18 février 1904 au 10 mai 1906 Inondations à Nantes. Génocide du peuple Herero. Dimanche rouge à Saint Petersbourg. Anéantissement de la flotte russe par les Japonais. 17102
Publié par (l.peltier) le 25 septembre 2008 En savoir plus

18 02 1904       Depuis plus de dix jours, la tempête fait rage sur la Bretagne. Elle avance vers le sud, et pour Nantes, orages et ouragans provoquent des inondations, bateaux coulés, cheminées arrachées. Les services urbains construisent plus de 6 km d’appontements, un service de bateaux est créé pour desservir les 21 rues complètement inondées. Usines et commerces réduisent ou même cessent leurs activités.  La Société Nantaise d’Electricité est obligée de couper le courant sur plusieurs points de son réseau ; les lignes souterraines sont inondées.

Il faudra attendre le 23 février pour constater un commencement de décrue. On mettra en place des pompes centrifuges, actionnées par un moteur à air comprimé, capables de débiter 1000 m³ par heure, pour vider les eaux du bassin du Gué-Robert dans la Loire etc …

Si les inondations de février 1904 restent un événement marquant en ce début de siècle, elles ne sont pourtant ni les premières ni les dernières.

Ainsi, dès 1414, toutes les parties basses de Nantes, depuis l’église des Prêcheur jusqu’aux portes de Saint-Nicolas et de Sauvetout furent tellement inondées que les habitants de ces quartiers se retirèrent dans les lieux les plus élevés et aux faubourgs du Marchix et de Saint-Clément.

Dom Lobineau

On retrouvera les inondations en 1711, 1846, 1856 où elle est beaucoup plus grave et occasionne la destruction de toutes les digues. La crue de 1872 semble demeurer la plus traumatisante pour les Nantais : l’usine à gaz est noyée par les eaux, plongeant la ville dans l’obscurité pendant plusieurs nuits.

Et il en va de même au XX° siècle. Ce sont d’abord les inondations de 1910 qui touchent une nouvelle fois le quartier de Doulon. La population est d’autant moins contente que les pompes installées en 1905 avaient parfaitement rempli leur rôle en 1906. Trois nouvelles pompes élévatoires sont alors envisagées au pont de la Moutonnerie.

Entre 1911 et 1931, les crues sont pratiquement annuelles. On justifie, en partie, les comblements de la Loire et de l’Erdre comme devant juguler ces catastrophes. Pourtant, l’année 1936 contredira les experts.

L’hiver 1960-1961 marque certainement les dernières grandes inondations de Nantes.

Dès 1904, on verra donc la montée en puissance des grands travaux de comblement des nombreux bras de la Loire : ils vont durer plus de quarante ans. Avec eux naît une discipline plutôt nouvelle l’urbanisme : on avait certes jusque là construit des villes de toutes pièces et ce, dès les Romains, mais mettre de la cohérence là où n’existait que la cohabitation d’intérêts contradictoires, c’est chose nouvelle, elle-même née souvent de l’exaspération des nuisances de la situation antérieure : odeur insupportable des bras de Loire sans eau en été [les cadavres des noyés de 1793 y prenaient peut-être bien leur part], difficultés de la circulation en plein centre : sur les 4,7 km entre la gare de Nantes et celle de Chantenay, on compte dans les débuts du chemin de fer 24 passages à niveau, provoquant chacun 80 à 120 interruptions par jour, les fortunes nées du commerce triangulaire cherchent à avoir de la place en plein centre pour y construire des immeubles de rapport, bien plus juteux que s’ils avaient été construits en périphérie, des quais fragiles que les crues emportent etc …

Opposés à ces comblements, les partisans du maintien en l’état de ce réseau hydrographique complexe, avec les travaux de consolidation nécessaires veulent que Nantes reste avant tout un port d’importance en dépit de la concurrence croissante de Saint Nazaire : Rouen a maintenu son activité portuaire, bien que plus éloignée du Havre que Nantes ne l’est de Saint Nazaire : pourquoi Nantes ne pourrait-elle pas y parvenir ? Mais les nostalgiques ne sont que rarement de bons gestionnaires et restent le plus souvent prisonniers de leur attachement à une vision littéraire. Ils ne manquent pas de magnifier les caractéristiques de la ville avant les travaux. Le slogan Nantes, Venise de l’Ouest est repris à satiété : la ville comptait en effet 28 ponts, principalement dans le centre-ville et dans les îles.

Ce qu’il y a de divertissant à Nantes, sont ces ponts de pierres qui traversent plusieurs îles

Albert Jouvin de Rochefort (1640-1710) cartographe

Le comblement des bras de la Loire entre les îles, le comblement de l’Erdre en plein centre de Nantes, changeaient pour jamais son équilibre et son assise

Julien Gracq   La Forme d’une ville   1985

Avant les comblements de l’Erdre et de la Loire, la Venise de l’ouest comme on l’appelait creusait dans Nantes des veines pleines de bateaux ; pêcheurs, lavoirs ou transporteurs. (…) il fut décidé de retrousser les manches : à coup de pelle, de sable et de cailloux on enterra Venise. Subitement le cours des 50 otages et bien d’autres boulevards jaillirent du sol, colmatant les ruisseaux comme on étouffe la voix d’une cantatrice.

Jean-Luc Courcoult, auteur et metteur en scène d’une pièce sur le thème donnée en 2014 au Royal de luxe

Et tout cela va donner, au début de XXI° siècle, une ville magnifique particulièrement aérée, farcie d’espaces verts, où nulle part on ne se sent oppressé, avec un immense quartier piétonnier où les seuls véhicules sont les bus, le tramway et les voitures de service. Revers de la médaille : la voirie accessible aux voitures est d’une énorme complexité, avec un marquage au sol qui tient du rébus : ronds-points à double centre, couloirs réservés aux vélos, aux bus, aux trams : on se croirait à l’étranger.

Cela aurait-il été mieux si les Nantais avaient choisi de garder libre la Loire et ses boires ? Sur le plan économique et financier, certainement pas, sur le plan touristique, peut-être. Mais la maîtrise des eaux de la Loire, semble-t-il, ne nuit pas aux folles journées

On est certes quelque peu surpris d’entendre et de voir les avions de ligne survoler le centre-ville à très basse altitude, mais un nouvel aéroport est-il pour autant indispensable ? Les avions sont tout de même de moins en moins bruyants, ils sont aussi de moins en moins nombreux car de mieux en mieux remplis, et puis, si l’on faisait un aéroport à Notre Dame des Landes,  il faudrait en faire de même dans bien d’autres villes, notamment à Toulouse où les avions survolent le quartier du Mirail ; mais il est vrai que ce n’est qu’un quartier populaire dont les habitants ignorent comment marquer les politiques à la culotte, tandis qu’à Nantes le centre est riche et sait comment peser. Nantes ? Nantais ou Nantis ? Ce projet de Notre Dame des Landes qui n’a que trop duré a été géré en dépit du bon sens, sans aucun courage et on a laissé se fixer un abcès où ne peut même plus pénétrer l’État de droit.

À une cinquantaine de kilomètres des côtes, Nantes a commencé par être un carrefour fluvial et terrestre, et s’est développée grâce à la prospérité du commerce maritime, devenu l’activité principale au XVIe siècle, les navires nantais empruntant l’estuaire de la Loire. Le négoce nantais a connu, au XVIIIe siècle, une période de forte expansion avec le développement du commerce colonial, notamment de celui des esclaves.

Au fil du temps, l’activité portuaire s’est déplacée vers l’aval – l’ouest – et le sud (les îles qui donneront plus tard naissance à l’île de Nantes). Le quai de la Fosse est allongé au XXVIIe siècle, atteignant le niveau de la place du Sanitat en 1680. L’accroissement et l’enrichissement de la ville au XVIIIe siècle ont amené l’aménagement de quais le long des bras de la Loire autour de l’île Feydeau (1750-1770), ainsi que la canalisation de l’Erdre (vers 1770), tandis que dans le prolongement du quai de la Fosse, les quais de Chézine et d’Aiguillon sont créés à partir de 1761. Au XIXe siècle, la ville utilise des avants-ports (Paimbœuf, Le Pellerin), fait creuser le canal de la Martinière. De 1902 à 1922, de nouveaux quais sont aménagés à l’aval de Chantenay-sur-Loire et sur la partie est de l’actuelle île de Nantes. La ville a réussi à éviter de perdre son activité portuaire face à l’essor de Saint-Nazaire depuis 1856, mais cette volonté conduit à l’abandon du centre-ville comme pôle principal, et même au sacrifice de celui-ci pour permettre la viabilité du nouveau port.

Au début du XVIIIe siècle la recherche de terrains pour la spéculation immobilière conduit à l’aménagement de l’île Feydeau, sur un remblai gagné sur la Loire, à partir d’un banc de sable prolongeant l’île de la Saulzaie. Les bords des cours d’eau sont dès lors, malgré les difficultés techniques, sujets à convoitise. L’embouchure de la Chézine, qui se jette au niveau de la rue Michel-Le-Lou-du-Breil, est canalisée, puis enterrée, afin de libérer des espaces pour l’industrie. Les quais le long de la Loire et de l’Erdre sont élargis et aménagés dans les années 1760, sous l’impulsion de l’architecte Jean-Baptiste Ceineray.

L’île de Versailles, née de dépôts d’alluvions et consolidée au VIe siècle par saint Félix, est viabilisée au début du XIXe siècle avec des gravats extraits lors de l’aménagement du canal de Nantes à Brest. Mais le principal site de gain d’espace sur les cours d’eau se trouve dans les îles de Loire. En un siècle, entre 1770 et 1870, de vastes zones sont remblayées, et l’ensemble commence à former une grande île, parcourue de boires (bras mineurs de la Loire).

Le comblement des boires des îles s’est poursuivi, donnant à l’ensemble un aspect se rapprochant de la future île de Nantes (les derniers comblements y ont eu lieu dans les années 1970).

Dans la région, la vallée de la Loire subit des inondations causées par les crues du fleuve, notamment en 1904 et 1910. Cette dernière est particulièrement importante, Nantes est fortement touchée, et subit un profond ralentissement économique. Cet épisode marque les esprits, et les aménagements destinés à atténuer les crues de la Loire sont attendus avec impatience.

Devant l’augmentation croissante du tirant d’eau des navires marchands, les responsables de la ville sont confrontés au problème de l’ensablement chronique de la Loire, phénomène inéluctable étant donné son faible débit, le faible effet des marées, et la quantité de sable charriée par les eaux. Des opérations de dragage sont menées ; si l’abaissement du fond du fleuve entraîne l’augmentation du courant, il fragilise en même temps les quais. En 1924, plusieurs incidents surviennent : en mai, le quai Magellan s’effondre, suivi par le pont de Pirmil et une cale de l’île Feydeau. Cela s’ajoute à la fragilité constatée des quais de la Bourse et Hoche. L’ingénieur Marcheix fait un constat alarmant, affirmant que les quais bougent progressivement vers la Loire, que leurs pieux en bois pourrissent, et que le sable sous les constructions est progressivement emporté par les eaux.

Autre facteur fragilisant, la ligne de chemin de fer conduisant vers Saint-Nazaire emprunte les quais depuis 1857. Lors de la Première Guerre mondiale, la voie est doublée, et les quais sont également utilisés pour le tramway.

Cette activité ferroviaire contrarie également la circulation automobile naissante : le tronçon de 4,7 km entre la gare de Nantes et celle de Chantenay compte 24 passages à niveau, provoquant chacun 80 à 120 interruptions par jour. L’éventualité d’un comblement des bras nord de la Loire est accueillie par la municipalité comme une solution de désengorgement.

Les images de Nantes de l’époque montrent souvent des cours d’eau remplis, mais la réalité est autre : l’abaissement du niveau de l’eau entraîne l’assèchement périodique de vastes zones : le bras de l’Hôpital est par exemple hors d’eau une bonne partie de l’année. Durant ces périodes, les émanations des dépôts en décomposition incommodent les citadins. L’Erdre est également réputée pour les odeurs qu’elle dégage et la pollution qu’elle subit. L’eau en centre-ville est donc perçue comme un facteur d’insalubrité.

Après la phase du négoce florissant, c’est l’industrie qui dynamise la ville depuis le milieu du XIXe siècle. Le fer de lance en est la construction navale. Mais le changement d’échelle de production a déplacé l’activité vers l’estuaire, du quai de la Fosse à Saint-Nazaire. Alors que l’activité portuaire est à son apogée, la fonction économique des cours d’eau autour de l’île Feydeau devient négligeable. Par contre, les acteurs économiques liés au port font en sorte que tout soit mis en œuvre pour maintenir la viabilité du site. Pour permettre aux gros tonnages de fréquenter les chantiers navals et le port, des travaux importants sont menés, notamment le creusement du lit du fleuve, la suppression pure et simple de l’île Mabon, et la création de l’éphémère canal de la Martinière. Les sommes engagées dans ces opérations sont importantes, les moyens techniques mis en œuvre colossaux, mais les améliorations ne sont que passagères. C’est dans ce cadre que les comblements, bien que coûteux, sont envisagés.

Le premier projet envisageant de faire disparaître des parties en eau date du 1° juillet 1859. Une commission mise en place par le conseil municipal se prononce sur un « Projet pour l’assainissement et l’agrandissement de la ville de Nantes et la rectification du chemin de fer d’Orléans au moyen de la dérivation du canal de l’Erdre et de la suppression du bras Brancas (le bras Brancas est un autre nom du bras de la Bourse). D’autres études sont menées en 1894 et 1914-18. Le projet le plus radical prévoit de ne conserver que le bras de Pirmil : s’il avait été retenu, Nantes n’aurait alors plus compté aucune île sur la Loire.

Dans le cadre de l’utilisation des fonds attribués au titre des réparations de guerre, conformément au traité de Versailles de 1919 et selon les termes du plan Dawes, les villes françaises peuvent bénéficier de grands travaux. En 1920, les services de l’État inscrivent dans ce cadre le comblement d’une partie des bras de la Loire à Nantes.

