10 avril 1775 à juillet 1786 La Fayette. L’Hermione. Yorktown. 17744
Publié par (l.peltier) le 3 novembre 2008 En savoir plus

10 04 1775                   Publié en janvier, Common sense du colon d’Amérique Thomas Paine se vendra à 120 000 exemplaires en un an. Il y dit essentiellement que le moment était venu de se séparer. Plus, il attaque une monarchie qui tient en esclavage ses sujets, une aristocratie qui les exploite, il ridiculise la brute royale Georges III, aiguise l’orgueil des colons en leur montrant qu’une petite île ne peut gouverner un si grand continent. Common sense va être un catalyseur.

19 04 1775                    Les troupes britanniques stationnées à Boston veulent s’emparer d’un dépôt d’armes constitué par des patriotes à Concord : ils sont reçus à coup de fusil : c’est la fusillade de Lexington : Paul Revere orfèvre franc-maçon avait cavalé toute la nuit – midnigt ride -, pour avertir de l’attaque imminente des Anglais ; les Comités de Correspondance se chargèrent d’assurer la diffusion de la nouvelle avec beaucoup d’efficacité. Le boycott des produits anglais cimente l’identité américaine : d’avril à juin, pas moins de 90 déclarations d’indépendance sont rédigées dans des assemblées municipales ou par de simples particuliers.

6 05 1775                    Turgot invite tous les intendants à suspendre les corvées en nature ; l’invitation sera ratifiée en janvier 1776 par un édit. La même année, il fait mettre en service pour les Messageries un nouveau modèle de diligence, montée sur ressorts, qui va tenir des moyennes de 8 km/h, quand les autres se contentaient de la moitié ; 4 à 8 places, tiré par 6 à 8 chevaux ; on les nommera Turgotines, à même de faire Paris-Marseille en huit jours, contre douze auparavant.

05 1775                   En France, la maigreur des stocks de blé provoque la guerre des farines. Elle va être réprimée, mais nombreux seront ceux qui voudront faire porter le chapeau à Turgot et sa réforme sur la libre circulation des grains.

15 06 1775                 Le colonel George Washington se voit confié le commandement en chef de l’armée continentale américaine, couramment nommée les insurgents.   United we stand, divided we fall, va devenir leur mot d’ordre, coulé dans le marbre un an plus tard avec le nom donné au pays : United States of America

09 1775                           Beaumarchais se démène comme un beau diable pour la cause des Insurgents… qui ne lui en seront pas particulièrement reconnaissants.

À la fin de septembre 1775, Beaumarchais rencontre à Londres un jeune Américain nommé Arthur Lee, futur député de Virginie, qui lui dresse un état des secours nécessaires à ses concitoyens pour tenir tête à l’Angleterre. Tout leur fait défaut : l’argent, les armes, les munitions. Il promet d’intercéder en leur faveur et s’exécute sans tarder. Après un appel solennel à Louis XVI, resté sans réponse, il supplie Vergennes, secrétaire d’Etat des Affaires étrangères, d’aider les insurgés dans leur lutte pour l’indépendance. Tour à tour séducteur et insinuant, enthousiaste et prophétique, il le harcèle de mémoires. Comme rien ne vaut un contact direct, il multiplie les navettes entre Londres et Versailles, où il s’entretient presque chaque jour avec le ministre. Le temps presse, l’aide aux insurgés devient urgente : il faudrait trois millions tout de suite, pour répondre à leurs premiers besoins.

En mai 1776, le gouvernement français cède finalement aux instances de l’écrivain et s’engage à lui verser un million de livres qui lui seront remis de la main à la main. L’Espagne apporte une contribution équivalente. Comme il importe que l’opération demeure secrète, elle devra passer, aux yeux de l’opinion, pour une simple transaction commerciale. Avant même de recevoir les fonds, Beaumarchais fonde une société d’import-export qu’il baptise Roderigue Hortalez & Co. Désormais, Figaro multiplie les rôles : d’agent secret, le voilà devenu chef d’entreprise, marchand de canons, armateur, amiral de la flotte, stratège naval, ministre de sa propre marine, et par-dessus tout défenseur du peuple américain.

Cette dernière activité, dans laquelle il s’investit tout entier, détermine et justifie toutes les autres. Si Beaumarchais sert la cause des insurgents avec une telle passion, c’est qu’elle porte en elle tout ce dont peut rêver un homme des Lumières : la naissance d’une jeune république et l’espérance de voir s’incarner en elle son idéal de démocratie et de liberté. Aussi se dépensera-t-il sans compter pour la faire triompher. Son emploi du temps donne le vertige. Il est partout, pense à tout, s’occupe de mille choses à la fois. Outre les rendez-vous d’affaires, les visites aux arsenaux, la rédaction de rapports, les achats, les ventes et les expéditions de matériel, outre les difficultés imprévues qui surgissent à chaque instant, il trouve encore le loisir d’entretenir des filles, de coucher avec Mme de Godeville, de subir les scènes de son épouse, de passer ses soirées à l’Opéra et de travailler au Mariage de Figaro.

Beaumarchais est sans doute le Français qui aura le plus fait pour l’indépendance des États-Unis, sans que ceux-ci lui aient jamais rendu justice. Mais il n’est pas homme à ressasser ses déboires ; déjà mille autres projets se pressent à son esprit, souvent sans rapport les uns avec les autres. Peu satisfait de son unique destin, il eût volontiers rempli vingt existences à la fois. Ne les ayant point reçues de la nature, il mit une partie de son génie à les inventer, et l’autre à les vivre.

Maurice Lever        Quai d’Orsay    Edition l’Iconoclaste 2015

1775                               Début de la guerre d’indépendance américaine. Un parlement est érigé à Nancy. A Montpellier, Giral réalise la promenade du Peyrou et Dorbay et d’Aviler l’Arc de triomphe.

A 18 ans, le marquis de La Fayette prend le commandement du régiments de dragons de Noailles en garnison à Metz, où il s’initie à la franc-maçonnerie, s’enflammant alors pour la cause américaine : Du premier moment où j’ai entendu prononcer le nom de l’Amérique, je l’ai aimée ; dès l’instant où j’ai su qu’elle combattait pour la liberté, j’ai brûlé du désir de verser mon sang pour elle ; les jours où je pourrai la servir seront comptés par moi, dans tous les temps et dans tous les lieux, parmi les plus heureux de ma vie.

Fineness of the details and a half-charming, half-mocking smile

fin XVIII°.

De 1775 à 1779, Claude Nicolas Ledoux [1736-1806] va construire les Salines Royales d’Ars et Senans, dans le Jura, bel exemple de la traduction en architecture des Lumières de ce siècle. On ne peut s’empêcher d’avoir un peu froid dans le dos tant est manifeste et précoce la volonté de contrôler la vie des gens de A à Z : on dirait qu’il n’y manque que les miradors en bonne pierre de taille. C.N. Ledoux est aussi l’architecte de 17 bureaux de perception, sur les grands boulevards de Paris, dont 4 sont encore debout… ils provoquèrent le mécontentement général des parisiens, hostiles à ce mur murant Paris qui rend Paris murmurant… Les salines connaîtront leurs premières difficultés avec la suppression, à la révolution, de l’impôt le plus impopulaire : la gabelle, puis, en 1840, avec la suppression du monopole d’Etat sur le sel.

Et, s’il était besoin d’avoir d’autres exemples  de l’influence de l’esprit de géométrie en architecture, on peut aller  encore à Karlsruhe construit à peu près à la même époque :

Karlsruhe, Allemagne. Miniature maquette du château de Karlsruhe (Karlsruher Schloss), avec les multiples rues et routes que depuis sa tour de fourche Photo Stock - Alamy

Karlsruhe

Karlsruhe — Wikipédia

Karslsruhe, fondée en 1715. Détruite à 80% pendant la 2° guerre mondiale, reconstruite à l’identique

Réserver, visiter la Saline Royale d'Arc-et-Senans, dans ...

Saline Royale d’Arc et Senans par Claude Nicolas Ledoux

Saline Royale d'Arc et Senans, joyau Franc-Comtois ...

Visite de la Saline Royale d'Arc et Senans

11 01 1776             Un incendie au Palais de justice de Paris entraîne une rénovation de la Conciergerie qui, un peu moins de vingt ans plus tard, tournera à plein régime.

02 1776                  La corvée finit par être abolie. Formulé par Moreau de Séchelles, le principe qui a été suivi jusqu’à présent, et dont il ne convient pas de s’écarter, est que toutes les villes taillables doivent y être assujetties…, et dans ces villes , tous sont taillables, sauf à eux à se faire suppléer par un journalier qu’ils payent, lorsque leur état, leur profession et leurs facultés le leur permettent. Les villes franches ne sont exemptes de cette charge que parce qu’elles sont tenues d’entretenir les pavés de leurs rues et les chemins de leur banlieue.

Trois traditions fondaient la corvée pour les travaux locaux ou la création et l’entretien des grand chemins royaux : la corvée seigneuriale d’origine féodale, la prestation de travaux en nature prévue par les coutumes locales et les réquisitions pour ouvrages et transports militaires. Mais la qualité générale des travaux s’était détériorée quand les prix augmentaient, jusqu’à deux ou trois fois par rapport à une exécution à prix d’argent : aussi convenait-il de changer son fusil d’épaule ; c’est la fin du bail d’entretennement :

L’entrepreneur chargé d’entretenir une partie de route  veille continuellement sur les dégradations les plus légères  la même période; il les répare à peu de frais au moment qu’elles se forment et avant qu’elles aient pu s’augmenter, en sorte que la route est toujours roulante et n’exige jamais de réparations coûteuses. Nous ne voyons rien de tel avec l’autre manière de la corvée : les routes ne sont plus réparées que lorsque les dégradations sont assez sensibles pour que les personnes chargées de donner les ordres en soient averties.

Louis XVI

04 1776                 Le réseau de fontaines publiques de Paris fournit environ deux mille m³ par jour, soit une ration moyenne de quatre à cinq litres par habitant… on va chercher les compléments dans des puits insalubres… bref on ne peut pas rester dans cette situation. L’affaire est intéressante sur le plan économique car au carrefour de l’orientation des économies traditionnelles et moderne, et du service public ou privé.

Deux projets sont en présence, que tout oppose :

  • La construction d’un aqueduc pour amener les eaux de l’Yvette, qui se jette dans l’Orge, près de Juvisy. C’est la solution traditionnelle. Financièrement, elle demande un gros investissement de départ, pour la construction de l’aqueduc, mais ensuite, les frais de fonctionnement et d’entretien restent très raisonnables. Théoriquement, c’est la plus adaptée à un investissement du type service public.
  • L’installation de quatre pompes à vapeur, à même de pomper 51 000 m³ par jour pour alimenter des réservoirs en hauteur qui redistribuent sur les différents quartiers. Financièrement, le schéma est tout autre : les 4 pompes coûteront évidemment moins cher à l’investissement que l’aqueduc ; mais, ce que l’on nomme aujourd’hui la maintenance, elle, coûtera beaucoup plus cher et en plus il faudra leur donner leur ration quotidienne de charbon. Tout cela donnera un produit cher que l’on peut difficilement envisager de laisser gratuit : il faudrait donc envisager la création d’une société de type commercial.

Le deuxième projet récolte le maximum d’avis favorable mais on continue à tergiverser : et les autorités décident de s’en remettre aux conclusions d’un expert… qui penche pour l’aqueduc. Et c’est bien embêtant, car les 20 millions de livres que demande le chantier ne sont pas là ; donc, c’est l’autre projet que l’on va adopter, celui des machines à vapeur des Frères Périer, soutenu par le duc d’Orléans : il a l’avantage de ne pas demander d’argent public ; Beaumarchais se chargera de la souscription, et ce sera la naissance de la Compagnie des Eaux. Les choses n’iront pas toutes seules : on fera des bêtises : implanter la première pompe en aval de Paris, là où l’on est assuré que l’eau soit bien sale, à Chaillot : Beaumarchais s’en tirera par une pirouette en forme de constat cynique : peu importe, les Parisiens ont l’habitude de boire le soir ce qu’ils ont vidé à la rivière le matin. Les machines installées sont de Watt, 4 fois plus efficaces que les vieux modèles de Newcomen. Et même sans faire de sottises, reste la difficulté à faire passer de nouveaux comportements économiques : les bourgeois renâclent à payer les 50 livres d’abonnement que coûtent le service rendu : une distribution tous les 2 jours qui permet de remplir les réservoirs particuliers. Les frères Périer, au bout de 7 ans, n’ont que 900 abonnements en portefeuille au lieu des 60 000 escomptés : la Compagnie des Eaux sera dissoute en 1788. Les deux énormes machines de Chaillot elles, fonctionneront encore 70 ans, mais dans le cadre du service public.

Bernard Kapp.      Résumé de Pompes à vapeur et service public.           Le Monde 28 10 1997

12 05 1776                        Turgot est démissionné de son poste de contrôleur général des finances auquel Louis XVI l’avait nommé en juillet 1774, juste après son arrivée sur le trône. L’homme qui avait la rage du bien public, avait voulu appliquer une politique financière stricte : point de banqueroute, point d’augmentation d’impôts, point d’emprunts. […] Réduire la dépense assez au-dessous de la recette. Mais les conditions politiques de ses réformes économiques n’étaient pas réunies, et il lui avait fallu affronter l’opposition de la reine, des grands, des parlements, des corps de métier. Tout cela ne pouvait être une surprise pour lui-même, qui écrivait au roi un mois après sa nomination :

J’ai prévu que je serai seul à combattre contre les abus de tous genres, contre les efforts de ceux qui gagnent à ces abus, contre la foule des préjugés qui s’opposent à toute réforme et qui sont un moyen si puissant dans les mains des gens intéressés à éterniser le désordre.

On me peindra comme un homme dur parce que j’aurai représenté à votre majesté qu’elle ne doit pas enrichir même ceux qu’elle aime aux dépens de la subsistance de son peuple, […] ce peuple […] si aisé à tromper.

[…]           N’oubliez jamais, Sire, que c’est la faiblesse qui a mis la tête de Charles I° sur un billot.

4 07 1776                      La Déclaration d’indépendance des 13 colonies anglaises, qui deviennent les 13 États d’Amérique, est adoptée par le Congrès :

Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes ont été crées égaux, ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables, parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement…

[…] les anciennes colonies anglaises ont le droit d’être des États libres et indépendants, elles sont dégagées de toute obéissance envers la couronne de Grande Bretagne et toute union politique entre elles et l’État de la Grande Bretagne est rompue.

