11 2021 à 2022 Téléscope James Webb. Scandale des Ephad. Kamila Valieva. Poutine envahit l’Ukraine. 12455
Publié par (l.peltier) le 16 août 2008 En savoir plus

11 2021                              Nicolas Sarkozy avait attendu d’être président pour étaler sa grossièreté ; Eric Zemmour, lui, n’attend même pas d’être officiellement candidat pour montrer la sienne, suivi en cela par Emmanuel Macron : décidément la France a de plus en plus de mal à se trouver des présidents habités par leur fonction.

4 01 2022                         Et, last but not least, les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer de le faire, jusqu’au bout. C’est ça, la stratégie.

Emmanuel Macron, interview accordée au Parisien le 4 janvier 2022

24 11 2021                       Quand un fonctionnaire français devient simplement par sa parole un assassin, comme  un kapo de camp de concentration nazi, par non assistance à personne en danger : 27 migrants kurdes iraniens et irakiens meurent noyés au large de Calais ; peu avant le drame, ils avaient donné leur position à un centre de contrôle en France, qui leur avait répondu : vous êtes dans des eaux anglaises, nous ne pouvons rien pour vous ! 

25 11 2021                         Le général de police Ahmed Naser Al Raisi, des Émirats Arabes unis, contre lequel ont été déposés plusieurs plaintes pour torture, est élu Président d’Interpol ! Et nous acceptons que des règlements intérieurs de grandes organisations internationales autorisent cela !

28 11 2021                          Une histoire du quotidien. Seul le prénom a été changé. Christine, dans les soixante-cinq ans, revient des obsèques de son fils, 48 ans, qui s’est pendu. Elle n’est pas repartie chez elle, mais chez sa mère qui approche les 100 ans, en compagnie de sa sœur, 101 ans, dans un village proche d’Orléans. Elle croise la voisine, qu’elle connait bien et, ne tenant pas à ce qu’elle apprenne ce décès par sa mère, elle l’en informe directement ; celle-ci,  un peu dure de la feuille, comprend que c’est la mère de Christine qui est morte : aussi Christine la reprend : Ce n’est pas ma mère qui est morte, c’est mon fils.

Ah, c’est ton fils ! Eh bien, ça me rassure.

6 12 2021                            Sur l’île grecque de Lesbos, dans le camp de réfugiés de Mavrovouni, le pape François fustige l’ensemble des pays d’Europe pour la mauvaise qualité de l’accueil qu »ils réservent aux réfugiés. Et il n’a pas un mot contre les premiers responsables de ce drame, les trop nombreux pays d’Afrique dirigés par des despotes, monstres de dictature criminelle, monstres d’indécrottable corruption, pays d’origine de tous ces réfugiés qui n’en peuvent plus de vivre dans ces conditions et émigrent pour retrouver liberté et dignité dans un pays d’Europe, au risque de leur vie. Pas un mot. Mais de qui se moque-t-il donc, ce pape pour se montrer aussi profondément malhonnête ? Car la négation de la réalité politique de ce drame est une vraie malhonnêteté. Pendant des décennies nos intellectuels, toutes orientations confondues, n’ont eu de cesse de fustiger le quasi silence de Pie XII sur l’holocauste, et aujourd’hui, le pape François se met exactement dans ses pas en se refusant à dénoncer les régimes pourris qui poussent les gens à fuir leur pays, et personne ne dit rien ! Nous préférons suivre ce pape jésuite en pratiquant l’auto-flagellation, fruit de notre masochisme. Serions-nous nous aussi devenus somnambules ? Les intellectuels qui ne cessaient de dire leur indignation sur les silences de Pie XII observent aujourd’hui un silence assourdissant. Qu’est-ce que cela signifie ?

10 12 2021                  Une série de tornades tue 93 personnes aux États-Unis, sur cinq états autour du Kentucky. Des spécialistes diront qu’on a pu voir un rouleau de moquette monter jusqu’à 11 000 mètres d’altitude avant de retomber !

Tornade : pourquoi les États-Unis sont particulièrement touchés ?

 

25 12 2021                            Ariane 5 emmène dans l’espace le télescope spatial James Webb sur lequel des centaines d’hommes travaillent depuis trente ans.

Trois décennies de développements et de tests en laboratoire, des milliers de scientifiques et d’ingénieurs impliqués, une enveloppe globale flirtant avec les 10 milliards de dollars… C’est peu dire que d’exceptionnelles ressources auront été nécessaires pour concevoir le télescope spatial James Webb (JWST selon l’acronyme anglais), qui n’est rien moins que le plus gros et le plus puissant engin d’observation jamais envoyé dans l’espace. Après de nombreux reports et des années de retard sur le calendrier – le lancement était initialement prévu en … 2008 ! – tous les voyants sont enfin au vert: en cette fin 2021, ce monstre de 22 mètres d’envergure (aussi grand qu’un terrain de tennis) échafaudé par la NASA, l’agence spatiale américaine, avec la collaboration des agences spatiales européennes (ESA) et canadienne (ESC), va être enfin envoyé dans l’espace. Il a quitté fon septembre les installations de l’équipementier américain américain Northrop Grumann, en Californie où d’ultimes opérations de contrôle ont été effectuées. Emmailloté dans un conteneur de 30 mètres de long et acheminé par voie maritime, il a longé les côtes du Mexique et transité par le canal de Panama avant de rejoindre le Centre Spatial guyanais le 12 octobre. Les équipes de l’ESA et d’Arianespace s’affairent, depuis lors, à intégrer l’imposante mais délicate machine sous la coiffe d’un lanceur Ariane 5. Si tout se passe comme prévu, elle s’envolera le 18 décembre de Kourou pour rallier sa place de parking  : une région de l’espace située à 1.5 millions de kilomètres de notre planète, soit 4 fois la distance Terre-Lune. L’émotion est immense à l’approche de la date fatidique, aboutissement de tant d’efforts et d’années de recherche, confie Pierre Olivier Lagage, astrophysicien au CEA à Orsay (Essonne), qui supervise l’un des appareils de détection du JWST. Mais c’est surtout une prodigieuse aventure scientifique qui commence. Car ce télescope va ouvrir une fenêtre inédite sur l’Univers : ses prémices et les différentes phases de son évolution comme ses objets les plus intrigants. Grâce à cette machine révolutionnaire, les connaissances en astronomie feront d’ici peu un bond en avant.

Les réflexions qui conduiront à la fabrication du JWST ont été amorcées dès 1989 par la Nasa, soir même un an avant le lancement du télescope spatial Hubble. À l’époque, il s’agissait déjà, pour les astronomes, d’identifier les grandes problématiques face auxquelles ce dernier ne pourrait que buter. L’une des plus importantes concernait la fin des âges sombres de l’Univers et l’allumage des premières étoiles, conduisant elles-mêmes à la structuration des premières galaxies. Ces étapes fondamentales seraient intervenues au cours des premières centaines de millions d’années qui ont suivi le Big Bang il y a 13.8 milliards d’années. Mais en raison de l’expansion de l’Univers, la lumière des étoiles primordiales a été progressivement décalée vers l’infrarouge – une gamme de rayonnements invisibles par l’œil humain dont les longueurs d’onde sont supérieures à 0.7 micromètre. Or, la majeure partie des ces rayonnements est absorbée par l’atmosphère de notre planète, ses molécules d’eau en particulier, ce qui limite très fortement les observations au sol, relève Pierre Olivier Lagage. Le vénérable Hubble – qui est toujours en activité et aura permis des découvertes capitales sur l’âge de l’Univers, la diversité des galaxies ou encore la structure des trous noirs – n’en détecte lui-même qu’ne petite fraction. Car même si cet observatoire orbite à 570 kilomètres de la Terre, il a été optimisé pour scruter l’Univers dans les longueurs d’onde de la lumière visible et ultraviolette (entre 0.1 et 0.7 micromètre). D’où la nécessité pour remonter le temps, voir plus loin que Hubble et contempler la naissance des premières étoiles et galaxies, de fabriquer un télescope spatial spécialement adapté aux observations infrarouges.

