Cher François,
Je vous écris un 15 août, jour de l’Assomption de la Vierge, ayant appris ce matin à mon réveil, en écoutant la radio, le nouveau scandale de pédophilie qui, en Pennsylvanie cette fois, vient éclabousser l’Église catholique : sur une période de soixante dix ans, 1 000 enfants abusés ou violés par des prêtres, et ce chiffre est sûrement inférieur à la vérité, compte tenu de la honte des victimes à témoigner et de la célérité des intéressés à escamoter les preuves.
Comme moi, comme d’autres, vous devez être frappé par la ressemblance entre cette salve de révélations scandaleuses et une autre, qui défraie l’actualité depuis bientôt un an : celle des témoignages #metoo sur le harcèlement sexuel. Ici et là, même propension des hommes à profiter de leur pouvoir pour satisfaire leurs besoins sexuels. Si l’on mettait à la disposition des enfants un site Internet sur lequel ils pourraient déposer leur témoignage en toute impunité, ce balancetonpretre provoquerait un tsunami mondial qui, par sa violence et son volume, dépasserait j’en suis certaine celui de balancetonporc. Seraient encore reléguées au silence, il est vrai, les nombreuses victimes qui, en raison de leur jeune âge ou de leur misère, n’auraient pas accès au site.
Bien entendu, dénoncer ne suffit pas. On peut s’égosiller, si l’on ne change pas la situation qui engendre ces gestes intempestifs, on peut être certain qu’ils continueront de se produire. Cela vaut pour le harcèlement sexuel ; et nous devons tout faire pour comprendre les causes du passage à l’acte machiste chez les hommes contemporains. Pour les prêtres catholiques, en revanche, point n’est besoin de chercher. La raison est là, évidente, aussi flagrante que le nez au milieu du visage.
Pourquoi s’en prennent-ils si souvent aux enfants et aux adolescents ? Non parce qu’ils sont pédophiles – la proportion de vrais pédophiles parmi les prêtres est sûrement aussi minuscule que dans la population générale – mais parce qu’ils ont peur, et les enfants et jeunes filles sont les plus faibles, les plus vulnérables, les plus faciles à intimider, les moins aptes donc à les dénoncer. S’ils abordaient avec leur sexe en tumescence – ce pauvre sexe nié, perpétuellement réprimé – les femmes et les hommes de leur paroisse, ou s’ils allaient rendre visite aux travailleurs et travailleuses du sexe, ils seraient pris. Avec les enfants, ça peut durer… des années… des décennies. On prend les nouveaux enfants de chœur. On prend les fillettes qui viennent de faire leur première communion… On prend cette femme-ci, dans le secret du confessionnal… ou ce jeune homme-là, pendant les vacances en colonie… et l’année suivante on recommence… on recommence… On a sur elle, sur lui, sur eux, une ascendance, un pouvoir plus qu’humain, sacré… François, c’est un massacre.
À moins de se dire que seuls les pédophiles et des pervers sont intéressés par le sacerdoce, le problème n’est ni la pédophilie ni la perversion. Il faut abandonner ces clichés. Le problème, c’est que l’on demande à des individus normaux une chose anormale. C’est l’Église qui est perverse dans son refus de reconnaître l’importance de la sexualité et les conséquences désastreuses de son refoulement.
Cela suffit, François. Basta, vraiment. Le moment est venu. C’est aujourd’hui. Vous pouvez le faire. En tant qu’autorité suprême de l’Église catholique, ce serait de loin l’acte le plus important, le plus courageux et le plus chrétien de tout votre mandat : l’Église doit cesser de cautionner (et donc de perpétuer, c’est-à-dire de perpétrer) des crimes qui ont bousillé des vies innombrables à travers les âges.
Vous le savez aussi bien que moi : le dogme du célibat des prêtres n’est pas né en même temps que le christianisme. Il ne remonte qu’au Moyen Âge, un grand millier d’années après la mort du Christ. N’entrons pas, ici, dans le débat byzantin des raisons plus ou moins avouables pour lesquelles, après la scission des deux Églises, orientale et latine, celle-ci a tenu à se distinguer de celle-là en rendant obligatoire le célibat de ses officiants. Il est bien connu que Jésus n’a rien dit à ce sujet. Si lui-même n’a pas pris femme, il y avait des hommes mariés parmi ses apôtres, et, à d’autres époques et sous d’autres formes, le christianisme a autorisé ses officiants à se marier. Et l’autorise encore.
Nous autres chrétiens, ou sociétés laïques issues du christianisme, avons pris l’habitude de dénoncer, voire d’interdire, chez nous les pratiques d’autres cultures que nous considérons comme barbares ou injustes : je pense notamment à l’excision ou au port de la burqa. Les peuples qui les pratiquent les considèrent de la même manière exactement que l’Église catholique considère le célibat des prêtres : comme irréfragables, constitutives de leur identité. On a beau leur faire remarquer que nulle part dans le Coran (par exemple) il n’est stipulé que l’on doit couper leur clitoris aux petites filles ou couvrir le visage des femmes, que ces pratiques ont commencé pour des raisons précises, à un moment précis de l’Histoire, afin d’aider les sociétés à mieux organiser les mariages et gérer la distribution des richesses, rien n’y fait.
Lorsqu’on peut démontrer que ces pratiques sont foncièrement incompatibles avec les valeurs universelles (liberté, égalité, fraternité) et les droits individuels – notamment celui de chaque individu à l’intégrité corporelle -, on considère comme normal de les interdire sous nos latitudes.
Or le célibat fait largement autant de dégâts que l’excision ou la burqa. Le dogme du célibat des prêtres est lui aussi une décision historique. Elle peut être annulée par une autre décision historique, que vous seul êtes en mesure de prendre, cher François. Oui, vous seul pouvez lever l’injonction au célibat, protégeant ainsi d’innombrables enfants, adolescents, hommes et femmes à travers le monde.
Je vous en supplie, ayez ce courage. Je sais que jamais vous ne le feriez pour votre gloire personnelle et pourtant, cette décision vous apporterait une gloire immense. Pendant des siècles, les prêtres et leurs ouailles vous remercieront de votre prescience, de votre humanité, de votre mansuétude. Le rôle de l’Église est de protéger non les forts mais les faibles, non les coupables mais les innocents. Et Jésus dit : Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi ; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. (Matthieu 19 : 14). Depuis mille ans, combien de millions d’enfants ont été détournés de l’Église, dégoûtés de l’Église, empêchés de venir à Jésus, en raison de ce traumatisme ?
La preuve a été faite et refaite. Le célibat des prêtres, ça ne marche pas. Les prêtres ne sont pas chastes. Ils n’arrivent pas à l’être. Il faut en prendre acte et enterrer une fois pour toutes ce dogme inique. Il est criminel de tergiverser alors que, partout où il sévit, c’est-à-dire partout dans le monde, le massacre continue. Vous le savez, François, et nous le savons tous. Alors dites Stop. Tout de suite.
Nancy Huston
On ne va pas dresser une liste exhaustive de tous ces prêtres, contentons nous de dénombrer quelques uns d’entre eux, hissés au hitparade de la spécialité, de par leur renommée : Jean Vanier, 1928 – 2019 fondateur de l’Eau Vive dès 1946, puis de l’Arche, association prenant en charge les handicapés, qui eut plusieurs maîtresses au cours de sa vie ; mais Jean Vanier n’était pas prêtre. Le scandale sera révélé en 2020. Marcial Marciel, 1920 – 2008, prêtre mexicain, fondateur des Légionnaires du Christ dès 1941 ; il a eu une fille, et par ailleurs a été accusé de pédophilie. Georges Finet, 1898 – 1990, cofondateur avec Marthe Robin en 1936 des Foyers de charité, Henri Grouès, dit L’abbé Pierre, fondateur dès 1949 d’Emmaüs, mouvement d’aide aux plus démunis ; ses premiers agissement connus datent de 1957, connus de l’Église mais dont le scandale en France dut attendre 2024 pour remonter à la surface des eaux troubles.
28 08 2018
Nicolas Hulot, ministre d’État en charge de l’écologie, claque la porte : il annonce sa démission à France Inter sans même en avoir averti Emmanuel Macron pas plus qu’Édouard Philippe : les gouttes d’eau qui ont fait déborder le vase se nomment Thierry Coste, conseiller politique de la FNC – Fédération Nationale des Chasseurs – c’est à dire leur lobbyiste, la veille, s’était invité à l’Élysée à une réunion sur la réforme du permis de chasse, sans y avoir été convié, et Brigitte Bardot qui avait été reçue en juillet par Emmanuel Macron seulement, et avait ensuite taillé un costume à Nicolas Hulot, à la mesure du pois chiche qui lui tient lieu de cervelle. Mais le vase était déjà bien rempli de toutes les victoires au quotidien du court terme sur le long terme, le cancer de la démocratie à la française, quand la lâcheté étouffe en permanence le courage. Parmi tous ces renoncements, un rapport recommandant la construction de 5 nouvelles centrales atomique EPR ! 14 mois plus tard, en octobre 2019, une lettre d’intention de Bruno Le Maire, – Économie et Finances et d’Élisabeth Borne – Écologie et Transports – sera adressée à la direction d’EDF lui demandant d’étudier d’ici mi 2021 la mise en chantier de 6 nouveaux EPR, lettre qui viendra confirmer les craintes de Nicolas Hulot qui avait eu vent de ce rapport.
Est-ce que nous avons cherché à réduire l’utilisation des pesticides ? La réponse est Non.
Est-ce que nous avons cherché à inverser l’évolution de la biodiversité ? La réponse est Non.
Est-ce que nous avons cherché à réduire la surface de l’artificialisation des sols ? La réponse est Non
Il aurait pu ajouter encore le passage à la trappe de la fin des élevages de poules en batterie promis pour 2020 [3], de la mise en place de vidéo dans les abattoirs, de la mise en place d’une TIPP (l’équivalent de la TVA pour les produits pétroliers) pour le carburant avion, etc … autant de victoires des lobbyistes, défenseurs d’intérêts particuliers au détriment des défenseurs de l’intérêt général.
C’est l’explosion en plein vol de ce qui se prétendait être la doctrine macroniste : libéral et en même temps socialiste, socialiste et en même temps libéral, soit disant inspiré de Paul Ricoeur, théologien protestant, tout ça pour quelques semaines de travail commun sur un article de fond. En l’occurrence, écologiste avec Nicolas Hulot et en même temps à l’écoute des lobbyistes avec un Thierry Coste qui s’invite à l’Élysée faute de l’avoir été. C’est la fin du funambulisme doctrinal qui était le fait d’un illusionniste. Nicolas Hulot a dit basta, et Macron va devoir en finir avec ses numéros de prestidigitateur.

Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants. Antoine de Saint Exupéry. Terre des Hommes
29 08 2018
Les instruments de la station spatiale internationale détectent une légère chute de la pression de l’air à bord. Lorsque les membres de l’équipage partent à la recherche de la fuite, ils découvrent alors un trou parfaitement rond, large de 2 millimètres de diamètre, sur la coque d’un Soyouz, le vaisseau spatial russe, arrimé à l’ISS. Le 11 décembre suivant, deux cosmonautes effectueront une sortie pour l’inspecter et découvrir que le trou a été percé de l’intérieur. Sur terre ou bien dans l’espace ? Y’a du grain à moudre…
J’fais des trous des p’tits trous encore des p’tits
Des p’tits trous des p’tits trous toujours des p’tits trous
Serge Gainsbourg. Le poinçonneur des Lilas. 1959
08 2018
Pierre Rabhi continue à voler de succès en succès, à remplir des salles de conférence, à essayer de convaincre que le monde peut changer sans qu’il soit nécessaire de se salir les mains dans la politique et qu’il suffit de faire son job de gentil petit colibri. Il occupe avec une précision chirurgicale un créneau dormant depuis des décennies, avec un rare talent pour exploiter les bénévoles, comme les curés exploitaient autrefois leur bonne : le créneau illustré par la fameuse devise d’Emmanuel Berl, reprise à son compte par Vichy : La terre, elle, ne ment pas, et cela séduit beaucoup de monde, pacifiste et anti système. Mais les entreprises de Pierre Rabhi, il vaudrait mieux dire ses associations, qui, elles ne font jamais faillite, c’est seulement les donneurs de subventions qui se retrouvent gros jean, sentent très fort la naphtaline, le fagot, et la redite d’un passé que l’on aurait pu croire révolu. Pierre Rabhi est le Don Juan de l’écologie, séducteur des journalistes qui ne demandent que cela, fasciné par le miroir aux alouettes qu’est ce monde des médias ; un mix d’écologie et de pacifisme face auquel les journalistes ont le sentiment de prendre des vacances en l’interviewant, se régalant à faire parler ce metteur en scène de lui-même. Et cela commence à en agacer plus d’un, jusqu’au Monde Diplomatique.
Dans le grand auditorium du palais des congrès de Montpellier, un homme se tient tapi en bordure de la scène tandis qu’un millier de spectateurs fixent l’écran. Portées par une bande son inquiétante, les images se succèdent : embouteillages, épandages phytosanitaires, plage souillée, usine fumante, supermarché grouillant, ours blanc à l’agonie. Allons nous enfin ouvrir nos consciences ? interroge un carton. Le film terminé, la modératrice annonce l’intervenant que tout le monde attend : Vous le connaissez tous… C’est un vrai paysan.
Les projecteurs révèlent les attributs du personnage : une barbichette, une chemise à carreaux, un pantalon de velours côtelé, des bretelles. Je ne suis pas venu pour faire une conférence au sens classique du terme, explique Pierre Rabhi, vedette de la journée Une espérance pour la santé de l’homme et de la Terre, organisée ce 17 juin 2018. Mais pour partager avec vous, à travers une vie qui est singulière et qui est la mienne, une expérience.
Des librairies aux salons bio, il est difficile d’échapper au doux regard de ce messager de la nature, auteur d’une trentaine d’ouvrages dont les ventes cumulées s’élèvent à 1,16 million d’exemplaires. Chaussé de sandales en toute saison, Rabhi offre l’image de l’ascète inspiré. La source du problème est en nous. Si nous ne changeons pas notre être, la société ne peut pas changer, affirme le conférencier.
Passé la soixantième minute, il narre le fabliau du colibri qui a fait son succès : lors d’un incendie de forêt, alors que les animaux terrifiés contemplent le désastre, impuissants, le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau avec son bec pour conjurer les flammes. Colibri, tu n’es pas fou? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu éteindras le feu ! lui dit le tatou. Je le sais, mais je fais ma part, répond le volatile. Rabhi invite chacun à imiter le colibri et à faire sa part.
La salle se lève et salue le propos par une longue ovation. Cela doit faire dix fois que je viens écouter Pierre Rabhi ; il dit toujours la même chose, mais je ne m’en lasse pas, confie une spectatrice. Heureusement qu’il est là ! ajoute sa voisine sans détacher les yeux de la scène. Avec Pierre, on n’est jamais déçu. L’enthousiasme se répercute dans le hall adjacent, où, derrière leurs étals, des camelots vendent des machines de redynamisation et restructuration de l’eau par vortex, des gélules de protection et de réparation de l’ADN (cures de trois à six mois) ou le dernier modèle d’une machine médicale à ondes scalaires commercialisée 8 000 €.
À Paris aussi, Rabhi ne laisse pas indifférent. Le premier ministre Édouard Philippe le cite lorsqu’il présente son plan antigaspillage (23 avril 2018). Cet homme est arrivé comme une véritable lumière dans ma vie, affirme son ancienne éditrice, désormais ministre de la culture, Mme Françoise Nyssen. Pierre a permis à ma conscience de s’épanouir et de se préciser. Il l’a instruite et il l’a nourrie. Quelque part, il a été son révélateur, ajoute M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire.
En se répétant presque mot pour mot d’une apparition à une autre, Rabhi cisèle depuis plus d’un demi siècle le récit autobiographique qui tient lieu à la fois de produit de consommation de masse et de manifeste articulé autour d’un choix personnel effectué en 1960, celui d’un retour à la terre dans le respect des valeurs de simplicité, d’humilité, de sincérité et de vertu. Ses ouvrages centrés sur sa personne, ses centaines de discours et d’entretiens qui, tous, racontent sa vie ont abouti à ce résultat singulier : cet homme qui parle continuellement de lui même incarne aux yeux de ses admirateurs et des journalistes la modestie et le sens des limites. Rues, parcs, centres sociaux, hameaux portent le nom de ce saint laïque, promu en 2017 chevalier de la Légion d’honneur. Dans les médias, l’auteur de Vers la sobriété heureuse (Actes Sud, 2010) jouit d’une popularité telle que France Inter peut transformer sa matinale en édition spéciale en direct de son domicile (13 mars 2014) et France 2 consacrer trente cinq minutes, à l’heure du déjeuner, le 7 octobre 2017, à louanger ce paysan, penseur, écrivain, philosophe et poète qui propose une révolution.
L’icône Rabhi tire sa popularité d’une figure mythique : celle du grand père paysan, vieux sage enraciné dans sa communauté villageoise brisée par le capitalisme, mais dont le savoir ancestral s’avère irremplaçable quand se lève la tempête. Dans un contexte de catastrophes environnementales et d’incitations permanentes à la consommation, ses appels en faveur d’une économie frugale et ses critiques de l’agriculture productiviste font écho au sentiment collectif d’une modernité hors de contrôle. En réaction, l’inspirateur des colibris prône une insurrection des consciences, une régénération spirituelle, l’harmonie avec la nature et le cosmos, un contre modèle local d’agriculture biologique non mécanisée. Ces idées ruissellent dans les médias, charmés par ce bon client, mais aussi à travers les activités du mouvement Colibris, fondé en 2006 par Rabhi et dirigé jusqu’en 2013 par le romancier et réalisateur Cyril Dion. Directeur de collection chez Actes Sud, fondateur en 2012 du magazine Kaizen, partenaire des Colibris, Dion a réalisé en 2015 avec l’actrice Mélanie Laurent le film Demain, qui met en scène le credo du mouvement et qui a attiré plus d’un million de spectateurs en salles.
Le succès du personnage et de son discours reflète et révèle une tendance de fond des sociétés occidentales : désabusée par un capitalisme destructeur et sans âme, mais tout autant rétive à la modernité politique et au rationalisme qui structura le mouvement ouvrier au siècle passé, une partie de la population place ses espoirs dans une troisième voie faite de tradition, d’authenticité, de quête spirituelle et de rapport vrai à la nature.
Ma propre insurrection, qui date d’une quarantaine d’années, est politique, mais n’a jamais emprunté les chemins de la politique au sens conventionnel du terme, explique Rabhi sur un tract de sa campagne présidentielle de 2002. Mon premier objectif a été de mettre en conformité ma propre existence (impliquant ma famille) avec les valeurs écologistes et humanistes — il n’obtint que 184 parrainages d’élu sur les 500 requis. Le visage caressé d’une lumière or, le candidat présenté comme un expert international pour la sécurité alimentaire et la lutte contre la désertification se tient parmi les blés. De l’Afrique du Nord aux Cévennes, en passant par le Burkina Faso, la trajectoire de Rabhi illustre les succès autant que les vicissitudes d’une écologie apolitique.
Né le 29 mai 1938 à Kenadsa (région de Saoura), en Algérie, Rabah Rabhi perd sa mère vers l’âge de 4 ans et se retrouve dans une famille d’adoption, un couple de colons formé d’une institutrice et d’un ingénieur qui lui donne une éducation occidentale, bourgeoise, catholique. L’adolescent d’Oran adore écouter La Flûte enchantée, Othello ou bien un soliste de renom à l’opéra ; il aime la littérature française et les costumes impeccablement coupés qui lui donnent l’allure d’une gravure de mode. Fervent catholique, il adopte à 17 ans son nom de baptême, Pierre. Je me sentais coupable non pas de renier la foi de mes ancêtres [l’islam], mais de ne point aller propager parmi eux celle du fils de Dieu. Pendant la guerre d’Algérie, raconte-t-il, me voici brandissant mon petit drapeau par la fenêtre de la voiture qui processionne dans la ville en donnant de l’avertisseur : Al-gé-rie-fran-çai-se.
Il gagne Paris à la fin des années 1950 et travaille chez un constructeur de machines agricoles à Puteaux (Hauts-de-Seine) en tant que magasinier, précise-t-il lors de l’entretien qu’il nous accorde, et non en tant qu’ouvrier à la chaîne, comme on peut le lire dans Pierre Rabhi, l’enfant du désert (Plume de carotte, 2017), un ouvrage de littérature jeunesse vendu à plus de 21 000 exemplaires. C’est dans cette entreprise que le jeune homme rencontre en 1960 sa future épouse. La même année, il expédie une lettre qui changera sa vie. Monsieur, écrit-il au docteur Pierre Richard, nous avons eu votre adresse par le père Dalmais, qui nous a appris que vous vous préoccupiez de la protection de la nature, que vous avez activement participé à la création du parc de la Vanoise, et que vous essayez d’obtenir la création de celui des Cévennes. Nous sommes sensibles à toutes ces questions et voudrions prendre une part active en retournant à cette nature que vous défendez.
Étudiant en médecine avant-guerre, Richard devient, en 1940, instructeur d’un chantier de la jeunesse près des mines de Villemagne (Gard), sur le mont Aigoual. Cette expérience hygiéniste, nationaliste et paramilitaire l’influence durablement. En décembre 1945, il soutient une thèse de médecine qui assume un parti pris évident : la santé de l’homme est atteinte, et celle du paysan en particulier, et, par-delà, celle du pays, de la nation, écrit Richard – santé intégrale du corps, de l’esprit, des biens matériels, de l’âme. Quatorze ans plus tard, en 1959, le docteur Richard joue son propre rôle de médecin de campagne dans un film de propagande ruraliste intitulé Nuit blanche, où il fustige l’urbanisation, l’État centralisateur, les boîtes de conserve et la politique de recrutement des entreprises publiques qui arrache les paysans à leurs racines.
Sur une photographie du mariage célébré en avril 1961, le docteur Richard offre son bras à la mariée, Michèle Rabhi, tandis que Pierre Rabhi donne le sien à l’épouse du médecin de campagne. Pierre et Anne Marie Richard sont les parents que le magicien nous a destinés, écrit Rabhi dans son autobiographie. À mon arrivée en Ardèche, c’est lui qui m’a pris sous son aile. C’était mon initiateur, complète-t-il.
Peu après, l’apprenti paysan rencontre l’écrivain ardéchois Gustave Thibon. Acclamé par Charles Maurras dans L’Action française en juin 1942 comme le plus brillant, le plus neuf, le plus inattendu, le plus désiré et le plus cordialement salué de nos jeunes soleils, Thibon fut l’une des sources intellectuelles de l’idéologie ruraliste de Vichy. Ce n’est pas mon père qui était pétainiste, c’est Pétain qui était thibonien, affirmera sa fille. Bien que ses thuriféraires n’omettent jamais de rappeler que Thibon hébergea la philosophe Simone Weil en 1941, ce monarchiste, catholique intransigeant, antigaulliste viscéral et, plus tard, défenseur de l’Algérie française fit régulièrement cause commune avec l’extrême droite.
Entre le jeune néorural et le penseur conservateur se noue une relation qui durera jusqu’aux années 1990. On voyait chez lui une grande polarisation terrestre et cosmique, relate le premier. (…) J’étais alors très heureux de rencontrer un tel philosophe chrétien et j’ai adhéré à ce qu’il disait. Dans le paysage éditorial français, Thibon a précédé Rabhi en tant que figure tutélaire du paysan écrivain enraciné poursuivant une quête spirituelle au contact de la nature. Dans le hameau de Saint Marcel d’Ardèche où vécut Thibon, Mme Françoise Chauvin, qui fut sa secrétaire, se souvient : Pierre Rabhi doit beaucoup à Gustave Thibon. Quand il venait ici, son attitude était celle d’un disciple visitant son maître.
J’ai fait 68 en 1958 ! s’amuse, soixante ans plus tard, l’élève devenu maître, lorsqu’il évoque son retour à la terre. Le paysage intellectuel des années 1960 et 1970 ne l’enchantait guère. Quand on lui cite l’œuvre du philosophe André Gorz, auteur des textes fondateurs Écologie et politique (1975) et Écologie et liberté (1977), il s’agace : J’ai toujours détesté les philosophes existentialistes, nous dit-il. Dans les années 1960, il y en avait énormément, des gens qui ne pensaient qu’à partir des mécanismes sociaux, en évacuant le pourquoi nous sommes sur Terre. Mais moi, je sentais que la réalité n’était pas faite que de matière tangible et qu’il y avait autre chose. L’homme ne s’en cache pas : J’ai un contentieux très fort avec la modernité.
Sa vision du monde tranche avec la néoruralité libertaire de l’après Mai. Je considère comme dangereuse pour l’avenir de l’humanité la validation de la famille homosexuelle, alors que par définition cette relation est inféconde, explique-t-il dans le livre d’entretiens Pierre Rabhi, semeur d’espoirs (Actes Sud, 2013). Sur les rapports entre les hommes et les femmes, son opinion est celle-ci : Il ne faudrait pas exalter l’égalité. Je plaide plutôt pour une complémentarité : que la femme soit la femme, que l’homme soit l’homme et que l’amour les réunisse.
En plus de ses fréquentations vichysso-ardéchoises, Rabhi compte parmi ses influences intellectuelles Rudolf Steiner (1861 – 1925), fondateur de la Société anthroposophique universelle. Un jour, le docteur Richard est venu chez moi, triomphant, et il m’a mis entre les mains le livre Fécondité de la terre, de l’Allemand Ehrenfried Pfeiffer, un disciple de Steiner, raconte-t-il. J’ai adhéré aux idées de Steiner, ainsi qu’aux principes de l’anthroposophie, et notamment à la biodynamie. Lorsqu’il a fallu faire de l’agriculture, Rudolf Steiner proposait des choses très intéressantes. J’ai donc commandé des préparats biodynamiques en Suisse et commencé mes expérimentations agricoles.
À son arrivée en Ardèche, après une année de formation dans une maison familiale rurale, Rabhi fait des travaux de maçonnerie, travaille comme ouvrier agricole, écrit de la poésie, ébauche des romans, s’adonne à la sculpture. Sa découverte de l’agriculture biodynamique le stimule au point qu’il anime, à partir des années 1970, causeries et formations à ce sujet. Il se forge alors une conviction qui ne le quittera plus : la spiritualité et la prise en compte du divin sont indissociables d’un modèle agricole viable, lequel se place dès lors au centre de ses préoccupations. Une nouvelle fois, un courrier et la rencontre avec un personnage haut en couleur vont infléchir le cours de son histoire.
Fondateur de la compagnie de vols charters Point Mulhouse, bien connue des baroudeurs des années 1970 et 1980, l’entrepreneur Maurice Freund [† 9 05 2026] inaugure en décembre 1983 un campement touristique à Gorom Gorom, dans l’extrême nord du Burkina Faso. Grâce à cette réplique du village traditionnel avec ses murs d’enceinte qui entourent les cours, Freund compte faire de cette localité un lieu de tourisme solidaire. Las ! Quelques semaines plus tard, il découvre que le restaurant traditionnel sert du foie gras et du champagne car des coopérants, mais aussi des ambassadeurs, viennent se détendre dans ce havre de paix.
Au même moment arrive une lettre de Rabhi l’invitant à visiter sa demeure en Ardèche. Devant l’insistance de celui qu’il prend d’abord pour un quémandeur, Freund se rend à la ferme. Avant même d’échanger une parole, en plongeant mon regard dans le sien, je comprends que Pierre Rabhi est l’homme providentiel, écrit Freund. S’inspirant des travaux de l’anthroposophe Rudolf Steiner, Pierre Rabhi a mis au point une méthode d’engrais organiques (…) qu’il a adaptée aux conditions du Sahel. Il ramasse les branches, plumes d’oiseaux, excréments de chameau, tiges de mil… Il récupère ces détritus, en fait du compost, le met en terre, s’émerveille-t-il. Il place aussitôt Rabhi à la tête de Gorom Gorom II, une annexe du campement hôtelier où l’autodidacte initie des paysans du Sahel au calendrier lunaire de la biodynamie.
Le 6 mai 1986, la chaîne publique Antenne 2 diffuse le premier reportage télévisé consacré à Rabhi. Il y a un vice fondamental, explique le Français à Gorom Gorom, sur fond de musique psychédélique. On s’est toujours préoccupé d’une planification matérielle, mais on ne s’est jamais préoccupé fondamentalement de la promotion humaine. C’est la conscience, c’est la conscience qui réalise. Images de paysans au travail, gros plans sur les costumes traditionnels, paysages sublimes : le reportage fait dans le lyrisme. Je crois que le Nord et le Sud n’ont pas fini de se disputer ma personne, conclut Rabhi. Aucune précision technique sur les méthodes agronomiques n’est en revanche donnée.
Quelques mois plus tard, fin 1986, l’association Point Mulhouse, fondée par Freund, demande à l’agronome René Dumont, bon connaisseur des questions agricoles de la région du Sahel, d’expertiser le centre dirigé par Rabhi. Le candidat écologiste à l’élection présidentielle de 1974 est épouvanté par ce qu’il découvre. S’il approuve la pratique du compost, il dénonce un manque de connaissances scientifiques et condamne l’approche d’ensemble : Pierre Rabhi a présenté le compost comme une sorte de potion magique et jeté l’anathème sur les engrais chimiques, et même sur les fumiers et purins. Il enseignait encore que les vibrations des astres et les phases de la Lune jouaient un rôle essentiel en agriculture et propageait les thèses antiscientifiques de Steiner, tout en condamnant Louis Pasteur.
Pour Dumont, ces postulats ésotériques comportent une forme de mépris pour les paysans. Comme, de surcroît, il avait adopté une attitude discutable à l’égard des Africains, nous avons été amenés à dire ce que nous en pensions, tant à la direction du Point Mulhouse qu’aux autorités du Burkina Faso. Deux conceptions s’opposent ici, car Dumont ne dissocie pas combat internationaliste, écologie politique et application de la science agronomique. Rabhi s’en amuse aujourd’hui : René Dumont est allé dire au président Thomas Sankara que j’étais un sorcier. Dumont conseillera même d’interrompre au plus vite ces formations. En pure perte, car Rabhi bénéficie de l’appui de Freund, lui même proche du président burkinabé. Mais l’assassinat de Sankara, le 15 octobre 1987, prive Freund de ses appuis politiques. Rabhi et lui quittent précipitamment le Burkina Faso.
Cet épisode éclaire une facette importante d’un personnage parfois présenté comme un expert international des questions agricoles, préfacier du Manuel des jardins agroécologiques (Actes Sud, 2012), mais qui n’a jamais publié d’ouvrage d’agronomie ni d’article scientifique. Et pour cause. Avec l’affirmation de la raison, nous sommes parvenus au règne de la rationalité des prétendues Lumières, qui ont instauré un nouvel obscurantisme, un obscurantisme moderne, accuse-t-il, assis dans la véranda de sa demeure de Lablachère, en Ardèche. Les Lumières, c’est l’évacuation de tout le passé, considéré comme obscurantiste. L’insurrection des consciences à laquelle j’invite, c’est contre ce paradigme global.
Rabhi ne se contente pas d’exalter la beauté de la nature comme le ferait un artiste dans son œuvre. Il mobilise la nature, le travail de la terre et l’évocation de la paysannerie comme les instruments d’une revanche contre la modernité. Cette bataille illustre bien le malentendu sur lequel prospèrent certains courants idéologiques qui dénoncent les excès de la finance, la marchandisation du vivant, l’opulence des puissants ou les ravages des technosciences, mais qui ne prônent comme solution qu’un retrait du monde, une ascèse intime, et se gardent de mettre en cause les structures de pouvoir.
Que nous soyons riche ou pauvre, affirme Rabhi, nous sommes totalement dépendants de la nature. La référence à la nature régule la vie. Elle est gardienne des cadences justes. Dans Le Recours à la terre (Terre du ciel, 1995), il fait d’ailleurs l’éloge de la pauvreté, le contraire de la misère ; il la présente dans les années 1990, lors de ses formations, comme une valeur de bien être. Quelques années plus tard, ce parti pris se muera sémantiquement en une exaltation de la sobriété heureuse, expression bien faite pour cacher un projet où même la protection sociale semble un luxe répréhensible : Beaucoup de gens bénéficient du secourisme social, nous explique Rabhi. Mais, pour pouvoir secourir de plus en plus de gens, il faut produire des richesses. Va-t-on pouvoir l’assumer longtemps ? Pareille conception des rapports sociaux explique peut-être le fonctionnement des organisations inspirées ou fondées par le sobre barbichu, ainsi que son indulgence envers les entreprises multinationales et leurs patrons.
Fondée en 1994 sous l’appellation Les Amis de Pierre Rabhi, l’association Terre et humanisme, dont un tiers du budget provient de dons tirés des produits financiers Agir du Crédit coopératif (plus de 450 000 € par an), poursuit l’œuvre entamée par Rabhi au Burkina Faso en animant des formations au Mali, au Sénégal, au Togo, ainsi qu’en France, sur une parcelle d’un hectare cultivée en biodynamie, le Mas de Beaulieu, à Lablachère. Entre 2004 et 2016 s’y sont succédé 2 350 bénévoles, les volonterres, qui travaillent plusieurs semaines en échange de repas et d’un hébergement sous la tente.
Aux Amanins (La Roche sur Grane, Drôme), l’infrastructure d’agrotourisme née en 2003 de la rencontre entre Rabhi et l’entrepreneur Michel Valentin (disparu en 2012), lequel a consacré au projet 4,5 millions € de sa fortune, s’étend sur 55 ha. Elle accueille des séminaires d’entreprise, des vacanciers, mais aussi des personnes désireuses de se former au maraîchage. La production de légumes repose sur deux salariés à temps partiel (28 heures hebdomadaires chacun) qu’épaule un escadron de volontaires du service civique ou de travailleurs bénévoles, les wwoofers (mot composé à partir de l’acronyme de World Wide Opportunities on Organic Farms, accueil dans des fermes biologiques du monde entier) : en échange du gîte et du couvert, les wwoofers travaillent ici 5 h/jour, explique la direction des Amanins. Nous ne payons pas de cotisations sociales, et c’est légal. [vieille affaire qui a encadré toutes les baby sitters : les jeunes filles au pair. ndlr]
Son exercice de méditation terminé, l’un des quatre travailleurs bénévoles présents lors de notre visite gratifie son repas bio d’une parole de louange et confie : En fait, on travaille plus que cinq heures par jour, mais le logement est très confortable. Être ici, ça ramène à l’essentiel. Malgré la taille du site et la main d’œuvre abondante, les Amanins déclarent ne pas atteindre l’autosuffisance alimentaire et achètent 20% de leurs légumes. J’ai vu des gens partir en claquant la porte, en se plaignant d’être exploités, témoigne Mme Ariane Lespect, qui a travaillé bénévolement au Mas de Beaulieu, géré par Terre et humanisme, ainsi qu’aux Amanins. Mais je crois qu’ils n’ont pas compris le message de Pierre Rabhi. Sortir du système, retrouver un échange humain, c’est accepter de travailler pour autre chose qu’un salaire, et de donner.
Le prophète paysan ne tire aucun profit monétaire de ces engagements bénévoles. Mais ces apprentis jardiniers sans grande expérience ni connaissances agronomiques qui bêchent le sol des fermes Potemkine donnent du contre modèle Rabhi une image télégénique d’exploitation biologique économiquement viable – alors que ces fermes réalisent une part importante de leur chiffre d’affaires en facturant des formations.
Le mouvement Colibris ne supervise aucune exploitation agricole. Toutefois, son actuel directeur, M. Mathieu Labonne, coordonne GreenFriends, le réseau européen des projets environnementaux de l’organisation Embracing the World (ETW), fondée par la gourou Mata Amritanandamayi, plus connue sous le nom d’Amma. Sa tâche consiste à développer des écosites modèles dans les ashrams français d’Amma : la Ferme du Plessis (Pontgouin, Eure et Loir) et Lou Paradou (Tourves, Var). Dans ses comptes annuels de 2017, l’association ETW France, sise à la Ferme du Plessis (6 ha), déclare avoir bénéficié de l’équivalent de 843 710 € de travail bénévole, toutes activités confondues. Et l’association MAM, qui gère Lou Paradou (3 ha), de 16 346 heures de seva, l’une des pratiques spirituelles qu’Amma nous conseille particulièrement, le travail désintéressé en conscience, appelé aussi méditation en action, explique le site Internet de l’ashram. Cuisine, travail au jardin, ménage, travaux, couture… les tâches sont variées. Les réseaux Amma et Colibris se croisent régulièrement, que ce soit lors des venues annuelles de la gourou en France, dans les fermes d’ETW, ou dans la presse des Colibris – Amma a fait la une du magazine Kaizen en mars 2015.
À partir de 2009, année marquée par la participation de Rabhi à l’université d’été du Mouvement des entreprises de France (Medef), le fondateur des Colibris rencontre des dirigeants de grandes entreprises, comme Veolia, HSBC, General Electric, Clarins, Yves Rocher ou Weleda, afin de les sensibiliser. Les rapports d’activité de l’association Colibris évoquent à cette époque la création d’un laboratoire des entrepreneurs Colibris chargé de mobiliser et de relier les entrepreneurs en recherche de sens et de cohérence. On peut réunir un PDG, un associatif, une mère de famille, un agriculteur, un élu, un artiste, et ils s’organisent pour trouver des solutions qu’ils n’auraient jamais imaginées seuls, lit-on.
Désireux de stimuler cette imagination, Rabhi a également reçu chez lui, ces dernières années, le milliardaire Jacques Antoine Granjon, le directeur général du groupe Danone Emmanuel Faber, [débarqué en 2021, par son conseil d’administration : trop social. ndlr] ainsi que M. Jean Pierre Petit, plus haut dirigeant français de McDonald’s et membre de l’équipe de direction de la multinationale. J’admire Pierre Rabhi (…), je vais à toutes ses conférences, clame M. Christopher Guérin, directeur général du fabricant de câbles Nexans Europe (26 000 salariés), qui se flatte dans le même souffle d’avoir multiplié par trois la rentabilité opérationnelle des usines européennes en deux ans (Le Figaro, 4 juin 2018). Rabhi a également déjeuné avec M. Emmanuel Macron durant sa campagne pour l’élection présidentielle. Macron, le pauvre, il fait ce qu’il peut, mais ce n’est pas simple, nous déclare-t-il. Il est de bonne volonté, mais la complexité du système fait qu’il n’a pas les mains libres.
À force de persévérance, les consciences s’éveillent. Le 8 mai 2018, à Milan, dans le cadre du salon de l’agroalimentaire Seeds & Chips, M. Stéphane Coum, directeur des opérations de Carrefour Italie, disserte devant un parterre de journalistes et d’industriels. Trois mois à peine après que M. Alexandre Bompard, président directeur général de Carrefour, a annoncé 2 milliards € d’économie, la fermeture de 273 magasins et la suppression de 2 400 emplois, le dirigeant de la succursale italienne fait défiler une présentation. Soudain, une citation appelant à l’avènement d’un humanisme planétaire apparaît à l’écran, accompagnée d’un visage au sourire rassurant. Il y a six ans, j’ai commencé à lire Pierre Rabhi, déclare ce patron colibri. Pour que nous parvenions au changement, il faut que chacun fasse sa part. Nombreux sont aujourd’hui ceux qui veulent changer le monde, et c’est aussi la volonté de Carrefour. Réconcilier grande distribution et sollicitude environnementale, grandes fortunes et spiritualité ascétique : la sobriété heureuse est décidément une notion élastique.
Jean-Baptiste Malet, Journaliste, auteur de L’Empire de l’or rouge. Enquête mondiale sur la tomate d’industrie, Fayard, Paris, 2017.

