19 août au 11 novembre 1944. Paris libéré. Staline s’impose. 17260

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Publié par (l.peltier) le 4 septembre 2008 En savoir plus

19 08 1944 

Soulèvement de Paris ; trop tôt, pour le commandement américain. L’absence de coordination avec les Alliés était évidente. Mais, plus qu’une erreur de stratégie, c’était un calcul : parvenir par ses propres forces à libérer Paris, et ainsi prendre le pouvoir… qui serait donc communiste. Mais la résistance allemande s’avérera telle que les FFI devront vite lancer des appels au secours auprès des Alliés, et c’est la 2°DB de Leclerc qui y répondra le plus vite, moyennant quelques entorses au suivi hiérarchique des ordres.

Jacques Chaban Delmas, délégué militaire de région conclu avec le général Von Choltitz, gouverneur allemand de Paris, une trêve qui permettra à la ville de ne pas être détruite, contrairement aux ordres d’Hitler, et conformément aux rapports de force du jour : Von Choltitz n’avait déjà plus les moyens de détruire Paris.

René Clément réalisera en 1966 Paris brûle-t-il ? avec une distribution à faire pâlir tous les réalisateurs : Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Claude Rich, Simone Signoret, Yves Montand, Charles Boyer, Leslie Caron, Jean-Pierre Cassel, Bruno Cremer, Kirk Douglas, Anthony Perkins, Michel Piccoli, Pierre Dux, Daniel Gelin, Musique de Maurice Jarre, Chant de Mireille Mathieu.

Feuilleton de l’été : la magnifique et lamentable histoire de DUKSON, le Lion noir du XVIIème 1/ ...

Sur la droite, Georges Dukson, gabonais engagé volontaire aux multiples faits d’armes, s’est introduit dans le défilé de la victoire et va en être évincé par un sous-officier : un nègre dans la libération de Paris, ça fait tâche !

Paris en colère.     Mireille Mathieu

Que l’on touche à la liberté
Et Paris se met en colère
Et Paris commence à gronder
Et le lendemain, c’est la guerre

Paris se réveille
Et il ouvre ses prisons
Paris a la fièvre
Il la soigne à sa façon

Il faut voir les pavés sauter
Quand Paris se met en colère
Faut les voir, ces fusils rouillés
Qui clignent de l’œil aux fenêtres

Sur les barricades
Qui jaillissent dans les rues
Chacun sa grenade
Son couteau ou ses mains nues

La vie, la mort ne comptent plus
On a gagné, on a perdu
Mais on pourra se présenter là-haut
Une fleur au chapeau

On veut être libre
À n’importe quel prix
On veut vivre, vivre, vivre
Vivre libre à Paris

Attention, ça va toujours loin
Quand Paris se met en colère
Quand Paris sonne le tocsin
Ça s’entend au bout de la terre

Et le monde tremble
Quand Paris est en danger
Et le monde chante
Quand Paris s’est libéré

C’est la fête à la liberté
Et Paris n’est plus en colère
Et Paris peut aller danser
Il a retrouvé la lumière

Après la tempête
Après la peur et le froid
Paris est en fête
Et Paris pleure de joie

Volker Schlöndorff traitera en 2014 le sujet bien différemment en en faisant essentiellement un dialogue sur le fil du rasoir entre Von Sholtiz, magnifiquement interprété par Niels Arestrup et Raoul Nordling, consul général de Suède interprété par André Dussollier dans Diplomatie. Le film est une adaptation de la pièce de théâtre Diplomatie de Cyril Gély, créée au théâtre de la Madeleine en 2011. C’était déjà les deux mêmes acteurs qui étaient à l’affiche. La pièce comme le film sont très denses, puissants, mais ont pris de grandes libertés avec la réalité car nombreux sont aujourd’hui les historiens pour dire que Von Choltitz n’avait déjà plus les moyens de faire sauter Paris.

Vichy, le 19 8 44

Déclaration à Monsieur le Chef de l’État Grand Allemand

En concluant l’Armistice de 1940, j’ai manifesté ma décision irrévocable de lier mon sort à celui de ma Patrie et de n’en jamais quitter le territoire.
J’ai pu ainsi, dans le respect loyal des conventions, défendre les intérêts de la France.
Le 16 juillet dernier, devant les rumeurs persistantes concernant certaines intentions allemandes à l’égard du gouvernement Français et de moi-même, j’ai été amené à confirmer ma position au corps diplomatique en la personne de son doyen, S.E. le Nonce Apostolique, en lui disant que je m’opposerais par tous les moyens à mon départ vers l’est.
Vos représentants m’ont fourni des arguments contraires à la vérité pour m’amener à quitter Vichy.
Aujourd’hui, ils veulent me contraindre par la violence, et au mépris de tous les engagements, à partir pour une destination inconnue.
J’élève une protestation solennelle contre cet acte de force qui me place dans l’impossibilité d’exercer mes prérogatives de Chef de l’État Français.

Philippe Pétain

20 08 1944   

Pétain, arrêté par les Allemands, part avec son gouvernement pour Sigmaringen, via Belfort. Très rapidement, très humainement, la communauté sera réduite aux caquets.

Message du Maréchal de France Chef de l’État aux Français

Vichy, le 20 Août 1944

Au moment où ce message vous parviendra, je ne serai plus libre.
Dans cette extrémité où je suis réduit, je n’ai rien à vous révéler qui ne soit la simple confirmation de tout ce qui jusqu’ici m’a dicté ma conduite.
Pendant plus de quatre ans, décidé à rester au milieu de vous, j’ai chaque jour cherché ce qui était le plus propre à servir les intérêts permanents de la France, loyalement mais sans compromis. Je n’ai eu qu’un seul but ; vous protéger du pire.
Et tout ce qui a été fait par moi, tout ce que j’ai accepté, consenti, subi, que ce fût de gré ou de force, ne l’a été que pour votre sauvegarde, car, si je ne pouvais plus être votre épée, j’ai voulu rester votre bouclier.
En certaines circonstances, mes paroles où mes actes ont pu vous surprendre. Sachez enfin qu’ils m’ont alors fait plus de mal que vous n’en avez vous-même ressenti. J’ai souffert pour vous, avec vous. Mais je n’ai jamais cessé de m’élever de toutes mes forces contre tout ce qui vous menaçait.
J’ai écarté de vous des périls certains ; il y en a eu, hélas, auxquels je n’ai pu vous soustraire. Ma conscience m’est témoin que nul, à quelque camp qu’il appartienne, ne pourra là-dessus me contredire.
Ce que nos adversaires veulent aujourd’hui, c’est m’arracher à vous. Je n’ai pas à me justifier à leurs yeux. Je n’ai souci que des Français. Pour vous comme pour moi, il n’y a qu’une France : celle de nos ancêtres : aussi, une fois encore, je vous adjure de vous unir. Il n’est pas difficile de faire son devoir s’il est parfois malaisé de le connaître.
Le vôtre est simple : vous grouper autour de ceux qui vous donneront la garantie de vous conduire sur le chemin de l’honneur et dans les voies de l’ordre.
L’ordre doit régner, et parce que je le représente légitimement, je suis et je reste votre Chef. Obéissez-moi, sans quoi nul ordre ne pourrait s’établir.
Ceux qui vous tiendront un langage propre à vous conduire vers la réconciliation et la rénovation de la France par le pardon réciproque des injures et l’amour de tous les nôtres, ceux-là sont des Chefs Français. Ils continuent mon œuvre et suivent mes disciplines. Soyez à leurs côtés.
Pour moi, je suis séparé de vous, mais je ne vous quitte pas et j’espère tout de vous et de votre dévouement à la France, dont vous allez, Dieu aidant, restaurer la grandeur ; c’est le moment où le destin m’éloigne. Je subis la plus grande contrainte qu’il puisse être donné à un homme de souffrir.
C’est avec joie que je l’accepte, si elle est la condition de notre salut, si devant l’étranger, fût-il allié vous savez être fidèles au vrai patriotisme, à celui qui ne pense qu’aux intérêts de la France, et si mon sacrifice vous fait retrouver la voie de l’union sacrée pour la Renaissance de la Patrie.

Philippe Pétain

Une quarantaine de FFI du colonel Drouot Lhermine libèrent Gap : il avait fallu faire croire aux quelque 850 militaires allemands dont 40 officiers, retranchés dans les bâtiments officiels de la ville que les maigres troupes de la résistance représentaient une véritable armée, ce que les Allemands n’admettront que lorsqu’ils entendront le canon d’un char américain, arrivé à 7 km de la ville. Dès le 8 août, un plan d’attaque de la ville, élaboré par le très charismatique commandant Paul Héraud, alias commandant Dupont, missionné par le Comité de Libération régional pour cette opération, avait été soumis dès le 8 août à la mission interalliée Confessional, qui l’avait intégralement approuvéIl s’agissait en premier lieu de faire sauter les ponts des 4 accès à GapMais Paul Héraud avait été tué le 9 août lors d’un contrôle routier. Le commandant Moreau prendra sa suite et, contre l’avis de Drouot Lhermine, prendra contact avec la Task Force américaine du général Butler pour envoyer un détachement vers Gap. Les contacts avec les Allemands aussi avaient  été pris, mais ceux-ci mettaient une condition à leur reddition : qu’elle soit faite à des militaires et non à des résistants qu’ils considéraient comme des terroristes. Le colonel Drouot Lhermine était un militaire. Les Américains prendront en charge les prisonniers allemands. Sisteron avait été libéré le 17 août avec trop de morts pour que les habitants accueillent chaleureusement les Américains. Le colonel Francis Cammaerts, chef d’un réseau du SOE britannique, chargé de coordonner l’aide et les parachutages dans la région et témoin de l’événement, déclarera que si on considère le nombre de vies épargnées et sauvées, cette libération fut une immense réussite.

21 08 1944    

À la tête de 20 000 hommes, Georges Gingouin entre à Limoges sans effusion de sang, en ayant obtenu la reddition de la garnison allemande. Instituteur communiste, il avait pris le maquis dans le Limousin le 11 février 1941 ; trois ans plus tard, il dirigeait plus de 3 000 hommes, solidement armés par les parachutages anglais. Très free-lance, une telle indépendance ne pouvait être supportée par le Parti, qui lui reproche d’organiser la lutte dans les campagnes, alors que la ligne officielle est la guérilla urbaine.

Le 13 mai 1945, à 29 ans, il sera élu maire de Limoges : le Parti va alors chercher à lui régler son compte : faux témoignages aidant, il sera inculpé d’assassinat en 1953, sera victime dans sa cellule d’une tentative de meurtre déguisée en suicide et devra attendre 1999 pour être réhabilité, ce dont il déclara ne pas être ému.

22 08 1944

Hitler envoie de son bunker berlinois une de ses dernières consignes : Paris devra être réduit en amas de ruines. Dieu merci, le général von Choltitz, commandant la place de Paris, se laissa convaincre par le consul de Suède Nordling, de n’en rien faire… ce qui l’arrangeait bien, car, de toutes façons, il ne pouvait rien faire.

Le commandement allemand a donné l’ordre de détruire le port de Bordeaux en plaçant des mines tous les 50 mètres le long des quais, sur dix kilomètres des deux côtés de la Garonne, entre l’actuel quartier de Bacalan et le quartier Sainte Croix. C’est le maître artificier de la Kriegsmarine Heinz Stahlschmidt, protestant de 24 ans, qui reçoit l’ordre de préparer cette destruction et s’il y eut bien une explosion à 20 h 15′ dans la soirée ce fut celle du blockhaus de la rue Raze sur le quai des Chartrons où étaient entreposés tous les explosifs allemands. Faute d’être parvenu à entrer en contact avec la Résistance, il avait fait le travail lui-même pour épargner le port de destructions qu’il juge inutiles. Cet acte épargna à Bordeaux d’énormes dégâts matériels et des pertes en vies humaines qu’on a estimées à 3 500 personnes, écrit l’historien Alain Ruiz, qui oublie de dire que 50 soldats allemands furent tués. Devenu traître pour l’Allemagne, il restera à Bordeaux, obtiendra la nationalité française sous le nom d’Henri Salmide en 1947, mais ne sera pas plus reconnu que cela, mise à part une médaille de la ville de Bordeaux en 1995 par Chaban Delmas, et une Légion d’Honneur au rang de chevalier en 2000, sans que soit mentionné son action pour Bordeaux.

23 08 1944    

De Gaulle, arrivé en avion à Saint Lô trois jours plus tôt, rejoint Leclerc à Rambouillet.

Madeleine Riffaud, 20 ans, est depuis un mois au bord du gouffre : le 23 juillet, sur le pont de Solférino, elle a tué un officier allemand avec un revolver volé à un milicien. Engagée dans la résistance, elle rongeait son frein de ne pas participer à des actions d’éclat. Rattrapée par une voiture de la Milice, elle est remise à la Gestapo mais ne donne pas ses compagnons résistants ; Ils m’ont bien tabassée – il ne faut pas dire torturée, puisque j’ai gardé mes yeux, mes seins et mes doigts [nez cassé, colonne vertébrale en miettes, mâchoire brisée, privée de sommeil pendant des jours]. Aujourd’hui encore, je ne sais plus dormir sans pilules, mon cerveau a perdu le réflexe. Mais le pire, c’était la torture mentale. Les Français m’ont fait croire que c’était mon père qui hurlait à côté. Un agent m’a dit tout bas que c’était faux, je n’ai jamais pu le remercier. Je les ai vus s’acharner sur une femme enceinte à coup de pied dans le ventre. Après, j’ai fait naître son bébé mort. Pour me faire parler, les Allemands, eux, me faisaient assister à leur jardin des supplices. Je n’oublierai jamais cet adolescent, ils lui ont brisé les membres mais il me faisait non de la tête pour que je ne dise rien. Ni ce couple, atrocement mutilé l’un devant l’autre. Les SS criaient : Regarde, regarde ! J’ai pensé : Vous voulez que je regarde ? Je regarde. Et après, je raconterai. C’est ce que j’ai fait toute ma vie.