Celles-ci sont néanmoins difficiles à réaliser et requièrent de lourds dispositifs. Tous les corps qui génèrent de la chaleur émettent aussi des rayonnements infrarouges, explique Pierre Olivier Lagage. À commencer par le soleil et la terre, qui pourraient aveugler le télescope. Mais, aussi, l’observatoire lui-même ! Il doit donc être refroidi à très basse température, sans quoi il observerait ses propres émissions infrarouges. C’est pour cette raison que le futur observatoire spatial, dénommé d’abord New Generation Space Telescope avant d’être rebaptisé en 2002 James Webb Space Telescope – sera satellisé à 1.5 million de kilomètres autour d’une zone que les astronomes appellent point de Lagrange L2. Le principal avantage de cet emplacement est qu’il est situé en permanence dans l’axe Soleil-Terre de l’autre côté de celle-ci. Les sources de chaleur et de rayonnement parasités viendront donc toujours d’une seule direction. Le JWST pourra ainsi s’en prémunir en s’abritant derrière un gigantesque parasol, tout en examinant l’Univers dans la direction opposée.

En forme de losange, ce bouclier thermique présente une surface protectrice de 150 mètres carrés. Il est constitué de cinq couches de polymères métallisés qui réfléchissent les rayonnements extérieurs et seront séparés par du vide conduisant très peu la chaleur. Elle se comporteront un peu comme des couvertures de survie qui maintiendront la machine dans le noir et le froid de l’espace, détaille Pierre Olivier Lagage. Côté soleil, la température du parasol s’élèvera ainsi à 85°… mais chutera à – 233°C à l’autre extrémité ! Grâce à ce système de refroidissement passif, trois des quatre instruments opérant dans le proche infrarouge (jusqu »à 5.3 micromètres) pourront parfaitement fonctionner : la caméra NIRCam (Near-InfraRed Camera) fournie par l’Université de l’Arizona (États-Unis) ; l’imageur NIRIS (Near InfraRed Imaginerand Stitless Spectrograph) fabriqué au Canada ; et le spectromètre NIRSpec (Near-InfraRed Spectrometer)) développé par l’ESA.

Mais le quatrième instrument, MIRI (Mid InfraRed Instrument), exige encore un système de refroidissement additionnel. Fabriqué par la NASA et l’ESA ainsi qu’un consortium d’Instituts européens (notamment le CEA, l’observatoire de Paris et le Laboratoire d’Astrophysique de Marseille), il est le seul qui inspectera l’Univers dans l’Infrarouge moyen, jusqu’à 80 micromètres. Plus on souhaite détecter des rayonnements de grande longueur d’onde, plus il faut refroidir l’appareil, indique Pierre Olivier Lagage, coresponsable de MIRI. L’instrument sera ainsi équipé d’une sorte de super-réfrigérateur : un dispositif utilisant des fluides cryogéniques, d’un mètre cube environ, qui abaissera la température à – 264°C, soit seulement 7° C au-dessus du zéro absolu ! 

La partie optique du JWST a constitué un autre défi technologique majeur. Les lueurs émises par les étoiles primitives sont si faibles qu’elles nécessitent une très grande surface de collecte, souligne Pierre Ferruit, responsable scientifique du JWST pour l’ESA. Le miroir principal du télescope (il possède aussi un miroir secondaire, plus petit, qui concentre la lumière du premier) mesure 6.5 mètres de diamètre, contre 2.4 mètres pour Hubble. Un tel gabarit permettra de capter un maximum de photons infrarouges et d’obtenir une très bonne résolution spatiale, donc des images d’excellente qualité, se réjouit l’astronome. Ce miroir est formé de 18 éléments hexagonaux composés eux-mêmes de béryllium et recouverts d’or, métal qui réfléchit très bien la lumière infrarouge. Même si la surface totale avoisine les 25 mètres carrés, les pellicules d’or sont très fines et correspondent dans leur ensemble à une balle de golf. Semblable à un tournesol géant, cette structure dorée et alvéolaire est devenue la signature du JWST, constate Pierre Ferruit. Elle permettra surtout au futur télescope d’être de dix à cent fois plus performant que tout ce qui existe dans le domaine de la détection infrarouge.

Grâce à cet œil surpuissant, et outre l’éclat des astres primordiaux, le Webb pourra observer ce qui se trame derrière les épais nuages de poussières et de gaz qui donnent naissance aux étoiles. Il auscultera aussi les processus de formation planétaire, découvrira une pléiade d’objets aussi lointains que peu lumineux. Le JWSR pourra même analyser l’atmosphère des exoplanètes (planètes extrasolaires), en y détectant peut-être des biosignatures comme des molécules d’ozone.

Dernier défi : trouver un moyen de propulser le JWST dans l’espace. En effet aucun lanceur n’est assez spacieux pour accueillir un tel mastodonte. Aussi la Nasa a confié son lancement à l’une des plus grandes fusée en service: l’européenne Ariane V. Elle a été choisie à la fois pour sa très grande coiffe et son excellente fiabilité, confirme Daniel de Chambure, responsable de l’exploitation et l’adaptation des missions de l’ESA avec Ariane V. Mais même dans ses soutes, le JWST devra être lancé plié tel un origami géant, en trois parties pour le miroir. Recroquevillé de la sorte, le télescope atteint les capacités maximales du lanceur. Nous avons utilisé pour la première fois un ensemble de laser avec une précision inférieure au millimètre, explique Daniel de Chambrun. Et d’éviter ainsi le moindre contact avec le télescope. Les opérations de préparation pour la lancement à Kourou prendront 545 jours, deux fois plus que pour les satellites ordinaires. Nous les anticipons et les affinons depuis plus de dix ans fait remarquer l’ingénieur.

Les mécanismes de repliement  et de déploiement, inédits par leur nombre et leur ampleur, auront nécessité eux aussi une multitude de travaux et de tests. Sans compet les essais concernant les optiques, le dispositif cryogénique ou les appareils de détection. Ils ont été soumis à d’intenses vibrations afin d’éprouver leur résistance au décollage, expérimentés dans d’immenses chambres à vide reproduisant les conditions dans l’espace. Cette complexité explique, en grande partie, les péripéties et ajournements successifs du JWST pendant plus de dix ans. Il s’agit toutefois d’un projet hors norme dont les composantes ont toutes été testées avec une rigueur exemplaire, une infinie minutie, justifie Pierre Ferruit. Car une fois que ce concentré de technologie sera satellisé à 1.5 million de kilomètres, aucun dépannage ne sera a priori possible. Aucun astronaute ne pourra se rendre sur place et intervenir, contrairement à Hubble qui a été réparé une demi-douzaine de fois.

Après le décollage d’Ariane V, il faudra attendre 27 minutes pour que le JWST se sépara des derniers éléments de la fusée à 1 500 kilomètres d’altitude. Le télescope commencera alors son transit, qui durera environ quatre semaines, vers le point de Lagrange L2, précise Daniel de Chambure. C’est au cours de ce voyage que la machine se dépliera peu à peu. Telle une chrysalide muant progressivement en papillon, elle dépliera d’abord ses panneaux solaires ainsi que ses antennes afin de disposer d’une source d’énergie électrique et communiquer avec le centre de contrôle de Baltimore (États-Unis). Puis les cinq couches du bouclier thermique seront déroulées et séparées les une des autres. Le miroir secondaire se positionnera ensuite face au miroir principal [qui sera déployé le 8 janvier] avant que les ailes latérales de celui-ci se déplient et soient verrouillées. Cette succession d’étapes, qui fera intervenir près de 200 mécanismes, promet quelques nuits stressantes et un très long suspense ! augure Pierre Olivier Lagage. Sans compter qu’il faudra encore attendre quatre à cinq mois, une fois que l’engin sera mis en orbite, [ orbite atteinte le 25 janvier 2022] pour que le télescope et ses instruments soient pleinement opérationnels. Ainsi, les premières observations du ciel ne débuteront pas avant juin ou juillet 2022. Mais les attentes, énormes, sont à la hauteur des enjeux scientifiques, s’enflamme Pierre Feruit. Le JWST dégage en effet un immense espace de découvertes, dans tous les domaines de l’astrophysique, qui devraient être plus déterminantes encore que ce que Hubble a produit.

F Daninos        Science et Avenir   n° 898 Décembre 2021

Incident' delays launch of James Webb Space Telescope - BBC News

L’étoile 2MASS J17554042+6551277 vue par le télescope spatial James-Webb, à l’issue des procédures d’alignement de son miroir principal.

