16 janvier 2018 au 29 octobre 2018 La lutte contre le plastique est engagée. Arnaud Beltrame. Un vent nouveau souffle sur l’Ethiopie. Boeing envoie ses passagers à la mort. Nicolas Hulot emporte avec lui beaucoup de l’espérance qu’il incarnait. 15023
Publié par (l.peltier) le 16 août 2008 En savoir plus

16 01 2018                    Par 402 voix contre 232, le parlement européen interdit la pêche électrique, sans aucune dérogation. La pêche aux explosifs, au poison comme la pêche électrique étaient interdits depuis 1998. Mais les Hollandais, grands pratiquants de cette dernière étaient remontés au créneau et étaient donc parvenus à arracher une autorisation, valable pour 5 % de la flotte de pêche de chaque pays. La pêche électrique, cela signifie que les poissons enfouis dans le sol marin, soles, carrelets, couteaux etc… atteintes par la décharge sortent …pour se faire avaler par le filet. Mais les poissons qui ne sont pas visés ont la colonne vertébrale brisée… 70 % de ce qui est pêché est rejeté à la mer, car non vendable… un massacre et un gaspillage honteux.

A l’origine de cette victoire écologiste, l’association Bloom, fondée par Claire Nouvian dont l’allure bien classique cache un tempérament de feu, une missionnaire sans la foi qui, si elle s’est refusée à adopter les choix musclés de Paul Watson – Sea Shepherd Conservation Society – est restée sur le terrain légal, mais avec une volonté d’efficacité qui lui apporte d’indéniables et prestigieuses victoires.

Claire Nouvian garde la pêche

Elle donne rendez-vous dans un café à deux pas du jardin du Luxembourg, à Paris. Ballerines et chemisier sages, visage d’ange, Claire Nouvian a l’apparence d’une mère de famille BCBG à la sortie de la messe. Mauvaise pioche. Dès que la fondatrice de l’ONG Bloom se met à parler, le Christ tombe de sa croix. Voix rauque, gouailleuse, langage fleuri truffé de putain et de j’en ai rien à foutre, tutoiement facile. Elle vous embarque dans un tourbillon d’indignation et de rage. Au terme d’une campagne acharnée, elle a obtenu en 2016 l’interdiction du chalutage en eaux profondes dans l’Union européenne. Ce qui lui a valu d’emporter en avril le prix Goldman, sorte de Nobel de l’environnement. Aujourd’hui, elle ferraille contre la pêche électrique, bannie en Europe en 1998 car destructrice mais rétablie en 2006, officiellement à des fins de recherche scientifique. Et grassement subventionnée, en toute illégalité. Ses armes : pétitions, plaintes contre les Pays-Bas (où 30% des chalutiers sont équipés, au lieu de 5% autorisés). Elle s’anime devant son citron pressé. Les pêcheurs néerlandais ? Une mafia ! Les Pays-Bas ? Le pays le plus corrompu sur la pêche. L’Ifremer, en France ? Coupable d’avoir dissimulé un rapport sur la mortalité des alevins électrocutés. Les grosses ONG environnementales ? Elles dorment, n’emmerdent personne, au contraire les industriels leur filent un chèque.

Claire Nouvian, elle, ne dort pas. Deux ou trois heures par nuit maximum. Elle bosse. Jusqu’à l’effondrement, 7 de tension, plus de goût, d’odorat. Ses proches s’inquiètent. Je sais, c’est pas du tout raisonnable, j’ai même pas le temps de me faire couper les cheveux, je le fais toute seule, là j’ai pas eu le temps de faire le côté droit. Elle montre son profil asymétrique. Ses rares moments libres, elle les consacre à sa fille de 7 ans, à son compagnon banquier qui donne tous ses bonus à des causes et paie le loyer, et à des spectacles de danse contemporaine. D’accord, mais pourquoi les poissons ? Parce qu’ils n’ont aucun défenseur. J’aurais pu prendre n’importe quel autre sujet d’injustice, j’ai une immense admiration pour Oxfam, CCFD-Terre Solidaire, Sherpa, Anticor, les associations spécialisées dans la lutte contre la corruption, mais elles font ça si bien qu’elles n’ont pas besoin de moi. Ceci dit, avec la pêche industrielle, on est aussi au cœur de la corruption, des lobbys qui pèsent sur les décisions publiques contre l’intérêt général et contribuent à mettre en péril le monde. En quelques années, elle a imposé son style. Omniprésente, incontournable, intraitable. C’est un moine soldat, elle est entière, ne pardonne rien,dit son ami Charles Braine, écologiste et ancien patron-pêcheur. Tu la jettes par la porte, elle revient par la fenêtre, la cheminée, et finit par gagner, dit la dessinatrice Pénélope Bagieu, qui la voit comme LE modèle contemporain de femme culottée et l’avait approchée en 2013 pour créer une BD sur le chalutage profond, un immense succès (de la même façon que Terreur Graphique et Capucine Dupuy en livrent une, aujourd’hui, sur la pêche électrique. 

La pasionaria survoltée fascine – Jean-Louis Borloo en était gaga, paraît-il – ou horripile. Claire Nouvian s’est mis à dos une myriade d’ennemis, les trolls téléguidés par les lobbys lui balancent des tombereaux d’insultes. Rien à foutre, personne ne fermera mon clapet, jamais, je préfère mourir que de me taire, balaie-t-elle. Elle cite un proverbe bosniaque : Homme sans ennemis, homme sans valeur. D’où lui vient ce besoin viscéral de combattre l’injustice ? Claire Nouvian louvoie, parle d’abord d’une morale ancrée en elle, celle de son grand-père : Aucun arrangement avec la vérité, avec soi-même. L’aïeul, dont elle a récupéré le tempérament de merde, hyper dur, était gaulliste, contremaître dans une usine de pesticides puis maire de Civaux, dans la Vienne, où il a fait venir la centrale nucléaire. Gamine, elle est trimbalée un peu partout par des parents tout sauf écolos-gauchistes. Bourgeois fêtards. Ses pôles Sud. En Algérie, la famille suit le père, cadre chez Total. Puis, après le divorce, elle suit la mère, dirigeante d’une entreprise de textile à Hongkong. A 10 ans, je pensais que j’étais folle, je détestais l’école. J’ai passé mon enfance à pleurer, je n’ai arrêté que vers 35 ans, après sept ans de psychanalyse.

Claire Nouvian ne pleure plus, mais le mensonge lui donne de l’urticaire et l’égoïsme des ultrariches la met dans une colère noire. Je ne supporte plus leur égocentrisme : Mes enfants, leur réussite, HEC, Polytechnique. Mais qu’est-ce que tu fais pour les autres, toi, à part avoir des maisons de campagne ? Dites Macron, et elle part en vrille. Elle dénonce son double jeu sur la pêche électrique. Il symbolise à ses yeux les élites profondément corrompues. Make our planet great again, super, bravo, maintenant tu peux dire à la FNSEA de rester en place, donner un peu de panache à ta loi alimentation ? Je me fous des discours, le seul truc qui m’intéresse, c’est l’action. Elle estime que Hulot, qui se fait écrabouiller, devrait partir. Comment peut-on être ministre d’un gouvernement qui chasse les migrants, rend aux riches : la honte absolue ! Au premier tour, elle a choisi Mélenchon et blanc au second. Hamon ? Un gland. Pour les européennes, elle vote Verts. Aime les eurodéputés Yannick Jadot (EE-LV) et Younous Omarjee (LFI). Trouve François Ruffin incroyable : C’est le type qui m’inspire le plus en politique. Il est juste, sincère, la probité même.

Parmi les six langues qu’elle parle, figure le russe. Jeune, j’étais fascinée par le communisme, je trouvais ça dingue, cette utopie collective. Après, ça s’est très mal passé. Et on paie tous le prix de cet échec. Le libéralisme s’y est engouffré en nous assénant que l’homme est un loup pour l’homme alors que non, on peut être altruiste, ça dépend juste de l’éducation. Le débit est mitraillette. Claire Nouvian dégage une énergie de centrale nucléaire, mais une centrale avec quelque chose de brisé en son cœur, qui brûle pour ne pas imploser. L’action, le mouvement perpétuel. L’immobilité, c’est l’accident. En lisant Zero Degrees of Empathy (non traduit), du psychologue Simon Baron-Cohen, elle a compris cette fêlure : J’ai une souffrance permanente en moi parce que je suis en empathie extrême. L’égoïsme des gens me dévaste. Leurs centres d’intérêts à la con sur leur baraque, leur nouvelle bagnole, ça m’agresse de nullité. Je sais pas comment ils font, alors que quand des migrants se font buter, ça envahit tout mon espace émotionnel, mes rêves, mes nuits.

Claire Nouvian vit avec des poissons électrocutés dans les yeux, l’évasion fiscale en travers de la gorge, mais aussi Alep et la Ghouta dans le cœur – elle a accueilli un réfugié syrien -, tous les malheurs du monde dans l’âme : Je ne peux même pas en parler. Elle dit avoir enfin trouvé la source de cette hypersensibilité : enfant surdouée, non détectée, elle a dû composer avec des difficultés émotionnelles colossales. Sans l’aide de parents space. Elle a toujours besoin d’une béquille esthétique, philo – elle se définit comme kantienne -, Pina Bausch, peinture, Beethoven, Schubert, Saint-Saëns… Elle a aussi saisi pourquoi elle était profondément dark en lisant Günther Anders, le penseur du globocide nucléaireQuand on est cultivé, on est désespéré. Est-ce que ça doit nous empêcher d’agir ? Bien sûr que non ! Au contraire, plus on est pessimiste, plus on a envie de se battre. Et de s’engager en politique ? Aucune envie. Sauf si Ruffin se présente !» L’entretien s’achève. Claire Nouvian court travailler. Elle sourit pour la photo. On retrouve la mère de famille BCBG. Pourquoi cette allure, au fait ? Au début, j’arrivais à enfumer les bourgeois avec ça, mais ça marche plus, se marre-t-elle. Non, en fait, c’est que j’en ai rien à foutre du look. Je mets toujours la même tenue, parce que ça ne me prend aucun temps. J’ai lu que Barack Obama faisait pareil.

Coralie Schaub           Libération du 26 juin 2018

25 01 2018                     Le chantier naval HHIC, à Hanjin, aux Philippines livre à la CMA-CGM le plus grand porte container du monde : Antoine de Saint Exupery. 400 mètres de long, 59 de large, à même de charger 20 600 conteneurs, moteurs encore au diesel, les générations suivantes seront au GPL. De quoi nous inonder encore plus vite, avec une productivité augmentée, de produits d’Extrême Orient, fabriqués par des gens payés au lance-pierres. Et, pour ne pas repartir vers la Chine à vide, ces conteneurs sont remplis de vieux papiers : en regard de ses besoins, la Chine n’a que peu de forêts et importe donc du papier usagé pour en refaire du neuf.

Le CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry livré | Mer et Marine

CMA CGM veut réduire les personnels d’exécution | Mer et ...

5 02 2018                             Marie Couderc, 31 ans, et Nil Hoppenot, 33 ans, menant tous deux la vie parisienne, se sont réveillés un matin  d’il y a quelques mois, en se disant : ce n’est pas possible, on ne peut plus continuer ainsi et ils ont mis sur pied une traversée à pied de l’Europe d’ouest en est  en passant par la montagne plutôt que par les plaines. Ils n’ont pas choisi de faire systématiquement les sommets comme Patrick Berhault en 2001, mais plutôt les cols. Pourquoi seulement l’Europe : on avait envie de rester dans l’Empire romain.  Ils partent de Sagres, à l’extrême sud du Portugal et arriveront à Istanbul en mars 2020, après 10 000 km. Ils ont pris pour habitude de laisser l’endroit d’où ils partent plus propre que lorsqu’ils y sont arrivés : au vu de certaines photos, il y a de quoi faire !

Le défi sportif est presque anecdotique, la marche est vraiment un moyen d’aller vers les gens et de découvrir des endroits auxquels on n’aurait pas accès autrement. Le fait d’arriver dans ces endroits sublimes et de les trouver pleins de déchets, ça nous brise le cœur .

Marie Couderc

17 02 2018                  La Tchèque Ester Ledecka est venue aux J.O d’hiver de Pyeongchang avec l’intention de gagner l’épreuve de snowboard, ce qu’elle fera. Mais elle aime bien courir deux lièvres à la fois, ce que tout le monde lui déconseille et elle s’inscrit pour le super G de ski alpin. Là, elle n’a pas vraiment d’ambition pas plus que de préparation, au point qu’elle emprunte des skis. Elle part avec le dossard 23 … et gagne d’un petit centième la course.