Droit de réponse exercé par Pierre Rabhi : Laisser entendre que j’aurais organisé à mon profit un système lucratif en faisant du marketing, deux notions qui me sont complètement étrangères, est un curieux procédé. Je n’ai aucun rôle dans les associations ou structures que j’ai inspirées et elles n’ont pas de liens entre elles. Leur indépendance financière est la preuve même qu’il n’y a ni système ni marketing. Lieux de formation ou de transformation, elles n’ont jamais prétendu être des fermes modèles autosuffisantes.
Je suis blessé qu’on puisse ainsi tenter d’atteindre l’agroécologie et les actions que je mène par de simples insinuations ou spéculations sans fondement, et je m’interroge sur la finalité de cet article.
Ma posture générale n’est pas narcissique, elle relève du témoignage et de la protestation, car j’entends surtout inviter les êtres à s’insurger contre la dépendance, voire l’aliénation, dans laquelle la société marchande les enferme, et les convier à faire chacun leur part dans le changement de la société tout en s’exonérant des colifichets ou des illusions du progrès.
Ma vie n’est faite que de rencontres, mais on attribue à certaines d’entre elles une dimension démesurée. Et c’est ainsi que l’on veut faire de moi un homme influencé par des idées réactionnaires que l’on m’aurait inoculées dans les années 1960. Je trouve choquant qu’on ravale le docteur Pierre Richard au rang de vichysso-ardéchois au simple prétexte que, dans son jeune âge, il a encadré un chantier de jeunesse et qu’il défendait des idées de retour à la terre. Ce qualificatif est indigne en ce qu’il gomme le fait qu’il a été résistant. Initiateur du Parc national des Cévennes, infatigable médecin de campagne féru d’ethnologie, il courait par tous les temps avec sa 2 CV, au point de mettre sa vie en danger. À mes débuts en Ardèche, il m’hébergea, favorisa mon installation agricole, fut mon témoin de mariage, mais à aucun moment il n’a cherché à me transmettre une quelconque idéologie. Seule la passion des écosystèmes, des paysages et des hommes nous réunissait.
Il en va de même de mes rencontres avec Gustave Thibon, écrivain catholique de souche paysanne et révélateur de Simone Weil. Le portrait qu’en trace M. Malet est caricatural. Les échanges que nous avions portaient essentiellement sur la spiritualité. Nous avions trente cinq ans d’écart et j’étais impressionné par son immense culture, ses dons linguistiques ou sa mémoire.
J’ai le souvenir que, alors que nous étions financièrement exsangues, il nous a aidés, mais on ne peut pas considérer que je sois son disciple ou qu’il fut mon modèle. Hormis notre attachement commun, à l’époque, au catholicisme, nous n’avions pas les mêmes centres d’intérêt ni la même culture. Nous n’étions pas au même niveau et je lui devais la révérence qu’on doit à un ancien. Nous ne nous voyions que de loin en loin – quatre ou cinq fois en tout – et nos échanges se sont vite taris. J’étais à l’âge où l’on n’est pas soi-même confirmé et où l’on picore à droite et à gauche pour se constituer, mais il est dépourvu de sens de faire de lui un de mes mentors alors même que je ne le cite jamais.
Je dois revenir sur mon expérience au Burkina Faso, que l’auteur de l’article tourne en dérision. Curieusement, lorsqu’il est venu avec Maurice Freund, il ne m’a pas du tout interrogé à ce sujet et son récit comporte d’ailleurs de nombreuses inexactitudes.
En 1984, j’opérais déjà au Burkina depuis quatre ans. Joseph Rocher, du Centre de relations internationales entre agriculteurs pour le développement, m’avait invité à y transmettre mon expérience. Un jour, Maurice Freund, accompagné de Philippe Dominiak, est venu chez moi. Je ne le connaissais pas, mais j’avais entendu parler de lui et j’utilisais Point Mulhouse – la compagnie de vols charters fondée par M. Freund -. Après qu’il m’eut exposé son problème de campement hôtelier, j’acceptai de m’investir à ses côtés. J’organisai à Gorom Gorom, où sévissait la faim, des formations à l’agroécologie pour des paysans et des stagiaires sans pour autant faire appel, comme il est dit, à la biodynamie ou aux rythmes lunaires. Je préférais expliquer comment réaliser des composts, y compris avec du purin et du fumier, ou utiliser des techniques agroécologiques. L’urgence était de libérer les paysans de la dépendance aux engrais chimiques. Dans L’Offrande au crépuscule (1988), nous avons expliqué, schémas et analyses à l’appui, comment nous avons procédé au Sahel. Ce livre a reçu un prix du ministère de l’agriculture et j’ai été amené à participer à des colloques internationaux.
Ce n’est pas Maurice Freund, mais Thomas Sankara qui a mandaté René Dumont pour expertiser mon travail. Je ne crois pas que Dumont ait été épouvanté, car, au départ, nous allions bras dessus, bras dessous. Il ne jurait malheureusement que par les engrais chimiques, dont il disait qu’ils étaient la clé du progrès agricole, comme on peut déjà le lire dans L’Utopie ou la mort ! (1973). Le personnage était très autoritaire. Je ne disais pas du tout que le compost est une solution miracle (cf. L’Offrande…, édition 2001, page 194), mais Dumont entreprit de saper ma crédibilité et Sankara me convoqua. Au sortir de la réunion, il trancha en ma faveur. D’où l’amertume récurrente de Dumont. Comme peut en témoigner Guy Delbrel, ami de Sankara, celui-ci avait opté pour l’indépendance économique à l’égard de l’industrie des engrais. Sankara envisagea même de me nommer secrétaire d’État au développement rural, mais il fut assassiné.
Contrairement à ce qui est dit, je ne fus nullement contraint de quitter précipitamment le Burkina, car j’ai appris son assassinat à la radio alors que j’étais en Ardèche. Preuve de sa fécondité et de son adéquation aux conditions du Sahel, l’agroécologie continue aujourd’hui son chemin au Burkina, où des milliers de personnes y ont été formées, et l’agronome Marc Dufumier, tout aussi titré et expérimenté que Dumont, affirme que les humains pourront tous se nourrir demain grâce à l’agriculture bio.
Je ne suis nullement responsable des récupérations des uns ou des autres. On prétend que je passe beaucoup de temps avec des dirigeants de multinationale ; c’est une fable. Au fil des ans, je n’ai eu que quelques entrevues – à leur demande et sans aucune conséquence – avec une poignée d’entre eux. Pour moi, l’hospitalité est sacrée, et je les reçois comme j’ai reçu M. Malet.
Celui-ci note que j’ai rencontré Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle. Un déjeuner avait été organisé par un ami commun à la condition qu’il n’en soit fait aucune publicité, car il n’était pas question d’un ralliement. Ce fut respecté à la lettre. Maurice Freund et Bernard Chevilliat, qui m’accompagnaient, peuvent témoigner que nous avons parlé de perturbateurs endocriniens, de glyphosate, de l’enseignement de l’écologie en classes primaires, du Sahel et de la tragédie de Sophie Pétronin, qui venait d’être enlevée au Mali.
*****
La réponse de M. Pierre Rabhi suggère, entre autres choses, que l’agroécologie serait mise en accusation par notre enquête. De nombreux articles témoignent au contraire de l’intérêt porté de longue date par Le Monde diplomatique aux questions environnementales, et à l’agriculture biologique en particulier.
L’influence intellectuelle de M. Rabhi est importante. Elle méritait donc que l’on s’attache à en comprendre les ressorts, en mettant au jour les éléments constitutifs d’une écologie apolitique.
Tout récemment distingué par le prix Albert Londres du livre, Jean Baptiste Malet répond par ailleurs sur notre site de manière détaillée, aux allégations de M. Rabhi relatives au passé de résistant du docteur Pierre Richard. Il revient sur la nature des rapports entre M. Rabhi et Gustave Thibon et, plus généralement, sur l’enquête que nous avons publiée.
Le Monde diplomatique
2 09 2018
Le feu ravage le Musée National de Rio de Janeiro … Les flammes ont eu raison de la quasi totalité des 20 millions de pièces. Des collections uniques au monde patiemment constituées depuis le XVIII° siècle, rassemblées dans l’ancien palais du magnifique parc de la Quinta da Boa Vista, au nord de la ville carioca. Fondé le 6 juin 1818 par le roi Jean VI du Portugal (Dom Joao VI) le musée national de Rio avait été aménagé dans le palais Saint Christophe où les familles royales portugaises et brésiliennes ont résidé tout au long du XIX° siècle. Y étaient exposées des collections des collections de géologie, paléontologie, botanique, anthropologie, ou encore d’ethnologie et d’archéologie. Tristeza nao tem fim (La tristesse n’a pas de fin chanson de Carlos Jobim et Vinicius de Moraes.)