Entretien à Télérama n° 3736 18 août 2021

Condamnée à mort, elle est libérée in extremis dans les cadre d’un échange de prisonniers le 18 août. Elle reprend ses activités de résistance avec le grade d’aspirant lieutenant dans la compagnie Saint Just, se retrouvant à la tête de trois hommes. La Résistance, qui a appris l’arrivée imminente à la gare de Ménilmontant, aux Buttes Chaumont d’un train allemand de 14 wagons d’armes légères, lui demande d’aller le neutraliser ; avec ses trois hommes, elle se place à la sortie d’un tunnel et envoie tout ce qu’elle peut de grenades, fumigènes etc, obligeant le train à se réfugier dans le tunnel, puis finalement à se rendre – 80 soldats sont faits prisonniers – mais surtout les armes vont à la Résistance au lieu d’aller aux Allemands. Elle épousera Pierre Daix en 1945… pour quelques mois  : J’ai essayé la vie normale, le couple, la famille. Mais je ne pouvais pas. J’avais besoin de situations extrêmes, au milieu des combattants je me sentais guérie. Elle sera reporter, vivra quelques mois au Vietnam, couvrira aussi la guerre d’Algérie.

Il faut mourir jeune, le plus tard possible. Je suis bien partie, non ? (97 ans en 2021 ; en 2023, la Banque Postale découvrira… bien tard… qu’elle se faisait arnaquer depuis des années, depuis qu’elle était aveugle, par une aide ménagère… qui ne savait pas de quel bois elle pouvait se chauffer…) une affaire qui tourne à plus de 140 000 € !  Ses amis lanceront un cagnotte.

Madeleine Riffaud | Madeleine, Poesie

24 08 1944    

Leclerc est partout et s’impatiente des assauts répétés contre les résistances allemandes. À la Croix de Berny, le secteur du colonel Billotte [Petit Clamart La Croix de Berny La Belle Épine], il tombe sur Dronne, fidèle d’entre les fidèles, depuis Douala et Yaoundé :

  • Dronne qu’est-ce que vous f…ez là ?
  • Mon général, j’exécute l’ordre que j’ai reçu, me rabattre sur l’axe, au point où nous sommes. Mais j’ai l’impression qu’il n’y a rien devant nous, au moins pas de résistance sérieuse, c’est sûr.
  • Il ne faut jamais exécuter les ordres idiots. Dronne, filez droit sur Paris, entrez dans Paris…
  • Tout de suite, mon général. Mais je n’ai que deux sections d’infanterie. Il me faudrait d’autres moyens.
  • Prenez ce que vous trouvez. Faites vite.
  • Si je comprends bien, mon général, j’évite les résistances, je ne m’occupe pas de ce que je laisse derrière moi
  • C’est cela, droit sur Paris. Passez par où vous voudrez, il faut entrer. Vous leur direz que la division tout entière sera demain dans Paris.

La Nueve, la compagnie du capitaine Dronne, arrive dans la soirée place de l’Hôtel de Ville : les half tracks Guadalajara, Teruel, Guernica sont les premiers, suivis d’une section de chars lourds : le Romilly, le Champaubert et le Montmirail, et une section du génie. Gérard Philipe, 22 ans, des FFI, porte-voix de Roger Stéphane, proclame du haut d’une simple table : Les premiers chars de l’armée française franchissent en ce moment la Seine, au cœur de Paris.

25 08 1944  

Entrée de la 2° DB du général Leclerc à Paris par la porte d’Orléans. L’ordre de reddition est porté aux Allemands retranchés à l’Assemblée nationale par Philippe de Gaulle, 23 ans, fils de Charles. L’insurrection et la libération de Paris auront coûté aux Parisiens et à la 2° DB 1630 morts, 4 000 blessés. Les Allemands auront perdu 4 200 hommes,  et laissé 14 800 prisonniers.

Dans la salle de billard de la préfecture de police, vers 16 h 30, le texte de la reddition est présenté à Von Choltitz, qui est d’accord. C’est le général Leclerc qui représente la France. Aucune mention n’est faite de la Résistance intérieure…qui ne peut l’admettre : Leclerc va ajouter, après signature, sur l’exemplaire lui revenant le nom de Henri Rol Tanguy, qui dirige les FFI en région parisienne.

Le général de Gaulle fait son entrée dans la ville à 16 heures par la porte d’Orléans. […] À 17 h, il est assis à la table que Von Choltitz vient de quitter, une demi heure plus tôt, plaçant des secrétaires généraux dans les ministères : la vacance du pouvoir aura duré trente minutes, beaucoup trop peu pour permettre au pouvoir insurrectionnel de se mettre en place. Il s’installe au ministère de la Guerre, l’hôtel de Brienne, rue Saint Dominique, qu’il avait dû quitter en juin 1940 : Rien n’y manque, excepté l’État, il m’appartient de l’y remettre. Il y établit le siège de la Présidence du gouvernement. Après une visite à la Préfecture de police, il se rend à l’Hôtel de Ville où l’attendent la Municipalité provisoire (Comité parisien de la Libération), le Comité national de la Résistance, des détachements de combattants ainsi qu’une foule immense. Après les discours que lui adressent M. Marrane, au nom du Comité parisien de la Libération, et M. G. Bidault, président du Comité national de la Résistance, il prononce vers 20 heures un discours diffusé par la Radiodiffusion de la nation française, et qui sera retransmis le lendemain par la BBC.

Pourquoi voulez-vous que nous dissimulions l’émotion qui nous étreint tous, hommes et femmes, qui sommes ici, chez nous, dans Paris debout pour se libérer et qui a su le faire de ses mains.

Non ! nous ne dissimulerons pas cette émotion profonde et sacrée. Il y a là des minutes qui dépassent chacune de nos pauvres vies.

Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle.

Eh bien ! puisque l’ennemi qui tenait Paris a capitulé dans nos mains, la France rentre à Paris, chez elle. Elle y rentre sanglante, mais bien résolue. Elle y rentre, éclairée par l’immense leçon, mais plus certaine que jamais, de ses devoirs et de ses droits.

Je dis d’abord de ses devoirs, et je les résumerai tous en disant que, pour le moment, il s’agit de devoirs de guerre. L’ennemi chancelle mais il n’est pas encore battu. Il reste sur notre sol. Il ne suffira même pas que nous l’ayons, avec le concours de nos chers et admirables alliés, chassé de chez nous pour que nous nous tenions pour satisfaits après ce qui s’est passé. Nous voulons entrer sur son territoire comme il se doit, en vainqueurs. C’est pour cela que l’avant garde française est entrée à Paris à coups de canon. C’est pour cela que la grande armée française d’Italie a débarqué dans le Midi ! et remonte rapidement la vallée du Rhône. C’est pour cela que nos braves et chères forces de l’intérieur vont s’armer d’armes modernes. C’est pour cette revanche, cette vengeance et cette justice, que nous continuerons de nous battre jusqu’au dernier jour, jusqu’au jour de la victoire totale et complète. Ce devoir de guerre, tous les hommes qui sont ici et tous ceux qui nous entendent en France savent qu’il exige l’unité nationale. Nous autres, qui aurons vécu les plus grandes heures de notre Histoire, nous n’avons pas à vouloir autre chose que de nous montrer, jusqu’à la fin, dignes de la France. Vive la France !

Une aussi flagrante occultation du rôle capital des forces alliées dans cette bataille de Paris, fera dire à Alfred Grosser que ce discours est un scandale.

Cette Radiodiffusion de la nation française n’était pas une coquille vide, sortie d’un tour de passe passe d’un prestidigitateur : de Gaulle y avait pensé dès 1942, en mettant sur le projet le journaliste Jean Guignebert, l’ingénieur Pierre Schaeffer qui avaient emmagasiné pendant des mois des programmes, constitués souvent par les auteurs publiés aux Editions de Minuit, par Camus, Aragon, par les musiciens de l’Orchestre national de la radio…

Champs-Élysées

Les alliés bombardent le camp de déportés de Büchenwald : 450 déportés sont tués, 2 005 blessés ; parmi ces derniers, Mafalda d’Assia, princesse de Savoie, seconde fille du roi d’Italie, Victor Emmanuel III, épouse de Philippe de Hesse, arrêtés tous deux sur ordre d’Hitler : elle mourra de ses blessures 4 jours plus tard.

Au Grand Bornand, une cour martiale improvisée juge 98 miliciens ayant pris part à la répression contre le maquis des Glières : promesse leur avait été faite qu’ils auraient la vie sauve s’ils libéraient les maquisards qu’ils détenaient prisonniers, ce qu’ils avaient fait : 76 d’entre eux furent cependant fusillés.

124 hommes, femmes et enfants, dont 49 de moins de 14 ans, sont abattus, parfois à l’arme blanche par des soldats allemands appartenant pour la plupart au 17 ° bataillon SS de Châtellerault, à Maillé, un village de 500 habitants, dans l’Indre et Loire. La veille, un accrochage entre les maquisards et des soldats avaient fait un mort et un blessé du côté du Reich. Le sous officier Gustav Schlüter, vraisemblablement présent dans le véhicule, avait demandé à sa hiérarchie de pouvoir répliquer. Le lieutenant colonel Charles Stenger, Feldkommandant à Tours, avait donné son aval.

Il faudra attendre 2008 pour qu’enfin un président de la République, Nicolas Sarkozy, se rende dans la commune d’Indre-et-Loire : en ignorant si longtemps le drame de Maillé, en restant indifférente à la douleur des survivants, en laissant s’effacer de sa mémoire le souvenir des victimes, la France a commis une faute morale. En 1952, le tribunal militaire de Bordeaux condamnera à mort, par contumace, le sous officier, pour ses crimes à Maillé. Sa présence a été confirmée par sa maîtresse. Ironie de l’histoire, personne ne juge bon d’avertir de cette condamnation le village alors en pleine reconstruction. Schlüter mourra sans être inquiété en 1965, en Allemagne. Une nouvelle fois, plus rien pendant des décennies jusqu’au début des années 2000. Le procureur général du parquet de Dortmund, Ulrich Mass, enquête alors sur les crimes. Sa découverte du massacre de Maillé le pousse à ouvrir une nouvelle enquête en 2005. En Allemagne, contrairement à la France, les crimes de guerre sont imprescriptibles. Le procureur se rend dans la petite commune en 2008. Là, devant les caméras du monde entier, il rencontre les survivants et les interroge. Ces derniers reviennent sur le drame mais reconnaissent ne pas se souvenir des visages et des écussons des Allemands. Les rares preuves matérielles ne donnent rien : les enquêteurs n’ont d’autre moyen que de recouper les mouvements des troupes allemandes et de continuer à questionner. L’attention du procureur va se porter sur le 17° bataillon SS, basé à Châtellerault, explique Romain Taillefait. La Götz von Berlichingen est une division d’infanterie créée en France en 1943,  composée notamment de jeunes hommes fanatiques, tout à fait capable d’exécuter un tel massacre, appuie le directeur.

Urilch Mass en a aussi la conviction. Il n’hésite pas à l’affirmer publiquement. Seulement, il lui faut désormais affiner sa recherche. Or, après tout ce temps, identifier les exécutants demeure le plus difficile surtout qu’ils doivent être très âgés maintenant. Le 10 octobre 2016, la justice allemande classe l’affaire, faute d’éléments. Cinq ans plus tard, un document refait surface. Il s’agit de l’interrogatoire d’un membre du 17° bataillon SS réalisé par des soldats américains, relate Romain Taillefait. Il explique avoir participé à un massacre au sud de la Touraine. 

Cette découverte tardive clôt un douloureux et silencieux épilogue. Désormais, la Maison du Souvenir, qui est essentiellement subventionné par la communauté de communes de Touraine Val de Vienne, le Département de l’Indre et Loire et la région Centre Val de Loire, donne à l’histoire de Maillé une dimension qui dépasse son cadre de massacre oublié. Chaque année, nous recevons 4 000 écoliers. Nous cherchons pédagogiquement à donner à cette histoire une résonance pédagogique contemporaine. Maillé devient un outil pour questionner les discriminations ou les fake news, annonce son directeur.

En parallèle, le musée mène un important travail de collecte mémoriel grâce à des enregistrements audios et des films à l’heure où les derniers témoins sont en train de disparaître. Notre volonté est de réussir à retranscrire ce que fut l’identité du village avant la tragédie du 25 août 1944, étaye le responsable. Ce que nous comptons aussi mettre en lumière, c’est la manière dont la mémoire de cet événement s’est transmise dans les familles pour mieux comprendre aussi pourquoi et comment ce massacre est longtemps resté dans le silence.

Guilherme Rinqueneget. Marianne du 21 août 2024

26 08 1944  

Entouré des chefs de la Résistance encore vivants, de Gaulle descend les Champs Elysées, acclamé par un million de Parisiens. Il avait pris soin auparavant d’interdire au cardinal Suhard, archevêque de Paris, de participer à la cérémonie de la victoire, à Notre Dame. Fusillade d’origine inconnue que de Gaulle qualifiera de vulgaire tartarinade.

L’immense et joyeux soulagement qui déferla alors sur Paris laissa à plus d’un un certain goût d’amertume : La chienlit de cette descente des Champs Elysées que j’avais imaginé tellement autre pour notre honneur et l’honneur de Paris m’inspira des sentiments d’entière réserve et me conduisit à resserrer mes troupes aussi déçues et écœurées que moi-même, dans les liens d’une ambiance de guerre et de discipline stricte.

Paul de Langlade, colonel 2° DB, auparavant à la tête des 12° Régiment de Chasseurs d’Afrique, des forces nord africaines de Vichy. Ancien combattant 14 – 18 avec 7 citations.

Au fond, je n’aime pas, je n’ai jamais aimé cette ville femelle qui prétend exiger si impérieusement qu’on l’aime et dont l’effervescence tient surtout de la mousse de champagne – symbole pour moi de ce qu’il y a de pire -, dans le faire accroire racoleur du caractère français. C’est dommage pour elle, mais jamais – et pourtant l’occasion lui en a été donné à plus d’une reprise – notre capitale n’a su figurer cette emblème de la résolution nationale qu’ont été le Moscou de 1812, le Londres de 1940, le Leningrad de 1941, le Varsovie de 1943 ; elle n’a été que le symbole, sublimé plutôt mal que bien, de nos déchirements.