L’avant-projet déposé le 29 décembre 1925, jugé trop onéreux par l’État, modifié pour se concentrer sur le comblement des bras nord de la Loire, est finalement approuvé par le conseil municipal la même année. Cependant, les services de l’État décident, le 13 mars 1926, de ne prendre en charge que les actions liées à la fragilisation des ponts et quais présentant un caractère d’urgence. Le conseil municipal, conduit par Paul Bellamy choisit de prendre à sa charge l’extension des travaux au détournement et au comblement partiel de l’Erdre, projet validé le 23 décembre 1927.

Les travaux de comblement ont été réalisés, entre 1926 et 1946, en plusieurs phases, certaines se déroulant dans les mêmes temps.

Les travaux, qui concernent la partie est du bras, entre la Bourse et le pont de l’Erdre (au niveau de l’actuelle allée Cassard) se déroulent à partir de 1926, dans la période des basses-eaux, de mai à octobre. Pour permettre la continuité de la navigation, un chenal est aménagé dans le bras de l’Hôpital. Puis un barrage de planches métalliques est placé entre la pointe de l’île Feydeau et le quai de la Bourse, et un mur de pierre est installé au niveau du pont d’Erdre. Une machine de dragage, dite refouleuse, extrait du sable et de la vase au fond du lit de la Loire, là où il a été décidé d’augmenter la profondeur, pour déposer le remblai dans le bras de la Bourse. Le système d’égout est installé, puis le bras est comblé sur la portion concernée. Les terrains sont remis progressivement à la ville à partir de 1926, et l’opération est achevée le 5 mai 1928 ; l’ensemble couvre 2,5 hectares. La partie orientale du bras est comblée à partir de 1938, après le détournement de l’Erdre, opération officiellement achevée en janvier 1940.

Le rescindement de l’île Gloriette est l’une des deux seules opérations, avec l’aménagement du bassin à l’entrée nord du canal Saint-Félix, qui fait gagner du terrain à l’eau. Elle est rendue indispensable par la nécessité de faciliter l’écoulement de la Loire par le bras de la Madeleine après le comblement des deux bras nord. La pointe ouest de l’île Gloriette provoque un rétrécissement du cours. Pour obtenir un chenal de 150 mètres de large, il faut démolir une partie du quai de Tourville et du quai de l’île-Gloriette, ainsi qu’une cale (quai en pente douce). Les travaux sont complétés par un dragage pour creuser le lit de fleuve à cet endroit. Décrétée d’utilité publique le 5 mai 1927, l’opération est menée en 1928, et la réception des travaux est faite le 4 juillet 1929.

Le comblement du bras de l’Hôpital est une opération identique à celle menée pour le bras de la Bourse. Il faut tout d’abord creuser un chenal dans le bras de la Madeleine, opération ralentie par la nécessité de détruire un radier de l’ancien pont de la Madeleine, démoli en 1927. Le bras de l’Hôpital est ensuite fermé, le 15 août 1929. L’aménagement du réseau d’égout au niveau du quai de l’Hôpital est alors réalisé. En avril 1930, le comblement à l’aide de refouleuses commence au niveau du pont Maudit, tandis que les entreprises locales de travaux publics déversent leurs gravats entre la pointe ouest de l’île Feydeau et le quai de l’île Gloriette. Le pont Maudit est démoli en octobre 1930, et la municipalité prend officiellement possession, en juin 1931, du lit comblé qui longe le sud-ouest de l’île Feydeau jusqu’au niveau de la rue Olivier-de-Clisson.

Reste la vaste partie à l’ouest de l’île Feydeau, jusqu’au niveau de la pointe de l’île Gloriette. Le comblement, commencé en 1931, en est presque achevé en 1934. S’ensuivent des travaux de nivellement qui prennent fin en juin 1936. Pourtant, la partie la plus à l’ouest de cette zone n’est remise à la ville qu’en 1957.

Le percement du tunnel Saint-Félix ayant été validé le 23 décembre 1927, le chantier s’installe en octobre 1929. En février 1930, il est décidé une modification du projet initial, qui prévoyait la construction d’une écluse au niveau du square Sully (devenu depuis square du Maquis-de-Saffré), pour gérer les crues de l’Erdre. Cet élément est remplacé par un rehaussement de 1 mètre du canal. La réalisation du souterrain, sous les cours Saint-Pierre et Saint-André, est menée, à partir d’avril 1930, par l’entreprise allemande Karl Brandt, pour laquelle travaille l’ingénieur Karl Hotz, dont l’exécution, lors de la Seconde Guerre mondiale, aura de graves conséquences pour la ville.

Pour permettre l’accès au tunnel depuis l’Erdre, au nord, un bassin est aménagé dans l’alignement des cours Saint-Pierre et Saint-André ; c’est une des deux seules opérations, avec le rescindement de l’île Gloriette, qui entraîne un gain de l’eau sur les terres, prises sur le square Ceineray, devenu depuis square du Maquis-de-Saffré.

À partir de 1933, le quai Malakoff est élargi, diminuant la largeur du bras. La gare d’eau, longeant le sud de la gare ferroviaire, est comblée, et en 1934 le terrassement en entre le tunnel Saint-Félix et le pont de Trakir (qui permettait le franchissement de la gare d’eau au niveau du quai) est achevé. La partie sud du quai Malakoff n’est pas encore achevée en 1942, lorsque l’occupant allemand interrompt le chantier, qui sera rouvert et achevé après la guerre. Une fois l’Erdre détournée, le bras Saint-Félix et la partie est du bras de la Bourse sont comblés.

Entre mi-juillet à la mi-septembre 1932, l’Erdre est partiellement asséchée du pont Saint-Mihiel au pont de l’Écluse pour permettre les travaux de jonction du canal Saint-Félix avec la rivière. Les barrages temporaires sont ensuite enlevés. Alors que la rivière est toujours fréquentée par les bateaux de plaisance, la ville envisage un remblaiement avec deux destinations possibles : une gare routière, ou une voie de circulation souterraine dans le lit de l’Erdre.

En 1937, des barrages flottants sont installés par mesure d’hygiène, et le remblayage commence en mars 1938, nécessitant au total 200 000 m3 de matériau. Les ponts sont détruits en 1940. Interrompus par la guerre en 1943, les derniers travaux sont achevés en 1946.

L’état du pont de la Rotonde impose en priorité le comblement de la zone qui l’entoure. C’est chose faite au printemps 1938, et la municipalité prend possession d’un terrain couvrant 4,3 hectares. L’ensemble est achevé en janvier 1940.

Avant la décision de détourner le cours de l’Erdre, il était envisagé de réaliser un bassin à flot au niveau du débouché de la rivière dans la Loire, avec une écluse sur le bras Saint Félix. Après le choix du nouveau cours de l’Erdre, le bassin prévu est transféré dans l’actuel canal Saint-Félix ; seule l’écluse prévue est construite, entre 1931 et 1932.

En 1936, la municipalité prévoit d’aménager un miroir d’eau devant le château des ducs de Bretagne, mais ce projet est abandonné. L’idée sera reprise et réalisée en 2015.

Depuis 1850, le détournement de la voie ferrée qui emprunte les quais nord de la Loire est envisagé. Un projet de galerie souterraine installée dans le lit remblayé du bras Saint-Félix du bras de l’Hôpital est lancé.

En 1934, le conseil municipal choisit l’option de constituer de grands boulevards, présentant plusieurs chaussées parallèles et des places de stationnement. Sur le bras de la Bourse, le premier aménagé, naît donc le cours Franklin-Roosevelt, dont les premiers travaux débutent en 1937, tandis qu’au sud apparaît le cours Commandant d’Estienne-d’Orves, et à l’est, rejoignant la gare, le cours John Kennedy, tandis qu’à l’ouest est formée une vaste esplanade, souvent appelée terre-plein de l’île Gloriette.

La ligne de chemin de fer voit son tracé modifié : dès la fin des comblements de la rive nord de l’île Gloriette, une voie aérienne est construite, et achevée en 1941. L’établissement d’une galerie souterraine dite galerie de la Bourse dans la partie ouest de l’ancien bras de l’Hôpital est décidée en 1948, et achevé en 1955.

En 1938, la municipalité décide de créer un large boulevard, appelé boulevard de l’Erdre, destiné à la circulation automobile. Entre 1940 et 1943, des chômeurs sont employés au terrassement. Le 10 mars 1941, il est décidé de prolonger ce boulevard jusqu’au sud de l’île Feydeau. Les bombardements de 1943 accélèrent involontairement l’opération, qui conduit à l’aménagement du cours Olivier-de-Clisson. En 1945, le boulevard de l’Erdre est renommé cours des 50-Otages.

Dans la période des années 1950 aux années 1980 l’urbanisme est tourné vers une facilitation de la circulation automobile. Après les comblements, les zones dégagées sont aménagées en voies de circulation et de stationnement. Le pont transbordeur est démonté, le service fluvial roquios abandonné. En complément des trois ponts reliant l’île de Nantes aux rives nord et sud, sept sont construits dans cette période, visant à gommer le ralentissement que provoque la traversée de la Loire. Les ouvrages plus fréquentés bâtis dans cette période sont destinés à contourner la ville, le pont de Bellevue, en 1977, et le pont de Cheviré, en 1991.

Dans les années 1990, un revirement s’amorce. La municipalité conduite par Jean-Marc Ayrault axe sa politique de communication autour d’un retour à l’eau. L’océan Atlantique et la Loire sont mis en avant dans la communication promotionnelle de la cité. La rénovation de l’île Feydeau, qui permet de mettre en valeur les bâtiments témoins de la richesse accumulée grâce au commerce maritime, s’accompagne de la création de quais, aux emplacements des anciens, bordés de pelouses symbolisant le fleuve disparu. L’allée Turenne reprend alors son appellation de quai Turenne. La partie Est de l’Allée Duguay-Trouin bénéficie du même type d’aménagement en attendant que la partie Ouest soit également traitée. L’ensemble crée l’illusion d’une île.

Sans aller jusqu’à satisfaire les associations réclamant de recreuser le lit de l’Erdre dans le cours des 50-Otages, la municipalité choisit d’aménager celui-ci avec des éléments rappelant la présence de l’eau.

Le dernier en date de ces éléments est le miroir d’eau, une vieille idée défendue par Étienne Coutan dans les années 1930, et finalement réalisée square Élisa-Mercœur en 2015, en face du château des ducs de Bretagne, où la Loire bordait le sud de la forteresse jusqu’au XVIIIe siècle.

L’équipe municipale de Paul Bellamy n’est que partiellement favorable au projet, mais face à la somme de problèmes à résoudre, elle ne propose pas d’alternatives. D’autre part, attendant une aide financière de l’État, elle doit accepter des concessions, et laisse l’administration centrale prendre les décisions.

La seule réaction notable des élites vient de Louis Lefèvre-Utile, qui, en 1928, fait une contre-proposition visant à diminuer l’ampleur des comblements, en maintenant une Erdre partiellement couverte dans son lit d’origine qui se jetterait dans le bras de l’Hôpital, en traversant l’île Feydeau au niveau de l’actuel cours Olivier-de-Clisson ; seul le bras de la Bourse aurait subi un comblement. Mais cette réaction, qui est tardive (le bras de la Bourse est déjà comblé), ne rencontre que peu d’échos malgré la proximité d’élections municipales propices aux débats, et Lefèvre-Utile finit par se rallier aux projets en cours.

Si les oppositions sont quasi inexistantes au début du projet, en 1929 la presse se fait l’écho d’un rejet de l’avancement des comblements, thème présenté par exemple dans un article intitulé Une cité qu’on assassine. Mais des plaintes ont également pour motif la lenteur des travaux, la presse se faisant l’écho de riverains plus gênés par cet aspect que par les comblements eux-mêmes. Seuls les passeurs de mémoire, tels les rédacteurs du Bulletin de la société archéologique de Nantes et de Loire-Inférieure, font part de leur nostalgie de la ville dans son ancienne configuration.

Cette même année 1929, l’architecte Étienne Coutan présente un plan qui, prenant en compte l’achèvement du comblement du bras de la Bourse, reprend les grandes lignes de la proposition Lefèvre-Utile : il envisage la construction de deux ponts, l’un entre la pointe de l’île Gloriette et le quai de la Fosse, l’autre entre le quai Malakoff et le quai Magellan, afin de permettre le déplacement de la ligne de chemin de fer au sud, le long de la rive nord du bras de la Madeleine. Il préconise également de prolonger le cours de l’Erdre en canal souterrain au niveau de l’actuel cours Olivier-de-Clisson. Cette alternative aux plans officiels aurait permis de limiter les comblements au bras de la Bourse. Ce projet n’est pas retenu.

[…]            Le site de la mairie de Nantes, dans une page de présentation de l’histoire de la ville, évoque les comblements dans un paragraphe intitulé Traumatismes, qui retrace ensuite les bombardements et la désindustrialisation, notamment la fin des chantiers navals. Ce thème est évoqué par les élus. Dans un entretien accordé à L’Express en 2006, Jean-Marc Ayrault, alors maire depuis 17 ans, affirme : On n’aurait jamais dû faire ces travaux. Même si l’activité portuaire a décliné, il fallait laisser l’eau dans la ville. En 2014, Johanna Rolland, alors candidate à la mairie, donne dans ses thèmes de campagne sa vision de l’impact des comblements, 70 ans après leur achèvement : Nantes a connu, dans son histoire moderne, trois grands traumatismes : les comblements des bras de la Loire, qui ont éloigné le cœur historique de son fleuve tout autant que la descente vers l’aval des activités portuaires, en dénouant la ville de son lien intime avec le fleuve, les bombardements de la seconde guerre mondiale dont les reconstructions d’après-guerre sont les cicatrices (…) ; la fermeture des chantiers navals (…).

Wikipedia

30 03 1904                 Les crucifix sont retirés des tribunaux. Les prêtres ne peuvent se présenter au concours de l’agrégation. La Chambre vote la loi prévoyant la suppression des écoles religieuses dans les dix ans à venir.