Dans l’ère d’arrivée, elle va rester de très longues secondes scotchée, perdue face au tableau d’affichage des temps, se disant : c’est pas possible, c’est une erreur de chronométrage,  comme un voyageur qui s’aperçoit à l’arrivée qu’il s’est trompé de train et qu’il n’est pas dans la gare qu’il avait demandé : il va falloir qu’un officiel vienne lui dire qu’elle a le meilleur temps pour qu’un sourire s’esquisse, bien lentement, tant est difficile à assimiler la nouvelle : je vais très probablement être médaillée d’or du super G des J.O. [pour en être certain, il faut attendre la fin de la course, mais il est extrêmement rare qu’un concurrent gagne une course avec un dossard aussi éloigné du premier, sauf refroidissement brutal qui rend la neige plus glissante : déjà avec le dossard 23, on sait que les 15 meilleurs mondiaux sont déjà passés.]

On verra la grimace de la belle Anna Fenninger qui s’était vue un peu trop vite sur la plus haute marche du podium, on verra la déconvenue du fabricant des skis (empruntés) d’Ester, qui ne songera pas une seconde à bien les montrer aux caméras, on écoutera avec joie Sofia Goggia, en or pour la descente, rappeler les fondamentaux : c’est ça, les Jeux. Mais, moins de deux ans plus tard, Ester Ledecka prouvera que son exploit n’était pas à mettre au rang des exceptions qui confirment une règle mais qu’elle était bien une grande skieuse de vitesse : elle gagnera le 6  décembre 2019 la descente de Lake Louise aux Etats-Unis.

1 03 2018                    Emmanuel Macron offre une soirée culturelle à l’Elysée où il se met lui-même en scène en étant la voix de Pierre et le Loup de Prokofiev. Soirée un tiers mondiste, deux tiers mondaine. Louis XIV s’était essayé au genre, mais aussi Néron, avec leurs Ego surdimensionnés, ne pouvant réjouir que flagorneurs et courtisans … Grotesque.

15 03 2018                Stephen Hawkins nous quitte. L’une de ses dernières déclarations publiques aura été : J’ai une compréhension des trous noirs plutôt satisfaisante. Je me sens bien à l’aise avec les mathématiques ; mais le Brexit, alors là, je n’y comprends rien du tout ! 

Toutes les époques traînent leur lot de tabous, et si personne ne prétend parvenir à comprendre cette folle décision, c’est que personne n’accepte de dire haut et fort à quel degré de médiocrité intellectuelle, à quelle impardonnable démagogie et grossièreté mensongère est parvenue une bonne partie de la presse écrite anglaise, qui fait son miel d’être une presse de caniveau : fake news à longueur de pages, affirmations intempestives jamais étayées d’arguments un peu solides, mensonges éhontés… défaite totale de la raison et de l’honnêteté. Les Anglais l’auront payé cher, très cher leur sacro-sainte liberté de la presse.

23 03 2018                    Un héros. Pour libérer une femme otage d’un terroriste, il s’est proposé en échange et l’a payé de sa vie. Cela s’est passé à Trèbes, près de Carcassonne. Et même s’il a agi en free lance, hors hiérarchie, cela n’enlève rien à son geste.

Arnaud Beltrame, à l'époque où il était commandant la compagnie de gendarmerie d’Avranches, en mars 2013.

Arnaud Beltrame, lieutenant colonel de gendarmerie, marié, sans enfants.

2 04 2018                           Abiy Ahmed est nommé premier ministre de l’Ethiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique avec 108 millions d’habitants. C’est un Oromos, l’ethnie majoritaire du pays, pour la première fois au pouvoir. Il est chrétien protestant. Il va mener tambour battant toute une série de réformes en commençant par faire la paix avec le front national de libération de l’Ogaden, mettant ainsi fin à une interminable guerre vieille de 34 ans, puis avec l’Érythrée qui, 1998 à 2000, a fait plus de 80 000 morts . Il va s’entendre avec l’Egypte sur l’épineuse gestion des eaux du Nil bleu, quand l’Ethiopie construit un très important  barrage proche de la frontière Égyptienne. Il va assurer une parité rigoureuse dans la composition de son gouvernement. Il va mettre fin aux trop nombreux monopoles d’Etat sur des secteurs entiers de l’économie, il va rayer des listes d’organisations terroristes les partis d’opposition, il va libérer de prison les opposants politiques. Ce sont des rafales de vent nouveau, frais et bienfaisant qui soufflent sur ce pays. Suédois et Norvégiens ne s’y tromperont pas, qui lui donneront le Nobel de la Paix le 11 octobre 2019.

Abiy Ahmed crée la polémique concernant son prix nobel – La Nouvelle Tribune

L'Ethiopie inaugure le plus haut barrage hydroélectrique d'Afrique - L 'EnerGeek

Gibe III, sur l’Omo

L'Ethiopie inaugure un barrage controversé qui doit presque doubler sa capacité énergétique | Opale Magazine

6 04 2018                           Un collier de 50 km sur la rivière des Perles, à Hong-Kong ; c’est pas chinois, direz-vous ? Mais si, mais si, c’est chinois.

Le pont relie l’île de Lantau, sur laquelle se trouve l’aéroport de Hong Kong, à Macao et Zhuhai, ville continentale de la province du Guandong, en Chine.

18 04 2018                                    Quand le président français Emmanuel Macron, se fait corriger au parlement européen par l’eurodéputé Belge Philippe Lamberts, représentant des Verts.

27 04 2018                Il va bien falloir que l’occident s’accoutume à des événements de portée mondiale, bien loin de ses centres de décision : ainsi de cette rencontre, la troisième du genre [les deux premiers sommets inter coréens, en 2000 et 2007, n’avaient pas été suivis d’effet] entre les dirigeants de la Corée du Sud Moon Jae-in, et de la Corée du Nord Kim Jong-un sur la ligne de démarcation militaire. Il y aura suite si les deux Corées parviennent sur le nucléaire à un accord qui ait l’aval des Etats-Unis. Signe de bon augure : la suspension le jour de cette rencontre des exercices militaires américano-sud-coréens commencés le 1er  avril, toujours mal perçus de la Corée du Nord.

1 05 2018                     Défilés habituels du 1° mai, avec l’habituel encadrement de forces de sécurité pour contenir les éventuels débordements ; mais, et on ne le saura que près de trois mois plus tard, s’est glissé au sein des CRS Alexandre Benalla, conseiller sécurité d’Emmanuel Macron à l’Elysée, qui ne parvient pas à réprimer l’envie d’en découdre et de jouer les Tontons Macoute en allant tabasser des manifestants. Ça va faire du bruit dans le Landerneau ! La bronca tant parlementaire que médiatique transformeront le 19 juillet la mise à pied de 15 jours en licenciement sec et en mise en examen, où il aura à ses côtés son collègue Vincent Crase, porteur d’une arme ce jour-là, quand il n’avait pas de permis de port d’arme. 

Le 24 mai, soit près de trois semaines après sa mise à pied de 15 jours, il reçoit son second passeport diplomatique valable jusqu’au 19 septembre 2022. Il avait reçu le premier le 20 septembre 2017. Pourquoi 2 passeports ? Certains pays refusent l’entrée aux titulaires d’un passeport qui montre qu’il est allé dans un pays ennemi. D’où, cette pratique courante. Suit une partie de prestidigitation dans laquelle les passeports disparaissent, puis réapparaissent, le tout avec la complicité tacite d’une administration et d’une commission sénatoriale qui se couvrent de ridicule, avec une incompétence que l’on croyait réservée aux pieds nickelés. Il semblerait bien en fait qu’il les ait fait récupérer par un pote qui les aurait mis en lieu sûr avant de les lui remettre. Qui tire les ficelles ? Qui protège Benalla ?

8 05 2018                    Les États-Unis se retirent de l’accord nucléaire avec l’Iran signé en 2015. La suprématie du $ dans le monde est telle que les sanctions qui suivent ce retrait vont paralyser toute l’économie du pays : toute transaction importante, quels qu’en soient les protagonistes doit à un moment donné recevoir l’accord des autorités américaines. Les Etats-Unis vont mettre à genou l’Iran, sans même tirer un coup de feu ! Maudits soient les Etats-Unis.

La fin des liaisons d’Air France vers Téhéran, ce 18 septembre, ajoute la compagnie aérienne française à la liste des groupes occidentaux (Total, Daimler, British Airways, Peugeot, Renault…) qui, trop exposés aux Etats-Unis, ont préféré éviter les foudres de Washington.

Le 4 novembre entrera en vigueur le second volet des sanctions américaines visant la vente du pétrole iranien. Le premier volet comprend, depuis le 6 août, des blocages sur les transactions financières et les importations de matières premières, ainsi que des mesures pénalisantes sur les achats dans le secteur automobile et l’aviation commerciale.

Malgré les déclarations du président iranien, Hassan Rohani, assurant que la crise sur le marché de devises est résolue, la monnaie iranienne, le rial, ne cesse de dégringoler face au dollar. Ce 16 septembre, le billet vert s’achetait à 143 000 rials contre 40 000 en février, soit une dépréciation de 72 %.

Bien que les bureaux de change aient reçu, début août et après quatre mois d’arrêt, la permission de reprendre leurs activités, ils refusent encore aujourd’hui de vendre dollars et euros, obligeant les Iraniens à aller se fournir auprès des marchands de rue illégaux qui demandent beaucoup plus que le taux pratiqué sur le marché officiel.

Pour enrayer la chute du rial, le président Rohani a d’abord imposé un taux fixe de 1 dollar pour 42 000 rials iraniens, alors que le billet vert s’achetait et se vendait beaucoup plus cher sur le marché noir. Ainsi, pendant quatre mois, seuls certains importateurs de produits de première nécessité pouvaient bénéficier de ces dollars  gouvernementaux. Or cette mesure, annulée début août, a donné lieu à des cas d’abus et de corruption, attisant la colère de la population.

L’instabilité sur le marché des devises, conjuguée aux sanctions américaines, pénalise des pans entiers de l’économie. D’après les sources officielles, la production d’automobiles a diminué de 38 % entre le 23 juillet et le 22 août. Le secteur de la restauration connaît une baisse de 40 %. Et le pouvoir d’achat des ouvriers aurait baissé de 70 %, affirment certains économistes.

Selon les chiffres de la Banque centrale iranienne, l’inflation a atteint 18 % en août en rythme annuel, contre 8 % il y a un an. Tous les prix ont augmenté, notamment ceux des produits alimentaires.

A cause de l’envolée du prix des produits que nous utilisons, nous avons été obligés d’augmenter de 44 % nos tarifs depuis le mois de mars, explique Pedram qui produit des salades en barquette, à Téhéran. Dans ce contexte, les gens mangent beaucoup moins dehors. Disons que nous ne faisons plus de bénéfices. Et si auparavant cet Iranien de 37 ans envisageait de chercher des financeurs européens afin de développer son business, il a désormais laissé tomber cette illusion. Aujourd’hui, je sais que je mettrai les clés sous la porte si le dollar atteint les 200 000 rials, glisse-t-il.

Face à cette situation, Téhéran a, fin août, dénoncé l’étranglement de son économie par Washington devant la Cour internationale de justice (CIJ), où ce pays de 80 millions d’habitants a engagé une procédure visant à enjoindre aux Etats-Unis de suspendre leur embargo.

Ghazal Golshiri (Téhéran, correspondance) Le Monde 17 09 2018

14 05 2018                Les Israéliens fêtent à Jérusalem la nouvelle ambassade américaine, déménagée de Tel-Aviv sur ordre de Donald Trump. Les Palestiniens de Gaza se révoltent ; Israël réprime : 59 morts, plus de 2 400 blessés. Un odieux carnage.

22 05 2018          Emmanuel Macron enterre le plan Borloo, pour n’en retenir que des miettes. Jean-Louis Borloo, c’est un avocat qui a été ministre de la Ville sous Sarkozy. A la demande du gouvernement, il a travaillé plusieurs mois avec des centaines de responsables locaux pour élaborer ce plan qui a l’ambition de mettre plus de liberté, d’égalité et de fraternité au sein du quotidien des habitants de ces banlieues. Cela donne un document de 160 pages, évacué d’une pichenette par le président de la République : Deux mâles blancs qui ne vivent pas dans les banlieues se remettent un rapport sur les banlieues : ça ne marche plus comme ça. Un mépris pareil pour le travail demandé, aucun des précédents présidents de la République n’avait osé le formuler avec cette arrogance… elle pèsera lourd dans la haine qu’Emmanuel Macron suscitera au sein des Gilets Jaunes, six mois plus tard. Emmanuel Macron a l’addiction au jeu dans son ADN, une addiction cela ne se guérit que très rarement : sa première connerie de joueur est la mise à la porte du général Viguier, grand patron de l’armée de terre, sa seconde connerie est cet envoi à la corbeille du plan Borloo avec cette insupportable arrogance de l’Énarque, sûr de son infaillibilité.

