1° octobre 2017 au 31 octobre 2018. La drague trash prend un coup dans l’aile, et Nancy Huston bouscule le pape. Éolien flotté. Urgence de la sobriété. Terres rares, dévoreuses d’énergie. Recyclage du plastique. François Gabart. Arnaud Beltrame. Nicolas Hulot emporte avec lui beaucoup de l’espérance qu’il incarnait. 29464
Publié par (l.peltier) le 16 août 2008 En savoir plus

5 10 2017                          Judy Kantor et Megan Towhey, du New-York Times font descendre de son piédestal Harvey Weinstein, le plus puissant producteur de cinéma de Hollywood en relayant de nombreuses plaintes de harcèlement sexuel. Trois jours tard, La Weinstein Company, qu’il a créée, le met dehors. Dix jours plus tard, ce sont 70 femmes, dont nombre d’actrices qui l’accusent de harcèlement, voire de viol.

Comme une simple brèche dans un barrage peut devenir en quelques heures torrent, cet article va ouvrir des vannes par lesquelles vont jaillir le flot de nombre de victimes de harcèlement sexuel voire de viol. Tsunami jusqu’alors dormant qui attendait la grande détonation Weinstein pour se déclencher. Les autorités à même d’enregistrer ces plaintes vont devoir cesser de traîner les pieds pour le faire et de mettre des bâtons dans les roues des plaignantes et c’est par centaines que ces plaintes arrivent, signes d’une lame de fond qui n’a pas fini de déstabiliser les monde des machos sans frontières, jusque-là surs de leur impunité.

On peut toutefois regretter que toutes ces plaintes soient aussi tardives, cela manque quelque peu de fraîcheur et de spontanéité. On peut regretter que les coups de pied  dans les roustons n’aient pas été plus courants, les pratiques d’arts martiaux plus répandues. Faire de la résistance, cela demande du courage et de la prise de risque…. le jeu en vaut la chandelle, semble-t-il.

On peut regretter qu’à leur place, chacune, dans son environnement propre,  n’ait pas eu le courage au quotidien de Françoise Héritier, – seule femme du Collège de France – qui, lors d’une séance de travail, fut interpellée par George Duby, une des gloires de l’Histoire, qui déplorait que ces séances de travail ne soient pas enregistrées : Pourriez-vous vous charger, chère amie, de prendre des notes la prochaine fois ? lui répondit, en même temps que la moutarde lui montait au nez :  Mon cher Georges, je ne suis pas programmée génétiquement pour les prendre mieux que vous.  

Mais on pourra regretter aussi qu’au début du procès, Weinstein arrive sur les lieux menotté : à quoi bon un procès si tout montre que l’inculpé est déclaré coupable avant même sa tenue ? Jusqu’au jugement, tout inculpé est présumé innocent : cela ne serait-il pas vrai outre-atlantique ? Face au danger à suivre une fois de plus ce qui se pratique outre atlantique – la haine entre hommes et femmes cf Le déclin de l’empire américain ; la montée en puissance d’un puritanisme hypocriteelles vont être une centaine, dont Catherine Deneuve, Catherine Millet, Catherine Robbe-Grillet, Elizabeth Levy, Brigitte Lahaie, Sarah Chiche, Ingrid Caven à monter au créneau : OUF !  – Il était temps de dire merde à l’ordre moral.

Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste.

A la suite de l’affaire Weinstein a eu lieu une légitime prise de conscience des violences sexuelles exercées sur les femmes, notamment dans le cadre professionnel où certains hommes abusent de leur pouvoir. Elle était nécessaire. Mais cette libération de la parole se retourne aujourd’hui en son contraire : on nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses, des complices ! Or c’est là le propre du puritanisme que d’emprunter, au nom d’un prétendu bien général, les arguments de la protection des femmes et de leur émancipation pour mieux les enchaîner à un statut d’éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l’emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie.

De fait, #metoo a entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus qui, sans qu’on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre, ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels. Cette justice expéditive a déjà ses victimes, des hommes sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses intimes lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque. Cette fièvre à envoyer les porcs à l’abattoir, loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment, au nom d’une conception substantielle du bien et de la morale victorienne qui va avec, que les femmes sont des êtres à part, des enfants à visage d’adulte, réclamant d’être protégées. En face, les hommes sont sommés de battre leur coulpe et de dénicher, au fin fond de leur conscience rétrospective, un comportement déplacé qu’ils auraient pu avoir voici dix, vingt ou trente ans, et dont ils devraient se repentir. La confession publique, l’incursion de procureurs autoproclamés dans la sphère privée, voilà qui installe comme un climat de société totalitaire.

La vague purificatoire ne semble connaître aucune limite. Là, on censure un nu d’Egon Schiele sur une affiche ; ici, on appelle au retrait d’un tableau de Balthus d’un musée au motif qu’il serait une apologie de la pédophilie ; dans la confusion de l’homme et de l’œuvre, on demande l’interdiction de la rétrospective Roman Polanski à la Cinémathèque et on obtient le report de celle consacrée à Jean-Claude Brisseau. Une universitaire juge le film Blow-Up, de Michelangelo Antonioni, misogyne et inacceptable. A la lumière de ce révisionnisme, John Ford (La Prisonnière du désert) et même Nicolas Poussin (L’Enlèvement des Sabines) n’en mènent pas large. Déjà, des éditeurs demandent à certaines d’entre nous de rendre nos personnages masculins moins sexistes, de parler de sexualité et d’amour avec moins de démesure ou encore de faire en sorte que les traumatismes subis par les personnages féminins soient rendus plus évidents ! Au bord du ridicule, un projet de loi en Suède veut imposer un consentement explicitement notifié à tout candidat à un rapport sexuel ! Encore un effort et deux adultes qui auront envie de coucher ensemble devront au préalable cocher via une appli de leur téléphone un document dans lequel les pratiques qu’ils acceptent et celles qu’ils refusent seront dûment listées.

Le philosophe Ruwen Ogien défendait une liberté d’offenser indispensable à la création artistique. De même, nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle. Nous sommes aujourd’hui suffisamment averties pour admettre que la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage, mais nous sommes aussi suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle. Surtout, nous sommes conscientes que la personne humaine n’est pas monolithe : une femme peut, dans la même journée, diriger une équipe professionnelle et jouir d’être l’objet sexuel d’un homme, sans être une salope ni une vile complice du patriarcat. Elle peut veiller à ce que son salaire soit égal à celui d’un homme, mais ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro, même si cela est considéré comme un délit. Elle peut même l’envisager comme l’expression d’une grande misère sexuelle, voire comme un non-événement.

En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité. Nous pensons que la liberté de dire non à une proposition sexuelle ne va pas sans la liberté d’importuner. Et nous considérons qu’il faut savoir répondre à cette liberté d’importuner autrement qu’en s’enfermant dans le rôle de la proie. Pour celles d’entre nous qui ont choisi d’avoir des enfants, nous estimons qu’il est plus judicieux d’élever nos filles de sorte qu’elles soient suffisamment informées et conscientes pour pouvoir vivre pleinement leur vie sans se laisser intimider ni culpabiliser. Les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité et ne doivent pas, si durs soient-ils parfois, nécessairement faire d’elle une victime perpétuelle. Car nous ne sommes pas réductibles à notre corps. Notre liberté intérieure est inviolable. Et cette liberté que nous chérissons ne va pas sans risques ni sans responsabilités.

Collectif   Le Monde du 10 01 2017

L’auteur de ces lignes s’aligne bien volontiers à la suite d’une scène d’Il était une fois dans l’ouest [1968, le chef d’oeuvre de Sergio Leone] où Le Cheyenne – Jason Robarts – dit à Jill McBain – Claudia Cardinale – en lui posant la main sur les fesses : et si un jour un autre homme que moi fait la même chose, eh bien, sil te plaît, essaie de ne pas nous en faire toute une histoire.

10 10 2017                           Une quinzaine de militants de Greenpeace parviennent à s’introduire dans le périmètre de la Centrale atomique de Cattenhom, proche de la frontière avec le Luxembourg et à y tirer un feu d’artifice ma foi tout à fait convenable pour un budget modeste. Ça, c’est pour la com, mais pour le reste c’est tout aussi inquiétant : convois de matières nucléaires destinées au retraitement qui suivent toujours le même itinéraire, donc parfaitement connus de tout un chacun etc etc…

13 10 2017                           L’éolien flotté quitte l’univers des planches à dessin pour devenir réalité :

C’est une première en France. Une éolienne flottante va prendre la mer, pour être testée en conditions réelles au large du Croisic, en Loire-Atlantique. La France dispose, avec plus de 11 millions de kilomètres carrés d’espace océanique placé sous sa juridiction en métropole et dans les outre-mer, d’un potentiel exceptionnel. Pourtant, pas une seule éolienne offshore ne tourne encore près de ses côtes, alors que, fin 2016, la capacité installée en Europe atteignait 12,6 gigawatts (GW), pour l’essentiel au Royaume-Uni et en Allemagne.

Six parcs éoliens en mer, d’une puissance totale de 3 GW, ont été programmés au large des côtes normandes, bretonnes et vendéennes, à la suite de deux appels d’offres lancés par le gouvernement en  2011 et 2013. Mais leur construction se heurte aux recours systématiques des associations anti-éolien, si bien que les premières turbines ne fonctionneront pas, dans le meilleur des cas, avant 2020.

Face à cet horizon bouché, l’éolien flottant est l’avenir de l’éolien en mer, affirme Paul de la Guérivière, fondateur et PDG de la société Ideol. Cette start-up créée fin 2010 à La Ciotat (Bouches-du-Rhône), qui emploie aujourd’hui 65 personnes avec un chiffre d’affaires de 4  millions d’euros, et qui vient de lever 8  millions d’euros pour se développer, coordonne le projet Floatgen, auquel sont associés Bouygues Travaux publics et l’Ecole centrale de Nantes.

C’est elle qui a conçu le système flottant du démonstrateur. A la différence de l’éolien en mer classique, où le mât est posé et fixé sur le fond marin, il repose ici sur une fondation en suspension sur l’eau, arrimée au sol par un dispositif d’ancrage. En l’occurrence, le flotteur est un anneau de forme carrée en béton léger, de 36 mètres de côté, accroché au fond par six lignes faites d’un nylon très résistant. Ce socle supporte un mât de 60 mètres de hauteur équipé d’un rotor de 80 mètres de diamètre.

Assemblée dans le port de Saint-Nazaire, l’éolienne doit être remorquée, dès que la météo le permettra – au plus tard début 2018, assure Ideol –, vers le site d’essais en mer géré par Centrale Nantes et le CNRS, à 22 kilomètres du littoral, dans une zone où le plancher marin est à 33 mètres de profondeur et où les vagues peuvent atteindre 16 mètres de hauteur. D’une puissance de 2 mégawatts (MW), elle sera reliée au continent par un câble qui injectera l’électricité produite sur le réseau, la phase de démonstration devant durer deux ans.

Par rapport à l’éolien en mer posé, l’éolien flottant présente de multiples avantages, décrit Paul de la Guérivière. Il permet de s’affranchir de la contrainte de la profondeur – les systèmes fixes ne peuvent pas être installés au-delà de 35 ou 40 mètres de hauteur d’eau – et d’exploiter des sites plus éloignés des côtes. Cette alternative donne accès à des vents plus forts et plus constants – les turbines produisent ainsi davantage, jusqu’à 55 % du temps contre 40 % pour les modèles fixes -, tout en réduisant au maximum l’impact visuel et les conflits d’usage de l’espace marin, donc les possibles recours.

D’un coût de 25  millions d’euros, financé à hauteur de 10  millions par l’Union européenne et de 5,7  millions  par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, Floatgen n’est qu’une étape. Quatre fermes pilotes d’éoliennes flottantes, portées par EDF Energies nouvelles, Engie, Eolfi et Quadran, doivent voir le jour d’ici à 2020  : trois en Méditerranée, au large de Leucate, de Gruissan et du golfe de Fos-sur-Mer et une dans l’Atlantique, près de l’île de Groix. Composées chacune de trois ou quatre turbines, elles afficheront une puissance de 24  MW.

Si cette filière doit encore faire chuter ses coûts pour devenir compétitive, des fermes de taille commerciale pourraient voir le jour à l’horizon 2022 ou 2023, pense le PDG d’Ideol, qui évalue le potentiel national à 6 GW d’ici à 2030, moitié en Méditerranée et moitié en Bretagne. Avec de belles perspectives à l’exportation.

A ce jour, aucun parc flottant industriel n’est encore en service dans le monde. Mais plusieurs prototypes ont été mis à l’eau, en Ecosse, en Norvège, au Japon ou au Portugal, et d’autres pays, comme les Etats-Unis ou Taïwan, sont sur les rangs. La France est dans la course, assure le président du Syndicat des énergies renouvelables, Jean-Louis Bal. Elle a tous les atouts pour mettre en place une vraie filière industrielle. Encore faut-il que le gouvernement donne de la visibilité aux acteurs, par des appels d’offres.

L’organisation professionnelle met en avant un objectif de 21 GW, pour l’éolien en mer posé et flottant, d’ici à 2030. Interrogé par Le Monde, le secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, Sébastien Lecornu, promet des consultations rapides en vue du lancement d’un appel d’offres pour des fermes flottantes commerciales. Les amarres sont larguées.

Pierre Le Hir        Le Monde du 13 10 2017

14 10 2017                   Attentat à Mogadiscio – Somalie – 358 morts, 258 blessés.

18 10 2017                  Un astéroïde long de 200 mètres est repéré au-dessus d’Hawaï à une vitesse de 25 km/sec. Il est passé au plus près du soleil à 38 millions de km. Les paramètres de son orbite lui confèrent une grande excentricité, ce qui l’exclut du système solaire : donc il vient d’ailleurs que du système solaire. C’est la première fois qu’on voit un astéroïde de cette espèce. On le nommera A 2017 U1.

27 10 2017                     Après avoir proclamé l’indépendance de la Catalogne espagnole quelques jours plus tôt dans le plus pur jésuitisme, Carlos Puigdemon, président de l’exécutif catalan, demande au parlement de se prononcer, ce qu’il fait, les opposants ayant quitté les lieux avant le vote. L’indépendance de la Catalogne est proclamée. Viva la muerte ! 

8 11 2017                    Inauguration en grande pompe du Louvre d’Abu Dhabi de Jean Nouvel qui se réjouit d’avoir eu la bride sur le cou, de n’avoir jamais été harcelé par des technocrates d’administrations centrales, par des corsets de normes à n’en plus finir et d’avoir été payé sans discussion rubis sur l’oncle, autant de flèches contre tous ceux qui lui ont chié dans les bottes pour la Philharmonie de Paris. Il n’est cependant pas inutile de dire en même temps que les ouvriers de la Philharmonie de Paris ont été certainement beaucoup mieux payés et considérés que les Indiens, Népalais, Pakistanais, Sri lankais, Bengalis qui ont construit le Musée d’Abu Dhabi en étant payés avec un lance-pierre et en pouvant se faire jeter du jour au lendemain. Et d’autres musées, il y en a encore un paquet à construire à Abu Dhabi. Que de belles coquilles pour abriter parfois des chefs d’oeuvre, mais souvent l’insignifiant !

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Trois membres du GIGN en vacances sont arrêtés à la frontière entre l’Espagne  et le Portugal, le coffre de la voiture bourré de grenades ! Comme on dit en Suisse, ça fait désordre ! Ces gens-là n’avaient évidemment aucun attentat en vue… ils avaient juste l’intention de vendre ces munitions.

Tentative d’explication : un gendarme GIGN n’est pas toujours en opération, face à des terroristes ou des kidnappeurs, ou des bandits de grand chemin… et quand il n’est pas dans ces situations dangereuses, eh bien, il s’entraîne, c’est-à-dire qu’il consomme des munitions. Les formalités pour obtenir ces munitions sont réduites au plus simple, et, si on ne les consomme pas toutes on oublie de rapporter ce qui n’a pas été consommé, c’est-à-dire qu’on se constitue un petit stock de munitions, particulièrement facile à écouler sur n’importe quel marché parallèle : c’est la manière la plus simple pour arrondir des fins de mois qui sont celle d’un fonctionnaire, plutôt mal payé pour un travail où l’on risque sa peau à chaque intervention. Evidemment, pour que les munitions demandées ne soient pas entièrement consommées, mieux vaut en demander un peu plus que nécessaire. Il est impossible que la hiérarchie ne soit pas au courant de ces pratiques. Donc, jusqu’au plus haut niveau de la hiérarchie du GIGN on cautionne ces agissements – qui ne dit mot consent -, on accepte que des munitions a priori réservées au GIGN se retrouvent sur les marchés d’arme parallèles, c’est-à-dire puissent alimenter les conflits en cours, y compris ceux menés par les djihadistes de Daech ou d’Al Qaida. Quelle idée ces gens se font-ils de l’honnêteté ? Savent-ils au moins ce qu’est la déontologie ?

13 11 2017                  15 364 scientifiques de 184 pays, signent ce texte écrit par 8 d’entre eux : Si nous ne changeons pas rapidement, profondément, nos comportements, nous allons dans le mur. Toutes les tendances inquiétantes qui avaient été répertoriées en  1992, à l’occasion du sommet de Rio, se sont aggravées – à l’exception de l’état de la couche d’ozone stratosphérique, en voie de guérison -.

Il y a vingt-cinq ans, en  1992, l’Union of Concerned Scientists et plus de 1 700 scientifiques indépendants, dont la majorité des lauréats de prix Nobel de sciences alors en vie, signaient le World Scientists’ Warning to Humanity. Ces scientifiques exhortaient l’humanité à freiner la destruction de l’environnement et avertissaient : Si nous voulons éviter de grandes misères humaines, il est indispensable d’opérer un changement profond dans notre gestion de la Terre et de la vie qu’elle recèle. Dans leur manifeste, les signataires montraient que les êtres humains se trouvaient sur une trajectoire de collision avec le monde naturel. Ils faisaient part de leur inquiétude sur les dégâts actuels, imminents ou potentiels, causés à la planète Terre, parmi lesquels la diminution de la couche d’ozone, la raréfaction de l’eau douce, le dépérissement de la vie marine, les zones mortes des océans, la déforestation, la destruction de la biodiversité, le changement climatique et la croissance continue de la population humaine. Ils affirmaient qu’il fallait procéder d’urgence à des changements fondamentaux afin d’éviter les conséquences qu’aurait fatalement la poursuite de notre comportement actuel.

Les auteurs de la déclaration de 1992 craignaient que l’humanité ne pousse les écosystèmes au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie. Ils soulignaient que nous nous rapprochions rapidement des limites de ce que la biosphère est capable de tolérer sans dommages graves et irréversibles. Les scientifiques signataires plaidaient pour une stabilisation de la population humaine, et expliquaient que le vaste nombre d’êtres humains – grossi de 2  milliards de personnes supplémentaires depuis 1992, soit une augmentation de 35  % – exerce sur la Terre des pressions susceptibles de réduire à néant les efforts déployés par ailleurs pour lui assurer un avenir durable. Ils plaidaient pour une diminution de nos émissions de gaz à effet de serre (GES), pour l’abandon progressif des combustibles fossiles, pour la réduction de la déforestation et pour l’inversion de la tendance à l’effondrement de la biodiversité.

En ce vingt-cinquième anniversaire de leur appel, il est temps de se remémorer leur mise en garde et d’évaluer les réponses que l’humanité lui a apportées en examinant les données de séries chronologiques disponibles. Depuis 1992, hormis la stabilisation de l’amenuisement de la couche d’ozone stratosphérique, non seulement l’humanité a échoué à accomplir des progrès suffisants pour résoudre ces défis environnementaux annoncés, mais il est très inquiétant de constater que la plupart d’entre eux se sont considérablement aggravés. Particulièrement troublante est la trajectoire actuelle d’un changement climatique potentiellement catastrophique, dû à l’augmentation du volume de GES dégagés par le brûlage de combustibles fossiles, la déforestation et la production agricole – notamment les émissions dégagées par l’élevage des ruminants de boucherie. Nous avons en outre déclenché un phénomène d’extinction de masse, le sixième en 540  millions d’années environ, au terme duquel de nombreuses formes de vie pourraient disparaître totalement, ou en tout cas se trouver au bord de l’extinction d’ici à la fin du siècle.

L’humanité se voit aujourd’hui adresser une seconde mise en garde motivée par ces inquiétantes tendances. Nous mettons en péril notre avenir en refusant de modérer notre consommation matérielle intense mais géographiquement et démographiquement inégale, et de prendre conscience que la croissance démographique rapide et continue est l’un des principaux facteurs des menaces environnementales et même sociétales. En échouant à limiter adéquatement la croissance de la population, à réévaluer le rôle d’une économie fondée sur la croissance, à réduire les émissions de GES, à encourager le recours aux énergies renouvelables, à protéger les habitats naturels, à restaurer les écosystèmes, à enrayer la pollution, à stopper la défaunation et à limiter la propagation des espèces exotiques envahissantes, l’humanité omet de prendre les mesures urgentes indispensables pour préserver notre biosphère en danger.

Les responsables politiques étant sensibles aux pressions, les scientifiques, les personnalités médiatiques et les citoyens ordinaires doivent exiger de leurs gouvernements qu’ils prennent des mesures immédiates car il s’agit là d’un impératif moral vis-à-vis des générations actuelles et futures des êtres humains et des autres formes de vie. Grâce à un raz-de-marée d’initiatives organisées à la base, il est possible de vaincre n’importe quelle opposition, aussi acharnée soit-elle, et d’obliger les dirigeants politiques à agir. Il est également temps de réexaminer nos comportements individuels, y compris en limitant notre propre reproduction (l’idéal étant de s’en tenir au maximum au niveau de renouvellement de la population) et en diminuant drastiquement notre consommation par tête de combustibles fossiles, de viande et d’autres ressources.

La baisse rapide des substances destructrices de la couche d’ozone dans le monde montre que nous sommes capables d’opérer des changements positifs quand nous agissons avec détermination. Nous avons également accompli des progrès dans la lutte contre la famine et l’extrême pauvreté. Parmi d’autres avancées notables, il faut relever, grâce aux investissements consentis pour l’éducation des femmes et des jeunes filles, la baisse rapide du taux de fécondité dans de nombreuses zones, le déclin prometteur du rythme de la déforestation dans certaines régions, et la croissance rapide du secteur des énergies renouvelables. Nous avons beaucoup appris depuis 1992, mais les avancées sur le plan des modifications qu’il faudrait réaliser de manière urgente en matière de politiques environnementales, de comportement humain et d’inégalités mondiales sont encore loin d’être suffisantes.