31 03 1904                  Le vice-roi des Indes, lord Curzon, en fonction depuis janvier 1899, pathologiquement obsédé par l’expansionnisme russe, se persuade qu’il est déjà à l’œuvre au Tibet et qu’il est urgent  de le contrer : il confie à son ami Francis Younghusband la direction d’une mission, plus militaire que diplomatique  pour imposer au Tibet le respect de la convention de 1893 : il s’agit en fait d’une colonne de 1 000 soldats, 2 mitrailleuses Maxim, 4 pièces d’artillerie lourde avec pour logistique une colonne de 10 000 porteurs, 7 000 mulets, 4 000 yacks, 6 chameaux ! Tout ce monde franchit le col de Jelap, à 4 200 m.   Les rencontres avec les officiels tibétains vont être nombreuses, mais toutes infructueuses, chacun campant sur ses positions, et l’affrontement, près du village de Guru ne pourra être évité : 1 500 Tibétains, munis de vieux mousquets et de sabres ne purent rien contre la puissance de feu anglaise, et ce fut un massacre : 700 morts coté tibétain. Les Anglais, atterrés  de la tournure des choses, firent tout ce qu’ils pouvaient pour soigner les blessés tibétains, puis poursuivirent leur marche ; il y aura encore deux ou trois sérieux accrochages, mais le 1 août, ils entraient à Lhassa, où la crasse, l’extrême pauvreté les marquèrent autant que la beauté et grandeur du Potala. La ville interdite sur laquelle fantasmait tout l’occident depuis des décennies s’offrait à sa vue et le spectacle n’était pas réjouissant !

Nous trouvâmes une ville crasseuse, sordide, sans égout, sans pavement. Pas une maison qui parut propre ou soignée. Les rues, après une pluie, ne sont que marres d’eau stagnante où porcs et chiens pataugent en quête de déchets.

Candler

Après avoir bien tourné et retourné dans tous les sens, les Anglais durent se rendre à l’évidence : pas la moindre trace de présence russe, pas la moindre arme russe : le vice roi Curzon était de la revue et il ne leur restait plus qu’à se faire pardonner leurs massacres et leur invasion brutale, ce à quoi parvint le talentueux Younghusband. Ce ne fut pas sans mal qu’il parvint à un accord avec un régent, resté à Lhassa après que le Dalaï Lama  se soit refusé à toute négociation en partant à… Oulan Bator. Les Chinois n’étaient pas fâchés de la situation, pourvu que les Anglais continuent à reconnaître la suzeraineté de la Chine sur le Tibet. Une convention anglo-tibétaine sera finalement signée le 7 septembre 1904 : le Tibet reconnaît sa frontière avec le Sikkim, accepte l’ouverture de 2 marchés [sur la route de Lhassa vers l’Inde] : Gyantse et Gartok, tous deux supervisés par un agent britannique résidant sur place, accepte de raser les fortifications entre Gyantse et l’Inde et d’entretenir la route donnant accès à ces marchés, accepte de demander l’accord préalable de l’Angleterre pour tout accord avec une puissance étrangère, à l’exception de la Chine, accepte le versement d’une indemnité de guerre [ ?…!] de 562 000 livres, soit 75 annuités de 100 000 roupies indiennes, les Anglais occupant la vallée de Chumbi jusqu’au versement complet de la rançon. Les Anglais quitteront Lhassa le 23 septembre.

16 04 1904                             Le commandant Laperrine, qui vient de créer les compagnies sahariennes pour faire observer l’ordre dans les oasis, parti d’Alger depuis plusieurs semaines, arrive au puits de Timiaouin, à 500 km au sud-ouest de Tamanrasset, actuelle frontière entre l’Algérie et le Mali, plein nord de Kidal, au Mali, avec la volonté d’intégrer à l’Algérie l’Adrar des Iforas, région montagneuse peuplée de Touaregs, au sud de Timiaouin, donc aujourd’hui en territoire malien. Les chambres de commerce d’Algérie pensaient ainsi agrandir leur territoire pour avoir plus de maîtrise sur le futur chemin de fer Alger-Gao, à même d’exporter les richesses du Soudan. Mais l’administration française du Soudan, basée à Dakar ne l’entendait pas de cette oreille, privilégiant pour l’exportation le port de Dakar [[le Soudan de cette époque est l’actuel Mali, et n’a donc rien à voir sinon l’homonymie avec l’actuel Soudan, à l’est du Tchad : Soudan vient de l’arabe bilad al-Sudan, soit l’Afrique sub-saharienne, le pays des Noirs], et elle a dépêché le capitaine Théveniaut pour aller à la rencontre de Laperrine, rencontre qui se fait à Timiaouin. Les deux hommes ont ce que l’on nomme pudiquement de nos jours une franche explication : mais cela ne peut aller plus loin : le drame honteux de la colonne Voulet-Chanoine est encore dans toutes les mémoires, voilà tout juste cinq ans, et on ne peut s’autoriser un nouveau règlement de comptes fratricide. Le Soudan français l’emporta sur l’Algérie et donc l’Adrar des Iforas ainsi que celui de l’Aïr furent annexés au Soudan français… et leurs habitants, les Touaregs esclavagistes, passèrent sous le pouvoir des frères des esclaves sinon des esclaves eux-mêmes. On pourra réussir ce miracle en Afrique du Sud à la fin du XX° siècle, par la seule vertu d’un géant : Nelson Mandela ; mais cela ne pouvait pas marcher au Soudan au début du XX° siècle. L’humanité n’accouche pas tous les jours d’un homme à même de lui faire franchir des pas de géant. Aujourd’hui, l’Adrar des Iforas est au Mali, l’Aïr au Niger. Les graines de la discorde avaient été semées : elles germèrent rapidement, émaillant toute la vie politique du Niger et du Mali depuis leur indépendance, et formant aujourd’hui la toile de fond sur laquelle s’est déclenché le conflit du nord Mali.

18 04 1904                   Premier numéro de L’Humanité, encore socialiste avant de devenir communiste en 1921.

Les vrais croyants sont ceux qui veulent abolir l’exploitation de l’homme par l’homme, et, par suite, les haines d’homme à homme ; les haines aussi de race à race, de nation à nation, toutes les haines, et créer vraiment l’humanité qui n’est pas encore. Mais créer l’humanité, c’est créer la raison, la douceur, l’amour, et qui sait si Dieu n’est pas au fond de ces choses ?

… Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire : c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe.

Jean Jaurès, directeur du journal

11 05 1904                 Naissance de Salvador Dali, un an après la mort de son  aîné, lui aussi, Salvador, à deux ans :

Avant ma naissance venait de mourir un frère à moi, de méningite, et ce frère, mes parents l’adoraient. 
Quand je suis venu au monde, ils ont fait des choses affreuses et sublimes à la fois, ils m’ont donné le même nom que lui, Salvador. 
À cause de cela, j’ai vécu toute mon enfance et toute mon adolescence en portant agrippé à mon corps et à mon âme l’image de mon frère mort. Donc, ce n’était pas moi. En naissant, j’ai mis mes pas dans les pas d’un mort adoré qu’on continuait d’aimer à travers moi. Davantage encore peut-être, j’ai appris à vivre en remplissant le vide de l’affection qu’on ne me portait pas vraiment.

21 05 1904             Fondation au 229 de la Rue Saint Honoré à Paris de la FIFA – Fédération Internationale Football Association – à but non lucratif [ !  ndlr], dans les locaux et à l’initiative de l’Union des Sociétés françaises de Sports athlétiques. Les membres fondateurs sont les Pays-Bas, la Belgique, le Danemark, la Suisse, l’Espagne et la France, rejoints un an plus tard par l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche et la Hongrie. L’Angleterre s’y joindra un peu plus tard, apportant avec elle une grosse querelle sur le professionnalisme qu’elle veut favoriser, contrairement à l’USFSA, qui a porté la FIFA sur les fonds baptismaux. En 2013, la FIFA générera 1.3 milliard de $ de chiffre d’affaires – les affaires sont douteuses, mais les $ sont vrais – et possède des réserves d’environ 1.4 milliards $. Pendant les quarante dernières années, elle n’aura connu que deux présidents : Joao Havelange, brésilien et Sepp Blatter, suisse. Médaille d’or de la corruption en 2015.

13 06 1904                Joseph Vogt, industriel de Niederbruck, dans la forêt de Nonnenbruch, aux environs de Wittelsheim, cherche du charbon, et c’est un extraordinaire gisement de potasse qu’il trouve : l’Alsace va considérablement s’enrichir.

7 07 1904                 Même les congrégations religieuses qui sont autorisées ne peuvent plus enseigner : cela entraîne la fermeture de 2 400 écoles. Les biens des congrégations sont mis sous séquestre. Il reste malgré tout 662 écoles de garçons tenues par les Frères des Écoles Chrétiennes et 1 200 écoles de filles, tenues par des religieuses. Serait-ce de cette époque que date l’expression Heureux comme Dieu en France, qui nous est venue d’Allemagne : Wie Gott in Frankreich leben, traduite elle-même du yiddish, voulant signifier par là que la France est devenue un pays tellement déchristianisé que Dieu n’a plus à se préoccuper de ses ouailles, et peut donc profiter de la vie à temps plein ?

07 1904                                   Seconde édition du Tour de France… le Tour de la honte.

Le parcours est identique à celui emprunté en 1903 ; départ donné à 21 heures du bourg de Mongeron, sur la commune de Villeneuve Saint Georges, arrivée à Lyon, 467 km plus loin ! Maurice Garin semble renouer avec la victoire de l’année précédente, en 17 h 45′, devant Lucien Pothier ; Hippolyte Aucouturier remporte quatre des six étapes. Mais, quatre mois plus tard, plusieurs cyclistes, dont les quatre premiers et tous les vainqueurs d’étape seront disqualifiés – certains avaient pris une voiture, d’autres … le train – et la victoire reviendra finalement à Henri Cornet, 20 ans. Les règles sont les mêmes qu’en 1903, avec une exception : les cyclistes qui abandonnent ne peuvent concourir à nouveau. Parmi les concurrents, on retrouve Henri Paret, qui avec ses 50 ans détient toujours le record du plus ancien participant, tandis que le benjamin est le Lochois Camille Fily, 17 ans.

  • Dans la première étape reliant Montgeron à Lyon, Maurice Garin et Lucien Pothier seront agressés par quatre hommes masqués dans une voiture : On aura ta peau, Garin de malheur !
  • Dans la même première étape, le 2 juillet, Pierre Chevalier profite de l’obscurité pour prendre place dans une voiture et finir 3e de l’étape entre Montgeron, petite commune de l’Essonne, et Lyon. Faisant l’objet de réclamations, il avouera vite sa faute et se verra exclu de la course. Parmi les 88 concurrents en lice, il n’est pas le seul à avoir recouru – avec plus moins de succès – à de pareils subterfuges.

  • Dans la deuxième étape de Lyon à Marseille, le 9 juillet vers 3 heures du matin, sur les pentes du col de la République, 200 supporters stéphanois, en cheville avec Antoine Faure, leur champion local, trouveront moyen de le faire passer en tête au col, et c’est à une pluie de coups de gourdin qu’ont droit les suivants. Lynché, l’Italien Gerbi a un doigt sectionné sur le guidon et se retrouve assommé ! Pour disperser les fauteurs de trouble, les organisateurs de la course n’ont d’autre solution que de déclencher des coups de revolver en l’air

    Dans une déclaration commune, plusieurs coureurs conteront leur mésaventure : Tout à coup, dans le haut de la côte, Faure démarre brusquement et prend deux ou trois longueurs. Nous levons la tête pour apercevoir cinquante mètres devant nous, un groupe d’une centaine d’individus formant la haie de chaque côté de la route ; ils sont armés de gourdins et de pierres ; Faure s’engage résolument et passe ; alors les gourdins se lèvent sur les suivants.

    Ceux qui déposeront ensuite plainte au parquet de Saint-Etienne pour les perturbations occasionnées, sont pourtant loin d’être au bout de leurs peines.

  • Quand le Tour atteint Nîmes lors de la troisième étape reliant Marseille à Toulouse, les supporters locaux se montrent en colère en raison de la disqualification de leur favori Ferdinand Payan qui s’est aidé d’un engin motorisé, et lancent des pierres sur les coureurs.
  • Lors de la cinquième étape de Bordeaux à Nantes, des clous sont placés sur les routes, causant des crevaisons. L’assistance mécanique n’étant pas autorisée, Henri Cornet est obligé de terminer les 40 derniers kilomètres avec deux pneus crevés.
  • L’arrivée de la sixième étape est jugée à Ville d’Avray, un violent orage ayant rendu impraticable le vélodrome du Parc des Princes où l’arrivée devait être initialement jugée.

Maurice Garin

Les vainqueurs du Tour de France Mauric10

Maurice Garin, vainqueur initial du Tour de France 1904.

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Henri Desgranges

Ce deuxième Tour de France faillira bien être le dernier. Henri Desgrange, assommé par cette avalanche de chauvinisme haineux,  l’annoncera dans un éditorial de L’Auto, mais ses collaborateurs, actionnaires et annonceurs ne voudront  pas renoncer à cette poule aux œufs d’or et prendre le risque de relancer ainsi le quotidien concurrent Le Vélo de Pierre Giffard.

Dans le Weltspiegel , un journal allemand, le général major Zobel rédige un article intitulé : Das lesende und rechnende Pferd (Le cheval lisant et calculant) dans lequel il raconte les exploits du cheval Hans – surnommé en France Hans le malin – et de son maître Wilhelm von Osten, ancien professeur de mathématiques qui avait entrepris d’éduquer trois animaux : un chat, un ours et un cheval. Il avait rapidement laissé tomber les deux premiers, trop cancres, pour se concentrer sur le troisième, Hans, qui se révélera capable d’additionner, de soustraire, de multiplier et de diviser , reconnaître des couleurs, répondre à des questions en frappant le sol du sabot. Avec cet article dans la presse, Hans devient une célébrité, jusqu’à l’international. Pour plus d’informations voir le très bon article qui lui est consacré dans Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_le_Malin

Hans le malin, un cheval génial ! | L214 Éducation

Photo en noir et blanc présentant une cour où des hommes et des femmes en chapeaux entourent un cheval.

Hans le Malin en représentation.

