuente Grande – la Grande Fontaine -, avec un autre détenu, et fusillé après avoir été confessé. Le document localise le lieu où il fut enterré, à fleur de terre, dans un fossé situé à environ deux kilomètres à droite de cette Fuente Grande, dans un endroit très difficile à localiser. 

De 1932 à 1935, il avait consacré l’essentiel de son temps à la direction du théâtre universitaire ambulant La Baracca, faisant partager sur les routes d’Espagne à des paysans souvent analphabètes la féerie des grands classiques du siècle d’or : Cervantès, Lope de Vega, Calderon …

Je serai toujours du coté de ceux qui n’ont rien et à qui on refuse jusqu’à la tranquillité de ce rien. Nous autres – je fais allusion aux intellectuels élevés dans ce que l’on peut appeler la bourgeoisie aisée -, nous sommes appelés au sacrifice. Acceptons-le.

*****

Tout ce que l’homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros
Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux
A Grenade aujourd’hui surgit devant le crime

Et cette bouche absente et Lorca qui s’est tu
Emplissant tout à coup l’univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu’on tue

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Ah je désespérais de mes frères sauvages
Je voyais je voyais l’avenir à genoux
La Bête triomphante et la pierre sur nous
Et le feu des soldats porté sur nos rivages

Quoi toujours ce serait par atroce marché
Un partage incessant que se font de la terre
Entre eux ces assassins que craignent les panthères
Et dont tremble un poignard quand leur main l’a touché

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Quoi toujours ce serait la guerre la querelle
Des manières de rois et des fronts prosternés
Et l’enfant de la femme inutilement né
Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue
Le massacre toujours justifié d’idoles
Aux cadavres jeté ce manteau de paroles
Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Louis Aragon

31 08 1936                 Le Queen Mary traverse l’Atlantique à 30,7 nœuds.

2 09 1936                   Il faut s’entendre avec quiconque veut la paix, avec quiconque offre une chance, si minime soit-elle, de sauvegarder la paix. Il faut s’entendre avec l’Italie en dépit de la dictature fasciste, il faut s’entendre même avec l’Allemagne de Hitler.

Maurice Thorez, à la Chambre des Députés

5 09 1936                        Federico Borrel Garcia, milicien républicain, est tué  à Cerro Muriano, sur le front de Cordoue : Robert Cappa est tout à coté et le prend en photo au début de sa chute : la photo deviendra l’une des plus célèbres du monde.

9 09 1936                        Henri Langlois fonde la Cinémathèque française.

16 09 1936          Naufrage du Pourquoi pas ?, au large de l’Islande, dans le Faxafjord : une nuit de tempête brise les instruments de navigation, les voiles de stabilisation sont en charpie : à cinq heures du matin, le beau navire s’éventre sur les rochers ; le commandant Charcot meurt avec son équipage ; seul, le timonier Le Godinec parvint à regagner la côte à la nage. Fils de Jean Martin Charcot, le célèbre médecin psychiatre de la Salpêtrière, le commandant Charcot avait entrepris plusieurs expéditions dans l’antarctique, au sud-est et au nord ouest de 1903 à 1905 puis de 1908 à 1910, et ensuite en  arctique, en 1925 et 1936. Il forma Paul Émile Victor, dont le fils produit l’émission Le dessous des cartes sur Arte.

18 09 1936                 Le Komintern décide la constitution de 7 brigades internationales qui combattront aux cotés des Républicains espagnols : les 25 bataillons de ces unités auront leurs cadres et leurs commissaires choisis par les partis communistes des 53 pays représentés. Le principal centre de recrutement sera Paris, où les volontaires seront encadrés par des dirigeants des partis communistes français et italiens. Le grand ordonnateur est André Marty, dirigeant du PCF et membre du comité exécutif du Komintern, qui gagnera par après le surnom de boucher d’Albacete. Les volontaires gagneront l’Espagne soit par la frontière à Port Bou, soit en prenant un bateau de Marseille à Barcelone.

28 09 1936              Les milices républicaines qui assiégeaient l’Alcazar de Tolède depuis juillet sont prises à revers par les nationalistes du général Varela, sous les ordres de Franco. Le général Móscardo, chef de l’Alcazar, l’accueille par ces mots: Sin novedad en el Alcazar : rien à signaler à l’Alcazar. En fait, le glorieux sacrifice des cadets de l’Alcazar sera un des épisodes de la guerre le mieux utilisé à des fins de propagande, et les nationalistes ne lésineront pas sur la déformation des faits pour intégrer l’affaire aux plus glorieuses heures de l’histoire de l’Espagne catholique. On était en été, et il y avait donc fort peu de cadets à l’Alcazar, pour la bonne et simple raison que la plupart d’entre eux étaient en vacances : ce sont les membres de la Guardia Civil qui assurèrent la défense de la ville. Le sacrifice héroïque du général Móscardo, acceptant la mort de son fils Luis aux mains des républicains plutôt que de céder à leur chantage ? encore un montage, car le dit fils ne fut tué qu’un mois plus tard, en représailles à un raid aérien, etc, etc

09 1936                      Je n’ai pas varié : tout, tout, exactement : tout, plutôt que la guerre ! Invasion, asservissement, déshonneur, plutôt que le massacre de la population. Même le fascisme en Espagne, même le fascisme en Italie, même le fascisme en France, même Hitler.

Lettre de Roger Martin du Gard, à une amie

1 10 1936                   Auréolé de la gloire de la victoire de l’Alcazar de Tolède, Franco est investi de tous les pouvoirs dans la salle du trône de la capitainerie générale de Burgos, devant les représentants des corps diplomatiques portugais, allemand et italien. La junte militaire qui avait été dirigée par Cabanellas, est immédiatement remplacée par une Junta Técnica del Estado. Le slogan phalangiste, Una Patria, Un Estado, Un Caudillo devient Una Patria : España. Un Caudillo : Franco.

Evidemment son prestige ne pénètre pas les rangs républicains : Francisco Franco n’était qu’un grassouillet militaire de pacotille, efféminé, incompétent, roué et conservateur, qui usurpa les Consignes et modes de style définies par Sánchez Mazas pour les transformer en apparat de plus en plus putride et vidé de sens, puis les livrer à une poignée de rustres pour qu’ils puissent pendant quarante années de pesanteur justifier son régime de merde.

Javier Cercas      Les soldats de Salamine                  Actes sud 2002

12 10 1936                 Début de la révolte arabe en Palestine.

Miguel de Unamuno, 73 ans est recteur de l’Université de Salamanque. Au Paranymphe, il participe à une fête de la Race espagnole donnée en son université à l’occasion de l’anniversaire de la découverte de l’Amérique. La salle est comble… comble de militaires uniquement. Les Républicains l’ont exaspéré et il a soutenu le mouvement nationaliste à ses débuts. Peu après le début de la cérémonie, le professeur Maldonado se lance dans une violente diatribe contre les nationalismes basque et catalan qu’il décrit comme le cancer de la nation que le scalpel du fascisme doit extirper. Au fond de la salle, quelqu’un lance Viva la muerte. Le général Millan Astray, ami de Franco et fondateur de la légion espagnole, qui avait perdu au combat un œil et un bras, véritable spectre vivant de la guerre, reprend le cri, et les fascistes font le salut devant le portrait de Franco. Viva la muerte dans la bouche de Millán Astray, il n’y avait pas lieu de s’en étonner puisque ce sont les légionnaires qui chantaient Je suis le fiancé de la mort et montaient à l’assaut en hurlant Viva la muerte.

Unamuno se lève :

Tous vous attendez mes paroles. Vous me connaissez et vous savez que je ne  peux rester silencieux. Parfois se taire est mentir. Car le silence peut être interprété comme une approbation. Je veux commenter le discours, nommons le ainsi, du professeur Maldonado. N’insistons pas sur l’affront personnel sous-entendu dans le flot soudain de vitupérations contre les Basques et les Catalans. Je suis moi-même, comme on le sait, né à Bilbao. L’évêque, que cela lui plaise ou non, est catalan et né à Barcelone. À l’instant, je viens d’entendre un cri mortifère et insensé :  Vive la mort ! Et moi, qui ai passé ma vie à forger des paradoxes, je peux vous dire avec l’autorité d’un expert, que ce paradoxe incongru me répugne. Le général Millán Astray est un infirme. Disons le sans sous entendu offensant. C’est un invalide de guerre. Tout comme l’était Cervantes.

Malheureusement, il y a bien trop d’infirmes en Espagne aujourd’hui. Et bientôt, il y en aura plus encore si Dieu ne nous vient pas en aide. Il m’est douloureux de penser que le général Millán Astray dicte les grandes lignes de la psychologie de masse. Un infirme qui n’a pas la grandeur spirituelle de Cervantes est porté à rechercher un terrible soulagement en multipliant les mutilés autour de lui. Le général Millán Astray aimerait recréer l’Espagne de toutes pièces, une création négative à son image et à sa ressemblance ; c’est pour cette raison qu’il souhaite voir une Espagne mutilée ainsi qu’il l’a involontairement dit.

Millán Astray se mit alors à éructer : Muera la inteligencia ! Viva la muerte ! Les phalangistes reprirent le cri et sortirent les pistolets.

Miguel de Unamuno reprit :

Voici le temple de l’intelligence, et j’en suis le grand prêtre. C’est vous qui profanez l’enceinte sacrée. Vous gagnerez parce que vous avez plus de force bestiale qu’il n’en faut mais vous ne convaincrez pas. Car, pour convaincre, il vous faudrait ce qu’il vous manque : la raison et le droit dans votre combat. Je juge inutile de vos exhorter à penser à l’Espagne.

[Un silence.]

J’en ai fini.

Menacé, insulté, il va quitter la salle au milieu des huées, dans la bousculade, et c’est la propre femme du généralissime Franco, Doña Carmen Polo qui lui ouvrira un chemin jusqu’à sa voiture pour le reconduire à son domicile, tout proche. Dès lors assigné à résidence, il mourra peu après, le dernier jour de l’année. Les phalangistes, après avoir assassiné Lorca n’avaient pas osé faire de même avec Miguel de Unamuno. Comble de l’ironie, ce sont des phalangistes qui porteront son cercueil lors de ses obsèques.

Mise sur pied à Albacete des Brigades Internationales : elles compteront jusqu’à 35 000  volontaires. La 14° brigade, celle des volontaires français, la Marseillaise, sera la plus souvent citée à l’ordre du jour : parmi eux, le futur colonel Fabien, le colonel Henri Tanguy, leur commissaire politique. Le nom Rol, [un combattant des BI tué en Espagne] sera son pseudonyme dans la Résistance en France : puis il deviendra Rol Tanguy, commandant des FFI. On y verra aussi Walter Ulbricht, futur président de l’Allemagne de l’Est, le socialiste italien Pietro Nenni, le communiste français Charles Tillon, mais aussi des écrivains : André Malraux, George Orwell, Arthur Koestler. Sans aller jusqu’à s’engager dans le combat, bien d’autres, pressentant l’enjeu du conflit, voulurent être témoins en y séjournant : Ernest Hemingway, John Dos Passos, Pablo Neruda, Georges Bernanos, Antoine de Saint Exupéry, Louis Aragon, Paul Éluard, etc… Le Croate Josip Broz, – le futur Tito – s’installe à Paris d’où il organise le départ des volontaires vers l’Espagne.

La nuit de Moscou

On sourira de nous comme de faux prophètes
Qui prirent l’horizon pour une immense fête
[…]     Vous vantez les chemins que la prudence suit
Eh bien j’ai donc perdu ma vie et mes chaussures
Je suis dans le fossé, je compte mes blessures
Je n’arriverai pas jusqu’au bout de la nuit
Qu’importe si la nuit à la fin se déchire
Et si l’aube en surgit qui la verra blanchir
Au plus noir du malheur j’entends le coq chanter
Je porte la victoire au cœur de mon désastre
Auriez-vous crevé le cœur de tous les astres ?
Je porte le soleil de mon obscurité

Louis Aragon      Œuvres complètes t 2, Le roman inachevé. Gallimard La Pléiade 1956

6 11 1936                   Le gouvernement espagnol déménage à Valence : cela va être perçu comme un stimulant par tous les anarchistes de Madrid : Vive Madrid sans gouvernement. Les fonctionnaires du ministère de la Défense oublient de dire où se trouvent les dépôts de munitions : le goût prononcé des Espagnols pour l’injure va donner lieu à un inoubliable festival de noms d’oiseaux. La presse internationale décrit déjà les dernières heures de Madrid. La grande offensive nationaliste est prévue pour le surlendemain.