Le jeune – 23 ans – Thomas Jefferson, de Virginie – en est le rédacteur, avec Benjamin Franklin pour mentor, mariant dans une langue accessible à tous, les grands principes et les décisions très directement politiques qui en découlent ; mais il faut croire que l’œuvre est collective car on voit encore mentionné comme auteur John Hancock, le négociant meneur de la Boston Tea Party. La Déclaration d’Indépendance, signée à Philadelphie, rencontra très vite un immense succès, bien au-delà des côtes américaines. Benjamin Franklin sera envoyé comme ambassadeur en France deux mois plus tard, poste occupé par après par Thomas Jefferson de 1785 à 1789.

7 09 1776                     Une escadre britannique mouille dans la baie de New York : les Américains sortent alors ce qu’ils pensent être leur botte secrète : un sous-marin chargé de déposer une charge explosive sur la coque du HMS Eagle. L’inventeur en est David Bushnell : il l’a nommé The Turtle, – la Tortue -, en hommage à celui qu’aurait inventé Aristote pour son élève Alexandre. Il a la forme d’un œuf, 2,3 m. de haut pour 1,2 m. de large ; il se met en immersion par ballastage d’eau, laquelle se vide avec une pompe à main pour faire surface. C’est aussi à la main qu’est actionnée l’hélice. L’affaire ne réussira pas : le perçage de la coque de l’anglais ne pourra se faire… la mine ne sera pas fixée et explosera loin du bateau… ne faisant pas suffisamment de bruit pour que les journaux de bord anglais en fassent mention… de quoi émettre quelques doutes fort légitimes sur l’existence même de l’événement.

7 12 1776                La Fayette, son beau-frère Noailles et Ségur s’engagent par écrit devant Franklin à se mettre au service de la jeune république, en échange de quoi La Fayette se voit promis le rang de major général au sein de l’armée des insurgents.

26 12 1776        L’armée des Insurgents était stationnée rive droite du fleuve Delaware. Les troupes ennemies, trois régiments hessiens, mercenaires des Anglais, 1 400 hommes commandés par le colonel Johann Rall, étaient à Trenton en aval, mais rive gauche. Sous une tempête de neige, de nuit, les troupes de  Washington environ 2 400 hommes traversent la baie du Delaware et forment deux colonnes : celle du major général Nathanael Greene attaquant par le nord et celle du major général John Sullivan attaquant par l’ouest. Une troisième division aurait du attaquer par le sud, mais les intempéries l’empêchèrent de traverser la rivière. John Honeyman était parvenu à tromper l’ennemi sur l’état des troupes américaines. Engagée à 8 heures du matin, la bataille était gagnée par les Américains à 9 heures : 23 morts chez les Hessois et 913 prisonniers. Deux morts chez les Américains, quatre blessés dont James Monroe, futur président. À midi, tout le monde avait repassé la rivière pour être en Pennsylvanie. Washington prévoyait une contre attaque anglaise : il prendra les devants en traversant à nouveau la rivière quatre jours plus tard et en livrant une seconde bataille à Trenton le 2 janvier contre l’armée du général Cornwallis, qu’il parviendra à faire reculer ; l’affrontement se poursuivra à la bataille de Princeton.

1776                              Seize jours de fêtes chômés sont supprimés. Naissance de la troupe du Bolchoï – grand – à Moscou, qui s’installera 4 ans plus tard dans le théâtre Petrovsky, qui brûlera en 1805 pour être restauré en 1825. Restauré à nouveau en 2011, il doublera alors de surface, passant à près de 60 000 m², mais les places diminueront de 2 100 à 1720.

Constitution du premier réseau d’observations météorologiques par Louis Cotte et la Société royale de Médecine nouvellement créée. Il existera jusqu’en 1792, et comptera jusqu’à 206 stations d’observation dont 137 en France fonctionneront à peu près régulièrement. Le marquis Claude François de Jouffroy d’Abbans fait naviguer pendant 2 mois le premier bateau à vapeur, le Pyroscaphe, 45 m. de long, sur le Doubs, près de Baume les Dames.

La fièvre aphteuse apparaît pour la première fois en France dans la généralité de Moulins.

Le souverain n’a que trois devoirs à remplir.
Le premier, c’est le devoir de défendre la société de tout acte de violence ou d’invasion de la part d’autres sociétés indépendantes.
Le second, c’est le devoir de protéger, autant qu’il est possible chaque membre de la société contre l’injustice ou l’oppression de tout autre membre, ou bien le devoir d’établir une administration exacte de la justice.
Et le troisième, c’est le devoir d’ériger ou d’entretenir certains ouvrages publics et certaines institutions que l’intérêt privé d’un particulier ou de quelques particuliers ne pourrait jamais les porter à ériger ou à entretenir, parce que jamais le profit n’en rembourserait la dépense à un particulier ou à quelques particuliers, quoiqu’à l’égard d’une grande société ce profit fasse beaucoup plus que rembourser les dépenses.

Adam Smith, économiste écossais.                        Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations.

Le comte polono-hongrois Maurice Auguste Beniowsky se proclame roi de Madagascar ; ce n’est pas un illuminé ni vraiment un aventurier. Sa capitale se nomme Valambahoaka, sur une rive de l’Antanambalana, dans le nord-est de l’île.

Né en 1746 à Vrbove, aujourd’hui en Slovaquie,  un précepteur français  lui avait apporté les Lumières – Rousseau, Voltaire, Diderot, Montesquieu etc… En 1768, à la tête de 1 400 hommes il avait défendu Cracovie, en Pologne, contre le Tzar. Vaincu et déporté en Sibérie, il s’en était échappé avec 95 compagnons et avait volé le Saint Pierre et Paul un bon vaisseau qui les avait emmené en Alaska, au Japon, à Macao, puis à Madagascar. Il va alors en France demander à Louis XV une mission de développement économique et commercial de l’île. Il tombe à point, la France a besoin de redorer son blason après les échecs successifs aux Indes et au Canada. Malheureusement, la volonté de revanche ne suffit pas pour faire une politique d’outre-mer : elle permet juste de cacher qu’on n’en a pas. Il repart à Madagascar avec 250 volontaires avec l’intention d’y fonder une ville idéale sur la côte est : Louisbourg – aujourd’hui Maroantsetra -, mais le site se révèle insalubre et il déménage à l’intérieur à Valambahoaka : il expérimente de nouveaux fruits et légumes ; on le dira marchand d’esclaves : les Lumières reçues de son précepteur français avaient eu le temps de pâlir et comment résister à de l’argent facile ?  Bien vu des caciques locaux, il n’en va pas de même avec les autorités politiques françaises de la Réunion et de l’île Maurice, qui ont déjà lâché Dupleix en Inde près de vingt plus tôt. Louis XVI lui envoie quelques inspecteurs, dont Jean-François de la Pérouse. Il repart à Versailles plaider sa cause pendant pas moins de 9 ans, en vain : Louis XVI joue à cache-cache avec lui et l’évitant à tout prix. Nombreux voyages dont le dernier à Baltimore où il trouve les fonds pour repartir : il arrive à nouveau en juin 1785 à Valambahoaka. Mais il est dès lors considéré comme un hors-la loi, donc combattu et tué en 1786 à Ambodirafia.

On ne lui aura pas laissé le temps de construire en dur et ce n’est qu’en 2017 que l’on retrouvera quelques balles, quelques clous des morceaux de céramique… pas de quoi bâtir une réplique : il faudra se contenter de ses Mémoires publiées en 1791. Jean Christophe Ruffin voudra en faire presqu’un humaniste, mais il avait déjà fait de Jacques Cœur une belle âme sur laquelle était tombée une des plus grosses fortunes de France, quasiment à son insu ! alors …

Madagascar ne deviendra protectorat français qu’en 1895.

1 01 1777                        Parution du premier quotidien français, Le Journal de Paris : il durera jusqu’au 17 mai 1840.

26 04 1777                  Contre le gré de sa famille, et pire, contre celui du roi qui lui avait mis une lettre de cachet aux trousses, le très jeune – 20 ans – marquis de La Fayette, appareille pour l’Amérique du port espagnol de Pasajes, tout proche de San Sebastian, à bord de la Victoria qui emmène 30 hommes, 2 canons et 6 000 fusilsIl abordera à Georgetown, près de Philadelphie, le 13 juin.

Il écrit à sa femme : Défenseur de cette liberté que j’idolâtre, libre moi-même plus que personne, en venant comme ami offrir mes services à cette république si intéressante, je n’y porte que ma franchise et ma bonne volonté…

3 07 1777                      En créant la Société des auteurs, Pierre Augustin Caron de Beaumarchais ébauche la législation sur la propriété littéraire. Le cher marquis avait plus d’une corde à son arc, se consacrant à ses heures perdues à l’espionnage en faveur de Louis XVI, sous le nom de Norac, anagramme de Caron.

31 07 1777               La Fayette devient Major Général des Insurgents, en Amérique ; il recevra son baptême du feu le 11 septembre. Je ne peux nier que les Américains sont parfois d’un commerce difficile, surtout pour un Français.

Talleyrand faisait dans la concision : Les villes américaines ? On y trouve 80 églises, mais un seul plat, et encore, il est mauvais.

La réciproque valait aussi : observation d’un officier américain à son supérieur : Les gens n’aiment pas les Français. Ils prennent toute personne qu’ils ne peuvent comprendre pour un Français.

30 08 1777                 La reine Marie-Antoinette s’en vient trouver son mari le roi Louis XVI, prenant l’air courroucé : Je viens, Sire, me plaindre d’un de vos sujets assez audacieux pour me donner des coups de pied dans le ventre. Marie-Thérèse Charlotte naîtra le 18 décembre.

Les souffrances de la femme sont passées, le bonheur de la mère commence. Si la joie n’est pas complète, si les canons ne retentissent que 21 fois en l’honneur d’une princesse, alors qu’ils tonnent 101 fois pour saluer la naissance d’un dauphin, on se réjouit quand même à Versailles et à Paris. On envoie des estafettes à travers l’Europe ; on distribue des aumônes dans toute la France ; on gracie de nombreux prisonniers : cent jeunes couples sont pourvus d’un trousseau, dotés et mariés aux frais du roi. Le jour des relevailles ces cent couples heureux – que le ministre de la police a choisi exprès parmi les plus beaux – attendent le reine à Notre Dame et acclament avec enthousiasme leur bienfaitrice. Le peuple de Paris est gratifié de feux d’artifice, d’illuminations, de fontaines d’où coule le vin, de distribution de pain et de charcuterie ; l’entrée est gratuite à la Comédie Française ; la loge du roi est réservée aux charbonniers, celle de la reine aux harengères ; pour une fois, les pauvres, eux aussi, ont bien le droit de se réjouir !

Stefan Zweig             Marie Antoinette                   Insel  Verlag   Leipzig 1932

16 10 1777                Après d’importants revers face aux Anglais, qui avaient repris New-York et Philadelphie, les Insurgents, inférieurs en nombre, remportent une éclatante victoire sur des Anglais mal commandés à Saratoga, qui leur apporta l’alliance de la France, trop contente de prendre une revanche sur les désastres coloniaux de la guerre de Sept ans. Jusque là, les aides extérieures n’avaient été le fait que d’hommes venus à titre individuel, le premier d’entre eux étant La Fayette. Cette alliance n’était pas d’une spontanéité à toute épreuve : la France, par souci de neutralité, avait commencé par vouloir s’opposer à l’achat par les insurgés de navires corsaires français ; la chose n’était pas aisée et les Américains virent cela d’un mauvais œil, faisant transmettre le message suivant par Lee, leur envoyé secret à Londres : vous nous aidez, vous accueillez nos corsaires et leurs prises, auquel cas nous protégeons vos colonies ; dans le cas contraire, si vous recevez mal nos corsaires, si vous rendez les prises aux Anglais, notre Congrès acceptera la paix, et nous marcherons avec les Anglais pour prendre vos colonies.

La suite des événements ne fût en rien conforme à ce schéma qui tient plus du chantage mondain que de l’analyse de la réalité, puisque l’Angleterre fût battue, et que les Américains n’eurent pas besoin d’eux pour acheter la Louisiane à Napoléon pour une bouchée de pain en 1803. Toujours est-il que le chantage mondain dût certainement peser bon poids dans l’attitude de la France.

Début de la fabrication industrielle des montres à Beaucourt, sous l’impulsion de Frédéric Japy, un des tout premiers grands capitaines d’industrie. Il crée son atelier à 24 ans, en rachetant les machines et les inventions de son ancien maître, Jean-Jacques Jeannneret-Gris auquel, de plus, il passe commande de machines qu’il a lui-même inventé. Dans le système industriel qu’il met en place, le rythme du travail n’est plus maîtrisé par l’artisan, mais imposé par les dirigeants : le capitalisme est déjà inscrit dans la fabrique de Japy : en 1795, 400 ouvriers fabriqueront 40 000 montres par an, quand un artisan ne peut en faire que 24 par an. La fabrique de Beaucourt n’est pas seulement une unité de fabrication : elle comprend 2 ailes où sont logés les ouvriers, qui prennent les repas en commun avec les patrons, les femmes d’un coté, les hommes de l’autre : on est chez des luthériens ; sont déjà en place les germes du paternalisme que développeront par la suite les patrons de Mulhouse ou les Schneider du Creusot.

9 12 1777                       Contournant le prêt à intérêt normalement interdit par l’Église, Louis XVI fonde à Paris un organisme de crédit inspiré de celui qui a déjà été mis en place à Marseille en 1696, nommé le mont de piété : à Paris on préférera le nommer chez ma tante. Moyennant l’apport d’un bien mis au clou, des prêts peuvent être accordés à des prêts avantageux.