Les transitions vers la durabilité peuvent s’effectuer sous différentes formes, mais toutes exigent une pression de la société civile, des campagnes d’explications fondées sur des preuves, un leadership politique et une solide compréhension des instruments politiques, des marchés et d’autres facteurs. Voici – sans ordre d’urgence ni d’importance – quelques exemples de mesures efficaces et diversifiées que l’humanité pourrait prendre pour opérer sa transition vers la durabilité :

  1. privilégier la mise en place de réserves connectées entre elles, correctement financées et correctement gérées, destinées à protéger une proportion significative des divers habitats terrestres, aériens et aquatiques – eau de mer et eau douce ;
  2. préserver les services rendus par la nature au travers des écosystèmes en stoppant la conversion des forêts, prairies et autres habitats originels ;
  3. restaurer sur une grande échelle les communautés de plantes endémiques, et notamment les paysages de forêt ;
  4. ré-ensauvager des régions abritant des espèces endémiques, en particulier des superprédateurs, afin de rétablir les dynamiques et processus écologiques ;
  5. développer et adopter des instruments politiques adéquats pour lutter contre la défaunation, le braconnage, l’exploitation et le trafic des espèces menacées ;
  6. réduire le gaspillage alimentaire par l’éducation et l’amélioration des infrastructures ;
  7. promouvoir une réorientation du régime alimentaire vers une nourriture d’origine essentiellement végétale ;
  8. réduire encore le taux de fécondité en faisant en sorte qu’hommes et femmes aient accès à l’éducation et à des services de planning familial, particulièrement dans les régions où ces services manquent encore ;
  9. multiplier les sorties en extérieur pour les enfants afin de développer leur sensibilité à la nature, et d’une manière générale améliorer l’appréciation de la nature dans toute la société ;
  10. désinvestir dans certains secteurs et cesser certains achats afin d’encourager un changement environnemental positif ;
  11. concevoir et promouvoir de nouvelles technologies vertes et se tourner massivement vers les sources d’énergie vertes tout en réduisant progressivement les aides aux productions d’énergie utilisant des combustibles fossiles ;
  12. revoir notre économie afin de réduire les inégalités de richesse et faire en sorte que les prix, les taxes et les dispositifs incitatifs prennent en compte le coût réel de nos -schémas de consommation pour notre -environnement ;
  13. déterminer à long terme une taille de population humaine soutenable et scientifiquement défendable tout en s’assurant le soutien des pays et des responsables mondiaux pour atteindre cet objectif vital.

Pour éviter une souffrance généralisée et une perte catastrophique de biodiversité, l’humanité doit adopter une alternative plus durable écologiquement que la pratique qui est la sienne aujourd’hui. Bien que cette -recommandation ait été déjà clairement -formulée il y a vingt-cinq ans par les plus grands scientifiques du monde, nous n’avons, dans la plupart des domaines, pas entendu leur mise en garde.

Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec, et le temps presse. Nous devons prendre conscience, aussi bien dans nos vies quotidiennes que dans nos institutions gouvernementales, que la Terre, avec toute la vie qu’elle recèle, est notre seul foyer.

Les huit rédacteurs de l’article, signé par 15 364 scientifiques de 184 pays, publié dans la revue BioScience du 13 11 2017. Traduit par Gilles Berton.

William J. Ripple, Professeur d’écologie au département écosystèmes forestiers et société de l’université d’Etat d’Oregon. Cet Américain âgé de 65 ans, à l’initiative de l’ Avertissement des scientifiques à l’humanité, est l’auteur de plus d’une centaine de publications scientifiques. Ses recherches portent sur le rôle des superprédateurs dans la chaîne trophique.
Mohammed Alamgir, Chercheur de l’Institut des -sciences de la forêt et de l’environnement à l’université de Chittagong (Bangladesh).
Eileen Crist, Professeure associée au Département des sciences, technologies et société de l’Université d’Etat de Virginie (Etats-Unis).
Mauro Galetti, Professeur au Département d’écologie de l’Université -Estadual Paulista de Sao Paulo (Brésil), spécialiste du déclin de la faune.
William Laurance, Professeur émérite de biologie de la conservation à l’Université James-Cook (Australie). Membre de l’Académie australienne des sciences, il a travaillé sur l’érosion de la biodiversité dans les forêts tropicales.
Mahmoud I. Mahmoud, Chercheur affilié à la National Oil Spill Detection and Response Agency, à Abuja (Nigeria).
Thomas M. Newsome, Chercheur affilié à département  » écosystèmes forestiers et société  » de l’université d’Etat d’Oregon et au Centre d’écologie intégrative à l’université Deakin de Geelong (Australie).
Christopher Wolf, Thésard au Département écosystèmes forestiers et société – de l’université d’Etat d’Oregon (Etats-Unis).

15 11 2017                       Mieux que n’importe quel article charpenté sur la difficulté qu’il y a à réformer l’administration française, l’interview suivante en est une très triste illustration : il s’agit de l’amélioration des transports parisiens par une plus importante utilisation de la première voie de communication parisienne : la Seine. Les deux patrons de SeaBubbles sont Alain Thébault et Anders Bringdal. Le 16  juin, un premier SeaBubble s’était élevé au-dessus de la Seine, avec à son bord Anne Hidalgo. Mais les cinq prochains prototypes de ce nouvel engin volant sur l’eau vogueront en Suisse à partir d’avril  2018. Nous avons réussi à innover en France, mais quand il s’agit de passer à l’étape de l’expérimentation opérationnelle, ce n’est plus possible, explique au Monde Alain Thébault, le vice-président de SeaBubbles, cofondateur avec Anders Bringdal de la jeune PME.

SeaBubble, ce n’est certes pas Airbus Industries, ou même Peugeot ou Renault, mais cet échec est tout de même une bonne grosse pierre dans le jardin d’Emmanuel Macron, champion d’un libéralisme éclairé, tenant son gouvernement d’une main de fer, même si elle est dans un gant de velours, mais dont le pouvoir voit ses limites aux portes des toutes puissantes administrations centrales, contre lesquelles il reste, à l’évidence, parfaitement impuissant.

*****

Au début de l’année, vous évoquiez le lancement de tests des SeaBubbles sur la Seine pour l’été. Quelques mois plus tard, vous annoncez votre départ en Suisse. Que s’est-il passé ?
Je suis avant tout un marin, auquel Eric Tabarly a appris à naviguer sur les Pen-Duick. Sa première leçon, c’est qu’en mer, il n’y a jamais de trajectoire rectiligne. Les belles courbes forment souvent les sillages les plus efficaces. SeaBubbles ne part pas de France ; il prend un nouveau départ en Suisse. Nous avons réussi à innover en France, mais quand il s’agit de passer à l’étape de l’expérimentation opérationnelle, ce n’est plus possible, à cause, notamment, de la réglementation. Or, le temps nous est compté, car le réchauffement climatique s’emballe. Et notre concept intéresse et fait des émules sur tous les continents. Avec mon cofondateur, Anders Bringdal, nous avons décidé de déployer le SeaBubble sur le lac Léman dès 2018… La France est un territoire exceptionnel pour l’innovation mais reste loin de la start-up nation souhaitée par le président Emmanuel Macron.

A-t-on tenté de vous retenir ?
Oui, des discussions ont eu lieu et ont encore lieu. Mais notre pays étouffe sous une gangue administrative : il faut en France des mois simplement pour réunir tous les acteurs, quand la Suisse ou Dubaï proposent des réponses opérationnelles immédiates. Notre responsabilité d’entrepreneurs n’est pas de réformer les administrations françaises, mais de créer des solutions innovantes, de les tester et de les déployer.

Par exemple, nous avons, après des mois d’efforts, obtenu l’autorisation d’installer un seul dock sur la Seine pour tester la flotte de Bubbles. Et ce, pour quinze jours, sans raccordement électrique et moyennant 1 000  euros par jour. Au-delà du tarif, l’idée d’installer un seul dock est absurde, puisque le SeaBubble doit être testé sur des trajets entre différents points du fleuve. Faire une boucle sur l’eau n’a aucun sens, sauf pour ceux qui aiment tourner en rond. Ce n’est pas vraiment mon cas…

Il y a la question de la vitesse…
Elle est limitée à Paris, comme dans la plupart des grandes métropoles, pour des raisons tout à fait compréhensibles, qui tiennent aux dommages faits aux berges par les remous et à la protection de l’environnement. Le paradoxe, c’est que cette réglementation n’est aujourd’hui pas respectée, notamment par les bâtiments des administrations. Mais elle nous est opposée alors que les SeaBubbles ne sont pas concernées, puisqu’elles volent sans bruit, sans émission et sans sillage, donc sans vagues.

Ce sont les seules raisons ?
Non, il y a aussi un climat général qui reste peu favorable à la prise de risque et aux entrepreneurs. Autant il y a abondance de projets de start-up – excellents par ailleurs – pour les applications personnelles ou ludiques, autant il existe peu de projets dans les domaines structurants pour l’avenir que sont les transports ou l’énergie. Or, les pouvoirs publics montrent souvent plus d’intérêt pour les projets liés au développement personnel que pour ceux qui intéressent la vie de la cité ou qui touchent à l’intérêt général.

Un double discours est également très présent du côté des acteurs privés, notamment des banques françaises, comme BNP, qui sont aussi promptes à s’intituler partenaires des entrepreneurs et à accaparer les fonds levés qu’à refuser de financer les projets et leurs promoteurs. La France est un curieux pays où ce sont les entrepreneurs qui financent les banques et non pas les banques qui financent les entrepreneurs.

Qu’a fait la Suisse pour vous accueillir ?
Mme Doris Leuthard est le premier chef d’Etat à être venu -naviguer sur SeaBubbles avec cinq conseillers d’Etat. Le canton et la ville souhaitent relier Genève à des communes limitrophes en utilisant encore plus le lac Léman. Nous allons pouvoir tester, pendant six mois à un an, nos docks et une flotte de cinq Bubbles.

Simultanément, la Suisse propose un écosystème industriel, financier et de recherche très riche. Nous réalisons nos prototypes aux chantiers Décision, qui ont construit – l’avion solaire – Solar Impulse, et nous avons été approchés par ABB, pour la recharge des bulles, et par l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne pour l’optimisation du cycle énergétique. Aujourd’hui, SeaBubbles compte une quinzaine d’employés en France et fait travailler une centaine de personnes, dont 80 en France et 20 en Suisse. Demain, la proportion devrait s’inverser.

Où en êtes-vous sur le développement du SeaBubble ?
Nous nous orientons vers une gamme de quatre versions, le Model T (taxi), le Model B (bus), le Model J (jet) et le Model A (autonome). L’actuelle SeaBubble devrait accueillir un pilote et cinq passagers, car nous avons gagné 100  kg sur les batteries en un an et demi ! Nous travaillons parallèlement sur une bulle autonome, notamment pour Dubaï, et sur une bulle jet, très rapide, afin de répondre à une double demande venue de la City à Londres et de l’un des GAFA – géants du Web, Google, Apple, Facebook, Amazon – entre Bay Bridge – baie de San Francisco – et la Silicon Valley en Californie. Enfin, nous préparons un SeaBubble Bus.

Sur le plan technique, préparez-vous aussi des changements ?
Outre l’optimisation des batteries, grâce à Philippe Camus – ancien PDG d’EADS – , nous sommes en discussions avec Airbus, Dassault et un groupe étranger pour utiliser les commandes de vols électriques qui ont représenté une avancée majeure dans le domaine de la stabilité en vol. Aujourd’hui, la bulle est auto-stable et se hisse sur ses foils. Mais demain, nous souhaitons utiliser les méthodes les plus modernes de l’aéronautique, en équipant les foils de calculateurs, qui permettent d’assurer à tout moment la stabilité au-dessus de l’eau. En bref, nous voulons passer du planeur à l’A320 ou au Rafale…

Avez-vous besoin d’argent ?
Pour l’instant, nous avons levé 14  millions d’euros, dont 10 millions auprès de la MAIF. Il nous reste quelque 6  millions d’euros, après avoir investi dans la fabrication des bulles de présérie et le développement des docks. Pour l’avenir, nous préparons une levée de 50 à 100  millions d’euros.

L’objectif est de démarrer l’industrialisation de SeaBubble, qui nécessite notamment d’investir de manière importante dans des outillages et des moules. Par ailleurs, nous visitons des usines au Portugal, en Pologne et en Asie pour fabriquer et assembler les SeaBubbles.

Reverra-t-on SeaBubbles en France ?
Oui, et même plus vite que prévu à Paris. Par fidélité pour le soutien que nous a apporté Anne Hidalgo, une maire engagée et courageuse et qui fait bouger les lignes, notamment au sein des villes du C40 Cities Climate Leadership Group.

Deux SeaBubbles voleront sur la Seine en décembre au moment du sommet sur le climat. Pour les Jeux olympiques de 2024, nos bus Bulles navigueront dans la capitale française comme au cœur de nombreuses villes.

SeaBubbles est une contribution modeste, mais vraiment innovante et utile pour la mobilité et la respiration des grandes métropoles et de leurs habitants. Notre responsabilité à Anders et à moi, comme entrepreneurs, mais aussi comme citoyens du monde, reste de travailler d’arrache-pied pour faire voler le plus de bulles possibles, le plus vite possible. Et ce sur tous les continents du monde.

Propos recueillis par Philippe Jacqué

Le sous-marin argentin A.R.A San Juan disparaît au large de la Patagonie : il revenait d’une mission à Ushuaïa ; 44 hommes d’équipage, 65 m de long, 7 m Ø , type  TR-1700 à propulsion diesel, construit dans le chantier naval Thyssen Nordseewerke de Edemen, en Allemagne, en 1983. Il avait au un grand carénage de 2007 à 2014, pour allonger de 30 ans sa durée de vie, et était totalement opérationnel, et avait effectué plusieurs missions en 2017. On parlera de l’enregistrement d’une explosion à peu près au moment où il aurait disparu ? Il sera localisé un an plus tard par la société américaine Ocean Infinity par 870 m de fond, à 400 km des côtes de Patagonie, un contrat de 7.5 millions $. C’est la même société qui, début 2018, passera un contrat avec le gouvernement indonésien pour retrouver l’épave de Malysia Airlines disparu le 8 mars 2014 dans l’océan indien, mais elle fera choux blanc. Pour remonter l’A.R.A San Juan, on parlera d’un milliard $, quand en 1974, les américains avaient renfloué un sous-marin russe coulé par 5000 mètres de fond pour 500 millions $…. tout augmente …

24 11 2017                           Massacre terroriste dans la mosquée al-Rawda de Bir al-Abed, à 40 km à l’ouest d’Al-Arich, capitale de la province du Nord-Sinaï, en Egypte : 305 tués, 109 blessés. Daech, vaincu en Syrie, parvient à garder sa puissance terroriste à l’international.

Au Zimbabwe – ex Rhodésie – Emmerson Mnangagwa, démis le 6 novembre de son poste de vice-président, prend en douceur la place de Robert Mugabe. Très vite, il va rassurer les quelques 200 à 300 Blancs qui restent au pays, sur les 4 000 qu’on y comptait 18 ans plus tôt. Il ne sera plus question de leur prendre ce qui leur reste de terres et ils devraient désormais pouvoir se sentir en sécurité dans tout le pays.

11 2017                       L’ICIJ – International Consortium for Investigative Journalism. Consortium International des Journalistes d’Investigation – qui regroupe à peu près 385 journalistes du monde entier nous jette en pâture 13.5 millions de pages numériques qui révèlent les planques financières trouvées par ceux qui veulent éviter le fisc.

La confusion mentale est stupéfiante : comme si le fait de s’être montré suffisamment malin pour éviter légalement de payer des impôts représentait un acte condamnable. Mais ce n’est pas cela qui est condamnable. Ce qui est condamnable, c’est ceux – les décideurs politiques – qui ont choisi de rendre légales ces procédures et ce sont bien ceux-là, que nous avons élu, qui doivent être traduits en justice. Il faut arrêter, mieux vaut tard que jamais, de renoncer à penser, et faire fonctionner normalement son sens critique.

Guillaume Pitron publie La Guerre des métaux rares. La face cachée de la transition énergétique et numérique.

*****

Dans cet essai percutant et préoccupant, Guillaume Pitron lance un cri d’alarme et expose un sérieux dilemme.

Le cri d’alarme est géopolitique: le monde a de plus en plus besoin de terres rares, de métaux rares, pour son développement numérique, et donc pour toutes les technologies de l’information et de la communication, pour fabriquer les portables entre autres. Les voitures électriques et hybrides en nécessitent deux fois plus que les voitures à essence, etc.

Ces métaux rares qui portent des noms non pas barbares, mais latins, tel le prométhium – une trentaine -, sont des métaux associés en proportion infime aux métaux abondants. Ils sont très chers à extraire et à purifier. Premier problème: c’est la Chine qui détient l’essentiel de ces ressources, ce dont elle est naturellement tentée d’abuser. Les autres pays qui en possèdent dans leur sous-sol en ont abandonné ou négligé l’exploitation pour diverses raisons, laissant la Chine, dans plusieurs cas, en situation de monopole, faisant de Pékin «le nouveau maître des métaux rares». Guillaume Pitron cite àl’appui de sa thèse, et pour souligner le risque de cette dépendance, plusieurs cas d’incohérences ou de légèreté flagrante des Occidentaux, par exemple, le cas des super-aimants ou du perfectionnement de la technologie des missiles à longue portée. La réponse paraît évidente : relancer partout ailleurs la production de ces métaux rares, que ce soit aux États-Unis, au Brésil, en Russie, en Afrique du Sud, en Thaïlande, en Turquie, et même en France (géant minier en sommeil), etc.

Mais c’est là où cela se complique et où apparaît un dilemme: l’exploitation de ces minerais rares est tout sauf propre! «Les énergies et ressources vertes recèlent une part d’ombre», souligne l’auteur. L’extraction et le raffinage de ces métaux rares nécessitent, en effet, des procédés très polluants. Leur recyclage a déçu. Et donc, paradoxalement, le monde des technologies les plus avancées, qui se veulent plus vertes, écologisées (ce qui est vitalement nécessaire pour stopper le compte à rebours écologique), serait lui-même en grande partie tributaire de métaux… «sales». Le secteur des technologies de l’information et de la communication produit ainsi 50 % de plus de gaz à effet de serre que le transport aérien! Cercle vicieux !

Alors, que faire pour dépasser de cette contradiction ?

Il faut bien sûr relancer l’exploitation des terres rares et, plus largement, des ressources minières (ce qui relance un bras de fer entre les gouvernements et les groupes miniers), mais il faut le faire de façon écologique, en s’en donnant les moyens économiques et technologiques, c’est-à-dire des financements et des innovations. Une part croissante des consommateurs mondiaux, estime l’auteur, serait prête à en payer le prix…

Arrivé à ce point de sa démonstration, celui-ci veut ter­miner quand même par une note encourageante: il cite des exemples de «sursauts de conscience dans l’industrie des métaux rares».

Dans le contexte de la transition écologique de toutes les activités économiques humaines indispensables pour préserver non pas la «planète», mais la vie sur la planète, il y aura encore des centaines de cas comme celui-ci, de dilemmes à surmonter, de décisions difficiles à prendre, de succès scientifiques à obtenir, d’opinions à rassurer ou à convaincre, pour finalement accélérer le rythme de l’écologisation. Course de vitesse…

En focalisant son attention, et la nôtre, sur un sujet essentiel, pas assez pris en compte, l’essai de Guillaume Pitron nous alerte à point nommé.

Hubert Védrine, novembre 2017        Préface

Du thé à l’or noir, de la muscade à la tulipe, du salpêtre au charbon, les matières premières ont toujours accompagné les grandes explorations, les empires et les guerres. Elles ont souvent contrarié le cours de l’histoire. Les métaux rares sont en train de changer le monde à leur tour, explique-t-il.

Depuis le début du XXIe siècle, les hommes, inquiets des bouleversements climatiques générés par les énergies fossiles, ont mis au point de nouvelles inventions, réputées plus efficientes, plus propres, et reliées à des réseaux à haute tension ultra-performants : les éoliennes, les panneaux solaires, les batteries électriques. Après la machine à vapeur, après le moteur thermique, ces technologies dites vertes engagent l’humanité dans une troisième révolution énergétique, industrielle, qui est en train de transformer notre monde. Comme les deux précédentes, celle-ci s’appuie sur une ressource primordiale. Une matière tellement vitale que les énergéticiens, les technoprophètes, les chefs d’Etat et même les stratèges militaires la surnomment déjà the next oil, le pétrole du XXIe siècle. (…)

Longtemps, les hommes ont exploité les principaux métaux connus de tous : le fer, l’or, l’argent, le cuivre, le plomb, l’aluminium… Mais, dès les années 1970, ils ont commencé à tirer parti des fabuleuses propriétés magnétiques et chimiques d’une multitude de petits métaux rares contenus dans les roches terrestres dans des proportions bien moindres. Cette grande fratrie unit des cousins affublés de noms aux consonances énigmatiques : terres rares, graphite, vanadium, germanium, platinoïdes, tungstène, antimoine, béryllium, fluorine, rhénium, prométhium… Ces métaux rares forment un sous-ensemble cohérent d’une trentaine de matières premières dont le point commun est d’être souvent associées, dans la nature, aux métaux les plus abondants. Comme tout ce qui s’extrait de la nature à doses infimes, les métaux rares sont des concentrés parés de fantastiques propriétés. Distiller une huile essentielle de fleur d’oranger est un processus long et fastidieux, mais le parfum et les pouvoirs thérapeutiques d’une seule goutte de cet élixir étonnent encore les chercheurs. Produire de la cocaïne au fin fond de la jungle colombienne n’est pas tâche plus aisée, mais les effets psychotropes d’un gramme de cette poudre vous dérèglent totalement un système nerveux central.

Or c’est pareil avec les métaux rares, très rares… Il faut purifier huit tonnes et demie de roche pour produire un kilo de vanadium, seize tonnes pour un kilo de cérium, cinquante tonnes pour l’équivalent en gallium, et le chiffre ahurissant de mille deux cents tonnes pour un malheureux kilo d’un métal encore plus rare, le lutécium. Le résultat, c’est en quelque sorte le principe actif de l’écorce terrestre : un agglomérat d’atomes surpuissants, ce que des milliards d’années d’évolution peuvent nous offrir de mieux. Une infime dose de ces métaux, une fois industrialisée, émet un champ magnétique capable de générer davantage d’énergie que la même quantité de charbon ou de pétrole. C’est là la clé du capitalisme vert : nous remplaçons des ressources qui rejettent des millions de milliards de tonnes de gaz carbonique par d’autres qui ne brûlent pas – et ne génèrent donc pas le moindre gramme de CO2(…)

Tels des démiurges, nous en avons multiplié les usages dans deux domaines qui sont des piliers essentiels de la transition énergétique : les technologies que nous avons baptisées vertes et le numérique. Car, nous explique-t-on aujourd’hui, c’est de la convergence des green techs et de l’informatique que va naître un monde meilleur. Les premières (éoliennes, panneaux solaires, véhicules électriques), grâce aux métaux rares dont elles sont truffées, produisent une énergie décarbonée qui va transiter par des réseaux d’électricité dits ultra-performants qui permettent des économies d’énergie. Or ceux-ci sont pilotés par des technologies numériques, elles aussi farcies de tels métaux. (…)

En dix ans, les énergies éoliennes ont été multipliées par sept, et le solaire photovoltaïque par quarante-quatre. Les énergies renouvelables représentent déjà 19 % de la consommation d’énergie finale dans le monde, et l’Europe prévoit pour elle-même de porter cette part à 27 % d’ici à 2030 ! Même les technologies qui ont recours aux moteurs thermiques dépendent de ces métaux, car ils permettent de concevoir des véhicules et des avions plus performants et plus légers, donc moins consommateurs de ressources fossiles. (…)

La Grande-Bretagne a dominé le XIXe siècle grâce à son hégémonie sur la production mondiale de charbon ; une grande partie des événements du XX° siècle peuvent se lire à travers le prisme de l’ascendant pris par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite sur la production et la sécurisation des routes du pétrole ; au XXI° siècle, un Etat est en train d’asseoir sa domination sur l’exportation et la consommation des métaux rares. Cet Etat, c’est la Chine.

Posons d’emblée ce premier constat, d’ordre économique et industriel : en nous engageant dans la transition énergétique, nous nous sommes tous jetés dans la gueule du dragon chinois. L’empire du Milieu détient en effet aujourd’hui le monopole d’une kyrielle de métaux rares indispensables aux énergies bas carbone et au numérique, ces deux piliers de la transition énergétique. Il est même devenu, dans des conditions rocambolesques que nous exposerons plus loin, le fournisseur unique du plus stratégique d’entre eux, un métal baptisé terres rares, sans substitut connu et dont absolument personne ne peut se passer.