L’étoile 2MASS J17554042+6551277 vue par le télescope spatial James-Webb, à l’issue des procédures d’alignement de son miroir principal, le 15 mars 2022. STSCI/NASA

17 01 2022                               Exploit norvégien à Wengen en slalom, qui se court en 2 manches : ne sont sélectionnés pour la 2° manche que les 30 premiers de la première et pour la seconde l’ordre de départ est l’inverse du classement de la 1° manche : le 30° de la 1° manche part 1° de la deuxième manche, ce qui représente un avantage le plus souvent car la piste n’a pas encore été creusée surtout si la neige n’est pas très dure. Lucas Braathen est arrivé 29 ° de la 1° manche : il a donc frôlé l’élimination, à 2″04 du premier, son compatriote Henrik Khristoffersen. Et il gagne la 2° manche en mettant le second à 0″97. Une remontada de 28 places ! Du jamais vu en slalom. Le garçon revient de loin : gravement blessé il y a un peu plus d’un an, il avait du laisser les skis au garage pendant deux mois !

Ces procédures d’ordre de départ d’une 2° manche donnent lieu à des situations amusantes dans les commentaires de course ! Tant que les derniers à se lancer – qui sont les meilleurs slalomeurs du monde, ne sont pas partis, les commentateurs se retiennent, s’attendant à ce que le passage disons des cinq derniers vienne bousculer les résultats de la course. Et c’est bien ainsi que se passent les choses, le plus souvent ; mais cette fois-ci, à Wengen, cela n’a pas été le cas : Lucas Braathen, parti deuxième a fait une manche fabuleuse, et les commentateurs, pour s’en apercevoir, ont du attendre la fin de la course pour réaliser que personne ne ferait mieux ; décalage entre la réalité de l’exploit et les commentaires qui ne le voient pas dans le temps où il se déroule. Seul un skieur sait voir cela et, en l’occurrence, c’était Muffat-Jeandet, blessé sur son lit d’hôpital avec un  fracture du péroné.

Braathen le plus fort, Noël décoit ! Par Reuters

18 01 2022                                 Charles Dubouloz, 32 ans,  sort de la voie Rolling Stone dans la face nord des Grandes Jorasses, dans le massif du Mont Blanc après 6 jours et cinq nuits en solitaire. Un sac de 35 kilos. 1/2 litre d’eau par jour. Il aura maigri d’un kilo par jour, le corps se refusant à avaler quoi que ce soit. Un thermomètre qui peut descendre à – 30°. Un très très grand exploit, en escalade classique : il laisse son sac, grimpe en s’encordant aussi longtemps que le permet la longueur de la corde, ce qui signifie grande consommation de pitons, mousquetons, broches à glace, coins et même échelle d’artificiel, puis redescend, fait monter son sac et remonte en étant assuré et en déséquipant autant que possible … et ainsi de suite jusqu’au sommet ; bien sur il peut toujours y avoir un accident mais c’est sans comparaison possible avec les risques du free – sans assurance -. L’inconvénient c’est que c’est beaucoup plus long, et donc cela suppose une résistance physique hors du commun.

L'alpiniste Charles Dubouloz

UKC News - NEWS: First Solo of Rolling Stones on Grandes Jorasses by Charles Dubouloz

25 01 2022                         Victor Castanet, journaliste free-lance, sort en librairie Les Fossoyeurs. Il a fréquenté pendant trois ans les coulisses des Bords de Seine, un EPHAD de grand luxe – 6 500 €/mois – du très grand et puissant groupe Orpea, [372 établissements en France dont une majorité de maisons de retraite, 1 200 établissements dans 23 pays employant 65 000 personnes ] relatant avec précision les conditions de la mort de Françoise Dorin. Et tout cela est un scandale… scandale qu’une société privée fasse des bénéfices importants par pure maltraitance  de ses clients, avec du personnel non formé et donc mal payé, scandale que l’Etat n’exerce pas sa tutelle avec efficacité. Au cœur du scandale, Xavier Bertrand, plusieurs fois ministre – Santé, puis Travail sous Sarkozy – quand fleurissaient les EPHAD comme primevères au printemps, et comme cul et chemise avec les dirigeants d’Orpea. À mi-chemin de son enquête, il se verra proposer 15 millions d’€ pour y mettre fin et ne rien publier ! Quelques heures après la parution du Monde donnant des extraits du livre, le titre boursier d’Orpea plongera de 16 % avant d’être retiré de la cotation. Mais, pour Yves Le Masne, patron d’Orpea, ce n’est pas grave : sitôt connu le projet de livre de Victor Castanet, en juillet 2020, il s’était empressé de 588 000 € d’actions, une bonne affaire et de toutes façons, avec un salaire mensuel de 100 000 €, il peut rester à ne rein faire pendant un bon bout de temps, surtout avec en plus une prime de départ de 2.6 millions d’€. Si Valérie Pécresse ne veut pas dégringoler dans les sondages, il va lui falloir se débarrasser de cette casserole qu’est Xavier Bertrand au plus vite. Il n’y a pas un scandale, mais deux, car Orpea n’est pas libre de tous ses mouvements : remplissant une mission de service publique, elle est sous tutelle de l’État, en l’occurrence le ministre de la Santé, via probablement ses délégations régionales, les ARS – Agences Régionales de Santé -. Qu’a fait cette tutelle ? Des inspections, suivies de rapport. Et une fois le rapport fait, qui est en charge de vérifier l’application de ses recommandations ? Lors de ces inspections, personne n’aurait donc jamais vu un cas de maltraitance …. seul Victor Castanet aurait vu quelque chose… allons, allons, ce n’est que la république des copains et des coquins, dans laquelle le bien commun, en l’occurrence celui des usagers ne compte pour rien. On sait, on voit mais on ne dit rien, surtout pas de vague, parce que de toutes façons on sait très bien que les victimes seront les dernières à venir se plaindre, voire à manifester, n’est ce pas, papy, n’est ce pas mamy, qu’on ne vous verra jamais manifester dans la rue ? Fonctionnaires voyous de corruption passive, qu’il faudrait traduire devant les tribunaux pour non-assistance à personne en danger.

La Gazette de Montpellier (n° 1755) interview Johanna Souil, directrice de l’Ehpad associatif Le Foyer des Romarins à Clapiers, banlieue de Montpellier, et auparavant assistante de direction de 2008 à 2011 à l’Ehpad de Courbevoie qui la licenciera en 2011.

  • Il y a bien des contrôles pourtant …
  • Quand on est audité, on sait qu’on va l’être. On prépare un seul dossier de salarié. Et quand l’auditeur vient, il vous demande celui-là et pas un autre. Même quand c’était des contrôles externes, tout le monde se connaissait, et on le savait à l’avance.

6 02 2022                               Les JO de Pékin ne sont pas votre tasse de thé ? Soit. Ce n’est pas important, mais ce qui est important, c’est de ne pas se priver de quelques minutes d’exception, de ne pas se priver d’un chef d’œuvre de performance technique, de vitesse et de légèreté, marié à une grâce de chaque instant, sur la musique In Memoriam, de Kirill Richter [1] : c’est Kamila Valerievna Valieva (en russe : Камила Валерьевна Валиева) née le 26 avril 2006 à Kazan. À vous couper le souffle ! On pense à la ballerina assoluta que les Italiens décernaient à Sylvie Guillem. . Et si un zeste de trimétazidine [2] vient se présenter aux contrôles, on prendra un malin plaisir à fermer les yeux. De toutes façons, les yeux étaient déjà fermés, car la simple participation à ces Jeux en Chine demandaient qu’on les ferme sur ces innombrables violations des droits de l’homme, au premier rang desquelles le traitement infligé aux Ouïgours, avec camps de concentration et tutti quanti.

Dans la première video Kamina Valieva donne la même prestation qu’aux Jeux Olympiques de Pékin, quelques mois plus tard.

11 02 2022                   L’Alfred-Merlin, le navire du département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), stationné au large de la Corse reçoit un message  d’Ocean One, un nouveau robot  d’archéologie sous-marine : 490 mètres. On est au fond et en approche. Fermée, la main droite, seule visible sur l’écran en surface, tient entre ses quatre doigts mécaniques le manche du grappin qui lui a été confié, un peu plus tôt. La sonde indique 496 mètres de profondeur quand, enfin, apparaît l’épave du Francesco-Crispi un paquebot coulé par les Anglais, en avril 1943, par 507 mètres de fond, au large de Bastia, avec les 900 soldats italiens alors à son bord.

Deux mètres de longueur pour un poids de deux cents kilos, une tête mobile et deux yeux caméras, deux bras à sept articulations prolongés de mains interchangeables à quatre ou cinq doigts, un corps couleur orange en forme de sarcophage équipé de huit hélices… revoilà Ocean One. Ou plus exactement, la version K de ce prototype d’humanoïde à même d’être contrôlé à distance pour des opérations d’archéologie en milieu sous-marin.