1777   Le tourisme à Chamonix a déjà un début de logistique et des adeptes :

Ce que les gens de Chamonix nomment proprement le Montanvert est un pâturage élevé de 834 mètres au-dessus de la vallée de Chamonix, et par conséquent de 1 859 mètres au-dessus de la mer. Il est au pied de l’aiguille des Charmos, et immédiatement au-dessus de cette vallée de glace dont la partie inférieure porte le nom de glacier des Bois. On y conduit ordinairement les étrangers, parce que c’est un site qui présente un magnifique aspect de cet immense glacier et des montagnes qui le bordent, et parce que l’on peut de là descendre sur la glace, et voir sans danger quelques-unes des singularités qu’elle offre. (…)

Lorsqu’on s’est bien reposé sur la jolie pelouse du Montanvert, et que l’on s’est rassasié, si l’on peut jamais l’être, du grand spectacle que présentent ce glacier et les montagnes qui le bordent, on descend par un sentier rapide, entre des rhododendrons, des mélèzes et des aroles, jusqu’au bord du glacier. (…) Au bas de cette pente, on trouve ce qu’on appelle la moraine du glacier, ou cet amas de sable et de cailloux qui sont déposés sur les bords du glacier, après avoir été broyés et arrondis par le roulis et le frottement des glaces. De là on passe sur le glacier même, et s’il n’est pas trop scabreux et trop entrecoupé de grandes crevasses, il faut s’avancer au moins à trois ou quatre cents pas pour se faire une idée de ces grandes vallées de glace.

Horace Benedict de Saussure Voyages dans les Alpes           1779

Le comte d’Artois, frère de Louis XVI et futur Charles X, achète le château de Maisons Laffite, et introduit en France les courses de chevaux. L’italien Lazarro Spallanzani, après de nombreuses avancées sur la fécondation externe chez les batraciens, réalise la première insémination artificielle sur une chienne.

6 02 1778               Louis XVI et Benjamin Franklin pour les Insurgés américains signent un traité de commerce et d’amitié. L’escadre de l’amiral d’Estaing appareille pour Philadelphie et Newport.

24 05 1778               Pour soutenir les Insurgés américains, la France déclare la guerre à l’Angleterre. L’échec d’un débarquement en Angleterre en 1779 entraînera un enlisement de la guerre.  Cette même année 1779, lors de la bataille navale de Savannah, Lapérouse, commandant l’Amazone prend l’Ariel, un navire anglais.

L’anglais Wilkinson achève le 1° pont en fonte, l’Ironbridge commencé 3 ans plus tôt : sa portée est de 30.5 m, constituée de pièces de fonte moulée.

Apprenti tisserand dans un village anglais du Leicestershire, le jeune Ned Ludd brise son métier à tisser avec une masse. Trente ans plus tard, quand les ouvriers anglais travaillant dans les fabriques textiles du royaume s’organisèrent pour détruire les machines accusées de provoquer le chômage, ils se réclameront du luddisme. Et encore 20 ans plus tard, les canuts lyonnais se réclameront d’une cause luddique.

La canicule fait 250 000 morts.

17 09 1778                     Les Américains signent à Fort Pitt [future Pittsburg]  le premier traité donnant lieu à un document écrit avec les Lénapes [Delaware]. Ils tiennent à en faire leurs alliés dans la guerre qu’ils livrent à l’Angleterre où ils ont aussi la France pour alliée. Le traité reconnaît les Lenapes comme une nation souveraine et garantit leurs droits territoriaux, encourageant même les autres tribus de la vallée de l’Ohio favorables aux États-Unis à former un État qui serait dirigé par les Lenapes avec représentation au Congrès  américain. C’était hélas bien mal connaître les Américains que de croire qu’ils pourraient accorder à des Indiens la sécurité conférée par le statut de Quatorzième Etat, avec tout ce que cela implique de reconnaissance officielle. Évidemment, il n’a jamais été mis en application par les Etats-Unis.

20 03 1780                   Georges Washington avait demandé à La Fayette de rentrer en France pour convaincre le roi de venir aux cotés des Insurgés. Le jeune marquis obtient gain de cause et appareille à nouveau pour l’Amérique, pour annoncer la nouvelle ; deux frégates sont entre les mains du chef d’expédition, Jean François de Galaup, comte de Lapérouse, commandant L’Astrée ; La Fayette est à bord de L’Hermione, commandée par Latouche-Tréville ; il s’était engagé à en financer la construction, mais,  n’ayant pas l’usufruit de son argent, c’est le secrétaire du comte de Broglie qui avait avancé la somme nécessaire. Elle emmène 272 soldats, 130 marins, 50 moutons et des poules en quantité. À ses cotés, le comte Hans Axel de Fersen qui fuit un amour impossible : celui de la Reine. Quatre ans plus tard, de retour en France, leur amour n’avait pas pris une ride. Ayant donné quatre enfants à la France, la Reine estimera pouvoir désormais aimer un homme qui lui plaise. Après la prise de la Bastille, quand tous les rats – de l’Opéra et autres – quitteront un Versailles devenu par trop compromettant, Fersen sera un de ses seuls soutiens.

07 04 1780                  Victor Louis réalise pour la première fois une charpente en fer : c’est au Grand Théâtre de Bordeaux.

11 07 1780                   L’escadre de l’amiral Ternay à la tête d’un corps expéditionnaire de 100 navires débarque à Newport, en Rhode Island les 4 000 hommes de Jean Baptiste Donatien de Vimeur, marquis de Rochambeau : maréchal depuis près de 20 ans, – il en a 55 -, il a participé au siège de Maastricht en 1748 et à la prise de Minorque en 1756 ; il ne manque donc pas d’expérience.

Contre la promesse de 20 000 livres et le maintien dans son grade, le major général américain Benedict Arnold tente de vendre aux Anglais le fort qu’il commande : West Point ; mais l’affaire capotera et Benedict Arnold deviendra le porte drapeau des traîtres.

15 07 1780                      Benoît Joseph Marsollier des Vivetières, auteur dramatique et librettiste d’opéras comique,  découvre la grotte des Demoiselles, sur la rive gauche du fleuve Hérault, sur la commune de Saint Bauzille de Putois. Elle sera complètement explorée par Edouard Alfred Martel en 1889, en aménagée de façon à être ouverte au public en 1931.

1780                                Une académie se met en place à Grenoble.

Le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, préoccupé du délabrement intellectuel des enfants de ses soldats les plus pauvres crée à leur intention l’école de la Ferme de la Montagne, à Liancourt, 60 km au nord de Paris, avec le soutien de prestigieux sympathisants : Monge, Chaptal, Laplace… Il bâtit un établissement qui marie enseignement élémentaire de la lecture, de l’écriture et du calcul et formation professionnelle aux métiers de tailleur, charpentier, cordonnier ou serrurier. Le modèle s’inspire de celui des écoles usines, que le duc avait découvertes en Angleterre ; il s’y exilera en 1792, et à son retour devra constater qu’en supprimant les corporations, la Révolution aura détruit tout un système de formation pluriséculaire fondé sur l’apprentissage : la Révolution aura rasé son œuvre.

Ils sont quelques uns à dire tout le bien qu’ils pensent de leur époque :

L’heureux temps 

Temps heureux où chacun ne s’occupait en France
Que de  vers, de romans, de musique, de danse
Des prestiges des arts, des douceurs de l’amour !
Le seul soin qu’on connut était celui de plaire,
On dormait deux la nuit, on riait tout le jour
Varier ses plaisirs était l’unique affaire.

Chamfort   1740-1794

Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1780 n’a pas connu le plaisir de vivre.[4]

Talleyrand

Du plaisir, il en prenait aussi à ferrailler, n’ayant pas que des amis : Talleyrand boitait ; il croise Anna Tyskiewicz, future comtesse Potocka, qui louchait et qui, de plus, était fort imprudente :

Anna Tyskiewicz : Alors, M. De Talleyrand, comment ça marche, ce matin ?
Talleyrand :            Comme vous voyez, Madame.

Connaissant aussi bien les diplomates que les courtisanes, il s’amusait aux devinettes, demandant ce qui les différenciait :

  • Quand un diplomate dit : Peut-être, il faut entendre non
  • Quand un diplomate dit : Oui, il faut entendre : Peut-être
  • Quand un diplomate dit : Non, ce n’est pas un diplomate
  • Quand une courtisane dit : Peut-être, il faut entendre Oui
  • Quand une courtisane dit : Non, il faut entendre Peut-être
  • Quand une courtisane dit : Oui, ce n’est pas une courtisane.

Talleyrand poudré, perruqué, du rose sur les joues et une dentelle sous sa redingote ajustée, promenait un ennui souverain, un sourire de convenance et un regard aigu qui perçait à jour ses interlocuteurs, toujours inquiets des bons mots dont cet homme de l‘Ancien Régime complice des régicides pimentait la moindre de ses répliques. Talleyrand, l’un des hommes les plus intelligents de son temps, avait traversé les vicissitudes révolutionnaires avec un cynisme exemplaire, prélat qui avait trahi son Église, aristocrate qui avait vendu sa classe, révolutionnaire sans conviction, ministre nonchalant et brillant dominant toutes les cours d’Europe par son esprit et sa culture, serviteur de la monarchie puis de la République, grand organisateur des plaisirs et des fêtes pour le Premier consul qu’il servait par accommodement, veillant toujours à étendre, par l’intrigue et la prévarication, sa fortune déjà immense et à se ménager à chaque instant les jouissances qu’il savait éphémères par expérience de la tempête. L’ancien évêque dirigeait la politique étrangère de la jeune République [depuis novembre 1799. ndlr] ou, plus exactement, tentait de canaliser l’impétuosité diplomatique et guerrière du maître qu’il s’était choisi très tôt parce qu’il avait détecté chez lui cette énergie de décision, ce génie guerrier et ce sens politique qui font les grands hommes d’État ou les grands tyrans. Il lui servait aussi de mentor dans ce monde, que ce roué de l’Ancien Régime connaissait comme sa poche

Laurent Joffrin  Le Grand complot         La Loupe 2013

La Princesse de Lamballe, au cœur de la vie de la cour, sera de ce fait, 13 ans plus tard, au cœur des massacres de Septembre.

Sur la neige, dans un traîneau dont une rêne
Est d’or et dont l’autre est d’argent, montrant son clair
Sourire, et le sation duveté de sa chair,
Passe LAMBALLE, assise à coté de la Reine.

On dirait que le vent furieux les entraîne
En fourreaux de velours épais garnis de vair,
Elles volent, dans la blancheur de l’âpre hiver,
Au galop des petits chevaux noirs de l’Ukraine.

Tout est orgueil, amour, fête, éblouissement
Dans ce groupe de sœurs glorieux et charmant,
Et les beaux grenadiers du régiments de Flandre

Admirent cet éclair de jeunesse et de lys,
Et ces regards d’enfants et cet accord si tendre.
O têtes folles ! dit madame de Genlis.

Théodore de Banville 1823-1891   La princesse de Lamballe. Les Princesses

attribué à Antoine Vestier (1740-1824), Mme de Lamballe. | Art historique, Portrait peinture, Marie thérèse

Mme de Lamballe. attribué à Antoine Vestier (1740-1824),

O têtes folles dit Théodore de Banville. Mais pour Heinrich Heine, il n’y a pas de tête.

Comme les fenêtres brillent gaiement au Palais des Tuileries, et pourtant, en plein jour, les spectres d’autrefois y reviennent.
Marie-Antoinette reparaît dans la Pavillon de Flore, où, chaque matin, elle tient son lever suivant une étiquette sévère.
Dames de cour en toilette. La plupart sont debout, d’autres assises sur des tabourets ; les robes sont de satin et de brocart, garnies de joyaux et de dentelles.
Leur taille est fine, les jupes à paniers bouffent, et, dessous, bruissent les mignons petits pieds à hauts talons ; – ah ! Si seulement elles avaient des têtes.
Aucune n’en a ; même à la reine la tête manque, et c’est pourquoi Sa Majesté n’est point frisée.
Oui, elle qui, haut coiffée, pouvait se comporter si orgueilleusement, la fille de Marie-Thérèse, la petite-fille des Césars allemands.
Il faut maintenant qu’elle revienne sans coiffure et sans tête, entourée de nobles dames non coiffées et sans têtes également.
Ce sont là les suites de la Révolution et de ses odieuses doctrines. Toute la faute en est à Jean-Jacques, à Voltaire et à la guillotine.
Mais, chose étrange ! Je crois presque que les pauvres créatures n’ont en rien remarqué combien elles sont mortes et qu’elles ont perdu la tête.
Comme autrefois, ce ne sont qu’allures gourmées, que plates courtisaneries ; – risibles et terrifiantes tout à la fois sont ces révérences sans tête.
La première dame d’atours s’incline et apporte une chemise de linon que la seconde présente à la reine, puis toutes deux se retirent avec une révérence.
La troisième et la quatrième dames s’inclinent et s’agenouillent devant Sa Majesté pour lui passer ses bas.
Une demoiselle d’honneur s’incline, apportant le déshabillé du matin ; une autre encore s’incline qui apporte le jupon de la reine.
La grande maîtresse de la cour se tient là, rafraîchissant avec un éventail sa gorge blanche, et, la tête lui faisant défaut, elle sourit avec le derrière.
A travers les tentures des fenêtres, le soleil glisse des regards curieux, mais à la vue de ces vieux fantômes, il recule épouvanté.

Heinrich Heine Romancero

Au XVIII° siècle, dire que l’on était français avait une portée qui dépassait de loin la condition de sujet d’un roi précis. Cela exprimait une réalité plus profonde que le fait d’être né en tel ou tel lieu. Le patriotisme avait un sens qui dépassait tout cela : il impliquait que l’on crût aux droits de l’homme et à l’idéal du bonheur des hommes. Impossible donc au vrai patriote de sacrifier au chauvinisme ou à la fidélité aveugle envers tel ou tel gouvernement : c’était un citoyen du monde, sa patrie était l’utopie. Cet idéalisme renforça la position de la France en Europe infiniment plus que n’aurait pu le faire aucun accroissement de ses moyens militaires. Elle symbolisait la libération de l’humanité, elle aspirait à créer un type nouveau de communauté humaine dans lequel les individus ne seraient gouvernés que par la raison, la moralité et l’amour de leurs semblables. Partout dans le monde, il y eut des gens qui se considérèrent comme français par la culture, de la même manière qu’ils se seraient réclamés d’une religion. Paris était la nouvelle Rome. Être instruit, être idéaliste et généreux, croire au progrès, apprécier le raffinement et la beauté : tout cela était synonyme d’être français. A St Pétersbourg, au Caire, à Buenos Aires, les esprits les plus cultivés se tournaient vers Paris comme vers une ville sainte et parlaient le français de préférence à leur langue maternelle.