Ce faisant, l’Occident a remis le destin de ses technologies vertes et numériques – en un mot, de la crème de ses industries d’avenir – entre les mains d’une seule nation. En limitant l’exportation de ces ressources, l’empire du Milieu nourrit plutôt la croissance de ses propres technologies et durcit l’affrontement avec le reste du monde. A la clé, de graves conséquences économiques et sociales à Paris, New York ou Tokyo.

Deuxième constat, d’ordre écologique : notre quête d’un modèle de croissance plus écologique a plutôt conduit à l’exploitation intensifiée de l’écorce terrestre pour en extraire le principe actif, à savoir les métaux rares, avec des impacts environnementaux encore plus importants que ceux générés par l’extraction pétrolière. Soutenir le changement de notre modèle énergétique exige déjà un doublement de la production de métaux rares tous les quinze ans environ, et nécessitera au cours des trente prochaines années d’extraire davantage de minerais que ce que l’humanité a prélevé depuis 70 000 ans. Or les pénuries qui se dessinent pourraient désillusionner Jeremy Rifkin, les industriels des green techs et le pape François.

Troisième constat, d’ordre militaire et géopolitique : la pérennité des équipements les plus sophistiqués des armées occidentales (robots, cyberarmes, avions de combat tel le chasseur militaire américain vedette, le F-35) dépend également en partie du bon vouloir de la Chine. Ce qui, alors que l’entourage du président Trump a prédit sans aucun doute une guerre entre les Etats-Unis et la Chine en mer de Chine méridionale, préoccupe jusqu’au sommet des agences de renseignement américaines. D’ailleurs, cette nouvelle ruée accentue déjà les tensions pour l’appropriation des gisements les plus fertiles et porte les conflits territoriaux au cœur des sanctuaires que l’on pensait à l’abri de la convoitise. La soif de métaux rares est en effet stimulée par une population mondiale qui culminera à 8,5 milliards d’individus en 2030, l’essor de nouveaux modes de consommation high-tech et une plus forte convergence économique entre pays occidentaux et pays émergents.

En voulant nous émanciper des énergies fossiles, en basculant d’un ordre ancien vers un monde nouveau, nous sombrons en réalité dans une nouvelle dépendance, plus forte encore. Robotique, intelligence artificielle, hôpital numérique, cybersécurité, biotechnologies médicales, objets connectés, nanoélectronique, voitures sans chauffeur… Tous les pans les plus stratégiques des économies du futur, toutes les technologies qui décupleront nos capacités de calcul et moderniseront notre façon de consommer de l’énergie, le moindre de nos gestes quotidiens et même nos grands choix collectifs vont se révéler totalement tributaires des métaux rares. Ces ressources vont devenir le socle élémentaire, tangible, palpable, du XXIe siècle. Or cette addiction esquisse déjà les contours d’un futur qu’aucun oracle n’avait prédit.

Nous pensions nous affranchir des pénuries, des tensions et des crises créées par notre appétit de pétrole et de charbon ; nous sommes en train de leur substituer un monde nouveau de pénuries, de tensions et de crises inédites. Du thé à l’or noir, de la muscade à la tulipe, du salpêtre au charbon, les matières premières ont toujours accompagné les grandes explorations, les empires et les guerres. Elles ont souvent contrarié le cours de l’histoire. Les métaux rares sont en train de changer le monde à leur tour. Non contents de polluer l’environnement, ils mettent les équilibres économiques et la sécurité de la planète en péril. Ils ont déjà conforté le nouveau magistère de la Chine sur le XXIe siècle et accéléré l’affaiblissement de l’Occident au tournant du millénaire. (…)

Chaque année, le United States Geological Survey (USGS), une agence chapeautée par le ministère de l’intérieur américain et dont le rôle est d’étudier les ressources minières, publie un rapport d’une importance primordiale : le Mineral Commodity Summaries. Quatre-vingt-dix matières premières indispensables à nos économies modernes y sont passées au crible des analystes. Sur plus de deux cents pages se succèdent des statistiques concernant les ressources disponibles, les stocks mondiaux et, surtout, la répartition de leur exploitation dans le monde. Or ce dernier indice est alarmant : l’USGS nous informe que Pékin produit 44 % de l’indium consommé dans le monde, 55 % du vanadium, près de 65 % du spath fluor et du graphite naturel, 71 % du germanium et 77 % de l’antimoine. La Commission européenne tient sa propre liste et abonde dans le même sens : la Chine produit 61 % du silicium et 67 % du germanium. Les taux atteignent 84 % pour le tungstène et 95 % pour les terres rares. Sobre conclusion de Bruxelles : La Chine est le pays le plus influent en ce qui concerne l’approvisionnement mondial en maintes matières premières critiques.

Dans le sillage de la Chine, une myriade d’Etats appliquant une logique de spécialisation minière ont également acquis des positions majoritaires, voire monopolistiques. La République démocratique du Congo produit ainsi 64 % du cobalt, l’Afrique du Sud fournit 83 % du platine, de l’iridium et du ruthénium, et le Brésil exploite 90 % du niobium. L’Europe est également dépendante des Etats-Unis, qui produisent plus de 90 % du béryllium. Enfin, d’autres pays détiennent une quote-part de la production mondiale suffisamment importante pour pouvoir provoquer une situation de pénurie temporaire et de fortes variations des cours. C’est le cas de la Russie, qui contrôle à elle seule 46 % des approvisionnements de palladium, et de la Turquie, qui fournit 38 % des approvisionnements en borate. Pour Pékin, cette main basse sur les métaux rares est d’abord une question de survie.

Avec les Etats-Unis, la Chine est le pays le plus soucieux qui soit de la sécurité de ses approvisionnements. En effet, l’empire du Milieu n’est pas seulement le premier producteur de minerais de la planète, il en est aussi le principal consommateur. Pour les besoins de son 1,4 milliard d’habitants, il engloutit 45 % de la production mondiale de métaux industriels – une voracité qui vaut également pour les matières premières agricoles, le pétrole, la poudre de lait et même les vins de Bordeaux.

Les stratèges chinois ont été particulièrement familiarisés à ces défis de souveraineté minérale : pendant ses études en France, Deng Xiaoping a en effet œuvré dans une fonderie en fer du Creusot. Quant à ses successeurs, souligne un stratège en ressources naturelles, sur les six derniers présidents et premiers ministres, à l’exception du premier ministre actuel [Li Keqiang], juriste, tous reçurent une formation thématique d’ingénieur : électricité, hydroélectricité, géologie, chimie des procédés . Premier ministre de Hu Jintao de 2003 à 2013, Wen Jiabao est lui-même géologue de formation. Aidés par un système politique autoritaire et stable qui valorise la patience du temps long et la constance dans la prise de décision, Deng Xiaoping et ses successeurs ont pu jeter les bases d’une ambitieuse politique de sécurité des approvisionnements.

La méthode a été celle du rouleau compresseur : en quelques décennies, la Chine a multiplié les ouvertures de mines sur son territoire, lancé le chantier d’une seconde route de la soie, terrestre et maritime, afin de disposer d’un corridor d’approvisionnement de commodités depuis l’Afrique, et mené des opérations de fusion et acquisition d’entreprises dans le secteur des produits de base. Les marchés mondiaux et les équilibres géopolitiques ont été bouleversés au fur et à mesure que Pékin étendait sa sphère d’influence. Ainsi, la Chine n’est pas simplement devenue un acteur des marchés des métaux rares, elle s’est bel et bien muée en un faiseur de ces marchés.

[…]                   Surtout, l’empire du Milieu a pris le leadership d’un éventail impressionnant de technologies vertes. Loin de l’image de pays pollueur et pollué qui lui est traditionnellement associée, il s’affiche dorénavant comme le premier producteur d’énergies vertes au monde, le premier fabricant d’équipements photo-voltaïques, la première puissance hydroélectrique, le premier investisseur dans l’éolien et le premier marché mondial des voitures à nouvelles énergies. Pékin a également entrepris d’ériger un vaste réseau de cités vertes éco-responsables. Tianjin, Dongtan Caofeidian, Wuhan, Changxindian, Taichung Hsinchu… Par centaines, des écocités et écoquartiers sont en train de sortir de terre. En 2015, les investissements entrepris dans ces nouvelles industries ont dépassé les 100 milliards de dollars – soit le tiers des financements engagés dans le monde.

En annonçant le dépôt devant l’OMC d’une plainte contre la politique chinoise des terres rares, le président Barack Obama avait pourtant mis en garde: Être capable de fabriquer des batteries électriques et des voitures hybrides aux Etats-Unis est trop important pour que nous n’agissions pas. Nous devons prendre en main notre futur énergétique, et nous ne pouvons laisser cette industrie énergétique prendre racine dans d’autres pays que le nôtre. Il faut croire que l’administration Obama a échoué puisque, en 2020, la Chine produira 80 % à 90 % des batteries pour véhicules électriques… Forte de son monopole sur la production des métaux rares et des filières de technologies vertes qui en dépendent, la Chine entend devenir l’État qui produira le plus de green tech. Elle veut siphonner les emplois verts au détriment de l’Europe, du Japon et des États-Unis.

Guillaume Pitron                 La grande bataille des métaux rares  Le Monde 11 01 2018

Principales applications industrielles des Terres Rares

Antimoine                  retardant du feu – additif dans les plastiques -, catalyse du polyéthylène. 87 % en Chine
Baryte                         boues de forage pétroliers et gaziers, industrie du verre, radioprotection, santé, métallurgie, pyrotechnie. 44 % en Chine
Béryllium                   télécom et électronique, aérospatiale, nucléaire civil et militaire. 90% aux Etats-Unis
Bismuth                      générateurs thermo-électriques – automobile – supraconducteurs à haute température, soudure sans plomb. 82 % en Chine
Borate                         verres et céramiques. 38 % en Turquie
Cobalt                         portables, ordinateurs, véhicule hybrides, aimants. 64 % au Congo Kinshasa.
Charbon à coke          sidérurgie.
Ces six premiers métaux sont classés critiques par la Commission Européenne

Spath fluor                  acide fluorhydrique, métallurgie de l’acier et de l’aluminium, céramiques, optiques. 64 % en Chine
Gallium                      semi-conducteurs, éclairages par diode photoluminescentes. 73 % en Chine
Germanium                photovoltaïque, fibres optiques, catalyse, optique infrarouge. 67% en Chine
Hafnium                      alliages de tungstène, confection de filaments et d’électrodes, comme absorbeur de neutrons dans les barres (ou croix) de contrôle de la réactivité nucléaire. 43 % en France
Hélium                         fluide de transfert de chaleur dans certains réacteurs nucléaires refroidis au gaz, fabrication de circuits intégrés et de fibres  optiques ;  utile dans les souffleries supersoniques ; mélangé avec un gaz plus lourd, comme le xénon, il est utile pour la réfrigération thermoacoustique ; comme il diffuse à travers les solides trois fois plus vite que l’air, l’hélium est utilisé pour détecter les fuites dans les équipements à ultravide ou les réservoirs à haute pression ; également utilisé avec des produits alimentaires pour permettre une vérification de l’étanchéité de l’emballage. 73 % aux Etats-Unis .
Indium                        puces électroniques, écrans LCD. 57 % en Chine
Magnésium                 alliage d’aluminium. 87 % en Chine
Graphite naturel         véhicules électriques, aérospatiale, industrie nucléaire. 69% en Chine.
Caoutchouc naturel    32 % en Thaïlande
Niobium                     satellites, véhicules électriques, industrie nucléaire, joaillerie. 90 % au Brésil
Phosphate naturel
Phosphore                 58 % en Chine
Scandium                   66 % en Chine
Silicium métal            circuits intégrés, photovoltaïque, isolateurs électriques. 61 % en Chine
Tantale                        condensateurs miniaturisés, superalliages. 31 % au Rwanda
Tungstène                   outils de découpe, blindage, électricité, électronique. 84 % en Chine
Vanadium                   aciers spéciaux, industrie spatiale, catalyse. 53 % en Chine
Métaux platinoïdes – Ruthénium, 93 % en Afrique du Sud, Rhodium, 83 % en Afrique du Sud, Palladium, 46 % en Russie, Osmium, Iridium,85 % en Afrique du Sud,  Platine, 70 % en Afrique du Sud – : catalyseurs, bijouterie

                                                                               Terres rares, lourdes et légères

Lanthane                     composés supraconducteurs, lentilles, éclairages
Cérium                         pots catalytiques, raffinage pétrole, alliages métalliques
Praséodyme                pierres à briquet, colorants, aimants
Néodyme                    aimants permanents, autocatalyseurs, raffinage pétrole, lasers
Prométhium              composés luminescents
Samarium                   aimants de missiles, aimants permanents, motorisations électriques
Europium                   lasers, réacteurs nucléaires, éclairages, géochimie, phosphores rouges des tubes cathodiques
Gadolinium                substance phosphorescentes dans les tubes cathodiques
Terbium                      activateur des photophores verts pour tubes cathodiques, aimants permanents
Dysprosium                aimants permanents, moteurs hybrides
Holmium                    lasers, magnétisme, composés supraconducteurs
Erbium                       réseaux de télécommunications optiques longue distance, médecine nucléaire
Thulium                      radiographie portable, lasers, supraconducteurs haute température
Ytterbium                   aciers inoxydables, ion actif pour cristaux laser, radiographie portable
Lutecium                    émetteur de rayonnement bêta
Scandium                   éclairage, marqueur, alliages d’aluminium
Yttrium                       Photophores rouges des tubes cathodiques, alliages supraconducteurs, briques réfractaires, piles à combustible, aimants.

Un ordre de grandeur : la production annuelle de fer est de 2 milliards de tonnes, celle de terres rares de 130 000 tonnes. Le marché annuel des terres rares est d’environ 6.5 milliard $ ; celui du pétrole près de 1 800 milliards $. La purification d’une tonne de terres rares consomme 200 m³ d’eau ! La seule fabrication d’une puce de 2 grammes implique le rejet de 2 kilogrammes de matériau environ, soit un ratio de 1 à 1000 entre le produit fini et les rejets générés. On connaît nombres de ces terres rares depuis fort longtemps – le XVIII° siècle – mais, ne leur connaissant pas d’applications industrielles, on ne s’y intéressait pas ; c’est à partir des années 1970 qu’on a découvert les propriétés magnétiques exceptionnelles de certains de ces métaux, permettant de fabriquer des aimants ultra-puissants, lesquels aimants entrent dans la composition de la plupart des moteurs électriques performants. Le coût exorbitant de l’extraction de ces terres rares est tel que le matraquage médiatique qui voudrait nous faire croire que l’avenir est à la voiture électrique, au panneau photovoltaïque n’est pas loin de l’escroquerie car en fait, le coût énergétique de fabrication d’une voiture électrique est supérieur à celui d’une voiture à moteur thermique, et qu’il en va de même du panneau photovoltaïque dont la fabrication génère plus de 70 kilos de  CO2 ; le panneau solaire thermique consomme jusqu’à 3 500 litres d’eau par mégawattheure, soit 50% de plus qu’une centrale à charbon etc…

www.lemonde.fr/planete/article/2018/01/11/la-grande-bataille-des-metaux-rares_5240264_3244.html#2COQ711RZ4mGDcIr.99

En 2017, sur les 436 plus importantes entreprises mondiales, 188 étaient asiatiques, essentiellement chinoises, 138 américaines (Etats-Unis et Canada) et 110 européennes. À l’intérieur de notre hexagone, trois entreprises réalisent 40 % des profits : Total, Sanofi et BNP, mais à l’échelle mondiale, c’est peanuts…

8 12 2017                    L’Académicien Jean d’Ormesson est mort à 92 ans, trois jours plus tôt. Emmanuel Macron lui rend hommage dans la cour des Invalides avant que d’aller déposer sur son cercueil, selon les vœux de l’homme l’écrivain, un simple crayon.

Messieurs les présidents, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Mesdames et Messieurs les académiciens, Mesdames et Messieurs les membres du corps préfectoral, Mesdames et Messieurs les membres du corps diplomatique, chère Françoise d’Ormesson, chère Héloïse d’Ormesson, chers membres de la famille, chère Marie-Sarah, Mesdames et Messieurs.

Si claire est l’eau de ces bassins, qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur. Ces mots d’André Gide dans son Journal à propos de la Bruyère, conviennent particulièrement à Jean d’Ormesson.

Car plus qu’aucun autre il aima la clarté. Celle des eaux de la Méditerranée, dont il raffolait, celle du ciel d’Italie, celle des maisons blanches de Simi, cette île secrète des écrivains. Celle des pentes enneigées et éclatantes où il aimait à skier, comme celles des criques de la côte turque, inondées de soleil.

Ne fut-il pas lui-même un être de clarté ?

Il n’était pas un lieu, pas une discussion, pas une circonstance, que sa présence n’illuminât. Il semblait fait pour donner aux mélancoliques le goût de vivre et aux pessimistes celui de l’avenir.

Il était trop conscient des ruses de l’Histoire pour se navrer des temps présents, et sa conversation, elle-même, était si étincelante qu’elle nous consolait de tout ce que la vie, parfois, peut avoir d’amer.

Jean d’Ormesson fut ainsi cet homme entouré d’amis, de camarades, offrant son amitié et son admiration avec enthousiasme, sans mesquinerie. Ce fut un égoïste passionné par les autres. Sans doute son bréviaire secret, était-il Les Copains de Jules Romains, auquel il avait succédé à l’Académie française. Berl, Caillois, Hersch, Mohrt, Déon, Marceau, Rheims, Sureau, Rouart, Deniau, Fumaroli, Nourissier, Orsenna, Lambron ou Baer… je ne peux les citer tous, mais cette cohorte d’amis, ce furent des vacances, des poèmes récités, de la liberté partagée.

Pour ceux qu’il accompagna jusqu’au terme ultime, sa présence et sa parole furent des baumes incomparables. Comme son cher Chateaubriand le disait de Rancé, on croyait ne pouvoir bien mourir qu’entre ses mains, comme d’autres y avaient voulu vivre.

Cette grâce lumineuse, contagieuse, a conquis ses lecteurs qui voyaient en lui un antidote à la grisaille des jours. Paul Morand disait de lui qu’il était un gracieux dévorant, rendant la vie intéressante à qui le croisait. C’est cette clarté qui d’abord nous manquera, et qui déjà nous manque en ce jour froid de décembre.

Jean d’Ormesson fut ce long été, auquel, pendant des décennies, nous sommes chauffés avec gourmandise et gratitude. Cet été fut trop court, et déjà quelque chose en nous est assombri.

Mais celui que l’on voyait caracoler, doué comme il l’était pour l’existence et le plaisir, n’était pas le ludion auquel quelques esprits chagrins tentèrent, d’ailleurs en vain, de le réduire.

La France est ce pays complexe où la gaieté, la quête du bonheur, l’allégresse, qui furent un temps les atours de notre génie national, furent un jour, on ne sait quand, comme frappés d’indignité. On y vit le signe d’une absence condamnable de sérieux ou d’une légèreté forcément coupable. Jean d’Ormesson était de ceux qui nous rappelaient que la légèreté n’est pas le contraire de la profondeur, mais de la lourdeur.

Comme le disait Nietzsche de ces Grecs anciens, parmi lesquels Jean d’Ormesson eût rêvé de vivre, il était superficiel par profondeur.

Lorsqu’on a reçu en partage les facilités de la lignée, du talent, du charme, on ne devient normalement pas écrivain, on ne se veut pas à toute force écrivain, sans quelques failles, sans quelques intranquillités secrètes et fécondes.

J’écris parce que quelque chose ne va pas disait-il, et lorsqu’on lui demandait quoi, il répondait: Je ne sais pas. Ou, plus évasivement encore : Je ne m’en souviens plus. Telle était son élégance dans l’inquiétude.

Et c’est là que l’eau claire du bassin soudain se trouble. C’est là que l’exquise transparence laisse paraître des ombres au fond du bleu cobalt. Un jour vint où Jean-qui-rit admit la présence tenaillante, irréfragable, d’un manque, d’une fêlure, et c’est alors qu’il devint écrivain.

Ses yeux aujourd’hui se sont fermés, le rire s’est tu, et nous voici, cher Jean, face à vous. C’est-à-dire face à vos livres. Tous ceux que vous aviez égarés par vos diversions, que vous aviez accablés de votre modestie, tous ceux à qui vous aviez assuré que vous ne dureriez pas plus qu’un déjeuner de soleil, sont face à cette évidence, dont beaucoup déjà avaient conscience, se repassant le mot comme un secret.

Cette évidence, c’est votre œuvre. Je ne dis pas : vos livres, je ne dis pas : vos romans. Je dis : votre œuvre. Car ce que vous avez construit avec la nonchalance de qui semble ne pas y tenir, se tient devant nous, avec la force d’un édifice où tout est voulu et pensé, où l’on reconnaît à chaque page ce que les historiens de l’art appellent une palette, c’est-à-dire cette riche variété de couleurs que seule la singularité d’un regard unit.

La clarté était trompeuse, elle était un miroir où l’on se leurre, et le temps est venu pour vous de faire mentir votre cher Toulet : Que mon linceul au moins me serve de mystère. Votre linceul, lui, désormais vous révèle.

Nous devrons, pour vous entendre, à présent tendre l’oreille, et derrière les accords majeurs nous entendrons, comme chez Mozart, la nuance si profonde des accords mineurs.

Ce que votre politesse et votre pudeur tentaient de nous cacher, vous l’aviez mis dans vos livres. Et ce sont les demi-teintes, le sfumato subtil, qui vont à présent colorer la surface claire. Ce sont ces mille couleurs qui flottent comme sur de la moire précisément, dont Cocteau parlait en essayant de qualifier les blancs de Cézanne. Nous ne vous découvrirons ni triste, ni sombre, mais derrière votre ardeur nous saurons voir une fièvre, derrière vos plaisirs une insatisfaction, et derrière votre bonheur quelque chose d’éperdu, de haletant, qui nous touche en plein cœur.

Nous entrerons dans le secret de cette âme qui s’est si longtemps prétendue incrédule pour comprendre qu’elle ne cessa d’embrasser le monde avec une ferveur mystique, débusquant partout, au cœur de son ordre improbable et évident, ce Dieu, au fond si mal caché, dont vous espériez et redoutiez la présence et qui, peut-être, dans quelque empyrée, vous dit enfin: La fête continue.

Vous ne nous aviez pas si bien trompés, il est vrai. Nous savons que votre conversation la plus personnelle était réservée à ces écrivains que fascinèrent les mystères du monde, et d’abord l’insondable mystère du temps. Cheminer avec Saint-Augustin, Chateaubriand, Proust, c’est n’être point dupe des arcanes de la vie. S’entretenir par-delà la mort avec Caillois, Berl, ou votre père, c’est frayer dans des contrées parfois austères où vous alliez nourrir la force de vos livres. C’est dans ces confrontations intimes que vous alliez puiser cette énergie incomparable. Contrairement à Chateaubriand, encore lui, qui se désespérait de durer, vous avez cru qu’en plongeant au cœur des abîmes de la vie vous trouveriez la matière revigorante et universelle de livres où chacun reconnaîtrait sa condition, où chacun se consolerait de ses contradictions.

Et pour cela vous avez inventé, presque sans la chercher, cette forme nouvelle tenant de l’essai, de l’entretien, de la confession et du récit, une conversation tantôt profonde, tantôt légère, un art libertin et métaphysique. C’est ainsi que vous avez noué avec les Français, et avec vos lecteurs dans tant de pays, une relation particulière, une proximité en humanité qui n’était qu’à vous.

Le courage de l’absolu dans la politesse d’un sourire.

C’est cela votre œuvre, elle vous lie à Montaigne, à Diderot, à La Fontaine et Chateaubriand, à Pascal et Proust, elle vous lie à la France, à ce que la France a de plus beau et de plus durable: sa littérature.

