22 novembre 1963 au 18 août 1966. Assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Tunnel du Mont Blanc. Clochemerle s’invite aux Drus. 12526
Publié par (l.peltier) le 27 août 2008 En savoir plus

22 11 1963                  Assassinat de John Kennedy à Dallas, grande ville du sud, conservatrice et opposée aux démocrates. Il n’y avait pas de policiers sur les toits. Le service de sécurité a été déployé au minimum. Les règles de sécurité exigent que le cortège n’emprunte pas de parcours comportant des angles supérieurs à 90°. Or, il y avait sur ce parcours un angle à 120°. À l’approche du cortège, un homme ouvre un parapluie, alors qu’il fait très beau. Un  spectateur est pris d’une crise d’épilepsie, mobilisant ainsi les policiers locaux : on ne retrouvera jamais aucune trace de ce malade dans les hôpitaux environnants. Sur le parcours, un immeuble consacré au stockage de livres scolaires. Les coups de feu qui tuent Kennedy partent de là. Les deux premiers ne sont pas mortels. Au lieu d’accélérer, la limousine de Kennedy ralentit, et allume ses feux pour n’accélérer qu’à la fin des tirs. Le chauffeur, membre du FBI sera tué trois semaines plus tard. Une troisième balle emporte le bas du crâne du président : elle n’a pas pu être tirée du même endroit que les deux premières, car elle a projetée Kennedy sur la gauche : elle venait donc de droite, provoquant le recul de la tête de Kennedy vers l’arrière. La position d’Oswald le mettait en face de Kennedy et ses tirs ne pouvaient donc provoquer ce mouvement vers l’arrière de la tête du président. Une quinzaine d’hommes se trouvent dans l’immeuble de stockage de livres. Les policiers qui fouillent l’immeuble, dont en premier Tippit, laissent partir le premier présent : Lee Harvey Oswald, qui est sans doute passé en force. On retrouve Oswald une heure et demi plus tard près d’un cinéma et il est incarcéré. Quelques heures plus tard, l’agent Tippit est tué.  L’arme du crime ne sera jamais correctement identifiée car il semble bien qu’il y en ait eu deux dans l’immeuble. L’une d’elles a disparu. Un panneau routier ayant reçu un impact de balle sera démonté et disparaîtra. Les photos de la scène disparaîtront toutes du rapport Warren, nom du président de la commission qui sera chargée de l’enquête. Le film d’amateur qui a été tourné ne sera jamais rendu public par la commission Warren. Oswald semble avoir été manipulé de bout en bout pour porter le chapeau et être liquidé rapidement après : lors de ses premiers interrogatoires, la police lui posera des questions montrant qu’elle connaissait déjà très bien son passé, dont plusieurs mois passés à Moscou suivis d’un retour aux États-Unis sans problème aucun ! Il n’y aura jamais de procès verbal de l’interrogatoire d’Oswald. Il faudra attendre quelques semaines pour que la disparition d’Oswald soit rendue possible, en faisant appel à Ruby, directeur d’une boite de nuit, ayant des contacts avec la Mafia, qui parviendra à tuer Oswald dans le couloir de sa prison.

Lee Harvey Oswald ne savait pas tirer, son fusil était le pire au monde et il se l’était fait livrer par la poste. Pourquoi, cinquante ans après les faits, continue-t-on de défendre la thèse du tueur solitaire ? 

Marc Dugain

Le corps de Kennedy sera pratiquement enlevé par le Secret Service pour être emmené directement à Washington, où l’autopsie sera effectuée par des médecins qui ne sont pas des médecins légistes, faisant état de blessures qui de sont pas celles constatées par les témoins de Dallas. Des années après que la commission Warren ait rendu ses conclusions – Oswald est l’assassin, et il a agit seul -, une autre commission émanant de la Chambre des représentants rendra ses conclusions, qui seront très différentes de celle de la commission Warren, assurant qu’il y a eu des tirs provenant d’autres tireurs qu’Oswald. Le nom du vice président Johnson sera avancé, représentant les forces conservatrices du sud. On pourrait en rester à la seule Mafia qui avait suffisamment de motifs pour organiser le coup, furieuse d’avoir eu Robert Kennedy sur le dos après avoir assuré la victoire de John. Mais le déroulement de l’assassinat est trop sophistiqué pour être l’œuvre de la seule Mafia.

L'assassinat de John Fitzgerald Kennedy en cinq faits étonnants - Redon.maville.com

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L'assassinat de John Fitzgerald Kennedy : podcast 2000 ans d'Histoire

Du complot comme genre littéraire

11 1963                        Le poète grec Georges Séféris reçoit le Nobel de poésie à Stockholm :

J’appartiens à un petit pays. C’est un promontoire rocheux dans la Méditerranée, qui n’a pour lui que l’effort de son peuple, la mer et la lumière du soleil. C’est un petit pays, mais sa tradition est immense. Ce qui la caractérise, c’est qu’elle s’est transmise à nous sans interruption. La langue grecque n’a jamais cessée d’être parlée. Elle a subi les altérations que subit toute chose vivante. Mais elle n’est marquée d’aucune faille. Ce qui caractérise encore cette tradition, c’est l’amour de l’humain ; la justice est sa règle. Dans l’organisation si précise de la tragédie classique, l’homme qui dépasse la mesure doit être puni par les Erinnyes. Bien plus, la même règle vaut pour les lois naturelles. Le soleil ne peut pas dépasser la mesure, dit Héraclite, sinon, les Erinnyes, servantes de la justice, sauront le ramener à l’ordre… […]           Cette voix qui court à tout moment le danger de s’éteindre faute d’amour et qui sans cesse renaît. Menacée, elle sait toujours où trouver un refuge ; reniée, elle a toujours l’instinct de reprendre racine dans des régions inattendues. Pour elle, il n’existe pas de grandes et de petites parties du monde. Son domaine est dans le cœur de tous les hommes de la terre. Elle a le charme de fuir l’industrie de l’habitude. Je dois ma reconnaissance à l’Académie suédoise d’avoir senti ces faits, d’avoir senti que les langues dites d’usage restreint ne doivent pas devenir des barrières derrière lesquelles le battement du cœur humain peut-être étouffé. […]           Dans ce monde qui va se rétrécissant, chacun de nous a besoin de tous les autres. Nous devons chercher l’homme partout où il se trouve.

Georges Séféris

20 12 1963                  Fritz Bauer, procureur, Juif, social démocrate, interné en 1933 au camp de Heuberg, a fui le nazisme et trouvé refuge au Danemark. De retour d’exil en 1949, il est effaré par les non-dits de la société allemande et par le nombre d’anciens nazis en activité à des postes importants. À telle enseigne que, lorsqu’un juif exilé en Argentine lui signale la présence d’Adolf Eichmann à Buenos Aires, il choisit de transmettre l’information au Mossad plutôt qu’à une justice allemande infestée d’anciens sympathisants hitlériens. Mais il reste convaincu qu’il faut confronter l’Allemagne à son passé, si l’on veut que naisse une véritable démocratie.

En janvier 1959, un journaliste lui a remis un document exceptionnel, sauvé des flammes du camp d’Auschwitz : une longue liste de noms de personnes exécutées mais aussi les noms et grades de SS ayant participé aux massacres, à différents degrés. Grâce à ce document, Bauer peut enfin demander que l’ensemble des cas de criminels de guerre allemands soit centralisé sous son autorité à Francfort : il veut que les nazis allemands soient jugés par des Allemands et pas seulement par des magistrats étrangers comme à Nuremberg, juste après la guerre. Il retiendra une liste de 22 prévenus qui seront jugés pour crimes d’initiative et non pour meurtres commis en application des ordres reçus, ce que la législation allemande considère être de la complicité de meurtre, non suffisante pour établir une responsabilité au premier degré. Il verra s’opposer à lui sur ce point un jeune membre de la CDU, Helmut Kohl. Au final, en août 1965, le tribunal prononcera six condamnations à vie, d’autres recevront la peine maximale en regard des charges pesant sur eux. Cinq seront acquittés et relaxés.

Un procureur dépité par la grande clémence du verdict, lâchera : Eichmann aurait été ravi d’être jugé en Allemagne. Il n’aurait écopé que de quelques années de prison !

1963                               Inauguration de la maison de la Radio, construite par Henry Bernard. Henri Filipacchi lance Le livre de poche, dont le succès ne se démentira pas. Les grottes de Lascaux sont fermées au public : le gaz carbonique attaque les pigments des peintures. Création du Parc National de la Vanoise – le 6 juillet – et de Port-Cros. La famille va s’agrandir tant en frères et sœurs qu’en cousins :

  • Pyrénées                                                 1967
  • Cévennes                                                1970
  • Écrins                                                      1973
  • Mercantour                                            1979
  • Guadeloupe                                           1989
  • Réunion                                                 2007
  • Guyane                                                   2007
  • Calanques de Marseille                       2012
  • Forêts de Champagne-Bourgogne     2019

Soit, pour les dix premiers, 2 511100 ha de surface terrestre. Le parc des calanques s’étend aussi sur 43 500 ha de mer. Les parc naturels régionaux suivront, avec une réglementation moins contraignante laissant plus de place à une activité économique classique : Forêt d’Orient, Landes, Gascogne, volcans d’Auvergne, Corse, Luberon, Alpilles, Vercors, monts d’Ardèche, Morvan, Haut-Languedoc, Vosges, Lorraine, Saint-Amand. L’Île de France en compte 4 : Haute vallée de Chevreuse, 1985, Vexin, 1995, Gâtinais, 1999, Oise, 2004.

Fred Vine, Drummond Matthews et Larry Morley confortent la théorie du double tapis roulant de Harry Hess sur les dorsales océaniques en mesurant la polarité des roches à leur proximité. Les roches issues du magma, donc à très haute température, fixent la polarité magnétique au moment de leur éruption et il se trouve que ces polarités sont inversées de part et d’autre de ces dorsales, selon une configuration dite en peau de zèbre. Ils prouvent que l’échelle chronologique des inversions périodiques concorde avec les bandes d’anomalies et en concluent que les basaltes formant le plancher océanique n’ont pas le même âge puisqu’ils fossilisent le champ magnétique contemporain de leur formation. L’étude de l’âge de sédiments océaniques effectuée en 1968 démontrera l’hypothèse de formation des océans de manière incontestable : l’âge des sédiments et par conséquent celui des basaltes qui les supportent, augmente avec la distance depuis la dorsale. C’est un très grand pas vers la théorie de la tectoniques des plaques. L’age de la scolarité obligatoire passe de 14 à 16 ans. Philips lance le magnétophone à cassettes. Le Commissariat à l’Énergie Atomique met en service à Grenoble Siloé, réacteur nucléaire expérimental : le ralentissement du programme nucléaire français entraînera son arrêt en 1997 et sa déconstruction commencera en 1999 pour se terminer en 2007. La CIA trempe dans un coup d’État en Irak, visant à asseoir le parti Baas et à anéantir l’opposition communiste : des milliers de communistes sont sommairement exécutés.