7 05 2018                    Sergio Mattarella, président de la République italienne use de son droit de réfuter la formation d’un gouvernement en lequel il verrait un grave danger pour le pays, et Giuseppe Conte, le premier ministre désigné quatre jours plus tôt, à l’issue des élections qui ont vu une majorité se former autour de la Ligue de Matteo Salvini et du M 5 S de Luigi di Maio, doit démissionner. La démagogie est allé loin au-delà des limites permises, et le président ne veut pas voir son pays prendre le chemin de la Grèce. En attendant de nouvelle élections, les mois à venir s’annoncent pour le moins chahutés, et Carlo Cottarelli, le nouveau président du Conseil nommé par le président de la République, va avoir bien du mal à tenir la barre. Le populisme des deux partis majoritaires va-t-il se satisfaire de sa politique, même s’il n’est là que pour expédier les affaires courantes ? Mais l’Italie n’a pas fini de nous surprendre, car le 31 mai, Giuseppe Conte sera de retour, avec un autre ministre de l’économie plus eurocompatible… e la nave va. 

Quelques jours plus tard, Emmanuel Macron dira quelques insanités concernant l’Italie sur le sujet de l’immigration, la taxant de cynisme, d’irresponsabilité quand l’Italie est le pays qui s’est engagé le plus à fond sur cette question. Le boomerang lui reviendra dans la figure, mais, trop tard : what’s done is done.

L’homme met deux ans pour apprendre à parler, puis cinquante ans pour apprendre à se taire, disait Ernest Hemingway, qui ainsi, confirme qu’Emmanuel Macron n’a pas encore cinquante ans !

Cher Manu,

Ou plutôt très cher Manu, si on considère la folle montée des enchères qui accompagne votre mandat, au point que le gel des aides personnalisées au logement (APL), après la ristourne de 5 euros, a un côté tirelire en céramique rose comparé aux cadeaux somptueux offerts aux puissants. En même temps, on a compris que 5  euros, c’était du pognon (en gros, l’argent que les enfants économisent pour la fête des mères), et que les cadeaux fiscaux, les dividendes, les salaires pharaoniques, c’est de l’investissement, du ruissellement, comme le bouquet final du feu d’artifice du 14 Juillet, quand des ombelles étincelantes se déversent au-dessus des campeurs ébahis qui resteront un jour de moins, parce que d’année en année le budget vacances est de plus en serré. Du moins pour ceux qui ont encore la chance de partir.

Sémantiquement, pognon fait vieux, plus du tout utilisé, mais c’est sans doute voulu, puisque tout est passé au pressoir de votre propagande. Que les aides aux démunis coûtent du blé, une blinde ou un bras, les démunis, ça risquait de leur parler. Ce n’était donc pas à eux que le message s’adressait. En langage crypté, pognon vise directement les nantis, qui ont toujours, sémantiquement, un train de retard quand ils se la jouent peuple. Un peu comme ce candidat à la présidentielle qui allait toujours faire ses courses à Prisunic. Et même à Prisu, s’il s’était vraiment lâché. Ce qui lui a coûté votre place. Ce sont les mêmes, nantis, vieux et bien-pensants, tous honnêtes gens, c’est-à-dire gens de grands biens, qui, au nom des valeurs (sonnantes et trébuchantes), refusaient jadis catégoriquement toute idée d’impôt sur le revenu, qu’ils considéraient comme un  vol de la propriété le secret des fortunes violé, s’étranglait l’ignoble Thiers -, et qui trouvent aujourd’hui insupportable, inconcevable, inenvisageable, et pour tout dire scandaleux, d’aider leur prochain sous prétexte que tous ces assistés ne seraient pas fichus de se débrouiller par eux-mêmes. C’est la grande loi naturelle du monde, que chacun soit récompensé selon son mérite. Celui de vos commanditaires est-il grand d’être nés pour la plupart une cuillère dorée dans la bouche ? De plus, on ne voit pas en quoi il y aurait du mérite à avoir du mérite. Le méritant ne peut que se féliciter de sa chance d’être méritant. Ce qui ne l’autorise en rien.

Mais revenons au prochain, le terme devrait vous sensibiliser. Vous avez dû l’entendre à la Providence. On le rencontre, souvenez-vous, dans l’Evangile. Il renvoie au proche, à celui qui est là, qui souffre tout à côté. Et normalement, si on lit bien le Texte qui fonde la chrétienté, si on veille à le respecter à la lettre, on ne laisse pas le démuni dans la rue, ni le migrant sur son radeau percé. C’est le B.A. BA, même pas à discuter.

Cette cécité, destinée à ne rien voir de ce qui ronge le cœur et l’esprit, on la trouve pour mémoire chez Matthieu et Marc, qui rapportaient les paroles de leur étrange ami, et déjà Esaïe la dénonçait. A croire que c’est une constante chez les riches. L’argent rend aveugle. Et si ceux-là, par un geste inconsidéré d’humanité, en venaient à mettre la main à la poche, pour éviter tout dérapage charitable, on a créé dans les paradis fiscaux des poches étanches, hermétiques au salut collectif par la redistribution, en confiant à des algorithmes sans pitié le soin de brouiller les cartes.

Dans le dispositif ségrégationniste qui se déploie en direct sous nos yeux, les algorithmes et les logiciels sont une pièce essentielle. Ce sont eux qui avec la volonté des élites sont en train de couper le peuple en deux. D’un côté, selon votre adage dit de la gare du Nord, ceux qui réussissent s’entendent à faire de l’argent et parlent nécessairement la langue des GAFA, et de l’autre, les perdants de la vie qui ne comprennent rien à cette novlangue numérique et ne parlent que le jargon des fins de mois où il manque toujours de quoi.

Il suffit de suivre le parcours du combattant d’une réclamation par téléphone, où jamais on n’entend d’autres voix que synthétiques nous demandant inlassablement d’appuyer sur la touche étoile, ou de remplir n’importe quelle fiche sur Internet où, de code secret en mots de passe, on en vient de guerre lasse à renoncer, pour comprendre qu’on n’est pas souhaité dans ce Dark World 2.0. Le couperet tombe là. Impitoyable. L’avantage, c’est que la machine à exclure fonctionne sans qu’on ait besoin d’agents pour faire le tri, de lampistes derrière un guichet recevant à longueur de journée les doléances. Elle ne sélectionne que les esprits valides. Entendre rentables, solvables.

Au besoin, elle se charge d’une partition plus fine, et par étages, de votre société idéale au moment de payer les impôts : en liquide jusqu’à 300 euros, par chèque jusqu’à 1 000 euros, et au-delà par carte bancaire. Ce qui dessine assez bien le paysage désiré par les possédants. La carte bancaire étant la voie royale à la démonétisation qui concentrera tout l’argent du monde dans les coffres virtuels enfouis dans le permafrost de Visa et d’American Express. Comme dans la recette de César remplissant doctement son verre sur le zinc, il y a bien sûr un quatrième tiers, mais celui-là, on n’en parle même pas, c’est le quatrième tiers de la misère, sans carte bancaire et parfois sans papiers, qui est un mix de quart et de tiers-monde. Le monde des non-imposables, composé des laissés-pour-compte – de tout compte. Pour eux, on inventera un revenu universel à bas prix, à petites goulées d’oxygène, pour les maintenir tout juste en vie sans qu’ils perturbent vos manigances d’oligarques. Mais la misère, visiblement, vous retient peu, obnubilé que vous êtes par vos amis abonnés au magazine Forbes. Et de grâce, épargnez-nous la parade giscardienne indignée sur le monopole du cœur – qu’on se rappelle le cœur de Giscard dans son reliquaire de diamants.

Tellement peu votre affaire, les difficultés à vivre et à survivre du plus grand nombre, que les humbles en font cruellement l’expérience chaque fois que vous descendez de votre trône de parvenu docile aux puissances d’argent. A peine un pied sur le parvis du peuple vous souffletez les illettrées des abattoirs de Bretagne, les ouvriers incapables de se payer des costards, les infirmières toujours à se lamenter d’empiler les heures. Il est évident que, dans ce cas, on ne peut exiger de vous que vous penchiez votre légendaire compassion sur la terre et les animaux.

Les animaux continueront ainsi à être maltraités avant d’être abattus sans anesthésie, les poussins mâles d’être jetés vivants à la broyeuse, la terre d’être abreuvée de glyphosate et autres substances assassines, qui engraissent les profits de Bayer et de Monsanto, et on demandera à Total et à l’huile de palme d’assurer la transition énergétique. Quel besoin d’un plan B pour la terre aussi longtemps que le plan A permet de gaver vos amis jusqu’à en crever. C’est bien sûr sa limite, mais comme Philippulus, le prophète fou de L’Etoile mystérieuse, vous serez célèbre pour avoir anticipé et accéléré la fin du monde. Il convient, sur ce point, d’accorder une mention spéciale à votre pathétique supplétif, préposé à la préservation des espaces, des espèces et du climat. On en fait le champion du monde des avaleurs de couleuvres. Ce qui est beaucoup lui accorder. Il n’a pas d’estomac.

Et maintenant, c’est la jeunesse que vous sermonnez, avec votre mentalité de pion de dortoir. La jeunesse s’en prendrait à votre olympique fonction. Laquelle jeunesse, si elle ne se conduit pas bien, n’aura pas ce beau costume qui est pour vous le mètre étalon de la réussite. Et qu’est-ce qui nous vaut ce courroux jupitérien ? La jeunesse vous aurait appelé Manu. Ce qui est tendre, si vous vous rappelez la chanson de Renaud. Eh déconne pas Manu, c’t’à moi qu’tu fais d’la peine. Ce qui est objectivement vrai. Mais ce qui dénote pour vous, cette vérité, un manque de respect. Au passage, il ne vous fait rien de stigmatiser un jeune garçon et de le jeter en pâture pour alimenter votre propagande narcissique. Encore une démonstration de pure charité.

Réfléchissez cependant. Il est possible que le respect que vous exigez, il vous reviendrait au contraire de l’exercer vis-à-vis de ceux qui vous ont mis à cette place et qui attendaient que vous respectiez votre parole. Car si on s’en tient à l’idée que vous vous faites de la représentation, et à l’image que vous en donnez, la fonction n’est rien d’autre que ce portemanteau qui vous suit partout et a du mal à s’ajuster à vos épaules. Rappelez-vous : Y a comme un défaut. Vous devez connaître, c’est un truc de vieux : Fernand Raynaud faisant remarquer à son tailleur que son  costume, qui plisse de tous côtés, ne va décidément pas.

L’été arrive, c’est le moment de tomber la veste. On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste. Encore un truc de vieux. L’An 01, cette fois. Un conseil pratique que vous auriez pu donner au jeune homme pour le jour où il voudra faire la révolution. Ce qui laisse des ouvertures. Il n’est pas inutile de rêver. Les rêves sont des programmes, cher Manu.

Signé : Jeannot

Jean Rouaud     Le Monde du 26 juin 2018

12 06 2018                      Kim Jong Un, président de la Corée du Nord et Donald Trump, président des Etats-Unis, se rencontrent pendant 45′ à Singapour : résultat: après, c’est pareil qu’avant.

1 07 2018                         Simone Weil et son mari entrent au Panthéon :

Comment aurait réagi Simone Veil en découvrant l’immense photo de son visage et celui de son mari tendue entre deux colonnes du Panthéon ? Et qu’aurait-elle dit en observant la foule de Parisiens, toutes générations confondues, rassemblée sur le passage de leurs deux cercueils portés par des gardes républicains et applaudissant, fervente, souvent les larmes aux yeux ?

Aurait-elle songé à son père, André Jacob, républicain, laïque et patriote, ancien combattant et prisonnier de la Grande Guerre, si confiant dans la France, si amoureux de son pays, mais jamais revenu d’un convoi de déportés parti en avril  1944 vers la Lituanie ? Aurait-elle pensé à Yvonne, sa mère tant aimée, qui, morte en avril  1945 au camp de Bergen-Belsen, n’a cessé de la porter, de l’inspirer, et demeurait le personnage le plus important de – sa – vie ? Aurait-elle souri, remarquant que la fameuse phrase Aux grands hommes la patrie reconnaissante, gravée en  1791 sur le fronton du bâtiment, était inappropriée, et la République – qui n’avait point songé à la modifier – décidément incorrigible et intrinsèquement machiste ?

