9 septembre 1994 au 8 novembre 1997. Catherine Destivelle. Barrage des Trois Gorges. Les Européens, vassaux des Etats-Unis.32337
Publié par (l.peltier) le 22 août 2008 En savoir plus

9 09 1994                    Mise en examen dans l’affaire du sang contaminé d’Edmond Hervé, ancien ministre de la Santé, de Georgina Dufoix, ancien ministre des Affaires Sociales, et de Laurent  Fabius, ancien Premier Ministre : véritable tonneau des Danaïdes procédural, l’affaire échouera finalement en février 99 devant la Cour de Justice de l’État.

Des fautes ont été commises certes, la lenteur de l’administration à appliquer les directives ministérielles ont causé des morts, la poursuite des collectes de sang en milieu carcéral sans dépistage, selon des directives internes opposées aux directives ministérielles,  l’écoulement des stocks de sang non chauffés, l’homologation tardive du test Abbot, pour ne pas nuire au test Pasteur, sont des faits qui méritaient d’être condamnés ; mais il faut tout de même se souvenir de ce qu’était alors le sida en France par rapport aux autres causes de décès par maladie : en 1985, pour 573 cas de sida, on a compté 180 morts, pendant que la grippe tuait 600 personnes, l’infarctus 50 000 et le cancer 140 000. Plusieurs mois après que Laurent Fabius eût rendu obligatoire le dépistage obligatoire, 80 % des médecins estimaient que c’était là un luxe inutile, le professeur Jean Bernard, le pape de l’hématologie déclarait : Le risque du sida est moins grave que celui de l’hépatite, l’ensemble de l’opinion estimait que c’était une histoire d’homosexuels et de drogués…

Santé publique. Demandez à n’importe qui : où est l’urgence ?, et il vous répondra : VIH. Le lobby homo a du génie, et il est scandaleux que neuf malades sur dix dans le monde n’aient pas accès aux soins. Mais dans nos contrées, c’est une illusion. Le sida tue autour de cinq cents personnes en France [en 2004] par an, Alzheimer, quatre-vingt mille. Cent fois plus. C’est la troisième cause de mortalité, après le cancer et les maladies cardio-vasculaires. On estime à cent-vingt mille les porteurs du VIH sida, mais huit cent cinquante mille le nombre d’Alzheimer de plus de soixante-dix ans (cent mille cas nouveaux chaque année) [En fait, neuf cent mille en 2016 ; chiffres France -Inter]. Un programme Alzheimer a été adopté en 2001. On attend toujours la circulaire d’application et les moyens. Il prévoyait la création de sept mille places d’accueil par jour. À peine la moitié a été obtenue, et il y aura, dans dix ans, deux millions de malades, dans notre pays. Les temps d’antenne et les budgets vont aux sidéens. Place aux jeunes.

Régis Debray          Le Plan Vermeil.      Gallimard 2004

Le procès devant la Cour de Justice de la République, beaucoup plus que la culpabilité des ministres vient mettre en évidence les fautes de l’administration et du corps médical. Dans un tel contexte, l’acharnement d’aujourd’hui comprend une bonne dose de malhonnêteté, dénoncée par des voix de plus en plus nombreuses :

Encenser le rôle du politique pour mieux l’abaisser, quelle éclatante revanche pour le corps judiciaire ! Après avoir oscillé, depuis deux siècles, de l’extrême arrogance à l’extrême soumission, voilà la magistrature en situation de se venger ! Grâce au jeu de miroir qui s’est instauré entre l’opinion et la justice, celle-ci tient dans sa main ces politiques qui l’ont si souvent humiliée. Procès d’intention, rétorquera la corporation judiciaire : seul notre devoir nous guide…. Qui a lu l’arrêt de renvoi des  trois ministres devant la Cour de Justice de la République ne peut que s’esclaffer devant tant d’hypocrisie ! Ce texte exsude la haine. Haine des politiques, du pouvoir, des puissants. Qu’il est doux, protégé par l’hermine et le respect dû aux magistrats de pouvoir, de la sorte, prendre une revanche historique ! Au service de cette mission, tous les moyens sont bons : méconnaissance du fonctionnement de l’État, analyses tronquées, sophismes et contre vérités. Si, au nom de la transparence démocratique, les actes de justice étaient soumis à la même critique que les décisions politiques ou les stratégies industrielles, l’arrêt serait mis en charpie, ses rédacteurs déconsidérés et le procès du 9 février (1999) tomberait en quenouille.

Alain Minc. Le Monde  du 22 janvier 1999

Le droit est une matière assez plastique qui peut permettre de régler des comptes politiques.

Gérard Davet, journaliste au Monde, Midi Libre du 23 novembre 2014

27 09 1994             L’Estonia, ferry boat reliant Tallinn, en Estonie, à Stockholm essuie un gros temps de force 8. Il transporte 803 passagers et 186 hommes d’équipage. À 1 heure du matin, le pont des voitures est envahi d’eau. 30 minutes plus tard, le bateau coule, faisant 852 victimes. La commission d’enquête mettra trois ans pour conclure à la responsabilité du chantier naval allemand qui a construit l’Estonia. Mais les lacunes, voir erreurs de cette enquête sont tels qu’ils susciteront une autre enquête, qui conclura avec une quasi certitude à un attentat terroriste, consécutif au transport clandestin – non déclaré sur les listes de fret – de deux camions remplis d’héroïne et d’isotopes de cobalt radioactifs. Onze ans après les faits, la Suède reconnaîtra que le navire transportait aussi du matériel militaire de l’armée suédoise.

Vingt-cinq ans plus tard, l’affaire aura un peu mais pas plus, avancé et la thèse terroriste éliminée :

S’il s’était tenu quelques années après la catastrophe, dans laquelle Elisabeth Nilsson a perdu son mari en 1994, alors peut-être que le procès qui s’ouvrira vendredi 12 avril 2019, devant le tribunal de grande instance de Nanterre, aurait permis aux familles des 852 victimes d’avancer dans leur travail de deuil. Mais un quart de siècle après le naufrage, il arrive trop tard, souffle la retraitée suédoise, qui rêve d’une conclusion. C’est ce qui fait l’intérêt de ce procès. Pour la première fois, un tribunal va enfin se prononcer sur le fond du dossier et juger de la responsabilité civile du bureau français de vérification Veritas et du constructeur allemand Jos L. Meyer Werft, note Me François Lombrez, l’avocat français de 1 116 ayants droit et survivants.

Pour en arriver là, il aura fallu vingt trois ans de procédure, émaillés de multiples renvois et référés, et deux arrêts de la Cour de cassation. L’avocat suédois, Me Henning Witte, qui avait lancé la procédure en 1996, reconnaît qu’il avait perdu espoir de la voir aboutir un jour. Il n’est guère optimiste sur l’issue du procès en l’absence d’une expertise technique de l’épave,  refusée par la justice française, une décision qu’il qualifie de sabotage. Le 27 septembre 1994, l’Estonia a quitté le port de Tallinn en fin d’après midi, direction Stockholm. Le navire est un symbole : premier bateau à relier l’Estonie à l’Europe de l’Ouest après l’implosion de l’Union soviétique (URSS). Ove Nilsson, entrepreneur de 46 ans, n’aurait pas dû se trouver là bord. Il a avancé son retour, raconte sa femme, Elisabeth. Juste avant d’embarquer, il a appelé son plus jeune fils. C’est lui qui a appris le naufrage à 5 heures du matin, en allant travailler. Un des survivants suédois, l’ingénieur Mikael Oun a raconté s’être réveillé au milieu de la nuit : J’ai entendu un bruit épouvantable, puis deux coups. J’ai compris que quelque chose n’allait pas. Le bateau n’avançait plus comme avant. Brusquement, il s’est incliné. Les meubles sont venus s’écraser contre la porte.

L’Estonia a lancé son premier SOS à 1 h 22. A 1 h 48, le navire de 155 mètres de long, disparaît des radars. Sur les 989 passagers, seulement 137 ont survécu. La plupart des victimes étaient des Suédois et des Estoniens. Une Française a également péri dans le naufrage. Sept cent cinquante sept corps n’ont jamais été retrouvés. Très vite à Stockholm, la machine s’emballe. Quelques heures après la catastrophe, le premier ministre conservateur, Carl Bildt avance la thèse d’un accident : en pleine tempête, les attaches de l’étrave mobile qui verrouille la proue du bateau auraient fini par céder, provoquant l’ouverture de la rampe d’accès et permettant à l’eau de s’engouffrer sur le pont à voitures.

Cette première version des faits sera confirmée trois ans plus tard par une commission d’enquête internationale tripartite, dont le rapport publié en 1997 constate que l’étrave mobile n’avait pas été construite conformément à des hypothèses de conception raisonnables. Selon Me François Lombrez, le Bureau Veritas aurait dû signaler le défaut, mais il a choisi de déclarer le navire apte à la navigation quand il ne l’était pas. Les conclusions de la commission d’enquête n’ont jamais été confirmées par des experts. Car après avoir décidé, en décembre 1994, de ne pas renflouer l’épave et de ne pas remonter les corps, les autorités suédoises ont convaincu Tallinn et Helsinki de faire du navire une sépulture, en interdisant l’accès par un traité signé par les trois pays. Des décisions qui ont semé le trouble parmi les familles des victimes et les survivants, rassemblés longtemps en onze associations. Il n’en reste plus que deux aujourd’hui. La plupart des proches ont perdu espoir de voir un jour l’affaire résolue. A aucun moment, on ne nous a écoutés ou on ne nous a demandé notre avis, confie Elisabeth Nilsson. Quand nous voulions des informations, c’était à nous de demander.

D’étranges révélations, comme le fait que l’Estonia ait transporté du matériel militaire soviétique, à deux reprises avant le naufrage – ce que les douanes et l’armée ont confirmé en 2004 -, ne font rien pour apaiser les esprits. C’est d’ailleurs pour mettre un terme aux spéculations que les deux associations encore actives exigent l’ouverture d’une nouvelle commission d’enquête, ainsi qu’une inspection de l’épave par des plongeurs. Mais sans succès. Plus de dix motions en ce sens ont été présentées au Parlement suédois, sans jamais qu’elles soient votées, raconte Bertil Calamnius, qui a perdu sa fille dans la catastrophe. Devant le tribunal de Nanterre, les ayants droit réclament 40 millions d’euros au titre du préjudice moral. Le procès se tiendra vendredi 12 et lundi 15 avril 2019.

Joint par Le Monde, le Bureau Veritas n’a pas souhaité s’exprimer.

Anne Françoise Hivert correspondante régionale. Le Monde du 13 04 2019

2 10 1994                Plusieurs lois pour lutter contre la corruption sont votées, mettant en place le contrôle du patrimoine de certains élus et la limitation du financement des partis et des élections. Philippe Seguin a proposé que les élus soient assistés pour la passation des marchés publics, et que les partis soient désormais financés par les citoyens et non plus par les entreprises.

4 10 1994                     L’ONU fixe au 31 mars 1995 le retrait des 15 000 Casques Bleus de Somalie.

5 10 1994                  La secte du Temple Solaire organise le suicide de 53 membres en Suisse et au Canada. Le travail d’enquête de la police suisse sera particulièrement bâclé.

14 11 1994                 Voyage inaugural d’Eurostar : Trains à grande vitesse également nommés TGV TMST (pour TGV TransManche SuperTrain) en France et British Rail Class 373 au Royaume-Uni. Il relie Paris et Bruxelles au Kent, dans le sud de l’Angleterre et à Londres, via Lille et Calais, en empruntant le tunnel sous la Manche. Des trains directs relient également Londres à Marne la Vallée (Disneyland Paris), Avignon en été, Bourg Saint Maurice, La Plagne et Moutiers, en hiver. Composée de dix-huit voitures et de deux motrices, chaque rame mesure 393,72 m de long et peut transporter jusqu’à 750 passagers à 300 km/h. Eurostar est aussi le nom de la compagnie ferroviaire de droit britannique qui exploite le train.

27 11 1994                  La Norvège refuse d’adhérer à l’Union Européenne par 52,1 % des voix ; le vote de septembre 1972 se répète.

11 1994                        Jean François Clervoy vole sur une navette américaine, dans le cadre de l’Agence Spatiale Européenne.

1 12 1994                     Intervention de l’armée russe en Tchétchénie.

6 12 1994                    En Italie, démission du juge Di Pietro, à la tête de l’opération  Mani Pulite.

11 12 1194                   Début de la première guerre en Tchétchénie. Le conflit durera 20 mois et fera entre 50 et 70 000 morts civils.

13 12 1994                  Lancement de la Cinquième (…chaîne de télévision), dirigée par Jean Marie Cavada.

14 12 1994                  La terre tremble au Grand Bornand : magnitude 5,1, et à Faverges : magnitude 4,6.

18 12 1994                  Les associations de Sans Abris investissent un immeuble de la Rue du Dragon.

Dans les Gorges de l’Ardèche, à la Combe d’Estre, Jean-Marie Chauvet, Éliette Brunel et Christian Hillaire découvrent la grotte Chauvet [1] : manifestation d’une exceptionnelle qualité de l’art pariétal des Aurignaciens : émouvant à vous prendre à la gorge, disent les rares visiteurs. Les peintures ont  33 000 ans (paléolithique supérieur) : plus de 400 animaux ont été répertoriés : mammouths, rhinocéros, lions, chevaux, bisons, bœufs musqués, hiboux à tête tournée…  L’émanation de gaz carbonique qu’entraîneraient des visites régulières risquerait de les détruire : la grotte sera très rapidement fermée au public. L’administration du ministère de la Culture étalera sa morgue et sa bêtise tout au long de procès intentés par les découvreurs, puis les propriétaires, allant jusqu’à fabriquer des faux en antidatant des documents. Les découvreurs ne pourront obtenir aucun droit sur les premières photos. En 2010, Werner Herzog réalisera La grotte des rêves perdus, qui générera 4.9 M d’€ de recettes… et toujours rien pour les découvreurs. Le projet d’une grotte- réplique[2] dans les environs proches devrait voir le jour vers 2005 / 2006.

Les peintures pourraient être l’expression de chamanisme. Des traces de pas d’enfant seront datées de 25 000 à 26 000 ans avant notre ère, les traces les plus anciennes d’un homo sapiens sapiens…. un enfant… parce qu’il n’y a que les enfants pour roder  un peu partout, hors des sentiers battus…. les traces des adultes, toutes accumulées au même endroit, sont illisibles.

24 12 1994                   Prise d’otages par le FIS à l’aéroport d’Alger des passagers du vol 8969, un Airbus d’Air France ; non sans mal, le gouvernement français obtiendra son départ sur Marseille, avec 173 personnes à bord ; l’affaire y sera réglée par le GIGN, commandé par Denis Favier : les quatre terroristes seront tués. 9 membres du GIGN seront blessés. Denis Favier reçoit de Charles Pasqua, ministre de l’intérieur, l’ordre de donner l’assaut  et lui répond : Monsieur le ministre, avec tout le respect que je vous dois, c’est moi et moi seul qui déciderai du moment opportun. Le moment opportun sera 17 h 12’ le 26 décembre.  Il est très probable que les terroristes avaient projeté au moins de faire sauter l’appareil, sinon de l’écraser sur Paris : on retrouva plusieurs bâtons de dynamite à bord. Pasqua froncera le sourcil, qu’il avait de toutes façons ombrageux, mais pas plus… Le héros Denis Favier aura la carrière qu’il méritait pour finir grand chef de la gendarmerie avant de devenir en 2016 Monsieur Sécurité du groupe Total.

12 1994          Le Royaume Uni interdit l’usage des FVO pour tous les animaux.

1994                         Boris Eltsine chasse en compagnie de nombreux apparatchiks…Tout le monde se rue à table à l’heure du casse croûte… deux coups de feu claquent, tirés par un garde et Vladimir Vladimirovitch Poutine, et c’est ce dernier qui foudroie le sanglier. Boris Eltsine se dit alors que Moscou a besoin de ce genre d’homme.

En France, loi d’indemnisation envers les anciens harkis : une allocation forfaitaire de 110 000 francs complète celle mise en place en 1988. Le statut de victime de captivité des anciens harkis est reconnu, des aides diverses sont créées.

Jean René Fourtou est PDG de Rhône Poulenc, qui a une usine de raffinage de terres rares à La Rochelle, laquelle purifie annuellement 8 à 10 000 tonnes de terres rares, soit 50 % du marché mondial ! Les terres rares sont presque toujours voisines de minerais radioactifs, et la matière première traitée en raffinage comporte dans les premiers stades des opérations des matières radioactives, de l’uranium pour le principal. Depuis plusieurs années, Rhône Poulenc reçoit des plaintes à ce sujet, ignorées jusqu’à présent, y compris par le très écologique maire Michel Crépeau. Jean-René Fourtou décide de délocaliser ces opérations et de les confier aux pays qui les accepteront : La Norvège, l’Inde et la Chine sont sur les rangs. La Norvège va vite se révéler la plus chère et Rhône Poulenc, devenu Rhodia, va s’engager dans un partenariat à long terme avec la Chine, bien évidemment la moins chère, et qui se moque bien de la très grave pollution entraînée et encore plus des protestations de ceux qui la subissent. Ainsi donc, la France abandonne sa position dominante sur ce secteur capital des terres rares essentielles à tous les produits de pointe pour renforcer celle de la Chine qui va rapidement se retrouver en ce domaine en position de quasi-monopole, avec tous les risques de chantage que cela permet.

1 01 1995                     L’Autriche, la Finlande et la Suède entrent dans l’Union Européenne. Cette dernière a soumis cette entrée à référendum le 13 11 1994 : 52,2 % de Oui pour une participation  de 82,4 % des inscrits. Les pays membres sont au nombre de 15.

2 01 1995                 La mine de Tower Colliery, au Pays de Galles, est fermée depuis avril 1994. 239 actionnaires salariés en prennent possession en y investissant chacun 8000 livres d’indemnité. Et ça marche, les bénéfices viendront dès la première année ; les effectifs passeront rapidement à 400 personnes. C’est une coopérative au fonctionnement  très démocratique.

12 01 1995                   82 % des chômeurs indemnisés touchent moins de 5 000 F / mois.

17 01 1995                 François Mitterrand consacre son dernier grand discours à Strasbourg pour la présentation de la présidence française au Parlement Européen, à la construction européenne et aux dangers du nationalisme.

Il se trouve que les hasards de la vie, ont voulu que je naisse pendant la première guerre mondiale et que je fasse la seconde. J’ai donc vécu mon enfance dans l’ambiance de familles déchirées qui toutes pleuraient des morts et qui entretenaient une rancune et parfois une haine contre l’ennemi de la veille. L’ennemi traditionnel ! Mais, Mesdames et Messieurs, nous en avons changé de siècle en siècle ! Les traditions ont toujours changé. J’ai déjà eu l’occasion de vous dire que la France avait combattu tous les pays d’Europe, à l’exception du Danemark, on se demande pourquoi ! Mais, ma génération achève son cours, ce sont ses derniers actes, c’est l’un de mes derniers actes publics. Il faut donc absolument transmettre. Vous êtes vous-mêmes nombreux à garder l’enseignement de vos pères, à avoir éprouvé les blessures de vos pays, à avoir connu le chagrin, la douleur des séparations, la présence de la mort, tout simplement par l’inimitié des hommes d’Europe entre eux. Il faut transmettre, non pas cette haine, mais au contraire la chance des réconciliations que nous devons, il faut le dire, à ceux qui dès 1944-1945, eux-mêmes ensanglantés, déchirés dans leur vie personnelle le plus souvent, ont eu l’audace de concevoir ce que pourrait être un avenir plus radieux qui serait fondé sur la réconciliation et sur la paix. C’est ce que nous avons fait.

Je n’ai pas acquis ma propre conviction comme cela, par hasard. Je ne l’ai pas acquise dans les camps allemands où j’étais prisonnier, ou dans un pays qui était lui-même occupé comme beaucoup. Mais je me souviens que dans une famille où l’on pratiquait des vertus d’humanité et de bienveillance, tout de même, lorsque l’on pratiquait des Allemands, on en parlait avec animosité.

Je m’en suis rendu compte, lorsque j’étais prisonnier, en cours d’évasion. J’ai rencontré des Allemands et puis j’ai vécu quelques temps en Bad-Wurtemberg dans une prison, et les gens qui étaient là, les Allemands avec lesquels je parlais, je me suis aperçu qu’ils aimaient mieux la France que nous n’aimions l’Allemagne. Je dis cela sans vouloir accabler mon pays, qui n’est pas le plus nationaliste loin de là, mais pour faire comprendre que chacun a vu le monde de l’endroit où il se trouvait, et ce point de vue était généralement déformant. Il faut vaincre ses préjugés.

Ce que je vous demande là est presque impossible, car il faut vaincre notre histoire et pourtant si on ne la vainc pas, il faut savoir qu’une règle s’imposera, Mesdames et Messieurs : le nationalisme, c’est la guerre ! La guerre ce n’est pas seulement le passé, cela peut être notre avenir, et c’est vous, Mesdames et Messieurs les députés, qui êtes désormais les gardiens de notre paix, de notre sécurité et de cet avenir !

Ainsi donc, s’il faut en croire le chef de l’État, le nationalisme serait la guerre. Mais comment donc cet homme aura-t-il fait pour être aussi moderne, jusqu’à bien mouiller sa chemise dans la réalisation de la pyramide du Louvre par Peï, quand il n’aura été tout au long de sa très longue carrière qu’un homme du passé ? Car dire que le nationalisme c’est la guerre est aussi stupide que de dire le sexe, c’est la pornographie, c’est la prostitution, c’est le maquereautage, c’est sale et donc rejetons-le. Revient en mémoire le très moyenâgeux : Les mamelles de la femme sont les forteresses de Satan. C’est le chauvinisme qui est au nationalisme ce que la pornographie est à l’amour.

Le nationalisme n’est pas un choix politique, c’est simplement le constat qu’une bonne partie de notre identité vient de notre environnement familial, géographique, climatique, culturel, intellectuel  etc… et qu’il est parfaitement stupide de nier cette réalité. C’est de l’ordre de l’incantation, rien de plus. Qu’il soit essentiel de faire coexister cette réalité avec des valeurs de tolérance, de respect et d’écoute des différences, des autres cultures, est un autre problème.

Il est parfaitement stupide de faire l’amalgame par exemple entre une foule de 30, 40 000 Estoniens  chantant leur hymne national – La patrie est mon amour –  jusqu’à faire taire la fanfare soviétique, – cela s’est vu dans les années 1980 – et des travées de supporters de foot hurlant pendant deux heures pour soutenir leur équipe. Dans les deux cas, il s’agit bien de nationalisme, qui inclut le chauvinisme dans sa plus mauvaise version. L’amour, ce peut être la pornographie, ce peut être la prostitution mais si l’on verse dans l’amalgame, on en vient à dire rapidement que ce n’est que cela, c’est-à-dire qu’on marche dans les pas de tous les Tartuffes, les durs à jouir, les grenouilles de bénitier qui ont pourri la vie de tous ceux qui ont eu la faiblesse de les suivre, pendant des siècles : c’est là une pensée régressive, et, on le voit, elle peut s’exercer aussi envers le nationalisme. Et donc, il peut être utile de réfléchir un peu avant d’asséner des contre vérités. S’il est évident que le nationalisme des revanchards de 1870 porte une énorme responsabilité dans la guerre de 14-18, où en serait le nazisme s’il n’avait pas trouvé en face de lui d’autres nationalismes que le sien pour le défaire ?

Comment peut-on souhaiter que disparaisse cette réalité fondamentale, si fondamentale qu’elle se manifeste dans ce qui est le propre de l’homme, le rire ? Si les voyages facilitent la tolérance, ils apprennent aussi les identités, qui se reconnaissent dans l’humour. Combien diffèrent les situations provoquant le rire selon les pays ? Allez donc diffuser un même spot publicitaire dans tous les pays de l’Europe : le flop est assuré, dans la plupart des pays sauf celui d’origine. On ne rit pas des mêmes choses, des mêmes situations.

Tant que les gens de gauche se refuseront à prendre en compte la complexité de cette question du nationalisme, ils amèneront au Front National tous ceux qui se refusent à le remplacer par l’insipidité des hôtels internationaux, de la musique d’ascenseur et de la littérature de gratuit qui ne collecte que des dépêches d’agence de presse, tous ceux qui préfèrent l’odeur d’un terroir à celle du quartier de la Défense, une fin d’après-midi dans la lumière du Languedoc en hiver à un concert de musique contemporaine dans une salle aseptisée etc etc… Le citoyen européen est aseptisé, incolore, inodore et sans saveur et tant qu’il le sera, les droites nationalistes fleuriront. Quelle est donc cette paresse intellectuelle qui a fait des valeurs d’un terroir le repoussoir de la gauche ?

Frondeur, fraudeur, rouspé­teur, resquilleur, individualiste, indiscipliné, égotiste, égoïste, tous pour moi et moi pour moi, tel est notre tempérament, telle est notre ascendance gauloise, tel est notre art de vivre. On est français, nom de Dieu!

Quand être français signifie penser par soi-même, se dégager du conformisme ambiant, n’accepter une règle qu’après en avoir vérifié le bien-fondé, laisser son voisin vivre à sa guise sans l’épier ni le dénigrer, n’écouter jamais que d’une oreille critique les grands sermons de nos chefs, jouir de la vie sans rien demander aux moralistes, se nourrir d’une histoire et d’une culture auxquelles on est attaché, cette identité, nationale ou pas, est assurément la mienne.

Mais il existe aussi cette face sombre du tempérament français. Ce n’est plus Figaro, Scapin, Cyrano, mais la triche, la goujaterie, le parasitisme. La tentation est grande de lier les deux comme l’avers et l’envers d’une médaille. Remettre en cause nos travers reviendrait à dénigrer notre identité même. On pourrait ainsi légitimer ou à tout le moins excuser, sous couvert de fierté nationale, cet incivisme que dénoncent nos économistes. Le Français, qu’on se le dise, ne serait pas à réinventer, il se prendrait tel quel.

Imposture que tout cela! Sommes-nous moins français depuis que nous n’enfumons plus nos voisins, depuis que nous ne conduisons plus n’importe comment, que nous commençons à trier nos ordures ? Notre art de vivre serait-il altéré si la fraude fiscale cessait d’être un sport national, si les espaces de loisirs n’étaient pas jonchés de détritus au petit matin? Si chaque salarié cotisait à son syndicat plutôt que d’en attendre les services sans rien donner en échange ?