Dick Fosbury, un jeune américain de 16 ans, de l’Orégon, se voit sommé par l’entraîneur d’athlétisme de son collège de renoncer à adopter la technique du ciseau au saut en hauteur pour adopter celle du ventral. Et patatras, il fait 15 cm de moins ! Des radiographies ultérieures révéleront une malformation de la colonne vertébrale ; enfant, il avait eu un accident de travail sur une machine agricole. Il décide alors de ne plus en faire qu’à sa tête, ce qu’accepte l’intelligent entraîneur, et la séance suivante, il se présente dos à la barre et l’enroule : record personnel amélioré de 15 cm, et rebelote la semaine suivante. Les journalistes locaux affluents : goguenard, Dick nomme son saut Fosbury flop. Il passe 2.01 m et décroche ainsi une bourse universitaire. Réformé de justesse à la mi-juin 1968, il participe aux sélections américaines pour les JO de Mexico, et décroche l’or avec 2.24 m. S’il reconnaît avoir été celui par qui la technique a gagné ses galons, il dit aussi avoir vu d’autres sauteurs faire de même à la même époque.

7 01 1964                La France est le 49° état à reconnaître la Chine communiste ; ce qui entraîne une rupture avec Formose, la Chine nationaliste de Tchang Kaï Chek, et un refroidissement avec les États-Unis, qui attendront 1972 pour le faire, avec Richard Nixon. Mais entre anciens militaires, on fait le nécessaire pour que les divorces se passent à l’amiable : et de Gaulle avait  envoyé auprès de Tchang Kai Chek deux très bons connaisseurs de la Chine : Zinovi Pechkoff (adopté par Maxime Gorki à l’âge de 12 ans) et Jacques Guillermaz, porteurs d’un courrier qui donnait au maréchal le dernier salut d’un autre soldat dont l’intérêt d’État allait le séparer.

28 03 1964                  Séisme sur le détroit du Prince William, en Alaska, de puissance 9,2 sur l’échelle de Richter : 122 morts.

03 1964                         Kitty Genovese, une jeune américaine, rentre chez elle, dans le Queens, à New-York. Elle est attaquée par un homme qui va s’acharner sur elle pendant trente cinq minutes, la labourant de coup de couteau, l’emmenant jusqu’au seuil de sa maison, prenant le temps de déplacer sa voiture. Trente huit personnes seront alertées par les appels au secours, les cris : personne ne bougera. L’assassin dira lors de son procès : j’étais certain de ne pas être dérangé. Didier Decoin en fera un livre en 2009 : Est-ce ainsi que les femmes meurent ?

9 04 1964                         1° émission de télévision d’Eliane Victor : Les femmes aussi.

22 04 1964                        Exposition universelle de New York.

11 05 1964                         Le supersonique North American’s B 70 Valkyrie, de 60 m. de long, vole à mach 3.

24 05 1964                  Panique et bagarres sur la touche du terrain de foot de Lima, au Pérou, où se déroule le match Argentine Pérou : le dernier but, à la dernière minute a été refusé par l’arbitre : 365 morts, 800 blessés.

1 06 1964       Lettre de Pierre Peltier à M. Victor L. TAPIE Membre de l’Institut

Cher Maître,

Je vous félicite bien sincèrement du sauvetage que vous tentez en notre temps si peu sensible aux beautés dont il hérite. La plupart, pour ne pas dire toutes les églises des village de Haute Savoie et même les innombrables chapelles de hameau offrent un intérêt certain tant par leur architecture que par leur décor intérieur. Beaucoup de clochers sont à bulbe que venaient construire des charpentiers autrichiens. Le décor intérieur, peinture en trompe l’œil, retable polychrome et or est d’une facture sarde ou italienne. Nos montagnards devaient s’en inspirer en sculptant de naïves statuettes dans leur sapin, qu’ils coloriaient ensuite, pour meubler leurs plus modestes chapelles de hameau. Megève possède un calvaire composé de quatorze chapelles, chacune d’elle consacrée à une station du chemin de croix, avec statue de bois grandeur naturelle. Tout cela date des XVII° et XVIII° siècles. Si l’ordonnance des ordres est classique, il s’y ajoute mille fantaisies de détails souvent bien près du rococo. Les tableaux abondent, souvent masqués par un Sacré Cœur, cher au siècle dernier. L’Église St Nicolas possède même une petite tapisserie des Gobelins. Certaines églises ont été restaurées avec goût bien souvent, grâce à un archiviste départemental (Monsieur Oursel) très averti… Il vous  renseignerait plus savamment que je ne puis le faire. D’autres malheureusement laissées aux caprices de Curés d’avant garde, ont sérieusement pâti de leurs entreprises. On trouve chez les antiquaires locaux de curieuses lanternes de procession, des canons d’autel et même des tabernacles !!! Tous ces retables ont une importance telle qu’ils gagnent la voûte et débordent largement l’autel. Meublés de statues, plus rarement de tableaux, ceux-ci réservés aux autels latéraux ou du transept. Je serais heureux que vous puissiez venir sur place. Je ne connais pas de nomenclature à vous communiquer et je n’ai malheureusement ni le temps ni toute la compétence nécessaire pour vous être d’un grand secours. Je serais déjà très heureux d’avoir servi d’intermédiaire pour vos si intéressants travaux.

6 06 1964                       Américains, anglais, et leurs alliés sont venus sur les plages de Normandie célébrer le 20° anniversaire du débarquement : de Gaulle, lui, choisit délibérément de ne pas y participer ; il y enverra Jean Sainteny, ministre des Anciens Combattants et Raymond Triboulet, ministre de la Coopération et président du Comité du Débarquement.

12 06 1964                 Nelson Mandela, à la tête de la branche armée de l’ANC, en prison depuis deux ans, est condamné à l’emprisonnement à vie pour sa responsabilité dans la campagne nationale de défiance contre les pass, cette fiche signalétique que chaque Noir doit porter sur lui, sous peine d’amende. Des manifestations ont lieu un peu partout. À Sharpeville, dans le sud du Transvaal, le 21 mars 1960, cela  a été la tuerie : 86 morts, tous Africains, dont trois policiers. L’état d’urgence est décrété le 30 mars. La veille, le gouvernement avait décrété que l’ANC et le PAC représentant une menace sérieuse pour la sécurité publique étaient désormais des organisations illégales.

Pour l’ANC, qui avait refusé sa participation à des actions sensationnelles et ne pouvant réussir, c’est un tournant capital. Reconnaissant l’échec des tactiques non violentes, elle crée, en 1961, Umkhonto we Sizwe (La lance de la nation), bras armé du mouvement dont Mandela est un des fondateurs.  Il entre alors dans la clandestinité et quitte le pays : au cours de dix-sept mois de pérégrinations, il effectue une tournée des capitales africaines, se rend également en Grande-Bretagne où il rencontre les leaders du Labour et du Parti libéral.

Rentré secrètement au pays, déguisé pour échapper à la police, il est finalement appréhendé en août 1962, au cours d’un contrôle routier. Là s’arrête, à quarante-quatre ans, la vie d’homme libre de ce combattant de la liberté. L’année suivante, en août 1963, des policiers cachés dans une camionnette font irruption à la ferme de Liliesleaf, à Rivonia, dans les faubourgs de Johannesburg. Ils saisissent deux cent cinquante documents, certains ayant trait à la fabrication d’explosifs, d’autres relatant le périple de Mandela en Afrique et surtout un texte intitulé Opération Mayibuye (retour), plan détaillé, assure l’accusation, pour renverser le gouvernement par l’action militaire. Au total, dix personnes sont arrêtées dans cette ferme appartenant au Parti communiste.

Le procès dit de Rivonia débute en octobre 1963 et dure huit mois. Deux cent vingt-deux actes de sabotage sont reprochés à l’organisation La lance de la nation, mais vingt seulement peuvent être prouvés. Mandela dément farouchement être communiste et que l’ANC soit procommuniste. L’avocat qu’il est conduit brillamment sa défense :

Les Noirs veulent un salaire qui leur permette de vivre. Ils veulent le travail qu’ils sont capables de faire et non celui que le gouvernement leur assigne. Nous voulons pouvoir vivre où nous travaillons et non pas être rejetés d’un endroit parce que nous n’y sommes pas nés. Nous voulons pouvoir posséder la terre à l’endroit où nous travaillons. Nous voulons être partie intégrante de la population, et non pas être obligés de vivre dans des ghettos. Les Noirs veulent vivre avec leurs épouses et leurs enfants à l’endroit où ils travaillent, et n’être pas obligés de mener une existence contre nature dans des hôtels réservés aux hommes. Nos femmes veulent être avec leurs époux, et non pas abandonnées comme des veuves dans les réserves. Nous voulons pouvoir sortir après 11 heures du soir, et non pas être confinés dans nos chambres comme des enfants. Nous voulons pouvoir voyager dans notre propre pays et chercher du travail où nous voulons, et non pas où le bureau d’embauche nous dit d’aller. Nous voulons notre juste part en Afrique du Sud. Nous voulons la sécurité et une place dans la société.

[…]     Je n’ai pas le droit de vote parce que le Parlement est contrôlé par les Blancs.

Je n’ai pas de terres parce que la minorité blanche a pris la part du lion… Je ne me considère ni moralement ni légalement obligé d’obéir à des lois votées par un Parlement où je ne suis pas représenté. Je suis un homme noir dans un tribunal de Blancs. Cela ne devrait pas être…

Democracy is an ideal which I hope to livre for and to achieve. But if needs me, it is an ideal for which I am prepared to die – La démocratie est un idéal pour lequel j’espère vivre et que je souhaite voir se réaliser. Mais c’est un idéal pour lequel, s’il le faut, je suis prêt à mourir.

 Les huit inculpés sont condamnés à l’emprisonnement à vie.

