3 juillet 2016 à septembre 2017. Donald Trump, un tocard dangereux et bas de plafond. Réfugiés. Alex Honnold et El Capitàn. L’Austerlitz d’Emmanuel Macron. Irma ravage les Antilles. 31102
Publié par (l.peltier) le 16 août 2008 En savoir plus

3 07 2016                       Un minibus piégé tue 323 personnes en plein centre de Bagdad, dans un quartier commerçant majoritairement chiite : l’attentat est revendiqué par le Groupe EI.

15 07 2016                   Tentative ratée de coup d’état en Turquie : 290 morts. Les putschistes n’étaient pas vraiment dangereux : En tout et pour tout une demi-douzaine de F-16, une dizaine d’hélicoptères, une quarantaine de blindés et moins de cinq  cents hommes. Leur premier objectif : s’emparer de Recep Tayyip Erdogan en vacances à Marmaris, dans le sud-ouest du pays. Des proches suggèrent à Erdogan de se réfugier à  Rhodes, une île grecque au sud à un quart d’heure d’hélicoptère. Il s’y refuse, même si la situation semble de plus en plus grave. Un appel du général Umit Dundar, commandant de la I° armée, celle d’Istanbul, change la donne. Vous êtes le président légitime et je vous suis loyal, affirme-t-il, lui demandant de le rejoindre à Istanbul, où il est en mesure d’assurer sa sécurité. Un hélicoptère emmène aussitôt M.  Erdogan et sa garde rapprochée vers l’aéroport de Dalaman, au sud-est, où attend l’avion présidentiel. C’était à un quart d’heure près, a  raconté le chef de l’Etat. Quand les 3  hélicoptères de putschistes partis de la base de Cigli, près d’Izmir, arrivent sur zone, l’avion présidentiel a déjà décollé. Escorté par deux F-16 loyalistes, l’avion est un moment approché par un F-16 putschiste qui s’éloigne.

Levent Turkkan a convoqué le patron de l’armée de terre, Salih Zeki Colak, et son adjoint pour une réunion dans le bureau du général Akar. Il est 21  heures le 15 juillet. Un groupe d’hommes des forces spéciales avec à sa tête un des comploteurs, le général Mehmet Disli, fait irruption dans la pièce, demandant aux trois généraux de rejoindre le mouvement. Le chef d’état-major refuse, ainsi que le chef de l’armée de terre, dont l’appui serait crucial, car elle représente 65 % des effectifs. Menacés, frappés, ils sont emmenés à la base aérienne d’Akincilar, le quartier général des putschistes en lointaine périphérie d’Ankara. Ces derniers n’ont donc pas réussi à faire basculer la direction de l’armée. Le nom du meneur des putschistes n’importe guère, ils sont pour la plupart soupçonnés d’appartenir à la confrérie de Fethullah Gülen, réfugié aux Etats-Unis depuis 1999 qui après avoir été longtemps allié d’Erdogan, est devenu son pire ennemi. Fethullah Gülen est une des têtes majeures de l’islam contemporain, écrivain prolifique, à la tête d’un mouvement humaniste qui marque beaucoup de sympathie pour le PKK, partisan d’un état laïque et d’un islam libéral et tolérant. Il nie toute implication dans cette tentative de coup d’Etat.

Une vague de purges sans précédent est déclenchée, avec arrestations, tabassages, dénonciations, confessions.  10 000 militaires, membres des services, magistrats sont ainsi arrêtés ; 58 000 fonctionnaires sont mis à pied, les universitaires ont interdiction de quitter le territoire, plus de 10 000 passeports de service sont annulés. Les arrestations se font d’après des listes préétablies. Des mandats d’arrêt ont été délivrés contre 42 journalistes. Le premier décret de l’état d’urgence ordonne la fermeture de 1 125  associations, de 35 hôpitaux, de 15 universités, de 19 syndicats, de 934 écoles dont les biens sont confisqués. Sorti de l’épreuve en héros, le président turc, qui se fait désormais appeler généralissime, emmène son pays à marche forcée vers une dictature de moins en moins teintée de démocratie. Des domaines qui devraient rester dans les mains du politique comme l’urbanisme, sont privatisés : il en va ainsi à Istanbul où le bâtiment est intégralement confié à une société privée à but lucratif : TOKI, ce qui se traduit par une densification de l’habitat génératrice de tous les maux.

25 07 2016                       Si l’Afrique sort un jour de son enlisement  dans la corruption, ce sera bien grâce aux femmes, mères courage pour la plupart :

Chantale Ramazani Wazuri, est présidente des juges de paix de Lubumbashi-Kamalondo,  au Congo, à la tête de  trente-quatre juges pour des dossiers passibles de six mois à six ans de prison. Elle est soumise à des pressions de plus en plus fortes pour faire condamner Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur de la province congolaise du Katanga de 2007 à septembre 2015, 52 ans, très riche homme d’affaires, longtemps allié du président Joseph Kabila, puis devenu l’un de ses plus farouches opposants  depuis qu’il peut être candidat aux élections présidentielles, prévues pour novembre 2016, mais qui pourraient être reportées.

Le 21 juillet, elle est convoquée par Paulin Ilunga Tanda, son supérieur à Kinshasa qui lui dicte la sentence : Mettez trois ans de prison, un million de dollars de dommages et intérêts, et demandez son arrestation immédiate.  Sinon, on vous révoque et on vous condamne à dix ans de prison.

Trois jours avant l’audience, reprogrammée au 25 juillet, Paulin Ilunga Tanda me tend un jugement déjà rédigé. Ma conscience m’a empêchée d’aller plus loin.

La conscience de Chantale Ramazani Wazuri en avait pourtant vu d’autres.  Ce sont la présidence et l’ANR qui contrôlent la justice, ça a toujours été comme ça. On vous donne des instructions, vous les appliquez, et vous ne dites rien parce que sinon on vous interroge, on vous intimide…, raconte-t-elle.

Pas cette fois-ci. La magistrate relève la tête et prend la plume. Le 25  juillet, juste après le deuxième  jugement confirmant le premier, elle adresse une lettre aux Nations unies, à l’Union européenne, au président congolais, au premier ministre, au chef de l’ANR, au procureur général… Dénonçant les  contraintes physiques et morales exercées – sur elle -, citant nommément les personnalités mises en cause, elle demande que sa signature  extorquée soit considérée nulle et de nul effet.

L’armée débarque chez elle mais la juge a pris les devants : elle se cachera pendant deux semaines avant de s’enfuir en avion, direction la France, grâce à la complicité de policiers de l’aéroport de Kinshasa.

Réfugiée en France, sous la protection de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), Chantale Ramazani n’envisage pas de rentrer dans son pays, sauf changement de pouvoir.

Résumé de Christophe Châtelot, Le Monde du 22 09 2016

26 07 2016                                     Michael Moore, réalisateur américain nous parle des élections présidentielles aux Etats-Unis :

Chers amis, chères amies,

 Je suis désolé d’être le porteur de mauvaises nouvelles, mais je crois avoir été assez clair l’été dernier lorsque j’ai affirmé que Donald Trump serait le candidat républicain à la présidence des États-Unis. Cette fois, j’ai des nouvelles encore pires à vous annoncer : Donald J. Trump va remporter l’élection du mois de novembre.

Ce clown à temps partiel et sociopathe à temps plein va devenir notre prochain président. Le président Trump. Allez, dites-le tous en chœur, car il faudra bien vous y habituer au cours des quatre prochaines années: PRÉSIDENT TRUMP !

Jamais de toute ma vie n’ai-je autant voulu me tromper.

Je vous observe attentivement en ce moment. Vous agitez la tête en disant : Non Mike, ça n’arrivera pas ! Malheureusement, vous vivez dans une bulle. Ou plutôt dans une grande caisse de résonance capable de vous convaincre, vous et vos amis, que les Américains n’éliront pas cet idiot de Trump. Vous alternez entre la consternation et la tentation de tourner au ridicule son plus récent commentaire, lorsque ce n’est pas son attitude narcissique.

Par la suite, vous écoutez Hillary et envisagez la possibilité que nous ayons pour la première fois une femme à la présidence. Une personne respectée à travers le monde, qui aime les enfants et poursuivra les politiques entreprises par Obama. Après tout, n’est-ce pas ce que nous voulons ? La même chose pour quatre ans de plus ?

Il est temps de sortir de votre bulle pour faire face à la réalité. Vous aurez beau vous consoler avec des statistiques (77 % de l’électorat est composé de femmes, de personnes de couleur et d’adultes de moins de 35 ans, et Trump ne remportera la majorité d’aucun de ces groupes), ou faire appel à la logique (les gens ne peuvent en aucun cas voter pour un bouffon qui va à l’encontre de leurs propres intérêts), ça ne restera qu’un moyen de vous protéger d’un traumatisme. C’est comme lorsque vous entendez un bruit d’arme à feu et pensez qu’un pneu a éclaté ou que quelqu’un joue avec des pétards. Ce comportement me rappelle aussi les premières manchettes publiées le 11 septembre, annonçant qu’un petit avion a heurté accidentellement le World Trade Center.

Des millions de gens seront tentés de devenir marionnettistes et de choisir Trump dans le seul but de brouiller les cartes et voir ce qui arrivera.

Nous avons besoin de nouvelles encourageantes parce que le monde actuel est un tas de merde, parce qu’il est pénible de survivre d’un chèque de paie à l’autre, et parce que notre quota de mauvaises nouvelles est atteint. C’est la raison pour laquelle notre état mental passe au neutre lorsqu’une nouvelle menace fait son apparition.

C’est la raison pour laquelle les personnes renversées par un camion à Nice ont passé les dernières secondes de leur vie à tenter d’alerter son conducteur : Attention, il y a des gens sur le trottoir !

Eh bien, mes amis, la situation n’a rien d’un accident. Si vous croyez encore qu’Hillary Clinton va vaincre Trump avec des faits et des arguments logiques, c’est que vous avez complètement manqué la dernière année, durant laquelle 16 candidats républicains ont utilisé cette méthode (et plusieurs autres méthodes moins civilisées) dans 56 élections primaires sans réussir à arrêter le mastodonte. Le même scénario est en voie de se répéter l’automne prochain. La seule manière de trouver une solution à ce problème est d’admettre qu’il existe en premier lieu.

Comprenez-moi bien, j’entretiens de grands espoirs pour ce pays. Des choses ont changé pour le mieux. La gauche a remporté les grandes batailles culturelles. Les gay et lesbiennes peuvent se marier. La majorité des Américains expriment un point de vue libéral dans presque tous les sondages. Les femmes méritent l’égalité salariale ? Positif. L’avortement doit être permis ? Positif. Il faut des lois environnementales plus sévères ? Positif. Un meilleur contrôle des armes à feu ? Positif. Légaliser la marijuana ? Positif. Le socialiste qui a remporté l’investiture démocrate dans 22 États cette année est une autre preuve que notre société s’est profondément transformée. À mon avis, il n’y a aucun doute qu’Hillary remporterait l’élection haut la main si les jeunes pouvaient voter avec leur console X-box ou Playstation.

Hélas, ce n’est pas comme ça que notre système fonctionne. Les gens doivent quitter leur domicile et faire la file pour voter. S’ils habitent dans un quartier pauvre à dominante noire ou hispanique, la file sera plus longue et tout sera fait pour les empêcher de déposer leur bulletin dans l’urne. Avec pour résultat que le taux de participation dépasse rarement 50 % dans la plupart des élections. Tout le problème est là. Au mois de novembre, qui pourra compter sur les électeurs les plus motivés et inspirés ? Qui pourra compter sur des sympathisants en liesse, capables de se lever à 5 heures du matin pour s’assurer que tous les Tom, Dick et Harry (et Bob, et Joe, et Billy Bob et Billy Joe) ont bel et bien voté ? Vous connaissez déjà la réponse. Ne vous méprenez pas : aucune campagne publicitaire en faveur d’Hillary, aucune phrase-choc dans un débat télévisé et aucune défection des électeurs libertariens ne pourra arrêter le train en marche.

Voici 5 raisons pour lesquelles Trump va gagner :

  1. Le poids électoral du Midwest, ou le Brexit de la Ceinture de rouille

Je crois que Trump va porter une attention particulière aux États bleus de la région des Grands Lacs, c’est-à-dire le Michigan, l’Ohio, la Pennsylvanie et le Wisconsin. Ces quatre États traditionnellement démocrates ont chacun élu un gouverneur républicain depuis 2010, et seule la Pennsylvanie a opté pour un démocrate depuis ce temps. Lors de l’élection primaire du mois de mars, plus de résidents du Michigan se sont déplacés pour choisir un candidat républicain (1,32 million) qu’un candidat démocrate (1,19 million).

Dans les plus récents sondages, Trump devance Clinton en Pennsylvanie. Et comment se fait-il qu’il soit à égalité avec Clinton en Ohio, après tant d’extravagances et de déclarations à l’emporte-pièce ? C’est sans doute parce qu’il a affirmé (avec raison) qu’Hillary a contribué à détruire la base industrielle de la région en appuyant l’ALÉNA. Trump ne manquera pas d’exploiter ce filon, puisque Clinton appuie également le PTP et de nombreuses autres mesures qui ont provoqué la ruine de ces quatre États.

Durant la primaire du Michigan, Trump a posé devant une usine de Ford et menacé d’imposer un tarif douanier de 35 % sur toutes les voitures fabriquées au Mexique dans le cas où Ford y déménagerait ses activités. Ce discours a plu aux électeurs de la classe ouvrière. Et lorsque Trump a menacé de contraindre Apple à fabriquer ses iPhone aux États-Unis plutôt qu’en Chine, leur cœur a basculé et Trump a remporté une victoire qui aurait dû échoir au gouverneur de l’Ohio John Kasich.

L’arc qui va de Green Bay à Pittsburgh est l’équivalent du centre de l’Angleterre. Ce paysage déprimant d’usines en décrépitude et de villes en sursis est peuplé de travailleurs et de chômeurs qui faisaient autrefois partie de la classe moyenne. Aigris et en colère, ces gens se sont fait duper par la théorie des effets de retombées de l’ère Reagan. Ils ont ensuite été abandonnés par les politiciens démocrates qui, malgré leurs beaux discours, fricotent avec des lobbyistes de Goldman Sachs prêts à leur écrire un beau gros chèque.

Voilà donc comment le scénario du Brexit est en train de se reproduire. Le charlatan Elmer Gantry se pose en Boris Johnson, faisant tout pour convaincre les masses que l’heure de la revanche a sonné. L’outsider va faire un grand ménage ! Vous n’avez pas besoin de l’aimer ni d’être d’accord avec lui, car il sera le cocktail molotov que vous tirerez au beau milieu de tous ces bâtards qui vous ont escroqué ! Vous devez envoyer un message clair, et Trump sera votre messager !

Passons maintenant aux calculs mathématiques. En 2012, Mitt Romney a perdu l’élection présidentielle par une marge de 64 voix du Collège électoral. Or, la personne qui remportera le scrutin populaire au Michigan, en Ohio, en Pennsylvanie et au Wisconsin récoltera exactement 64 voix. Outre les États traditionnellement républicains, qui s’étendent de l’Idaho à la Géorgie, tout ce dont Trump aura besoin pour se hisser au sommet ce sont les quatre États du Rust Belt. Oubliez la Floride, le Colorado ou la Virginie. Il n’en a même pas besoin.

  1. Le dernier tour de piste des Hommes blancs en colère

Nos 240 ans de domination masculine risquent de se terminer. Une femme risque de prendre le pouvoir ! Comment en est-on arrivés là, sous notre propre règne ? Nous avons ignoré de trop nombreux avertissements. Ce traître féministe qu’était Richard Nixon nous a imposé le Titre IX, qui interdit toute discrimination sur la base du genre dans les programmes éducatifs publics. Les filles se sont mises à pratiquer des sports. Nous les avons laissées piloter des avions de ligne et puis, sans crier gare, Beyoncé a envahi le terrain du Super Bowl avec son armée de femmes noires afin de décréter la fin de notre règne!

Cette incursion dans l’esprit des mâles blancs en danger évoque leur crainte du changement. Ce monstre, cette féminazie qui – comme le disait si bien Trump – saigne des yeux et de partout où elle peut saigner a réussi à s’imposer. Après avoir passé huit ans à nous faire donner des ordres par un homme noir, il faudrait maintenant qu’une femme nous mène par le bout du nez ? Et après ? Il y aura un couple gay à la Maison-Blanche pour les huit années suivantes ? Des transgenres ? Vous voyez bien où tout cela mène. Bientôt, les animaux auront les mêmes droits que les humains et le pays sera dirigé par un hamster. Assez, c’est assez !

  1. Hillary est un problème en elle-même

Pouvons-nous parler en toute franchise ? En premier lieu, je dois avouer que j’aime bien Hillary Clinton. Je crois qu’elle est la cible de critiques non méritées. Mais après son vote en faveur de la guerre en Irak, j’ai promis de ne plus jamais voter pour elle. Je suis contraint de briser cette promesse aujourd’hui pour éviter qu’un proto-fasciste ne devienne notre commandant en chef. Je crois malheureusement qu’Hillary Clinton va nous entraîner dans d’autres aventures militaires, car elle est un faucon perché à droite d’Obama. Mais peut-on confier le bouton de nos bombes nucléaires à Trump le psychopathe ? Poser la question, c’est y répondre.

Cela dit, notre plus grand problème n’est pas Trump mais bien Hillary. Elle est très impopulaire. Près de 70 % des électeurs la considèrent comme malhonnête ou peu fiable. Elle représente la vieille manière de faire de la politique, c’est-à-dire l’art de raconter n’importe quoi pour se faire élire, sans égard à quelque principe que ce soit. Elle a lutté contre le mariage gay à une certaine époque, pour maintenant célébrer elle-même de tels mariages. Ses plus farouches détractrices sont les jeunes femmes. C’est injuste, dans la mesure où Hillary et d’autres politiciennes de sa génération ont dû lutter pour que les filles d’aujourd’hui ne soient plus encouragées à se taire et rester à la maison par les Barbara Bush de ce monde. Mais que voulez-vous, les jeunes n’aiment pas Hillary.

Pas une journée ne passe sans que des milléniaux me disent qu’ils ne l’appuieront pas. Je conviens qu’aucun démocrate ou indépendant ne sera enthousiaste à l’idée de voter pour elle le 8 novembre. La vague suscitée par l’élection d’Obama et la candidature de Sanders ne reviendra pas. Mais au final, l’élection repose sur les gens qui sortent de chez eux pour aller voter, et Trump dispose d’un net avantage à cet effet.

  1. Les partisans désabusés de Bernie Sanders

Ne vous inquiétez pas des partisans de Sanders qui ne voteront pas pour Hillary Clinton. Le fait est que nous serons nombreux à voter pour elle ! Les sondages indiquent que les partisans de Sanders qui prévoient de voter pour Hillary sont déjà plus nombreux que les partisans d’Hillary ayant reporté leur vote sur Obama en 2008. Le problème n’est pas là. Si une alarme doit sonner, c’est à cause du vote déprimé. En d’autres termes, le partisan moyen de Sanders qui fait l’effort d’aller voter ne fera pas l’effort de convaincre cinq autres personnes d’en faire de même. Il ne fera pas 10 heures de bénévolat chaque mois, et n’expliquera pas sur un ton enjoué pourquoi il votera pour Hillary.

Les jeunes n’ont aucune tolérance pour les discours qui sonnent faux. Dans leur esprit, revenir aux années Bush-Clinton est un peu l’équivalent d’utiliser MySpace et d’avoir un téléphone cellulaire gros comme le bras.

Les jeunes ne voteront pas davantage pour Trump. Certains voteront pour un candidat indépendant, mais la plupart choisiront tout simplement de rester à la maison. Hillary doit leur donner une bonne raison de bouger. Malheureusement, je ne crois pas que son choix de colistier soit de nature à convaincre les milléniaux. Un ticket de deux femmes aurait été beaucoup plus audacieux qu’un gars blanc, âgé, centriste et sans saveur. Mais Hillary a misé sur la prudence, et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres de sa capacité à s’aliéner les jeunes.

  1. L’effet Jesse Ventura

Pour conclure, ne sous-estimez pas la capacité des gens à se conduire comme des anarchistes malicieux lorsqu’ils se retrouvent seuls dans l’isoloir. Dans notre société, l’isoloir est l’un des derniers endroits dépourvus de caméras de sécurité, de micros, d’enfants, d’épouse, de patron et de policiers ! Vous pouvez y rester aussi longtemps que vous le souhaitez, et personne ne peut vous obliger à y faire quoi que ce soit.

Vous pouvez choisir un parti politique, ou écrire Mickey Mouse et Donald Duck sur votre bulletin de vote. C’est pour cette raison que des millions d’Américains en colère seront tentés de voter pour Trump. Ils ne le feront pas parce qu’ils apprécient le personnage ou adhèrent à ses idées, mais tout simplement parce qu’ils le peuvent. Des millions de gens seront tentés de devenir marionnettistes et de choisir Trump dans le seul but de brouiller les cartes et voir ce qui arrivera.

Vous souvenez-vous de 1998, année où un lutteur professionnel est devenu gouverneur du Minnesota ? Le Minnesota est l’un des États les plus intelligents du pays, et ses citoyens ont un sens de l’humour assez particulier. Ils n’ont pas élu Jesse Ventura parce qu’ils étaient stupides et croyaient que cet homme était un intellectuel destiné aux plus hautes fonctions politiques. Ils l’ont fait parce qu’ils le pouvaient. Élire Ventura a été leur manière de se moquer d’un système malade. La même chose risque de se produire avec Trump.

Un homme m’a interpellé la semaine dernière, lorsque je rentrais à l’hôtel après avoir participé à une émission spéciale de Bill Maher diffusée sur HBO à l’occasion de la convention républicaine: Mike, nous devons voter pour Trump. Nous DEVONS faire bouger les choses ! C’était là l’essentiel de sa réflexion.

Faire bouger les choses. Le président Trump sera l’homme de la situation, et une grande partie de l’électorat souhaite être aux premières loges pour assister au spectacle.

La semaine prochaine, je vous parlerai du talon d’Achille de Donald Trump et des stratégies que nous pouvons employer pour lui faire perdre l’élection.

Cordialement,

Michael Moore

Ce billet de blog a initialement été publié sur The Huffington Post et traduit de l’anglais par Pierre-Etienne Paradis.

Un commentaire d’Alain Le Chenadec : Cette élection est sans doute un des premiers effets collatéraux du monde de l’information selon Internet. J’aime bien la formule très juste : la victoire des commentaires sur le corps de l’article. S’il y a une révolution Internet, elle est bien là, dans la victoire incontestable de la rumeur et du faire-savoir viral. Zuckerberg a admis récemment que Facebook pouvait être un producteur d’information tout en se dégageant d’une quelconque responsabilité sur la véracité de l’information en question, et c’est difficile de dire autre chose… ce n’est pas la route qui est responsable des accidents de voiture !

29 07 2016                   Trois fanatiques islamistes font un carnage à Istanbul : 45 morts. Trois jours plus tard, ce sera 20 morts à Dacca, au Bengladesh, et encore le surlendemain, plus de 300 morts à Bagdad, et un camion qui fonce sur 2 km sur la promenade des Anglais, tuant 84 personnes,  le 14 juillet,  à 22 h45, à la fin du feu d’artifice, et encore un fou qui tue 9 personnes dans un centre commercial de Munich le 22 juillet, et 80 morts à Kaboul le 24 juillet, et un vieux prêtre égorgé dans une église à Saint Etienne du Rouvray le 26 juillet… etc …

Mais comment ne pas se poser de question sur la qualité du travail fourni par les policiers de Nice, municipaux aussi bien que nationaux : la partie piétonne de la Promenades des Anglais est interdite aux camions de plus de 3.5 tonnes. Nice est la ville de France avec la densité maximum de caméras de surveillance : 1257 – une pour 360 habitants – ! Les jours précédents, le terroriste est venu repérer les lieux avec un camion de location de 19.5 tonnes, camion bien anonyme puisque le nom du loueur – ADA – n’y figure même pas ! Sur l’ensemble du territoire, la circulation est interdite à ce genre de véhicule du samedi 22 h au dimanche  22 h, et les jours fériés et jours de fête ! Donc, ce camion n’avait pas le droit de circuler le 14 juillet !

Il n’y a donc eu personne pour visionner ces vidéos, et en tirer les conséquences : un véhicule de location, dans une zone qui lui est interdite ? Et, le 14 juillet, ce même camion de livraison à 22 h 45 : de quelle société, pour livrer quoi, à qui ? Quels sont donc les restaurateurs, les bars qui attendent une livraison un 14 juillet à cette heure-là ? Un déménagement ? À cette heure-là ? Où est l’autorisation municipale ? Où est donc l’indispensable et si déconsidéré bon sens ?

Le proverbe italien fatto la lege, trovato l’ingano – sitôt la loi sortie, on en trouve le contournement – est illustré en permanence par ceux-là même qui devraient la faire respecter. C’est l’accoutumance vicieuse au double langage : une règle pour donner le cadre général, puis des dérogations en série pour arranger tous les solliciteurs avec pour résultat que tout le monde a le sentiment qu’il n’y a plus de règle : et ça, le tueur l’avait très bien senti.