Les proches de Simone Veil se perdaient en conjectures, ce dimanche 1° juillet, sur ce qu’aurait pensé de l’événement l’héroïne consacrée par la nation. Mais s’ils étaient heureux, fiers, émus, tous exprimaient à la fois fascination et sidération devant la force de cette évidence – l’ancienne ministre et présidente du Parlement européen méritait allègrement cet honneur – et son extravagance, étant donné les débuts de son histoire personnelle. La machine nazie avait tout mis en place pour l’anéantir et la réduire en cendres. La voici héroïne, célébrée, vénérée. Elle a connu l’enfer… et elle finit au Panthéon. Quelle histoire !, s’extasiait le docteur Marc Strauss, ami de la famille.

Oui, quelle histoire !, disaient en écho Nicolas Sarkozy et François Hollande, arrivés l’un après l’autre et usant presque des mêmes mots, comme les ministres ou anciens ministres, nombreux à la cérémonie, souvent à court de mots, si ce n’est modèle, pionnière, héroïne. Quelle histoire !, reprenaient aussi les jeunes des différentes écoles, invités par l’Elysée à suivre la cérémonie aux toutes premières loges parce qu’ils avaient travaillé cette année sur le personnage et l’œuvre de Simone Veil. Quelle histoire !, murmurait Marceline Loridan-Ivens, l’amie, la complice, la confidente de Simone Veil, si frêle et si vivante, les yeux perdus dans ses souvenirs d’Auschwitz… Comment ne pas être stupéfaits et fiers ? Une fille de Birkenau entre dans la maison la plus illustre de France. Elle nous honore toutes !  » Toutes ?  » Nous tous, les déportés juifs. Et nous toutes, les femmes ! 

Deux des sœurs d’Antoine Veil – Lise et Mylène, également ancienne déportée – se tenaient à ses côtés, pareillement médusées, la troisième sœur, Jeannine, 98 ans, ayant craint d’être fatiguée ou trop émue par l’événement et le souvenir si fort de son petit frère Antoine… Sans doute avait-elle eu raison. Le ciel était aussi bleu que l’immense tapis conduisant au Panthéon et rappelant la couleur de l’Europe comme symbole de la paix. Mais la chaleur était torride, et les visages ruisselaient sous la tente de plastique transparent.

C’est du Mémorial de la Shoah, où avaient été exposés pendant deux jours les deux cercueils du couple, qu’était parti, vers 10 h 30, le cortège, escorté par quinze motocyclistes de la garde républicaine. Sur son parcours, des hommes, des femmes, portant drapeaux, photos, dessins à l’effigie de Simone Veil, souvent appelée uniquement par son prénom. Mais c’est au point d’arrivée du convoi, au bas de la rue Soufflot, que la foule était massive, la place du Panthéon étant interdite au public. Portés par des gardes républicains, les deux cercueils ont alors remonté lentement, parallèlement, la rue moquettée de bleu, marquant trois arrêts symboliques et passant devant 21 panneaux évoquant la vie de Simone Veil : l’adolescence sous l’Occupation ; la déportation et le matricule 78651, qui fut tatoué sur son bras à l’arrivée à Auschwitz et qu’elle fera graver plus tard sur son épée d’académicienne ; sa carrière de magistrate, son action comme ministre de la santé, son engagement dans l’Europe, sa défense des Justes de France…

A chaque arrêt correspondait un court extrait d’un documentaire sur Simone Veil réalisé par David Teboul, et sa voix claire, distinguée, résonnait. Chacun tendait l’oreille. Elle était là. Engagée, concentrée, ardente. Comme on l’avait connue. Si sincère. Si sérieuse. Et ses fils, qui attendaient plus haut, face au Panthéon, entourés de leurs épouses, enfants, petits-enfants, ont chacun fermé les yeux. Un honneur, oui, bien sûr. Mais une épreuve aussi, cette résurgence du cercueil de leurs deux parents, et cette voix, audible dans tout le quartier. Dans le public, comme parmi les invités, des larmes ont coulé. Le violoncelle de Sonia Wieder-Atherton et un quintette de cordes continuaient de rythmer la cérémonie, interprétant, entre autres, une splendide Ode à la joie, de Beethoven, chanté également par la Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique. Et puis, sur les marches du Panthéon, de jeunes choristes ont entonné Nuit et Brouillard, de Jean Ferrat, interprété et dansé en langage des signes. Moment miraculeux et bouleversant tandis que les cercueils, doucement, remontaient vers la place, sous des applaudissements de plus en plus nourris.

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent (…) lls n’arrivaient pas tous à la fin du voyage, Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux, Ils essaient d’oublier, étonnés qu’à leur âge, Les veines de leurs bras soient devenues si bleues… 

Le président Macron a alors pris la parole sur le parvis du bâtiment, affirmant, en préambule, que la décision de faire entrer Simone Veil ainsi que son époux au Panthéon ne fut ni la sienne ni celle de leur famille, mais celle de tous les Français. Car la France aime Simone Veil. Il ne fallait donc pas attendre que passent les générations comme nous en avions pris l’habitude « afin que  » ses combats, sa dignité, son espérance restent une boussole dans les temps troublés que nous traversons. Et d’énumérer, en rappelant les points marquants de sa vie, ce qui la rapproche des quatre grands personnages qu’elle rejoindra dans le sixième caveau : René Cassin, Jean Moulin, Jean Monnet et André Malraux, insistant sur ce que furent ses combats essentiels : la justice pour les femmes, toutes les femmes ; la bataille pour la paix, pour l’Europe par réalisme, non par idéalisme ; par expérience, non par idéologie ; par lucidité, non par naïveté ; la foi dans la civilisation, avec la conviction que la culture grandit l’homme et l’éclaire sur son destin ; la défense d’une certaine idée de la France et la reconnaissance des Justes. Il finit par s’adresser à elle : Puissent vos combats continuer à couler dans nos veines, à inspirer notre jeunesse et à unir le peuple de France. Puissions-nous nous montrer dignes des risques que vous avez pris et des chemins que vous avez tracés.

Après que Barbara Hendricks a chanté la Marseillaise, les deux cercueils suivis par le président et son épouse, et toute la famille du couple Veil, sont alors entrés dans la nef du Panthéon. Le public a continué d’applaudir, longuement, avec ferveur, convaincu que Simone Veil entraînait avec elle, dans le somptueux édifice  » des héros français « , une foule d’inconnus. Le convoi 71 dont elle fit partie et tant de juifs, exterminés, gazés, brûlés dans les camps d’extermination nazis. Des femmes aussi. Des femmes de toutes sortes, des combattantes ou des victimes dont elle n’a eu de cesse de dénoncer le sort. Des femmes qui, si nombreuses, ont vu en elle une force, un exemple, qui leur ont fait relever la tête et qui partagent aujourd’hui, anonymement, une parcelle de sa gloire.

Annick Cojean      Le Monde du 1° juillet 2018

11 07 2018                                   Nous regardons bien sûr la Chine, mais probablement sans avoir pris conscience que la réciproque est encore beaucoup plus certaine, jusque sur Internet :

Grâce à une stratégie en apparence suicidaire, Alibaba a produit en une seule année plus de profits qu’Amazon dans toute son histoire. En voyant à plus long terme, le géant de l’Internet chinois a évité de tomber dans le même piège qu’Amazon face à Google, un piège qui coûtera peut-être à la société de Jeff Bezos la victoire finale. Mais l’on ne va pas apprendre au fondateur d’Alibaba, Jack Ma, qui est Sun Tzu. Non seulement le patron du géant de l’e-commerce chinois a lu L’Art de la guerre, le premier traité de stratégie connu, mais il le met aussi brillamment en pratique.

Comme presque toutes les start-up à leurs débuts, Alibaba a cherché à développer du trafic sur son site, espérant ensuite convertir ses visiteurs en clients. La stratégie aurait été de tout faire pour être le mieux référencé possible, afin de figurer en tête dans les résultats de recherche de Baidu, le plus gros des moteurs de recherche chinois.

Mais à la surprise générale, Jack Ma et ses équipes ont pris une décision contre-intuitive : bloquer Baidu et l’empêcher de référencer les pages du site Alibaba. Une décision qui apparaissait comme folle, puisqu’elle coupait Alibaba d’un gigantesque vivier de clients potentiels.

En fait, Alibaba a su voir à long terme. Loin de penser qu’il gagnerait de l’argent uniquement en vendant des produits sur un site d’e-commerce, son fondateur a très tôt compris qu’il pourrait monétiser le trafic de son site. En bloquant Baidu, Alibaba a en réalité créé les conditions pour que les marques désireuses de toucher des clients prêts à acheter en ligne insèrent leurs publicités chez Alibaba, là où les clients se trouvent. S’il avait laissé Baidu référencer ses pages, Jack Ma aurait laissé Baidu faire ce que Google fait aujourd’hui à Amazon : capter les clients d’Amazon pour mieux vendre de la publicité aux marques. Aujourd’hui, celles-ci passent essentiellement par Google pour toucher les clients désireux d’acheter en ligne, sur Amazon et ailleurs.

La stratégie d’Alibaba a parfaitement fonctionné. Aujourd’hui, Google et Amazon se livrent une véritable bataille aux Etats-Unis pour être le moteur de recherche de référence concernant les requêtes relatives à l’achat en ligne. Amazon pèse plus de 40  % de ces recherches et gagne peu à peu du terrain sur Google dans cette catégorie. En Chine, Alibaba a supplanté Baidu en devenant le leader incontesté, non seulement de l’e-commerce, mais aussi de l’Internet chinois.

Revenons à présent à la rivalité grandissante entre les deux géants mondiaux de l’e-commerce : Amazon et Alibaba. Imaginons qu’Amazon décide de se lancer en Chine. Une option que la société de Seattle a certainement envisagée un jour, avant de se casser les dents (comme Google, d’ailleurs) sur un Etat chinois bloquant les entreprises étrangères afin de protéger les siennes. Alibaba devrait rester maître du jeu chez lui, tout en ayant écarté le danger local que représentait Baidu. Poursuivons en gageant qu’Alibaba décidera tôt ou tard d’étendre son empire au-delà des frontières chinoises. Il affrontera alors un adversaire affaibli, Amazon, puisque lui-même déjà aux prises avec un autre ennemi de taille, Google.

La morale de cette histoire est toute -confucéenne. Nous croyons regarder la Chine alors qu’en réalité, c’est elle qui nous observe. Nos champs de bataille, encombrés de stratégies de conquêtes encore pleines de réflexes hérités tantôt de Carl von Clausewitz (1780-1831), l’auteur du fameux traité De la guerre, tantôt de Halford John Mackinder (1861-1947), le père fondateur de la géopolitique, nous font oublier que la poussière qui s’en dégage occulte la suite des événements : l’ennemi de demain ne sera pas nécessairement celui d’aujourd’hui.

Bertrand Jouvenot       Le Monde du 11 juillet 2018

15 07 2018                             Les Bleus finissent le mondial de foot en vainqueurs : c’est la deuxième fois, après la victoire mémorable de 1998 : 4 à 2 contre la Croatie. Le Croate Mario Mandzukic aura marqué deux buts : un contre son camp, un autre pour. Les Croates ont eu le ballon beaucoup plus longtemps que les Bleus, ils les ont balladés pendant 90 minutes, mais ces derniers ont été plus réalistes et, l’espace de quelques instants, ont pu laisser parler le talent des Mbappé, Griezmann, Pogba et surtout celui de Didier Deschamps, fils d’Aimé Jacquet, sans charisme mais stratège génial, qui a eu l’audace de constituer l’équipe la plus jeune de ce mondial.

« Hernandez, Griezmann, Pogba n’ont jamais joué avec des clubs professionnels en France, Varane est parti pour Madrid à l’âge de 18 ans, Dembélé pour Dortmund à 19 ans » (Photo: Griezmann, Pogba et Mbappé, le 15 juillet, après la finale de la Coupe du monde de football).

Griezmann, Pogba, Mbappé, au début de la 3° mi-temps

30 07 2018                          Le parti au pouvoir au Zimbabwe, la ZANU PF emporte les législatives haut la main – 110 sièges sur 210 au total. Son président  Emmerson Mnangagwa est dores et déjà assuré d’être chef du gouvernement. Et quelques jours plus tard, le dépouillement de la présidentielle le donne encore gagnant. Donc les habitants de ce pays maudit ne peuvent guère nourrir d’espoir quant à une amélioration de leur sort, puisqu’ils n’ont pas voulu changer une équipe qui perd. Cet homme est tout de même le responsable direct de l’assassinat de près de 20 000 citoyens par sa milice.