14 07 1904              A Fort-Crampel (Moyen Congo), le commissaire de première classe Léon Gaud, d’accord avec son collègue Georges Toqué, allume une cartouche de dynamite accrochée au cou d’un indigène nommé Papka, trop peu empressé à célébrer la fête nationale française. Mais il en faudrait plus à ce monstre pour être démonté, face à une foule horrifiée. Gaud n’en était pas à son coup d’essai. Auparavant, il avait fait cuire une femme vivante et ordonné à son boy de boire le bouillon ainsi obtenu. Il y a aussi l’enfermement dans une case de 6 m. x 4 m., sans ouverture, de 58 femmes et 10 enfants pendant 18 jours : 47 de ces otages étaient alors morts, leurs corps jetés par après dans le fleuve. C’est un médecin récemment arrivé qui découvrit alors les survivants au milieu des cadavres et des excréments.

Devant le scandale, le gouvernement confia une mission à Pierre Savorgnan de Brazza, sorti de sa retraite algérienne : il ne pût guère que constater l’étendue des dégâts chez ces populations qu’il avait cru mettre sous la protection de son pays : il mourut à Dakar, sur le chemin du retour, le 14 septembre 1905. Il avait pris le temps de faire un rapport, … que le gouvernement s’empressa d’enterrer. C’est l’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch qui le déterrera dans les années 1960.

29 07 1904                 Rupture des relations diplomatiques avec le Saint Siège. Le nonce avait été expulsé et l’ambassadeur rappelé le 21 mai.

Joseph Simond escalade l’Aiguille de la République, au-dessus de Chamonix,  muni d’une corde solidaire d’une arbalète. Deux guides sont postés de chaque coté de l’aiguille. La corde lancée par-dessus l’aiguille est récupérée par l’autre qui s’en sert pour se hisser au sommet… pour ce qui est de la beauté du geste, il vaut mieux aller voir ailleurs.

4 08 1904                  Dans son cabinet de la Butte Montmartre, Clemenceau a été médecin des pauvres, et il sait ce qu’il en est de leurs maladies, souvent professionnelles ; une de celles dont les ravages sont les plus profonds, le saturnisme [Saturne est le dieu du plomb pour les alchimistes], du à la céruse, un hydrocarbonate de plomb, appelé aussi blanc de plomb, couramment utilisé dans les peintures pour obtenir la couleur blanche. C’est une très vieille histoire qui remonte à l’antiquité : Hippocrate parlait déjà de sa nocivité au IV° siècle avant J.C.

La loi a passé l’épreuve de la Chambre. Elle est en ce moment soumise au Sénat, où je la vois menacée par les entreprises intéressées des uns, par la négligence des autres, par l’indifférence de tous. […] C’est pourquoi j’ai résolu de la sauver du désastre.

Et, devant le Sénat : Il s’agit d’empêcher des hommes de tuer des hommes, tout simplement. A ces mots, vous éclatez de rire. Dès qu’un homme s’avise d’en tuer un autre, un gendarme l’arrête, le juge, le fait condamner par douze braves gens, le curé le bénit, le bourreau lui coupe la tête et le fossoyeur le cache dans un trou. Vous n’y êtes pas : cela se passe dans un certain nombre des cas, mais il y en a bien d’autres…

[…]                 Ceux qui succombent pour avoir défendu par leur travail leur existence et celles des leurs n’intéressent personne en apparence.  Bien plus, on se détourne d’eux car ils sont autant de reproches vivants aux agents supérieurs de l’organisation industrielle qui les tue en connaissance de cause et à la société, si belle en formules philantropiques, si cruelle dans la sombre réalité, qui les regarde exterminer sans rien dire. Les maîtres de l’industrie les dérobent aux regards dans la mesure du possible, déguisent le mal sous d’autres noms, achètent le silence des victimes, font tout ce qu’il faut pour que la foule indifférente et les pharisiens qui représentent officiellement les vertus sociales, prêtres, ministres, préfets, inspecteurs, parlementaires, puissent passer et dire, en regardant ailleurs : Je n’ai rien vu.

Clemenceau

La bataille sera longue : la loi reconnaissant  comme maladie professionnelle le saturnisme ne sera votée que le 23 avril 1919 : 15 ans plus tard ! Quant à son interdiction pure et simple, il faudra encore attendre jusqu’à … 1949 !

2 10 1904                  De 1880 à 1914, les Allemands se sont constitué le troisième empire colonial. Le premier gouverneur civil de la Namibie, dans le sud-ouest africain, a été Heinrich Goering, père de Hermann. La manière douce n’a certes été l’apanage de personne, mais c’est particulièrement vrai pour eux. Le général Lothar von Trotha a écrasé une révolte du peuple Herero le 11 août à la bataille du plateau de Waterberg, qui fait environ 60 000 morts. Il proclame alors :

Moi, le grand général des soldats allemands, envoie cette lettre au peuple des Herero. Les Herero ne sont plus des sujets allemands… Le peuple des Herero doit quitter le pays. Si le peuple ne le fait pas, je l’y obligerai par le Groot Rohr (grand canon). A l’intérieur des frontières allemandes, tout Herero avec ou sans armes, avec ou sans bétail, sera abattu, je ne fais plus d’exception pour les femmes et les enfants, ramenez-les dans votre peuple ou laissez-les se faire abattre aussi. Telles sont mes paroles au peuple Herero. 

Le grand général du puissant empereur, Von Trotha

La plupart des survivants périront de soif et d’épuisement dans l’Omaheke (l’actuel Kalahari) ; il en restera 20 000, qui croupiront dans des camps de concentration. Mme Heidemarie Wieczorek-Zeul, ministre du Développement dans le gouvernement de Gehrardt Schroeder s’excusera pour ces atrocités en août 2004 à Okakarara.

30 10 1904                 La Mutualité régale à la salle des Machines, au Champ de Mars 26 000 de ses membres : cela représente 13 km de tables ! Ils remettront le couvert, et pour 50 000 personnes le 5 novembre 1905 !

31 10 1904                    Le Congrès du Brésil vote la loi rendant obligatoire la vaccination contre la variole. Mais les Cariocas – les habitants de Rio – la refusent et les brigades sanitaires entre de force dans les logements, accompagnés de la police pour vacciner. Dans la révolte populaire qui s’en suivra, on entendra : violeurs des foyers, tombeaux de la liberté etc… À partir du 10 novembre, les révoltés seront maîtres du centre ville, incendiant les trams, pillant les magasins, rejoint par les élèves de l’École militaire qui rêvent d’un coup d’État pour chasser les barons du café. Le gouvernement réagit et déclare l’état de siège pour un mois. La vaccination reprend le 11 novembre. Quelques mois plus tard, la variole sera éradiquée à Rio.

4 11 1904                     Le général André est ministre de la guerre dans le gouvernement d’Émile Combes. Il se fait gifler par le député nationaliste Syveton en pleine séance du Palais Bourbon : c’est l’affaire des fiches : pour favoriser l’avancement des officiers républicains anticléricaux, le ministre a lancé une vaste enquête interne sur les opinions religieuses des gradés : Vont-ils à la messe ? Ont-il envoyé leurs enfants dans des écoles catholiques ? etc… 20 000 fiches sont réunies et confiées pour vérification aux francs-maçons de la loge du Grand Orient de France, fer de lance de la lutte contre l’Église. Mais encore aurait-il fallu que l’intendance suive, c’est à dire qu’existent les écoles à même de former ces officiers laïques et républicains, car, dans les faits, même au plus fort des campagnes anticléricales, l’armée et la haute fonction publique ont continué de puiser une bonne partie de leurs cadres parmi les jeunes gens issus des meilleures écoles catholiques : le collège Stanislas et l’école Sainte-Geneviève. Le système aura été tout de même suffisamment efficace pour qu’au tout début de la guerre, 10 ans plus tard, le général Joffre se voit contraint à se passer des services de 180 généraux, sur les 425 que comptait alors l’armée ! L’affaire va entraîner la chute du gouvernement Combes, et, très probablement, le meurtre de Syveton, retrouvé asphyxié par des émanations de gaz dans son cabinet de travail le 8 décembre suivant.

C’est la grande époque de la franc-maçonnerie française : en 1895, Antoine Gadaud, maçon et ministre de l’agriculture déclarait : La franc-maçonnerie est la République à couvert. La République est la franc-maçonnerie à découvert. Le parti radical était noyauté par la franc-maçonnerie, et siégeait souvent à Matignon. Ne parlons pas de l’Elysée, limité à l’époque à l’inauguration des chrysanthèmes.

Quelques célébrités… sur une plage de près de 300 ans :

Hommes de lettres, philosophes : Montesquieu, Voltaire, Casanova, Choderlos de Laclos, le marquis de Sade, le comte Joseph de Maistre, Rouget de Lisle, Gotthold Ephraïm Lessing, Goethe, Herder, Alexander Pope, Burns, Walter Scott, Sheridan, Vittorio Alfieri, Stendhal, Emile Littré, Stéphane Mallarmé, Jules Vallès, Proudhon, Oscar Wilde, Vicente Blasco Ibanez, Alexandre Pouchkine, Heinrich Heine, Mark Twain, Arthur Conan Doyle, Rudyard Kipling, Georges Dumézil, Frederick Tristan.

Musiciens, grands compositeurs, mais aussi des jazzmen de renom : Joseph Haydn, Ludwig van Beethoven, Wolfgang Amadeus Mozart, Cherubini, Franz Liszt, Jean Sibelius, Giacomo Meyerbeer, Count Basie, Duke Ellington, Lionel Hampton, Louis Armstrong.

Politiques, rois, militaires, libérateurs, ministres : Frédéric II de Prusse, Frédéric-Guillaume Ier, Léopold Ier de Belgique, George Washington, George IV, George VI, Edouard VII et Edouard VIII (d’Angleterre), le marquis de La Fayette, Joseph Bonaparte, Benjamin Franklin, David Crockett, Franklin D. Roosevelt, Giuseppe Garibaldi, Winston Churchill, Harry S. Truman, Théodore Roosevelt, Lyndon B. Johnson, Simon Bolivar, Gerald Ford, Salvador Allende, Abd-el-Kader, Omar Bongo, Eduard Benès, le maréchal Joffre, Wellington, le comte de Mirabeau, Jules Ferry, Henri Emmanuelli, Roland Dumas, Pierre Joxe, Charles Hernu.

Artistes : Le sculpteur Bartholdi, Cecil B. De Mille, Oliver Hardy, Clark Gable, John Wayne, Marc Chagall, Juan Gris.

Savants, inventeurs et industriels : Les médecins Alexander Fleming et Edward Jenner, Samuel Hahnemann, inventeur de l’homéopathie, les frères Montgolfier, John Macadam, George M. Pullman, l’astronaute Edwin Aldrin, W.P. Chrysler, Henry Ford, Olds et André Citroën, Samuel Colt, le psychologue Ovide Decroly, Henri Dunant, fondateur de la Croix Rouge, K.C. Gillette, l’aviateur Charles Lindbergh.

13 12 1904          Pierre de Coubertin emploie, et c’est une première,  le mot mondialisation : c’est dans le Figaro : L’essentiel est que la propagande nationale se mette au diapason des conditions nouvelles instaurées, si l’on peut user d’un pareil langage, par la mondialisation de toutes choses.

28 12 1904              La loi retire aux églises catholiques et aux consistoires protestants le monopole des inhumations : les municipalités créent leur services de pompes funèbres.

1904                       Première machine d’imprimerie offset. Premier match international de foot. La montre bracelet fait son apparition. L’anglais J.A. Fleming invente la diode : 2 électrodes utilisables comme redresseur de courant. L’archéologue grenoblois Georges Legrain découvre dans le temple d’Amon-rê à Karnak une salle d’environ 2 300 m² contenant près de 800 statues, 18 000 figurines de bronze, des stèles etc…

Dans Trois façons de faire de la politique Yusuf Akçura, turc, parle de la nécessité d’une unité organique, voire raciale, de la société. Les Jeunes Turcs qui deux ans plus tard vont refonder leur mouvement au sein du CUP – Comité Union et Progrès – ont souvent étudié à Paris, Berlin ou Genève où ils ont pu admirer les darwinistes sociaux Ernst Haeckle, Gobineau, Gustave le Bon.

Cézanne n’aime pas tout ce qui fabrique un notable : Les instituts, les pensions, les honneurs ne peuvent être faits que pour les crétins, les farceurs et les drôles.

L’ingéniosité pour se procurer de l’eau là où elle est rare, ne cesse d’étonner :

La condition essentielle pour toute l’agriculture dans cette dépression de Turfan, c’est l’eau. [la dépression de Turfan, au sud-est d’Ourumqi, dans le Xinjiang chinois, est à – 154 mètres] À la vérité, quelques petits cours d’eau descendent des hauteurs montagneuses au nord dans la vallée. Mais cet apport d’eau, puisque c’est à peine s’il pleut en ce lieu, ne peut fournir qu’à une partie des champs le précieux liquide. Ceci, bien que les indigènes, qui n’ont aucun instrument de mesure et n’ont que leur large et lourde pioche (ketman) sachent si bien et si intelligemment calculer l’emplacement des canalisations en fonction des pentes, à tel point qu’ils tirent le meilleur parti possible de la quantité d’eau disponible. Ces incroyables tours de force sont le résultat de milliers d’années de pratique et d’expérience. On le voit aussi dans un dispositif très efficace mis en place par ces gens pour orienter dans la plaine les sources coulant de la montagne. Ces canalisations, appelées kariz en persan, sont conçues comme suit ; après avoir déterminé l’exact emplacement de la source, un grand nombre de puits de forage, souvent très profonds, sont creusés en une longue ligne droite là où le sol s’élève en pente. Quand ces puits sont mis en place, ils sont joints l’un à l’autre par des tunnels, la source est dirigée alors vers le trou le plus élevé, descend le long du tunnel, et, puisque ces puits sont moins en pente que le terrain, l’eau jaillit à l’endroit désiré dans la plaine. Cette tâche difficile est l’œuvre de gens qui n’ont aucune aide scientifique.

La région entre les montagnes et l’oasis est coupée par ces kariz, et, la nuit, ils constituent un danger pour tout étranger à cheval, puisque leurs ouvertures, en forme de cratères, sont toujours béantes.

La répartition de l’attribution de l’eau relève du miràb (en persan : roi de l’eau). On l’appelle aussi su nun bâgi (en turc), ce qui signifie la même chose ; ou encore, en persan, bàràndàd (dispensateur de la pluie). Il doit tenir des registres à jour et, en général, seuls les indigènes les plus intelligents, les plus honnêtes, les plus riches, ont la charge de ces fonctions.