7 11 1936                   Le capitaine Vidal Quadras, nationaliste, a été tué la veille dans son char italien. Son corps n’a pas été récupéré et ce sont des miliciens républicains qui le trouvent, avec, dans sa vareuse les ordres opérationnels : occuper la zone, entre, et comprenant, la Cité universitaire et la Plaza de España, qui constituera la base de départ pour d’autres avancées à l’intérieur de Madrid. Dès lors, c’en est fini de l’effet de surprise, seul garant d’une victoire rapide des nationalistes : les républicains vont réorganiser leur dispositif et attendre les nationalistes là où ils vont arriver : la Bataille de Madrid sera longue.

C’était encore un endroit intact, petit, sans aucune beauté, un peu sale à cause de la misère, mais chaud, paisible et doux comme un agneau. Nous l’envahîmes avec nos hommes, notre intendance, les canons, les camions, les engins blindés et tout ce que trimbale une armée derrière elle au cours d’une campagne : la tranquille Majadahonda fut encombrée, bruyante et sale, comme un jour de marché. Le premier matin après notre départ, l’aviation ennemie commença à lâcher des bombes sur le village. Les habitants s’éparpillèrent en abandonnant tous leurs biens. Bétail, cochons, lits défaits et maisons sans surveillance. Le premier soir et le premier matin où nous étions là, il y avait encore de la vie à Majadahonda. On pouvait voir les silhouettes mystérieuses de jeunes Espagnoles derrière les fenêtres pauvrement éclairées des maisons. Le jour suivant, les fenêtres étaient déjà noires et béantes, orbites effrayantes dans le crâne des maisons. Seuls restèrent dans le village des chiens errants, des vagabonds, des oubliés et aussi une femme qui avait perdu la raison. La nuit, elle hurlait de manière épouvantable dans sa maison vide et ses cris effroyables résonnaient en écho dans les rues mortes qu’éclairait la lune.

Karl Anger, un des Serbes de la 11° brigade, décrit leur arrivée dans le village de Majadahonda, au sud sur la route de La Corogne, au nord-ouest de Madrid

Le glissement général vers la droite date à peu près d’octobre-novembre 1936, du moment que l’URSS commença de fournir des armes au gouvernement et où le pouvoir commença à passer des anarchistes aux communistes. […] Les Russes étaient donc en situation de dicter leurs conditions. On ne peut guère douter qu’elles furent, en substance : Empêchez la Révolution ou vous n’aurez pas d’armes, et que le premier coup porté aux éléments révolutionnaires, l’éviction du Poum de la Généralité de Catalogne, le fut sur les ordres de l’URSS. On a nié qu’aucune pression directe ait été exercée par le gouvernement russe, mais la question est de peu d’importance, car on peut considérer comme exécuteurs de la politique russe les partis communistes de tous les pays, et l’on ne nie pas que c’est à l’instigation du Parti communiste que fut menée l’action contre le Poum d’abord, puis contre les anarchistes, et, en général, contre toute politique révolutionnaire. À partir du moment où l’URSS commença d’intervenir, le triomphe de Parti communiste fut assuré.

George Orwell.    Le catalogue libre          Gallimard 1955

16 11 1936                 Roger Salengro, ministre de l’intérieur, maire de Lille, se suicide : au départ, un communiste avait avancé que Roger Salengro avait déserté pendant la première guerre mondiale, passant à l’ennemi. L’information fût reprise par L’Action Française, Gringoire, journaux d’extrême droite, qui surent à merveille distiller toute la haine dont ils étaient capables.

Grâce au zèle de son ami le capitaine M…, Salengro fût acquitté – à la minorité de faveur dit-on. Acquitté dans ces conditions, M Salengro doit être regardé comme coupable.

Action française 14 juillet 1936

M. Roger Salengro, ministre de l’Intérieur, a-t-il déserté le 7 octobre 1915 ?

Gringoire 21 Août 1936

À l’initiative de son adversaire politique, Henri Becquart, député du Nord, un débat à la Chambre des Députés révéla qu’effectivement, Roger Salengro était effectivement en Allemagne à partir de 1915, car il avait été fait prisonnier le 7 octobre 1915 alors qu’il tentait de ramener du front le corps d’un camarade tué au combat ! Il était effectivement passé devant un conseil de guerre, mais un conseil de guerre allemand, pour avoir provoqué une grève dans une fonderie ! Le 30 octobre 1936, la commission présidée par le général Gamelin, après examen du dossier confirmera que le soldat Salengro a été acquitté par jugement rendu par contumace par le conseil de guerre de la 51° division, le 20 janvier 1916. Le 13 novembre, à la fin d’une discussion parlementaire, la Chambre des députés constate l’inanité des accusations.

Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose !

Voltaire

Les mots peuvent tuer aussi sûrement que les balles

Yves Boisset

La poudrerie de Saint Chamas, à la pointe nord-ouest de l’étang de Berre explose, faisant 53 morts, soit les trois quart des employés, et 200 blessés. La déflagration s’est faite sentir jusqu’à Marseille, à 50 km. La Fabrique royale de poudre d’Aubagne avait déménagé à Saint Chamas vers 1690, où la proximité de l’étang de Berre, le cours constant des canaux garantissaient un approvisionnement en eau que l’Huveaune ne pouvait assurer. Étendue en 1810 sur 2.5 ha, elle s’était constamment agrandie jusqu’à occuper 110 ha en 1936. Les fabrications avaient suivi l’évolution des explosifs : au départ, fabrique de poudre noire – mélange de charbon de bois, de soufre et de salpêtre – ; s’y était ajouté à la fin du XIX° siècle un atelier de tolite, plus connue sous le nom de TNT, poudre jaune obtenue à partir de charbon de bois et de nitrate. C’est ce bâtiment 104 affecté à la fabrication de la tolite qui a d’abord pris feu puis explosé.

20 11 1936              José Antonio Primo de Riveira, fondateur de la Phalange, est exécuté par les Républicains. Le dirigeant anarchiste Buenaventura Durutti est arrivé à Madrid avec plus de 3 000 hommes, du front d’Aragon.  Il a eu dans ses rangs Simone Weil. Il meurt des suites d’un accident au cours des combats [le coup était parti de l’arme d’un de ses hommes, accrochée à la poignée d’une voiture]. Ses funérailles à Barcelone seront suivies par un demi million de personnes !

22 11 1936                Le vélo des airs, pédalé par Heinz Hoffmann vole sur 427 m à Hambourg.

23 11 1936                 Première utilisation du néon aux États-Unis.

6 12 1936                 Mermoz disparaît dans l’Atlantique Sud, aux commandes de l’hydravion Latécoère 300 la Croix du Sud. Parti de Dakar, il aurait du atterrir au Brésil.

Latécoère 300 La Croix du Sud

Latécoère 300 La Croix du Sud

9 12 1936                   En Chine, des milliers de manifestants font une marche de protestation contre les guerres intestines entre Chinois, jusqu’à Lintong, une station de sources chaudes, près de Xi’an, où Tchang Kaï Chek a établi son QG.

10 12 1936                 Édouard VIII d’Angleterre abdique en faveur de son frère, le duc d’York, qui va devenir Georges VI, pour épouser Wallis Warfield, une Américaine divorcée, ex épouse Simpson : le mariage sera célébré au château de Candé, à l’ouest d’Angers, le 3 06 1937. Il devient le duc de Windsor. Le statut de femme divorcée d’un premier mari, séparée d’un second, la nationalité américaine, serviront longtemps d’alibi pour justifier cette abdication : en fait, on apprendra en 2002 que dans les années 30, elle avait été la maîtresse de Von Ribbentrop [4], ambassadeur d’Allemagne à Londres, puis ministre des Affaires Étrangères d’Hitler : Roosevelt s’assura une surveillance discrète du couple qui prouva que Wallis Simpson gardait une grande sympathie pour les nazis, au point de leur confier pas mal de petits secrets anglais, pris sur l’oreiller et ailleurs : la France ne fût sans doute pas mise dans la confidence.

12 12 1936                 Tchang Kaï Chek est enlevé et retenu en otage par le seigneur de la guerre Zhang Xueliang, qui est en négociation avec les communistes et impose à Tchang d’accepter finalement de constituer un front uni avec ces derniers pour lutter contre les Japonais : c’est l’incident de Xi’an qui aboutit à l’accord de Xi’an qui institue un deuxième front uni entre Guomintang et Communistes contre les Japonais.

19 12 1936                 Les Républicains espagnols tentent avec succès de jouer dans la rubrique on n’est jamais bien aussi servi que par soi-même : à 8h30, le téléphone sonne à l’aéroport de Millau, annonçant la venue d’une délégation du Ministère de l’air. Le gardien, seul, accueille six hommes bien nippés qui se disent à la recherche d’un site pour un nouvel aéroport ; devançant les demandes de ses hôtes, le gardien leur propose un vol de reconnaissance avec les trois avions au réservoir plein : deux Potez 58, immatriculés FANLK et FAMRG, et un Potez 43 : on ne les reverra jamais à Millau, puisqu’il iront se poser à Caravajak, en Espagne.

12 1936                        En tournée des popotes à Si-ngan fou, Chan Kai-shek est fait prisonnier par une armée communiste à la tête de laquelle on trouve Tcheou En-lai. On le garde 14 jours, puis il est relâché. Russes et alliés souhaitaient avant tout contrer le Japon, et encourageaient un rapprochement entre communistes et nationalistes chinois, rapprochement auquel étaient bien sûr hostiles les Japonais.

En Mandchourie, à Pingfan, 20 kilomètres au sud de Harbin, Shiro Ishii crée un autre centre qui prendra le nom d’Unité 731. À proximité de Pingfan se trouvait le camp Hogoin où les prisonniers, principalement des russes, servirent de cobayes aux expériences d’Ishii : inoculation des maladies, malnutrition jusqu’à la mort, vivisection sur des vivants etc… on parle de 3 000 victimes.

1936                           La taxe à la production vient prendre la suite de la taxe sur le chiffre d’affaires, instaurée en 1920. Elle sera réformée en 1948. Faillite de Pathé. L’architecte Frank Lloyd Wright construit Falling Water en Pennsylvanie. I.G. Farben lance des verres de contact en plexiglas ; en France, c’est M. Rouvereau qui s’en chargera en 1948. Deux scientifiques français travaillant à l’École vétérinaire de Maisons-Alfort, Cuillé (1870-1950) et Chelle (1902-1943) établissent que l’ESB est une maladie contagieuse dont l’incubation est très lente, de 2 à 15 ans. Ils parviennent à démontrer que la barrière des espèces peut être franchie, mais ne parviennent pas à isoler l’agent infectieux.

Jean Pomagalski construit le premier téléski : c’est à l’Alpe d’Huez, sur les pentes de l’Échenoz. La première Appellation d’Origine Contrôlée – AOC – est attribuée au vin d’Arbois, dans le Jura : quand je bois du vin  clairet,  ami tout tourne, tourne, tourne, aussi désormais je bois Anjou ou Arbois.

Carl Burckhardt, vice président du CICR (Comité International de la Croix Rouge) est revenu tout à fait satisfait de son voyage effectué en Allemagne, sur invitation personnelle d’Hitler.

7 01 1937                    David Ben Gourion déclare à la Commission anglaise Peel : Quand nous disons que la Terre d’Israël est notre pays, nous n’entendons pas exclure les autres habitants. C’est aussi le pays de ceux qui sont nés ici et qui n’ont pas d’autre patrie. Nous avons le droit d’entrer dans ce pays sans exproprier les habitants qui vivent ici.

7 02 1937                   Emile Allais remporte les premiers championnats du monde de ski alpin : il termine la descente avec 13 secondes d’avance sur le second !