18 06 1964                  Arrivé en tête à Newport, devant Francis Chichester, vainqueur de l’édition précédente, Eric Tabarly gagne la transatlantique anglaise en solitaire – Ostar – sur Pen-Duick II, un ketch de 13.6 mètres. Il va engendrer une kyrielle de marins bourrés de talent qui vont rafler la plupart de courses de voile au grand large dans les cinquante années à venir ; il est vrai que très souvent il ne s’agira que de courses entre français, redoutables en solitaire, les anglo-saxons manifestant plus de talent dans les courses en équipage.

http://www.ina.fr/themes/sport/voile

7 07 1964                      14 alpinistes se font prendre par une plaque à vent, près du sommet de l’Aiguille Verte ; parmi eux : Charles Bozon, champion du monde de slalom géant.

12 07 1964                      À Saint Paul de Vence, inauguration de la Fondation Maeght, de l’architecte espagnol Jose Luis Sert.

13 07 1964                      François Mitterrand est amoureux d’Anne Pingeot, lui à la fin de l’été, né au milieu de la première guerre mondiale, elle à la fin du printemps, née au milieu de la seconde.

Pourquoi il faut aimer Anne

Je le sais aujourd’hui plus que jamais.
J’ai reçu sa lettre anxieusement attendue
Anne est ma joie
ma grâce,
mon espérance
Parfois je m’étonne de la place
qu’elle occupe dans ma vie.
Surprise de l’âme qui doute du bonheur.
Anne est semblable
A cette vague
Violente et pure.
Elle donne et prend
Mais elle sait qu’elle donne
Et ne sait pas qu’elle prend.
Quand elle se brise
elle n’est pas écume
mais lumière

François Mitterrand      Journal de 1964 à 1970. Confié à Anne Pingeot

Et elle, qu’en dira-telle, une fois parti son grand homme ?

Les gens supérieurs vous multiplient la vie par leur savoirAdmirer la personne qu’on aime, c’est un immense bonheur. Admirer tellement, ne jamais s’ennuyer, avoir tous les centres d’intérêt… C’était… le renouvellement permanent. Trente-deux ans de vie intense de bonheur… et de malheur ! Parce que c’était dur… François avait une phrase que j’ai trouvée merveilleuse : Il n’y a d’amour éternel que contrarié. Méfiez-vous d’un amour paisible où tout va bien ! Quand c’est difficile – quand c’est tout le temps difficile -, l’amour ne s’éteint pas.

Anne Pingeot à Philip Short, ancien journaliste à la BBC, en 2015

On pense à Giulietta Masina, épouse de Fellini, qui répondait à la question un peu tarte d’un journaliste : Et ce n’a pas été trop dur de passer sa vie aux côtés d’un génie ?

Oh bien sûr, ça n’a pas été facile tous les jours… mais ça a été tout de même incomparablement plus facile et stimulant que de passer sa vie aux côtés d’un crétin !

Jamais Mitterrand n’aura révélé à ce point son ambiguïté congénitale : se ranger à gauche pour finir sa carrière en apothéose – à droite les concurrents de sa pointure sont trop nombreux –  épouser une farouche laïcarde de gauche, bien sectaire, auprès de laquelle il finira par s’ennuyer profondément, et être amoureux fou d’une catholique fervente qui se signe lorsqu’elle passe devant une église !

07 1964                                           Les Jeux Olympiques d’été ont lieu à Tokyo… Michel Jazy représente une des plus sérieuses chances de médaille de la France : ignorant le 1500 m quand il apprend que cela commencera par des séries, il tente le 5000 m… Le temps est à l’orage et Michel Jazy n’aime pas l’orage… la veille de la course, seul dans sa chambre d’hôtel, éclairs et tonnerre se déchaînent… il angoisse, il voudrait parler à quelqu’un… mais il n’a aucun ami à qui se confier dans les parages. Sa femme est du voyage mais n’a pas le droit de loger avec lui… elle est à 15 km de là… Michel Jazy se lève et va la voir : cela va donc lui faire – aller-retour – 30 km : comme échauffement pour un 5 000 m. c’est trop : il arrivera 4°, en tête jusqu’à 150 mètres de l’arrivée, puis se faisant doubler par trois autres coureurs. Pendant trente ans, nul ne comprendra le pourquoi de cette défaillance ; et ce n’est que trente ans plus tard qu’il racontera l’affaire [5]

En natation, Christine Caron décroche une belle médaille d’argent au 100 m dos.

Moïse Tschombé s’ennuie à Madrid, il écrit au président Kasavubu pour se mettre à son service (je retourne ma veste… et puis mon pantalon) et il devient premier ministre de Kasavubu. Des quatre acteurs principaux des débuts de la république du Congo, Lumumba ayant été éliminé, restent donc à se partager le pouvoir Kasavubu, président, Mobutu, chef des forces armées et Tschombé premier ministre.

15 08 1964             De Gaulle participe aux commémorations du débarquement allié en Provence : ce qu’il a refusé aux vétérans américains des plages de Normandie, il l’accorde aux anciens combattants des Forces Françaises Libres.

08 1964                      Les Américains bidouillent un simulacre d’agression de la part du Nord Vitenam contre leur destroyer Maddox, pour obtenir du congrès une résolution autorisant le président à déclencher une opération militaire au Vietnam.

Le Laos, frontalier du Vietnam sur la majeure partie du pays, à l’exception du sud, offre la configuration idéale pour servir de base arrière et de voie de communication aux Vietcong. Les Américains vont commencer à bombarder le Laos pour toucher les Vietcong. Le Laos étant un pays neutre, cette guerre restera secrète, sans même l’accord du Congrès américain.

Avec plus de 2 millions de tonnes, en 9 ans, de 1964 à 1973, le Laos sera le pays le plus bombardé de l’histoire : les bombardiers américains lâcheront plus de bombes sur le Laos durant cette période que le total des frappes aériennes de toute la Seconde Guerre Mondiale. De la fin des bombardements à 2013 – 40 ans – 34 000 personnes seront tuées par l’explosion de bombes enfouies dans le sol sans avoir explosé lors de leur largage.

Eté 1964                    L’Académie des Sciences d’URSS procède à de nouvelles élections ; parmi les candidats, Nicolas Noujdine, proche compagnon de Lyssenko, toujours aussi puissant que nuisible, bénéficiant de la protection de Nikita Krouchtchev. Andreï Sakharov, glorieux père de la bombe H sent la moutarde lui monter au nez, demande et obtient la parole :

Les statuts de l’Académie formulent de très hautes exigences concernant ceux qu’on honore du titre d’académicien ; des exigences qui portent aussi bien sur leurs mérites scientifiques que sur leur devoir social. Le membre correspondant N.I. Noujdine, proposé à l’élection par la section de biologie, ne répond pas à ces exigences. Tout comme l’académicien Lyssenko, il est responsable du retard honteux dont souffre la biologie soviétique, surtout dans le domaine de la génétique moderne ; il a contribué à répandre et à soutenir des théories pseudo-scientifiques, à faire régner l’aventurisme, à persécuter la science véritable et les savants véritables, qui furent poursuivis, harcelés, privés de la possibilité de travailler, licenciés, parfois même arrêtés et dont certains ont trouvé la mort.

Je vous appelle à voter contre la candidature de NI Noujdine.

Tollé dans la salle ; présent, Lyssenko s’étouffe de rage. Mais Noujdine ne sera pas élu. Krouchtchev sera destitué deux mois plus tard, et Lyssenko ne gardera qu’un an de plus ses attributions. Il mourra en 1976.

5 09 1964                                       Nouvelle sécession au Congo : le sud Kivu emmené par Gaston Soumialot et le nord Katanga par Laurent Désiré Kabila, sont à la tête des Simba – les lions – initiés  et s’enduisant le corps de poudres de perlimpinpin qui les inoculaient, pensaient-ils, des balles ennemies. Ils proclament le nouvel Etat République populaire du Congo. Les Américains mettront leur aviation au service du gouvernement de Léopoldville pour libérer les Belges retenus par les rebelles deux mois plus tard.

13 09 1964                   À proximité de son embouchure, dans le lit de l’Hérault, à Agde, face à la cathédrale, Jacky Fajaud, plongeur archéologue, voit affleurer sur le sable une main de bronze, la jambe gauche manque : c’est une splendide statue romaine. Elle sera datée entre les II° et IV° siècle avant J.C. On la nommera L’éphèbe d’Agde, la mention du nom de la ville venant bien dire tout le mal que dût se donner Denis Fonquerle, fondateur du groupe d’archéologie sous-marine et de plongée d’Agde pour la faire revenir, confisquée très rapidement qu’elle avait été par le tout puissant Louvre : 23 ans de démarches, conférences, mobilisations pour qu’elle revienne enfin en 1987 viùre al païs. Raphael Molla retrouvera la jambe gauche de l’Ephèbe à 600 m en aval de la première découverte, le 24 novembre 1965 

10 10 1964                    La visite au Québec de la reine d’Angleterre  Elisabeth II donne lieu à des émeutes : samedi de la matraque ; de retour chez elle, la reine admet que des réformes de structure sont nécessaires au Canada. La conférence des 1° ministres adopte la motion Fulton Favreau qui prévoit le transfert de Londres à Ottawa du pouvoir de modifier la constitution.

16 10 1964                       Première bombe atomique chinoise à l’uranium, d’une vingtaine de kilotonnes, sur le Lop Nor.

Jacques Brel fait sa rentrée à l’Olympia : il a décidé qu’Amsterdam serait la chanson d’ouverture. Une chanson d’ouverture, chacun sait dans le métier que c’est une chanson sacrifiée : l’ingénieur du son et les musiciens en profitent pour affiner leur réglages et surtout le public regarde le chanteur plus qu’il ne l’écoute. Comme ça, on n’en parlera plus, de celle-là, a dit Brel : il n’aime pas cette chanson, trop ceci, trop cela. Et c’est un triomphe, public debout (on ne disait pas encore standing ovation] ovation interminable des 2 000 spectateurs de l’Olympia, mais aussi des millions d’auditeurs d’Europe I qui retransmettait la soirée en direct. Elle sera la seule chanson de Brel à n’avoir été enregistrée qu’une seule fois, ce soir-là : 3′ 20″ y compris 15″ d’applaudissements au début et à la fin. Brel ne faisait jamais de bis, et il ne fit exception à cette règle qu’une seule fois, à Moscou en 1965 où il bissa Amsterdam.

