Georges Marchais est à la télévision : énervé par Jean-Pierre Elkabbach, il lui dit qu’il peut aller ailleurs s’il le souhaite et il ajoute Ecoutez Elkabbach, c’est extrêmement désagréable de discuter avec vous. Thierry le Luron mettra cela à sa sauce et en fera : Elkabbach, taisez vous, qui passera à la postérité, mais qui est de Thierry le Luron et non de Georges Marchais, ce qui ne passera pas à la postérité.
1 04 1978
Le Fonds Monétaire International – FMI – prend acte des volontés américaines en votant l’avènement des changes flottants, et donc, l’abandon total du système de Bretton Woods.
9 04 1978
Une partie du pont Wilson à Tours s’effondre dans la Loire en crue. D’autres éléments s’effondrent le lendemain. Au total, cinq arches et six piles s’écroulent, c’est un tiers de ce que les Tourangeaux appellent le pont de pierre qui s’est effondré. En cause l’extraction de granulats alluvionnaires qui avait fait baisser le niveau du lit de la rivière de 60 cm, mettant à nu les fondations de bois.
04 1978
Le sénateur Caillavet dépose un projet de loi pour protéger de l’acharnement thérapeutique ceux qui le souhaiteraient.
2 et 3 05 1978Qualification du viol
Le , Anne Tonglet, professeur de biologie à Bruxelles, et Aracelli Castellano, puéricultrice, s’installent pour camper dans la calanque la plus proche de Morgiou, près de Marseille. Pratiquant le naturisme, ces deux jeunes lesbiennes vivant en couple sont en route pour rejoindre le camp nudiste de Sugiton, voisine de Morgiou, à l’est ; le vent et la mer agitée rendent dangereux l’utilisation de leur canoë gonflable, ce qui les amène à planter leur tente à Morgiou. Le soir de leur arrivée, un pêcheur du coin, Serge Petrilli, les aborde pour tenter de les séduire. Éconduit, il retente sa chance le lendemain sans plus de succès. Vexé, il monte alors une expédition punitive avec deux amis, Guy Roger et Albert Mouglalis. Dans la soirée du , les trois hommes font irruption dans la tente des campeuses, les frappent puis les violent pendant plusieurs heures. Les sévices sexuels infligés aux touristes durent jusqu’à cinq heures du matin. Araceli Castellano se retrouve enceinte à la suite du viol. L’IVG est alors interdite en Belgique ; elle avorte grâce à un médecin qui accepte de la pratiquer.
Les deux victimes portent plainte. Leurs agresseurs, rapidement appréhendés, nient le viol en affirmant que leurs victimes étaient consentantes. La juge d’instruction Ilda di Marino s’inscrit dans la mentalité et la jurisprudence de l’époque qui correctionnalise les procès pour viol : elle requalifie le crime de viol en coups et blessures n’ayant pas entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours, délits relevant du tribunal correctionnel. Alors que plusieurs associations féministes manifestent contre cette correctionnalisation du viol, l’avocate Gisèle Halimi assistée d’Agnès Fichot, obtient du tribunal correctionnel de Marseille qu’il se déclare incompétent en raison de la nature criminelle des faits, le . Les prévenus font appel de cette décision devant la cour d’appel d’Aix en Provence, qui confirme néanmoins, le , que les faits méritent une qualification criminelle et renvoie les violeurs devant les assises. C’est en raison de la notoriété médiatique de Gisèle Halimi, alors très connue en tant qu’avocate des droits des femmes, que les deux victimes se sont adressées à elle.
Le procès s’ouvre le devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône, à Aix en Provence. Gilbert Collard est l’un des avocats de la défense. Les avocates des victimes sont Anne Marie Krywin, Marie-Thérèse Cuvelier et Gisèle Halimi. Cette dernière ayant fait le choix de médiatiser l’affaire, elle s’emploie à faire du procès une tribune politique et refuse notamment le huis clos. Le procès est à l’époque particulièrement suivi par la presse : les deux victimes reçoivent le soutien de nombreuses personnalités ainsi que des mouvements féministes.
Au terme de débats houleux, lors desquels les plaignantes sont accusées d’avoir été consentantes, voire provocantes, le verdict tombe le 3 mai 1978, peu après 20 heures : Serge Petrilli, le meneur, est condamné à six années de prison, Guy Roger et Albert Mouglalis le sont à quatre années. Petrilli est le seul à être condamné pour viol, les deux autres prévenus étant reconnus coupables de tentative de viol. La circonstance aggravante de crime en réunion n’est pas retenue par le jury.
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7 05 1978
Reinhold Messner et Peter Habeler sont les premiers à vaincre l’Everest sans apport d’oxygène.
8 05 1978
Cesare Battisti, 23 ans et Roberto Silvi, fondateur de la revue du groupuscule, jambisent – tir dans les jambes – Diego Fava, médecin de l’INAM, la Sécurité Sociale italienne à Milan. Le Beretta de Battisti s’enraye et c’est Silvi qui tire, Battisti tirant la dernière balle après que son Beretta se soit remis à fonctionner : l’attentat sera revendiqué par les PAC, – Prolétaires Armés pour le Communisme – mais la découverte le lendemain du corps d’Aldo Moro, fera passer aux oubliettes ce coup d’éclat : pas même une manchette dans quelque journal que ce soit !
Battisti n’en restera pas là : le 6 juin 1978, il abattra le maréchal Antonio Santoro, surveillant chef de la prison d’Udine ; le 19 avril il abattra Andrea Campagna, un jeune policier de Milan. Plus quelques participations à des jambisations ou même assassinats. Il sera arrêté le 26 juin 1979 via Castelfidardo à Milan ; ses amis le feront évader spectaculairement de la prison de Frosinone, au sud de Rome le 4 octobre 1981 ; il se réfugiera en France où en 1983, malgré de nombreux soutiens ayant pignon sur rue, Robert Badinter refusera de régulariser sa situation ; il se réfugiera alors au Mexique pendant 7 ans puis reviendra en France jusqu’en 2004 où la justice ne pourra plus jouer à cache cache avec la justice italienne : il partira au Brésil, où en décembre 2018, Bolsonaro, président d’extrême droite voudra l’extrader, mais Battisti quittera le Brésil pour, finalement se faire attraper en Bolivie le 13 janvier 2019 … ce qui mettra fin à quarante ans de cavale. Il sera mis dans un avion pour l’Italie où l’attendra… la prison. En quatorze mois, de 1978 et 1979 les PAC auront tué 4 hommes. En mars 2019, Cesare Battisti reconnaîtra les quatre meurtres dont il est accusé.
Après toutes ces déceptions, un dernier spasme avec l’extrême gauche des années 1968 : Cesare Battisti, ex terroriste des années de plomb (trois cent quatre-vingt morts et deux mille blessés), longtemps protégé par la doctrine Mitterrand. [1] Parce qu’il avait toujours nié avoir trempé dans des crimes de sang, il avait obtenu le soutien d’une série d’intellectuels français, mexicains et brésiliens qui clamaient son innocence contre la justice fasciste italienne. Ces intellectuels se prévalaient de l’honneur de la France et de la parole donnée quand Jacques Chirac décida de l’extrader : Philippe Sollers, Guy Bedos, Jacques Higelin, Sapho, Dan Franck, Miou Miou, Georges Moustaki, sans oublier Danielle Mitterrand s’y opposent et certains brandissent le petit livre rouge de Fred Vargas, La vérité sur Cesare Battisti Gallimard 2004, dans lequel l’éditeur n’hésite pas çà comparer l’es-terroriste à Victor Hugo en exil. Battisti avouera en mars 2019, devant les juges italiens, avoir commandité les meurtres du bijoutier Pier Luigi Torregiani et d’un boucher, Lino Sabbadin, celui du gardien de prison Antonio Santoro, en 1978, et celui du chauffeur de la police, Andra Campagna, un an plus tard. Et de présenter ses excuses aux familles des victimes pour la douleur causée. L’ex-terroriste a aussi évoqué le soutien des intellectuels : Je n’ai jamais été victime d’une injustice, je me suis moqué de tous ceux qui m’ont aidé, je n’ai même pas eu besoin de mentir à certains d’entre eux a-t-il ajouté selon La Stampa
Pierre Conesa. Vendre la guerre. L’aube 2022
9 05 1978
À Rome, Aldo Moro est abattu et laissé dans le coffre d’une 4 L, sur la voie publique. Ce sera le traumatisme majeur de l’Italie d’après-guerre.
Via Michelangelo Caetani. Rome
19 05 1978
400 parachutistes français de la légion sautent sur Kolwezi, au Shaba, province dissidente du Congo, – ex-Katanga – pour sortir à peu près 3 000 expatriés devenus otages… c’est tout de même trop tard pour une soixantaine d’Européens, déjà massacrés.
D’autres versions circulent… plus élaborées : Paris Match publie les photos du massacre d’hommes et de femmes occidentales à Kolwezi, une région minière du Congo. Quelques jours plus tôt, l’armée régulière du dictateur Mobutu, minée par la corruption qui la conduit à vendre ses armes en pièces détachées, à bout de forces comme tout le système qu’elle prétend défendre, a été submergée par une attaque de rebelles. […] Le massacre est attribué aux rebelles par un Mobutu dépassé, qui fait appel aux forces françaises et belges.
En réalité, Mobutu, sortant de son rôle de marionnette, pour motiver les Français à envoyer leurs parachutistes et sauver son régime en putréfaction, a organisé lui-même le massacre de ces familles, pour beaucoup des mineurs français ou belges privés de travail dans leur propre pays par la crise industrielle. À écouter les informations, à lire les journaux, à entendre le président Giscard lui-même, on n’imagine pas que la France soit tombée à pieds joints dans le piège qui lui a été tendu. À grand renfort de communication, elle met en scène le sauvetage des populations restantes, un moment de gloire pitoyable.