À se demander lequel, dans le concours pour qui sera le plus pied-nickelé, est le champion, du terroriste qui a l’inconscience de venir faire un repérage la veille, sans même savoir probablement qu’il est interdit de circulation avec toutes les caméras qui le filment, ou des policiers qui n’ont même pas visionné les images de ces caméras !   En réunion de préparation du dispositif policier pour le 14 juillet, les policiers disent : un camion ? Ça, on ne s’y attendait pas. Et c’est bien là qu’il y a de quoi être stupéfait, c’est bien là le cœur de l’affaire. On croirait avoir affaire à de jeunes soldats formés à la va-vite et qui tombent comme des mouches sitôt sur le front parce qu’ils ne savent pas renifler d’où peut bien provenir le danger. Les vieux professionnels, eux, restent vivants, ou s’ils sont tués, c’est dans une proportion bien moindre. Les policiers de Nice se sont ramassé comme des bleus parce qu’ils n’avaient pas assez de bouteille, pas assez de flair, pas assez de professionnalisme. A la fin du XVIII° siècle, Georges Washington disait à un officier : Général Saint Clair, en trois mots : attention aux surprises (…) Encore et toujours : attention aux surprises. À Nice, des terroristes peuvent arriver par la mer, en surface ou sous la surface,  par la terre à pied en surface ou sous la surface, par les égouts, en voiture ou en camion, par air en commandant un drone : au nom de quoi éliminer l’une de ces options ? Comment pouvons-nous être anesthésiés à ce point, sans réaction face à l’anormal, totalement dépourvus de l’instinct du chasseur qui fait du prédateur une victime ? Et les querelles entre ministère de l’Intérieur et ville de Nice sur les effectifs de chacun à un temps T sont dérisoires face à de constat d’échec sur toute la ligne.

Et nous restons impuissants face à cette folie : les Occidentaux parviendront sans doute à venir à bout de l’Etat Islamique – Daech -, mais cela n’arrêtera pas la folie, qui n’a nul besoin de Daech pour passer à l’acte : les réseaux sociaux, Internet, les armes en vente quasiment libres, les incohérences entre justice et police qui, toutes deux, ont une guerre de retard, y suffisent largement.

Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde.  Jamais ces mots d’Albert Camus n’ont été aussi pertinents. Jamais ils n’ont été, hélas, en aussi parfaite résonance avec l’actualité. Comment peut-on continuer à nommer du seul mot de terroristes les tueurs islamistes ? Quelle est cette prudence qui refuse de qualifier le terroriste ? De quelle couleur politique est-il, de quelle appartenance ? Quelle idéologie l’inspire ? Les tueurs nazis n’étaient-ils que des assassins, des criminels ou bien étaient-ils des assassins parce que nazis ?

Faire l’économie du qualificatif islamiste consiste à faire entrer le geste du tueur dans la catégorie du fait divers. Ne pas le faire, c’est intégrer la culpabilité de l’accusation d’islamophobie. Elle fait partie de la stratégie discursive de l’islamisme. Elle obéit à une logique de disqualification de la critique. Serait-il -raciste de regarder de près la matrice islamique de l’islamisme ? Claude Lévi-Strauss ou Germaine Tillon seraient-ils coupables de ce crime intellectuel ?

Continuer à psychiatriser ces crimes relève d’une étrange prudence. Si le camion fou était conduit par un déséquilibré, aurait-il fallu l’interner dans un asile, s’il n’avait pas été abattu ? Le prêtre égorgé sur l’autel de son église l’a-t-il été par deux malades mentaux ? L’empressement que mettent les médias à ne pas qualifier ces crimes ou à les qualifier en leur ôtant leur inspiration politico-religieuse interdit de comprendre le moment dans toute son amplitude.

Comment peut-on continuer à nommer attentat-suicide des bombes humaines ? Quelle est la part suicidaire du geste de celui qui se fait exploser au milieu de civils innocents ? Est-il un désespéré, un dépressif pour qui la vie n’aurait plus de saveur ? En qualifiant de suicidé celui qui tue en se donnant la mort, on donne à ce geste la valeur d’un désespoir quasi romantique qui attire à son égard compassion et interrogation.

Qu’est-ce que ce malheureux a eu à subir pour ainsi se donner la mort ? Les victimes de la bombe humaine n’auraient-elles pas une part de responsabilité dans ce geste ? Ainsi, l’attentat-suicide culpabilise ses victimes autant qu’il les tue. Le martyr jubile de ce coup double, il jouit dans cette apothéose puisque désormais ce sont soixante-dix vierges qui l’attendent au paradis.

L’idéologie compassionnelle si soucieuse des causes sociales ne peut rien comprendre au terrorisme islamiste si elle continue à le lire dans les catégories politiques et psychologiques qui sont les siennes. Les Américains auraient-ils pu anticiper le 11 septembre 2001 ? Non, car ils n’imaginaient pas qu’un tel geste fut possible. Il n’entrait pas dans les scénarios imaginés par la CIA. Le camion tueur de Nice aurait-il pu être imaginé ? La réponse est non, pour les mêmes raisons portées par cet interdit de penser hors du politiquement correct.

On ne lutte pas contre une idéologie apocalyptique en disant aux djihadistes : Messieurs, tirez les premiers, non seulement par courtoisie mais parce que notre logiciel juridique nous l’interdirait. On dit de cette guerre qu’elle est asymétrique. Certes et elle l’est non seulement par les méthodes de l’ennemi, mais surtout par ce qui inspire ces méthodes. Notre incapacité obstinée, à la nommer pour ce qu’elle est : c’est-à-dire l’affrontement fondamental d’un islamisme parti à la conquête du monde ajoute à la difficulté de la combattre.

Qu’est-ce que le djihad – tel qu’il est invoqué et pratiqué par les soldats du califat ? Cette guerre sainte promet le paradis à celui qui pourchasse et anéantit les infidèles, les non-musulmans. Il s’agit de cette forme spécifique de guerre commise au nom de l’islam, visant à l’extermination ou à la soumission de populations pour la seule raison de leur identité non musulmane. Le djihad, présenté dans un premier temps comme une ascèse spirituelle visant à une communion avec le divin, a laissé place à sa forme politique telle que nous la voyons aujourd’hui à l’œuvre.

Qu’est-ce qui définit le crime contre l’humanité ? Cette notion de droit, établie après les jugements des crimes nazis au procès de Nuremberg, caractérise les crimes de masse commis contre des personnes au nom de leur origine, ethnique, religieuse, politique. Il s’agit de crimes commis au nom de ce qu’elles sont, de leur identité, de leur appartenance.

Le djihad s’inscrit dans cette définition pénale du crime contre l’humanité. L’inscrire dans cette catégorie des crimes constituerait déjà un fort coup de semonce contre tous ceux qui habillent leurs crimes du masque d’une différence culturelle. Le dire haut et fort, au nom de principes universels, permettrait de faire un tri entre ceux qui partagent cette idée d’un universel commun pour une humanité commune et ceux qui refusent cette idée d’une communauté humaine obéissant à des lois universelles.

Tant que les musulmans n’auront pas fait ce travail critique sur leur corpus spirituel, ils resteront aveugles sur les sources de leur supposée humiliation. C’est au sein de l’islam que des voix doivent s’élever pour dénoncer cette monstruosité. Elles existent et c’est elles qu’il faut saluer.

On dira les choses comme on voudra : choc des civilisations déplaît aux indignés debout jour et nuit, parce que culturellement trop belliqueux, mais ne pas nommer le djihad pour ce qu’il est, c’est-à-dire un projet de crime contre l’humanité mené au nom d’une idéologie politico-religieuse, ne nous donnera pas les moyens intellectuels de combattre et de vaincre ce fléau.

Jacques Tarnero        Le Monde du 13 08 2016

Notre monde moderne est en train de recréer des tribus pillardes, des confins barbares, d’abord et avant tout parce qu’il existe un monde à piller, un monde sédentaire au sens d’Ibn Khaldun, [le Machiavel tunisien du XIV° siècle] un monde éduqué, ouvert, attaché à produire et à échanger beaucoup plus qu’à se défendre. […]    C’est l’exacerbation de la non-violence centrale qui crée la violence marginale.

Gabriel Martinez-Gros          Fascination du djihad. Fureurs islamistes et défaite de la paix. PUF 2016

12 08 2016                   Il est dans l’athlétisme quelques noms qui passent à la postérité pour avoir été les auteurs de record à la durée de vie particulièrement longue : ainsi de Valeriy Brumel, russe et Javier Sotomayor, cubain, pour la hauteur, Sergueï Bubka, russe, pour la perche, Bob Beamon, américain, pour le saut en longueur et Michael Johnson, américain lui aussi pour le 400 mètres avec 43″18 en 1999. Moins médiatisé mais aussi remarquable, celui du 10 000 m. féminin par la chinoise Wang Jungzia en 29’31″78 le 8 09 1993.

Et ce vendredi 12  août, aux JO de Rio, l’Ethiopienne Almaz Ayana 24 ans, 1.66 m ,47 kg, bat ce vieux record de 14 secondes en 29’17″45 : après 5 000 m. elle lâche ses concurrentes, à l’arrivée la seconde est à 150 mètres derrière et elle a dépassé presque toutes les autres qui ont donc plus d’un tour de retard sur elle !

Le surlendemain, c’est le record du 400 m. masculin qui tombe avec un 43″03 réalisé par un quasi inconnu sud-africain : Wayde van Niekerk de 24 ans, qui fait jeu égal avec Kirani James, grenadin et Lashawn Merrit, américain, pendant les 300 premiers mètres pendant lesquels il ne voit personne, étant dans le couloir extérieur, puis, à l’entrée de la dernière ligne droite, place une accélération à laquelle sont incapables de répondre les deux autres pour finir, seul, avec l’or et un nouveau record du monde.

Quasi inconnu…des simples amateurs d’athlétisme… car, pour les connaisseurs, il est loin d’être inconnu : champion du monde à Daegu, en Corée du Nord en 2011, à 19 ans, un 100 m. en 9’98″ en 2016, un 200 m. en 19’94″en 2015. Bob Beamon lui-même confesse qu’il s’attendait à cela de la part de ce garçon. Sa course n’est pas sans rappeler sur la même distance celle de Colette Besson, la petite fiancée de la France, 52’03″à Mexico en 1968, avec un finish plus puissant plus implacable que celui de Colette Besson, plus à l’arraché, à la gnaque.

Pour le reste, c’est autant les médias qui font le jeu que les athlètes : le demi-dieu Usain Bolt, idole des stades tout acquis à sa dévotion, s’en va faire des photomontages où il se place, une marche plus bas que  O Cristo Redentor [1], dans la même attitude, en DRH christique de l’humanité.

À l’opposé, Renaud Lavillenie recordman du monde du saut à la perche, qui, dans cette dramaturgie très manichéenne, va endosser l’habit du looser. Il est le grand outsider, puis au fur et à mesure du concours, est talonné, puis finalement dépassé par un jeune et beau Brésilien, Thiago Braz da Silva qui ne s’attendait pas à dépasser son record personnel de 10 centimètres ! Et le public de soutenir à fond celui qui va peut-être terrasser le blanc, recordman du monde, qui se fait copieusement et très grossièrement siffler. Parvenir à se concentrer dans pareille ambiance, c’est mission impossible… il n’est que second.

On a rarement vu un athlète recevoir une médaille d’argent en versant des larmes d’amertume. Il devait pourtant bien savoir qu’un peuple qui ne jure que par la fiesta – le club med 365 jours par an – ne risque pas en même temps de bien savoir ce que sont le fair-play et l’élégance. Les Jeux Olympiques ne sont pas loin des jeux du cirque, et quand les pouces sont tournés vers le bas, c’est l’humanité qui disparaît en premier. Si on ne veut pas connaître cela, on n’y va pas. Il parlera de public de foot, public de merde, mais il laissera entendre que c’était pour lui une découverte quand il le savait bien, avant même d’y aller.

Et puis, après tout, ce ne sont que des jeux, non ? La gagne, on est là pour ça, OK, mais savoir perdre, c’est bien aussi, et Renaud Lavillenie tout comme Florent Manaudou, et, plus grave, comme Aurélie Muller, ne savent pas perdre, et pourtant c’est une face du fair-play. S’il vous plait messieurs dames, un peu d’humour, que diable ! Dieu merci, nous aurons eu les magnifiques médailles de Christophe Lemaître, en bronze au 200m et surtout l’argent de Kevin Mayer au décathlon, venu titiller Ashton Eaton, l’intouchable, pas loin du record du monde. Un journaliste l’interroge sur ses capacités à battre un jour le record du monde – 9 045 points, détenu par le vainqueur du soir. Au même moment, Ashton Eaton passe derrière son dauphin. They ask me if I can beat the world record, traduisait, amusé, le jeune coq. Say yes ! rétorque Ashton Eaton.

La suite au prochain numéro ? Mais y en aura-t-il un ? Commencer par soumettre systématiquement toutes les candidatures à des Jeux olympiques à référendum auprès des populations concernées fiscalement pourrait au départ être un bon moyen de mettre les pendules à l’heure. Dans les semaines qui viennent on pourra lire dans un journal de consommateurs de Rome, en relation avec sa candidature aux JO de 2024, les JO sont des armes de distraction massive. Le dit journal  est de sensibilité du Mouvement 5 étoiles – M 5 S -, incontournable à Rome depuis l’arrivée à la tête de la mairie de Rome de Virginia Raggi, qui a juré fidélité absolue à Bepe Grillo, fondateur du  M 5 S. Elle confirmera ce choix le 20 septembre, mais malheureusement son tout récent mandat est déjà tellement entaché de gaffes, maladresses, friponneries en tous genres, dont la plus grande étant que, de facto, ce n’est pas elle la maire de Rome, mais Bepe Grillo. Elle ne va pas chercher ses ordres à Moscou, mais chez Pepe Grillo. M 5 S est un parti d’opposition, pas de gouvernement. Le petit a besoin de grandir. Il était pourtant urgent de mettre un peu de bon sens dans ce genre d’affaire, quand on sait que les Romains n’ont pas encore fini de payer les Jeux Olympiques de 1960 !!!

Un indicatif intéressant sur les 50 dernières années, pendant lesquelles, tous les Jeux Olympiques ont coûté plus qu’ils n’ont rapporté… tous, à l’exception de ceux de Los Angeles en 1984, bénéficiaires : la principale raison en est que Los Angeles était la seule ville candidate, et encore, après que le CIO soit venu la prier instamment d’accepter : donc le CIO a bien été contraint d’entériner le budget proposé, qui de plus, a été respecté, sans augmentation aucune : paradoxalement, c’est la concurrence entre candidats qui fait flamber les dépenses, quand de façon générale, elle a tendance à tirer les prix vers le bas. Cela signifie donc que les règles d’attribution sont malsaines et demandent à être revues. Les candidates établissent des budgets qui sous-estiment les coûts, surestiment les rentrées financières et, une fois élues, sont bien obligés de faire apparaître les coûts réels, très fréquemment au moins doublés. Pour avoir dénoncé tout cela, Wladimir Andreff, professeur à la Sorbonne, spécialisé en économie du sport, se verra interdit de télévision lors des JO d’Albertville. La principale mesure réaliste qu’il propose est de faire les Jeux toujours au même endroit : refusé. C’est ce qu’avait proposé Athènes en 1996. Là encore, les populations concernées sont ignorées et les décisions prises entre les politiques et les grosses machines à fric : Télévisions, CIO, FIFA etc…, avec la fabuleuse garantie que, de toutes façons, on ne peut pas faire faillite, puisque, quel que soit le trou, c’est la contribuable qui le bouchera ! Les J.O., ça fonctionne comme un État, c’est pour cela qu’ils s’entendent si bien !

http://www.echomagazine.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=573&Itemid=2

Et cela va se poursuivre avec les J.O. attribués à Paris pour 2024 :

En commentant l’attribution des Jeux Olympiques de 2024 à Paris, il ne faut pas jouer les rabat-joie, même si l’annonce n’a pas provoqué des scènes de liesse populaire dans les rues. Mais, au-delà des discours sur les valeurs du sport, qui omettent au passage les problèmes de corruption et de dopage, l’État, la région Île-de-France et la ville vont entrer dans le dur des dépenses et des investissements. Sans vouloir décourager les sportifs et les organisateurs, il faut dire haut et fort que les JO sont un gouffre financier pour les villes et pays hôtes. L’économiste Victor Matheson a écrit : Les malheurs de la Grèce ont commencé avec les JO de 2004. Laissons parler les chiffres. Les JO d’Athènes avaient été budgétés à 3 milliards d’euros, ils ont finalement coûté 10 milliards. Ceux de Pékin, budgétés à 11, ont coûté 30. Ceux de Londres, prévus à 2,5, plus de 11 ! Si l’on regarde aussi Sydney 2000 ou Atlanta 1996, les Jeux coûtent, en moyenne, trois fois plus que prévus. Si on applique ce ratio à Paris 2024, le budget actuel de 6,6 finira à 19 ! Munich, Boston et Hambourg, trois villes riches, se sont d’ailleurs retirées de ce piège.

Tous les sondages montraient que les Bostoniens rejetaient la candidature. Les Hambourgeois ont dit non aux JO par référendum en 2015. Puis Rome et Budapest, effrayées par les coûts et la dette en pers­pective, ont elles aussi abandonné. Oslo s’était retirée en 2014, car la population avait été choquée par les demandes exorbitantes des membres du CIO : voitures de luxe avec chauffeurs, portes réservées dans les aéroports, banquets pantagruéliques, etc. Si on les avait consultés, les Parisiens auraient-ils dit oui aux JO?

Cela étant, il faut maintenant que les citoyens parisiens et français soient clairement informés du budget des Jeux de 2024. Bercy doit exiger son respect scrupuleux. Et la Cour des comptes doit s’emparer avec vigueur de cet événement temporaire qui, s’il suscite des émotions, peut être une trappe à argent public.

Philippe Villemus                         Le Midi Libre du 17 09 2017

Avant même le tout premier coup de pioche, pour l’attribution officielle des Jeux à Paris qui s’est faite à Lima, à la mi-septembre 2017 – ce n’était qu’une formalité puisque la décision était bien antérieure – la délégation française s’est déplacée plus qu’en force : Anna Hidalgo et Tony Estanguet ont invité les copains des copains des copains, entre 250 et 320 personnes…, alors que seulement 60 d’entre eux ont pu assister au grand oral, faute de place ! Dom Pérignon, restau de luxe, hôtel de luxe : un note salée d’environ 1.5 million d’€… on s’en fout, c’est le contribuable qui régale !

24 08 2016                   Tremblement de terre en Italie, au nord-est de Rome, dans les Apennins, d’une magnitude de 6.2, avec un épicentre à 10 km au sud-est de Nursie, à cheval sur le Latium, les Marches et l’Ombrie. Près de 300 morts. Les principaux villages touchés : Pescara del Tronto, Accumoli et Amatrice, qui comptera 230 morts. Des centaines de répliques de moindre amplitude suivront dans la région.

26 08 2016                   Inauguration du Pont Yavuz Sultan Selim, le 3° sur le Bosphore, ancré près de la sortie du détroit sur la Mer Noire. Construit par l’architecte suisse Jean-François Klein et le Français Michel Virlojeux. Suspendu et haubanné, 2 pylônes de 322 m de haut. 52 m. de large pour 2 voies ferrées au centre et huit voies pour les voitures et camions – 4 de chaque côté. 800 millions $. Depuis des décennies, Istanbul est confrontée à des embouteillages monstres, qui amènent quotidiennement la ville au bord de l’asphyxie, principalement causés par le transit des camions internationaux Europe-Asie et le contraire : le passage par Istanbul n’est qu’une nécessité routière, mais pas technique. L’accès à ce nouveau pont emprunte une autoroute dont le branchement ouest est loin d’Istanbul et qui rejoint le réseau primitif à l’est loin encore d’Istanbul, qui, ainsi, devrait se voir allégé de la quasi-totalité de ce trafic, et pourvoir retrouver des conditions de circulation à peu près normales.

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Il ne faudrait pas que les sentiments que peut légitimement inspirer le président Erdogan à nos perceptions démocratiques viennent  masquer les fantastiques efforts fournis par la Turquie pour faire échapper Istanbul et ses 15 millions d’habitants à la paralysie, à l’asphyxie.

Le sultan Bajazet II avait réalisé dès le XVI° siècle la nécessité de disposer d’autres moyens que le bac : Léonard de Vinci nous a laissé en 1502 la maquette d’un pont sur le Bosphore, d’une grande beauté ; mais, aux dires des ingénieurs d’aujourd’hui, les assises sur chaque rive n’auraient pas résisté à la plus petite secousse sismique. Il faudra donc attendre 1973 pour qu’Istanbul connaisse son premier pont suspendu sur le Bosphore. Reprenons, dans un ordre chronologique, la situation présente, à fin 2016. Le chiffre entre parenthèses indique l’ordre du pont dans un classement du nord au sud, en partant du nord :

  • Inauguré en 1973, le Temmuz Şehitler Köprössü, – Pont des Martyrs du 15 juillet – ainsi rebaptisé en 2016 après la mort de 15 manifestants qui se trouvaient sur le pont, par les auteurs de la tentative de coup d’Etat. Pont suspendu, long de 1.560 km. (4)
  • Inauguré en 1988, le Fatih Sultan Mehmet Köprössü, pont autoroutier, – E 80 -. (2)
  • Inauguré le 29 octobre 2013, le tunnel ferroviaire Marmaray, de 13.6 km de long, proche du pont Avrasya. (6)
  • Inauguré le 26 août 2016, le Yavuz Sultan Selim Köprössü, ci-dessus décrit. (1)
  • Inauguré le 20 décembre 2016, l’Avrasya Tünelli – tunnel Eurasia -, long de 5.4 km, Ø de 13.7 mètres, 2 étages à 2 voies chacun, qui devrait voir le passage de 70 000 véhicules par jour. Situé un peu au sud du palais Topkapi. (5)

Et, encore en travaux, avec une ouverture à la circulation prévue pour 2020, le tunnel du grand Istanbul, ferroviaire et autoroutier, sur 3 étages, le train circulant sur l’étage central, long de 6.5 km, qui devrait permettre le transport de 6.5 millions de passagers par an. (3).

Et encore, la plus grande mosquée du monde :

Et encore, le plus grand aéroport du monde, qui devrait être inauguré en 2018 :

Et encore, dans les cartons jusqu’alors, mais qui en sortira bien un jour, le gigantesque projet de canal à écluses qui relierait la Mer Noire à la Mer de Marmara, à l’ouest d’Istanbul, donc en Turquie d’Europe : 45 à 50 km de long, 150 mètres de large, 25 mètres de profondeur.

Canal Istanbul, nouveau projet pharaonique d’Erdogan ...

Et encore, le gazoduc TurkStream dont les travaux seront terminés en novembre 2018 : la partie immergée de ce gazoduc, longue de 930 kilomètres sous la mer Noire, relie le port russe d’Anapa au village turc côtier de Kiyiköy, non loin d’Istanbul. A l’ouverture des vannes d’ici à la fin de 2019, les consommateurs turcs recevront du gaz des immenses champs gaziers situés dans la péninsule de Yamal, en Sibérie occidentale. La partie terrestre du tube, un tronçon de 65 kilomètres entre Kiyiköy et Lüleburgaz, près de la frontière turco-bulgare, devrait être achevée en 2019. Une fois posé jusqu’à Lüleburgaz, le gazoduc, d’une capacité de 15,75 milliards de mètres cubes par an, sera connecté au réseau turc. En 2017, la consommation turque a crû de 15 %, à 53,6 milliards de mètres cubes. Pour plus de la moitié, il s’agit de gaz russe acheminé par le gazoduc Blue Stream.

Un deuxième tronçon, d’une capacité similaire, reste à construire. Le gaz acheminé via ce deuxième tube sera destiné aux marchés européens, permettant ainsi à Gazprom de mieux contourner l’Ukraine.

Le mode de vie des habitants des mégapoles méditerranéennes [Casablanca, même si physiquement atlantique, peut-être considérée comme méditerranéenne] a tendance à s’uniformiser de plus en plus, mais néanmoins, cela s’inscrit sur des paramètres d’urbanisation extrêmement variés :

                                         Le Caire           Istanbul        Casablanca         Aix / Marseille

Population, en million            23                   15                       4                       1.842

Densité habitants / km²        74 000          2 700                  3 333                    585

Surface en km²                       528              5 500                  1 200                  3 148

31 08 2016                       Emmanuel Macron, jeune ministre de l’Economie et des Finances depuis deux ans, quitte Bercy. Son successeur, Michel Sapin lui adresses ses vœux :

J’ai le sentiment qu’on continuera à entendre parler de toi. […]        Je souhaite que la bonne chance pour toi soit une bonne chance pour nous tous […]        La responsabilité, j’espère qu’elle restera toujours dans ta tête et dans ton cœur.