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Six ans après sa première mission, par 90 mètres de fond, sur le site de La Lune, une frégate coulée en 1664, du temps de Louis XIV, en rade de Toulon, le robot mi-homme mi-poisson imaginé par l’équipe d’Oussama Khatib, avec le soutien du Drassm et du Laboratoire d’informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier (Lirmm, CNRS-université de Montpellier), a achevé le 17 février sa deuxième campagne d’essais en Méditerranée par une première mondiale : une spectaculaire descente dans une fosse sous-marine des environs de Cannes… à – 852 mètres. 

Cette plongée historique, qui marque l’entrée de la robotique humanoïde dans des espaces abyssaux inaccessibles aux plongeurs humains, même équipés de caissons hyperbares – le record de résistance à la pression détenu par la Comex depuis 1992 est de 701 mètres –, avait été précédée de plusieurs autres, les 9 et 10 septembre 2021 et entre le 6 et le 16 février 2022, sur quelques-unes des plus belles épaves des eaux françaises. D’abord, aux environs de La Ciotat, sur un avion de chasse P-38 de l’US Air Force (38 mètres de profondeur) et le sous-marin français Protée (125 mètres). Ensuite, en Corse, face à Aléria et à Bastia, sur un navire romain du I° ou du II°siècle – baptisé par les chercheurs épave Aléria 1 (334 mètres) – et le Francesco-Crispi (507 mètres). Et enfin, non loin de Théoule-sur-Mer, sur un avion Beechcraft Baron F-GDPV (67 mètres).

A 67 mètres de profondeur, l’épave d’un avion Beechcraft Baron F-GDPV, près de Théoule-sur-Mer (Alpes-Maritimes), le 16 février 2022.

A 67 mètres de profondeur, l’épave d’un avion Beechcraft Baron F-GDPV, près de Théoule-sur-Mer (Alpes-Maritimes), le 16 février 2022. FREDERIC OSADA / DRASSM / STANFORD

L’objectif de l’équipe d’Ocean One K n’est pas à ce stade de démontrer la supériorité de sa technologie par rapport à celles existantes, mais seulement de valider un concept, celui d’une machine aux bras téléopérés à même d’intervenir, de manière polyvalente et sans risque d’endommagement du matériel archéologique, sur des sites de fouilles hors de portée de la plongée individuelle, explique l’ancien directeur du Drassm (2006-2021) et membre de l’Académie de marine Michel L’Hour, qui porte le projet depuis 2014, dans le cadre d’un programme de robotique lancé au moment de son arrivée :

  • Restitution au pilote placé en surface des sensations de poids, de dureté et de rugosité des pièces mécaniques gisant sur le fond ;
  • Récupération d’artefacts déposés en surface de la vase à l’aide de mains artificielles ;
  • Accroche par un grappin d’une mire de photogrammétrie sur une rambarde ;
  • Insertion et maniement d’une perche équipée d’une caméra à l’intérieur d’anfractuosités ;
  • Piégeage d’oursins dans une boîte à échantillons…

Si toutes les épreuves n’ont pas toujours donné les résultats escomptés en raison de la luxation de l’épaule gauche et de la panne d’un propulseur dont fut victime Ocean One au pire moment, du moins le potentiel est-il là.

Et ce serait l’essentiel. Ce programme exploratoire a toujours eu le but de préparer le terrain pour les générations futures, afin de leur éviter d’être un jour dépassées par la technologie comme ce fut le cas dans les années 1950, quand l’archéologie sous-marine naissante a complètement raté le tournant de la plongée individuelle, explique Michel L’Hour. Des siècles et des siècles de tempêtes, d’incidents, de guerres et d’actes de piraterie ont fait des mers et des océans d’immenses cimetières où gisent d’innombrables vaisseaux.

Or, la préservation de ce patrimoine sous-marin des grandes profondeurs ne serait plus, depuis plusieurs années déjà, garantie par son inaccessibilité. La pêche au chalut, qui laboure les fonds jusqu’à 1 800 mètres, menace de destruction les épaves des grandes profondeurs. Et cela avant même que les archéologues aient eu le temps de les recenser et de les étudier, assure Michel L’Hour. Que faire ? Une fouille sous-marine nécessitant l’envoi de plongeurs et ces derniers ne pouvant travailler au-delà des 60 premiers mètres de la colonne d’eau [3], une solution est de parier sur les progrès de la robotique.

Tout le défi consiste à mettre au point des équipements légers, utilisables par des néophytes et à même de reproduire, dans les abysses, les gestes et les ressentis propres au travail d’archéologue, poursuit l’ancien patron du Drassm : C’est-à-dire, réussir à créer des machines non pas seulement conçues pour exécuter sans discernement des ordres comme ces robots à bras hydrauliques dont dispose l’industrie pétrolière, mais aussi capables d’adapter leurs efforts à la tâche de manipulation à accomplir afin d’éviter, par exemple, qu’elles endommagent les objets en les arrachant trop brusquement de la vase. En somme, conclut le marin, il faudrait inventer des avatars d’archéologues-plongeurs …

C’est cette voie de recherche que prétend incarner Ocean One, autour duquel s’affairent, depuis 9 heures ce 9 février, deux étudiants de Stanford, Wesley Yuan Guo et Hadrien Piedra, et un groupe de roboticiens venus de Toscane. Membres de l’Institut italien de technologie et de l’université de Pise, ces derniers sont occupés à calibrer une main artificielle qu’ils ont fixée à l’extrémité du bras du robot. Carafes, tasses… divers ustensiles de cuisine, chipés au carré, sont présentés au prototype, dont certains, échappant à ses cinq doigts et à ses deux arcs palmaires réunis par vingt et une articulations, sautent, rebondissent et finissent par-dessus bord, au désespoir de Nicolas Stern, le cuistot.

Censé pouvoir, une fois actionné, s’adapter automatiquement à la forme des objets pour les saisir, cet étonnant dispositif rappelant La Chose, l’inquiétante créature de La Famille Addams, doit aider Ocean One à récupérer des artefacts sur les restes de l’épave Aleria 1 lors de la prochaine plongée. Cette dernière s’annonce spectaculaire. La responsable d’opération, Franca Cibecchini, du Drassm, n’a-t-elle pas indiqué, lors d’un briefing, que la cargaison de céramique et de verrerie de cette épave, découverte en 2012 par 334 mètres de fond aux environs d’Aléria, est dans un état de conservation exceptionnel ? Si Ocean One parvenait à remonter ne serait-ce que la petite lampe à huile à deux becs et à réflecteur en triangle qui a été repérée sur les diagrammes photogrammétriques, il participerait à une jolie découverte, avait alors rêvé tout haut cette spécialiste du commerce antique méditerranéen… On n’en est pas encore là. Pour l’heure, l’équipage s’active pour mettre à l’eau les divers instruments. 

Le Drassm a consacré ses moyens techniques les plus récents à cette campagne hors normes, maintes fois retardée, et qui a finalement dû être tronçonnée en deux. Outre son petit robot sous-marin (ROV) Hilarion, qui a été poussé jusqu’à ses ultimes limites en matière de résistance aux pressions des profondeurs, l’institution dépendant du ministère de la culture et de la communication a mobilisé l’Alfred-Merlin. Ce bâtiment entré en service en juillet 2021 est le seul de sa flotte de catégorie 1, c’est-à-dire à même de traverser l’océan pour rallier l’outre-mer. Le tout nouveau ROV ultraléger Arthur, conçu par Vincent Creuze, enseignant-chercheur au Lirmm, dont il est équipé travaille jusqu’à 2 500 mètres, et a participé à l’ultime plongée par 852 mètres de fonds d’Ocean One. Le garage de ce dernier (une sorte d’ascenseur relié à la surface par des câbles électriques et des fibres optiques, dans lequel il descend et remonte grâce à un treuil placé sur le pont du navire) peut servir de relais pour l’alimentation en énergie et les communications d’autres robots. Trente-cinq mètres d’ombilicaux reliaient Ocean One à ce système durant les opérations.

A ces niveaux de profondeur, l’obscurité est totale. Et au début, seul le sillon du chalut qui a traversé l’épave et dispersé sa cargaison est visible sous le faisceau des phares. Quand soudain, comme sortie tout droit d’un rêve d’Atlantide et de cités perdues, la nef antique apparaît. Des dizaines, peut-être des centaines de lampes à huile, de céramiques fines, de pelves (sortes de mortiers) et d’amphores sont répandus sur le fond, formant des amoncellements couverts de poissons multicolores et de langoustines. 