Théodore Zeldin

Je suis, je m’en flatte, un bon citoyen du monde et le moins chauvin des hommes… Mais l’étroitesse d’âme a consisté précisément à refuser d’accorder ces sentiments avec d’autres élans, non moins respectables. Je n’ai jamais cru qu’aimer sa patrie empêchât d’aimer ses enfants ; je n’aperçois point davantage que l’internationalisme de l’esprit ou de la classe soit irréconciliable avec le culte de la patrie. Ou plutôt je sens bien, en interrogeant ma propre conscience, que cette antinomie n’existe pas. C’est un pauvre cœur que celui auquel il est interdit de renfermer plus d’une tendresse.

Marc Bloch. L’étrange défaite.

Marc Bloch sera fusillé par les Allemands en 1944, encourageant un jeune résistant qui était à ses cotés pour se rendre au peloton : n’aie pas peur, petit, ça ne fait pas mal.

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Nous allâmes aux Tuileries, elles étaient toutes plantées d’arbres fruitiers superbes. Dans le parterre, c’étaient des espaliers, des groseilliers, dans les bosquets des cerisiers, dans le bois des poiriers, des abricotiers, des pruniers, des châtaigniers. C’était la même chose dans la cour. Aux endroits ombragés étaient des framboisiers, les plates-bandes étaient de fraisiers. Je ne vis pas un seul brin d’herbe inutile et les fruits qu’on ne vendait que bien mûrs étaient presque pour rien. Nous ne trouvâmes pas dans les rues un seul carrosse, tout le monde allait à pied. Les voituriers qui s’apercevaient de loin se rangeaient et n’accrochaient jamais. Je fus enchanté.

[…]             Les enfants à Paris sont fort jolis jusqu’à l’âge de sept ou huit ans. Comme ils sont élevés au milieu d’une foule nombreuse d’individus, ils contractent de bonne heure un air d’aisance, ils n’ont pas l’air niais. Ils ne sont ni trop étonnées de l’usage de la vie, ni des tracas de la ville. Un petit air d’assurance dit qu’ils sont nés dans la capitale et déjà façonnés à son grand mouvement. Ils n’ont aucun effroi de ce qui se passe autour d’eux. Mis proprement en général, d’une manière simple et aisée, ils doivent la liberté de leur habillement aux écrits de Jean-Jacques Rousseau.

Louis Sébastien Mercier                Tableau de Paris  Entre 1781 et 1788

Ce que dit là Louis Sébastien Mercier vient conforter le bien-être à vivre à cette époque reconnu à voix bien haute par Talleyrand. Mais contrairement à ce dernier, Sébastien Mercier ne fréquente pas que les beaux quartiers, aussi n’est-il pas amené à ces affirmations un peu grandiloquentes et simplistes, tendance le monde est beau, tout le monde il est gentil. Le Tableau de Paris, n’est pas fait que de couleurs vives et gaies, le noir y est aussi bien présent :  

Une famille entière dans une chambre dont on voit les quatre murailles où les grabats sont sans rideau, où les ustensiles de cuisine roulent avec les vases de nuit. Les meubles en totalité ne valent pas vingt écus et tous les trois mois les habitants changent de trou parce qu’on les chasse, faute du paiement du loyer. Ils errent ainsi et promènent leurs misérables meubles d’asile en asile. On ne voit point de souliers dans ces demeures, on n’entend dans les escaliers que le bruit des sabots. Les enfants y sont nus et couchant pêlemêle.

[…]             L’immeuble du marché des Quinze-Vingts, paroisse Saint Roch, ressemble à tous les autres immeubles parisiens, gonflé de boutiques, d’ateliers, traversé d’allées et de passages, empli de logements et de dortoirs sous les toits, il exhibe ses replis et béances, ne permet guère de refuge, mais délivre toutefois le repos et un sommeil pris sans confort, presque sans intimité. […]        Souvent humide, il héberge une population qui l’occupe de haut en bas sans laisser de vide et en tirant partie du moindre espace. Puisque les murs ruissellent d’eau au rez-de-chaussée, la veuve Cochard sert sa morue. Les étals de boucherie ne laissent que peu de place aux compagnons et aux garçons qui, une fois le travail terminé, dorment sur des tréteaux de bois. Fenêtres ouvertes, le maître menuisier incite au travail ses deux garçons d’atelier qui rabotent en hélant les clients autant que les garçons d’en face. Au-dessus, la Simone a un petit logement. Vendeuse de viande cuite, elle achète dans la journée le regras, plat délaissé des riches, et le maintient dans de vastes terrines avant de les disposer sur son étal de marché. Étal dont elle défend avec âpreté l’emplacement tant il est bien situé et jalousé. Elle doit même le réserver à coups de pied et de poing contre les petits revendeurs levés plus tôt qu’elle. Dans cet immeuble vivent beaucoup de blanchisseuses, l’odeur du linge sale se distingue mal de celle des eaux de la Seine montés chaque matin par des porteurs d’eau. Il faut bien remplir les cuves aux étages. Par deux portes entrebâillées sur le palier s’échappent des pans de linge cherchant à sécher malgré l’humidité. En bas, dans l’allée de la boutique de la vendeuse d’herbes, des ballots de hardes attendent d’être livrés dans la soirée aux clients. La buée humecte tout, rend les fenêtres opaques et les escaliers glissants. Sur le palier, les effluves de dinde rôtie croisent celles de l’eau croupie, à moins que ce ne soit celles plus âpres de la morue séchée. Partout du bruit et des regards, entre fenêtre et porte, palier et passage. Sur la dalle de la cour, la faiseuse de maillots du quatrième, décide de finir son ouvrage, profitant d’une meilleure lumière. Les compagnons menuisiers la badinent, comme à l’accoutumée. Ni jeune ni vieille, elle ne prête guère attention à ce bavardage.

[…]             Il y a régulièrement cinq ou six cents filles enfermées à l’hôpital [Bicêtre ou la Salpêtrière, où sont rassemblées les femmes atteintes de maladies vénériennes, les hystériques, les convulsionnaires, les folles, les prostituées et les mendiantes]. Elles se succèdent et se remplacent l’une l’autre, mais toujours plus effrontées à mesure qu’elles comptent plus d’années d’hôpital. Ce lieu semble leur ôter le dernier frein de la pudeur et même de l’amour-propre. La profondeur des vices surpasse la hauteur de la vertu et je ne puis attribuer qu’à la communication de ces malheureuses femmes enfermées, pressées dans un même endroit, ces derniers excès trop honteux pour que ma plume les indique et qui prouvent que l’homme a la malheureuse faculté de se ravaler au-dessous de la brute. Quand ces filles ont à se plaindre de la nourriture et de quelque mauvais traitement, alors elles forment entre elles une révolte, la conspiration vole de bouche en bouche. Or savez-vous en quoi consiste cette révolte ? À pousser toutes, en même temps et au même signal, des cris et des hurlements épouvantables. Ces explosions de poitrine qui se manifestent par des accents aigus et prolongés se répètent à différents intervalles dans le jour, dans la nuit et de manière inattendue. Quand on entend cette clameur pour la première fois on est véritablement saisi. Ces cris se propagent à plus d’une lieue, les menaces, les châtiments n’y font rien. Cette révolte de gosier se maintient jusqu’à ce que le tort réel ou apparent soit réparé.

[…]             De tous nos gens de lettres, je suis peut-être le seul qui connaisse le peuple en se mêlant avec lui. Je veux le peindre, je veux être la sentinelle du bon ordre. Je suis descendu dans les plus basses classes afin d’y voir tous les abus. Prenez garde, philosophes, l’amour de l’humanité peut vous égarer. Ce que vous appelez le mieux pourrait être le pire. Il ne faut pas que le peuple gagne trop, il ressemble aux estomacs que trop de nourriture engorge et rend paresseux. En croyant bien faire, croyez en mon expérience, vous pouvez tour perdre. Et vous, magistrats, prenez plus garde encore, une révolution funeste se prépare. L’esprit d’insubordination s’étend, se propage. C’est dans la classe la plus basse qu’il fermente sourdement. Je vous le dénonce publiquement. Et si vous daignez vous instruire, cent preuves pour une vous seront administrées.

La pompe à feu de Périer est la première machine à vapeur utilisée dans la construction mécanique.  Jean-Pierre Clause, cuisinier du Maréchal de Contades, gouverneur d’Alsace, invente le foie gras cuit : pâtissier de formation, il a eu l’idée de farcir une pâte de foie gras et de passer le tout au four : grand succès donc pour le pâté à la Contades. Comme cela est à peu près concomitant avec l’appertisation, son nom va passer à la postérité, mais c’est en fait seulement le début de la commercialisation de ce produit, et non l’invention du produit lui-même ; on trouve d’ailleurs une recette romaine parlant déjà de cuisson du foie gras, recommandant de le griller.

Mort de l’impératrice Marie Thérèse d’Autriche, qui ne se contenta pas de mettre seize enfants au monde, dont notre Marie Antoinette, mais fit encore de son pays un État moderne, disposant d’une puissante fonction publique – 5 000 fonctionnaires au début de son règne, 20 000 à la fin -. Elle a fusionné les administrations de l’Autriche et de la Bohème : elle était devenue la Landesmatter – la mère tutélaire de ses peuples -. Vienne était la première ville d’Europe centrale où, selon un visiteur allemand, la vie est gaie, libre, grisante, débauchée, en même temps réfléchie, sérieuse et naturelle… On voit ici des gens de tous les endroits du monde : Hongrois, Turcs, Maures, Espagnols, Italiens, Tyroliens, Suisses, bref, toutes les populations d’Europe. Son père Charles VI avait construit l’église saint Charles Borromée, la bibliothèque de la Cour, le Manège espagnol. Marie Thérèse acheva la palais de Schönbrunn. Son fils Joseph II ouvrira au public le parc du Prater.

La mort prématurée de son père Charles VI – ce plat de champignons changea la destinée de l’Europe, dira Voltaire -, la propulse en 1740 au pouvoir, et il lui faudra courage et constance pour faire admettre aux cours d’Europe la présence d’une femme à la tête de la première des monarchies. La belle-maman de l’Europe n’était pas que vertu et courage : elle avait sa face sombre, faisant sien par exemple l’antisémitisme de l’époque au point de ne recevoir des juifs qu’avec l’intermédiaire d’un paravent !    Sous son règne, 200 000 Juifs durent quitter Prague.

vers 1780                  William Lynch, juge en Virginie met en place une justice à une seule vitesse, la plus grande possible : il réunit la cour, recrute les jurés et préside dans la foulée à l’exécution. La loi de Lynch – qui n’aura jamais d’existence écrite -, connaîtra un grand succès dans les territoires de l’ouest. Il devint sénateur et mourra dans son lit, respecté de tous. Le lynchage sera pour d’autres.

Printemps 1781      George Washington et Rochambeau demandent de l’aide au comte de Grasse, lieutenant général des armées navales du roi : il attaque victorieusement les Antilles anglaises. Rochambeau suggère alors à Washington de cerner dans Yorktown sur la baie de Chesapeake, les troupes de l’Anglais Cornwallis pendant que l’amiral de Grasse les empêchera de partir par la mer : Washington accepte le plan de Rochambeau. Dans les navires français, l’Hermione commandée par Latouche Tréville, dont on dira qu’il aurait pu être le Nelson qui manquera à Napoléon ,,, s’il n’était pas mort un an avant la cuisante défaite de Trafalgar.

9 05 1781                      Mozart, 25 ans vient de donner à Munich Idoménéo, Rei di Creta qui a été très bien accueilli par le public. Revenu à Salzbourg, son employeur le prince archevêque Colloredo l’emmène à sa suite à Vienne où, après avoir jugé insultants certaines de ses remarques, le traite en public de crétin et de voyou. Les dés en sont jetés : licencié, Mozart se met à son compte. Cela a entre autres l’avantage de quitter Salzbourg que ne l’aimait pas et qu’il n’aimait pas : À Salzbourg, je ne sais pas qui je suis, écrivait-il à son père.

Mais l’atmosphère familiale ne devait pas être bienveillante tous les jours : on retrouvera le carnet intime de sa sœur aînée Nannerl, qui était de tous ses voyages européens : Les Mozart étaient considérés comme le plus beau couple de jeunes mariés de Salzbourg, et leur fille, dans sa jeunesse, comme une vraie beauté. Mais le fils était petit, pâle, maigre et manquait totalement de prétention dans son apparence physique. Hormis par sa musique, il est resté toute sa vie un enfant.

19 05 1781                    Dans un Compte rendu au roi par M. Necker, il fait apparaître noir sur blanc les dépenses de la Cour : Louis XVI le prend très mal et le congédie. Il demandait en préambule le titre de ministre des finances, – l’intitulé de sa fonction étant Directeur des Finances – fonction qu’il exerçait depuis près de six ans, et qui lui fût encore refusée au motif qu’il était calviniste et d’origine genevoise !

Ce compte rendu au Roi par M. Necker était en réalité le budget de la France qui était, pour la première fois publié, et l’on sait que le succès remporté par ce volume, auquel sa couverture a valu le surnom de Conte bleu.

Cette publication était évidemment un plaidoyer pro domo. Aux yeux des financiers, l’équilibre budgétaire que Necker se vantait d’avoir réalisé – 264 millions de dépenses, 254 millions de recettes – était un trompe-l’œil. Tandis que les chiffres des recettes étaient gonflés, les dépenses extraordinaires, par exemple, celles de la guerre d’Amérique, n’étaient même pas mentionnées.

L’opinion n’a pas prêté grande attention à ces détails. Elle a surtout remarqué le passage où le directeur des finances accablait les courtisans et s’élevait contre les pensions (28 millions) versées par le roi. C’est ce passage qui a déterminé finalement la disgrâce de Necker, que Louis XVI n’a pas défendu contre sa cour.

Les Français ne s’y trompent pas. La disgrâce de Necker, comme celle de Turgot, signifie que le roi est dominé par les personnalités hostiles aux réformes, au premier rang desquelles on trouve la Reine elle-même, et le comte d’Artois, frère du Roi, croulant sous des dettes que Necker se refusait à éponger.

Le Journal du monde     sous la direction de Gérard Caillet     Denoël 1975

21 07 1781                  L’Astrée et l’Hermione croisent au nord du cap Breton, où ils rencontrent un convoi de navires anglais escorté de 6 navires de guerre : ils engagent le combat, à 1 contre 6 : 4 prennent la fuite, 2 amènent leur pavillon, dont l’un parviendra à fuir de nuit. Restera donc le sixième de bonne prise qui vaudra à Lapérouse les félicitations du roi. Un mois plus tôt, dans les parages de Saint Pierre et Miquelon, c’était trois anglais chargés de coton, de sucre et de café qui avaient été capturés. La pauvre Hermione, après une glorieuse campagne américaine, sera oubliée par la république et mourra lamentablement en s’échouant en novembre 1793 sur le plateau du Four, devant Le Croisic.