C’est le moment de dire, comme Mireille à l’enterrement de Verlaine: Regarde, tous tes amis sont là. Oui, nous sommes là, divers par l’âge, par la condition, par le métier, par les opinions politiques, et pourtant profondément unis par ce qui est l’essence même de la France: l’amour de la littérature et l’amitié pour les écrivains. Et ce grand mouvement qu’a provoqué votre mort, cette masse d’émotion, derrière nous, derrière ces murs, autour de nous et dans le pays tout entier, n’a pas d’autres causes. À travers vous la France rend hommage à ce que Rinaldi appelait la seule chose sérieuse en France, si l’on raisonne à l’échelle des siècles.

Évoquant, dans un livre d’entretien, votre enterrement, vous aviez écrit: À l’enterrement de Malraux, on avait mis un chat près du cercueil, à celui de Defferre c’était un chapeau, moi je voudrais un crayon, un crayon à papier, les mêmes que dans notre enfance. Ni épée, ni Légion d’honneur, un simple crayon à papier.

Nous vous demandons pardon, Monsieur, de ne pas vous avoir tout à fait écouté, pardon pour cette pompe qui n’ajoute rien à votre gloire. Avec un sourire auriez-vous pu dire peut-être que nous cherchions là à vous attraper par la vanité et peut-être même que cela pourrait marcher.

Non, cette cérémonie, Monsieur, nous permet de manifester notre reconnaissance et donc nous rassure un peu. Du moins puis-je, au nom de tous, vous rester fidèle en déposant sur votre cercueil ce que vous allez et ce que vous aviez voulu y voir, un crayon, un simple crayon, le crayon des enchantements, qu’il soit aujourd’hui celui de notre immense gratitude et celui du souvenir.

Je vous remercie.

*****

Et dire qu’Emmanuel Macron a voulu un temps nous faire croire qu’il était de gauche, alors que seul un homme de droite peut parler aussi excellemment, aussi brillamment, de celui qui fut probablement le plus digne, les plus estimable d’entre eux.

9 12 2017                    Et c’est Johnny Hallyday qui a droit à des obsèques quasi-nationales des champs Elysées à La Madeleine, avec hommage du chef de l’État, bien loin de ce qu’on aurait pu attendre : une enfilade de lieux communs passe-partout, sans talent aucun, sans relief, sans inspiration… Il a dans le fond le même problème que Giscard dont on disait : Son problème à lui, c’est le peuple. Une sacrée brochette de stars du show-biz enchaîneront dans la platitude, le tout devant quelques centaines de milliers d’inconsolables.

Rendons grâce à la République : les manifestations de la secte littéraire, quoique furtives, sont encore tolérées. Nous étions une petite centaine à commémorer, toutes portes closes, ce samedi 9  décembre, au lycée Henri-IV, à Paris, le dixième anniversaire de la mort du plus grand écrivain français contemporain, Julien Gracq. Ce même jour, à la même heure, près de 1 million de fans, président de la République en tête, rendaient les honneurs devant la Madeleine à la dépouille du plus grand rocker français. Sans céder à la logorrhée des grandes circonstances, tâchons de préciser, le choc des deux cultures aidant, pourquoi cette journée marquera nos annales, tel un point d’inflexion dans la courbe longue d’un changement de civilisation. Elle devrait mériter le manuel d’histoire pour trois raisons majeures.

La première : l’éclatante consécration du glissement de la graphosphère à la vidéosphère, enfin parachevée. La mort écrit, à sa manière, l’histoire de la littérature, remarquait Malraux dans L’Homme précaire et la Littératureson livre posthume. Et, au-delà de la place de l’écrivain dans la cité, les transitions funéraires, deuils et cortèges, révèlent les déplacements de la charge émotive propre à nos différents organes des sens et moyens d’expression.

L’image-son domine et englobe le signe d’écriture, comme l’écoute publique la lecture silencieuse, et l’industrie musicale en constante révolution l’artisanat techniquement immobile des lettres (la peinture ne tenant son rang que de et par l’argent). L’inaptitude de l’image à saisir l’homme intérieur nous déporte vers le sensoriel et le sensuel, et au premier plan, vers l’apparence physique des êtres. Elle instaure pour tout créateur symbolique aspirant à la reconnaissance, écrivain inclus, l’obligation, sinon d’être une bête de scène, du moins de crever l’écran. Ce qui exige une physionomie reconnaissable, une gueule, un look, un ton de voix (ou un balbutiement singulier).

Le retrait ou l’effacement délibéré, comme pour l’ermite saint  Florent, mettrait au piquet pour toujours. Les joies à corps absent (comme on parle du deuil à corps absent en période de guerre), les plus durables, sinon les plus intenses, vont devenir réservées aux mystiques ou aux fous. Si les corps doivent désormais être de la partie pour que l’esprit y soit, les conversations d’outre-tombe nous seront bientôt interdites.

La BNF exposait à Henri-IV, sous vitrine, des manuscrits de Gracq. Ce sont les vrais restes d’un écrivain, qui se conservent mieux que les autres. Même s’il est toujours difficile de déceler dans une œuvre les promesses de sa survie, il en ira de même, espérons-le, pour Jean d’Ormesson, mon ami. Mais pour l’heure, les prépondérants ont d’autant plus commerce avec le grand écrivain – pour une photo ou un selfie à ses côtés – qu’ils en ont moins avec ce qu’ils écrivent.

Quand les m’as-tu-lu, déjà, nous font un peu sourire, c’est le-vu-à-la-télé qui fait les tirages et draine les hommages. Avec l’extrémisme de l’actuel suscité par l’info continue, disparaît du même coup le sas du purgatoire. Pour l’inscription au patrimoine, c’est maintenant ou jamais. Plus besoin de passer par ces épaisses couches de silence pour échapper au non-recevoir indifférent qui clôt tôt ou tard le débat, pour décanter l’époque de sa part inévitable d’aveuglement sur elle-même et, ainsi, accéder au double temps de l’art, où une œuvre finit par ajouter à son millésime le temps sans chronologie des jouissances esthétiques.

Devrons-nous admettre que la plus belle œuvre d’un créateur soit indexée sur sa personne privée faite légende en temps réel par la vertu du journalisme ? Paul Valéry, qui eut des funérailles nationales en  1945, était un homme sans corps, sans image et sans story-telling, hors chronique. Tout d’un auteur, rien d’un acteur. En quoi le poète du Cimetière marin, lu, recopié et récité, mais rarement vu et entendu, appartenait encore au même écosystème que celui des Misérables, qui mit la France en deuil en  1885.

D’Ormesson, qui a dû, ce n’est pas sa faute, beaucoup de son aura à ses yeux bleus, appartient à l’ère suivante, la nôtre, celle qui voit plonger inexorablement les compétences de lecture des écoliers, brûler soixante-dix bibliothèques entre 1996 et 2013, les autres se reconvertir en vidéothèque par prudence. La vidéo et le casque audio, à la différence du livre, c’est sacré, même dans les quartiers.

Deuxième titre à l’inventaire : le début officiel de l’américanisation heureuse. On la savait populaire et quotidienne, mais non encore protocolaire et liturgique (bikers, blousons, tatouages, guitares électriques et Saint-Barth). La voilà saluée comme telle par notre chef de l’Etat. En baptisant héros un remarquable témoin de son temps, soit un émule, voire un clone d’Elvis Presley, en confondant héroïsme et célébrité, notre président marque d’une pierre blanche un déplacement objectif et des mœurs et des esprits.

Combattre étant devenu honteux, le héros n’est plus celui qui se sacrifie pour sa patrie ou pour une cause, mais celui qui se fait voir et entendre de tous, devenant milliardaire du même coup. En ajoutant, ce qui n’est pas faux, que nous avons tous en nous quelque chose de Johnny Hallyday, il a franchisé, à travers sa meilleure incarnation, le rêve américain en chair et en os, attestant ainsi qu’un beau destin français suppose désormais quelque chose de Tennessee en lui, sauf survivances folkloriques ici et là.

Ce qui relevait jusqu’ici de la société civile – Las Vegas rythmant les têtes et les corps, ainsi que le chant du monde résorbé dans le rock – portera le sceau de la République. La communication de l’essentiel suspendue à l’ampli et au synthé, pour découvrir les ultimes secrets de l’humain, l’école s’effacera gentiment derrière le studio. La traduction en vernaculaire est admise.

Troisième titre, décisif, à des lettres d’or : l’institutionnalisation du show-biz, nouveau corps de l’Etat, sinon le premier d’entre eux. C’est toujours un malheur pour une grande figure de l’écritoire, du forum ou du clergé de mourir en même temps qu’un monstre sacré de la scène ou de l’écran. Ce fut déjà celui de Cocteau, en 1963, éclipsé par la môme Piaf. La différence est que de Gaulle et son gouvernement se sont alors abstenus de paraître à ses obsèques. Ils n’y avaient même pas pensé, bien qu’avec ses chansons de rue et de texte, dans la foulée de Gavroche et d’Aristide Bruant, elle incarnait merveilleusement le pavé de Paris. Elle fut enterrée au Père-Lachaise, sans les honneurs de l’Eglise, refusés.

Il y avait alors deux scènes distinctes : la culture dite populaire côtoyait la culture dite cultivée, mais sans se superposer ni se confondre. Cocteau avait ses propres lignes de communication et Piaf, les siennes. France-cul et RTL. Aucune n’était jugée supérieure à l’autre, mais Les Nouvelles littéraires d’un côté ne mimaient pas France Soir de l’autre. Les Paris Match de l’époque n’ont pas dédoublé leur une d’un jour sur l’autre, pour attribuer la même surface à la chanteuse et au poète. En revanche, hier, nos deux antidépresseurs nationaux – celui des beaux quartiers et celui de la France pavillonnaire – ont fait couple dans une même accolade médiatique et politique, à un mini-degré prés. Heureuse et nouvelle parité entre deux artistes de genres différents.

L’ère numérique tend à promouvoir le tout-en-un, non seulement parce qu’elle code uniformément en binaire l’image et l’écrit, mais parce qu’elle fusionne les publics et les spécialités, en alignant l’échoppe sur l’hypermarché, comme naguère la philosophie sur la nouvelle philosophie. Le Tout-Paris est plus que jamais un curieux front de classe, mais où la fusion du peuple et du public procède par l’alignement du premier sur le second, avec ses mots, ses codes et ses rites.

En  1963, le politique ayant assez d’autorité et de prestige par lui-même, il se souciait peu d’aller voler un peu de popularité, par la magie du côte à côte, auprès des stars du moment. C’est le miracle de la vidéosphère – on fait le plein comme on peut – qu’elle permette à un pouvoir réputé être celui des plus riches d’instaurer une communion avec les plus pauvres par le biais des variétés, en squeezant les classes intermédiaires, prise en tenailles entre le Téléthon et la banque, le biker et le DRH.

Ce populisme oligarchique – court-circuit rentable -, grossièrement adopté par M.  Sarkozy, se poursuit en plus élégant et plus fin, à l’image du régent, mais au prix d’embrassades et de bisous dont on devra payer le prix. Line Renaud, Patrick Bruel, Marion Cotillard devenant des personnages officiels, au même rang et dans le même entre-soi que les élus de la nation, on attend de ces derniers qu’ils deviennent aussi bons sur scène et guest stars que les premiers. A quand la boucle dans l’oreille ? La coupe mulet, après le coupe-papier ? Trump a déjà la banane et les bagues. Toujours vingt ans d’avance sur nous, les crooners de la métropole. Nos deux anciens présidents ont déjà une vedette pour compagne. Un bon début. Et si on hâtait le pas ? Allez, assez de distinction ! Dites-le nous en chantant, Messieurs et Mesdames les ministres !

Certes, nous ne fûmes que cent joyeux clandestins contre un million d’endeuillés. Mais en relisant Le Rivage des Syrtes (1951), une petite phrase nous a mis la puce à l’oreille. Il vient un moment dans l’histoire d’un pays ou d’une civilisation, note l’écrivain au détour d’une page, où ce qui a été lié aspire à se délier, et la forme trop précise à rentrer dans l’indistinction. Un bon expert en postmodernité, le père Gracq.

Régis Debray          Le Monde du 12 12 2017

Plutôt qu’une fois de plus, s’appesantir sur les dérives de nos sociétés, sur l’impérialisme soft des médias sur le politique, sur le mélange des genres, on aurait aimé voir notre médiologue national dresser un portrait de notre rocker national, et nous dire pourquoi et comment il était parvenu à ne jamais disparaître de la scène, comment il avait réussi à réunir une foule d’inconditionnels très divers qui se reconnaissaient en lui… mais non il a préféré ressasser, dire et redire, comme un vieux professeur aigri et désabusé.

Le destin exceptionnel de Jean-Philippe Smet, alias Johnny Hallyday, a fait communier la France entière à ses funérailles, tant ses contradictions reflétaient la diversité constitutive de notre pays : Johnny touchait un milieu populaire tout en affichant un train de vie de millionnaire ; son répertoire animait les bals de province comme il faisait le ravissement des bars branchés ; sans message politique, ses chansons ne froissaient personne ; son image de rocker sauvage n’empêcha pas son soutien à MM. Chirac et Sarkozy ; il était un personnage tendre et un produit marketing, un artiste au talent prodigieux et un homme fragile, un chanteur des années 1960 toujours dans l’actualité en  2010. Pas étonnant que tant de monde ait pu se retrouver, d’une manière ou d’une autre, dans le kaléidoscope français qu’il incarnait.

Sa relation avec l’argent le rendait tout aussi fabuleux. C’est ce qu’a révélé, notamment, le livre du journaliste Eric Le Bourhis Johnny, l’incroyable histoire continue (Prisma, 1975). Johnny était un flambeur, dépensant sans compter au gré d’impulsions ou d’opportunités réelles ou imaginées. Il accumula des propriétés en France, à Saint-Barthélemy, à Los Angeles ou en Suisse, mais aussi, épisodiquement, il posséda une île dans le Pacifique et un ranch au Canada. Il collectionnait les voitures et les redressements fiscaux, et attirait à lui les quémandeurs et les escrocs.

Son indifférence à la dépense était permise par le modèle économique du show-business, qui peut rendre l’argent facile. L’artiste touchait une avance en royalties à la signature d’un contrat avec une maison de disques, puis un pourcentage (de 5 % jusqu’à 17 %) sur la vente des disques. Il s’engageait à réaliser un nombre d’albums fixé d’avance et à les promouvoir par des émissions et des tournées de concerts. Johnny travailla successivement avec Vogue, Philips, Universal et Warner, qui, très vite, prirent l’habitude de lui avancer des fonds, parfois très importants. Le chanteur pouvait dépenser davantage que ce qu’il gagnait, en anticipant sur ses succès futurs pour maintenir son crédit ouvert.

Ce système le condamnait à la réussite, car une série de contre-performances commerciales l’aurait conduit à la faillite. Son extraordinaire capacité à rebondir et à se renouveler s’explique aussi par cette menace économique. Mais en le mettant dans l’obligation d’enchaîner les albums et les concerts, cette contrainte ne fut sans doute étrangère ni à l’usage de stimulants, dont l’artiste a reconnu la consommation (Le Monde du 7 janvier 1998), ni à l’épuisement de ses ressources physiques. Ainsi la tournée d’adieu à la scène de 2009, interrompue par la maladie, fut-elle suivie… de nouvelles tournées en  2011 et en  2015.

Johnny attaqua Universal en justice pour dénoncer ce système, mais il fut débouté en  2005. C’est que tout le monde était responsable et bénéficiaire de cette gouvernance par la dette perpétuelle : lui-même, qui dépensait sans compter ; la maison de disques, qui tenait sa vedette ; le public, qui se pressait à des concerts toujours plus spectaculaires ; les médias, qui exploitaient les excès et les maladies du chanteur dans une inépuisable saga à laquelle la mort mit un point final.

Le kaléidoscope Johnny Hallyday renvoie ainsi l’image de notre économie financiarisée. L’endettement public et privé soutient une consommation sans frein. L’épargne que des millions de ménages dégagent pour leur retraite alimente abondamment les marchés financiers. Pour capter cette manne, les entreprises doivent renouveler sans cesse leur production. Leurs innovations sont spectaculaires et leurs performances soutenues pour maintenir le flot d’investisseurs et de clients. Pour assurer le tout, les salariés intensifient leur travail.

Au final, les consommateurs dépensent toujours plus, les retraités bénéficient des rentes de capitaux, la presse commente année après année les sommets et les folies des marchés boursiers, et les travailleurs s’épuisent. C’est ainsi que se referment sur nos sociétés d’abondance les portes du pénitencier.

Pierre-Yves Gomez        Le Monde du 16 12 2017

16  12 2017                     Tremblement de terre d’une magnitude de 6,9 dans le sud de l’île de Java ; le porte-parole de la BNPB – Agence indonésienne des  gestion des risques naturels] déclare : Depuis cinq ans, les bouées d’alerte au tsunami,  placées en haute mer en Indonésie, ne fonctionnent plus, avait prévenu M.  Sutopo. La raison ? Tout simplement l’irrégularité de la maintenance, et le fait que les pêcheurs se servent de ces objets comme d’ancres pour leurs bateaux… Ce constat se sera pas suivi d’effets.

Nous sommes désormais obligés de compter sur d’autres bouées mises en place par cinq pays voisins : l’Inde, dont le dispositif surveille la zone d’Aceh – où le tsunami de 2004 avait fait près de 170 000 morts – , la Thaïlande, chargée de surveiller la mer d’Andaman, l’Australie, qui s’occupe de la partie sud de l’Indonésie, et une bouée appartenant aux Etats-Unis, qui a été placée au nord de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

17 12 2017, 2 h 45’ du matin                      Le Petit Prince de la voile, à qui tout réussit, François Gabart sur Macif termine le tour du monde – 27 859.68 miles nautiques,  51 596 km – en 42 jours 16 h 40 minutes 35 secondes. Il bat de plus de six jours le précédent record de Thomas Coville sur Sodébo en 49 jours 3 heures 4’ 28’’. Une vitesse moyenne de 27.2 nœuds, une vitesse maximum de 39.2 nœuds.

Macif a pour architectes Van Peteghem et Lauriot-Prévost (VPLP), pour chantiers CDK Technologies (plateforme, flotteurs et bras avant), Multiplast (coque centrale), Lorima (mât), pour voiles : North Sails. Il a été mis à l’eau : le 18 août 2015. Longueur : 30 m. Largeur : 20 m. Tirant d’eau max. : 4,50 m. Tirant d’air : 35 m. Déplacement (poids) : 14,5 t.1 dérive. 2 foils. Surface de voiles : 430 m² au près, 650 m² au portant.

01 01 2018          Shenzhen, ville chinoise de 12 millions d’habitants, face à Hong-Kong, termine l’électrification de ses 16 000 véhicules de transport en commun ; 8 000 points de chargement dans 510 stations.

Bien difficile d’avoir une vue d’ensemble des avancées de la Chine, tant les indéniables succès y côtoient les monumentales erreurs… ainsi d’Ordos, cette ville de Mongolie Intérieure, – 39°38’ N, 109°50’ E -, agrandie dans les années 2000 pour loger un million d’habitants sur la base du développement de l’industrie locale du charbon ; celle-ci ayant connu des revers, la ville se retrouve avec 50 000 habitants :

5 01 2018                    Elon Musk met Space X sur la plus haute marche des lanceurs de satellite  :

Quinze ans après sa création, en  2002, Space X accède à la première marche du podium spatial mondial. Grâce aux dix-huit tirs de sa fusée Falcon 9, l’américain détrône Arianespace et ses onze lancements répartis entre Ariane 5, Soyouz et Vega. Une déconvenue pour l’européenne, habituée des premières places, et un beau redressement pour la firme d’Elon Musk après deux années de turbulences, d’échecs et de retards.

Le trublion de l’espace n’entend pas en rester là. Cette année, la cadence des lancements devrait s’accentuer, avec une dizaine de tirs de plus qu’en  2017, confiait en novembre au site Space News Gwynne Shotwell, la patronne des opérations de SpaceX. L’objectif est ambitieux, puisqu’il s’agit d’atteindre un rythme de croisière annuel de 30 à 40 tirs.

La compétition s’annonce d’autant plus vive que, dans le même temps, la firme américaine ne cesse d’innover. En  2016, SpaceX avait réussi à faire revenir sur Terre le premier étage de sa fusée, pour le réutiliser. Ce qui était à l’époque un exploit spectaculaire – se poser sur une barge flottant sur l’Atlantique – est devenu quasiment banal. Quatorze étages de lanceurs sont revenus sans encombres en  2017. Certains ont été réutilisés.

Autre défi, pour commencer l’année, la firme américaine fera décoller en janvier sa nouvelle fusée. La Falcon Heavy, la plus puissante au monde, dispose d’une capacité double de celle des plus gros lanceurs actuels. Dotée de 27 moteurs, elle propulsera en orbite plus de 54 tonnes, soit une masse équivalente à un Bœing 737 chargé de ses passagers, équipage, bagages et carburantindique SpaceX.

La pression sur les Européens est considérable. Comment rester dans la course, face à celui qui voici quatre ans a fait voler en éclats les règles du jeu spatial en cassant les prix de lancement, et brisé le duopole historique formé avec le russe Proton ? Nous sommes face à un nouveau duopole reposant sur deux modèles économiques complètement différents qui devraient perdurer, estime Rachel Villain du cabinet Euroconsult. Elle note toutefois une plus grande souplesse et une meilleure adaptabilité chez SpaceX, en raison de sa structure plus légère et de ressources financières plus importantes.

Depuis 2014, la réponse à l’américain s’appelle Ariane 6, le successeur d’Ariane 5 dont le premier lancement est prévu en  2020. C’est la pierre angulaire de tous les scénariosconfirme Stéphane Israël, le président exécutif d’Arianespace. Un lancement avec Ariane 6 sera 40 % moins cher qu’avec Ariane 5 et donc compétitif avec ceux proposés par Space X. La fusée sera adaptée aux nouveaux marchés qui émergent, comme celui des constellations composées de myriades de petits satellites.

Si les plans ont été arrêtés avant que SpaceX démontre la possibilité de réutilisation, il n’est pas question de les modifier. La réutilisation des étages ne vaut que si les cadences de lancements sont très élevées, ce qui n’est pas le cas pour Ariane, et l’économie qui en ressortirait dans le contexte européen reste donc à préciser, ajoute M. Israël, avant de temporiser. En parallèle à Ariane 6, nous devons déjà réfléchir à ses évolutions et aux moyens de réduire fortement les cycles de développement.

Cette course ne peut se faire sans le soutien financier des Etats pour qui l’accès à l’espace est stratégique. D’ailleurs, le monde spatial est dominé par les lancements institutionnels (civils ou militaires), qui représentent l’essentiel des mises en orbite – 70  % des 91 lancements en  2017.

Or, ces lancements sont réservés, aux Etats-Unis, à des fusées nationales, et sont facturés le double de ceux proposés aux vols commerciaux, ce qui donne aux firmes spatiales une marge financière pour affronter la concurrence et se développer. Pour Space X, cela représente en valeur les deux tiers de son carnet de commandes, contre un tiers pour Arianespace. Car en Europe, la situation est différente. Non seulement les missions institutionnelles sont peu nombreuses (deux sur les onze lancements de 2017), mais, de plus, la fusée européenne est mise en compétition avec les autres lanceurs.

Pour que le modèle économique d’Ariane 6 soit viable, les industriels demandent que l’Europe lui réserve cinq à six lancements annuels, sachant qu’au début de la prochaine décennie, pas moins de sept tirs institutionnels sont prévus chaque année. L’idée progresse, mais il faut accélérer, insiste M. Israël. Chaque partenaire doit s’interroger sur ce qu’il est prêt à faire pour le succès du lanceur. C’est primordial.