La France a la tête au nord et les pieds au sud. Grand merci à la géographie! Nous mêlons la rigueur, la raison des pays nordiques, et la chaleur, la fantaisie des pays méditer­ranéens. Le cocktail idéal auquel tous les peuples ont envie de goûter. Mais, peu à peu, nous avons pris le pire d’un côté comme de l’autre.

François de Closets                    Le Divorce français     Fayard 2008

Il y a quelque chose qui m’a frappé dans l’autobiographie de Jung. A un moment donné, il rencontre un spécialiste de la Chine qui était resté quinze ou vingt ans en Chine et était devenu tout à fait chinois. Revenu ensuite à Francfort comme professeur de littérature chinoise, il était à ce moment tout à fait à son aise dans la civilisation européenne, car il avait nettement rompu avec la Chine. Mais il était heureux quand il restait chinois et qu’il donnait son cours en chinois. Deux ou trois ans après, Jung le rencontre, il a l’impression de se trouver devant un être désintégré ou en train de se désintégrer, et il lui dit : Pourquoi ne rentrez-vous pas tout de suite en Chine ? Six mois plus tard, on apprenait que ce sinologue n’était pas rentré en Chine mais à l’hôpital psychiatrique. C’est exactement ce genre d’expérience dont j’ai eu peur. Souvent, je me suis dit devant telle ou telle personne : il y a là une inadaptation qui ne peut finir que par un drame. Je me suis senti terriblement en prise directe avec ces gens.

Georges Simenon      Entretien avec Médecine et hygiène, 1968.

18 01 1995                   Séisme à Kobé (Japon) d’une magnitude de 7,2 : 2 000 morts.

20 01 1995              Jacques Delors quitte la présidence de la Commission des communautés  européennes de Bruxelles : il est remplacé par Jacques Santer, du Luxembourg. Il était de son temps et aura eu du mal à s’en affranchir : le patriotisme sera resté pour lui synonyme de guerre et il ne voudra pas en entendre parler pour l’Europe : ce faisant il ne se rendait pas compte qu’il mettait en place le revers de la médaille : une bureaucratie toute puissante et sans âme.

30 01 1995                   Attentat à Alger : 38 morts, 258 blessés.

3 02 1995                 Le nombre de spermatozoïdes dans un volume constant diminue régulièrement de 1 % par an depuis 50 ans, 2 % dans certaines régions, ce qui laisse penser que le déclin dépend de la zone géographique, estime le professeur Bernard Jegou, de l’Inserm.

10 03 1995                   La secte Aoun commet un attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo : 12 morts, 5 500 blessés. Il n’est pas vraiment étonnant qu’une telle ville génère de la folie à forte dose :

Existe-t-il pire séisme, que celui, constant de Tokyo, ville-prison d’espace et de bruit ? (à quoi condamne -t-on, entre quatre murs, un détenu ou un pensionnaire ? A la privation de paysage et aux écritures sur la prison de la geôle : comme nous, enchaînés devant les affiches). Géante, sans aucune lacune, la clameur des camions et des voitures, des métros, des trains à grande vitesse, des chantiers, grues, excavateurs, sifflets, marteaux-piqueurs… avions, hélicoptères, sirènes, musique et ventilateurs, l’entassement sans harmonie d’immeubles que l’arrogance des compagnies riches fait bâtir hauts, lourds et enracinés au plus profond du sol, comme si elle voulait enchaîner les frémissements de la terre, la puanteur des gaz, des résidus et des rejets, les atroces publicités au néon hideux, véhémentement hurlantes de coloris horrifiants dès la nuit venue, la rumeur d’autant plus silencieuse de la foule hébétée de travail et de déplacements interminables, aux visages volontairement inexpressifs de se trouver irrémédiablement plongés, emprisonnés dans un enfer pire que celui de tous les supplices, sans aucune ouverture qu’inacessiblement lointaine vers la terre brune et verte, ces rumeurs insensées dont la puissance interdit l’ouïe et l’advenue du verbe assourdissent de leur tintamarre et bouchent de leur clôture l’angoisse dont la permanence prégnance attend les prochaines quarante secondes d’un tellurique râle dont l’intensité brutale avalera jusqu’à Yokohama, cela… si contraire aux paradis sereins où les bouquets de pierre se lèvent de la Terre crevassée, comme si les anciens Japonais en voulaient apaiser les colères subites.

[…]    Comment se fait-il qu’un peuple aussi fin et cultivé, qui a su depuis aussi longtemps conquérir sur cette jungle, enfer vert aussi proche, partout dense, répandu et menaçant, des paradis aussi sereins que ces vallons d’éternité agraire suspendue, ait pu, un jour fatal d’égarement et de colère, tolérer l’inondation soudaine de la laideur industrielle, des hurlement aveuglants de la publicité, de la vulgarité des affiches et de la sottise des villes infernales à l’occidentale ? 

Michel Serres           Nouvelles du monde     Flammarion 1997

1 05 1995                    Brahim Bouarram, un Marocain de trente ans, père de deux enfants, est poussé dans la Seine à proximité du pont du Carrousel à Paris, par Mickaël Freminet, pas encore 19 ans, entouré de militants provenant des rangs de la manifestation annuelle du Front national en l’honneur de Jeanne d’Arc. Brahim Bouarram ne sait pas nager, le fleuve est en crue et le courant assez fort : il se noie. L’agression n’est pas seulement raciste, elle est aussi homophobe, à un endroit des quais de Seine connu pour être un lieu de rencontres homosexuelles. Jean-Marie Le Pen, qui qualifie l’événement d’accident, déclare peu de temps après : Je regrette qu’un malheureux se soit noyé, mais dans une agglomération de 10 millions d’habitants, ce genre de fait divers peut toujours se produire, ou même être créé à volonté. François Mitterrand, encore président de la République – on est entre les deux tours, Chirac-  Jospin – viendra se recueillir sur les lieux le 3 mai au cours d’une manifestation regroupant 12 000 personnes. Mickaël Freminet, sera condamné le 15 mai 1998 par la Cour d’assises de Paris à huit ans de prison ferme.

10 05 1995                  Jacques Chirac succède à Mitterrand à la présidence de la République.

Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent.

Jacques Chirac           22 février 1988, l’original étant du fait du petit père Queuille.

Ce dernier s’était hissé au premier rang en matière de cynisme : La politique, ce n’est pas résoudre les problèmes, c’est faire taire ceux qui les posent.

Très rapidement, il prendra le contre pied de ce dernier sur le conflit dans l’ex Yougoslavie  [Mitterrand : il ne faut pas ajouter la guerre à la guerre] en dépêchant la force d’action rapide, en poussant l’OTAN à des représailles sérieuses contre les Serbes ; de leur coté, les Américains ont armé la Croatie, et les offensives croates et bosniaques contre les Serbes sont un succès quasiment inespéré. Les Serbes de Belgrade et surtout ceux de Bosnie seront rapidement poussés vers la table de négociation à  Dayton, où ils finiront par signer des accords… qui finiront peut être un jour par  être respectés. Un an plus tard, les forces de l’ONU  s’opposeront toujours aux réticences locales à accepter des règles qui ne sont pas leurs et Hans Koschnik, envoyé spécial de l’Union Européenne à Mostar, fera part de son sentiment à Jean Ziegler, l’empêcheur suisse de tourner en rond :

Je ne vois aucun espoir pour une solution négociée : ce n’est pas chez Tudjman, au palais présidentiel de Zagreb, mais à Santa Cruz, en Bolivie que se prennent les décisions. […] Les Oustachis boliviens financent les milices croates de Mostar. Sur le marché mondial des armes, ils achètent les canons les plus modernes, les mitrailleuses et les mortiers les plus performants. […] Ils achèvent les blessés, tirent sur les quartiers où se terrent les femmes et les enfants – ce sont des sauvages -. […] Leur fanatisme est imperméable à tout raisonnement. Ils sont racistes, animés par la furie d’un autre âge. Ils n’acceptent aucun interlocuteur [] Ante Paveli est leur héros. Son image est partout.

[…]  Des centaines de jeunes oustachis boliviens traversent l’Atlantique durant leurs vacances […] Ils viennent sur les bords de la Neretva pour pratiquer la chasse au musulman […]. Si les Américains ne raisonnent pas les oustachis de Santa Cruz, aucune paix n’est possible à Mostar.

24 06 1995                  L’Afrique du Sud remporte la coupe du monde de rugby. À Johannesburg, Nelson Mandela félicite François Pienaar, le capitaine des Springboks. L’homme avait la trempe pour se planter bien droit au-delà de la haine.

Nelson Mandela, le vieux magicien, élu chef de l’État l’année précédente, triomphait. Contre l’avis des pontes de son parti, contre l’opinion de ses amis les plus proches et de ses propres enfants, tous révulsés à l’idée de soutenir une équipe alors perçue comme l’incarnation de l’oppression blanche, Nelson Mandela avait osé et il avait gagné.

Patrice Claude. Le Monde magazine 12 06 2010

été 1995                 Jacques Chirac décide d’effectuer  encore 8 à 10 essais nucléaires sous marins à Muruora et Fangatofa : là encore se déchaîne le tintamarre médiatique, tout autour du monde… qui montrera tout de même ses limites quand il n’est pas suivi  par le politique : tous les boycotts annoncés contre la France seront  sans grande conséquence.

12 07 1995                  Henri Jacques Le Même, architecte à Megève,  est quasiment centenaire : la soif de reconnaissance et d’honneurs est pour lui la meilleure médecine ; bien sûr, il ne construit plus, mais  la consécration suprême serait de voir sa propre maison reconnue nationalement : il fait le nécessaire, adresse sa demande … et obtient son inscription à l’inventaire des Monuments  Historiques !

La procédure d’inscription ou de classement à l’inventaire des Monuments Historiques commence par une demande de protection du propriétaire adressée au Conservatoire des Monuments Historiques, lequel présente un dossier à une commission régionale présidée par le préfet de région ou son représentant (le plus souvent,  le directeur de la DRAC) ; la commission rend un avis, suivi d’un arrêté si l’avis est favorable, le tout se faisant sous couvert du ministère de la Culture.

L’inscription est un label différent du classement, disons moins prestigieux : l’intervention financière de l’État en cas de travaux y est moindre, le propriétaire est libre de choisir son entreprise… etc

Cette distinction majeure – qui n’est autre qu’un certificat de complaisance – accordée à la maison de Le Même illustre bien les pratiques publiques aujourd’hui en vigueur et l’on n’est pas loin de la République des copains et des coquins. Car cette maison est au mieux  une incongruité, un péché de jeunesse et au pire une vilaine verrue, Dieu merci bien cachée par des épicéas – la grande verrue étant le Home de l’EDF, sur la route du Mont d’Arbois ;  les bâtisses de ce type sont légion dans toutes les banlieues bourgeoises  de nos grandes villes – .

Le Même en personne en convient : lorsque j’arrivai à Megève, j’étais évidemment sous l’influence de Le Corbusier dont je venais de lire le célèbre ouvrage Vers une architecture nouvelle récemment paru.. Pour ma propre maison, il me semblait donc logique de choisir la solution de la toiture terrasse en cuvette préconisée par Le Corbusier dans son Almanach d’Architecture Moderne ; l’auteur y précise que cette disposition avec évacuation des eaux pluviales par des descentes intérieures est bien supérieure aux toitures traditionnelles au bas desquelles la neige devient glace et provoque des infiltrations.

Françoise Véry et Pierre Saddy.      H.J. Le Même, architecte à Megève.

Le Même mit quelques années pour abandonner cette innovation, le temps de réaliser qu’il était préférable d’avoir un tas de neige même parfois gelé sur deux cotés d’une maison plutôt que d’avoir à changer régulièrement des gouttières éclatées par le gel. Mais, puisqu’il faut voir du génie dans de simples erreurs parfaitement humaines, le Ministère de la Culture, et plus précisément la Commission [3] Régionale de protection du patrimoine historique, archéologique et ethnologique  parlera du caractère exemplaire de son architecture très représentative du mouvement moderne qui s’implante partout en France au début du siècle, mais avec réticence en montagne. La maison de H.J. LE MEME est également le témoin rare et irremplaçable du démarrage de la station mégevanne.

On peut avoir une préférence marquée pour l’opinion d’Albert Laprade, architecte en chef des Bâtiments Civils et Palais Nationaux, qui préfère s’attarder sur l’œuvre de l’architecte qui s’est trouvé, quelques années après son arrivée à Megève, en créant un style qui a sa propre logique, sans être le plagiat du chalet suisse, lui-même contre façon fleurie, trop fleurie de la ferme traditionnelle, qui cherche à faire joli en faisant faux vieux. Et Laprade préfère passer sous silence les premiers témoins de la modernité de Le Même : sa propre maison en 1929, le collège Le Hameau devenu Home de l’EDF en 1931-33,  l’hôtel Albert I° en 1929-30, qui deviendra le Casino jusqu’en 1997.

MEGEVE, Ville d’Art

Megève (au joli nom) est une ville bénie. Une aimable fée a déposé sur ce berceau du ski avec d’autres bonnes surprises, un don surprenant : le Goût. Chance vraiment extraordinaire en un temps où n’importe qui peut faire n’importe quoi n’importe où, en un temps où de mauvaises fées accumulent partout des transformateurs et des urinoirs au chevet des vieilles églises, où l’on détruit tout ce qui faisait le charme de nos villages savoyards. De même qu’une vilaine cravate  suffit pour rendre inutile le luxe d’un beau costume, une vilaine construction peut gâcher le plus beau des paysages.

A Megève, par une chance singulière, nous avons vu construire, il y a vingt cinq ans, un chalet ravissant par un tout jeune architecte, puis trois autres tout aussi jolis l’année suivante, puis dix autres chaque année, pleins de séduction, reflétant les caprices de chacune des belles et heureuses propriétaires. Et finalement nous avons maintenant une ville étonnante, unique au monde, où se juxtaposent, comme fleurs dans un bouquet, des maisons pleines de diversité et de couleur. Elles créent une incontestable ambiance d’euphorie. Pour toute personne cultivée et sensible à la beauté, c’est même une joie de se promener dans Megève le nez  en l’air, à la découverte, comme on le fait à San Giminiano, à Santillana del Mare, à Riquewihr ou à Sarlat, découvrant des maisons toutes plus jolies les unes que les autres, et pleines de détails exquis. Ici, c’est une charpente, un volet, une porte, là une balustrade, une rampe, une clôture, le tout nouveau, curieux, spirituel, de haute qualité. On en demeure, comme disait La Bruyère, étonné et ravi. C’est chose si rare que cette beauté répandue à pleines mains pour le plaisir des passants. On peut faire le tour du monde, visiter tous les hauts lieux des sports d’hiver, il n’existe pas l’équivalent. C’est pourquoi tous les jeunes architectes de Suisse, de Norvège, d’Autriche, de Finlande, d’Allemagne ou d’Amérique, particulièrement intéressés par l’utilisation du bois, ont les yeux tournés vers Megève.

Goethe répétait souvent en phrases poétiques qu’il est des villes, aux nobles architectures, où les habitants, pendant le jour le plus ordinaire, se sentent dans un état idéal. Sans y réfléchir, sans s’informer de la cause, ils goûtent la plus haute jouissance. Alors que dans d’autres villes, bâties sans art, on vit dans un état de vide et de tristesse.

Il est incontestable que Megève, grâce à ses constructions, ses chalets, ses hôtels, ses bars si pleins de fantaisie, est un cadre gai. Or la gaîeté est le complément indispensable du ski, pour se maintenir en bonne santé. Et comme la bonne santé est un des éléments essentiels du Bonheur, disons que Megève, ville d’art, est une sorte de Paradis retrouvé.

Albert Laprade. Le Ski N° 137. 15 Décembre 1955.

Si Laprade ne mentionne pas le nom de Le Même, c’est tout simplement qu’à cette époque, on avait le souci de respecter la réglementation qui stipule que la publicité est interdite aux architectes, mais il est évident qu’il ne veut parler que de Le Même : tous les chalets dont la photo illustre cet article sont de Le Même.

18 10 1995               Bernard Borrel, 40 ans, est magistrat en coopération auprès du ministère de la Justice de Djibouti : il est retrouvé mort le lendemain matin. La thèse du suicide sera privilégiée constamment par les autorités djiboutiennes, suivies par le gouvernement français. Il faudra toute l’obstination de sa femme Élisabeth, elle-même magistrate, pour que l’affaire, sept ans plus tard, soit à nouveau examinée après l’apport de preuves d’un assassinat. Radiographies et objets personnels ont disparu. Fin 2006, on en était encore à lancer des mandats d’arrêt, contre le procureur général de la République de Djibouti, contre le chef des services secrets djiboutiens, et contre les deux présumés assassins.

10 1995                        Les Suisses Michel Mayor et Didier Queloz découvrent la première exoplanète en orbite autour d’une étoile similaire au Soleil : 51 Pegasi b.

Une exoplanète est une planète située en dehors du système solaire […]            Ce n’est que dans les années 1990 que les premières exoplanètes sont détectées, de manière indirecte, puis, depuis 2008, de manière directe. La plupart des exoplanètes découvertes à ce jour orbitent autour d’étoiles situées à moins de 400 années-lumière du Système solaire. Au 23 janvier, 1 935 exoplanètes ont été confirmées dans 1 109 systèmes planétaires, dont 1 212 dans 482 systèmes planétaires multiples. Plusieurs milliers d’exoplanètes supplémentaires découvertes au moyen de télescopes terrestres ou d’observatoires spatiaux, dont Kepler, sont en attente de confirmation. En extrapolant à partir des découvertes déjà effectuées, il existerait au moins 100 milliards de planètes rien que dans notre galaxie.

Wikipedia

www.exoplanet.eu

4 11 1995                       Assassinat d’Yitzhak Rabin, premier ministre d’Israël.

11 11 1995                 Alain Juppé, premier ministre,  annonce un train de réformes sur les retraites et la Sécurité Sociale :

  • allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 annuités pour les salariés de la fonction publique. Cette mesure avait déjà été décidée pour les travailleurs du secteur privé lors de la réforme Balladur des retraites en 1993.
  • une loi annuelle de la Sécurité sociale fixera les objectifs de progression des dépenses maladies et envisagera la mise en place de sanctions pour les médecins qui dépassent cet objectif.
  • accroissement des frais d’hôpital et restrictions sur les médicaments remboursables.
  • blocage et imposition des allocations familiales, et augmentation des cotisations maladie pour les retraités et les chômeurs.

Tout de suite, Françoise Giroud saluera l’événement d’une belle salve : GOUVERNER, ENFIN !

Mais, presque dans le même temps, la totalité de la fonction publique et une bonne partie du secteur privé descendront dans la rue, le grand troupeau de tous les braillards se mettra en branle… qui finira par obtenir le retrait du projet, à l’exception du plan concernant directement la Sécurité Sociale. On comptera deux millions de manifestants le 12 décembre. Au total, 6 millions de jours de grève, 4 pour le publique, 2 pour le privé.

Quand, durant la campagne des présidentielles, Jacques Chirac parlait de réformes visant à réduire la fracture sociale, les Français comprenaient qu’ils allaient être noyés sous une pluie de subventions. Les réformes qui visent une réduction des déficits publics ou des déficits sociaux, ils ne les comprennent pas du tout.

Jean François Revel       L’Express       15 février 1996

La leçon est claire : le pouvoir peut jouer avec les 70 % de Français relevant du régime général, il doit craindre les 20 % qui relèvent de la fonction publique et doit s’abstenir face aux 5 % qui jouissent de situations privilégiées.

François De Closets    Maintenant ou jamais   Fayard 2013

11 1995                           Authentique dialogue sur les ondes maritimes, au large de Terre-Neuve :

  • Américains : Veuillez dévier votre route du 15° nord pour éviter une collision. À vous.
  • Canadiens : Veuillez plutôt dévier VOTRE route de 15° sud pour éviter une collision. À vous.
  • Américains : Ici le capitaine d’un navire des forces navales américaines. Je répète : veuillez modifier votre course. À vous.
  • Canadiens : Non, veuillez, VOUS, dévier votre course, je vous prie. À vous.
  • Américains : ICI C’EST LE PORTE-AVIONS USS LINCOLN, LE SECOND NAVIRE EN IMPORTANCE DE LA FLOTTE NAVALE DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE. NOUS SOMMES ACCOMPAGNES PAR TROIS DESTROYERS, TROIS CROISEURS ET UN NOMBRE IMPORTANT DE NAVIRES D’ESCORTE. JE VOUS DEMANDE DE DÉVIER VOTRE ROUTE DE 15°NORD OU DES MESURES CONTRAIGNANTES VONT ÊTRE PRISES POUR ASSURER LA SÉCURITÉ DE NOTRE NAVIRE. À VOUS.
  • Canadiens : Ici, c’est un phare. À vous.
  • Américains : Silence.

4 12 1995                     Accident dans le lit du Drac, à l’est de Grenoble, sur le site de la Rivoire : un lâcher d’eau d’un barrage EDF  surprend des élèves en ballade, munies des  autorisations nécessaires de la ville : 7 noyés. Procès interminable qui se conclura en 1998, par des condamnations avec sursis : 2 ans et 30 000 F d’amende pour Véronique Rostaing, l’institutrice qui accompagnait les enfants, 18 mois et 10 000 F d’amende pour la directrice de l’école, un an pour 3 responsables EDF avec dispense d’inscription au casier judiciaire, 500 000 F d’amende pour la ville de Grenoble. L’inspectrice d’académie de l’Isère et l’inspectrice de l’Éducation Nationale ayant autorisé la sortie ont été relaxées. Personne, même pas les familles des victimes, ne dira la vérité, à savoir que le jour de l’accident et les précédents, la direction de l’EDF était aux prises avec un gros conflit  syndical, et les grévistes de la centrale de St Georges de Commiers, pour ne pas être pris en défaut de refus de travailler par la direction, avaient procédé à un lâcher d’eau sauvage, donc, non annoncé. Ainsi, le niveau de la retenue d’eau baissait, et on ne pouvait faire tourner la centrale. EDF assure qu’un fax aurait été envoyé le 30 novembre aux communes riveraines, annonçant un lâcher.

21 12 1995                  Le Norvégien Borge Ousland, 32 ans, atteint le pôle sud en solitaire et sans ravitaillement en 43 jours pour parcourir 1 400 km depuis l’île Berkner, au sud-est de l’Argentine. Il a eu une progression moyenne deux fois plus rapide que dans l’Arctique : 44 km par jour contre 21 dans l’Arctique. Grâce à sa voile parachute, il a pu parcourir une fois 226 km en 16 heures, dans le Ross Shelf. Il épousera Hege  au pôle nord en avril 2012, avec champagne et cérémonie luthérienne par – 23°.

10 1995                        Les Suisses Michel Mayor et Didier Queloz découvrent la première exoplanète en orbite autour d’une étoile similaire au Soleil : 51 Pegasi b.

Une exoplanète est une planète située en dehors du système solaire […]            Ce n’est que dans les années 1990 que les premières exoplanètes sont détectées, de manière indirecte, puis, depuis 2008, de manière directe. La plupart des exoplanètes découvertes à ce jour orbitent autour d’étoiles situées à moins de 400 années-lumière du Système solaire. Au 23 janvier, 1 935 exoplanètes ont été confirmées dans 1 109 systèmes planétaires, dont 1 212 dans 482 systèmes planétaires multiples. Plusieurs milliers d’exoplanètes supplémentaires découvertes au moyen de télescopes terrestres ou d’observatoires spatiaux, dont Kepler, sont en attente de confirmation. En extrapolant à partir des découvertes déjà effectuées, il existerait au moins 100 milliards de planètes rien que dans notre galaxie.

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12 1995                        Le Temple Solaire procède à une nouvelle hécatombe collective dans le Vercors : 16 morts, tués par balle puis brûlés au lance-flamme : parmi eux les femme et fils d’Alain Vuarnet, médaillé d’or de la descente de ski des Jeux de Squaw Valley en 1960.

1995                             Inauguration de la TGB : Très Grande Bibliothèque, de Dominique Perrault, et de la Cathédrale d’Évry, du Suisse Mario Botta.  Dominique Perrault signera un must de ce que l’esprit français peut faire de mieux en matière d’insupportable : une insulte constante au sens pratique, la dictature d’une esthétique qu’il aurait été préférable de réserver aux monuments aux morts ; la TGB mettra des mois pour trouver son régime de croisière.

Hubert Astier est nommé à la tête du tout nouvel Établissement public du musée et du domaine national de Versailles. La gestion du château jusqu’alors dépendait de plusieurs autorités ; il  accueille 10 M de visiteurs par an. Le parlement occupe à son usage exclusif  20 000 m² de bâti… situation à laquelle il sera mis fin en 2005. Le château n’est pas gâté par l’État qui lui accorde beaucoup moins de subventions qu’au Louvre, mais peut être ce dernier était-il las de voir les responsables de sa gestion faire preuve d’aussi peu de dynamisme : s’il n’y avait pas de poussière sur les statues, il y en avait  beaucoup dans les têtes : cafétéria insuffisante, refus de tournage pour beaucoup de films, coût d’entretien prohibitif, dû en partie à une conception sclérosée du maintien du patrimoine : même les canalisations souterraines sont renouvelées dans leur métal d’origine : le plomb…etc…etc… La tempête de décembre 99 accélérera les réformes, et, finalement, à partir du 30 mars 2002, 80 ha du parc (sur les 900 de la totalité du domaine) deviendront payants, à 3 € l’entrée : les 3 millions d’ Euros que coûte annuellement l’entretien de ces jardins imposaient cette mesure.