Mais ses mânes auront le bonheur de voir une sœur jumelle mise à l’eau à Rochefort 215 ans plus tard, en juin 2008 : au départ de cette splendide réalisation, au milieu des années 1990,  une bande de rêveurs, de passionnés de mer, de bateaux et d’histoire, menés par Erik Orsenna, qui émirent l’idée de reconstruire à l’identique la frégate Hermione, ce fabuleux trois-mâts (65 mètres de long, 47 de haut, 26  canons, 17 voiles). […]       Ce projet s’appuyait sur l’ambition à la fois culturelle et touristique de faire renaître l’ancien arsenal maritime de Rochefort, d’où étaient sortis les plus beaux navires de la marine royale et de renouer avec les métiers, les techniques et les savoirs d’antan.[…] Et c’est tout un territoire – ville, département, région Poitou-Charentes – qui se prit au jeu et se mobilisa, rassemblant fonds privés et fonds publics, historiens, artisans, ingénieurs, bénévoles, entretenant la flamme et le soutien populaire malgré toutes les vicissitudes d’un chantier complexe et à rallonge.

400 000 pièces de bois et de métal, 2 000 chênes sélectionnés dans les forêts françaises, 2 200  m2 de voilure en toile de lin, 25  km de cordage en manille et en chanvre… La construction de l’Hermione, en  1778, avait duré six mois, grâce à la main-d’œuvre quasi gratuite de centaines de forçats du bagne de Rochefort. Le chantier de sa réplique – d’un coût approchant les 26  millions d’euros – s’étala sur dix-sept ans. Mais quel suspense ! Quel spectacle ! Quelle fête à chaque étape : la pose de la charpente, la mise à flot de la coque, l’installation des mâts… Plus de 4 millions de visiteurs depuis 1997. Plus de 10 000 scolaires par an. Allez vous étonner après ça que le virus de l’Hermione ait germé dans l’esprit du public. Et que certains se soient juré d’être sur le navire le jour où, comme son magnifique ancêtre, il mettrait le cap sur l’Amérique. Une traversée-événement prévue pour avril  2015, avec seize escales, des célébrations dans tous les ports – Yorktown, Baltimore, Philadelphie, New York, Boston… – avant le retour par Brest au mois d’août.

Annick Cojean                      Le Monde du 15 11 2014

Las ! Des vilains champignons seront repérés sur le côté babord arrière, sous la ligne de flottaison en mai 2021, lors d’une visite de maintenance… aux arrêts de rigueur pour plusieurs mois, le temps de changer les pièces de bois concernées. Il a dû y avoir un oubli dans le traitement des bois au moment de la construction, car les traitements existent. Cela arrive de préférence lorsque les bois contiennent trop d’aubier et ont été mal séchés.

Les Français se passionnent quand ils peuvent aller de l’avant en regardant dans le rétroviseur ; à peu près dans le même temps, un avion solaire effectue t-il le tour du monde ? Bof ! Laissons cela aux Suisses ! 

28 08 1781                  De Grasse débarque dans la baie de Chesapeake les régiments des Antilles qui bloquent les Anglais de Cornwallis sur la presqu’île de Yorktown.

5 09 1781                     L’amiral de Grasse sort vainqueur de la bataille contre les 19 vaisseaux anglais des amiraux Graves et Hood, les obligeant à faire demi-tour.

Cette flamboyante marine française devait une bonne part de ses succès à Jacques Noël Sané, un architecte naval breton, considéré comme le plus grand architecte naval français de la marine à voile : la majorité des vaisseaux de guerre, les 74 canons – de 1786 à 1845 – ont été construits sur ses plans. L’Etat de Bourgogne – 120 canons – conçu en 1786 sera désarmé seulement  en 1855 : c’est un record. Quand les Anglais étaient engagés contre un navire où ils reconnaissaient la patte de Sané, ils s’efforçaient de le casser le moins possible pour pourvoir le décortiquer en toute tranquillité une fois at home pour en percer les secrets. Il aura à son actif plus de 200 navires :

  • 9 vaisseaux de 118 canons (classe Commerce de Marseille) construits entre 1778 et 1813 ;
  • 5 vaisseaux de 110 canons (classe Commerce de Paris) entre 1804 et 1811 ;
  • 27 vaisseaux de 80 canons (classe Tonant) construits entre 1787 et 1813 ;
  • 107 vaisseaux de 74 canons (classes Annibal et Téméraire) construits entre 1783 et 1841 ;
  • 65 frégates de  18 (classes Hébé, Virginie, Hortense et Pallas) construites entre 1781 et 1814.

La Marine française se rappelle encore le sentiment d’admiration que fît naître le vaisseau l’Océan, navire à trois ponts, que le public admirait pour l’élégance et la majesté de ses formes apparentes, et que les marins admiraient parce qu’il était le vaisseau le plus facile à manœuvrer et le plus fin voilier, entre tous les navires du même rang qu’on eut construit en Europe.

Charles Dupin, ingénieur naval 1785

Les 4 000 hommes de Rochambeau, partis de White Plains (New-York) parcourent à marche forcée les 1 000 kilomètres qui les séparent de Yorktown, dont le siège commence le 28 septembre.

19 10 1781                   Victoire des Insurgés et des Français à Yorktown : c’est Rochambeau qui est à la manœuvre, avec comme premier aide de camp, le comte suédois Fersen, futur amant de la reine Marie Antoinette. Dans la baie, la flotte française de de Grasse, parvient à empêcher la flotte anglaise de porter secours à Cornwallis, qui se rend avec ses 6 000 soldats et 1 500 marins. De Grasse sera ensuite défait aux Saintes, dans les Antilles par l’amiral anglais Rodney, mais cette défaite ne pourra couvrir celle des anglais à Yorktown : des pourparlers vont s’engager avec l’Angleterre : c’est l’incontournable Franklin qui signera les préliminaires de paix. Au sein des troupes françaises, on trouve le marquis Henri de Saint Simon, que d’aucuns considèrent comme le père de la sociologie.

On retrouve selon les commentateurs nombre de ces personnages dans le tableau de Louis Charles Auguste Couder -1789-1873 -, peint en 1836, sur commande de Louis Philippe : Le siège de Yorktown en octobre 1781. Au centre, Rochambeau et, à sa gauche Washington. Mais, avec un demi-siècle de recul, Couder a pris soin de représenter en bonne place d’autres acteurs promis à un brillant avenir : on reconnaît La Fayette, tête nue derrière Rochambeau, et Saint-Simon à droite de Washington. À cheval et de dos, le duc de Lauzun complète ce tableau de la fine fleur de l’aristocratie française apportant son concours aux insurgents américains. Mais on aurait aimé en savoir plus… quid par exemple de Fersen, premier aide de camp de Rochambeau ? pourquoi n’est-il pas là ? Serait-ce un ordre de Louis-Philippe : hors de question de voir l’amant de Marie-Antoinette. On ne sait pas !

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Musée de l’Histoire de France. Château de Versailles

25 10 1781               Gaspard Bouis, 24 ans – alias Gaspard de Besse, car né à Besse-sur-Issole, dans le Var – est supplicié avec la roue. Il avait détroussé pas mal de monde mais n’avait jamais tué personne. Pour se constituer une équipe, il allait au plus simple : libérer les détenus. Ses terrains de prédilection : la dépression de Cuges-les-pins, et les gorges d’Ollioules, dans le Var. Lors de son procès, il avait jeté aux juges : la Provence connait deux fléaux, le mistral et le parlement.

29 11 1781          Luke Collingwood, commandant du négrier anglais Zong pour le compte de la Gregson Slave Trading Syndict, fait voile sur la Jamaïque : il doit jeter à la mer plusieurs morts – dysenterie, fièvres-variole -, chaque jour. Or chaque esclave vaut 35 livres à la Jamaïque ; il a chargé 440 esclaves, et veut toucher à destination sa participation aux bénéfices. Même son équipage est atteint : sept morts depuis son départ de Sao Tomé [au large de la Guinée équatoriale] le 6 septembre. Une seule solution pour que les malades ne contaminent pas les esclaves en bonne santé : les jeter à la mer, solution d’autant plus intéressante que le coût en est remboursé par les assurances pour laquelle se séparer d’une partie de la cargaison pour sauver l’autre donne droit à indemnisation : 30 livres par esclave, quand la mort d’un esclave ne donne droit à rien. Et c’est ainsi que le 29 novembre, 54 esclaves sont jetés à la mer, et encore 42 le lendemain et encore 26 le 1° décembre. Dix esclaves préfèrent se jeter à l’eau d’eux-mêmes. Le 28 décembre, après une traversée de 112 jours le Zong, arrive à la Jamaïque, avec 208 esclaves, soit une perte de 53 %. Le capitaine étant mort 3 jours après l’arrivée à la Jamaïque, au retour les copropriétaires du navire justifieront sa conduite par un manque d’eau à bord… ce qui était complètement faux : les assureurs flaireront l’escroquerie, mais le premier jugement donnera raison aux propriétaires. En appel, les antiesclavagistes donneront de la voix : S’agit-il de marchandises ? Non, c’est un massacre Grawill Sharp… en vain, celle du procureur général prévaudra : Quelle est cette revendication que des êtres humains ont été jetés par-dessus bord ? Ceci est un cas de biens et de marchandises. Les Noirs sont des marchandises et des biens appartenant à un propriétaire, c’est une folie d’accuser ces hommes honorables ayant agi correctement de meurtre. Ils ont agi selon la nécessité et de la manière la plus appropriée. Feu le capitaine Collingwood a agi dans l’intérêt de son navire et pour protéger son équipage. Remettre en question l’expérience d’un capitaine qui a longuement navigué et qui est fortement estimé est une folie, tout spécialement quand on parle d’esclaves. Le cas jugé est le même que si du bois avait été jeté par-dessus bord. En fin de compte, Lord Mansfield, qui préside la Cour de justice, refuse l’indemnisation par la Lloyd, jugeant que le manque d’eau à bord découlait d’une mauvaise gestion du navire par le capitaine. Mais le procès du Zong n’est que celui d’une indemnisation de marchandises. À aucun moment il n’est question d’accuser de meurtre Collingwood et son équipage. Au moins fait-il connaître à l’opinion publique anglaise la cruauté de ce commerce. Cette prise de conscience conduira le Parlement britannique à voter la loi interdisant la traite atlantique – The Slave Trade Act – le 23 février 1807, ratifiée par le roi le 25 mars. L’abolition de l’esclavage sera proclamée en Angleterre en 1833, en France en 1848.

9 04 1782            La reine Marie Antoinette inaugure le théâtre de l’Odéon, ce temple nouveau à la gloire de l’art dramatique. L’une des premières créées sera Le mariage de Figaro, de Beaumarchais : Dazincourt, qui jouait Figaro, était le professeur de diction de la reine ; et ceci l’emportera sur les premières interdictions du roi, qui jugeait l’œuvre subversive.  Beaumarchais avait-il tâté de la prison pour friponnerie ? Jetons la rancune à l’eau, enchaînait Marie Antoinette.

12 04 1782              François-Claude-Amour de Bouillé, beau-frère de La Fayette, est gouverneur général des Îles du Vent – les Antilles – , se félicite des succès navals français contre les Anglais :

La journée a été glorieuse puisque nous avons combattu pendant treize heures de suite avec trente vaisseaux contre trente-sept et que dix-neuf navires anglais ont été maltraités.

Gouverneur de la Guadeloupe dès 1768, il l’était devenu de la Martinique et de Sainte Lucie en 1777, puis des îles du vent de juillet 1977 à 1783. En sous-main, il aidait les Insurgents. Au gouverneur anglais de la Barade, qui lui demande d’interdire aux rebelles et traitres l’accès aux îles françaises et de s’engager à bord de vos bâtiments, il rétorque qu’il s’agit de citoyens anglais et que toutes les nations civilisées trouveront les mêmes avantages que nos ports offrent à tous les peuples en paix avec nous. Face à la puissance de la marine anglaise, les Américains doivent se contenter de la guerre de course dont les navires sont souvent construits dans les Antilles françaises …, où Bouillé ne voit rien…

Plus tard, très attaché à Louis XVI, il organisera, conjointement avec Fersen, la fuite hors de France qui prendra fin à Varennes ; il émigrera alors et mourra à Londres. C’est à lui qu’il est fait référence dans le cinquième couplet de la Marseillaise :

Français, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez vos coups !
Épargnez ces tristes victimes,
À regret s’armant contre nous. (bis)
Mais ces despotes sanguinaires,
Mais ces complices de Bouillé,
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère !

18 12 1782                Constitution de la Société qui va construire les premiers hauts fourneaux au Creusot : ils vont devenir rapidement le complexe sidérurgique le plus moderne d’Europe continentale, employant plus de 1 000 ouvriers.

1782                        Louis XVI a appris la mort de Cook en 1779 et n’a eu de cesse depuis de monter une expédition à même de parachever son œuvre. Le commandement va en être confié à Jean François de Lapérouse, albigeois et Fleuriot de Langle, breton, membres de l’Académie de marine. C’est Louis XVI lui-même qui va rédiger trois des quatre ordres de mission : premier objectif : la baie d’Hudson en vue d’y faire des relevés de côte mais aussi d’y étudier les possibilités de développement du marché de peaux vers l’ouest du continent, en prenant Québec comme base. Ils détruisent plusieurs forts et des postes de traite. S’en suivra la création à Montréal d’une Société pour la traite des fourrures.