07 2018                                   Ariane Mnouchkine, et Robert Lepage, découvrent au Canada que la France de Marine Le Pen n’a pas le monopole du chauvinisme crétin :

En juillet, alors que le metteur en scène canadien Robert Lepage prépare son spectacle Kanata, une lettre, signée par dix-huit artistes et intellectuels autochtones et douze de leurs alliés, non autochtones, déclenche une vive polémique. Le spectacle, joué par les acteurs du Théâtre du Soleil, que dirige Ariane Mnouchkine, doit traverser l’histoire du Canada en abordant les oppressions subies par les autochtones. Face à l’absence sur scène d’acteurs issus de leurs communautés, ces derniers dénoncent une appropriation culturelle. Dans la foulée, un coproducteur financier se retire du projet, poussant le metteur en scène à annuler la création de Kanata au Théâtre du Soleil, à Paris. C’était sans compter la ténacité de Robert Lepage et la détermination d’Ariane Mnouchkine. Fondatrice et directrice depuis 1964 du mythique Théâtre du Soleil, installé à la Cartoucherie de Vincennes, Ariane Mnouchkine, metteuse en scène, auteur, propose depuis toujours un théâtre généreux et populaire qui place l’humain au centre des représentations. Incarnées par une troupe cosmopolite – ses acteurs sont afghans, brésiliens, français, irakiens, syriens… -, ses créations prennent à bras-le-corps les tragédies, que celles-ci soient grecques ou shakespeariennes, antiques ou contemporaines. L’exil et les migrants, l’intégrisme et l’émancipation des femmes, la montée des dictatures et la résistance des peuples sont autant de sujets déployés au Théâtre du Soleil.

Qu’évoquent pour vous les termes appropriation culturelle ?

Ces termes n’évoquent rien pour moi car il ne peut y avoir appropriation de ce qui n’est pas et n’a jamais été une propriété physique ou intellectuelle. Or les cultures ne sont les propriétés de personne. Aucune borne ne les limite, car, justement, elles n’ont pas de limites connues dans l’espace géographique ni, surtout, dans le temps. Elles ne sont pas isolées, elles s’ensemencent depuis l’aube des civilisations. Pas plus qu’un paysan ne peut empêcher le vent de souffler sur son champ les embruns des semailles saines ou nocives que pratique son voisin, aucun peuple, même le plus insulaire, ne peut prétendre à la pureté définitive de sa culture. Les histoires des groupes, des hordes, des clans, des tribus, des ethnies, des peuples, des nations enfin, ne peuvent être brevetées, comme le prétendent certains, car elles appartiennent toutes à la grande histoire de l’humanité. C’est cette grande histoire qui est le territoire des artistes. Les cultures, toutes les cultures, sont nos sources et, d’une certaine manière, elles sont toutes sacrées. Nous devons y boire studieusement, avec respect et reconnaissance, mais nous ne pouvons accepter que l’on nous en interdise l’approche car nous serions alors repoussés dans le désert. Ce serait une régression intellectuelle, artistique, politique effrayante. Le théâtre a des portes et des fenêtres. Il dit le monde tout entier.

Que s’est-il passé dans l’histoire des autochtones qui puisse expliquer cette polémique ?

Je ne suis pas une historienne de la colonisation du Canada, mais relisons l’histoire. Une spoliation insidieuse, puis violente. Des trahisons sans fin. Des promesses jamais tenues. Des traités jamais respectés. Et, en 1867, au moment de l’indépendance, un traitement génocidaire des Premières Nations. Une exclusion, puis une marginalisation systématique. Et – ce qui a laissé, peut-être, les traces les plus profondes – un véritable assaut de l’Eglise catholique et de l’Etat canadien contre la culture autochtone, en éliminant la participation des parents et de la collectivité au développement intellectuel, culturel et spirituel de leurs enfants au moyen du système de ces tristement célèbres pensionnats où l’on pratiquait, sur les enfants enfermés, une assimilation forcée, imbécile, sadique, abusive, violeuse, inimaginable. Comparable à ce qui s’est passé en Australie avec les enfants aborigènes. Système qui, au Canada, a duré jusqu’en 1996, c’est-à-dire hier. Donc beaucoup de choses effroyables qui, malgré des efforts indéniables ces dernières années, ne se réparent pas d’un claquement de doigts. Les revendications légitimes des autochtones sont légion et dépassent largement cette polémique, qui n’est pas due seulement à un groupe de leurs artistes – qui, d’ailleurs, et je tiens à le redire, ne visait pas l’annulation de Kanata, mais aussi, et sinon plus, à un mouvement de pensée vindicatif prônant le retour du bâton plutôt que, après celui de la réparation, le long et difficile chemin de la réconciliation que la majorité des autochtones parcourent avec détermination et exigence.

Etes-vous inquiète de la tournure prise par les événements ?

Un peu, je l’avoue. On est en train d’ériger des enclos, à l’intérieur desquels on voudrait séparer les identités réduites à elles seules. Pour mieux les classer? A l’infini? Le 22 septembre 1933, à l’initiative de Joseph Goebbels et via la création de la Chambre de la culture du Reich, les artistes juifs sont exclus du monde culturel et ne peuvent plus se produire que dans des manifestations destinées à des publics juifs. Pas de panique, je ne traite personne de nazi, en l’occurrence, mais lorsqu’on examine ma troupe selon des critères ethniques, je rappelle ce qu’ont fait les nazis. Je sonne un petit tocsin. Attention à certains voisinages de pensée et de méthode. Même involontaires.

Comment les artistes peuvent-ils réagir? Appelez-vous à une mobilisation ?

La première des censures est notre peur. Etre accusé de racisme fait très peur, nos accusateurs le savent. Ils en ont joué Mais une fois que nous savons, en conscience, que nous le sommes pas et que notre travail, la composition du groupe au sein duquel nous créons des œuvres depuis tant d’années, bref, que toute notre vie le prouve, nous devons refuser qu’ à la seule lumière de la composition ethnique de la distribution, avant même d’avoir vu nos spectacles, on nous dise qu’ils sont spoliateurs et racistes, donc criminels. Nous avons tous des yeux, des oreilles, des mémoires, des légendes, donc tous des parentés multiples. Nous ne sommes pas que français ou que blancs. Ou que autochtones. Devons-nous nous résigner à une malédiction atavique, de dimension biblique, qui courrait de génération en génération ? Sommes-nous pour toujours, dans les siècles de siècles, des racistes et des colonialistes ou sommes-nous des êtres humains porteurs d’universalité, tout comme les Noirs, les Juifs, les Arabes, les Khmers, les Indiens, les Afghans, les Amérindiens, dont nous voulons parfois raconter les épopées et qui, comme nous bien avant leurs particularités culturelles, portent en eux cet universel humain? Et puis, qui a intérêt à déchirer la société, justement de cette façon-là? En quoi cette tribalisation générale va-t-elle affaiblir le capitalisme sauvage qui ruine notre planète? En quoi va-t-elle freiner la gloutonnerie des multinationales ? A quoi sert-elle ? En quoi va-t-elle nous redonner le sens et l’amour du bien commun ? Pourquoi certains idéologues tentent-ils de duper notre jeunesse en profitant négativement de son idéalisme, de sa générosité et de sa soif de solidarité et d’humanité ?

Qui sont ces idéologues?

Je n’ai pas à les nommer. Par leurs réponses et leurs attaques, je le crains, ils montreront qu’ils se sont reconnus.

Ne s’agit-il pas d’un dialogue de sourds?

C’est pis qu’un dialogue de sourds. C’est un procès, où chaque mot de la défense est retourné et ajouté au réquisitoire de procureurs auto désignés. Il faudrait slalomer en permanence entre des mots interdits, de plus en plus nombreux. Comment parler sincèrement, avec confiance, si chaque mot peut devenir, au gré de l’interlocuteur, un indice incriminant, révélateur de notre ignominie? Sous la surveillance de tels commissaires, comment échapper à la langue de bois, aux clichés, puis à l’hypocrisie et finalement au mensonge obligatoire ? 

Est-il possible de se soustraire à la culpabilisation ?

Une fois que tous les chemins de réparations matérielles, législatives, symboliques auront été parcourus et que ces réparations, toujours imparfaites et insuffisantes, auront été définitivement obtenues, il nous faudra bien encore reconnaître que nous sommes coupables de beaucoup de choses, mais pas de tout, pas tout le temps et pas pour toujours. Le chemin est identique pour ceux qui sont, ou se pensent, victimes, car il peut y avoir de l’indécence à faire sienne, à trop s’approprier, la souffrance d’un aïeul. Les petits-enfants de déportés, dont je suis, n’ont pas souffert ce qu’ont souffert leurs grands-parents ou arrière-arrière-grands-parents. Je ne peux pas bâtir sur le destin de mes aïeux une amertume et une haine éternelles, haine et amertume que mes grands-parents morts à Auschwitz n’auraient pas voulu me léguer – ils m’aimaient trop, j’en suis sûre, pour vouloir m’infliger la douleur de haïr. Je ne peux pas me targuer de leur héritage pour rendre coupable la terre entière et interdire à une jeune actrice, allemande, innocente de ce qu’a pu commettre son arrière-grand-père à l’égard du mien, déjouer Anne Frank, du moment qu’elle a du talent et la force morale de le faire.

Quel est votre état d’esprit, aujourd’hui ?

Lors d’une réunion à Montréal, en juillet, nous avons cherché, Robert et moi, à nous faire entendre des artistes autochtones qui avaient fait part de leur incompréhension, pour ne pas dire de leur désapprobation, devant l’absence d’acteurs et d’actrices autochtones dans la distribution de Kanata. Il nous a fallu rappeler encore et encore que ce spectacle était répété et produit en France, avec des acteurs d’origines très diverses, réfugiés d’abord, puis résidents en France, puis devenus français, pour la plupart, ces dernières années. Bon nombre d’artistes qui nous recevaient ce soir-là avaient entendu vaguement parler du Soleil mais ignoraient tout de son fonctionnement et de ses principes. La réunion s’est déroulée dans une atmosphère respectueuse, de part et d’autre, et je pense que nous avancions sur le chemin difficile de la compréhension et de la réconciliation. Cette rencontre, dont je me souviendrai toute ma vie avec une émotion très spéciale, dura plus de cinq heures et demie, mais il nous aurait fallu, il nous faudra, plus de temps encore. Nous le prendrons, ce temps. Nous l’avons promis. Mais le lendemain matin, attaquèrent et frappèrent tous ceux qui ne voulaient surtout pas que cette réunion, à laquelle ils n’avaient pas assisté, aboutisse à une entente. Et, je l’admets aujourd’hui, Robert et moi avons été en proie à la sidération face à la puissance d’intimidation et de désinformation de certaines tribunes ou blogs et aussi des accusations de toutes sortes qui jaillissaient sur les réseaux sociaux, où sévissent une multitude d’anonymes. Après l’annonce de l’annulation, beaucoup des artistes autochtones rencontrés ce soir-là ne cachèrent pas leur désappointement et même leur désapprobation devant une issue qu’ils n’avaient jamais demandée. Nous nous sommes donc ressaisis et avons décidé que la meilleure réponse serait le premier épisode du spectacle lui-même.

Cosignerez-vous avec Robert Lepage cet épisode du spectacle?

Non. Mais je cosigne le manifeste que représente le fait de jouer ce spectacle.

Entretien réalisé pour Télérama 3584 du 22 au 28 09 2018 par Joëlle Gayot.

12 08 2018                                  De Cap Canaveral, le satellite Parker – le nom du découvreur des vents solaires –  est lancée à bord d’une fusée Delta IV Heavy pour faire plusieurs fois le tour du soleil. En 2024, il s’en trouvera à 6.2 millions de km !

la couronne et en particulier son chauffage intriguent les chercheurs. Comment expliquer qu’à la surface du Soleil, la température soit d’environ 5 500 °C et que, lorsqu’on s’en éloigne, elle se mette tout à coup à grimper à 1  million de degrés ? C’est pour comprendre ce mécanisme qu’on envoie Parker Solar Probe là-bas, pour prendre des mesures in situ.

[…] le vent solairec’est un flot de particules électriquement chargées qui voyagent à des vitesses de plusieurs centaines de kilomètres par seconde. Elles traversent tout le Système solaire et bombardent les planètes. Ce qui nous sauve, c’est que la magnétosphère terrestre nous en protège comme un parapluie. 