Albert von Le Coq    Les Trésors enfouis du Turkestan chinois, Oxford University, 1985 Traduit par Jeanne-Marie Santraud

Galerie des Karez, près de Turpan.

Au nord-est, Ourga [aujourd’hui Oulan-Bator, capitale de la Mongolie Extérieure], le spectacle n’est pas toujours réjouissant :

Les environs d’Ourga [aujoud’hui Oulan Bator, capitale de la Mongolie Extérieure] sont absolument désolés ; pas un arbre, pas la plus petite herbe verte ne vient rompre la monotonie d’une immense plaine caillouteuse, où le vent du nord, presque quotidien, soulève une poussière jaunâtre, qui bien souvent obscurcit l’horizon. L’aspect de la ville elle-même n’est guère plus réjouissant. Dans les rues, sur les places publiques s’amoncellent – parmi d’énormes tas d’immondices – des cadavres d’animaux, des détritus de toute espèce, autour desquels rôdent des chiens par centaines.

Bêtes hideuses à l’œil mauvais, au poil hirsute, aux dents de loup, ces chiens sont toujours en quête d’une proie, et quand, la nuit venue, la ville est tout entière livrée, ce sont des batailles épiques, des hurlements féroces, des cris de détresse qui durent jusqu’au lever du jour. Sans eux, Ourga serait un immense charnier, car les Mongols n’enterrent pas les cadavres – la religion le leur défend – mais ils les déposent aux portes de la ville. Aussi bien, les nombreux ossements qui font à la cité sainte comme une effroyable ceinture de squelettes, avertiraient-ils le voyageur ignorant de cette macabre coutume.

Souvent même, on n’attend pas que le malade ait rendu le dernier soupir pour le jeter à la voierie. Dans la crainte que l’esprit du mort ne vienne quelque jour hanter la hutte familiale, on couche le mourant dans la rue ; et il reste là, couvert de haillons sordides, sous la seule garde de chiens affamés qui attendent l’instant où, la mort ayant fait son œuvre, ils pourront enfin se précipiter sur le cadavre et le déchirer en lambeaux…

Ēmile Bouillane de Lacoste Au pays sacré des anciens Turcs et des Mongols. Paris Émile-Paul, 1911

2 01 1905                   Capitulation russe à Port Arthur : jusqu’alors cédé à bail à la Russie depuis 1898, Port Arthur devient japonais.

9 01 1905   [dans le calendrier grégorien]          Première révolution russe à St Pétersbourg. Le pope Gapon organise sur la place du Palais d’Hiver à Pétersbourg une manifestation qui rassemble deux cent mille ouvriers chantant Dieu sauve le tzar : une pétition doit être remise à Nicolas II. Dans le fond, ils ne demandaient que du pain, ils ne voulaient plus être des ventres creux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les soldats tirent… des barricades se dressent ; on compte une centaine de morts : c’est le dimanche rouge. Bolchevistes comme libéraux, désemparés par la spontanéité du mouvement, ne surent pas canaliser le mécontentement. Le nombre de manifestants était probablement inattendu, mais la manifestation n’était que l’aboutissement d’une longue préparation initiée par ce prêtre orthodoxe, sur fond de pacifisme bien affiché, dans un cadre tout à fait légal.

Chaque bonnet d’enfant, chaque gantelet, chaque châle de femme abandonné ce jour-là piteusement sur la neige de Saint-Pétersbourg rappelait à chacun que le tsar devait mourir, que le tsar mourrait.

Ossip Mandelstam

Nombre de socialistes juifs, dont les actions avaient entraîné de nouveaux pogroms, émigrèrent en Palestine. Par contre, Trotski, à ce moment-là en tournée de conférences à travers la Suisse, pris d’une grande peur de se faire doubler par ce pope, revint en Russie, avec sa nouvelle femme Natalia, juste le temps de réaliser que les risques d’être rapidement arrêtés étaient trop importants, et de se réfugier alors en Finlande. Sa femme avait été rapidement arrêtée.

Witte, chef du gouvernement, sauve le pouvoir en faisant arrêter le président du soviet de Saint Pétersbourg.

Écoute, écoute paysan… […] Voici comment le tzar a parlé à son peuple.[…] 200 000 ouvriers s’avançaient vers le palais. Ils avaient mis leur costume du dimanche, tous, les jeunes et les vieux. Les femmes marchaient à coté de leur maris ; les pères et les mères tenaient leurs petits enfants par la main… Des troupes occupaient toutes les rues, toutes les places où le défilé pacifique devait passer. Laissez-nous aller jusqu’au tzar, suppliaient les ouvriers. […] Et c’est alors que tout est arrivé ! […] Les coups de feu ont retenti dans un grondement de tonnerre. La neige a rougi du sang des ouvriers…

Léon Trotski Lettre ouverte aux paysans.

Trois hommes font connaissance dans une cellule de prison :
  • Moi, je suis ici parce que je suis un opposant à Popov, dit le premier.
  • Moi, je suis ici parce que je suis un partisan de Popov, dit le second.
  • Et moi, je suis Popov, enchaîne le troisième.

2 02 1905                              Joseph Pinchon et Cauméry ont écrit et illustré une des premières bandes dessinées : Les aventures de Bécassine que la maison Maurice Laudrand édite au sein de La semaine de Suzette.

En 1940, les Allemands s’empresseront de mettre au pilon tout ce qui pouvait rester de Bécassine aux Editons Laudrand : Otto Abetz, patron allemand de la France occupée, était professeur de dessin et donc bien placé pour mesurer son effet corrosif ; en l’occurrence lui étaient restés en travers de la gorge les très nombreuses phrases de Bécassine comportant le terme Boche, dans les années qui suivirent la grande guerre : ceci dit, le goût de la revanche lui avait quelque peu faussé le jugement – à moins que ce ne soit sa femme, française – en prêtant à cette pauvre et gentille nigaude bretonne une capacité de nuisance qu’elle n’avait pas. Il n’y aurait donc pas eu de livre plus dangereux pour l’Allemagne nazie en 1940 à Paris ! à désespérer de l’insolence et de la causticité françaises !

20 02 au 11 03 1905          Bataille de Moukden – aujourd’hui Shenyang – entre la Russie et le Japon : les trois armées russes se retirent à 100 kilomètres au nord de Moukden.

21 03 1905                  Le service militaire est réduit de 3 à 2 ans.

31 03 1905                   L’Allemagne revendique le droit à la concurrence dans la constitution des empires coloniaux : cela se passe à Tanger :

C’est au sultan, en sa qualité de souverain indépendant, que je fais aujourd’hui ma visite. J’espère que, sous la souveraineté du sultan, un Maroc libre restera ouvert à la concurrence pacifique de toutes les nations, sans monopole et sans annexion, sur le pied d’une égalité absolue. Ma visite à Tanger a eu pour but de faire savoir que je suis décidé à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour sauvegarder efficacement les intérêts de l’Allemagne au Maroc. Puisque je considère le sultan comme un souverain absolument libre, c’est avec lui que je veux m’entendre sur les moyens propres à sauvegarder ces intérêts. Quant aux réformes que le sultan a l’intention de faire, il me semble qu’il faut procéder avec beaucoup de précaution, en tenant compte des sentiments religieux de la population pour que l’ordre public ne soit pas troublé. 

Guillaume II, empereur d’Allemagne : entretien avec le représentant du sultan, Moulay Abd al-Malek, nommée lors de sa diffusion Discours de Tanger

25 04 1905                Fondation de la SFIO : Section Française de l’Internationale Ouvrière, qui réalise la fusion du Parti socialiste français de Jean Jaurès et du Parti socialiste de France de Jules Guesde. L’orientation repose sur trois principes : l’entente internationale des travailleurs, l’organisation du prolétariat en parti de classe pour la conquête du pouvoir, la socialisation des moyens de production et d’échange.

30 04 1905                 Jean Jaurès, dans les arènes de Béziers, s’adresse aux ouvriers agricoles en grève ; c’est son premier meeting :

Tant qu’une immense multitude opprimée ne pourra utiliser ses bras qu’avec la permission de la classe possédante, la République sera mutilée, boiteuse, chancelante, et nous voulons la République debout, la République aux yeux fiers et elle ne le sera que lorsque la propriété collectiviste et communiste sera substituée à la société oligarchique.

[…] Quelle honte pour le capitalisme d’avoir transformé en servitude cette noble fierté du travail. Demain, le travail sera honoré et rémunéré selon sa valeur. Les hommes choisiront eux-mêmes les chefs des travailleurs comme ils les choisissent aujourd’hui dans la société politique. Ils se dresseront, pour la première fois, vers la liberté, vers la fierté, vers l’indépendance, vers le soleil en acclamant la révolution libératrice.

Marcelin Albert et 30 vignerons d’Argeliers sont là, qui affichent leur programme sur le chapeau : grève des élus et refus de l’impôt, rejeté par le comité régional viticole de Béziers. Mais il n’était pas encore vraiment pris au sérieux.

Dans ces années-là, Georges Clemenceau affronte le même ennemi, et un siècle plus tard, ses mots n’auront pas pris une ride :

Il y a quelque chose de plus redoutable encore que le grand industriel, c’est la société anonyme qui est maintenant la règle de la haute industrie […] Là, pas même ce patron vers qui peut monter, de hasard, un cri de pitié. Les patrons, ce sont les actionnaires changeants, dispersés dans le monde, qui ne connaissent de l’usine que le dividende […] et sous le tour de vis impitoyable, le dividende péniblement exprimé du travailleur s’accumule au profit d’inconnus.

Georges Clemenceau La mêlée sociale        1895

1 05 1905                   Le lendemain Jean Jaurès visite la cave de Maraussan : Paysans, ne demeurez pas à l’écart. Mettez ensemble vos volontés et, dans la cuve de la République, préparez le vin de la révolution sociale

Il en rendra compte dans la presse une semaine plus tard :

Les militants se sont bien gardés de heurter ce qu’il y a de plus profond et, en un sens, de légitime dans les habitudes paysannes. Ils n’ont pas demandé à ces petits propriétaires vignerons de renoncer à leurs parcelles de propriété, assez inégales, et à l’autonomie de la production. Mais ils les ont habitués à pratiquer l’association dans un sens toujours plus communiste. Les associés de la société des Vignerons libres travaillent chacun son tout petit domaine, mais ils ont commencé par avoir un chai commun, une cave coopérative commune. Ils ont pu, ainsi, par le mélange de leurs vins, créer quatre ou cinq types et avoir leur marque. Par là, ils ont pu entrer en rapport avec les coopératives ouvrières de consommation, notamment avec les grandes coopératives parisiennes.

Mais il ne leur a pas suffi d’organiser la vente. Maintenant que, dans une première application de l’association, ils ont vaincu l’esprit de défiance, ils vont plus loin, et ayant organisé la vente, ils commencent à organiser la production. Ils construisent, en ce moment, une cave de vinification. Ce ne sont plus les vins tout faits que les vignerons apporteront à la cave commune, mais les raisins, et le travail de vinification se fera dans des conditions scientifiques.

J’ai eu une grande joie à visiter, avec les vignerons qui chômaient le 1° mai, le vaste terrain acquis par eux et où sont creusés les fondations du nouvel édifice. Il est tout voisin de la gare et des conduites mèneront le vin aux wagons-réservoirs qui portent aux ouvriers parisiens le bon et loyal produit des vignerons maraussanais.

3 05 1905                   Un fraudeur qui a fabriqué et vendu 12 000 hectolitres de vin artificiel, est condamné à Nîmes… à 16 francs d’amende : le prix d’un hectolitre de vin.

27 05 1905                   Victoire navale japonaise avec à sa tête l’amiral Tōgō sur la flotte russe de l’amiral Rojestvenski dans le détroit de Tsushima, qui sépare la Corée du Japon. Cette dernière venait à peine d’arriver dans les parages : à cette époque, on ne se risquait pas encore à passer par l’océan arctique : le suédois Nordenskjöld l’avait certes fait pour la première fois vingt-six ans plus tôt, mais entre une expédition scientifique méticuleusement préparée et l’appareillage en urgence de toute une marine de guerre, les appréciations ne peuvent être les mêmes : aussi la flotte russe était-elle passée par le cap de Bonne Espérance…huit mois[1] ! c’est là un train de sénateurs – une vitesse maximum de 8 nœuds quand les bateaux japonais allaient deux fois plus vite. Les Japonais, au mouillage à Masampo, en Corée, entourés d’eaux plutôt chaudes avaient l’habitude de caréner régulièrement leurs navires, les Russes, entourés d’eaux plutôt froides et donc moins touchées par les accroches d’algues et de bernacles, n’avaient pas eu le temps de caréner leur navires et de toutes façons ces nombreux mois dans des eaux chaudes suffisaient pour voir proliférer sur la partie immergée des coques algues et coquillages. Quel long voyage pour être tout bonnement coulée par le fond à l’arrivée ! Une bonne dose d’audace, puis une puissance de feu à faible distance bien supérieure, et c’est la quasi-totalité soit 36 navires de la flotte russe qui est touchée coulée. Deux destroyers et un croiseur parvinrent à se réfugier à Vladivostok, six autres petits navires s’abritèrent dans des ports neutres. Cinq mille marins et officiers russes tués, six mille prisonniers ! le désastre pèsera lourd dans la révolution russe en cours : les – macaques – c’était de ce nom que Nicolas II affublait les Japonais, avaient coulé la flotte de la Grande Russie !

31 05 1905                  Visite en France d’Alphonse XIII d’Espagne ; le 1° Juin, il échappe à un attentat.

7 06 1905                   Le Président du Conseil norvégien Michelsen fait voter la déchéance du roi Oscar II , jusqu’alors, roi de Norvège et de Suède, qui étaient deux royaumes indépendants sous un même roi. En novembre, la Norvège se donnera par référendum un nouveau roi Haakon VII, rien que pour elle.

27 06 1905             La durée du travail des mineurs est ramenée à 8 h/j, avec des paliers de 2 ans, on pourrait dire des paliers de décompression, à 9 heures, puis à 8 h 30′. Les marins du cuirassé Potemkine mouillé à Sébastopol se mutinent : ils en ont marre de mal manger. Quelques officiers sont tués et ils emmènent le navire à Odessa où l’escadre refuse de se rallier à eux. Ils se rendent aux autorités roumaines de Constanta.