Marc Dugain. La volonté. Gallimard 2021
Dans les consulats et ambassades congolaises, on entendra des t’as vu comme notre vieux président il a dribblé le Blanc !
5 06 1978
La société allemande OTRAG – Orbital Transport und Racketen-Aktiengesllschaft – procède à son troisième lancement depuis sa base du Shaba, au Congo, d’une fusée à quatre modules de 12 m qui aurait dû atteindre 100 km d’altitude : mais dès la mise à feu, elle quitte sa trajectoire pour aller s’écraser dans la plus proche vallée. Elle avait déjà procédé à deux autres lancements réussis dans les années précédentes. OTRAG souhaitait développer une gamme de fusées low cost pour rester indépendante et de la NASA et du programme spatial européen. Le meilleur choix possible pour un lancement est l’équateur, là où la force de Coriolis est maximum ; après plusieurs recherches en Indonésie, à Singapour, au Brésil et à Nauru, l’Otrag choisit le Shaba, au Congo où il se virent attribuer un terrain de 100 000 km² – une fois et demi l’Irlande – quand la Nasa occupe 310 km² ! En contrepartie l’Otrag s’engageait à verser 50 millions $ par an à l’État du Congo, donc en fait à Mobutu.
Le programme s’arrêta là non tant à cause de cet échec – il y avait dans l’équipe Kurt Debus qui avait contribué à la mise au point des V2, puis avait dirigé le Kennedy Space Center où il était responsable du programme Apollo – qu’à cause des pressions qu’exerça Moscou pour mettre fin à ce programme dont il craignait qu’il s’oriente un jour ou l’autre vers des applications militaires, crainte partagée par nombre de pays africains. On raconte même que lors de la bataille de Kolwezi, les cadres cubains et est-allemands avaient subitement disparu et que c’était pour s’occuper de la base de l’Otrag.
Il faudra attendre près de trente ans pour que quelqu’un cherche à nouveau à tailler des croupières et y parvienne à la NASA et à Arianespace, et ce sera Elon Musk avec Space X. Dans les années 2020, on verra bien Jean Patrice Keka, ingénieur congolais s’obstiner à lancer des fusées, dont certaines faites avec des boites de lait en poudre, mais aucune d’entre elles ne parviendra à aller plus loin que le champ d’à coté !
25 06 1978
Finale de la coupe du monde de foot à Buenos Aires, Argentine : Argentine-Pays-Bas. La star mondiale du foot, Johan Cruyff n’est pas là. Le général Videla est au pouvoir depuis deux ans : deux ans de dictature ; quand celle-ci prendra fin en 1983, elle aura fait 30 000 disparus, 15 0000 fusillées, et un demi-million d’exilés. L’Argentine gagne la finale par trois buts à un. Les joueurs néerlandais n’assisteront pas aux cérémonies d’après-match, refusant de serrer la main de Videla.
06 1978
Alexandre Soljenitsyne est à Harvard : le déclin du courage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui.
25 07 1978
Louise Brown est le 1° bébé éprouvette ; fabriqué à Manchester par fécondation in vitro par le Docteur Robert Edwards.
26 06 1978
La fraction armée du FLB – Front de Libération de la Bretagne -, faute d’avoir pu s’en prendre à la Galerie des Glaces du château de Versailles, fait exploser une bombe dans la Galerie des Batailles, dans l’aile gauche du Palais. Les dommages matériels sont considérables : de nombreuses statues et tableaux sont très abîmés. La Première distribution des croix de la Légion d’honneur du peintre Jean-Baptiste Debret est en lambeaux, le plafond d’une des salles s’est effondré, tandis que de nombreux meubles, portes, murs ou fenêtres ont été soufflés. Les deux auteurs, seront condamnés à quinze ans de réclusion criminelle le 30 novembre.
4 07 1978
Les Américains dépensent 50 millions $ pour ensemencer de microsels des masses d’air afin de provoquer un ouragan.
11 07 1978
Un Camion citerne de 23 tonnes de propylène explose près du camping de Los Alfaques, sur la commune d’Alcanar, dans la province de Tarragone, en Espagne : 215 morts, 60 blessés graves.
La citerne du camion pouvait transporter une charge théorique maximale de 19 350 kg, or la pesée à la sortie du chargement indiquait 23 470 kg. Les températures élevées le jour du drame ont augmenté la pression dans la citerne et le conducteur s’est probablement aperçu que le réservoir fuyait, ce qui l’a amené à sortir à vive allure de la zone habitée autour de San-Carlo-de-la-Rapita. L’accident s’est produit peu après la sortie. Le chauffeur s’était engagé sur la route nationale 340, puis sur la petite route côtière d’Alcanar, pour économiser le coût du péage de l’AP7.
[…] Les assurances de la société Cisternas Reunidas, propriétaire du camion-citerne et de la raffinerie Enpetrol, concluent avec les victimes un règlement amiable qui leur accorde 2,5 milliards de pesetas en 1978 (environ 106 millions d’euros). Les victimes se retirent de la prodédure pénale. Six personnes sont poursuivies par le tribunal provincial de Tarragone en janvier 1982. Le directeur et le chef de la sécurité de l’usine de Tarragone sont condamnés à un an de prison avec sursis pour imprudences temporaires. Les quatre responsables de la compagnie Cisternas Reunidas sont acquittés.
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07 1978
La Lotus 79, surnommée Black Beauty, bouleverse le design des voitures de F1 en exploitant un phénomène aérodynamique mal connu : l’effet de sol, qui permet de plaquer la voiture au sol et d’améliorer sa stabilité, en accélérant l’écoulement de l’air sous le châssis. Ici, Mario Andretti en pilote une lors du Grand Prix des Pays-Bas, en 1978.
6 08 1978
Mort de Paul VI. Le conclave des cardinaux élit Mgr Albino Luciani qui prend le nom de Jean Paul I° ; quelques jours après, l’Osservatore politico, de Mino Peccorelli, proche de Lucio Gelli, chef de la loge maçonnique P2, publie la liste d’une centaine d’ecclésiastiques inscrits à la franc-maçonnerie, parmi lesquels Mgr Jean-Marie Villot, secrétaire d’État du Vatican, Mgr Paul Marcinkus, directeur de la banque vaticane etc… que du beau linge, de première qualité. Sans doute était-ce une façon de dire au pape : soyez prudent, soyez prudent …
Mais, Jean-Paul I° n’aura même pas le temps de devenir prudent : il meurt le 28 09 1978 : la radiotrottoir de Rome raconte au conditionnel qu’il pourrait bien avoir été liquidé par Mgr Marcinkus, patron de l’IOR, la banque du Vatican ; par ailleurs, la veille, il s’était plaint de douleurs aux jambes, qui avaient enflé : ces troubles circulatoires sont fréquemment annonciateurs d’un crise cardiaque ; mais on ne peut éviter de parler des graves dissensions entre le pape et Jean-Marie Villot, qui auraient dégénéré en conflit ouvert. Il n’y aura pas d’autopsie : Luciani, en 1972 déjà, alors qu’il était patriarche de Venise, avait eu un différend avec Marcinkus, lorsque ce dernier avait cédé 37 % d’actions de la Banca Cattolica de la Vénétie en possession de l’IOR au Banco Ambrosiano de Roberto Calvi, sans en aviser les évêques vénitiens. Albino Luciani, une fois élu, tout feu tout flamme, avait décidé de changer radicalement plusieurs réalités qui lui déplaisaient au sein de l’Église. Il trouvait que la richesse, la futilité, la gabegie, avaient envahi le cœur d’une institution qui aurait du, au contraire, donner l’exemple de la pureté, de la pauvreté et de la transparence. Depuis longtemps, il caressait l’idée d’une banque éthique, et pour la créer, il fallait évidemment réformer l’IOR – et renvoyer Marcinkus. Son idée était révolutionnaire, en effet : le pape Luciani avait l’intention de distribuer 90 % des richesses du Vatican pour faire construire des hôpitaux, des écoles, des maisons pour les plus misérables.
Simonetta Greggio. Dolce Vita 1959-1979 Roman. Stock 2010
Le jeudi 28 septembre, il reçoit plusieurs visiteurs. Il se couche tôt, comme il en a l’habitude. A 5 heures 30, il n’est pas levé. Son deuxième secrétaire privé, le père John Magee, frappe puis entre : Jean-Paul I° est mort, dans son lit. Sa lumière est restée allumée. Le médecin, appelé tout de suite, déclare qu’il s’agit d’un infarctus du myocarde soudain. Dans les vingt-quatre heures, le corps du pape est embaumé, comme le prévoit le cérémonial traditionnel. Donc pas d’autopsie, parce qu’à ce moment-là personne ne songe à déclencher une enquête.
Dans la journée, un communiqué annonce la mort du souverain pontife, communiqué médical signé par le docteur Renato Buzzonetti, directeur des services sanitaires du Vatican. L’effet produit, à Rome et dans le monde, est immense. Comment cet homme, désigné par les cardinaux un peu plus d’un mois auparavant, a-t-il pu s’éteindre aussi brusquement ? Les médecins qui l’ont suivi n’ont pas détecté le moindre signe visible de cette faiblesse cardiaque. Les rumeurs courent la ville, transpirent dans les communiqués des agences de presse. C’est un journaliste intégriste connu, Franco Antico, qui sonne le tocsin : à 8 heures du matin, il téléphone à l’agence Ansa, puis à une série de journalistes qu’il connaît, pour leur révéler ce qu’un correspondant anonyme vient de lui confier : le corps de Jean-Paul I° n’a pas été découvert par John Magee, mais par sœur Vincenza, gouvernante du pape. Le Saint-Père n’était pas en train de lire L’Imitation de Jésus-Christ, comme on l’a dit, mais un dossier explosif, bien entendu introuvable. Antico refuse de livrer le nom de sa source. Le scandale éclate. Le cardinal Villot comprend l’importance de cette dénonciation sans auteur. Seule une autopsie aurait permis de réfuter la thèse de l’empoisonnement. Mais il est trop tard : l’embaumement exclut les recherches chimiques sur le corps – c’est du moins l’opinion de presque tous les spécialistes. Par prudence, et pour éviter la multiplication des ragots, le cardinal Villot expédie le père Magee et les religieuses dans des retraites qu’il est seul à connaître.