Il devait en grande partie ses victoires et places d’honneur à une grande maîtrise du ski obtenue auprès de l’Autrichien Otto Lantschner, de Seefeld, au Tyrol, pionnier de la pratique du ski. Lui-même créera une méthode française. Grand ami du chansonnier Maurice Baquet. Dans les années 50, il rapportera d’outre atlantique pour Laurent Boix-Vives, patron des Ets Rossignol, une paire de skis métalliques de la marque Head [Howard Head était ingénieur aéronautique]: les Ets Rossignol s’en inspireront pour fabriquer les Allais 60 sur lesquels Jean Vuarnet allait devenir champion du monde de descente à Squaw Valley en 1960. Ce ski connaîtra un succès foudroyant : à cette époque le marché américain ne concernait encore que peu de monde tandis que celui de l’Europe était déjà beaucoup plus développé.

13 02 1937                     Léon Blum, devant la gravité de la situation économique annonce une pause dans les réformes.

3 03 1937                      Premier numéro de Marie-Claire.

13 03 1937                   L’encyclique Mit Brenneder Sorge – Au nom d’une poignante inquiétude – met en garde le régime nazi : la diffusion en est interdite en Allemagne, et les exemplaires détruits par la Gestapo.

Le nazisme est une véritable apostasie, une doctrine contraire à la foi chrétienne.

Pie XI

5 04 1937             Le Normandie reprend le ruban bleu au Queen Mary.

10 04 1937          Au Mexique le vieux continue, encore et toujours, à se battre :

Le président Lâzaro Cârdenas a accepté qu’une commission menée par des étrangers vienne juger Trotsky au Mexique. C’est en première page et les crieurs courent sur les trottoirs. Cârdenas est accusé par la droite de bafouer la souveraineté nationale, et par les staliniens d’offrir une tribune au renégat diabolique. Le contre-procès se tiendra dans la maison bleue de Frida Kahlo, transformée pour l’occasion en forteresse, guérites et sacs de sable à l’entrée sur la rue Londres, hommes en armes. Sans doute on enferme ou déporte les animaux du jardin, le singe-araignée, le cerf, la poule. Les oiseaux n’osent plus venir boire aux vasques. Les audiences sont ouvertes le 10 avril 1937.

Le philosophe new-yorkais John Dewey, soixante-huit ans, démocrate, professeur à l’Université, spécialiste renommé des sciences de l’Education, a accepté de présider le jury. C’est une sommité morale qu’on ne peut soupçonner de soutenir ni Staline ni Trotsky. Pendant dix jours, du matin au soir, la commission fonctionne sur le modèle d’un tribunal. Les jurés interrogent et les avocats répondent, l’accusé dépose. Tous les débats se tiennent en anglais. Avec l’aide de Van, Trotsky a extrait des archives les multiples preuves qui doivent montrer l’inanité des accusations portées contre lui. L’enjeu est considérable. Trotsky a accepté de se livrer si son innocence n’est pas attestée. Avec une précision mathématique, Van présente les documents qui démontrent les incohérences des lieux, des dates, les fausses déclarations arrachées, décrivent la machinerie infernale des procès de Moscou. Staline veut justifier ses échecs et la famine qui sévit par la trahison et le sabotage, il veut aussi et surtout régner seul. Bientôt, Trotsky et lui seront les deux derniers survivants du Comité central de dix-sept.

La première grande mise en scène, le procès du Centre terroriste trotskyste-zinoviéviste, dit procès des Seize, s’est tenue quelques mois plus tôt, pendant que Trotsky était en Norvège, en août 1936. Tous les accusés, et parmi eux les vieux compagnons de Lénine, Zinoviev et Kamenev, ont été exécutés dès le lendemain du verdict. La seconde mise en scène, le procès du Centre antisoviétique trotskyste de réserve, dit procès des Dix-sept, s’est ouverte en janvier 1937, juste après l’arrivée de Trotsky à Tampico. Devant le procureur Vychinsky, les vieux héros torturés, dont les familles sont déjà incarcérées, s’accusent de tous les crimes dont Trotsky entreprend par l’étude des archives de les disculper.

Ses réfutations sont implacables et peu à peu il l’emporte, convainc. Lorsqu’on lui demande à la fin si c’était bien utile, s’il n’a pas vendu son âme au Diable en s’alliant avec ceux qui aujourd’hui bafouent la vérité, si, même innocent des crimes dont on l’accuse à Moscou, il ne reconnaît pas une part de responsabilité de la Révolution elle-même, si c’était bien la peine Kazan pour en arriver à la Loubianka, Trotsky répond par une phrase que Natalia et Frida, peut-être, comprennent mieux encore que John Dewey: L’humanité n’est pas parvenue jusqu’à présent à rationaliser son histoire. C’est un fait. Nous, êtres humains, n’avons pas réussi à rationaliser nos corps et nos esprits. Il est vrai que la psychanalyse tente de nous enseigner à harmoniser notre physique et notre psy-chologie, mais sans grand succès jusqu’à présent.

Quant aux alliances politiques qu’il a dû nouer, tout au long de l’action révolutionnaire dans laquelle il est engagé jour et nuit depuis l’âge de dix-huit ans, il ne peut rien regretter, parce que l’Histoire est ainsi, que c’est toujours dans l’instant présent qu’il faut agir, décider, et qu’attendre d’y voir clair, avec le recul nécessaire, c’est se condamner à ne jamais rien faire. Dès sa première rencontre avec Lénine, à Londres, au début du siècle, ils se sont opposés. Trotsky voyageait alors sous le pseudonyme de Pero et tout cela figure dans les archives. Le coup de génie et la fourberie de Lénine avaient été de donner le premier à son petit groupe le nom de Bolcheviks, les Majoritaires, et d’obliger tous les autres dont Trotsky, plus nombreux, à devenir les Mencheviks, les Minoritaires. Par la suite, il avait rejoint Lénine parce que sans leur union la Révolution aurait échoué, et qu’il ne fallait pas qu’elle échoue. Bien sûr, on peut s’enfermer dans une chambre pascalienne et ne commettre aucune erreur. On est autant responsable alors, devant l’Histoire, de n’avoir pas agi.

Il fait chaud dans le jardin de la maison bleue, des mouchoirs passent sur les visages et sur les nuques. La parole est à l’accusé et Trotsky entame sa longue plaidoirie, une déclaration finale en anglais de plus de quatre heures : La question n’est pas de savoir si nous pouvons atteindre la perfection absolue de la société. Pour moi, la question est de savoir si nous pouvons faire de grands pas en avant, et non de chercher à rationaliser le caractère de notre histoire, sous prétexte qu’après chaque grand pas en avant, l’humanité fait un petit détour, et même un grand pas en arrière. Je le regrette beaucoup, mais je n’en suis pas responsable. Après la Révolution, après la Révolution mondiale, il est bien possible que l’humanité soit fatiguée. Pour certains, pour une partie des hommes ou des peuples, une nouvelle religion peut apparaître, et ainsi de suite. Mais je suis certain que ça aura été un grand pas en avant, comme la Révolution française. Bien sûr elle a fini par le retour des Bourbons, mais le monde a d’abord retenu l’avancée, les enseignements, les leçons de la Révolution française.

L’ensemble des audiences de la commission Dewey sera publié à New York sous le titre de L’Affaire Trotsky, un compte rendu de six cents pages, dont les conclusions déclarent l’accusé innocent des crimes dont il est accusé à Moscou. Un tel jugement démocratique, porté par des ennemis de l’Union soviétique, n’est pas de nature à inquiéter Staline, et peut-être alimente au contraire la théorie du complot, démontre la trahison de Trotsky, allié des capitalistes et des impérialistes, et accélère encore la machine infernale.

Dès le mois suivant, en mai 1937, s’ouvre en secret le procès de l’Organisation militaire trotskyste antisoviétique. L’Armée rouge est décapitée, tous les généraux et officiers accusés sont exécutés et parmi eux Ouborevitch, le vainqueur de Vladivostok. En mars 1938, ce sera le procès du Bloc des droitiers et des trotskystes antisoviétiques, dit procès des Vingt et un, dans lequel disparaîtra Boukharine qui avait accueilli Trotsky à New York pendant la Première Guerre mondiale. Et en marge des grands procès ce sont les purges, les exécutions, les camps, les centaines de milliers d’arrestations, bientôt les millions, les esclaves envoyés dans les mines de Sibérie. L’horreur qu’on découvrira dans vingt ans à la lecture du Ciel de la Kolyma d’Evguénia Guinzbourg, l’humanité avilie, la folie meurtrière. Lorsque des journalistes demandent à John Dewey son sentiment sur Trotsky, sur l’homme qu’il a côtoyé pendant ces journées, au-delà de son rôle historique, il répond que c’est un personnage tragique. Une telle intelligence naturelle, si brillante, enfermée dans des absolus.

Bien sûr il va mourir en exil, Trotsky, ce dernier témoin qui refuse de se taire, menacé par les communistes mexicains et par les fascistes sinarquistas, il s’en doute bien, mais tout recommencera, pour le meilleur et pour le pire. On sait la phrase de Bolivar. Celui qui sert une révolution laboure la mer. La Revoluciôn nunca se acaba. Dans vingt ans, Ernesto Guevara et la petite bande des clandestins cubains entreprendront en cordée l’ascension du Popocatéped, viendront endurcir leur corps dans la neige et affermir leur solidarité avant d’embarquer sur la Granma. Dans quarante ans, de nouveaux sandinistes chasseront la dictature somoziste au Nicaragua. Dans soixante ans, de nouveaux zapatistes se soulèveront dans l’État du Chiapas. Les nacelles montent au ciel et descendent à chaque révolution de la grand-roue Ferris, qui tourne dans le Volcan de Malcolm Lowry comme au-dessus de la Vienne ravagée de Graham Greene.

Patrick Deville            Viva   Le Seuil 2014

14 04 1937           La France continue à réduire à la portion congrue sa tradition d’hospitalité :

Vous devez refouler impitoyablement tout étranger qui cherchera à s’introduire sans passeport ou titre de voyage valable ou qui n’aura pas obtenu de visa consulaire s’il est soumis à cette formalité.

Lettre aux Préfets de Max Dormoy, ministre de l’Intérieur du Gouvernement de Léon Blum.

26 04 1937                 En Espagne, la légion allemande Condor sous les ordres de Richtofen vient de bombarder Durango. Elle bombarde maintenant Guernica, la ville historique vénérée de tous les Basques, près de Bilbao ; c’est jour de marché ; à 16h30′, un bombardier Heinkel 111 largue son chargement et disparaît ; les habitants laissent passer quelques instants puis sortent des abris pour secourir les blessés ; 15 minutes après, passe la totalité de l’escadrille, larguant des bombes de diverses tailles, dont certaines incendiaires, puis repasse en mitraillant hommes, femmes, enfants, religieuses, bétail ; à partir de 17h15′, trois escadrilles de Burgos, en vagues successives couvrirent systématiquement la ville d’un tapis de bombes. On comptera entre 200 et 300 tués.[5]

À Madrid, José Cazorla, le communiste responsable de l’ordre public, voit étalé en place publique l’existence des prisons secrètes qu’il a mises sur pied pour torturer et exécuter comme espions, traîtres, des socialistes, des anarchistes et des républicains.

27 04 1937                 À San Francisco, inauguration du pont suspendu le plus long du monde : le Golden Gate Bridge, avec 2 725 m.

2 05 1937                   À Barcelone , autour de l’immeuble de la Telefónica, sur la Plaza de Cataluña, la guerre civile s’installe dans la guerre civile espagnole, opposant communistes aux ordres de Moscou et l’ensemble des autres forces de gauche, principalement les anarchistes et les trotskistes. Chacun soupçonne chacun, les polices secrètes pullulent. Coté communiste, l’art de la manipulation et d’une propagande qui ne recule jamais devant l’invraisemblable, finiront par avoir raison des autres forces. Un rapport envoyé à Moscou deux mois plus tôt révélait que 27 des 38 commandements clefs du Front du Centre étaient occupés par des communistes et trois autres par des sympathisants. On verra des communistes refuser des munitions aux divisions qui ne le sont pas, on verra des officiers pointer leur revolver sur le dos de leurs soldats si ceux-là s’avisaient de reculer lors d’un assaut, on verra des jugements expédiés et des soldats fusillés – 400 par exemple le 24 juillet 1937 lors de la bataille de Brunete au sein de la division de Lîster, on verra un camp de concentration à usage interne des Brigades internationales, le camp Lukács : il comptera à partir du 1 août 1937 jusqu’à 4 000 hommes ! Au sein de ce concentré d’ignominies, d’aucuns s’efforçaient de faire entrer un peu d’oxygène : le commandant d’une brigade anglaise fit venir Paul Robeson, le chanteur noir américain et communiste qui les gratifia d’une soirée de concert.