Cheveux très courts au-dessus d’un juvénile visage. Costume noir d’une sobriété à ravir Alceste. Telles sont les actuelles coquetteries de Jacques Brel. Mais le bloc de dynamite que cela recouvre explose aussitôt. […] Cinquante minutes durant, deux mille personnes sont fascinées par le charme du personnage, charme au sens magique fait de fougue et de foi. Pas la moindre concession. Pas la moindre faiblesse. On a beau bisser les grondements de l’océan, le rythme de la houle et les parfums lourds du port, le chanteur poursuit sa route. Et le rideau, tiré une seule fois, il en reste là, malgré les rappels acharnés. […] Le tour de chant, aussi riche que varié, est superbe. Il comprend parmi les nouveautés de l’année […] surtout Amsterdam, un puissant tableau classique.

Paul Carrière       Le Figaro 20 octobre 1964

10 12 1964                      Jean Paul Sartre refuse le Nobel de littérature. Sous la gouverne d’Edgar Pisani, alors ministre de l’agriculture, création de l’Office National des Forêts : il lui est fait obligation de s’autofinancer, ce qui expliquera le choix très fréquent de replanter des résineux à croissance rapide plutôt que des feuillus à croissance lente,  donc moins rentables à court terme. Il va mettre aussi en place les subventions à l’Agriculture… et le regrettera au soir de sa vie : Il faut supprimer les subventions et mettre les prix au niveau des coûts et non des cours mondiaux. Il est monstrueux, absurde, que dans un marché complètement désorganisé, une ferme située sur une bonne terre, bénéficiant d’un bon climat, ne puisse pas produire à un prix qui lui permette de vivre de ce qu’elle produit, qu’on soit en Europe ou aux États-Unis.

Edgar Pisani              Midi-Libre 12 02 2004

10 ans après cette déclaration, la situation de nombre de paysans n’aura pas changé : un suicide tous les deux jours en France. Le taux de suicide pour 100 000 personnes est en moyenne en France de 25, il passe à 35 pour les agriculteurs. La solitude, le célibat forcé, les engagements matériels de plus en plus coûteux, car, pour rembourser les emprunts, il faut devenir de plus en plus performant, il faut s’agrandir… une fuite en avant mortifère. Le prix des prestations ne cesse d’augmenter, le prix des produits de la ferme ne cesse de baisser. Les ouvertures qui pourraient se présenter sont battues en brèche par un vieux fonds paysan de fierté – on ne se plaint pas, on s’exprime peu, on répugne à demander de l’aide -. Et c’est le désespoir qui l’emporte, plus aigu chez les éleveurs que chez les agriculteurs : un champ de maïs, de blé peut attendre quelques jours sans soin, une vache ne peut pas attendre. La France tue ses paysans.

Un demi-siècle plus tard, en 2019, rien n’aura fondamentalement changé : les quatre centrales d’achat de France continueront à se gaver comme leurs clients, les supermarchés. Didier Guillaume, ministre de l’agriculture du gouvernement d’Emmanuel Macron, déclarera fin octobre 2019 : Il n’est plus possible que les agriculteurs soient rémunérés à un prix inférieur à ce que ça leur revient… Le compte n’y est pas.

Il n’est pas trente six-solutions à cette affaire, qui ne se réglera jamais à Paris ou à Bruxelles, ou à l’OMC, à grand coups de subventions ; ce sont les consommateurs qui, en reprenant des comportements civiques, feront changer les choses. La part du budget d’un ménage consacré à l’alimentation en 1960 était de 34.6 % . En 2018, ce pourcentage sera descendu à 20 % ! au profit de quoi ? des outils développeurs de crétinisme qui feront des GAFA – Google, Apple, Facebook, Amazon – les maîtres du monde, au profit de la fringue, au profit de la bagnole. Il est impératif qu’au détail, les prix agricoles augmentent, et pas à la marge, de façon conséquente ; et donc il est impératif que les ménages consacrent une part plus importante de leur budget à l’alimentation, fréquentent de plus en plus les circuits courts, évitent le plus possible les grandes surfaces,  pour que les paysans puissent vivre honorablement de leur travail ; et il n’y a pas à sortir de là !

19 12 1964                       Transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon. Personne n’a pensé à inviter Daniel Cordier, son secrétaire de juillet 1942 à juin 1943 ! Le texte du discours d’André Malraux se trouve dans la rubrique Discours de ce site.

1964                            Naissance d’un nouveau journal à la périodicité irrégulière : Le Mouna Frères, d’André Dupont – 1911-1999 -, amuseur et philosophe des rues, alias Aguigui Mouna. On en connaîtra 27 numéros, jusqu’en 1979. Le dernier amuseur public de Paris, né à Meythet, près d’Annecy,  un jour en avait eu assez de sa vie de caca, pipi, capitaliste.

  • Les temps sont durs, vive le mou ! 
  • Le régime est pourri ! Prenez-en de la graine, criait-il dans la rue en agitant un régime de bananes pourries, et en jetant des graines aux passants.
  • Battons-nous à coups d’éclats de rire. Au nom du Pèze, du Fric et du Saint Bénéfice 
  • Les mass-médias rendent les masses médiocres.
  • La télé : je suis branché, câblé et même souvent accablé de tant de nullités.
  • Le monde ne tourne pas rond.
  • Tout est bien ici-bas, avec la tête en bas.
  • Ne prenez pas le métro, prenez le pouvoir.
  • Battons le pouvoir quand il a chaud !
  • Réveillez-vous ! criait-il avec son vélo chargé d’anciens réveils-matin.
  • Le monde est mûr, frères, il faut mûrir.
  • J’irai cracher sur vos bombes.
  • Non à la guerre des étoiles, oui à la guerre des boutons ! Sans neutrons, la bombe à bonbons, c’est très bon !
  • Tu ne tueras point en détail mais en gros !
  • Les bagnoles ras-le-bol, la vélorution est en marche.
  • Des vélos, pas trop d’autos. Du gazon, pas de béton, des moutons, pas de canons.
  • Le jour où un vélo écrasera une auto, il y aura vraiment du nouveau. (Variante: Avec ton vélo, écrase les autos et pédale dans la choucroute !)
  • Mieux vaut être actif aujourd’hui que radioactif demain.
  • L’énergie musculaire, l’énergie la moins chère !
  • Garez-vous des gourous !
  • Priez moins, aimez plus.
  • On est condamné à mort dès la naissance, c’est pas pour ça qu’on doit faire une gueule d’enterrement !
  • On vit peu mais on meurt longtemps.
  • C’est en parlant haut qu’on devient haut-parleur.
  • Aimez-vous les uns sur les autres.
  • La grossesse à 6 mois ! La retraite à 15 ans !
  • Les grands hommes d’aujourd’hui sont de plus en plus petits.
  • Tous les désespoirs sont permis.
  • Les valeurs morales ne sont pas cotées en bourse.
  • Il est anormal d’être normal.
  • L’ennui naquit un jour de l’uniforme mité.
  • Génération Marlboro : génération mal barrée.
  • Au pays de la barbarie, je joue de l’orgue de Barbarie !
  • Lisez le Mouna-Frères et retirez-vous dans un Mouna-stère où on boira de la li-mounade. 
  • Riez et vous serez sauvé !
  • Le jour se lève dans un cadre merveilleux, et il passait la tête derrière un cadre sorti de sa valise.

Mouna, c’est une manif à lui tout seul. C’est l’indignation. Sa philosophie ? Un amour universel, boulimique.

Cavanna

Bon, d’accord, mais en principe, ça ne devrait pas passer à la postérité, ni faire long feu. Heureusement qu’il s’est débrouillé seul, car on ne voit pas comment un imprésario aurait accepté de s’occuper de lui.

La Comex ne prend pas de gants pour montrer son savoir faire, et donc, puisque Jacques Yves Cousteau est installé à l’autre bout de Marseille, cela fleure bon l’ambiance corsaire :

Henri Germain Delauze, patron de la Comex, inaugure les installations toutes neuves de son centre de recherches hyperbare. Les amis, les notables et bien sur tous les membres de l’OFRS, l’Office Français de Recherche Sous-marine créé par Cousteau qui a quitté la Marine en 1957, sont invités. Une seule personne, le vice-président de l’OFRS, se risquera à répondre à l’invitation : Xavier Fructus. Le projet Comex est si peu en odeur de sainteté chez Cousteau que celui-ci écarte Xavier Fructus de l’OFRS… faisant ainsi un magnifique cadeau à celui à qui il voulait nuire. Xavier Fructus est immédiatement recruté par Henri Delauze qui lui donne la méthode de calcul que vient de mettre au point Workmann pour la marine américaine. Avec la libre disposition du centre hyperbare Fructus travaille à mettre au point des tables de décompression pour la plongée avec de l’hélium. 

Mauro Zürcher   https://mzplongee.ch/wa_files/02-histoire_20de_20la_20plong_c3_a9e.pdf

Il se trouve que le docteur Xavier Fructus n’était pas rancunier : il lui arrivera par après de donner un coup de main au commandant Cousteau quand celui-ci, se lançant dans les expériences similaires hyperbar, dans son CEMA – Centre d’Études Maritimes Avancées -, à l’Estaque, envoyait son ou ses plongeurs à une pression X, d’où ensuite il ne parvenait pas à les faire remonter, n’ayant pas la maîtrise complète de la décompression.

Naissance du Nutella : son papa, italien, a 39 ans : Michele Ferrero. La maison mère, à Alba (31 300 habitants, entre Turin et Gênes), baptisée Nutellapoli, célèbre également pour les truffes blanches, illustre le capitalisme social version Ferrero. Les salaires y sont plus élevés que dans le reste de l’Italie, la société prend en charge, outre la crèche pour les enfants du personnel, les activités sportives et culturelles, la mutuelle de santé jusqu’à la mort pour qui a travaillé trente ans chez Ferrero.

Le département de la Seine, qui englobe jusqu’alors le Grand Paris est démantelé en donnant naissance à 8 départements qui ont avant tout le grand avantage politique d’isoler les communistes là où ils sont inexpugnables, et surtout de torpiller les socialistes pour plus de quarante ans. Les autres avantages de ce découpage sont beaucoup plus mystérieux. Michel Debré est député de la Réunion depuis un an : affolé par la démographie galopante – quand il n’y a plus ni malaria, ni choléra, ni guerre ni grippe espagnole, les morts ne remplacent plus les vivants, il va tout simplement mettre en place une déportation qui permettra de repeupler les départements de métropole où sévit une forte dénatalité : ce seront essentiellement la Creuse, mais encore le Gers, l’Aveyron, le Tarn, la Lozère, le Cantal. Pendant dix ans, 6 à 8 000 adultes partiront chaque année, à qui l’on promettra monts et merveilles et qui déchanteront, une fois franchi l’océan ; mais ce sont encore 1 136 enfants, de 6 mois à 18 ans, qui seront placés, sélectionnés sur place par les  assistantes sociales de la DDASS :

Ça m’a fusillé. Je dormais dans les granges, sur la paille. Je cassais la glace dans l’abreuvoir pour me débarbouiller. Quand je coupais les choux ou les ronces, mes doigts étaient raides. Une fois, on m’a emmené à l’hôpital, les mains et les pieds gelés. Chez le quatrième agriculteur où on m’a placé, je pouvais enfin me réchauffer les mains sur une ampoule électrique.