Huit mois plus tard, il sera élu président de la République :

Le hold-up du siècle avait pronostiqué la ministre de la santé, Marisol Touraine.

Il y aura Clausewitz, Sun Tzu et Macron ajoutait le président du groupe socialiste de l’Assemblée nationale, Olivier Faure.

08 2016                   Les premières catastrophes dues au réchauffement climatique arrivent là où on ne les attendait pas : au-delà du cercle polaire où on a enregistré dans la péninsule de Yamal, en Sibérie, où l’on exploite du gaz et du pétrole, des températures de 29° à 35° en cet été. Conséquences : le permafrost dégèle et libère ce que la congélation avait fait hiberner : à long terme, ce pourrait être du méthane, mais pour le présent, c’est une bactérie mortelle qui redevient active : l’anthrax [2], qui se propage sous forme de spores dans l’air, l’eau ou la poussière ; la transmission peut se faire aussi par le taon ; un enfant en est mort et elle fait des dégâts importants dans les troupeaux de rennes. Financièrement et techniquement, cela remet bien des choses en question car les fondations des constructions, voies de chemin de fer,  avaient été faites en fonction de la dureté du permafrost : il faudra donc reprendre tout cela là où celui-ci commence à dégeler. En attendant on fonctionne à la russe, en posant dans le sous-sol des tuyaux destinés à le refroidir !

1 09 2016                     La fusée Falcon de Space X explose au sol sur son pas de tir à cap Canaveral : elle devait emporter un satellite Facebook qui aurait permis le développement de Facebook en Afrique. Cet accident va-t-il remettre en question la stratégie d’innovation permanente d’Elon Musk ? Il faut attendre pour voir quels choix va faire cet incroyable entrepreneur.

4 09 2016                     Zhang Chaolin, couturier chinois est mort lors d’une agression, le 7 août à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. La communauté chinoise d’île de France manifeste aux cris de Liberté, égalité, fraternité et sécurité. Puis nombre d’entre eux se retrouvent dans un des hauts lieux de la communauté asiatique : le restaurant le Président à Belleville, tenu par un … Cambodgien, lequel, pas très futé pour l’heure et agacé par cet envahissement hors réservation s’écrie : Eh, moi, je ne suis pas chinois ! Sa bonne petite affaire va dès lors péricliter et il sera contraint à vendre à un authentique chinois !

13 10 2016              Gallimard met en librairie Journal pour Anne 1964-1970, carnets et lettres d’amour de François Mitterrand à Anne Pingeot.

Pourquoi Anne Pingeot a-t-elle éprouvé le besoin de mettre cela sur la place publique ?

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. C’était un temps, enfin, il n’y a tout de même pas si longtemps, – Anne Pingeot était née – où les lettres d’amour d’un amant à sa maîtresse ou celles d’une aimée à son amant faisaient partie de ce que l’on nommait alors l’intimité, qui ne se limitait donc pas aux seules parties intimes. L’intimité regroupait des courriers, des actes notariés, des bijoux, des journaux intimes et si la lecture ou le bénéfice de ces secrets pouvait dépasser le cadre strict des auteurs et des destinataires, il ne dépassait jamais celui de la famille. On a vu ainsi des récits de déportation rester dans le cadre familial quand, sur le plan littéraire, ils auraient mérité une publication. L’intimité, c’était ce qui faisait le cœur de la vie familiale, parfois pour le pire, il n’est que de lire François Mauriac, Hervé Bazin, parfois aussi pour le meilleur : un ensemble de faits que n’avait pas à connaître le public, qui ne concernait que la famille, et se nommait alors pudeur.

En confiant ces écrits à Gallimard, Anne Pingeot a fait voler en éclat cette notion d’intimité et de pudeur. On pensait cette catholique tendance janséniste à l’abri de pareil grand écart.

La pudeur est remisée, coulée, torpillée par la dictature de la com, des médias pour lesquels elle n’est qu’un empêcheur de tourner en rond. Pourquoi ? Certainement pas en hommage à François Mitterrand, lui qui avait un goût si prononcé du secret. On ne voit pas comment il aurait pu apprécier ce déballage en place publique de son amour pour cette femme, quand il était à l’exact opposé de ce genre d’attitude, s’employant au contraire à semer perplexité et confusion derrière lui. Cet homme qui était certainement un des meilleurs connaisseurs de France de ce que peut être une trahison, pour l’avoir connue à moultes reprises, soit en l’exerçant soit en la subissant, aura donc fini par en être victime, de la plus inélégante des manières, de la part de celle qu’il aimait. Et pourtant il le disait bien lui-même : Toi et moi sommes à l’intérieur d’un univers fait de nous, fait par nous, où nul autre ne peut entrer. [14 novembre 1964]. Cependant, sous réserve qu’Anne Pingeot ait remis à Gallimard l’intégralité de ces courriers, il se dégage de cette lecture comme une impression de gêne : cette façon de s’adresser à une femme idéalisée, à telle enseigne qu’en fin de compte, on ne connaît pas mieux Anne Pingeot en fin de lecture qu’au début. Il y a là-dedans du Rilke, du Ronsard, du Clément Marot, du Alain Fournier beaucoup plus que du dialogue entre un homme et une femme faits de chair et de sang. Pas de connivence, aucune quotidienneté, toujours de la hauteur… C’en est à se demander si François Mitterrand n’écrivait pas alors… pour bien d’autres lecteurs… pour être publié.

Se serait-elle crue investie d’une mission de révéler au grand public une facette du personnage qu’il ne connaissait pas, pour l’humaniser en quelque sorte, puisque selon la doxa médiatique un homme public n’a pas de vie privée ?

Mais il se pourrait bien aussi qu’un jour, Anne et Mazarine en goguette, ne se contentant pas d’avoir été très bien hébergées pendant des décennies aux frais du contribuable, aient eu un coup de cœur pour une belle maison à vendre au milieu de quelques hectares, et se soient dites : mais avec quel argent pourrions-nous acheter cela ? Nos revenus respectifs, même cumulés, ne nous le permettent pas…

  • Mazarine, je pense avoir un idée et peut-être est-elle bonne.

Quoi qu’il en soit, on ne connaît pas le contrat qui la lie pour cet ouvrage à Gallimard : – le connaîtra-t-on un jour ? Pour avoir inséré quelques une ses propres lettres, pourra-elle être considérée comme étant l’auteure de l’ensemble ? On ne sait pas à qui vont aller les droits d’auteurs, peut-être après tout à une fondation, à une ONG, pour ainsi couper court à toute polémique. Pour s’être gardé des médias, des paparazzi pendant des décennies,  Anne Pingeot est aux premières loges pour cadenasser ce domaine, et elle l’a fait avec grand art : cinq émissions d’une demi-heure chacune avec Jean Noël Jeanneney [3] sur France Culture et c’est tout. De Jean-Noël Jeanneney, elle sait bien qu’il ne lui posera aucune question vulgaire du genre : Quid des droits d’auteur ? Ainsi, on se met à l’abri des indiscrets du genre Mediapart qui raffolent de mettre leur nez partout.

Car il est bien certain que ce livre va faire un tabac, ce sera au moins du 500 000 exemplaires, avec des traductions dans on ne sait combien de langues. Toute la presse people s’en lèche les babines d’avance. Au hit-parade de l’émotion, les lettres d’amour de Mitterrand vont rester en tête un bon moment, ce qui est d’ailleurs tout à fait justifié : l’homme avait une bien belle plume, élégante et dépouillée.

Mais, – ah l’imprévu ! –  la concurrence va être rude avec le Un président ne devrait pas dire ça de deux journalistes du Monde dans lequel François Hollande s’adonne au culte sans limites de la Transparence : ce n’est plus un familier du monde de la communication, mais un noyé dans la communication. Côte à côte en librairie, des lettre d’amour d’un président, remarquablement écrites, et un autre président, dénué de tout charisme, désespérément gris, qui joue à s’y noyer le jeu de la transparence.

Je ne lirai pas Lettres à Anne ni Journal pour Anne. Je ne veux pas savoir pourquoi il n’a pas quitté Danielle. Je ne veux pas savoir pourquoi il n’a pas épousé Anne. Je garde l’image de l’homme à la rose au Panthéon. C’était leur jardin. Il aurait dû rester secret. Cela ne me regarde pas.

Corinne Cherrier-Chaudat   Dijon   Télérama 3484. 22 au 28 octobre 2016

21 09 2016                   Ignacio Ramonet, ancien directeur du Monde Diplomatique, marche dans les pas de Michael Moore quant à l’élection présidentielle américaine à venir :

lL y a encore quelques semaines – à plus de deux mois de l’élection présidentielle du 8 novembre prochain aux Etats-Unis –, tous les sondages donnaient Hillary  Clinton, la candidate du Parti démocrate, gagnante. Il semblait alors évident que, malgré la masse des préjugés machistes, Mme Clinton serait la première femme à occuper le bureau ovale de la Maison Blanche et à tenir les rênes de la plus grande puissance de notre temps.

Qu’était-il arrivé au candidat du Parti républicain, le médiatique Donald Trump dont l’ascension était considérée comme « irrésistible » ? Pourquoi s’était-il effondré dans les sondages ? Sept Américains sur dix déclaraient alors qu’ils n’en voulaient pas comme président ; et à peine 43 % l’estimaient « qualifié » pour siéger à la Maison Blanche (65 % considérant, en revanche, que Mme Clinton était parfaitement apte à exercer cette tâche).

Rappelons qu’aux Etats-Unis, les élections présidentielles ne sont ni nationales ni directes. Il s’agit plutôt de cinquante élections locales, une par Etat, qui désignent les 538 grands électeurs chargés d’élire à leur tour le (ou la) chef de l’Etat. Ce qui relativise singulièrement les sondages à caractère national.

Face à de si mauvais résultats cependant, le candidat républicain Donald Trump décida, en août dernier, de remanier son équipe et de nommer un nouveau chef de campagne, Steve Bannon, directeur du site ultra conservateur Breitbart News Network. Trump modifia aussi son discours pour s’adresser à deux groupes d’électeurs décisifs : les Afro-américains et les Hispaniques.

Parviendra-t-il pour autant à inverser la tendance et à s’imposer sur la dernière ligne droite de la campagne ? Ce n’est pas impossible. En fait, Trump semble d’ores et déjà avoir, en partie, rattrapé son retard par rapport à Mme Clinton. Personnage atypique, avec ses propositions odieuses, grotesques ou sensationnalistes, Trump a déjà déjoué les pronostics. Face à des poids lourds comme Jeb Bush, Ted Cruz ou Marco Rubio qui, de surcroît, comptaient sur l’appui décidé de l’ensemble de l’establishment républicain, peu d’analystes donnaient Trump gagnant aux primaires du Parti républicain. Et cependant, il a écrabouillé ses adversaires, les réduisant en cendres.

Depuis la crise dévastatrice de 2008 (dont nous ne sommes pas encore sortis), plus rien n’est comme avant nulle part. Les citoyens sont profondément déçus, désenchantés et désorientés. La démocratie elle-même, comme modèle, a perdu une grande part de son attrait et de sa crédibilité. Tous les systèmes politiques ont été secoués jusqu’aux racines. En Europe, par exemple, les séismes électoraux inédits se succèdent, depuis la victoire de l’extrême droite en Autriche jusqu’au Brexit anglais ou la récente défaite de la chancelière allemande Angela Merkel dans son Land de Mecklembourg-Poméranie.

Mais le bouleversement ne se limite pas à l’Europe, il suffit de voir l’écrasante victoire électorale, en mai dernier, de l’inclassable et tonitruant Rodrigo Duterte aux Philippines… Tous les grands partis traditionnels sont en crise. On assiste partout à l’ascension de forces de rupture, soit des partis d’extrême droite (en Autriche, pays nordiques, Allemagne, France), soit des partis populistes et anti-système (Italie, Espagne). Partout, le paysage politique est en voie de transformation radicale.

Cette métamorphose atteint aujourd’hui les Etats-Unis, un pays qui a déjà connu, en 2010, une vague populiste ravageuse, incarnée à l’époque par le Tea Party. L’irruption du milliardaire Donald Trump dans la course à la Maison Blanche prolonge cette vague et constitue une révolution électorale que nul n’avait su prévoir. Même si, apparemment, la vieille bicéphalie entre démocrates et républicains demeure, en réalité la montée d’un candidat aussi atypique que Trump constitue un véritable tremblement de terre. Son style direct, populacier, et son message manichéen et réductionniste, qui sollicite les plus bas instincts de certaines catégories sociales, est fort éloigné du ton habituel des politiciens américains. Aux yeux des couches les plus déçues de la société, son discours autoritaro-identitaire possède un caractère d’authenticité quasi inaugural. Nombre d’électeurs sont, en effet, fort irrités par le politiquement correct ; ils estiment qu’on ne peut plus dire ce qu’on pense sous peine d’être accusé de raciste. Ils trouvent que Trump dit tout haut ce qu’ils pensent tout bas. Et perçoivent que la « parole libérée » de Trump sur les Hispaniques, les Afro-Américains, les immigrés et les musulmans comme un véritable soulagement.

A cet égard, le candidat républicain a su interpréter, mieux que quiconque, ce qu’on pourrait appeler la rébellion de la base. Avant tout le monde, il a perçu la puissante fracture qui sépare désormais, d’un côté les élites politiques, économiques, intellectuelles et médiatiques ; et de l’autre côté, la base populaire de l’électorat conservateur américain. Son discours anti-Washington, anti-Wall Street, anti-immigrés et anti-médias séduit notamment les électeurs blancs peu éduqués mais aussi – et c’est très important –, tous les laissés-pour-compte de la globalisation économique.

Le message de Trump diffère de celui des leaders néofascistes européens. Il n’est pas un ultra droitier conventionnel. Il se définit lui même comme un « conservateur avec du bon sens ». Sur l’échiquier politique traditionnel, il se situerait plutôt à la droite de la droite. Chef d’entreprise milliardaire et star populaire de la téléréalité, Trump n’est ni un militant antisystème ni, évidemment, un révolutionnaire. Il ne critique pas le modèle politique en soi, mais plutôt les responsables qui pilotent ce modèle. Son discours est émotionnel et spontané. Il fait appel aux instincts, aux tripes, pas à la réflexion ni à la raison. Il s’adresse à cette partie de l’électorat américain gagné par le découragement et le mécontentement, et aux gens lassés de la vieille politique et du système des « privilégiés », des « castes ». À tous ceux qui protestent et qui crient : Qu’ils s’en aillent tous ! ou Tous pourris ! , il promet d’injecter de l’honnêteté dans le système et de renouveler le personnel et les mœurs politiques.

Les grands médias ont beaucoup diffusé certaines de ses déclarations et propositions. Surtout les plus ignobles et les plus odieuses. Rappelons à cet égard, par exemple, ses affirmations à propos des immigrés mexicains illégaux qui seraient, selon lui, des corrompus, des délinquants et des violeurs. Ou bien son projet d’expulser quelque 11 millions d’immigrés latinos illégaux qu’il propose d’embarquer de force dans des bus et de les renvoyer au Mexique. Ou sa proposition, inspirée de la série Le trône de fer (Game of Thrones), de construire une colossale muraille le long des 3.145 kilomètres de frontière avec le Mexique, qui chevaucherait vallées, montagnes et déserts, pour empêcher l’arrivée de migrants latinos et dont le financement (21 milliards de dollars) serait à la charge du gouvernement mexicain.

Dans le même ordre d’idées, il a annoncé vouloir interdire l’entrée de tous les migrants musulmans, et s’est attaqué avec véhémence aux parents d’un militaire américain de confession musulmane, Humayun Khan, mort au combat en 2004 en Irak. Il a également a affirmé que le mariage traditionnel formé par un homme et une femme constitue « la base d’une société libre » et a critiqué la décision de la Cour suprême de reconnaître le mariage entre personnes du même sexe comme un droit constitutionnel. Il soutient ce qu’on appelle les « lois de liberté religieuse » promues par les conservateurs dans plusieurs Etats pour refuser des prestations aux personnes LGBT. Il ne faut pas oublier non plus ses déclarations sur le « mensonge » du changement climatique qui serait, selon lui, un concept « inventé par et pour les Chinois pour provoquer la perte de compétitivité du secteur manufacturier américain. »

Un tel catalogue de détestables inepties a été diffusé par les médias dominants non seulement aux Etats-Unis mais partout dans le monde. Au point qu’on se demande comment un personnage avec de si misérables idées peut rencontrer un tel succès chez les électeurs américains qui, évidemment, ne sont pas tous décérébrés ? Quelque chose ne cadre pas.

Pour résoudre cette énigme, il a fallu fendre le mur de l’information et analyser de plus près le programme complet du candidat républicain. On découvre alors sept autres options fondamentales qu’il défend, et que les grands médias passent systématiquement sous silence.

1) En premier lieu, les journalistes ne lui pardonnent pas ses attaques frontales contre le pouvoir médiatique. Ils lui reprochent d’encourager régulièrement son public à huer les médias malhonnêtes. Trump affirme souvent : Je ne suis pas en compétition avec Hillary Clinton, mais avec les médias corrompus.  Récemment, il a tweeté : Si les grands médias, répugnants et corrompus, couvraient de manière honnête ma campagne, sans fausses interprétations, je dépasserais Hillary de 20 %. Il n’a pas hésité à interdire d’accès à ses meetings plusieurs médias importants comme The Washington Post, Politico, Huffington Post et BuzzFeed. Il a même osé attaquer Fox News, la grande chaîne de la droite pamphlétaire, qui pourtant le soutient à fond …

2) Une autre cause des attaques médiatiques contre Trump : sa dénonciation de la globalisation économique qu’il tient pour responsable de la destruction des classes moyennes. Selon lui, l’économie globalisée est une calamité dont le nombre de victimes ne cesse de croître. Il rappelle que plus de 60 000 usines ont dû fermer ces quinze dernières années aux Etats-Unis et qu’environ cinq millions d’emplois industriels ont été détruits.

3) Trump est un fervent protectionniste. Il propose d’augmenter les taxes sur tous les produits importés. Et se dit prêt, s’il arrive au pouvoir, à établir des droits de douanes de 40% sur les produits chinois. « Nous allons récupérer le contrôle du pays et nous ferons en sorte que les Etats-Unis redeviennent un grand pays » affirme-il souvent, en reprenant son slogan de campagne. Partisan du Brexit, il a déclaré que, s’il était élu, il ferait sortir les Etats-Unis de l’Accord de libre échange nord-américain (ALENA). Il s’est également attaqué au Traité Trans-Pacifique (TPP) et a confirmé que, une fois élu, il retirerait les Etats-Unis de l’accord : « Le TPP constituerait un coup mortel pour l’industrie manufacturière des Etats Unis. » Evidemment, s’il est élu, il stopperait aussi les négociations en cours avec l’Union européenne. Il va même plus loin : Nous allons renégocier ou sortir de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Ces accords commerciaux sont un désastre, répète-t-il. Dans des régions comme le rust belt, la ceinture de rouille du nord-est où les délocalisations et la fermeture d’usines ont fait exploser le chômage et généralisé la pauvreté, ces propos sont reçus avec enthousiasme et font renaître tous les espoirs.

4) Autre option dont les médias parlent peu : son refus des réductions budgétaires néolibérales en matière de sécurité sociale. De nombreux électeurs républicains victimes de la crise économique, et tous ceux qui ont plus de 65 ans, ont besoin de la Social Security (retraite) et du Medicare (assurance maladie) mis en place par le président Barack Obama que les autres dirigeants républicains veulent supprimer. Trump a promis ne pas revenir sur ces avancées sociales. Il a aussi promis de diminuer les prix des médicaments, d’aider à régler les problèmes des SDF, de réformer la fiscalité des petits contribuables, et de supprimer un impôt fédéral qui touche 73 millions de foyers modestes.

5) Dénonçant l’arrogance de Wall Street, Trump propose également d’augmenter de manière significative les impôts des traders spécialisés dans les hedge funds (fonds spéculatifs) qui gagnent des fortunes. Il promet le rétablissement de la loi Glass-Steagall (votée en 1933 pendant la Dépression et abrogée en 1999 par William Clinton), qui séparait la banque traditionnelle de la banque d’affaires pour éviter que celle-ci puisse mettre en péril l’épargne populaire par des investissements à haut risque. Evidemment, l’ensemble du secteur financier est vent debout contre Trump et s’oppose au rétablissement de cette loi.

6) En matière de politique internationale, Trump s’est fait fort de trouver des terrains d’entente à la fois avec la Russie et avec la Chine. Il veut notamment signer une alliance avec Vladimir Poutine et la Russie pour combattre efficacement l’organisation Etat islamique (Daesh) même si pour l’établir Washington doit accepter l’annexion de la Crimée par Moscou.

7) Enfin, Trump estime qu’avec son énorme dette souveraine, l’Amérique n’a plus les moyens d’une politique étrangère interventionniste tous azimuts. Elle n’a plus vocation à garantir la paix à n’importe quel prix. Contrairement à plusieurs responsables de son parti, et tirant les leçons de la fin de la guerre froide, il veut changer l’OTAN : Il n’y aura plus – affirme-t-il – de garantie d’une protection automatique des Etats-Unis envers les pays membres de l’OTAN. 

Ces sept propositions n’oblitèrent pas les déclarations odieuses et inacceptables du candidat républicain diffusées en fanfare par les grands médias dominants, mais elles expliquent sans doute un peu mieux les raisons de son succès auprès de larges secteurs de l’électorat américain. L’aideront-ils à l’emporter ? On ne peut l’affirmer mais il est certain que les trois duels télévisés à venir, face à Hillary Clinton, vont être redoutables pour la candidate démocrate. Car les stratèges militaires le savent bien : dans un affrontement entre le fort et le fou, celui-ci, par son imprévisibilité et son irrationalité, l’emporte bien souvent.

En 1980, la victoire inattendue de Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis avait fait entrer le monde dans un cycle de quarante ans de néolibéralisme et de globalisation économique. Une éventuelle victoire de Donald Trump le 8 novembre prochain pourrait, cette fois, faire entrer le monde dans un cycle géopolitique nouveau dont la caractéristique idéologique principale, que l’on voit poindre un peu partout et notamment en France, serait : l’autoritarisme identitaire.

 Traduction : Rosa Gutierrez

21 10 2016                   Un train de la Camrail déraille près d’Esaka, une ville camerounaise entre Yaoundé et Douala. 79 morts, 551 blessés. Le groupe Vincent Bolloré est actionnaire à 79 % de la Camrail.

8 11 2016     Donald Trump devient le 45 ° président des États-Unis d’Amérique.

La colère a gagné, la rage protestataire l’a emporté. Un milliardaire douteux, qui ne paye pas d’impôts depuis vingt ans, ment comme un arracheur de dents, flirte ouvertement avec le racisme, la xénophobie et le sexisme, et qui n’a jamais exercé le moindre mandat électif ou public, a su la capter. Magistralement. Le républicain Donald Trump deviendra le 45e  président des Etats-Unis, et prendra possession de la Maison Blanche en janvier.

Le pays qui a élu Barack Obama en  2008 et en 2012, premier Afro-Américain à la Maison Blanche, diplômé d’Harvard, vient d’adouber un promoteur immobilier aux multiples faillites et qui se félicite de ses bons gènes européens. Telle est l’humeur de l’Amérique, tel est le fond de l’air dans l’ensemble de nos pays occidentaux. La démocrate Hillary Clinton n’est pas la seule vaincue de ce scrutin. Une déferlante protestataire bouscule les élites traditionnelles de part et d’autre de l’Atlantique. L’élection de Donald Trump est un bouleversement majeur, une date pour les démocraties occidentales. Comme la chute du mur de Berlin, comme le 11 septembre 2001, cet événement ouvre sur un nouveau monde, dont on peine encore à distinguer les contours mais dont une caractéristique est d’ores et déjà avérée : dans ce monde-là, tout ce qui était réputé impossible, ou irréaliste, devient désormais envisageable.

Jérôme Fenoglio        Directeur du Monde 10 11 2016

Aujourd’hui, Trump est à la Maison Blanche et, avec lui, la brutalité, la méchanceté, la haine des femmes, des Noirs, des Mexicains… En face : la lâcheté. On sait que ce qu’il raconte est faux, fou, et on s’en fout. Il a désormais l’avantage pour avoir créé la nouvelle norme : la culture du mensonge. Les progressistes sont incapables de lui répondre, car on ne peut pas moralement le concurrencer dans ce domaine.

Joan Baez       Le Monde du 12 juin 2018

En démocratie directe, Hillary Clinton aurait gagné : elle a eu près de 3 millions de voix de plus que Donald Trump, qui n’a été élu que par 28 % des [petits…] électeurs. Mais les Américains ont choisi une élection indirecte, par laquelle ce sont les grands électeurs qui élisent le président, et les circonscriptions électorales sont telles que les régions très urbanisées sont en finale sous représentées par rapport aux régions à faible densité. Ces grand électeurs sont élus au scrutin majoritaire, et raflent toute la mise – winner takes all – : les pères de la Constitution souhaitaient que le président soit élu non par les électeurs, mais par les Etats.