4 09 2018
Andriy Kobolyef, ancien PDG de Naftogaz, la compagnie nationale ukrainienne de gaz et de pétrole exprime ses craintes dans une interview au site allemand Deutsche Welle :
La Russie doit supprimer le transit par l’Ukraine pour une raison très simple : le maintien du transit rend très coûteuse une agression militaire d’envergure contrer l’Ukraine. Une guerre perturberait pendant longtemps l’approvisionnement en gaz russe vers l’Europe occidentale via l’Ukraine. Cela coûterait cher à Moscou, en matière de réputation et de finances.
8 09 2018
Sur les 460 millions de tonnes de plastique produites dans le monde chaque année, 37 % sont des emballages. Le recyclage du plastique est une hérésie. C’est exactement comme si on remettait un poison en circulation. Le plastique recyclé contient 124 fois plus de substances toxiques que le plastique vierge et libère davantage de microparticules et de nanoparticules. […] Lorsqu’on cherche à transformer le plastique en autre chose – par exemple les bouteilles en vêtements – cela s’appelle du décyclage. Et c’est encore plus vicieux car cela se revendique de l’éco responsabilité avec une impression de bien faire, d’agir dans l’immédiat, tout de suite. Le recyclage du plastique est un fléau bien enrobé dans du marketing afin de tromper le grand public.
Rosalie Mann, fondatrice de Nom More Plastic
L’Ocean Cleanup appareille de San Francisco pour nettoyer le plastique qui envahit le Pacifique sur environ 1.6 million de km², en quatre zones – c’est à peu près 3 fois la France – ; sept millions de tonnes de plastique flottent à la surface, mais quatre trilliards de tonnes recouvrent le fond du lit marin. Boyan Slat, le fondateur de l’ONG éponyme du bateau, a conçu un filet flottant de 3 m de profondeur en forme de fer à cheval, qui, poussé par le vent va plus vite que les plastiques récoltés. Le bateau devrait en mettre plusieurs en place. Une fois remplis, il faut encore les ramener à terre pour traitement. Le long boyau connaîtra des avaries sur l’une de ses extrémités en décembre 2018, dues semble-t-il, à un durcissement des matériaux en mouvement. Il sera emmené à Hawaï pour réparation.