14 07 1905                  La loi donne droit à une assistance à tout Français âgé de plus de 70 ans, privé de ressources, incapable de travailler, atteint d’une maladie ou d’une infirmité incurable : avec une telle quantité de conditions à remplir, la mesure n’a pas dû vider les caisses : les intéressés devaient se compter à peu près sur les doigts de la main.

1 08 1905                   Création au sein du ministère des finances, du service de la répression des fraudes et de la falsification des boissons alcoolisées, aromatisées à base de raisin ou de pomme. Elle définit le vin comme le produit exclusif de la vigne : cela sera jugé insuffisant, d’autant que l’État ne se dotait pas des moyens financiers aptes à faire appliquer la loi.

5 09 1905                   Dans la guerre sino-russe, la médiation des États-Unis aboutit au traité de Portsmouth : Leao-tong est rétrocédé au Japon, qui prend aussi Port Arthur et des droits  sur la Mandchourie, notamment les droits russes sur le chemin de fer sud-mandchourien, et le protectorat de la Corée. Le Japon va fournir en Mandchourie un effort économique considérable : chemins de fer, installations industrielles, développement des mines et de l’agriculture : le haricot soja nourrissait les hommes, améliorait les sols quand on le pressait en tourteaux, donnait du plastique quand on le traitait chimiquement.

Protectorat japonais en 1905, colonie en 1910, la Corée est partie pour être déchirée pour longtemps entre la Chine et le Japon. Néanmoins, si la division nord-sud était antérieure, le pays avait une longue histoire de civilisation développée, riche d’une culture qui avait rayonné bien au-delà de ses frontières :

Quand, à la fin du XIX° siècle le Japon fait main basse sur la péninsule de Corée, ultime embarcadère de l’Asie vers le Pacifique, le pays, qui sort d’un siècle d’incurie politique, de gaspillage économique et de troubles sociaux, est exsangue. Trois générations durant, elle va continuer à endurer les pires catastrophes : colonisation, guerre meurtrière, partition, une dictature qui, au nord, dure encore. À ne retenir que cette période de drames, on pourrait croire que les Coréens sont voués au martyre.[…] Mais la réussite actuelle du Sud n’est pas un miracle inexplicable. Elle est la suite logique d’une histoire ancienne et le signe que la Corée renaît une fois de plus de ses cendres. Un peu comme si les portables Samsung et les automobiles Hyundai faisaient écho aux couronnes de Silla, aux céladons de Koryô ou au han’gul [alphabet coréen composé de 24 lettres formées de traits géométriques simples établi en 1446, beaucoup mieux adapté au clavier d’ordinateur que les idéogrammes japonais et chinois] du roi Sejong.

Pascal Dayez-Burgeon        L’Histoire N° 385 mars 2013

Voisine de la Mandchourie, l’extrême est de la Sibérie est explorée par Ferdynand Ossendowski, polonais, géologue, qui effectue plusieurs missions scientifiques de prospection surtout pétrolière mais aussi minérale en Sibérie dans le piémont des Monts Altaï, source de l’Ob, – au nord de la frontière entre l’actuel Kazakhstan et la Mongolie  et encore dans l’extrême est, Vladivostok et l’Île Sakhaline. Dans cette dernière contrée, il marche sur les pas de son illustre prédécesseur, Nikolaï Prjevalski, – dont on donna le nom à une race de chevaux [2], qui l’explora de 1867 à 1869.

La première impression qui ressort de son Asie fantôme est la découverte d’un monde qui n’est pas à conquérir car tout ce territoire s’inscrit dans une histoire millénaire : on y découvre le dolmen d’Abu Khan, le chef des Ouïghours, tué par Gengis Khan, des tribus aux traditions séculaires, les Khirgiz, les Aïnous, les Orogons, les Yakoutes, les Ostiaks, les Gold, les Tartares de l’Abakar, des chamans qui pendent aux arbres les morts avec pour tout linceul des écorces de bouleau, des peuples dont le mode de vie est resté inchangé depuis des siècles : les Aïnous, dépositaires d’une connaissance approfondie de la nature, où tout est signe, lisant un paysage, une mer avec des yeux d’encyclopédiste là où un œil occidental ne dispose que d’un digest superficiel. Les drames de tous les peuples qui sont tombés sous le joug des Russes, aux comportements en tous points semblables aux conquérants de l’ouest américain : de l’alcool, de l’alcool et encore de l’alcool pour qu’abrutis, ils vendent leurs fourrures pour un prix dérisoire, quand ce n’est pas de prix du tout, seulement de l’alcool…, à en décimer des peuplades entières : il suffit qu’une tribu s’enivre un soir et qu’une vague de froid vienne là-dessus et tout le monde meurt de froid. Soixante ans plus tard, la situation n’aura pas changé : Sakharov le rapporte dans ses Mémoires : on saoule systématiquement les chasseurs sibériens indigènes : les agents de l’État arrivent en hélicoptères, chargés pour l’essentiel de vodka ; pendant plusieurs jours, les chasseurs, leurs femmes, leurs enfants et leurs vieux parents sont ivres morts, tandis que l’hélicoptère emporte un chargement de fourrures destinées à l’exportation.

Une richesse inouïe de la faune, l’accroissement naturel restent nettement plus important que le prélèvement opéré par les chasseurs, peu nombreux pour l’immensité du territoire. Dans ces immensités, une région de cocagne ou faune et flore tropicale voisinent avec faune et flore de la toundra : .

Entre le fleuve Amour, la frontière coréenne, l’océan Pacifique et la Mandchourie se trouve la région oussourienne. Elle est traversée par l’Oussouri et ses affluents, la Songacha et le Daobi Ho, et divisée en deux parties par les montagnes de Sikhota-Alin.

C’est une étrange contrée, où se rencontrent le Nord et le Sud. Des pins, des sapins, des cèdres et des bouleaux arctiques poussent à côté de noyers, de tilleuls et de chênes-lièges, de palmiers dimorphes et de vignes. Le renne, l’ours brun, la zibeline vivent dans la même forêt que le tigre, le boa constricteur et le loup [3]. Sur les eaux des lacs, sur les marécages ; autour du lac Khanka, l’oie, le cygne et le canard du Nord se mêlent au cygne noir d’Australie, au flamant des Indes, au héron de Chine et au canard mandarin. Est-on face à une énigme ou à une facétie de la nature

La légende, fleur de la pensée et de l’imagination des indigènes, dit ceci :

Quand Dieu eut achevé la création du monde, qu’il eut mis partout les arbres, les buissons, les herbes, les animaux, les oiseaux et les reptiles destinés à chaque région, il ne resta plus qu’une partie de la terre qui fût dénudée et sans vie : c’était la contrée qu’arrose l’Oussouri. L’Esprit du fleuve s’écria :

– Créateur, tu as donné à tous les pays des présents magnifiques et c’est cette région seulement que tu n’as pas favorisée. Sois généreux et accorde-lui tes bienfaits selon ta sagesse et ta miséricorde !

Dieu entendit la voix de l’Esprit du fleuve et, prenant partout des plantes, des animaux, des oiseaux, des reptiles et des pierres précieuses, il les répandit sur le pays de l’Oussouri. La terre se couvrit de fleurs, des tribus nombreuses arrivèrent, cherchant le bonheur et la richesse.

Les explorateurs russes, depuis les temps les plus reculés, ont appelé cette contrée la perle de l’Orient.

Avant la révolution bolchevique, le musée de la Société d’Études de la région de l’Amour possédait quelques spécimens de boas de l’Ossouri. Ce type zoologique fournit une des meilleures preuves que la région constitue un véritable champ de bataille entre le Nord et le Sud. Dans la même forêt, l’habitant des régions neigeuses subarctiques, la zibeline, rencontre la terreur des jungles tropicales, le boa. La nature, afin de créer pour le boa un habitat qui lui soit familier, a fait pousser dans la taïga le palmier (Dimorphantus Palmoideus) tout près de l’arbre originaire de la zone arctique, le cèdre ; à travers les vignes vierges qui l’entourent, le tigre de l’Amour, cousin de celui du Bengale, se fraye un passage. Tout ceci conduit le voyageur à penser que la nature, au moment où la flore et la faune du pays furent créées, a oublié ses principes ou les a délibérément ignorés, par caprice.

[…] Si le voyageur veut voir une région où se mêlent le Nord et le Sud, où les contrées arctiques rejoignent l’Egypte et l’Inde, où la Sibérie touche le Japon, il n’a qu’à venir sur les bords du lac Khanka, à la frontière de la Mandchourie, [sur le 45° parallèle, celui de Bordeaux. ndlr].

Ferdynand Ossendowski      Asie fantôme       Phébus Libretto 1996

On serait tenté de penser ces terres bénies des dieux, idylliques, si… si n’était quasiment partout le goût de cendre d’un monde marqué à jamais semble-t-il, par le bagne. Un monde, car, hors l’enceinte même des bagnes, dont le principal se trouvait sur l’île Sakhaline, où les nervis du tzar se chargeaient de faire de la vie des condamnés un enfer – quinze ans plus tôt, Tchekhov avait déjà longuement, minutieusement visité Sakhaline -, de très nombreuses régions étaient imprégnées de la présence de nombreux évadés, vivant parfois dans des conditions décentes en des cabanes perdues, mais le plus souvent comme des bêtes traquées, installées dans des grottes quasiment secrètes, menant une vie de paria, faite de chasse, de rapines, de meurtres quelquefois, hantés par la sinistre Tcheka, l’ancêtre du NKVD des soviets, lancée continuellement à leurs trousses.

C’est la marque indélébile des Russes, diffuse sur l’ensemble du territoire. Plus localement, ils ont construit le chancre qu’est Vladivostok, – à la latitude de Gênes – qui ne comptait pas plus de 500 habitants 35 ans plus tôt quand y passa Prjevalski. Et le temps n’y apportera aucun changement : Joseph Kessel y séjournera à la fin de la première guerre mondiale, vingt ans plus tard, à l’occasion des ultimes soutiens occidentaux aux Russes Blancs combattant les soviets, et la ville sentira toujours cette vilaine odeur mafieuse. Dans la décennie 2010, la folie y sévira toujours, avec un  pont somptueux à 731 millions d’€ reliant le continent à l’île Rousski, près de Vladivostok, inutilisé en raison de l’absence totale d’activité économique sur cette île à peine peuplée.

La population de Vladivostok était étrangement mélangée. Elle se composait de fonctionnaires russes qui buvaient, faisaient fortune grâce aux pots-de-vin ou finissaient en prison, d’officiers ivrognes et joueurs, de spéculateurs, de petits industriels usant et abusant d’une main-d’œuvre à vil prix que ne protégeait pas la loi, de bandits, de marchands d’esclaves, de faussaires, de maîtres chanteurs, d’individus sans profession ou dont la profession allait du banditisme à d’étranges pratiques d’enrichissement; de la lie de ces pays où l’on pouvait recruter des hommes pour toute espèce d’aventures, qu’il s’agît d’aller chercher de l’or sur les bords de la mer d’Okhotsk ou de partir à la chasse aux phoques dans les îles du Commandeur, ou bien encore de négocier avec les indigènes du Kamtchatka et d’Anadyr une peau de zibeline ou de castor contre seulement un verre d’eau-de-vie et une demi-livre de poudre.

Cette population à la moralité douteuse constituait la toile de fond du tableau sur lequel se déroulait l’histoire de la cité. Cette dernière n’avait été, à l’origine, qu’une simple forteresse russe près de laquelle se blottissait une petite ville avec ses cafés, ses restaurants suspects, ses tripots et tous les parasites sociaux qui sont la plaie des garnisons de frontière.

Au bout d’un certain temps, de nouvelles personnalités avaient fait leur entrée en scène : deux marins allemands déserteurs, un Hollandais poursuivi par la justice, un Suédois et un Finlandais, épaves de la destinée échouées sur les rivages du Pacifique. Un Russe, probablement évadé du bagne, les rejoignit bientôt et ils ouvrirent une petite boutique où la vodka, le tabac, le vin, les allumettes, les chandelles, les sardines et les cordages constituaient les articles principaux de leur négoce. La boutique n’avait pas beaucoup d’importance en elle-même, mais ses propriétaires s’enrichirent avec la rapidité de l’éclair, achetant des propriétés, élevant de magnifiques maisons sur des terrains où maintenant se trouvent les rues les plus importantes de la ville.

Si l’on veut remonter aux sources de cette fortune rapide, il faut chercher en dehors de la boutique, et même en dehors de la ville. Cette bande d’aventuriers entreprenants faisait des affaires bien plus fructueuses au large, où ils possédaient des voiliers de petit tonnage, rapides et bien armés, avec lesquels ils attaquaient les bateaux japonais, chinois et américains qui transportaient des fourrures, du ginseng, des cornes de cerfs, de l’or et d’autres marchandises achetées ou volées sur le territoire russe d’Extrême-Orient. Tout ce butin était caché en lieu sûr jusqu’au moment où il pouvait être vendu. Ce commerce lucratif continua pendant plusieurs années et procura à ses initiateurs des situations honorables dans la ville, si bien qu’au bout du compte ils purent abandonner leurs entreprises maritimes pour se consacrer à des occupations sans doute moins profitables mais rentrant dans les limites strictes de la loi.

Quand un courageux magistrat institua une enquête sur les origines de la fortune de ces potentats d’Extrême-Orient, il paya de sa vie son audace. On l’invita à une chasse au cerf, il reçut une balle dans la tête, accidentellement. Sa mort mit un terme aux efforts tentés pour jeter une lumière purificatrice sur le sombre passé de ces honorables citoyens. Quelques-uns d’entre eux vivaient encore quand j’arrivai à Vladivostok. Tout le monde leur faisait des politesses, mais, derrière leur dos, on chuchotait les détails sanglants de leur trafic le long des côtes.