Julien Gracq. Carnets du grand chemin. José Corti 1992

L’histoire des mouvements de Résistance en Europe est largement mythologique, étant donné que (sauf, dans une certaine mesure, en Allemagne) la légitimité des régimes et des gouvernements de l’après-guerre devait reposer essentiellement sur leur activité dans la Résistance. La France est un cas extrême, parce que les gouvernements qui se succédèrent après la Libération étaient en rupture totale avec le gouvernement de 1940, qui avait fait la paix et collaboré avec les Allemands, et que la résistance organisée, sans parler de la résistance armée, avait été relativement faible, tout au moins jusqu’en 1944 (la population ne lui avait apporté qu’un soutien inégal). Le général de Gaulle s’appliqua à reconstruire la France en se fondant sur un mythe : au fond, la France éternelle n’avait jamais accepté la défaite. La Résistance était un coup de bluff qui avait marché [1], devait-il dire (André Gillois : Histoire secrète des Français à Londres de 1940 à 1944. Paris, 1973 ; réédité chez Hachette littératures, 1992). Par un acte politique, il fut alors décidé que les seuls combattants commémorés dans les monuments aux morts seraient les résistants et ceux qui avaient rejoint les forces gaullistes. Mais la France est loin d’être le seul exemple de pays reconstruit sur cette mystique de la Résistance.

Eric J. Hobsbawm. L’Âge des Extrêmes 1994

Nous sommes passés d’une grande injustice à une petite. La grande injustice de l’après-guerre, de 1945 à 1970, à été l’effacement de la Shoah dans la mémoire collective derrière les martyrs, les exploits gaullistes et communistes. Le Vercors a gommé Auschwitz. Maintenant, c’est l’inverse. De Gaulle, Jean Moulin, les FTP, Estienne d’Orves se sont estompés derrière le portail d’Auschwitz. La guerre, dans un manuel scolaire pour enfants de CM1, c’est le débarquement des GI et le ghetto de Varsovie. Il n’y a plus de place pour la France libre parce qu’il faut faire simple et bref. Pas plus que pour l’armée Rouge. C’est une autre injustice, un autre scandale. On devrait pouvoir garder les deux en tête, et dans son cœur.

Les jeunes devraient apprendre dans l’histoire de la France libre qu’il y a quelque chose de plus grand que le bonheur et l’individu : l’honneur. Le 18 juin, qui a sauvé notre démocratie, ne fut pas un acte démocratique. C’est l’appel d’un esseulé contre l’immense majorité. Si les sondages avaient existé à l’époque, de Gaulle serait mort de ridicule dans la nuit du 18 au 19 juin 1940. Ce qui est salutaire pour la Nation ne va pas sans blâme dans l’opinion, disait-il. Or, nous vivons en démocratie d’opinion. Ce n’est pas parce qu’on est à un contre dix qu’on a tort, et tout ne se décide pas dans l’instant. De Gaulle est un paria jusqu’à la fin 1941 et un emmerdeur jusqu’en 1944, mais il finit par imposer l’unité d’une nation à la mosaïque de tribus gauloises qu’étaient, par certains cotés, les mouvements de résistance.

[…]  De Gaulle avait un sixième sens, celui de l’orientation, comme les oiseaux. Il sentait ce qui s’ébauche dans le présent et qui sera l’avenir. Ses pronostics ont toujours été bons, donc à contre courant, donc impopulaires. C’est invraisemblable. Quand il dit, en juin 1940, que la guerre va être gagnée, mais que la seule question est la place qu’aura la France après la victoire ou que la Russie soviétique va se retourner contre les nazis ; et même quand il fait sa conférence de presse sur le Proche Orient, en 1967. Il n’a commis qu’une seule grande erreur, sur l’Indochine, en 1946.

Régis Debray. Journal du Dimanche 4 04 2010

La France a majoritairement collaboré mais, pour la faire participer au concert des vainqueurs, l’élan de la Résistance doit être partout célébré. On falsifie l’histoire. […] De Gaulle n’avait pas vraiment le choix, sauf à épurer une grande partie de l’élite et laisser le pays aux communistes qui avaient fait plus que leur part dans cette guerre.

Marc Dugain. La volonté. Gallimard 2021

Quand la guerre fut finie, je suis allée à la gare car j’avais le projet de suivre les cours de l’École libre des sciences politiques, rue Saint Guillaume, à Paris, en vue de devenir ambassadeur. La France était abîmée. Les trains n’allaient pas vite. Ils s’embrouillaient dans leurs routes parce que les avions ennemis et les avions amis avaient cassé beaucoup d’ouvrages d’art. La traversée des fleuves était une entreprise. Notre locomotive cherchait les ponts. Quand elle en trouvait un, elle sifflait. Parfois, elle se trompait. Elle sifflait une deuxième fois et elle faisait machine arrière. Je crois qu’elle confondait les rives gauche et droite, ça promettait pour Paris, avec la Seine au milieu. Elle avançait en tâtonnant, par détours, par zigzags et par remords, avec de brusques inspirations. Elle se faufilait énergiquement dans un fouillis de rivières, d’allées de peupliers, d’automnes, de villages, de fleurs et de viaducs, de brouillards. Paris se rapprochait et s’éloignait tour à tour. Cette lenteur et ces hésitations me plaisaient bien. Depuis ma naissance, je n’avais jamais vu ma capitale. À présent, j’étais sur la bonne voie, mais il me paraissait raisonnable d’observer des paliers de décompression, comme font les explorateurs sous marins. Je m’habituais doucement à la géographie cachée de mon pays.

Nous tentions de faire le point. Nous consultions les cartes affichées dans les cabinets et les soufflets. Mais, comme les routes de cette fin de guerre étaient tout en déviation et en voie sans issue, nous n’en tirions pas beaucoup d’enseignements. La géographie était une science inachevée, une science humaine, trop humaine. La carte de France était déchirée par la guerre et mal recollée. Elle était pleine de trous et de griffures. Les montagnes n’occupaient pas leur place, on aurait dit des nuages et les rivières coulaient à l’envers. Un pays inconnu, un pays en train de se fabriquer, défilait dans les grandes vitres de notre wagon. Nous ne savions plus où étaient le nord et l’est. Le sud non plus.

Les paysages se recroquevillaient ou s’élargissaient. Des villes se dressaient où nous attendions des collines. La France était neuve, inachevée, scintillante. La peinture n’était pas sèche. Ça nous changeait des années en noir et blanc de l’Occupation. Elle était sauvée des inconvénients qui m’avaient toujours déplu dans les cours de géographie : la fixité, la permanence, le révolu, en somme la mort. C’est ce qui m’énervait au lycée : on m’avait persuadé que la géographie  était  achevée puisque Dieu a mis la dernière main à son ouvrage et qu’il veille à d’autres grains. J’ai appris depuis que la figure de la Terre, loin d’être un chapitre clos, est un mouvement perpétuel, une Genèse léthargique, avec dérives de paysages, érosions, laves et fleuves disparus, îles neuves et tous ces tatouages que les ingénieurs gravent sur la peau de la terre, viaducs et tunnels, ponts et barrages…

À chaque virage de notre train, ou plutôt chaque fois qu’il devait rebrousser chemin faute de pont, de viaduc ou de voie ferrée, la géographie se donnait le branle. Elle était comme un manège en bout de course. Le paysage tournait paresseusement autour de nous. Un panorama ou même un cours d’eau que les Atlas avaient loupé se déployait par surprise. Une ville inédite, avec ses maisons et ses fontaines, sortait de l’ombre. Bien sûr, on savait que cette géographie en transit était une illusion. Ça ne durerait pas. Raison de plus pour en tirer le meilleur. Une occasion à saisir. La paix allait remettre à leur place, dans les pages de l’atlas, les montagnes et les bassins fluviaux, les pitons, les cuvettes, et les rendre à leur éternité. Il n’empêche. Cette géographie en perdition n’a plus cessé de recouvrir mes mappemondes et je m’y attachais. Elle était si différente des géographies cataleptiques, durcies, réglementées dans lesquelles les hommes, désormais, sont tenus de résider. C’est pourquoi j’aime à me rappeler ce premier voyage dans la France du Nord. Il m’a enseigné qu’une fissure, une fêlure parcourt le tableau paralysé des mappemondes. Mes rêveries topographiques visent généralement à élargir cette fêlure et à la multiplier, à me persuader que tous les espaces et toutes les terres sont provisoires, inachevées et comme des fables.

Gilles Lapouge. La légende de la géographie. Albin Michel 2009

Près d’un an plus tard, François Truffaut, 13 ans rendra un devoir d’histoire : Si la France n’était pas le plus court chemin de l’Amérique vers l’Europe, les pavés parisiens résonneraient encore sous les bottes nazies car notre résistance était dérisoirement faible et ne pouvait rien faire sans l’aide des Alliés. Cela lui vaudra un bien sec 4/20 assorti du commentaire : Cynisme outrageant notre histoire. Il gardera en tête son cynisme pour en faire Le dernier Métro en 1980 avec Gérard Depardieu et Catherine Deneuve.

28 08 1944

par Victor Lundy. Portrait d’un camarade.

Les renforts allemands demandés par von Choltitz – la 47 ° Division d’Infanterie -, sont arrêtés, puis repoussés par le GT – Groupement Tactique – du colonel Langlade au nord du Bourget. Si l’insurrection de Paris n’avait pas été déclenchée prématurément, la 2° DB n’aurait pas foncé à bride abattue sur Paris, et cette Division allemande y serait probablement arrivée à temps : il y aurait eu sans nul doute une vraie, longue et coûteuse bataille de  Paris.

29 08 1944 

Portrait d’un camarade par Victor Lundy

De Gaulle est inquiet de la puissance électorale des communistes qui, dans les urnes pèsent régulièrement plus de 20 % : aussi a-t-il demandé à Eisenhower de bien vouloir envoyer du monde défiler à Paris pour les intimider : on ne sait si les communiste le furent, mais Staline, assurément : et c’est l’impressionnant défilé militaire américain, G.I.’s de la 28° division d’infanterie (D.I.U.S) et de la 5° division blindée, avenue des Champs Élysées et place de la Concorde,

Tout le littoral méditerranéen est libéré. Si la bataille était âpre à l’ouest, c’est bien à l’est que les engagements étaient les plus importants : la Wehrmacht y avait les deux tiers de ses forces, et, pendant cet été 1944 l’Armée Rouge anéantit 30 divisions allemandes, en Finlande, aux pays Baltes, en Roumanie, Bulgarie, dans la Russie Blanche, la Galicie et la Pologne.

Madeleine Goa est fusillée à l’Institut Dentaire de Paris. On retrouvera son corps quelques jours plus tard dans la Seine, lesté d’un pavé. Il n’existe aucune preuve d’une quelconque culpabilité. Qu’a-t-elle donc fait ? Quatre jours plus tôt, comme des milliers d’autres Parisiens, elle et son mari Marc se sont mis à la fenêtre de leur appartement pour regarder le défilé triomphal de la 2°DB de Leclerc. Ils sont munis d’une longue vue, que, d’en bas, d’aucuns prennent pour une arme ; les nerfs étaient encore à cran en ces heures et tout le monde avait la hantise du tireur caché sur les toits ou dans les immeubles ; et c’est ce qui se produisit pour Marc et Madeleine Goa : les assoiffés de vengeance montèrent chez eux et les firent prisonniers. Redescendus, il jetèrent Marc sous les chenilles d’un char de la 2° DB, et emmèneront Madeleine à l’Institut dentaire.

Quid de cet Institut dentaire ? Depuis le début de la guerre, il faisait fonction d’hôpital militaire pour les Allemands. Depuis le 20 août 1944, les FFS – Forces Françaises Spéciales – avec à leur tête, un communiste fanatique conseiller municipal à Malakoff, René Sentuc, alias capitaine Bernard, et avec l’aval du colonel Fabien, s’en sont emparé pour en faire le centre de la justice populaire de la résistance communiste. On retrouvera encore le dossier de Berthe Verly, blanchisseuse à Garches, qui sera elle aussi fusillée sans aucune raison, simplement victime de la dénonciation d’un voisin plutôt toqué. Pas d’instruction, pas de preuves, le règne de l’arbitraire, de la dénonciation et de la vengeance. Du 20 août au 15 septembre 1944, René Sentuc fera exécuter plus de 40 personnes, sans qu’aucune ne puisse avoir droit à un procès véritable. Le 3 septembre le préfet de police de Paris interdira cette pratique de justice parallèle, mais il faudra attendre le 15 septembre pour que René Sentuc et sa clique quittent les lieux. Il sera traduit lui-même en justice mais ne sera pas condamné… probablement protégé en haut lieu.

René Setuc

René Sentuc

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Berthe Verly

Institut Dentaire George Eastman de Paris, 11 rue George Eastman dans le 13°. Inauguré le 21 10 1937, avec Edouard Clevel pour architecte. Financé par George Eastman, créateur de Kodak, pour qui l’hygiène bucco-dentaire était le top du top.

31 08 1944 

Les FFI [3] libèrent la citadelle d’Amiens, où la Gestapo avait son tribunal et exécutait nombre de prisonniers dans les fossés de la citadelle : on retrouvera les corps de vingt-quatre d’entre eux, fusillés du 30 décembre 1941 au 8 juillet 1944.

Le cauchemar des 50 mois d’occupation s’est terminé brusquement. Ce titre de L’Oise Libérée pourrait être repris pour la ville d’Amiens qui est libérée le 31 août 1944 en moins d’une journée. Comme pour Beauvais et les autres villes de la région, ce n’est pas le résultat d’une insurrection populaire à l’image de Paris accueillant le général de Gaulle le 25 août mais celui d’une action concertée entre les forces britanniques et les résistants regroupés au sein des Forces françaises de l’intérieur.
La 2° division blindée britannique a pour objectif principal de franchir la Somme et de foncer au plus vite vers le Nord de la France et la Belgique tandis que, pour la Résistance, l’important est de chasser l’occupant et de s’emparer des lieux de pouvoir.
Si des troupes allemandes ont commencé à quitter Amiens, les forces restantes s’apprêtent à détruire tous les ponts afin de retarder l’offensive alliée. Aussi les combats les plus meurtriers vont se concentrer sur deux points de passage restés intacts, le plus important étant le pont Beauvillé, le second étant les ponts de Montières.