Placé devant l’autel de la Confession, la dépouille de Jean-Paul I° demeure là plusieurs jours. Entre six cent mille et un million de visiteurs viennent prier devant son corps. Pour ce pape qui n’avait régné qu’un mois, c’était une preuve spectaculaire de la confiance qu’il avait suscitée.
Georges Suffert. Tu es Pierre. Éditions de Fallois 2000
17 08 1978
Partis le 12, les Américains Ben Abruzzo, Maxie Anderson et Larry Newmann, à bord du ballon Double EagleII, arrivent en France après avoir traversé l’Atlantique.
8 09 1978
Vendredi noir à Téhéran. Mostafa Khomeiny est mort l’hiver précédent. Son père, l’imam accuse la Savak, qui tente de le faire passer pour un homosexuel agent de la Grande Bretagne. Les étudiants en théologie s’indignent. La veille, le 7, une foule immense s’est réunie à Téhéran demandant le départ du Shah. La loi martiale est proclamée. La même foule se réunit à nouveau, tablant sur la fraternisation des soldats. Mais ces derniers tirent.
17 09 1978
Début des entretiens de Camp David, qui déboucheront sur un accord de paix entre Israël et l’Égypte le 26 03 1979.
5 10 1978
L’Espagne se dote d’une nouvelle constitution : la peine de mort est abolie, les libertés politique et syndicale sont rétablies. Le divorce est légalisé, l’âge électoral abaissé à 18 ans ; la séparation de l’Église et de l’État est officielle.
6 10 1978
Khomeiny, installé dans la ville sainte de Nadjaf, en Irak, devient trop remuant au goût de ce pays : il faut croire que c’est supportable pour la France, qui l’accueille à Neauphle le Château.
9 10 1978
Jacques Brel s’en va. Il a passé ses dernières années aux Marquises. L’échec commercial de son dernier film LeFar West aura sans doute pesé lourd dans sa maladie.
J’veux qu’on rie, j’veux qu’on danse J’veux qu’on s’amuse comme des fous Quand c’est qu’on mettra dans le trou
Adieu l’Émile, je t’aimais bien
C’est l’vent du nord qui fait qu’nos filles Ont le regard tranquille des vieilles villes C’est l’vent du nord qui fait qu’nos belles Ont le cheveu fragile de nos dentelles
Le vent du Nord
L’artiste, grand pourfendeur de bourgeois à la scène, redresseur de torts, beaucoup plus à l’aise dans l’outrance que dans la pudeur, facilement grandiloquent, faisait siens dans le quotidien bien des comportements de son milieu d’origine, la bonne bourgeoisie. Il était cependant difficilement classable : il lui était arrivé de croiser Paul Touvier, milicien de Vichy recherché par les associations juives. Brel lui prêta une maison à Saint Pierre de Chartreuse, où se reposer un temps en lui disant à peu près : Ce que vous avez fait sous l’occupation n’est pas mon affaire et ne m’intéresse guère mais passer sa vie comme une bête traquée, allant de cache en cache, ce n’est pas une vie… Poète, auteur compositeur, son véritable talent tient dans ces petits chefs d’œuvre que sont Le Plat Pays, Les Vieux, La Chanson des Vieux Amants, Jef, Le vent du Nord…
16 10 1978
Karol Wotjyla est élu pape : il est polonais et il a 58 ans : il faut remonter à 1522 pour voir à la tête du Vatican un pape qui ne soit pas italien – Adrien VI, qui était hollandais. Il va se lancer à corps perdu dans des voyages à travers le monde, porte parole d’une éthique planétaire ; il déplace les foules, et particulièrement les jeunes, alternant textes graves avec les improvisations, chansons et plaisanteries…mais il faudra bien reconnaître que les foules préfèrent le chanteur à la chanson.
2 11 1978
Kovalenko et Ivantchenkov passent 140 jours dans l’espace.
16 11 1978
À bord de son trimaran Manureva, – oiseau de voyage en tahitien – qui n’est autre que l’ex Pen Duick IV – tout ça, c’est des noms d’oiseaux – d’Eric Tabarly, Alain Colas fait la 1° édition de la Route du Rhum en tête. Il était en liaison radio avec le journaliste Jean-Louis Filc, via le centre radio-maritime Saint-Lys Radio, près de Toulouse. Leur dernière conversation enregistrée a eu lieu le mercredi matin 16 novembre : J’ai vraiment retrouvé le contact avec Manureva. Maintenant chaque geste s’enchaîne bien. Le pied se pose au bon endroit. La main, l’épaule s’appuient là où il faut. Je mène Manureva de façon beaucoup plus pondérée, beaucoup plus intériorisée, et je crois que le bateau apprécie. Je pense qu’en ce moment, on fait de la très bonne route. Bonjour à toute l’équipe. Au revoir !
Son message à 4 heures du matin à sa compagne Teura, qu’on a longtemps cru être le dernier aurait en fait été envoyé quand il était au niveau des Açores: Je suis dans l’œil du cyclone. Il n’y a plus de ciel. Il n’a a plus de mer. Tous est amalgame. Il n’y a que des montagnes d’eau tout autour de moi.
Si le temps se maintient, il devrait arriver gagnant à Pointe à Pitre. Mais c’est la tempête qui fait de son beau navire le jouet des éléments en furie : puis il disparaît. Avarie majeure, collision avec un gros navire ? On ne retrouvera absolument rien dans la zone du naufrage – 36° 5’ de longitude O, 35° 51’ de latitude S – : le dernier relevé place Manureva proche des Açores – 36° 5’ de longitude O, 35° 51’ de latitude S – en dépit de longues recherches de la Marine Nationale : 4 Bréguet Atlantique effectueront 400 heures de vol pendant 20 jours pour couvrir une zone de 2 millions de km². Le navire n’était pas en bon état au départ : la peinture masquait de nombreuses criques de l’aluminium [défaut au coulage s’apparentant à une déchirure de la peau], il y avait beaucoup de soudures à reprendre etc… Eric Tabarly, qui l’avait conçu, puis vendu à Alain Colas, émettra l’hypothèse suivante : À son départ, le bateau n’était pas en bon état. Il a pu se casser, perdre un flotteur. Mais ce n’est peut-être pas ce qui s’est passé. Il a également pu être abordé. Le bateau a dû couler car, si Alain était tombé à l’eau, on aurait sans doute retrouvé le bateau.
Et puis, l’homme lui-même n’était pas en meilleur état que le bateau, dans des dispositions psychiques précaires et une condition physique encore plus aléatoire. Depuis quelques mois, le fisc le harcelait. À force d’erreurs et de contre performances, son étoile déclinait. Aux yeux de certains, c’est acculé qu’il avait choisi de relever le défi – avec un pied invalide de surcroît, objet, au bas mot, d’une vingtaine d’interventions chirurgicales – ! Ce qui ne l’empêchait pas de nourrir des projets fous, tels ce Club Méditerranée, véritable paquebot de 74.37 mètres de long, 243 tonnes de déplacement, 1 000 m² de voilure sur 4 mâts de 30 mètres ! avec pour architecte Michel Bigoin, sur lequel il avait déjà navigué deux ans plus tôt, notamment lors de la 5° transat en solitaire, où il était arrivé cinquième, après des avaries qui l’avaient pénalisé de 58 heures.
Un avion Breguet de la marine nationale stationné aux Açores a décollé lundi matin 4 décembre pour se rendre à la recherche de Manureva, le trimaran d’Alain Colas, qui se trouverait à 320 milles nautiques au sud ouest des Açores. Sa position serait de 36° 50′ nord, 36) 50′ ouest. Celle-ci correspondrait à un degré près à la position donnée par Colas le 16 novembre. Alain Colas aurait demandé assistance dimanche, à 18 h. 30 GMT, par un message capté par un radio amateur aux Açores. Ce même message aurait par la suite à 0 h. 35 dimanche été intercepté également par un radio amateur aux États Unis. Ces deux informations ont été vérifiées, recoupées et authentifiées par la marine nationale, qui a avisé la seconde région maritime à Brest des dispositions à prendre. L’indicatif des deux radios amateurs a été également vérifié.
Ici Manureva, suis en difficulté. Demande assistance, telles auraient été les paroles d’Alain Colas au cours d’émissions très faibles transmises sur deux fréquences différentes, Alain Colas ne serait pas en mesure de recevoir par radio.
Le Monde 5 12 1978
L’année suivante, on rapportera à la gendarmerie de l’Ile de Ré une bouteille d’eau minérale en plastique retrouvée sur la côte. Elle était soigneusement fermée avec du gros scotch et contenait un message écrit sur une feuille d’agenda. Il disait : Venez vite, Alain avec une position en latitude et longitude. Mon frère avait un code particulier pour les noter : deux lettres de l’alphabet grec et c’est bien celui-là qui était utilisé. C’était très troublant, mais il n’y avait pas de date. J’ai demandé une analyse du plastique de la bouteille. Elle a confirmé qu’elle était restée longtemps dans l’eau de mer. La position indiquée correspondait bien à une zone où il aurait pu dériver. Aucune recherche n’y a été menée.
Jean-François Colas, son frère cadet lors d’une interview de Historia
Donc, il y a une énigme Alain Colas.
Serge Gainsbourg écrira Manureva que chantera Alain Chamfort
Club Méditerranée
Club Méditerranée
On ne sait pas très bien s’il faut rire ou pleurer de la destinée de ce voilier :
1976, construit pour Alain Colas à l’arsenal de Toulon, par l’architecte Michel Bigoin.