6 05 1937                   Le dirigeable Hindenburg explose et s’enflamme à Lakehurst : 35 morts, 63 blessés : c’est l’arrêt pour plusieurs décennies du transport par dirigeable.

15 05 1937                   Le socialiste Juan Negrin élimine les anarchistes et les trotskistes du gouvernement républicain espagnol, mais ces derniers auront le pouvoir dès le mois de décembre en Catalogne et à Valence.

18 05 1937                 Défaite des troupes franquistes à Guadalajara. La guerre est civile en même temps qu’internationale : Allemands et Italiens antifascistes se retrouvent aux cotés des républicains pour combattre leurs compatriotes envoyés par Hitler et Mussolini soutenir Franco : on entendra des harangues en allemand et en italien s’essayant à persuader celui d’en face de son erreur.

24 05 1937                Ouverture de l’exposition internationale des Arts et Techniques de Paris. Picasso a réalisé une grande toile : Guernica, après le massacre du mois précédent. Quelques années plus tard, un membre de la Gestapo, devant une photo du tableau, lui demandera : c’est vous qui avez fait ça ? Picasso répondra : Non, c’est vous ! Trente et un millions de visiteurs en six mois. Le pavillon français sera en fait terminé seulement début juin, quand les pavillons allemand, japonais et italien étaient finis depuis le mois de mars. Bilan : 150 millions de recettes contre 1 443 millions de dépenses.

05 1937             Alphonse de Châteaubriant termine un voyage en Allemagne ; il en fera le récit dans Gerbes de forces qui sortira quelques mois plus tard ; il n’est pas dans l’esprit de ce blog de reprendre les délires d’un pauvre toqué qui aurait soliloqué du fond d’un vieux manoir de province, oublié de tous. Mais ce n’est pas le cas : Alphonse de Châteaubriant n’est pas un paumé submergé par le délire et l’exaltation ; c’est un écrivain qui a eu le Goncourt en 1911, le Grand prix du roman de l’Académie française en 1923. Avec La Brière, il fait l’un des plus forts tirages de l’entre-deux-guerres : 600 000 exemplaires, traduit dès 1924 en allemand, puis en anglais, publié par 26 éditeurs différents.

L’Allemagne hitlérienne est avant tout fondée je ne dis pas sur des déclarations pacifiques, mais sur une conception d’elle-même qui la place en face d’un immense idéal humain à prévaloir, idéal qui est aujourd’hui sa vision intime la plus chère et qu’elle ne peut réaliser pleinement et sûrement que dans la paix et par la paix.

[…]          Chaque groupe, bien accroché à sa place dans l’enchaînement savant de l’édifice, possède à sa tête un Führer.

Nous n’avons plus ici, comme dans les pays parlementaires, la représentation des groupes, mais un principe d’action immédiate, qui, sous la forme d’un homme choisi parmi les meilleurs, déploie son dynamisme direct au sein des innombrables divisions de l’organisme. Et ce principe trouve son application à la base même de la société, parmi les groupes de Pimpfen et de Maedel, petits garçons et petites filles, lesquels comptent tous à leur tête un Führer, un chef, un guide, relié lui-même par ses chefs supérieurs aux étages les plus élevés de la direction de l’Empire. Et ce chef, ce guide est celui dont le caractère s’est avéré le plus fou et le jugement le plus sûr. Et ce jeune chef, comme tous ceux qui agissent au-dessus de lui, n’est pas seulement le meilleur, il est responsable ; et il a accepté volontairement et à l’avance toutes les conséquences résultant de cette responsabilité.

Ainsi, le chef, c’est-à-dire l’ordre, règne du haut en bas de l’édifice, dans une succession d’assises superposées, qui font ressembler la société allemande tout entière, non seulement en surface, mais en profondeur, à une vaste pyramide, dont l’armature inférieure reposant sur le sol, au sein de la famille même, et s’élevant peu à peu, apparaît au sommet, comme une pointe, sous la forme du Führer-Chancelier.

Ici, l’organisation du peuple tout entier se confond avec la structure de l’Etat… et l’on y voit fonctionner l’un par l’autre, étayés l’un sur l’autre, les deux principes indispensables l’un à l’autre : le principe démocratique et le principe des aristocraties.

Le National-Socialisme est une démocratie, contrôlée et dirigée par une aristocratie tirée de son sein et qui se renouvelle constamment.

[…]     Depuis plusieurs années, par l’évolution d’un esprit toujours en mouvement, Hitler croit à la nécessité d’une entente franco-allemande. Parfois… il lui arrivait de penser au geste symbolique qu’il adressait à se anciens ennemis. Il rêvait d’aller seul lancer dans les eaux du Rhin une couronne de lauriers tressée à la gloire des soldats allemands et français morts pour leur patrie.

[…]     L’Allemagne actuelle n’a aucun projet contre la France. Cet esprit de proie que nous lui prêtons n’est pas le sien.

[…]     Hitler n’est pas un conquérant, il est un édificateur d’esprits, un constructeur de volontés. C’est à l’intérieur des âmes que son national-socialisme semble avoir construit sa cathédrale germanique ; et c’est pour cela qu’il s’est adressé aux forces profondes de l’amour et de la foi.

[…]     Ses yeux sont du bleu profond des eaux de son lac de Koenigsee, quand le lac tout autour de Sank Bartholomae reflète les puissantes cassures striées de son Tyrol. Il est exaltant de se trouver près de lui quand il parle…. Son corps vibre, sans s’évader une seconde du galbe de sa tenue ; son mouvement de tête est juvénile, sa nuque est chaude…

[…]     Je crois que l’analyse physiognomélique de son visage révèle quatre caractères essentiels : par la hauteur particulière de la tempe, un haut idéalisme ; par la construction du nez, dur et fouilleur, une très remarquable acuité d’intuition ; par les distance de la narine à l’oreille, une puissance léonine. La quatrième caractéristique est une immense bonté : il est immensément bon. Et je répète : bon, avec la conviction que cette affirmation scandaleuse n’empêchera pas les délicieux, les incomparables raisins français de mûrir sur les coteaux de Beaugency.

[…]     Si Hitler a une main qui salue, qui s’étend vers les masses de la façon que l’on sait, son autre main dans l’invisible ne cesse d’étreindre fidèlement la main de Celui qui s’appelle Dieu. Et ce Dieu-là, c’est quelque chose qui ressemble singulièrement à celui qui jadis fit que Daniel dans la fosse aux lions ne fut pas déchiqueté.

Beaucoup de gens lisant ma phrase la mettront entre deux pointes de compas et souriront. Mais Hitler lui ne sourira pas.

[…]     Les leaders catholiques français auront beau dénoncer et accuser l’anti-christianisme hitlérien, ce qui fait la force de l’Allemagne hitlérienne c’est son âme religieuse.

[…]     L’on voit comment la pensée d’Hitler, malgré tout ce que l’on pourra objecter, plonge ses racines organiques dans l’eau généreuse et profonde du lac chrétien.

Hitler cherche à élever pour l’Allemagne un temple chrétien germanique au-dessus de la confusion humaine.

[…]     Et qu’est-ce que ça peut nous faire qu’il donne le nom de germanique à son œuvre pourvu que Dieu vive !

[…]     Les nationaux-socialistes sont le recommencement de l’œuvre de Dieu.

Alphonse de Châteaubriant            Gerbes de force          1937

Et de ce délire, exalté, aveugle, on trouvera des journaux d’extrême droite pour en dire que c’était la Bible de la nouvelle France !

5 06 1937                   Dans les usines d’Henry Ford, la semaine de travail est ramenée à 32 heures.

12 06 1937                 Au début de l’année, à l’occasion des obsèques du roi Georges V, le maréchal Toukhatchevski, ministre adjoint de la Défense de l’URSS, a tenté de persuader les états major des pays démocratiques de la nécessité d’entreprendre une guerre préventive contre l’Allemagne. Ses propos ont été très mal perçus, tant à Paris qu’à Londres. Rentré à Moscou, il les répète en réunion du soviet suprême. Tout cela vient directement s’opposer aux projets,  encore non déclarés de Staline de rapprochement avec l’Allemagne. D’autre part, le chef des SD, Reinhardt Heydrich a fabriqué un dossier constitué de faux de A à Z, établissant que le maréchal complote pour renverser Staline, et le lui fait parvenir. Il est arrêté et fusillé avec Iakir, Ouborévitch, Kork, Eidemann, Primakov et Boutna, dans la cour du NKVD, entourée de camions moteur allumé pour étouffer le bruit des coups de feu.

16 06 1937                   Andres Nin, le principal dirigeant du POUM, [Partido Obrero de Unificación Marxista : Parti des Travailleurs de l’Union Marxiste], est exécuté sur ordre du NKVD de Moscou, assassinat mis sur le compte des nationalistes.

21 06 1937                     Démission de Léon Blum.

30 06 1937                   Pierre Étienne Flandin expose la situation financière : les caisses sont vides : il reste 20 millions de francs. La parité franc/argent ou or est supprimée : le franc flotte.

2 07 1937                   Aux commandes d’un Lockheed Electra, avec son navigateur Fred Noonan, Amalia Earhart, première femme à avoir traversé l’Atlantique le 20 mai 1932, disparaît au-dessus de l’île Nikumaroro, dans l’archipel des îles Phoenix, Kiribati. Officiellement, elle tentait un tour du monde en survolant l’équateur, officieusement elle pourrait être partie sur demande du gouvernement américain pour un espionnage des installations japonaises. On retrouvera des restes d’un homme et d’une femme ainsi que certaines pièces mécaniques sur cette île, mais sans jamais aucune certitude.

6 07 1937                     La commission britannique pour la Palestine propose d’abandonner le statut de mandat et de créer deux états, l’un arabe, et l’autre juif, plus un territoire sous mandat spécial pour les Lieux Saints : ces propositions sont rejetées par les intéressés.

7 07 1937                   Un incident à Lugou qiao, au pont de Marco Polo, près de Pékin, déclenche la guerre entre la Chine et le Japon. Officiellement Guomin et communistes sont alliés contre le Japon. En fait, Tchang-Kaï chek s’est réfugié dans le Sseu-tch’ouan, et les communistes harcèlent les Japonais dans le nord et le nord-est.

10 07 1937                 Nikita Kroutchtchev est responsable de l’organisation du Parti de Moscou : en vue du déclenchement de l’ opération koulak, il remet son rapport à Staline :

Au camarade Staline. Je vous communique que le nombre d’éléments criminels et koulaks installés à Moscou et dans sa région s’élève à 41 305 répartis ainsi : 33 436 éléments criminels, 7 869 éléments koulaks. Les matériaux existants (sic) permettent d’attribuer 6 500 éléments criminels et 1 500 éléments koulaks à la 1° catégorie soit un total de 8 000. 26 936 éléments criminels et 5 272 éléments koulaks à la 2° catégorie.[6]

1° catégorie, dans le langage du NKVD, cela signifie la peine de mort, 2° catégorie, c’est 10 ans de camp.

Parallèlement se déroule le procès des Quatorze qui élimine Boukharine, le procès des Généraux, qui élimine 90 % des généraux, 80 % des colonels. Quatre ans plus tard, face à une Wehrmacht toute puissante, la Russie paiera très cher ces assassinats de masse. Pour juger tout ce monde, le procureur Vychinski, grand maître du NKVD (ex Guépéou), disposait de près de 300 000 hommes. Car il ne s’agissait pas d’éliminer seulement les élites : on estime à 680 000 le nombre de fusillés en 16 mois à partir de juillet 1937. On observa un silence assourdissant dans tous les pays d’Europe occidentale : on ne fait rien qui puisse gêner Staline.