Pour les Amiénois c’est un sentiment mêlé de joie et de surprise en voyant l’occupant chassé de la ville si vite. Pendant quatre ans ils ont vécu à l’heure allemande avec un centre ville dévasté, soumis à une occupation militaire synonyme de réquisitions et de privations. Les derniers mois, les habitants vivent au rythme des alertes. Car, en prévision du débarquement de Normandie, les gares de triage et les voies ferroviaires sont systématiquement bombardées avec pour objectif la paralysie totale du trafic au nord de la Loire. Au cours de ces années noires, une minorité d’hommes et de femmes aux appartenances sociales ou politiques diverses s’est engagée dans la Résistance malgré les risques encourus. À l’image du Conseil national de la Résistance, elle se présente unie, à la veille du débarquement, avec la constitution du comité départemental de libération et d’un état major militaire des Forces françaises de l’Intérieur.

La joie ne dure qu’un temps. Elle est vite ternie par la découverte progressive des charniers où les Allemands ont enterré des résistants exécutés. Commence également une attente qui dure près de huit mois avant le retour des soldats prisonniers et des déportés lorsque ces derniers sont encore vivants. La libération ne signifie pas non plus un retour à la normale : les Amiénois continuent à avoir faim et froid et s’indignent de la lenteur de la justice contre les collaborateurs qui fixe un cadre légal après les règlements de compte et les vengeances des  premiers jours de la libération. Même si la relève administrative locale a été minutieusement préparée, la ville n’a pas les moyens d’entreprendre les travaux de reconstruction.  La visite du général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, le 11 août 1945 vient à peine panser les plaies.

Association Centre de Mémoire et d’Histoire. Somme, Résistance et Déportation.

Au sein des FFI où il sera décoré de la Croix de guerre, de la Croix du Combattant Volontaire, de l’Ordre national du Mérite et de la Légion d’Honneur, Lucien Muchembled, 22 ans, qui dirigera des années plus tard le collège Saint Michel d’Annecy, puis le collège Stanislas de Montréal de 1970 à 1984. Collège Saint Michel qui aura comme élèves nationalement connus Bernard Bosson, maire d’Annecy, député de Haute Savoie, plusieurs fois ministre, dont l’Équipement sous Balladur, Thierry Ardisson, publicitaire, animateur et producteur de télévision. À la fin de la guerre, Lucien Muchembled [4] s’engagera un temps dans la 2° DB du général Leclerc, et sera démobilisé le 29 novembre 1945. Il mourra à Montréal le 7 février 2014.

Reçu le 7  mars 2025, en provenance de la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur. Services des décorations Bureau des recherches généalogiques et des admissions élèves.
1 rue de Solférino, 75700 Paris 07SP
Tél. 01 40 62 84 00
www.legiondhonneur.fr

Le révérend père Lucien, Joseph, Louis MUCHEMBLED, né le 27 mai 1922 à Senarpont (Somme) et décédé le 4 février 2014, a été nommé chevalier de la Légion d’honneur par décret du 6 janvier 1982, publié au Journal Officiel du 7 janvier 1982, pris sur le rapport du ministre des relations extérieures, en qualité de directeur du collège Stanislas à Québec ; 39 ans d’activités sacerdotales, d’enseignement et de services militaires, pour prendre rang du 13 avril 1982.

Le révérend père Lucien, Joseph, Louis MUCHEMBLED a également été nommé chevalier de l’ordre national du Mérite par décret du 7 décembre 1971, publié au Journal Officiel du 10 décembre 1971, pris sur le rapport du ministre des affaires étrangères, en qualité de directeur du collège Stanislas, à Montréal ; 29 ans de ministère ecclésiastique et de services militaires, pour prendre rang du 12 mai 1972.

1 09 1944

Aux abois, les Allemands n’en continuent pas moins à faire régner la terreur : il affrètent un train pour emmener en déportation 872 prisonniers politiques et une majorité de résistants, arrêtés depuis plusieurs semaines, et détenus dans les prisons de Béthune, Valenciennes et Loos : c’est le Train de Loos qui part de Tourcoing, alors que les Allemands évacuent Lille. Trois jours de voyage en enfer – pas d’eau, pas de nourriture, pas de WC -, pour arriver dans la région de Cologne le . La plupart des prisonniers sont affectés au déminage des voies ferrées puis internés dans les camps de concentration de Oranienburg, Sachsenhausen, Dachau, Buchenwald. 284 personnes sur 872 rentreront de déportation. C’est le dernier convoi parti de France vers les camps de la mort.

3 09 1944   

Marius Berliet, 78 ans, fondateur des usines Berliet, est arrêté. Au prétexte qu’aucune mesure n’a été prise pour la mise en route des fabrications de guerre en 1939 les usines Berliet avaient été réquisitionnées le  1939 sur ordre de Raoul Dautry, ministre de l’Armement. […] Les dirigeants avaient obtenu, en décembre, les crédits pour les commandes de tours nécessaires à la fabrication d’obus – refusés à Marius Berliet en septembre 1938. Le premier lot de 1 200 obus avait été le  4 juin 1939. À la faveur du départ de Maurice Roy le  1940, Marius Berliet était revenu à Vénissieux.

Dans le souci de préserver l’emploi – 6 800 personnes – l’usine avait fabriqué des gazobois mis au point entre les deux guerres et qui équipent les véhicules de la zone sud. Tout en étant en zone libre jusqu’en 1942, Automobiles M. Berliet avait subi les décisions prises par l’armée d’occupation en raison de l’installation, depuis les années 1910, d’une succursale atelier située à Courbevoie en zone occupée.

L’organisme militaire allemand GBK qui dirigeait et contrôlait l’industrie et le commerce de l’automobile en Allemagne et dans les territoires occupés accordait les bons matières à condition que les véhicules ou pièces soient livrés à l’occupant pour un tonnage ou valeur équivalente. […]  Du 1° octobre 1940 au  31 juillet 1944, les 17 constructeurs français avaient livré 116 917 véhicules aux autorités allemandes dont pour Renault 32 877, Citroën 32 248, Peugeot 22 658, Ford  10 620 et Berliet 2 389.

Wikipedia

4 09 1944

Les maquisards qui ont contribué à sa libération défilent à Nîmes : à leur tête, plusieurs Allemands membres des maquis des Cévennes, notamment au sein de la 104° compagnie du 5° bataillon du maquis de Lozère. Il ne s’agit pas de cas isolés : en 1938, on comptait en France à peu près 30 000 Allemands, réfugiés fuyant le nazisme, parfois venus des Brigades Internationales après la défaite des Républicains lors de la guerre d’Espagne. Ils avaient été souvent – surtout les Juifs – internés dans des camps du sud de la France, par exemple le Rieucros en Lozère. On estime que 3 000  d’entre eux se sont engagés dans la Résistance.

5 et 6 09 1944  

348 avions britanniques lâchent 1 820 tonnes de bombes sur Le Havre : 5 123 civils tués, 80 000 sans-abris, 12 500 bâtiments détruits.

Nous vous attendions dans la joie, nous vous accueillons dans le deuil.

Le Havre Matin du 13 09 1944, s’adressant aux libérateurs

Un travail d’ivrognes.

Hubert de Lagarde, résistant, à propos du bombardement d’Orléans

En septembre 1944, les avions alliés se sont acharnés sur Le Havre pendant sept jours. Sans atteindre les garnisons allemandes installées sur les hauteurs. Après les derniers bombardements, la ville ne sera plus qu’un immense brasier. Des mois durant elle restera un chantier de démolition, recouvert d’un nuage de poussière et de cendre : plus d’habitations debout, plus de rues, plus d’hôtel de ville, plus de théâtre, plus rien. Après le tassement des gravats, la nouvelle ville sera édifiée sur deux mètres au-dessus du niveau de l’ancienne. Je n’ai compris les dégâts provoqués par la guerre que bien plus tard. Cette ville neuve était pour moi sans histoire, une simple page blanche à écrire.

Que ce soit au Havre, à Brest, à Nantes, tous les récits des bombardements alliés de 1944 décrivent les explosions se succédant à un rythme infernal, les milliers de bombes, les immeubles pulvérisés, les gens éperdus courant dans tous les sens, les cris déchirants, un vacarme immense. Bâtiments qui s’ouvrent comme des boites en carton, canalisations de gaz sectionnées et transformées en lance-flammes, vision impudique de lits soudains à ciel ouvert, tapisseries, intérieurs douillets brutalement exposés au regard. Un témoin des bombardements du Havre dépeint ce couple de vieillards prostrés dans la rue de Paris, quelques heures après l’arrêt des bombardements, devant leur immeuble éventré, la cage d’escaliers soufflée. Ils refusent de bouger, de quitter le quartier Notre Dame, entièrement dévasté. Ils attendent la bonne âme qui puisse leur ramener leur couple de pinsons oublié dans une cage, au quatrième étage.

Yves Gourmelon. Lettres de l’ami allemand. Domens 2018

La Bourse

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Auguste Perret, architecte de 71 ans sera chargé de remettre de la vie sur cette catastrophe. Aidé de 100 collègues choisis, il y parviendra, utilisant partout le béton armé. La fantaisie des vieux quartiers en est bien sur absente, mais les avenues sont larges… on respire. Il verra grand, parfois trop : la principale avenue, plus large que les Champs Élysées, n’est pas parvenue à agripper la vie sur son corps immense : elle est sinistre, lugubre, juste une machine à fabriquer de la neurasthénie. Il construira encore en 1948 le premier gratte ciel français à Amiens : 90 m de haut, et un très beau bassin des carènes au ministère de la Marine que les nervis de Nicolas Sarkozy détruiront dans les années 2000 par un petit matin glauque au mépris le plus complet de tout débat démocratique. Il mourra en 1953, ses collègues poursuivront le travail au Havre.

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Hôtel de ville du Havre

Arrivé d’Alger, Henri Frenay récupère son ministère des prisonniers de guerre et des déportés, le poste ayant été jusqu’alors occupé par François Mitterrand, auquel il propose d’en devenir le secrétaire général, poste qu’il refuse : Je ne me sentais pas la vocation de devenir fonctionnaire, dira-t-il plus tard. Dans une configuration identique  son ami jacques Chaban Delmas avait accepté, ce qui n’avait pas nui à sa carrière.

Il y a une contradiction, traditionnelle dans l’histoire de France, entre ceux qui tiennent la France pour une terre à ensemencer et ceux qui en font une idée, une force qui va, libre et mouvante : ceux qui voient dans un arbre la promesse d’un fruit et ceux qui le tiennent déjà pour le mât d’un navire…

Jean Lacouture. Mitterrand. Une histoire de Français 1. Les risques de l’escalade   Le Seuil 1998

7 09 1944

Par Victor Lundy, un soldat américain

8 09 1944 

Les Américains de la 7° DB ont libéré Verdun le 31 août et arrivent maintenant sur Dornot, au sud de Metz, où leur infanterie doit franchir la Moselle sur des barques légères ; l’artillerie allemande va les bloquer sur l’autre rive pendant deux jours, où ils s’enterrent pour échapper aux balles. Quand ils recevront l’ordre de se retirer, ils auront perdu 950 hommes.

Le premier V2 est tiré depuis Gouvy, en Belgique sur Paris. En 5 minutes, il atteint Maisons Alfort, où il fait 6 morts et 36 blessés. Jusqu’au 27 mars 1945, les Allemands en lancèrent 3 700, essentiellement sur Londres – environ 1 400 – et Anvers – environ 1 600 -.

Les 24 000 V1 et 3 700 V2 provoquèrent la mort de 8 938 personnes en Angleterre et de 6 500 en Belgique. En fait, ce gigantesque investissement fut un mauvais calcul : Peenemünde engloutit 2 milliards de marks, le quart environ du projet Manhattan, c’est à dire, toute proportion gardée, le même effort que celui des Américains. En 6 mois d’opérations, les V2 n’emportèrent qu’une quantité d’explosifs légèrement supérieure à un seul grand raid de la Royal Air Force sur une ville allemande.

Hitler entendait que l’on en construise 900 par mois. Il était absurde de vouloir répondre aux flottes de bombardiers ennemies, qui en 1944 larguèrent en moyenne sur l’Allemagne 3 000 tonnes de bombes par jour pendant plusieurs mois à l’aide de 4 100 quadrimoteurs, par des représailles qui auraient propulsé tous les jours 24 tonnes d’explosifs en Angleterre : la charge de bombes larguées par six forteresses volantes seulement.

Albert Speer, ministre allemand de l’Armement et de la Production de guerre de 1942 à 1945

V2 (missile) — Wikipédia

9 09 1944  

L’Armée Rouge arrive à Sofia.

10 09 1944    

Le général de Gaulle remanie le gouvernement pour y intégrer des personnalités issues de la Résistance intérieure : Aimé Leperq, responsable FFI prend les finances, mais il va mourir d’un accident de voiture deux mois plus tard et sera remplacé par René Pleven ; Pierre Mendès France (1907 – 1982), ancien député et ministre radical, un homme de Londres, est à l’économie.

Bien que René Pleven ait la légitimité que lui confère le fait d’avoir été un des premiers à gagner Londres en 1940, il adopte plutôt un profil bas. Mendès en profite pour remettre au gouvernement un projet complet de réforme inspiré de ses propositions d’Alger, des enseignements qu’il a retirés de la conférence de Bretton Woods qui a dessiné les grandes lignes du système financier international, en juillet, où il représentait la France, et de sa conviction que la priorité absolue doit être la lutte contre l’inflation.

Celle-ci est de fait très élevée : plus de 50 % en rythme annuel pour les trois derniers mois de 1944. Cette inflation est due en particulier à l’explosion du déficit budgétaire. Alors que le budget voté en 1938 pour l’année 1939 était de 81 milliards de francs, les dépenses publiques cumulées entre la déclaration de guerre en septembre 1939 et la fin 1944 se montent à 1 960 milliards de francs, dont 850 milliards de francs versés aux Allemands. Ces dépenses ont été financées à hauteur de 600 milliards de francs par les impôts, 960 milliards de francs par des emprunts à long terme placés auprès du public et 400 milliards de francs sous forme d’avances de la Banque de France, c’est-à-dire en pratique de mise en circulation de billets. Fin 1944, il y a environ pour 600 milliards de francs de billets en circulation, soit presque dix fois plus qu’en 1939.