Jean-Pierre

Pas de chaussettes dans mes sabots pour marcher dans la neige. Une simple chemise et des culottes courtes. José, des nègres, ils n’en avaient jamais vu en vrai. Les gosses du coin venaient nous toucher la peau pour voir si ça déteignait.

Jean Jacques

Jamais de baignoire, jamais de serviette pour moi, des fois que ça tacherait.

Jean Charles Serdagne

Il faudra attendre 2002 pour voir dénoncé et porté devant la justice cette entreprise d’esclavagisme.

Nommé depuis peu archevêque d’Olinda-Recife, au Brésil, dom Helder Camara, ne se laisse pas démonter par le changement brutal d’orientation politique du pays, en pleine phase de reflux du réformisme catholique : Gardons-nous de taxer de communistes ceux qui ont seulement faim et soif de justice sociale et de développement du pays.

Il est la tête de file de la théologie de la libération, orientation très sociale de l’Eglise catholique brésilienne, proche des plus démunis qui aura les coudées franches jusqu’à ce que, dans les années 1980, le pape Jean-Paul II y mette bon ordre, – erreur catastrophique de stratégie, révélatrice d’un esprit borné, obsédé par le communisme – extirpant ainsi prêtres et évêques du terrain, les scotchant dans leurs bureaux en ville. Les Evangéliques étaient là, dans leurs starting blocks, prêts à occuper le terrain, ce qu’ils feront avec une remarquable efficacité, surfant sur la vague d’amélioration des conditions de vie des plus pauvres dans les années Lulla ; dans la fin des années 2010, les Evangéliques seront plus nombreux que les catholiques [qui représentaient 92 % de la population brésilienne en 1970], prospérant sur la misère, [leur denier du culte, c’est 10 % du salaire de chaque membre de la communauté !] à servir une soupe sucrée à mi-chemin entre le christianisme et le vaudou. En 2018, l’un d’eux, Javier Bolsonaro sera élu à la présidence de la république ; les Evangéliques dans le monde sont 600 millions, le quart des chrétiens !

Tocqueville se demandait, en écoutant les prédicateurs américains, si l’objet principal de la religion est de procurer l’éternelle félicité dans l’autre monde ou le bien-être dans celui-ci. Disons que celui-ci tient lieu de celle-là. On n’imagine pas le pape protestant qu’était Billy Graham dénoncer, comme le pape François, l’impérialisme de l’argent qui met en place une dictature économique mondiale. Dans le cadre de cette ploutocratie bénie par le Ciel, le prolétaire peut voter pour le milliardaire, en pensant que ce dernier n’aura plus besoin de s’enrichir au pouvoir et que le doigt de Dieu est déjà sur lui. Et dans cette théodémocratie, mélange sui generis de ploutocratie et de théocratie, il n’y a plus de limite aux dépenses de campagne (six milliards de dollars en 2016). La soif du bénéfice s’inscrit dans une théologie, car, selon Billy Graham, le feu dont il est question dans la Bible n’est pas le feu éternel qui brûle les pécheurs, mais la soif inextinguible de Dieu. Rien de moins doloriste et maussade qu’une religion du salut sans enfer ni péché, un messager sans pietà ni couronne d’épines. Quand religiosité rime à prospérité, quand l’épanouissement individuel vaut pour accomplissement spirituel, les huissiers du paradis n’ont plus à s’habiller de noir ni à battre leur coulpe ou celle des autres. Flagellants, s’abstenir. Dostoïevski, inutile, Kierkegaard, oiseux. On recommence tout. La garantie d’une deuxième chance a pour idéal ou avant-goût non le baptisme, mais l’anabaptisme. On peut se faire baptiser à tout âge, et tout le monde a droit à une deuxième naissance. Le reborn Christian peut repartir du bon pied, effacer l’échec et retrouver l’innocence. En groupe, comme nos Alcooliques anonymes – association thérapeutique venue d’Amérique, confessionnal collectif où chacun communique aux autres, en bon et sociable sportif, ses performances de la veille en matière d’abstinence.

Parfois hystérico-fusionnels, les barnums néoévangé-liques tournent le dos aux monastères et aux catacombes. C’est grand. C’est visuel. C’est musical. C’est marketing. C’est fun. C’est fou. C’est sanitaire. C’est utilitaire. C’est lucratif. C’est tout. Et cela marche. Et c’est fait pour cela. Le bonheur délivre de la tâche d’être soi. La conscience malheureuse n’est pas made in USA, et le manichéisme éloigne aussi bien des subtilités jésuites que des exaltantes impasses pascaliennes. Autant l’histoire a pu se marier au tragique dans une Europe échaudée par ses épreuves et qui se résigne, bon an mal an, à bricoler dans l’incurable, autant une histoire avec sauf-conduit où Dieu détient le final eut protège de l’irrémédiable. L’écroulement des tours du 11 septembre 2001 a beau avoir donné à certains comme un avant-goût d’apocalypse, il n’a pas entamé cette théologie de l’espérance dont l’attraction n’est pas prête à se démentir. Les États-Unis restent le pays de l’avenir qu’ils étaient déjà pour Hegel, le pays de rêve pour tous ceux que lasse le magasin d’armes historique de la vieille Europe. Inutile de préciser que le romantisme révolutionnaire, où la nostalgie est motrice, et l’échec final une sombre confirmation, n’a pas sa place dans la patrie des wonder boys et des success stories. La nouvelle civilisation méprise les loosers, les pauvres et les vaincus. La grandeur des causes perdues lui est étrangère.

Ce qui intéresse le Romain, c’est le faire ; ce qui intéresse le Grec, c’est l’être. Faire le job exige des réponses illico, se soucier de son être laisse mûrir les questions. Le Romain fait confiance à ses dieux ; le Grec les redoute, non sans raison, ce qui le porte, Archimède mis à part, à négliger l’outillage, et n’incite pas à rendre plus vivable notre vallée de larmes, en aménageant les fleuves, en construisant des barrages, en inventant des médicaments, en trouvant des solutions. Le tomorrow is another day, demain est un autre jour, croyance performative, est le premier message qu’adresse la statue de la Liberté à l’immigrant avant Ellis Island : ici, votre être sera ce que vous en faites. Ne voir que le bon côté des choses a son bon côté, suffisamment mobilisateur pour que l’on oublie le moins bon. Cela fait baisser le taux du malheur humain et aide à soulager nos maux. La résilience, par exemple, est un concept anglo-saxon, et on ne peut que se féliciter de le voir si bien repris dans le monde latin par nos psychothérapeutes pour surmonter nos traumatismes, psychiques et physiques. Prométhée a tout intérêt à montrer de l’optimisme, pour trouver le moyen d’allonger l’espérance de vie, soulager la douleur, guérir des maladies jusqu’ici incurables, réparer les femmes violées et les enfants abandonnés, bref, ne pas baisser les bras devant l’inexorable et les fatalités. L’américanisme, en ce sens, apparaît comme un prométhéisme religieusement augmenté par la foi dans la Providence. On peut comprendre que la nébuleuse évangélique avec ses multiples sectes fasse tache d’huile dans les Amériques, les Antilles, en Asie. Prodigieuse réussite : avoir forgé à la fois la spiritualité du riche et le millénarisme du pauvre. Le protestantisme revu et corrigé par la civilisation américaine déborde et remanie, partout sur la planète, les vieux fiefs des religions traditionnelles.

Régis Debray Civilisation                 Gallimard 2017

7 02 1965          De Pierre Peltier au Maire de Megève – Chapelle Sainte Anne -.

Monsieur le Maire,

Permettez-moi de déplorer, tant en mon nom personnel qu’en celui de nombreux Mégevans et touristes, l’état d’abandon de cette chapelle. Pluie et neige pénètrent par les baies démunies de leurs vitraux et dégradent chaque année davantage ce charmant édifice. Son affectation en entrepôt pour la récupération paroissiale des vieux papiers est peu digne de sa destination primitive. Le temple protestant s’étant révélé beaucoup trop petit, cette chapelle pourrait le remplacer et le voisinage des deux cultes frères concrétiserait de façon particulièrement heureuse le rapprochement des Églises, dans l’esprit et la lettre du dernier Concile. L’Église Réformée se chargerait probablement de la restauration intérieure qu’on souhaiterait voir confiée à leurs moines de Taizé. Les vieux papiers pourraient s’entreposer plus facilement encore dans l’ancienne fosse d’aisance accolée à la façade ouest du presbytère ; il suffirait d’en agrandir l’ouverture extérieure. Les projets en cours et à venir, à St Paul et tout autour de l’Église vont assainir et rénover ce pittoresque quartier et la restauration de cette chapelle ne pourrait que parfaire et en assurer le charme. Mes relations d’affaires et personnelles avec le milieu protestant m’ont autorisé à faire cette démarche et à recevoir votre réponse.

Il ne fait jamais bon être en avance sur son temps.

21 02 1965                       Malcolm X, brillant et charismatique prêcheur musulman et américain, défenseur des droits des afro-américains, est assassiné. Il avait 39 ans.

02 1965                      Des élections au suffrage [vraiment] universel pour l’élection du président de la République vont avoir lieu d’ici dix mois. Pierre Dac, comique, ex-animateur de la Radio de la France Libre, s’engouffre dans la brèche et crée le Parti… d’en rire : il se présente sous l’étiquette du Mouvement Ondulatoire Unifié – le MOU -. Les temps sont durs, vive le MOU ! Deux mois plus tard, il recevra un coup de fil de l’Elysée : La récréation est terminée. On vous serait reconnaissant de bien vouloir rentrer chez vous. Ce qu’il fit… on obéit au général de Gaulle.