Kader Amsif, responsable des programmes Soleil, héliosphère et magnétosphère au Centre national d’études spatiales (CNES)

14 08 2018   Le pont autoroutier Morandi à Gênes s’effondre à 12 h 30′: 43 morts. Il tombait des trombes d’eau, et, deux heures plus tôt, un éclair avait frappée la base d’une pile du pont. On n’est pas prêts de connaître les raisons précises de la catastrophe. Le soir même, Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur ripaillait en Sicile. Moins d’un mois plus tard, Renzo Piano présentera un projet pour le remplacer, avec une échéance autour de 2020 pour la mise en service.

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21 08 2018                                      Quand une femme adresse une injonction – que l’on peut aussi bien nommer aussi volée de bois vert – au pape ; sans fioritures, clair, sans jésuiteries, net, précis : une bombe !

Cher François,

Je vous écris un 15  août, jour de l’Assomption de la Vierge, ayant appris ce matin à mon réveil, en écoutant la radio, le nouveau scandale de pédophilie qui, en Pennsylvanie cette fois, vient éclabousser l’Eglise catholique : sur une période de soixante-dix ans, 1 000  enfants abusés ou violés par des prêtres, et ce chiffre est sûrement inférieur à la vérité, compte tenu de la honte des victimes à témoigner et de la célérité des intéressés à escamoter les preuves.

Comme moi, comme d’autres, vous devez être frappé par la ressemblance entre cette salve de révélations scandaleuses et une autre, qui défraie l’actualité depuis bientôt un an : celle des témoignages #metoo sur le harcèlement sexuel. Ici et là, même propension des hommes à profiter de leur pouvoir pour satisfaire leurs besoins sexuels. Si l’on mettait à la disposition des enfants un site Internet sur lequel ils pourraient déposer leur témoignage en toute impunité, ce balancetonpretre provoquerait un tsunami mondial qui, par sa violence et son volume, dépasserait j’en suis certaine celui de balancetonporc. Seraient encore reléguées au silence, il est vrai, les nombreuses victimes qui, en raison de leur jeune âge ou de leur misère, n’auraient pas accès au site.

Bien entendu, dénoncer ne suffit pas. On peut s’égosiller, si l’on ne change pas la situation qui engendre ces gestes intempestifs, on peut être certain qu’ils continueront de se produire. Cela vaut pour le harcèlement sexuel ; et nous devons tout faire pour comprendre les causes du passage à l’acte machiste chez les hommes contemporains. Pour les prêtres catholiques, en revanche, point n’est besoin de chercher. La raison est là, évidente, aussi flagrante que le nez au milieu du visage.

Pourquoi s’en prennent-ils si souvent aux enfants et aux adolescents ? Non parce qu’ils sont pédophiles – la proportion de vrais pédophiles parmi les prêtres est sûrement aussi minuscule que dans la population générale – mais parce qu’ils ont peur, et les enfants et jeunes filles sont les plus faibles, les plus vulnérables, les plus faciles à intimider, les moins aptes donc à les dénoncer. S’ils abordaient avec leur sexe en tumescence – ce pauvre sexe nié, perpétuellement réprimé – les femmes et les hommes de leur paroisse, ou s’ils allaient rendre visite aux travailleurs et travailleuses du sexe, ils seraient pris. Avec les enfants, ça peut durer… des années… des décennies. On prend les nouveaux enfants de chœur. On prend les fillettes qui viennent de faire leur première communion… On prend cette femme-ci, dans le secret du confessionnal… ou ce jeune homme-là, pendant les vacances en colonie… et l’année suivante on recommence… on recommence… On a sur elle, sur lui, sur eux, une ascendance, un pouvoir plus qu’humain, sacré… François, c’est un massacre.

A moins de se dire que seuls les pédophiles et des pervers sont intéressés par le sacerdoce, le problème n’est ni la pédophilie ni la perversion. Il faut abandonner ces clichés. Le problème, c’est que l’on demande à des individus normaux une chose anormale. C’est l’Eglise qui est perverse dans son refus de reconnaître l’importance de la sexualité et les conséquences désastreuses de son refoulement.

Cela suffit, François. Basta, vraiment. Le moment est venu. C’est aujourd’hui. Vous pouvez le faire. En tant qu’autorité suprême de l’Eglise catholique, ce serait de loin l’acte le plus important, le plus courageux et le plus chrétien de tout votre mandat : l’Eglise doit cesser de cautionner (et donc de perpétuer, c’est-à-dire de perpétrer) des crimes qui ont bousillé des vies innombrables à travers les âges.

Vous le savez aussi bien que moi : le dogme du célibat des prêtres n’est pas né en même temps que le christianisme. Il ne remonte qu’au Moyen Age, un grand millier d’années après la mort du Christ. N’entrons pas, ici, dans le débat byzantin des raisons plus ou moins avouables pour lesquelles, après la scission des deux Eglises, orientale et latine, celle-ci a tenu à se distinguer de celle-là en rendant obligatoire le célibat de ses officiants. Il est bien connu que Jésus n’a rien dit à ce sujet. Si lui-même n’a pas pris femme, il y avait des hommes mariés parmi ses apôtres, et, à d’autres époques et sous d’autres formes, le christianisme a autorisé ses officiants à se marier. Et l’autorise encore.

Nous autres chrétiens, ou sociétés laïques issues du christianisme, avons pris l’habitude de dénoncer, voire d’interdire, chez nous les pratiques d’autres cultures que nous considérons comme barbares ou injustes : je pense notamment à l’excision ou au port de la burqa. Les peuples qui les pratiquent les considèrent de la même manière exactement que l’Eglise catholique considère le célibat des prêtres : comme irréfragables, constitutives de leur identité. On a beau leur faire remarquer que nulle part dans le Coran (par exemple) il n’est stipulé que l’on doit couper leur clitoris aux petites filles ou couvrir le visage des femmes, que ces pratiques ont commencé pour des raisons précises, à un moment précis de l’Histoire, afin d’aider les sociétés à mieux organiser les mariages et gérer la distribution des richesses, rien n’y fait.

Lorsqu’on peut démontrer que ces pratiques sont foncièrement incompatibles avec les valeurs universelles (liberté, égalité, fraternité) et les droits individuels – notamment celui de chaque individu à l’intégrité corporelle -, on considère comme normal de les interdire sous nos latitudes.

Or le célibat fait largement autant de dégâts que l’excision ou la burqa. Le dogme du célibat des prêtres est lui aussi une décision historique. Elle peut être annulée par une autre décision historique, que vous seul êtes en mesure de prendre, cher François. Oui, vous seul pouvez lever l’injonction au célibat, protégeant ainsi d’innombrables enfants, adolescents, hommes et femmes à travers le monde.

Je vous en supplie, ayez ce courage. Je sais que jamais vous ne le feriez pour votre gloire personnelle et pourtant, cette décision vous apporterait une gloire immense. Pendant des siècles, les prêtres et leurs ouailles vous remercieront de votre prescience, de votre humanité, de votre mansuétude. Le rôle de l’Eglise est de protéger non les forts mais les faibles, non les coupables mais les innocents. Et Jésus dit : Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi ; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. (Matthieu 19:14). Depuis mille ans, combien de millions d’enfants ont été détournés de l’Eglise, dégoûtés de l’Eglise, empêchés de venir à Jésus, en raison de ce traumatisme ?

La preuve a été faite et refaite. Le célibat des prêtres, ça ne marche pas. Les prêtres ne sont pas chastes. Ils n’arrivent pas à l’être. Il faut en prendre acte et enterrer une fois pour toutes ce dogme inique. Il est criminel de tergiverser alors que, partout où il sévit, c’est-à-dire partout dans le monde, le massacre continue. Vous le savez, François, et nous le savons tous. Alors dites Stop. Tout de suite.

Nancy Huston

28 08 2018                               Nicolas Hulot, ministre d’Etat en charge de l’écologie, claque la porte : il annonce sa démission à France Inter sans même en avoir averti Emmanuel Macron pas plus qu’Edouard Philippe : les gouttes d’eau qui ont fait déborder le vase se nomment Thierry Coste, conseiller politique de la FNC – Fédération Nationale des Chasseurs – c’est à dire leur lobbyiste, la veille, s’était invité à l’Elysée à une réunion sur la réforme du permis de chasse, sans y avoir été convié, et Brigitte Bardot qui avait été reçue en juillet par Emmanuel Macron seulement, et avait ensuite taillé un costume à Nicolas Hulot, à la mesure du pois chiche qui lui tient lieu de cervelle. Mais le vase était déjà bien rempli de toutes les victoires au quotidien du court terme sur le long terme, le cancer de la démocratie à la française, quand la lâcheté étouffe en permanence le courage. Parmi tous ces renoncements, un rapport recommandant la construction de 5 nouvelles centrales atomique EPR ! 14 mois plus tard, en octobre 2019, une lettre d’intention de Bruno Le Maire, – Economie et Finances et d’Elisabeth Borne – Ecologie et Transports – sera adressée à la direction d’EDF lui demandant d’étudier d’ici mi-2021 la mise en chantier de 6 nouveaux EPR, lettre qui viendra confirmer les craintes de Nicolas Hulot qui avait eu vent de ce rapport.

Est-ce que nous avons cherché à réduire l’utilisation des pesticides ? La réponse est Non.
Est-ce que nous avons cherché à inverser l’évolution de la biodiversité ?  La réponse est Non.
Est-ce que nous avons cherché à réduire la surface de l’artificialisation des sols ? La réponse est Non

Il aurait pu ajouter encore le passage à la trappe de la fin des élevages de poules en batterie promis pour 2020 [1], de la mise en place de vidéo dans les abattoirs, de la mise en place d’une TIPP (l’équivalent de la TVA pour les produits pétroliers) pour le carburant avion, etc … autant de victoires des lobbyistes, défenseurs d’intérêts particuliers au détriment des défenseurs de l’intérêt général.

C’est l’explosion en plein vol de ce qui se prétendait être la doctrine macroniste : libéral et en même temps socialiste, socialiste et en même temps libéral, soit-disant inspiré de Paul Ricoeur, théologien protestant, tout ça pour quelques semaines de travail commun sur un article de fond. En l’occurrence, écologiste avec Nicolas Hulot et en même temps à l’écoute des lobbyistes avec un Thierry Coste qui s’invite à l’Elysée faute de l’avoir été. C’est la fin du funambulisme doctrinal qui était le fait d’un illusionniste. Nicolas Hulot a dit basta, et Macron va devoir en finir avec ses numéros de prestidigitateur.

29 08 2018          Les instruments de la station spatiale internationale détectent une légère chute de la pression de l’air à bord. Lorsque les membres de l’équipage partent à la recherche de la fuite, ils découvrent alors un trou parfaitement rond, large de 2 millimètres de diamètre, sur la coque d’un Soyouz, le vaisseau spatial russe, arrimé à l’ISS. Le 11 décembre suivant, deux cosmonautes effectueront une sortie pour l’inspecter et découvrir que le trou a été percé de l’intérieur. Sur terre ou bien dans l’espace ? Y’a du grain à moudre…

J’fais des trous des p’tits trous encore des p’tits
Des p’tits trous des p’tits trous toujours des p’tits trous

Serge Gainsbourg                 Le poinçonneur des Lilas         1959

2 09 2018                         Le feu ravage le Musée National de Rio de Janeiro  …  Les flammes ont eu raison de la quasi totalité des 20 millions de pièces. Des collections uniques au monde patiemment constituées depuis le XVIII° siècle, rassemblées dans l’ancien palais du magnifique parc de la Quinta da Boa Vista, au nord de la ville carioca. Fondé le 6 juin 1818 par le roi Jean VI du Portugal (Dom Joao VI) le musée national de Rio avait été aménagé dans le palais Saint-Christophe où les familles royales portugaises et brésiliennes ont résidé tout au long du XIX° siècle. Y étaient exposées des collections des collections de géologie, paléontologie, botanique, anthropologie, ou encore d’ethnologie et d’archéologie.  Tristeza nao tem fim (La tristesse n’a pas de fin chanson de Carlos Jobim et Vinicius de Moraes.)

8 09 2018                              L’Ocean Cleanup appareille de San Francisco pour nettoyer le plastique qui envahit le Pacifique sur environ 1.6 million de km² – c’est à peu près 3 fois la France – : Boyan Slat, le fondateur de l’ONG éponyme du bateau, a conçu un filet flottant de 3 m de profondeur en forme de fer à cheval, qui, poussé par le vent va plus vite que les plastiques récoltés. Le bateau devrait en mettre plusieurs en place. Une fois remplis, il faut encore les ramener à terre pour traitement. Le long boyau connaîtra des avaries sur l’une de ses extrémités en décembre 2018, dues semble-t-il, à un durcissement des matériaux en mouvement. Il sera emmené à Hawaï pour réparation.