1982, racheté par Bernard Tapie qui le renomme La Vie claire, puis après y avoir mis 68 millions F de transformation, le renomme en 1986 Phocéa, à bord duquel en juin 1988, à sa deuxième tentative, il bat le record [2] de la traversée de l’Atlantique en monocoque. en huit jours, trois heures et trente neuf minutes, avec 2 spis, 4 génois et 2 grand voiles – 3 000 m² de toile au total, soit quatre jours de moins que le précédent record de Charlie Barr qui datait de 1905. (en multicoque et en solitaire le record revient à Thomas Coville en 4 jours, 11 heures et 10 minutes en juillet 2017 sur Sodebo Ultim’.
1997. Bernard Tapie a fait faillite en 1996, et le Phocea saisi, est revendu à Mona Ayoub ex épouse du milliardaire Nasser Al Rashid, homme d’affaires, promoteur immobilier saoudien et ami personnel du roi d’Arabie saoudite Fahd ben Abdelaziz Al Saoud. En fait la dame désirait un yacht et, ne supportant pas la gite aux allures de près, elle fait raccourcir les mats et donc diminue la surface de la voilure, – 35% -… Ça a dû bien rire – et peut-être même pleurer – dans le monde des marins. Ajoutez à cela le rajout d’un niveau au roof et vous arrivez à des transformations qui coûtent 17 millions $ !
2010 : Mona Ayoub revend le Phocea à Xavier Niel, patron de Free, pour 10 millions €. En 2021, le Phocéa coule après avoir été partiellement détruit par le feu le , alors qu’il est ancré dans l’archipel de Langkawi en Malaisie.
Le bateau de la démesure n’aura jamais eu que des propriétaires ivres de démesure, car jamais aucun vrai marin n’en voulut. Quelle déchéance, quelle tristesse !
18 11 1978
Suicide collectif à Jonestown dans la forêt du Guyana, ancienne Guyane britannique : 914 morts, dont 276 enfants, 80 réchappés ; ce suicide est intervenu après l’arrivée d’une mission officielle américaine. Il s’agit de la secte du Temple du Peuple, fondée par James Warren Jones, alias Jim Jones alors âgé de 46 ans, marié et père de sept enfants : 914 personnes trouvent la mort, pour la plupart suicidés au cyanure… pour la plupart, car des membres de la secte totalement fanatisés ont mitraillé ceux qui ne voulaient pas respecter le pacte de mort signé lors de l’adhésion au Temple du peuple. Plusieurs victimes auraient été contraintes sous la menace des armes d’absorber le poison mêlé à une boisson synthétique le kool aid, versé dans une baignoire où chacun puisait. Des mères ont administré elle-même le poison à leur bébé. Jim Jones meurt d’une balle dans la tête.
Retour sur les antécédents : James Warren Jones, alias Jim Jones est né le 13 mai 1931 à Crete, dans l’État de l’Indiana, aux États Unis. Fils unique ayant grandi dans un environnement marqué par une extrême pauvreté, il est élevé par sa mère, une ouvrière syndicaliste, qui voit en son fils un futur homme d’affaires. Alors que sa mère part travailler, le petit James, dont la mère ne peut se payer les services d’une nounou, se retrouve sous la surveillance d’une voisine, Myrtle Kennedy, qui inculque à l’enfant une éducation religieuse, l’emmenant au catéchisme et à l‘école du dimanche à l‘église protestante.
Excellent élève, il part à la recherche d‘églises pouvant correspondre à ses aspirations, ce qui le conduit dans plusieurs lieux de culte de la ville de Lynn. À l‘âge de 10 ans, le petit James atterrit au Gospel Tabernacle, une église pentecôtiste du mouvement charismatique. Là-bas, il se fait remarquer et est même envoyé sur le terrain pour évangéliser les habitants de la région.
À un moment de sa vie, James prend la direction de Richmond en auto stop, pour y évangéliser. Travaillant dans un hôpital, il évangélise pendant ses temps libres et finit par constater la forte présence de Noirs à Richmond (20 % de la population), alors que Lynn, sa ville d’origine, est majoritairement blanche.
Mais c’est surtout la grande pauvreté qui frappe les Afro Américains de Richmond qui l’interpelle. Jones commence alors à mentionner de plus en plus la justice sociale dans ses prêches de rue. Devenu adulte, il se tourne vers le communisme et s’oppose contre toute attente au christianisme, qui avait pourtant rythmé son enfance et son adolescence : ma femme ne s’agenouillera pas devant un Dieu imaginaire, disait-il.
Mais en 1950, le futur révérend découvre l‘église méthodiste, qu’il juge plus socialement ouverte que les autres. Il s’y attache et adhère l’année suivante au Communist Party USA 24. En avril 1952, Jim Jones pense avoir trouvé sa voie et veut devenir pasteur. Ainsi, en juin de la même année, Jones commence un stage de pasteur étudiant à Somerset Methodist Church, située dans un quartier blanc défavorisé d’Indianapolis.
L’année 1964 est déterminante dans sa vie. Cette année-là, Jim Jones est ordonné pasteur d’une importante communauté religieuse, Les disciples du Christ. Dans cette église, Noirs et Blancs sont sur pied d‘égalité. C’est là que commence véritablement le combat de Jones pour l‘égalité des races.
D’ailleurs, au début de 1960, Jones adopte des enfants de différentes couleur de peau qu’il appelle rainbow family – la famille arc en ciel -. Au fil des années, le pasteur se forge une conviction très différente de la vision classique des églises : Jones se dit maoïste et s’identifie à Karl Marx, au point de vouloir créer sa propre forme de marxisme qu’il appelle finalement socialisme apostolique. Au final, il est qualifié de gourou dans le sens donné ensuite par les organismes de lutte anti sectes.
Jones finit par fonder sa propre église. Au départ, il la baptise Les ailes de la délivrance, avant de lui donner le nom de Temple du peuple, avec siège à Indianapolis. Il déménage ensuite son église à Redwood Valley, en Californie, lieu que Jim Jones disait être un des rares qui pourrait résister à un holocauste nucléaire.
Ce jour-là, des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants faisaient le saut dans l’inconnu pour le voyage de non retour, sous la direction de celui qui se faisait passer pour la réincarnation de Lénine, Jésus Christ et Bouddha.
En 1973, soit cinq ans avant la tragédie, Jim Jones, décidait de délocaliser son église basée à San Francisco (USA), précisément en raison de scandales survenus en Californie, emmenant une partie de ses adeptes – des centaines de personnes viennent attirées par la perspective d’un monde utopique -. La nouvelle destination n‘étant autre que le Guyana, ex colonie britannique située entre trois pays : le Suriname, le Venezuela et le Brésil. La même année, il obtient un terrain de 10.000 hectares et y fonde Jonestown, un monde basé sur le socialisme où il n’existe, en principe, ni racisme, ni sexisme, ni même aucune marginalisation des personnes du troisième âge. En quelques mots, le monde parfait.
Jusque là, c’est l’histoire d’un fada doté d’un grand charisme, comme il en existe beaucoup sur terre. Mais partir s’installer à l’étranger avec tout son monde, cela suppose des moyens… qu’il n’a pas et qu’il lui faut trouver et c’est auprès de gens très bien intégrés et au statut social enviable qu’il va trouver ces appuis. Comment ces gens souvent puissants et très raisonnables ont-ils pu révéler une naïveté pareille en cautionnant cet huluberlu manipulateur ? Là est bien le mystère.
Car Jim Jones a bénéficié d’importants appuis de politiques en échange de services rendus en période électorale. Quels sont les liens de Jim Jones avec des personnes politiques ? Le pasteur a été patronné – lettres de référence – par de nombreuses personnalités américaines, au moment où il cherchait à obtenir l’accord du gouvernement du Guyana pour implanter sa communauté agricole. Parmi celles-ci : la femme du président, Rosalyn Carter, le vice président Walter Mondale, des sénateurs, le ministre de la Santé Joseph Califano, le maire de San Francisco et son prédécesseur : Jim Jones avait mis en place des œuvres charitables en Californie. Cela lui avait valu le soutien des hommes politiques de l’État. Il fut même sollicité pendant la campagne présidentielle de 1976 par les partisans de Jimmy Carter et y participa activement.
Ce principe de la vie dépouillée de toute forme de racisme attire tout particulièrement les Afro-américains, très souvent victimes d’un racisme alarmant dans une Amérique des années 1970 encore marquée par les lois ségrégationnistes récemment abolies. Lois qui prévalurent de 1875 à 1967, en particulier dans le sud du pays.
Jim Jones exerce une autorité sur ses adeptes. Sa secte se caractérise par un mélange de style hippie (dans la vague du célèbre mouvement peace and love des années 1960) et de socialisme. L’homme passe ainsi pour un père généreux, libérateur et faiseur de monde parfait. Au départ, Jonestown est un projet agricole basé sur la culture communiste.
Mais au bout d’un moment, le merveilleux monde du révérend Jones montre son véritable visage. D’anciens membres du Temple du peuple finissent par révéler des formes d’esclavage moderne. Selon leurs témoignages, drogues, famines et asservissement sexuel faisaient partie de leur quotidien. Jim Jones était lui même bisexuel et entretenait de ce fait des rapports intimes avec des femmes et des hommes de son église.
Le gourou fait travailler ses disciples du matin au soir, et cela, six jours sur sept ; il les oblige à subir une nuit blanche une fois par semaine. Au cours de cet exercice, le révérend fait avaler à ses adeptes ainsi qu‘à leurs enfants du faux poison. Son argument ? Le suicide collectif est la seule issue à la guerre que le gouvernement américain déclenchera un jour contre lui.