Dominique Gallois    Le Monde du 5 01 2018

falcon heavy rocket launch cape canaveral illustration spacex

Falcon Heavy

La destination est l’orbite de Mars, la voiture restera dans l’espace lointain un milliard d’années, si elle n’explose pas pendant le lancement. Mardi 6  février 2018, deux mois après la publication de ce Tweet surprenant, Elon Musk devait être fixé sur le sort de son cabriolet Tesla rouge cerise. Ce jour-là, si le calendrier est respecté, devait décoller de Cap Canaveral, en Floride, la Falcon Heavy, présentée comme la fusée la plus puissante du monde depuis le dernier vol, voici quarante-cinq ans, de Saturne V, le lanceur des missions Apollo.

Pour ce vol d’essai, la fusée n’emporte pas de satellites pour un client particulier, mais la voiture électrique du milliardaire américain, au son de Space Oddity, la chanson de David Bowie. Un vol privé en quelque sorte, puisque tant Tesla que SpaceX, qui fabrique le lanceur, ont été fondées par Elon Musk. Celui qui, pendant des années, avait été regardé avec condescendance par le monde spatial est devenu, en cinq ans, incontournable. Avec des financements publics venant de la NASA et du département américain de la défense, sa firme privée a pu développer un lanceur Falcon 9 et casser les prix des mises en orbite de satellites de télécommunications. Sa fusée s’est ainsi substituée au russe Proton dans le duopole formé avec Ariane sur le marché commercial des lanceurs. L’un comme l’autre se disputent la première place mondiale.

Mais l’ambition d’Elon Musk est avant tout la conquête spatiale, et surtout l’installation sur Mars. D’où sa volonté de concevoir des fusées plus puissantes. Pour cela, la Falcon Heavy dispose d’une capacité double de celle du plus gros lanceur actuel, le Delta IV américain de Boeing et Lockheed Martin.

Dotée de vingt-sept moteurs Merlin, elle pourra propulser en orbite plus de 54 tonnes, soit une masse équivalente à un Boeing 737 chargé de ses passagers, équipage, bagages et carburantprécise SpaceX sur son site Internet. Concrètement, il s’agit de trois fusées de types Falcon 9 réunies ensemble qui seront réutilisées. Deux des trois premiers étages, chacun haut de 70 mètres, ont déjà servi et reviendront se poser sur terre à Cap Canaveral. Le troisième, celui du milieu, dont la structure a été renforcée pour résister à la chaleur des deux autres, reviendra sur Terre un peu plus tard.

Ce lanceur a une puissance phénoménale, mais pour quoi faire ?, s’interroge Philippe Berterottière, ancien directeur commercial d’Arianespace, qui y voit un risque potentiel pour la fusée européenne. Comme il est encore trop tôt pour se lancer dans l’exploration spatiale, SpaceX va peut-être, entre-temps, utiliser ce lanceur sur le marché commercial. Du côté d’Arianespace, on considère cependant que ce lanceur semble d’abord destiné aux missions institutionnelles américaines, et peut-être à la constellation de petits satellites que SpaceX veut déployer pour développer l’accès à Internet.

Pour l’instant, la fusée semble surdimensionnée. Dans ses quatre missions connues, dont deux en  2018, figurent des satellites pour la NASA, pour deux opérateurs de télécoms, le saoudien Arabsat et l’américain ViaSat et un vol privé autour de la Lune en  2019. Ces missions n’optimisent pas le remplissage de la fusée, mais elles permettent sa qualification opérationnelle, constate Rachel Villain de la société d’études Euroconsult. Ce lanceur de grande capacité en orbite basse est conçu pour transporter de grosses constellations, dont celle de SpaceX, par exemple, ou du matériel pour construire les éventuelles bases lunaires, insiste-t-elle.

S’interrogeant également sur son utilité, à part pour des missions secrètes de la défense américaine, le directeur des lanceurs au Centre national d’études spatiales, Jean-Marc Astorg, estime que cette fusée arrive peut-être trop tard, coincée entre deux programmes. Car le projet, annoncé en  2011 par Elon Musk, aurait dû aboutir deux ans après. Il a cinq ans de retard. Entre-temps, la firme a augmenté la puissance de son modèle phare Falcon 9 pour l’adapter à la demande du marché. Et pour accélérer la conquête spatiale, SpaceX a dévoilé, en septembre dernier, une ébauche du BFR, pour Big Falcon Rocket, surnommé Big Fucking Rocket (putain de grosse fusée) par le milliardaire. Il s’agit d’une navette capable de se rendre sur la Lune et sur Mars avec des passagers. Premier vol prévu vers 2020 pour cet engin trois fois plus puissant que la Falcon Heavy. Première expédition humaine vers 2025.

Nous revenons au temps des mammouths que nous avions connus dans les années 1960-1970. Nous allons voir si ces gros lanceurs peuvent connaître une deuxième vie, estime M. Astorg, au vu des projets en cours aux Etats-Unis. Car Elon Musk n’est pas le seul à avoir cette folie des grandeurs. Le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, avec sa société Blue Origin, prépare la New Glenn pour placer en orbite des charges lourdes, quand son lanceur sera prêt, dans deux ans.

Et, surtout, la NASA élabore, avec des industriels comme Bœing, le Space Launch System (SLS) pour conquérir la Planète rouge à l’horizon 2030. Je pense fermement que la première personne qui mettra les pieds sur Mars arrivera là-bas grâce à une fusée de Bœingfanfaronnait, en décembre dernier, le patron du groupe aéronautique américain, Dennis Muilenburg sur la chaîne CNBC. Do it (Fais-le ), lui tweetait en retour Elon Musk.

D’où l’importance, pour SpaceX, du lancement de la Falcon Heavy. Si cette réponse à la concurrence est avant tout technologique, elle se veut aussi très symbolique. Le lancement se fera du pas de tir 39A à Cap Canaveral, le site historique des départs des vols Apollo et des navettes. Et c’est de là que la fusée d’Elon Musk, si tout va bien, embarquera, dans un an, ses deux premiers touristes, pour un voyage autour de la Lune.

Dominique Gallois Le Monde du 6 02 2018

16 01 2018                    Par 402 voix contre 232, le parlement européen interdit la pêche électrique, sans aucune dérogation. La pêche aux explosifs, au poison comme la pêche électrique étaient interdits depuis 1998. Mais les Hollandais, grands pratiquants de cette dernière étaient remontés au créneau et étaient donc parvenus à arracher une autorisation, valable pour 5 % de la flotte de pêche de chaque pays. La pêche électrique, cela signifie que les poissons enfouis dans le sol marin, soles, carrelets, couteaux etc… atteintes par la décharge sortent …pour se faire avaler par le filet. Mais les poissons qui ne sont pas visés ont la colonne vertébrale brisée… 70 % de ce qui est pêché est rejeté à la mer, car non vendable… un massacre et un gaspillage honteux.

A l’origine de cette victoire écologiste, l’association Bloom, fondée par Claire Nouvian dont l’allure bien classique cache un tempérament de feu, une missionnaire sans la foi qui, si elle s’est refusée à adopter les choix musclés de Paul Watson – Sea Shepherd Conservation Society – est restée sur le terrain légal, mais avec une volonté d’efficacité qui lui apporte d’indéniables et prestigieuses victoires.

Claire Nouvian garde la pêche

Elle donne rendez-vous dans un café à deux pas du jardin du Luxembourg, à Paris. Ballerines et chemisier sages, visage d’ange, Claire Nouvian a l’apparence d’une mère de famille BCBG à la sortie de la messe. Mauvaise pioche. Dès que la fondatrice de l’ONG Bloom se met à parler, le Christ tombe de sa croix. Voix rauque, gouailleuse, langage fleuri truffé de putain et de j’en ai rien à foutre, tutoiement facile. Elle vous embarque dans un tourbillon d’indignation et de rage. Au terme d’une campagne acharnée, elle a obtenu en 2016 l’interdiction du chalutage en eaux profondes dans l’Union européenne. Ce qui lui a valu d’emporter en avril le prix Goldman, sorte de Nobel de l’environnement. Aujourd’hui, elle ferraille contre la pêche électrique, bannie en Europe en 1998 car destructrice mais rétablie en 2006, officiellement à des fins de recherche scientifique. Et grassement subventionnée, en toute illégalité. Ses armes : pétitions, plaintes contre les Pays-Bas (où 30% des chalutiers sont équipés, au lieu de 5% autorisés). Elle s’anime devant son citron pressé. Les pêcheurs néerlandais ? Une mafia ! Les Pays-Bas ? Le pays le plus corrompu sur la pêche. L’Ifremer, en France ? Coupable d’avoir dissimulé un rapport sur la mortalité des alevins électrocutés. Les grosses ONG environnementales ? Elles dorment, n’emmerdent personne, au contraire les industriels leur filent un chèque.

Claire Nouvian, elle, ne dort pas. Deux ou trois heures par nuit maximum. Elle bosse. Jusqu’à l’effondrement, 7 de tension, plus de goût, d’odorat. Ses proches s’inquiètent. Je sais, c’est pas du tout raisonnable, j’ai même pas le temps de me faire couper les cheveux, je le fais toute seule, là j’ai pas eu le temps de faire le côté droit. Elle montre son profil asymétrique. Ses rares moments libres, elle les consacre à sa fille de 7 ans, à son compagnon banquier qui donne tous ses bonus à des causes et paie le loyer, et à des spectacles de danse contemporaine. D’accord, mais pourquoi les poissons ? Parce qu’ils n’ont aucun défenseur. J’aurais pu prendre n’importe quel autre sujet d’injustice, j’ai une immense admiration pour Oxfam, CCFD-Terre Solidaire, Sherpa, Anticor, les associations spécialisées dans la lutte contre la corruption, mais elles font ça si bien qu’elles n’ont pas besoin de moi. Ceci dit, avec la pêche industrielle, on est aussi au cœur de la corruption, des lobbys qui pèsent sur les décisions publiques contre l’intérêt général et contribuent à mettre en péril le monde. En quelques années, elle a imposé son style. Omniprésente, incontournable, intraitable. C’est un moine soldat, elle est entière, ne pardonne rien,dit son ami Charles Braine, écologiste et ancien patron-pêcheur. Tu la jettes par la porte, elle revient par la fenêtre, la cheminée, et finit par gagner, dit la dessinatrice Pénélope Bagieu, qui la voit comme LE modèle contemporain de femme culottée et l’avait approchée en 2013 pour créer une BD sur le chalutage profond, un immense succès (de la même façon que Terreur Graphique et Capucine Dupuy en livrent une, aujourd’hui, sur la pêche électrique. 

La pasionaria survoltée fascine – Jean-Louis Borloo en était gaga, paraît-il – ou horripile. Claire Nouvian s’est mis à dos une myriade d’ennemis, les trolls téléguidés par les lobbys lui balancent des tombereaux d’insultes. Rien à foutre, personne ne fermera mon clapet, jamais, je préfère mourir que de me taire, balaie-t-elle. Elle cite un proverbe bosniaque : Homme sans ennemis, homme sans valeur. D’où lui vient ce besoin viscéral de combattre l’injustice ? Claire Nouvian louvoie, parle d’abord d’une morale ancrée en elle, celle de son grand-père : Aucun arrangement avec la vérité, avec soi-même. L’aïeul, dont elle a récupéré le tempérament de merde, hyper dur, était gaulliste, contremaître dans une usine de pesticides puis maire de Civaux, dans la Vienne, où il a fait venir la centrale nucléaire. Gamine, elle est trimbalée un peu partout par des parents tout sauf écolos-gauchistes. Bourgeois fêtards. Ses pôles Sud. En Algérie, la famille suit le père, cadre chez Total. Puis, après le divorce, elle suit la mère, dirigeante d’une entreprise de textile à Hongkong. A 10 ans, je pensais que j’étais folle, je détestais l’école. J’ai passé mon enfance à pleurer, je n’ai arrêté que vers 35 ans, après sept ans de psychanalyse.

Claire Nouvian ne pleure plus, mais le mensonge lui donne de l’urticaire et l’égoïsme des ultrariches la met dans une colère noire. Je ne supporte plus leur égocentrisme : Mes enfants, leur réussite, HEC, Polytechnique. Mais qu’est-ce que tu fais pour les autres, toi, à part avoir des maisons de campagne ? Dites Macron, et elle part en vrille. Elle dénonce son double jeu sur la pêche électrique. Il symbolise à ses yeux les élites profondément corrompues. Make our planet great again, super, bravo, maintenant tu peux dire à la FNSEA de rester en place, donner un peu de panache à ta loi alimentation ? Je me fous des discours, le seul truc qui m’intéresse, c’est l’action. Elle estime que Hulot, qui se fait écrabouiller, devrait partir. Comment peut-on être ministre d’un gouvernement qui chasse les migrants, rend aux riches : la honte absolue ! Au premier tour, elle a choisi Mélenchon et blanc au second. Hamon ? Un gland. Pour les européennes, elle vote Verts. Aime les eurodéputés Yannick Jadot (EE-LV) et Younous Omarjee (LFI). Trouve François Ruffin incroyable : C’est le type qui m’inspire le plus en politique. Il est juste, sincère, la probité même.

Parmi les six langues qu’elle parle, figure le russe. Jeune, j’étais fascinée par le communisme, je trouvais ça dingue, cette utopie collective. Après, ça s’est très mal passé. Et on paie tous le prix de cet échec. Le libéralisme s’y est engouffré en nous assénant que l’homme est un loup pour l’homme alors que non, on peut être altruiste, ça dépend juste de l’éducation. Le débit est mitraillette. Claire Nouvian dégage une énergie de centrale nucléaire, mais une centrale avec quelque chose de brisé en son cœur, qui brûle pour ne pas imploser. L’action, le mouvement perpétuel. L’immobilité, c’est l’accident. En lisant Zero Degrees of Empathy (non traduit), du psychologue Simon Baron-Cohen, elle a compris cette fêlure : J’ai une souffrance permanente en moi parce que je suis en empathie extrême. L’égoïsme des gens me dévaste. Leurs centres d’intérêts à la con sur leur baraque, leur nouvelle bagnole, ça m’agresse de nullité. Je sais pas comment ils font, alors que quand des migrants se font buter, ça envahit tout mon espace émotionnel, mes rêves, mes nuits.

Claire Nouvian vit avec des poissons électrocutés dans les yeux, l’évasion fiscale en travers de la gorge, mais aussi Alep et la Ghouta dans le cœur – elle a accueilli un réfugié syrien -, tous les malheurs du monde dans l’âme : Je ne peux même pas en parler. Elle dit avoir enfin trouvé la source de cette hypersensibilité : enfant surdouée, non détectée, elle a dû composer avec des difficultés émotionnelles colossales. Sans l’aide de parents space. Elle a toujours besoin d’une béquille esthétique, philo – elle se définit comme kantienne -, Pina Bausch, peinture, Beethoven, Schubert, Saint-Saëns… Elle a aussi saisi pourquoi elle était profondément dark en lisant Günther Anders, le penseur du globocide nucléaireQuand on est cultivé, on est désespéré. Est-ce que ça doit nous empêcher d’agir ? Bien sûr que non ! Au contraire, plus on est pessimiste, plus on a envie de se battre. Et de s’engager en politique ? Aucune envie. Sauf si Ruffin se présente !» L’entretien s’achève. Claire Nouvian court travailler. Elle sourit pour la photo. On retrouve la mère de famille BCBG. Pourquoi cette allure, au fait ? Au début, j’arrivais à enfumer les bourgeois avec ça, mais ça marche plus, se marre-t-elle. Non, en fait, c’est que j’en ai rien à foutre du look. Je mets toujours la même tenue, parce que ça ne me prend aucun temps. J’ai lu que Barack Obama faisait pareil.

Coralie Schaub           Libération du 26 juin 2018

25 01 2018                     Le chantier naval HHIC, à Hanjin, aux Philippines livre à la CMA-CGM le plus grand porte container du monde : Antoine de Saint Exupery. 400 mètres de long, 59 de large, à même de charger 20 600 conteneurs, moteurs encore au diesel, les générations suivantes seront au GPL. De quoi nous inonder encore plus vite, avec une productivité augmentée, de produits d’Extrême Orient, fabriqués par des gens payés au lance-pierres.

Le plus grand porte-conteneurs au monde battant pavillon ...

17 02 2018                  La Tchèque Ester Ledecka est venue aux J.O d’hiver de Pyeongchang avec l’intention de gagner l’épreuve de snowboard, ce qu’elle fera. Mais elle aime bien courir deux lièvres à la fois, ce que tout le monde lui déconseille et elle s’inscrit pour le super G de ski alpin. Là, elle n’a pas vraiment d’ambition pas plus que de préparation, au point qu’elle emprunte des skis. Elle part avec le dossard 23 … et gagne d’un petit centième la course.

Dans l’ère d’arrivée, elle va rester de très longues secondes scotchée, perdue face au tableau d’affichage des temps, se disant : c’est pas possible, c’est une erreur de chronométrage,  comme un voyageur qui s’aperçoit à l’arrivée qu’il s’est trompé de train et qu’il n’est pas dans la gare qu’il avait demandé : il va falloir qu’un officiel vienne lui dire qu’elle a le meilleur temps pour qu’un sourire s’esquisse, bien lentement, tant est difficile à assimiler la nouvelle : je vais très probablement être médaillée d’or du super G des J.O. [pour en être certain, il faut attendre la fin de la course, mais il est extrêmement rare qu’un concurrent gagne une course avec un dossard aussi éloigné du premier, sauf refroidissement brutal qui rend la neige plus glissante : déjà avec le dossard 23, on sait que les 15 meilleurs mondiaux sont déjà passés.]

On verra la grimace de la belle Anna Fenninger qui s’était vue un peu trop vite sur la plus haute marche du podium, on verra la déconvenue du fabricant des skis (empruntés) d’Ester, qui ne songera pas une seconde à bien les montrer aux caméras, on écoutera avec joie Sofia Goggia, en or pour la descente, rappeler les fondamentaux : c’est ça , les Jeux.

1 03 2018                    Emmanuel Macron offre une soirée culturelle à l’Elysée où il se met lui-même en scène en étant la voix de Pierre et le Loup de Prokofiev. Soirée un tiers mondiste, deux tiers mondaine. Louis XIV s’était essayé au genre, mais aussi Néron, avec leurs Ego surdimensionnés, ne pouvant réjouir que flagorneurs et courtisans … Grotesque.

15 03 2018                Stephen Hawkins nous quitte. L’une de ses dernières déclarations publiques aura été : J’ai une compréhension des trous noirs plutôt satisfaisante. Je me sens bien à l’aise avec les mathématiques ; mais le Brexit, alors là, je n’y comprends rien du tout ! 

Toutes les époques traînent leur lot de tabous, et si personne ne prétend parvenir à comprendre cette folle décision, c’est que personne n’accepte de dire haut et fort à quel degré de médiocrité intellectuelle, à quelle impardonnable démagogie et grossièreté mensongère est parvenue une bonne partie de la presse écrite anglaise, qui fait son miel d’être une presse de caniveau : fake news à longueur de pages, affirmations intempestives jamais étayées d’arguments un peu solides, mensonges éhontés… défaite totale de la raison et de l’honnêteté. Les Anglais l’auront payé cher, très cher leur sacro-sainte liberté de la presse.

23 03 2018                    Un héros. Pour libérer une femme otage d’un terroriste, il s’est proposé en échange et l’a payé de sa vie. Cela s’est passé à Trèbes, près de Carcassonne. Et même s’il a agi en free lance, hors hiérarchie, cela n’enlève rien à son geste.

Arnaud Beltrame, à l'époque où il était commandant la compagnie de gendarmerie d’Avranches, en mars 2013.

Arnaud Beltrame, lieutenant colonel de gendarmerie, marié, sans enfants.

2 04 2018                           Abiy Ahmed est nommé premier ministre de l’Ethiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique avec 108 millions d’habitants. C’est un Oromos, l’ethnie majoritaire du pays, pour la première fois au pouvoir. Il est chrétien protestant. Il va mener tambour battant toute une série de réformes en commençant par faire la paix avec le front national de libération de l’Ogaden, mettant ainsi fin à une interminable guerre vieille de 34 ans, puis avec l’Érythrée qui, 1998 à 2000, a fait plus de 80 000 morts . Il va s’entendre avec l’Egypte sur l’épineuse gestion des eaux du Nil bleu, quand l’Ethiopie construit un très important  barrage proche de la frontière Égyptienne. Il va assurer une parité rigoureuse dans la composition de son gouvernement. Il va mettre fin aux trop nombreux monopoles d’Etat sur des secteurs entiers de l’économie, il va rayer des listes d’organisations terroristes les partis d’opposition, il va libérer de prison les opposants politiques. Ce sont des rafales de vent nouveau, frais et bienfaisant qui soufflent sur ce pays.

Ethiopia Prime Minister Abiy Ahmed receives global ...

6 04 2018                           Un collier de 50 km sur la rivière des Perles, à Hong-Kong ; c’est pas chinois, direz-vous ? Mais si, mais si, c’est chinois.

Le pont relie l’île de Lantau, sur laquelle se trouve l’aéroport de Hong Kong, à Macao et Zhuhai, ville continentale de la province du Guandong, en Chine.

18 04 2018                                    Quand le président français Emmanuel Macron, se fait corriger au parlement européen par l’eurodéputé Belge Philippe Lamberts, représentant des Verts.

27 04 2018                Il va bien falloir que l’occident s’accoutume à des événements de portée mondiale, bien loin de ses centres de décision : ainsi de cette rencontre, la troisième du genre [les deux premiers sommets inter coréens, en 2000 et 2007, n’avaient pas été suivis d’effet] entre les dirigeants de la Corée du Sud Moon Jae-in, et de la Corée du Nord Kim Jong-un sur la ligne de démarcation militaire. Il y aura suite si les deux Corées parviennent sur le nucléaire à un accord qui ait l’aval des Etats-Unis. Signe de bon augure : la suspension le jour de cette rencontre des exercices militaires américano-sud-coréens commencés le 1er  avril, toujours mal perçus de la Corée du Nord.

1 05 2018                     Défilés habituels du 1° mai, avec l’habituel encadrement de forces de sécurité pour contenir les éventuels débordements ; mais, et on ne le saura que près de trois mois plus tard, s’est glissé au sein des CRS Alexandre Benalla, conseiller sécurité d’Emmanuel Macron à l’Elysée, qui ne parvient pas à réprimer l’envie d’en découdre et de jouer les Tontons Macoute en allant tabasser des manifestants. Ça va faire du bruit dans le Landerneau ! La bronca tant parlementaire que médiatique transformeront le 19 juillet la mise à pied de 15 jours en licenciement sec et en mise en examen, où il aura à ses côtés son collègue Vincent Crase, porteur d’une arme ce jour-là, quand il n’avait pas de permis de port d’arme. 

Le 24 mai, soit près de trois semaines après sa mise à pied de 15 jours, il reçoit son second passeport diplomatique valable jusqu’au 19 septembre 2022. Il avait reçu le premier le 20 septembre 2017. Pourquoi 2 passeports ? Certains pays refusent l’entrée aux titulaires d’un passeport qui montre qu’il est allé dans un pays ennemi. D’où, cette pratique courante. Suit une partie de prestidigitation dans laquelle les passeports disparaissent, puis réapparaissent, le tout avec la complicité tacite d’une administration et d’une commission sénatoriale qui se couvrent de ridicule, avec une incompétence que l’on croyait réservée aux pieds nickelés. Il semblerait bien en fait qu’il les ait fait récupérer par un pote qui les aurait mis en lieu sûr avant de les lui remettre. Qui tire les ficelles ? Qui protège Benalla ?

8 05 2018                    Les Etats-Unis se retirent de l’accord nucléaire avec l’Iran signé en 2015. La suprématie du $ dans le monde est telle que les sanctions qui suivent ce retrait vont paralyser toute l’économie du pays : toute transaction importante, quels qu’en soient les protagonistes doit à un moment donné recevoir l’accord des autorités américaines. Les Etats-Unis vont mettre à genou l’Iran, sans même tirer un coup de feu ! Maudits soient les Etats-Unis.