Autre aspirateur d’Ocean Cleanup : The Interceptor, une barge autonome de 24 mètres de long à même de collecter de 50 à 100 tonnes de détritus par jour, à l’œuvre sur les eaux les plus polluées : le canal de Cengkareng à Jakarta, en Indonésie et la rivière Klang en Malaisie ; en 2025, il sera sur le Chao Phraya à Bangkok, en Thaïlande, et à Can Tho, dans le delta du Mékong, au Vietnam.

En octobre, Ocean Cleanup mettra en service un plus grand navire pour mettre en œuvre l’opération Mammoth Syzstem 03, à même de purger une surface de la taille d’un terrain de foot toutes les 5 secondes !

En 2025, Plastic Vortex, une société toulousaine mettra en œuvre des techniques similaires sur la Garonne, brevetées en mai 2021, et qui se compose de plusieurs parties. Le barrage, long de 330 mètres, est constitué d’une bande épaisse de caoutchouc surmontée de plus de 650 flotteurs et d’un tirant d’eau de 40 centimètres. Fixé par un câble en acier au pont d’Ancely, sur la rive droite de la Garonne, et, à 150 mètres plus bas, au pont de Blagnac, il traverse le fleuve en diagonale pour stopper les déchets visibles à l’œil nu et les guider à la force du courant, et, grâce à un système électrique, vers un convoyeur automatique. Cette sorte de tapis roulant de 12 mètres plonge sous l’eau pour remonter à la surface bidons, pneus, canettes, mégots, sacs et bouteilles en plastique, et les déposer dans une benne de 16 m³ positionnée sur la berge. Celle-ci, dotée de plusieurs capteurs et d’une caméra reliés à une armoire électronique installée sur la rive, est surveillée sur une plateforme extranet, à distance. Le tri des débris, selon leur typologie et leur poids, est effectué par Inddigo, une société toulousaine d’ingénierie en développement durable et actionnaire minoritaire de Plastic Vortex. Les troncs des arbres, les branches et les algues sont rejetés dans le fleuve.

Clearbot, start-up de marine tech basée à Hong Kong met en œuvre son Clearbot Class III, qui adopte un système de propulsion électrique composée d’un moteur et d’un ensemble de batteries. Il dispose même d’un panneau solaire pour étendre son autonomie quand les conditions environnementales le permettent. Sa compacité lui permet également d’être opérationnel sur de petits plans d’eau. Il fait près de 4 mètres de long et est doté d’un convoyeur à l’avant pour ramasser les débris flottants. Il est équipé aussi d’un outil tranchant dont le rôle est de couper les plantes envahissantes ainsi que les mauvaises herbes.

Clear-bot Class III
En France, avec un décalage de 2 ans, le bateau Plastic Odyssey, mis à l’eau en 2018, devrait être opérationnel en 2020, pour un tour du monde de 3 ans, commençant par Alexandrie : c’est un petit bateau usine [39 mètres de long] qui fabriquera des objets courants avec les plastiques ramassés le long des côtes et fournira son moteur avec le carburant obtenu par pyrolyse des plastiques qui n’auront pas été transformés. Autrement plus séduisant ! attendons de voir les résultats et coûts de chacun.
Dans les ports, un petit robot pour les nettoyer : Jellyfishbot, un robot conçu par Iadys, à Roquefort la Bégude, dans les Bouches du Rhône : 70 centimètres de côté, une autonomie de 6 à 8 heures, ramassant jusqu’à 80 litres de déchets ou collectant 30 à 40 litres d’hydrocarbures.

Et encore, cette fois à Antibes : L’association Earthwake, fondée en 2015 par le comédien Samuel Le Bihan, a pour mission de mettre au point des innovations pour collecter et valoriser les déchets plastique. Aujourd’hui, en partenariat avec le Port Vauban d’Antibes, Earthwake organise une démonstration de son prototype Chrysalis, une machine révolutionnaire dédiée au problème de pollution des océans par les déchets plastique. Cette démonstration en direct révèle une haute technologie et une réaction chimique sensationnelle. Inventée par Christofer Costes et fabriquée en France, Chrysalis produit des matières premières secondaires exploitables – comme le carburant – en transformant les plastiques non recyclables. Elle peut ainsi alimenter des groupes électrogènes, des moteurs de bateau ou encore de tracteur.
Depuis trois ans, les équipes d’Earthwake, en collaboration avec l’Institut Français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN), l’École centrale de Paris et le bureau d’ingénierie Atanor, travaillent sur la machine Chrysalis dans le but de valoriser les déchets plastique. Elle transforme le polyéthylène et le polypropylène par un principe simple de pyrolyse mais jamais développé avec un tel niveau d’efficacité et une telle qualité de matières premières, ne nécessitant ni électricité, ni carburant. Dans sa version définitive, Chrysalis sera disponible début 2019 et a pour ambition de recycler 15 000 tonnes de plastique en 2020. Elle se transportera facilement dans un conteneur et pourra traiter entre 7 et 10 tonnes de plastique par mois.
En effet, cette solution permet de redonner de la valeur aux déchets plastique pour susciter leur collecte. Une collecte créatrice d’emplois et de liens forts pour créer une solidarité et une sensibilisation autour des déchets plastique. L’énergie produite sera utilisée pour les véhicules de transport (voitures, tracteurs, bateaux, groupes électrogènes) des associations parties prenantes de l’écosystème.
Earthwake, 17, Rue Bourgelat 69002 LYON Tel: 06 73 28 64 82 www.earthwake.fr
Biocontact N° 295 novembre 2018 www.biocontact.fr
Et encore, cette fois-ci, à La Trinité sur mer : Le voilier Manta [la raie manta a une grande capacité de filtration de l’eau de mer] a été imaginé par l’association Sea Cleaners (basée à la Trinité sur Mer, créée par Laurent Bourgnon et qui emploie 15 personnes). Il permettra de ramasser des plastiques dont la plupart ne sont pas recyclables. Ce bateau propre fonctionne aux énergies renouvelables, avec à bord une véritable usine de tri et de stockage de déchets plastiques (plus de 250 tonnes de déchets peuvent être stockées dans les coques du bateau). Lors de la Transat Jacques Vabre de 2015, Laurent Bourgnon était entré en collision avec un container, ce qui l’avait contraint à l’abandon. Ce navire a été étudié pour collecter les plastiques océaniques au plus près de la source de déversement, près des côtes. En effet, seul un navire offre la mobilité nécessaire aux déplacements rapides vers les bancs de plastiques encore concentrés par les vents et les courants, avant qu’ils n’entament leurs dérives océaniques vers les continents de plastique. Cette mobilité permet également d’intervenir en haute mer, là où la profondeur océanique rend impossible l’ancrage au fond de la mer et où un container immergé accidentellement peut avoir libéré sa cargaison d’objets en plastique. Ce navire a été étudié pour collecter les plastiques océaniques au plus près de la source de déversement, près des côtes. Au niveau de sa motorisation, Manta aura recours a des Kite Wings (cerf volants), combinées à un gréement supportant des voiles classiques, auquel s’ajoutera un bloc propulseur hybride, permettant de réduire l’empreinte carbone à son strict minimum.