L’usage à l’excès de la peur de l’autre prend le pas sur le respect du fait : de 2001 à 2013, l’Amérique a connu 3000 morts du fait du terrorisme, mais, pour la même période, 400 000 morts du fait de l’usage des armes à feu, en vente libre pour les particuliers ! Remettre en question cette législation, Barack Obama n’y est pas parvenu, et pour Donald Trump, c’est hors de question ; par contre il essaiera très vite d’interdire l’entrée du pays aux ressortissants de certains pays arabes… essuyant alors ses premiers échecs !

Il y a des moments d’aberration dans les multitudes, il y a des noms qui entraînent les foules comme le mirage les troupeaux, comme le lambeau de pourpre attire les animaux privés de raison ; eh bien, malgré cela, je n’hésite pas à me prononcer en faveur de l’élection du président par le peuple. Et si le peuple se trompe, s’il veut abdiquer sa sûreté, sa dignité, sa liberté entre les mains d’une réminiscence d’Empire, s’il nous désavoue et se désavoue lui-même, eh bien tant pis pour le peuple ! Ce ne sera pas nous, ce sera lui qui aura manqué de persévérance et de courage.

Lamartine, en 1848, commentant la victoire de Louis Napoléon Bonaparte.

Le 11 novembre, le Midi Libre titrera en une : La France va-t-elle subir  l’effet Trump ? Selon les experts, la victoire du FN à la présidentielle est peu probable.

Cette élection de Trump a mis en pleine lumière  le plantage énorme du monde de la communication, de toute la presse, des médias, qui ont révélé alors leur méconnaissance profonde du pays, avec le refus délibéré de sortir de leur bulle d’establishment, de nantis. Eh bien, le Midi Libre, trois jours après cet échec majeur, en remet une couche et nous ressert le plat de ces messieurs les experts, comme si nos experts à nous étaient bien meilleurs que les américains. Allons donc ! Laissez donc les experts faire une bonne diète en les contraignant à une cure de silence, et vous-même, messieurs les journalistes, mettez-vous donc en quête de ce qu’est le pays réel, en cessant de vous réfugier derrière des intermédiaires soi-disant experts qui s’autoproclament compétents, mais se révèlent incompétents.

Parmi les personnalités en vue, il ne sont que deux à avoir prévu le séïsme : le réalisateur américain Michael Moore et l’ancien directeur du Monde diplomatique Ignacio Ramonet :

http://www.medelu.org/Les-7-propositions-de-Donald-Trump

Il fut un temps où l’Atlantique était un océan. C’était avant que la téloche, le Concorde puis Internet ne réduisent cette immensité aux proportions d’un ruisseau. Mais de cette époque depuis longtemps révolue nous reste le sentiment que les Américains ne sont pas faits du même bois que nous. Il y a -toujours, insidieuse, l’idée d’une lointaine peuplade, avec ses mœurs, ses rites et ses lubies. Une tribu reculée, un peu arriérée, surtout quand elle vit à Abilene, Des Moines ou Gastonia. Une étrange horde qui vient d’ailleurs de se donner un drôle de chef à plumes, strass, paillettes et moumoute dorée sur tranche.

Il faut entendre, lire, voir, ce qui se dit, s’écrit, se montre de ce qui se passe tout là-bas, sur la rive en face. Le bras est tendu vers cet ailleurs, cet horizon derrière les flots. Puisque les temps sont à ériger des murs qui rassurent, c’en est bien un qu’on bâtit là, avec cette distance physique et intellectuelle. Jamais cela n’arriverait chez nous, bien sûr. Nous n’avons rien à craindre sur notre bon vieux continent, vacciné par l’histoire et la civilisation. Ainsi s’invente-t-on des milliers de kilomètres prophylactiques. On se répète : C’est loin l’Amérique… Quelle myopie !

Comme si nulle caravelle jamais ne traversa l’océan. Comme si ce qui se passe dans ce Nouveau Monde appartenait toujours à un autre monde. Comme si Charles Lindbergh, le Big Mac ou la fibre optique n’avaient pas rapproché les deux berges à se toucher. Comme si ces Etats-Unis vastes et profonds, des Appalaches aux montagnes Rocheuses, du Texas au Dakota, demeuraient une terra incognita. Comme si ces habitants grassouillets étaient attardés dans un folklorique Far West. Comme si ces Ricains étaient d’une culture différente, plus proches des Papous que de nous autres, Européens éclairés. Il reste de l’ethnologie dans le commentaire, de la condescendance dans l’analyse.

Qu’il est commode, réconfortant, au fond, de vouloir réduire l’électorat de Trump à des clichés : nostalgiques du Ku Klux Klan, gagas de la gâchette, bigots les bras en croix ! Mais, à lire les reportages du Monde sur cette Amérique en rupture de ban, comment ne pas voir plus qu’une proximité, plus qu’un cousinage, un vrai mimétisme des deux rivages ? Comment ne pas comprendre que cette élection s’est déroulée à un jet de pierre, un ricochet sur l’eau. Et que sa semblable – sa pareille ? – se prépare ici. Tant elle est là, sous nos yeux, même si nous rechignons à la voir, cette France de Trump. Elle est la même, exactement la même, simplement en VF.

On écoutait les anciens sidérurgistes de Pennsylvanie remâcher le sentiment d’abandon et on croyait entendre ceux qu’on avait interrogés il y a quelques années dans la vallée de la Fensch. Dans cette vallée des anges, ainsi baptisée pour la terminaison des communes (Nilvange, Florange, Knutange…), les habitants se sentaient aussi délaissés. On a surnommé la Rust Belt (la ceinture de rouille) les anciens Etats industriels du nord des Etats-Unis qui se sont majoritairement donnés à Trump, par dépit. La ceinture de rouille… L’image irait si bien aux hauts-fourneaux et laminoirs de Gandrange ou d’Hayange, monstres à l’arrêt, le métal rongé par l’oxydation, colosses en ruine, laissant à leurs pieds des bonshommes inutiles, à oublier. La vallée de la Fensch ma chérie, c’est l’Colorado en plus petit, chantait Bernard Lavilliers.

On écoutait les gens de Virginie ou d’Alabama, ces rednecks (cous rouges) et leur fierté de campagnards. Ils parlaient de leur religion du travail, de leur glorification du dollar[3] arraché à la sueur du front. On repensait à ce vieil éleveur désespéré, rencontré dans un coin de Normandie. Lui et sa femme vivaient avec moins de 1 000  euros de retraite par mois, après avoir nourri la France, cette ingrate. Le fiston, célibataire par défaut, avait repris la ferme. Grevé de dettes, saoulé de normes, exténué par un labeur inutile, il avait tenté de se suicider.

On écoutait les évangéliques de la Bible Belt (la ceinture de la Bible), corset de religion qui enserre le sud des Etats-Unis. Ces culs-bénits racontaient leur réprobation de mœurs qu’ils jugeaient dissolues, mais aussi leur recherche d’une morale de vie. On repensait alors à La Manif pour tous. En parcourant les rangs de ces centaines de milliers d’opposants au mariage des homosexuels, on avait effleuré ce même mélange confus, entre rejet et foi, entre sectarisme et éthique, cette même quête de sens au risque de l’intolérance.

On écoutait, mille fois ressassés, ces propos sur l’Amérique qui fout le camp. On repensait à ces deux amis, rencontrés lors d’un raout de voitures de collection dans le centre de la France, qui avaient décidé de rester scotchés, du mange-disque à la radio flashy, dans les années soixante, celles de leurs 20 ans. Quand Donald Trump dit : La France n’est plus la France, il s’adresse à eux et à tous les nostalgiques qu’on aurait tort de réduire à des passéistes.

On écoutait, écoutait ainsi tous ces Américains qui adoubaient ce personnage sulfureux, malgré ou à cause de ces outrances. On repensait à ces ouvriers de Camargue, épris de chasse et de liberté, emplis de culture virile, qui se plaignaient de voir leur mode de vie émasculée par les bobos. On repensait à ce cordonnier bourguignon que les charges sociales mettaient à genoux. On repensait à cet ouvrier de l’arsenal de Cherbourg dont l’avenir était en pointillé, à la merci d’erratiques commandes.

On repensait en fait à tant de visages que cela en devenait effrayant. Tous ces déclassés emplis de rage, car c’est bien de rage qu’il s’agit, tous ces électeurs qui croient qu’ils n’ont rien à perdre… A la merci des beaux parleurs, des marchands d’illusions, en quête d’un patron plus que d’un président, d’un big boss qui leur fera miroiter une paternaliste protection. Ils sont si nombreux de ce côté de ce ru qu’on appelle l’Atlantique.

Benoît Hopquin          Le Monde du 20 12 2016

16 11 2016                Emmanuel Macron vient d’annoncer sa candidature à l’élection présidentielle à Bobigny. Alexandre Benalla met violemment à la porte de la salle un militant communiste qui voulait poser une question, probablement embarrassante. Petit détour sur le chemin du retour par la basilique de Saint Denis pour se recueillir sur les tombeaux des rois de France, hors caméras et hors micros. Quand on se croit investi d’une mission sacrée, il ne faut rien négliger.

25 11 2016                  Dernière vache sacrée du communisme, Fidel Castro meurt. Exit le Lider Maximo. Nombreux seront les faux-culs à le pleurer. Quelques-uns, sincèrement. Plus rares ceux qui oseront dire : Enfin !

Castro Ier est mort une seconde fois. Mais cette fois ce sera la bonne, car son frère Castro II l’a annoncé sur un ton mélodramatique digne du plus ringard des feuilletons. Fini cette présence oppressante, mais nous nous en rendrons compte seulement quand quelque temps aura passé, des années peut-être.

Oui, car le monde s’obstine aujourd’hui à nous vendre ce -produit périmé, ce produit de marketing inventé par Castro Ier et acheté par la planète entière : Lui et sa Révolution. Les acheteurs, bien sûr, ont confondu Castro et Cuba, et ils ont cru, ils croient encore que la fête avait été inventée par le tyran, et quand ils parlent de Cuba ils ne se réfèrent qu’à l’île auréolée de cette espèce de cette fête ridicule et tapageuse que les gauchistes du monde entier assimilent à mon pays. Non, Cuba n’est pas Castro. Castro n’a jamais compris ce qu’était Cuba.

Castro Ier est mort, et ici, en France, François Hollande se livre à une sorte de pirouette lamentable en citant encore le vilain embargo des Etats-Unis. Hollande n’est au courant de rien, il reste fidèle à son habitude de ne se rendre compte de rien. Le tyran est mort et le président trouve le plus pathétique des détours : l’embargo. Il ne faisait pas référence à l’embargo que le castrisme a imposé aux Cubains pendant cinquante-sept ans et à ses camps de concentration, les UMAP (Unités militaires d’aide à la production). Non, Hollande se réfère à l’embargo américain qui n’a jamais empêché Cuba d’être envahie pendant plus de trente ans par les Soviétiques et de commercer avec le monde occidental, notamment avec la France. Pas plus qu’il n’explique l’origine de cet embargo, qui était moins un embargo qu’un boycott commercial. Et nous devrons en rester là.

Mais Hollande n’a pas été seul à adopter cette attitude, il a suivi le cortège des éloges émis surtout par la classe politique. Il a été au diapason aussi de l’ignorance de la plupart des journalistes.

J’ai pensé que la mort de Castro me rendrait très heureuse, et que je pourrais enfin ici en France m’ouvrir en racontant la vérité sur la dictature castriste. Mais non. Je n’éprouve qu’un grand dégoût. Un immense dégoût. C’est tout. Je me contente d’archiver visages et propos, comme ceux du premier ministre canadien, Justin Trudeau – Fidel Castro, leader plus grand que nature, a consacré près d’un demi-siècle au service du peuple cubain, a-t-il notamment -déclaré – , et tant d’autres, qui paieront un jour pour leurs offenses au peuple cubain.

Je me rappelle maintenant mes parents, morts en exil. Je me rappelle de tant d’hommes et de femmes exécutés massivement dans les camps, et j’évoque les écrivains, les peintres, les musiciens, exilés et morts avant d’avoir pu vivre ce grand moment de libération personnelle qu’aucun de ces lèche-bottes du Dictateur Favori ne pourra comprendre.

Mais non. Malgré tout on l’appelle ici le Grand Révolutionnaire, le Lider Maximo, alors qu’il n’a été que le pire des gangsters, le caïd, celui qui a vendu Cuba d’abord aux Soviétiques et maintenant aux Américains. L’indésirable qui a inoculé le venin du communisme à l’Afrique, qui a utilisé des armes chimiques dans des villages africains, l’inventeur de la guerre des guérillas, l’inspirateur des narco-guérillas et des terroristes de l’ETA, le trafiquant de drogue qui, protégé par la complicité internationale, a toujours su échapper à tout tribunal et à toute justice, par ses ruses séductrices d’éternel trublion.

Et l’on rabâche encore à la radio qu’avant 1959 Cuba était le bordel des Américains, que la bourgeoisie avait fui l’île à l’arrivée du Grand Commandant de la Révolution. Des bêtises à la pelle. Cuba est maintenant le bordel du monde, surtout des Européens. Quelle insulte aux femmes cubaines, aux travailleuses et travailleurs qui ont contribué à faire de mon pays, en  1957, l’un des plus développés du continent. Quel mensonge !

En attendant, à Cuba, le peuple fait semblant de pleurer alors qu’il jubile à l’intérieur, et à Miami les exilés de diverses générations, surtout les jeunes, font la fête alors qu’ils pleurent à l’intérieur. En France, à Paris, nous, les Cubains, nous devons supporter les mensonges répugnants des admirateurs du Sanguinaire des Antilles. Mais moi je m’y refuse, je m’y refuse toujours. J’ai suspendu mon drapeau cubain au balcon et, ma fille à côté de moi, j’ai crié de toutes mes forces : Vive Cuba Libre !

Zoé Valdés                    Le Monde du 29 11 2016

Jean Ziegler ne partage pas cet excès d’indignité, en faisant valoir, et certainement à juste titre, qu’à Cuba, contrairement à la situation antérieure à Fidel Castro, aujourd’hui tous les enfants mangent à leur faim, et que la médecine est accessible à tous, et de très bonne qualité. Cela devait être dit puisque cela ne pouvait rester caché.

27 11 2016               Alain Juppé perd les primaires de la droite pour l’élection présidentielle de 2017 contre François Fillon, qui obtient plus de 44% des suffrages – soit un peu moins de 2 millions de voix -, contre 28 % pour Juppé. Avec 4.38 millions de votants au second tour, l’ensemble de la presse s’accordera pour dire que c’était là un taux de participation exceptionnel. Il y a à peu près 47 millions d’inscrits sur les listes électorales en France ; en tablant sur un partage des voix entre droite et gauche, à la louche, à 50/50, cela fait 23.5 millions de votants pour la droite. Cela signifie que plus de 19 millions d’électeurs de droite se sont abstenus. Les 1.927 millions de voix pour Fillon représentent certes 44 % des votants, mais seulement 12.20 % des voix de la droite : on est tout de même très loin d’un triomphe. Est-ce donc significatif ?

Hier encore, un ami français me le confirmait. Aux primaires de la droite, il aurait voté Alain Juppé plutôt que François Fillon si un proche ne l’avait averti in extremis : il est pour les musulmans ! D’ailleurs, m’apprend-il en souriant, on l’appelle Ali juppé sur les réseaux sociaux.

Il est vrai que depuis des semaines, les ennemis du maire de Bordeaux avaient martelé sur Internet qu’il avait financé une grande mosquée, vanté les mérites républicains d’un imam, défendu l’identité française heureuse de sa diversité, etc. Des photomontages le dépeignaient vêtu en mollah ou en imam…

Un an jour pour jour après les terribles attentats de Paris, ces attaques indécentes ont été orchestrées lors d’une élection pour la présidentielle française. Sur mon compte personnel Facebook, je recevais aussi des blagues sur Ali Alain. Au second tour des primaires, ces attaques nauséabondes ont contribué à la défaite d’Alain Juppé. Certes, parmi d’autres facteurs, mais elles ont pesé dans le choix des électeurs indécis.

Pour les défenseurs de la République fraternelle, des campagnes politiques dignes, cette réalité est douloureuse. Elle m’a ramené à l’élection présidentielle américaine de 2008 dont les débats m’avaient alors outré. Enseignant à UCLA (Los Angeles), je suivais la campagne, Barack Obama étant donné vainqueur par les sondages. Les coups bas pleuvaient, venant des républicains, qui inventaient des affiliations équivoques du candidat noir à l’islam, insistant sur son enfance en Indonésie, sa scolarité dans une école coranique, des connexions avec des réseaux terroristes.

Si bien que, lors d’un meeting de John McCain, quelqu’un avait crié dans la foule  kill him ! (tuez-le) ! L’appel au meurtre en direct avait aussitôt été repris en chœur par d’autres voix parmi les milliers de personnes dans la salle, chauffées à blanc. Il avait libéré le souffle galvanisant de la rhétorique identitaire, blanche et chrétienne. La haine islamophobe était libérée publiquement contre Barack Hussein Obama. Deux jeunes néonazis avaient même été arrêtés, peu avant l’élection, qui projetaient d’assassiner Obama pour déjouer le complot arabo-musulman.

En tant que Français de culture musulmane, j’étais atterré, inquiet de ce déferlement de haine. J’avais cependant été rassuré par un homme politique qui monta au créneau contre les dérapages de son parti : Colin Powell. Issu de la minorité noire, ancien secrétaire d’Etat à la défense de G. W. Bush, il appela à voter Obama. Les dérives raciales chez les républicains l’avaient écœuré : … Je suis aussi troublé par un autre argument de McCain, que d’autres membres du Parti républicain mettent aussi en avant. On ne se gêne plus pour dire des choses comme : M. Obama est un musulman ! Or, il n’est pas musulman. Il est chrétien et l’a toujours été. Mais la vraie réponse est : Et alors, s’il l’avait été ? Est-ce un problème d’être musulman dans ce pays ? La réponse est non, ça, ce n’est pas l’Amérique. Est-ce un problème d’être un enfant américain musulman de 7 ans et de rêver de devenir président des Etats-Unis ? J’ai entendu des membres éminents de mon parti lancer qu’Obama était musulman et qu’il devrait être associé au terrorisme ! Ce n’est pas une façon de faire, en Amérique… « 

Une autre fois, un incident raciste s’était encore produit lors d’un meeting républicain. Une vieille dame avait surgi sur scène pour saisir le micro et crié qu’Obama était un Arabe et qu’elle ne voterait jamais pour lui ! Surpris, McCain lui avait arraché le micro, s’empressant de rappeler que le sénateur Obama n’était pas un Arabe, mais quelqu’un de décent. Etrangement, ces dérapages n’avaient pas suscité de remous particulier dans les communautés religieuses, peut-être rompues à son expression publique libérée. Le grand silence attestait à mes yeux le recul de leur capacité d’indignation. Lors de cette élection historique de 2008, Colin Powell avait lancé la bonne question : était-ce un problème d’être musulman aux Etats-Unis ?

Barack Hussein Obama a malgré tout été élu. Il a même gagné son second mandat, qui s’achève au moment même où en France Alain a perdu à cause d’Ali. Le camp de François Fillon peut se réjouir de sa victoire, mais les lésions sociales provoquées par les attaques racistes resteront dans la mémoire des millions de musulmans de France. Elle montre combien utiliser l’islam comme épouvantail aujourd’hui peut être rentable en politique. Et vice versa. C’est indigne au pays de la fraternité, mais surtout pour ces citoyens français qui s’appellent Ali et qui, depuis les années 1970, sont contraints à des amputations patronymiques pour éviter les discriminations, à se dissimuler pour ne pas subir l’humiliation du refoulement, quitte à se renier, et à montrer patte blanche.

Il y a une corrélation positive entre l’appréciation de son prénom et l’estime de soi. Et vice versa. Le prénom est le premier élément que l’individu livre sur lui et, quand il est donné lors des premières rencontres, il fait l’objet d’une évaluation par les autres et conditionne la désirabilité sociale de l’individu. Plus il est fréquent, plus il est apprécié, car la familiarité favorise la préférence. Je me souviens que dans les années 1970-1980, de jeunes Arabes se faisaient appeler par des prénoms européens, Aldo, Luigi, Jimmy, plutôt que Mohamed, Bachir ou Ali. Plus tard, l’usage de diminutifs a permis de masquer l’indésirabilité sociale du prénom : Mustapha est devenu Mouss, Mohamed Momo, Samir Sami, etc. ; puis l’usage du verlan a fait de Karim Rimka, de Maurad Radmo et de Kamel Melka, etc.

L’impact psychologique à long terme était prévisible. Le rejet du prénom par la société signifiait le rejet de l’histoire des parents, des ancêtres, de la généalogie et, en somme, de l’islam. Le balancier identitaire finirait un jour par revenir en boomerang. Du reniement de soi, on passerait à l’ostentatoire. Nous sommes au cœur de ce cercle vicieux.

Aux Etats-Unis, une figure mondiale de la boxe est morte récemment. Le plus grand champion de tous les temps avait choisi dans les années 1960 de s’appeler Mohamed Ali, non plus Cassius Clay, pour retrouver une fierté identitaire dans l’Amérique ségrégationniste. En France, on savait que -Mohamed n’était pas le meilleur prénom pour trouver du travail, mais beaucoup réalisent que même Ali est devenu la figure emblématique du repoussoir : associé à un patronyme du terroir, comme Juppé par exemple, il définit désormais une souillure, un antonyme. C’est Clovis embrassant Zidane ! Jusqu’à quand la Hogra ( mépris en arabe) va-t-elle durer ?

Azouz Begag Le Monde du 8 décembre 2016

Azouz Begag a été ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances dans de gouvernement Villepin, sous Chirac, de 2005 à 2007. Certes, on a vu sur les réseaux sociaux des Ali Juppé, mais on a vu aussi tous les autres candidats ainsi caricaturés, ce qui écorne quelque peu la pertinence de l’argument d’Azouz Begag.

Il en faudra encore du temps aux Instituts de sondage pour réaliser combien leurs méthodes de travail sont devenues obsolètes pour appréhender la réalité, et aucun d’entre eux n’a encore pris la mesure du poids des réseaux sociaux dans les élections, fantastiques entreprises de crétinisation, d’avancée à vitesse V vers le degré zéro de l’intelligence, du sens critique ; impérialisme du slogan, du mélange inextricable du vrai et du faux, où personne n’a de position qui lui permette de faire un peu de rangement dans tout ce foutoir ; et les mieux placés pour mesurer tout cela sont les créateurs de ces réseaux… qui mettent tous leur progéniture dans des établissements où sont proscrits n’importe quel type d’écran ; on n’y connaît que la craie, le tableau noir, le papier et le crayon.

Monsieur Begag est poli, mis en fait ce dont il veut parler, c’est de la montée en puissance de l’imbécillité, du crétinisme. L’affaire n’est pas nouvelle : mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose disait Voltaire, le problème, c’est qu’aujourd’hui, avec la puissance de feu de ces réseaux sociaux, ce n’est pas quelque chose qui en reste, mais le quelque chose a pris la plus grosse part… jusqu’à gagner une élection.

Donc François Fillon arrive largement vainqueur. Le pauvre homme ne sait pas encore qu’arrivé à ce stade, il a mangé tout son pain blanc, et que ne va plus rester très bientôt sur la table que du pain noir… Tous ces bons catholiques cramponnés à leur traditionalisme comme à une bouée de sauvetage qui ont voté pour l’honnête homme vont devoir ouvrir les yeux pour réaliser qu’il n’est qu’un notaire véreux et cupide, habile à tripatouiller la loi pour qu’elle lui permettre de grossir son bas de laine : sa femme  Pénélope a touché pendant des années des salaires plus que confortables sans fournir aucune preuve de travail effectif correspondant. Les copains comme Marc Ladreit de Lacharrière vont mentir comme des arracheurs de dents pour prétendre le contraire. François Fillon est bien comme nombre de politichiens : avant de servir, je pense d’abord à me servir. À ce régime les électeurs devraient fondre comme neige au printemps et François Fillon repartir à l’anonymat d’où les catholiques traditionalistes l’avaient un moment sortis. D’ailleurs, si cet homme avait eu la carrure d’un homme d’Etat, il aurait rapidement démissionné de son poste de premier ministre de Nicolas Sarkozy, en refusant de se cramponner à cette fonction de collaborateur, et subissant humiliations sur humiliations. D’honnête homme passablement psychorigide, il sera passé en quelques semaines au statut de parfait minable.

25 12 2016                         À bord de son trimaran Sodebo, – 31 m. de long, 35 de haut, 21 de large -, 2,5 millions €, Thomas Coville boucle un tour du monde en solitaire en 49 jours 3 h 7’ 38″ : il bat ainsi le précédent record de Francis Joyon  de 2008 de 8 jours et 10h ! des pointes fréquentes à 35 nœuds – 63 km/h !