Ocean One a entamé sa descente, suivi de près par le garage. Entièrement remanié pour lui permettre de résister aux pressions jusqu’à 1 000 mètres de profondeur, l’humanoïde est le dernier avatar du champ de la compliant robotics (ou robotique élastique). Il peut, sur la base des informations envoyées par des capteurs de force placés au niveau de ses articulations, planifier ses mouvements en recourant à des stratégies extraites de l’observation de l’organisme humain en action, explique, tout en se préparant, Oussama Khatib, natif de Syrie, qui fut aussi élève à l’école Supaéro de Toulouse. Résultat : la machine adapte automatiquement ses efforts et ses dépenses d’énergie à la tâche à accomplir, ce qui lui confère à la fois souplesse et dextérité. L’engin sait aussi coordonner les déplacements de ses bras et de son corps pour naviguer avec efficacité, et peut restituer à distance à son opérateur certaines sensations tactiles, comme celles créées dans les mains et le long des membres supérieurs par la manipulation d’un objet.

Le tournoiement des crevettes roses crée des traînées lumineuses qui parasitent l’image 3D occupée en son centre par la main aux cinq doigts écartés d’Ocean One. Initialement, le plan prévoyait que le robot rallie une zone dégagée plus apte aux récupérations. Mais l’engin, dont l’un des huit propulseurs s’est brusquement arrêté, peine à compenser les mouvements qui le déportent systématiquement vers la droite. Renonçant à aller plus loin, Oussama Khatib décide de jouer son va-tout : il ordonne au robot de s’emparer d’une des pièces proches. En vain. Trop vite déportée par la poussée des moteurs déréglés, la main n’atteint pas la cible à temps : elle fouille au mauvais endroit et soulève des nuages de vase qui obscurcissent la vue des caméras. Une fois, deux fois… chaque tentative se solde par un échec. Enfin, au terme d’un bon quart d’heure de grattage de surface plus ou moins hasardeux, Ocean One parvient à empoigner une poterie.

Victoire ? Pas si vite ! Il faut encore déposer l’objet dans le panier d’Hilarion. Guidé par les images du garage, qui observe la scène en surplomb, le ROV s’approche de l’humanoïde déséquilibré, au risque d’y emmêler ses ombilicaux, et se positionne sous le bras qui… lâche l’artefact ! De quoi s’agissait-il ? On ne le saura jamais. Stéphane Denis, le plongeur du Drassm, n’a rien trouvé dans la boîte à échantillons remontée. Jalouse et souveraine, la mer n’a pas voulu, ce jour-là, livrer aux hommes d’avenir les secrets des civilisations du passé…

Jusqu’à – 100, on ne peut pas dire qu’Ocean One soit très convaincant : performances très limitées et aléatoires : l’homme reste sans conteste nettement plus performant. Pourquoi dès lors ce choix de s’en passer ? Pas pour les performances techniques, mais très probablement pour des considérations purement financières : l’intervention de plongeurs coûte beaucoup plus cher : décompressions, durées beaucoup plus longues etc…

22 02 2022                    À Dubaï, on inaugure le Musée du futur, du cabinet Lilla Design. Les économies d’énergie ne sont pas au programme. En service la langue de bois du futur, pour laquelle, très confortablement, rêve et réalité peuvent être mixées tout à loisir. Et l’on ne s’en prive pas.

Le Musée du futur, à Dubaï.

Les géomètres diront que c’est un tore, les bijoutiers un anneau en équilibre sur la tranche, les pâtissiers un beignet, les cyclistes une chambre à air et les architectes tout simplement une prouesse. Conçu par le cabinet Killa Design, à Dubaï, ce bâtiment à structure métallique, sans squelette de béton, interloque tant par sa forme que par sa surface uniformément convexe, ciselée de trois immenses citations de l’émir sur le futur, en calligraphie arabe. Chaque caractère est une fenêtre dans cette façade toroïdale, elle-même composée de un millier de pièces uniques en acier inoxydable fabriquées par des robots. 77 mètres de haut.

24 02 2022           5 h 05′                   Depuis vingt ans, à part Gerhard Schröder, ancien chancelier d’Allemagne,  président de Nord Stream et de Rosneft, deux sociétés russes, et son grand copain Jean-Claude Killy] [4] on savait Vladimir Poutine  cynique, mais le voilà devenu paranoïaque : il envahit l’Ukraine pour la réintégrer dans le giron russe.  76 ans après la fin de la seconde guerre mondiale, la guerre sévit à nouveau en Europe, avec son cortège d’horreurs : des civils bombardés, jetés à terre en charniers de centaines de personnes, les silos de blé pillés pour repartir en train, en camion en Russie etc etc… Et toutes nos classes de jouer les vertus outragées, mais quand le même Poutine avait envahi la Crimée, quelques années plus tôt, qui avait dit, fait quelque chose ? Personne. Au 21 février 2022, l’exportation de gaz et de pétrole rapporte 700 millions de $ par jour à la Russie. Allumons chacun notre lumière pour que la lumière l’emporte sur les ténèbres.

Maroussia est une variante du prénom Marie.

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En mars 1999, un avion fait demi-tour au-dessus de l’Atlantique, au lieu d’atterrir comme prévu à Washington. À son bord se trouve un homme exaspéré : le premier ministre russe, Evgueni Primakov. Par téléphone satellite, il vient d’apprendre de la bouche du vice-président américain, Al Gore, que les Etats-Unis déclenchaient une campagne de frappes aériennes, sous étendard de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), en Serbie et au Kosovo. L’objectif – éviter des massacres contre la population albanaise de la province – importe plus que l’absence de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. La Russie de cette époque est très affaiblie, à l’image de la santé de son président, Boris Eltsine. L’été précédent, elle a connu un effondrement financier. Sa dette extérieure est vertigineuse. Elle ne pèse pas. Cet avion qui se détourne des côtes américaines est un coup d’éclat symbolique.

Evgueni Primakov voit plus loin. Depuis plusieurs années, il a défini une doctrine qui portera son nom en politique étrangère : elle vise à empêcher un monde unipolaire et une extension de l’OTAN, en privilégiant, notamment, un rapprochement avec la Chine. Il s’agit de relever la Russie. Académicien, orientaliste, Primakov est né à Kiev. Ancien patron des services de renseignement extérieurs, il ne conduira pas ce programme à bien. En août, après l’intermède Sergueï Stepachine, c’est le patron du FSB, les services intérieurs, qui lui succède. Vladimir Poutine est un homme maigre au teint de craie, inconnu du grand public. Un quatrième premier ministre en dix-sept mois, que personne n’imagine durable.

Pourtant, les événements s’accélèrent. Attentats contre des immeubles civils en Russie, début de la seconde guerre de Tchétchénie… Boris Eltsine démissionne pour le Nouvel An et cède la place à Poutine. Les débuts sont plutôt constructifs. Les relations avec l’OTAN sont rétablies. En juin 2001, le président George W. Bush rencontre son homologue russe en Slovénie. Il le regarde dans le fond des yeux, et il dit y voir son âme. Une chance rare.

A 67 mètres de profondeur, l’épave d’un avion Beechcraft Baron F-GDPV, près de Théoule-sur-Mer (Alpes-Maritimes), le 16 février 2022.

Vingt et un ans plus tard, fin février 2022, Vladimir Poutine rappelle à l’Europe ce qu’est une guerre en son sein. L’armée russe suréquipée est le bras d’une mission : il s’agit de détruire l’Ukraine comme réalité et projet, de pulvériser ses rêves d’émancipation et de renvoyer l’Amérique à ses vertiges. Face à l’énormité de l’offensive, les explications s’entrechoquent, témoignant avant tout de notre incapacité collective à trouver un sens à cette entreprise dévastatrice. Pourtant, l’histoire de ces vingt dernières années, dans les relations bilatérales entre les Etats-Unis et la Russie, est riche d’enseignements. Elle n’est pas un arrière-plan, mais le socle même sur lequel l’Ukraine est suppliciée. Elle raconte comment les incompréhensions ont nourri une amertume, puis une hostilité. Comment Vladimir Poutine, confronté à cinq présidents américains, a conduit son pays à devenir un paria du monde.