Le Manta, imaginé par l’association, Sea Cleaner de La Trinité sur Mer, créée par Laurent Bourgnon. Opérationnel en 2022. Largeur : 49 m. Longueur : 70 m. Hauteur : 62 m. Capacité de Stockage 300 m. cubes.
Après avoir créé l’association The Sea Cleaners en 2016, le navigateur franco suisse Yvan Bourgnon dévoile la maquette de son navire collecteur de déchets : le Manta, en référence à la raie du même nom qui est un poisson filtreur. Objectif : lancer la première mission de nettoyage des océans en 2022. Libération l’a rencontré.
D’où vient l’idée du Manta ?
J’ai eu une carrière sportive superbe, mais je suis certainement un des skippeurs qui a le plus abandonné à cause des déchets. D’un coup, tout s’arrête parce qu’il y a un container en travers de la route ou un plastique qui flotte. Puis, entre 2013 et 2015, j’ai fait un tour du monde en petit catamaran de sport. J’ai navigué dans l’océan Indien, le long de la barrière indonésienne : Sri Lanka, Maldives, et là, clairement, j’ai navigué pendant près de deux mois dans des déchets plastiques. C’était le choc. J’ai parfois été obligé de m’arrêter 40 fois par jour parce que les déchets étaient coincés dans mes gouvernails, dans mes dérives.
On m’avait dit : en mer, il n’y a que des micro particules de plastique, mais en fait pas du tout. Sur une bande côtière de 0 à 50 miles, il y a parfois de grandes concentrations de plastiques, des filets de pêcheurs, des bouteilles d’eau, des sacs plastiques, des déchets qui sont encore dans leur état originel. Je me suis dit : l’océan est devenu une poubelle. J’avais eu la chance de faire ce même tour du monde entre mes 8 et mes 12 ans, et quand j’en parle avec mes parents, ils me disent qu’ils n’ont jamais eu besoin de ramasser un déchet plastique dans la mer.
Comment avez-vous conçu ce projet ?
À mon retour, je me suis entouré d’un spécialiste de la pollution, Patrick Fabre. On s’est rendu compte qu’il y avait de nombreuses zones de concentration de plastiques et que personne ne travaillait sur le sujet. Il y avait des barrières flottantes, des petits bateaux de 5-6 mètres avec des tapis de ramassage dans les ports, mais pas de bateau capable d’aller en mer pour ramasser significativement les plastiques. C’est comme ça qu’on a monté The Sea Cleaners, avec l’idée de concevoir le Manta qui serait le premier voilier hauturier, donc au large, capable de ramasser les déchets plastiques en mer.
On s’était fixé deux objectifs : récolter 600 m³ de plastique par campagne et être en énergie verte au moins à 75 %. Des ingénieurs ont travaillé pendant très longtemps pour réussir à mettre au point des tapis roulants qui plongent dans la mer, un mètre sous la surface, ce qui existait déjà en petit.
A quoi ressemblera le Manta ?
Le bateau, dont le coût est estimé aujourd’hui à 25 millions €, pèsera 25 000 tonnes et aura la taille d’un terrain de foot : 70 mètres de long, 49 mètres de large, 62 mètres de haut. Ce sera le plus grand multicoque au monde et il hébergera 36 personnes.
On a donc quatre coques, soit trois entrées d’eau naturelles pour piéger les déchets plastiques. Avec la vitesse du bateau, ils se déposent sur le tapis roulant qui remonte à l’intérieur du bateau. C’est une vraie usine flottante. Ce qui est organique, troncs d’arbres, branches etc. va repartir à la mer à l’arrière du bateau, et des opérateurs vont ramasser et trier les plastiques, environ 100 kg/h.
Les recyclables seront compactés sur place sous forme de balles de 1 m³ et stockés à bord, jusqu’à 600 à 1000 m³. Les autres déchets, trop détériorés ou trop altérés par la flore, seront mis dans une pyrolyse : un four qui fait fondre le plastique et le transforme en carburant. Cela ne consomme pas de CO2 et cela crée du carburant dont nous avons besoin.
Quelle est l’efficacité concrète d’un tel projet ?
À raison de 25 campagnes par an en moyenne, on peut atteindre 30 000 m³. On n’aura ramassé qu’une partie du plastique, certes, mais le jour où il y aura 100 bateaux… Puis le Manta est aussi un outil merveilleux pour faire de la sensibilisation, ce qui manque dans les pays qui polluent le plus. On profitera des escales pour convoquer les populations, les décideurs, les politiques, et leur dire : on s’est retroussé les manches, voilà les plastiques qu’on a ramassés devant chez vous. Ensuite, l’idée est de mettre des unités de recyclage à disposition des villes afin de montrer que la technologie existe. On ne va pas s’arrêter à la collecte.
Tous les plastiques sont-ils récupérés ?
Non, les microplastiques se constituent après un an de dérive de plastique. C’est une aiguille dans une botte de foin. C’est de la pollution passée, plus difficile à récupérer. Mais on va pouvoir s’attaquer à la pollution future, qui ne fait que croître. Ce qui flotte dans la mer, c’est essentiellement la pollution de consommation des gens : les bouteilles en plastique, les sacs plastiques… Des choses qu’on peut facilement remplacer dans les usages.
Y a-t-il un risque pour la faune qui nagerait près de la surface ?
Le risque zéro n’existe pas, mais il y a des sonars à l’avant des bateaux qui font fuir les cétacés. C’est déjà expérimenté. Pour les tortues, peut-être que cela arrivera qu’une se fasse piéger, mais les tapis sont prévus pour ne pas être agressifs : elle va monter dans le bateau et retomber dans la mer de l’autre côté. Et s’il y a une bonne daurade, on la mettra dans le barbecue à l’arrière du bateau, c’est ça aussi, l’économie circulaire.
Vous avez dit que le bateau fonctionnerait avec 75 % d’énergie propre ?
Aujourd’hui sur le papier, on n’est pas loin du 100 %, mais ce sera forcément un peu moins. 75 %, c’est déjà énorme : aujourd’hui aucun bateau de travail n’est en énergie verte, même à 20 %.
Eolien avec deux grands mats à l’arrière, solaire, vent, pyrolyse avec 4 à 5 tonnes de gasoil par jour estimées… On a travaillé des milliers d’heures pour trouver le meilleur compromis. Quand on ramasse les déchets, on a besoin d’avoir une vitesse constante ce qui est impossible avec la voile, donc on utilise l’énergie électrique : le solaire et l’éolien. Quand on a besoin d’aller plus vite pour changer de zone, on navigue à la voile (près de 3000 m² de surface).
Comment saurez-vous où aller pêcher des plastiques ?
On ne sait pas encore avec précision mais on va se concentrer sur l’Asie du Sud est, l’Amazonie, le Nigeria et l’est de la Méditerranée. Quand on regarde les chiffres, la majorité des plastiques arrivent des 10 plus grands fleuves du monde. Mékong, Yangtsé, Gange, Amazonie… On n’a pas besoin d’aller ratisser toute la surface des océans, on peut se poster à la sortie des fleuves. Par ailleurs, les agences spatiales comme l’ESA ont décidé de lancer des satellites en 2020 pour repérer les amas de plastiques. Enfin, on utilisera deux drones qui ont 50 km d’autonomie.
Que reste-il à faire avant la première campagne prévue en 2022 ?
À partir du mois de septembre, 12 personnes chercheront des correspondants dans chaque pays et devront déterminer où va aller le Manta, obtenir les accords de navigation, les accords pour déposer nos déchets plastiques… Pour l’instant on a un quart du financement, 7000 donateurs et 25 mécènes et on a besoin d’en trouver une centaine.
Ce projet est-il amené à être décliné ?
Oui, imaginons un seul camion poubelle à l’échelle de la France, ce serait insuffisant. L’idée est que chaque pays puisse monter son propre projet pour financer des bateaux. Nous sommes là pour développer une technologie, la mettre au point, et mettre les plans en open data. Une fois que tout est prêt, après six ou sept ans de travail, on laissera tout à disposition gratuitement. Il ne faut pas que tout le monde perde des millions de dollars pour mettre au point un tel bateau.
Laurent Bourgnon interviewé par Aurélie Delmas. Libération 23 avril 2018
Les États Unis et la France ne sont pas seuls à avoir pris conscience de la gravité de la situation et, si le plus souvent, la règle en ce qui concerne les riches est qu’ils s’en désintéressent complètement, il est des exceptions pour faire mentir la règle, à l’instar de Bill Gates et de sa fondation : ainsi le milliardaire norvégien Kjell Inge Rokke a-t-il fait construire REV Ocean, le plus grand navire privé du monde – 182 mètres de long – à seule fin de dépolluer les mers et les océans : le bateau sera à même d’incinérer cinq tonnes de plastique par jour ! Un système d’aspiration permettra de le récupérer, et un incinérateur permettra de brûler tous les matériaux dont le plastique, sauf le métal et le verre. Ils seront brûlés d’une façon positive pour l’environnement, sans produire de gaz nuisibles.
Construit pour le gros œuvre à Tulcea, en Roumanie, il sera emmené par le remorqueur Kamarina d’août à septembre 2019, jusqu’à Brattvåg, en Norvège où il sera terminé pour être opérationnel en 2020. Il emmène 60 scientifiques et 30 hommes d’équipage. revocean.org :

Et encore, Porrima, construit en 2010 sous le nom de Planet Solar – nom de la déesse protectrice des femmes enceintes, au Japon -, ce navire du Belge Gunter Pauli :
Le projet a été présenté par le Professeur Gunter Pauli, avec l’appui d’une petite start up, Scanderia. Günter Pauli est le créateur d’un démonstrateur des mers, dans la continuation de ce qu’avait fait en son temps Jacques Rougerie avec Sea orbiter.
Le prototype du professeur Günter Pauli s’appelle Porrima ; il fait déjà le tour du monde et se trouve en 2022 à Kenitra, au Maroc.
Ce navire démonstrateur s’inscrit dans la filiation des Peace tech’ ou technologies de Paix (là où d’autres ne savent les utiliser que pour la guerre).
Le navire est un démonstrateur de technologies pour le nettoyage des mers, pour la protection des océans, pour les énergies renouvelables et les multiples applications industrielles qui en découlent. Mais aussi pour l’invention de modèles d’affaire innovants, mis au service du bien commun que sont les océans. Le professeur Günter Pauli veut faire la démonstration de ce que peuvent, pour la paix, un ensemble de technologies qui ne sont que peu ou pas enseignées dans les universités. Ou lorsqu’elles le sont, c’est de façon théorique. Sur Porrima, elles sont enseignées à un haut niveau de précision, de façon pratique, et en vue de leur amélioration par des innovations.
Le Blue Campus fonctionne avec l’aide de l’université Mohammed VI du Maroc. Nous avons besoin d’urgence de talents, c’est ce qui nous manque… J’ai la possibilité d’utiliser un cerf volant intelligent (IA) pour générer une force de traction et une énergie, mais je n’ai que trois ou quatre personnes capables de le faire fonctionner à ce jour. […] J’ai besoin de gens inspirés et motivés (…) qui deviendront des astronautes des océans explique le professeur Pauli dont le souhait est de démocratiser l’usage de 28 technologies qui, à l’heure actuelle, sont le privilège de quelques ingénieurs dans le monde seulement. L’enjeu de ce démonstrateur, qui est encore exceptionnel, est que ce type de navire se généralise et devienne la norme de référence dans les dix à quinze prochaines années.
Qu’est-ce que le Blue Campus exactement ? C’est un enseignement, sur la base d’un partage d’expériences. Les 28 technologies disponibles sur Porrima sont connues ; on sait qu’elles sont opérationnelles. Le démonstrateur n’apporte pas une preuve de concept mais une preuve opérationnelle.
A Kenitra, le Porrima sera mis en cale sèche et plusieurs bâtiments, sur le site, seront dédiés chacun à une technologie particulière. Tout va fonctionner en ateliers pendant neuf mois. Les technologies seront décortiquées en laboratoire pour permettre aux étudiants d’analyser et de comprendre leur fonctionnement. De nouvelles technologies à la pointe de l’innovation seront également étudiées, pour être ensuite installées sur le Porrima, qui sera relancé à neuf en juillet 2023. D’ici là, le professeur Pauli souhaite accueillir à partir d’octobre 2022 cinq cents jeunes, venus du monde entier, inscrits pour être formé.e.s à ces nouvelles technologies de l’économie bleue.
Cette formation a un coût bien sûr (voir sur le site). Mais le professeur Günter offre à cent candidats qui auraient des difficultés pour réunir les fonds, la possibilité de ne payer qu’un dixième du coût total de la formation (soit 200 € au lieu de 2000 €), s’ils s’inscrivent avant la fin de cette semaine.
Un.e jeune débrouillard.e et vraiment motivé.e sera capable d’aller chercher les fonds dont il/elle a besoin auprès d’une entreprise de pêche ou de production d’énergie intéressée, auprès d’un armateur ou peut-être même auprès d’une collectivité.
Que les meilleur.e.s se bougent…et vite !
Témoignages

Émission du 24 mai 2018.
Beaucoup plus traditionnel, le trois mâts Kraken, ex chalutier transformé en voilier, navire de tourisme, de l’ONG Wings of the ocean, fondée par Julien Wosnitza, en 2018. Il navigue sous pavillon dominicain. Construit en 1974, 42 m de longueur hors tout, 7.5 m au maître bau, 3.85 m de tirant d’eau, 1 007 m² de voilure, 4 cabines 2 personnes, 6 cabines 4 personnes, 9 douches, 9 toilettes. Mais il est bien difficile de savoir d’où viennent les sous. Apparemment, la collecte des déchets est manuelle.

Et encore, un prototype de cargo à voile :
Neoliner Origin, annoncé comme un petit bijou d’innovation lors de son inauguration à Nantes, le 13 octobre 2025, est un cargo roulier de 136 mètres. Pour soutenir ses moteurs et réduire leur consommation, donc leurs émissions, Neoliner Origin est doté de deux voiles semi rigides en matériau composite d’une envergure de 3 000 m². Développées par les Chantiers de l’Atlantique, ces Solid Sail sont des membranes en fibre de verre insérées dans des cadres en fibre de carbone et qui se déploient le long des mâts sur près de 90 mètres de hauteur.
Le bateau a mis cinq jours de plus qu’un cargo classique pour rejoindre Halifax ? Qu’importe, cette lenteur est un argument de vente, une petite révolution à 11 nœuds de moyenne (contre 15 pour les porte conteneurs classiques) qui vient questionner la règle de la livraison à J+1, de l’immédiateté et de la gratuité, imposée par les mastodontes du e-commerce comme Amazon et consorts. La compagnie Neoline assume le retour à la lenteur comme un choix stratégique, selon les termes de Zanuttini. Ce n’est pas un gadget vert, assurait il, c’est une nouvelle façon de penser la logistique, car c’est une transition de vitesse et une ode à la lenteur.
Sur le quai, si des mots comme innovation, rupture et décarbonation ont été avancés, dans la foule, un syndicaliste des Chantiers de l’Atlantique a fait remarquer que les bateaux verts étaient fabriqués ailleurs. En effet, le Neoliner Origin a été conçu aux Chantiers de l’Atlantique à Nantes mais construit à Tuzla, en Turquie, dans le chantier RMK Marine, dont les équipes sont ensuite venues à Saint Nazaire pour les réparations. Une décision pragmatique, puisqu’en France aucun chantier n’a voulu – ou pu – proposer des tarifs abordables pour la construction du navire.
Cette première traversée ne prévoit pas d’espérer un avenir radieux : le navire n’a pas fait le plein de marchandises et les clients ne se précipitent pas pour les voyages à venir.