On est tout de même assez loin – 9 jours de plus – du record du monde en équipage pris en 2017 par  Francis Joyon en 40 jours 23 h 30’ et 30″ avec 5 hommes sur Idec-Sport un trimaran de 31.5 mètres de long, pouvant porter jusqu’à 520 m² de voiles, record qui vient démentir le dicton en vogue dans tous les ports bretons : Onze Français sur un bateau, ça donne onze Français ; onze Anglais sur le même bateau, ça fait un équipage.

http://www.lequipe.fr/Voile/Diaporama/Coville-dernier-d-une-grande-lignee/5924

2016                                   Trop de voitures ? Certes. Il faut inventer des solutions : nombre de départements vont subventionner des déplacements à bas prix : 1 € ou 1.5 € pour tout voyage sur les bus des lignes départementales : très bien, les bus existent déjà, les routes existent déjà, il suffit donc de remplir les bus ; excellente subvention au moindre coût. Par contre, si l’on se risque à mettre le nez dans les histoires de vélo, c’est une véritable catastrophe, plutôt même un scandale de démagogie et d’arnaque au contribuable : un velib – vélo en libre service – quel que soit son statut, coûte entre 2 000 et 4 000 € par an à la collectivité qui le gère, le vol étant la principale cause de ce coût astronomique. Ce sont là des expériences auxquelles on met fin dans les meilleurs délais quand on est un responsable politique honnête et soucieux des deniers des contribuables… eh bien non, les expériences se poursuivent, à grand renfort de démagogie et d’irresponsabilité… démagogie, car le montant des abonnements est dérisoire eu égard au coût : de 20 à 30 € par an ! Il aurait pu être multiplié par cinq. Là encore on préfère faire payer le contribuable que l’usager.

14 01 2017                             Au Brésil, dans la prison d’Alcaçuz, à 25 km de Natal, on découvre les corps de 26 prisonniers pendus, démembrés ou décapités : c’est le bilan de plusieurs jours d’affrontements entre le PCC [Primero comando da capital – Premier commando de la capitale] et le RN [Sindicato do crime do Rio Grande do Norte – Syndicat du crime du Rio Grande do Norte – les deux gangs qu’abrite la prison.

28 01 2017                       Les Américains qui manifestent contre la présidence de Donald Trump sont en nombre, les plus souvent anonymes. Mais les boss de la Silicon Valley s’y mettent aussi, et à l’exception d’Elon Musk et de Trevis Kalanik, fondateur de Uber, qui se sont fait embaucher par Trump , la levée de boucliers est unanime :

Donald Trump pourra se vanter d’avoir fait descendre dans la rue des milliardaires de la Silicon Valley. Sergueï Brin, le cofondateur de Google, 13e fortune des Etats-Unis selon le classement Forbes, se trouvait, samedi 28 janvier, au milieu de la foule qui manifestait à l’aéroport de San Francisco contre le décret Trump. Une vision rare pour un homme qui ne passe pas pour être particulièrement grégaire.

Brin s’est laissé photographier avec un bébé dans sa poussette portant un écriteau : Je veux que mes grands-parents reviennent d’Iran. Né à Moscou, l’inventeur est arrivé en 1979 aux Etats-Unis, à l’âge de 6 ans, lorsque sa famille a fui l’antisémitisme en URSS. Je suis ici parce que je suis moi-même un réfugié, a-t-il expliqué.

Parmi le millier de manifestants se trouvait une autre figure de la Silicon Valley : Sam Altman, 31 ans, qui dirige Y combinator, l’une des pépinières de start-up les plus courues. Il est temps que les sociétés high-tech prennent position, explique-t-il sur son blog. Nous sommes maintenant à ce stade où quelque chose est en train de se mettre en place qui sera enseigné dans les livres d’histoire, et pas dans un sens positif (…). C’est une brèche ouverte dans le contrat de l’Amérique avec tous les immigrants du pays.

Dans la Silicon Valley, où on se préoccupe peu de nationalités, le décret de Donald Trump sur les étrangers a fait l’effet d’un retour en arrière atterrant. Nombre d’employés ont des cartes vertes qui donnent le droit de travailler aux Etats-Unis. Quand ils ont découvert que les mesures antiterroristes de Trump s’appliquaient aussi à eux ou que leur situation serait examinée au cas par cas, selon le bon vouloir des agents de l’immigration, les entrepreneurs ont été sidérés. Je croyais qu’on avait passé le point où le lieu de naissance comptait plus que l’éducation et les choix de vie, confie Reza Malekzadeh, investisseur d’origine iranienne, et ancien membre de l’équipe fondatrice de la société de logiciels VMware. Je suis attristé et je ne comprends pas. Je contribue à l’économie et à la société américaines. A croire que tout ce que j’ai fait dans ma vie ne compte plus. Comme lui, beaucoup ont préféré mettre leurs déplacements en attente.

Par la voix de Sundar Pichai, son PDG (né en Inde), Google a demandé à la centaine d’employés originaires de l’un des sept pays de la liste noire et se trouvant en voyage de rentrer immédiatement aux Etats-Unis. Satya Nadella, le PDG de Microsoft (également d’origine indienne), a fait état de 76 employés affectés. Sur les réseaux sociaux, beaucoup ont publié la photo de Steve Jobs, dont le père était syrien. Ou reproduit la liste des entreprises phares de la Vallée fondées par des immigrants de la première ou deuxième -génération : Google, -Facebook, Amazon, Oracle, IBM, Uber, eBay, Tesla… Sous le hashtag #MuslimBan, les enfants ou petits-enfants de réfugiés ont partagé leur émotion. Les commentaires assimilent souvent réfugiés, migrants, détenteurs de cartes vertes, dans un même élan généreux : Let them in (Laissez-les entrer). Jusqu’à faire référence à l’Holocauste, et au refus en  1939 des Etats-Unis d’accueillir les juifs fuyant l’Allemagne nazie.

Sam Altman a appelé les PDG des grandes entreprises à s’exprimer  » sans équivoque, et quel que soit le risque commercial. Parmi les patrons, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, qui est marié à une médecin d’origine chinoise, a été le premier à se manifester. Si nous avions fermé les portes aux réfugiés il y a quelques décennies, la famille de Priscilla – Chan, sa femme -ne serait pas là aujourd’hui. Apple ne pourrait pas exister sans l’immigration, encore moins prospérer et innover, a rappelé Tim Cook, le successeur de Steve Jobs. Le PDG de Netflix, Reed Hastings, a été le plus percutant : Les actions de Trump causent du tort aux employés de Netflix autour du monde. Et elles sont tellement non américaines qu’elles nous font de la peine à tous. Mais Elon Musk, de Tesla, qui est lui-même d’origine sud-africaine et dont le New York Times a récemment vanté la bromance avec Donald Trump, a été plus mesuré. Comme Travis Kalanik, le fondateur de Uber, il a accepté un poste de membre du conseil économique du président-businessman. Pour les PDG du high-tech, la situation est un peu compliquée.

L’industrie est sur la défensive. Symbole de la globalisation honnie par la Rust Belt et de la robotisation dévoreuse d’emplois, elle se sent coupable de la coupure avec l’Amérique profonde. Le ministre français de l’économie, Michel -Sapin, récemment en déplacement dans la Silicon Valley, racontait avoir été frappé par la prudence de ses interlocuteurs. Certains étaient terrorisés à l’idée que s’ébruitent leurs projets d’investissements en Europe. De peur d’être la cible d’un Tweet rageur de l’occupant de la Maison Blanche.

Corine Lesnes              Le Monde du 31 01 2017

1 03 2017                   Sur le front de la campagne électorale française pour les élections présidentielle de mai 2017, les horizons se bouchent, le brouillard s’épaissit tous les jours un peu plus :

Une partie du succès d’Emmanuel Macron ne vient pas seulement de son talent et de son charisme, indéniables, mais d’un flou habilement entretenu. Chez lui, ce n’est pas le futur qui est désirable comme chez Benoît Hamon, c’est le candidat lui-même qui s’offre en objet de toutes les convoitises. D’un mot, Macron installe l’espérance follement séduisante d’un monde réconcilié où le mal ne serait qu’un malentendu, où le loup pourrait fraterniser avec l’agneau, où les familles françaises, longtemps désunies, se rapprocheraient enfin grâce au rayonnement de leur dirigeant.

La première confusion est celle, classique, qui déduit la violence de l’économique : le leader d’En marche ! analyse le terrorisme comme le produit de la relégation sociale, du chômage et du repli national propres à la France. Il est proche en cela d’un Thomas Piketty expliquant lui aussi les attentats du Bataclan par la poudrière inégalitaire moyen-orientale que nous avons largement contribué à créer (Le Monde des 22 et 23 novembre 2015). Marxiste, libérale ou sociale-démocrate, cette grille de lecture est cependant incapable de penser le fait religieux et reste étroitement réductrice. Que des hommes et des femmes soient prêts à mourir pour leur Dieu et leur salut dépasse notre entendement d’Occidentaux assujettis à la logique marchande. Non seulement la haine est sans pourquoi, mais la justifier par la pauvreté ou les pannes de la croissance traduit une incapacité à la concevoir, donc à la combattre. Sans compter que la plupart des djihadistes viennent des milieux aisés, comme l’ont montré maints rapports dont celui de la Banque mondiale d’octobre 2016 : il révélait que la majorité des cadres de l’organisation Etat islamique sont diplômés et que la proportion de candidats au suicide augmente avec l’éducation. La pauvreté n’est en rien un facteur de radicalisation. S’il faut attaquer sans relâche la déshérence et le sous-emploi des quartiers dits sensibles, reproduire la litanie des damnés de la terre se faisant sauter pour échapper au désespoir est une illusion funeste.

Macron rêve également de raccommoder la droite et la gauche, ce qui est la condition de toute campagne électorale réussie. Mais on ne sait jamais s’il s’agit chez lui d’une synthèse nouvelle ou d’une façon d’éluder ce dualisme. Cela le pousse à vouloir rassembler les contraires, les partisans du mariage pour tous et leurs adversaires, les tenants du crime colonial comme crime contre l’humanité et les détracteurs de la repentance. Avec lui, le burkini et le topless, les patrons et les salariés, l’ubérisation et la protection sociale, l’échec scolaire et la poursuite du projet pédagogique pourront cohabiter en bonne intelligence. Il n’y a plus de tensions inexpiables car le leader bien aimé les absorbe dans sa personne. Cette allergie aux choix, toujours magnifique dans les discours, est difficile à soutenir dans l’action. Un homme politique ne peut se soustraire longtemps au principe de non-contradiction. Vient un moment où il lui faut prendre parti et donc sacrifier.

Autre amalgame : Macron confond le goût du pouvoir, naturel à tous les candidats, avec le pouvoir de l’amour. Il veut être élu mais il veut d’abord être aimé, par un acte de reddition inconditionnel, et plus qu’aimé, préféré à tous. Il commence donc, en bon séducteur, par nous dire qu’il nous aime. Cette déclaration enveloppe toute sa personne d’une sorte de rayonnement mystique, lui confère la garantie de l’adulation. Mais les Je vous aime qu’il lance, extatique, à ses partisans, dans ses meetings, tels ceux du chanteur à la foule, disent surtout : je m’adore à travers vous. Intense orgasme que l’idolâtrie de cette multitude à son endroit. La voix qui se brise sous le coup de l’émotion, les aigus qui défaillent sont le symptôme de cette jouissance trop forte face à un public qui entre à son tour en pâmoison. Quand le raisonnement faiblit, le candidat, ivre de lui-même, doit multiplier les déclarations enflammées, les serments brûlants. La langue divague volontiers quand la chair et l’esprit exultent, elle promet, jure à tous vents. La campagne ne peut se dérouler que dans la fièvre permanente, même lorsqu’il s’agit d’alliances aussi opportunistes que celle nouée, par exemple, avec François Bayrou. Les yeux brillent, les accolades se multiplient, on se touche, on se félicite, on se cajole : on est loin du ralliement de Yannick Jadot à Benoît Hamon, aussi gai qu’un plénum du Parti communiste d’Union soviétique au temps de la guerre froide.

Macron insuffle de la ferveur à ses moindres déplacements, ses moindres remarques. Il fait penser à la candidate socialiste à la présidentielle de 2007, Ségolène Royal, terminant un meeting au stade Charléty par cette proposition évangélique : Aimons-nous les uns les autres (Aimons-nous les uns sur les autres eût déjà été plus proche de l’esprit soixante-huitard mais on en est loin désormais). Pour mémoire, la phrase d’adieu de François Mitterrand en 1995 : Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas, avait une autre tenue et relevait d’une époque différente, celle de la réserve. La distance était alors la condition de l’exercice du pouvoir. Désormais, on n’aspire plus à diriger un peuple mais à le bercer pour se tenir avec lui dans un rapport fusionnel d’intimité, de séduction. On cède sans retenue à l’éthylisme sentimental.

Emmanuel Macron se vante d’être un homme bienveillant. La formule sent le sophisme à plein nez, car il ne manque pas, dès qu’il le peut, d’égratigner méchamment ses adversaires et c’est de bonne guerre. La bienveillance en politique n’est qu’une qualité négative. C’est une disposition qu’on attend d’un homme de foi, pasteur, prêtre, imam, rabbin, s’adressant à ses fidèles sur les fins dernières, les consolant dans les épreuves et les maladies, pas d’un homme politique qui devra tenir bon dans les tempêtes. Quand Hollande et Valls ont fait face à trois attentats majeurs en 2015 et 2016, on n’a pas attendu d’eux de l’indulgence mais de la fermeté, de la détermination dans la traque des tueurs. On a espéré de leur part les grands mots capables de consoler les grandes douleurs que traversait la nation. Il y a toujours un danger à vouloir être aimé quand on concourt à la fonction suprême. Il faut accepter au contraire d’être violemment détesté par ses ennemis et fortement soutenu par son propre camp.

Enfin, Emmanuel Macron entretient une confusion préoccupante du spirituel et du temporel : il s’est réclamé de Jeanne d’Arc sautant sur son destrier pour bouter l’Anglais hors du sol français et il a reconnu en lui-même une dimension christique. L’alliance de Jésus, de la politique et du business marche très bien outre-Atlantique, où les candidats multiplient signes de croix, serments sur la Bible et invocations au Très Haut pendant leurs campagnes. Mais la France est rétive à ces mariages contre-nature. Nous avons appris depuis longtemps de notre tradition à ne pas confondre ce qui revient à Dieu et ce qui revient à César. Mieux vaut à un moment donné redescendre sur terre au risque d’apparaître comme un simple banquier saisi par la foi comme Monsieur Le Trouhadec l’était par la débauche chez Jules Romains.

A mesure que les échéances se rapprochent, l’illusion se dissipe bien sûr. Il faut commencer par chiffrer le programme, entrer dans les détails triviaux, se soumettre peu ou prou au principe de réalité. Fini les envolées lyriques, les poses de télévangéliste inspiré. Les deux grands défis régaliens auxquels nous sommes confrontés, la montée de l’islamisme et du néopopulisme, requièrent une trempe dont manque, pour l’instant, notre Peter Pan national. S’il doit arriver au second tour, face à la candidate du FN, comme le prédisent les sondages, Emmanuel Macron devra changer son costume de prédicateur pour celui d’un soldat de la démocratie. Avis à ses supporteurs : il faut muscler le chérubin d’En marche ! sinon Marine va le dévorer tout cru.

Pascal Bruckner                       Le Monde du 2 mars 2017

Il est beaucoup plus difficile d’exercer le pouvoir que de le conquérir.

Ismael Emelienl’un des premiers et plus proches conseillers d’Emmanuel Macron, quand il quittera l’Elysée en mars 2019

’attitude de Macron lors d’une Marseillaise pendant cette campagne, illustre, si nécessaire le propos de Pascal Brückner : non pas les bras le long du corps, mais dans la posture exigée des citoyens américains lors de l’exécution de l’hymne national : bras droit replié, main sur le cœur : plus américain que ça, tu meurs. Et la fascination américaine ne s’arrête pas là : elle était déjà présente quand, en novembre 2015, Macron recevait Joel Benenson, stratège des deux campagnes d’Obama, qui avait fondé Organizing for America pour contourner le parti démocrate, sous la haute main d’Hillary Clinton.

Il est difficile de savoir si le principal intéressé s’en rend compte, mais l’affaire Fillon n’est plus seulement un cas français : elle concerne l’Europe entière. En cela, elle est comparable au dossier Trump, qui n’a jamais été seulement un problème pour les Etats-Unis, mais a d’emblée concerné le monde entier – comme l’ont montré les premiers jours de la présidence de Donald Trump.

L’affaire Fillon est évidemment de moindre ampleur, mais elle n’en est pas moins hors du commun. Ce n’est pas souvent qu’une question nationale (quand bien même il s’agirait d’un grand pays comme la France) affecte en un seul coup trois champs à l’importance croissante : l’Hexagone, bien entendu ; mais aussi les pays européens dont les citoyens s’apprêtent à se rendre aux urnes ; et enfin toute l’Europe, à la fois l’Union européenne et l’Europe comme continent.

Même la mécanique interne de cette affaire a une signification politique qui dépasse le cadre local : un candidat à l’élection présidentielle, grand vainqueur, inattendu, de la primaire de son parti, durant laquelle il s’était fait le chantre de la vertu publique et privée, est soudain touché de plein fouet par des révélations sur toute une série de faveurs inqualifiables qu’il a accordées, durant des années, et sur des fonds publics, à sa femme et à ses enfants.

Les preuves sont accablantes. Le candidat toutefois ne dément pas (c’est impossible), ne demande pas pardon, mais choisit une voie oblique et agaçante. Il hésite à avouer, ment au sujet de ses enfants, minimise, et défend avec témérité la pleine légalité de ses actions ; puis, mal conseillé, il rebat les cartes : ce ne sont pas les actes qu’il a commis qui sont déplorables, mais les médias, qui organisent un assassinat politique. (Cette stratégie déloyale n’est pas sans rappeler aux Italiens le pire de Berlusconi.) Mais cela ne suffit pas.

Quand, deux jours plus tard, il est convoqué par les juges, le candidat, qui avait promis de se retirer en cas de mise en examen, grossit encore le tableau du complot présumé : il accuse la magistrature de vouloir entrer dans le jeu politique, il évoque de lourds agissements dans l’ombre contre les institutions (enquête commandée par l’Etat, etc.), lance d’obscurs appels au peuple. (Encore de tristes échos de ceux de Berlusconi et de ses attaques contre les médias.) En bref, il commet des actes graves et inopportuns, puis il occulte, ment, lance des promesses en l’air, évoque un complot, salit les institutions cruciales de la démocratie républicaine, dont il prétend encore pouvoir être le chef. Tout cela semble plutôt suicidaire.

Comment réagissent les citoyens ? On commence à grogner, à comparer ses revenus, toujours plus bas, à ceux, colossaux, que la femme du candidat a perçus à ne rien faire. Sa famille politique le lâche ; son parti vacille, plusieurs de ses fidèles prennent leurs distances. Nombre d’entre eux lui conseillent de se retirer. Mais ça n’est pas dans ses projets. Il tient bon, il se démène, et il attaque.

Il est surprenant de voir un homme, apparemment si réfléchi et si sérieux, au comportement si peu réfléchi et sérieux. Il est impossible que Fillon n’ait pas conscience que sa stratégie, en plus d’être suicidaire, expose à deux risques mortels (et je pèse mes mots) quelque chose qui va bien au-delà de sa personne : la France et l’Europe. Son parti est en grave difficulté, et une partie de ses électeurs migrent vers le Front national. Et si, Fillon tombé en disgrâce, le deuxième tour de la présidentielle devait se jouer entre Le Pen et Macron (ce qui est plus que probable), ce jour-là, de ballottage, ne serait pas un bon jour pour la France. Macron est un candidat léger, privé du soutien d’un parti, plus efficace à l’image que parmi les gens ; ses amis ne sont pas vraiment ce qu’on pourrait appeler des amis du peuple et son jeune âge n’est pas pour inspirer confiance aux Français. J’aurais envie de dire, si vous permettez de mélanger des traditions différentes : Que Dieu sauve la France !

A Dieu toutefois il faudrait encore demander un effort : Qu’il sauve aussi l’Europe ! Une victoire de Le Pen serait catastrophique pour toute l’Europe, et pour l’Union européenne en particulier. Il suffit de regarder autour de nous. La Grande-Bretagne est en train d’abandonner le navire. Plusieurs pays se trouvent à la veille d’élections extrêmement délicates : les Pays-Bas, dans quelques semaines, l’Allemagne, dans quelques mois, et l’Italie, probablement en début d’année prochaine. Dans chacun de ces pays, le refrain antieuropéen et antidémocratique tout court résonne de plus en plus fort, et l’immigration qu’on ne peut arrêter ni, jusqu’à présent, gérer ne fait que l’amplifier.

Pour exprimer ce ressentiment se sont formés dans ces pays des partis qui prennent de plus en plus racine : du Mouvement 5 étoiles de Grillo, fort et menaçant, au Parti pour la liberté de Wilders et à l’Alternative pour l’Allemagne. L’Europe centrale et orientale ne se porte pas mieux : elle est aux mains de dirigeants de droite qui professent des idées alarmantes. A ce panorama s’ajoute la trouble idylle Trump-Poutine, dont les facteurs de succès peuvent contaminer l’Europe : nationalisme, protectionnisme, militarisme, agressivité internationale, xénophobie… Bref, l’affaire Fillon pourrait bien être le détonateur d’une droitisation de l’Europe déjà perceptible il y a dix ans.

Le frisson qu’inspire aujourd’hui la situation française est semblable à celui qui parcourut l’Europe en  2002, quand, à l’improviste, Le Pen père et Chirac se sont retrouvés face à face au second tour de la présidentielle. Mais, à ce moment-là, les résonances extra-françaises d’une victoire de l’extrême droite auraient été moins graves. Aujourd’hui, la situation a changé : les interdépendances sont innombrables. Une victoire de Le Pen pourrait bien faire tomber la première pièce d’un terrible domino européen et provoquer la dissolution de l’Union européenne.

Raffaele Simone, linguiste italien.       Le Monde du 5 03 2017

21 09 2017                             Lorsque l’hôpital se met à écouter, à entendre, à cesser de se barricader derrière ses  certitudes de médecine allopathique et qu’il découvre au sein de son propre personnel des gens qui ont une véritable vocation de soignant, vocation culturellement amplifiée par un respect du grand âge venu de son milieu d’origine, les résultats font rêver :

C’est un privilège plutôt rare : un poste d’infirmière aux missions radicalement nouvelles a été créé pour Isabelle El Khiari, en février 2017, par le pôle gériatrique de l’Essonne (Assistance publique-Hôpitaux de Paris). Un poste étonnant, dans le paysage très cartésien de la médecine occidentale. Jugez-en : il est consacré à une -infirmière clinicienne spécialisée dans les approches de soins complémentaires, dans deux hôpitaux, Joffre-Dupuytren et Georges-Clemenceau (CHU Henri-Mondor).

En clair, Isabelle El Khiari est chargée de développer une prise en charge globale des personnes âgées en faisant appel, si besoin, à ces soins complémentaires. Parmi eux, l’infirmière a recours à une panoplie de techniques centrées tantôt sur la respiration (relaxation, sophrologie), tantôt sur le corps (massages, réflexologie, méthodes dérivées de l’ostéopathie…) ou sur la sphère émotionnelle et sensorielle (aromathérapie, fleurs de Bach…).

Cette autodidacte de 48 ans se qualifie volontiers de révolutionnaire dans l’âme. Son parcours est à contre-courant des cursus classiques. Et ses enthousiasmes à rebours du jeunisme ambiant. Je suis une passionnée de -gériatrie. Peut-être parce que je n’ai pas connu mes grands-parents. A 18 ans, elle rencontre ses premiers patients âgés lors d’un remplacement de vacances à l’hôpital. Une révélation. Ces personnes âgées, je les voyais comme des sages : elles ont plein de choses à nous transmettre. Mais beaucoup sont isolées, se sentent inutiles. Je me suis dit qu’on pourrait se compléter : cela a donné du sens à ma vie. Le milieu hospitalier ne lui était pas inconnu : sa mère était aide-soignante et son père travaillait dans des services techniques hospitaliers.

Elle gravira peu à peu les échelons de la hiérarchie, étoffant patiemment sa gamme de prises en charge. Tout d’abord, elle entame une formation d’aide-soignante, un métier qu’elle pratiquera trois ans. Puis elle suit un cursus d’infirmière, après des remises à -niveau nécessaires : Je n’avais ni le bac ni le brevet des collèges. Son diplôme en poche, à 28 ans, elle exerce neuf ans en soins de suite et réadaptation, en médecine gériatrique, en unité de soins palliatifs…

La gériatrie, c’est un vrai challenge. Les personnes âgées sont souvent polypathologiques. Ces situations complexes m’obligent à aller chercher de nouvelles informations, à -découvrir de nouvelles techniquesD’où la série de formations qu’elle enchaîne, en parallèle de son activité d’infirmière.