Relevé du Phare d’Alexandrie : le fort mamelouk de Qaïtbay était menacé par l’érosion et la construction d’un brise lames avait été envisagée, ce qui signifiait des tonnes et des tonnes de béton immergées à un endroit où bien des gens savaient qu’il y  avait énormément de vestiges : une cinéaste égyptienne, Afma El Bakri,  parvint à faire annuler ces travaux et une mission de sauvetage fut confiée à Jean Yves Empereur : 2 000 pièces auraient été repérées à ce jour. Le Phare d’Alexandrie, 7° merveille du monde fut érigé sur l’île de Pharos en -285 av. J.C. Il mesurait au moins 100 m de haut ; l’architecte en était Sostrate de Cride. 66 ans après la construction, la statue sommitale s’écroula ; en l’an 365, ce fut au tour du dernier étage et  vers 1300 , un séisme l’acheva. En mai 1998, une statue de Ptolémée, datant probablement de la construction du phare, à laquelle manquent les jambes, (elle mesure malgré tout 10 m)  sera acheminée à Paris, à l’entré du Petit Palais, pour signaler l’exposition  La Gloire d’Alexandrie, l’Égypte d’Alexandre à Cléopâtre.

*****

Il y a des jours où l’on se sent si mal que l’on a envie d’aller à la gare de l’Est, voir si la guerre n’a pas été déclarée.

Yvan Audouard.

Yvan Audouard  est suffisamment bien assis dans la société française pour ne pas aller voir plus loin que la gare de l’Est quand il est mal… mais le désespoir conduit à la mort un nombre de personnes tous les ans plus élevé : en 1996, 11 280 personnes  se sont suicidées  (3 000 de plus qu’en 1975) et 150 000 ont tenté de le faire. En excluant la Chine et bon nombre de républiques de l’ex URSS, la France se place avec un chiffre de 20 suicides pour 100 000 habitants derrière la Lituanie (42/100 000), l’Estonie, la Russie, la Lettonie, Hongrie, Sri Lanka, Kazakhstan, Biélorussie, Slovénie, Finlande (24/100 000). C’est la tranche des 30 – 45 ans composée aux 2 / 3  de personnes inoccupées (dont évidemment une très forte proportion de chômeurs) qui voit la plus forte augmentation. Dans la tranche d’âge  25- 49 ans, on dénombre six fois plus de suicides parmi les ouvriers que parmi les intellectuels. En 1950, le suicide des 25 -29 ans représentait 4 %  des décès. Il en représente aujourd’hui 20 %. Mais même lié au chômage, ce drame social ne peut  s’y réduire : avec un taux de chômage deux fois plus élevé, l’Espagne connaît trois fois moins de suicides…

Internet poursuit sa croissance endiablée, quand le Minitel, tour d’ivoire tricolore, s’est laissé enfermer dans les conceptions politiques françaises : centralisation, péage etc… après avoir essuyé, il est vrai, aux États-Unis les mêmes tirs de barrage que le Concorde. Le nombre des sites Web double tous les trois mois ; Microsoft, et accessoirement Apple, font la guerre à Netscape pour attirer sur leurs logiciels un maximum  d’Internautes. On compte 70 millions d’utilisateurs, dont 60 % américains,  4 millions d’ordinateurs branchés (dont 200 000 pour la France).  L’objectif du vice-président américain Al Gore, devenu le véritable président de la Cité Numérique de son pays – est de raccorder à Internet, d’ici à l’an 2000, 90% des foyers de ses compatriotes… En France, moins de 1% des foyers sont aujourd’hui connectés, ce qui nous place au 14° ou 15° rang mondial. Notre État jacobin est dramatiquement aveugle à cette évolution ; par contre bon nombre de maires ont pris conscience de ces données nouvelles et font entrer leur ville dans l’âge numérique.

Si la tendance continue, si les projections tiennent, nous pourrions avoir de 180 à 200 millions d’ordinateurs sur le réseau à la fin de l’an 2000. Aujourd’hui, on compte 3,5 utilisateurs par ordinateur et dans les années qui viennent ce chiffre passera plutôt à 1,5. Cela signifie environ 300 millions d’utilisateurs en l’an 2000

Vinton Cerf, 1995

Au milieu de la vague de privatisations des biens de l’État russe par distribution de parts (vouchers) aux habitants puis ventes aux enchères, Khodorkovski rachète le groupe Ioukos pour 360 millions de dollars lors d’une vente critiquée : les deux seuls acheteurs ayant été autorisés par le pouvoir de Boris Eltsine à participer aux enchères étaient des compagnies détenues à 51 % par la Menatep, banque alors dirigée par Khodorkovski. Presque vingt ans plus tard, en juillet 2014, après 10 ans de prison pour Khodorkovski par les bons soins de Vladimir Poutine, la cour permanente d’arbitrage de la Haye, condamnera la Russie à verser 37 milliards d’€ aux principaux actionnaires de Ioukos ; mais la Russie n’a pas signé la convention instituant le tribunal de la Haye. Quelque dix jours plus tard, c’est la CEDH – Cour Européenne des Droits de l’Homme –  qui demande pour les petits actionnaires 1.9 milliards d’€ ; la CEDH relève du Conseil de l’Europe, dont fait partie la Russie. Décidément, Mikhaïl Khodorkovski est un as de la voltige !

C’est l’histoire d’un homme qui s’est à jamais refusé à avoir peur : il se nomme Luigi Ciotti, et, comme son nom l’indique, il est italien. De plus, il est prêtre. Trente ans plus tôt, il a fondé l’association Abele pour venir en aide aux drogués.

Mais le prélat sait que la racine du mal est ailleurs : dans le crime organisé, dans les gigantesques profits des trafics, dans la passivité de la classe politique qui ferme les yeux. La Mafia et la corruption sont les deux faces de la même médaille, assène-t-il.

C’est sur ce constat qu’il fonde Libera en  1995. Il y a quatre cents ans, dit-il, que nous parlons des mafias en Italie et rien ne bouge vraiment. Il y a une sorte de nœud qui empêche de tourner la page. Et ce nœud est avant tout culturel et politique. Son action se divise alors en deux : d’un côté un lobbying constant pour obliger les parlementaires à durcir la législation ; de l’autre, une aide aux parents des victimes de la Mafia (3 500  morts en vingt ans), aux associations qui la combattent, et à ceux qu’il appelle les morts-vivants de la Mafia, ceux qu’elle asservit, qu’elle menace et qui se taisent. La Mafia est une autre Eglise, une autre religion. Sauf qu’à la crainte de Dieu se substitue celle du parrain. […] Je n’ai que deux références, l’Evangile et la Constitution.

Don Ciotti est un cyclone, décrypte don Massimo Cozzi, vice-président de Libera depuis sa fondation. Toujours en mouvement. Capable de dire des choses toujours neuves. Mais il a tout simplement la force de qui anime les amoureux de Dieu. Il a aidé l’Italie à ouvrir les yeux sur la légalité. Il nous a convaincus que c’était la responsabilité de tous. Mais je vous assure, c’est un homme normal, pas un saint. 

Désormais Libera et don Ciotti sont devenus le symbole de l’Italie vertueuse. Le prêtre et son escorte parcourent la Botte en tous sens. Tout le monde doit se sentir partie prenante, car si les mafias sont au Sud, l’argent, lui est au Nord. C’est là que le fruit du racket et du trafic se réinvestit. Ses pas le portent également dans toute l’Europe, y compris à Bruxelles et Strasbourg, afin que la législation italienne sur les biens confisqués devienne une législation européenne.

[…]     Mais la petite personne a fini par donner des soucis aux grandes. À force de faire le siège du Parlement, de mobiliser les Italiens, don Ciotti est parvenu, en  1996, à faire entrer dans la législation italienne la loi sur les biens confisqués à la Mafia et leur utilisation sociale [4]. Ainsi la villa de Toto Riina est-elle devenue la caserne des carabiniers. Une coopérative agricole a été édifiée sur une oliveraie confisquée à Matteo Messina Denaro, soupçonné d’être le parrain le plus puissant de l’île. A Rome, via del 4-Novembre, Libera a installé ses locaux dans une ancienne maison de passe autrefois propriété du boss Michele Zaza…

Si le crime organisé qui, selon les estimations, affiche un  PIB de 40  milliards d’euros se remet sans trop de mal de la perte d’une villa avec robinets en or ou d’une plantation de tomates dans la plaine d’Alcamo, la blessure d’orgueil reste vive. Un boss n’aime pas voir son patrimoine confié à des associations, explique don Ciotti. Cela touche profondément à l’image de puissance qu’il renvoie aux autres et à son sentiment d’impunité.

Philippe Ridet           Le Monde du 25 octobre2014

8 01 1996                     Mort de François Mitterrand .

On verra à l’occasion de ses obsèques que l’existence d’un lien entre le citoyen anonyme et le président est une réalité plus forte que nous le laisse croire la perception habituelle du quotidien.

Eric Orsenna, momentanément en séjour dans les sphères du pouvoir politique, se souvient d’une réflexion de Mitterrand : Ne vous y trompez pas : au bout du compte, tout n’est qu’un rapport de force, ce qui lui inspire le commentaire : Rien n’est plus faux... et de se souvenir de la réponse de son ancien professeur Raymond Aron quand il lui demandait pourquoi il ne s’était pas aventuré en politique : Je n’ai pas fait de politique, parce que je n’aime que les rapports réciproques.

Le bateau du Commandant Cousteau  La Calypso coule dans le port de Singapour. Renflouée, elle sera rapatriée sur Marseille, qui, s’en désintéressant, la laissera partir à La Rochelle, où, faute d’une entente des héritiers, elle vieillira très vite.

On a reçu un malade en phase terminale, nous avons maintenant un cadavre en décomposition.

Patrick Schnepp, directeur du Musée Maritime de la Ville :

Peter Blake, le très grand champion de la voile, en charge de l’organisation de la Coupe America à Auckland, aurait pu reprendre le flambeau. Il avait fait savoir avec humour que si l’opération se réalisait, il occuperait  la place nécessaire : Je ne prétends pas me glisser dans les chaussures du commandant Cousteau… elles sont bien trop grandes pour moi… lui-même chausse un bon 47…  Mais des pirates sud-américains l’abattront début 2002, avant qu’il ait pu réaliser ces projets.

La justice donnera la propriété de la Calypso à Francine Cousteau, sa deuxième femme ; le navire partira aux Chantiers Piriou à Concarneau pour être remis en état… mais l’argent manque et le chantier est arrêté… Difficile voire impossible de faire du business honnête avec Francine Cousteau : il était entendu que le navire deviendrait musée, et dans ce cas, on n’entreprend pas les mêmes travaux que s’il fallait le rendre apte à nouveau à la navigation. Dans les premiers mois de 2015, la justice demandera à Francine Cousteau de régler aux Chantiers Piriou ce qu’elle leur doit, – 300 000 € – faute de quoi le bateau sera mis aux enchères. Mais Francine Cousteau, qui a créée autour d’elle l’association l’équipe Cousteau parviendra à trouver les mécènes à même de lui procurer l’argent nécessaire : elle paiera les chantiers Piriou et trouvera un chantier naval à Istanbul pour restaurer le navire avec une motorisation moderne ; chargée sur un cargo, la Calypso quittera Concarneau le 14 mars 2016. L’ingénieur naval italien Marco Cobau suivra la rénovation de ce grand squelette de 111 t et 40 m de long. Il sera épaulé en Turquie par le commandant Patrice Quesnel, déjà chargé de la coordination du programme de sortie de la Calypso.

Erik Orsenna avait été élu à l’Académie Française, au siège libéré par le commandant Cousteau. La coutume est de faire un discours d’entrée qui soit un hommage rendu au prédécesseur :

De semaine en semaine, la planète se révèle à ses habitants. Le gros bocal si souvent imbécile – je parle de la télévision – s’est changé en hublot.

*****

Je préfère voir mon bateau couler avec les honneurs que transformé en musée. Je ne veux pas que ce bateau se prostitue et que les gens viennent pique-niquer à son bord.

Jacques Yves Cousteau, en 1984, mort le 25 06 1997

11 01 1996                La paternité des GAL (Groupe Antiterroriste de Libération) empoisonne la vie politique espagnole et contribuera sans doute à la victoire du parti de José Maria  Aznar, aux prochaines législatives : Felipe Gonzales devra lui céder le pouvoir.

12 01 1996                600 indépendantistes corses s’autorisent à Tralunca une manifestation dont le pouvoir ne supporterait pas le centième en métropole ;

Une bonne action ne doit jamais rester impunie.

Dicton irlandais

C’est la défaite des majorités silencieuses :

Le mal est assuré de son triomphe lorsque les hommes de bien ne font rien.

Albert Einstein.

16 01 1996                  Catherine Destivelle est au sommet du Pic sans nom – 4 160 mètres, dans la chaîne des monts Ellsworth, une face de 1 700 mètres dans l’Antarctique, entre la Terre de Feu et le Pôle Sud. Un sommet, physiologiquement c’est toujours un moment de détente, et l’attention n’est plus la même… Erik Decamp, son compagnon prend la photo souvenir, pour laquelle Catherine recule d’un pas… une seconde d’inattention, et c’est la catastrophe :

Le sommet que nous venions de gravir ne portait pas de nom. La carte ne mentionnait que son altitude – 4 160 mètres – et personne n’avait jamais posé le pied dessus : nous étions en Antarctique, cet immense continent gelé exempt de toute vie humaine.

La photo, prévue pour épaissir notre collection de souvenirs et destinée éventuellement aux médias qui auraient envie de parler de notre périple dans la chaîne des monts Ellsworth, devait donc être particulièrement réussie pour bien situer la première que nous venions de réaliser. Il eût été en effet dommage que ce cliché ait pu être pris n’importe où. La pose adoptée pour l’occasion ne semblait pas mauvaise, mais mon buste cachait les montagnes au loin. Pour parfaire cette prise de vue, il me fallait descendre légèrement.

Sans regarder derrière moi, persuadée que la pente était constituée de glace homogène, je reculai d’un pas. Au moment de reprendre appui, mon pied ne rencontra pas la surface dure escomptée. Pendant un court instant, déséquilibrée, mes bras battirent l’air à grands renforts de moulinets. Vains efforts, mon corps bascula inexorablement. Avant même que mon dos n’ait touché la glace, je criai à Erik Decamp, mon compagnon : La corde ! La corde ! Arrête la corde ! L’œil rivé sur le viseur, avait-il vu la scène ? Tous mes espoirs reposaient sur lui : stopper le plongeon m’était maintenant impossible, mon corps avait pris trop de vitesse. Je me souvins alors que la corde était juste passée dans mes piolets plantés sans grande précaution dans la neige dure. Je me souvins aussi qu’Erik, pour prendre la photo, s’était placé à trois mètres environ de ces ancrages précaires. Allait-il réussir à stopper la corde sans tout arracher ?

Mon corps repartit de plus belle dans une grande culbute. Retombant comme une masse sur la pente, je criai de nouveau : La corde ! Ma jambe droite me sembla étrangement molle. J’espérais que je me trompais. Puis je me retrouvai une nouvelle fois propulsée violemment dans les airs.

Lors du troisième choc, quelques mètres en contrebas, mon regard plongea un court instant dans l’abîme sombre et glacé. Je me dis alors : S’il ne peut me retenir, cette fois c’est fini. Cette bêtise allait me coûter la vie. Et pire, j’allais aussi entraîner Erik dans ce toboggan de la mort.

Alors que mes cabrioles me semblaient de plus en plus violentes et vertigineuses, la corde stoppa brutalement ma chute. Mon menton reprit contact en premier avec la paroi. Soulagée et heureuse que ce cauchemar s’arrête enfin, mais un peu sonnée, deux ou trois secondes me furent nécessaires pour distinguer le haut du bas. Puis, constatant que j’étais pendue tête en bas à la corde, je mis bras et jambes dans le bon sens en espérant qu’il n’y ait pas de casse, mais j’en doutais : du sang perlait sur la glace. D’où venait-il ? J’avais mal partout, mais pas à un endroit en particulier.

Les mains tremblantes d’émotion, je relevai le bas de pantalon de ma jambe droite et découvris avec horreur une fracture ouverte. Je n’en croyais pas mes yeux. Pour dédramatiser la situation, j’analysai – mon esprit toujours aussi terre à terre – concrètement et positivement les dégâts : l’os ne dépassait pas, le poids de la chaussure additionné à celui des crampons avait remis la jambe dans l’axe et la plaie saignait peu ; l’artère n’était donc pas touchée. C’était une chance. Juste à ce moment-là, Erik me demanda :

—      Ça va ?

—      Fracture ouverte ! lui répondis-je.

Un grand Merde ! retentit, suivi d’un long silence. Il n’y avait effectivement que cela à dire.

Je n’arrivais pas à croire que cette jambe était cassée. Il ne fallait pas, ce n’était pas possible, pas là, en Antarctique, aussi loin de tout secours ! Comment allais-je faire pour redescendre ? Une idée, celle de la dernière chance, me traversa l’esprit : si le trait de fracture était horizontal, je pourrais peut-être prendre appui dessus. Pour tester, je posai aussitôt mon pied chaussé de crampons sur la pente. En serrant les dents, j’essayai une fois, deux fois. Impossible, la douleur était insoutenable, trop intense. Cette fracture semblait bel et bien réelle.

Si le moment n’avait pas été aussi grave, j’en aurais pleuré de rage : avoir été si inconsciente ! Mais le temps des remords fut bref, car la question d’Erik me sortit de ma torpeur :

Ça saigne beaucoup ?

—      Non.

Tu peux remonter ?

Il avait raison, il fallait bouger. Le temps de me faire à cette idée, je lui répondis que oui. En fait, je n’avais pas vraiment le choix. Je ne pouvais rester là.

—      Peux-tu rejoindre l’arête à l’endroit où nous sommes sortis de la voie ?

Cela me parut plus compliqué. Nous avions grimpé la face dans le versant opposé à celui où j’étais tombée et le lieu qu’il m’indiquait se situait une trentaine de mètres à sa gauche. J’allais donc devoir remonter ces vingt-cinq mètres de paroi verglacée en oblique à gauche et Erik ne pourrait pas m’aider. Un moment de réflexion me permit de visualiser la façon dont j’allais m’y prendre. C’est en rampant sur la pente, main gauche armée d’un piolet qu’Erik m’avait envoyé en le faisant glisser le long de la corde et main droite agrippée au moyen d’une poignée autobloquante, que je me hissai péniblement. À la première traction, je m’aperçus que l’épaule droite me faisait souffrir. J’y découvris une bosse qui n’était pas molle comme celle due à un hématome mais dure : un os dépassait. Un court instant, bien qu’heureuse de constater que je pouvais toujours m’en servir – et c’était à l’heure actuelle l’essentiel -, cette découverte me fit fulminer intérieurement : encore une opération chirurgicale en perspective. Cependant, plus je m’élevais, moins cette épaule me gênait. Surtout préoccupée de ne pas dévisser, plantant vigoureusement dans la glace mon piolet et les pointes avant de mon crampon gauche, je tractais sur mes bras avec fureur. Il ne fallait pas riper, la corde partant à l’horizontale, un beau pendule de vingt mètres pourrait m’attendre… Et dans l’état où j’étais !

Parvenue enfin au niveau de l’arête sommitale, je me hissai sur la crête, m’y calai à califourchon et attendis Erik qui tenait toujours la corde trente mètres plus à droite.

En attendant qu’il me rejoigne, j’essayai d’évaluer la situation. J’avais beau retourner le problème dans tous les sens, je ne voyais pas comment me sortir de là. Si seulement cet accident avait pu arriver dans les Alpes ! J’aurais attendu tranquillement que l’hélicoptère arrive. Ici, les secours n’étaient pas envisageables. Il y avait bien des gens sur ce continent antarctique, mais pas à moins de cinq cents kilomètres. Nous n’avions de toute façon pas emporté notre radio. Pesant au moins cinq kilos, celle-ci était restée au camp de base. Et même si nous avions pu joindre les secours, ils ne possédaient pas d’hélicoptère. Le temps qu’ils montent jusqu’à nous, je serais déjà morte de froid. Un petit vent glacial soufflait, il était vingt et une heures et bien qu’au pôle Sud, en décembre, le soleil ne se couche pas, la température baissait. Attendre risquait de m’être fatal. En moi-même je me disais que ce serait trop idiot de mourir là. Je pensai alors à Doug Scott, le célèbre alpiniste anglais qui s’était fracturé les deux chevilles dans la paroi de l’Ogre en Himalaya. Il n’en était pas mort. Malgré d’atroces souffrances, il avait réussi à rejoindre le camp de base à quatre pattes. Ses fractures n’étaient pas ouvertes, mais il était handicapé des deux jambes. Moi, il m’en restait tout de même une !

Erik arriva. Je lui demandai aussitôt :

Qu’est-ce qu’on fait ?

—      On descend.

—      On descend ? Mais par où ? Comment ? lui répondis-je un peu affolée. Malgré l’exemple de Doug, je ne me voyais pas faire un seul mouvement.

Par la voie de montée. C’est la seule que nous connaissons.

Il avait raison, et traîner ici ne servait à rien. Personne ne nous viendrait en aide. La détermination d’Erik m’aida à redevenir plus combative. Aussitôt, je jetai un regard à la face. Nous l’avions gravie à l’ombre pour avoir moins chaud et de la voir maintenant ensoleillée dopa encore plus mon moral. L’ambiance serait moins austère et ce soleil allait me réchauffer.

Cependant, cette pointe d’optimisme était fragile car le moindre de mes mouvements déclenchait de terribles douleurs : l’extrémité inférieure de ma jambe blessée n’était plus qu’un poids mort obéissant aux seules lois de la pesanteur. En passant de l’autre côté de l’arête, je dus prendre mon pied à deux mains pour le remettre dans le bon sens.

Allais-je pouvoir résister à tant de souffrances après déjà onze heures d’ascension ? Ma plus grande crainte était que, si je perdais connaissance, Erik ne pourrait pas me descendre.

—      Tu crois que je vais y arriver ? lui demandai-je pour me rassurer.

Mais oui ! répondit-il, et il me sourit. Le pauvre n’avait sûrement pas envie de sourire à ce moment-là. Que je m’en voulais de l’avoir mis dans cette galère ! Je gâchais ce merveilleux voyage en Antarctique.

Avant toute chose, Erik m’ôta le crampon qui risquait de s’accrocher sur les reliefs, puis nous confectionnâmes une attelle de fortune – un piolet de chaque côté de la jambe maintenue par des sangles. Ensuite, il laissa doucement filer la corde pour me faire descendre le long de la paroi. La première secousse provoqua d’effroyables souffrances. Un mètre plus bas, les piolets furent supprimés. Cet assemblage était pire que tout. Les manches ronds et les cordelettes ne tenaient pas en place et leur pression contre ma jambe meurtrie me faisait subir une véritable torture. En remplacement, nous nouâmes un pull-over au niveau de la plaie et, pour protéger un peu le membre blessé, je le soutenais, par en dessous, de ma jambe valide. Puis, tournée face au vide, en appui sur le dos, guidant Erik à la voix pour régler la vitesse, la descente reprit. Le relief était très accidenté, et, bien que ma jambe ne fût plus en contact direct avec la paroi, le moindre choc provoquait toujours de terribles douleurs. À chaque fois, je me demandais si je n’allais pas tourner de l’œil. Pour tenir le coup, je m’imposai de grandes inspirations-expirations qui m’aidaient à me relaxer et ainsi à mieux supporter la douleur. Au bout d’une vingtaine de mètres, sur la suggestion d’Erik, je cherchai un emplacement pour m’arrêter. Nous ne possédions qu’une corde de cinquante mètres. Cela ne nous autorisait donc qu’une progression de vingt-cinq mètres maximum pour permettre à Erik de descendre en rappel.

En passant une sangle sur un becquet rocheux et en plantant un piton, je confectionnai un solide ancrage sur lequel je m’attachai. Erik put ainsi faire ses manœuvres de corde sans plus se soucier de ma sécurité.

Seule, pendue comme une malheureuse à ce premier relais, la même question me revenait sans cesse : allais-je être capable de tenir le coup ? Un long calvaire s’annonçait. La paroi faisait mille six cents mètres de dénivelé. Raides, composés de roche et de glace, les deux tiers supérieurs seraient vraiment pénibles à passer, d’autant que pour éviter un passage surplombant une descente en diagonale s’imposait. Cela voulait dire des pendules à la corde en perspective…

La suite : un grand couloir de glace. À ce niveau-là, je serai presque sauvée…

J’essayai de faire le vide dans ma tête. Pour gérer la douleur et surveiller les étourdissements qui m’arrivaient par vagues je ne devais plus penser à rien. Je devais juste attendre Erik en me concentrant sur moi, ma respiration, mon corps que j’essayais de détendre pour économiser l’énergie. Cet état de concentration était difficile à maintenir et je suppliai Erik en moi-même pour qu’il arrive vite. J’avais peur de flancher.

Parvenu à mon niveau, Erik me donna en guise de remontant deux bonbons qu’il enfourna dans ma bouche, puis il rappela la corde et nous reproduisîmes la même manœuvre.

Les trois ou quatre premiers rappels furent les pires à supporter. Par la suite, la douleur me sembla plus tolérable. Peut-être m’y habituais-je ? Je n’avais de toute manière pas d’autre choix. Résignée à la souffrance, je pus à ce moment-là me concentrer sur autre chose. Ainsi, je réalisai que je ne sentais plus très bien mes extrémités. Malgré le soleil, le fond de l’air était frais, la température devait se situer tout de même entre – 20 et – 30 °C. Au début, ma priorité étant de ne pas m’évanouir, je ne m’en étais pas rendu compte. Laisser, en plus, mes extrémités geler était stupide. Bien que l’effort à fournir pour les réchauffer me coûtât, je m’astreignis à chaque relais à bouger en permanence doigts de pieds et de mains.

Chacun à son affaire, notre descente s’effectuait à un rythme régulier. Nous nous connaissions assez pour nous comprendre en parlant peu. Un regard, un mot suffisaient. De temps en temps – toutes les deux heures environ -, quand je sentais que j’allais perdre connaissance, je le lui signalais. Il venait immédiatement me tapoter le visage, me remplissait la bouche de bonbons, puis chacun retournait à sa tâche : Erik se chargeait de la sécurité et des cordes ; moi, je me préoccupais de mes maux et de mon état physique. Erik avait fort à faire : manœuvrer les cordes n’était pas simple et, très souvent, pour économiser de la sangle, lorsque les passages le permettaient, il désescaladait la paroi.