Les détracteurs de ces initiatives visant à résorber le plastique flottant disent que la surface de la mer n’est pas grand chose par rapport au tonnage de microparticules qui tapissent les fonds marins. Ils seront en fait contredits par une étude sud-africaine qui prélèvera en 2019/2020 916 échantillons provenant de 6 océans. Après avoir passé 2 000 fibres d’un millimètre de long au spectromètre infra rouge, ces chercheurs ont constaté que seules 8.2 % d’entre elles étaient en plastique (nylon, polyester), contre 79.5 % en cellulose (coton) et 12.3 % d’origine animale (laine).
Et parfois même, le plastique monte à la tête :
On savait que l’on pouvait trouver des microplastiques (moins de 5 mm de diamètre) dans le foie, les reins, les poumons, les organes reproductifs, le placenta, les articulations des genoux et des coudes, le sang et même dans la moelle osseuse. Voilà maintenant qu’une étude met en lumière la présence de microplastiques dans le cerveau. Une découverte que l’on doit aux chercheurs turcs Sedat Gündoğdu, spécialiste de biologie marine et de microplastiques à l’université de Çukurova, et Emrah Celtikci, du département de neurochirurgie de la faculté de médecine de l’université Gazi de Turquie.
Les microparticules de plastiques, comme celles qui se détachent des bouteilles de plastique que nous buvons, sont tellement petites – micros ou nanos – qu’elles peuvent pénétrer dans n’importe quelles parties du corps humain, a expliqué Emrah Celtikci dans un documentaire canadien présenté au festival SXSW et relayé par le New York Times.
Sur 15 échantillons examinés, les chercheurs turcs ont identifié six particules de plastique dans les tissus de deux patients atteints de tumeurs cérébrales. Cette découverte, bien qu’inquiétante, n’a pas surpris le Dr Sedat Gündoğdu, qui étudie la pollution par les microplastiques depuis 2016 et la considérait comme inévitable compte tenu de l’accumulation croissante de preuves sur la présence de microplastiques dans le corps humain.
Bien que le mécanisme exact par lequel ces fragments atteignent le cerveau reste incertain, il suggère qu’ils pourraient y parvenir via les vaisseaux sanguins alimentant les tumeurs. Cette hypothèse s’appuie sur des études antérieures ayant déjà documenté la présence de microplastiques dans le sang humain. Cette découverte s’inscrit dans un contexte plus large de préoccupations croissantes concernant l’omniprésence des microplastiques dans notre environnement. Avec cette nouvelle découverte, l’étendue de la contamination semble sans limite.
Les effets potentiels des microplastiques sur la santé humaine font l’objet de recherches intensives. Une étude récente (mars 2024) publiée dans le New England Journal of Medicine a mis en évidence un lien entre la présence de microplastiques dans le système cardiovasculaire et un risque accru de complications liées aux crises cardiaques et aux accidents vasculaires cérébraux.
Dr Giuseppe Paolisso, auteur de l’étude, explique : C’est la première fois que l’on fait la preuve que la pollution par les microplastiques dans le sang est liée à une maladie. Ces résultats soulignent l’urgence de comprendre les implications à long terme de l’exposition aux microplastiques… et de réduire notre exposition de manière préventive.
Face à ces découvertes inquiétantes, il est naturel de chercher des moyens de limiter son exposition aux microplastiques. Voici quelques conseils pratiques :
- Privilégiez l’eau du robinet filtrée plutôt que l’eau en bouteille plastique.
- Évitez de réchauffer des aliments dans des contenants en plastique au micro ondes.
- Optez pour des ustensiles de cuisine en verre, en acier inoxydable ou en céramique.
- Réduisez votre consommation d’aliments emballés dans du plastique. La manière la plus simple est de réduire la consommation d’aliments ultratransformés, qui sont les plus susceptibles d’être stockés dans des emballages créés à partir de matières fossiles.
Sans réduire à zéro l’exposition, en adoptant ces habitudes, vous pouvez néanmoins contribuer à diminuer votre exposition quotidienne tout en participant à la réduction globale de la pollution plastique.
We Demain Août 2024
16 09 2018
Au Décastar de Talence, près de Bordeaux, Kevin Mayer, 26 ans, devient recordman du monde du décathlon avec 9 126 points, total de 10 épreuves dont 4 de course, 3 de saut, 3 de lancer, chaque épreuve étant dotée d’un certain nombre de points. C’est un des plus grands exploits de l’athlétisme français de l’après guerre.
| Kevin Mayer |
|
Record du monde dans la discipline |
|
| 100 m |
10″55 |
9″58 |
Usain Bolt, Jamaïque, 16 août 2009 à Berlin |
| 400 m |
48″42 |
43″03 |
Wayde van Niekerk, Afrique du Sud, 14 août 2016 à Rio, Brésil |
| 110 m haies |
13″75 |
12″80 |
Aries Merrit Etats-Unis, 7 septembre 2012 à Bruxelles |
| 1 500 m |
4’36″11 |
3′ 26″ |
Hicham El Guerrouj, Maroc, 14 juillet 1998, à Rome |
| Perche |
5, 45 m |
6, 31 m |
Armand Duplantis, Suède, 12 03 2026, à Upsalla. Il s’offrira un 10″49 à Zürich sur 100 m. le 4 09 2024. |
| Longueur |
7, 80 m |
8, 95 m |
Mike Powell, États Unis, 30 août 1991 à Tokyo |
| Hauteur |
2, 05 m |
2, 45 m |
Javier Sotomayor, Cuba, 27 juillet 1993, à Salamanque, Espagne |
| Poids |
16, 00 m |
23, 56 m |
Ryan Crouser, États Unis, 27 05 2023 à Los Angeles États Unis. |
| Javelot |
71, 90 m |
98, 48 m |
Jan Zelezny, Tchèquie, 25 mai 1996 à Iéna, Allemagne |
| Disque |
50, 54 m |
74, 35 m |
Mikolas Alekna, Lituanie, 14 avril 2024 à Ramona, États Unis. |
Il serait amusant de demander à chaque athlète détenteur d’un record du monde dans une discipline, de se tester dans la même année au décathlon pour voir combien de points le sépareraient du recordman du monde du décathlon…
Le 100 mètres féminin du meeting de Chorzow, en Pologne, en août 2024, illustrera bien ce qu’est aujourd’hui l’athlélisme en général : les neuf concurrentes sont arrivées dans un mouchoir de poche de 24 centièmes de secondes : la neuvième et dernière est à 24/100° de la première !

16 septembre 2018 Talence… sur son nuage
24 09 2018
C’est l’Assemblée générale de Nations Unies à New York. Jacinta Ardern, 38 ans, première ministre de la Nouvelle Zélande, arrive, sa petite Neve née trois mois plus tôt, dans les bras. Elle a tout de même pris six semaines de congé après la naissance, le vice premier ministre assurant l’intérim.
28 09 2018
En Indonésie, séisme de magnitude 7.5 conjugué avec tsunami sur la côte ouest des Célèbes, dans la province de Sulawesi, essentiellement à Palu, la capitale régionale, mais aussi à Donggala, la ville la plus proche de l’épicentre du séisme. Plus de 2 000 morts, 5 000 blessés graves, 50 000 déplacés. La terre ondulait comme une vague, comme un tapis que l’on secoue.
3 10 2018
Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, donne un pot d’adieu de son poste ; parlant de l’immigration : Aujourd’hui, on vit côte à côte. Je crains que, demain, on ne doive vivre face à face
15 10 2018
Trombes d’eau dans l’Aude, proches de Carcassonne : 14 morts, 20 blessés. La fraîcheur n’est pas encore installée et la température plutôt élevée de la mer expliqueraient en partie le phénomène. Les Italiens connaîtront la même chose autour de Venise.
28 10 2018
Jair Bolsonaro à la tête du parti d’extrême droite du Brésil, remporte l’élection présidentielle avec 55 % des voix. Il a dit regretter que la dictature des militaires n’ait pas tué plus de monde ! C’est un évangélique fervent.
29 10 2018
Un Boeing 737 MAX 8 de la compagnie indonésienne low cost Lion Air s’écrase en mer 10′ après avoir décollé de Djakarta : 189 morts. Le pilote et le copilote totalisaient plus de 11 000 heures de vol. La livraison de ce modèle récent de Boeing avait été un temps suspendue pour des problèmes de moteur. Et cet avion avait connu un incident sur le vol précédent. Des compagnies indonésiennes ont été un temps interdites de vol dans le ciel américain et européen. Par ailleurs, quelques jours après que l’une des deux boites noires ait été retrouvée, le comité de sécurité des transports indonésien a indiqué que le vol 610 de Lion Air a reçu des informations erronées d’un des capteurs d’incidence (AOA, Angle of Attack sensor), information qui lui a été fournie par Boeing, le constructeur. Le 6 mars 2020, la Commission de transport du Congrès américain qualifiera le 737 Max d’avion fondamentalement défectueux et dangereux.
Le 5 janvier 2024 un Boeing 737 Max 9 d’Alaska Airlines décollant de Portland perdra une porte, peu après le décollage, à 5 000 mètres, c’est à dire avec une différence de pression de 25 % entre cabine pressurisée et air extérieur, chiffre insuffisant pour aspirer des passagers vers l’extérieur. D’autres incidents suivront, révélant de graves carences dans le processus de fabrication.
Il n’est pas inutile de dire comment est choisi le PDG d’une telle entreprise, quand elle a des problèmes financiers : les actionnaires ont le plus souvent le choix entre des gens de formation financière et des gens de formation technique, le plus souvent des ingénieurs. Et cela peut donner des gestions très différentes : on fait porter l’effort sur la technique ou sur les économies, avec les fameux casseurs de coûts. Dans le cas présent c’est manifestement un financier qui avait été nommé.




Tempête de vent sur les Dolomites, dans l’Italie du nord est : en moins d’une demi heure, des millions d’arbres – pour l’essentiel des épicéas – sont cassés, plaqués au sol par un vent de plus de 200 km/h. Le Val di Fiemme, – la forêt des violons [4] – grand fournisseur d’épicéa rouge – le bois de résonance dont on fait les violons, principalement à Cremone, en fait partie, mais aussi la plupart des vallées des Dolomites, de Bolzano à Cortina d’Ampezzo.
Mario est là, avec son instrument , il ne le quitte jamais, même en montagne : le violoncelle le suit partout, dort à côté de lui, voyage avec lui en avion où il occupe un siège expressément payé pour lui. Pas seulement à cause de sa valeur. Car il s’agit d’un violoncelle unique. Quand on l’étreint pour en jouer, on sent ses vibrations contre le ventre et les poumons. Il devient un compagnon de vie, on apprend à reconnaître sa peau et ses flancs.
L’histoire de l’arbre est écrite dans ses veines. Il s’agit d’un épicéa commun, le bois de résonance des luthiers, celui qui possède la diffusion du son la plus rapide. Il révèle toujours son origine, son âge, les climats sous lesquels il a vécu, l’un après l’autre.
Mon instrument, précise Brunello, vient des forêts au delà du Passo Rolle, du bois où poussent les plus beaux sapins des Alpes. L’arbre a été coupé en 1560, à un ou deux ans près. Une antiquité ? Que non! Le bois des pianos s’abîme au bout d’un demi siècle. En revanche, celui des luths – violes, violons et violoncelles – a le diable au corps. En vieillissant, il s’améliore.
Le bois de la forêt brûle dans l’âtre, il parle lui aussi, il émet des sons il entre dans le mystère de la création, il allonge sur le récit l’ombre des trépassé.
Brunello : Quand je prends en main un instrument qui a appartenu à d’autres, je reçois quelque chose de ceux qui m’ont précédé. J’entends si le violoncelle a été bien utilisé. Et, s’il se trouve que j’imite celui qui l’avait avant moi, je m’aperçois qu’il est heureux. Il se détend, il ne se rebelle pas, il émet des vibratos qui donnent la chair de poule. Et, de même, il y a d’excellents instruments gâchés à force d’être maltraités. Ils émettent un son acide, dur.
Le luthier n’a aucun doute : l’instrument est l’élève de la personne qui en joue.
Paolo Rumiz. La légende des montagnes qui naviguent. Flammarion 2017
Et il va falloir dégager rapidement tout ce qui est accessible, car les arbres au sol seront, en été, le terrain favori du bostryche, un coléoptère qui s’attaque aux sapins et qui est friand de ces épicéas rouges. Une désolation. À Venise, l’Acqua Alta, est montée à 1.59 m, ce qui n’était pas arrivé depuis 1966, où l’acqua grande avait atteint 1.94 m. En novembre 2019 elle atteindra 1.87 m, ce qui signifie la Place Saint Marc sous un mètre d’eau. Que faire contre cela ? Eh bien le MOSE acronyme de Modulo Sperimentale Elettromeccanico : projet lancé en 2003 visant à contenir les acqua alta, au moyen de 78 digues placées aux entrées de la lagune, comme les Hollandais ont su contenir les inondations pour mettre Rotterdam à l’abri avec le Maeslantkering. Mais en 16 ans de vie, le projet sera resté projet tandis que l’argent filera, filera jusqu’à représenter un trou de 6 milliards €, sans que quoi que ce soit ait été entrepris. Pour la corruption ces années auront été des années de vaches bien grasses. Mais les Italiens ont le talent de se relever de bien des catastrophes et ils finiront par surmonter celle-là : le MOSE sera inauguré le samedi 3 octobre 2020 : c’est fantastique : normalement, on aurait dû avoir de l’eau (ce samedi était jour de l’acqua alta) jusqu’au genou, et là, on n’a qu’une petite flaque.