Le pouvoir russe s’est forgé plusieurs convictions, au fil de ces deux décennies. La première concerne l’hypocrisie de l’Occident, qui violerait les principes de droit qu’elle veut imposer à Moscou. La guerre au Kosovo et la mort de Kadhafi en Libye – qui aurait profondément marqué Poutine – en sont deux bornes. D’où un sentiment de trahison et un syndrome de la citadelle assiégée, alimentés par l’extension de l’OTAN et les révolutions de couleur dans la périphérie russe, attribuées au bras long américain. Comme si les peuples ne disposaient pas de leur propre autonomie et ne pouvaient être que le jouet de puissances extérieures. La seconde conviction est l’affaissement historique de la puissance américaine, épuisée par ses divisions internes et par ses aventures militaires au Moyen-Orient. La troisième conviction, enfin, est déduite des précédentes. Dans ce nouveau monde éclaté du XXI° siècle, l’audace proactive, la force brute, le fait accompli territorial offrent un avantage décisif, bien supérieur aux sanctions en retour, au coût de ces opérations ou à l’opprobre suscité. L’usage de la violence n’est plus seulement un moyen, mais un but en soi, l’expression d’une capacité de projection, d’une ambition.

Nous ne nous sommes pas libérés de stéréotypes et de clichés issus de la guerre froide. Mais la guerre froide est terminée Vladimir Poutine, devant le Bundestag, en septembre 2001

Sur le plan intérieur, la violence sert à réprimer toute contestation et à dissuader toute coagulation des mécontentements. Il en va ainsi en Russie depuis vingt ans : la stabilité est la base du contrat social, et le chantage une garantie. Les élites gavées par la corruption et les relations privilégiées sont sommées d’être loyales, sous peine de déchéance. Sur le plan extérieur, la violence permet d’avancer sur la mappemonde, d’affaiblir l’adversaire. Ce système se nourrit de rivalités, et peu importe qu’elles soient réelles ou imaginaires. Le bien et le mal, la vérité et le mensonge, sont devenus, au fil des ans, des catégories jugées surannées, oripeaux des vulnérables, de ces démocraties libérales abhorrées. Une erreur d’appréciation énorme, au vu de la mobilisation de l’Occident depuis le début de l’offensive russe en Ukraine. Cette erreur traduit moins l’existence d’un grand dessein à Moscou, d’un fantasme géopolitique comme la reconstitution d’un empire russe ou néosoviétique, que d’un appétit croissant, insatiable, à la fois opportuniste et dogmatique, de revanche. 

Eté 2001. Vladimir Poutine est président depuis six mois. On apprend à le connaître. Lors d’une conférence de presse remarquée, il affirme que la Russie ne voit pas l’OTAN comme une organisation hostile. Poutine envisage même l’hypothèse d’une adhésion de son pays à l’Alliance, ou une participation active aux délibérations. Il ajoute cependant, dans l’éventualité où l’OTAN tournerait le dos à Moscou : Nous continuerons à nous défier les uns des autres, même si je pense que chacun comprend à présent que la Russie ne menace personne

Deux semaines ont passé depuis les attentats islamistes contre le World Trade Center et le Pentagone, aux Etats-Unis. Le président russe a été le premier dirigeant étranger à appeler George W. Bush pour manifester sa solidarité. La Russie dessine un front commun, de la Tchétchénie à Al-Qaida, contre les djihadistes. Elle joue un rôle-clé dans la constitution d’une coalition internationale. Devant les députés allemands, Poutine se prétend de son époque : Nous ne nous sommes pas libérés de stéréotypes et de clichés issus de la guerre froide. Mais la guerre froide est terminée.

A l’intérieur, la Russie durcit ses traits. La seconde guerre en Tchétchénie, commencée à l’automne 1999, est une litanie de massacres et de crimes de guerre. Grozny est rasée. Une prise d’otages à Moscou dans le Théâtre Doubrovka perpétrée par un commando islamiste tchétchène, en octobre 2002, s’achève avec l’emploi d’un gaz mortel par les forces russes. Quelque cent trente otages périssent avec les terroristes. Enfin, en octobre 2003, Mikhaïl Khodorkovski est arrêté. Le patron du groupe pétrolier Ioukos passera dix ans en prison, pour n’avoir pas compris les nouvelles règles du jeu entre le pouvoir et les oligarques, imposées par Poutine. Quelques semaines plus tard, c’est la révolution des roses en Géorgie. Mikheïl Saakachvili, jeune réformateur atlantiste, devient président. L’idée d’une entreprise d’encerclement et de déstabilisation occidentale s’installe au Kremlin.

La défiance contre les Etats-Unis est renforcée par la guerre d’Irak, engagée en mars 2003. George W. Bush et les néoconservateurs ont bâti cette aventure militaire, si coûteuse en vies et en fonds, si catastrophique pour les équilibres régionaux, sur la base de mensonges d’Etat. L’invention d’armes de destruction massive supposément aux mains de Saddam Hussein ne porte pas seulement atteinte à la crédibilité américaine, elle offre au Kremlin la certitude que les forts définissent leur vérité, au lieu de la respecter. Mais Poutine ne tire pas encore toutes les conséquences de cette révélation. L’heure est à la consolidation intérieure. Le pétrole et le gaz vont la faciliter.

En mars 2004, sept nouveaux pays intègrent l’OTAN (Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie), confirmant l’extension de l’Alliance atlantique vers l’est, cinq ans après l’adhésion de la Hongrie, de la Pologne et de la République tchèque. La vocation historique de l’organisation, assurant une sécurité collective à ses membres, se double d’une sorte de visée politique, faite de démocratisation et d’ouverture. Le Kremlin est persuadé de l’existence d’une stratégie de conquête sournoise dans sa zone d’influence. Or, dans la psyché de l’élite au pouvoir, domine encore l’idée d’un rouski mir – un monde russe – dont Moscou serait le centre de gravité. Dans cette vue sans frontières, les Etats issus de la décomposition de l’URSS sont jugés artificiels. Des cabanes en bois.

Les événements en Ukraine attisent cette inquiétude. En novembre 2004, la « révolution orange » précipite dans la rue une foule nombreuse, protestant contre l’élection truquée de Viktor Ianoukovitch. C’est Viktor Iouchtchenko, empoisonné quelques mois plus tôt et perçu comme hostile à l’influence russe, qui prend la tête de l’Etat. Il n’existe pas alors en Ukraine de projet nettement articulé et populaire d’ancrage à l’ouest.

A Washington, on considère encore Vladimir Poutine comme un partenaire, certes difficile mais utile dans certains dossiers. En l’accueillant à la Maison Blanche en novembre 2005, George W. Bush déclare : Je vous apprécie beaucoup, ainsi que votre compréhension de cette guerre contre le terrorisme. Nous comprenons aussi que nous devons œuvrer à arrêter la prolifération des armes de destruction massive. Les priorités sont claires. La Russie n’en fait pas partie, mais peut contribuer.

En octobre 2006, l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa à Moscou, puis l’empoisonnement mortel au polonium, fin novembre à Londres, de l’ancien agent russe Alexandre Litvinenko envoient un message en retour : celui d’une impunité de la violence qui s’installe en Russie, dans l’appareil répressif. Vladimir Poutine affirme que la mort de Litvinenko est utilisée comme une provocation politique par les Européens. La rhétorique s’aiguise. Déni, complot, repli. La volonté américaine de déployer des éléments de défense antiaérienne en Europe orientale – non dirigés contre la Russie, officiellement – est perçue par le Kremlin comme un nouveau signe de duplicité. D’autant que ses propositions d’arrangements stratégiques bilatéraux avec les Américains sont rejetées.

Fin 2007, la Russie suspend sa participation au traité sur les forces armées conventionnelles en Europe (FCE). Elle considère les paramètres du texte comme étant dépassés, trop restrictifs, hérités de la guerre froide. Lors d’une intervention à la conférence de Munich sur la sécurité, en février, Vladimir Poutine avait tenu le discours le plus critique envers Washington jamais prononcé depuis l’écroulement de l’URSS. Il dénonçait l’existence d’un monde d’un seul maître, et son hyper-usage de la force dans les relations internationales.

Les trois premiers mois de l’année 2008 vont constituer un virage fondamental dans les relations entre les deux puissances. Le premier événement est la proclamation d’indépendance du Kosovo, rejetée par Moscou. Il faut relire attentivement les propos tenus alors par Vladimir Poutine. Celui-ci dénonce un terrible précédent qui va faire exploser de facto le système des relations internationales, non pas pour des décennies mais des siècles. Le président russe ajoute : En fin de compte, c’est un bâton à deux bouts, et le deuxième reviendra pour les frapper au visage. Message aux dirigeants occidentaux. Ces derniers mettent ça sur le compte de l’hostilité traditionnelle de la Russie à la guerre au Kosovo. Ils ont tort. Et commettent une autre erreur.