Au bout de huit heures de descente, le soleil disparut pour laisser place à un froid terrible. Les huit heures suivantes me semblèrent alors interminables. Les attentes aux relais étaient les moments les plus éprouvants. En position statique, la fatigue, le froid, la douleur se faisaient alors plus pressants. Pendue à mes ancrages de fortune, couchée dans la pente, à même la neige et la glace, en appui sur la jambe valide afin que les sangles du baudrier ne me coupent pas trop la circulation sanguine, j’essayais de ne pas tenir compte du temps qui passait… Mon seul objectif étant de tenir le coup jusqu’en bas. Cela me demandait en permanence de terribles efforts de volonté et les exercices respiratoires se révélaient les plus efficaces pour maintenir cet état de vigilance.

Durant les dernières heures de descente, le pied gauche sur lequel je me tenais en permanence me préoccupa plus que tout. J’avais beau remuer les doigts de pieds, je ne les sentais plus. Je me disais : Une jambe cassée ça se répare, mais un pied gelé ça se coupe…

Non, je ne voulais pas… À partir de là, je n’eus plus qu’une idée en tête : arriver au plus vite en bas. Dans les six cents derniers mètres du couloir de glace et de neige, passant outre la douleur, je ne dis plus à Erik de freiner la corde, je le laissais régler la vitesse à sa guise. En bout de corde, un signe de sa part – le pouce en bas -, je plantais à deux mains mon piolet dans la neige, me couchais dessus, lui faisait un signe – le pouce en haut – et il me rejoignait, plantait ses piolets, me faisait descendre et ainsi de suite.

Les manœuvres s’enchaînèrent parfaitement et rapidement jusqu’au moment où, dans ma hâte à rejoindre enfin le plat et aussi prise par la routine, j’arrachai mon piolet à la neige afin de larguer mon corps dans la pente avant qu’Erik n’ait eu le temps de construire un bon amarrage.

Plus de peur que de mal. Erik, malgré la fatigue, avait encore de bons réflexes ; il plaqua son corps contre son piolet à moitié planté en criant : Attends ! Je ne suis pas prêt ! La chute enrayée, il se retourna alors vers moi en souriant et me dit gentiment : Attention. Devant mon pitoyable état, il n’avait pas osé en dire davantage. Il n’avait d’ailleurs pas besoin de le faire. Je me sentais suffisamment honteuse de cette erreur. Par ma faute, j’avais encore failli nous envoyer en bas. Je réalisai le travail qu’avait fourni Erik. Je l’admirais… Malgré l’urgence, il avait mené cette descente prudemment et efficacement sans jamais nous mettre en situation périlleuse.

La vigilance accrue par cet incident, nous reprîmes notre chemin de croix. Malgré tout, au fur et à mesure que nous descendions, je sentais mes forces m’abandonner. Pour les derniers relais, cet état de faiblesse me permettait à peine d’enfoncer le piolet de dix centimètres dans la neige : juste ce qu’il fallait pour m’empêcher de glisser. Dans ma crainte que ce fragile ancrage ne s’arrache, mon corps, mon esprit, mes yeux se tournaient alors entièrement vers cette pointe de métal dans la neige : à peine si j’osais respirer en attendant qu’Erik arrive et prépare de solides points d’assurance.

Les cent derniers mètres étant moins raides, Erik put enfin marcher face à la pente en me laissant glisser au bout de la corde devant lui. Il ne me restait qu’à diriger mes jambes pour qu’elles ne butent pas dans la neige, mais, inévitablement, elles se prenaient dans des protubérances. Pourtant maintenant la douleur n’importait plus : je voulais vite arriver sur du plat.

Parvenue sur cette surface de glace horizontale tant attendue, j’ôtai immédiatement la chaussure gauche pour me masser le pied. En le découvrant, je fus soulagée : le bout était blanc, pas noir comme je le craignais. Bien que le côté blessé ne souffrît pas de la température, je demandai à Erik de m’enlever l’autre chaussure. Il n’est pas bon de laisser par grand froid un pied humide dans un soulier. L’opération ne fut pas simple. Le plastique, rigidifié par le gel, était impossible à ouvrir. Pour retirer mon pied délicatement de cette gangue glacée, Erik dut la découper. Constatant que cette opération me fendait le cœur – de si bonnes chaussures ! – je notai que j’avais encore un peu de ressort. Je n’en soufflai mot à Erik, il aurait peut-être trouvé ma remarque déplacée… Pour ma part, j’estimais qu’avoir eu cette pensée était plutôt bon signe pour la suite, car je n’étais pas sortie d’affaire : la tente se situait encore à une bonne heure de marche.

Tout en regardant Erik disséquer ma chaussure, j’imaginais qu’il me tirerait sur la glace pour rejoindre notre campement. À ma grande déception, il m’annonça son intention d’aller chercher le traîneau à la tente. Je ne mouftai pas, mais cette idée ne me réjouissait pas. J’allais devoir attendre là, toute seule, qu’il revienne. Je grelottais, j’étais épuisée. Serais-je encore capable de tenir deux heures ? Et si je perdais connaissance, Erik serait-il de retour à temps avant que je m’endorme à tout jamais engourdie par le froid ? Résolue à lutter pour qu’une telle chose n’arrive pas, je regardai Erik partir au pas de course. Le pauvre devait être épuisé, je faillis lui crier : Mais non, ne cours pas, ça ira !, je n’en avais pourtant physiquement pas la force, et même si j’avais pu, je ne sais pas si j’en aurais eu le courage. En mon for intérieur, je lui disais : Si, cours, reviens vite !

Sitôt qu’il fut hors de portée de voix, me retrouvant assise au milieu de ce désert glacé, jambes étendues devant moi, un pied pointant vers le ciel, l’autre reposant étrangement sur son bord externe, je me fis l’effet d’une gamine qu’on aurait abandonnée au milieu de la route. Sans honte, j’émis alors un son continu en claquant des dents comme je le faisais, petite, après la baignade en mer du Nord. Ce son me rassura. J’étais bien vivante.

Bon sang, qu’il faisait froid ! Tout mon corps tremblait sans relâche. Il était une heure de l’après-midi. Je ne pouvais espérer le soleil avant quelques heures. Je pensai alors à ce que nous faisions la veille, à la même heure : nous gravissions, tout heureux d’être à l’ombre, ce pic sans nom. Que tout cela me semblait loin… Il y avait donc vingt-sept heures que nous étions partis. Il me fallait encore tenir deux longues heures. Ces tremblements m’épuisaient et je sentis que si je laissais ce froid me secouer de la sorte, je ne pourrais y survivre. Je me mis alors à faire de grands exercices respiratoires, mettant chaque ample expiration à profit pour relâcher mes muscles. L’effet fut immédiat : mon corps se détendit et je ressentis comme une chaleur m’envahir. Malheureusement, ce bien-être soudain ne dura pas, j’avais toujours froid. Je me balançai alors d’avant en arrière, comme certains malades mentaux, tout en continuant mes exercices. En même temps, je frottai mon pied gelé, mes cuisses, mes bras… Varier les mouvements en remuant de la sorte me faisait du bien, mais maintenir cette lutte permanente était vraiment difficile. Pour y parvenir, je devais penser exclusivement à ce que je faisais : me réchauffer. Durant cette interminable attente, les secondes, les minutes, les heures s’écoulèrent ainsi, tout mon être tendu vers le même objectif : tenir, tenir sans limite de temps. J’étais déterminée à résister au froid, à la fatigue et à la douleur. Erik pouvait mettre une demi-heure de plus, mon moral ne s’en trouverait pas affecté.

Il arriva enfin, s’excusant d’avoir pris quelques minutes pour boire du café chaud afin de recouvrer un peu d’énergie. Pour moi, l’essentiel était qu’il soit là, sain et sauf ; cela signait la fin du cauchemar : à la tente, nos préoccupations ne seraient plus que boire, manger, dormir, prévenir les gens de la base Patriot Hills qui nous avaient déposés en ces lieux et attendre tranquillement que l’avion, un Twin Otter, vienne nous chercher. Malheureusement, les choses ne se déroulèrent pas exactement de cette façon. Nous prîmes un bon repas, fîmes une bonne sieste, puis Erik partit chercher la radio laissée à deux heures de marche. Il revint quelques heures plus tard, me disant qu’il avait vainement essayé de joindre la base au moment convenu avec eux – vingt et une heures -. Sans paniquer, il ajouta : – Nous réessaierons demain.

Soigner mes blessures, et éviter l’infection, devint alors une priorité. Avant tout, la jambe. Ayant perdu pas mal de chair et de sang durant ce long périple, la plaie était devenue assez profonde et large. Erik l’aspergea à grands jets de produits désinfectants, fit un pansement bien propre, l’entoura d’un bout de matelas mousse pour tâcher de maintenir le pied dans l’axe, puis il renouvela la même opération au coude. La peau avait été arrachée sur une surface de dix centimètres de long sur cinq de large. Bien que cette blessure fût presque plus impressionnante que celle de la jambe, je n’en souffrais pas. Pour l’épaule et le pied, malheureusement rien à faire. Ensuite, il me donna des antibiotiques. Nous ne possédions pas de médicaments contre la douleur, mais, tenant à rester vigilante sur mon état, je n’en aurais de toute façon pas pris. En attendant la vacation radio suivante, le temps fut consacré à s’alimenter et à dormir.

Vers le milieu de l’après-midi, le vent se leva et Erik commença à s’inquiéter. Pourrait-il faire marcher la radio si la tempête se levait ? Ce poste fonctionnait grâce à une antenne de quinze mètres de long tendue entre deux skis et ce fil qui nous reliait à la vie risquait de se rompre sous les bourrasques. À notre grand soulagement, vers vingt et une heures, Erik parvint tout de même à entrer en contact avec Patriot Hills. Cette base n’est pas un laboratoire scientifique comme toutes celles installées en Antarctique, mais une sorte de petit aéroport créé par des passionnés d’aviation et destiné à déposer ou ravitailler aux quatre coins de ce continent les aventuriers ou explorateurs  en tous genres : randonneurs, touristes et alpinistes. Lorsque j’entendis Erik leur exposer le problème et surtout leur donner, grâce au GPS, notre position, je me dis : sauvés !

La ligne pouvait maintenant casser, cela n’empêcherait pas les secours de venir nous chercher. En fait, sauvés, nous ne l’étions vraiment pas encore.

Vers vingt-deux heures, le vent forcit, empêchant tout avion d’approcher. Nous réalisâmes alors que si les éléments se déchaînaient un peu plus, notre tente ne résisterait pas longtemps. Erik sortit pour essayer de construire un rempart de neige, afin de protéger notre fragile abri. Il parvint à monter un petit mur d’une trentaine de centimètres tout autour de nous, puis rentra, transi de froid, en m’annonçant que ce ne serait pas suffisant si les conditions empiraient…

Le vent s’abattant sur la toile dans un vacarme effrayant, il ne fut alors plus question de dormir. Allongés sur le dos, les yeux grands ouverts, nous guettions la moindre défaillance de la tente. Au bout de quelques heures, un point lumineux apparut soudain au niveau d’un arceau : le tissu, usé à force de frottements, devenait translucide. Erik sortit à nouveau. La violence du vent l’empêcha de se tenir debout et même à genoux. Bien qu’en d’autres circonstances le spectacle de ce grand gaillard assis à même la neige tentant de remonter notre mur de protection aurait été assez comique, je n’avais pas franchement envie de rire.

Découragé, il revint bien vite se mettre à l’abri, espérant que la tempête faiblisse. Notre tente tiendrait-elle ? Notre angoisse fut à son paroxysme lorsque, six heures plus tard, le vent sembla encore redoubler de violence, pliant deux arceaux à angles vifs. Inévitablement, ces pointes usèrent très vite le tissu. Pour éviter le trou, Erik plaqua ses mains au niveau des pliures et tint ainsi la tente durant des heures, les deux bras en l’air, secoué par les attaques du vent. Moi, l’œil rivé sur l’altimètre, je ne pouvais qu’espérer la fin de la tempête. Je me remémorai alors la terrible attente au pied de la face. Laisser s’écouler le temps était à nouveau la seule chose à faire, mais cela me pesait, ma patience commençait à s’émousser. Vingt-quatre heures plus tard, l’équipe de sauvetage put enfin atterrir et nous sortir de cet enfer. À voir l’air halluciné des gens qui nous accueillirent à Patriot Hills, je sentis que l’on me considérait comme une revenante. Enfin prise en charge par un médecin, je me laissai aller, aidée en cela par la morphine qu’il m’administra avant de tenter de réduire la fracture.

L’esprit embrumé par la drogue, le visage ruisselant de larmes pour la première fois depuis la chute, je compris ce que j’avais perçu dans les regards et à travers les propos que j’entendis vaguement: C’est un miracle qu’elle ait survécu, … She comes back from hell... (Elle revient de l’enfer ). L’histoire se termina bien. Aujourd’hui, grâce à l’intervention d’un habile chirurgien de Punta Arenas au Chili, je ne garde plus de séquelles de cet accident.

Miraculée ? Ce n’est pas exactement ainsi que je vois les choses. Bien sûr, on ne comprendra jamais vraiment ce qui permet à quelqu’un de trouver les ressources qui lui permettent de faire face à une telle situation. En revanche, ce dont je suis certaine, c’est que je n’aurais jamais pu aller au bout de ce retour sans l’expérience accumulée en montagne depuis mes premiers pas sur les rochers.

Catherine Destivelle           Ascensions     Arthaud 2012

10 02 1996                    Deep Blue, un programme d’IBM, gagne une partie d’échecs contre Garry Kasparov, champion du monde d’échecs : c’en est fait de la prééminence de l’homme sur la machine. Vingt ans plus tard, le logiciel Alpha Go de Google gagnera une partie de Go – un jeu chinois un peu plus complexe que les échecs – contre le champion du monde, le coréen Lee Sedol. Pour ceux qui resteraient de marbre devant ces jeux, il est utile de savoir que dans un tout autre domaine, celui de la technique médicale, les algorithmes informatiques diagnostiquent correctement 90 % des cancers du poumon là où les médecins n’en diagnostiquent correctement que 50 %.

22 02 1996                  Jacques Chirac, président de la République, décide de l’arrêt du service militaire obligatoire. Sur un plan financier, et de stratégie immédiate, les arguments pour l’emportent sans doute sur les contre.

Mais, avec le recul – un recul de près de vingt ans -, on s’apercevra que c’est probablement la plus grande connerie qu’ait faite un décideur politique français depuis cinquante ans – président du Conseil sous la IV° république, président de la République sous la V°, car il est bien possible, pour ne pas dire certain, que ce passage obligé pour tout citoyen français ait diffusé un lien social suffisant pour que ne puissent éclore les fous terroristes, semeurs de mort dans la décennie 2010 : dix, douze (peu importe) mois pendant lesquels vivent ensemble les enfants de paysans et d’ouvriers, d’employés et de cadres, de professions libérales, de fonctionnaires, d’artistes, de professeurs… à vivre comme ils ne le feront jamais plus au cours de leur vie au plus près de l’égalité et de la fraternité, ce temps-là est un temps de renforcement de l’unité du pays ; il n’était certainement pas nécessaire de maintenir le maniement d’armes sous la férule d’adjudants bornés, mais la forêt française manque cruellement de bras pour empêcher le taillis d’étouffer la futaie, et il n’était que de transférer des crédits militaires à l’ONF pour que ces bras trouvent un encadrement et de contraindre les propriétaires privés à accepter enfin que soient gérées leurs forêts – les 2/3 de la forêt française -.   Régis Debray, que jamais personne n’a pu prendre en flagrant délit de dire une bêtise, parlera le 28 novembre 2005 dans Le Monde de la fin criminogène du service militaire obligatoire… 2005 : 9 ans après la décision, 7 ans avant les équipées mortelles de Mohammed Merah, 10 ans avant celles de Coulibaly, Abaaoud, Abdeslam … Quel flair !

On pourra épiloguer des jours et des nuits entiers sur le sujet, typiquement Et si …il n’empêche qu’il est indéniable que cela révèle à quel point le dirigeant d’un pays peut être aveugle, sans discernement sur l’origine des liens qui unissent les citoyens. En cette occasion au moins, Jacques Chirac a quitté la stature d’homme d’État pour endosser un costume de technocrate jeunot, tout frais sorti de l’ENA, encore plein de morgue courte, sans humanité ni sagesse !

La victimisation des populations de l’immigration et la mise en accusation constante de la France et des Français depuis le début des années 1980, sont les principales causes de la violence dont ces derniers sont devenus la cible.

Malika Sorel-Sutter       Décomposition française. Comment en est-on arrivé là ?       Fayard 2015

12 03 1996          Le Congrès américain vote la loi Helms Burton, suivie le 5 août par la loi d’Amato Kennedy ; elles traduisent un coup de force visant à imposer au monde entier la lex americana. La première vise initialement à renforcer le poids de l’embargo contre Cuba et à défendre les intérêts économiques des exilés installés principalement en Floride ; la seconde cherche à sanctionner les Etats voyous pour leur soutien au terrorisme international ; elle a été votée en présence des familles des victimes du vol Pan Am 103, le Boeing qui a explosé le 21 décembre 1988 au-dessus de Lockerbie. Elle interdit, dès son vote, tout investissement en Iran et en Lybie de plus de 40 millions $ à n’importe quelle entreprise du monde, pour le secteur pétrolier et gazier.

Par la suite, les Etats Unis s’attribueront de manière unilatérale la possibilité de sanctionner les violations du droit international, sans demander l’avis de la communauté internationale. Il faudra bien constater que les 28 pays de l’Union européenne resteront  étrangement tétanisés et divisés face à ce changement des règles imposé par leur principal partenaire économique.

Au fil du temps, une arme se révélera particulièrement redoutable outre Atlantique : le droit de sanctionner toute entreprise non américaine qui commerce en dollars. Les amendes record commenceront à pleuvoir sur bon nombre d’entre elles, provoquant leur affaiblissement.

En France, les cas les plus médiatisés seront ceux de Siemens, qui versera 800 millions de dollars, en 2008, d’Alstom, 772 millions de dollars en 2014, mais aussi de la Société générale, condamnée à 1,34 milliard de dollars d’amende en 2018, et de la BNP, qui devra en 2014, débourser le montant historique de 8,9 milliards de dollars à la justice américaine.

Alstom en 2014 : 773 millions $, BNP Paribas en 2015 : 9 milliards. Commerzbank : 1.4 milliard…. Ces amendes colossales, et bien d’autres, ont été infligées par l’administration américaine à des entreprises européennes. Motif : corruption ou violation d’embargo décrétés par les Etats-Unis contre la Lybie, le Soudan, L’Iran… Pour préserver leur accès à l’incontournable marché américain, ces sociétés ont reconnu leur culpabilité et sont passés à la caisse. En dix ans, les entreprises européennes se seraient ainsi délestées de 40 milliards de $, selon un rapport parlementaire français. Et ce n’est pas fini. Washington vient d’annoncer la multiplication des poursuites contre quiconque commerce avec Cuba. Comment les Etats-Unis imposent-ils leur loi au monde entier ? Pourquoi les pays européens réagissent-ils si peu ? Dans Le droit, nouvelle arme de guerre économique le chercheur et journaliste Ali Laïdi fait la sidérante démonstration d’une hégémonie américaine presque sans entrave qui, au-delà de purs enjeux économiques, menace selon lui la diversité des sociétés humaines.

  • Depuis quand les Etats-Unis utilisent-ils le droit comme arme économique ?

Ils activent de manière croissante un arsenal législatif assez ancien. Jadis, la corruption était admise : les pots-de-vin, versés par les multinationales pour faire des affaires à l’étranger, n’étaient pas illégaux. Mais en 1972, le scandale du Watergate révèle une corruption dévastatrice. Le législateur adopte alors, en 1977, le Foreign Corruption Practice Act (FCPA) qui prohibe ces pratiques. Pour étendre l’interdiction aux entreprises étrangères (qui sinon disposeraient d’un avantage énorme pour emporter des marchés), les Américains entament un intense lobbying. Ils convainquent l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) ; en 1997, celle-ci adopte une convention calquée sur le FCPA, ratifiée par 44 pays. En parallèle de cette croisade anticorruption, les États-Unis entendent imposer au monde leurs embargos contre Cuba, l’Iran, la Lybie. En 1996, 2 lois (voir plus haut) sanctionnent leur violation : toute société qui commerce avec ces pays, quelle que soit sa nationalité, est passible de poursuites américaines. C’est alors que l’Union Européenne commet une erreur fondatrice : elle dépose une plainte à l’OMC contre ces lois, mais, effrayée de sa propre audace, la retire aussitôt ! Et se contente de la promesse de Bill Clinton de ne pas poursuivre les entreprises européennes…. Ainsi, l’Europe se place d’emblée en position de faiblesse. Après le 11 septembre2001, tous ces dispositifs sont largement activés par les Etats-Unis au nom de la lutte contre le terrorisme qui, selon eux, pourrait être financé par la corruption et la violation des embargos.

  • En mai 2018, tout s’accélère avec le rétablissement américain des sanctions contre l’Iran.

Oui, mais les dégâts sont bien antérieurs. L’Europe n’a pas réagi aux diktats américains et a laissé le champ libre aux Etats-Unis, dont la stratégie offensive est parfaitement théorisée et assumée. Pour eux, la guerre économique a remplacé la guerre froide : depuis la chute du mur de Berlin en 1989 et la disparition de l’ennemi communiste, leur priorité est d’imposer leur leadership sur l’économie mondiale.

  • Sur quelles bases juridiques se fonde l’application de ces lois à l’étranger ?

Sur l’existence d’un lien, appelé le nexus entre l’entreprise poursuivie et les Etats-Unis. Par exemple, la société effectue ses transactions en dollars, est cotée en bourse aux Etats-Unis, y dispose d’un filiale (même un simple bureau). Ou utilise un serveur informatique passant par les Etats-Unis : une adresse gmail peut suffire ! L’administration américaine détermine ce lien en toute liberté. En théorie l’OMC ou la justice pourrait contrôler la validité de ces procédures, mais personne n’ose les saisir. Les hauts fonctionnaires français et européens m’ont avoué leur peur que les Etats-Unis ne quittent l’OMC, déclenchant une crise économique internationale majeure.

  • Pourquoi les Américains s’en prennent-ils à leurs alliés européens plutôt qu’à leurs  ennemis historiques, la Chine ou la Russie ?

Quelques entreprises ont été condamnées, et les constructeurs de téléphonie chinois Huawei et ZTE sont dans le viseur américain. Mais les Européens sont particulièrement ciblés, car les Etats-Unis veulent bien leur faire comprendre qu’ils sont des vassaux davantage que des alliés. Préoccupés par la montée en puissance de l’économie européenne depuis les années 1980, ils ont constamment cherché à la contenir et à la contrôler. Avec ces procédures, les entreprises poursuivies par le département de la Justice doivent payer des avocats pour effectuer l’enquête, dont le but n’est pas de les innocenter, mais au contraire de démontrer leur culpabilité, pour satisfaire l’administration et parvenir à un accord ! Elles doivent aussi communiquer des milliers de donnée stratégiques aux autorités américaines et, pour finir, reconnaître leurs fautes et s’acquitter d’une amende.

  • Pourquoi ne se rebellent-elles pas ?

Il faut bien comprendre que ce n’est pas la justice qui juge, mais l’administration qui négocie, en toute liberté. Elle peut imposer enquêtes et sanctions arbitraires, du moment que l’entreprise signe l’accord reconnaissant sa culpabilité. Il contient aussi une muzzle clause (clause muselière) interdisant de le contester par la suite. Et l’administration ne craint pas les démonstrations de force : alors qu’ils enquêtaient sur Alstom depuis 2011, les Américains ont arrêté un cadre français à sa descente d’avion à New-York, en 2013. Frédéric Pierucci a passé deux ans en prison ; Alstom a accepté l’accord et l’amende fin 2014. On comprend que certains patrons n’osent plus se rendre aux Etats-Unis… L’administration est en principe soumise au contrôle de la justice… si quelqu’un la saisit. Quelques rares individus l’ont fait : Lawrence Hoskins, cadre britannique d’Alstom, a obtenu en 2018 l’annulation de la procédure contre lui par une cour d’appel américaine. Mais les entreprises, elles, ne s’aventurent jamais dans un procès long, cher et médiatique, qui risque de les bannir du marché américain. Elles se plient aux enquêtes.

  • Quel est le but réel des Etats-Unis ?

Il excède largement la défense de la morale mondiale ! D’ailleurs, s’ils s’en souciaient tant, les Etats-Unis adhéreraient à la Cour Pénale Internationale… L’objectif financier est très clair. À New-York, la grande blague consiste à montrer aux hommes d’affaire européens les buildings construits grâce à leur argent. Autre avantage : fragiliser la concurrence. L’enquête qui vise actuellement Airbus bénéficie ainsi à Boeing. Certaines entreprises, exsangues après l’amende, sont vendues… souvent à des Américains. C’est ainsi que General Electric a racheté la branche Energie d’Alstom. Enfin, ces procédures sont une véritable source d’espionnage !  Chaque entreprise livre des millions d’informations – en violation, pour la France, d’une loi de 1968 prohibant la fourniture de données stratégiques à des autorités étrangères. Mais les dirigeants redoutent davantage l’administration américaine que la loi française…

  • Pourquoi les pays européens ne punissent-ils pas eux-mêmes leurs entreprises ?

Leur défaillance pour lutter contre la corruption est flagrante. Les entrepreneurs disent qu’il faut payer pour faire du business à l’étranger, et les gouvernements ferment les yeux. Les Américains, eux, ne versent plus de pots-de-vin, mais infiltrent les marchés étrangers par leurs réseaux de lobbying, de renseignement et d’influence. Et leurs entreprises remportent les marchés à peine l’appel d’offres émis. Nous sommes très en retard !

  • Une résistance efficace pourrait-elle s’organiser ?

Il y a des pistes, embryonnaires. La première : renforcer l’Euro dans les transactions internationales. Les Européens achètent encore des Airbus en dollars ! Autre idée, l’Instex, entité mise sur pied par la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, pour permettre à leurs PME de faire du troc avec l’Iran malgré l’embargo américain. Mais une réelle résistance suppose une culture du rapport de force. Or les Européens refusent de penser l’affrontement économique, d’élaborer une doctrine qui pourrait nourrir des politiques de fermeté. Ils considèrent encore le marché comme la rencontre entre un vendeur et un acheteur bénéficiant du même niveau d’information – la théorie d’Adam Smith en 1776 ! Les Américains, à l’instar des néolibéraux Milton Friedman et Friedrich Hayek, le voient depuis longtemps comme le lieu de la concurrence. Le vainqueur étant celui qui possède la meilleure information.