07 1937                      Conspués par les spectateurs qui leur jettent du poivre dans les yeux, les coureurs belges du Tour de France abandonnent collectivement.

Gino Bartali reste. Il sauvera de très nombreux Juifs pendant la guerre. En 2018, il sera élu Juste parmi les Justes et se verra accordé à titre posthume la nationalité israélienne.

28 07 1937                  A Megève, la décence tient encore le haut du pavé :

ARRETE MUNICIPAL
concernant les Bains de soleil
NOUS, MAIRE de la commune de Megève
Vu l’article 50 de la loi des 14/22 décembre 1872
Vu les articles 91; 94; 97 de la loi du 5 avril 1884 sur l’administration municipale.
Vu les articles 330; 471; N° 15 et 475; N° 12 du Code Pénal
Considérant que la Commune de Megève organisée à la fois en Station de Tourisme et en Station d’Enfants, doit demander la répression de tous faits pouvant porter atteinte à sa réputation de bonne moralité, décence et protester contre les pratiques modernes du nudisme
 [7]

Considérant qu’il importe de réglementer dans l’intérêt de la décence publique et du respect des mœurs l’usage des bains de soleil.

ARRETONS

Article 1.         Il est formellement INTERDIT de prendre des bains de soleil dans les lieux se trouvant être à la vue des passants ou voisins.
Article II.         Le port du maillot complet est rigoureusement obligatoire pour les baigneurs de soleil des deux sexes.
Article III.        L’usage des culottes courtes (shorts) ; jambes nues au-dessus du genou est interdit à partir de l’âge de
16 ans.
Article IV         Le caleçon à mi-corps ne sera admis que pour les enfants ne dépassant pas l’âge de 10 ans.
Article V          Il est interdit de se promener en maillot de bains sans être recouvert d’un peignoir dans les rues, chemins, promenades publiques et dans tous lieux pouvant être vus des passants ou voisins.
Cette interdiction est également applicable aux personnes des deux sexes dans les bars, cafés restaurants.
Article VI        Les contraventions au présent Arrêté seront constatées par des Procès Verbaux et poursuivies conformément aux Lois.
A MEGEVE le
28 Juillet 1937.   Le Maire Signé : FEIGE
Vu pour récépissé à Bonneville,
le 29 Juillet 1937, le S/S. Préfet Signé VILLEGER

Fin 07 1937                 À Vogelenzang Bloemendal, en Hollande, Baden Powell, 80 ans fait ses adieux à 28 000 scouts de 54 pays réunis pour le 80 ° jamborée : Le temps est venu pour moi de vous dire au revoir. Je veux que vous meniez des vies heureuses. Vous savez que beaucoup d’entre nous ne se reverront plus jamais dans ce monde.

Au milieu d’eux, Guy de Larigaudie et Roger Drapier, au volant d’une vieille Ford 19 CV immatriculée 5445 RK3, 4 cylindres, qui affichait 70 000 km, et baptisée Jeannette [les Jeannettes sont la branche féminine des Louveteaux chez les scouts] achetée 5 000 F [2 800 €], au volant de laquelle ils vont se lancer dans la grande aventure de leur vie : la première liaison automobile Paris-Saïgon.  Mme Cornateanu, directrice du Figaro  leur a donné une aide financière consistante.

Le départ sera donné de Saint Martin de Ribérac, en Dordogne, berceau de la famille Larigaudie, dans les jours suivants.

Politiquement, les bruits de botte montent en puissance : la guerre d’Espagne fait rage, les communistes y règlent des comptes lugubres avec les Brigades Internationales et les Anarchistes, la légion Condor a bombardé Durango, puis Guernica quelques mois plus tôt, la Chine a déclaré la guerre au Japon, et les spectateurs français du Tour de France jettent du poivre dans les yeux des coureurs belges, qui abandonnent collectivement.

L’itinéraire : Genève, Innsbruck, Vienne, Budapest, Belgrade, Sofia, Plovdiv, Andrinople [aujourd’hui Edirne] Istanbul, Angora, Konya, Adana, Alexandrette, Antioche, Beyrouth, Haïfa, Jaffa, Tel Aviv, Jérusalem, Bethléem, Nazareth, Damas, désert de Syrie [1 300 km de pistes, 180 litres d’essence, 100 litres d’eau], Palmyre, Abu-Kemal, Ramadi, Al Faluja, Bagdad, Hamadan, Téhéran, Mashad, Hérat, Farrah, Giriskh, Kandahar, Ghazni, Kaboul, Khyber Pass, Peshawar, Delhi, Bénarès, voie ferrée Calcutta-Chandpur-Chittatong, Cox-bazar, Akyab, Maungdau, Alethangaw, Rangoon, Taungup, Xien-Ray, descente du Mékong, Luang Prabang, Xien-Kouang, Ton Hoa, Hanoï, Hué Phnom Penh, Angkor, Baie d’Along Cao Bang. Saïgon. Dans les passages les plus difficiles, la consommation grimpe à 70 l/100, elle est en moyenne de 40 l/100.

Ils vendront Jeannette aux enchères à l’américaine pour une piastre à la meute louveteau de Saïgon qui en fera don au clan routier. Le retour se fera sur le Forbin avec une belle tempête. Ils se verront offrir une croisière à Sumatra et Bali. Roger Drapier trouvera une belle situation chez Ford à Saïgon : ce qui était sans doute aucun la meilleure façon pour Ford de faire une fleur à ces Français, dont la Jeannette lui avait fait la meilleure publicité qui fut. De plus, c’était une manière d’effacer la muflerie de l’amiral Byrd, américain quand celui-ci n’avait pas daigné répondre à André Citroën qui lui demandait en 1934 de lui restituer au moins un des trois chenillettes qu’il lui avait prêté pour son expédition en Antarctique !

À son retour en France, le 4 juillet 1938 au port de Marseille, Guy de Larigaudie racontera son voyage au journaliste de Radio Paris1.

Dix ans plus tôt, l’allemande Clärenore Stiness, avait effectué le premier tour du monde en voiture : en bonne allemande, l’intendance suivait et il n’est que de voir une photo de leur voiture lors du départ pour s’en persuader : chargée comme un taxi-brousse africain, jusqu’à au moins 4 mètres de haut. Elle avait choisi d’ignorer l’Himalaya et avait traversé la Sibérie selon un parcours à peu près identique à celui du transsibérien.

Cinq ans plus tôt, c’était la Croisière Jaune avec toute la logistique impressionnante d’un grand constructeur européen : Citroën.

Et, là, que voit-on ?  Deux jeunes qui ne sont encore pas tout à fait des hommes quitter la douce Dordogne au volant d’une voiture rutilante, saluant gaiement leurs proches comme s’ils partaient draguer sur la Côte d’azur ! Étonnant !

Et puis, en feuilletant leur carnet de voyage, on découvre qu’en fait ils ont fait un choix judicieux : animés d’une ardente foi catholique – un chapelet par jour, pendant tout le voyage, s’il vous plait – ils sont de plus scouts, mouvement éminemment international : il leur suffira de frapper aux portes des très nombreux établissements religieux – missions, écoles et collèges, séminaires, couvents etc.   –  qu’ils trouveront sur leur route pour que leur soit offert le gîte et le couvert, et parfois même une révision complète de la voiture ! Ce n’est certainement pas en traversant la Russie de Staline pas plus que l’Himalaya musulmane, bouddhiste, brahmaniste, voire même chamaniste qu’ils auraient pu disposer de pareil accueil ! Avec une option sud, côtière, ils avaient l’assurance de voir s’ouvrir très souvent des portes hospitalières. L’internationale catholique aura fonctionné à plein.

Bien sûr, cela n’enlève rien à leur immense débrouillardise, à toutes les solutions trouvées pour faire passer leur voiture là où jamais aucune ne s’était aventurée, des trucs à la Mc Giver, bien avant Mc Giver. Le pont est-il trop étroit ? on mettra des madriers en travers et d’autres dans le sens de la marche et roule ma poule !  la piste à flanc de montagne ne peut laisser passer qu’un âne ? on attachera avec des cordes le coté qui regarde le vide et on passera les cordes d’un arbre à l’autre ; la pente est trop raide ? on fabrique en amont un cabestan et on hèle la voiture… les innombrables bras du Gange n’ont jamais été traversés par une voiture ? on la mettra sur des radeaux de bambou, tirés par des buffles… incroyable ! Gloire de la poulie, partie essentielle de toutes ces innombrables galères.

Les catholiques fervents attribueront leur succès à la Providence, ceux qui osent en douter à l’efficacité du réseau de relais catholiques et au génie de leur débrouillardise. On trouve les très élégants croquis de Guy de Larigaudie sur ce système D sur www.fr.calameo.com. Au sein du 11° régiment de cuirassiers, affecté à un groupe de reconnaissance à cheval, il sera tué le 11 mai 1940 dans un bois près de Musson, dans la région de Virton, en Belgique.

13 08 1937                 Les Chinois du Guomintang, commandés par le général Xue Yue, supérieurs en nombre aux Japonais, mais inférieurs en armement, (leurs avions abattus ne pouvaient être remplacés, contrairement à ceux des Japonais), résistent à Shangaï jusqu’au 26 novembre et se replient alors sur Nankin, leur capitale.

27, 28 08 1937           Les enfants mineurs de la colonie pénitentiaire d’Aniane, dans l’Hérault, implantée sur l’emplacement de l’abbaye bénédictine de Saint Benoît d’Aniane, se révoltent. Il faut savoir à quel degré de perversité, de mépris, l’administration pénitentiaire avait dérivé : l’existence de grands dortoirs avait laissé s’installer un état de violence, notamment sexuelles, entre les  délinquants telle qu’avait été mis en place un système rendant impossible tout contact physique entre les détenus : des cages individuelles de 2 m. X 1.5 m., dont l’ouverture/fermeture ne dépendaient que des seuls gardiens ! Les dortoirs des camps de concentration des nazis ne seront pas pires   !

À 8 heures du soir, les 120 pupilles du dortoir n° 3 montent l’escalier qui va au dortoir, les 60 premiers arrivent, refusent de se coucher et brisent les vitres, les portes, les ampoules électriques et jettent tous les morceaux dans l’escalier. Un gardien et le directeur qui interviennent sont blessés… Les mutins descendent alors dans la cour n° 2 et essaient d’entraîner les pupilles de la cour n° 3 [il semble d’après la presse locale que les pupilles des cours 1 et 3 refusent de faire cause commune…]. Le feu est mis aux copeaux de l’atelier de menuiserie ce qui embrase les ateliers voisins. Les mutins franchissent le chemin de ronde et prennent la clé des champs.

[…]     Le secrétaire général de la préfecture est sur les lieux dès 21 heures 30, ainsi qu’une cinquantaine de gendarmes. À 23 heures arrivent les gardes mobiles d’Agde… Vers une heure du matin les pupilles massés dans la cour regagnent leur dortoir.

Le Petit Méridional, samedi 28 août 1937

Une nouvelle révolte a lieu le lendemain où une dizaine de colons mettent à nouveau le feu à un atelier. Selon le directeur qui l’exprime devant la presse, le climat était mauvais depuis quelques jours, il craignait des incidents. Sur les 25 pupilles échappés, 18 sont arrêtés dans les 24 heures.

L’Éclair, samedi 28 août 1937.

31 08 1937                  Les compagnies de chemin de fer sont nationalisées et deviennent la SNCF : Société Nationale des Chemins de Fer.

31 10 1937                 Mussolini inaugure à Rome, Piazza di Porte Capena, l’obélisque d’Axoum, ville du nord de l’Éthiopie ; il en reste deux, dont un à terre, probablement tombé par la faute des pilleurs de tombes, qui creusaient des galeries à tort et à travers. Ils ont été érigés aux III° et IV° siècle après J-C, sous le règne d’Ezana, premier roi chrétien du royaume d’Axoum. Les dimensions en font les plus grands monolithes jamais élevés par l’homme : 24 m de haut, 160 tonnes. Les soldats de Mussolini ont dû agrandir des routes, construire des ponts, pour franchir les 400 km qui séparent Axoum de Massawa, aujourd’hui en Érythrée. En 1998, l’Italie acceptera le principe de la restitution, mais cela se fera avec une évidente mauvaise volonté : un ministre de Berlusconi déclarera : l’obélisque est un citoyen naturalisé. Il quittera tout de même Rome en novembre 2003, coupé en trois. Trouver l’argent pour remonter l’ensemble sur site sera encore une autre histoire.