Jones va pouvoir donner libre cours à son goût de la tyrannie. Jonestown est en fait un véritable bagne. Les membres de la communauté, qui ont pour tâche de défricher sous un climat épuisant quelque 10 800 hectares de forêts, sont roués de coups sous le moindre prétexte, parfois jusqu’à la mort. Pour entretenir le climat mystique, Jim Jones organise des séances publiques de fausses guérisons miraculeuses, de flagellations au cours desquelles les membres de la secte confessent des crimes imaginaires.
Les méthodes utilisées vont du classique lavage de cerveau aux sévices corporels ; elles ne tardent pas à provoquer l’inquiétude et les plaintes de nombreux parents. Jim Jones exige de ses fidèles une soumission totale, un travail harassant dont il encaisse les bénéfices, extorque les pensions et les donations. Pourtant, malgré l’éloignement, les plaintes continuent d’affluer aux États Unis, et notamment en Californie dont de nombreux adeptes sont originaires. On parle aussi de trafic d’armes et de stupéfiants. C’est pourquoi le représentative Léo Ryan, 53 ans, alerté par de nombreuses familles de sa circonscription de San Francisco décide, au début du mois de novembre, de se rendre en Guyana à la tête d’une commission d’enquête comprenant huit journalistes, des avocats de la secte – dont Mark Lane, le défenseur de l’assassin de Martin Luther King – un représentant de l’ambassade américaine de Georgetown, et quatre parents d’adeptes du Temple du peuple. Les témoignages qu’elle recueille sont accablants. Une vingtaine de membres de la secte se placent sous sa protection et demandent à rentrer aux États Unis. Il ne faut pas qu’ils parlent.
Leo Ryan, effectue le déplacement en avion le 17 novembre 1978 jusqu’au Guyana : pour la visite du camp, Jim Jones se livre à un maquillage un peu grossier de Jonestown, n’en laissant entrevoir que les bons côtés, chants de chorale et partie de basket ball entre personnes de différentes races, par exemple : c’est ce que l’on appelle les villages Potemkine, du nom du ministre de l’impératrice de Russie Catherine II, – 1729 – 1796 – en charge de la préparation de ses déplacements en province : façades des maison repeintes, nettoyage des rues etc… On ne mégote pas avec la propagande. Les nazis se livreront au même exercice pour enfumer le président suisse de la Croix Rouge en visite au camp de Thérésienstadt. Le sénateur Léo Ryan et sa délégation n’y verront que du feu, mais restent tout de même toutes les plaintes de maltraitances formulées par les parents de fidèles, de quoi garder par devers soi une bonne dose de soupçon.
Mais le gourou a une idée derrière la tête. Pour lui, il n’est pas question que le sénateur Ryan retourne aux États Unis vivant, d’autant que certains adeptes de la secte ont formellement manifesté leur envie de quitter Jonestown, et cela, en présence même du membre du Congrès américain.
Le début du drame s’était noué samedi sur la piste de l’aéroport de Port Kaituma. Cinq membres de la commission américaine, avaient été abattus alors qu’ils s’apprêtaient à rapatrier une quinzaine d’adeptes. Léo Ryan, membre de la Chambre des représentants (démocrate, Californie), qui dirigeait la mission, trois journalistes et un cameraman de télévision, tombaient sous les balles des fanatiques de la secte qui leur avaient tendu une embuscade. Huit personnes étaient blessées, dont un diplomate américain en poste en Guyana.
Pour tenter de masquer ses meurtres, Jim Jones fit croire à ses adeptes que le sénateur était un agent de la CIA envoyé sur place pour faire du repérage. Il poursuit son mensonge, affirmant que Jonestown allait faire l’objet d’un assaut de la part de soldats américains.
La suite est plus que dramatique. La séance d’empoisonnement, cette fois-ci la véritable, est organisée et les adeptes de Jones sont contraints de boire du cyanure. Des centaines de fidèles prennent la fuite dans l‘épaisse jungle. Tandis que certains réussissent à s‘échapper, d’autres sont rattrapés par les hommes de Jones. Ils sont soit abattus, soit forcés de boire le terrible poison.
Plus tard, après le suicide collectif, un enregistrement sur bande magnétique sera retrouvé tout près des nombreux cadavres, entassés les uns sur les autres. Des détails de cet enregistrement seront rapportés dans une dépêche datant du 9 décembre 1978, qui se présente comme suit :
La bande magnétique commence par la diffusion de musique religieuse et le rassemblement de fidèles (…) Jones déclare que la secte a été trahie et ne se relèvera pas de ce qui s’est passé à l’aéroport.
Je ne propose pas que nous commettions un suicide mais un acte révolutionnaire, affirme-t-il enjoignant les adultes d’administrer le poison aux enfants avec des seringues. Mon opinion est qu’il faut être bon pour les enfants et les vieux et prendre la potion comme ils le faisaient dans la Grèce antique, et s’en aller tranquillement.
Une femme demande aux fidèles de s’aligner. On commence à entendre des pleurs d’enfants. Jones montre soudain des signes de nervosité : Mourez avec dignité. Ne vous couchez pas en larmes. Arrêtez cette hystérie ! Ce n’est pas une façon de mourir pour des Socialistes communistes.
De nombreuses personnes protestent. Une mère crie qu’elle accepte la mort, mais demande grâce pour son fils. (…) L’hécatombe s’achève dans une cacophonie de hurlements et de douleur, de râles, des cris d’enfants qui agonisent et de protestations, mêlés aux applaudissements des fanatiques de Jones.
Jim Jones, ne voulant certainement pas répondre de ses actes, est retrouvé sur les lieux, une balle dans la tête. Jusqu‘à ce jour, aucune enquête n’est parvenue à dire avec certitude si l’illuminé s’est suicidé, ou si l’un de ses hommes de main lui tiré dans la tête.
Quatre jours après le drame, Marc Hutten, journaliste de l’AFP envoyé sur place, parle de scènes semblables à un film d’anticipation dont le sujet serait l’apocalypse, tourné dans un décor luxuriant, mais pétrifié. De l’hélicoptère (…) on aperçoit une brusque éclosion de couleurs vives, comme un champ de fleurs. Ce sont les cotonnades qui habillent les centaines cadavres (…) Les fleurs deviennent cadavres et leur odeur, d’abord insidieuse, se fait nauséabonde. Seuls les fossoyeurs professionnels de l’armée américaine avancent parmi les corps boursouflés (…) Planté au milieu de cet amoncellement de dépouilles, un perchoir, avec deux perroquets qui caquettent comme si de rien n‘était. Plus loin, une immense cage de bois où gît le cadavre d’un gorille, la mascotte de l’évêque fou, le crâne transpercé par une balle. D’autres animaux sont morts empoisonnés comme leur maître, mais deux ou trois chiens errent encore dans les allées du campement, la queue basse. (…) Un petit pont de bois conduit vers la maison du défunt chef spirituel. À l’intérieur, dix corps (…) jetés en travers de quelques lits ou à même le sol parmi des monceaux de livres et de dossiers. (…).
Au moment du suicide collectif certains fidèles parviennent à prendre la fuite dans la jungle. Mais ils sont sans vivres ni eau. Ainsi, les États Unis dépêchent sur les lieux des hélicoptères, des avions cargos et un nombreux personnel sanitaire, ainsi que des soldats pour participer aux recherches et assurer le rapatriement des corps des victimes. Le FBI est chargé de l’enquête sur la tragédie de Jonestown. Huit cents passeports, environ 500 000 $ en cash et de nombreux lingots d’or ont été découverts dans les bâtiments de la communauté.
Un avion militaire de l’U.S. Air Force rapatriera en Amérique les survivants de la tuerie. Le même jour l’armée guyanaise lançait une opération en direction de Jonestown. Gênée par la pluie torrentielle, elle mettra de longues heures à y parvenir. Elle n’y trouvera que des cadavres.
La communauté agricole appelée Jonestown, créée par Jim Jones au Guyana. Photo prise par le FBI lors de l’enquête.
23 11 1978
La première Route du Rhum se poursuit. Partis 23 jours plus tôt de Saint Malo, le Canadien Mike Birch sur son petit trimaran jaune Olympus – 11 mètres de long – sort de nulle part juste avant l’arrivée à Pointe à Pitre et coiffe au poteau Michel Malinovski sur son grand – 21 mètres – monocoque bleu Kriter V de 97 secondes.
Au moment de l’arrivée, je le suivais à l’arrière de son bateau. On a attendu longtemps avant de comprendre qu’il allait se faire avoir. Birch arrivait comme une bête à son vent. Un multicoque remontant moins bien, il pouvait le sortir en lofant. Il n’en a rien fait. Je lui ai dit après : Mais pourquoi n’as-tu pas lofé ? Pour deux raisons : parce qu’il était très occupé à trouver la ligne d’arrivée et parce que pour lui, après une course pareille, lofer un concurrent aurait été indécent ! Ce n’était pas fair play.
Daniel Gilles
Mike Birch
11 12 1978
La réunification du Viet Nam se passe mal et les Vietnamiens du sud fuient le pouvoir des communistes, et donc, leur pays, sur les boat people : 2 500 personnes sur le Haiphong.
La commémoration de la mort de l’imam Hosseyn – l’Achoura – donne lieu à Téhéran à une immense manifestation. Les chars sont en place, qui n’attendent qu’un ordre… que le Shah refuse de donner.
15 12 1978
Reconnaissance mutuelle de la Chine et des États Unis et établissement de relations diplomatiques le 1° janvier suivant.
Ce communiqué commun est d’une importance capitale : Les États-Unis reconnaissent le gouvernement de la République populaire de Chine comme le seul gouvernement légal de Chine. Dans ce contexte, les Américains maintiendront des relations culturelles, commerciales et autres [relations] non officielles avec les Taïwanais. Conséquence : Washington rompt les relations diplomatiques avec Taïwan et le traité de défense qui lie les États Unis et l’île depuis 1955 prendra fin en 1979.