18 03 1965                  Alexeï Leonov devient le premier homme à faire une marche de l’espace – en termes techniques, une sortie extravéhiculaire –. En direct à la télévision, il s’extrait du Voskhod et flotte dans l’espace, seulement relié au vaisseau par un cordon ombilical de quelques mètres. Mais les affaires se gâtent : L’ennui, c’est que sa combinaison n’a pas été bien conçue. Dans le vide spatial, elle s’est dilatée. Mes gants, mes bottes, tout mon scaphandre avait enflé. Comme le Bibendum de la publicité Michelin, résumera plus tard Leonov. Gonflé comme un ballon de baudruche, il ne peut plus passer le sas pour retourner à l’intérieur du Voskhod. On interrompt alors la retransmission télévisée, on diffuse de la musique classique et tout le monde se dit qu’il est mort. C’est un miracle qu’il rentre.

Alain Cirou

Leonov a tenté le tout pour le tout, il a actionné une valve pour réduire la pression à l’intérieur de son scaphandre et il est passé en force. La fin du vol sera émaillée d’autres incidents, au point qu’Alexeï Leonov et son coéquipier, Pavel Beliaïev, atterriront à plusieurs centaines de kilomètres du point prévu. Le programme Voskhod est abandonné et il faut concevoir un autre vaisseau, le Soyouz. Pendant deux ans, plus personne, de l’autre côté du rideau de fer, ne partira dans l’espace.

Pierre Barthélémy               Le Monde du 16 07 2019

11 04 1965                     À Loconville, Jean Philippe Smet, alias Johnny Halliday , inaugure avec Sylvie Vartan une longue série de mariages. Il restera tout de même, en la matière, loin derrière Eddy Barclay, qui, il est vrai, a une vingtaine d’années d’avance sur lui. Le rouleau compresseur américain – qui ne roule que sur des candidats consentants et pas seulement pour Jean-Philippe Smet : on ne peut donc parler de viol -, est en marche et ainsi Edouard Ruault devient Eddy Barclay, Claude Moine Eddy Mitchell, Hervé Forneri Dick Rivers, Jean-François Grandin Frank Alamo, pour ne citer que les plus connus, etc…

04 1965                          Che Guevara débarque sur les rives du lac Tanganika accompagné d’une centaine de militaires cubains bien entraînés pour appuyer les simbas  de Laurent Désiré Kabila. Il souhaitait probablement mettre le feu à toute l’Afrique. Mais l’affaire fera long feu : entre les partisans d’une guerre rigoureuse que défendaient les Cubains, et l’atmosphère bon enfant et débonnaire des camps de rebelles congolais, le courant ne passera jamais, avec un Kabila beaucoup plus souvent en Tanzanie pour ses petits business que sur le terrain. Guevara et ses compagnons quitteront le Congo 7 mois plus tard : le Congo réunissait toutes les conditions contraires à la révolution.

Il est important d’avoir le sérieux révolutionnaire, une idéologie qui guide l’action et un esprit de sacrifice qui accompagne ses actes. Jusqu’à présent, Kabila n’a pas démontré posséder une seule de ces qualités. Il est jeune et il peut changer, mais je me décide à consigner sur le papier – un papier qui ne verra la lumière que dans plusieurs années – mes très gros doutes quant à sa capacité de dépasser ses défauts.

 Che Guevara

3 06 1965                        L’américain Edward White, en orbite sur Gemini IV, se promène dans l’espace pendant 20’.

5 07 1965                     Houari Boumedienne a été jusque-là ministre de la Défense de l’Algérie : il a organisé un coup d’Etat qui l’a propulsé président du Conseil de la Révolution. Il est élu président de la République et le restera jusqu’à sa mort en 1978. Dès lors, les harkis sont mis à l’écart de la société algérienne : interdiction de certains emplois, licenciement des personnels militaires et administratifs, priorité au logement et à l’emploi pour ceux qui ont participé à la révolution…

Figure-toi que Pontecorvo tournait La Bataille d’Alger dans la ville à ce moment-là, alors on avait l’habitude de voir les soldats, les chars et tout le carnaval de la guerre. Quand on a vu les hommes de Boumedienne, on a cru que c’était Pontecorvo qui filmait une grosse scène ce jour-là. On a dit : il est fort ! Et d’ailleurs les soldats se sont bien servis de cette confusion. Ils nous disaient : Pas la peine de s’affoler. C’est du cinema. Sauf que c’était un vrai coup d’Etat et que le lendemain, ils ont lancé la chasse aux opposants. Alors ça a recommencé : les arrestations, les disparitions…

Alice Zeniter          L’art de perdre     Flammarion 2017    

16 07 1965                     Inauguration du tunnel sous le Mont Blanc. Il a coûté 265 F / cm et fait 11 800 m. Le volume de dérochement a été de 940 000 m³. La jonction entre les deux chantiers, italiens et français s’est faite le 4 08 1962 : l’écart entre les deux axes des tunnels était de 13,5 cm ! Les accidents auront coûté la vie à 21 personnes. L’exploitation des années suivantes se révélera être pour les actionnaires un placement de rêve. En 1997, tout comme le tunnel routier du Fréjus, il verra passer 12 MT de frêt, soit un passage de 2 200 camions par jour en moyenne.

9 08 1965                    Depuis plus d’un an, les émeutes raciales entre Malais et Chinois ont mis en danger la jeune indépendance de Singapour, dont le parlement malais prononce l’expulsion. Le nouvel État entrera à l’ONU le 21 septembre. Le chef de l’État est Lee Kuan Yew, qui avait fondé en 1954 le PAP – People’s Action Party. Il mourra le 23 mars 2015.

Singapour est seul et menacé. La ville, fragilisée par les rivalités raciales et les incertitudes économiques, doit s’inventer, d’urgence, un nouvel avenir.

De cette faiblesse originelle Lee Kuan Yew et son équipe feront très vite un défi puis une force. En décidant de créer ex nihilo, une authentique nation dotée d’un véritable contrat social, ils engagent un processus résolument extraordinaire : la seconde invention de Singapour commence. Non sur la base d’une idéologie toute faite mais sur celle d’une délicate synthèse philosophique associant inspiration occidentale et valeurs asiatiques. D’un côté la méritocratie, la loi et le culte du progrès. De l’autre, l’éthique du travail, de la solidarité et du respect. À partir de là, enjeux et solutions s’esquissent et s’imbriquent clairement. Parce que Singapour est vulnérable, à l’intérieur comme à l’extérieur, il faudra le doter d’un État fort et d’une sécurité globale. Parce qu’il n’y a pas de sécurité sans prospérité, il faudra développer une économie solide, innovante et ouverte sur le monde. Enfin, parce que la force de Singapour repose sur la force et la cohésion de sa population, il faudra en faire une communauté multiraciale unie par une même culture de l’intelligence et de la réussite.

François-Charles Mougel    L’Histoire juin 2015

Toute cette bien belle architecture passera du projet à la réalité, mais quelques sérieux additifs seront accolés au projet primitif avec, en premier lieu, la mise en œuvre de l’activité la plus juteuse, celle de paradis fiscal ; les offres alléchantes proposés par l’État attireront nombre de banques peu regardantes sur l’origine des fonds, telle HSBC – Hong Kong & Shanghai Banking Corporation-, et bien d’autres.

11 09 1965                    De Gaulle annonce le retrait de la France de l’OTAN pour 1969.

17 09 au 17 10 1965        Expérience Précontinent III du commandant Cousteau, au pied du phare du Cap Ferrat (Alpes- Maritimes) :

27 jours de plongée à saturation à l’héliox à – 100 mètres, dans une sphère en acier de 5,50 mètres de diamètre intérieur (plus les épaisseurs d’isolation et les 20 m/m d’épaisseur d’acier). L’isolation intérieure s’écrasera d’ailleurs partiellement sous l’effet de la pression. La sphère est montée sur un châssis rectangulaire de 14 mètres par 8 mètres. Elle pèse 23 tonnes et nécessite 72 tonnes de lest, dont 35 tonnes de billes d’acier. Les six plongeurs sont André LABAN (chef de mission), Philippe COUSTEAU, Jacques ROLLET (physicien), Christian BONNICI, Raymond COLL et Yves OMER. Pour cette troisième expérience, Claude WESLY est l’un des plongeurs de l’équipe de secours. […] Deux tourelles GALEAZZI sont utilisées comme moyen de sauvetage éventuel, si les 6 hommes devaient être rapidement remontés en surface, tout en étant maintenus sous pression. 

Les sorties quotidiennes jusqu’à – 120 mètres s’effectuent au narguilé avec système de récupération des gaz (avec un tuyau d’alimentation-gaz et un tuyau de retour-gaz aux installations techniques de l’habitat sous-marin). Ce sont donc des plongées en circuit fermé, sans émission de bulles dans l’eau. Les plongeurs respirent un mélange d’héliox avec seulement 2 % d’oxygène pour 98 % d’hélium. Les détendeurs pectoraux utilisés ont été spécialement fabriqués et fonctionnent à double tiroir pour la récupération des gaz (système Cousteau / Gagnan / Alinat / Davso ). Par sécurité, ils portent aussi sur le dos des tri-bouteilles du même mélange d’héliox avec la robinetterie inversée (au niveau des reins, pour pouvoir la manipuler soi-même). Régulièrement, la soucoupe plongeante SP 350 Denise pilotée par Bébert vient leur rendre visite.

Après trois jours et demi de désaturation progressive, les six plongeurs retrouvent la surface et la pression atmosphérique le 17 octobre 1965. La preuve fût faite que des hommes pouvaient séjourner et travailler à saturation et à grandes profondeurs. Mais JYC avait déjà compris que l’étape suivante serait de ne plus dépendre de navires de surface, d’où l’idée de la conception du sous-marin crache-plongeurs Argyronète. Elle ne fût que partiellement réalisée, puis abandonnée, avant d’être reprise et finalisée longtemps plus tard par Henri-Germain Delauze assisté de l’ingénieur Jean Mollard : le submersible rebaptisé Saga à deux compartiments distincts (atmosphérique pour l’équipage de conduite, et celui en hyperbarie pour les plongeurs à saturation). Il fonctionna parfaitement, mais arrivait malheureusement trop tard pour le milieu pétrolier off-shore dont les besoins techniques avaient changé.

https://video.lefigaro.fr/figaro/video/marseille-des-passionnes-restaurent-le-sous-marin-du-commandant-cousteau/5761384058001/

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Philippe Rousseau          https://www.plongee-infos.com/operation-precontinent-ils-ont-vecu-un-mois-sous-la-mer-il-y-a-un-demi-siecle/

Là encore, les histoires de l’Argyronète et du Saga disent bien que les techniques mises en œuvre viennent d’un monde où le rêve tient une grande place : l’Argyronète avait des défauts de motorisation qui l’empêchaient de devenir opérationnel ; certes, mais, une fois repris par H.G.Delauze, il sera devenu opérationnel, il fonctionnera très bien mais, ne trouvera personne pour lui donner du travail. Aucun pétrolier offshore ne fera appel à ses services et il finira sa vie comme l’Argyronète… dans un hangar où des passionnés amateurs le bichonneront pour être visitable : un objet de musée, malheureusement rien d’autre… il y a un problème.