10 11 1937                  Le Nobel de littérature va à Roger Martin du Gard.

Lorsqu’on est décidé à prendre au sérieux la vérité et à suivre notre conscience, il est bien difficile d’être de son parti sans être un peu de l’autre.

Roger Martin du Gard              Jean Barois

18 11 1937                  En Turquie, à Dersim, centre est de la Turquie, au sud de Trobzon, Mustafa Kémal fait exécuter le chef de la résistance kurde, Seyit Riza : il a 81 ans ! Ces Kurdes sont de confession alevi. La première révolte kurde remontait à 1925, et dès cette date, l’État turc s’était préparé à la répression, qui sur les deux ans à venir  va sévir ; le bilan sera très controversé, selon les sources : de 7 594 à 80 000 morts. Des milliers de personnes déportées vers l’ouest. En novembre 2011, le premier ministre Recep Tayyip Erdoğan s’excusera officiellement, au nom de l’État turc, pour le massacre perpétré à Dersim.

13 12 1937                   L’armée du Mikado, l’empereur du Japon, entrée la veille à Nankin se livre à une tuerie sans pareil sur les habitants et les soldats chinois de Nankin, alors quartier général de la résistance du Guomindang. Les troupes chinoises avaient reçu la veille l’ordre d’évacuer la ville et cela se fit dans une indescriptible pagaille : il fallait traverser le Yangzi, dans lequel périrent des milliers d’hommes, simplement noyés car les embarcations étaient surchargées ou tués par les mitrailleuses de la flottille japonaise ; les jours suivants la quasi totalité des soldats chinois faits prisonniers furent tués :

Vous exécuterez tous les prisonniers conformément aux ordres de votre brigade. En ce qui concerne la méthode d’exécution, pourquoi ne pas constituer des groupes de douze soldats que vous attacherez ensemble et fusillerez les uns après les autres ?

Ordre reçu par le 1° bataillon du 66° régiment d’infanterie, 114° division, le 13 décembre.

On comptera encore entre 8 000 et 20 000 viols. Au total, cela représente entre 50 000 et 90 000 morts. Mais on lit aussi des chiffres de 300 000 victimes. Le général Matsui, proche de la retraite, avait voulu mener une opération rapide et décisive. Il sera condamné au procès de Tokyo en 1948 pour ne pas avoir empêché les massacres. La Kempetai, la redoutable police militaire obéissait au principe des trois tout du général Okamura : tout tuer, tout brûler, tout piller. Le prince Asakasa, premier responsable du carnage, ne sera pas inquiété après la guerre.

Les Japonais atteindront au printemps 1938 à l’ouest, la province du Shanxi, puis celle du Shaanxi., sans jamais réussir à passer le fleuve Jaune.

1937                           L’industrie du cinéma est à son apogée : en cette année 1937, ce ne sont pas moins de 567 films qui sortiront des studios d’Hollywood : plus de dix par semaine ! Bien entendu, business is business, et, quand il s’agira de films destinés à être projetés dans les salles allemandes, les chefs des grands studios américains – tous juifs, à l’exception de Daryl F. Zanuck, qui dirigeait la Fox – ont activement collaboré avec le régime nazi. La Metro Goldwyn Mayer, Universal, Paramount, la Fox et la Warner se sont pliés aux exigences de Berlin, la plupart du temps pour préserver leurs intérêts en Allemagne, l’un des principaux marchés européens. Avant 1939, aucun film explicitement antinazi ne sera produit aux Etats-Unis, certains projets avortant après l’intervention de Georg Gyssling, consul allemand à Los Angeles, d’autres – comme l’adaptation du roman antinazi de Sinclair Lewis It Can’t Happen Here (Cela ne peut arriver ici, 1935) par la MGM – étant abandonnés par un studio soucieux d’éviter la controverse. Carl Laemmle, né en Allemagne, fondateur d’Universal avait été le premier à subir la colère des nazis lorsque ceux-ci, en  1930, avant leur arrivée au pouvoir, parvinrent, à force d’intimidations, à obtenir des coupes dans l’adaptation d’A l’Ouest rien de nouveau, d’Erich Maria Remarque, par Lewis Milestone.

Les catholiques ont le Vatican. Les Musulmans ont la Mecque. Les communistes, Moscou. Les femmes, Paris.

Mais pour les hommes et les femmes de toutes les nations, de toutes les croyances, de toutes les latitudes, une ville est née depuis un quart de siècle, plus fascinante et plus universelle que tous les sanctuaires. Elle s’appelle Hollywood.

Hollywood !

On y fabrique, à destination de la terre entière, des songes et du rire, de la passion, de l’effroi et des larmes. On y construit des visages et des sentiments qui servent de mesure, d’idéal ou de drogue à des millions d’êtres humains. Et de nouveau héros s’y forment chaque année pour l’illusion des foules et des peuples.

Y a-t-il encore dans les campagnes ou dans les villes une jeune fille, un jeune homme qui, ne fut-ce qu’un instant, n’ait frémi, n’ait aimé sous le ciel de ses constellations ?

Hollywood …

Quand je disais que je venais de ses studios, un feu de curiosité quasi barbare se levait au fond des visages impassibles dans les villages indiens du Mexique, dans les petits ports vénézuéliens noyés sous l’éblouissante humidité tropicale. J’avais parcouru pourtant des milliers de kilomètres en avion. Puis un bateau m’avait porté longuement d’escale en escale. Je croyais toucher à l’humanité la plus simple, la plus nue. Mais l’envoûtement de la cité magique avait pénétré jusque-là.

Et n’a-t-elle point au service de sa renommée et de ses gloires, pour débiter les bêtises de sa vie de chaque jour, plus de journalistes que n’importe quelle capitale du globe ?

Hollywood…

Terre des hyperboles et des surnoms – movieland, filmlalnd, starland – terre par elle-même dévorée, arrachée à tout, placée sur le rivage bleu et or d’un continent immense, baignée par le plus vaste océan, elle ne participe à aucune de leurs convulsions, elle laisse mourir toutes les rumeurs et tous les appels sur son seuil. Planète étrangère à la nature, elle continue de rouler à travers les cataclysmes et les effondrements, traînant dans son sillage ses artificielles féeries, ses figures consacrées, ses baisers et ses trahisons comme autant de mécaniques sortilèges.

Tel est le sens absurde et fantastique de cette ville qui, par son destin et son influence, ne se peut comparer à nulle autre. Quel est donc son accessible et visible appareil ?

Des lisières de Los Angeles, un immense quadrilatère bâti s’étire vers le Pacifique, ses plages et ses grèves. Qu’importe les noms qui désignent les différents fragments de cette figure géométrique : Beverly Hills, Glendale, Santa Monica, Big Sur ; il n’y a pas de solution de continuité entre ces quartiers. N’ont-ils pas foisonné autour de la cellule mère comme des racines secondaires se répandent et s’agrippent au sol ? Ne sont-ils pas régis par les mêmes formes, les mêmes lois, le même rythme, le même enchantement ?

De nouvelle communes pourront naître, plus luxueuses encore plus spacieuses, étendant à travers les vergers et les prairies le profil démesuré de Hollywood… C’est ce dernier nom qui, seul, est connu par le monde qui, seul porte en lui toute l’efficacité, tout le rayonnement. Pourquoi se servir des autres ?

Ainsi, le long des quatre ou cinq avenues qui s’allongent sur des dizaines de kilomètres, c’est Hollywood qui joint Los Angeles à l’océan. On sent partout son exigence exclusive, son style inexorable.

La nature, pourtant, proposait en ce lieu les meilleures armes contre l’uniformité. Elle y a fourni aux hommes des collines, une plaine, un rivage. Et les hommes, là plus que nulle part, ont eu à leur disposition les ressources que fournissent l’argent, la fantaisie, l’espace et la hardiesse.

Ils ont utilisé tous ces moyens. Ils ont construit, rasé et reconstruit. Des fortunes ont été jetées joyeusement dans la terre, dans les murs et les toits, les jardins et les meubles.

Entre les avenues posées comme des drains géants, au flanc des monts, le long des plages, des demeures basses et fines, cottages, bungalows, hôtels particuliers, se suivent avec un bonheur presque parfait. Très peu ont mauvais goût. Le nombre des maisons charmantes étonne et, au premier abord, séduit le regard sans mélange. La variété ne nuit pas à l’harmonie. Partout des jardins où miroitent des piscines. Partout des jets d’eau, des lumières savantes. Bordées de pelouses, de palmiers et de sycomores magnifiques, les allées semblent fondre dans une brume radieuse qui tient de l’idylle puérile et du conte pour grandes personnes.

Des hauteurs, on découvre un paysage adorable dallée de vert et haché de belles ombres, soutenu par les collines, amplifié part l’océan. Tout, je le répète, a été fait par la nature et par les hommes pour donner à Hollywood la diversité de la grâce et de l’agrément.

Mais dans ces allées féeriques, on n’entend pas un cri d’enfant, pas un aboiement de chien, on n’aperçoit pas une silhouette aux fenêtres.

Mais dans ces maisons, où le confort intérieur est égal à la simplicité somptueuse des façades, on ne sent pas de vie. Elles sont, même habitées par dix personnes, comme vides et interchangeables.

Mais dans les plus grandes artères, i n’y a pas de passants. Les automobiles roulent, roulent sans arrêt les unes derrière les autres, comme les anneaux d’une chaîne sans fin, entre les trottoirs déserts. C’est la seule ville au monde où l’on voit les camelots vendre les journaux au milieu de la rue, aux carrefours où les signaux lumineux et les bras mécanique arrêtent, pour quelques secondes, les flux des voitures.

Mais pour voir un ami, pour acheter un grape-fruit – dans ces marchés aux piles rigoureuses qui ressemblent à des halls d’usine – il faut faire des kilomètres et des kilomètres.

Tous est loin, tout est glacé, tout s’engrène automatiquement, et la beauté et la grâce elle-même, sous un ciel qui semble, par sa tiédeur, dissoudre le sang du nouveau venu.

Ce caractère réel, inhumain, cet apprêt inefficace, ce jeu sans chaleur ni vie est plus fort que toutes les richesses et que tous les prestiges. Et c’est lui qui donne à Hollywood une monotonie et une vanité de rêve sans substance.

Joseph Kessel                        Hollywood, ville mirage, 1936

La Russie a trouvé son savant, – enfin une science marxiste ! – : Trofim Lyssenko, qui réfute les thèses de Mendel sur l’hérédité, et veut remplacer l’enseignement d’une science bourgeoise par celui d’une science prolétarienne. Sa victoire est celle du terrorisme idéologique. Le faussaire truquait ses expériences pour faire croire que l’on pouvait facilement obtenir du seigle à partir du blé, de l’orge à partir de l’avoine, du rutabaga à partir du chou, un sapin à partir d’un pin ; il aura mis en oeuvre la plantation de murs constitués de millions d’arbres pour détourner le vent : un fiasco à  grande échelle. etc…

Trofim Lyssenko, biologiste russe, est au sommet de sa gloire. Il a acquis sa notoriété grâce à ses travaux sur la vernalisation, procédé qui consistait à plonger dans l’eau, puis à refroidir des graines provenant de la moisson d’automne, ce qui provoquait une germination plus hâtive. Cette moisson n’était pas une invention de Lyssenko, on la connaissait déjà au XIX° siècle. Lorsqu’il l’expérimenta sur du blé d’hiver, Lyssenko l’estima efficace pour obtenir que même des graines plantées au printemps mûrissent avant les gelées fatales de l’automne. Il l’essaya alors sur du blé de printemps et, en 1929, annonça que les changements dus à la vernalisation se transmettaient aux générations suivantes, si bien qu’il n’était pas besoin de renouveler le traitement de vernalisation tous les ans. Cette conception essentiellement lamarckienne s’accordait fort bien à la croyance marxiste selon laquelle l’environnement, et non l’hérédité, est déterminant. La conception de Lyssenko devint la politique soviétique officielle, bien que la production n’augmenta pas, contrairement aux prédictions de Lyssenko.