Installation de passerelles à Venise en prévision de l’Acqua Alta le 3 octobre 2020. alors que le système MOSE de protection contre les inondations a été activé afin d’empêcher l’eau de pénétrer dans la ville. Stefano Mazzola/ Awakening / Getty Images
En disant que MOSE, c’est pour le court, voire moyen terme, reste le long terme, pour lequel n’existe aucune simulation heureuse, seulement des moins malheureuses et moins coûteuses que d’autres :
La Venise que nous connaissons va disparaître. La villearchipel, telle que le XXI° siècle en a hérité, ne peut être préservée dans sa forme actuelle à long terme. Ce sombre constat est dressé par les auteurs d’une étude publiée le 16 avril 2026 par la revue Scientific Reports. D’après cette publication, que ce soit dans le scénario de réchauffement climatique le plus optimiste comme dans le plus sinistre, maintenir la trace de certaines des beautés de la cité insulaire et de sa lagune impliquera de renoncer à d’autres.
L’étude explore les arbitrages entre préservation du patrimoine, activités économiques – en l’occurrence touristiques – et sauvegarde relative des écosystèmes. Avec quatre approches plus ou moins radicales, selon le niveau de la submersion : maintenir la lagune ouverte, isoler la ville et ses satellites au moyen de digues fixes, transformer la lagune en lac, voire abandonner totalement le site pour transférer certains de ses joyaux patrimoniaux sur la terre ferme.
Chaque stratégie implique des choix entre ce que nous préservons et ce que nous abandonnons, explique Piero Lionello, professeur à l’université du Salento, à Lecce, en Italie, et premier auteur de l’étude. Nous montrons que l’éventail des solutions se réduit à mesure que la mer monte. Gonéri Le Cozannet, scientifique au bureau de recherches géologiques et minières en France et autre auteur de la publication, voit dans Venise un emblème des dilemmes qu’entraîne l’élévation du niveau de la mer, des questions que l’on ne se pose pas encore suffisamment.
Menée par 15 climatologues, géographes, ingénieurs ou économistes, cette publication est propre à mettre un terme à la croyance, rassurante pour les acteurs économiques et politiques, selon laquelle des solutions techniques, même pharaoniques, pourraient garder Venise intacte et sauver la manne financière qu’elle représente. Classée avec la ville au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1987, la lagune de Venise, d’une superficie de 550 km², accueille 22 millions de visiteurs et génère de 2 à 3 milliards € de revenus par an.
Au cours des deux dernières décennies, Venise a été frappée de manière toujours plus fréquente par des inondations, favorisées par la hausse du niveau marin et par un affaissement des sols lié aux activités humaines – sous le poids des bâtiments ou le pompage des eaux souterraines.
À l’avenir, la Sérénissime restera en première ligne de ces défis. D’ici à 2100, la montée des eaux dans la lagune devrait atteindre entre 0,42 m. dans un scénario de faibles émissions de gaz à effet de serre, et 0,81 m. en cas de fortes émissions. Cela impliquerait, dans ce dernier scénario et en cas d’absence de protection, l’inondation quotidienne de 70 % de la ville. En cas de déstabilisation de la calotte de l’Antarctique, les auteurs n’excluent pas une hausse de 1,80 mètre, qui verrait 98 % de la cité sous l’eau. À très long terme, en 2300, la situation s’avérerait dramatique : l’élévation du niveau marin atteindrait jusqu’à 3 mètres ou 6,8 m. voire 16 m. selon les scénarios.
Un projet est déjà censé protéger Venise de ces évolutions : le MOSE, pour modulo sperimentale elettromeccanico (module expérimental électromécanique). Il s’agit d’un système de barrières mobiles qui s’élèvent en cas de marée haute pour éviter que le niveau de la lagune n’augmente trop, limitant ainsi le célèbre phénomène de l’acqua alta, à l’origine d’innombrables photographies pittoresques de la place Saint Marc sous les eaux. Pensé après l’inondation extrême de 1966, le MOSE est efficace depuis 2020 et devrait permettre de faire face à la hausse des océans pendant plusieurs décennies. Mais il devrait devenir obsolète, selon l’étude, dans le cas d’une montée du niveau de la mer comprise entre 0,50 m. et 1,75 m.
Dans quelques décennies ou un siècle, il faudra réfléchir à un autre système, explique Gonéri Le Cozannet. En cas d’élévation du niveau marin de 50 centimètres, le MOSE ne fonctionnera plus correctement, notamment en raison de pannes plus fréquentes sous l’effet d’une utilisation trop importante. Le port ne sera plus accessible deux mois par an, provoquant de graves pertes économiques, et les écosystèmes de la lagune seront dégradés.
Deux options principales s’offriraient alors aux gestionnaires de Venise : isoler le centre ville et les îles habitées de la lagune, comme Murano, célèbre pour l’artisanat du verre, en les entourant entièrement de digues. La question de l’acceptabilité sociale d’une telle mesure, écornant la carte postale et infligeant un sérieux coup au tourisme, ne pourra que se poser, sans compter les risques des défaillances en cas d’événements météorologiques extrêmes. Les digues, dont le coût de construction atteindrait jusqu’à 4,5 milliards €, seront inutiles au-delà d’une hausse du niveau de la mer de 6 m. qui pourrait être atteinte en 2300 dans un scénario d’émissions très fortes.
Le second choix consiste à transformer la lagune en lac côtier, ce qui sacrifierait les écosystèmes locaux pour continuer à exploiter le patrimoine bâti. Des barrages fixes pourraient être érigés afin d’isoler l’étendue d’eau de l’océan, en détruisant ses équilibres naturels et en déplaçant toutes les activités portuaires présentes sur la lagune. De tels travaux, dont le coût s’élèverait jusqu’à 30 milliards €, pourraient prendre jusqu’à un demi-siècle et se révéler vains, passé une augmentation du niveau de la mer de 10 mètres.
À très long terme, l’unique stratégie restante serait alors le retrait. Il s’agirait de planifier la relocalisation de certains monuments et d’abandonner les zones inondables en perdant définitivement le patrimoine culturel et traditionnel local. Venise serait alors un souvenir encore plus abstrait que Pompéi, dont les ruines peuvent encore être visitées. Cette opération complexe et sans précédent, réalisée à plus petite échelle pour le temple d’Abou Simbel, en Égypte, pourrait coûter jusqu’à 100 milliards € en plus de compensations à définir pour les propriétaires de biens. Elle n’interviendrait pas avant 2300.
Le retrait n’est pas envisageable aujourd’hui et il ne le sera probablement pas à l’avenir, reconnaît Piero Lionello. Toutefois, en cas d’élévation très importante du niveau de la mer, il pourrait devenir inévitable si les autres stratégies échouaient.
Un processus d’abandon, au moins humain, est déjà en cours. La population de la cité insulaire est passée de 170 000 habitants dans les années 1950 à 50 000 en 2024, du fait du choix d’une mono activité touristique de masse. Venise n’est déjà plus une ville vivante, son âme l’ayant quittée, mais un vestige maintenu en parfait état, pour le secteur du tourisme.
Il faut agir rapidement, non pas parce que les conséquences seront soudaines, mais parce que la mise en œuvre des solutions prend des décennies, plaide le scientifique italien, avertissant qu’une planification trop tardive laisserait la ville sans protection au moment critique. Les auteurs présentent une analyse bien pensée des différentes solutions, de leurs avantages et inconvénients, et, surtout, de la manière de les combiner, approuve Andra Garner, qui travaille sur les projections d’élévation du niveau de la mer à l’université Rowan (États Unis), et qui n’a pas participé à l’étude. Elle juge les résultats prometteurs, et susceptibles d’éclairer l’adaptation de Venise. Si la cité des Doges est vouée à se transformer, il est encore temps d’en sauver une partie.
Audrey Garric, Allan Kaval (correspondant à Rome) Le Monde du 18 avril 2026
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[1] Un drone turc de type Bayraktar TB2 a un coût unitaire estimé entre 2 et 5 millions $. La Turquie va en fabriquer au Maroc pour le marché africain.
[2] Le luminol – C8H7N3O2 – est un composé organique présentant une chimiluminescence, avec un éclat bleu caractéristique, lorsqu’il est mélangé avec un oxydant adéquat. Il s’agit d’un solide cristallin, blanc à légèrement jaune qui est soluble dans la plupart des solvants organiques polaires, mais insoluble dans l’eau.
Le luminol est utilisé en criminalistique pour détecter les faibles traces de sang laissées sur les scènes de crime. Il est également utilisé par les biologistes pour détecter le cuivre, le fer et le cyanure.
Wikipedia
[3] On ne le dira sans doute jamais assez, mais dans bien des domaines, c’est en final le consommateur à qui appartient la décision et non au législateur : quand tous les consommateurs cesseront d’acheter des œufs issus d’élevage de poules en batterie, ces derniers seront bien obligés de mettre la clef sous la porte, même si aucune loi ne leur demande. Quand, il y a bientôt quarante ans de cela, les consommateurs ont mis leurs pas dans ceux de l’Union Fédérale des Consommateurs pour refuser d’acheter du veau aux hormones, cela a marché ! Serait-on moins réactifs aujourd’hui qu’il y a quarante ans ?
[4] La France a aussi ses arbres musicaux, probablement moins nombreux qu’en Italie. On trouve les épicéas dans les combes d’altitude, dans les forêts du Massacre ou du Mont Noir, à plus de 1 000 m. d’altitude dans le Jura, là ou le gel et la neige pincent dur jusqu’aux premiers jours de mai. Un grand froid ralentit la croissance de l’arbre, qui en devient ainsi plus beau. Les stocks de la scierie de Fertans, 260 habitants, dans la vallée de la Loue, toujours dans le Jura, à 30 km de Besançon, sont de noyer, cormier, poirier mais surtout, épicéa et érable, duo de nombreux instruments à cordes, essentiellement contrebasses et violoncelles : l’épicéa est sélectionné pour ses qualités mécaniques, et il est utilisé pour les tables d’harmonie, cette partie de l’instrument que les cordes font vibrer. C’est l’érable qui fait le fond, le manche, les éclisses, le chevalet, choisi pour son onde, sa moire qui embellit. Pour la touche, le cordier, on utilise l’ébène.
Dans la pratique tout les oppose : pour l’épicéa, je cherche un arbre parfait, à qui il n’arrive rien, une sorte de moine avec une vie bien rangée. L’érable, c’est l’inverse : il me faut un artiste, un sujet spectaculaire qui a souffert et fait des vagues. L’évolution actuelle de la gestion forestière est telle qu’on cherche à la rajeunir, c’est à dire que les arbres mincissent et on trouve de moins en moins de gros diamètres. Je ne suis pas certain qu’il existe aujourd’hui une scierie à même de débiter des arbres de 2 mètres de diamètre. Et les dimensions des contrebasses et des violoncelles elles, elles en changent pas.
Bernard Michaud, scieur de bois de lutherie.


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