La fin des liaisons d’Air France vers Téhéran, ce 18 septembre, ajoute la compagnie aérienne française à la liste des groupes occidentaux (Total, Daimler, British Airways, Peugeot, Renault…) qui, trop exposés aux Etats-Unis, ont préféré éviter les foudres de Washington.

Le 4 novembre entrera en vigueur le second volet des sanctions américaines visant la vente du pétrole iranien. Le premier volet comprend, depuis le 6 août, des blocages sur les transactions financières et les importations de matières premières, ainsi que des mesures pénalisantes sur les achats dans le secteur automobile et l’aviation commerciale.

Malgré les déclarations du président iranien, Hassan Rohani, assurant que la crise sur le marché de devises est résolue, la monnaie iranienne, le rial, ne cesse de dégringoler face au dollar. Ce 16 septembre, le billet vert s’achetait à 143 000 rials contre 40 000 en février, soit une dépréciation de 72 %.

Bien que les bureaux de change aient reçu, début août et après quatre mois d’arrêt, la permission de reprendre leurs activités, ils refusent encore aujourd’hui de vendre dollars et euros, obligeant les Iraniens à aller se fournir auprès des marchands de rue illégaux qui demandent beaucoup plus que le taux pratiqué sur le marché officiel.

Pour enrayer la chute du rial, le président Rohani a d’abord imposé un taux fixe de 1 dollar pour 42 000 rials iraniens, alors que le billet vert s’achetait et se vendait beaucoup plus cher sur le marché noir. Ainsi, pendant quatre mois, seuls certains importateurs de produits de première nécessité pouvaient bénéficier de ces dollars  gouvernementaux. Or cette mesure, annulée début août, a donné lieu à des cas d’abus et de corruption, attisant la colère de la population.

L’instabilité sur le marché des devises, conjuguée aux sanctions américaines, pénalise des pans entiers de l’économie. D’après les sources officielles, la production d’automobiles a diminué de 38 % entre le 23 juillet et le 22 août. Le secteur de la restauration connaît une baisse de 40 %. Et le pouvoir d’achat des ouvriers aurait baissé de 70 %, affirment certains économistes.

Selon les chiffres de la Banque centrale iranienne, l’inflation a atteint 18 % en août en rythme annuel, contre 8 % il y a un an. Tous les prix ont augmenté, notamment ceux des produits alimentaires.

A cause de l’envolée du prix des produits que nous utilisons, nous avons été obligés d’augmenter de 44 % nos tarifs depuis le mois de mars, explique Pedram qui produit des salades en barquette, à Téhéran. Dans ce contexte, les gens mangent beaucoup moins dehors. Disons que nous ne faisons plus de bénéfices. Et si auparavant cet Iranien de 37 ans envisageait de chercher des financeurs européens afin de développer son business, il a désormais laissé tomber cette illusion. Aujourd’hui, je sais que je mettrai les clés sous la porte si le dollar atteint les 200 000 rials, glisse-t-il.

Face à cette situation, Téhéran a, fin août, dénoncé l’étranglement de son économie par Washington devant la Cour internationale de justice (CIJ), où ce pays de 80 millions d’habitants a engagé une procédure visant à enjoindre aux Etats-Unis de suspendre leur embargo.

Ghazal Golshiri (Téhéran, correspondance) Le Monde 17 09 2018

14 05 2018                Les Israéliens fêtent à Jérusalem la nouvelle ambassade américaine, déménagée de Tel-Aviv sur ordre de Donald Trump. Les Palestiniens de Gaza se révoltent ; Israël réprime : 59 morts, plus de 2 400 blessés. Un odieux carnage.

22 05 2018          Emmanuel Macron enterre le plan Borloo, pour n’en retenir que des miettes. Jean-Louis Borloo, c’est un avocat qui a été ministre de la Ville sous Sarkozy. A la demande du gouvernement, il a travaillé plusieurs mois avec des centaines de responsables locaux pour élaborer ce plan qui a l’ambition de mettre plus de liberté, d’égalité et de fraternité au sein du quotidien des habitants de ces banlieues. Cela donne un document de 160 pages, évacué d’une pichenette par le président de la République : Deux mâles blancs qui ne vivent pas dans les banlieues se remettent un rapport sur les banlieues : ça ne marche plus comme ça. Un mépris pareil pour le travail demandé, aucun des précédents présidents de la République n’avait osé le formuler avec cette arrogance… elle pèsera lourd dans la haine d’Emmanuel Macron qui s’exprimera au sein des Gilets Jaunes, six mois plus tard.

27 05 2018                    Sergio Mattarella, président de la République italienne use de son droit de réfuter la formation d’ un gouvernement en lequel il verrait un grave danger pour le pays, et Giuseppe Conte, le premier ministre désigné quatre jours plus tôt, à l’issue des élections qui ont vu une majorité se former autour de la Ligue de Matteo Salvini et du M5S de Luigi di Maio, doit démissionner. La démagogie est allé loin au-delà des limites permises, et le président ne veut pas voir son pays prendre le chemin de la Grèce. En attendant de nouvelle élections, les mois à venir s’annoncent pour le moins chahutés, et Carlo Cottarelli, le nouveau président du Conseil nommé par le président de la République, va avoir bien du mal à tenir la barre. Le populisme des deux partis majoritaires va-t-il se satisfaire de sa politique, même s’il n’est là que pour expédier les affaires courantes ? Mais l’Italie n’a pas fini de nous surprendre, car le 31 mai, Giuseppe Conte sera de retour, avec un autre ministre de l’économie plus eurocompatible… e la nave va. 

Quelques jours plus tard, Emmanuel Macron dira quelques insanités concernant l’Italie sur le sujet de l’immigration, la taxant de cynisme, d’irresponsabilité quand l’Italie est le pays qui s’est engagé le plus à fond sur cette question. Le boomerang lui reviendra dans la figure, mais, trop tard : what’s done is done.

L’homme met deux ans pour apprendre à parler, puis cinquante ans pour apprendre à se taire, disait Ernest Hemingway, qui ainsi, confirme qu’Emmanuel Macron n’a pas encore cinquante ans !

Cher Manu,

Ou plutôt très cher Manu, si on considère la folle montée des enchères qui accompagne votre mandat, au point que le gel des aides personnalisées au logement (APL), après la ristourne de 5 euros, a un côté tirelire en céramique rose comparé aux cadeaux somptueux offerts aux puissants. En même temps, on a compris que 5  euros, c’était du pognon (en gros, l’argent que les enfants économisent pour la fête des mères), et que les cadeaux fiscaux, les dividendes, les salaires pharaoniques, c’est de l’investissement, du ruissellement, comme le bouquet final du feu d’artifice du 14 Juillet, quand des ombelles étincelantes se déversent au-dessus des campeurs ébahis qui resteront un jour de moins, parce que d’année en année le budget vacances est de plus en serré. Du moins pour ceux qui ont encore la chance de partir.

Sémantiquement, pognonfait vieux, plus du tout utilisé, mais c’est sans doute voulu, puisque tout est passé au pressoir de votre propagande. Que les aides aux démunis coûtent du blé, une blinde ou un bras, les démunis, ça risquait de leur parler. Ce n’était donc pas à eux que le message s’adressait. En langage crypté, pognon vise directement les nantis, qui ont toujours, sémantiquement, un train de retard quand ils se la jouent peuple. Un peu comme ce candidat à la présidentielle qui allait toujours faire ses courses à Prisunic. Et même à Prisu, s’il s’était vraiment lâché. Ce qui lui a coûté votre place. Ce sont les mêmes, nantis, vieux et bien-pensants, tous honnêtes gens, c’est-à-dire gens de grands biens, qui, au nom des valeurs (sonnantes et trébuchantes), refusaient jadis catégoriquement toute idée d’impôt sur le revenu, qu’ils considéraient comme un  vol de la propriété le secret des fortunes violé, s’étranglait l’ignoble Thiers -, et qui trouvent aujourd’hui insupportable, inconcevable, inenvisageable, et pour tout dire scandaleux, d’aider leur prochain sous prétexte que tous ces assistés ne seraient pas fichus de se débrouiller par eux-mêmes. C’est la grande loi naturelle du monde, que chacun soit récompensé selon son mérite. Celui de vos commanditaires est-il grand d’être nés pour la plupart une cuillère dorée dans la bouche ? De plus, on ne voit pas en quoi il y aurait du mérite à avoir du mérite. Le méritant ne peut que se féliciter de sa chance d’être méritant. Ce qui ne l’autorise en rien.

Mais revenons au prochain, le terme devrait vous sensibiliser. Vous avez dû l’entendre à la Providence. On le rencontre, souvenez-vous, dans l’Evangile. Il renvoie au proche, à celui qui est là, qui souffre tout à côté. Et normalement, si on lit bien le Texte qui fonde la chrétienté, si on veille à le respecter à la lettre, on ne laisse pas le démuni dans la rue, ni le migrant sur son radeau percé. C’est le B.A. BA, même pas à discuter.

Cette cécité, destinée à ne rien voir de ce qui ronge le cœur et l’esprit, on la trouve pour mémoire chez Matthieu et Marc, qui rapportaient les paroles de leur étrange ami, et déjà Esaïe la dénonçait. A croire que c’est une constante chez les riches. L’argent rend aveugle. Et si ceux-là, par un geste inconsidéré d’humanité, en venaient à mettre la main à la poche, pour éviter tout dérapage charitable, on a créé dans les paradis fiscaux des poches étanches, hermétiques au salut collectif par la redistribution, en confiant à des algorithmes sans pitié le soin de brouiller les cartes.

Dans le dispositif ségrégationniste qui se déploie en direct sous nos yeux, les algorithmes et les logiciels sont une pièce essentielle. Ce sont eux qui avec la volonté des élites sont en train de couper le peuple en deux. D’un côté, selon votre adage dit de la gare du Nord, ceux qui réussissent s’entendent à faire de l’argent et parlent nécessairement la langue des GAFA, et de l’autre, les perdants de la vie qui ne comprennent rien à cette novlangue numérique et ne parlent que le jargon des fins de mois où il manque toujours de quoi.

Il suffit de suivre le parcours du combattant d’une réclamation par téléphone, où jamais on n’entend d’autres voix que synthétiques nous demandant inlassablement d’appuyer sur la touche étoile, ou de remplir n’importe quelle fiche sur Internet où, de code secret en mots de passe, on en vient de guerre lasse à renoncer, pour comprendre qu’on n’est pas souhaité dans ce Dark World 2.0. Le couperet tombe là. Impitoyable. L’avantage, c’est que la machine à exclure fonctionne sans qu’on ait besoin d’agents pour faire le tri, de lampistes derrière un guichet recevant à longueur de journée les doléances. Elle ne sélectionne que les esprits valides. Entendre rentables, solvables.

Au besoin, elle se charge d’une partition plus fine, et par étages, de votre société idéale au moment de payer les impôts : en liquide jusqu’à 300 euros, par chèque jusqu’à 1 000 euros, et au-delà par carte bancaire. Ce qui dessine assez bien le paysage désiré par les possédants. La carte bancaire étant la voie royale à la démonétisation qui concentrera tout l’argent du monde dans les coffres virtuels enfouis dans le permafrost de Visa et d’American Express. Comme dans la recette de César remplissant doctement son verre sur le zinc, il y a bien sûr un quatrième tiers, mais celui-là, on n’en parle même pas, c’est le quatrième tiers de la misère, sans carte bancaire et parfois sans papiers, qui est un mix de quart et de tiers-monde. Le monde des non-imposables, composé des laissés-pour-compte – de tout compte. Pour eux, on inventera un revenu universel à bas prix, à petites goulées d’oxygène, pour les maintenir tout juste en vie sans qu’ils perturbent vos manigances d’oligarques. Mais la misère, visiblement, vous retient peu, obnubilé que vous êtes par vos amis abonnés au magazine Forbes. Et de grâce, épargnez-nous la parade giscardienne indignée sur le monopole du cœur – qu’on se rappelle le cœur de Giscard dans son reliquaire de diamants.

Tellement peu votre affaire, les difficultés à vivre et à survivre du plus grand nombre, que les humbles en font cruellement l’expérience chaque fois que vous descendez de votre trône de parvenu docile aux puissances d’argent. A peine un pied sur le parvis du peuple vous souffletez les illettrées des abattoirs de Bretagne, les ouvriers incapables de se payer des costards, les infirmières toujours à se lamenter d’empiler les heures. Il est évident que, dans ce cas, on ne peut exiger de vous que vous penchiez votre légendaire compassion sur la terre et les animaux.

Les animaux continueront ainsi à être maltraités avant d’être abattus sans anesthésie, les poussins mâles d’être jetés vivants à la broyeuse, la terre d’être abreuvée de glyphosate et autres substances assassines, qui engraissent les profits de Bayer et de Monsanto, et on demandera à Total et à l’huile de palme d’assurer la transition énergétique. Quel besoin d’un plan B pour la terre aussi longtemps que le plan A permet de gaver vos amis jusqu’à en crever. C’est bien sûr sa limite, mais comme Philippulus, le prophète fou de L’Etoile mystérieuse, vous serez célèbre pour avoir anticipé et accéléré la fin du monde. Il convient, sur ce point, d’accorder une mention spéciale à votre pathétique supplétif, préposé à la préservation des espaces, des espèces et du climat. On en fait le champion du monde des avaleurs de couleuvres. Ce qui est beaucoup lui accorder. Il n’a pas d’estomac.

Et maintenant, c’est la jeunesse que vous sermonnez, avec votre mentalité de pion de dortoir. La jeunesse s’en prendrait à votre olympique fonction. Laquelle jeunesse, si elle ne se conduit pas bien, n’aura pas ce beau costume qui est pour vous le mètre étalon de la réussite. Et qu’est-ce qui nous vaut ce courroux jupitérien ? La jeunesse vous aurait appelé Manu. Ce qui est tendre, si vous vous rappelez la chanson de Renaud. Eh déconne pas Manu, c’t’à moi qu’tu fais d’la peine. Ce qui est objectivement vrai. Mais ce qui dénote pour vous, cette vérité, un manque de respect. Au passage, il ne vous fait rien de stigmatiser un jeune garçon et de le jeter en pâture pour alimenter votre propagande narcissique. Encore une démonstration de pure charité.

Réfléchissez cependant. Il est possible que le respect que vous exigez, il vous reviendrait au contraire de l’exercer vis-à-vis de ceux qui vous ont mis à cette place et qui attendaient que vous respectiez votre parole. Car si on s’en tient à l’idée que vous vous faites de la représentation, et à l’image que vous en donnez, la fonction n’est rien d’autre que ce portemanteau qui vous suit partout et a du mal à s’ajuster à vos épaules. Rappelez-vous : Y a comme un défaut. Vous devez connaître, c’est un truc de vieux : Fernand Raynaud faisant remarquer à son tailleur que son  costume, qui plisse de tous côtés, ne va décidément pas.

L’été arrive, c’est le moment de tomber la veste. On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste. Encore un truc de vieux. L’An 01, cette fois. Un conseil pratique que vous auriez pu donner au jeune homme pour le jour où il voudra faire la révolution. Ce qui laisse des ouvertures. Il n’est pas inutile de rêver. Les rêves sont des programmes, cher Manu.

Signé : Jeannot

Jean Rouaud     Le Monde du 26 juin 2018

1 07 2018                         Simone Weil et son mari entrent au Panthéon :

Comment aurait réagi Simone Veil en découvrant l’immense photo de son visage et celui de son mari tendue entre deux colonnes du Panthéon ? Et qu’aurait-elle dit en observant la foule de Parisiens, toutes générations confondues, rassemblée sur le passage de leurs deux cercueils portés par des gardes républicains et applaudissant, fervente, souvent les larmes aux yeux ?

Aurait-elle songé à son père, André Jacob, républicain, laïque et patriote, ancien combattant et prisonnier de la Grande Guerre, si confiant dans la France, si amoureux de son pays, mais jamais revenu d’un convoi de déportés parti en avril  1944 vers la Lituanie ? Aurait-elle pensé à Yvonne, sa mère tant aimée, qui, morte en avril  1945 au camp de Bergen-Belsen, n’a cessé de la porter, de l’inspirer, et demeurait  » le personnage le plus important de – sa – vie  » ? Aurait-elle souri, remarquant que la fameuse phrase Aux grands hommes la patrie reconnaissante, gravée en  1791 sur le fronton du bâtiment, était inappropriée, et la République – qui n’avait point songé à la modifier – décidément incorrigible et intrinsèquement machiste ?

Les proches de Simone Veil se perdaient en conjectures, ce dimanche 1er juillet, sur ce qu’aurait pensé de l’événement l’héroïne consacrée par la nation. Mais s’ils étaient heureux, fiers, émus, tous exprimaient à la fois fascination et sidération devant la force de cette évidence – l’ancienne ministre et présidente du Parlement européen méritait allègrement cet honneur – et son extravagance, étant donné les débuts de son histoire personnelle. La machine nazie avait tout mis en place pour l’anéantir et la réduire en cendres. La voici héroïne, célébrée, vénérée. Elle a connu l’enfer… et elle finit au Panthéon. Quelle histoire !, s’extasiait le docteur Marc Strauss, ami de la famille.

Oui, quelle histoire !, disaient en écho Nicolas Sarkozy et François Hollande, arrivés l’un après l’autre et usant presque des mêmes mots, comme les ministres ou anciens ministres, nombreux à la cérémonie, souvent à court de mots, si ce n’est modèle, pionnière, héroïne. Quelle histoire !, reprenaient aussi les jeunes des différentes écoles, invités par l’Elysée à suivre la cérémonie aux toutes premières loges parce qu’ils avaient travaillé cette année sur le personnage et l’œuvre de Simone Veil. Quelle histoire !, murmurait Marceline Loridan-Ivens, l’amie, la complice, la confidente de Simone Veil, si frêle et si vivante, les yeux perdus dans ses souvenirs d’Auschwitz… Comment ne pas être stupéfaits et fiers ? Une fille de Birkenau entre dans la maison la plus illustre de France. Elle nous honore toutes !  » Toutes ?  » Nous tous, les déportés juifs. Et nous toutes, les femmes ! 

Deux des sœurs d’Antoine Veil – Lise et Mylène, également ancienne déportée – se tenaient à ses côtés, pareillement médusées, la troisième sœur, Jeannine, 98 ans, ayant craint d’être fatiguée ou trop émue par l’événement et le souvenir si fort de son petit frère Antoine… Sans doute avait-elle eu raison. Le ciel était aussi bleu que l’immense tapis conduisant au Panthéon et rappelant la couleur de l’Europe comme symbole de la paix. Mais la chaleur était torride, et les visages ruisselaient sous la tente de plastique transparent.

C’est du Mémorial de la Shoah, où avaient été exposés pendant deux jours les deux cercueils du couple, qu’était parti, vers 10 h 30, le cortège, escorté par quinze motocyclistes de la garde républicaine. Sur son parcours, des hommes, des femmes, portant drapeaux, photos, dessins à l’effigie de Simone Veil, souvent appelée uniquement par son prénom. Mais c’est au point d’arrivée du convoi, au bas de la rue Soufflot, que la foule était massive, la place du Panthéon étant interdite au public. Portés par des gardes républicains, les deux cercueils ont alors remonté lentement, parallèlement, la rue moquettée de bleu, marquant trois arrêts symboliques et passant devant 21 panneaux évoquant la vie de Simone Veil : l’adolescence sous l’Occupation ; la déportation et le matricule 78651, qui fut tatoué sur son bras à l’arrivée à Auschwitz et qu’elle fera graver plus tard sur son épée d’académicienne ; sa carrière de magistrate, son action comme ministre de la santé, son engagement dans l’Europe, sa défense des Justes de France…

A chaque arrêt correspondait un court extrait d’un documentaire sur Simone Veil réalisé par David Teboul, et sa voix claire, distinguée, résonnait. Chacun tendait l’oreille. Elle était là. Engagée, concentrée, ardente. Comme on l’avait connue. Si sincère. Si sérieuse. Et ses fils, qui attendaient plus haut, face au Panthéon, entourés de leurs épouses, enfants, petits-enfants, ont chacun fermé les yeux. Un honneur, oui, bien sûr. Mais une épreuve aussi, cette résurgence du cercueil de leurs deux parents, et cette voix, audible dans tout le quartier. Dans le public, comme parmi les invités, des larmes ont coulé. Le violoncelle de Sonia Wieder-Atherton et un quintette de cordes continuaient de rythmer la cérémonie, interprétant, entre autres, une splendide Ode à la joie, de Beethoven, chanté également par la Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique. Et puis, sur les marches du Panthéon, de jeunes choristes ont entonné Nuit et Brouillard, de Jean Ferrat, interprété et dansé en langage des signes. Moment miraculeux et bouleversant tandis que les cercueils, doucement, remontaient vers la place, sous des applaudissements de plus en plus nourris.

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent (…) lls n’arrivaient pas tous à la fin du voyage, Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux, Ils essaient d’oublier, étonnés qu’à leur âge, Les veines de leurs bras soient devenues si bleues… 

Le président Macron a alors pris la parole sur le parvis du bâtiment, affirmant, en préambule, que la décision de faire entrer Simone Veil ainsi que son époux au Panthéon ne fut ni la sienne ni celle de leur famille, mais celle de tous les Français. Car la France aime Simone Veil. Il ne fallait donc pas attendre que passent les générations comme nous en avions pris l’habitude « afin que  » ses combats, sa dignité, son espérance restent une boussole dans les temps troublés que nous traversons. Et d’énumérer, en rappelant les points marquants de sa vie, ce qui la rapproche des quatre grands personnages qu’elle rejoindra dans le sixième caveau : René Cassin, Jean Moulin, Jean Monnet et André Malraux, insistant sur ce que furent ses combats essentiels : la justice pour les femmes, toutes les femmes ; la bataille pour la paix, pour l’Europe par réalisme, non par idéalisme ; par expérience, non par idéologie ; par lucidité, non par naïveté ; la foi dans la civilisation, avec la conviction que la culture grandit l’homme et l’éclaire sur son destin ; la défense d’une certaine idée de la France et la reconnaissance des Justes. Il finit par s’adresser à elle : Puissent vos combats continuer à couler dans nos veines, à inspirer notre jeunesse et à unir le peuple de France. Puissions-nous nous montrer dignes des risques que vous avez pris et des chemins que vous avez tracés.

Après que Barbara Hendricks a chanté la Marseillaise, les deux cercueils suivis par le président et son épouse, et toute la famille du couple Veil, sont alors entrés dans la nef du Panthéon. Le public a continué d’applaudir, longuement, avec ferveur, convaincu que Simone Veil entraînait avec elle, dans le somptueux édifice  » des héros français « , une foule d’inconnus. Le convoi 71 dont elle fit partie et tant de juifs, exterminés, gazés, brûlés dans les camps d’extermination nazis. Des femmes aussi. Des femmes de toutes sortes, des combattantes ou des victimes dont elle n’a eu de cesse de dénoncer le sort. Des femmes qui, si nombreuses, ont vu en elle une force, un exemple, qui leur ont fait relever la tête et qui partagent aujourd’hui, anonymement, une parcelle de sa gloire.

Annick Cojean      Le Monde du 1° juillet 2018

11 07 2018                                   Nous regardons bien sûr la Chine, mais probablement sans avoir pris conscience que la réciproque est encore beaucoup plus certaine, jusque sur Internet :

Grâce à une stratégie en apparence suicidaire, Alibaba a produit en une seule année plus de profits qu’Amazon dans toute son histoire. En voyant à plus long terme, le géant de l’Internet chinois a évité de tomber dans le même piège qu’Amazon face à Google, un piège qui coûtera peut-être à la société de Jeff Bezos la victoire finale. Mais l’on ne va pas apprendre au fondateur d’Alibaba, Jack Ma, qui est Sun Tzu. Non seulement le patron du géant de l’e-commerce chinois a lu L’Art de la guerre, le premier traité de stratégie connu, mais il le met aussi brillamment en pratique.