  • Certains freins sont donc culturels ?

Clairement. Responsable d’un XX° siècle meurtrier – deux guerres mondiales, un génocide, une décolonisation sanglante -, l’Europe n’ose toujours pas revendiquer sa puissance. Elle ne s’est pas adaptée à un commerce qui n’est plus doux, comme disait Montesquieu, mais sacrément dur ! L’Allemagne est atlantiste – Angela Merkel a publiquement reconnu aux Américains le droit de poursuivre la corruption dans le monde entier -. Les Anglais admettent depuis toujours le commerce comme une source de renseignement, et ont de plus un lien historique fort avec Washington. Les pays du sud, qui n’ont pas de multinationales, ne se sentent pas concernés ; ceux d’Europe du Nord, à forte tradition libérale, détestent les réglementations trop strictes. Si une révolte se lève, elle partira de France. En 2016, la loi Sapin 2 a créé la convention d’intérêt judiciaires, système de justice négociée calqué sur le modèle américain. En 2017, la filiale suisse de HSBC a ainsi payé 300 millions d’€ pour blanchiment de fraude fiscale. À l’administration française, cette fois ! La Banque suisse UBS, elle, a refusé de négocier, et le tribunal correctionnel l’a condamnée en février à une énorme amende : 4.5 milliard d’€. Les choses évoluent donc. Mais la récente mission du député LREM Raphaël Gauvain recommande surtout d’alourdir les sanctions contre les dirigeants coopérant avec des autorités étrangères. En plus d’être dans le collimateur américain, ils seront punis par la France, c’est la double peine ! On ne s’attaque pas toujours à la racine du problème.

  • Quel est l’enjeu, au-delà de la puissance économique ?

La protection de la diversité des sociétés humaines. À travers leur pouvoir économique, les Américains veulent imposer leurs normes, leur conception du monde, leur mode de vie. Même au sein d’une économie de marché, demeurent différentes façons de penser, de manger, de s’habiller… Sans cette diversité, il n’y a plus de résilience possible en cas de crise mondiale. Imaginez : le monde vit selon l’american way of life, et survient une crise financière comme celle des subprimes de 2007. L’ensemble des pays serait intoxiqué, ce serait une catastrophe mondiale. Il s’agit donc bien d’un enjeu  d’écologie humaine.

Propos recueillis par Juliette Bénabent. Télérama 3616 du 1 mai 2019

20 03 1996                 Pendant des années, le gouvernement britannique a tenu à rassurer ses concitoyens sur le fait que l’ESB n’est pas transmissible à l’homme, se refusant à tirer les conséquences des rapports alarmants. En décembre 1995, John Major n’hésitait pas à dire : Rien ne permet d’affirmer que l’ESB soit transmissible à l’homme. Il faudra attendre ce jour pour qu’il reconnaisse qu’il existe une variante humaine à l’ESB, la variante de la maladie de Creutzfeld Jakob. Les anglais pourraient donc bien avoir consommé de la viande contaminée pendant une bonne dizaine d’années, de 1985 à 1995. Il interdit alors l’usage dans le pays des farines animales contaminées, lesquelles, représentant un stock très important, seront exportées sans problème en Europe, et avant tout en France, pour les autres filières animales. Dans les même temps, l’Europe décrète un embargo sur le bœuf anglais. La France interdit la consommation de la moelle épinière et du cerveau des bovins français, l’iléon n’étant interdit que pour les animaux nés avant 1991.

21 04 1996               Le président de la Tchétchénie, Djokhar Doudaïev, ex général d’aviation russe est tué par des missiles russes qui l’avaient localisé  quand il téléphonait avec un satellitaire : la guerre moderne est arrivée.

04 1996                       La FDA – Food and Drug Administration – autorise la mise sur le marche de l’Isomédrine, fabriqué par les laboratoires Servier, et commercialisé sous le nom de Redux. Nombre de médecins en France savent que ce coupe faim favorise  l’HATP – l’hypertension artérielle pulmonaire -. Ce produit est commercialisé en France depuis 1976. Aux États-Unis, grosse campagne publicitaire et succès commercial immédiat : 18 millions de prescriptions dans l’année !

21 05 1996                  7 moines trappistes du monastère cistercien Notre Dame de l’Atlas sont assassinés à Tibéhirine, près de Médéa, en Algérie ; ils s’étaient refusés à quitter ce pays, fût-ce au prix de leur vie puisqu’ils savaient que les assassins du FIS pourraient un jour s’en prendre à eux. Leurs supérieurs n’avaient pas jugé bon de leur donner ordre de rentrer en France. Des années plus tard, des témoignages apparaîtront, faisant porter la responsabilité de l’affaire à la Sécurité militaire algérienne, qui aurait utilisé pour faire la besogne l’émir Abou Abderrahmane Amine, alias Djamel Zitouni, chef du GIA, Groupe Islamique Armé, en même temps qu’agent de la Sécurité militaire.

4 06 1996                   Le premier lancement de la fusée Ariane V est un échec : elle sort de sa trajectoire en moins d’une minute et la base commande sa destruction. Trois semaines plus tard, les premiers éléments de l’enquête montreront que le logiciel de commande de la trajectoire était défectueux, tout simplement pour être resté le même que pour  Ariane IV, à la trajectoire différente (moment où la fusée quitte la verticale du départ). Les deux essais suivants, dont le dernier le 21 octobre 1998, seront réussis : dès lors commencera l’exploitation commerciale d’Ariane V. Coût unitaire : environ 800 millions F.

06 1996                    Boris Eltsine limoge son ancienne garde prétorienne : Pavel Gratchev, ministre de la Défense, et Alexandre Korjakov et fait appel pour le Conseil de sécurité, sans rancune, au général Lebed, son ancien pourfendeur, qu’il limogera quatre mois plus tard.

20 06 1996                  Jean Jacques Favier participe à la mission STS 78 à bord de la navette américaine Columbia jusqu’au 7 juillet 96.

3 07 1996                 Boris Eltsine est réélu au deuxième tour président de la Russie pour un mandat qui court jusqu’au 31 décembre 1999. Quatre mois plus tard, le 5 novembre, il subira un quintuple pontage coronarien

15 07 1996                 La terre tremble à Meythet, plus précisément à 2 km sous l’aéroport d’Annecy : cheminées détruites, voitures cabossées, télévisions et vitres cassées ; magnitude 5,2 sur l’échelle de Richter ; le séisme se trouve sur une faille, dite de la Viache, d’Annecy à Bellegarde sur Valserine (Ain), reliant le Jura aux chaînes subalpines.

18 07 1996            Le vol 800, un Boeing 747 131 de la TWA, la compagnie du magnat Howard Hughes, explose quelques minutes après le décollage, au large de Long Island : 230 morts, dont 42 Français. Un an plus tard, les Américains disent toujours ne pas connaître les causes de l’accident… et la rumeur continue à parler de missile militaire tiré par erreur…

24 07 1996            Premier enregistrement d’une collision dans l’espace : ça se passe entre français : le microsatellite militaire Cerise voit le bout de son antenne coupé par un vieux morceau de fusée Ariane, le 3° étage du vol V 16, le tout à la vitesse de 50 000 km / h.

28 07 1996                  Sur une rive de la Columbia, sur le territoire de la ville de Kennewick, dans l’État de Washington, au nord-ouest des Etats-Unis, deux jeunes cherchent un bon coin pour regarder la course annuelle d’hydroglisseurs. Sur une partie éboulée, l’un d’eux butte sur un galet rond, qu’il va ramasser et qui se révélera être un crâne humain selon Jim Chatters, le paléoanthropologue local qui constate que le crâne, manifestement ancien, présente des caractères caucasoïdes comme les Européens. Il parvient à extraire 350 fragments du squelette, appartenant au même individu, très vite baptisé l’Homme de Kennewick, vieux de 8500 ans. L’os du bassin réservait une surprise : une pointe de lance en pierre taillée, presque entière, y était restée enfoncée. Elle serait la cause la plus probable de la mort de l’individu. Preuve s’il en est que le port d’arme en usage libre aux Etats-Unis est une très vieille histoire.

Tout cela va donner lieu à une solide empoignade entre les tribus indienne locales – Colville, Nez-Percé, Umatilla, Yakama et Wanapum -, qui voulaient enterrer selon les rites sacrés celui qu’elles appellent l’Ancien, les scientifiques, conduits par l’anthropologue Douglas Owsley, du Musée national d’histoire naturelle de la Smithsonian Institution, qui demandaient à pouvoir étudier les ossements et le gouvernement fédéral. Les Indiens n’accordent a priori aucune confiance à la science du blanc, surtout que celle-ci avait dit dans un premier temps que l’homme de Kennewick était d’origine européenne. Le ministère de l’intérieur ayant commencé par céder aux arguments des tribus, le chercheur n’avait pas hésité à poursuivre le gouvernement fédéral, son propre employeur, avec sept collègues, pour empêcher la restitution. Après dix ans de contentieux, un juge avait donné, en 2004, aux scientifiques le droit d’étudier temporairement l’homme de Kennewick. En  2005 et 2006, les anthropologues avaient eu seize jours pour étudier les restes. Après les mesures crâniennes, Douglas Owsley avait suggéré que l’homme de Kennewick était lié aux Ainu, les populations indigènes du Japon, ou à des peuples de Polynésie.

Une étude publiée le 18  juin 2015 dans Nature viendra confirmer sa thèse. Selon l’analyse de l’ADN des restes du fossile datant de quelque 8500  ans, l’homme de Kennewick est génétiquement lié aux Amérindiens, et non aux populations européennes préhistoriques.

Dans leur texte, les auteurs de l’étude, dirigée par Eske Willerslev, du laboratoire de paléogénétique de l’université de Copenhague, affirment avoir pu établir que l’homme de Kennewick est plus proche des Amérindiens modernes que de toute autre population dans le monde entier. Une prouesse scientifique : le séquençage du génome a été obtenu à partir de 200 mg d’os prélevés sur un doigt de la main. Les chercheurs pointent plus précisément une proximité avec la tribu Colville. Nous ne pouvons pas affirmer que les Colville sont les descendants vivants les plus proches de l’homme de Kennewick : l’échantillon de référence est trop petit, a indiqué Eske Willerslev. Mais nous pouvons dire qu’ils lui sont liés de très près.

Les conclusions publiées par Nature invalident donc son opinion et contredisent les études morphologiques. Elles n’en résolvent pas pour autant la question de l’origine du peuplement de l’Amérique. La théorie de l’arrivée par le détroit de Béring il y a environ 10 000  ans est mise en question depuis quelques années par de nouvelles découvertes d’indices de populations antérieures.

Corine Lesne             Le Monde du 24 06 2015

17 08 1996          Claudie André-Deshays s’envole de Baïkonour pour la station Mir pour deux semaines : mission Cassiopée (études sur l’homme et l’animal). C’est la première Française, et quelle Française !.. à aller dans l’espace ; avec sa classe, elle pourrait prendre des récréations de temps en temps en faisant des défilés de Dior ou de quelque autre grand couturier…bien sur dans l’espace :  ça aurait une gueule ! ! !

31 08 1996                 Alexandre Lebed parvient à signer la paix de Khassaviourt, en Tchétchénie : les Russes se retirent, après avoir laissé 40 000 des leurs dans cette sale guerre. Boris Eltsine ne va pas tarder à se débarrasser d’un collaborateur aussi dangereux ; mais Lebed ne partira pas sans biscuits et distillera au fur et à mesure de ses voyages à l’étranger quelques petites choses dérangeantes, telles la fabrication pendant des années de petites bombes atomiques de moins de 30 kilos, dont les concepteurs, non payés, sont aujourd’hui éparpillés dans la nature, et leurs bombes de même [les États-Unis ont reconnu avoir fabriqué le même genre de jouets de 1963 à 1989]… et encore ces ventes de 1 600 chars d’assaut par les soins de Pavel Gratchev, ministre de la Défense chaud partisan de la guerre en Tchétchénie, pour son seul profit personnel, aux Croates, Serbes, Bosniaques, Azéris, qu’il comptait imputer aux pertes en Tchétchénie ! De 1992 à fin 1997, la Russie aura reçu des organisations internationales occidentales la bagatelle d’environ 72 milliards de $ d’aide ! ! Fin 1998, ils en redemandaient  encore !  Et la rallonge leur sera accordée.

28 09 1996                    Les talibans s’emparent de Kaboul. L’obscurantisme s’abat sur le pays :

  1. Les chauffeurs ont l’interdiction de transporter des femmes qui ne portent pas de burkha. S’ils transgressent cette interdiction, ils seront emprisonnés. Si de telles femmes sont observées dans la rue, leurs maisons seront visitées et leurs maris punis. Si elles portent des vêtements stimulants ou attirants sans être accompagnées d’un parent de sexe masculin, il est interdit au chauffeur de les transporter.
  2. Les cassettes et la musique sont interdites dans les commerces, les hôtels, les véhicules de transport et les ricks-haws. Si une cassette est trouvée dans un magasin, le propriétaire sera emprisonné et le magasin fermé. Si une cassette est trouvée dans un véhicule, il sera confisqué et son propriétaire emprisonné.
  3. Tout homme qui porte une barbe rasée ou taillée sera emprisonné jusqu’à ce que sa barbe ait atteint la longueur d’une main.
  4. La prière est obligatoire partout et se fait à heures fixes. Les horaires exacts de prière seront annoncés par le ministère de la Promotion de la Vertu et de la Prévention du Vice. Les transports doivent obligatoirement cesser quinze minutes avant l’heure de prière. Il est obligatoire d’être à la mosquée pendant la prière. Si de jeunes hommes sont vus dans les magasins, ils seront immédiatement emprisonnés.
  5. Interdiction des jeux de pigeons et des combats d’oiseaux. Ce passe-temps doit cesser. Les pigeons et oiseaux utilisés dans les jeux et les combats doivent être tués.
  6. Les consommateurs de drogue seront emprisonnés et des enquêtes seront effectuées pour trouver le vendeur et le magasin. Le magasin sera fermé et les deux criminels, le propriétaire et le consommateur, seront emprisonnés et punis.
  7. Les jeux de cerf-volant ont des conséquences inutiles comme les paris, les morts d’enfants et l’absentéisme à l’école. Les magasins vendant des cerfs-volants seront éliminés. 
  8. Images et portraits doivent être éliminés des véhicules, commerces, maisons, hôtels et autres. Les propriétaires doivent détruire les images dans tous les endroits cités. Les véhicules où se trouvent des images d’êtres vivants seront arrêtés.
  9. Les centres doivent être découverts et les joueurs emprisonnés pendant un mois.
  10. Les hommes aux cheveux longs seront arrêtés et conduits au ministère de la Promotion de la Vertu et de la Prévention du Vice pour se les faire couper. Le criminel devra payer le coiffeur.
  11. Les intérêts sur les prêts, les commissions de change et les taxes sur les transactions sont interdits par l’islam. Si ces règles sont transgressées, le criminel subira une peine d’emprisonnement longue.
  12. Interdiction de laver des vêtements sur les rives des fleuves dans les villes. Les femmes qui transgressent cette loi seront arrêtées de manière islamique respectueuse et raccompagnées chez elles où leurs maris seront sévèrement punis. 
  13. Interdiction de la musique et de la danse lors des mariages. Si cette interdiction est transgressée, le chef de famille sera arrêté et puni. 
  14. Interdiction de jouer des percussions. Si quelqu’un joue des percussions, le conseil religieux des anciens décidera de la peine à appliquer. 
  15. Interdiction aux tailleurs de confectionner des vêtements pour femme et de prendre les mesures de femmes. Si des magazines de mode sont trouvés dans son magasin, le tailleur sera emprisonné. 
  16. Interdiction de la sorcellerie. Tous les livres sur ce sujet seront brûlés et le magicien sera emprisonné jusqu’à ce qu’il se repente.

 Outre ces seize points une demande fut adressée aux femmes de Kaboul :

Femmes, vous ne devez pas sortir de votre foyer. Si vous le faites, ce ne doit pas être comme les femmes qui, avant l’arrivée de l’islam dans ce pays, avaient l’habitude de sortir avec des vêtements à la mode et de se maquiller abondamment pour s’exposer à la vue de n’importe quel homme.

L’islam est une religion salvatrice qui a établi la dignité spécifique de la femme : les femmes ne doivent pas permettre que soit attirée sur elles l’attention d’hommes mauvais les regardant d’un mauvais regard. Les femmes sont chargées d’élever et de rassembler leur famille et de s’occuper des repas et des vêtements. Quand les femmes sont obligées de sortir de chez elles, elles doivent se couvrir conformément à la charia. Si des femmes sortent avec des vêtements modernes, ornés, près du corps et conçus pour plaire, afin de s’exposer à la vue de tous, elles seront maudites par la charia islamique et ne pourront jamais s’attendre à arriver au ciel. Elles seront menacées, feront l’objet d’enquêtes, seront sévèrement punies par la police religieuse comme par les anciens de la famille. La police religieuse a la responsabilité et le devoir de lutter contre ces problèmes sociaux et elle poursuivra ses efforts jusqu’à l’anéantissement du mal.

 Allahu akbar – Dieu est grand.

16 10 1996                  82 morts lors d’un match de foot pour les éliminatoires du Mundial au Guatemala.

10 1996                      Jean Arthuis décide que le contribuable mettra la main à la poche encore une fois pour boucher  le nième trou du Crédit Lyonnais : de 40 milliards de renflouement par l’État, on est passé à 100 en 1996. En  1997, le trou est désormais estimé dans une fourchette de 70 à 150 milliards de francs, montant imputable à des erreurs de gestion.  Le montant de ce qui relève de la pure et simple escroquerie serait de 3 milliards. Jean Maxime Lévesque a été inculpé mais bon nombre de responsables de ce gouffre, continuent à couler des jours heureux, y compris le premier d’entre eux, Jean Yves Haberer, qui attendra mars 98, pour être mis en examen, et seulement au titre de président d’Althus et non du Crédit Lyonnais. Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. La presse avait pourtant commencé à tirer quelques fusées éclairantes dès 1991, mais que voulez-vous, bonnes gens , un licenciement ça coûte à l’employeur autour de 600 000 F, Jean Yves Haberer, patron de l’époque s’entendait au mieux avec Pierre Bérégovoy… et le Directeur du Trésor n’était autre que Jean Claude Trichet. Aujourd’hui, quatre vingt trois plaintes sont en cours, concernant les filiales ; nul ne sait si le procès du Crédit Lyonnais lui- même aura lieu ; personne ne cherche à déclencher l’opération, car chacun sait qu’il est déjà trop vieux pour espérer en voir la fin. Un Consortium de Réalisation, dirigé par Michel Rouger, remplacé en 1998 par Raymond Levy, à la tête de 500 juristes plutôt bien payés essaie de démêler le sac de nœuds, en vendant au mieux ce qui peut l’être : François Pinault y fera de très juteuses affaires. Les frais annuels de fonctionnement du CDR sont de 1,5 milliard F, dont 0,6 pour les seuls frais d’avocats.

7 11 1996                    Lancement de la sonde américaine MGS : Mars Global Surveyor : elle arrivera la 11 septembre 1997. Son altimètre laser lui permettra de dresser une carte topographique de Mars, avec une marge d’erreur de 13 mètres maximum. Elle apporte des éléments prouvant que de vastes zones de la planète ont été autrefois inondées. À peu près au même moment, lancement russe de Mars 96… qui retombe sur terre quelques instants après le décollage.

1996                            62, 4 millions de touristes en France cette année, les étrangers dépensant  60 milliards. 67 millions en 1997… La France est, de très loin, le pays le plus visité du monde. Toujours en France, premières mesures de précaution concernant les farines destinées à l’alimentation bovine, en réaction au développement de l’ESB. Premier décès en Angleterre dû à la variante de la maladie de Creutzfeldt Jakob.

Une institutrice de Mont de Marsan explique les conditions de son métier :

Aujourd’hui, l’école, concurrencée par les médias, n’est plus le lieu unique du savoir. Les gosses ont plus de connaissances qu’avant, mais en vrac. En même temps, beaucoup de parents n’ont plus le mode d’emploi de leurs enfants. L’école a été rattrapée par la crise sociale et subit le choc des familles monoparentales, du chômage… Nous, on encaisse les conséquences sans pouvoir agir sur les causes…

Les parents se sont enfermés  dans un rapport de consommateurs vis-à vis de l’école. Il veulent absolument que leurs enfants réussissent. Or, les écarts grandissent. Autrefois, le monde paraissait plus cohérent. Apprendre aux gamins les valeurs de respect, de tolérance, semble tellement loin de ce qu’ils vivent… Je me sens démunie, abandonnée au confluent de toutes les difficultés de la société.

Françoise Loustau, épouse Vincent, Télérama N° 2482 6 Août 1997.

Sa grand mère, Étiennette, 87 ans, elle aussi institutrice jusqu’en 1963 se confie aussi :

Je me sens vieille comme Mathusalem. J’arrive d’un autre monde, d’une autre vie. On se contentait de peu. Nous passions nos vacances à l’école, sous les ormeaux, à faire de la couture, à lire, à se promener à vélo. Sur les chemins, les enfants soulevaient leur béret pour nous saluer. Aucun d’eux ne songeait à, comment vous dites, déjà ?, à taguer, ni à détériorer la classe. J’exerçais mon métier sans me préoccuper de l’administration ou des réformes. J’enseignais comme j’étais bâtie, avec mon intelligence et mon cœur.

Etiennette Loustau, institutrice retraitée. Télérama N° 2482 6 Août 1997.

Franco Bassanini, socialiste, puis démocrate de gauche en Italie, fondateur du Think Tank Astrid, spécialisé dans l’étude de la réforme de l’État, devient ministre chargé de la réforme de l’État dans le gouvernement Prodi. Il le reste jusqu’à 2001, dans les deux gouvernements D’Alema et Amato. La richesse de l’arsenal législatif de l’Italie n’avait alors rien à envier à la richesse archéologique de Rome : une incroyable superposition de strates, une sédimentation depuis la naissance du pays au XIX° siècle : pas moins de 150 000 lois… dont 40 000 sont encore en vigueur ; petit florilège :

  • 1925    détermination du nombre de crachoirs adéquats dans les hôtels
  • 1931    interdiction du métier de charlatan
  • 1998    les propriétaires de plantes carnivores doivent faire connaître leur existence et leur décès au garde-champêtre

Sous son impulsion, les gouvernements de gauche mènent une réforme marquée par la réduction du nombre de ministères à douze, la simplification des procédures administratives – le délai pour ouvrir une activité est passé de 3 ans à 3 mois, les documents administratifs de 38 millions à 5,6 millions par an -, la décentralisation de fonctions autrefois gouvernementales en appliquant le principe de subsidiarité qui veut que tout ce que peut faire la plus petite collectivité ne soit pas pris en charge par une plus grande. Point majeur de la réforme : 80 % des fonctionnaires passent volontairement sous un régime de droit privé à la place du statut de fonctionnaire. Il introduit également la rémunération au mérite. La dépense pour la rémunération du personnel public est réduite de 12,6 % du PIB en 1992 à 10,6 % du PIB en 2000.

Pareil homme ne pouvait laisser la France indifférente : il va être reconnu, invité et participera aux propositions de réformes françaises : administrateur de l’ENA de 2001 à 2005, membre du comité d’évaluation des stratégies ministérielles créé en 2003 par Jean-Pierre Raffarin, membre de la Commission pour la libération de la croissance française – Commission Attali -. Il y a en particulier prôné une dérégulation de la fonction publique, sur le modèle de la réforme italienne. la fonction publique, en France comme en Italie, souffre d’un excès de régulation. On peut en améliorer la qualité en réduisant effectifs et coûts de gestion. [suite sur le Figaro du 14 octobre 2007]. Mais la France n’est pas l’Italie, et innombrables sont les forteresses qui défendent bec et ongles le statu quo, l’immobilisme. Pour s’attaquer à cela, il faudrait un courage dont est complètement dépourvu l’ensemble de la classe politique. Aucune réforme française n’a atteint le dixième de celle qu’a impulsé cet italien chez lui.

Naissance du groupe de Shangaï qui comprend la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, et le Tadjikistan,  qui deviendra l’OCS avec l’intégration de l’Ouzbékistan en 2001. Il s’agit de coopération pour être à même de mieux lutter contre les fléaux que sont le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme. Nombre de voisins y participent en tant qu’observateurs.

L’Espace économique unifié, projet ambitieux que la participation souhaitée de l’Ukraine a considérablement compliqué, est une des variantes de la restauration de l’autorité russe. Sans doute le projet a-t-il traîné à cause de Kiev. Mais sa mise en œuvre, au début de l’année 2010, aux termes de l’accord signé à Minsk le 27 novembre 2009, lors du sommet de l’Union économique eurasienne (Evrazec), doit prendre la forme d’une union douanière regroupant Russie, Biélorussie et Kazakhstan. Le président Medvedev, signataire de l’accord, a tenu à en définir l’ambition. C’est une étape sur la voie de l’Espace économique unifié qui devrait voir le jour en 2012 et, a-t-il précisé : Vous savez comment est née l’Union européenne ? En combien de temps l’Union intégrée, qui n’était au départ qu’une union autour du charbon et de l’acier, s’est constituée ?… Nous allons dans la même direction, à un rythme convenable Le propos indique bien la direction suivie : le modèle, c’est l’intégration européenne, ce dont témoigne, au chapitre des mesures adoptées pour compléter l’espace douanier, la création d’un Fonds commun de crise.

L’Organisation du traité de sécurité collective, dont font partie quatre Etats d’Asie centrale, participe aussi de cette logique de rassemblement autour de la Russie dans un cadre communautaire, ce qui dissimule quelque peu le rôle pivot joué par Moscou.

Mais la Chine est étrangère à ces deux instances qui ne sont pas spécifiquement d’Asie, alors que le groupe de Shanghai, lui, est une institution asiatique dont Moscou et Pékin sont les moteurs, et c’est ce qui lui confère une place toute particulière dans la nouvelle dynamique des rapports russo-chinois.