Opération Précontinent" : Ils ont vécu un mois sous la mer... il y a un  demi-siècle ! - Plongée Infos

le détendeur pectoral à double tiroir pour la récupération des gaz (système Cousteau / Gagnan / Alinat / Davso)

19 09 au 1965              Lionel Terray et Marc Martinetti, font une chute mortelle à la fissure en Arc de Cercle, aux Arêtes du Gerbier, dans le Vercors.

1 10 1965                    À Djakarta, en Indonésie, une colonne de camions militaires entre en ville à trois heures du matin, pour s’emparer de six généraux, en tuer trois immédiatement, les trois autres plus tard.

À l’aube, les responsables de ce mouvement du 30  septembre revendiquent leurs liens avec le président indonésien Sukarno, l’une des grandes voix des non-alignés et figure majeure des puissances en devenir du tiers-monde : un certain lieutenant-colonel Untung, commandant de la garde présidentielle et chef du Comité  révolutionnaire, annonce que l’action avait pour but de protéger le président et de déjouer un coup d’Etat. Une faction droitière dans l’armée, exaspérée par les relations étroites entretenues par Sukarno avec le PKI, le parti communiste indonésien, aurait été en train de préparer un putsch, avec l’aide de la CIA…

Mais, dans l’après-midi du même jour, le général Suharto, futur dictateur, reprend le contrôle des différents bâtiments occupés par les hommes du Comité révolutionnaire et s’empare de facto du pouvoir. Sukarno sera par la suite mis sur la touche par Suharto, qui le forcera a lui céder les pleins pouvoirs l’année suivante. C’est alors que la répression s’abat contre tous les communistes indonésiens. Provoquant aussi une série de règlements de comptes contre leurs alliés plus ou moins proches et des membres de la minorité chinoise, accusée d’être une cinquième colonne appuyée par Pékin, l’allié du président Sukarno…

Avec l’aide de puissantes organisations islamiques, l’armée et ses milices vont organiser les massacres : à Java, Sumatra, Bali et Bornéo : environ 500 000 morts sur un an ; 750 000 personnes seront torturées et envoyées dans des camps de concentration. Le tout avec l’assentiment des Etats-Unis : en cette période de guerre froide, Washington fournira complaisamment aux responsables de l’ordre nouveau, nom du nouveau régime de Suharto, les listes de sympathisants communistes ou de personnalités susceptibles de s’opposer au régime.

Les motivations des soldats du mouvement du 30  septembre resteront floues : pourquoi des militaires procommunistes ont-ils assassiné six généraux ? Piège tendu par Suharto pour justifier la répression qui suivit contre les communistes ?

13 10 1965                       Au Congo, Kasavubu destitue Moïse Tschombé de son poste de premier ministre : il était devenu l’homme le plus populaire du Congo et sa coalition de partis était devenue majoritaire à l’occasion des dernières élections.

29 10 1965              Mehdi Ben Barka, opposant marocain basé à Genève, ne cesse de circuler entre Le Caire, Moscou, Pékin, Tokyo, La Havane. Il a déjà connu les prisons marocaines et est condamné à mort par contumace. On lui propose de participer à un film sur l’oppression colonialiste, et pour ce faire un rendez-vous lui est donné devant la brasserie Lipp par des intellectuels manipulés par les services secrets : c’est un piège et il est enlevé par un truand aussi à l’aise chez les intellectuels de gauche que dans les services secrets : Georges Figon. On ne  le retrouvera que mort,  suicidé dans sa planque parisienne, le 17 janvier 1966.

24 11 1965                       Au Congo, le colonel Mobutu, chef d’état-major des armées, prend le pouvoir : c’en est fini de la 1° république. Il débaptise le Congo qui devient Zaïre, – le fleuve, dans la langue des riverains, 400 ans plus tôt -. Dans un premier temps, il s’efforce à tenir un langage de vérité :

Je vous dirai toujours la vérité, aussi dure qu’elle soit. C’en est fini de vous assurer que tout va bien alors que tout va mal : dans notre cher pays, tout va réellement très mal.

26 11 1965                        Lancement du premier satellite français, A1 dit Astérix, par la fusée Diamant A depuis la base algérienne d’Hammaguir. La France devient ainsi la troisième puissance, après l’URSS et les Etats-Unis, à conquérir l’espace. C’est plutôt l’entrée dans la révolution balistique que cet épisode à 100  % militaire marque. Ce n’est qu’après le second tir, en février  1966, que la conquête de l’espace démarre vraiment pour la France,

Philippe Varnoteaux, auteur de L’Aventure spatiale française (Nouveau Monde Editions 2015.

Le ministère de la défense dirige en effet ce premier vol. Le Centre national d’études spatiales, non militaire et créé en  1961, n’interviendra que pour le deuxième tir. En outre, l’émetteur d’Astérix n’a pas fonctionné et sa mise en orbite a été confirmée par les radars américains. Comme la plupart des pays, la France a récupéré le savoir-faire militaire allemand développé lors de la seconde guerre mondiale, avec les missiles V2. Au menu des premières missions scientifiques menées par les nations pionnières de l’espace figurera l’exploration des propriétés de l’atmosphère : densité, propagation des ondes électromagnétiques, rayons cosmiques… Ce n’est qu’à partir de 1979, avec le programme Ariane, que le savoir-faire européen dans le spatial s’épanouira.

11 1965        Le Nobel de médecine est pour André Lwoff, Jacques Monod et François JacobNous sommes faits d’un étrange mélange d’acides nucléiques et de souvenirs, de rêves et de protéines, de cellules et de mots. Votre Compagnie s’intéresse avant tout aux souvenirs, aux rêves et aux mots. Vous montrez aujourd’hui que, parfois, elle ne dédaigne pas d’accueillir aussi un confrère, plus préoccupé, lui, d’acides nucléiques et de cellules. [réception à l’Académie française le 20 novembre 1997]

15 12 1965                     Les capsules Gemini VI et Gemini VII se donnent rendez vous dans l’espace, mais l’arrimage n’est pas possible.

8 12 1965                       Dernière séance du Concile Vatican II ; fin de la messe en latin. Deux mois plus tôt, une déclaration sur les religions non chrétiennes avait mis fin à des siècles d’antisémitisme plus ou moins larvé. Dès avril 1959, au cours de la messe du Vendredi Saint, Jean XXIII avait interrompu la prière, donnant l’ordre d’effacer du texte les mots perfides juifs.

1965                               Gérard de Villiers sort son premier SAS : SAS à Istanbul, père d’une innombrable famille qui ira en 2013, année de sa mort, chercher dans les 120 à 150 millions d’exemplaires, tous pays confondus, avec une recette bien au point : de la géopolitique et de l’exotisme en veux-tu en voilà, un bon morceau de sexe hard, et ce qu’il faut mais pas plus, de violence et de torture. Le dosage devait donc connaître un succès fou. Sa proximité avec les milieux diplomatiques, et une documentation très sérieuse l’avaient aidé à avoir parfois un pif parfois étonnant :

  • 1980                        Le complot du Caire met en scène l’assassinat d’Anouar el Sadate, qui aura lieu le 6 octobre de l’année suivante.
  • Octobre 2012          Panique à Bamako voit des colonnes de 4 X 4  de jihadistes foncer sur Bamako : elles étaient en route en janvier 2013 quand l’armée française les arrêta. Mais cela aurait sans doute fait trop happy end pour Gérard de Villers
  • 2013                         Le Chemin de Damas décrit l’attaque d’un centre de commandement syrien, qui aura lieu au mois d’otobre.

Je ne suis pas devin, je fais simplement des hypothèses à partir de pays que je connais bien et, de temps en temps, certaines se réalisent.

Réforme des régimes matrimoniaux : un mari ne peut plus s’opposer à l’activité professionnelle de son épouse, ni à l’ouverture d’un compte bancaire à son nom. Les Américains commencent à bombarder le Viet Nam. En un an ils ont envoyé 200 000 soldats au Viet Nam ; en 1966, ils en enverront encore autant. À l’occasion de la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle, soutenu à cette occasion par Jean Monnet, De Gaulle livrera ses sentiments sur son adversaire à quelques proches :

Mitterrand, c’est le type du politichien. Il n’a absolument rien pour lui que l’ambition, le désir de prendre la place le jour où il le pourrait.

Les sondages sont mauvais : Roger Frey et Alain Peyrefitte essaient de convaincre de Gaulle de lâcher dans la presse quelques informations gênantes sur le passé de Mitterrand ; le refus de De Gaulle est net : Vous ne m’apprenez rien. Mitterrand et Bousquet, ce sont les fantômes qui reviennent : le fantôme de l’anti gaullisme issu du plus profond de la collaboration. Que Mitterrand soit un arriviste et un impudent, je ne vous ai pas attendu pour le penser. Mitterrand est une arsouille… Non, je ne ferai pas la politique des boules puantes… Non, n’insistez pas ! Il ne faut pas porter atteinte à la fonction, pour le cas où il viendrait à l’occuper.

Les Américains Arno Penzias et Robert R. Wilson découvrent un rayonnement thermique cosmologique : il est fossile : c’est un témoin du Big Bang.

4 01 1966                 Explosion à Feyzin, dans l’Isère : 19 morts, 84 blessés. Elf y traite 1 700 000 tonnes de pétrole par an. A 6 h 40’, trois employés effectuent une prise d’échantillon dans la zone de stockage, au niveau de la sphère de propane 443. Avec quelques impuretés, le gaz jaillit, mais une vanne se bloque, coincée par le givre. Le gaz s’insinue sous les sphères voisines, en formant une nappe d’environ 1.5 m d’épaisseur, puis atteint l’autoroute. A 7 h 15’, une voiture située sur départementale voisine enflamme la nappe. Son occupant décédera quelques jours plus tard. Les pompiers arrivés de Lyon à 7 h 33’ ne parviennent pas à venir à bout de l’incendie. A 8 h 45’, la sphère 443 explose : une pièce d’acier de 48 tonnes sera retrouvée à 325 m. du lieu de l’explosion ! La détonation se fait entendre jusqu’à Lyon. Les maisons du quartier de Razes sont soufflées. Et c’est une boule de feu de 600 m de haut et de 250 m de diamètre qui prend la place de la sphère. 11 pompiers y meurent. 7 employés mourront les jours suivants.