Comme presque toutes les start-up à leurs débuts, Alibaba a cherché à développer du trafic sur son site, espérant ensuite convertir ses visiteurs en clients. La stratégie aurait été de tout faire pour être le mieux référencé possible, afin de figurer en tête dans les résultats de recherche de Baidu, le plus gros des moteurs de recherche chinois.

Mais à la surprise générale, Jack Ma et ses équipes ont pris une décision contre-intuitive : bloquer Baidu et l’empêcher de référencer les pages du site Alibaba. Une décision qui apparaissait comme folle, puisqu’elle coupait Alibaba d’un gigantesque vivier de clients potentiels.

En fait, Alibaba a su voir à long terme. Loin de penser qu’il gagnerait de l’argent uniquement en vendant des produits sur un site d’e-commerce, son fondateur a très tôt compris qu’il pourrait monétiser le trafic de son site. En bloquant Baidu, Alibaba a en réalité créé les conditions pour que les marques désireuses de toucher des clients prêts à acheter en ligne insèrent leurs publicités chez Alibaba, là où les clients se trouvent. S’il avait laissé Baidu référencer ses pages, Jack Ma aurait laissé Baidu faire ce que Google fait aujourd’hui à Amazon : capter les clients d’Amazon pour mieux vendre de la publicité aux marques. Aujourd’hui, celles-ci passent essentiellement par Google pour toucher les clients désireux d’acheter en ligne, sur Amazon et ailleurs.

La stratégie d’Alibaba a parfaitement fonctionné. Aujourd’hui, Google et Amazon se livrent une véritable bataille aux Etats-Unis pour être le moteur de recherche de référence concernant les requêtes relatives à l’achat en ligne. Amazon pèse plus de 40  % de ces recherches et gagne peu à peu du terrain sur Google dans cette catégorie. En Chine, Alibaba a supplanté Baidu en devenant le leader incontesté, non seulement de l’e-commerce, mais aussi de l’Internet chinois.

Revenons à présent à la rivalité grandissante entre les deux géants mondiaux de l’e-commerce : Amazon et Alibaba. Imaginons qu’Amazon décide de se lancer en Chine. Une option que la société de Seattle a certainement envisagée un jour, avant de se casser les dents (comme Google, d’ailleurs) sur un Etat chinois bloquant les entreprises étrangères afin de protéger les siennes. Alibaba devrait rester maître du jeu chez lui, tout en ayant écarté le danger local que représentait Baidu. Poursuivons en gageant qu’Alibaba décidera tôt ou tard d’étendre son empire au-delà des frontières chinoises. Il affrontera alors un adversaire affaibli, Amazon, puisque lui-même déjà aux prises avec un autre ennemi de taille, Google.

La morale de cette histoire est toute -confucéenne. Nous croyons regarder la Chine alors qu’en réalité, c’est elle qui nous observe. Nos champs de bataille, encombrés de stratégies de conquêtes encore pleines de réflexes hérités tantôt de Carl von Clausewitz (1780-1831), l’auteur du fameux traité De la guerre, tantôt de Halford John Mackinder (1861-1947), le père fondateur de la géopolitique, nous font oublier que la poussière qui s’en dégage occulte la suite des événements : l’ennemi de demain ne sera pas nécessairement celui d’aujourd’hui.

Bertrand Jouvenot       Le Monde du 11 juillet 2018

15 07 2018                             « Les Bleus » finissent le mondial de foot en vainqueurs : c’est la deuxième fois, après la victoire mémorable de 1998 : 4 à 2 contre la Croatie. Le Croate Mario Mandzukic aura marqué deux buts : un contre son camp, un autre pour. Les Croates ont eu le ballon beaucoup plus longtemps que les Bleus, ils les ont balladés pendant 90 minutes, mais ces derniers ont été plus réalistes et, l’espace de quelques instants, ont pu laisser parler le talent des Mbappé, Griezmann, Pogba et surtout celui de Didier Deschamps, fils d’Aimé Jacquet, sans charisme mais stratège génial, qui a eu l’audace de constituer l’équipe la plus jeune de ce mondial.

« Hernandez, Griezmann, Pogba n’ont jamais joué avec des clubs professionnels en France, Varane est parti pour Madrid à l’âge de 18 ans, Dembélé pour Dortmund à 19 ans » (Photo: Griezmann, Pogba et Mbappé, le 15 juillet, après la finale de la Coupe du monde de football).

Griezmann, Pogba, Mbappé, au début de la 3° mi-temps

30 07 2018                          Le parti au pouvoir au Zimbabwe, la ZANU PF emporte les législatives haut la main – 110 sièges sur 210 au total. Son président  Emmerson Mnangagwa est dores et déjà assuré d’être chef du gouvernement. Et quelques jours plus tard, le dépouillement de la présidentielle le donne encore gagnant. Donc les habitants de ce pays maudit ne peuvent guère nourrir d’espoir quant à une amélioration de leur sort, puisqu’ils n’ont pas voulu changer une équipe qui perd. Cet homme est tout de même le responsable direct de l’assassinat de près de 20 000 citoyens par sa milice.

07 2018                                   Ariane Mnouchkine, et Robert Lepage, découvrent au Canada que la France de Marine Le Pen n’a pas le monopole du chauvinisme crétin :

En juillet, alors que le metteur en scène canadien Robert Lepage prépare son spectacle Kanata, une lettre, signée par dix-huit artistes et intellectuels autochtones et douze de leurs alliés, non autochtones, déclenche une vive polémique. Le spectacle, joué par les acteurs du Théâtre du Soleil, que dirige Ariane Mnouchkine, doit traverser l’histoire du Canada en abordant les oppressions subies par les autochtones. Face à l’absence sur scène d’acteurs issus de leurs communautés, ces derniers dénoncent une appropriation culturelle. Dans la foulée, un coproducteur financier se retire du projet, poussant le metteur en scène à annuler la création de Kanata au Théâtre du Soleil, à Paris. C’était sans compter la ténacité de Robert Lepage et la détermination d’Ariane Mnouchkine. Fondatrice et directrice depuis 1964 du mythique Théâtre du Soleil, installé à la Cartoucherie de Vincennes, Ariane Mnouchkine, metteuse en scène, auteur, propose depuis toujours un théâtre généreux et populaire qui place l’humain au centre des représentations. Incarnées par une troupe cosmopolite – ses acteurs sont afghans, brésiliens, français, irakiens, syriens… -, ses créations prennent à bras-le-corps les tragédies, que celles-ci soient grecques ou shakespeariennes, antiques ou contemporaines. L’exil et les migrants, l’intégrisme et l’émancipation des femmes, la montée des dictatures et la résistance des peuples sont autant de sujets déployés au Théâtre du Soleil.

Qu’évoquent pour vous les termes appropriation culturelle ?

Ces termes n’évoquent rien pour moi car il ne peut y avoir appropriation de ce qui n’est pas et n’a jamais été une propriété physique ou intellectuelle. Or les cultures ne sont les propriétés de personne. Aucune borne ne les limite, car, justement, elles n’ont pas de limites connues dans l’espace géographique ni, surtout, dans le temps. Elles ne sont pas isolées, elles s’ensemencent depuis l’aube des civilisations. Pas plus qu’un paysan ne peut empêcher le vent de souffler sur son champ les embruns des semailles saines ou nocives que pratique son voisin, aucun peuple, même le plus insulaire, ne peut prétendre à la pureté définitive de sa culture. Les histoires des groupes, des hordes, des clans, des tribus, des ethnies, des peuples, des nations enfin, ne peuvent être brevetées, comme le prétendent certains, car elles appartiennent toutes à la grande histoire de l’humanité. C’est cette grande histoire qui est le territoire des artistes. Les cultures, toutes les cultures, sont nos sources et, d’une certaine manière, elles sont toutes sacrées. Nous devons y boire studieusement, avec respect et reconnaissance, mais nous ne pouvons accepter que l’on nous en interdise l’approche car nous serions alors repoussés dans le désert. Ce serait une régression intellectuelle, artistique, politique effrayante. Le théâtre a des portes et des fenêtres. Il dit le monde tout entier.

Que s’est-il passé dans l’histoire des autochtones qui puisse expliquer cette polémique ?

Je ne suis pas une historienne de la colonisation du Canada, mais relisons l’histoire. Une spoliation insidieuse, puis violente. Des trahisons sans fin. Des promesses jamais tenues. Des traités jamais respectés. Et, en 1867, au moment de l’indépendance, un traitement génocidaire des Premières Nations. Une exclusion, puis une marginalisation systématique. Et – ce qui a laissé, peut-être, les traces les plus profondes – un véritable assaut de l’Eglise catholique et de l’Etat canadien contre la culture autochtone, en éliminant la participation des parents et de la collectivité au développement intellectuel, culturel et spirituel de leurs enfants au moyen du système de ces tristement célèbres pensionnats où l’on pratiquait, sur les enfants enfermés, une assimilation forcée, imbécile, sadique, abusive, violeuse, inimaginable. Comparable à ce qui s’est passé en Australie avec les enfants aborigènes. Système qui, au Canada, a duré jusqu’en 1996, c’est-à-dire hier. Donc beaucoup de choses effroyables qui, malgré des efforts indéniables ces dernières années, ne se réparent pas d’un claquement de doigts. Les revendications légitimes des autochtones sont légion et dépassent largement cette polémique, qui n’est pas due seulement à un groupe de leurs artistes – qui, d’ailleurs, et je tiens à le redire, ne visait pas l’annulation de Kanata, mais aussi, et sinon plus, à un mouvement de pensée vindicatif prônant le retour du bâton plutôt que, après celui de la réparation, le long et difficile chemin de la réconciliation que la majorité des autochtones parcourent avec détermination et exigence.

Etes-vous inquiète de la tournure prise par les événements ?

Un peu, je l’avoue. On est en train d’ériger des enclos, à l’intérieur desquels on voudrait séparer les identités réduites à elles seules. Pour mieux les classer? A l’infini? Le 22 septembre 1933, à l’initiative de Joseph Goebbels et via la création de la Chambre de la culture du Reich, les artistes juifs sont exclus du monde culturel et ne peuvent plus se produire que dans des manifestations destinées à des publics juifs. Pas de panique, je ne traite personne de nazi, en l’occurrence, mais lorsqu’on examine ma troupe selon des critères ethniques, je rappelle ce qu’ont fait les nazis. Je sonne un petit tocsin. Attention à certains voisinages de pensée et de méthode. Même involontaires.

Comment les artistes peuvent-ils réagir? Appelez-vous à une mobilisation ?

La première des censures est notre peur. Etre accusé de racisme fait très peur, nos accusateurs le savent. Ils en ont joué Mais une fois que nous savons, en conscience, que nous le sommes pas et que notre travail, la composition du groupe au sein duquel nous créons des œuvres depuis tant d’années, bref, que toute notre vie le prouve, nous devons refuser qu’ à la seule lumière de la composition ethnique de la distribution, avant même d’avoir vu nos spectacles, on nous dise qu’ils sont spoliateurs et racistes, donc criminels. Nous avons tous des yeux, des oreilles, des mémoires, des légendes, donc tous des parentés multiples. Nous ne sommes pas que français ou que blancs. Ou que autochtones. Devons-nous nous résigner à une malédiction atavique, de dimension biblique, qui courrait de génération en génération ? Sommes-nous pour toujours, dans les siècles de siècles, des racistes et des colonialistes ou sommes-nous des êtres humains porteurs d’universalité, tout comme les Noirs, les Juifs, les Arabes, les Khmers, les Indiens, les Afghans, les Amérindiens, dont nous voulons parfois raconter les épopées et qui, comme nous bien avant leurs particularités culturelles, portent en eux cet universel humain? Et puis, qui a intérêt à déchirer la société, justement de cette façon-là? En quoi cette tribalisation générale va-t-elle affaiblir le capitalisme sauvage qui ruine notre planète? En quoi va-t-elle freiner la gloutonnerie des multinationales ? A quoi sert-elle ? En quoi va-t-elle nous redonner le sens et l’amour du bien commun ? Pourquoi certains idéologues tentent-ils de duper notre jeunesse en profitant négativement de son idéalisme, de sa générosité et de sa soif de solidarité et d’humanité ?

Qui sont ces idéologues?

Je n’ai pas à les nommer. Par leurs réponses et leurs attaques, je le crains, ils montreront qu’ils se sont reconnus.

Ne s’agit-il pas d’un dialogue de sourds?

C’est pis qu’un dialogue de sourds. C’est un procès, où chaque mot de la défense est retourné et ajouté au réquisitoire de procureurs auto désignés. Il faudrait slalomer en permanence entre des mots interdits, de plus en plus nombreux. Comment parler sincèrement, avec confiance, si chaque mot peut devenir, au gré de l’interlocuteur, un indice incriminant, révélateur de notre ignominie? Sous la surveillance de tels commissaires, comment échapper à la langue de bois, aux clichés, puis à l’hypocrisie et finalement au mensonge obligatoire ? 

Est-il possible de se soustraire à la culpabilisation ?

Une fois que tous les chemins de réparations matérielles, législatives, symboliques auront été parcourus et que ces réparations, toujours imparfaites et insuffisantes, auront été définitivement obtenues, il nous faudra bien encore reconnaître que nous sommes coupables de beaucoup de choses, mais pas de tout, pas tout le temps et pas pour toujours. Le chemin est identique pour ceux qui sont, ou se pensent, victimes, car il peut y avoir de l’indécence à faire sienne, à trop s’approprier, la souffrance d’un aïeul. Les petits-enfants de déportés, dont je suis, n’ont pas souffert ce qu’ont souffert leurs grands-parents ou arrière-arrière-grands-parents. Je ne peux pas bâtir sur le destin de mes aïeux une amertume et une haine éternelles, haine et amertume que mes grands-parents morts à Auschwitz n’auraient pas voulu me léguer – ils m’aimaient trop, j’en suis sûre, pour vouloir m’infliger la douleur de haïr. Je ne peux pas me targuer de leur héritage pour rendre coupable la terre entière et interdire à une jeune actrice, allemande, innocente de ce qu’a pu commettre son arrière-grand-père à l’égard du mien, déjouer Anne Frank, du moment qu’elle a du talent et la force morale de le faire.

Quel est votre état d’esprit, aujourd’hui ?

Lors d’une réunion à Montréal, en juillet, nous avons cherché, Robert et moi, à nous faire entendre des artistes autochtones qui avaient fait part de leur incompréhension, pour ne pas dire de leur désapprobation, devant l’absence d’acteurs et d’actrices autochtones dans la distribution de Kanata. Il nous a fallu rappeler encore et encore que ce spectacle était répété et produit en France, avec des acteurs d’origines très diverses, réfugiés d’abord, puis résidents en France, puis devenus français, pour la plupart, ces dernières années. Bon nombre d’artistes qui nous recevaient ce soir-là avaient entendu vaguement parler du Soleil mais ignoraient tout de son fonctionnement et de ses principes. La réunion s’est déroulée dans une atmosphère respectueuse, de part et d’autre, et je pense que nous avancions sur le chemin difficile de la compréhension et de la réconciliation. Cette rencontre, dont je me souviendrai toute ma vie avec une émotion très spéciale, dura plus de cinq heures et demie, mais il nous aurait fallu, il nous faudra, plus de temps encore. Nous le prendrons, ce temps. Nous l’avons promis. Mais le lendemain matin, attaquèrent et frappèrent tous ceux qui ne voulaient surtout pas que cette réunion, à laquelle ils n’avaient pas assisté, aboutisse à une entente. Et, je l’admets aujourd’hui, Robert et moi avons été en proie à la sidération face à la puissance d’intimidation et de désinformation de certaines tribunes ou blogs et aussi des accusations de toutes sortes qui jaillissaient sur les réseaux sociaux, où sévissent une multitude d’anonymes. Après l’annonce de l’annulation, beaucoup des artistes autochtones rencontrés ce soir-là ne cachèrent pas leur désappointement et même leur désapprobation devant une issue qu’ils n’avaient jamais demandée. Nous nous sommes donc ressaisis et avons décidé que la meilleure réponse serait le premier épisode du spectacle lui-même.

Cosignerez-vous avec Robert Lepage cet épisode du spectacle?

Non. Mais je cosigne le manifeste que représente le fait de jouer ce spectacle.

Entretien réalisé pour Télérama 3584 du 22 au 28 09 2018 par Joëlle Gayot.

12 08 2018                                  De Cap Canaveral, le satellite Parker – le nom du découvreur des vents solaires –  est lancée à bord d’une fusée Delta IV Heavy pour faire plusieurs fois le tour du soleil. En 2024, il s’en trouvera à 6.2 millions de km !

la couronne et en particulier son chauffage intriguent les chercheurs. Comment expliquer qu’à la surface du Soleil, la température soit d’environ 5 500 °C et que, lorsqu’on s’en éloigne, elle se mette tout à coup à grimper à 1  million de degrés ? C’est pour comprendre ce mécanisme qu’on envoie Parker Solar Probe là-bas, pour prendre des mesures in situ.

[…] le vent solairec’est un flot de particules électriquement chargées qui voyagent à des vitesses de plusieurs centaines de kilomètres par seconde. Elles traversent tout le Système solaire et bombardent les planètes. Ce qui nous sauve, c’est que la magnétosphère terrestre nous en protège comme un parapluie. 

Kader Amsif, responsable des programmes Soleil, héliosphère et magnétosphère au Centre national d’études spatiales (CNES)
14 08 2018                                      Le pont autoroutier Morandi à Gênes s’effondre à 12 h 30′: 43 morts. Il tombait des trombes d’eau, et, deux heures plus tôt, un éclair avait frappée la base d’une pile du pont. On n’est pas prêts de connaître les raisons précises de la catastrophe. Le soir même, Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur ripaillait en Sicile. Moins d’un mois plus tard, Renzo Piano présentera un projet pour le remplacer, avec une échéance autour de 2020 pour la mise en service.
21 08 2018                                       … Quand une femme adresse une injonction – que l’on peut aussi bien nommer aussi volée de bois vert – au pape ; sans fioritures, clair, sans jésuiteries, net , précis : une bombe !

Cher François,

Je vous écris un 15  août, jour de l’Assomption de la Vierge, ayant appris ce matin à mon réveil, en écoutant la radio, le nouveau scandale de pédophilie qui, en Pennsylvanie cette fois, vient éclabousser l’Eglise catholique : sur une période de soixante-dix ans, 1 000  enfants abusés ou violés par des prêtres, et ce chiffre est sûrement inférieur à la vérité, compte tenu de la honte des victimes à témoigner et de la célérité des intéressés à escamoter les preuves.

Comme moi, comme d’autres, vous devez être frappé par la ressemblance entre cette salve de révélations scandaleuses et une autre, qui défraie l’actualité depuis bientôt un an : celle des témoignages #metoo sur le harcèlement sexuel. Ici et là, même propension des hommes à profiter de leur pouvoir pour satisfaire leurs besoins sexuels. Si l’on mettait à la disposition des enfants un site Internet sur lequel ils pourraient déposer leur témoignage en toute impunité, ce balancetonpretre provoquerait un tsunami mondial qui, par sa violence et son volume, dépasserait j’en suis certaine celui de balancetonporc. Seraient encore reléguées au silence, il est vrai, les nombreuses victimes qui, en raison de leur jeune âge ou de leur misère, n’auraient pas accès au site.

Bien entendu, dénoncer ne suffit pas. On peut s’égosiller, si l’on ne change pas la situation qui engendre ces gestes intempestifs, on peut être certain qu’ils continueront de se produire. Cela vaut pour le harcèlement sexuel ; et nous devons tout faire pour comprendre les causes du passage à l’acte machiste chez les hommes contemporains. Pour les prêtres catholiques, en revanche, point n’est besoin de chercher. La raison est là, évidente, aussi flagrante que le nez au milieu du visage.

Pourquoi s’en prennent-ils si souvent aux enfants et aux adolescents ? Non parce qu’ils sont pédophiles – la proportion de vrais pédophiles parmi les prêtres est sûrement aussi minuscule que dans la population générale – mais parce qu’ils ont peur, et les enfants et jeunes filles sont les plus faibles, les plus vulnérables, les plus faciles à intimider, les moins aptes donc à les dénoncer. S’ils abordaient avec leur sexe en tumescence – ce pauvre sexe nié, perpétuellement réprimé – les femmes et les hommes de leur paroisse, ou s’ils allaient rendre visite aux travailleurs et travailleuses du sexe, ils seraient pris. Avec les enfants, ça peut durer… des années… des décennies. On prend les nouveaux enfants de chœur. On prend les fillettes qui viennent de faire leur première communion… On prend cette femme-ci, dans le secret du confessionnal… ou ce jeune homme-là, pendant les vacances en colonie… et l’année suivante on recommence… on recommence… On a sur elle, sur lui, sur eux, une ascendance, un pouvoir plus qu’humain, sacré… François, c’est un massacre.

A moins de se dire que seuls les pédophiles et des pervers sont intéressés par le sacerdoce, le problème n’est ni la pédophilie ni la perversion. Il faut abandonner ces clichés. Le problème, c’est que l’on demande à des individus normaux une chose anormale. C’est l’Eglise qui est perverse dans son refus de reconnaître l’importance de la sexualité et les conséquences désastreuses de son refoulement.

Cela suffit, François. Basta, vraiment. Le moment est venu. C’est aujourd’hui. Vous pouvez le faire. En tant qu’autorité suprême de l’Eglise catholique, ce serait de loin l’acte le plus important, le plus courageux et le plus chrétien de tout votre mandat : l’Eglise doit cesser de cautionner (et donc de perpétuer, c’est-à-dire de perpétrer) des crimes qui ont bousillé des vies innombrables à travers les âges.

Vous le savez aussi bien que moi : le dogme du célibat des prêtres n’est pas né en même temps que le christianisme. Il ne remonte qu’au Moyen Age, un grand millier d’années après la mort du Christ. N’entrons pas, ici, dans le débat byzantin des raisons plus ou moins avouables pour lesquelles, après la scission des deux Eglises, orientale et latine, celle-ci a tenu à se distinguer de celle-là en rendant obligatoire le célibat de ses officiants. Il est bien connu que Jésus n’a rien dit à ce sujet. Si lui-même n’a pas pris femme, il y avait des hommes mariés parmi ses apôtres, et, à d’autres époques et sous d’autres formes, le christianisme a autorisé ses officiants à se marier. Et l’autorise encore.

Nous autres chrétiens, ou sociétés laïques issues du christianisme, avons pris l’habitude de dénoncer, voire d’interdire, chez nous les pratiques d’autres cultures que nous considérons comme barbares ou injustes : je pense notamment à l’excision ou au port de la burqa. Les peuples qui les pratiquent les considèrent de la même manière exactement que l’Eglise catholique considère le célibat des prêtres : comme irréfragables, constitutives de leur identité. On a beau leur faire remarquer que nulle part dans le Coran (par exemple) il n’est stipulé que l’on doit couper leur clitoris aux petites filles ou couvrir le visage des femmes, que ces pratiques ont commencé pour des raisons précises, à un moment précis de l’Histoire, afin d’aider les sociétés à mieux organiser les mariages et gérer la distribution des richesses, rien n’y fait.

Lorsqu’on peut démontrer que ces pratiques sont foncièrement incompatibles avec les valeurs universelles (liberté, égalité, fraternité) et les droits individuels – notamment celui de chaque individu à l’intégrité corporelle -, on considère comme normal de les interdire sous nos latitudes.

Or le célibat fait largement autant de dégâts que l’excision ou la burqa. Le dogme du célibat des prêtres est lui aussi une décision historique. Elle peut être annulée par une autre décision historique, que vous seul êtes en mesure de prendre, cher François. Oui, vous seul pouvez lever l’injonction au célibat, protégeant ainsi d’innombrables enfants, adolescents, hommes et femmes à travers le monde.