Que propose Mendès France ? Un plan en sept points :

  1. blocage des prix et des salaires, après une augmentation moyenne de 20 % des salaires ;
  2. abandon de la loi fixant à 40 heures la durée hebdomadaire du travail ;
  3. fixation rapide et définitive de la liste des entreprises à nationaliser, sur la base de leur rôle économique et sans considération d’ordre politique ;
  4. mise en place de la Sécurité sociale ;
  5. suppression des réglementations protectrices de certaines professions héritées de Vichy (comme l’existence d’ordres professionnels) ;
  6. fixation rapide d’un taux de change fixe par rapport au dollar ;
  7. et enfin, échange des billets de banque contre une nouvelle gamme. C’est la mesure phare du plan que Mendès France justifie en mettant en avant trois considérations.

La première est économique : en adoptant un barème dégressif pour l’échange, on réduira la masse monétaire, ce qui limitera l’inflation. La deuxième est que, alors que l’inflation ponctionne le pouvoir d’achat de tous, le barème de l’échange agira comme une forme d’impôt progressif en prélevant les gros détenteurs de billets. La troisième est que l’opération répond à une nécessité morale. En effet, parmi les détenteurs de billets, il y a les profiteurs du marché noir, qui devront expliquer pourquoi ils détiennent autant de liquide. Il y a aussi les Allemands et les collaborateurs qui se replient avec eux : les uns et les autres ont en effet vidé les caisses avant de fuir. Et si l’on ne procède pas à l’échange, ils pourront, une fois la paix et le calme revenus, utiliser les anciens billets.

Mettant ses pas dans ceux de Lepercq, Pleven plaide pour une action en douceur. Il propose un contrôle négocié des prix et des salaires, considérant qu’une hausse immédiate de 40 % de certains salaires n’est pas déraisonnable. Concernant les 40 heures, il propose d’en maintenir le principe en l’assouplissant pour permettre les heures supplémentaires. Quant à l’échange des billets, il considère que cela prendrait un tour déflationniste sur le plan économique et inquisitorial sur le plan politique.

À la place, il reprend l’idée de Lepercq de faire un emprunt dont une partie financerait le déficit budgétaire tandis que le reliquat servirait à rembourser la Banque de France et à détruire une partie des billets. Il concède que cela conduira à une poursuite de l’inflation, mais avance que celle-ci finira par s’épuiser d’elle-même avec le retour progressif à l’équilibre budgétaire.

Mendès a le soutien des socialistes (à l’époque la SFIO), qui pensent que les salariés auront du mal à se protéger de l’inflation, et des radicaux, qui défendent les classes moyennes et leur épargne déjà bien amputée ; il s’appuie sur l’exemple de la Belgique, dont le ministre des finances, Camille Gutt (1884 – 1971), a mené, dès octobre 1944, une opération d’échange des billets qui a si bien réussi qu’elle fera de lui le premier directeur du Fonds monétaire international. Pleven a aussi des soutiens : les communistes, qui veulent rester maîtres de l’épuration et pensent obtenir des hausses de salaires allant au-delà de l’inflation ; des responsables du monde des affaires, que le mélange contrôle des prix et abandon des réglementations vichystes rebute ; le général de Gaulle, enfin et surtout, qui se refuse à imposer à une population encore meurtrie un remède de cheval.

Ne parvenant pas à faire valoir son point de vue, Mendès démissionne. Pleven devient ainsi le locataire exclusif de la Rue de Rivoli le 6 avril 1945. Depuis, le débat continue pour savoir si de Gaulle a bien fait de ne pas suivre Mendès.

Mendès répétera que, ne comprenant rien à l’économie, de Gaulle avait réagi selon son intuition politique. Pleven, constatant le succès belge et le redressement allemand des années 1950 fondé sur le refus de l’inflation, jugera qu’en fin de compte, si Mendès avait probablement raison économiquement et moralement parlant, il avait politiquement tort. Quant à de Gaulle, après avoir quitté le pouvoir en 1946, il est de nouveau à la tête du pays entre 1958 et 1969. Or, pendant cette période, il milite pour une politique de stricte stabilité monétaire. À ceux qui y voient une contradiction, il oppose les circonstances.

Jean-Marc Daniel. Le Monde 13 09 2014

11 09 1944

Georges Pompidou est jeune professeur au lycée Henri IV. En ces temps de sortie de tunnel, il commence à trépigner d’ennui ; camarade de Normale Sup de René Brouillet devenu conseiller au cabinet du chef du Gouvernement provisoire de la République Française, il lui écrit au cas où Je ne demande rien de brillant ni d’important, mais d’utile […] Je n’apporte aucun génie, mais de la bonne volonté et, je crois, du bon sens. Je m’adresse à toi parce que tu es le mieux placé de ceux que je connais pour pouvoir m’utiliser si tu le juges bon. Justement, de Gaulle cherche un agrégé sachant écrire. Trois semaines plus tard, Georges Pompidou intégrera le cabinet du général.

13 09 1944 

Jean, Henri, Maurice et Paul Berliet, fils de Marius, sont arrêtés. Après deux années d’emprisonnement, Marius, Paul et Jean seront jugés en juin 1946, Maurice et Henri n’étant passibles que du tribunal civil. Le 8 juin 1946, Marius Berliet, déclaré  coupable d’avoir sciemment accompli un ou plusieurs actes de nature à nuire à la défense nationale sera condamné à deux ans de prison, à l’indignité nationale, à la confiscation de ses biens et à une interdiction de séjour dans l’agglomération parisienne, les départements du Rhône et limitrophes. En raison de son état de santé, sa peine sera commuée en assignation à résidence surveillée, sous surveillance médicale judiciaire à Cannes.

L’aviation américaine veut bombarder l’usine chimique allemande IG Farben, fabricant du caoutchouc synthétique, située à 7 km de Birkenau ; imprécision, erreur ? l’un des bombardiers envoie des bombes aussi sur Birkenau où elles tuent 40 détenus et 15 SS.

par Victor Lundy, un soldat américain

par le même

15 09 1944   

Mise en place des cours spéciales de Justice, – ordonnance du GRPF du 26 juin 1944 –  dans chaque département pour juger les collaborateurs de Vichy, et essayer d’enrayer les parodies de procès et les exécutions arbitraires qui se développaient ; on comptera de 11 000 à 15 000 exécutions sommaires. Parallèlement fonctionneront d’autres juridictions : créée par une ordonnance du 10 janvier 1944, une Cour martiale, tribunal militaire qui siège en temps de guerre, composée d’officiers et de sous officiers FFI et d’un magistrat : la Haute Cour de Justice pour juger les collaborateurs qui avaient participé à l’activité des gouvernements de l’État Français du 17 juin 1940 à août 1944. Des chambres civiques, rattachées aux cours de justice, jugent les crimes qui ne relèvent pas d’une peine de prison. Elles prononcent une dégradation nationale, une interdiction de séjour, une amende. 130 000 personnes seront jugées par un tribunal civil, dont 33 000 seront acquittées, soit 97 000 condamnations ; 50 000 auront des peines non privatives de liberté, 46 000 peines de dégradation ou d’indignité nationale, 6 800 peines de mort, au sein desquelles 4 700 par contumace, 1 530 commuées, 767 exécutées, 13 500 peines de travaux forcés. Avec les condamnations des tribunaux militaires, on arrive au moins à 1 483 exécutions relevant du judiciaire.

La Terreur Rouge habitera la mémoire de bon nombre de Français, pendant bon nombre d’années. Tandis que Mauriac mettait en cause le bien fondé d’une justice qu’il jugeait expéditive, Camus ripostait : Ces hommes qui ont tout rationné sauf la honte, ne peuvent attendre de la France ni l’oubli ni l’indulgence [2]

Combat du 22 août 1944

17 09 1944

Début de l’opération aéroportée des Alliés Garden Market. Deux stratégies opposées s’affrontaient sur la conduite de la guerre, celle des Américains, du général Patton en particulier : combattre l’ennemi de front, en poursuivant l’offensive de là où elle est ; et la stratégie anglaise, du général Montgomery en particulier : contourner l’ennemi pour les frapper sur ses arrières, là où il ne s’y attend pas : en l’occurrence, parachuter des troupes sur la Hollande pour contourner l’obstacle de la ligne Siegfried, faire passer des blindés de l’autre côté du Rhin à Arnhem pour ainsi s’emparer du bassin industriel allemand de la Ruhr, et écourter la durée des combats restant à mener jusqu’à la victoire finale.  Les deux généraux, coiffés par Dwight Eisenhower, se haïssent par ailleurs cordialement. C’est au général en chef qu’il revient de trancher, et il le fait en faveur du plan qui propose d’abréger la guerre : il sait plus que tout autre combien les opérations depuis le débarquement vont lentement, coûtent en munitions, en carburant et bien sûr, en hommes : il tranche donc en faveur de Montgomery au détriment de Patton.

1 400 bombardiers Lancaster et B 17 bombardent dès l’aube les positions de la défense antiaérienne allemande, relayés ensuite par les chasseurs P 38 Lightning et P 47 Thunderbolt qui mitraillent à basse altitude. À 10 h 25, douze Short Lightning larguent les éclaireurs en charge de guider les troupes aéroportées qui suivront trois heures plus tard : pas moins de 34 000 hommes parachutés depuis 1 527 avions ou transportés par 478 planeurs, lâchés au nord d’Eindhoven. Les succès initiaux vont être nombreux, essentiellement des ponts dont les alliés prennent le contrôle, mais il y aura des bavures : les Allemands examineront les morts d’un planeur abattu et trouveront sur le corps d’un officier le plan général de l’opération, malgré l’interdiction qui avait été faite d’emporter un document de cette nature. Les Allemands voudront croire que c’est un piège. Il est impératif pour les Alliés de prendre les ponts d’Arnhem et de Nimègue (alors le plus long d’Europe avec ses 600 m.) qui enjambent tous deux un bras du Rhin, ponts par où devraient passer les blindés, en appui au sol des troupes aéroportées. Et les ennuis vont commencer : des radios qui ne marchent pas, soit à cause de quartz mal choisis, soit à cause de batteries déchargées car ayant déjà trop servies. Les chars et l’infanterie des Irish Guards entrent en Hollande vers 15 h, mais trouvent rapidement une très forte opposition de la Wehrmacht : le général Model avait rameuté tous les hommes possibles, jeunes, blessés légers, vieux, et la sous estimation de la résistance allemande par Montgomery devient flagrante. La météo est pire qu’annoncée. Le 20 septembre, le pont d’Arnhem sera repris par les Allemands, celui de Nimègue sécurisé dans la soirée par les Alliés qui avaient dû traverser les 365 m. Rhin dans 26 canots qui étaient nombreux à manquer de pagaies pour prendre les Allemands à revers. Les combats sont acharnés, et pour finir, la victoire reste aux Allemands. L’amateurisme, les fausses certitudes qui ne sont que des approximations, de Montgomery auront coûté des milliers de morts aux Alliés, ce qui n’empêchera pas l’intéressé de déclarer, avec un incroyable aplomb que Garden Market avait réussi à 90 % ! Contre vérité, mensonge, encore et encore.

Les parachutistes capturés sont traités en prisonniers de guerre, mais les vainqueurs allemands fusillent sans procès les civils néerlandais soupçonnés de les avoir aidés. Arnhem est vidé de ses habitants. Cent mille personnes errent sur les routes.

L’opération est un échec complet. En mémoire des camarades tombés, le béret des parachutistes britanniques porte un ruban noir. Frost et ses hommes ont reçu les honneurs de la guerre. D’assiégeants, ils sont devenus assiégés ; on leur avait demandé de tenir deux jours, ils ont tenu neuf jours et neuf nuits, sans renfort, ni repos.

Du côté allié, les pertes s’élèvent à 16 805 hommes tués, blessés ou prisonniers : dont 7 640 Britanniques et Polonais des 1 stb British Airborne Division et la 1° brigade indépendante de parachutistes polonais, 3 664 Américains des 82nd et 101 st Airborne et 5 354 Britanniques pour le XXX° corps.

Du côté allemand, Model évalue à 3 300 les pertes de son groupe d’armées B ; mais des calculs récents avancent le chiffre de 8 000 soldats allemands hors de combat, dont au moins 2 000 tués.

[…] Une conséquence tragique de l’échec de l’opération fut le Hongerwinter (Hiver de la faim). En effet, pendant la bataille, les travailleurs des chemins de fer néerlandais, incités par le gouvernement néerlandais à Londres, entamèrent une grève afin d’aider l’avance alliée. En représailles, les Allemands interdirent le transport de nourriture, ce qui provoqua une famine durant l’hiver 1944 – 1945 et causa la mort d’environ 18 000 Néerlandais.

Wikipedia

Richard Attenborough portera  cette bataille à l’écran en 1977 avec Un Pont trop loinA bridge too far – avec Sean Connery, Robert Redford, Michael Caine.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e1/Marketgarden-2009-31-08.png

18 09 1944

Le cargo japonais Junyō Maru est coulé par le sous marin britannique HMS Tradewind. Le naufrage cause la mort de 5 620 personnes, dont 2 300 prisonniers de guerre néerlandais, américains, britanniques et australiens.

19 09 1944

par Victor Lundy, un soldat américain.

21 09 1944

par le même

25 09 1944   

Hitler créé le Volkssturm : la mobilisation totale du peuple allemand : les hommes de plus de 45 ans, les jeunes entre 15 et 20 ans, un certain nombre de femmes, avec l’idée de libérer l’armée d’active combattante des tâches secondaires : garde et surveillance, prévôté, défense passive, voire tenue de l’arrière.  Ils sont équipés de fusils Mauser et de Panzer Faust, une sorte de bazooka.

27 09 1944 

Quatre drones TDR 1 décollent des îles Salomon pour frapper une batterie antiaérienne japonaise, installée sur un navire échoué sur une plage de l’île Bougainville. Un seul des quatre drones réussit à s’écraser sur sa cible, et la bombe accomplit son office.