De 1780 à 1782, les populations d’Amérique andine se soulèvent contre les Espagnols, réclamant la suppression de la mita, l’esclavage minier, notamment à Potosi : à leur tête, des caciques : Gabriel Condorcanqui, qui va prendre le nom de Tupac Amaru II, en hommage au dernier Inca exécuté en 1571, le second, Julian Apasa, qui se fera appeler Tupac Catari. Le premier, métis de père espagnol, de mère indienne, d’une rare beauté et d’une force physique exceptionnelle,  aimait les titulatures ronflantes : Don José I°, par la grâce de Dieu, Inga roi du Pérou, de la Sainte Foi, Quito, Chili, Buenos Aires et des contingents des mers du Sud, duc du Superlatif, Seigneur des Césars et Amazones avec des domaines dans le grand Païtiti, Commissaire et distributeur de la Piété divine. Le 17 11 1780, il a défait les milices de Cuzco. Au son des tambours et des pututos, il annonce qu’il avait condamné à la potence le corregidor Antonio Juan de Arriaga et interdit la mita à Potosi. Quelques jours plus tard, il publie un édit par lequel il rend leur liberté aux esclaves. Il abolit tous les impôts et la répartition de la main d’œuvre indigène sous toutes ses formes. Par milliers, les autochtones venaient grossir les rangs du père de tous les pauvres, de tous les misérables et déshérités. Mais les 7000 hommes qui lui restent six mois plus tard sont battus le 6 avril 1781, près de Tinta. Capturé et enchaîné à Cuzco, un envoyé du vice-roi, Areche, viendra lui proposer de l’argent et l’exil au Mexique : il refusera : Ici, il n’y a que deux complices : toi et moi . Toi, comme oppresseur et moi, comme libérateur. Nous méritons la mort. Il sera exécuté avec un maximum de cruauté, le 18 mai 1781 : on lui avait coupé la langue dans son cachot pour qu’il ne puisse s’adresser à son peuple et il dût assister à l’égorgement de sa femme, de ses enfants et des amis capturés en même temps que lui ; seul Fernando, le cadet de ses fils sera épargné : il passera le reste de ses jours dans une prison madrilène. Ces choses-là ne s’oublient pas.  Tupac Catari mènera deux sièges de La Paz, en vain : livré par un de ses lieutenants, il sera écartelé sur la place de Penas le 14 novembre 1781. Les Espagnols vont se livrer à une politique d’éradication du nationalisme inca. Dans l’immédiat, les Incas avaient été défaits, mais, 40 ans plus tard, quand sonnera l’heure des Indépendances sud américaines, le souvenir en sera encore vivace.

Au Siam, – l’actuelle Thaïlande -, Rama I° fonde une nouvelle dynastie, choisit comme capitale Bangkok, faisant venir de l’ancienne capitale Ayutthaya des tonnes de matériaux, pour y construire palais et remparts ; et la nouvelle capitale est une réussite qui attire rapidement commerçants chinois et indiens. Il va régner sagement, en bonne intelligence avec le clergé bouddhiste jusqu’en 1809, faisant de son pays le seul à pouvoir rivaliser avec le puissant Vietnam.

À Venise, Bernardo Zendrini achève les travaux commencés 38 ans plus tôt, en 1744, d’un mur de 10 km de long, en pierre d’Istrie, sur la façade maritime de l’île Pellestrina ; gigantesques pour l’époque, ces travaux avaient été initiés par Vincenzo Coronelli, prêtre, en 1716. Ils protégeront longtemps Venise et ne seront endommagées que par l’acqua alta de 1966.

20 04 1783                    Dans le golfe du Bengale, à la tête de 14 navires, le bailli de Suffren contraint à la retraite les 18 bâtiments anglais de Sir Edwards Hughes. De par l’opiniâtre action du duc de Choiseul, la marine française comptait alors plus de 300 navires et disposait de grand marins pour les commander : d’Estaing, de Guichen, de Grasse, la Motte Picquet, Suffren, La Pérouse… Le petit port de Saint Tropez lui sera reconnaissant en lui élevant une belle statue sur le port, coulée dans le bronze des canons pris à l’ennemi. Il n’avait d’autre attache avec Saint Tropez que celles de la découverte de la pêche pendant les vacances de son enfance : il était né à Saint Cannat, entre Aix et Salon. Deux cents ans plus tard, avec un statue beaucoup plus petite, Brigitte Bardot devra se contenter d’un emplacement… devant la gendarmerie, assez loin du port !

Oh ! pourquoi Suffren n’a-t-il pas vécu jusqu’à moi, ou pourquoi n’en ai-je pas trouvé un de sa trempe, j’en eusse fait notre Nelson, et les affaires eussent pris une autre tournure, mais j’ai passé tout mon temps à chercher l’homme de la marine sans avoir pu le rencontrer.

Napoléon, à Sainte Hélène

Statue de Suffren, Saint-Tropez - Le blog de cbx41

4 06 1783                    Les frères Étienne et Joseph Montgolfier, fabricants de papier, font s’envoler un ballon gonflé de gaz chauds à Annonay devant les membres des états du Vivarais : il monte 1 000 mètres plus haut et se pose, dix minutes plus tard à 2 kilomètres du point de départ. Quelques mois plus tôt, Joseph Montgolfier se trouvait parmi les spectateurs d’une expérience de Sébastien Lenormand : ce montpelliérain, ancien assistant de Lavoisier, avait découvert dans les récits de Simon de La Loubère, envoyé par Louis XIV dans le royaume de Siam en 1687, l’histoire d’un danseur de bambou qui sautait du cerceau, soutenu seulement par deux parasols ; le vent l’emportait au hasard,  parfois au sol, parfois dans les arbres ou sur les maisons, parfois dans la rivière. Il divertissait tant le roi de Siam que ce prince en fit un grand seigneur. Il construit rapidement un prototype à base de ficelles, baleines, toile et colle pour le lancer depuis un balcon de la Tour de la Babotte, proche de l’actuelle gare, lesté de poids et d’animaux.

8 06 1783                     Dans la région de Sida, au sud de l’Islande, la terre s’ouvre sur 25 kilomètres : c’est le volcan de Laki, dont l’éruption est dite effusive.

Le 8 juin 1783, par une claire matinée de Pentecôte, un épais nuage de sable apparût au nord des montagnes. La nuée était si vaste qu’elle recouvrit rapidement toute la région, et si épaisse qu’elle obscurcit complètement le ciel. Cette nuit-là, de violentes secousses sismiques se firent ressentir.

Jon Steingrimsson, pasteur luthérien

Au cours des 8 mois suivants, en 10 éruptions, il va déverser près de 15 kilomètres cubes de lave, un record historique absolu. Ce type d’éruption libère beaucoup plus de gaz que l’explosive, mais ce gaz, très chargé en dioxyde de soufre, monte beaucoup moins haut et n’atteint que la troposphère, où circulent pluies, vents et nuages. Dissous dans la vapeur d’eau, il donne de l’acide sulfurique, et cette année-là, les vents dominants allaient vers le sud-est : les pluies acides qui ne tombèrent pas sur le sud de l’Islande, allèrent sur l’Europe du nord : le 10 juin, une pluie de cendres noires recouvre le pont et les voiles des navires arrivant au Danemark ; le 16 juin, un brouillard sec s’étend sur la rivière Vltava à Prague ; il est à Berlin quelques jours plus tard. On notera ce nuage à Paris, à Padoue, à Turin, Saint Pétersbourg et même Bagdad.

A la fin du mois d’octobre, le nuage avait disparu, mais pas ses effets : le fluor retomba rapidement sous forme d’acide fluorhydrique : la chair des chevaux a complètement fondu. Les moutons sont encore plus gravement touchés. Pas une partie de leur corps n’est épargnée par les gonflements, notamment les mâchoires, où de larges protubérances apparaissent sous la peau. Quant aux os et aux cartilages, ils sont aussi mous que du papier mâché.

Jon Steingrimsson.

Les trois quarts des moutons, la moitié des chevaux et des bovins disparurent, 3 000 Islandais moururent de faim. L’Angleterre connut un été particulièrement chaud et les hivers qui suivirent furent particulièrement froids : les gaz continuaient à réfléchir une partie du rayonnement lumineux. Les coupes d’arbres de l’Oural, de Sibérie et d’Alaska, indiquèrent des froids inconnus depuis 500 ans. Le Nil et le Niger virent leur débit diminuer. Le Japon connut un froid exceptionnel de 1783 à 1786, entraînant une des pires famines de son histoire : on parla d’un million de morts. Si la France ne connut pas ces extrémités, elle eut tout de même suffisamment faim, pour décider que l’intégralité des récoltes de blé serait consacrée à la subsistance, d’où des interdictions de distillation, qui seront renouvelées plus tard, en 1793, et sous Napoléon III en 1854. Les fruits et la vigne n’étaient pas concernés par ces interdictions. C’est là l’origine de l’absence quasi-totale de la France sur le marché du whisky. Louis XVI envoya 3 millions de livres dans le nord pour secourir les sinistrés et cette catastrophe marque le début des mesures de prévention des catastrophes naturelles dans les différents pays d’Europe.  40 ans plus tard, un autre volcan, l’Eyjafjöll, fera aussi des siennes, avant de paralyser au XXI° siècle le trafic aérien de l’Europe du nord du 14  au 21 avril 2010.

27 08 1783                  Jacques Alexandre Charles, professeur de physique à la Sorbonne, et les frères Robert, font s’envoler du champ de mars un ballon de 33 m³, gonflé à l’hydrogène : il disparaît, se déchire sous l’effet de la dilatation des gaz et tombe sur Gonesse où, perçu comme une manifestation diabolique, le curé l’exorcise et la population le détruit.

3 09 1783                    Le Traité de Versailles entre la France, l’Angleterre et les États-Unis reconnaît la souveraineté des États-Unis d’Amérique, jusqu’au Mississippi, et rend à la France le Sénégal, Tobago et Sainte Lucie dans les Antilles. En contrepartie, les Américains s’engagent à ne rien revendiquer sur les possessions britanniques au nord : c’est sur ces bases que va naître le Canada. L’Espagne recouvre la Floride et Minorque. Pour la première fois dans l’époque moderne, des territoires coloniaux s’émancipaient de leur métropole. Les États-Unis comptent alors 2.8 millions d’habitants. Le poids de ce traité dans l’historiographie américaine aura longtemps tendance à être minoré au profit de la Déclaration d’Indépendance, le fait que tous ces Français aient été pour la plupart d’entre eux des papistes pesant lourd dans la balance.

19 09 1783                  Fabriqué toujours par les frères Mongolfier, ceux-ci présentent à Louis XVI  un ballon de vingt mètres de haut qui emporte, depuis la Folie-Titon, (au 31 bis de l’actuelle rue de Montreuil) un mouton, un coq et un canard, jusqu’à quatre cents mètres plus haut : les animaux supportent sans problème cette altitude !

21 11 1783                  François Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlande effectuent le premier vol libre en montgolfière, toujours fabriquée par les frères Mongolfier : parc de la Muette – la Butte aux Cailles, en 25’. Le ballon est de 2 200 m³, où l’air est chauffé avec un feu … de paille ! Il atterrira vingt-cinq minutes plus tard et neuf kilomètres plus loin, à la Butte aux Cailles, aujourd’hui place Verlaine, dans le 13°. Il a fallu négocier avec Louis XVI qui, au départ, ne se montrait pas chaud pour le projet, ne voulant pas mettre en danger des vies humaines. L’expérience sera répétée à Lyon le 19 janvier 1784 avec sept personnes dans une montgolfière de 23 270 m³. François Pilâtre de Rozier était intendant des cabinets de physique, de chimie et d’histoire naturelle de Monsieur, comte de Provence, frère du Roi. En 1781, il avait crée le premier musée technique, où il faisait des expériences de physique et donnait des cours de science. Il se tuera le 15 juin 1785 en tentant la traversée de la Manche : son ballon se dégonflera et la nacelle chutera comme tout corps libre,  s’écrasant au sol.

25 11 1783              Les Anglais évacuent New-York, emmenant plus de 3 000 anciens esclaves qu’ils refusent de rendre aux Américains : parmi eux, Harry Washington, l’esclave de George Washington, qui ira s’installer en Sierra Leone. On dit aussi le contraire, à savoir que ces esclaves ne furent pas contraints à suivre les Anglais, mais qu’ils le firent volontairement, acquis à la cause anglaise et refusant de retourner dans le camp de leurs anciens maîtres. George Washington prend alors la tête d’une marche triomphale de Broadway jusqu’à Battery Park, la pointe de Manhattan où venait d’être enlevé, non sans peine, le dernier Jack’s Flag, – qui deviendra plus tard l’Union Jack -, remplacé aussitôt par Stars and Stripes [5]. C’en est fini de la guerre d’indépendance.

Jean Raspail – 1925-2020 – rapporte fréquemment de truculentes histoires de ses nombreux voyages ….

L’affaire remonte aux temps de la guerre d’Indépendance (1776-1783), et commence par des putains de garnison, c’est à dire qu’elle commence bien. Les putains, en ce temps-là, étaient femmes de caractère. Cela faisait des pionnières tout autant et même mieux que les puritaines du Mayflower. Les régiments royaux anglais, appelés de métropole, cantonnaient à New-York, subissant l’antipathie, puis l’aversion de la population acquise au beau Washington. Jusqu’aux servantes d’auberge qui se refusaient à causer ! Le moral s’en ressentait quand un solide renfort, recruté par les généraux inquiets, fit son entrée dans la ville : 3 500 femmes ! Blanches et noires. On ne sait plus d’où elles venaient. Un ratissage général des bordels de la Caraïbe, sans doute. Fiesta ! mais de courte durée. Vent de l’l’histoire et rembarquement des régiments anglais.

Seuls les Français en retraite s’encombrent de leurs putains et c’est noblesse vraie. La Grande Armée en fuite à travers l’hiver russe en remorquait des chariots entiers. Du Tonkin, les légionnaires fourbus ramenèrent les leurs jusqu’à Saïgon. Mais un Anglais, ça se replie seul, entre mâles, on connaît. La dernière voile royaliste disparue au large de Long Island, on fit un sort à ces filles-là. Scènes peu ragoutantes où les femelles vertueuses et patriotes de New-York ne firent pas de cadeaux aux putains de George III. Lorsque leurs femmes eurent assez joué des griffes, les hommes rassemblèrent le cheptel putassier, et pied au cul, crosse dans le dos, les jetèrent hors de la ville.

Ce fut une longue marche. Repoussé de toute part, sans même l’aumône du pain et de l’eau, lynché, au mieux accablé de grossièretés menaçantes, le troupeau des fille de joie errait de village en village, jalonnant sa route de moribondes épuisées que personne ne secourait. On ne connaît plus le nom de la Jeanne d’Arc des putes qui fit de ses compagnes une armée en bataille. Gourdin, couteau, faux, griffes, dents, la compagnie en jupons se refit une santé aux dépens des fermes traversées, puis finit par se frayer un passage hors des régions habitées jusqu’aux montagnes du New Jersey. Blanches ou Noires, les plus robustes avaient survécu, probablement un millier.