Vladimir Poutine est invité à Bucarest, début avril, pour participer au conseil OTAN-Russie, après le sommet de l’Alliance. A cette occasion, le communiqué final formule une promesse : la Géorgie et l’Ukraine sont vouées, un jour, à rejoindre l’OTAN. C’est un compromis vague aux yeux des membres, une façon de reporter la question à plus tard, sans calendrier. Pour Moscou, c’est une ligne rouge. Ne prétendant pas à un droit de veto, Vladimir Poutine estime néanmoins que la Russie défend légitimement ses intérêts en Ukraine, en raison de la vaste population russophone. Rouski mir… Il parle d’un Etat très compliqué. Quelques semaines plus tard, il cède sa place au Kremlin à Dmitri Medvedev et devient son premier ministre. L’espoir d’une ouverture en Russie s’esquisse. Il fera long feu.

Début août, l’armée russe intervient en soutien des deux régions séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, contre la Géorgie. Déjà, les autorités russes prétendent qu’un génocide est commis contre les populations de ces régions et instrumentalisent un principe validé au Conseil de sécurité, celui de la responsabilité de protéger. La guerre ne dure que quatre jours. A son issue, après l’intervention en urgence de Nicolas Sarkozy, alors président en exercice de l’Union européenne, comme médiateur, la Géorgie a perdu 20 % de son territoire. Malgré le mauvais état de l’armée russe et la taille très modeste de l’adversaire, cette guerre remportée change la donne sur un plan psychologique et politique. La Russie n’est pas condamnée à subir, à être sur la défensive. La transgression devient un nectar.

L’élection de Barack Obama, aux Etats-Unis, fait croire à la possibilité d’un rapprochement. Washington émet l’idée d’un reset, une relance des relations bilatérales. Moscou propose de discuter de sécurité dans l’espace européen. En mars 2009, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton offre à son homologue Sergueï Lavrov un petit cadeau : un bouton rouge portant l’inscription reset en anglais et peregrouzka en russe. Formidable lapsus du traducteur. Le mot veut dire surcharge. Malgré cet impair protocolaire, la volonté de travailler ensemble se concrétisera par la signature du traité New Start sur la réduction des armes stratégiques, en avril 2010.

Mais les printemps arabes vont à nouveau faire passer un frisson à Moscou, cette année-là. Des peuples se révoltent contre des potentats, en faveur d’élections libres et de droits civiques pleins. En Syrie, la répression s’abat sur les manifestants pacifiques. En Libye, la population de Benghazi est menacée par l’armée de Kadhafi. En mars 2011, à la surprise générale, la Russie s’abstient au Conseil de sécurité de l’ONU lors d’un vote sur une résolution autorisant toutes les mesures nécessaires pour aider la population civile libyenne. L’OTAN va prendre les rênes d’une opération militaire.

Pour Moscou, il s’agit d’un dépassement inacceptable de la résolution 1973. Poutine, pourtant simple premier ministre, se démarque de Medvedev et semble le critiquer en creux pour sa faible vigilance. Tout cela me fait penser à l’appel aux croisades à l’époque du Moyen Age, dit-il, visant les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. La mort de Kadhafi sera pour lui le symbole absolu de l’impunité occidentale, dont il dénoncera le rôle direct, en raison de l’usage de drones contre le convoi du chef libyen. Cette intervention militaire de l’OTAN en Libye fera l’objet, comme la guerre américaine en Irak, d’innombrables rappels par le dirigeant russe, au cours des années suivantes, pour dévitaliser toutes les critiques à son endroit.

En décembre 2011, de grandes manifestations ont lieu dans les villes russes contre les fraudes constatées lors des élections législatives. Le spectre des révolutions de couleur laisse ses empreintes dans la neige moscovite. Le pouvoir se crispe, la paranoïa s’accentue. Vladimir Poutine accuse Hillary Clinton d’avoir donné le signal aux manifestants, en parlant de fraudes. En mars, il redevient président du pays. Avant son entrée en fonction, deux mois plus tard, la contestation s’intensifie dans les grandes villes, surtout dans la capitale. La main de l’Etat s’abat comme jamais. Le régime vire vers la répression assumée. Le lien entre la politique étrangère, pleine d’amertume et d’esprit de revanche, et la ligne intérieure autoritaire saute aux yeux. Pourtant, les Occidentaux auront longtemps le tort de les distinguer. De même que le Kremlin rejette toute critique sur les arrestations d’opposants, il dédouane et couvre Bachar Al-Assad en Syrie. La Russie n’accepte plus de normes communes. Pas question de permettre une répétition du sort réservé à Kadhafi.

Le 20 août 2012, devant la presse, Barack Obama qualifie l’usage d’armes chimiques par le régime Assad contre sa propre population de ligne rouge, une expression que la Maison Blanche assumera par la suite. Un an plus tard, l’usage de gaz sarin est confirmé par les services américains dans un massacre à grande échelle, près de Damas. Pourtant, à la stupéfaction générale, Barack Obama refuse de lancer une opération militaire en représailles. Il accepte l’offre russe de s’occuper du retrait des stocks d’armes chimiques du régime. Ce renoncement à une opération extérieure jugée trop risquée a fait l’effet d’une reddition américaine, d’un abandon de poste par le gendarme du monde. Moscou y a vu un aveu de faiblesse et une ouverture à saisir. Comme si les plateaux de la balance se rééquilibraient, enfin.

Lors de la conférence annuelle du Club Valdaï – un forum sur la place de la Russie dans le monde –, deux semaines plus tard, Vladimir Poutine évoque ses propres lignes rouges que sont la souveraineté de la Russie, l’indépendance et l’intégrité territoriale. Il affirme aussi que l’Union économique eurasienne, censée séduire les pays voisins, est une priorité absolue. La sphère d’influence russe doit être consolidée. Or, l’Ukraine, conduite par le président Viktor Ianoukovitch, compte signer un accord d’association avec l’Union européenne, fin novembre 2013. Moscou exerce une énorme pression sur le dirigeant, en recourant au chantage au gaz, une pratique récurrente pendant ces années. Ianoukovitch fait volte-face. Fureur de la partie pro-européenne de la société, qui sort une nouvelle fois dans la rue.

La révolution de Maïdan, la place centrale de Kiev, commence. Elle va se conclure en février 2014 par un bain de sang et la fuite du président. Parmi les diplomates qui visitent la place se trouve, notamment, Victoria Nuland, la secrétaire d’Etat adjointe américaine. Les photographes la saisissent lorsqu’elle distribue du pain aux manifestants. Une sorte de métaphore, pour Moscou, du complot américain, de sa volonté de détacher l’Ukraine de la Russie, de la convertir. Le mot n’est pas usurpé, tant la dimension culturelle et religieuse importe.

La débâcle de Ianoukovitch, pour Poutine, est une réplique, certes moins sanglante mais à sa fenêtre, de la mort de Kadhafi. Un coup illégitime, fomenté de l’extérieur. Les manifestants sont dépeints en nazis. Pas question de subir. Prenant de court l’OTAN et les Etats-Unis, la Russie s’empare facilement de la Crimée, péninsule cédée à l’Ukraine sous Khrouchtchev, peuplée majoritairement de Russes. Les Jeux olympiques de Sotchi ont pris fin. Près de 15 000 hommes sont déployés sans le revendiquer, et sans affrontements réels avec l’armée ukrainienne. Moscou vient de piétiner le droit international et ses propres engagements vis-à-vis de l’Ukraine, au regard du mémorandum de Budapest (1994) : Kiev avait alors abandonné son arsenal nucléaire en échange de garanties sur sa sécurité. Dans la foulée, un référendum est organisé, la Crimée annexée. Vladimir Poutine se réjouit de son retour au port natal. Une sorte d’euphorie, d’ivresse nationaliste, relayée par les médias d’Etat, s’empare de la majorité des Russes. Une affaire de fierté retrouvée.

Le président russe, lui, se montre très émotionnel dans ses remarques, au-delà de la simple rhétorique de justification. Il exprime tout son ressentiment contre l’Occident et l’Amérique. Ils nous ont trompés encore et encore, ils ont pris des décisions dans notre dos, dit-il. Poutine cite notamment l’expansion de l’OTAN vers l’est, qu’il juge contraire aux promesses orales faites à Mikhaïl Gorbatchev, et le déploiement d’infrastructures militaires aux frontières de son pays. Il rappelle, évidemment, le Kosovo et l’épisode libyen, et remonte l’histoire, siècle après siècle, appelant Kiev la mère de toutes les villes russes. Celui qui dénonçait les croisades de l’Occident semble s’en inspirer, par effet miroir.