L’organisation de Shanghai est à tous égards une création inédite, d’un nouveau type, comme le répètent à l’envi responsables et experts russes. Elle est née à Shanghai, en 1996, de l’accord sur un projet de sécurité régionale entre cinq Etats : Russie, Chine, Kazakhstan, Tadjikistan, Kirghizstan. A l’origine, il s’agit d’assurer la sécurité des frontières des Etats signataires dans une région riche en conflits frontaliers, déclarés ou potentiels. Plus de 8 000 kilomètres de frontières communes courent entre Chine-Russie, Chine-Kazakhstan, Tadjikistan-Kirghizstan, mais aussi entre ces trois Etats d’Asie centrale et, enfin, entre Russie et Kazakhstan.

L’accord conclu à Shanghai permet d’espérer la stabilisation d’une région menacée avant tout par la situation afghane. Ce qui était à l’origine un traité régional aux objectifs restreints va cependant très vite évoluer pour devenir une alliance régionale plus importante, puis un système d’alliances débordant l’Asie centrale. Lors du sommet qui réunit du 14 au 16 juin 2001, pour le cinquième anniversaire de sa création, les membres du groupe à Shanghai, celui-ci se transforme en effet en Organisation de coopération de Shanghai et se donne d’emblée des objectifs plus ambitieux que ceux de 1996. La lutte contre les trois fléaux majeurs de l’époque – terrorisme, séparatisme extrémisme – figure désormais au programme de l’organisation, aux côtés des problèmes de sécurité régionale. L’organisation s’élargit aussi géographiquement à l’Ouzbékistan, qui quitte le GUAM et la rejoint au moment où elle prend sa forme définitive. Elle se dote alors de structures permanentes : un secrétariat installé à Pékin et une structure antiterroriste régionale dont la création, évoquée dès 2001, aura lieu en 2004 à Tachkent.

Organisation centro-asiatique à l’origine, le rassemblement de Shanghai va s’ouvrir en peu de temps à d’autres pays d’Asie, accueillis comme observateurs : la Mongolie en 2004 ; l’Inde et le Pakistan en 2005, lors du sommet d’Astana ; l’Iran, invité au sommet de Shanghai de 2006 en la personne du président Ahmadinedjad ; enfin, en 2007, au sommet de Bichkek, l’organisation a accueilli, sans qualifier encore leur statut, des représentants de l’Afghanistan et du Turkménistan. De même, le secrétaire général adjoint de l’ONU, l’Américain Lynn Pascoe, était-il présent à ce sommet. Les quatre États qui ont reçu le statut d’observateurs pourraient d’ailleurs devenir membres de l’organisation : tel est du moins le souhait de la Russie. Mais le président mongol hésite à s’engager trop avant, tandis que la Chine freine le mouvement dès lors qu’il s’agit d’intégrer pleinement l’Inde et l’Iran. Dans le cas de l’Inde, les raisons qui sous-tendent le désir russe de l’incorporer et la volonté chinoise d’éviter un tel changement statutaire sont patentes. Pour la Russie, l’Inde, qui n’a pas d’intérêts propres en Asie centrale, équilibrerait le face-à-face des deux grands protecteurs au sein de l’organisation, et élargirait le champ des grands Etats présents dans la région ; elle y est donc favorable, puisqu’elle n’y est déjà plus seule. Si la Chine ne favorise pas ce projet, en revanche, c’est précisément qu’elle ne tient pas à y installer une puissance qui puisse un jour se trouver en rivalité avec elle. Dans le cas de l’Iran, la position russe n’est pas moins intéressée : Moscou, qui est en peine de soutenir les ambitions nucléaires de Téhéran, au risque d’affaiblir sa propre position à l’échelle mondiale, voit, en l’attirant en Asie centrale, une compensation à l’aide limitée qu’elle lui apporte. Mais la Chine, de son côté, est inquiète de voir l’organisation défier les États-Unis, ce qui serait le cas si l’Iran était pour de bon incorporé au groupe de Shanghai.

Ces désaccords feutrés sur la composition de l’organisation ne doivent cependant pas dissimuler l’essentiel des avantages qu’elle représente pour la Russie. Tout d’abord, c’est son appartenance en position centrale à l’OCS qui légitime définitivement son identité asiatique et sa prétention à jouer un rôle en Asie, non comme État extérieur s’ingérant dans la vie de la région, mais comme puissance de la région. Dans sa formation d’origine comme dans sa composition élargie, l’organisation de Shanghai est une alliance asiatique et centro-asiatique, et la Russie y figure comme État d’Asie ou Eurasie. Par là aussi, le rôle revendiqué par Moscou en Asie centrale ne prête pas à contestation.

L’organe régional de 1996 aux visées modestes est bel et bien devenu, en quelques années, une alliance multilatérale dans laquelle Russie et Chine jouent un rôle déterminant, même si les orientations défendues par les deux pays ne sont pas toujours identiques. Pour la Russie, l’objectif est d’abord de sécurité et de coopération militaire, tandis que la Chine insiste davantage sur la coopération économique. L’organisation pourrait-elle donner naissance à une zone de libre échange ? Ici, les immenses capacités commerciales de la Chine effraient non seulement la Russie, incapable de fournir les mêmes efforts, mais aussi les élites locales qui craignent de tomber dans la dépendance économique quasi exclusive de Pékin.

Cette alliance – car c’est bien d’une alliance qu’il s’agit, même si l’on ne saurait la comparer à l’OTAN -a acquis, avec les ans, une solidité et une efficacité que l’on ne peut contester. Les manœuvres militaires dans le cadre de Mission de Paix, où la Russie déploie chaque année des forces impressionnantes, présentent l’avantage d’offrir d’elle l’image d’une puissance – image qu’elle n’avait plus quelques années auparavant. Pour Moscou, c’est un facteur d’influence non négligeable qui explique l’insistance mise à privilégier les aspects militaires de cette alliance. De surcroît, la Russie a tenté de lier le Traité de sécurité collective à l’organisation de Shanghai en proposant le déploiement de manœuvres communes pour Mission de Paix 2007, arguant du fait que le Traité de sécurité collective disposait de forces propres, d’une force de réaction rapide, alors que l’organisation de Shanghai, elle, en était dépourvue. Le Traité de sécurité collective ayant dans sa mission les mêmes objectifs et plus ou moins le même programme politique, la proposition semblait légitime. Elle offrait aux yeux de Moscou un grand avantage : contrairement à la Chine, seule la Russie est membre des deux organisations, et elle est en outre le chef de file du Traité de sécurité collective. Un accord sur des manœuvres communes lui aurait donc conféré un poids particulier en Asie centrale, où elle serait devenue la force militaire dominante. L’opposition chinoise a fait échouer ce projet.

Mais ce sont là des divergences mineures qui ne doivent pas faire oublier les impressionnants progrès accomplis par l’organisation. Elle a su se faire entendre, sinon obéir, lorsqu’elle a réclamé le retrait des bases américaines. Elle a aussi doté les Etats membres de moyens de multiplier les liens entre eux, coordonné leurs luttes à travers la structure antiterroriste et développé une véritable coopération militaire sur le terrain.

Pour la Russie, les bénéfices tirés du développement de l’organisation de Shanghai sont réels. Sans doute ceux qui soutiennent que Russie et Chine sont condamnées à brève échéance à entrer dans une compétition ouverte, voire dans une confrontation, considèrent-ils qu’il s’agit là d’une opération opportuniste de courte durée, sans avenir. Mais, si l’on souscrit à l’idée que la Russie tient de plus en plus à préserver son partenariat avec la Chine, alors il faut admettre que l’organisation de Shanghai en est une des composantes fortes. Elle permet à Moscou d’accepter la présence de la Chine en Asie centrale et de tenir compte de ses intérêts dans la région, intérêts qu’elle ne peut ni ignorer ni vaincre. La Russie a inscrit dans sa politique étrangère le principe du pragmatisme. Elle sait que la Chine fait désormais partie du paysage centro-asiatique. Grâce au groupe de Shanghai, elle limite les conséquences de cet état de fait et y contrôle en partie les progrès de l’influence chinoise. Si la Russie n’était membre que du Traité de sécurité collective face à une organisation de Shanghai dominée par la Chine, cette division tournerait aussitôt à une lutte d’influences, voire à une confrontation, alors que la cogérance russo-chinoise de l’organisation apaise les tensions et renforce le rôle de la Russie sur l’échiquier centro-asiatique. En outre, le tandem russo-chinois caracolant en tête de l’organisation permet de contenir les ambitions américaines manifestées après le 11 septembre 2001 et de rassembler un groupe d’Etats, tous asiatiques, qui, sans verser dans un anti-américanisme effréné – Pékin, mais aussi Moscou y veillent -, mettent en lumière la position marginale des Etats-Unis, puissance extérieure à la région et à ses intérêts.

Même si le groupe de Shanghai n’est pas une alliance comparable à l’OTAN, il offre pour la Russie un autre avantage. De par son unité, il s’oppose à la CEI, toujours divisée par des mécontentements et par la méfiance de la plupart des Etats envers Moscou. Le groupe de Shanghai se présente comme un complément à une CEI difficile à gérer et qui ne progresse guère dans la voie de la concorde et de l’unité. Tandis que la CEI reste, pour nombre de ses membres, une structure évocatrice de l’impérialisme russe, le groupe de Shanghai — la présence de la Chine en son sein est à cet égard précieuse – ne suggère en rien une domination ou des projets impérialistes de Moscou. La Russie en est certes un membre de grande importance, mais elle n’est pas seule dans ce cas. La présence de la Chine, de l’Inde peut-être bientôt, l’exonère de tout soupçon de vocation dominatrice. Cet avantage, dû au tandem qu’elle y forme avec la Chine, la Russie le reconnaît en prenant en compte les intérêts chinois en Asie centrale. La volonté de Pékin de ne pas se laisser déborder par le séparatisme ouïgour implique qu’il puisse compter sur la solidarité des Etats voisins. Pour leur part, les gouvernements autoritaires de la région ne sont guère enclins à soutenir ces frères musulmans qui se réclament de libertés qu’eux-mêmes refusent à leurs administrés. Quant à la Russie, par hostilité à toutes les révolutions de couleur, elle appuie les régimes en place et, par là même, répond aux intérêts chinois. L’accord entre Moscou et Pékin sur les conditions de la stabilité en Asie centrale est profond ; il repose pour les deux capitales sur des préoccupations intérieures, ce qui renforce encore leur intérêt commun pour l’organisation de Shanghai. Celle-ci, à son tour, conforte leur coopération et leur partenariat stratégique.

Les États d’Asie centrale membres de l’organisation de Shanghai y trouvent aussi leur compte. Tout d’abord, en s’élargissant à l’Ouzbékistan et dans une certaine mesure au Turkménistan dont le président, en dépit de ses réticences, a participé au sommet de Bichkek, l’OCS se présente toujours davantage comme une instance représentative de l’ensemble de la région. En accueillant des Etats comme l’Inde ou l’Iran, elle leur offre aussi des ouvertures internationales qui leur confèrent une nouvelle dimension. Grâce au tandem russo-chinois, les Etats centro-asiatiques ne sont plus menacés d’être mis sous la tutelle d’une seule grande puissance, mais peuvent au contraire manœuvrer entre Chine et Russie, voire – on l’a vu dans la querelle des bases – inclure les Etats-Unis dans ces manœuvres et défendre leurs intérêts en jouant des rivalités des grands. Au sein de l’organisation, la Russie et la Chine pèsent certes d’un poids réel, mais tous les États d’Asie centrale – dont certains sont particulièrement vulnérables, comme le Kirghizstan ou le Tadjikistan, en raison de l’absence de ressources naturelles, ce qui leur interdit d’adopter, comme le fait le Turkménistan, des postures très indépendantes – disposent sans exception d’un forum pour se faire entendre. Leur soutien à l’organisation et à ceux qui en sont les chefs de file s’en trouve accru. Et la Russie, habituée au sein de la CEI à des partenaires peu commodes, jouit ici d’un cadre de relations apaisées avec ses anciens sujets.

Si l’on ne peut préjuger de l’avenir de l’organisation de Shanghai et si l’on ne saurait la définir comme un pendant de l’OTAN en Asie, force est de constater qu’en quelques années elle s’est imposée dans la région et au-delà, et qu’elle est devenue une structure parfaitement acceptée par tous ses membres, qui gagne constamment en importance géopolitique. Ce constat diffère de celui qui peut être fait pour le Traité de sécurité collective, annoncé à grand fracas comme un OTAN d’inspiration russe, mais qui piétine, peut-être parce que trop lié à la CEI, alors que l’organisation de Shanghai, qui véhicule aussi les ambitions russes en Asie, permet à l’action de la Russie, qui y apparaît en tant que pays eurasiatique, de n’être pas obérée par les arrière-pensées et les amertumes de la CEI. Dans le groupe de Shanghai comme dans toute sa politique asiatique, la Russie se présente comme un pays neuf, débarrassé du poids de son empire et de toute ambition impériale.

Pour Moscou, l’organisation de Shanghai est donc un atout précieux qui, dans la compétition géopolitique affectant son ancien espace de domination, lui offre la possibilité de changer de rôle. Dans la CEI globalement entendue, en dépit de ses protestations et surtout malgré la retenue qu’elle a observée jusqu’en 2008 face à l’hostilité de ses anciens sujets, notamment dans les révolutions de couleur, la Russie a toujours été perçue comme l’ancienne puissance dominante. Dans le cadre de l’organisation de Shanghai, au contraire, où elle ne peut revendiquer de zone d’influence ni arguer de quelques droits historiques, elle s’est taillé en peu d’années un rôle inédit, celui de partenaire égal à l’ensemble de la communauté qui s’est formée depuis 1996 et surtout à compter de 2001.

Dans le grand jeu asiatique qui se dessine, ce nouveau rôle permet à la Russie de n’être plus que l’Eurasie, et non un avatar de l’ancien Empire. La transformation de l’Asie centrale, région d’importance seconde, en théâtre principal de la géopolitique contemporaine, aura fortement contribué à cette mue.

Hélène Carrère d’Encausse         La Russie entre deux mondes           Fayard 2010

1 01 1997                    Interdiction en France de l’amiante. Une étude Inserm-INVS de 2012 évalue le bilan potentiel de l’hécatombe entre 130 000  et 180 000 décès. Sans compter le coût financier pour la société. Pour la seule année 2015, 965  millions d’euros ont été versés au titre des maladies professionnelles liées à l’amiante selon l’Assurance-maladie, 623  millions d’euros au -titre de l’allocation de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante (Acaata), et 438  millions d’euros pour le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA), soit un total de plus de 2  milliards. Vingt ans plus tard, l’affaire sera toujours devant les tribunaux, le parquet manœuvrant sans cesse pour que les coupables bénéficient d’un non-lieu.

17 01 1997                  Parti le 15 novembre 1996 de l’île Berkner, au sud-est de l’Argentine, le Norvégien Borge Ousland, 34 ans, parvient sur la Base Mac Murdo, sur l’île de Ross,  à l’autre extrémité de l’Antarctique, après être passé par le pôle sud : 2 840 km en 64 jours, en solitaire et sans assistance !

01 1997                      Sur le versant sud, – italien – du Mont Blanc, 2,5 millions de mètres cubes de roche se détachent de l’éperon de la Brenva, provoquant une gigantesque avalanche qui déferle jusqu’au fond du val Veni, remontant le versant opposée et tuant deux skieurs. En Tchétchénie, Alan Maskhadov est élu président de la république, mais il se laissera vite déborder par plus radicaux que lui, Chamil Bassaïev et Salman Radouïev qui organiseront des attentats sur le sol russe,   à l’origine d’une seconde guerre de Tchetchénie.

13 02 1997                  Loi portant création de Réseau Ferré de France (RFF). RFF devient propriétaire et gestionnaire du réseau ferré français, et se voit transférer la dette relative au réseau. La SNCF devient entreprise ferroviaire mais continue d’assurer l’entretien des voies et la gestion des circulations pour le compte de RFF dans le cadre d’une convention ad-hoc.

23 02 1997                 Incendie à bord de Mir : Sacha Lazoutkine se prépare à changer une cartouche de perchlorate de lithium destinée à un générateur d’oxygène quand une longue flamme jaillit de l’appareil. Un extincteur ne fonctionne pas, deux autres restent accrochés  à leur support. Un astronaute commence à préparer un des deux Soyouz arrimés à la station pour une évacuation d’urgence quand un autre astronaute parvient à éteindre l’incendie ! L’incident, l’incendie auraient duré une dizaine de minutes.

02 1997                     Jean Arthuis décide que le contribuable paiera encore une fois  les fabuleux trous creusés par nos très chers Énarques ; cette fois-ci il s’agit de ceux qui ont dirigé le GAN… et l’ardoise est d’environ 50 milliards. L’État s’engage à en éponger 9.

03 1997                      Vladimir Poutine est nommé N° 2 de l’Administration présidentielle en Russie et prend la tête de la mystérieuse Direction du Contrôle… du contrôle en fait, de la corruption dans les régions. Cela permet de se faire de nombreux dossiers… Ce n’est qu’en juillet 1998 qu’il sera nommé à la tête du FSB.

En matière de répression des minorités, la Chine fait du sur place. Mais ils sont de plus en plus nombreux ceux qui n’hésitent pas à affronter la prison, voire la mort, pour dire ce qui est : Rebiya Kadeer, mère courage des Ouïgours.

À quoi pense-t-elle, Rebiya Kadeer, en regardant les 3 000 députés de l’Assemblée nationale populaire chinoise devant lesquels, elle s’apprête à prendre la parole ? Est-elle nerveuse ? Anxieuse ? Tremblante ? A-t-elle le moindre doute sur ce qu’elle s’apprête à faire ? Allons ! Elle est bien trop fière pour avouer une quelconque faiblesse. Mais on croit volontiers que son cœur bat la chamade et que cette allure altière qui semble défier tous les hiérarques de Chine cache un trac inédit chez cette combattante-née. C’est la première fois qu’en tant que députée, choisie par le Parti en raison de son fabuleux succès dans les affaires, elle s’exprime dans cet immense Palais du peuple situé sur la place Tiananmen à Pékin, et elle sait pertinemment que ce sera la dernière. Car ce qu’elle va dire est impensable devant pareille instance. C’est du soufre. Elle sait qu’elle se condamne.

Bien sûr, comme le veut la règle, elle a transmis aux cadres du Parti il y a plusieurs jours une copie de son supposé discours. Elle y rendait hommage au communisme et à la grande sagesse de ses leaders éclairés. Elle soulignait combien sa région natale du Xinjiang, à l’extrême ouest du pays et autrefois indépendante sous le nom de Turkestan oriental, bénéficiait de l’apport des Chinois qui avaient fourni instruction et richesse aux Ouïgours, peuple autochtone de culture musulmane. Bref, elle flattait outrageusement le pouvoir, disant exactement le contraire de sa pensée pour tromper la censure. Car il s’agissait d’un faux discours ! Le vrai, c’est maintenant qu’ils vont l’entendre, lu par l’interprète officiel qu’elle a rencontré hier soir dans le plus grand secret et qui, dans une minute, va traduire ses propos du ouïgour au chinois. Elle sait que la loi interdit d’interrompre l’orateur une fois son discours entamé. Ce sera donc son grand moment.  » Le tournant de ma vie, dit-elle aujourd’hui. Un point de non-retour.

Elle fait face à la salle : un hémicycle de deux étages bourré de représentants du peuple venus de toute la Chine ; les galeries supérieures réservées aux journalistes. Le gouvernement et le président sont assis derrière elle. Elle tend son texte à l’interprète. Il tremble sans doute plus qu’elle. Mais il se lance sans fléchir ; elle surveille. Puis il bafouille, se reprend, accélère, impatient d’en finir : Est-ce notre faute si les Chinois occupent nos terres ? Si nos conditions de vie sont si précaires ?L’interprète s’éponge le front, la salle est stupéfaite. Tous les yeux sont braqués sur elle. Alors, elle enchaîne, le sang bouillonnant, presque hors d’elle. Elle ne lit pas le chinois, mais elle peut le parler lorsqu’elle s’est préparée, et la fièvre du moment lui fait pousser des ailes. En vingt-sept minutes, elle décrit la tragédie ouïgoure comme aucun Chinois ne l’avait jamais perçue. L’expropriation des paysans privés de leurs terres arables et quasiment interdits de travail au pays, leur transfert forcé dans les usines du Sud, l’extrême pauvreté et le génocide culturel, les campagnes publicitaires pour attirer dans les villes chinoises les jeunes filles ouïgoures exploitables dans les maisons closes, l’incroyable différence de traitement entre Chinois et Ouïgours en matière de droits, d’écoles, de salaires ; les exactions policières (tuer quelqu’un est devenu aussi fréquent qu’abattre un oiseau), les milliers de prisonniers politiques… Et pourquoi le gouvernement fait-il émigrer les malades du sida de toute la Chine vers nos villes ? Quel est le but des autorités ? Tout y passe, avant de terminer par un appel à une réelle autonomie de sa région, si nécessaire à la paix.

Le monde devait savoir. La salle applaudit à tout rompre. Et le président Jiang Zemin, ses ministres sur les talons, vient lui prendre les mains et la complimenter avant de disparaître. Elle en rit encore. Quelle hypocrisie ! Il y a une expression ouïgoure pour décrire ce type de situation : “une bombe recouverte de chocolat. Il fallait bien que les cadres gardent la face devant le Parlement. Mais je pressentais qu’ils me feraient payer très cher mon audace. Que je perdrais ma fortune et ma liberté. Que je risquais de ne plus revoir mon mari et que mes onze enfants allaient probablement souffrir. Je savais tout cela. Mais alors ? Elle sourit d’un air à la fois résolu et fataliste. Je devais parler. Je le devais au peuple ouïgour. J’étais devenue une femme célèbre, la plus riche de Chine. Et je savais que ma voix porterait dans tous les recoins du pays, peut-être même à l’étranger. Alors, je n’avais pas le droit de me dérober. Mais pourquoi ce jour-là ? Pourquoi ? Ses yeux lancent des éclairs et sa voix grave monte d’un ton. A vif, Rebiya Kadeer, lorsqu’elle parle de son peuple.

Parce que deux mois plus tôt, le 7 février 1997, les Chinois avaient fait preuve d’une violence inouïe pour réprimer une manifestation pacifique d’ Ouïgours dans la ville de Gulja. Des dizaines de personnes, dont des femmes et des enfants, furent abattues, des milliers furent déportées, torturées, leurs dents arrachées une à une. J’avais moi-même enquêté, recueilli les témoignages, visionné les films pris par la police et l’armée. Trop, c’était trop ! Le gouvernement avait condamné à mort l’intégralité du peuple ouïgour. Le monde devait savoir !

Mais après le discours ? Après les félicitations factices et diverses manœuvres visant à l’empêcher d’accéder à la presse ? Après, ce fut la chute. Et la mise en route d’un rouleau compresseur destiné à m’anéantir. La police cueille la députée à la sortie de l’avion qui la ramène dans sa province. Elle est conduite vers le bureau des services secrets et on lui annonce la destitution de tous ses titres et mandats politiques. Puis rapidement, on confisque son passeport. Le moindre de ses déplacements est soumis à autorisation, des hommes en noir la suivent comme son ombre. Toutes ses sociétés sont paralysées, ses initiatives entravées et son grand projet de former au commerce les femmes ouïgoures saboté. Pourtant son crédit auprès de son peuple n’a jamais été si fort. Avant le discours, et malgré toutes mes aides aux plus démunis, les gens me considéraient comme une femme d’affaires. Après, j’étais devenue une héroïne ! Mais les Chinois accroissent leur emprise sur le pays ouïgour. Les colons arrivent, par centaines de milliers, prioritaires en tout et noyant la population autochtone, dont le moindre signe vestimentaire, culturel, religieux évoquant la tradition ouïgoure est sauvagement réprimé. L’étau se resserre.

Alors Rebiya Kadeer fait une dernière tentative pour prévenir le monde de l’étouffement de son peuple. Elle rassemble un maximum de documents et articles de presse sur les violations des droits de son peuple et tente de les faire parvenir à son mari, déjà exilé aux Etats-Unis, grâce à une délégation de parlementaires américains de passage dans le Xinjiang le 6 août 1999. Las ! C’est la faute qu’attendaient les autorités chinoises pour en finir avec la rebelle. Une voiture lancée à toute vitesse tente de pulvériser son taxi mais la manque. Des hommes à mitraillettes l’entourent et aussitôt l’arrêtent : Divulgation de secrets d’Etat. Prison, interrogatoires, menaces, humiliations, grève de la faim. On lui prédit une condamnation à mort, et elle se sent fin prête. C’est un moment intéressant, celui où vous croyez vous rendre à votre exécution, raconte-t-elle, calmement. Vous êtes fier et votre courage est décuplé car ce n’est ni une mort stupide ni une mort honteuse. Vous mourez pour une cause ! Celle de votre peuple ! C’est immense ! Elle échappe à la mort mais reçoit une condamnation à huit ans de prison.

Un destin. Libérée en 2005 pour raisons médicales – en fait sous la pression d’organisations humanitaires internationales -, elle est expédiée dans un avion à destination des Etats-Unis. Six de ses enfants y résident déjà. Les cinq autres restent en Chine pour servir de moyen de chantage et seront tour à tour arrêtés, torturés, sommés de la dénigrer publiquement…

La dame se tient bien droite, dans ce petit hôtel de Genève où elle est de passage en ce mois de juin 2014 pour une réunion à l’ONU. Elégante dans un tailleur classique qui lui tombe à la cheville, ses longues tresses devenues son image de marque dansant plus bas que sa taille, elle ne fait assurément pas ses 68 ans et n’avoue aucune fatigue malgré ses multiples voyages en tant que présidente du Congrès mondial ouïgour en exil. Non, jamais elle n’arrêtera.  On assassine le peuple ouïgour ! Les procès publics se succèdent, suivis d’exécutions dans des stades. Le gouvernement chinois joue la terreur. Je reste le seul espoir dans le cœur d’un peuple de malheureux et de désespérés. Un de mes fils que j’aime tant est encore en prison. Il a été torturé, on m’a fait entendre ses cris. Ils savent qu’une mère ne peut pas entendre ça. Puisse-t-il avoir l’intelligence de me pardonner ! Car je suis désormais la mère de tout un peuple !