Face à la caméra, Jimmy Carter ne s’en tient pas à la lecture du communiqué. Il précise, à l’adresse des Taïwanais, que les États Unis continueront de s’intéresser à la résolution pacifique de la question de Taïwan. Enfin, il a le plaisir d’annoncer qu’il recevra, fin janvier 1979, le vice premier ministre Deng pour commencer à travailler ensemble à l’amélioration de la cause de la paix dans le monde.
Vice premier ministre et vice président du Parti communiste chinois, Deng Xiaoping a pourtant, dans ces deux fonctions, un supérieur hiérarchique : Hua Guofeng, l’héritier de Mao. Mais les organigrammes sont trompeurs. Deux ans après la mort du Grand Timonier, Hua ne fait déjà plus le poids face à son adjoint, devenu son rival. Fin 1978, c’est bien Deng, père des réformes économiques et qui tourne la page des années maoïstes, et non le numéro un chinois, que le magazine Time célèbre comme homme de l’année. Sans jamais occuper le premier rang protocolaire, ce diable d’homme, que Mao avait comparé à une aiguille dans une balle de coton, régnera de facto sur la Chine jusqu’à sa mort, en 1997.
La visite officielle que Deng effectue aux États Unis ne fera que renforcer son leadership et son image d’homme d’État. Arrivé à Washington le 28 janvier 1979, il repartira des États Unis le 5 février après avoir visité Atlanta et la tombe de Martin Luther King, Houston et le siège de la NASA, Seattle et l’usine de l’avionneur Boeing… En neuf jours, cet homme de 74 ans aura prononcé vingt-deux discours, participé à vingt banquets et réceptions, rencontré quatre-vingts personnes et échangé à huit reprises avec la presse. Il faut bien cela pour séduire les États Unis.
Si Jimmy Carter et son conseiller à la sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski, ne lésinent pas sur les moyens pour assurer le succès de cette visite historique, Deng Xiaoping n’a pas que des amis sur les rives du Potomac. Entre les nationalistes taïwanais, les maoïstes qui déplorent l’évolution du régime ou les membres du Ku Klux Klan qui veulent attenter à ses jours, les services de sécurité ont fort à faire.
Mais Deng se révèle un formidable communicant. Comme ce 29 janvier où, à l’issue d’une représentation donnée en son honneur à Washington par une centaine d’enfants américains, Deng monte sur scène et embrasse chacun d’eux affectueusement. Ou, bien sûr, comme ce 2 février, quand, assistant à un rodéo à Houston en compagnie du gotha du pétrole américain, il n’hésite pas à se couvrir du Stetson qu’on lui tend puis à faire un tour de piste en calèche, saluant joyeusement la foule.
Lorsque le public a applaudi et a frappé des pieds, on avait vraiment l’impression d’une nouvelle ère. (…) Deng était en train de faire quelque chose de rare dans le monde hautement planifié et ritualisé de la diplomatie : il introduisait un sentiment personnel dans le récit de telle sorte qu’il était possible pour les deux parties d’imaginer que les anciens adversaires allaient désormais vraiment pouvoir trouver des convergences, témoigne, en juin 2020, le sinologue américain Orville Schell dans la revue en ligne The Wire China.
Les reparties de Deng désarment parfois ses interlocuteurs. Comment parvenir à ne pas sourire quand, après que Carter l’a critiqué pour ne pas laisser les Chinois émigrer librement, [Deng] lui répond, taquin : Très bien, M. le président. Combien de Chinois voulez-vous ? Dix millions, vingt millions, trente millions ? remarque Orville Schell. Les Américains sont séduits. Certains membres du Congrès vont jusqu’à lui demander un autographe.
Si Deng impressionne l’Amérique, la réciproque est vraie. Il s’était déjà rendu à New York pour participer à une assemblée de l’ONU en 1974, mais sa visite de 1979 l’a renforcé dans sa conviction que la Chine était très en retard. À l’époque, pour beaucoup d’entre nous, ce retard paraissait d’ailleurs insurmontable, se souvient Victor Gao, un diplomate chinois qui servira d’interprète à Deng Xiaoping à partir de 1981. Deng, qui a officiellement lancé, en décembre 1978, la modernisation économique du pays, semble plus optimiste. Visitant une usine Ford à Atlanta, il donne vingt ans à l’automobile chinoise pour rattraper son retard. De fait, vingt-deux ans plus tard, la Chine adhérera à l’Organisation mondiale du commerce. Une modernisation à marche forcée à laquelle contribuent d’ailleurs les États Unis.
Le 31 janvier 1979, Jimmy Carter et Deng Xiaoping signent une première série d’accords pour lancer la coopération bilatérale, notamment en matière scientifique, technique et culturelle. Jimmy Carter se félicite du tournant nouveau et irréversible de la relation entre les deux pays. Pour Deng Xiaoping, ce n’est qu’un début. (…) Il y a beaucoup d’autres domaines pour la coopération bilatérale. (…) Nous devons continuer nos efforts.
Les États Unis ont déjà signé des accords comparables avec l’Union soviétique, vingt ans plus tôt, mais avec la Chine, c’est différent. La Chine a un grand avantage pour Washington, que n’a pas Moscou. Stratégiquement, les Américains ne craignent pas la Chine, et cela les rend plus décontractés lorsqu’il s’agit d’accorder des conditions en faveur du commerce ou de mettre de côté les différences passées pour poursuivre la coopération, tant en matière diplomatique que scientifique et économique, commente le New York Times, le 1° février 1979.
Si, aujourd’hui, cette analyse prête à sourire, elle a le mérite de révéler un des principaux enjeux du voyage de Deng aux États-Unis : la rivalité avec l’Union soviétique. Après l’invasion du Cambodge par le Vietnam en 1978, la Chine présente ce dernier comme le Cuba de l’Asie. Pour Pékin, Hanoï ne serait en fait, à l’instar de La Havane, qu’un pantin au service des ambitions de Moscou. L’omniprésence soviétique inquiète également Washington, mais la virulence de Deng à l’égard de l’URSS met dans l’embarras ses hôtes américains, qui négocient avec Moscou un difficile accord sur la limitation des armements stratégiques – celui-ci sera conclu en juin 1979, mais jamais ratifié -. Les préoccupations de sécurité des États Unis ne coïncident pas complètement avec celles de la Chine, et la Chine ne partage pas nos responsabilités, relève Jimmy Carter le 31 janvier.
Néanmoins, après la signature d’un traité de paix et d’amitié entre le Japon et la Chine, en août 1978, puis l’établissement de relations diplomatiques entre Washington et Pékin, se constitue un triangle d’or à tonalité antisoviétique qui dure jusqu’en 1989, note l’historien Pierre Grosser dans son livre L’histoire du monde se fait en Asie (Odile Jacob, 2017).
Analysant les différents sommets sino-américains, l’historien David Shambaugh jugeait, en 2011, que certains avaient changé le monde, comme la visite de Nixon en Chine en 1972 – un vrai événement tectonique en géopolitique -, mais aussi la tournée triomphale de Deng aux États Unis. Ces sommets ont changé les dynamiques de la politique internationale en élaborant un objectif stratégique commun et en redessinant l’échiquier de la guerre froide, écrivait ce sinologue, en 2011, dans une tribune pour la Brookings Institution. De 1979 à 1989, la Chine et les États Unis vont partager de nombreux secrets, y compris militaires. Cette proximité entre les deux pays a joué un rôle dans la chute de l’Union soviétique, considère Victor Gao.
Une vérité qu’il n’est pas forcément de bon ton de rappeler alors qu’aujourd’hui [en 2022] Xi Jinping et Vladimir Poutine, ce nostalgique de l’URSS, viennent de sceller début février une alliance de fait contre les États Unis et plus largement l’Occident. En 2018, les deux hommes n’ont d’ailleurs pas hésité à mettre en scène leur complicité en préparant ensemble des crêpes. À Pékin, le Stetson est bel et bien passé de mode.
12 1978
Le temps des idéologies génocidaires est terminé en Chine. Arrivent les gestionnaires qui vont l’emmener en quarante ans au sommet du libéralisme sans foi ni loi.
Pour appréhender et aimer la Chine réelle, il n’est pas inutile d’avoir un peu sué sur ces chemins de lœss qui crissent sous les godasses, et d’avoir discuté avec ces fermiers rugueux, jaunes de poussière comme la terre qu’ils cultivent toujours à la bêche, sans tracteur ni charrue. Il faut avoir arpenté ces plaines du nord surpeuplées aux paysages sales et monotones, croisé ces paysannes qui lavent leur linge au baquet et portent l’eau du puits à l’aide d’une planche comme depuis des millénaires. Il faut avoir vu de ses propres yeux ces petits ruisseaux entre deux haies, où l’eau coule noire des toxines déversées par les usines environnantes, et avoir croisé le regard de cette gamine de dix ans qui se lève en pleine nuit pour aller étudier dans une petite école située au fond de la vallée, à plus d’une heure de marche. Enfin, il faut avoir passé quelques fêtes de printemps dans ces familles paysannes pauvres qui vous reçoivent comme un fils revenu au bercail. Comprendre la Chine rurale, c’est aussi remonter le temps, vingt-sept ans en arrière plus précisément.
En décembre 1978, en effet, Deng Xiaoping, fraîchement arrivé au pouvoir, impose sa politique de modernisation. Sa première mesure est de décollectiviser le secteur agricole hérité du maoïsme pour y substituer un système de responsabilité. Les paysans sont les premiers à bénéficier de ces décisions pragmatiques. La fin de communes populaires leur offre l’opportunité des cultiver des lopins qui leur ont été distribués, et de vendre leurs produits sur des marchés libres. Dès le début des années 1980, le revenu paysan fait un bond en avant, et le succès des réformes est célébré par tous.