Autre aspirateur d’Ocean Cleanup : The Interceptor à même de collecter 50 tonnes de détritus par jour, à l’oeuvre sur les eaux les plus polluées : le canal de Cengkareng à Jakarta, en Indonésie et la rivière Klang en Malaisie :

The Ocean Cleanup unveils floating interceptor removing ...

En France, avec un décalage de 2 ans, le bateau Plastic Odyssey, mis à l’eau en 2018, devrait être opérationnel en 2020, pour un tour du monde de 3 ans : c’est un petit bateau usine qui fabriquera des objets courants avec les plastiques ramassés le long des côtes et fournira son moteur avec le carburant obtenu par pyrolyse des plastiques qui n’auront pas été transformés. Autrement plus séduisant ! attendons de voir les résultats et coûts de chacun.

Et encore, cette fois à Antibes :

L’association Earthwake, fondée en 2015 par le comédien Samuel Le Bihan, a pour mission de mettre au point des innovations pour collecter et valoriser les déchets plas­tique. Aujourd’hui, en partenariat avec le Port Vauban d’Antibes, Earthwake organise une démonstration de son prototype Chrysalis, une machine révolutionnaire dédiée au problème de pollution des océans par les déchets plastique. Cette démonstration en direct révèle une haute technologie et une réaction chimique sensationnelle. Inventée par Christofer Costes et fabriquée en France, Chrysalis produit des matières premières secondaires exploitables – comme le carburant – en transformant les plastiques non recyclables. Elle peut ainsi alimenter des groupes électrogènes, des moteurs de bateau ou encore de tracteur.

Depuis trois ans, les équipes d’Earthwake, en collaboration avec l’Institut Français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN), l’Ecole centrale de Paris et le bureau d’in­génierie Atanor, travaillent sur la machine Chrysalis dans le but de valoriser les déchets plastique. Elle transforme le polyéthylène et le polypropylène par un principe simple de pyrolyse mais jamais développé avec un tel niveau d’efficacité et une telle qualité de matières premières, ne nécessitant ni électricité, ni carburant. Dans sa version définitive, Chrysalis sera disponible début 2019 et a pour ambition de recycler 15 000 tonnes  de plastique en 2020. Elle se transportera facilement dans un conteneur et pourra traiter entre 7 et 10 tonnes de plastique par mois.

En effet, cette solution permet de redonner de la valeur aux déchets plastique pour susciter leur collecte. Une collecte créatrice d’emplois et de liens forts pour créer une  solidarité et une sensibilisation autour des déchets plastique. L’énergie produite sera utilisée pour les véhicules de transport (voitures, tracteurs, bateaux, groupes électrogènes) des associations parties prenantes de l’écosystème.

Earthwake, 17, Rue Bourgelat 69002 LYON Tel: 06 73 28 64 82 www.earthwake.fr

Biocontact N° 295 novembre 2018 www.biocontact.fr

Et encore, cette fois-ci, à La Trinité sur mer.

Le voilier Manta [la raie manta a une grande capacité de filtration de l’eau de mer] a été imaginé par l’association Sea Cleaners (basée à la Trinité-sur-Mer, créée par Laurent Bourgnon et qui emploie 15 personnes). Il permettra de ramasser des plastiques dont la plupart ne sont pas recyclables. Ce bateau propre fonctionne aux énergies renouvelables, avec à bord une véritable usine de tri et de stockage de déchets plastiques (plus de 250 tonnes de déchets peuvent être stockées dans les coques du bateau). Lors de la Transat Jacques Vabre de 2015, Laurent Bourgnon était entré en collision avec un container, ce qui l’avait contraint à l’abandon. Ce navire a été étudié pour collecter les plastiques océaniques au plus près de la source de déversement, près des côtes. En effet, seul un navire offre la mobilité nécessaire aux déplacements rapides vers les bancs de plastiques encore concentrés par les vents et les courants, avant qu’ils n’entament leurs dérives océaniques vers les continents de plastique. Cette mobilité permet également d’intervenir en haute mer, là où la profondeur océanique rend impossible l’ancrage. Ce navire a été étudié pour collecter les plastiques océaniques au plus près de la source de déversement, près des côtes. En effet, seul un navire offre la mobilité nécessaire aux déplacements rapides vers les bancs de plastiques encore concentrés par les vents et les courants, avant qu’ils n’entament leurs dérives océaniques vers les continents de plastique. Cette mobilité permet également d’intervenir en haute mer, là où la profondeur océanique rend impossible l’ancrage au fond de la mer et où un container immergé accidentellement peut avoir libéré sa cargaison d’objets en plastique. Au niveau de sa motorisation, Manta aura recours a des Kite Wings (cerf-volants), combinées à un gréement supportant des voiles classiques, auquel s’ajoutera un bloc propulseur hybride, permettant de réduire l’empreinte carbone à son strict minimum.

Autre vue du Manta, le bateau dépollueur imaginé par Yvan Bourgnon et son association - Aucun(e)

Le Manta, imaginé par l’association, Sea Cleaner de La Trinité sur Mer, créée par Laurent Bourgnon. Opérationnel en 2022. Largeur : 49 m. Longueur : 70 m. Hauteur : 62 m. Capacité de Stockage 300 m. cubes.

Après avoir créé l’association The Sea Cleaners en 2016, le navigateur franco-suisse Yvan Bourgnon dévoile la maquette de son navire collecteur de déchets : le Manta, en référence à la raie du même nom qui est un poisson filtreur. Objectif : lancer la première mission de nettoyage des océans en 2022. Libération l’a rencontré.

D’où vient l’idée du Manta ?

J’ai eu une carrière sportive superbe, mais je suis certainement un des skippeurs qui a le plus abandonné à cause des déchets. D’un coup, tout s’arrête parce qu’il y a un container en travers de la route ou un plastique qui flotte. Puis, entre 2013 et 2015, j’ai fait un tour du monde en petit catamaran de sport. J’ai navigué dans l’océan Indien, le long de la barrière indonésienne : Sri Lanka, Maldives, et là, clairement, j’ai navigué pendant près de deux mois dans des déchets plastiques. C’était le choc. J’ai parfois été obligé de m’arrêter 40 fois par jour parce que les déchets étaient coincés dans mes gouvernails, dans mes dérives.

On m’avait dit : en mer, il n’y a que des micro-particules de plastique, mais en fait pas du tout. Sur une bande côtière de 0 à 50 miles, il y a parfois de grandes concentrations de plastiques, des filets de pêcheurs, des bouteilles d’eau, des sacs plastiques, des déchets qui sont encore dans leur état originel. Je me suis dit : L’océan est devenu une poubelle. J’avais eu la chance de faire ce même tour du monde entre mes 8 et mes 12 ans, et quand j’en parle avec mes parents, ils me disent qu’ils n’ont jamais eu besoin de ramasser un déchet plastique dans la mer.

Comment avez-vous conçu ce projet ?

A mon retour, je me suis entouré d’un spécialiste de la pollution, Patrick Fabre. On s’est rendu compte qu’il y avait de nombreuses zones de concentration de plastiques et que personne ne travaillait sur le sujet. Il y avait des barrières flottantes, des petits bateaux de 5-6 mètres avec des tapis de ramassage dans les ports, mais pas de bateau capable d’aller en mer pour ramasser significativement les plastiques. C’est comme ça qu’on a monté The Sea Cleaners, avec l’idée de concevoir le Manta qui serait le premier voilier hauturier, donc au large, capable de ramasser les déchets plastiques en mer.

On s’était fixé deux objectifs : récolter 600 m³ de plastique par campagne et être en énergie verte au moins à 75%. Des ingénieurs ont travaillé pendant très longtemps pour réussir à mettre au point des tapis roulants qui plongent dans la mer, un mètre sous la surface, ce qui existait déjà en petit.

A quoi ressemblera le Manta ?

Le bateau, dont le coût est estimé aujourd’hui à 25 millions d’euros, pèsera 25 000 tonnes et aura la taille d’un terrain de foot : 70 mètres de long, 49 mètres de large, 62 mètres de haut. Ce sera le plus grand multicoque au monde et il hébergera 36 personnes.

On a donc quatre coques, soit trois entrées d’eau naturelles pour piéger les déchets plastiques. Avec la vitesse du bateau, ils se déposent sur le tapis roulant qui remonte à l’intérieur du bateau. C’est une vraie usine flottante. Ce qui est organique, troncs d’arbres, branches etc. va repartir à la mer à l’arrière du bateau, et des opérateurs vont ramasser et trier les plastiques, environ 100 kg par heure.

Les recyclables seront compactés sur place sous forme de balles de 1 m³ et stockés à bord, jusqu’à 600 à 1000 m³. Les autres déchets, trop détériorés ou trop altérés par la flore, seront mis dans une pyrolyse : un four qui fait fondre le plastique et le transforme en carburant. Cela ne consomme pas de CO2 et cela crée du carburant dont nous avons besoin.

Quelle est l’efficacité concrète d’un tel projet ?

A raison de 25 campagnes par an en moyenne, on peut atteindre 30 000 m³. On n’aura ramassé qu’une partie du plastique, certes, mais le jour où il y aura 100 bateaux… Puis le Manta est aussi un outil merveilleux pour faire de la sensibilisation, ce qui manque dans les pays qui polluent le plus. On profitera des escales pour convoquer les populations, les décideurs, les politiques, et leur dire : on s’est retroussé les manches, voilà les plastiques qu’on a ramassés devant chez vous. Ensuite, l’idée est de mettre des unités de recyclage à disposition des villes afin de montrer que la technologie existe. On ne va pas s’arrêter à la collecte.

Tous les plastiques sont-ils récupérés ?

Non, les microplastiques se constituent après un an de dérive de plastique. C’est une aiguille dans une botte de foin. C’est de la pollution passée, plus difficile à récupérer. Mais on va pouvoir s’attaquer à la pollution future, qui ne fait que croître. Ce qui flotte dans la mer, c’est essentiellement la pollution de consommation des gens : les bouteilles en plastique, les sacs plastiques… Des choses qu’on peut facilement remplacer dans les usages.

Y a-t-il un risque pour la faune qui nagerait près de la surface ?

Le risque zéro n’existe pas, mais il y a des sonars à l’avant des bateaux qui font fuir les cétacés. C’est déjà expérimenté. Pour les tortues, peut-être que cela arrivera qu’une se fasse piéger, mais les tapis sont prévus pour ne pas être agressifs : elle va monter dans le bateau et retomber dans la mer de l’autre côté. Et s’il y a une bonne daurade, on la mettra dans le barbecue à l’arrière du bateau, c’est ça aussi, l’économie circulaire.

Vous avez dit que le bateau fonctionnerait avec 75% d’énergie propre ?

Aujourd’hui sur le papier, on n’est pas loin du 100%, mais ce sera forcément un peu moins. 75%, c’est déjà énorme : aujourd’hui aucun bateau de travail n’est en énergie verte, même à 20%.

Eolien avec deux grands mats à l’arrière, solaire, vent, pyrolyse avec 4 à 5 tonnes de gasoil par jour estimées… On a travaillé des milliers d’heures pour trouver le meilleur compromis. Quand on ramasse les déchets, on a besoin d’avoir une vitesse constante ce qui est impossible avec la voile, donc on utilise l’énergie électrique : le solaire et l’éolien. Quand on a besoin d’aller plus vite pour changer de zone, on navigue à la voile (près de 3000 m² de surface).

Comment saurez-vous où aller pêcher des plastiques ?

On ne sait pas encore avec précision mais on va se concentrer sur l’Asie du Sud-est, l’Amazonie, le Nigeria et l’est de la Méditerranée. Quand on regarde les chiffres, la majorité des plastiques arrivent des 10 plus grands fleuves du monde. Mékong, Yangtsé, Gange, Amazonie… On n’a pas besoin d’aller ratisser toute la surface des océans, on peut se poster à la sortie des fleuves. Par ailleurs, les agences spatiales comme l’ESA ont décidé de lancer des satellites en 2020 pour repérer les amas de plastiques. Enfin, on utilisera deux drones qui ont 50 km d’autonomie.

Que reste-il à faire avant la première campagne prévue en 2022 ?