Elle vit à Washington et saisit toutes les estrades pour porter les revendications des Ouïgours et prévenir le monde que le désespoir d’un peuple ne peut conduire qu’à des issues fatales. Elle prône la paix, sans relâche, quand le gouvernement de Pékin l’accuse d’encourager le terrorisme. Un destin, sourit-elle. Celui d’une petite Ouïgoure née très pauvre, mariée à 15 ans pour aider sa famille, jetée à la rue après un divorce et une ribambelle d’enfants, et qui, impétueuse et douée, bâtit ex nihilo un empire commercial et immobilier afin de devenir riche, immensément riche – seule façon d’obtenir influence et prestige, de gagner la considération du pouvoir… et d’accéder un jour à la tribune suprême.

Annick Cojean          Le Monde 20 août 2014

4 05 1997                  Christine Janin, 40 ans, exerçant la médecine à Annecy et originaire de Chamonix  arrive au pôle nord après 63 jours de marche à pied et à ski, ayant parcouru 950 km de  banquise sans chien de traîneau, tirant 70 kg de vivres et de matériel.  Elle était partie de Sredny, à la pointe du cap Arktichevsky, sur l’ile Komsomolets, en Terre du Nord, le 3 mars, accompagnée du sherpa russe Sergueï Ogorodniko. Ils ont été ravitaillés quatre fois par hélicoptère. Au pôle même les attendaient neuf adolescents cancéreux, venus en avion avec une équipe de médecins. C’est en racontant son expédition  [victorieuse], en octobre 1990, à l’Everest à des enfants malades de l’hôpital Trousseau, qu’elle s’engage dans cette voie en créant l’association  A chacun son Everest. Après l’Everest, elle s’offrit le plus haut sommet de chaque continent. Les fonds recueillis serviront à l’ouverture d’un centre de convalescence d’enfants à Chamonix.

19 05 1997               Les troupes de Kabila, encadrées par des tutsis ougandais, rwandais et burundais, avec à leur tête un jeune tutsi rwandais, James Kabarebe, entrent à Kinshasa, et donc Mobutu s’en va, d’abord dans son palais de Gbadolite, puis au Togo et pour finir, au Maroc. Elles ont quitté les rives du lac Kivu sept mois plus tôt, mais à quoi bon se hâter d’en finir avec la guerre quand il y a tant de femmes à violer,  quand celle-ci se révèle tellement rémunératrice : à mi-chemin, Kisangani est le carrefour des prospecteurs et trafiquants en tous genres du diamant, et les troupes rwandaises se serviront copieusement. Et il y a encore le coltan, dont le Congo est le premier producteur mondial, le coltan, si indispensable à tous nos portables, smartphones, et autres plaquettes.

Les guerres de conquête ont repris en Afrique, telles qu’elles avaient été interrompues par la colonisation, il y  a près de 100 ans. Dans la région des Grands Lacs, les petits pays que sont l’Ouganda, le Burundi, le Rwanda, surpeuplés, sans richesse autre qu’agricole, très souvent dominés par l’ethnie Tutsie,  pourtant minoritaire, s’offrent l’immense Zaïre, 5 fois la France, riche de minerais, diamants, or, et aux forces exsangues après 30 ans de pillage et de corruption de la part de Mobutu. Pour ce faire, ils ont tout de même eu la pudeur de faire sortir de sa retraite un révolutionnaire zaïrois de seconde zone, Laurent Désiré Kabila, dont Che Guevara ne disait pas vraiment de bien : poltron, peu sérieux et noceur. Au passage, dans la région du lac Kivu où se trouvent encore environ 1 million de réfugiés hutus du Rwanda, depuis le génocide qu’ils ont commis sur les Tutsis en  1994, ces derniers en éliminent entre 150 000 et 200 000. 500 000 autres regagneront  le Rwanda fin 1996, les 300 000 restant partant vers l’ouest : Gabon, Zaïre,  Angola.

29 05 1997                   Kabila prête serment dans le grand stade de foot flambant neuf. Les chefs d’État du Rwanda et de l’Ouganda sont là, à ses côtés, et encore ceux de l’Angola et de Zambie, mais les Kinois ne se bousculent pas : un tiers des sièges restera vide. Il débaptise à nouveau le Zaïre pour reprendre celui d’origine Congo.

C’en est donc fini de la dictature de Mobutu, place à celle de Kabila qui le verra repartir en guerre contre ceux qui l’avaient porté au pouvoir : les Rwandais et les Ougandais qui ne parvenaient pas à oublier ce pays de cocagne regorgeant de richesses.

Pour faire oublier tout cela, le pays verra se développer deux opiums bien corsés : la musique, mariée avec la bière, les deux plus grandes stars étant sponsorisés par chacune des deux grandes marques de bières : Bralima – Brasserie et Limonaderie de Léopoldville, racheté en 1987 par Heineken –  qui produit la Primus, et Bracongo – Brasserie du Congo – qui produit la Skol. Bracongo sponsorise Werrason et Bralima  Jean-Baptiste Mpiana. Mais le plus grand, c’est Werrason et c’est donc Bracongo qui prend le plus gros des parts de marché. Mais en 2005, Werrason, au retour d’un séjour en Europe trahira Bracongo pour Bralima : ah ! quelle affaire mon cher ! Et la situation s’inversera : Bralima deviendra le premier !

L’autre opium, c’est la religion, mais il faut plutôt dire les religions, avec un prosélytisme hypertrophié venu des Etats-Unis : les noms eux, restent bien locaux : l’Armée de l’Éternel, l’Armée de la victoire, Combat spirituel, la Chapelle des vainqueurs. On y fait des miracles en veux-tu en voilà, on encaisse les cotisations, on respecte la richesse… tout comme au bon vieux temps.

Et, dans tout cela, l’affaire la plus juteuse  et de loin, c’est le portable : les opérateurs qui ont obtenu les licences roulent sur l’or.

1 06 1997                    Chirac a voulu jouer au plus malin en dissolvant l’Assemblée Nationale un mois plus tôt, pour avoir les coudées franches jusqu’à la fin de son mandat… Et c’est une majorité de gauche qui revient au pouvoir ! Sans aucun doute la plus grosse partie de poker menteur de la 5° République, perdue par le donneur de jeu ! N’est pas Mitterrand qui veut ! On verra dans la presse des titres du genre : gamin, l’arroseur arrosé etc…

Le vulgaire imbécile est toujours avide de grands événements, quels qu’ils puissent être, sans prévoir s’ils lui seront utiles ou préjudiciables ; le vulgaire imbécile n’est ému que par sa propre curiosité.

Ludovico Ariosto, dit l’Arioste, poète italien, 1474-1533.

Le Front National obtient 1 député avec 3 700 000 électeurs, le Parti communiste, avec 2 500 000 électeurs, en obtient presque 40 !  Il nommera Lionel Jospin 1° ministre. Les socialistes ne s’attendaient pas à arriver au pouvoir ! Gouverner, c’est prévoir, mais encore faut-il avoir prévu de gouverner. Une des premières mesures des socialistes de retour au pouvoir sera de confirmer deux promesses de la campagne électorale : la fermeture du surgénérateur de Creys Malville, qui, après dix ans d’âge, aura coûté 60 milliards, passant de reconversion en reconversion pour cause d’échecs successifs. Sur ces dix ans, il aura réellement  fonctionné 30 mois. Il faudra remettre encore 16,5 milliards pour l’arrêter  définitivement : ce genre de décision ne peut être que politique car les techniciens français, incapables de reconnaître une erreur, sont donc incapables de prendre la décision d’arrêter une expérience ; et techniquement étant donné que cela n’a pas été construit pour être un jour démonté, plus on va y  voir de près, plus cela paraît une entreprise redoutablement difficile : on compte dix ans au bas mot pour y parvenir. Deuxième arrêt : celui du chantier du canal Rhin Rhône : heureusement, cela n’a pas démarré depuis longtemps, et il suffira de payer des dédommagements pour des terrains déjà acquis ou préemptés.

25 06 1997                   On le croyait immortel, eh bien non ! le Commandant Cousteau nous tire sa révérence.

Son dernier surnom donné par les journalistes au sommet de la Terre à Rio en 1992 : Captain Planet est à marier avec ce que disait de lui un océanographe américain : il a été un merveilleux agent de publicité de la mer. Businessman hors pair, il faut arrêter là l’oraison funèbre. Le bidouillage avait nettement ses préférences sur la rigueur et l’honnêteté scientifique, que ce soit en matière de cinéma, d’archéologie sous-marine, ou de plongée profonde. Il n’a pas vraiment été l’inventeur du scaphandre autonome avec Gagnan, car en fait, c’est ce dernier qui avait inventé le détendeur pour les besoins des gazogènes pendant la dernière guerre ; Cousteau ne fit que l’adapter sur des bouteilles d’air comprimé, pour la plongée, encaissant des royalties qui financèrent ses premières expéditions. 7 ans après sa mort, le destin de la Calypso était au cœur d’une de ces franchouillardes histoires de famille, sinistre et écœurante : Cousteau s’était rapidement remarié après la mort de sa première femme et la seconde obtint de lui un testament qui déplumait autant que faire se peut ses enfants pour faire de sa seconde épouse sa seule héritière…et la pauvre fille, que seul l’argent intéresse, aura le plus grand mal à mettre sur pied un projet à même de sauver le navire… réussissant d’abord à torpiller les projets qui venaient d’ailleurs : enfants ou ex-collaborateurs de son mari.

Accident dans l’espace, entre la station Mir, sur orbite depuis 11 ans et le vaisseau Progress : les panneaux solaires furent sérieusement endommagés. L’impact a provoqué une déchirure dans la cloison du module Spektr, qui se vide de son air. Il faut isoler ce module qui fuit en fermant son sas, et les différence de pressions empêchent le maniement de l’écoutille du sas. Les cosmonautes mettent en œuvre le principe de fonctionnement des cocottes minute Lagostina : une plaque est apposée sur le sas que la différence de pression plaque contre son entrée : le sas est enfin isolé. Un autre sas sera acheminé depuis la Terre par un autre vaisseau Progress. Trois semaines plus tard, un passager déconnectait un branchement informatique par inadvertance : plus de courant pendant 12 heures.

06 1997                       Les sondages opérés par Médiamétrie donnent 1,3 M de téléspectateurs disparus ces dernières années…

Pour que Rotterdam puisse rester au sec, – certains quartiers sont à – 6 mètres sous le niveau de la mer – les Hollandais mettent en service un barrage anti-tempêtes mobile – deux portes blanches, une sur chaque rive de la Meuse qui sépare le port de la mer du Nord –  de 22 mètres de haut, 210 mètres de long, 15 000 tonnes d’acier : c’est le Maeslantkering, le dernier des grands travaux qui ont été décidé après la tempête de 1953. Les travaux ont commencé en 1991.

Rondvaart Europoort - Maeslantkering

Chaque porte a une hauteur de 22 mètres, une longueur de 210 mètres, flotte sur l’eau de par sa densité proche de celle-ci.

4 07 1997                    La sonde américaine Pathfinder, en route pour Mars depuis 7 mois, y  dépose le robot Sojourner, surnommé Rocky : masse de 11 kg, soit un poids de 4 kg sur Mars, 30 cm  de haut, 48 de large, 61 de long, vitesse de 24 mètres à l’heure ; coût : 25 millions $, le 1 / 10° du coût total de la mission. Il est doté d’un détecteur qui analyse la  composition de surface des roches. Son énergie lui est fournie par des batteries et des panneaux solaires qui lui permettent de disposer de 30 watts. Son appareillage est protégé du froid jusqu’à – 40°. Il se guide par caméras laser et communique avec Pathfinder par radio UHF. Sojourner deviendra silencieux pour la terre 4 mois plus tard… ne donnant plus signe de vie… mais, pourquoi pas, faisant peut-être le mort ? Sojourner est le nom d’une Noire américaine qui se battit au XIX° siècle contre l’esclavage. L’exploit se déroule pour l’Independance Day ; il a coûté 250 millions $. À la tête de ce cumul de merveilles de technologies, un malien de 45 ans, Cheick Modibo Diarra, génie des mathématiques, repéré huit ans plus tôt par deux chercheurs de la Nasa. Le principal argument pour espérer y  découvrir autre chose que de l’inerte tient dans un météorite de 2 kg, attribué sans certitude absolue à Mars, tombé dans l’Antarctique il y a 13 000 ans, après  16 millions d’années d’errance, et découvert en 1984, nommé par la Nasa : ALH 84001 : l’argument ne tiendra pas bien longtemps, et, fin 98, tous les scientifiques compétents reconnaîtront qu’il n’est pas possible de confirmer cette hypothèse.

Mais nous  irons sur Mars, vous verrez. L’humanité ne résistera pas à un tel défi.

Pourquoi ?

Le sport, voyons. C’est la seule raison, mais c’est une raison forte.

Hubert Curien, ancien président du CNES.

La science est une contribution majeure pour des besoins mineurs.

Matthieu Ricard. Le moine et le philosophe p.32 J.F. Revel. M. Ricard. Nil éditions.97

Missions passées : un accroc dans un programme bien huilé ...Mars

 

7 07 1997                     L’Organisation Mondiale de la Santé estime à 8,4 M le nombre d’hommes et de femmes atteints du Sida ; mais ce sont seulement 1 644 183 cas qui lui ont été signalés. 581 429 aux États-Unis, 103 262 au Brésil, 82 174 en Tanzanie, 59 782 en Thaïlande, 45 395 en France. Par continents, 797 227 aux Amériques, 576 972 en Afrique, 191 000 en Europe, 71 000 en Asie et 8 000 en Océanie. En France, 2 000 malades parviennent à se soigner par la tri thérapie, qui assomme le virus mais ne le tue pas, moyennant 120 000 F / an / malade. Bernard Kouchner, dans un plaidoyer pour la création d’un Fonds de solidarité thérapeutique international, parle de plus de 33,6 millions de séropositifs dont 23,3 se trouvent en Afrique; 16, 3 millions en sont mortes depuis le début de l’épidémie, dont 13,3 en Afrique. On compte 16 000 contaminés chaque jour. 91 % des décès dus au sida ont lieu en Afrique. Le pays le plus touché aujourd’hui, le Bostwana, va voir son espérance de vie passer de 65 ans il y a 5 ans à 40 ans dans 5 ans. En recrudescence, car maladie opportuniste la plus courante autour du sida, la tuberculose a fait 2,908 M de victimes en 1997 dans le monde, dont 85 % en Afrique et Asie du sud est. En Afrique, l’augmentation sur l’année 97 est estimée à 6 millions de personnes. Les accords internationaux en matière de santé autorisent aujourd’hui un État à faire fabriquer localement des formes génériques de médicaments : c’est une licence obligatoire. Il peut aussi importer depuis d’autres pays aux prix les plus bas. L’Afrique du Sud et la Thaïlande ont voulu exploiter ces possibilités : les menaces de rétorsion américaines les en ont empêché.

En France, l’alcool tue environ 40 000 personnes par an : 27 000 directement d’alcoolisme, 10 000 de cancer des voies aéro-digestives supérieures liés à l’alcool et 3 000 accidents mortels de la route, dus à l’alcool. De 22,3 l d’alcool pur par an par personne en 1970, on est passé à 17 litres par an en 1989, puis 11 l en 1996,  passant ainsi derrière le Luxembourg et le Portugal, en Europe. Cette affaire coûte environ 115 milliards par an à la collectivité, soit 1,42 % du PIB.

Le tabac lui, est responsable de 60 000 morts, dont la quasi totalité des 24 000 décès dus au cancer du poumon. Les taxes sur le tabac rapportent  60 milliards par an, mais son coût social est de 89 milliards, soit 1,10 % du PIB. En 1997, on comptera 228 décès par overdose d’héroïne. Le coût global des drogues licites – alcool, tabac – et illicites – héroïne, cocaïne, cannabis, ecstasy – est de 218 milliards de francs par an , soit 2,68% du PIB  (8134 milliards) avec bien sûr une marge d’erreur devant l’inconnu de certains coûts pour lesquels il n’est pas possible de disposer de chiffres. Le coût de drogues illicites serait de 13,35 milliards représentant 0,16 % du PIB. Ramené par an et par tête d’habitant – en tablant sur 58,443 millions, cela représente 1966 F pour l’alcool, 1520 F pour le tabac et 227 F pour les drogues illicites. Le coût social de l’alcool est à peu près de moitié plus élevé en France que dans deux autres pays de niveau de vie comparable : l’Australie et le Canada.

Écrire sur un produit, fût-il tabagique, dont l’État a le monopole de la vente qu’il tue et le vendre tout de même, c’est pour le moins paradoxal ! Dire aux gens, dans le même élan, voici votre poison préféré, en vente sous notre contrôle, mais sachez qu’il est mortel, et ne venez pas dire qu’on ne vous aura pas prévenu, c’est une assez curieuse démarche ! Dans un même emballage, l’État se fait dealer et se veut médecin, est taxeur et conseilleur, fournisseur et prohibitionniste.

Pierre Georges, Le Monde du 4 12 2002, après décision du gouvernement d’aggraver l’avertissement sur les paquets en remplaçant : nuit gravement à la santé par Le tabac tue

En 2005, près de vingt-cinq millions d’Africains vivaient avec le sida, et treize millions en étaient morts – soit davantage que toutes les victimes de la traite négrière atlantique, quatre siècles durant. Douze millions d’enfants avaient perdu au moins un parent suite à la maladie. Si l’Afrique avait à ce point souffert de cette épidémie, c’est que cette dernière s’était répandue dans l’ensemble de la population hétérosexuelle avant même qu’on sache que la maladie existait, tandis que sur les autres continents elle avait généralement été importée dans des groupes spécifiques – comme les homosexuels ou les toxicomanes – qui pouvaient plus facilement être isolés et ciblés. En comparaison, les modes de comportement sexuel restaient secondaires : les Africains ne sont pas plus dépravés que beaucoup d’autres peuples, même si les réseaux d’échanges de partenaires étaient plus vastes et plus dangereux que ceux des sociétés musulmanes et de la plupart des cultures asiatiques, où l’activité sexuelle hors mariage est davantage limitée à la prostitution. Le médiocre statut social des femmes, surtout dans une bonne part de l’Afrique orientale et australe, joua un rôle important : en 2005, elles représentaient 57 % des cas d’infection, pourcentage le plus élevé du monde. Les maladies sexuellement transmissibles étaient aussi plus répandues en Afrique, notamment le HSV-2, provoquant des ulcères génitaux, qui se développent en symbiose avec le sida. L’urbanisation rapide, et souvent chaotique, du continent lia l’épidémie à la croissance démographique massive de la période ; il en fut de même pour la proportion exceptionnellement élevée de jeunes, tout particulièrement exposés aux risques. La pauvreté, comme l’activité sexuelle, ne contribua sans doute que secondairement à l’épidémie : il y avait en effet beaucoup plus de pauvres en Asie qu’en Afrique, où l’épidémie ne se concentra pas de manière significative chez les plus pauvres des pays pauvres, comme le montra l’exemple du Botswana, où elle fut très virulente. Pourtant, l’insuffisance des systèmes médicaux africains, surtout là où ils avaient été érodés par les programmes d’ajustement structurel, retarda l’identification de la maladie, et de surcroît contribua grandement aux souffrances des malades du sida, tout en retardant l’usage de médicaments antirétro-viraux. En 2005, il manquait près d’un million de travailleurs de la santé en Afrique subsaharienne.

En règle générale, les Etats réagirent avec lenteur, et sans trop d’intérêt, à l’épidémie. Leurs dirigeants, dans leur grande majorité, y voyaient une atteinte honteuse à une dignité nationale fraîchement acquise et, de toute façon, un phénomène qui dépassait leurs capacités d’intervention. Sous les pressions de l’Organisation mondiale de la santé, ils mirent en place des programmes minimaux de lutte contre le sida, mais seuls Abdou Diouf au Sénégal et Yoweri Museveni en Ouganda pesèrent de tout leurs poids pour les soutenir. Les premières réactions des peuples, pareillement, furent souvent marquées par la dénégation. La prise de conscience fut rapide quand l’ampleur de l’épidémie devint apparente, mais le caractère insidieux de la maladie et l’absence de tout traitement efficace favorisa des explications moralisantes, et la stigmatisation des personnes atteintes, ce qui encouragea des formes de dissimulation qui contribuèrent à l’extension de l’épidémie. Dans le même temps, toutefois, les fortes structures familiales africaines venaient généreusement en aide aux malades et aux enfants orphelins, tandis que les ONG proliféraient : en 2005, rien qu’en Ouganda, près de deux mille d’entre elles luttaient contre le sida. La longue durée de la maladie, la recherche fiévreuse d’un remède, le fardeau de l’assistance, le besoin de préserver la dignité familiale par des funérailles décentes, faisaient du sida une maladie coûteuse, souvent ruineuse pour les familles pauvres. Son coût social, beaucoup plus vaste, apparut de façon particulièrement frappante en 2001-2003, quand le Malawi et les régions voisines connurent une famine d’un genre nouveau, particulièrement sévère parmi les familles appauvries par le sida, au sein desquelles les vieillards ou les veuves luttaient pour venir en aide aux enfants orphelins, sans plus avoir de biens à vendre, et sans espoir d’améliorer leur situation.

Le milieu des années 1990 fut marqué par un profond pessimisme : l’épidémie se propageait à vive allure (surtout en Afrique australe), les programmes gouvernementaux étaient à court d’argent et d’énergie, l’espoir de trouver un remède ou un vaccin n’avait débouché sur rien. C’est pourtant à ce moment que deux faits inattendus suscitèrent de nouveaux espoirs. L’un était la preuve, à l’origine en Ouganda, que le chiffre des personnes infectées par le VIH commençait à tomber à une vitesse surprenante : de 13 % chez les adultes au début des années 1990 à 6,7 % en 2006. Les raisons en sont toujours discutées. Certains affirmaient par exemple qu’il y avait moins de gens infectés parce que les comportements sexuels devenaient plus responsables, suite aux campagnes d’éducation et à une expérience directe des souffrances des malades – et les Ougandais avaient été tout particulièrement exposés aux unes comme aux autres. Certains niaient le déclin de l’infection ou l’existence d’un changement significatif dans les comportements sexuels, et déclaraient que plus de 80 % de la réduction du nombre d’infections étaient dus au fait que les malades infectés mouraient plus fréquemment. L’analyse du phénomène, menée entre 1998 et 2003 dans la partie orientale du Zimbabwe, laisse penser que le changement des comportements est l’explication principale dans cette région. Ailleurs, les preuves d’une réduction des cas d’infection n’émergèrent que lentement au Kenya (rural et urbain), dans des zones rurales très touchées de Tanzanie, dans les villes de Burkina-Faso et de Zambie, ainsi qu’à Abidjan, Kigali et Lilongwe. Les raisons n’en étaient nulle part certaines, mais cela nourrit l’espoir que l’épidémie pourrait au moins être contrôlée. Ce sentiment fut renforcé par des indications montrant un usage accru des préservatifs, et l’abandon par les jeunes d’un comportement sexuel irresponsable et ce, même en Afrique du Sud, où les aînés avaient longtemps désespéré d’une génération perdue aliénée pendant la lutte contre l’apartheid.

La seconde source d’espoir fut la découverte en 1994 que le premier médicament antirétroviral, l’azidothymidine, pouvait réduire spectaculairement la transmission du virus des mères à leurs enfants. Au début, il était trop coûteux pour être utilisé en Afrique, mais dès 1998, des génériques meilleurs marché en étaient au stade des essais. En Afrique du Sud, cela provoqua des conflits entre les médecins, les militants et les malades d’un côté, et de l’autre le gouvernement dirigé par l’ANC, qui craignait que se concentrer sur le sida ne porte tort à son programme d’assistance médicale aux pauvres. Tandis que les militants s’inspiraient des traditions du mouvement anti-apartheid pour mettre sur pied une organisation intitulée CAT (Campagne d’Action pour un Traitement), le gouvernement se réfugiait dans ce que ses adversaires dénoncèrent comme des manœuvres d’obstruction et de dénégation. Après quatre ans de querelles, il décida enfin de fournir des rétroviraux aux femmes enceintes infectées par le VIH. En 2003, il annonça la mise en place d’un plan visant à procurer des médicaments à ceux qui en étaient à un stade avancé de la maladie, afin de la contenir (mais pas de guérir). Entre-temps, leur prix avait baissé, et les financements internationaux avaient considérablement augmenté. En décembre 2005, plus de 200 000 Sud-Africains recevaient un traitement antirétroviral, bien que ce chiffre ne représente que 21 % des requêtes. Dans toute l’Afrique subsaharienne, 800 000 personnes en suivaient un (soit 17 % de ceux qui en avaient besoin), Ies programmes ayant connu le plus de succès étant ceux du Botswana (85 % des malades), de la Namibie (75 %), de l’Ouganda (51 %) et du Sénégal (47 %).

L’usage des antirétroviraux – et à plus forte raison la perspective de découvrir un vaccin — modifiait le regard porté sur la maladie : l’épidémie de sida, si souvent considérée comme une métaphore de l’échec de l’Afrique à entrer dans la modernité, pourrait au contraire être le moyen par lequel la médecine moderne s’assurerait enfin la prééminence sur le continent. Par d’autres côtés, les racines de l’épidémie plongeaient profondément dans le passé de l’Afrique, celui du désengagement de l’État comme de la lutte anti-apartheid des années 1980, de la rapide croissance démographique des années 1990, des villes et des réseaux commerciaux de la période coloniale, des grandes épidémies ayant marqué les débuts de la domination européenne ; des notions d’honneur et de devoir familial grâce auxquelles les Africains avaient si souvent affronté l’adversité ; et de la colonisation de l’espace naturel qui avait été au cœur de leur histoire et qui désormais, une fois de plus, leur imprimait sa marque.

John Iliffe      Les Africains  Flammarion 2016

10 07 1997                4 ans après les élections laborieusement mises en place par l’ONU, au prix d’un plan  de paix qui aura coûté la bagatelle de  22 milliards $, – la plus coûteuse opération de l’ONU -, le Cambodge s’enfonce à nouveau dans la guerre : les ex-communistes refusent de continuer à partager le pouvoir avec les royalistes, et donc les en chassent.