Ferdynand Ossendowski       Asie fantôme        Phébus Libretto 1996

17 10 1905                   En Russie, deux pouvoirs se combattent : le gouvernement, dirigé par Witte, haï par le tzar, et le soviet de Saint Petersbourg, présidé jusqu’aux événements de janvier par Gueorgui Nossar-Khroustaliov, auquel avait succédé Léon Trotski, avec le soutien de Lénine, Martov et Tchernov revenus alors en Russie.

Dans sa manière de parler, Trotski était tout l’opposé de Lénine. Lénine arpentait la tribune. Trotski restait immobile. Rien dans le style de Lénine n’approchait l’éloquence fleurie dont Trotski inondait le public. Lénine ne s’écoutait pas. Trotski non seulement s’écoutait, mais en plus il s’admirait. Il était l’incarnation même de la vanité.

Roman Goul

Serge Witte fait signer au tzar Nicolas II le Manifeste sur le perfectionnement de l’ordre de l’Etat, qui garantit les libertés civiles et institue une assemblée législative élue – la Douma -: c’est, avant la lettre, la première Constitution russe.

Devant l’échec de Trepov, gouverneur de Saint Petersbourg, le tzar se tourna vers les solutions proposées par Serge Witte, qu’il haïssait pourtant, mais qui disposait d’une aura importante : il venait de signer aux États-Unis une paix honorable pour son pays avec le Japon. Le tsar créa pour lui le poste de président du Conseil des ministres. On crut que c’était la fin de l’autocratie et le premier pas de la Russie vers la monarchie constitutionnelle.

Le Manifeste accordait un certain nombre de libertés immédiates : conscience, parole, réunion, association. Un ministère homogène fut constitué sous la direction de Witte. Le gouvernement annonça qu’il ne s’immiscerait pas dans les futures élections pour la Douma législative élue au suffrage universel. Les Règlements provisoires furent abrogés.

Il restait cependant des ambiguïtés : la Douma aurait-elle un rôle constitutionnel et les ministres seraient-ils responsables, et devant qui ?

À l’annonce du Manifeste, la population laissa éclater sa joie, pavoisa les rues et chanta La Marseillaise des Travailleurs. La victoire n’était satisfaisante pour personne, mais, pour les libéraux, les socialistes et les ouvriers, le Manifeste n’était qu’un premier pas.

La pression des ouvriers s’accentua. Les soviets ouvriers se multiplièrent. Il y eut même des soviets de soldats parmi les troupes revenant du front. Il y eut des insurrections de marins : à Kronstadt et à Sébastopol en novembre. À l’initiative des socialistes révolutionnaires, des soviets de paysans se constituèrent. Des révoltes rurales avaient toujours lieu : 219 soulèvements en octobre, 796 en novembre et 575 en décembre. L’Union paysanne pan-russe réclamait la nationalisation du sol, donc la suppression de la propriété privée du sol.

Pourtant, la majorité des paysans était favorable au Manifeste et faisait confiance à la Douma ; d’autant plus que les premières mesures de Witte furent favorables aux paysans. Les libéraux créèrent le Parti constitutionnel démocratique ou KD, dirigé par Milioukov et Malakov. Les modérés parmi les socialistes révolutionnaires créèrent en janvier 1906 le Parti social du peuple qui joua le jeu de la démocratie et de la Douma.

Le gouvernement joua alors sur les divisions de l’opposition : en 1906, il diminua de moitié les sommes encore dues par les paysans pour le rachat des terres datant de l’abolition du servage en 1861 ; en 1907, cette dette fut totalement effacée ; le fermage fut diminué, et les salaires des ouvriers agricoles augmentés.

[…]      À la fin du mois de novembre 1905, il ne restait plus comme opposition que le mouvement ouvrier et l’Union paysanne pan-russe. Witte fit arrêter les dirigeants de l’Union paysanne le 27 novembre et les membres du soviet ouvrier de Saint-Pétersbourg, dont Léon Trotski le 16 décembre. Le soviet de Saint-Pétersbourg appela à la Révolution. Le soviet de Moscou prit le relais. Des troupes nombreuses furent acheminées par train à Moscou. Du 22 décembre 1905 au premier janvier 1906 des combats qui firent plus d’un millier de morts opposèrent les ouvriers de Moscou à la police et à l’armée. Il y eut encore quelques agitations sporadiques en 1906 : des grèves, des révoltes paysannes ou des mutineries dans l’armée ou la marine, mais le gouvernement réussit à maintenir l’ordre.

Nicolas II avait octroyé une constitution garantissant les libertés fondamentales et une Douma élue. Apparemment, la Russie prenait la voie de la démocratie et de la liberté. Mais, la première Douma, dominée par les KD fut impuissante. L’empereur refusait de nommer un gouvernement correspondant à la majorité à la chambre. Celle-ci refusait toutes les mesures gouvernementales et le gouvernement refusait toutes les mesures proposées par la Douma. Elle fut dissoute deux fois successivement, jusqu’à l’élection d’une majorité docile et favorable au tsar. Il avait fallu pour cela procéder à des modifications des modalités électorales. La Douma dite des Seigneurs fut alors docile et on revint à un fonctionnement de type autocratique.

Wikipedia

Ferdynand Ossendowski, qui écrira des livres splendides sur la Sibérie, prendra alors la tête d’un mouvement séparatiste qui aurait dû couper la Sibérie orientale du reste de la Russie. Il avait son siège à Kharbin et des sous-comités avaient été créés à Vladivostok, Blagovestchensk et Tchita. Il durera ce que dura la révolution russe de 1905.

24 10 1905                   Les frères Wright effectuent un vol de 38 km.

30 10 1905                 A Saint Pétersbourg, la plus grande grève générale que le monde ait connu entérine la décision de convoquer une assemblée nationale législative.

7 11 1905                     En France, la loi refuse le droit de vote aux salariés de l’État.

13 11 1905               Georges Claude expose à l’Académie des Sciences la mise au point dans son usine de Boulogne Billancourt de la fabrication industrielle d’air liquide.

28 11 1905          En Irlande le journaliste Arthur Griffith crée le  pari Sinn-Féin, qui signifie nous –mêmes en gaélique : L’Acte d’Union entre la Grande Bretagne et l’Irlande est illégal [car ne donnant pas assez d’autonomie à l’Irlande]; par conséquent, la double-monarchie établie sous le Parlement Grattan et la Constitution de 1782 sont toujours en vigueur. Les débuts sont plus que laborieux. Plus tard, il se ralliera à l’idée de république irlandaise. En 1917, Eamon de Valera deviendra président du parti.

9 12 1905                   Le socialiste Aristide Briand fait adopter la loi de séparation des biens de l’Église et de l’État : les biens du clergé sont transférés à des associations cultuelles, les desservants des paroisses ne sont plus rétribués par l’État : c’est la rupture avec l’Église catholique et la suppression de tous ses droits.  La liberté de conscience et le libre exercice des cultes sont garantis. Les deniers de la République ne serviront qu’au seul entretien  des édifices religieux. Aristide Briand certifie que l’État laïque n’a pas à se soucier de l’éventuelle signification religieuse d’un habit.

La loi de 1905 invite les croyants à ne pas nuire à la liberté des non-croyants, et interdit aux non-croyants d’attenter à la liberté des croyants.

Philippe Portier

La Sorbonne abandonne la règle fondamentale qui voulait que toute thèse soit soutenue en latin.

10 12 1905                  Frédéric Mistral partage avec l’Espagnol José Echegaray le Nobel de littérature.

15 12 1905                  Le Père Noël pour les Marseillais s’appelle Ferdinand Arnodin qui leur apporte le Pont Transbordeur – pont à contrepoids et articulation –  : il enjambe le Vieux Port à son entrée sur 240 m de long ; il est à 86 m de haut ; il a fallu 1 180 tonnes de câbles et d’acier pour construire tout cela. Il offre un restaurant d’où on a une vue imprenable sur le centre de Marseille, une nacelle suspendue au tablier de 10 m x 12 m, qui fait passer d’une rive à l’autre une automobile et 200 personnes en 1’30 » : le rendement est nettement plus élevé que celui du ferry-boat voisin. Il suscitera l’engouement des artistes, des architectes, on lui consacrera un film, un livre, des photos sur toutes les coutures, et quelques tableaux.

Le pont tranbordeur (Marseille, 13) - Page 2

Louis-Mathieu Verdilhan [1875-1928], André Verdilhan [1881-1963]. Le pont transbordeur

André HAMBOURG Le port de Marseille et le pont ...

Le port de Marseille et le pont transbordeur.1940 André Hambourg 1909-1999

Charles Camoin [1879-1965] Marseille, le Pont transbordeur. 1928

Actualités | Et si le Vieux-Port de Marseille retrouvait bientôt son pont transbordeur... | La Provence

et demain, rêve ou cauchemar ?

Ferdinand Arnodin est brillant ingénieur mais piètre gestionnaire : on l’a déjà deviné avec ses premières réalisations, à Nantes puis Rouen, en s’en tenant aux réalisation nationales ; mais cette fois, il s’avance encore plus en proposant à la ville de Marseille de prendre à sa charge l’intégralité des frais de construction et d’installation du pont (! : ndlr) à la seule condition de s’en voir réservé l’exploitation pendant 75 ans. Après une bonne quinzaine d’années d’exploitation bénéficiaire – 1.6 million de passagers en 1919 – les frais en augmentation finiront par dépasser inexorablement les entrées en régression surtout à cause du développement de l’automobile. L’incurie administrative, la mort de Ferdinand Arnodin en 1924, les deux guerres à venir – la 1° en enlevant à l’entreprise les hommes en charge de la maintenance, la 2° en bombardant l’ouvrage le 22 août 1944 – feront le reste pour lui donner une durée de vie moindre que celle d’un homme à cette époque : 40 ans. Le 1° septembre 1945, on fera place nette des derniers vestiges.

La galéjade marseillaise récupérera le Pont Transbordeur pour lui faire prendre la Sardine de Marseille qui bouchait l’entrée du  Vieux Port. Il n’empêche qu’un jour, en octobre 2017, la réalité rejoindra la galéjade, quand une baleine de 15 m. ira au bout d’une anse du Vieux Port, en s’y piégeant car elle ne pourra faire demi-tour pour regagner le large que tirée, poussée par les pompiers.

Quant au ferryboite mis en scène par Marcel Pagnol, il attendra l’an 2015, quand les sidérantes carences de Jean-Claude Gaudin, maire de la ville, en matière de gestion de personnel, le mettront en arrêt prolongé avant une mort définitive, tandis que continueront à rouler tranquillement les 2 000 véhicules de fonction de la mairie de Marseille !

Reflets du ferry boat - HONNORÉ Peintre

Honnoré

16 12 1905                    Le tsar Nicolas II fait arrêter le comité exécutif du soviet de Saint Pétersbourg, parmi lesquels Trotski. Le procès s’ouvrira le 19 septembre 1906 : Trotski en fera une tribune :

D’un coté, il y a la lutte, le courage, la vérité, la liberté…
De l’autre, la fourberie, l’ignominie, la calomnie, l’esclavage…
À vous de choisir, citoyens.

Verdict le 2 novembre : les prévenus furent jugés non coupables d’insurrection, mais la cour retint la subversion, un chef d’accusation moins grave qui leur valu tout de même la déportation à vie, la perte de tous leurs droits civils. Mais ils évitaient les travaux forcés.

1905                               Louis Blériot, Gabriel Voisin, Ernest Archdeacon mettent en route la première usine de construction d’avions, à Boulogne. Les frères Perret, architectes construisent à Paris le premier immeuble en béton. Voisin crée le premier planeur. Albert Einstein a 26 ans : il est employé au bureau des brevets de Berne ; en quatre articles publiés dans Annalen der Physik et une thèse de 37 pages, il révolutionne la physique : e = mc², les photons, le coup d’envoi de la mécanique quantique, l’espace courbe qui vient mettre à bas la gravitation universelle de Newton : tout est là.

Le Père de Foucauld s’installe à Tamanrasset. Le désert, c’est Dieu sans les hommes. Balzac

L’américain John Stevens reprend la suite des travaux du canal de Panama, après l’échec de De Lesseps ; le sens de l’organisation et la puissance industrielle américaine en feront un succès. Mais il lui faudra tout de même 10 ans de travaux, 367 M. de $ : 45 000 travailleurs sortiront 259 millions de mètres cube, en plus de ceux par les ouvriers de de Lesseps : au total, c’est quatre fois le volume extrait pour le canal de Suez, qui lui fait près de 200 km, contre 81 km pour Panama.

Première scission au sein du PS. Première Foire de Paris. Grève des ouvriers agricoles dans le Languedoc. Premier camp naturiste.

De 1885 à 1921, le prince Albert I° de Monaco aura effectué 28 campagnes scientifiques : sondages en haute mer, dragages profonds, immersions profondes de nasse, pêche au trémail ; il gardera longtemps le record du poisson pêché à la plus grande profondeur : 6 065 m : Grimaldichtys profondissimus. Il établira la première carte du fond des océans et rapportera des collections si importantes qu’il sera nécessaire de construire un musée pour les y exposer.

Des lueurs phosphorescentes, petites ou grandes, fixes ou fulgurantes, évoluent portées sur des êtres qui paraissent avoir capté les derniers rayons des astres éteints, pour éclairer leur existence aux domaines de la nuit éternelle.

Albert I°, prince de Monaco 1902

Dans les Alpes françaises, la route franchit les cols des Montets, pour aller de Chamonix dans le Valais, et du Glandon, pour relier la vallée de la Maurienne à celle de la Romanche.

Insurrection à Moscou : les combats entre insurgés et troupes du tsar font 670 morts et environ 2 000 blessés.

11 02 1906                 L’encyclique Vehementer Nos condamne la loi de séparation qui a bouleversé l’ordre très sagement établi par Dieu dans le monde.

Pour aider un peu à comprendre la puissance de cet anticléricalisme, il peut être utile de citer la prière qu’Yves Robert mettra dans la bouche d’un gamin du film La guerre des boutons en 1960, prière qui n’avait pas du tout été créée pour les besoins du film, mais provenait bien d’une mémoire collective : elle existait dès le début du siècle et en dit long sur le degré de niaiserie dans lequel on maintenait les enfants de l’Église ; il faut espérer que le contenu de Vehementer Nos était autre :

Le petit Jésus s’en va-t- à l’école
En portant sa croix dessus son épaule.
Quand il savait sa leçon
On lui donnait du bonbon
Une pomme douce
Pour mettre à sa bouche
Un bouquet de fleurs
Pour mettre à son cœur
Un drap blanc, un drap noir
Pour les âmes du purgatoire.