Puis Lyssenko proclama que la théorie chromosomique était idéaliste et que l’on pouvait provoquer l’apparition par évolution de nouvelles plantes, en changeant simplement leurs conditions de nutritions. La génétique de Mendel fut alors totalement évincée de la biologie soviétique. En 1937, le pouvoir de Lyssenko était tel qu’il devint dangereux de s’élever contre ses théories.

Colin Ronan Histoire mondiale des sciences         Seuil   1988

Il faudra attendre 1952 pour les biologistes soviétiques puissent envisager de répudier Lyssenko.

Le généticien et biologiste russe mondialement connu, Nikolaï Vavilov, qui défendait la théorie du gêne, sera finalement arrêté pour ses idées, en 1941, et condamné à la prison par un tribunal militaire, il y mourra de faim deux ans plus tard. Il avait constitué, grâce à ses nombreuses expéditions et à ses expérimentations dans des stations scientifiques réparties sur l’immense territoire de l’URSS, une banque de semences sans équivalent. Durant le siège de Leningrad, ses collaborateurs à l’Institut pansoviétique des productions végétales préféreront mourir de faim, eux aussi, plutôt que de livrer les précieuses semences. Aujourd’hui, l’Institut porte le nom de son fondateur. Et les milliers de boîtes métalliques contenant le patrimoine de la biodiversité alimentaire de l’humanité y sont toujours conservées…

Le Japonais Kaname Akamatsu, économiste, établit un modèle de développement économique pour l’Extrême Orient, dit en vol d’oies sauvages : ce modèle de division régionale du travail permettra de lire le développement économique de la région durant les 30 Glorieuses :

  • première génération des Dragons : Corée, Hongkong, Singapour et Taïwan dans les années 1970
  • deuxième génération des Tigres : Philippines, Thaïlande, Indonésie et Malaisie.
  • troisième génération avec l’ouverture de la Chine dans les années 1990, autour de Shenzen, Shangaï et Pékin-Tianjin.
  • quatrième génération : Vietnam, Cambodge et Birmanie.

Le modèle sera perfectionné par Shinoara en 1982. Le pays de tête par habitant produit et exporte des biens sophitiqués vers les pays intermédiaires, qui eux-même abandonnent progressivement les productions banalisées aux derniers arrivants. Cela permet la croissance du revenu par habitant de tous dès lors que le pays de tête (Japon) remonte progressivement en niveau technologique, laissant la possibilité aux autres partenaires de rentrer dans des secteurs plus productifs pour eux. Les pays d’Asie du Sud comme l’Inde ou le Pakistan n’auront jamais bénéficié de cette dynamique et leur revenu par habitant coitra beaucoup moins vite. Parti au même niveau au moment de l’ouverture de la Chine dans les années 1990, le revenu par habitant des Chinois sera en 2010 quatre fois supérieur à celui des Indiens.

Inauguration de la plus haute route d’Europe, par le col de l’Iseran, à 2 770 m. Le ministre des sports Léo Lagrange met sur pied l’Ecole Nationale du Ski Français.

En Turquie, Mustafa Kemal, prétextant une nécessaire répression contre une insurrection tribale, se livre à un massacre dans le Dersim, dans l’est du pays, précisément la région, qui, 25 ans plus tôt, avait abrité nombre d’Arméniens en empêchant les ordres d’être exécutés : les massacres vont faire plus de 30 000 morts.

En Allemagne, il y a déjà 5 camps de concentration : Dachau est le premier à avoir été mis en service, dès mars 1933, puis, la même année, Oranienburg. Quatre autres ouvriront : Sachsenhausen, Lichtenberg, Buchenwald et Ravensbrück ; à la veille de la guerre, ils compteront environ 8 000 prisonniers, opposants des nazis.

Fort de sa mission de Messie du genre humain, ce peuple de seigneurs, cette race de maîtres, s’entraîne déjà à compter quelles légitimes violences devront être imposées aux mâles des peuples vaincus et quelles hontes pèseront sur leurs femmes et leurs enfants. Un statut nouveau de l’humanité se prépare, un droit particulier est élaboré : le racisme hitlérien nous fera assister au règne tout-puissant de sa horde.

Charles Maurras, avant-propos de Devant l’Allemagne éternelle.

12 02 1938                  Hitler convoque à Berchtesgaden le chancelier autrichien Kurt von Schuschnigg, pour lui imposer de prendre dans son gouvernement  deux ministres  aux sympathies nazies affichées pour leur confier l’Intérieur et la Guerre, et lui ordonne aussi de libérer tous les prisonniers nazis.

18 02 1938                 Abrogation de l’article 213 du Code Civil selon lequel la femme devait obéissance à son mari.

02 1938                      À 16 ans, James Couttet devient champion du monde de descente. Dans les années 50, il mettra au point le christiania [8] léger. Emile Allais remporte le combiné d’Engelberg.

4 03 1938                  Création de l’échelle mobile des salaires : à partir d’une augmentation du coût de la vie de 5 %, tous les salaires sont indexés.

9 03 1938                    Le chancelier autrichien Kurt von Schuschnigg annonce un référendum sur la question de l’indépendance de l’Autriche.

12 03 1938                     L’Allemagne envahit l’Autriche : l’Anschluss.

Les musiques militaires elles-mêmes, sont des ensembles d’automates. De jeunes hommes regardent, suffoqués, ces figurants de cirque tragiques qu’ils ont un instant applaudis. Eux aussi, ils devront demain, ces ingénus, vêtir cette camisole de force… Déjà, des instructeurs nazis les alignent sur les trottoirs… j’ai même vu des Allemands aryens pleurer l’écrasement de ce monde trop exquis, qui n’était pas seulement le monde de Johann Strauss et des valses légères mais le monde aussi d’Hofmannsthal et de la plus pure poésie. Ce monde n’est plus. C’est fini. Tout maintenant est consommé. Mozart est mort pour la seconde fois.

Paul Géraldy

Dans ces conditions, lâcher la Tchécoslovaquie, admettre l’annexion des Sudètes par l’Allemagne, c’est perdre non seulement la face, non seulement l’honneur, mais les bases même de notre propre sécurité et de notre propre indépendance.

Henri de Kérilis, député de droite, mais électron libre. L’Époque.

Il avait été rédacteur en chef de L’écho de Paris.

Cinquante ans plus tard, François d’Aubert, secrétaire d’Etat au Budget dans le 1° gouvernement Juppé, dira des Autrichiens à propos des paradis fiscaux :  Il faut se méfier des Autrichiens ; ils sont très malins : ils ont réussi à faire croire au monde entier que Mozart était autrichien alors que Salzbourg, où il est né, n’est devenue autrichienne que vingt ans après sa mort et encore, que Hitler était allemand, alors qu’il est né à Braunau, en Autriche et n’a abandonné la nationalité autrichienne pour devenir allemand qu’en 1925.

*****

Aujourd’hui Hitler a annexé l’Autriche. Bridge, messe, caviar, dîner, fous rires… 

Josée Laval, fille de Pierre Laval, épouse du comte de Chambrun. Née en 1901.

25 03 1938                  Ettore Majorana est à bord d’un bateau reliant Naples à Palerme. Il a 31 ans et il disparaît. Jusque-là, on serait tenté de dire Et alors ? Mais il se trouve qu’Ettore Majorana est un génie des mathématiques et de la physique nucléaire. Il a intégré l’équipe d’Enrico Fermi à l’Institut de Panisperna, où, en une nuit il a résolu une équation portant sur le potentiel de l’électron sur laquelle le patron s’acharnait depuis une semaine. Les trompettes de la renommée le laissent complètement froid, il note idées et intuitions sur un paquet de cigarettes dans le bus, il néglige de faire publier ses découvertes. En 1933, désireux de se perfectionner auprès d’un des pères de la mécanique quantique, Werner Heisenberg, il part à Leipzig, observateur froid et complice des changements qui affectent l’Allemagne. Il écrit à sa mère, justifiant ainsi l’élimination des juifs, des communistes et des opposants…faire place à la nouvelle génération. Mussolini offre 30 000  lires pour tout renseignement. Un avis de recherche est publié : a mystérieusement disparu. Agé de 31  ans, il mesure 1,70 mètre…

Pour toute l’Italie, l’affaire finit par être classée… jusqu’à ce qu’un jour de 2008, grâce à l’inoxydable émission de télévision Chi l’ha visto ?- Qui l’a vu ? – de la RAI depuis 1989, Francesco Fasani assure l’avoir connu dans les années 1950 au Venezuela, à Valencia où il se faisait appeler Bini ; une photo des deux hommes vient appuyer ses dires. Ayant pris acte qu’il n’y a pas eu de disparition ni de suicide, le parquet de Rome ouvrira une enquête… À  suivre…

03 1938                      La paranoïa stalinienne envoie Sergueï Pavlovitch Korolev à la Kolyma, le plus dur des goulags : lors d’un interrogatoire, on lui cassera la mâchoire. Il attrapera le scorbut et ne pourra sortir de là que sur intervention de Tupolev. Sergueï Korolev, jeune ingénieur de 31 ans, se révèlera un scientifique d’exception, génie visionnaire, organisateur hors pair, force de caractère : Spoutnik, Gagarine, les Soyouz, les Proton, la quasi-totalité des succès spatiaux de l’après guerre soviétique sont le fait de trois ingénieurs, souvent rivaux : Mikhaïl Yangel, Vladimir Tchelomeï, Sergueï Korolev et son motoriste Valentin Glouchko . Opéré pour un polype le 11 janvier 1966, les chirurgiens découvriront une tumeur de la taille d’une orange à l’anus ; ce n’est pas prévu au programme, mais il faut ouvrir… hémorragie. Korolev ne s’en relèvera pas. La Russie aura perdu un génie.

18 04 1938               André Breton débarque au Mexique. Les quelques rencontres qu’il aura avec Trotsky, non seulement resteront sans lendemain, mais plus grave, le mettront à nu, tant la fumisterie du bonhomme se décomposera face à la puissance de la personnalité de Trotski, qui ne s’en laissait pas conter.

André Breton a sollicité le soutien de ses amis du Quai d’Orsay, Jean Giraudoux et Alexis Léger, lesquels ont télégraphié à Mexico, et le 18 avril 1938, de mauvaise grâce, l’ambassadeur de France et historien Henri Goiran fait le voyage jusqu’à Veracruz pour aller l’accueillir. Il en a un peu sa claque, des poètes, Goiran. C’est lui déjà qui s’était coltiné Artaud. En cette période de troubles qui suit la nationalisation des pétroles de Tampico par Lâzaro Cârdenas, alors que le général Cedillo se soulève avec sa garnison à San Luis Potosî, alors que depuis un mois c’est l’Anschluss, et que les armées hitlériennes sont à Vienne, alors que la conflagration se rapproche et que le colonel de Gaulle réclame à grands cris des chars d’assaut, il ne lui semble pas que la mission première de la diplomatie française soit d’exporter le surréalisme. Le contact est cordial, mais aucun crédit ne lui permettra de prendre en charge le poète, pas même son hébergement. Breton est accompagné de sa femme Jacqueline. Ils hésitent à rembarquer aussitôt, préviennent Diego Rivera [célèbre peintre muraliste qui a permis le séjour de Trotsky au Mexique]

[…]      Voilà Breton au pays de la beauté convulsive dont il ne sait pas grand-chose. Il a reproduit des œuvres de Posada dans la revue Minotaure, il a lu Au pays des Tarahumaras paru l’été dernier dans la NRF sans nom d’auteur. Il imagine bien qu’Artaud lui a un peu coupé l’herbe sous le pied, a joliment dézingué le mouvement surréaliste, mais les textes publiés ici dans les journaux ne paraîtront que bien plus tard en France, sous le titre de Messages révolutionnaires. En vérité, Artaud lui a déjà gravement savonné la planche : Je ne suis pas venu ici porter un message surréaliste: je suis venu dire que le surréalisme était passé de mode en France.