Elle suit d’abord un diplôme de soins palliatifs et d’accompagnement, puis trois certificats d’éthique. De 2006 à 2017, elle exerce au sein d’une équipe mobile de soins palliatifs douleur. Isabelle connaît très bien les prises en charge classiques et médicamenteuses de la douleur, témoigne Nathalie Bachalat, médecin gériatre. Mais très vite, elle nous a proposé des approches complémentaires. C’est qu’à partir de 2009, l’infirmière se lance dans une succession de masters, certificats et diplômes divers en sophrologie, aromatologie, ortho-bionomie (un dérivé de l’ostéopathie)…

La première fois que je l’ai vue pratiquer, raconte la docteure Bachalat, c’était pour un de mes patients extrêmement stressé et douloureux. On ne savait plus quoi faire. Isabelle lui a fait un massage californien. Et j’ai vu mon patient s’endormir comme un bébé, puis rester apaisé des heures. J’ai beau être cartésienne, cela m’a semblé miraculeux.

Les approches complémentaires ont une plus-value en cas de refus de traitements, de non-observance, de contre-indication ou d’allergie aux médicaments, ou quand ces derniers ne sont pas efficaces. Mais aussi quand le patient est en demande de ces soins. Or c’est un signe des temps : ces soins séduisent de plus en plus. Car malgré ses nombreux succès, la médecine occidentale a montré ses limites. Ce qu’elle a gagné en technique, elle l’a perdu en humanité. D’où, sans doute, cet engouement pour les approches corps-esprit, qui prennent en charge les personnes dans toutes leurs dimensions, biologiques mais aussi psychiques.

Au vrai, depuis une dizaine d’années déjà, les hôpitaux français se sont ouverts à ces approches. Les patients subissent souvent leur hospitalisation avec un sentiment d’impuissance. Grâce à ces soins, ils peuvent mieux s’impliquer dans leurs projets de soins personnalisés, redevenir plus autonomes, estime Isabelle El Khiari. Par exemple, ils peuvent pratiquer un automassage sans attendre l’aide d’un tiers. Mais les soins non conventionnels ne se substituent pas à la médecine classique, souligne-t-elle. Ils s’insèrent dans un travail d’équipe, associant médecins, infirmières, psychologues et personnels paramédicaux.Avant et après mon intervention, je débriefe avec l’équipe.

A la suite d’un entretien avec le patient, je -reformule ce qu’il m’a dit, nous validons ce diagnostic infirmier et cherchons ensemble des solutions. Parfois, une écoute active suffit. Je peux aussi lui proposer des soins complémentaires, selon ses besoins et ses ressources. La sophrologie, par exemple, est adaptée aux personnes qui fonctionnent sur un mode intellectuel.

On imagine, non sans frémir, les résistances auxquelles ces approches ont dû se heurter, dans ce temple de la rationalité qu’est l’hôpital. Optimiste invétérée, Isabelle El Khiari dit ne -jamais les avoir ressenties. J’ai toujours été centrée sur le patient et sur mon rôle d’infirmière, en complémentarité et en partenariat avec les médecins. Ils savent que je me suis formée à ces approches, ils ont confiance.

Sans doute est-elle arrivée au bon moment. Les esprits commencent à changer, mais il y a cinq ou six ans, beaucoup ont dû se dire : Elle est folle ! Je me souviens d’un médecin qui, arrivant au bloc opératoire avec ses huiles essentielles, était la risée de tous… , nuance Manuela Ortiz, ex-présidente de la collégiale des infirmières consultantes douleur de l’AP-HP. Malgré des résistances, confirme Annabel Gaillochon, psychologue clinicienne, la détermination, la créativité et le perfectionnisme d’Isabelle El Khiari lui ont permis de développer ses pratiques.

La docteure Bachalat fait très facilement appel à Isabelle. On se rend vite compte, chez certains patients, que les seuls médicaments ne suffiront pas. Isabelle apporte son écoute, en plus de celle des médecins et des psychologues, et ses méthodes naturellesexplique-t-elle. Cela ne peut faire que du bien. Et j’avoue que ça marche souvent. Et puis, cela évite l’escalade médicamenteuse, voire permet une désescalade. Selon elle, 60 % à 70 % de ses patients font appel à ces soins.

Ces méthodes participent au soulagement de certains symptômes comme l’agitation, l’angoisse, la tristesse ou le ressenti douloureux, assure Annabel Gaillochon. J’ai régulièrement sollicité Isabelle El Khiari pour prendre en charge des patients hospitalisés en soins de longue durée, quand j’observais les limites d’une prise en charge psychologique axée sur la parole, chez les patients atteints de maladies neurodégénératives, notamment.

Les proches des malades, mais aussi le personnel soignant, peuvent bénéficier de ces soins. Débordante d’énergie, Isabelle El Khiari a déjà ainsi reboosté une équipe hospitalière par de brèves séances d’automassage. Elle intervient aussi dans des modules de formation de l’AP-HP – c’est d’ailleurs une de ses missions. Ce nouveau poste va permettre de faire évoluer les mentalités, se réjouit Manuela Ortiz.

Isabelle est extrêmement attachante, lumineuse, toujours souriante. On se sent en sécurité avec elle, on ne peut qu’adhérer à son enthousiasme. Et les patients l’apprécient beaucoup, témoigne la docteure Bachalat. Elle est la joie de vivre, contagieuse. Elle a aussi cette empathie, toujours au service du patient, sans compter ses heures, renchérit Manuela Ortiz.

Cette passionnée de voyages et de sport (randonnée, rafting, VTT…) profite de ses -pérégrinations pour approfondir ses passions. Au Québec, elle s’est formée à des techniques de respiration ; en Inde, à la médecine ayurvédique… Elle rêve d’une société plus accueillante pour les personnes âgées. Ce serait bien de favoriser les rencontres entre générations…

Florence Rosier Le Monde du 21 09 2017

03 2017                                 Isabelle Fromantin ne se contente pas de chercher : elle trouve :

A 7 ans, elle se rêvait infirmière, partir loin, soigner les lépreux. A 46 ans, et après plusieurs longs séjours en brousse, Isabelle Fromantin porte effectivement la blouse blanche et panse les cancéreux à l’Institut Curie. C’est assez rectiligne comme parcours, sourit-elle.  J’ai juste changé de type de plaies. Juste… Le terme est un peu lapidaire. Ou alors il conviendrait d’ajouter qu’Isabelle Fromantin a juste soutenu une thèse de sciences ; qu’elle a juste inventé et breveté un nouveau type de pansements ; qu’elle a juste ouvert la première consultation française spécialisée dans les plaies en cancérologie. Et, enfin, qu’elle vient juste de présenter, à l’Académie des sciences, son dernier-né : KDog, un projet de dépistage précoce du cancer du sein grâce à l’odorologie canine, qui revendique 100 % de réussite en phase de concept.

Juste une infirmière, donc. Le bureau de 10 mètres carrés qu’elle partage avec deux collègues plaide en ce sens. Evidemment, il y a ces peluches de chiens, en bord de table, et les photos de bergers malinois sur le tableau d’affichage. L’affiche de Wonder Woman, en grande tenue, aussi, qui plante ses yeux dans ceux du visiteur. Mais toute ressemblance avec la locataire des lieux serait purement accidentelle, assure-t-elle. Certes, il lui faut gérer la petite vague médiatique suscitée par ce projet canin, boucler la publication scientifique à venir, répondre aux bénévoles qui la sollicitent, penser budget, communication, protocole de recherche… Mais l’image d’un ulcère ophtalmique, transmis par e-mail pour avis, ou encore cette plaie purulente dont sa collègue lui tend un cliché sur son iPhone sont là pour le rappeler : Ici, la priorité reste le soin.

Soigner. Isabelle Fromantin ne se souvient pas d’avoir jamais songé à faire autre chose de sa vie. La famille est bourgeoise et surtout catholique. La quête qui l’a marquée reste celle effectuée chaque année en faveur de la Fondation Raoul-Follereau, en première ligne dans la lutte contre la lèpre. De même, quand un prêtre togolais vient lui raconter son action dans un hôpital pour enfants, il ne la décide pas à entrer dans les ordres. Je lui ai promis que je viendrais l’aider plus tard. Et j’y ai passé un an et demi, après mes études.

Ses parents la rêvent médecin. Pour eux, -infirmière ce n’était pas assez.  Mais moi, c’était ce qui m’attirait : être près des malades. Et puis je n’étais pas très apte à l’écoleEncore un euphémisme. Rétive à toute forme d’obligation scolaire, elle accumule les exclusions. Au moins quatre. J’ai terminé dans le privé hors contrat, sourit-elle. Mais elle parvient quand même à entrer à l’école d’infirmières. Et à en sortir, diplôme en poche.

Là, elle continue à affirmer ses choix. L’Afrique, donc. Puis la cancérologie, où elle a déjà fait un stage et des remplacements d’aide-soignante l’été. Ici, les patients ont tous une histoire, on les suit tout au long de leur traitement. Désir de continuité, mais aussi soif d’aventure. Quand en 1996, la docteure Laure Copel cherche une infirmière pour ouvrir la première unité mobile de soins palliatifs, elle n’hésite pas. On allait dans les différents services voir des gens qui allaient mourir. Il fallait gérer la douleur, bien sûr, mais aussi ces plaies terribles qui coulaient, saignaient, sentaient mauvais.

Les pansements et les plaies deviennent sa spécialité. Panser les escarres, les ulcères, les tumeurs. De vrais casse-tête auxquels elle -répond comme elle peut. Je n’étais pas sûre de bien faire. Alors j’ai tâtonné. Sa première présentation dans un congrès scientifique est primée. J’étais très fière, mais je n’avais toujours pas de réponses pour les plaies tumorales. Alors Isabelle Fromantin poursuit sa quête, passe à l’échelon européen puis américain. Avec mon anglais déplorable, je ne comprenais rien, sauf une chose, quand même : personne n’avait de solution.

La soignante se fait chercheuse, améliore son anglais, avale la littérature disponible. A l’Institut Curie, médecins et biostatisticiens apportent leur concours à cette infirmière pas tout à fait comme les autres qui, non contente d’avoir créé sa consultation spécialisée, tente d’inventer des remèdes. Un soir, un ami lance une idée, mi-défi, mi-boutade : Pourquoi tu ne ferais pas une thèse ? Je n’avais jamais mis les pieds à la fac, j’étais rétive à toute forme de cours et je n’avais pas les diplômes nécessaires pour m’inscrire… Un détail. Elle décroche son master 2 par valorisation des acquis professionnels, puis, en 2012, après trois ans de travail, la fameuse thèse, le diplôme universitaire suprême.

Dans son mémoire sur les plaies tumorales, la docteure Fromantin avance trois hypothèses : la première concerne la quantité de biofilms présents sur ces plaies, moins importante qu’on le pense. Elle va le vérifier. La deuxième invite à développer de nouveaux types de pansements, non antiseptiques et non antibiotiques, afin de lutter contre les mauvaises odeurs. Ça a l’air secondaire mais c’est fondamental. Ça empoisonne la vie des malades, leurs relations avec leurs proches. Après de nombreux essais, des expéditions -rocambolesques pour ramasser les crottes de chiens du voisinage afin de tester l’efficacité de ses modèles, elle opte pour la cannelle. C’est à la fois adsorbant et odorant. Un brevet a été déposé, une certification de conformité européenne est à l’étude. Les prototypes industriels sont attendus d’un jour à l’autre, mais déjà une douce odeur d’épices flotte dans le bureau. Après, nous nous attaquerons aux couches pour personnes âgées sourit-elle.

C’est sa troisième hypothèse qui fait parler d’elle aujourd’hui : profiter des composés odorants volatils (COV) pour détecter des cancers. Isabelle Fromantin rêve de mettre au point un nez électronique capable de repérer ces molécules spécifiques. Un courrier envoyé par le maître-chien Jacky Experton à 70 hôpitaux et cliniques précipite un changement de trajectoire. Il avait dressé des chiens à trouver des explosifs, il pensait qu’il pouvait leur apprendre à détecter des maladies. Nous avons été les seuls à lui répondre. Des expériences similaires ont déjà été réalisées. Au Japon, aux Etats-Unis, en France même, des chiens ont su repérer dans les urines, les selles, le sang, des marqueurs de cellules malignes. Alors Isabelle Fromantin et son équipe plongent en terre canine. Leur souci : améliorer, fiabiliser et surtout simplifier la détection en utilisant la sueur. Placer pendant la nuit une lingette sur le sein d’une patiente doit permettre de différencier, au matin, la malade et la bien-portante.

Dans le prestigieux Institut Curie, le projet KDog fait d’abord ricaner. Pourquoi confier à des chiens ce que des machines réalisent si bien ? Isabelle Fromantin plaide : C’est moins contraignant qu’une mammographie, facile pour tout le monde, qu’on soit en ville ou en milieu rural, en fauteuil roulant ou debout. Sans compter sa chère Afrique, pour qui les appareils de radiologie avancés restent souvent inabordables. Les arguments peinent à convaincre. Lancé le 1er  avril 2016, le poisson d’avril de l’Institut Curie, comme le surnomment ses détracteurs, manque de financements pour acheter les animaux, payer le maître-chien qui les formera, mettre en place les expériences… C’est donc par le crowdfunding qu’Isabelle Fromantin trouve les 80 000  euros nécessaires.

Le résultat se révèle spectaculaire. Parmi les 130 lingettes présentées, Thor et Nykios, les deux malinois de Jacky Experton, repèrent 100 % des 79 tissus imbibés par la sueur de femmes souffrant d’un cancer du sein. Ce n’est encore qu’une preuve de concept. Isabelle Fromantin prépare la phase suivante, une expérience plus rigoureuse avec un échantillon de 1 000 femmes, quatre ou cinq chiens formés par différents dresseurs. Il faut écarter les biais, s’assurer que le dispositif pourra être généralisé.

Un changement d’échelle qui s’appuiera là encore sur le financement participatif – il faudra 800 000 euros – et sur un soutien qui s’amplifie. Autour d’elle, elle a rassemblé des médecins – chirurgiens, oncologues, radiologues -, des chimistes, mais aussi des bénévoles, tous séduits par son exceptionnelle force de conviction et sa ténacité, témoigne Irène Kriegel, anesthésiste et chef de l’unité plaies et cicatrisation de l’Institut Curie. Ceux-là sont sans doute partis pour un bon bout de chemin. Car après le cancer du sein, Isabelle Fromantin voudrait traquer celui de l’ovaire, encore plus sournois. Et elle n’a pas renoncé à mettre au point un nez électronique. Juste une infirmière, donc.

 Résumé de Nathaniel Herzberg                    Le Monde du 22 mars 2017

Juste quelqu’un de bien, chantait Enzo Enzo en 1994

29 et 30 03 2017                  Conseil de l’Arctique, forum des pays riverains de l’océan arctique, à Arkhangelsk, au bord de la mer Blanche. Pour la Russie, l’enjeu de cette région est avant tout économique. Les réserves en pétrole et en gaz dans cette zone représentent potentiellement une fortune.

A la suite des changements climatiques, ses ressources deviennent plus accessibles, aucun pays de l’Arctique ne peut ignorer cette aubaine, et la Russie ne fait pas exception. Le développement des territoires arctiques pourrait devenir la locomotive de notre pays.

Arthur Tchilingarov, membre du conseil de la Fédération de Russie.

Cet explorateur de 77 ans, proche de Poutine avait commandé un robot pour planter, en  2007, un drapeau russe en titane, au cœur même de l’océan Arctique, par 4 200 mètres de fond.

La Russie, qui dispose de la plus grande surface terrestre mitoyenne de l’Arctique, revendique depuis plusieurs années l’extension de son territoire marin, soit un triangle de 1,2 million de km² incluant le pôle Nord. Cette revendication s’appuie sur la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, de 1982, qui fixe à 200 milles marins la limite de chaque Etat riverain à partir de sa côte, en matière d’exploration et d’exploitation des ressources (soit environ 370 kilomètres).

En parallèle, M. Poutine a déclenché de vastes opérations militaires sur son territoire du Nord. Des bases soviétiques, en déshérence, ont été rétablies. Des troupes ont participé à des exercices. Pour le chef du Kremlin, ces manœuvres sont moins destinées à mettre sous tension ses voisins – la Russie a besoin des technologies occidentales pour l’exploitation des hydrocarbures – qu’à préparer l’avenir. Avec la fonte de la calotte glaciaire, la perspective d’une route du Nord, qui permettrait de rallier plus rapidement l’Asie à l’Occident, se profile. Et la Russie entend contrôler son accès en installant des zones de sauvetage, de ravitaillement et d’assistance technique indispensables dans cette région inhospitalière, tout en renforçant ses frontières.

La Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982 fixe à 200 milles -marins (environ 370  kilomètres) la limite de chaque Etat riverain en matière d’exploration et d’exploitation des ressources. Or, la Russie revendique l’extension de son territoire marin, un triangle de 1,2  million de kilomètres carrés, en tentant de prouver que la dorsale montagneuse de Lomonossov prolonge son plateau -continental jusqu’au pôle Nord.

A Arkhangelsk, sans craindre la contradiction, Vladimir Poutine a, dans son discours, insisté sur l’écologie et les efforts entrepris par l’armée russe pour débarrasser ce  » trésor unique  » qu’est l’Arctique des déchets de l’ère soviétique. Le travail sera achevé d’ici à 2020, a assuré son état-major. Mais Greenpeace Russie a lancé un pavé dans la mare en publiant, à la veille du forum, deux documents embarrassants. Le premier dresse une carte, photos à l’appui, de plus de cent sites submergés par des amas de fûts rouillés, des véhicules militaires, grues, excavatrices et bateaux en état de décomposition, et des bâtiments délabrés. Le deuxième démontre que la superficie des territoires protégés par le statut de réserve dans le Grand Nord russe est désormais cinq fois inférieure à celle détenue par les grands groupes pétroliers et gaziers.

Résumé d’Isabelle Mandraud. Le Monde du 26 03 2017

31 03 2017                       140 mm. d’eau tombée en 3 heures noient sous la boue la ville colombienne de Mocoa, à 600 m. d’altitude, dans le sud-ouest du pays – 70 000 habitants –  : les sols en amont ont été fragilisés par une intense déforestation  au profit de café, du bétail et de l’incontournable coca. On compte 316 morts et une centaine de disparus.

4 04 2017                         Des avions russes partis de la base de Shayrat en Syrie bombardent un centre de fabrication d’armes chimiques à Khan Cheihoum : 86 morts, 546 blessés. La dernière attaque chimique datait de mars 2015, au chlore sur Qménas, dans la province d’Idlib. Donald Trump prend un virage à 180° dans son attitude envers Moscou et Bachar el Assad et enverra 59 missiles Tomahawk le 7 avril, en prévenant les Russes deux heures auparavant pour qu’ils aient le temps de partir, sur la base de Shayrat. Poutine va cesser de rouler les gros bras.

14 04 2017                       Mise à l’eau à Saint Malo d’Energy Observer, un ancien catamaran de course, 30.5 m. de long, 12.8 de large, 20 tonnes, muni de 130 m² de panneaux photovoltaïques, avec un équipage de 6 hommes, qui met en œuvre pour sa propulsion 4 énergies renouvelables : hydraulique, éolienne, solaire et hydrogène, lui assurant une vitesse moyenne de 8 à 10 nœuds. 2 éoliennes à axe vertical. Le kit de traction est un cerf-volant qui sert d’une part à augmenter la vitesse du bateau, mais aussi, lorsque le vent le permet, de convertir le moteur électrique en hydro générateur. En utilisation normale, le moteur est alimenté en électricité. En mode hydro générateur, c’est l’inverse : l’eau fait tourner les pales du moteur, et cette énergie mécanique est ensuite convertie en énergie électrique, qui pourra être utilisée pour alimenter l’électrolyseur, ou stockée. L’électrolyseur sert à la décomposition des molécules d’H2O, qui ont été auparavant désalinisées par osmose inverse, afin de stocker l’hydrogène sous forme de dihydrogène gazeux (H2) dans des réservoirs, jusqu’à 350 bars. Des piles à combustible de type Li-ion (400 volts) génèrent de l’électricité à partir de l’hydrogène stocké et permet de prolonger l’autonomie du bateau. Sa réalisation a coûté 5 millions d’€. Le meneur du projet est Jérôme Delafosse. Une fois terminé, il rejoindra la Méditerranée puis entreprendra un tour du monde de six ans.

Cinq jours auparavant, le 9 avril, appareillait de Lorient Race for water, ex MS Tûranor Planet Solar, transformé par le Suisse Marc Simeoni : 35 m. de long, 23 de large, muni de 500 m² de panneaux photovoltaïques, et encore de deux piles à hydrogènes et d’une voile, lui assurant une vitesse moyenne de 5 noeuds.  Pas besoin de safran – la partie immergée du gouvernail – : les pales orientables des hélices permettent de s’en passer. 20 hommes d’équipage. Coût : 5 millions d’€. Il part pour un tour du monde de 5 ans, pour nettoyer mers et océans, de plus en plus envahis de plastiques, tueurs de petits et gros poissons. Les plages les plus polluées seraient celles d’Hawaï.

15 04 2017                  126 morts dans une attaque suicide d’un seul terroriste dans le sud d’Alep, où des syriens loyalistes venaient d’arriver   ; les enfants  s’étaient regroupés pour une distribution d’eau : 68 d’entre eux sont morts.

26 tirailleurs sénégalais sont naturalisés et reçus à l’Elysée. On pourrait croire qu’il s’agit là de l’aboutissement d’un vieux dossier arrivé sur le dessus de la pîle, faute de combattants, sur le bureau du ministre des Anciens Combattants… il n’en est rien. L’affaire tient à l’incroyable ténacité d’une jeune femme d’origine sénégalaise, Aïssata Seck, adjointe au maire de Bondy et petite fille elle-même de tirailleur. L’administration française avait depuis longtemps bétonné les couloirs d’accès à la naturalisation en créant des dossiers de candidature d’une complexité telle que c’était devenu mission impossible que de les remplir sans quelque pièce qui manquerait toujours. On aurait pu espérer que le ministre de tutelle serait un jour parvenu à percer la résistance passive de son administration… non, jamais aucun ministre des Anciens Combattants ne s’est trouvé là pour faire valoir son autorité et rendre justice à ces hommes, échappés à la mort que connurent nombre de leurs compatriotes, pour la France. Abandonné des détenteurs impuissants, le flambeau aura donc été repris par Aïssata Seck que l’injustice met en colère, et à laquelle la colère donne la force de bousculer des montagnes. Il est vrai que la bêtise raciste y avait mis son grain de sel : devenue porte-parole de Benoît Hamon pour les présidentielles de 2017, elle s’était vue barrer l’accès à un podium par le service d’ordre alors qu’elle était élue du conseil municipal de Blondy : d’accord, vous êtes élue, mais vous n’êtes pas des élus comme les autres !

24 04 2017                       Gerhard Schroeder est à Paris pour parapher un accord entre les quatre financeurs d’un nouveau gazoduc – Nord Stream 2 -, destiné à approvisionner l’Europe en gaz depuis la Russie, détentrice des plus importantes réserves mondiales. Ce projet vient doubler celui déjà existant – Nord-Stream 1 -, avec une capacité identique : 55 milliards de m3 par an, soit la moitié de la consommation annuelle allemande. Si demain, on veut se passer de nucléaire et de charbon, il faudra bien disposer d’une autre source d’énergie et l’éolien comme le solaire n’y suffiront pas, quels que soient les incantations déguisées en professions de foi écologistes : un projet de 9.5 milliard d’€, pour avoir, à l’horizon 2019, 1220 km qui passeront sous la Baltique pour arriver en Allemagne. L’endroit de la médaille : un environnement géographique très éloigné des turbulences du Moyen-Orient ; le revers : que la Russie ne l’utilise comme moyen de pression, voire de chantage.

30 04 2017                  Ueli Steck, prodige suisse de l’alpinisme à grande vitesse, se tue à 40 ans sur les pentes du Nuptse -7861 m.-, proche de Khumjung, au Népal, en s’entraînant pour enchaîner en solo Everest – 8848 m. – et Lhotse – 8516m. – … À l’automne 2013, il s’était offert la face sud de l’Annapurna – 8091 m. – en solo en 28 heures. Si l’objectif premier est la vitesse, c’est immanquablement  au détriment de la sécurité dont la première manifestation en haute montagne est l’assurance avec un autre ou, en solitaire, l‘auto-assurance. Pas d’assurance ? le moindre petit faux pas, le moindre petit piège deviennent mortels… la chute et parfois l’interminable glissade où le corps devient en quelques secondes le jouet du relief, roc et glace : pour Ueli Steck, la glissade aura été de 1000 m de dénivelé. La vitesse d’exécution en haute montagne avait été jusqu’alors gage de talent, mais n’avait pas représenté une finalité première, sinon, en cas d’urgence, pour se mettre à l’abri avant de subir une tempête. La montagne est partie de la nature, plus faite de la longue suite des jours et des nuits, de la durée que de l’instant. La vitesse est une valeur du monde technologique, de compétition, de rivalité : c’est une valeur des villes, plus proche du libéralisme que de la nature. On l’accepte facilement sur l’eau, car des tous temps, les bateaux ont couru après le ruban bleu, qui leur faisait gagner gloire et argent et puis, la vitesse sur l’eau, il est bien rare qu’elle soit mortelle. Adoptée en haute montagne, le non-sens passe sur le devant de la scène : ça ne veut plus rien dire, ça n’a plus de sens, c’est tout et son contraire… une absurdité mortifère qui ne laisse plus aucune place à la sécurité. Saine réaction : fin 2017, le gouvernement népalais interdira toute ascension en solitaire sur l’ensemble de ses sommets, Everest compris.  Pour les sommets qui font frontière, les accros contourneront sans doute l’interdiction en partant de Chine.