A partir du mois de septembre, 12 personnes chercheront des correspondants dans chaque pays et devront déterminer où va aller le Manta, obtenir les accords de navigation, les accords pour déposer nos déchets plastiques… Pour l’instant on a un quart du financement, 7000 donateurs et 25 mécènes et on a besoin d’en trouver une centaine.

Ce projet est-il amené à être décliné ?

Oui, imaginons un seul camion poubelle à l’échelle de la France, ce serait insuffisant. L’idée est que chaque pays puisse monter son propre projet pour financer des bateaux. Nous sommes là pour développer une technologie, la mettre au point, et mettre les plans en open data. Une fois que tout est prêt, après six ou sept ans de travail, on laissera tout à disposition gratuitement. Il ne faut pas que tout le monde perde des millions de dollars pour mettre au point un tel bateau.

Laurent Bourgnon interviewé par Aurélie Delmas      Libération 23 avril 2018

Les Etats-Unis et la France ne sont pas seuls à avoir pris conscience de la gravité de la situation et, si le plus souvent, la règle en ce qui concerne les riches est qu’ils s’en désintéressent complètement, il est des exceptions pour faire mentir la règle, à l’instar de Bill Gates et de sa fondation : ainsi le milliardaire norvégien Kjell Inge Rokke a-t-il fait construire REV Ocean, le plus grand navire privé du monde – 182 mètres de long – à seule fin de dépolluer les mers et les océans : le bateau sera à même d’incinérer cinq tonnes de plastique par jour ! Un système d’aspiration permettra de le récupérer, et un incinérateur permettra de brûler tous les matériaux dont le plastique, sauf le métal et le verre. Ils seront brûlés d’une façon positive pour l’environnement, sans produire de gaz nuisibles.

Construit pour le gros œuvre à Tulcea, en Roumanie, il sera emmené par le remorqueur Kamarina d’août à septembre 2019, jusqu’à Brattvåg, en Norvège où il sera terminé pour être opérationnel en 2020. Il emmène 60 scientifiques et 30 hommes d’équipage. revocean.org :

Rosellinis Four-10, Bygg nr. 884 ved Vard Brattvaag, VARD ...

rev ocean varo (7) - Liguria Nautica

Beaucoup plus traditionnel, le trois mâts Kraken , ex chalutier, puis une fois transformé en voilier, navire de tourismede l’ONG Wings of the ocean, fondée par Julien Wosnitza, en 2018. Il navigue sous pavillon dominicain. Construit en 1974, 42 m de longueur hors tout, 7.5 m au maître bau, 3.85 m de tirant d’eau, 1007 m2 de voilure, 4 cabines 2 personnes, 6 cabines 4 personnes, 9 douches, 9 toilettes. Mais il est bien difficile de savoir d’où viennent les sous. Apparemment, la collecte des déchets est manuelle.

Le Kraken, qui bat pavillon dominicain, devrait rester amarré au quai d'Alger au moins trois semaines.

Kraken à l'eau

Pedro Doncker

Les détracteurs de ces initiatives visant à résorber le plastique flottant disent que la surface de la mer n’est pas grand chose par rapport au tonnage de microparticules qui tapissent les fonds marins. Ils seront en fait contredits par une étude sud-africaine qui prélèvera en 2019/2020 916 échantillons provenant de 6 océans. Après avoir passé 2 000 fibres d’un millimètre de long au spectromètre infra rouge, ces chercheurs ont constaté que seules 8.2 % d’entre elles étaient en plastique (nylon, polyester), contre 79.5 % en cellulose (coton) et 12.3 % d’origine animale (laine).

16 09 2018                  Au Décastar de Talence, près de Bordeaux, Kevon Mayer, 26 ans, devient recordman du monde du décathlon  avec 9126 points, total de 10 épreuves dont 4 de course, 3 de saut, 3 de lancer, chaque épreuve étant dotée d’un certain nombre de points. C’est un des plus grands exploits de l’athlétisme français de l’après-guerre.

                       Kevin Mayer          Record du monde dans la discipline

100 m                 10″55                    9″58        Usain Bolt, Jamaïque, 16 août 2009 à Berlin
400 m                48″42                  43″03       Wayde van Niekerk, Afrique du Sud, 14 août 2016 au Brésil
110 m haies       13″75                   12″50        Aries Merrit, Etats-Unis, 7 septembre 2016 à Bruxelles
1 500 m             4’36″11              3′ 26″            Hicham El Guerrouj, Maroc, 14 juillet 1998, à Rome
Perche             5, 45 m                6, 26 m        Renaud Lavillenie, France, 15 février 2014 à Donetsk, Ukraine
Longueur        7, 80 m               8, 95 m         Mike Powell, Etats-Unis, 30 août 1991 à Tokyo
Hauteur           2, 05 m               2, 45 m        Javier Sotomayor, Cuba, 27 juillet 1993, à Salamanque, Espagne
Poids              16, 00 m             23,12 m         Randy Barnes, Etats-Unis, 20 mai 1990 à Los Angeles
Javelot           71, 90  m          98, 48  m        Jan Zelezny, Tchèquie, 25 mai 1996 à Iéna, Allemagne
Disque           50, 54  m         74, 08   m        Jürgen Schult, Allemagne, 6 juin 1986 à Neubrandenburg, Allemagne

Il serait amusant de demander à chaque athlète détenteur d’un record du monde dans une discipline, de se tester dans la même année au décathlon pour voir combien de points le sépareraient du recordman du monde du décathlon…

Kevin Mayer lors de l’épreuve du saut à la perche, le 16 septembre, à Talence (Gironde).

16 septembre 2018 Talence… sur son nuage

24 09 2018                      C’est l’Assemblée générale de Nations-Unies à New York. Jacinta Ardern, 38 ans, première ministre de la Nouvelle Zélande, arrive, sa petite Neve née trois mois plus tôt, dans les bras. Elle a tout de même pris six semaines de congé après la naissance, le vice-premier ministre assurant l’intérim.

28 09 2018                       En Indonésie, séisme de magnitude 7.5 conjugué avec tsunami sur la côte ouest des Célèbes, dans la province de Sulawesi, essentiellement à Palu, la capitale régionale, mais aussi à Donggala, la ville la plus proche de l’épicentre du séisme. Plus de 2 000 morts, 5 000 blessés graves, 50 000 déplacés. La terre ondulait comme une vague, comme un tapis que l’on secoue.

15 10 2018                     Trombes d’eau dans l’Aude, proches de Carcassonne : 14 morts, 20 blessés. La fraîcheur n’est pas encore installée et la température plutôt élevée de la mer expliqueraient en partie le phénomène. Les Italiens connaîtront la même chose autour de Venise.

28 10 2018                        Jair Bolsonaro à la tête du parti d’extrême droite du Brésil, remporte l’élection présidentielle avec 55 % des voix. Il a dit regretter que la dictature des militaires n’ait pas tué plus de monde ! C’est un évangélique fervent. Moins de trois mois plus tard, le guérisseur Joao Teixeira de Faria, dit Joao de Deo – Jean de Dieu -, 76 ans, installé à  Abadiânia, à 80 km à l’est-sud-est de Brasilia, mondialement connu, reconnu par le Vatican de Jean-Paul II, par le Dalaï Lama, verra des centaines de plaintes d’agression sexuelle lui tomber dessus et se rendra aux autorités le 16 décembre 2018, lesquelles avaient été alertées par un très important retrait bancaire de près de huit millions d’€. Plus que l’odeur de viol, cette affaire sent la boule puante, dont l’extrême droite s’est fait une spécialité.

29 10 2018                           Un Boeing 737 MAX 8 de la compagnie indonésienne low-cost Lion Air s’écrase en mer 10′ après avoir décollé de Djakarta : 189 morts. Le pilote et le copilote totalisaient plus de 11 000 heures de vol. La livraison de ce modèle récent de Boeing avait été un temps suspendue pour des problèmes de moteur. Et cet avion avait connu un incident sur le vol précédent. Des compagnies indonésiennes ont été un temps interdites de vol dans le ciel américain et européen. Par ailleurs, quelques jours après que l’une des deux boites noires ait été retrouvée, le comité de sécurité des transports indonésien a indiqué que le vol 610 de Lion Air a reçu des informations erronées d’un des capteurs d’incidence  (AOA, Angle of Attack sensor), information qui lui a été fournie par Boeing, le constructeur. Le 6 mars 2020, la Commission de transport du Congrès américain qualifiera le 737 Max d’avion fondamentalement défectueux et dangereux. 

Boeing 737 MAX: de son envol aux accidents, chronologie d'une crise

Crash en Indonésie: l'avion de Lion Air n'aurait pas dû être autorisé à voler selon les enquêteurs

Crash Boeing 737 de Lion Air en Indonésie: sur 189 passagers, aucun survivant. - J. Barthet , blog personnel.

Crash d'avion: 2018, la pire année depuis 5 ans

Tempête de vent sur les Dolomites, dans l’Italie du nord-est : en moins d’une demi-heure, des millions d’arbres – pour l’essentiel des épicéas – sont cassés, plaqués au sol par un vent de plus de 200 km/h. Le Val di Fiemme, – la forêt des violons [2]grand fournisseur d’épicéa rouge – le bois de résonance dont on fait les violons, principalement à Cremone, en fait partie, mais aussi la plupart des vallées des Dolomites, de Bolzano à Cortina d’Ampezzo.  Et il  va falloir dégager rapidement tout ce qui est accessible, car les arbres au sol seront, en été, le terrain favori du bostryche, un coléoptère qui s’attaque aux sapins et qui est friand de ces épicéas rouges. Une désolation. À Venise, l’Acqua Alta, est montée à 159 cm, ce qui n’était pas arrivé depuis 1966, où l’acqua grande avait atteint 1.94 m. En novembre 2019 elle atteindra 1.87 m, ce qui signifie la Place Saint Marc sous un mètre d’eau. Que faire contre cela ? Eh bien le MOSE acronyme de Modulo Sperimentale Elettromeccanico : projet lancé en 2003 visant à contenir les acqua alta, au moyen de 78 digues placées aux entrées de la lagune, comme les Hollandais ont su contenir les inondations pour mettre Rotterdam à l’abri avec le Maeslantkering. Mais en 16 ans de vie, le projet sera resté projet tandis que l’argent filera, filera jusqu’à représenter un trou de 6 milliards d’€, sans que quoi que ce soit ait été entrepris. Pour la corruption ces années auront été des années de vaches bien grasses. Mais les Italiens ont le talent de se relever de bien des catastrophes et ils finiront par surmonter celle-là : le MOSE sera inauguré début le samedi 3 octobre 2020 : c’est fantastique : normalement, on aurait dû avoir de l’eau (ce samedi était jour de l’acqua alta) jusqu’au genou, et là, on n’a qu’une petite flaque.

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[1]       On ne le dira sans doute jamais assez, mais dans bien des domaines, c’est en final le consommateur  à qui appartient la décision et non au législateur : quand tous les consommateurs cesseront d’acheter des œufs issus d’élevage de poules en batterie, ces derniers seront bien obligés de mettre la clef sous la porte, même si aucune loi ne leur demande. Quand, il y a bientôt quarante ans de cela, les consommateurs ont mis leurs pas dans ceux de l’Union Fédérale des Consommateurs pour refuser d’acheter du veau aux hormones, cela a marché !  Serait-on moins réactifs aujourd’hui qu’il y a quarante ans ?

[2]     La France a aussi ses arbres musicaux, probablement moins nombreux qu’en Italie. Les stocks de la scierie de Fertans dans la vallée de la Loue, dans le Jura, à 30 km de Besançon, sont de noyer, cormier, poirier mais surtout, épicéa et érable, duo de nombreux instruments à cordes, essentiellement contrebasses et violoncelles : L’épicéa est sélectionné pour ses qualités mécaniques, et il est utilisé pour les tables d’harmonie, cette partie de l’instrument que les cordes font vibrer. L’érable est choisi pour son onde, sa moire qui embellit.

Dans la pratique tout les oppose : pour l’épicéa, je cherche un arbres parfait, à qui il n’arrive rien, une sorte de moine avec une vie bien rangée. L’érable, c’est l’inverse: il me faut un artiste, un sujet spectaculaire qui a souffert et fait des vagues. L’évolution actuelle de la gestion forestière est telle qu’on cherche à la rajeunir, c’est à dire que les arbres mincissent et on trouve de moins en moins de gros diamètres. Je ne suis pas certain qu’il existe aujourd’hui une scierie à même de débiter des arbres de 2 mètres de diamètre. Et les dimensions des contrebasses et des violoncelles elles, elles en changent pas.

Bernard Michaud, scieur de bois de lutherie.


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