26 02 1906                   175 transbordeuses, se mettent en grève en gare de Cerbère : elles demandent à être payées dignement, et ce n’est pas le cas : 75 centimes par wagon déchargé, 1 franc [soit 3.93 € 2018 ; un kg de sucre en 1900 : 1.2 F] pour la cheffe d’équipe. Que font donc ces transbordeuses ? Elles déchargent en gare de Cerbère des trains d’oranges espagnoles pour les recharger dans des trains français ! Elles ne sont que 15 à avoir refusé de faire grève, et donc, les wagons d’oranges s’accumulent en gare de Cerbère : rapidement, elles obtiendront 25 centimes d’augmentation. Elles ne reprendront le travail que le 5 décembre, sans avoir obtenu beaucoup plus, mais sortant du conflit la tête haute.

L’affaire remonte à 1878, quand avait été inaugurée une liaison ferroviaire entre l’Espagne et la France, coté Méditerranée. Dans les années 1840, un rapport de techniciens espagnols avait préconisé le choix d’un écartement des rails – 1.668 m. – plus grand que dans la plupart des pays d’Europe – 1.435 m. -pour mieux faire face aux exigences d’un pays au relief accidenté. Qui plus est, l’Angleterre avait changé d’écartement et donc proposé son ancien à l’Espagne, à un prix défiant toute concurrence. Le résultat de l’affaire étant que pendant de nombreuses années, il faudra décharger les wagons de marchandise pour recharger ce fret sur des wagons dont les essieux étaient faits pour l’autre écartement. On trouvera des solutions, toutes coûteuses : des voies ferrées aux voies multiples, acceptant les deux types d’essieux, des essieux eux-mêmes adaptables, qui équipent par exemple le Talgo.

Elles ont eu le courage de dire « non » : Les transbordeuses d'oranges de  Cerbère (1906) – Une Histoire populaire

OLIVIER MOSSET | association

 

10 03 1906          6 h 40′       Coup de grisou à Courrières : 1 099 morts : 45 000 mineurs se mettent en grève. 13 hommes survivront 20 jours, buvant leur urine [4], mangeant le bois des étais, et la viande du seul cheval rescapé. Un quatorzième sortira le 4 avril. C’est d’ailleurs lors de cette catastrophe que naîtra ce terme de rescapé qui avait commencé par être escapé. L’absence de réelles mesures de précaution orientera les Mines vers un service public, plus à même d’édicter les règles et de réaliser les équipements nécessaires… mais cela va prendre du temps… les Houillères ne seront nationalisées qu’en 1946, devenant alors Les Charbonnages de France. Les veuves se verront distribuer l’argent d’une collecte, dans des conditions discutées… Clemenceau enverra 20 000 hommes pour mater la grève, avec consigne d’éviter le recours à la force : le lieutenant Lautour sera cependant tué au cours d’échauffourées.

Une mesure qui concerne tous les salariés : le repos hebdomadaire obligatoire d’au moins 24 heures consécutives.

Dans un des puits d’exploitation de la Compagnie des mines de Courrières, réputée pour être une des plus sûres, un coup de grisou, à plus de 300 mètres de profondeur, provoque l’inflammation des poussières charbonneuses en suspension qui proviennent de l’abattage, de la chute et du transport du charbon. De la fosse 3, à Méricourt, jusqu’aux fosses 2 de Billy-Montigny et 4, de Sallaumines, la combustion engendre des gaz incandescents. À la vitesse du son, favorisé par le réseau de galeries qui communiquent, enchâssant le lacis des veines qui portent des noms de femmes – sainte Barbe, Joséphine, Maris, Cécile -, le souffle brûlant va, en quelques secondes, dévaster près de 100 kilomètres. Les mineurs sont fauchés par le boisage disloqué, les outils ou les berlines propulsés. Projetés contre les parois, brûlés ou asphyxiés. Les survivants parleront d’un grondement comme un roulement de tonnerre. Ce matin-là, 1 697 mineurs sont descendus, 1 099 d’entre eux vont trouver la mort.

Rapidement, près de 10 000 personnes se regroupent devant les grilles, dans l’attente de nouvelles, d’un mari, d’un père ou d’un fils. La direction de la Compagnie et les ingénieurs, redoutant une nouvelle explosion, et convaincus que les galeries sont obstruées par les éboulements, hésitent sur la procédure à suivre. Pierre Simon, dit Ricq, le délégué de la fosse 3, descend quand même, accompagné de trois collègues ; il remontera avec dix-sept hommes. Pour soigner les brulures, des ambulances arrivent avec des bandages et des baquets d’acide picrique. Les quotidiens locaux et parisiens sont rapidement sur les lieux. Les journalistes se déplacent de fosse en fosse, fébriles, questionnant les hommes, incrédules : Mille morts, c’est pas possible… On n’aurait jamais vu cela. Des mineurs, descendus lors des premières opérations de sauvetage, décrivent des visions épouvantables, des grappes de cadavres informes, un univers souterrain où tout est démoli, éboulé, confondu. Sur le carreau, en surface, les trieuses de charbon, nettoient les visages identifiables de ceux qui ont été asphyxiés. Une mère dit à un reporter qu’elle a ses trois fils dans le puits et que pas un seul n’est remonté. La souffrance des femmes est muette : Malgré les violentes rafales de vent qui soulignent les averses antédiluviennes, écrit l’Intransigeant, elles restent là, sans se lasser, sans bouger, le regard perdu et fixant sans la voir la liste des morts qui, piquée par une épingle à l’un des montants des portes, s’allonge interminablement. Un calme apparent qui inquiète : Des hommes, soupire un responsable, nous en viendrions facilement à bout, mais avec ces femmes-là, qui peut savoir ce qui se produirait ? Et plus les heures passent, plus le sang se glace. Toutes les demi-heures, écrit le Matin, un son de cloche résonne, lugubre, dans la nuit. Il avertit que la benne remonte du fond avec son chargement de cadavres. Ceux-ci sont dans un état qui défie toute description.

Les grands quotidiens d’alors ne sont pas réputés pour leur sens de la nuance, abusant parfois d’un certain sensationnalisme. Reste que les reporters sont sidérés, ils écrivent ce qu’ils voient, ce qu’ils entendent. Essayent de récolter les informations les plus précises possible sur une catastrophe dont beaucoup ne parviennent pas encore à mesurer l’ampleur. À la hâte, ils télégraphient leurs dépêches. Elles décrivent la foule, interpellant un photographe qui prend des cliché des cadavres démembrés ; les chevaux mutilés, sur lesquels on répand de la chaux-vive, pour contenir la putréfaction. Ou ces rues entières de corons, où pas un homme n’est rentré. Le 13 mars, sous la neige qui blanchit le sol noir, des funérailles se déroulent dans sept localités. Quinze mille personnes y assistent et une fosse commune, à Méricourt, accueille les corps non identifiés. Élus et officiels font leurs discours, certains émus, d’autres de circonstance. À la chambre des députés, Paul Doumer salue les obscurs et vaillants soldats […] héros dont le dur labeur est l’élément essentiel, la base même de la civilisation moderne. […] Ils sont morts au devoir, et par conséquent à l’honneur. C’est dit: les mineurs, soldats de l’industrie, sont tombés au champ d’honneur.

Dès les premiers jours, un formidable mouvement de solidarité s’organisera : parlement, syndicats anglais, mineurs allemands, polonais, italiens ou russes, font des dons aux victimes. La Fédération de la presse parisienne organise des souscriptions. L’Humanité publie des listes de donateurs: Octave Mirbeau, Léon Blum, Jules Renard, une antimilitariste, un atelier de ciseleurs… Mais la colère gronde et les vieux griefs resurgissent : les bas salaires, la hausse régulière de la production aux dépens de la sécurité, l’intransigeance du patronat et son hostilité envers les syndicats, jusqu’à l’exigence d’une lettre de recommandation du curé pour une embauche. Dès le 14 mars, la grève est déclenchée et prend des proportions inédites dans les bassins miniers du Nord et du Pas-de-Calais : 60 000 grévistes. La compagnie des mines et les ingénieurs sont jugés responsables de la catastrophe que l’Humanité du 17 mars requalifie : À Courrières. Sur le champ du meurtre. Les événements se précipitent encore quand, le 30 mars, treize mineurs remontent, après avoir erré pendant vingt jours dans le noir complet, se nourrissant de restes de nourriture grapillés sur les victimes et même du cadavre d’un cheval. On croyait tout espoir perdu de retrouver des survivants, des escapés (terme du patois picard) quand, le 4 avril, un ultime rescapé refait surface. La Compagnie est accusée d’avoir trop tôt arrêté les opérations de sauvetage, et de ne pas avoir laissé les vingt-cinq sauveteurs allemands venus de la Ruhr et dotés des masques respiratoires continuer les recherches.

Alors, la colère contre la féodalité minière reprend de plus belle. Malgré la mise en garde de Clemenceau, tout récent ministre de l’intérieur, venu assurer que le droit de grève pourrait s’exercer à la condition qu’il n’y ait pas de violences, celles-ci explosent : affrontements entre les meneurs et les 30 000 gendarmes et chasseurs à cheval expédiés sur place. Les grévistes s’opposent à l’embauche des jaunes venus les remplacer, dressent des barricades, dynamitent les voies ferrées, pillent des maisons d’ingénieurs. La grève devient politique quand Jean Jaurès, qui plaide pour l’union syndicale, s’oppose aux violences physiques contre les personnes mais propose, en vain, la nationalisation des mines. Début mai, après de maigres concessions salariales, elle prendra fin.

Le Comité des houillères créera un centre d’essai pour rechercher les moyens de lutter contre les coups de poussière. Les veuves, elles, devront quitter leur logement réservé à celui qui travaille, remplacées par une nouvelle fournée de main d’œuvre, polonaise et belge, recrutée par la compagnie, blanchie de toute responsabilité en 1907. Le bilan officiel sera de 1 099 morts, 562 veuves, 1 133 orphelins. Un tiers des victimes avait entre 13 et 18 ans. En 1911, un directeur des Mines regrettera que beaucoup d’hommes se détournent avec leur fils du travail de la mine à cause d’une certaine presse [qui] s’est attachée à [la] présenter comme un véritable enfer […] au lieu de les ramener à ce qu’ils sont réellement.

Gilles Heuré             Télérama N° 3729 du 3 au 9 juillet 2021

Catastrophe de Courrières — Wikipédia

Courrières. La population affolée autour des puits en feu est maintenue par les gendarmes

Courrières: la catastrophe minière la plus meurtrière d'Europe (1906)

Catastrophe de Courrières - Wikiwand

 

10 mars 1906, la catastrophe de Courrières

11 04 1906                   Grève des facteurs parisiens : le ministre en révoque 300, qui ne seront pas réintégrés.

17 04 1906             Première réunion de la Douma – assemblée russe – : le système électoral est complexe, prend en compte un système censitaire, mais aboutit à une représentation satisfaisante de la population de l’empire. La Douma a le pouvoir de proposer des lois, mais le tzar garde un droit de veto, convoque et dissout selon son bon vouloir et peut la contourner en gouvernant par oukases.

Le premier ministre Stolypine, qui vient de succéder à Witte,  entreprend une série de réformes agraires dont le but est de casser le carcan de la commune paysanne traditionnelle, de casser aussi les coutumes communautaires pour permettre l’éclosion d’une paysannerie pleinement propriétaire : de 1906 à 1914, près de 20 millions d’hectares passent de la noblesse foncière à la paysannerie, 3 millions de paysans se libèrent de la tutelle pesante de la commune. Deux autre millions de paysans migrent vers la Sibérie, avec une aide substantielle de l’Etat. La réforme manquera de temps, et en 1914, c’était encore 80 % des paysans – eux-mêmes représentant les 4/5° de la population du pays – qui avaient faim de terre, et perpétuaient le rêve du partage noir – l’expropriation de tous les grands propriétaires pour une redistribution au pro-rata des bouches à nourrir -.  Stolypine sera assassiné à Kiev en 1911.

18 04 1906                   La faille de San Andrea – 1 000 kilomètres de long – se réveille et secoue San Francisco : on compte 450 morts, 250 000 sans abri ; les canalisations de gaz ont sauté, 28 000 bâtiments sont détruits par le feu qui ravage 80 % de la ville.

10 05 1906                   Les lois fondamentales de l’Empire russe sont promulguées : Witte en avait été l’inspirateur. Il mourra à l’écart des affaires en mars 1915.

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[1] Les Anglais avaient alors la maîtrise du Canal de Suez et s’étaient alliés au Japon par un accord en 1902 : aussi avaient-ils interdit à la flotte russe le passage par le Canal de Suez.

[2] Race qu’on a longtemps cru être les premiers ancêtres de nos actuels chevaux, et dont on s’est récemment aperçus qu’ils avaient eux-mêmes des ancêtres : Ironiquement, nous voulions préserver cette population [les chevaux de Prjevalski] comme les derniers représentants de chevaux sauvages sur la planète. Nous savons maintenant qu’il faut les préserver comme les plus proches descendants des premiers chevaux domestiqués, [qui ne sont pas non plus les chevaux de Botaï, dans le Kazakhstan.]

Charleen Gaunitz

[3] 100 ans plus tard, on pourrait craindre que cette diversité ait été bien malmenée, mais c’est sans compter l’intérêt que Vladimir Poutine porte au Primorié, où il a initié le Parc national Terre des léopards de l’Amour [ou panthère], qui a permis à ces derniers d’échapper à l’extinction en se développant à nouveau ; et il ne faut pas leur mesurer l’espace : chaque individu a besoin de 12 km².

[4] Le fait de boire son urine est présenté dans nos pays occidentaux comme l’un des derniers expédients avant la mort, où l’homme est contraint aux plus horribles extrémités ; il n’est pas inutile de mentionner tout de même que dans certaines régions de l’Inde, c’est une des meilleures et des plus sures façons de se soigner, ou au moins de faire de la prévention ; et la pratique en est courante ! autre lieux, autres mœurs …


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