Philippe Cohen, Luc Richard. La Chine sera-t-elle notre cauchemar ? Mille et une nuits. 2005
1978
Le cours du Haut Nil est constitué du Nil Bleu, venu du lac Tana en Ethiopie et du Nil Blanc venu des grands lacs africains. Avant leur confluence à Khartoum, le Nil Blanc fait des tours et des détours dans des régions marécageuses, au Soudan, – les marais du Sud – où il perd énormément d’eau par simple évaporation. Aussi avait-on pensé dès 1946 raccourcir son cours par la création d’un canal qui permettrait d’obtenir un débit supérieur de par la seule forte diminution de l’évaporation : nommé canal de Jongleï – 360 km – les plans avaient été finalisés en 1959. Mais ce n’est qu’en 1978 que commencent les travaux : c’est alors le plus grand chantier d’infrastructure africain. Pour ce faire, on loue la plus grosse excavatrice à roue pelle du monde, appelée Sarah, qui pouvait déplacer entre 2 500 et 3 500 m³ de terre, ce qui correspond au creusement d’environ 2 km de canal en cinq jours. Le projet se poursuivra pendant six ans, mais en 1984 la région sera totalement déstabilisée par des conflits et le projet sera abandonné. Un peu plus de 180 km avaient été creusés.
Quand la Chine s’éveillera, titrait Alain Peyrefitte pour un livre qui se vendit à plus de 800 000 exemplaires : ce n’est pas Mao Zedong, monstre et crétin criminel, qui l’éveillera, mais bien ce centriste libéral et autoritaire que sera Deng Xiaoping, pour qui le bon sens restera primordial.
Architecte de la modernisation et du dynamisme économique de la Chine, Deng Xiaoping (1904-1997) est désormais aussi considéré comme l’une des grandes figures politiques du XX° siècle. Entre 1978 et 1992, il a dirigé les affaires de son pays avec pour ambition de le placer sur les rails du développement et de l’ouverture au monde extérieur. À cet égard, il a réussi là où Mao et ses prédécesseurs avaient échoué. Beaucoup d’encre a coulé à cause de sa personnalité, de sa clairvoyance, de son intransigeance dans les négociations internationales ou de son autoritarisme face aux contestataires du mouvement démocratique chinois. Mais quelles ont été les véritables motivations de cet homme qui se plaisait à dire : Je suis un fils du peuple chinois. J’aime profondément ma patrie et mon peuple.
En 1975, le Premier ministre de la République populaire de Chine Zhou Enlai annonce le projet des Quatre Modernisations – agriculture, industrie, défense nationale, science et technologie – esquissé sous Mao et inscrit dans la réflexion des dirigeants chinois sur un nouvel ordre mondial. Ces derniers cherchent alors à améliorer les relations avec le monde occidental, à la fois pour former un front antisoviétique commun et pour développer une coopération économique et technique. On se fait battre en restant arriéré, affirment-ils couramment. Entre l’été 1973 et la fin de 1975, Deng est associé à la mise en œuvre de cette nouvelle stratégie diplomatique : il représente la Chine à l’ONU en 1974 et se rend en France l’année suivante. Il constate alors le retard accumulé par la Chine sur les pays capitalistes dans les domaines économique et technologique : il dira plus tard que son pays a perdu vingt ans, entre 1958 et 1978. À son retour au pouvoir en 1977, Deng relance le projet interrompu par les Quatre Modernisations, prévoyant un doublement du PNB en dix ans, puis son quadruplement en vingt ans, pour qu’il se rapproche du niveau des pays développés. Cette évolution nécessite évidemment un environnement de paix, que Deng s’emploiera à construire.
Poursuivant la politique étrangère élaborée par l’équipe Mao Zedong – Zhou Enlai, la Chine établit en 1979 des relations officielles avec les États Unis, améliore ses rapports avec divers pays occidentaux et signe avec le Japon un traité de paix et d’amitié, qui met fin à la confrontation des années 1930 – 1940. Plus globalement, Deng rompt progressivement avec le soutien à la stratégie maoïste de révolution mondiale et arrête son aide aux guérillas communistes d’Asie du Sud Est. Il rejette la conception maoïste d’une Chine placée comme leader des non alignés et des pays en développement et adopte dans ses rapports diplomatique un principe d’égalité et d’autonomie entre nations.
De janvier 1978 à février 1979, il effectue, en l’espace de quatorze mois, cinq voyages à l’étranger en rendant visite successivement à la Birmanie, au Népal, à la Corée du Nord, au Japon, à la Thaïlande, à la Malaisie, à Singapour et aux États Unis. Il rassure ainsi les pays proches, améliore ses rapports avec des voisins suspicieux, rallie le Japon et les États Unis à la cause de la modernisation chinoise et s’efforce de confiner l’influence de l’Union soviétique. À part une visite secrète à la Corée du Nord en avril 1982, il ne mettra pratiquement plus les pieds à l’étranger pendant les dix-huit ans qui lui restent à vivre.
Après s’être assuré de la bienveillance américaine, Deng lance en février 1979 contre le Vietnam une attaque éclair (17 février-16 mars), destiné à lui donner une leçon. En effet, le contrôle du Vietnam sur le Laos et le Cambodge fait craindre à la Chine que ce nouvel allié de l’URSS ne devienne un maillon de la stratégie d’encerclement soviétique dans l’Asie du Sud-Est. Pis, l’invasion soviétique de l’Afghanistan en décembre 1979 fait peser une lourde menace sur les frontières chinoises. Deng fait alors stationner une imposante armée chinoise sur les frontières sino vietnamienne et y multiplie de menus incidents jusqu’au retrait des forces armées vietnamiennes du Cambodge en 1988 – 1989. En outre, Pékin et Washington s’allient contre Moscou par le biais d’importants accords de coopération scientifique, technique et militaire.
À partir du début des années 1980 cependant, l’hypothèse d’une guerre imminente avec l’URSS diminue et les relations entre les deux pays s’améliore progressivement avec l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev en 1985. Le retrait vietnamien du Cambodge, le départ des troupes soviétiques d’Afghanistan et la réduction de la présence militaire soviétique à la frontière sino-russe contribue au rapprochement entre les deux pays, pour aboutir à une véritable réconciliation conclue à Pékin en mai 1989, lors d’une rencontre spectaculaire entre Gorbatchev et Deng Xiaoping.
La Chine soigne aussi ses relations avec les pays de l’Association des nations du Sud Est asiatique (Ansea) et améliore celles qu’elle entretient avec le Vietnam. Elle fait profil bas, aussi bien en Asie que sur la scène internationale, avec pour objectif de s’assurer un environnement de sécurité et de paix pour faciliter la transformation du pays et sa réinsertion dans la communauté internationale. Cette stratégie pacifiste rend possible la réduction drastique des effectifs de son armée, qui passent de 6.1 millions à 3.2 millions en 1988.
La réforme amorcée à l’intérieur permet à Deng d’améliorer les rapports de la Chine avec les pays développés. Prenant le contrepied des propos agressifs ou fanfarons de Mao à l’égard de l’hégémonisme impérialiste, Deng évoque volontiers, devant les interlocuteurs étrangers, l’état de pauvreté de son pays et exprime son vif désir de l’initier aux expériences d’autrui. Le gouvernement chinois accepte désormais de financer ses importations par des emprunts à moyen et à long terme. Le Japon est, dans les années 1980, le pays qui lui accorde le plus d’aides. Dans ces mêmes années, la Chine adhère à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international (FMI), qui lui allouent des sommes importantes. Les échanges et les coopérations se multiplient : de nombreux conseillers et expert internationaux viennent en Chine participer à l’élaboration des programmes de réforme gouvernementaux et à la formation de bureaucrates modernes et de jeunes talents ; en sens inverse, des dizaines de milliers d’étudiants ou de stagiaires partent se former dans les universités américaines, européennes ou japonaises.
Au lendemain des événements de Tienanmen, Deng est très affecté par les critiques internationales dont son pays fait l’objet et par l’embargo décrété par les puissances occidentales. Il maintient désormais sa stratégie d’évitement des conflits, en ménageant ses relations avec les États Unis, en dépit de l’interruption de certains projets de coopération. Après la disparition de l’Union soviétique, le gouvernement chinois reconnaît rapidement la Russie et la Confédération des États indépendants. Deng souhaite ainsi que la Chine prenne une part active à la construction d’un nouvel ordre mondial. Mais pour lui, elle doit tenir ses positions, traiter les changements avec patience et confiance, cacher ses talents en attendant son heure (taoguang yanghui), savoir garder un profil bas, ne jamais tenter de prendre la tête, s’efforcer d’obtenir des résultats. Tels sont les enseignements qu’il laisse à ses successeurs à la fin de sa vie.
Si Deng partage avec Mao le rêve de transformer une Chine pauvre et arriérée en un pays riche et puissant, il considère que ce dernier a en quelque sorte manqué à sa mission historique, à cause du caractère utopique de ses projets, de son ambition d’être le leader d’une révolution mondiale et de ses méthodes fondées sur la lutte des classes et l’idéologisation des masses. Une position qui l’amène à renverser presque systématiquement toutes les orientations édictées par le Grand Timonier.
Il réconcilie le Parti avec les intellectuels, les scientifiques et les élites sociales et professionnelles, méprisées par Mao comme auxiliaires de la bourgeoisie. Il réhabilite des millions de victimes de la Révolution culturelle (1966). En décembre 1978, le 3° plenum du Parti communiste chinois (PCC) décide de suspendre la lutte des classes et de donner la priorité au développement du pays.
La transformation du système économique planifiée s’avère cependant difficile et se heurte à une multitude d’oppositions d’ordre idéologique, bureaucratique et corporatiste à tous les niveaux. La stratégie de Deng est alors de s’en prendre à la périphérie du système, en réformant d’abord le système agricole, les paysans représentant à l’époque 80 % de la population chinoise. De 1978 à 1983, l’équipe de Deng Xiaoping conduit méthodiquement un processus de décollectivisation rurale qui sera généralisé en l’espace de cinq ans : la terre demeure une propriété collective, mais les paysans sont libres de disposer de leurs produits après livraison d’un quota fixé par contrat avec l’État. Le gouvernement relève massivement les prix agricoles, s’engage à respecter l’autonomie d’entreprise des paysans, leurs contrats et leurs droits de propriété.