17 01 1966                Un bombardier américain se désintègre au cours d’une opération de ravitaillement en vol au-dessus de la côte méditerranéenne de l’Espagne, à proximité de Palomares, en Andalousie. Il largue quatre bombes H de 1.45 mégatonnes !  Trois arriveront à terre, dans les environs de Palomares, une s’abîmera en mer par 869 mètres de fond : il faudra 81 jours pour la retrouver. Les détonateurs n’ayant pas été rendus opérationnels, on en resta finalement à plus de peur que de mal.

24 01 1966                 16 ans après le Malabar Princess, le Kangchenjunga, un Boeing 707 de la  même compagnie Air India s’écrase à 7 heures du matin sur le Mont Blanc , au même endroit, les rochers de la Tournette, 400 mètres avant le sommet, versant français : les corps des 117 passagers et membres de l’équipage seront projetés, pour la plupart d’entre eux, comme ceux du Malabar Princess, sur le glacier du Mont Blanc, versant italien. Jean Jacques Mollaret, mégevan, commande le PSHM – Peloton de Secours en Haute Montagne : il n’est pas question d’envoyer  une caravane de secours : le souvenir de la mort de René Payot, puis le drame de Vincendon et Henry, les progrès des hélicoptères adaptés aux reliefs et à l’altitude font envisager des déposes en hélicoptère : trois Alouettes III arrivent de Grenoble, Annecy et Bron, et trois Sikorski du Bourget du Lac. Le temps est beau… le spectacle de désolation est le même que 16 ans plus tôt… les premiers corps apparus sont ceux de dizaines de… singes. On ne retrouva pas plus les boites noires du Kangchenjunga que celles du Malabar Princess. Cette fois-ci, personne ne parle de lingots d’or… mais l’information se fait pourtant encore plus rare que pour le Malabar Princess : Cesare Chenoz se trouve au col Chécroui, sur le versant sud du Val Veny, face aux aiguilles de Peuterey : à 8 h 15, il se trouve sous une véritable pluie de feuilles de journaux, de lettres, dollars etc…  le col Chécroui est à plus de 7 kilomètres du lieu de l’accident : pour que des objets puissent aller aussi loin , on pense alors plutôt à une explosion ; et, justement, coté italien on parle de la disparition le même jour d’un avion militaire qui se trouvait dans les parages… depuis l’accident de la Vallée Blanche, 5 ans plus tôt, on sait que les militaires ne peuvent s’empêcher de considérer la montagne comme le plus fantastique terrain de jeux. On parlera encore d’attentat : un savant atomiste se trouvait dans l’avion…. Le PSHM déclare très rapidement les recherches terminées… René Desmaison, lui, gamberge : toujours assoiffé de reconnaissance médiatique, il se persuade qu’il s’agit d’une collision, et monte en secret… avec Philippe Réal, responsable de la station de Grenoble de l’ORTF, une expédition sur le versant italien du Mont Blanc. Pour que l’affaire devienne un scoop, il faut une liaison radio, pour lancer cela sur les ondes quand on juge le moment venu… pas facile d’acheminer et planter de grandes antennes en restant incognito… idée géniale : Guy Lux est à La Plagne pour son Interville… on va se mêler à ses techniciens qui sauront facilement se taire moyennant un bon repas… quant au public et même les pouvoirs publics locaux… ils ne devraient y voir que du feu… La Plagne a une vue directe sur le versant italien du Mont Blanc, et avec les puissants talkies walkies venus tout exprès de Suède, la liaison devrait être bonne.  Un hélicoptère loué à Paris, basé localement à Albertville, dépose Desmaison et trois autres alpinistes le 22 février 1966 au refuge Quintino Sella, sur l’arête de la rive droite du Glacier du Mont Blanc, à 3 400 m. Et ils trouvent en effet beaucoup de choses sur la partie supérieure de ce glacier… et des éléments qui, à l’évidence ne peuvent appartenir à un Boeing. Ils filment beaucoup, prennent de nombreuses photos,  emportent  les pièces qu’ils peuvent et redescendent à pied dans le Val Veny 5 jours plus tard, en prenant soin de cacher  dans la nature une partie des films et des objets, certains qu’ils sont de trouver à Courmayeur un comité d’accueil qui leur confisquera très rapidement  le contenu des sacs, car l’ORTF a déjà mangé le morceau : les officiels français savent donc qu’une recherche a été entreprise sans leur accord.  L’affaire sera à moitié étouffée… et, plus tard, quand Françoise Rey, qui écrira en 1991 Crash au Mont Blanc, les fantômes du Malabar Princess, cherchera à savoir ce qu’il était advenu de ces films et pièces d’avion cachés dans le Val Vény, elle ne pourra parvenir à rencontrer René Desmaison  et Philippe Réal lui répondra que tout cela a malheureusement été égaré dans un déménagement… Les amateurs de scoop s’étaient sans doute rendu compte que leur hypothèses ne tenaient pas la route et que les morceaux d’avion redescendus appartenaient à un avion dont la chute n’avait rien à voir avec celle du Kangchenjunga. Dans les années 80, le guide Patrick Gabarrou fera de cet envers du Mont Blanc son terrain de prédilection et trouvera encore plusieurs restes, métalliques et humains du Malabar Princess et du Kangchenjunga.

Le 27 juillet 2017, le glacier des Bossons rendra une jambe et un bras que Daniel Roche, passionné de ces deux crashs, attribue sans certitude à une passagère de l’avion. Les cinquante ans pour faire à peu près 23 km – à raison de 80 cm par jour , ce qui est plutôt rapide pour un glacier – se vérifient donc !  Le glacier des Bossons transporterait encore 250 corps !

le 23 novembre 2017, Daniel Roche, collectionneur lyonnais passionné; a trouvé et récupéré un réacteur du Kangchenjunga.

3 02 1966                     Luna IX se pose en douceur sur la lune.

17 02 1966          Avec la fusée Diamant, la France réussit la mise en orbite du satellite Diapason D 1A, 19 kg, 50 cm. de diamètre et 20 cm.de haut.

1 03 1966                     La sonde russe Venera II atteint Vénus.

7 03 1966                    De Gaulle écrit à Johnson pour l’informer que 26 000 soldats américains devront avoir évacué les bases françaises avant avril 1967. Foster Dulles lui demandera : Faut aussi emporter les corps des boys des deux guerres mondiales, enterrés sur le sol français ?

16 03 1966                 La capsule Gemini et la fusée Agena réussissent le premier arrimage dans l’espace. Les missions de longue durée sont désormais possibles.

6 04 1966                   Le film de Jacques Rivette avec Anna Karina, La Religieuse, sorti un mois plus tôt sur les écrans, a vite été interdit d’exploitation :  il le restera jusqu’à juillet 1967. Jean-Luc Godard écrit à André Malraux, ministre de la Culture :

Étant cinéaste comme d’autres sont juifs ou noirs, je commençais à en avoir marre d’aller chaque fois vous voir et de vous demander d’intercéder auprès de vos amis Roger Frey et Georges Pompidou pour obtenir la grâce d’un film condamné à mort par la censure, cette Gestapo de l’esprit. Mais Dieu du ciel, je ne pouvais vraiment pas le faire pour votre frère, Diderot, un journaliste et un écrivain comme vous, et sa Religieuse, ma sœur. Aveugle que j’étais. Ce que j’avais pris chez vous pour du courage ou de l’intelligence lorsque vous avez sauvé ma Femme mariée de la hache de Peyrefitte, je comprends enfin ce que c’était, maintenant que vous acceptez d’un cœur léger l’interdiction d’une œuvre où vous aviez pourtant appris le sens exact de ces deux notions inséparables : la générosité et la résistance. Je comprends enfin que c’était tout simplement de la lâcheté. Si ce n’était prodigieusement sinistre, ce serait prodigieusement beau et émouvant de voir un ministre UNR en 1966 avoir peur de l’esprit encyclopédiste de 1789.

Jean-Luc Godard, Lettre à André Malraux. Le Nouvel Observateur, 6 avril 1966.

La Religieuse fera cependant le festival de Cannes, avec l’aval d’André Malraux. La censure sera levée un an plus tard pour vice de forme, et le film interdit seulement aux mineurs.

9 04 1966                    Le Vatican supprime l’Index des livres interdits aux croyants.

2 06 1966                     Surveyor I (américain) se pose sur la lune. Au Congo, Mobutu jette aux orties ses oripeaux de démocrate en commençant par inventer un complot visant à le renverser, ce qui envoie trois anciens ministres et un sénateur devant un tribunal militaire qui les condamne à mort, par pendaison : pas de meilleur moyen pour inaugurer un régime de terreur. Je suis enfin devenu qui je suis.

Chez nous, le respect du au chef, c’est quelque chose de sacré. Il fallait un exemple. […] Lorsqu’un chef décide, il décide, point c’est tout.

2 07 1966                    Premier essai atmosphérique de bombe atomique au large de Muruora, en Polynésie française : 28 kilotonnes, 2 fois la puissance de celle d’Hiroshima. 34 autres suivront jusqu’en 1974, puis 147 essais souterrains jusqu’en 1996. En août 2016, l’Eglise évangélique maohi déposera une plainte contre la France auprès du tribunal de La Haye pour crime contre l’humanité.

12 07 1966                   Extension du régime de l’assurance maladie aux non salariés, qui restera moins avantageux que le régime général.

18 08 1966                  Depuis 8 jours, Heinz Ramisch et Herman Muller, sont immobilisés sur une petite vire dans la face nord des Drus, à 3 000 m. dans le Massif du Mont Blanc. Il a neigé et il fait froid : -10°.  À Chamonix, on ne semble pas avoir tiré les leçons du drame de Vincendon et Henry, 10 ans plus tôt, et les secours s’organisent dans le désordre : ce sont au moins trois cordées qui partiront, par des voies différentes ; les témoins de l’époque disent qu’il était bien que Chamonix ne se trouve pas en Corse, sans quoi des fusils auraient été sortis des sacs, et il  y aurait eu des morts. C’est finalement Garry Hemming, le hippy des cimes, et François Guillot, brillant alpiniste des années 60, futur cadre de la Comex, qui parviendront les premiers à rejoindre les deux allemands, le 21 août à 11 h. On comptera 70 rotations d’hélicoptère etc… etc…

https://youtu.be/pT8isMPK-kg


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