Cette fascination pour la vitesse est partagée par plus d’un : trois semaines plus tard, le 21 mai 2017, l’Espagnol Kilian Jornet, avalera deux fois en une semaine l’Everest en partant du monastère de Rongbuk à 5100 m sur la face tibétaine en 26 heures, et, quelques jours plus tard, depuis 6400 m. Marc Batard l’avait fait en 1988 en 22 h 9′, par la face sud. Kazi Sherpa détient le record, depuis 1998, en 20 h 24’, toujours par la face sud. Mais Kilian Jornet n’arrivera que second sur le Tour du Mont Blanc en septembre 2017. Marc Batard sera l’un des rares de sa génération à échapper à l’accident mortel : Jean Christophe Lafaille, mort en 2006 sur les pentes du Makalu à 41 ans, Jean-Marc Boivin mort en 1990 à 38 ans au Salto Angel, au Venezuela, Pierre Beghin, mort en 1992 à 41 ans sous le sommet de l’Annapurna… pour ne parler que des Français. Les grands alpinistes d’autrefois, Walter Bonatti, Reinhold Messner qui meurent dans leur lit deviennent rares. A près de 70 ans, en 2019, Marc Batard va ouvrir une Ecole d’alpinisme au Népal l’Himalayan International Mountaineering School, et il y met l’accent sur l’indispensable prudence : partir, c’est bien, rentrer, c’est mieux. 

Parviendra-t-il à infléchir l’évolution du couple exploit / médiatisation car, actuellement il est encore bien loin le temps où l’on demandait à Georges Livanos [1923-2004] qui était le plus grand alpiniste et qu’il répondait : le plus vieux et, une génération plus tard, Reinhold Messner faisait une réponse similaire quand on lui demandait quel avait été son plus grand exploit : avoir survécu. 

Mais, reconnaissons-le : il est bien difficile de n’être pas fasciné par certaines images, quand l’homme se joue de la montagne comme le font les chamois ou les surfeurs de la vague.

3 05 2017                Face à face télévisé Emmanuel Macron – Marine Le Pen, quatre jours avant le second tour des élections présidentielles françaises. En deux heures trente de pugilat, Marine Le Pen met par terre toute l’image qu’elle s’était patiemment construite, année après année, à la suite du retrait de son sulfureux père : faire du Front National un parti fréquentable, et elle pouvait assez raisonnablement ambitionner d’arriver aux fonctions suprêmes. Insultes, insinuations, insupportable morgue, incompétence, programme creux, juste redondant… elle aura tout mis en œuvre pour retrouver une image de  poissarde, vilaine, grossière et vulgaire… Chassez le naturel … il revient au galop. Quel étonnant trait de caractère que ce talent mis à se saborder sur la dernière ligne droite, comme si on ne voulait surtout pas gagner :

C’est un grand avantage que de n’avoir jamais gouverné, mais il ne faut pas en abuser.

Talleyrand

7 05 2017                    Emmanuel Macron devient le plus jeune – 39 ans –  président de la République Française, avec 66 % des suffrages exprimés – 20 millions –  contre 34 % pour Marine le Pen, -10 millions -. Il y a 47 millions d’électeurs, donc 17 millions d’abstentions, de votes blancs, de votes nuls.

On est tenté de paraphraser Julien Gracq parlant de Victor Hugo : Aucun autre français n’a connu en politique ces commencements d’Alexandre ou de Bonaparte, cette étoile au front, ce cortège électrisé et un peu fou de jeunesse et de succès.

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Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront.

René Char

Il ne pourra pas, ou ne saura pas, se débarrasser du vice caché de tout énarque qui se respecte : cette sidérante facilité à se murer derrière des stratégies d’isolement qui vous coupe rapidement de vos électeurs et encore plus de vos opposants ; il s’isolera – par souci d’efficacité, dira-t-il, au Palais de l’Elysée, entouré d’une dizaine de conseillers qui gouvernent la France, jusqu’à commettre sa première et énorme bourde – l’affaire Alexandre Benalla – qui lui coûtera très cher, un peu plus d’un an après son arrivée.

22 05 2017                                     Attentat terroriste à Manchester : 22 morts, 120 blessés : essentiellement des ados venue écouter leur idole du moment, l’Américaine Ariana Grande, sur un accès à une salle Arena à même de recevoir 22 000 spectateurs. Un mois plus tard, le 3 juin, d’autres fous remettront cela, à coup de couteau : 7 morts, dont un Français, 20 blessés.

La discussion sur l’adoption de la taxation des transactions financières (TTF) est retirée de l’ordre du jour de la réunion des ministres des finances de l’UE (ECOFIN) du 22 mai, à la demande de la France.

Déjà ! serait-on tenté de dire ! Déjà des gages aux copains ! Et demain, des gages aux coquins ?

1 06 2017                                       Les Etats-Unis, deuxième plus gros émetteur mondial de gaz à effet de serre, se retirent de l’accord de Paris sur le climat et mettent fin à tout financement.

A partir d’aujourd’hui, les Etats-Unis cesseront toute mise en œuvre de l’accord de Paris (…) et du fardeau économique et financier qu’il impose à notre pays. […]        les nations qui nous demandent de rester dans l’accord sont les mêmes pays qui nous ont coûté des milliards de dollars à cause de pratiques commerciales impitoyables. […]        L’accord de Paris compromettrait notre économie, briserait nos travailleurs, affaiblirait notre souveraineté, imposerait des risques juridiques inacceptables et nous mettrait en situation de faiblesse permanente par rapport aux autres pays du monde. […] Il est temps de placer Youngstown dans l’Ohio, Detroit dans le Michigan, et Pittsburgh en Pennsylvanie, et beaucoup d’autres endroits dans notre grand pays, avant Paris, en France. Il est temps de rendre l’Amérique grande de nouveau.

Donald Trump

En fait, la sortie des Etats-Unis ne sera effective qu’en novembre  2020, après un délai de quatre ans à partir de l’entrée en vigueur de l’accord imposé par l’article  28 du texte de Paris.

3 06 2017                    L’Américain Alex Honnold réalise une ascension qui entre tout droit dans l’histoire de l’escalade : grimper sans assurance aucune la paroi El Capitan, dans le parc de Yosemite.

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Sur cette photo, Alex Honnold est en pleine ascension d’El Capitan, sans corde ni équipement de sécurité. Il est devenu la première personne à réaliser en solo intégral l’ascension de cette paroi.

 Crédits : JIMMY CHIN / NATIONAL GEOGRAPHIC. Alex Honnold dans la voie Freerider – 7 C+ – sur le Big Wall d’El Capitan, dans le Yosemite : 915 mètres en 3 h 56′. Diffusé sur National Geographic – 85 176 123 60, le 24 mars 2019 à 23 h 15

Il prend le temps de s’asseoir au bord de la falaise, ouvre son petit sac à dos, enfile une casquette… Un sourire se dessine alors sur son visage. So delighted, so delighted – Quel émerveillement, quel émerveillement –, c’est par ces mots qu’Alex Honnold manifeste sa joie simple d’avoir gravi les 914 mètres de la paroi de granit d’El Capitan. Peut-être aussi d’être vivant…

Le 3 juin 2017, pendant 3 heures et 56 minutes, le jeune alpiniste a grimpé à mains nues, seul et sans être assuré par aucun matériel, la célèbre voie Freerider. Cette voie est si difficile que personne ne pouvait imaginer qu’il était possible de l’escalader en free solo (solo intégral). Une face abrupte de granit où quelques longues failles verticales alternent avec des dalles lisses et des prises de mains qui frôlent l’inexistant, mettant à rude épreuve la force des doigts, des mains, des poignets et des épaules. Comme l’explique Tommy Caldwell, une autre référence mondiale de l’escalade et ami d’Alex Honnold : Ça demande de réussir une performance du niveau d’une médaille d’or olympique, sauf que là, si tu ne décroches pas la médaille d’or, tu es mort.

L’équilibre en effet doit être parfait, la stabilité émotionnelle et la concentration, à toute épreuve. Bref, un engagement maximum qui ne laisse pas de place pour la moindre erreur. Car l’erreur, c’est la chute dans le vide, un vide de plusieurs centaines de mètres, une mort assurée.

El solo integral de Alex Honnold en El Capitan en imágenes ...

Crédits : JIMMY CHIN, NATIONAL GEOGRAPHIC

 Avant de s’attaquer à mains nues à ce titan de granit le 3 juin 2017, Alex Honnold s’est entraîné pendant deux ans. Son projet n’était pas motivé par un coup de tête, ni par la volonté de se faire un nom. Cette idée qui pouvait sembler folle au commun des mortels, il la mûrissait depuis 2009. Mais les difficultés techniques mettaient encore cette paroi hors de sa portée. 

Au début des années 1950, El Capitan était considéré comme inattaquable. Le parc du Yosemite était alors seulement une destination touristique privilégiée pour le camping, la randonnée et les magnifiques paysages qu’offrait sa vallée. 

Mais trois pionniers obstinés, Warren Harding, Wayne Merry, et George Whitmore, décidèrent un jour de voir ce paysage d’un autre œil, et parvinrent en 1958 à gravir la paroi en onze jours, après avoir passé une année entière à équiper (défigurer, diront certains) la face du rocher à coup de marteaux, de pitons, de cordes fixes, aidés de quelques litres de vin rouge. Ils ouvraient, sans le savoir, la course au Big Wall et allaient écrire avec beaucoup d’autres les grandes heures du Yosemite, faisant du parc le terrain de jeu des grimpeurs du monde entier. 

Enfant plutôt taciturne et isolé, Alex Honnold découvre l’escalade à onze ans. C’est pour lui une voie d’épanouissement, une révélation qui lui permet de s’émanciper de parents distants et manifestant très peu leur affection. Avec son van aménagé, il séjourne des mois durant dans la vallée et enchaîne les parois. Son premier fait d’armes, qui lui vaut une reconnaissance du monde de la grimpe : enchaîner en une seule journée et en solo intégral la voie Astroman et le Rostrum. Certains néanmoins sont sceptiques et pensent qu’il s’agit d’un canular. Peu importe, Honnold continue de réaliser des exploits en tentant des premières : la face nord-ouest du Half Dome au Yosemite en 2008, qu’il fait en onze heures, tout comme le Nose, une autre voie connue pour sa difficulté. Pour autant, même si sa notoriété est grandissante, il impressionne par son incroyable modestie, au point qu’on le surnomme Alex no big deal. Honnold.

 Crédits : JIMMY CHIN, NATIONAL GEOGRAPHIC

La discipline du free solo, ou solo intégral en français, compte peu de pratiquants. Et pour cause, l’erreur n’y a pas sa place : toute chute est mortelle. Certains considèrent que les risques encourus sont trop élevés et que cette pratique devrait être interdite. Pour d’autres, et Alex Honnold en fait partie, il s’agit de l’expression la plus pure de l’escalade. Le rocher et soi. En France, dès les années 1980, Patrick Edlinger, surnommé l’ange blond depuis ses exploits dans les gorges du Verdon, popularise cette pratique et jette les bases des films d’escalade, avec le documentariste et journaliste Jean-Paul Janssen, à l’aide de caméras embarquées sur les parois.

Il y a quelques années, lorsque j’ai commencé à me mettre en tête cette ascension en solo de Freerider, il y avait une demi-douzaine de longueurs où je me disais : Oh c’est un mouvement effrayant ça, et là, c’est une séquence qui fait peur, et cette dalle-là, et cette traversée aussi et… Nous sommes en 2016, et Alex Honnold répète inlassablement des descentes en rappel depuis le sommet de la falaise pour reconnaître centimètre par centimètre son parcours et en repérer les difficultés. Il soigne ses prises minutieusement, et à l’aide d’une brosse à dents, s’assure que la roche est propre, vierge de toute trace végétale ou de cailloux. Cette préparation intensive, il la consigne dans son petit cahier : Mettre la main à gauche, micro-prise quelques millimètres, décaler le pied droit, ramener la main droite.... Honnold connait par cœur chacun des mouvements qu’il aura à réaliser, du début à la fin de la voie.

Pendant des mois, Alex Honnold a noté minutieusement dans un carnet chaque mouvement, pour ne plus rien laisser à l’improvisation.  L’équipe technique qui l’entoure pour le filmer, emmenée par le réalisateur Jimmy Chin (auteur, avec son épouse Elizabeth Chai Vasarhelyi, d’un magnifique premier film intitulé Meru, est la plus restreinte possible. Cameramen, photographes et techniciens, tous sont des alpinistes confirmés et connaissent bien l’environnement dans lequel va évoluer Alex Honnold. Leur principale frayeur ? Le déconcentrer et provoquer sa chute lors du tournage, comme l’expliquera Jimmy Chin : On ne devait pas laisser les besoins du film devenir plus importants que l’existence d’Alex. On devait isoler Alex de la pression de la production. On ne voulait pas le stresser avec les problèmes de production.

Au sommet d'El Capitan, situé dans le parc national de Yosemite, Alex Honnold regarde la voie Freerider par laquelle il est monté.

I got it !

Le samedi 3 juin 2017, à la lueur de sa frontale, Honnold part pour l’ascension de sa vie. Imaginez-vous au pied de la paroi, vous levez la tête et découvrez alors la raideur surplombante de l’équivalent de presque trois tours Eiffel. Lorsqu’il s’élance dans la nuit, il est 5h32. Il a mis ses chaussons et lacé son sac de magnésie autour de ses hanches. C’est tout. Seul dans l’obscurité, il commence à s’élever. Vite, très vite. Après des centaines de mouvements de mains et de pieds, 3 heures et 56 minutes plus tard, à 9h28, avec une exceptionnelle maîtrise de ses émotions, Alex Honnold atteint le sommet d’El Capitan. Son rêve est réalisé. Son ami Tommy Caldwell, lui-même grand grimpeur, dira qu’il considère l’exploit comme un atterrissage lunaire de la grimpe en solo. Pour Honnold, le plus important avec le solo intégral, c’est de savoir abandonner.

Sébastien Lopoukhine

4 06 2017                         Quand une ancienne ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud Belkacem, constate avec tristesse l’évolution des tendances des réseaux sociaux, qui vient prendre la direction tout à l’opposé des missions de l’Education Nationale : le vrai, le faux, c’est devenu bonnet blanc et blanc bonnet.

Dans quelle époque vivons-nous ?

Dans une époque sans repères. Un moment de bascule. Pollué par la désinformation. Les rumeurs ou les légendes urbaines, ça a toujours existé. Mais pas au point qu’elles soient propagées de façon si massive et quasi érigées au rang d’informations irréfutables. Qu’un commentaire posté sur un forum revête la même valeur qu’un travail d’investigation… Face à l’obésité informationnelle, nous sommes trop souvent dans l’incapacité réelle et sérieuse de distinguer le vrai du faux, l’essentiel de l’accessoire. C’est devenu un grand enjeu de société. Un enjeu d’éducation majeur.

Vous y avez été confrontée, le 20  mai, sur le plateau d’On n’est pas couché, quand Vanessa Burggraf a prétendu que vous aviez engagé une réforme de l’orthographe…

Oui, une réforme que je n’ai bien entendu jamais engagée. Je n’ai pas compris pourquoi cette journaliste avait relayé des on-dit. D’autant que j’étais invitée dans cette émission pour parler de mon livre, dans lequel précisément il est beaucoup question de ce grand mal de notre société qu’est le règne des approximations et des contre-vérités.

Dans votre livre, vous incitez les médias et les politiques, deux secteurs décriés, à se remettre simultanément en question…

Après l’attentat contre Charlie Hebdo, en janvier  2015, j’ai créé une réserve citoyenne pour accueillir des citoyens de tous profils, désireux d’aider les enseignants à transmettre les valeurs de la -République dans les écoles. Parler de lutte contre l’antisémitisme, de laïcité, de liberté d’expression. Parmi les 6 000 citoyens qui se sont inscrits, il y a eu beaucoup de journalistes. Ç’a été pour moi une bonne surprise. Ils avaient pris conscience que, si les médias et ce qu’ils écrivaient n’avaient pas bonne presse, si on se détournait d’eux, si l’on préférait se réfugier dans les théories du complot, cela devait les inciter à mieux faire connaître leur fonctionnement, la démarche d’investigation, de croisement et de vérification des sources… Ce faisant, j’ai été confrontée à la plus belle facette des journalistes qui venaient ainsi s’engager, sur leur temps libre, auprès des élèves et des enseignants pour recréer de la confiance. Même chose avec ceux qui s’échinent toute la journée à faire du fact-checking pour éclairer l’opinion. Et en même temps, force est de constater que, sur d’autres plateaux télévisés, dans d’autres journaux, c’est une tout autre facette que l’on voit, avec quelques journalistes ou commentateurs qui, par leur manque de rigueur, ruinent les efforts de leurs collègues.

En avez-vous parlé avec la production, après l’émission ?

J’étais évidemment très mécontente en sortant du plateau : je me suis tellement habituée à ce qui circule à mon sujet sur les réseaux sociaux que j’ai vu dans cet échange une pièce remise dans la machine à polluer, qui plus est à une heure de grande écoute. Je voyais à nouveau venir les procès en destruction de la civilisation qui me sont régulièrement faits sur le Web, cette fois-ci confortés et amplifiés par la légitimité que l’on accorde à la parole d’un journaliste. Oui, j’ai eu une discussion avec la productrice de l’émission – Catherine Barma -, pour lui dire que cette séquence était scandaleuse. Je lui ai demandé s’il était possible que Laurent Ruquier, en fin d’émission, précise qu’après vérification, sa journaliste s’était trompée… Rien n’a été fait. Visiblement, ça ne les a pas inquiétés outre mesure.

Quelles sont les fake news vous concernant qui vous ont le plus marquée ?

Des rumeurs, il y en a eu beaucoup. Il y a encore des gens qui croient que le programme d’apprentissage de l’égalité entre les filles et les garçons qu’on a voulu mettre en place dans les écoles était en fait une théorie du genre destinée à inciter les enfants à changer de sexe. Cela paraît fou, mais c’est pourtant vrai. Il y a trois mois, la sévère condamnation par la justice de la responsable de cette diffamation hallucinante, Farida Belghoul – condamnée en appel à 8 000  euros pour complicité de diffamation – a à peine été relayée, si bien qu’elle est passée inaperçue et que des gens croient encore que ses monstrueuses accusations étaient fondées.

Il y aura toujours sur les plateaux des Zemmour ou autres qui -continueront à relayer ces horreurs, si bien que, dans la tête de beaucoup de gens, cela finit par exister. Même chose pour la fameuse rumeur de l’apprentissage obligatoire de l’arabe au CP. C’est une affabulation lancée par la fachosphère et récupérée à leur compte par des irresponsables politiques, Eric Ciotti (LR) en tête, qui, au lendemain de l’attentat de Nice, a dit devant les caméras :  Vous voyez bien, quand on a des gens comme Mme Vallaud-Belkacem, qui veulent qu’on apprenne l’arabe dès le CP … Là encore, dans -l’esprit de beaucoup de gens, si un homme politique le dit, ce doit être vrai… Est-il besoin de dire dans cette interview qu’il n’y a jamais eu ni théorie du genre ni arabe obligatoire au CP ?

Pourquoi n’attaquez-vous pas en justice ?

C’est très compliqué. La justice vous répond que l’expression d’une opinion ou encore l’interprétation de faits ne sont pas condamnables en soi. Ou encore, s’agissant des Tweet orduriers, qu’il est difficile de retrouver l’identité de la personne qui les a postés, etc. Et voilà comment des citoyens de bonne foi, qui ne peuvent pas passer leur temps à aller faire par eux-mêmes du fact-checking, tombent dans les mille et un panneaux tendus. Et voilà comment, pendant des semaines, une réforme de l’orthographe qui n’existe pas est le sujet le plus commenté dans les dîners en famille – ce sont les enquêtes d’opinion qui nous le révélaient à l’époque – sans que les multiples rectificatifs et droits de réponse que nous faisions dans la presse n’y changent rien. Evidemment, ça laisse des traces.

Ça vous refroidit, cette mode des réseaux sociaux ?

Non, c’est un combat de chaque instant. Je suis passée maître dans l’art de me battre. Je me bats sur le terrain, en politique, sur Internet et sur les réseaux sociaux parce que, que ça nous plaise ou non, ce sont des lieux où les gens vont piocher ce qu’ils pensent être de l’information. A nous, donc, de rendre ces lieux virtuels plus sûrs  et de ne pas les livrer aux seuls fachos et faussaires. Les mauvaises expériences qui furent les miennes, je veux les mettre à profit pour penser sérieusement ce grand défi de nos sociétés modernes. On doit trouver des voies légales pour faire en sorte que nos jeunes ne soient pas piégés en permanence par ce phénomène. Je rappelle que c’est le même type de désinformation qui mène à l’embrigadement et à la radicalisation. L’idée, ce n’est pas de recréer l’ORTF, mais que la réflexion puisse être menée et adaptée aux enjeux et aux outils de notre monde. Est-ce que les autorités administratives indépendantes qui existent aujourd’hui sont suffisantes ? C’est un sujet à creuser à l’avenir, et qui m’intéresse.

Avez-vous songé à abandonner la politique ?

Moi ? Non ! Cette question, j’ai pu me la poser plus jeune, mais aujourd’hui, je considère que l’heure est grave. Et tous les choix politiques que je fais en ce moment, je les pense à l’aune de la gravité du moment : ne pas faire comme beaucoup et aller confortablement rejoindre En marche !, par exemple. Parce que ça revient à diluer des combats politiques cruciaux dans un -consensus de façade qui n’a jamais fait progresser la société. Les convictions politiques, de gauche, de droite, ne sont pas suspectes, elles n’appartiennent pas à un vieux monde couleur sépia.

Najat Vallaud Belkacem             Le Monde du 4 06 2017 Interview de Laurent Telo

Question : Qu’est ce qui a bien pu empêcher Najat Vallaud Belkacem, de moucher Vanessa Burggraf en direct, pendant l’émission ? Je suis passée maître dans l’art de se battre, dit-elle. Vraiment ? On ne s’en est pas rendu compte. Ç’aurait été plus efficace que d’aller se plaindre auprès de la productrice, hors caméras et hors antenne.

18 06 2017           La République en Marche d’Emmanuel Macron remporte la majorité absolue à la Chambre des Députés. 26 millions d’électeurs, sur 47, se sont abstenus. Depuis de trop nombreuses décennies, la composition professionnelle de l’Assemblée Nationale ne reflétait plus du tout celle de la population active du pays : la sécurité offerte aux seuls fonctionnaires leur donnait une représentation sans commune mesure avec la réalité, pour une petite part dans les rangs de la droite, pour une part énorme dans les rangs de la gauche. Cette dernière étant la grande vaincue du scrutin, exit la république des professeurs, et début d’une grande cure de silence pour les intellectuels de gauche donneurs impénitents de leçons. Ouf ! Une grande cure d’assainissement ! Souhaitons que ce ne soit pas pour retomber dans d’autres travers.

Une majorité absolue finit toujours dans l’absolutisme.

 Jean-Christophe Cambadélis

Le bonapartisme porte en lui une tentation autoritaire. […]           la référence du président n’est pas Ricœur, mais Machiavel.  Macron a lu Le Prince. Il sait que la tactique de conquête n’est pas la même que celle de la conservation du pouvoir. Dans la conquête, il était le renard, rusé et duplice. Une fois élu, il est le lion, explicite, vertical, jupitérien. Et il prend tout.

François Bazin

Il faudra attendre encore quelques mois pour que l’on puisse donner tort à Michel Onfray quand il parle d’Emmanuel Macron : Un produit d’appel du grand capital vendu avec ses méthodes de marketing les plus performantes.

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Les gouvernements techno, comme celui de Romano Prodi en Italie, ne durent jamais très longtemps. A un moment, il faut savoir convaincre, il faut mettre du lien, il faut une pâte humaine, de la chair. 

Un conseiller de l’Elysée qui tient à son anonymat. Novembre 2017

29 06 2017                    Une gare, c’est un lieu où se croisent les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. 

Emmanuel Macron, président de la République

Chrétien, nous disiez-vous ? Peut-être… Apôtre nous disiez-vous ? Pourquoi pas, mais alors il s’agit de Judas. Les Français avaient cru élire un président de la République et ils s’aperçoivent qu’ils ont élu un PDG… il y a eu erreur de casting.

30 06 2017                     Simone Veil nous quitte.