Rapidement, de nombreux agriculteurs s’engagent dans des productions plus diversifiées et plus lucratives comme l’élevage, le bois, la pisciculture, la sériciculture, le thé, les fruits et légumes, l’artisanat et les transports. En moins d’une décennie, la Chine oublie définitivement le fléau de la disette et le niveau de vie des ruraux se rapproche de celui des urbains. Â la grande surprise de Deng, l’un des résultats les plus inattendus de la réforme agricole est la floraison, en 1984 – 1988, des entreprises rurales (xiangzhen qiye), vouées à des activités industrielles comme l’industrie légère, l’industrie agroalimentaire, ou la sous traitance pour des usines d’État. Elles créent 18 millions d’emplois destinés à absorber le surplus de la main d’œuvre agricole. Leurs productions atteignent en 1995 le tiers des valeurs ajoutées de l’industrie nationale. Un défi majeur est ainsi lancé aux entreprises d’État, désormais obligées de se transformer.
Rompant avec l’égalitarisme régional, on établit dans la Chine du Sud-Est quatre zones économiques spéciales (ZES) – Shenzen, Zhuhai, Shantou et Xiamen – pour attirer la technologie et les capitaux étrangers, développer les échanges commerciaux et assimiler les techniques modernes. La diaspora chinoise, forte de 60 millions de personnes aux quatre coins du monde (y compris Hong Kong et Taïwan), est la première à saisir l’occasion de créer, dans les ZES et les régions côtières, des PME mixtes de sous traitance dans le textile, les jouets, chaussures, vêtements et articles électroniques. La multiplication des contacts est inédite. De nouveaux modes de vie, de nouvelles idées et de nouvelles valeurs modèlent l’esprit des hommes et l’évolution de la société chinoise. Mais le revers de cette ouverture tous azimuts est souvent aussi l’augmentation de la criminalité et la prolifération des actes de contrebande et de corruption, prêtant ainsi le flanc à l’attaque des idéologues et aux représailles des conservateurs du sommet.
Deng évite de provoquer des conflits au sein de la direction centrale, mais encourage ses collaborateurs provinciaux et les soutient avec fermeté lorsqu’ils se trouvent dans la ligne de mire des conservateurs. En 1984 – 1985, quatorze autres villes côtières (dont Shangaï), puis toute la façade maritime du pays, sont ouvertes à l’investissement étranger.
S’appuyant sur ce dynamisme, le Premier ministre Zhao Ziyang œuvre en faveur d’un modèle de développement tourné vers l’extérieur et inséré dans une division internationale du travail. Cette orientation vers la transformation ou l’assemblage de produits importés (appareils électriques, électroniques, électroménagers ou mécaniques) conduit à l’émergence des entreprises à forte intensité de main d’œuvre. Malgré sa disgrâce à la suite des événements de Tienanmen de juin 1989, la stratégie élaborée par Zhao Ziyang est poursuivie dans les années 1990.
La dynamique de la réforme agricole, la floraison des entreprises rurales et la création des ZES contribuent à bousculer le système d’économie planifiée et à changer progressivement la donne. Deng pousse, en mai 1988, le Bureau politique du Parti à adopter la libéralisation générale des prix et des salaires. Mais il n’a pas assez bien préparé la mesure et a mal évalué la capacité de la population à accepter cette disposition dans une conjoncture d’inflation. C’est un échec cuisant et il doit attendre trois ans avant de pouvoir remettre en selle la réforme suspendue. Pendant l’hiver 1991 – 1991, il effectue, malgré ses 88 ans, une tournée dans le sud de la Chine. La formule de l’économie socialiste de marché est inscrite dans le programme du Parti pour la décennie à venir. Une nouvelle génération de dirigeants, dont Jian Zemin et Zhu Rongji, vont la mettre en œuvre et faire entrer la Chine, en 2001, à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En dépit des obstacles, Deng a réussi son pari d’intégrer la Chine dans l’ordre économique mondial.
Pièce maîtresse de la construction de la Chine populaire, le Parti Communiste Chinois (PCC) a été considérablement affaibli par la Révolution culturelle. Deng veut remettre cette pièce maîtresse de la cohésion du milliard de citoyens chinois au cœur du projet de modernisation du pays. Il réaffirme en 1979 les quatre principes fondamentaux : maintien de la voie socialiste, dictature démocratique du peuple, direction du PCC, référence au marxisme léninisme et à la pensée de Mao Zedong. Il s’emploie en même temps à remettre le parti sur les rails, à restaurer son unité, à rajeunir ses effectifs et ses structures. L’interdiction du culte de la personnalité est inscrite dans la charte du Parti. Pour renouveler la classe politico administrative dominée par des vétérans âgés, peu instruits, pourvus de compétences datant de l’époque de la guérilla, on abolit l’inamovibilité des hautes fonctions du Parti État, on introduit des limites d’âge et on crée un système de retraites doté d’avantages matériels. Sous l’autorité énergique du secrétaire général du Parti Hu Yaobang, un système de sélection est mis en œuvre pour favoriser l’ascension de jeunes cadres prometteurs aux postes de responsabilité. Un formidable vivier de talents est ainsi constitué avant les événements de Tienanmen de 1989. Il alimentera le cercle brillant des principaux dirigeants postérieurs à la génération Deng Xiaoping, dont l’actuel président Xi Jinping.
Deng n’est ni républicain ni démocrate. Pour lui, le système de la démocratie occidentale, fondé sur la division des pouvoirs, est trop lent en termes de prises de décisions. La Chine ne saurait se permettre un tel luxe. Son programme de réforme politique, qu’il fait adopter malgré les oppositions au sommet au sommet en 1987, propose une nette séparation de l’organisation et des missions du Parti et de l’État. Il prévoit une plus grande autonomie des syndicats, mais limite l’exercice des libertés publiques (presse et édition, association, rassemblement et manifestation). Il est soutenu par les cadres réformateurs et les intellectuels libéraux, qui espèrent que la mise en place de ce projet, créera une dynamique de type gorbatchévien et permettra à terme une certaine démocratisation du régime. Mais ils sont dépassés, puis emportés par les événements de 1988 – 1989.
Caractérisée par une croissance quantitative de l’économie de marché et par une démarche graduelle, cette stratégie de réformateurs aboutit, en fait à un système économique à double rail (Wu Cheng’en). Tout en créant un espace favorable aux initiatives collectives et privées, le modèle entraîne l’apparition d’un environnement propice à la corruption structurelle et divise la population en deux parties : ceux qui profitent largement de la réforme et ceux qui en sont écartés. Le mécontentement des étudiants et des populations est particulièrement vif envers les profiteurs de failles du double système en gestation. La colère des populations explose lors des événements de Tiananmen de 1989, provoqués par la corruption et la spéculation pratiqués à tous les niveaux par des cadres ou par les membres de leur famille. L’orientation de la réforme vers l’économie de marché est alors compromise et, avec elle, le projet de réforme politique.
Ordonné par Deng, l’écrasement dans un bain de sang du mouvement démocratique de 1989 choque l’opinion mondiale. Mais il traduit probablement, chez lui, la conviction profonde d’une nécessité absolue du maintien de l’unité et de l’intégrité nationales. Le Parti demeure par excellence à ses yeux le gage de la cohésion nationale : l’exercice des libertés politique indépendantes de son contrôle conduirait directement à l’éclatement du pays. La stabilité sociale est la condition sine qua non du développement. La réforme du système socialiste est une entreprise à haut risque et ne saurait se réaliser sans la direction centrale vigoureuse d’un Parti discipliné et déterminé.
Mais n’est-ce pas un paradoxe insoluble de favoriser la liberté civile d’entreprendre tout en limitant les libertés d’expression et de rassemblement ? Deng n’a pas relevé ce défi épineux. Son héritage n’en reste pas moins une référence. La Chine est désormais une puissance avec laquelle il faut compter.
De son temps, la géopolitique ne semble pas un enjeu prioritaire pour Deng Xiaoping. Réussir à mettre la Chine sur les rails de la modernisation et préserver son intégrité nationale semble avoir été plus important à ses yeux. Mais, à la fin de la guerre froide, Deng pense que la Chine devra prendre une part plus importante à la construction d’un nouvel ordre mondial multipolaire. À la tête du Parti communiste, ses successeurs Jiang Zemin (1989 – 2002), puis Hu Jintao (2002 -2012) vont globalement poursuivre sa politique d’édification de la puissance chinoise, tout en s’attachant à contenir le monopole américain et à jouer sur l’équilibre des puissances dans un monde multipolaire.
Xiaohong Xiao-Planes, professeure à l’Inalco. L’Histoire n° 459 Mai 2019
Il avait connu la révolution culturelle en étant envoyé en 1969 dans une usine de tracteurs dans le Jiangxi. Son plus grand talent est d’avoir pris en tout le contrepied de Mao sans que jamais le Petit Timonier – 1.57 m. de haut en bas – vienne entâcher l’image sacro-sainte du Grand Timonier : du funambulisme de haute volée… à même de rendre jaloux Talleyrand.
[1] La doctrine Mitterrandaccorde à tous les activistes étrangers n’ayant pas commis de crime de sang le droit de résider sur le territoire français. La majorité d’entre eux sont italiens. Regroupés en associations, ils sont plus de 300 dans la capitale au mitan des années 1980, l’un de leurs centre les plus actifs étant l’École Hypérion, quai de la Tournelle, longtemps dans le collimateur de la Justice italienne.
[2] Le record n’est homologué par le WSSR – homologation des records à la voile – que dans la catégorie 5C : voiliers dotés d’assistance par des énergies auxiliaires, ici des winches à assistance hydraulique.
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