[….]     Les trois couples Breton, Trotsky et Rivera vont souvent quitter Mexico dans les mois qui suivent et se livrer au tourisme. Ils descendront dans les meilleurs hôtels. Breton n’est pas du genre à aller dormir par terre chez les Indiens. […] Il fait quelques apparitions publiques, assiste à la première mexicaine d’Un chien andalou de Luis Bunuel et Salvador Dali et présente le film. Assez vite, cependant, sur l’injonction de Trotsky, son activité principale devient la rédaction d’un Manifeste pour un art révolutionnaire indépendant.

Dès l’arrivée de Breton à Mexico, Trotsky a envoyé un article à New York pour parution dans Partisan Review : Comme vous devez déjà le savoir, en matière artistique et politique, il est non seulement étranger au stalinisme mais il est son adversaire. Il fait preuve de sincère sympathie pour la Quatrième Internationale.

Trotsky veut profiter de sa présence pour doter son mouvement d’une grande déclaration artistique et il lui faut un manifeste. Breton est flatté mais la tâche l’effraie. La personnalité de l’ancien chef de l’Armée rouge l’impressionne au point de le rendre muet. Une dizaine de rencontres en tête à tête seront organisées, toujours en français, dont Van donnera le compte rendu. Tant qu’il s’agit de parler des livres de Gide, de Malraux et de Céline, Breton tient son rang. Dès qu’il s’agit d’écrire, il est tétanisé. Lui qu’on imagine avoir rédigé d’un trait les manifestes du surréalisme, avec superbe, secouant sa chevelure de lion, préparant du fond de son bistrot les futures excommunications, l’index dressé, en vient à balbutier devant Trotsky un curieux hommage à Zola qu’il aurait flingué à Paris. Breton abattu finit par prétexter fièvre et aphasie. Van nous apprend que c’est peu après que Trotsky commença à presser Breton de lui présenter le projet de manifeste. Breton, le souffle brûlant de Trotsky sur la nuque, se sentait paralysé et ne pouvait écrire. Trotsky commence à comprendre que sa prise est médiocre, qu’il pensait avoir ferré un espadon et se retrouve devant un colin muet.

[…]      Nous reprîmes le chemin de Mexico sans que Trotsky revît Breton. C’était le retard persistant de Breton à présenter le projet de manifeste qui, sur la route de Guadalajara, avait provoqué la colère de Trotsky.

Dans les semaines qui suivent, Breton aggrave encore son cas. Un jour qu’il visite en compagnie de Trotsky une église à Cholula, il arrache du mur cinq ou six de ces ex-voto populaires, peints sur des petites plaques de fer découpées dans les bidons d’huile, et les glisse sous sa veste. Trotsky, furieux, garde son calme et sort de l’église à grandes enjambées. Cette fois ce sont les journaux catholiques qui s’en seraient donnés à cœur joie, et auraient lancé une campagne pour l’annulation de son visa et l’expulsion du profanateur. […]    Trotsky resté seul avec Breton est un génie surplombant, et aussi un monstre froid et calculateur, un pêcheur qui ne lâchera pas sa proie :

Vous avez quelque chose à me montrer ?

Devant lui, le petit tyran du surréalisme, le tribun ironique et mordant est un écolier pris en faute. Breton a déjà connu une situation semblable au début des années vingt, lorsqu’il était allé rencontrer Freud à Vienne, la peur de déplaire et de ne pas être à la hauteur qui le paralyse, il va pourtant chercher dans sa chambre quelques feuillets raturés à l’encre verte. Trotsky voit bien qu’il lui faudra finir le travail avec Van : Après de nouvelles conversations, Trotsky prit l’ensemble des textes, les découpa, ajouta quelques mots ici et là et colla le tout en un rouleau assez long. Je tapai le texte final en français, traduisant le russe de Trotsky et respectant la prose de Breton.

Dans le document original des archives de Harvard, les apports de chacun sont visibles. Les citations de Marx, vérités toujours bonnes à rappeler, même si elles sont sues de tous les poètes, sont apportées par Trotsky : L’écrivain doit naturellement gagner de l’argent pour pouvoir vivre et écrire, mais il ne doit en aucun cas vivre et écrire pour gagner de l’argent… L’écrivain ne considère aucunement ses travaux comme un moyen. Ils sont des buts en soi, ils sont si peu un moyen pour lui-même et pour les autres qu’il sacrifie au besoin son existence à leur existence…

Dès lors Breton, pris d’ivresse politique et embarqué dans son élan, croyant bien faire, en rajoute : A ceux qui nous presseraient, que ce soit pour aujourd’hui ou pour demain, de consentir à ce que l’art soit soumis à une discipline que nous tenons pour radicalement incompatible avec ses moyens, nous opposons un refus sans appel et notre volonté délibérée de nous en tenir à la formule : toute licence en art, sauf contre la révolution prolétarienne.

C’est Trotsky qui corrige, hausse les épaules, garde la tête froide, voit bien ce que le procureur d’un tribunal révolutionnaire pourrait faire de cette formule restrictive. Il biffe, coupe la phrase : Toute licence en art. Point final.

[…]      Breton transporte avec lui dans ses bagages tout le fourbi qu’il s’est procuré au Mexique ainsi qu’une idée derrière la tête. Il a proposé à Frida Kahlo [épouse épisodique de Diego Ribera ; un temps maîtresse de Trotski qu’elle avait commencé par héberger dans sa maison bleue. ndlr] d’organiser à Paris une première exposition de ses tableaux.

Lorsqu’elle arrive en France six mois plus tard, pourtant, rien n’est prêt. Les œuvres expédiées depuis longtemps n’ont toujours pas été dédouanées, et des photographies ont été égarées. Frida constate que Breton n’a pas encore trouvé de galerie, puis, lorsqu’il en trouve une, elle apprend que seules deux de ses toiles seront exposées, et que Breton au passage souhaite fourguer toutes les pouilleries trouvées aux puces ou chez les antiquaires de Cuernavaca ou de Guadalajara, et peut-être aussi les ex-voto dérobés à Cholula, deux tableaux d’Estrada et quelques saloperies plus ou moins précolombiennes. Elle entre dans une fureur qui ne la quittera pas de son séjour, et écrit à son amant d’alors, le photographe new-yorkais Nickolas Muray : Je préférerais m’asseoir par terre pour vendre des tortillas au marché de Toluca plutôt que de devoir m’associer à ces putains d’artistes parisiens. Ils passent des heures à réchauffer leurs précieuses fesses aux tables des cafés, parlent sans discontinuer de la culture, de l’art, de la révolution et ainsi de suite, en se prenant pour les dieux du monde, en rêvant de choses plus absurdes les unes que les autres et en infectant l’atmosphère avec des théories et encore des théories qui ne deviennent jamais réalité.

Pas davantage qu’Artaud, Breton n’aura besoin d’exclure Frida. Sa rencontre avec ce qui reste de la petite bande des surréalistes est une catastrophe. Le lendemain matin ils n’ont rien à manger à la maison vu que pas un seul d’entre eux ne travaille. Ils vivent comme des parasites aux crochets d’un tas de vieilles peaux pleines aux as qui admirent le génie de ces artistes. De la merde, rien que de la merde, voilà ce qu’ils sont. Je ne vous ai jamais vus, ni Diego ni toi, gaspiller votre temps en commérages idiots et en discussions intellectuelles, voilà pourquoi vous êtes des hommes, des vrais, et pas des artistes à la noix. Bordel ! Ça valait le coup de venir, rien que pour voir pourquoi l’Europe est en train de pourrir sur pied et pourquoi ces gens – ces bons à rien – sont la cause de tous les Hitler et Mussolini.

Patrick Deville       Viva     Le Seuil 2014

23 04 1938                 Le colonel de Gaulle, commandant le 507° Régiment de Chars, écrit à son supérieur, le colonel Mayer :

Mon Colonel,

Bien que les grandes manœuvres de Champagne, auxquelles mon régiment devait prendre part, aient été, hélas! supprimées, le 507° chars est, cependant, en période d’exercices intensifs. C’est vous dire que son Colonel a fort à faire et invoque ce surcroît d’obligations pour s’excuser du retard qu’il met à vous écrire.

Je suis très honoré de n’être pas oublié par Léon Blum. Je crois qu’il s’est convaincu, à son tour, qu’il ne saurait y avoir de justice, de liberté, de dignité internationale, sans une belle et bonne force militaire française. Encore faut-il que cette force ait le caractère qu’il convient. Ce n’est pas le cas, quand, le 7 mars 1936, se présente l’occasion de briser sans guerre la menace d’Hitler, ni quand notre gouvernement pensa à intervenir en Espagne pour séparer les combattants. Je crois avoir proposé, quand il en était temps, la solution technique adéquate à ce problème de politique militaire. Léon Blum et l’état-major, chacun au nom de son conformisme, m’ont alors combattu.

Léon Blum entendait, en effet, appliquer telle quelle à notre époque la conception de Jaurès, bien que les conditions eussent entièrement changé (mécanisation terrestre et aérienne, exigences de la sécurité collective, ambitions du nazisme et du fascisme).

Je ne sais ce qu’il adviendra de la crise du moment. Si la paix survit, il faudra bien, sous peine de ruine générale, limiter contractuellement les armements. Comment, pratiquement, le faire sur la base des nations armées ? C’est la quadrature du cercle. Il n’y a que l’armée de métier qui puisse à la fois permettre une limitation réelle et contrôlable, répondre à l’esprit du temps (la mécanique) qu’on ne chassera pas des institutions militaires non plus que des autres, enfin donner à la France, privée du nombre et dépourvue d’espaces protecteurs, sa chance stratégique. Cela, sans préjudice des avantages politi­ques, sociaux, moraux, que les États tireraient de l’abolition du service  militaire obligatoire.

Si Léon Blum, homme d’État, se ralliait franchement, publiquement, à cette doctrine, s’il y amenait son parti, il serait, me semble-t-il, beaucoup plus étroitement d’accord avec l’intérêt humain, qu’en cultivant l’affreuse et barbare théorie des masses populaires instruites, armées, mobilisées, pour s’entretuer, se ruiner, se haïr.

Charles de Gaulle

04 1938                      Le dessinateur Rob-Vel, donne naissance à Spirou. Doté par la suite de nombreux pères adoptifs, le gamin au calot rouge restera toujours la propriété de l’imprimeur éditeur Jean Dupuis, qui en suspendra la publication mensuelle en 1943, pour ne pas avoir à travailler sous la direction d’un administrateur allemand, et la reprendra sous la forme hebdomadaire le 10 janvier 1948.

_________________________________________

[1]    des privilégiés grincheux parleront de l’encanaillement des plages par les salopards en casquette qui vont couvrir la France de papiers gras, mais Léon Blum se consolera facilement de cela avec les milliers de cartes postales qui envahiront son bureau, disant simplement merci Monsieur Blum.

[2]     La période n’a pas le monopole des excès verbaux : au XIX° siècle, un prêtre demande au général Narváez sur son lit de mort s’il pardonne à ses ennemis ; et ce dernier répond : Je n’en ai pas. Je les ai tous tués.

[3] ce n’était pas un bas de laine venu du déjà lointain empire colonial, mais des très bonnes affaires réalisés par l’Espagne durant la première guerre mondiale.

[4] Bizarrement, l’homme passait pour être gaffeur, [peut-être de jour mais certainement pas de nuit] ; des Anglais passablement naïfs l’avaient surnommé Brickendrop : de To drop a brick : faire une gaffe, une bourde.

[5] les chiffres officiels parlaient jusqu’en 2006 de 1 654 morts, chiffre qu’Anthony Beevor : La Guerre d’Espagne, 2006, donnera pour faux.

[6] Archives présidentielles (fonds 3, inv.58, dossier 212, f.38), publié dans Troud le 4 06 1992.

[7] Quelle que soit l’opinion qu’on ait sur le sujet, le maire avait la loi pour lui : L’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende. Article 222-32 du code pénal. On laisse le soin au lecteur de traduire  les € en francs 1936.

[8] Christiania n’est autre que l’ancien nom d’Oslo.

 


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