Ces montagnes n’étaient pas désertes, mais surmontée de fumées frénétiques qui se répondaient d’un sommet à l’autre. On imagine l’ébahissement des Peaux-Rouges, vite transformé en enthousiasme, lorsqu’ils virent s’approcher de leur refuge cette aubaine inespérée : mille jeunes femmes ! Car ces Indiens n’étaient pas comme les autres. Guerriers mâles sans femelles, eux-mêmes hors-la-loi, survivants de tribus traquées et chassées quelques années plus tôt de la Caroline du Nord, Cheraws, Chowanocs, Keyyauwees, Occaneechis, Shakoris, Sisshipanaws, rubrique nécrologique… Des irréductibles au maquis, tenant les monts Ramapau. Firent aussitôt des petits guerriers aux putains. De vingt tribus mortes naquit un peuple unique. La grande putasserie et le tribalisme indien donnèrent quelque chose de particulièrement coriace. Pour faire bonne mesure, une bande de soldats hessois, mercenaires de George III aussi vilainement abandonnés que les filles, les rejoignirent quelques semaines plus tard. Ajoutez-y des esclaves fugitifs, un abondant gibier de potence, desperados, assassins en fuite, outlaws, dont l’un se nommait Jackson et fut un temps leur chef, plus des meutes de chiens errants, et vous aurez les Jackson Whites. Fuis de tous et fuyant tout le monde. En 1946, le guide Odéen signalait cinq mille ou plus, qui vivent au cœur des Monts Ramapo dans un état de dénuement total. Imperméables à tous et à tout.

Jean Raspail              Pêcheur de lunes. Qui se souvient des hommes…    Robert Laffont 1990

1 12 1783                    Jacques Alexandre César Charles s’est fait prendre de vitesse par le marquis d’Arlandes et Pilâtre de Rozier pour s’élever dans les airs à l’aide d’un ballon ; il a conçu le sien, de 380 m³, depuis fort longtemps, gonflé à l’hydrogène, obtenu par la mise en contact d’acide sulfurique et de limaille de fer. Il s’est fait financer par une souscription publique à laquelle ont répondu des centaines de Parisiens enthousiastes. Dans tous nos cercles, dans tous nos soupers, aux toilettes de nos jolies femmes comme dans nos lycées académiques, il n’est plus question que d’expérience, d’air atmosphérique, de gaz inflammables, de chars volants, de voyages aériens, raconte Melchior de Grimm.

Le départ a lieu au jardin du palais des Tuileries ; l’enveloppe de neuf mètres de diamètre est rayée de blanc et de rouge. Marie-Noël Robert l’accompagne. Étienne Mongolfier est présent auquel Charles, pas vraiment rancunier, tend une girouette pour connaître la direction du vent : C’est à vous, Monsieur, qu’il appartient de nous ouvrir la route des airs. Après le largage des dix kilos de lest, le ballon commence son ascension. Il est 13 h 40, un coup de canon marque le début du voyage. Quand la Charlière atteint  soixante mètres d’altitude, les deux aventuriers brandissent de petits fanions blancs pour saluer les Terriens. Le voyage va durer deux heures, survolant à 500 m. d’altitude Asnières, Argenteuil, Sannois, Saint-Leu-Taverny, L’Isle-Adam. Après deux heures de vol, ils atterrissent dans un champ, près de Nesles.

Jacques Charles veut à nouveau s’envoler, mais seul. Soulagé du poids de Robert, le ballon bondit dans le ciel dès qu’il est libéré. Bientôt, il atteint 3 300 mètres d’altitude. Je passai en dix minutes de la température du printemps à celle de l’hiver. Alors que le soleil est déjà couché pour les Terriens, le savant le voit se relever au fur et à mesure qu’il grimpe dans le ciel : J’étais le seul corps éclairé dans l’horizon et je voyais tout le reste de la nature plongé dans l’ombre. Puis il assiste à un deuxième coucher de soleil dans le même jour. Son expédition céleste vaut la gloire à Charles.

1783                         Philip Astley, créateur du cirque moderne de Londres, installe au faubourg du Temple le premier cirque en France. Jouffroy d’Abbans remonte la Saône de Lyon à Sainte Barbe avec son Pyroscaphe, au moyen d’une pompe à feu. L’Académie des Sciences ne se montra pas intéressée. Les Américains, eux, le furent beaucoup.

Le roi de Géorgie Ereklé II, dont le peuple est victime d’incessantes incursions perses et ottomanes, signe un traité de rattachement à la Russie, lequel deviendra effectif en 1801. Grigori Alexandrovitch Potemkine, prince de Tauride, brillant favori de l’impératrice Catherine II, apporte la Crimée à la  Russie. Il laissera son nom au cuirassé rendu célèbre par le film d’Eisenstein, mais encore à de soi-disant villages Potemkine, façades en trompe l’œil de villages d’une Crimée opulente, afin d’en masquer la pauvreté lors de la visite de l’impératrice en 1787. Soit disant villages, car il ne s’agit que d’un des nombreux mensonges colportés par le diplomate de Saxe Georg von Helbig pour le journal Minerva. Et comme souvent, l’histoire avalisera le bobard … mentez, mentez, il en restera toujours quelques chose, disait Voltaire.

19 01 1784               À Annonay, Joseph et Étienne de Montgolfier quittent le plancher des vaches dans leur montgolfière : le ballon devait au départ embarquer 5 personnes ; mais, s’apercevant de quelques défaillances de leur machine – l’enveloppe a des trous, le point d’attache du brûleur est branlant – ils expliquent aux passagers que deux d’entre eux doivent rester au sol. Les nobles sautent alors à bord l’épée au clair : Nous assurerons notre place par le fer s’il le faut. Alors qu’on coupe les amarres, un jeune homme se détache de la foule et se jette dans la nacelle déjà trop pleine en clamant : Là haut, nous sommes tous égaux ! Le vol ne durera pas plus de 10 minutes, mais ce furent 10 minutes bien remplies !

Un accident entraîne la perte de 2 cloches de l’église de Megève ; on en commande 6 nouvelles à Livremont, Pontarlier : 5 en accord et la sixième en accord de tierce avec les 5 autres. On avait acheté une pièce de canon à Genève pour les mettre à la fonte. On fit une fête magnifique le jour des Saint Simon et Saint Jude (28 octobre) : Megève s’enorgueillit d’avoir le plus beau carillon de la Savoie… pendant 10 ans, puisqu’il redevint canon pour les armées de la Révolution. La Révolution en fait admit que l’on garda une cloche… qui fut rapidement baptisée la Révolutionnaire.

1784                              Benjamin Franklin propose d’économiser les moyens d’éclairage en changeant d’heure. Devenu responsables des Postes en Amérique, pour raccourcir la durée de navigation des navires postaux, il fait réaliser une série de prises de températures à travers l’océan atlantique qui détermine les limites du Gulf Stream, ainsi reconnu. Ces relevés lui permettent d’établir une carte hydrographique de ce courant, qui figurera en bonne place sur tous les navires.

Les premiers projectiles à charge explosive propulsés au canon avaient été expérimentés dès le Moyen Âge, en Europe et en Chine. Ils sont grandement perfectionnés par le lieutenant britannique Henry Shrapnel, puis par Pierre Choderlos de Laclos en 1795… celui-là même des Liaisons dangereuses, – ça ne manque pas de sel pour un artilleur – qui, en fait était un gentilhomme bien convenable, très amoureux de son épouse Marie-Soulange Duperré, de 18 ans sa cadette…

Thomas Jefferson, se rend à Paris : les jeunes États Unis ont besoin de savants ; en botanique, ce sera André Michaux qui partira dès l’année suivante, pour y faire en quelque sorte de l’import-export scientifique.

Le gouvernement des possessions françaises d’outre-mer ne fait pas l’unanimité :

Les colonies de la France contiennent, comme on vient de le voir, près de cinq cent mille esclaves ; et c’est seulement par le nombre des malheureux qu’on y mesure la fortune. Quel funeste coup d’œil ! Quel profond sujet de réflexion ! Ah! que nous sommes inconséquents, et dans notre morale et dans nos principes ! Nous prêchons l’humanité, et tous les ans, nous allons porter des fers à vingt mille habitants de l’Afrique ! Nous traitons de barbares et de brigands les Maures qui, au péril de leur liberté, viennent attaquer celle des Européens, et les Européens, sans danger et comme de simples spéculateurs, vont exciter à prix d’argent le trafic des esclaves et toutes les scènes sanglantes qui en sont les avant-coureurs ! Enfin nous nous enorgueillissons de la grandeur de l’homme, et nous la voyons avec raison, cette grandeur, dans le mystère étonnant de toutes les facultés intellectuelles : cependant une petite différence dans les cheveux, ou dans la couleur de l’épiderme, suffit pour changer notre respect en mépris, et pour nous engager à placer des êtres semblables à nous au rang de ces animaux sans intelligence, à qui l’on impose un joug sur la tête, pour se servir impérieusement de leur force et de leur instinct.

Necker. L’Administration des finances de la France.

C’est le mauvais choix des sujets qu’on a fait passer dans nos colonies qui les a remplies en tout temps de discorde. Comment peut-on espérer que des citoyens qui ont troublé une société ancienne puissent concourir à en faire prospérer une nouvelle ? Les Romains et les Grecs employaient la fleur de leur jeunesse et leurs meilleurs citoyens pour fonder leurs colonies : elles sont devenues des royaumes et des empires. Ce sont les célibataires, marins, de robe et de tout état ; ce sont les états-majors, qui emplissent les nôtres des passions de l’Europe, du goût des modes d’un vain luxe d’opinions corrompues, et de mauvaises mœurs. On n’eût rien craint de semblable de la part de nos simples cultivateurs.

Bernardin de Saint-Pierre. Études de la nature

En Inde, Tilka Majhi, meneur de la résistance adivasie – aborigène -, prononce un discours soulignant le droit fondamental de son peuple à vivre là où il avait toujours vécu  depuis l’aube de la création. L’East India Company le pend immédiatement.

La Pérouse n’a pas cru bon de retenir la candidature au poste d’assistant astronome, d’un jeune élève de l’Ecole militaire de Paris : Napoléon Bonaparte.[1]

ET SI …

Et si La Pérouse avait engagé le lieutenant Napoléon Bonaparte…. Il serait mort très probablement comme les autres à Vanikoro, quatre ans plus tard. Pas de Napoléon, pas d’empereur, pas d’interminables guerres.
La Révolution française aurait suivi son cours, aurait fini par fatiguer tout le monde avec cette odeur de sang dont elle ne saura se défaire, mais qui aurait eu le talent, le courage, l’intelligence de mettre un terme à cette fascination pour le néant ? La République ne manquait pas de talents, sans doute surtout chez les militaires avec des Carnot, Bernadotte, Kléber, Desaix… Peut-être même qu’avec tout son art Talleyrand aurait surnagé. Mais il est de fortes chances pour qu’en 1815, la France se serait retrouvée plus forte, avec plus de bras pour la cultiver, en ayant su éviter le rétablissement de la monarchie.

01 1785                 Valentin Haüy, professeur de calligraphie à Paris, fonde rue Coquillère l’Institution royale des jeunes aveugles : il leur présente un caractère italique simplifié, aux lettres en relief, pour pouvoir lire avec leurs doigts. Mais il s’agissait de la simple gravure en relief des caractères latins : trop compliqué pour obtenir un franc succès auprès des aveugles.

24 02 1785               Le père de Napoléon, Charles, meurt d’un cancer de l’estomac à Montpellier.

29 06 1785               Louis XVI donne ses instructions au capitaine de vaisseau de La Pérouse

de Nicolas André Monsiau 1754-1837 Château de Versailles

1 07 1785            Le Français Jean-Pierre Blanchard et l’Américain John Jeffries traversent la Manche, de Douvres à Boulogne, en ballon. Deux mois plus tôt, Pilâtre de Rozier et Pierre Ange de Romain s’étaient écrasés à Wimereux en s’essayant à la même chose.

1 08 1785             Lapérouse et de Langle quittent Brest avec La Boussole et L’Astrolabe, pour une mission d’exploration autour du monde, ordonnée par Louis XVI ; elle concerne le commerce, l’astronomie, la géographie, la physique et l’histoire naturelle, mais surtout et en premier lieu la reconnaissance de la côte entre l’Alaska et les territoires soumis à l’influence de l’Espagne, et l’établissement d’une route des échanges avec l’Extrême Orient, y compris la Sibérie et le Kamchatka. L’importation des fourrures en Chine y balancerait les comptes de la Compagnie des Indes. Pas plus que les Français, les Espagnols ne voulaient laisser la mer de Corail sous le contrôle des Anglais. Louis XVI donne ses instructions : Nous, Louis XVI, en cette année 1785, donnons ordre à Monsieur de La Pérouse de mener à bien une expédition autour du monde à des fins géographiques, scientifiques, politiques et commerciales […] Dans les contrée visitées, il devra se concilier l’amitié des principaux chefs et n’usera de la force qu’avec la plus grande modération […] Sa majesté regarderait comme un des succès les plus heureux de l’expédition qu’elle pût être terminée sans qu’il en eût coûté la vie à un seul homme.

Les escales seront : Madère, Ténériffe, Brésil, Patagonie, Cap Horn, Chili [2], île de Pâques, îles Sandwich, îles Mariannes, Hawaï, Alaska.

15 08 1785                  Au cours des répétitions pour le Barbier de Séville où elle tient le rôle de Rosine, Marie-Antoinette prend connaissance des premiers éléments de ce qui va devenir l’affaire du collier de la Reine. Outragée, elle presse le Roi de faire arrêter le cardinal de Rohan, ce qui se fait dans le château même de Versailles, juste au moment où il s’apprête à célébrer en grande pompe la messe de l’Assomption, qui est en même temps la fête de la reine !

1785                              Louis XVI encourage Antoine Augustin Parmentier à promouvoir la culture de la pomme de terre. Pharmacien des armées, Parmentier avait été prisonnier des Prussiens durant la guerre de 7 ans, et c’est en 1756 qu’il fît connaissance de la pomme de terre, – là-bas nommées les racines de Hanovre – au fond d’une prison prussienne. Sitôt libéré, il s’intéresse à ce qui l’a nourri et livre en 1772 un Examen chimique de la pomme de terre à l’Académie de Besançon, qui a lancé un concours sur l’étude des substances alimentaires qui pourraient atténuer les calamités d’une disette.