Je vous en supplie, ayez ce courage. Je sais que jamais vous ne le feriez pour votre gloire personnelle et pourtant, cette décision vous apporterait une gloire immense. Pendant des siècles, les prêtres et leurs ouailles vous remercieront de votre prescience, de votre humanité, de votre mansuétude. Le rôle de l’Eglise est de protéger non les forts mais les faibles, non les coupables mais les innocents. Et Jésus dit : Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi ; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. (Matthieu 19:14). Depuis mille ans, combien de millions d’enfants ont été détournés de l’Eglise, dégoûtés de l’Eglise, empêchés de venir à Jésus, en raison de ce traumatisme ?

La preuve a été faite et refaite. Le célibat des prêtres, ça ne marche pas. Les prêtres ne sont pas chastes. Ils n’arrivent pas à l’être. Il faut en prendre acte et enterrer une fois pour toutes ce dogme inique. Il est criminel de tergiverser alors que, partout où il sévit, c’est-à-dire partout dans le monde, le massacre continue. Vous le savez, François, et nous le savons tous. Alors dites Stop. Tout de suite.

Nancy Huston

28 08 2018                               Nicolas Hulot, ministre d’Etat en charge de l’écologie, claque la porte : il annonce sa démission à France Inter sans même en avoir averti Emmanuel Macron pas plus qu’Edouard Philippe : les gouttes d’eau qui ont fait déborder le vase se nomment Thierry Coste, conseiller politique de la FNC – Fédération Nationale des Chasseurs – c’est à dire leur lobbyiste, la veille, s’était invité à l’Elysée à une réunion sur la réforme du permis de chasse, sans y avoir été convié, et Brigitte Bardot qui avait été reçue en juillet par Emmanuel Macron seulement, et avait ensuite taillé un costume à Nicolas Hulot, à la mesure du pois chiche qui lui tient lieu de cervelle. Mais le vase était déjà bien rempli de toutes les victoires au quotidien du court terme sur le long terme, le cancer de la démocratie à la française, quand la lâcheté étouffe en permanence le courage. Parmi tous ces renoncements, un rapport recommandant la construction de 5 nouvelles centrales atomique EPR !

Est-ce que nous avons cherché à réduire l’utilisation des pesticides ? La réponse est Non.
Est-ce que nous avons cherché à inverser l’évolution de la biodiversité ?  La réponse est Non.
Est-ce que nous avons cherché à réduire la surface de l’artificialisation des sols ? La réponse est Non

Il aurait pu ajouter encore le passage à la trappe de la fin des élevages de poules en batterie promis pour 2020 [1], de la mise en place de vidéo dans les abattoirs, de la mise en place d’une TIPP (l’équivalent de la TVA pour les produits pétroliers) pour le carburant avion, etc … autant de victoires des lobbyistes, défenseurs d’intérêts particuliers au détriment des défenseurs de l’intérêt général.

C’est l’explosion en plein vol de ce qui se prétendait être la doctrine macroniste : libéral et en même temps socialiste, socialiste et en même temps libéral, soit-disant inspiré de Paul Ricoeur, théologien protestant, tout ça pour quelques semaines de travail commun sur un article de fond. En l’occurrence, écologiste avec Nicolas Hulot et en même temps à l’écoute des lobbyistes avec un Thierry Coste qui s’invite à l’Elysée faute de l’avoir été. C’est la fin du funambulisme doctrinal qui était le fait d’un illusionniste. Nicolas Hulot a dit basta, et Macron va devoir en finir avec ses numéros de prestidigitateur.

29 08 2018          Les instruments de la station spatiale internationale détectent une légère chute de la pression de l’air à bord. Lorsque les membres de l’équipage partent à la recherche de la fuite, ils découvrent alors un trou parfaitement rond, large de 2 millimètres de diamètre, sur la coque d’un Soyouz, le vaisseau spatial russe, arrimé à l’ISS. Le 11 décembre suivant, deux cosmonautes effectueront une sortie pour l’inspecter et découvrir que le trou a été percé de l’intérieur. Sur terre ou bien dans l’espace ? Y’a du grain à moudre…

J’fais des trous des p’tits trous encore des p’tits
Des p’tits trous des p’tits trous toujours des p’tits trous

Serge Gainsbourg                 Le poinçonneur des Lilas         1959

8 09 2018                              L’Ocean Cleanup appareille de San Francisco pour nettoyer le plastique qui envahit le Pacifique sur environ 1.6 million de km² – c’est à peu près 3 fois la France – : Boyan Slat, le fondateur de l’ONG éponyme du bateau, a conçu un filet flottant de 3 m de profondeur en forme de fer à cheval, qui, poussé par le vent va plus vite que les plastiques récoltés. Le bateau devrait en mettre plusieurs en place. Une fois remplis, il faut encore les ramener à terre pour traitement. Le long boyau connaîtra des avaries sur l’une de ses extrémités en décembre 2018, dues semble-t-il, à un durcissement des matériaux en mouvement. Il sera emmené à Hawaï pour réparation.

En France, avec un décalage de 2 ans, le bateau Plastic Odyssey, mis à l’eau en 2018, devrait être opérationnel en 2020, pour un tour du monde de 3 ans : c’est un petit bateau usine qui fabriquera des objets courants avec les plastiques ramassés le long des côtes et fournira son moteur avec le carburant obtenu par pyrolyse des plastiques qui n’auront pas été transformés. Autrement plus séduisant ! attendons de voir les résultats et coûts de chacun.

Et encore, cette fois à Antibes :

L’association Earthwake, fondée en 2015 par le comédien Samuel Le Bihan, a pour mission de mettre au point des innovations pour collecter et valoriser les déchets plas­tique. Aujourd’hui, en partenariat avec le Port Vauban d’Antibes, Earthwake organise une démonstration de son prototype Chrysalis, une machine révolutionnaire dédiée au problème de pollution des océans par les déchets plastique. Cette démonstration en direct révèle une haute technologie et une réaction chimique sensationnelle. Inventée par Christofer Costes et fabriquée en France, Chrysalis produit des matières premières secondaires exploitables – comme le carburant – en transformant les plastiques non recyclables. Elle peut ainsi alimenter des groupes électrogènes, des moteurs de bateau ou encore de tracteur.

Depuis trois ans, les équipes d’Earthwake, en collaboration avec l’Institut Français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN), l’Ecole centrale de Paris et le bureau d’in­génierie Atanor, travaillent sur la machine Chrysalis dans le but de valoriser les déchets plastique. Elle transforme le polyéthylène et le polypropylène par un principe simple de pyrolyse mais jamais développé avec un tel niveau d’efficacité et une telle qualité de matières premières, ne nécessitant ni électricité, ni carburant. Dans sa version définitive, Chrysalis sera disponible début 2019 et a pour ambition de recycler 15 000 tonnes  de plastique en 2020. Elle se transportera facilement dans un conteneur et pourra traiter entre 7 et 10 tonnes de plastique par mois.

En effet, cette solution permet de redonner de la valeur aux déchets plastique pour susciter leur collecte. Une collecte créatrice d’emplois et de liens forts pour créer une  solidarité et une sensibilisation autour des déchets plastique. L’énergie produite sera utilisée pour les véhicules de transport (voitures, tracteurs, bateaux, groupes électrogènes) des associations parties prenantes de l’écosystème.

Earthwake, 17, Rue Bourgelat 69002 LYON Tel: 06 73 28 64 82 www.earthwake.fr

Biocontact N° 295 novembre 2018 www.biocontact.fr

Et encore, cette fois-ci, à La Trinité sur mer.

Le voilier Manta [la raie manta a une grande capacité de filtration de l’eau de mer] a été imaginé par l’association Sea Cleaners (basée à la Trinité-sur-Mer, créée par Laurent Bourgnon et qui emploie 15 personnes). Il permettra de ramasser des plastiques dont la plupart ne sont pas recyclables. Ce bateau propre fonctionne aux énergies renouvelables, avec à bord une véritable usine de tri et de stockage de déchets plastiques (plus de 250 tonnes de déchets peuvent être stockées dans les coques du bateau). Lors de la Transat Jacques Vabre de 2015, Laurent Bourgnon était entré en collision avec un container, ce qui l’avait contraint à l’abandon. Ce navire a été étudié pour collecter les plastiques océaniques au plus près de la source de déversement, près des côtes. En effet, seul un navire offre la mobilité nécessaire aux déplacements rapides vers les bancs de plastiques encore concentrés par les vents et les courants, avant qu’ils n’entament leurs dérives océaniques vers les continents de plastique. Cette mobilité permet également d’intervenir en haute mer, là où la profondeur océanique rend impossible l’ancrage. Ce navire a été étudié pour collecter les plastiques océaniques au plus près de la source de déversement, près des côtes. En effet, seul un navire offre la mobilité nécessaire aux déplacements rapides vers les bancs de plastiques encore concentrés par les vents et les courants, avant qu’ils n’entament leurs dérives océaniques vers les continents de plastique. Cette mobilité permet également d’intervenir en haute mer, là où la profondeur océanique rend impossible l’ancrage au fond de la mer et où un container immergé accidentellement peut avoir libéré sa cargaison d’objets en plastique. Au niveau de sa motorisation, Manta aura recours a des Kite Wings (cerf-volants), combinées à un gréement supportant des voiles classiques, auquel s’ajoutera un bloc propulseur hybride, permettant de réduire l’empreinte carbone à son strict minimum.

 

Autre vue du Manta, le bateau dépollueur imaginé par Yvan Bourgnon et son association - Aucun(e)

Le Manta, imaginé par l’association, Sea Cleaner de La Trinité sur Mer, créée par Laurent Bourgnon. Opérationnel en 2022. Largeur : 49 m. Longueur : 70 m. Hauteur : 62 m. Capacité de Stockage 300 m. cubes.

Après avoir créé l’association The Sea Cleaners en 2016, le navigateur franco-suisse Yvan Bourgnon dévoile la maquette de son navire collecteur de déchets : le Manta, en référence à la raie du même nom qui est un poisson filtreur. Objectif : lancer la première mission de nettoyage des océans en 2022. Libération l’a rencontré.

D’où vient l’idée du Manta ?

J’ai eu une carrière sportive superbe, mais je suis certainement un des skippeurs qui a le plus abandonné à cause des déchets. D’un coup, tout s’arrête parce qu’il y a un container en travers de la route ou un plastique qui flotte. Puis, entre 2013 et 2015, j’ai fait un tour du monde en petit catamaran de sport. J’ai navigué dans l’océan Indien, le long de la barrière indonésienne : Sri Lanka, Maldives, et là, clairement, j’ai navigué pendant près de deux mois dans des déchets plastiques. C’était le choc. J’ai parfois été obligé de m’arrêter 40 fois par jour parce que les déchets étaient coincés dans mes gouvernails, dans mes dérives.

On m’avait dit : en mer, il n’y a que des micro-particules de plastique, mais en fait pas du tout. Sur une bande côtière de 0 à 50 miles, il y a parfois de grandes concentrations de plastiques, des filets de pêcheurs, des bouteilles d’eau, des sacs plastiques, des déchets qui sont encore dans leur état originel. Je me suis dit : L’océan est devenu une poubelle. J’avais eu la chance de faire ce même tour du monde entre mes 8 et mes 12 ans, et quand j’en parle avec mes parents, ils me disent qu’ils n’ont jamais eu besoin de ramasser un déchet plastique dans la mer.

Comment avez-vous conçu ce projet ?

A mon retour, je me suis entouré d’un spécialiste de la pollution, Patrick Fabre. On s’est rendu compte qu’il y avait de nombreuses zones de concentration de plastiques et que personne ne travaillait sur le sujet. Il y avait des barrières flottantes, des petits bateaux de 5-6 mètres avec des tapis de ramassage dans les ports, mais pas de bateau capable d’aller en mer pour ramasser significativement les plastiques. C’est comme ça qu’on a monté The Sea Cleaners, avec l’idée de concevoir le Manta qui serait le premier voilier hauturier, donc au large, capable de ramasser les déchets plastiques en mer.

On s’était fixé deux objectifs : récolter 600 m³ de plastique par campagne et être en énergie verte au moins à 75%. Des ingénieurs ont travaillé pendant très longtemps pour réussir à mettre au point des tapis roulants qui plongent dans la mer, un mètre sous la surface, ce qui existait déjà en petit.

A quoi ressemblera le Manta ?

Le bateau, dont le coût est estimé aujourd’hui à 25 millions d’euros, pèsera 25 000 tonnes et aura la taille d’un terrain de foot : 70 mètres de long, 49 mètres de large, 62 mètres de haut. Ce sera le plus grand multicoque au monde et il hébergera 36 personnes.

On a donc quatre coques, soit trois entrées d’eau naturelles pour piéger les déchets plastiques. Avec la vitesse du bateau, ils se déposent sur le tapis roulant qui remonte à l’intérieur du bateau. C’est une vraie usine flottante. Ce qui est organique, troncs d’arbres, branches etc. va repartir à la mer à l’arrière du bateau, et des opérateurs vont ramasser et trier les plastiques, environ 100 kg par heure.

Les recyclables seront compactés sur place sous forme de balles de 1 m³ et stockés à bord, jusqu’à 600 à 1000 m³. Les autres déchets, trop détériorés ou trop altérés par la flore, seront mis dans une pyrolyse : un four qui fait fondre le plastique et le transforme en carburant. Cela ne consomme pas de CO2 et cela crée du carburant dont nous avons besoin.

Quelle est l’efficacité concrète d’un tel projet ?

A raison de 25 campagnes par an en moyenne, on peut atteindre 30 000 m³. On n’aura ramassé qu’une partie du plastique, certes, mais le jour où il y aura 100 bateaux… Puis le Manta est aussi un outil merveilleux pour faire de la sensibilisation, ce qui manque dans les pays qui polluent le plus. On profitera des escales pour convoquer les populations, les décideurs, les politiques, et leur dire : on s’est retroussé les manches, voilà les plastiques qu’on a ramassés devant chez vous. Ensuite, l’idée est de mettre des unités de recyclage à disposition des villes afin de montrer que la technologie existe. On ne va pas s’arrêter à la collecte.

Tous les plastiques sont-ils récupérés ?

Non, les microplastiques se constituent après un an de dérive de plastique. C’est une aiguille dans une botte de foin. C’est de la pollution passée, plus difficile à récupérer. Mais on va pouvoir s’attaquer à la pollution future, qui ne fait que croître. Ce qui flotte dans la mer, c’est essentiellement la pollution de consommation des gens : les bouteilles en plastique, les sacs plastiques… Des choses qu’on peut facilement remplacer dans les usages.

Y a-t-il un risque pour la faune qui nagerait près de la surface ?

Le risque zéro n’existe pas, mais il y a des sonars à l’avant des bateaux qui font fuir les cétacés. C’est déjà expérimenté. Pour les tortues, peut-être que cela arrivera qu’une se fasse piéger, mais les tapis sont prévus pour ne pas être agressifs : elle va monter dans le bateau et retomber dans la mer de l’autre côté. Et s’il y a une bonne daurade, on la mettra dans le barbecue à l’arrière du bateau, c’est ça aussi, l’économie circulaire.

Vous avez dit que le bateau fonctionnerait avec 75% d’énergie propre ?

Aujourd’hui sur le papier, on n’est pas loin du 100%, mais ce sera forcément un peu moins. 75%, c’est déjà énorme : aujourd’hui aucun bateau de travail n’est en énergie verte, même à 20%.

Eolien avec deux grands mats à l’arrière, solaire, vent, pyrolyse avec 4 à 5 tonnes de gasoil par jour estimées… On a travaillé des milliers d’heures pour trouver le meilleur compromis. Quand on ramasse les déchets, on a besoin d’avoir une vitesse constante ce qui est impossible avec la voile, donc on utilise l’énergie électrique : le solaire et l’éolien. Quand on a besoin d’aller plus vite pour changer de zone, on navigue à la voile (près de 3000 m² de surface).

Comment saurez-vous où aller pêcher des plastiques ?

On ne sait pas encore avec précision mais on va se concentrer sur l’Asie du Sud-est, l’Amazonie, le Nigeria et l’est de la Méditerranée. Quand on regarde les chiffres, la majorité des plastiques arrivent des 10 plus grands fleuves du monde. Mékong, Yangtsé, Gange, Amazonie… On n’a pas besoin d’aller ratisser toute la surface des océans, on peut se poster à la sortie des fleuves. Par ailleurs, les agences spatiales comme l’ESA ont décidé de lancer des satellites en 2020 pour repérer les amas de plastiques. Enfin, on utilisera deux drones qui ont 50 km d’autonomie.

Que reste-il à faire avant la première campagne prévue en 2022 ?

A partir du mois de septembre, 12 personnes chercheront des correspondants dans chaque pays et devront déterminer où va aller le Manta, obtenir les accords de navigation, les accords pour déposer nos déchets plastiques… Pour l’instant on a un quart du financement, 7000 donateurs et 25 mécènes et on a besoin d’en trouver une centaine.

Ce projet est-il amené à être décliné ?

Oui, imaginons un seul camion poubelle à l’échelle de la France, ce serait insuffisant. L’idée est que chaque pays puisse monter son propre projet pour financer des bateaux. Nous sommes là pour développer une technologie, la mettre au point, et mettre les plans en open data. Une fois que tout est prêt, après six ou sept ans de travail, on laissera tout à disposition gratuitement. Il ne faut pas que tout le monde perde des millions de dollars pour mettre au point un tel bateau.

Laurent Bourgnon interviewé par Aurélie Delmas      Libération 23 avril 2018

24 09 2018                      C’est l’Assemblée générale de Nations-Unies à New York. Jacinta Ardern, 38 ans, première ministre de la Nouvelle Zélande, arrive, sa petite Neve née trois mois plus tôt, dans les bras. Elle a tout de même pris six semaines de congé après la naissance, le vice-premier ministre assurant l’intérim.

16 09 2018                  Au Décastar de Talence, près de Bordeaux, Kevon Mayer, 26 ans, devient recordman du monde du décathlon  avec 9126 points, total de 10 épreuves dont 4 de course, 3 de saut, 3 de lancer, chaque épreuve étant dotée d’un certain nombre de points. C’est un des plus grands exploits de l’athlétisme français de l’après-guerre.

                       Kevin Mayer          Record du monde dans la discipline

100 m                 10″55                    9″58        Usain Bolt, Jamaïque, 16 août 2009 à Berlin
400 m                48″42                  43″03       Wayde van Niekerk, Afrique du Sud, 14 août 2016 au Brésil
110 m haies       13″75                   12″50        Aries Merrit, Etats-Unis, 7 septembre 2016 à Bruxelles
1 500 m             4’36″11              3′ 26″            Hicham El Guerrouj, Maroc, 14 juillet 1998, à Rome
Perche             5, 45 m                6, 26 m        Renaud Lavillenie, France, 15 février 2014 à Donetsk, Ukraine
Longueur        7, 80 m               8, 95 m         Mike Powell, Etats-Unis, 30 août 1991 à Tokyo
Hauteur           2, 05 m               2, 45 m        Javier Sotomayor, Cuba, 27 juillet 1993, à Salamanque, Espagne
Poids              16, 00 m             23,12 m         Randy Barnes, Etats-Unis, 20 mai 1990 à Los Angeles
Javelot           71, 90  m          98, 48  m        Jan Zelezny, Tchèquie, 25 mai 1996 à Iéna, Allemagne
Disque           50, 54  m         74, 08   m        Jürgen Schult, Allemagne, 6 juin 1986 à Neubrandenburg, Allemagne

Il serait amusant de demander à chaque athlète détenteur d’un record du monde dans une discipline, de se tester dans la même année au décathlon pour voir combien de points le sépareraient du recordman du monde du décathlon…

Kevin Mayer lors de l’épreuve du saut à la perche, le 16 septembre, à Talence (Gironde).

16 septembre 2018 Talence… sur son nuage

28 09 2018                       En Indonésie, séisme de magnitude 7.5 conjugué avec tsunami sur la côte ouest des Célèbes, dans la province de Sulawesi, essentiellement à Palu, la capitale régionale, mais aussi à Donggala, la ville la plus proche de l’épicentre du séisme. Plus de 2 000 morts, 5 000 blessés graves, 50 000 déplacés. La terre ondulait comme une vague, comme un tapis que l’on secoue.

15 10 2018                           Trombes d’eau dans l’Aude, proches de Carcassonne : 14 morts, 20 blessés. La fraîcheur n’est pas encore installée et la température plutôt élevée de la mer expliqueraient en partie le phénomène. Les Italiens connaîtront la même chose autour de Venise.

28 10 2018                        Jair Bolsonaro à la tête du parti d’extrême droite du Brésil, remporte l’élection présidentielle avec 55 % des voix. Il a dit regretter que la dictature des militaires n’ait pas tué plus de monde ! C’est un évangélique fervent. Moins de trois mois plus tard, le guérisseur  Joao Teixeira de Faria, dit Joao de Deo – Jean de Dieu -, 76 ans, installé à  Abadiânia, à 80 km à l’est-sud-est de Brasilia, mondialement connu, reconnu par le Vatican de Jean-Paul II, par le Dalaï Lama, verra des centaines de plaintes d’agression sexuelles lui tomber dessus et se rendra aux autorités le 16 décembre 2018, lesquelles avaient été alertées par un très important retrait bancaire de près de huit millions d’€. Plus que l’odeur de viol, cette affaire sent la boule puante, dont l’extrême droite s’est fait une spécialité.

29 10 2018                           Un Boeing 737 MAX 8 de la compagnie indonésienne low-cost Lion Air s’écrase en mer 10′ après avoir décollé de Djakarta : 189 morts. Le pilote et le copilote totalisaient plus de 11 00 heures de vol. La livraison de ce modèle récent de Boeing avait été un temps suspendue pour des problèmes de moteur. Et cet avion avait connu un incident sur le vol précédent. Des compagnies indonésiennes ont été un temps interdites  de vol dans le ciel américain et européen. Par ailleurs, quelques jours après que l’une des deux boites noires ait été retrouvée, le comité de sécurité des transports indonésien a indiqué que le vol 610  de Lion Air a reçu des informations erronées d’un des capteurs d’incidence  (AOA, Angle of Attack sensor), information qui lui a été fournie par Boeing, le constructeur.

On ne le dira sans doute jamais assez, mais dans bien des domaines, c’est en final le consommateur  à qui appartient la décision et non au législateur : quand tous les consommateurs cesseront d’acheter des œufs issus d’élevage de poules en batterie, ces derniers seront bien obligés de mettre la clef sous la porte, même si aucune loi ne leur demande. Quand, il y a bientôt quarante ans de cela, les consommateurs ont mis leurs pas dans ceux de l’Union Fédérale des Consommateurs pour refuser d’acheter du veau aux hormones, cela a marché !  Serait-on moins réactifs aujourd’hui qu’il y a quarante ans ?

Tempête de vent sur les Dolomites, dans l’Italie du nord-est : en moins d’une demi-heure, des millions d’arbres – pour l’essentiel des épicéas – sont cassés, plaqués au sol par un vent de plus de 200 km/h. Le Val di Fiemme, – la forêt des violons – grand fournisseur d’épicéa rouge – le bois de résonance dont on fait les violons, principalement à Cremone, en fait partie, mais aussi la plupart des vallées des Dolomites, de Bolzano à Cortina d’Ampezzo.  Et il  va falloir dégager rapidement tout ce qui est accessible, car les arbres au sol seront, en été, le terrain favori du bostryche, un coléoptère qui s’attaque aux sapins et qui est friand de ces épicéas rouges. Une désolation. A Venise, l’Acqua Alta, est montée à 159 cm, ce qui n’était pas arrivé depuis 1966.

 


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