БПЛА Interstate TDR-1 Edna III.Самый первый беспилотник США. | Пикабу

TDR-1 Edna III

On doit cette invention à Delmar S. Fahrney, un officier de l’Us Navy à la tête de l’unité des projets spéciaux. Fabriqué avec du bois produit par le géant du piano Wurlitzer et des tubes d’acier de vélo Schwinn, le TDR-1 est piloté à distance depuis un avion accompagnateur, un TBM Avenger biplace, dans lequel s’installent un pilote pour l’avion et un pilote pour le drone en place arrière. Une caméra sur le nez du drone envoie par radio des images en noir et blanc au télépilote, qui les visionne sur un écran très basique mais suffisant pour voir les grosses cibles comme les navires ennemis. Au départ, le principe n’est pas de larguer la bombe de 2 000 livres (environ une tonne), mais de crasher le drone sur la cible, ce qui entraîne l’explosion de la bombe. La manœuvre de largage de la bombe est progressivement développée mais nécessite une habileté exceptionnelle pour la visée via l’écran rudimentaire du télépilote. Dans les mois suivants, les trois groupes spéciaux de drones poursuivent leurs actions et réussissent même dans certains cas à larguer la bombe au lieu de sacrifier le drone. Au total, 15 des 46 appareils ratent leur cible, mais puisqu’ils volent toujours par deux (ou trois, voire quatre), les missions sont largement accomplies.

Il reste en Allemagne 14 574 Juifs.

09 1944 

De Gaulle ne veut se contenter de la presse existante : ni Le Figaro ni Combat et encore moins L’Humanité ne lui donnent satisfaction. En son for intérieur, il regrette les grands titres d’avant guerre comme Les Débats ou Le Temps. Il convoque son ministre de l’information, Pierre Henri Teitgen : Teitgen, refaites-moi Le Temps ! Choisissez un directeur dont le passé de résistant et la compétence de journaliste ne peuvent pas être mis en cause… Vous lui adjoindrez un protestant libéral et un gaulliste !

Teitgen cherche à temporiser. Une trentaine de quotidiens participent déjà à l’effervescence de la vie démocratique à Paris alors que la pénurie de papier est réelle : Mon général, dit-il, c’est bien sûr l’idéal. Mais nous avons des problèmes d’approvisionnement en papier considérables et la clientèle française pour un tel journal n’est pas assurée. Le général le coupe : La clientèle française, Teitgen, je m’en fiche ! Nous avons besoin d’un grand journal pour l’extérieur, et les ambassades considèrent à tort ou à raison, depuis des décennies, qu’un quotidien de ce modèle, plus ou moins officieux, mieux informé que les autres, renseigne davantage sur ce qui se passe en France. Allez, et faites vite.

Deux mois plus tard, c’est fait. Ou presque. Teitgen et son équipe ont trouvé l’oiseau rare. Il s’appelle Hubert Beuve Méry. Âgé de 42 ans, docteur en droit, il a vécu en Tchécoslovaquie et assuré la correspondance de différents journaux français avant guerre. Aux premières loges pour assister à la montée du nazisme, il a dénoncé les Accords de Munich en 1938, qui cédaient devant les demandes de Hitler, et démissionné du Temps. La guerre l’a ensuite précipité dans la Résistance intellectuelle puis, successivement, dans les maquis des Alpes et du Tarn.

De Gaulle l’adoube. On lui donne le titre de gérant et l’autorisation de paraître, et on lui adjoint deux associés, René Courtin, le protestant libéral, et Christian Funck Brentano, le gaulliste. Début décembre, Beuve Méry prend possession des anciens locaux et de l’imprimerie du Temps, rue des Italiens à Paris. Jusqu’au départ de de Gaulle, en janvier 1946, les rapports entre les deux hommes resteront sans problème, puisque quasiment inexistants il n’en ira plus de même une fois de Gaulle revenu aux affaires en 1958. Deux orgueils aux origines sociales différentes s’affronteront, qui se ressemblaient trop pour ne pas se détester.

Fatigué de ses critiques systématiques, de Gaulle qualifiera Beuve Méry du sobriquet Monsieur Faut qu’ça rate. Le soldat n’avait pas raté sa cible : en plein dans le mille. Il n’est que de voir une photo de Beuve Mery lors de la conférence de rédaction – la grand-messe quotidienne – pendant laquelle chacun restait debout pour réaliser à quel point ils ressemblent aux pères fondateurs des États Unis, avec cet air de puritain donneur de leçon, constipé, dur à jouir, ayant en horreur la rigolade, les parfaits pisse froid, tout cela au nom de la rigueur et des obligations de l’exercice de la critique. Lors de leur dernière rencontre, le 21 juin 1960 de Gaulle lui avait lancé, pour faire plus élégant que le Faut qu’ça rate : Et puis, vous êtes comme Méphisto… Mais oui, rappelez-vous, quand Méphisto dit à Faust : Ich bin der Geist, der stets verneint – Je suis l’esprit qui toujours nie -. Déstabilisé, Beuve Méry s’était repris : vous savez bien que ce n’est pas vrai, mon général… Je n’ai pas toujours dit non. Quarante ans plus tard, Le Monde aura changé à plusieurs reprises d’actionnaires, mais sera toujours faut qu’ça rate, juste un peu moins pisse froid, ne prenant pour s’exonérer que le crayon souvent féroce, parfois laborieux, de Plantu.

Les Américains poussent les Allemands sur le chemin du retour à la case départ et font pas mal de prisonniers, dont Aloïs Stanke, muté à Dijon depuis le mois d’avril. Malentendu, méprise ou peut-être simple bêtise ? Ils ne savent pas qu’auparavant Aloïs Stanke, allemand devenu à Bourges Alfred Stanke est franciscain et qu’il a été surveillant et infirmier à la prison du Bordiot depuis 1942, où il a passé bien des jours mais surtout de très nombreuses nuits à soulager les détenus revenant des séances de torture subies dans le local de la Gestapo, rue Michel de Bourges, à passer du courrier dans les deux sens, à leur apporter quelques rabiot de nourriture. Il faudra l’insistance des nombreux soutiens qu’il avait à Bourges pour le sortir d’un camp de prisonniers dans l’Arizona en octobre 45. Au Bordiot, il avait croisé Marc Toledano, qui écrira Le Franciscain de Bourges en 1966, et il sera porté à l’écran sous le même titre par Claude Autant Lara en 1968 avec Hardy Krüger dans le rôle de frère Alfred.

Les forces alliées ont quotidiennement besoin de carburants et les ressources locales n’y suffisent pas : ils mettent en place un pipe entre l’île de Wight et Cherbourg – 130 km -, approvisionné par le pétrole américain. Une armée américaine en opération, consomme 1.8 millions de litres de carburant par jour !

Himmler, patron de la SS, crée le Werwolf – Loup Garrou – un corps de volontaires destiné à opérer des sabotages au sein des forces russes, sur le front de l’est. Cela tiendra en fait beaucoup plus de la propagande que d’une nouvelle force.

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Le 9 mars 1945, Joseph Goebbels décore un adolescent de 16 ans, Willi Hübner, de la croix de Fer pour la défense de Lauban. Fait prisonnier et rééduqué par les Soviétiques, Hübner a été détenu quelques mois en zone Est, y est devenu mécanicien, a pu passer à l’Ouest en 1950 et est devenu garagiste à Landshut, en Bavière, où il est mort en 2010.

1 10 1944        

Les Russes libèrent l’Europe Centrale. Il est indispensable de mette en italique libérer, car très souvent, c’est précisément pour bien des populations le début de l’enfer des camps, sur place quelquefois, en Sibérie souvent ; ainsi de ces minorités allemandes du Banat, au nord de Belgrade, venues du Bade Wurtemberg, d’Alsace, de Lorraine, de Bade à la demande de l’empereur il y a presque 200 ans, ayant fait de ces marais le grenier à blé de l’empire austro-hongrois. À la fin de la première guerre mondiale, le traité de Trianon avait fait d’eux, qui des Yougoslaves, qui des Hongrois, qui des Roumains. Très souvent les hommes étaient au front sous les drapeaux allemands quelques uns se battant encore, d’autres prisonniers des Anglais ou des Américains ; restaient dans les villages les femmes, les enfants et les vieillards ; comment auraient-ils pu savoir que les attendaient cinq ans d’errance, de camp en camp, dans le froid et la faim ? Les minorités de langue allemande établies en ex-Yougoslavie eurent au bas mot 92 400 morts, dont 63 600 civils et 28 800 militaires. Les autres minorités allemandes connurent des sorts aussi tragiques, et elles sont nombreuses : la Batschka (entre le Danube et la Tisa, en Serbie et en Hongrie), la Syrmie (à l’extrême est de la Croatie, avec la ville de Vukovar),  la Slavonie (est de la Croatie, voisine à l’ouest de la Syrmie), ceux de Gottscheer (est de la Slovénie), les Karpatendeutschen (en Slovaquie, proche de Bratislava), les Bucoviens (au nord de la Roumanie, voisins de l’Ukraine), les Siebenburger Saxel (en Transylvanie, centre-ouest de la Roumanie), les Sudètes (en Tchéquie)…

Tout bascula le 1° octobre quand les Russes investirent Kudritz, mon village [alors en Yougoslavie, aujourd’hui en Serbie]. J’avais alors neuf ans. Ils pillèrent et violèrent comme partout ailleurs. Ils exécutèrent à tour de bras. Un oncle et deux tantes furent emmenés en Russie. Fin mars 1945, toute la population fut rassemblée sur la place du marché. Les maigres balluchons furent eux-mêmes triés pendant que les partisans serbes vidaient toutes les maisons d’une rue, la transformant en ghetto, où vécut toute la population, entassée et affamée jusqu’à l’été 1945.

Nous fûmes alors transférés au camp de Mollidorf, à 50 km au nord de Belgrade, dans l’actuelle Serbie, où végétaient entre 30 et 40 000 personnes. Nous prîmes le statut d’apatride. Chaque jour il y avait une quarantaine de décès. Je perdis ainsi un grand-père, un oncle et une tante.

Au cours de l’année 1946, les rescapés furent déplacés vers le camp de Gakova, en Serbie, près de Sombor. C’est là que je contractai la malaria. Ma grand’mère et des cousins y décédèrent.

En juin 1947, après une tentative d’évasion sans succès, ma mère réussit la seconde qui nous permit de gagner la Hongrie. Le jour, cachés dans la forêt, la nuit, marchant vers la frontière autrichienne que nous parvînmes à franchir à la seconde tentative : nous étions en zone russe où je fus soigné pour un nouvel accès de malaria. Ma mère entraîna ses deux enfants vers la zone anglaise dans le Burgenland, pratiquement poussés par les Russes, trop heureux de se débarrasser des pauvres réfugiés que nous étions. Pris en charge par les Anglais, ils nous emmenèrent au camp de Feffernitz, dans la province autrichienne de Carinthie : nous y restâmes une semaine, en septembre 1947, pour finalement aller travailler dans une ferme à Glanhofen, en Carinthie : le travail de ma mère nous assurait l’hébergement et la nourriture. Comme le fermier voulait m’obliger à garder les vaches au lieu d’aller à l’école, ma mère refit son baluchon et nous rentrâmes au camp de Feffernitz, début avril 1948, où mon père, de retour de captivité, nous rejoignit en janvier 1949.

En mars, la famille quitta Feffernitz pour Mulhouse, où l’on nous destinait aux travaux agricoles en Franche Comté. Par un heureux concours de circonstances, nous aboutîmes à Kaysersberg où notre père, qui avait appris le métier de ferblantier, trouva un travail et un petit logement, à partager avec un compatriote. C’était le 27 avril 1949. À 14 ans, j’avais passé le tiers de ma vie dans des camps.

Franz Stiegler

L'exode de 1945-1946. Comme en 1940, des millions de civils sont jetés sur les routes, mais cette fois, ce sont des Allemandes...Photo © Rue des Archives

treize millions d’Allemands expulsés.

2 10 1944    

Les Allemands, pour couvrir les arrières du maréchal Kesselring qui se bat encore en Italie du Nord contre les Alliés, délogent du refuge Torino, sous la pointe Helbronner, versant italien du Mont Blanc les 13 FFI qui l’occupaient : six d’entre eux seront déportés. Parmi les assaillants, Anderl Heckmair et Ludwig Vörg, qui avaient fait la première de la face nord de l’Eiger en 1938, pour laquelle ils grimpaient avec deux Autrichiens, Fritz Kasparek, et Heinrich Harrer.

7 10 1944   

Les Sonderkommando – déportés chargés de la logistique des chambres à gaz et du four crématoire 4  – se révoltent à Birkenau : cela coûtera la vie à 450 d’entre eux.

10 10 1944   

Churchill rencontre discrètement Staline à Moscou, pour se partager les sphères d’influence dans les Balkans. Churchill dira qu’il s’agissait surtout de préserver la Grèce du communisme. Roosevelt, tenu à l’écart de cette rencontre, en sera furieux. Churchill a griffonné sur un papier :
1) Roumanie : Russie 90%, les autres 10%,
2) Grèce : Grande-Bretagne (en accord avec les États Unis) 90%, Russie 10%,
3) Yougoslavie : 50/50%,
4) Hongrie : 50/50%,
6) Bulgarie : Russie 75%, les autres 25%
.

Signifiant son accord d’un trait de crayon bleu, Staline paraphe le document. Mais l’évolution des rapports de force sur le terrain va rendre caduc l’accord des pourcentages.

Partage des Balkans à Moscou entre Churchill et Staline (octobre 1944), archives nationales de Londres

9 octombrie 1944: Ziua în care Churchill și Stalin au împărțit Europa ...

14 10 1944

La brigade du général anglais Scobie arrive en Grèce, deux jours après qu’Athènes se soit libérée, les Allemands prenant la fuite devant l’avancée des Russes. Le général Scobie va exiger le désarmement des Andartes, l’armée des partisans, communistes fortement aidée par la résistance yougoslave communiste : c’est le début de 5 ans de guerre civile, opposant un mouvement dominé par les communistes et une droite, souvent extrême, regroupée autour du roi.