L’expérience se fait sur 54 arpents de la plaine des Sablons, à Neuilly, à l’intérieur d’une enceinte gardée par des gens d’arme qui avaient reçu pour mission de fermer les yeux sur les chapardages nocturnes. Il offre quelques branches fleuries de solanacée au Roi, qui en décore son chapeau et le corsage de Marie-Antoinette, et l’affaire est un succès : 35 000 ha plantés en 1793. Dix fois plus en 1815 ! Dans ces années là, les Irlandais étaient les plus grands consommateurs de pomme de terre : pas moins de 3,5 kg par personne par jour ! Aujourd’hui, ils ont encore le record avec 0,39 kg/personne/jour. Quant à la France, il lui faudra bien des efforts pour retrouver son statut d’antan, car aujourd’hui, toutes les études montrent que la pomme de terre n’a plus la frite.

Si le retard à l’adopter en France fût aussi manifeste, c’est que le refus de cette nouvelle production est lié aux superstitions du Moyen Age encore dominantes. Le Mal (l’Enfer) est sous terre. Ces tubercules qui veulent entrer en compétition avec le blé, plante sacrée productrice du pain [3] et de l’hostie, sont donc des objets sataniques. Parce qu’elle est une production souterraine, la pomme de terre est un végétal qui a une connotation diabolique. Elle est censée diffuser la lèpre, voire la peste. Du fait de son appartenance aux Solanacées productrices de toxines, elle est vite assimilée aux autres plantes de cette famille (mandragore, datura, belladone), toutes herbes de sorcière.

Didier Spire. Patrick Roussel. INRA 1999.

Une allergie certaine au progrès dominait encore l’ensemble de l’agriculture :

En France, où 85 % de la population est rurale, contre 65 % en Angleterre, la  situation est plus diversifiée. Il existe d’abord des zones de libre propriété paysanne, les alleux, en Languedoc, Provence ou Béarn. Une autre exception est constituée par les régions où survit le servage : Franche-Comté, Bourgogne, Nivernais. En dehors de ces zones exceptionnelles, le domaine seigneurial, laïque ou ecclésiastique, est composé d’une réserve, de terres concédées aux paysans, les tenures, et de terrains communaux.

Depuis le XII° siècle, on assiste à une extension des tenures qui finissent par représenter 45 % des terres à la veille de la Révolution. Ces 45 % correspondent à des terres arables tandis que les réserves comprennent des forêts et la plus grande partie des terres incultes. Avec les réserves, la noblesse possède 35 % des terres et le clergé 20 %. Ces pourcentages sont sujets à une forte disparité géographique. Les tenures représentent en moyenne 2/3 des terres dans le Midi ; la moitié dans l’Est, 1/3 dans le Nord et 1/5 dans l’Ouest.

Les techniques agricoles sont médiocres, les équipements et instruments rudimentaires. Les rendements sont donc faibles. Pour les céréales on les calcule en nombre de grains récolté pour un grain semé. Pour le blé ils sont en moyenne de 5 grains récoltés pour 1 semé, ce qui représente à peu près 6 quintaux à l’hectare, mais les disparités sont fortes autour de cette moyenne : 8 à 10 pour les meilleures terres et 2 à 4 dans les régions pauvres. Si l’on enlève le grain nécessaire aux futures semences, il reste donc un produit net extrêmement variable sur lequel pèse une fiscalité lourde. Influencés par les physiocrates, des seigneurs cherchent à s’inspirer du modèle anglais.

Depuis Colbert, des édits royaux permettent le partage des biens communaux. Par le triage le seigneur en récupère au moins le tiers. Ces partages, autorisés par les arrêts du Conseil du Roi, ne donnent aux paysans que peu de terres. Ils s’estiment lésés et les contestent.

Les prélèvements comportent d’abord la dîme au bénéfice du clergé (de 1/6 à 1/20 de la récolte) ainsi que les impôts royaux (taille, capitation créée en 1685…). Cela représente en moyenne une charge de 15 à 20 %.

Les prélèvements seigneuriaux s’y ajoutent. Il s’agit d’abord des droits seigneuriaux pesant sur tous les habitants :  tenanciers, fermiers et métayers de la réserve, travailleurs agricoles. Les tenanciers supportent, par ailleurs, des redevances perpétuelles ou droits féo­daux, soit le cens perçu en argent, soit le champart qui est une part de la récolte (en général 1/8). Cette charge est relativement faible pour les tenures à cens, continûment dévaluée par la hausse des prix, mais elle est beaucoup plus lourde sur les tenures à champart. Le prélèvement seigneurial est extrêmement variable (de 5 à 60 %) selon les régions et selon les seigneuries, et s’établit en moyenne à 10 à 15 % du produit. Les charges sont renforcées au XVIII° siècle par un mouvement de réaction seigneuriale. Afin d’accroître leurs ressources, de nombreux seigneurs s’adressent à des spécialistes du droit féodal, les feudistes en leur confiant le réexamen systématique et la rénovation des terriers ou des chartiers, documents qui rassemblent les titres sur les terres et les droits. Ils profitent de l’occasion pour relever, c’est-à-dire restaurer, des droits tombés en désuétude et surtout transformer les droits perçus en argent en prélèvements en nature qui leur sont beaucoup plus favorables. Les paysans se voient contester des droits d’usage sur les bois ou les vaines pâtures et sont contraints de traiter avec les seigneurs pour en conserver une partie.

Dans un contexte de suites récurrentes de mauvaises récoltes, la réaction seigneuriale comme le partage des biens communaux, jugés inéquitables par les paysans, créent un contexte explosif. Au cours du XVIII° siècle, près de la moitié de la population rurale française est confrontée à une paupérisation croissante. Il s’agit des petits paysans, qu’une exploitation de 2 à 5 hectares suffit difficilement à faire survivre et qui doivent trouver un maigre complément de revenu dans un artisanat rural préindustriel et surtout des journaliers ou manouvriers qui se retrouvent privés de la jouissance des pratiques communautaires.

Appauvris, tombant dans la misère quand surviennent des suites de mauvaises récoltes, les paysans développent une résistance à l’offensive des dominants, roi, seigneurs, autorités ecclésiastiques. Cette résistance est d’abord passive par le refus d’acquitter les droits et par la fraude. Au cours des années 1770-1780, les paysans multiplient les procès. Cette résistance prend également une forme plus active par un brigandage socio-économique et surtout par des révoltes violentes et sanglantes, les fureurs ou les émotions. En 1789, alors que la réunion des États généraux suscite de grands espoirs, les cahiers de doléances traduisent des revendications tendant à remettre en cause la société rurale traditionnelle. Au cours de l’été, la Grande Peur se répand dans les campagnes.

Comme en Angleterre, une mutation agricole, sous l’influence des physiocrates, s’amorce dans certaines provinces dans la deuxième partie du XVIII° siècle. La Révolution française la fait dévier vers une révolution plus sociale qu’économique par la vente des biens natio­naux au profit de bourgeois et de paysans aisés. L’openfield est supprimé. Mais le nouveau propriétaire n’a pas les moyens intellectuels et financiers de recourir à de nouvelles méthodes de culture. Contrairement à ce qui se passe en Angleterre, qui accomplit un progrès décisif avec la généralisation des méthodes nouvelles, la paysannerie française conserve ses méthodes traditionnelles et la grande propriété ne se maintient que partiellement dans les régions où elle existait avant 1789.

Yves Carsalade Les grandes étapes de l’histoire économique.              Les éditions de l’École polytechnique. 2009

John Walter crée The Times, qui tirera à 5 000 exemplaires en 1815, 50 000 en 1854.

Victor Amédée III a décidé 5 ans plus tôt la modernisation de la route du col de Tende : elle est désormais carrossable, avec une largeur de 6 mètres, obtenue par le travail de 6 000 bagnards et militaires. Le tunnel de 3 182 m. attendra 1882 pour être opérationnel. Dans les gorges de la Saorge, rive gauche de la Roya, avant Fontan, on peut voir une plaque de 7 m sur 11 m sur laquelle on peut lire : Moi, je crée une route royale.

Le roi de Naples a pris comme premier ministre lord Acton, né à Besançon et d’origine anglaise, auteur d’une formule tous les jours vérifiée : Le pouvoir rend fou, et le pouvoir absolu rend absolument fou

À Bagnols sur Cèze, Jean Baptiste Madier, là-bas nommé Lou Globo, s’élève au-dessus du plancher des vaches à bord d’un ballon.

Buffon se fait vieux – il va mourir trois ans plus tard – : il plante un platane au Jardin des Plantes, qui va devenir après sa mort le platane de Buffon. Les temps deviennent incertains, la contestation ne craint plus de s’afficher et les mandarins commencent à raser les murs : envie de contrer les goûts du maître, mimétisme révolutionnaire ? on ne sait pas très bien, mais toujours est-il qu’ordre fût donné de ne jamais tailler cet arbre, ce qui, reconnaissons-le, pour un arbre planté par le chantre de la maîtrise de la forêt par l’homme, est un sacré pied de nez. L’ordre sera respecté et la remarquable santé du platane un désaveu permanent de la radicalité des thèses du grand homme auquel il est dédié.

05 1786                  Mozart donne les Noces de Figaro à Salzbourg : c’est un triomphe. Le public bisse les airs, à tel point que l’empereur Joseph II s’estime obligé de publier un arrêté pour interdire ces rappels intempestifs, afin de maintenir la durée de la représentation dans les limites normales… – le même qui, quatre ans plus tôt, trouvait que L’enlèvement au sérail contenait trop de notes ! –

30 05 1786        Au cours de l’escale à Maui, une des îles Hawaï, alors nommée Mowée, Lapérouse donne son sentiment sur la nature de sa mission :

Quoique les Français fussent les premiers qui, dans ces derniers temps, eussent abordé l’île Mowée, je ne crus pas devoir en prendre possession au nom du Roi. Les usages des Européens sont, à cet égard, trop complètement ridicules. Les philosophes doivent gémir sans doute de voir que des hommes, pour cela seul qu’ils ont des canons et des baïonnettes, comptent pour rien soixante mille de leurs semblables ; que, sans respect pour leurs droits les plus sacrés, ils regardent comme un objet de conquête une terre que ses habitants ont arrosé de leur sueur et qui, depuis tant de siècles, sert de tombeau à leurs ancêtres.

Ces peuples ont heureusement été connus à l’époque où la religion ne servait plus de prétexte aux violences et à la cupidité. Les navigateurs modernes n’ont pour objet, en décrivant les mœurs des peuples nouveaux, que de compléter l’histoire de l’homme ; leur navigation doit achever la reconnaissance du globe, et les lumières qu’ils cherchent à répandre ont pour but unique de rendre plus heureux les insulaires qu’ils visitent, et d’augmenter leurs moyens de subsistance.

*****

Un climat nouveau enveloppe le monde moderne. Physiciens et géographes ont conscience d’une marche progressive. N’a-t-on pas vu au Paraguay s’élever les murailles du royaume d’Utopie, de la cité du Soleil ? Une assemblée de philosophes, de technocrates, ne peut-elle, en Égypte ; faire mieux encore et régénérer l’Afrique inconnue ? Depuis le Grand Siècle, des princes ont libéré du secret les cartes nautiques et les relations des voyageurs. Les escadres en formation de combat laissent passer la corvette du capitaine Cook. Maldonado et Borda, prisonniers de guerre, sont honorés à Londres. Sir Joseph Banks, avec une autorité souveraine, fait délivrer des passeports aux voyageurs et restituer aux savants français les collections tombées aux mains des combattants britanniques.

Les études des voyageurs ont permis de requérir l’émancipation des Noirs. Missionnaires et savants ont proclamé l’éminente dignité des gens de couleur. L’humanisme de la Renaissance n’eut pas cette audace.

Cent cinquante ans de critique historique ont souvent confirmé, rarement mis en doute, les récits des explorateurs des temps modernes. L’honnête homme se retrouve sous le déguisement du prince oriental, l’accoutrement du Juif errant, la rude écorce du soldat et du navigateur. Heureuse époque où les sciences et les arts s’exprimaient avec clarté par la chaire et par le livre, où Messieurs de Port-Royal se faisaient fort d’enseigner la logique en quelques jours, où l’explication des énigmes du monde était développée avec la précision et l’élégance d’une démonstration mathématique.

Pierre Jacques Charliat       Les explorateurs          NLF 1955

21 au 29 06 1786       Louis XVI est à Cherbourg – ce sera le seul déplacement en province de son règne – pour assister à l’immersion du 9° cône de bois, l’élément de base de la construction de la digue du large, destinée à faire de Cherbourg un grand port où puisse mouiller une flotte. Restait en mémoire le désastre de Saint Vaast la Hougue en 1692, où des vaisseaux français avaient été taillés en pièce, brûlés par les Anglais, faute d’avoir pu s’abriter en lieu sûr. Cherbourg avait été choisi pour être ce lieu sûr, ce qui nécessitait la construction d’une digue de 3 550 m. constituée de 90 cônes de bois, faisant 50 m. de  Ø à la base, 20 au sommet, et d’une hauteur de 20 à 24m. Une fois immergés, ces cônes étaient remplis de cailloux. Les travaux avaient débuté en 1784 ; ils prirent fin avec l’immersion du 20° cône en 1788 ; leur coût ne permettait pas leur poursuite. La Convention se souciera de leur reprise, Napoléon passera à l’acte en abandonnant les cônes, et la digue sera finalement terminée en 1853.

13 07 1786                Lapérouse relâche à Port des Français en Alaska, aujourd’hui Lituya Bay, à 80 milles au sud-est de Yakuta, par 58°N depuis le 4 juillet. Précipitées sur les rochers par un courant de marée, 2 chaloupes faisant la liaison entre les navires et la terre, s’y fracassent, tuant 21 marins. Lapérouse fit ériger une inscription sur l’île du Cénotaphe, au milieu de la baie :

À l’entrée du port ont péri vingt et un braves marins.
Qui que vous soyez, mêlez vos larmes aux nôtres.

_________________________

[1] la chose n’est pas sans rappeler une certain nez de Cléopâtre qui, s’il avait été plus court,  dixit Blaise Pascal, aurait changé le sort du monde

[2] Chili, où il retrouve des marins français  prisonniers de l’amour dont un certain Guillaume Pinochet … en cherchant bien, on pourrait sans doute aussi trouver un Bachelet…

[3] le seul chiffre de 0.5 kg / jour de pain par personne en dit long sur la force de l’habitude alimentaire que cela représenta.


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