Elle s’en va féminiser un peu notre panthéon, les Lincoln, Churchill, de Gaulle, Mandela, Luther King, Adenauer, Kohl, Gandhi, Dalaï Lama, Soljenitsyne, Sakharov, Rocard, mais aussi Mozart, Rembrandt, Léonard de Vinci, Périclès, Van Gogh, Ronsard, etc… Elle aura bravé l’horreur nazie, elle aura bravé la bêtise machiste des députés français des années 70, elle aura été au premier rang pour construire l’Europe : Nous n’avons pas le choix. Nous devons vivre à nouveau ensemble. Ensemble, vous m’entendez ?  Dernière et non des moindres qualités : une haine féroce pour François Bayrou, le pire des candidats, tout juste à même, comme ministre de l’Education Nationale, de mettre un million de personnes dans la rue, dont elle n’approuvera qu’un seul geste : la baffe à un petit merdouillou qui voulait lui faire les poches !  Une très grande dame.

C’est de ses yeux d’un vert transparent et liquide qu’on se souvient d’abord. De ses yeux si clairs, si vifs, qu’elle plantait dans les vôtres et qui semblaient exclure qu’on puisse se dérober, esquiver, mentir ou faire semblant. De ses yeux exigeants, qui avaient vu tant de choses, et dans lesquels passaient parfois des nuages et des ombres qu’elle chassait rapidement. De ses yeux comme un lac, tour à tour tristes et gais. De ses yeux qui, constamment, troublaient.

Et puis, il y avait son sourire, qui n’était pas joyeux ; un sourire poli et doux, qui affichait une fausse sérénité, camouflant – pour un temps – impatiences et agacements, tourments et tumultes intérieurs. Il y avait cette élocution rapide et un peu froide et saccadée, des phrases sans fin qui s’enchaînaient, qui s’enchaînaient, et rendaient compliquée la tâche des journalistes, notamment de radio, qui rêvaient d’un propos synthétique. Un rire, parfois, quand elle était à l’aise, en famille ou avec des amis proches. Et même quelques fous rires, j’en ai vus, avec ses copines de longue date, d’autres rescapées des camps et quelques complices de balade, d’expo, de ciné, de cigarettes, de bavardage. Entre filles, disait-elle, l’œil coquin.

Elle était magnifique et elle était complexe. Elle était combative, constamment indignée, et les conversations avec elle pouvaient être heurtées et déstabilisantes. Car elle ne cédait rien. Elle portait haut une exigence de morale et d’éthique héritée de ses parents. Et exécrait toute idée de renoncement, de capitulation et de démagogie. Elle revenait de si loin…

C’est pour un grand portrait commandé par la rédaction en chef du Monde en  1993, alors qu’elle revenait au gouvernement à 65 ans en tant que ministre des affaires sociales, de la santé et de la ville, que je l’ai rencontrée pour la première fois avec ma consœur Agathe Logeart. Nous avions interviewé, pendant un mois, plus d’une trentaine de personnes, d’ex-collaborateurs et des hommes politiques, d’anciens collègues de la magistrature, de l’administration pénitentiaire, du Parlement européen. Puis le cercle s’était rapproché de sa sphère intime, des rescapés d’Auschwitz, des membres de sa famille. Et ce n’est qu’à la toute fin de l’enquête que nous avions sollicité une interview et qu’elle nous avait invitées à dîner avec elle, dans la salle à manger du ministère de l’avenue de Ségur. Elle était en forme, heureuse de reprendre du service, de mettre son immense popularité au service de quelques causes au lieu de n’en rien faire, tels ces gens qui ont un magot et se font enterrer avec s’étaient moqués ses fils. Elle prenait, bien sûr, le risque de devoir danser avec Charles Pasqua un improbable tango, mais elle se faisait fort de torpiller son projet de contrôle d’identité au faciès et ne doutait pas de pouvoir peser de tout son poids dans le gouvernement Balladur, prête à claquer la porte si on ne l’écoutait pas.

C’était la première fois que je l’entendais raconter sa déportation, Auschwitz, la Shoah. Elle le faisait très peu alors – les documentaires et son livre ne viendront que plus tard – et nos questions étaient timides, devant son bras tatoué. Mais elle répondait franchement, constatant que parler demeurait difficile pour tous les rescapés : On a peur que les gens ne soient pas assez attentifs, et peur de ne pas le supporter. On a raison, même maintenant ils ne peuvent pas entendre.

Nous l’avions quittée extrêmement tard et je la revois encore, habillée de soie verte, le chignon haut comme les pommettes, rentrer chez elle à pied derrière les Invalides, balançant son sac à main au rythme de ses pas, dans la nuit chaude de cette fin de printemps.

Le hasard a fait que, la même année, l’AFJ (Association des femmes journalistes) la sollicitait pour me remettre son prix annuel récompensant un article paru dans Le Monde sur les épouses de marins-pêcheurs : Les humiliées du Guilvinec. Et les mots qu’elle avait prononcés ce jour-là à propos de la force des femmes, de leur grandeur, de leur pouvoir, de leur sororité et de leur nécessaire solidarité me trotteront longtemps dans la tête. Est-ce la conscience commune de discriminations et traditions pesantes ? Est-ce la certitude de partager une échelle de valeurs différentes de celles des hommes ? Les femmes, c’est un fait, ont une réelle facilité à vivre ensemble, reprendra-t-elle plus tard, convaincue qu’elles exercent l’autorité de façon différente et que cette différence – cette richesse – justifie l’obligation de parité dans les instances de pouvoir au moins autant que le principe d’égalité. Il faut qu’elles se lancent, disait-elle. Qu’elles écoutent leur conscience, prennent des responsabilités et s’épaulent ! Elles peuvent changer le monde.

Et puis, vous savez quoi ? ajoutait-elle.  Je me sens plus en sécurité avec des femmes. Une raison ? Peut-être la déportation. Au camp, leur aide était désintéressée, généreuse. Pas celle des hommes. Et la résistance du sexe dit faible y était aussi plus grande. Et d’insister : Oui, j’ai beaucoup plus d’affinités avec les femmes. Il est si facile de parler entre nous d’émotions, de sentiments et de bien d’autres choses de la vie qui énervent souvent les hommes. Elle recherchait cette complicité, attentive aux itinéraires de femmes, toujours prête à tendre la main aux plus jeunes, galvanisante, en quête de relais. Féministe, oui, bien sûr. Elle revendiquait ce joli mot, y compris à une époque où il demeurait sulfureux pour beaucoup de femmes de sa génération. Et, toujours, évoquait l’influence de sa mère.

Yvonne. Tout venait de là. De cette maman d’une grâce hors du commun – elle ressemblait à Greta Garbo pour laquelle elle avait nourri un amour-passion et qu’elle présentera toujours comme le personnage le plus important de ma vie. Elle m’en parlera à plusieurs reprises, émue de savoir le lien fort que j’entretenais moi-même avec la mienne, et si heureuse qu’un article de la série Chers parents, que j’écrivais l’été 2002, lui permette de l’évoquer longuement. Je suis beaucoup moins douce, beaucoup moins conciliante, beaucoup moins facile que maman ! Beaucoup moins généreuse, aussi. Car sa vie à elle n’a été dirigée que vers les autres. Peut-être suis-je… Non, pas plus gaie, car ne suis pas très gaie. Mais plus combative, moins résignée à renoncer à certains plaisirs de la vie, comme à la liberté de travailler. Maman l’a fait, sous la pression de mon père et malgré des études de chimie qui la passionnaient… Elle pouvait se priver de tout pour les autres, sans même en avoir le sentiment, encore moins le leur donner. Elle était d’une telle bonté…

Elle pouvait parler d’Yvonne pendant des heures. De sa quête insatiable de câlins et de tendresse maternelle lorsqu’elle était enfant. Et de sa révolte lorsqu’elle constatait l’emprise un brin tyrannique que son père maintenait sur son épouse et qu’elle voyait cette dernière sommée de rendre compte de sa moindre dépense : Ce sentiment de dépendance ! Ça, jamais, me disais-je !

De la mort d’Yvonne, quelques jours avant la libération du camp par les Anglais, elle ne se remettra jamais. Impossible d’accepter. Elle s’était battue comme une diablesse pour la protéger, la nourrir, la maintenir en vie coûte que coûte, dans des conditions effroyables. Mais c’est elle qui, à toutes les étapes, nous avait insufflé de l’espoir. Je ne sais toujours pas où elle a trouvé la force d’accomplir cette ultime marche de 70 kilomètres dans la neige, dévastée, malade du typhus, ne rejetant même pas le corps des malheureux qui s’agrippaient à son dos pour éviter d’être immédiatement fusillés… A ce stade du récit, sa voix faiblissait et le regard vert s’évadait. Repartait-elle dans ce convoi dantesque, cette file de détenues décharnées et chancelantes, tentant d’avancer dans la neige, menées à coups de triques et de fusils par des SS en déroute ? Ou bien revoyait-elle ce camp de Bergen où Yvonne s’était éteinte, laissant ses deux filles hagardes, mais conscientes qu’elle était allée au bout du supportable ? Sa présence était là et ne la quittait pas.

En  1995, l’année du cinquantième anniversaire de la libération des camps, elle m’invitait à me joindre à un petit voyage à Auschwitz qu’elle effectuait avec son fils Pierre-François et la famille Klarsfeld. Le temps était humide et glacé. Il n’était guère aisé de se repérer. Pourtant, elle m’avait pris le bras pour m’entraîner dans un baraquement où elle pensait avoir logé avec sa mère et sa sœur. C’était là, disait-elle sobrement. Le poêle, les koyas où l’on s’entassait, tête bêche. Peu de mots. A quoi bon ? Derrière le regard vert défilaient tant d’images auxquelles je n’avais pas accès. Il fallait renforcer l’Europe. Elle n’en démordait pas.

Enfin, en  2004, alors que Jean-Marc Roberts, le bouillant PDG de Stock, envisage de publier le texte de son fameux discours du 26  novembre 1974 à l’Assemblée nationale pour présenter son projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse, elle me demande de mener l’entretien complémentaire permettant de resituer le débat dans le contexte de l’époque. Nous nous rencontrerons plusieurs fois au cours de cet été, afin de reconstituer ce qui fut une extraordinaire bataille. Au nom du pragmatisme, car le désordre public était inextricable. Au nom de la détresse des femmes et de leur dignité. Elle n’avait pas soupçonné un instant la haine qu’elle allait susciter ni la monstruosité des attaques. Mais elle n’avait jamais flanché. Et même si elle demeurait convaincue que la loi Neuwirth autorisant la pilule était beaucoup plus importante par sa portée historique et philosophique, elle avouait une grande satisfaction à avoir libéré et sauvé tant de femmes. Les hommes aussi s’en souviennent, avions-nous titré le livre. Et l’idée l’enchantait d’impliquer ainsi l’autre moitié du ciel.

Sa mort sonne comme une injonction. A se souvenir. Se montrer vigilant. Poursuivre ses combats. Et ne jamais rien lâcher. L’espérance européenne, l’émancipation des femmes, l’aide aux persécutés… Jusqu’au bout, elle a fait tout ce qu’elle a pu pour témoigner, tisser des ponts, prôner des solidarités. Son histoire nous oblige. Son courage interpelle. Cette Européenne debout, au regard si clair, a besoin de relais.

Annick Cojean             Le Monde du 2 juillet 2017

06 2017                     Signes des temps :

  • Un torero est tué d’un coup de corne fatal du taureau qu’il toréait. Protestations des aficionados : C’est insupportable. Tuons le taureau : et le taureau sera tué, puis pendu, ah mais ! Mais ayez confiance, bonnes gens, Brigitte Bardot lance une pétition pour que la réciproque s’applique aussi, et  quand elle aura réuni 100 000 signatures, la mort d’un taureau entraînera automatiquement la mort par pendaison du torero : ah mais !
  • Le Queen Elisabeth II, un temps le plus grand paquebot du monde se lance dans la traversée de l’Atlantique avec comme compétiteurs 4 des plus grands cata et trimarans du monde : aussi grotesque que de mettre en compétition un planeur et un avion à hélice, une voiture et un patineur ! Que ne ferait-on pas pour avoir du spectaculaire à la télé !
  • A Singapour, les autorités responsables de la circulation mettent au point une signalétique au sol qui empêche les piétons scotchés à leur smartphone de se faire taper par les voitures en traversant la rue !
  • En mars 2018, La prière, un film de Cédric Kahn, mettra en scène un garçon de 22 ans, ancien drogué qui rejoint une communauté qui se voue au retour à une vie normale  de ses membres, tous venus du même univers, tout cela sur fond de solidarité, d’amour de l’autre et patati et patata et d’un quotidien assez proche de celui d’une maison de redressement. Un beau jour d’hiver, sortie pour faire un sommet des environs, déjà bien enneigé : ce n’est pas de l’escalade, mais de la randonnée plutôt difficile. A la descente le héros du film se laisse distancer par le groupe, se retrouve seul, la nuit arrive et voilà notre garçon qui a déjà fait une bien mauvaise chute, obligé de bivouaquer. Il se sortira d’affaire au réveil. Cédric Kahn présente cela comme une mésaventure qui arrive à un jeune qui s’est tout bonnement perdu, alors que ce jeune ne s’est pas perdu, mais a tout simplement été abandonné par ses camarades. Il s’agit ni plus ni moins que de non-assistance à personne en danger ; et cela, aucun critique ne le relèvera alors que cet épisode vient décrédibiliser tout le film, car il en fait exploser toute la pseudo-solidarité : en fait l’épisode n’a révélé qu’un profond chacun pour soi. Vous avez dit critique ? On vous dirait plutôt courtisans, flagorneurs.

06 2017                           Gerardo Ceballos, Paul R. Ehrlich, Rodolfo Dirzon ont examiné 27 600 espèces animales de notre planète terre et en ont publié les résultats dans Proceedings of the National Academy of sciences : le résultat est accablant : 58 % des vertébrés ont disparu en quarante ans. Les lions d’Afrique, qui ne vivent plus que sur 25 % de leur aire initiale sont aujourd’hui 35 000 : ils étaient 200 000 au milieu du XX° siècle. Les éléphants d’Afrique étaient à peu près 20 millions en 1900, 1 million dans les années 1970, 352 000 aujourd’hui ; 29 % des espèces animales sont menacées ; la moitié de ces 29 % risque l’extinction. Chez nous, le chardonneret a vu ses effectifs diminuer de 40 % en 10 ans ! etc etc…etc…[4]

Les responsables : le jardinier du dimanche comme l’exploitant céréalier et leur Roundup, l’agriculture de masse, la déforestation, l’extraction minière, l’urbanisation, la pollution, la surpêche, le braconnage, etc etc… Wayne Lotter, le Sud Africain qui aura consacré le principal de sa vie à la défense des éléphants sera assassiné le 16 août 2017 à Daar es Salam, capitale de la Tanzanie, le pays où ils sont les plus nombreux : 109 000 en 2009, 43 000 en 2014.

4 07 2017                        Dès 2018, la vaccination deviendra obligatoire pour les nouveaux-nés : une seule injection contiendra 11 vaccins : les médecins libres et indépendants parlent d’aberration. Les labos se frottent les mains devant les profits escomptés. Là encore Emmanuel Macron se soumet aux seules pressions des grands laboratoires. La santé des enfants ? pftt !

3 08 2017                        Pour 222 millions d’€, le FC Barcelone vend Neymar Da Silva Santos Junior, au PSG. Le plus gros transfert du monde du football.  Trois semaines plus tard, c’est Monaco qui vendra Kylian Mbappé au PSG pour 188 millions d’€ et un salaire de 700 000 €/mois. Kylian Mbappé n’a pas 20 ans. Qui saura et pourra mettre un terme à cette indécente folie ? Il y a bien une solution, mais elle n’existe que sur le papier, car totalement irréaliste : que les retransmissions des match de foot ne trouvent plus aucun téléspectateur pour les regarder : en un an, les recettes publicitaires disparaîtraient, et la structure s’effondrerait. Mais faut pas rêver.

15 08 2017                      A la gare Fort d’Issy-Vanves-Clamart, on pose le toit : une dalle de béton de 60 mètres de long sur 40 de large : 7000 tonnes : c’est à peu près le poids de la Tour Eiffel. Il s’agit d’un des premiers travaux du Metro Grand Paris Express, qui sera opérationnel vers 2030 : plus de 200 km construits autour de la capitale pour rendre vivable la vie des Parisiens qui doivent traverser Paris de part et part chaque jour pour joindre leur domicile et leur lieu de travail. Au pic des travaux, vers 2021, 250 chantiers seront en cours, 24 tunneliers fonctionneront en même temps. Versailles-Chantiers, Orly, Champigny-Centre, Noisy-Champs, Clichy-Montfermeil, le Bourget RER, Le Mesnil-Amelot, Saint Denis Pleyel, La Défense, Pont de Sèvres. Coût actuel : 28.3 milliards d’€. En 2010, il était de 22 milliards, en septembre 2017 il sera estimé à 35 milliards. La France est plus en plus souvent au premier rang en matière de dérapage budgétaire non contrôlé : l’accoutumance au double langage, à la mauvaise foi, à la triche… que rien ni personne ne viennent jamais sanctionner. Ce n’est rien d’autre qu’une forme déguisée de corruption.

18 08 2017                      Attentat sur les Ramblas de Barcelone, attentat à Cambrils, une centaine de km au sud : 14 morts, 128 blessés. La veille, à Alcanar, 200 km au sud de Barcelone, sur la côte, une villa bourrée de 200 bouteilles de gaz e d’explosifs avait explosé sans doute suite à une erreur de manipulation. En marge de l’horreur, il faudra bien que l’enquête détermine si la police de Barcelone a tenu compte des mises en garde venue de Madrid…

6 09 2017                         Du jamais vu dans la mer des Caraïbes : Irma, un ouragan de catégorie 5, la plus élevée sur l’échelle de Saffir-Simpson, s’abat sur l’île franco-hollandaises de Saint Martin, puis sur l’île de Saint Barthélémy : des rafales à 360 km/h, des vagues de 12 m. L’origine tient à la température moyenne de l’eau – 29° – plus élevée que la moyenne saisonnière. Après Saint-Martin et Saint-Barthélemy, Irma partira vers l’ouest-nord-ouest, les Îles Vierges américaines, Porto Rico et les îles britanniques de Turks-et-Caïcos, puis, le nord de la République dominicaine et de Haïti et Cuba, les Bahamas, avant de toucher le sud de la Floride ; d’une vitesse de 28 km/h au départ, il finira vers les 15 km/h.

Si la population n’avait pas été prévenue, le bilan humain aurait été beaucoup plus lourd : 25 morts dans les Caraïbes, dont 10 dans la partie française de Saint Martin, 2 dans la partie hollandaise, 4 dans les îles Vierges américaines, 6 dans les îles Vierges britanniques et l’archipel d’Anguila, 2 à Porto Rico, un à Barbuda. Par contre, selon les premières estimations à chaud [données par le président du Conseil territorial] le bilan matériel serait catastrophique : 95 % du bâti touché, 65  % des maisons inhabitables, centrales électriques, usine dessalement d’eau de mer très endommagées ; la reconstruction prendra plusieurs mois ; réseau eau et électricité et téléphone partiellement détruits, infrastructures et bâtiments publics bien touchés ; des secours ont été envoyés rapidement de la Martinique, mais ce n’était pas ceux qu’il fallait, car le principal fléau va vite se révéler être le pillage, face auquel les forces de l’ordre sont impuissantes, quand ce n’est pas consentantes, les voyous leur disant : laissez-nous faire et on partagera…. Quand les forces de l’ordre arriveront en nombre, il n’y aura sans doute plus rien à piller. En fait des architectes de l’Association de l’urgence rendront un état des lieux le 20 septembre assurant que seule 5 % des bâtiments ont été détruits ou sont en totalité inutilisables. Entre les outrances de l’info à chaud et la réalité, il y a comme d’habitude un grand pas ; cette fois-ci, ce n’est plus un pas, c’est un vrai fossé. Tout le monde avait vu arriver cet ouragan et personne parmi les décideurs n’a voulu voir que la première chose à faire c’était d’envoyer les forces de l’ordre : souhaitons que cet ouragan ait aussi fait exploser les tours d’ivoire en lesquels ils sont enfermés, sourds et aveugles ! On ne peut croire que ceux qui connaissant ces îles ne les aient pas averti de ce danger. Il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, tout comme il n’y a pire aveugle que celui qui se refuse à voir le réel. L’Etat accordera 500 000 € mais reprendra de la main droite ce qu’il accorde de la main gauche, en imputant sur cette somme le coût du transport des secours ! Les matériaux de reconstruction arriveront avec une lenteur désespérante et les rivalités politiques entre sarkozistes et macronistes ne feront qu’ajouter à la pagaille !

C’est le Mexique qui sera le plus meurtri de cette nature en furie sous les eaux autant que dans l’atmosphère : le 7 septembre, un séisme  fait près de 80 morts dans l’Etat d’Oaxaca, avec un épicentre dans le Pacifique, à 100 km au large de Tonala, dans l’Etat du Chiapas. Et une autre secousse, beaucoup plus meurtrière, quinze jours plus tard, à Mexico, avec au moins 230 morts.

13 09 2017                    Pour la cérémonie officielle d’attribution des J.O. pour 2024, alors que l’affaire était entendue depuis longtemps, Anne Hidaldo emmène avec elle, non seulement Tony Estanguet, chef de la délégation mais encore 320 personnes qui claqueront 1.5 millions d’€ entre hôtels de luxe, restaurants de luxe, champagne à gogo et Boeing spécialement affrété. Seuls 60 membres accrédités de la délégation pourront entrer dans le centre de conférence de Lima : les autres devront regarder la cérémonie à la télé ! Cette addition salée a été payée par le GIP (Groupement d’intérêt public) Paris 2024, financé à 50% par des deniers publics ! Y en a t-il seulement un, un seul qui ait refusé la proposition, pour sauver l’honneur ? Tout ça une semaine après qu’Irma ait ravagé Saint Martin et Saint Barthélémy ! Et quand, un an plus tard, le gouvernement pour lequel cette affaire était restée en travers de la gorge, amputera le budget 2019 de la Jeunesse et des Sports de 30 millions d’€, soit une baisse de 6.2 %, et demandera la suppression de 1 600 postes de personnel d’encadrement d’ici 2022, tout ce petit monde de faux-culs poussera des cris d’orfraie…

Je me goinfre
Tu te gaves
Il ou elle s’empiffre
Nous nous envoyons en l’air
Vos vous la jouez
Ils et elle s’la pètent

14 09 2017                                     Inauguration d’un chantier de Shinkansen – le train à grande vitesse japonais – pour relier Ahmedabad à Bombay, en Inde : le trajet de 509 km se fera en 3 heures, contre huit actuellement. La Japon a avancé 80 % des 14.5 milliard d’€ de l’enveloppe globale. La quasi-totalité de la ligne sera surélevée pour éviter les coûts d’acquisition des terrains. Se dessine là une âpre concurrence avec les nouvelles routes de la soie chinoises.

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[1] réalisé en 1922 par Paul Landowski, Albert Caquot et Heitor da Silva Costa sur le Corvocado : 30 mètres de haut, en stéatite et béton… plus moche que ça, tu meurs. De Landowsky encore, moins moche, le monument aux morts de Barcelonnette en 1923, et, dans la même ville, la statue de Jacques Stuart Fitz, duc de Berwick, en 1924, lequel apporta la vallée de l’Ubaye à la France avec le traité d’Utrecht.

[2] L’agent infectieux du charbon est la bactérie Bacillus anthracis, dont les spores peuvent résister plusieurs années, voire plusieurs décennies dans la terre, avant d’être ingérées par des animaux en pâture. Les spores peuvent aussi être transportées par les cours d’eau. Elles peuvent également être véhiculées par l’air, si on les y dispersait. (Site Institut Pasteur)

[3] ce en quoi il adorent non un mythe mais une espèce sonnante et trébuchante qui donne une vraie suprématie mondiale à ce pays, le seul au monde à pouvoir se permettre d’imposer des amendes record à des banques et des entreprises étrangères qui ont osé ignorer leur règles : 8.9 milliard $ pour la BNP, 772 millions pour Alstom, lesquelles paient sans sourciller car elle savent ce qu’il leur en coûterait de ne pas passer sous les fourches caudines… un pays encore, qui n’hésite pas à en mettre un autre sur la paille – l’Iran – sans même avoir à tirer un seul coup de fusil : et ça marche affreusement bien : fin 2018, l’Iran est dans la dèche la plus complète du seul fait d’une décision de Donal Trump, puisque toute transaction commerciale internationale ne peut se faire sans l’aval des Etats-Unis !  Nous n’oublierons jamais cette barbarie.

[4] …qui nous apprendra au détour d’une question qu’il ignore ce qu’est un détendeur [ce que fabriquait le père d’Anne Pingeot]… le cher homme n’a jamais dû passer beaucoup de temps dans une cuisine…

[5] Point n’est besoin d’un gros rapport pour constater que le système déraille. Il y a à peu près 20 ans, lorsque vous faisiez trois ou quatre heures de voiture au printemps ou en été, il vous fallait alors vous arrêter pour nettoyer votre pare-brise de tous les moustiques qui s’y étaient écrasés ; aujourd’hui, vous n’avez plus à vous arrêter pour cette petite corvée : il n’y a plus de moustique, et votre pare-brise est propre.


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