MESSAGE

Elle était assise au pied du platane
Dont l’ombre avait couvert mille générations.
Elle était assise, un fichu noir
Autour de ses cheveux sans âge,
Image de l’éternelle Mère,
Image de cette terre que l’on nomme la Grèce.
Elle était assise,
Plus vieille que le Temps,
Esprit des siècles et des lieux,
Pensive, immobile et tournant son fuseau
Entre ses mains noueuses,
Image de cette terre que l’on nomme la Grèce…
Et comme je passais devant elle
Sans même qu’elle me remarque,
Je m’approchai de son oreille
Pour lui dire : bonjour!
M’agenouiller, moi l’errant, le passant,
Devant cet immobile esprit des siècles et des lieux,
Comme un fils, comme un rameau né de son cœur,
M’agenouiller et recevoir son salut.
Mais elle ne me répondit pas. Elle ne me dit pas :
Bonne route ! comme je l’espérais.
D’une voix qui sortait du profond de la terre,
Larmes muettes sur ses paupières closes,
Le visage raviné de rides, elle dit en ouvrant les yeux  :
Comment… comment ont-ils pu faire cela ?
Des frères tuer leurs frères ?
Mes enfants égorger mes enfants ?
C’est tout ce que put proférer
Sa voix rude de paysanne
Et de sa main noueuse
Elle essuya ses larmes
Et de sa main noueuse
Elle se mit à tourner son fuseau…
Et depuis lors, heure après heure,
Intensément, au fond de moi,
Comme un orage, comme un message,
Sourd cette voix qui dit :
Comment… comment ont-ils pu faire cela ?
Des frères tuer leurs frères ?
Mes enfants égorger mes enfants ?
Depuis lors, je n’ai plus de paix.
Je vous dis ce simple message
Né aux lèvres de l’éternelle Mère
Que l’on nomme la Grèce…
Je vous écris ce simple message
Né du ventre de l’éternelle Mère
Que l’on nomme la Grèce…
Je vous crie ce simple message
Né des abîmes de sa douleur.
Assez de ce sang qui torture la Mère !
Assez de ce sang qui ensanglante notre Mère !

Sikélianos Anghélos (1884 – 1951). 1944

Le Maréchal Erwin Rommel se suicide : Hitler, convaincu de sa participation à l’attentat qui l’a visé deux mois plus tôt, (sans doute limitée à un simple accord), a accepté cette sortie, contre la promesse de la vie sauve pour sa famille. La popularité du maréchal était telle qu’il y avait un grand risque à lui réserver le sort réservé aux autres participants à ce complot. Le suicide sera déguisé en mort des suites d’un bombardement de sa voiture, et des funérailles nationales seront célébrées à Ulm le 17 octobre.

19 10 1944 

Des républicains espagnols réfugiés à Toulouse se sont mis en tête de renverser Franco. 4 000 d’entre eux entrent en Espagne par la vallée de la Garonne, le val d’Aran, avec pour objectif  la prise de la ville de Viela. Une fois ceci réalisé, il n’y aura plus qu’à attendre les alliés qui ne manqueront pas d’accourir pour nous prêter main forte. Mais ce sont les troupes de Franco qui accourront et le fiasco sera total. Les républicains laisseront sur le terrain 600 d’entre eux, morts !

20 10 1944  

Les Russes joignent à Belgrade les partisans de Tito : grand frère et petit frères s’embrassent, mais le petit frère ne se laissera pas étouffer. Les Allemands évacuent les Balkans. Dans un premier temps, Churchill avait suivi son anticommunisme virulent pour refuser toute aide à Tito au profit de la résistance yougoslave monarchiste, mais son envoyé du SOE, Bill Deakin avait longuement approché Tito et était parvenu à convaincre Churchill de sa grande valeur et de sa forte personnalité qui lui permettrait de tenir tête à Staline, ce que confirmera l’avenir, et Churchill avait fini par accepter d’aider les communistes yougoslaves : c’en était dès lors fini de la résistance royaliste. En revanche Churchill restera intransigeant sur le soutien éventuel à apporter aux résistants communistes grecs et son soutien ira à la monarchie.

À la même période, le service de renseignements extérieurs de la SS décrypte une note d’un agent américain basé à Zurich, parlant d’un effondrement du front allemand prévisible à la mi 1945, mais de la nécessité de prendre en compte la mise en œuvre d’un réduit alpin, aux confins de la Suisse, de l’Allemagne, de l’Autriche et de l’Italie, qui pourrait prolonger le conflit d’un à deux ans. Qu’y avait-il de vrai dans ce réduit alpin ? Un peu plus que des broutilles, mais guère… quelques abris antiaériens, quelques cavernes où on fabrique des pièces de Messerschmitt et de Focke Wulf, où l’on monte des V2, une imprimerie de fausse monnaie étrangère, le château autrichien de Goering où il a entassé les collections d’œuvre d’art volées, des résidences pour les familles des dignitaires nazis qui fuient les bombardements de Berlin… pas grand-chose à dire vrai.

Mais la rumeur se répand dans la presse et Goebbels et Himmler se disent : Et si on en remettait une bonne couche ? Et ainsi, dès le début 1945, ils distillèrent des informations faisant état  de fortifications imprenables, d’usines souterraines, de divisions d’élite etc etc … Et le drame, c’est qu’on les crut ! Le 28 mars 1945, Eisenhower décidera de briser toute possibilité de cette résistance de cette forteresse et informera Staline qu’il laisse du même coup Berlin à l’Armée Rouge, engageant ainsi les cinquante années à venir de l’Europe ! Et effectivement, le 25 avril, la 3° armée de Patton et la 7° armée de Patch recevront l’ordre de viser le sud est et le sud ouest pour conquérir le réduit alpin, dégarnissant suffisamment le front vers Berlin pour que l’Armée Rouge s’y installe durablement.

Dans ses mémoires, le général Bradley écrira : Je suis étonné que nous ayons pu faire preuve d’une telle naïveté !

*****

Ensuite, ce fut le bond tenace au delà du Dniepr. Et le dévalement de l’avalanche jusqu’en Roumanie. Puis en Bulgarie. Puis l’opération de Russie blanche et la facile réduction de la poche de Bobrouïsk. Et, de nouveau, l’avalanche, en Pologne. Puis sur l’autre rive de la Vistule. Puis sur l’Oder.

À chaque opération, Joukov grandissait et prenait de l’assurance. Son seul nom emplissait les Allemands de terreur : il venait d’arriver sur leur front. À présent, il ne pouvait même pas imaginer un obstacle qu’il ne pût surmonter. Et c’est ainsi que, par ordre de Staline brûlant de prendre Berlin, ce que n’avait pu faire Hitler avec Moscou, et de le prendre au plus vite ! vite et tout seuls, sans les Alliés ! – Joukov couronna la guerre – et sa vie – par l’opération de Berlin.

Berlin se trouvait à peu près à égale distance de nous et des Alliés. Mais les Allemands avaient concentré toutes leurs forces contre nous et le danger était grand qu’ils se livrent purement et simplement aux Alliés et les laissent passer. Mais c’eût été intolérable ! La Patrie l’exigeait : à nous l’attaque ! et vite, toujours plus vite ! (Il avait emprunté l’idée à Staline et le voulait lui aussi à présent : obligatoirement pour une fête, pour le 1° mai ! Cela ne marcha pas.) Et il ne restait plus rien d’autre à Joukov que d’attaquer à nouveau frontalement, encore et toujours, sans tenir compte des pertes.

Nous payâmes l’opération de Berlin, disons, de trois cent mille hommes tombés (un demi-million ?) Mais n’en était-il pas tombé en grand nombre déjà auparavant ? qui en a tenu le compte ? Inutile aujourd’hui de s’arrêter spécialement sur cette question. Bien sûr, nos gens souffraient de perdre pères, maris, fils, mais ils supportaient stoïquement ces pertes inévitables, car ils comprenaient tous qu’ils traversaient les heures glorieuses de notre peuple. Les survivants les raconteraient à leurs petits-enfants, mais, pour l’instant, en avant ! ! (Les Alliés, plutôt par envie, se mirent à prétendre après la guerre que non seulement l’opération de Berlin était inutile, mais aussi toute la campagne du printemps 1945 : soi-disant, Hitler se serait rendu, même si elle n’avait pas eu lieu, sans nouveaux combats ; il était déjà condamné. Et eux, alors ? pourquoi réduire en flammes une ville non militaire comme Dresde ?… là aussi, dans les cent cinquante mille carbonisés – des civils, par-dessus le marché.)

Joukov était d’ailleurs prêt à continuer à faire la guerre comme une machine ; sa poigne désormais stratégique, sa volonté d’acier déchaînée réclamaient de la nourriture, du grain à moudre. Mais toute sa vie changea alors d’un coup : comme si son navire, lancé à toute allure, s’était échoué sur un banc moelleux et honorifique.

À présent, il était devenu Commandant en chef des troupes soviétiques d’occupation en Allemagne. Aux nuits sans sommeil passées à élaborer des opérations avaient succédé de longs banquets plantureux et arrosés avec les Alliés (lesquels s’agglutinaient autour du caviar et de la vodka). Une manière d’amitié s’instaura entre lui et Eisenhower. (Lors d’un banquet nocturne, il exécuta pour lui, à titre de démonstration, une danse populaire russe) Il s’ensuivit un flot d’échanges de décorations avec les Alliés. (Des ordres de grands formats qu’il fallut bien laisser pendouiller sur le ventre.) Les soucis économiques prirent la place des préoccupations guerrières : démonter les entreprises allemandes et les expédier en URSS. Et puis, bien sûr, remettre sur pied la vie de la population allemande : nous avons beaucoup fait pour eux, nos sentiments internationalistes ne nous permettaient pas de nous abandonner à l’esprit de vengeance, et Ulbricht et Pieck junior nous expliquèrent bien des choses. (Huit ans plus tard, Joukov fut stupéfié par l’inexplicable soulèvement des ouvriers berlinois : car, enfin, nous avions aboli toutes les lois nazies et donné pleine liberté à tous les partis antifascistes !)

Une fierté, seulement : aller en juin présider le défilé de la Victoire sur la place Rouge, monté sur un blanc coursier. (Staline, visiblement, aurait voulu le faire lui-même, seulement il n’était pas sûr de tenir en selle. Mais on voyait qu’il l’enviait : des plaques bistres apparaissaient sur sa figure. Une fois, à brûle pourpoint, il fit cet aveu inouï à Joukov :  Je suis l’homme le plus malheureux du monde. J’ai même peur de mon ombre. Craignait-il un attentat ? Joukov ne pouvait croire à une pareille franchise.)

L’été vit se dérouler la cérémonie de la conférence de Potsdam (on n’avait pas trouvé d’endroit adéquat à Berlin, complètement détruit par notre artillerie et notre aviation). Ensuite il fallut s’occuper de forcer les Alliés à remettre aux organes de sécurité soviétiques nos propres citoyens soviétiques, qui, une fois de plus, de façon incompréhensible, ne désiraient pas regagner leur patrie. (Qu’est-ce que c’était que ça ? comment cela pouvait-il être ? Ou bien ils savaient avoir commis des crimes graves, ou bien ils s’étaient laissé séduire par la vie facile de l’Occident.) Il fallut exiger fermement des Alliés qu’ils acceptent qu’à leurs entrevues avec ces gens assistent de nos représentants professionnels de la Sûreté. (Lesquels se révélèrent gens très capables, il y en avait toujours eu dans notre armée, mais Joukov, des hauteurs où il siégeait, les avait en somme fort peu côtoyés.)

Entre bien d’autres choses du même genre… Joukov exécutait, mais avec une sorte de paresse, comme en s’assoupissant ; plus jamais ne revenaient les vols de l’aigle d’antan : discerner les plans de l’adversaire et élaborer ses propres desseins.

Alexandre Soljenitsyne. La confiture d’abricots et autres récits en deux parties. Fayard 2012

23 10 1944    

Quatre mois après les faits, les États Unis, l’Angleterre et l’URSS reconnaissent le Gouvernement Provisoire de la République Française. De Gaulle, acerbe : Le Gouvernement est satisfait qu’on veuille bien l’appeler par son nom.

Sa ténacité aura été finalement payante : jusqu’au bout, les Américains se seront défiés de lui, laissant un ambassadeur auprès de Vichy jusqu’au dernier moment, s’apprêtant à imposer à la France leur administration (AMGOT : Allied military Government of Occupied Territories : Gouvernement militaire allié des territoires occupés.) et leur monnaie, comme aux pays vaincus de l’Axe. Des préfets américains avaient reçu une formation pour ce faire, même les timbres étaient prêts… En principe, cela n’était que la mise en place de structures destinées à faciliter la logistique militaire. Heureusement que les entourages respectifs remplirent très bien leur rôle d’amortisseurs, – Eisenhower côté américain – encaissant bravement tous les coups, car la confrontation directe de telles personnalités avec de tels enjeux aurait très rapidement conduit à la rupture… et il fallait l’envergure d’un de Gaulle pour s’imposer et parvenir à présenter un front commun avec les communistes… – je préfère une France rouge à une France rougissante, Joseph Kessel -. Il fera tout ce qui était en son pouvoir pour que la France elle-même soit considérée comme étant du côté des vainqueurs et non du côté des vaincus pour avoir collaboré avec l’ennemiSans lui, il est fort probable que la France aurait connu une guerre civile comme en a connu la Grèce.

500 Francs drapeau - 1944 - Impression américaine - FDCollector

nulle mention de République Française, de de Gaulle, de Gouvernement Provisoire

Musée de la résistance en ligne

Anciens francs type 1944 - Retours vers les Basses-Pyrénées

24 10 1944  

Louis Renault, malade et maltraité par la police française, meurt à la prison de Fresnes, sans même un simulacre de procès, pour collaboration et traîtrise, jamais prouvées ; placé sous tutelle de Daimler Benz pendant la guerre, les véhicules assemblés partaient pour la plupart vers l’Allemagne. Des chars y furent réparés. Surnommé l’ogre de Billancourt avant la guerre, de Gaulle le laissa en gage aux communistes à la Libération. Ses usines seront mises rapidement sous séquestre et nationalisées le 16 janvier 1945, par une ordonnance qui l’accusait d’avoir mis ses usines à la disposition de la puissance occupante. Louis Renault était malade depuis dix ans : atteint de troubles rénaux, il était atteint d’aphasie et avait eu rapidement recours à un assistant pour traduire ses paroles. Il faudra attendre le 29 juillet 1967, pour qu’une loi vienne ouvrir les droits à l’indemnisation des héritiers. En 2010, la cour d’appel de Limoges donnera raison aux petits enfants de l’industriel contre le Centre de la mémoire d’Oradour sur Glane pour avoir ainsi légendé une photo de Louis Renault présentant la juvaquatre à Hitler au salon de l’automobile de Berlin en février 1939 : Louis Renault, une seule chose compte : moi et mon usine, fabriqua des chars pour la Wehrmacht. Renault sera nationalisé à la Libération. Le Centre voulait ainsi attribuer à Louis Renault une part de responsabilité dans le massacre du 10 juin 1944.