31 07 1997                 Les Espagnols terminent le creusement de leur part de tunnel de Somport, long de 8,6  km, qui relie Pau à Saragosse, par la vallée d’Aspe, à 1 100 m. Coté français, c’était terminé depuis un an. Destiné au trafic voitures et poids lourd, il est en parallèle avec un ancien tunnel ferroviaire à une voie, fermé depuis qu’en 1970, un train dérailla. Il reliait Oloron à Canfranc. Les opposants au tunnel, arc boutés sur l’impérative tranquillité d’une vallée très encaissée, feront beaucoup de bruit pour empêcher les travaux. Mais, accident du tunnel sous le Mont Blanc aidant, en 1999, la solution de la remise en service du tunnel ferroviaire pour du ferroutage reprend du poil de la bête.

07 1997                      Télérama publie des récits de vie de famille, du début de ce siècle à nos jours : l’indestructible joie de vivre y côtoie la lassitude, l’horreur parfois.

Le dernier hiver a été long. Je me suis ennuyée. Tellement que je n’avais même plus envie de rien  faire… Nous n’avions pas l’habitude d’être choyés. Le milieu des petits paysans pauvres était rude, cruel. Parfois  ignoble. Si un patron venait à engrosser une servante qui ne voulait pas de son enfant, il arrivait encore, avant 14, qu’on donne le nourrisson à manger aux bêtes. C’était un autre temps. Pour avoir le droit d’aller une semaine à l’école, il fallait, les 10 jours suivants, garder jour et nuit vaches, moutons ou chèvres, s’occuper des frères et sœurs, travailler aux champs. Et on mangeait mal et peu… Jamais de viande. Sauf au Carnaval et en novembre, quand on tuait le cochon. Alors, on s’empiffrait tellement qu’on avait des indigestions. Les cadeaux d’anniversaire, les présents de Noël, on ne savait pas ce que c’était. On recevait juste trois noix pour la nouvelle année. Pourtant, on s’amusait. Il y avait tant de gamins, dans les prés, qui gardaient seuls le bétail…

Justine Penissard, née en 1899. Le Menoud. Indre

Le petit prix, si ce n’est l’absence totale de prix, de la vie d’un enfant, était alors la norme ; le progrès des moyens thérapeutiques aidant, l’enfant prit une place grandissante  au sein du foyer au début du XX° : lorsqu’il projetait de faire l’ascension du Mont Blanc en compagnie de Jacques Balmat, en août 1786, le docteur Paccard vint ausculter Judith, sa petite fille de quelques mois, alors malade… laquelle maladie ne les empêchèrent nullement de mettre à exécution leur projet… avec le succès que l’on sait… à leur retour, la petite Judith était morte.

La face nord des Drus a trop chaud : les rochers jusqu’alors soudés par la glace en leur profondeur, de 2 500 à 3 754 m d’altitude voient fondre ce ciment, et c’est la chute d’à peu près 300 000 m³ qui vont changer une bonne partie de la face, donnant ainsi aux amateurs de première quelques nouveaux terrains.

20 08 1997                Maciej Zaremba, journaliste d’origine polonaise, publie dans Dagens Nyheter, quotidien suédois une enquête révélant que, de 1932 à 1979, le gouvernement suédois, c’est à dire les sociaux démocrates, a procédé à la stérilisation d’à peu près 60 000 êtres humains, dont 95 % de femmes : trop bêtes, trop pauvres, trop bronzées… Il faudra attendre l’arrivée au pouvoir des libéraux, centristes et conservateurs en 1979 pour que cesse ce programme.

22 08 1997          Crucibal Materials, – une entreprise américaine qui fabrique des aimants, produit hautement stratégique – est vendue à YBM Magnex International, apparemment américain, en fait noyautée par un très haut gradé de la mafia russe, Semion Mogilevitch [100 000 $ du FBI à qui fournira des renseignements fiables]. Qu’en fera-t-il ?

25 08 1997                   Lionel Jospin signe la fin de l’age d’or du Minitel : Le Minitel, réseau uniquement national, est limité technologiquement et risque de constituer progressivement un frein au développement des applications nouvelles et prometteuses des technologies de l’information…  Je demande que France Télécom propose des solutions incitatives afin de favoriser la migration progressive du vaste patrimoine de services du Minitel vers Internet.

*****

En 1997, on compte 14,5 millions de Minitélistes contre un petit million ( devenus 4 deux ans plus tard) d’Internautes.  France Télécom va essayer, avec un  certain succès de contrôler l’accès à Internet par la création de son accès Wanadoo : avec 160 000  abonnés, cela représenterait 20 %  du marché français. Le téléphone portable, lui, se porte à merveille : instrument idéal de la frime, il prospère dans un monde de frime : 6 217 000 en mars 98, non compris les faux.

En ne faisant pas évoluer la technologie du Minitel depuis son lancement, au début des années 80, France Télécom s’est enfermé dans une logique purement commerciale [6,3 milliards de francs de rapport par an dont 3,1 reversés aux fournisseurs de services]. Le principe du kiosque, qui a institué la tarification des services télématiques à la durée, a largement participé à l’expansion du Minitel. Il présente en effet le double avantage de la simplicité et de l’efficacité. Grâce à lui, les 25 000 services sont largement rémunérateurs pour leurs auteurs et pour France Télécom. D’où l’émergence, en France, d’une industrie télématique. À contrario, le paiement des services sur Internet se révèle beaucoup plus délicat à mettre en œuvre, ce qui entrave pour l’instant le développement du commerce électronique à l’échelle mondiale.

Paradoxalement, le kiosque, véritable moteur du Minitel, est devenu son principal frein. La facilité avec laquelle il permet de gagner de l’argent et l’absence totale de concurrence par d’autres systèmes a figé à la fois la technologie et des tarifs prohibitifs.

Internet est issu d’une culture diamétralement opposée, celle de la gratuité de l’information, de l’absence de centralisation, de la concurrence acharnée entre les acteurs et d’une fuite en avant technologique permanente. Si les industriels gagnent encore peu d’argent sur Internet, ils sont en train d’inventer un nouveau média à l’échelle mondiale. Parallèlement, le Minitel se momifie à vue d’œil… et ce n’est pas l’accès à Internet par Wanadoo qui changera radicalement le cours des choses… les services présents sur le Minitel tardent trop à basculer sur Internet… les banques, par exemple, ne sont pas pressées de voir disparaître la manne de la consultation des comptes personnels.

En France, la télématique n’est pas considérée comme un outil d’information, de communication, de prospection ou de marketing, mais comme un centre de profit pur et simple.

Michel Alberganti. Le Monde 27 Août 1997.

31 08 1997                  Lady Di meurt dans un accident de voiture conduite par un chauffeur en état d’ivresse à plus de 150 km/ h, poursuivie par des paparazzi. L’ambulance mettra deux heures pour aller du Pont de l’Alma à La Pitié Salpêtrière : à une heure de la nuit où la circulation est fluide, les curieux ne manqueront pas de se poser des questions… auxquelles personne ne sera en mesure de répondre.

La presse viole impudemment la vie privée des célébrités au nom de Tout le monde a le droit de tout savoir, slogan mensonger pour un siècle de mensonge, car, bien au-dessus de ce droit, il y en a un autre perdu aujourd’hui : le droit qu’a l’homme de ne pas savoir, de ne pas encombrer son âme créée par Dieu avec des ragots, des bavardages, des futilités.

Alexandre Soljenitsyne.[5]

Les obsèques donnèrent lieu à sa quasi béatification et une fondation de soutien des associations soutenues par Lady Dy fût mise sur pied : six mois plus tard, elle avait recueilli 400 millions de F, dont plus de la moitié par la seule vente de la chanson créée alors par Elton Jone, mais c’est seulement un tiers de ce joli gâteau qui sera remis aux organisations humanitaires.

24 08 1997                La jeunesse catholique connaît ses grands jours à Paris, avec les JMJ : Journées Mondiales de la   Jeunesse. Le pape est de la fête… les responsables des réjouissances ont passé commande à la femme de Christian de Portzamparc, très tendance, d’un fauteuil pour Sa Sainteté : il va être en aluminium…. et se tordra lamentablement et rapidement sous le poids du Saint Père  qui, aura tout de même le temps, au passage, de  se brûler les fesses et les bras, tant la machine infernale avait chauffé au soleil…

4 09 1997                  Lionel Jospin refuse la privatisation d’Air France à Christian Blanc, son PDG, qui démissionne. Neuf mois plus tard, cette décision accouchera de la plus scandaleuse grève des  pilotes, à l’ouverture du Mondial de foot.

5 09 1997                   Mère Thérésa s’en va à son tour : les Indiens lui feront des obsèques nationales et elle s’en ira très vite et tout droit au Paradis : Quand on dit qu’il vaut mieux apprendre à pêcher à un homme qui a faim,  plutôt que de lui donner un poisson, c’est bien… mais il faut bien aussi  s’occuper de ceux qui n’ont même pas la force de tenir une canne à pêche.

15 09 1997                 Les Laboratoires Servier annoncent la cessation de la commercialisation mondiale de l’Isomédrine et du Pondéral. Vendu dans 85 pays, 70 millions de personnes en ont consommé ; en France, 7 millions. Quelques heures plus tard, le Redux est retiré du marché américain, car il provoque des atteintes des valves du cœur, ou valvulopathies : une class action est menée, des procès ont lieu dans tout le pays : le groupe Servier passera au travers des mailles du filet, car c’est la société qui le distribue qui supportera l’entière responsabilité : il lui faudra provisionner 21.1 milliards de $ pour indemniser les victimes !

22 09 1997                     Nuit d’horreur à Bentalha, dans la banlieue d’Alger : près de 400 personnes massacrées.

09 1997                      Une bonne partie de l’Indonésie est en feu : c’est environ 2 millions d’hectares qui partent en fumée. La conjonction d’une exceptionnelle sécheresse, d’une déforestation inconsidérée [traditions agricoles, moyen le plus économique pour les candidats à  l’émigration et pour les forestiers de reconvertir les terrains] et d’un sous-sol souvent tourbeux qui peut entretenir un feu souterrain pendant des années, crée des conditions telles que les pouvoirs publics, même s’ils avaient été plus responsables, mieux équipés, n’auraient pas pu faire grand chose.

Principal accusé : El Niño, dont la manifestation première se traduit par un  réchauffement des eaux de surface le long des côtes du Pérou à la période de Noël, d’où son nom. Quelle est la situation en temps normal dans ce Pacifique sud ? Une masse d’eau chaude de la taille des États-Unis se trouve à l’ouest du Pacifique, et s’enfonce en profondeur dans les océans. Les alizés, soufflant d’est en ouest, maintiennent cette poche à l’ouest. Si les alizés, certaines années, viennent à faiblir, cette eau chaude se dirige vers l’est, à 250 km / jour. Donc, en temps normal, ce sont les pays de l’ouest pacifique – Philippines, Nouvelle Calédonie, Asie du Sud Est, nord de l’Australie et Papouasie Nouvelle Guinée, qui subissent des pluies très importantes. Et quand les alizés viennent à faiblir, ce sont les côtes ouest de l’Amérique du Sud qui reçoivent ces pluies. Selon la National Oceanic and Atmospheric Administration, la périodicité en est variable, de 2 à 10 ans : notre siècle a connu 23 épisodes dont ceux de 1991, 1994 et 1997.

En 1997, les conséquences auront été exceptionnellement dramatiques : sécheresse au Japon et dans les 2 Corées, sécheresse et incendies en Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande, Australie, famine en Papouasie Nouvelle Guinée, inondations en Somalie Éthiopie, Kenya, sécheresse en Afrique Australe et dans la région des Grands Lacs, tornades en Floride et dans les Caraïbes, inondations dans le Sud Ouest des États-Unis, au Mexique, en Colombie, Équateur, Pérou, Chili. En 1997, ce sont 4,5 millions d’hectares de forêts asiatiques qui seront partis en fumée.

Le gouvernement indonésien doit importer 4 millions de tonnes de riz, quand les réserves mondiales sont de 18, plus d’un million de personnes en Papouasie Nouvelle Guinée en sont réduites à se nourrir de racines, la Floride connaîtra en février 98 les tornades les plus dévastatrices de son histoire, et l’Amazonie – plus précisément l’État brésilien du Romeira, au sud-ouest du Guyana –  sera en flammes avec environ trois millions d’hectares touchés – la surface de la  Belgique – : les brûlis habituels des Indiens Yanomamis ont pu prospérer grâce à la sécheresse alors qu’ils sont habituellement douchés par les pluies de décembre : le gouvernement brésilien déploiera tous les moyens possibles, hélicoptères, avions, etc… en vain. Les Indiens en appelleront alors aux deux sorciers de la tribu des Kaiapos, pour un rituel de la pluie. Le lendemain, de violents orages  éteindront presque tous les feux.

El Nino tenu en respect par des sorciers primitifs, ce n’est pas la lune, mais tout de même presque le Pérou.

Et fin 98, c’est le cyclone Mitch qui ravage l’Amérique centrale : les premiers chiffres, donnés par les autorités centrales parleront de plus de 25 000 morts au Honduras, Costa Rica, Nicaragua. Un mois plus tard, quelques personnes sérieuses – il y  en a, même dans les médias -, reverront ce chiffre à la baisse : dans certains endroits, les chiffres avaient été multipliés par vingt. Leur attention fût attirée par le fait qu’il n’y avait pratiquement aucun blessé là où l’on annonçait des milliers de morts : or, inévitablement, dans toute catastrophe, il y a plus de blessés que de morts. Ceci dit, les  médias ne parlent que pour la première fois d’un phénomène qui est né avec les  premiers gros financements humanitaires : à savoir que les intervenants, si l’honnêteté ne leur est pas précieuse, ont tout intérêt à grossir les chiffres : les budgets alloués en seront d’autant plus importants, les responsables des grandes agences de l’ONU auront des points d’avancement pour leur sacro sainte carrière. Ainsi, dans les années 75, l’UNICEF diffusait de par le monde entier le chiffre de 50 millions d’enfants morts de faim chaque année quand ce chiffre de 50 millions représentait alors le nombre total de morts par an  !

13 10 1997                                    L’ex URSS n’en finit pas de se craqueler. La CEI marque ses faiblesses, avec la naissance d’un concurrent, même s’il ne veut pas dire son nom. Il se donne pour raison d’être de former, aux frontières russes, un pôle pro-occidental et pro-OTAN, et de se rapprocher de l’Alliance atlantique.

L’une des grandes faiblesses de la CEI a toujours été la variabilité constante de sa composition : l’Ukraine, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, l’Ouzbékistan ont, par moments, bruyamment manifesté à son endroit une volonté de séparation et ignoré de manière ostentatoire les projets et structures de sécurité collective. Plus grave encore : le 13 octobre 1997, la Géorgie, l’Ukraine, l’Azerbaïdjan et la Moldavie se sont unis pour former un groupement nouveau, le GUAM, qui devient GUUAM le 23 avril 1999 avec l’adhésion de l’Ouzbékistan. Le GUAM, avec un ou deux U, constitue pour la Russie un véritable défi. Entente entre États soucieux d’affirmer leur différence avec elle, ses membres le présentent volontiers comme une alliance anti-CEI, en quête d’appuis occidentaux. Au sein de cette instance, le rôle central de l’Ukraine, qui ne cherche pas à dissimuler son hostilité à la CEI et à la Russie, est particulièrement troublant pour Moscou. Au cours de cette même période, la Russie n’a pourtant pas ménagé les efforts de rapprochement avec Kiev, concluant le 28 mai 1997 un accord de partage sur la flotte de la mer Noire, puis, trois jours plus tard, lors d’une rencontre au sommet entre présidents russe et ukrainien, signant un traité d’amitié et de coopération que renforcera, le 28 février 1998, la signature d’un accord décennal de coopération économique. En apparence, les tensions entre les deux pays tendent alors à s’apaiser, mais la naissance du GUAM témoigne de la précarité de ce rapprochement. Ne serait-ce pas une version politique du meurtre du père ? suggèrent des observateurs russes, tels Andranik Migranian ou Alexandre Tsipko, inquiets de la perte continue du prestige de la Russie dans cet étranger proche.

Hélène Carrère d’Encausse        La Russie entre deux mondes         Fayard 2010

15 10 1997                 Lancement par la NASA, d’un tandem de sondes d’exploration du système solaire, Cassini – Huygens. L’orbiteur Cassini sera satellisé autour de Saturne qu’il atteindra  en juillet 2004 ; l’atterrisseur Huygens devrait se poser sur Titan, satellite de Saturne. Le tout pèse 5 577 kg et aura coûté la bagatelle de 20 milliards de francs. Le voyage  sera de 3,5 milliards de km. L’atmosphère de Titan se promène entre -171° et – 90°.  Christiaan Huygens  (1629 – 1695) avait découvert les anneaux de Saturne, et Jean Dominique Cassini (1625- 1712) leur séparation.

18 10 1997                 Inauguration du musée Guggenheim à Bilbao, réalisé par Frank Gehry, financé – 100 millions $ – intégralement par le gouvernement autonome basque, mais géré tout  aussi  intégralement par le directeur de la Fondation Guggenheim, depuis New York : Frank Gehry se joue du béton comme un couturier du tissu, et Bon Dieu ! que la robe est belle…

22 10 1997                Patrick Boissier, nouveau patron des Chantiers de l’Atlantique, annonce la couleur pour les mois et années à venir : tous les coûts, production, études, doivent diminuer  de 10 à 25 %, développement de la sous-traitance, doublement de la production, déménagement de la direction financière et commerciale de Paris vers St Nazaire… tout cela pour pouvoir se passer, dans les trois ans qui viennent, des aides publiques, lesquelles pouvaient atteindre jusqu’à présent 30 à 35% du montant des commandes quand les règles européennes les limitent à 9 % du prix de revient d’un navire. En 1997, la loi de finances les fixaient à 750 millions, mais ce sont 1 297 millions qui ont été versés, compte tenu des reports de crédits des années précédentes. 6 mois plus tard, les Chantiers de l’Atlantique recevront de la Royal Carribean Cruise Cruceros leur plus grosse commande : 4 paquebots de 85 000 tonneaux, 294 m de long, 1000 cabines – le Norway, ex-France en fait 315 -, et 2 autres, plus petits, de 350  cabines pour l’américain Renaissance.  Cela représente, avec 15 millions d’heures de travail, et autant pour les sous-traitants, deux ans d’activité, de juin 2000 à juin 2002.

30 10 1997                 Lancement réussi d’ArianeV. L’échec du lancement du 4 juin 96 a coûté 2 milliards F. L’amélioration des performances du lanceur, 6,7 milliards. Le dernier modèle d’Ariane IV peut emporter une charge de 4,7 t. Ariane V peut  emporter aujourd’hui une charge de 5,9 t à 6,8 t. Elle emportera au cours des ans des charges de plus en plus lourdes, jusqu’à 12 t en 2006, ceci pour être à même de concurrencer les américains, russes, chinois, et bientôt les japonais et les indiens. Le marché fait l’objet d’une concurrence très forte. Aujourd’hui, le prix du kilo en orbite géostationnaire va de 20 000$ à 30 000 $. Lorsque sera lancée la quinzième Ariane V, le prix devrait avoir baissé à 18 000 $ le kilo. Ce sont  environ 110 satellites qui seront lancés, chaque année, pendant les dix années à venir, pour une bonne part consacrés aux multimédia, en orbite basse.

10 1997                       Les mines antipersonnel, l’arme du pauvre – on en trouve à moins de 2 $ l’unité ! – parviennent à réunir la plupart des gouvernements contre elles : un projet de traité les condamnant a été approuvé en septembre à Oslo et sera  ratifié le 3 décembre à Ottawa. Mais les principaux pays producteurs ne le signeront pas : États-Unis, Russie, Inde, Pakistan et Chine. Ces mines ont déjà tué 600 000 personnes, et ce nombre augmente de 26 000 par an. La France, qui en a produit jusqu’en septembre 1995, en détient un stock de 1,4 million qu’elle s’est engagée à détruire avant la fin de l’an 2000 : ce sera chose faite le 20 décembre 1999 où la dernière mine sera détruite sur le site de Précigné, dans la Sarthe. Reste un stock de 5 000, strictement contrôlé, pour l’apprentissage des démineurs.

Le corps des procureurs de la République, jusque là plutôt fort sérieux, en prend un vieux coup avec la déclaration du procureur du Var, assurant que le conseiller général du Var, retrouvé mort avec 8 balles dans le corps, s’est en fait, contrairement aux apparences, bien suicidé.

Crise politique en Italie : le patron des ex-communistes, Massimo d’Alema, modèle  d’intransigeance, de rigidité et d’arrogance, refuse de suivre Romano Prodi… qui s’en va ; les ex-communistes italiens, qui en ont marre de la valse des gouvernements autant que leurs  autres concitoyens et apprécient beaucoup Romano Prodi, inondent le siège du parti de protestations, par courrier, fax, téléphone et Massimo d’Alema fait machine arrière avec toutes ses qualités de dirigeant, et Romani Prodi revient occuper  son poste : n’arrêtez jamais de gueuler, il peut arriver que ça serve à quelque chose… Mais un an plus tard, les communistes répéteront le même scénario et réussiront à faire repartir Romano Prodi et c’est … Massimo d’Aléma qui deviendra premier ministre.

7 11 1997                    Un communique de la NAS – National Academy of Sciences –, annonce le lancement d’un programme russo américain, avec participation anglaise, pour des recherches conjointes dans des instituts russes du système Biopréparat. Washington, Moscou et Londres ont convenu de ne transmettre à aucun pays tiers les résultats du programme, qui coûterait sur 5 ans, 38,5 millions $ au département d’Etat américain. Ce programme ne vise à rien d’autre que la fabrication d’armes biologiques, commencée dès 1972, en URSS, près de Sverdlovsk, à la Cité 19.

La fabuleuse hypocrisie des gouvernements américains  les emmènera aux bords d’une nouvelle guerre contre l’Irak… pour détruire ses armes biologiques. Koffi Annan, secrétaire général de l’ONU parviendra à désamorcer le conflit, mais le passage à l’acte se fera en décembre 98.

Dire que l’homme est un loup pour l’homme, c’est être bien méchant pour les  loups.

8 11 1997                     Aux Trois Gorges, les autorités chinoises procèdent à la dérivation du Chang Jiang [anciennement Yang tsé kiang], pour permettre les débuts de la construction de ce qui sera en 2009 le plus grand barrage  hydroélectrique du monde, appuyé sur 30 millions de m3 de terre, 27 de béton, pour  retenir 40 milliards de m3 d’eau, étalée sur 660 km de long, 632 km² ;  le barrage, proche de Yichang, aura 2 km de large, 185 mètres de haut ; il comportera 26 générateurs d’une capacité totale de 18,2 millions de kw/h, avec une production annuelle de 84,7 milliards de kw/h, équivalente à celle de 20 centrales nucléaires. Estimation du coût en 2000 : 24 milliards de US $. Les premiers travaux ont commencé en 1993, la mise en eau du barrage commencera en juin 2003. Se retrouveront sous les eaux : 1 300 mines, 300 000 m² de latrines, 2,8 millions de tonnes de déchets domestiques et industriels, des abattoirs, 40 000 tomes, 4 000 hôpitaux… de quoi faire un sacré bouillon de culture… Le  premier drame, humain : près d’1,2 million de personnes déplacées, les unes à proximité dans des villes nouvelles, les autres beaucoup plus loin.

Les Rochers du dos du dragon, [barre rocheuse de 5 km de long et 50 m de large qui avance dans le fleuve au confluent du Yang-Tsé et de la Rivière Pengxi [6], près de la ville de Yunyang] jusque là apparaissaient et disparaissaient au gré des eaux : ils vont disparaître définitivement et les gens du Yunyang ne pourront plus se promener dessus ou prédire avec des poules si l’année à venir sera faste ou néfaste ; ils ne pourront plus que se remettre en mémoire la chanson populaire : Si, de part et d’autre des Rochers du dos du dragon, entourés de banc de sable, les eaux du fleuve s’écoulent, la richesse ne durera pas et les fonctionnaires intègres ne termineront pas leur mandat.

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Même avec dix mille pinceaux finement taillés, il serait difficile de décrire la beauté des falaises de la gorge de Qutang. (la première des Trois Gorges)

Zhang Wentao 1644 – 1711

17 11 1997                   Sur les terrasses du temple de la reine Hatchepsout, rive gauche du Nil, à l’ouest de Louxor, des islamistes tuent 58 étrangers au pistolet mitrailleur et à l’arme blanche. D’autres attentats suivront, celui du vol 9268 – Airbus A321 de MetroJet, qui fera 224 morts au-dessus du Sinaï le 31 octobre 2015, le massacre de la mosquée soufi de Bir al Abed,  sur le littoral méditerranéen du Sinaï le 24 novembre 2017, faisant 305 morts et une centaine de blessés. Fin 2017, le nombre de touristes n’atteindra pas la moitié de ce qu’il était en 1995.

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[1] Ces chiffres ont été pris dans Le Monde, qui, quelques années plus tard, à l’occasion de la découverte de la grotte de Cussac, parle de 32 000 ans pour la grotte Chauvet. Jean Clottes est le responsable des recherches de la grotte Chauvet.

[2] Les espagnols adopteront cette solution pour les grottes d’Altamira, au sud de Santander… lorsque le délai d’attente pour la visite des vraies grottes aura atteint… 2 ans.

[3] Association lucrative sans but, dixit Pierre-Patrick Kaltenbach.

[4] Au 31 01 2013, 12 496 biens immobiliers ont été  confisqués aux mafias italiennes. Au palmarès des biens mis sous séquestre, depuis l’entrée en vigueur de la loi de 1996 qui permet leur réutilisation, la Sicile arrive en tête (5 515), suivie de la Campanie (1 918), de la Calabre (1 811), de la Lombardie (1 186), des Pouilles (1 126) et du Latium (645). Selon les chiffres de janvier 2013, l’Agence nationale des biens confisqués (à Cosa Nostra, ‘Ndrangheta, Camorra, Sacra Corona Unita) dénombrait 1 708 entreprises. 70 % d’entre elles sont encore gérées par l’Agence.

[5] L’écrivain sait de quoi il parle : installé depuis 1976 aux Cinq Ruisseaux, au cœur d’une forêt du Vermont, il a dû subir perfidies et calomnies de la presse pour s’être régulièrement refusé aux mondanités médiatiques.

[6] Il est bien possible qu’ils aient servi de lieu de tournage à Balzac et la petite tailleuse, sorti en 2002.


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