27 10 1944     

À la Comédie Française, De Gaulle préside une soirée consacrée aux poètes de la Résistance.

Le veilleur du Pont au change

Je suis le veilleur de la rue de Flandre,
Je veille tandis que dort Paris.
Vers le nord un incendie lointain rougeoie dans la nuit.
J’entends passer des avions au-dessus de la ville.

Je suis le veilleur du Point du Jour.
La Seine se love dans l’ombre, derrière le viaduc d’Auteuil,
Sous vingt-trois ponts à travers Paris.
Vers l’ouest j’entends des explosions.

Je suis le veilleur de la Porte Dorée.
Autour du donjon le bois de Vincennes épaissit ses ténèbres.
J’ai entendu des cris dans la direction de Créteil
Et des trains roulent vers l’est avec un sillage de chants de révolte.

Je suis le veilleur de la Poterne des Peupliers.
Le vent du sud m’apporte une fumée âcre,
Des rumeurs incertaines et des râles
Qui se dissolvent, quelque part, dans Plaisance ou Vaugirard.
Au sud, au nord, à l’est, à l’ouest,
Ce ne sont que fracas de guerre convergeant vers Paris.

Je suis le veilleur du Pont au Change
Veillant au cœur de Paris, dans la rumeur grandissante
Où je reconnais les cauchemars paniques de l’ennemi,
Les cris de victoire de nos amis et ceux des Français,
Les cris de souffrance de nos frères torturés par les Allemands d’Hitler.

Je suis le veilleur du Pont au Change
Ne veillant pas seulement cette nuit sur Paris,
Cette nuit de tempête sur Paris seulement dans sa fièvre et sa fatigue,
Mais sur le monde entier qui nous environne et nous presse.
Dans l’air froid tous les fracas de la guerre
Cheminent jusqu’à ce lieu où, depuis si longtemps, vivent les hommes.

Des cris, des chants, des râles, des fracas il en vient de partout,
Victoire, douleur et mort, ciel couleur de vin blanc et de thé,
Des quatre coins de l’horizon à travers les obstacles du globe,
Avec des parfums de vanille, de terre mouillée et de sang,
D’eau salée, de poudre et de bûchers,
De baisers d’une géante inconnue enfonçant à chaque pas dans la terre grasse de chair humaine.

Je suis le veilleur du Pont au Change
Et je vous salue, au seuil du jour promis
Vous tous camarades de la rue de Flandre à la Poterne des Peupliers,
Du Point du Jour à la Porte Dorée.

Je vous salue vous qui dormez
Après le dur travail clandestin,
Imprimeurs, porteurs de bombes, déboulonneurs de rails, incendiaires,
Distributeurs de tracts, contrebandiers, porteurs de messages,
Je vous salue vous tous qui résistez, enfants de vingt ans au sourire de source
Vieillards plus chenus que les ponts, hommes robustes, images des saisons,
Je vous salue au seuil du nouveau matin.

Je vous salue sur les bords de la Tamise,
Camarades de toutes nations présents au rendez-vous,
Dans la vieille capitale anglaise,
Dans le vieux Londres et la vieille Bretagne,
Américains de toutes races et de tous drapeaux,
Au-delà des espaces atlantiques,
Du Canada au Mexique, du Brésil à Cuba,
Camarades de Rio, de Tehuantepec, de New York et San Francisco.

J’ai donné rendez vous à toute la terre sur le Pont au Change,
Veillant et luttant comme vous. Tout à l’heure,
Prévenu par son pas lourd sur le pavé sonore,
Moi aussi j’ai abattu mon ennemi.

Il est mort dans le ruisseau, l’Allemand d’Hitler anonyme et haï,
La face souillée de boue, la mémoire déjà pourrissante,
Tandis que, déjà, j’écoutais vos voix des quatre saisons,
Amis, amis et frères des nations amies.

J’écoutais vos voix dans le parfum des orangers africains,
Dans les lourds relents de l’océan Pacifique,
Blanches escadres de mains tendues dans l’obscurité,
Hommes d’Alger, Honolulu, Tchoung King,
Hommes de Fez, de Dakar et d’Ajaccio.

Enivrantes et terribles clameurs, rythmes des poumons et des cœurs,
Du front de Russie flambant dans la neige,
Du lac Ilmen à Kief, du Dniepr au Pripet,
Vous parvenez à moi, nés de millions de poitrines.

Je vous écoute et vous entends. Norvégiens, Danois, Hollandais,
Belges, Tchèques, Polonais, Grecs, Luxembourgeois, Albanais et Yougo Slaves, camarades de lutte.
J’entends vos voix et je vous appelle,
Je vous appelle dans ma langue connue de tous
Une langue qui n’a qu’un mot :
Liberté !

Et je vous dis que je veille et que j’ai abattu un homme d’Hitler.
Il est mort dans la rue déserte
Au cœur de la ville impassible j’ai vengé mes frères assassinés
Au Fort de Romainville et au Mont Valérien,
Dans les échos fugitifs et renaissants du monde, de la ville et des saisons.

Et d’autres que moi veillent comme moi et tuent,
Comme moi ils guettent les pas sonores dans les rues désertes,
Comme moi ils écoutent les rumeurs et les fracas de la terre.

À la Porte Dorée, au Point du Jour,
Rue de Flandre et Poterne des Peupliers,
À travers toute la France, dans les villes et les champs,
Mes camarades guettent les pas dans la nuit
Et bercent leur solitude aux rumeurs et fracas de la terre.

Car la terre est un camp illuminé de milliers de feux.
À la veille de la bataille on bivouaque par toute la terre
Et peut-être aussi, camarades, écoutez vous les voix,

Les voix qui viennent d’ici quand la nuit tombe,
Qui déchirent des lèvres avides de baisers
Et qui volent longuement à travers les étendues
Comme des oiseaux migrateurs qu’aveugle la lumière des phares
Et qui se brisent contre les fenêtres du feu.

Que ma voix vous parvienne donc
Chaude et joyeuse et résolue,
Sans crainte et sans remords
Que ma voix vous parvienne avec celle de mes camarades,
Voix de l’embuscade et de l’avant garde française.

Écoutez-nous à votre tour, marins, pilotes, soldats,
Nous vous donnons le bonjour,
Nous ne vous parlons pas de nos souffrances mais de notre espoir,
Au seuil du prochain matin nous vous donnons le bonjour,
À vous qui êtes proches et, aussi, à vous
Qui recevrez notre vœu du matin
Au moment où le crépuscule en bottes de paille entrera dans vos maisons.
Et bonjour quand même et bonjour pour demain !
Bonjour de bon cœur et de tout notre sang !
Bonjour, bonjour, le soleil va se lever sur Paris,
Même si les nuages le cachent il sera là,
Bonjour, bonjour, de tout cœur bonjour !

Robert Desnos, écrit en février 1944, une semaine avant son arrestation.

Une très longue salve d’applaudissements salue le poète, alors déporté politique en Allemagne à Floha, 10 km à l’est de Chemnitz depuis cinq mois. Il mourra du typhus 8 mois plus tard à Theresienstadt.

28 10 1944  

De Gaulle ordonne la dissolution des milices patriotiques et François Mitterrand épouse Danielle Gouzes, dont le père, directeur de collège à Villefranche sur Saône, avait été suspendu sans traitement par le régime de Vichy pour avoir refusé de donner la liste des enfants juifs de son établissement.

10 1944  

Bataille aéronavale de Leyte, dans le Pacifique.

Lors d’une matinée au Théâtre Français, consacrée aux poètes de la Résistance, Paul Claudel fait lire ce poème au général de Gaulle ; il sera publié dans Le Figaro le 23 décembre 1944. Ses 76 ans lui avaient conservé la vitesse requise pour retourner chemise, veste et pantalon.

Tout de même, dit la France, je suis sortie !
Tout de même, vous autres ! dit la France, vous voyez qu’on ne m’a pas eue et que j’en suis sortie !
Tout de même, ce que vous me dites depuis quatre ans, mon général, je ne suis pas sourde !
Vous voyez que je ne suis pas sourde et que j’ai compris !
Et tout de même, il y a quelqu’un, qui est moi même, debout ! et que j’entends qui parle avec ma propre voix !
VIVE LA FRANCE ! II y a pour crier : VIVE LA FRANCE ! quelqu’un qui n’est pas un autre que moi !
Quelqu’un plein de sanglots, et plein de colère, et plein de larmes ! ces larmes que je ne finis pas de reboire
depuis quatre ans, et les voici maintenant au soleil, ces larmes ! ces énormes larmes sanglantes !
Quelqu’un plein de rugissements, et ce couteau dans la main, et ce glaive dans la main, mon général, que je me suis arraché du ventre !
Que les autres pensent de moi ce qu’ils veulent ! Ils disent qu’ils se sont battus, et c’est vrai !
Et moi, depuis quatre ans, au fond de la terre toute seule s’ils disent que je ne me suis pas battu, qu’est-ce que j’ai fait ?
Et vous, monsieur le Général, qui êtes mon fils, et vous qui êtes mon sang, et vous, monsieur le soldat ! et vous, monsieur mon fils, à la fin qui êtes arrivé !
Regardez-moi dans les yeux, monsieur mon fils, et dites moi si vous me reconnaissez !
Ah! c’est vrai, qu’on a bien réussi à me tuer, il y a quatre ans ! et tout le soin possible, il est vrai qu’on a mis tout le soin possible à me piétiner sur le cœur !
Mais le monde n’a jamais été fait pour se passer de la France, et la France n’a jamais été faite pour se passer d’honneur !
Regardez-moi dans les yeux, qui n’ai pas peur, et cherchez bien, et dites si j’ai peur de vos yeux de fils et de soldat ! 

1 11 1944

Par Victor Lundy, un soldat américain.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut…

Le dormeur du val Arthur Rimbaud

11 11 1944   

Adrienne Clotis, est venue à Saint Chamand, 25 km de Brive, rendre visite à sa fille Josette, 34 ans, belle femme née à Montpellier, maîtresse d’André Malraux, qui aura toujours refusé de divorcer de Clara pour l’épouser. Elle a eu de Malraux deux enfants : Gauthier, né le 5 novembre 1940 et Vincent le 11 mars 1943. Les rapports entre mère et fille sont quasi détestables, la mère désapprouvant ce statut de maîtresse d’un intellectuel rouge qui se refuse à choisir. Josette raccompagne sa mère à la gare jusqu’à son compartiment, puis court vers la sortie quand le train s’ébranle, fait un faux pas sur le marchepied et glisse sous le train : les deux jambes sectionnées, elle mourra à l’hôpital de Tulle quelques heures plus tard. Ses deux garçons mourront dans un accident de voiture en mai 1961 près de Beaune.

Le destin tragique de Josette Clotis

André et Josette

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[1] La citation est encore reprise  par Eric Roussel, dans Charles de Gaulle, Gallimard 2002

[2] Des mots qui lui vaudront du Canard enchaîné le surnom féroce de Saint François des Assises.

[3] Les Archives FFI sont au Fonds GR 19P du SHD – Service historique de la Défense -.

[4] Courriel reçu du Musée du Général Leclerc : 

Lucien, Joseph, Louis, Gérard Muchembled, classe 1942, né le 27/05/1922 à Senarpont.
Après un passage au Bataillon de Renfort (BR), il est muté au III° bataillon du Régiment de Marche du Tchad à compter du 07/07/1945.
Adjudant  chef du Bataillon de Renfort à compter de ce jour, présent à la 10° compagnie le 27/07/1945.
Evacué blessé le 22/08/1945 (blessé accidentellement à la main droite, tendons sectionnés le 21/08/1945 à Domats, Yonne – Cicatrice séquelle paume de la main droite).
Part en convalescence de 30 jours le 25/10/1945 de Guer (Morbihan).
Rejoint la compagnie le 28/11/1945 à Mayenne (Quartier Mayran).
Démobilisé le 29/11/1945.
Grades successifs : 2° classe chargé de mission B.C.R.A. – Grade d’assimilation = Lieutenant.
Cf. PJ ; ses services antérieurs à la mutation à la 2° DB ont été homologués par décision du bataillon du 12/09/1945.
Il appartenait aux FFI et a participé aux combats de la libération (prise de la citadelle d’Amiens). Réfractaire au STO, homologation du bataillon du 11/09/1945.
L’ordre national du Mérite récompense les mérites distingués, militaires ou civils à partir de 1963.
Bien cordialement,

Guilhem Touratier, Assistant scientifique des collections
Musée du général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris – Musée Jean Moulin
23, Allée de la 2e DB – Jardin Atlantique –
75015 Paris
Tél. : 01.40.64.39.55
Fax : 01.43.21.28.30

Courriel reçu le 7  mars 2025, en provenance de la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur. Services des décorations Bureau des recherches généalogiques et des admissions élèves.
1 rue de Solférino, 75700 Paris 07 SP
Tél. 01 40 62 84 00
www.legiondhonneur.fr

Le révérend père Lucien, Joseph, Louis MUCHEMBLED, né le 27 mai 1922 à Senarpont (Somme) et décédé le 4 février 2014, a été nommé chevalier de la Légion d’honneur par décret du 6 janvier 1982, publié au Journal Officiel du 7 janvier 1982, pris sur le rapport du ministre des relations extérieures, en qualité de directeur du collège Stanislas à Québec ; 39 ans d’activités sacerdotales, d’enseignement et de services militaires, pour prendre rang du 13 avril 1982.

Le révérend père Lucien, Joseph, Louis MUCHEMBLED a également été nommé chevalier de l’ordre national du Mérite par décret du 7 décembre 1971, publié au Journal Officiel du 10 décembre 1971, pris sur le rapport du ministre des affaires étrangères, en qualité de directeur du collège Stanislas, à Montréal ; 29 ans de ministère ecclésiastique et de services militaires, pour prendre rang du 12 mai 1972.