Après la stupeur initiale, Américains et Européens réagissent. Mais ils ont subi toute la séquence et le rouleau compresseur de la désinformation russe, et laissent s’installer dans le Donbass ukrainien un mouvement séparatiste instrumentalisé par Moscou. Les sanctions économiques décidées ne sont pas massives et paraissent trop échelonnées. Elles s’intensifient en juillet, lorsqu’un Boeing de la Malaysia Airlines est abattu par un missile tiré par les séparatistes. Joe Biden, alors vice-président, en conservera un souvenir cuisant. Ces derniers mois, toute la stratégie de son administration face à la menace russe s’est bâtie en opposition avec les choix faits sous Obama : anticipation, dénonciation publique, sanctions à portée de main.

Le 5 septembre 2014 sont signés les accords de Minsk, visant à normaliser la situation dans le Donbass. La Russie a réussi à s’imposer avec duplicité : fausse médiatrice, elle déploie les séparatistes comme un marionnettiste. L’Allemagne et la France vont s’employer à la tirer par la manche, pour la convaincre de baisser l’intensité du conflit. Il fera 14 000 morts au total. La Russie ne lâchera rien. Le Donbass est un instrument de déstabilisation à long terme de l’Ukraine, conçu pour la priver de tout espoir de normalisation. Paris et Berlin fermeront les yeux sur cette évidence, faute d’autre solution. Ils n’obtiendront pas grand-chose en échange.

Fin février 2015, l’ancien vice-premier ministre Boris Nemtsov, qui préparait un rapport sur l’implication russe dans le Donbass, est abattu à deux pas de la muraille du Kremlin. En mars, la Russie suspend ses activités dans le cadre du traité sur les forces armées conventionnelles en Europe (FCE), qui avait été signé entre les membres de l’OTAN et ceux du pacte de Varsovie, en 1990. Un nouveau pilier du contrôle des armements s’écroule. Mais l’Amérique a besoin de la Russie dans un autre dossier multilatéral, les négociations sur le nucléaire iranien. Une priorité absolue pour l’administration Obama. Le Joint Comprehensive Plan of Action (JCPoA) est signé en juillet. Moscou apprécie cette séparation des dossiers, qui vire parfois à la schizophrénie. Les Américains mettront du temps à l’intégrer.

A la tribune des Nations unies, fin septembre 2015, Vladimir Poutine s’en prend, une nouvelle fois, à l’exportation des révolutions. Au lieu du triomphe de la démocratie et du progrès, on a eu la violence, la pauvreté et le désastre social, prétend-il. Quelques jours plus tard, la Russie s’engouffre dans le vide relatif laissé par les Etats-Unis au Moyen-Orient. Elle accentue son opération de sauvetage du régime Assad en Syrie. Avec l’Iran et son sous-traitant, le Hezbollah libanais, la Russie emploie ses capacités aériennes et des bombardements indiscriminés – crimes de guerre avérés, une nouvelle fois – pour favoriser la reconquête territoriale. La lutte contre le terrorisme n’est qu’un prétexte vite oublié. Cette capacité de projection dans un conflit lointain n’est pas seulement le fait de l’armée russe, mais aussi d’un groupe privé, lié au Kremlin : les mercenaires de Wagner. Ses métastases vont se répandre dans des pays africains, par la suite. Et puis, il y a le champ cyber, où la Russie avance masquée.

En juin 2016, la campagne présidentielle bat son plein aux Etats-Unis. On apprend alors que les serveurs du Comité national démocrate ont été piratés. Les soupçons se portent sur des hackeurs russes. Le 22 juillet, trois jours avant l’ouverture de la convention démocrate qui désignera Hillary Clinton comme candidate, le site WikiLeaks publie près de 20 000 courriels internes. Ils montrent, notamment, que les cadres du parti ont voulu favoriser l’ancienne secrétaire d’Etat par rapport à Bernie Sanders. Au cours des mois suivants, qui vont conduire à la victoire de Donald Trump, la communauté du renseignement acquiert la conviction que la Russie a lancé une déstabilisation à fronts multiples pour que le milliardaire devienne président. Il reste difficile, à ce jour, de mesurer avec exactitude le rôle que Moscou a joué en faveur de Donald Trump, dont la victoire répond surtout à des ressorts sociaux et économiques intérieurs.

En raison de la suspicion permanente qui pèse sur le nouveau président dans ses rapports avec Moscou, rien de constructif ne se produit dans la relation bilatérale. Au contraire. Les listes des sanctions contre la Russie – ses personnalités et ses entreprises – s’étoffent. En février 2018, dans sa revue de posture nucléaire, l’administration américaine note que la Russie considère les Etats-Unis et l’OTAN comme les principales menaces pour ses ambitions géopolitiques contemporaines. Quelques semaines plus tard, à Salisbury (Grande-Bretagne), l’ancien agent double Sergueï Skripal est victime d’un empoisonnement avec un neurotoxique, le Novitchok. Le choc est puissant en Europe, le sentiment d’impunité habite les services russes. Le déni de Moscou est total, tandis que les expulsions de diplomates se multiplient, de part et d’autre.

En juillet 2018, le procureur spécial Robert Mueller accuse treize membres des services de renseignement russes (GRU) du piratage des serveurs démocrates. Quelques jours plus tard, Donald Trump et Vladimir Poutine se retrouvent à Helsinki, en tête à tête, sans témoins. Leur conférence de presse est lunaire. Le président américain lâche alors, au sujet des soupçons de ses propres services sur les ingérences russes : « Le président Poutine dit que ce n’est pas la Russie. Je ne vois aucune raison pour laquelle ce serait elle. »

En juin 2019, Vladimir Poutine accorde un entretien au Financial Times :  La pensée libérale est devenue obsolète, lance-t-il, ne boudant pas son plaisir. L’intervention militaire en Syrie est une réussite, opérationnelle et politique. L’Europe se débat avec les répliques de la crise des migrants et la montée des populismes. Les Etats-Unis sont devenus un champ de bataille. Donald Trump néglige et humilie les alliés traditionnels de Washington et apprécie la compagnie des autocrates. Poutine pense en termes civilisationnels. Il croit à une décrépitude inéluctable de l’Occident, sur le plan de l’influence et des valeurs.

Le conflit dans le Donbass ukrainien est à moitié gelé. Il peut être réchauffé, si nécessaire. La Russie estime que Kiev ne remplit pas ses engagements, dans le cadre des accords de Minsk. Le sommet à Paris au « format Normandie » réunissant Russie, Ukraine, Allemagne et France, avec le nouveau président Volodymyr Zelensky, en décembre 2019, ne donne lieu qu’à de petits gestes symboliques. Sur le fond, Moscou voit plus grand, à l’échelle de l’histoire. Or, plus le temps passe, et plus Kiev semble s’ancrer à l’ouest. Les Américains, depuis 2014, ont lancé un vaste programme d’assistance sécuritaire, au profit de ce pays. Subir, c’est faiblir. Ainsi s’énonce le mantra de la Russie poutinienne.

En août 2020, l’opposant russe Alexeï Navalny est victime d’un empoisonnement avec un agent neurotoxique de type Novitchok. Un dramatique feuilleton commence alors autour de sa santé. Il finit par être évacué vers l’Allemagne. Non seulement Moscou nie la tentative d’assassinat, mais il s’enveloppe dans des mensonges épais. Le crime et son déni provoquent une prise de conscience, à Paris et à Berlin, hélas bien tardive. Oui, le Kremlin est prêt à tout lancer, ou tout couvrir, si cela sert ses intérêts.

La victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle américaine replace, face à Moscou, un interlocuteur démocrate classique, croyant dans les vertus du lien transatlantique. Poutine est-il un tueur ?, demande-t-on à l’élu, à la télévision. Oui, je le crois. La rencontre entre les deux dirigeants à Genève, à la mi-juin, traduit néanmoins, croit-on alors, une volonté pragmatique d’avancer ensemble sur quelques sujets en commun.

Le nouvel élu à Washington ne jouit d’aucun état de grâce. L’assaut contre le Capitole par les partisans de Donald Trump, en janvier 2021, puis le retrait chaotique d’Afghanistan, en août, sont deux reflets puissants des vulnérabilités américaines. Bien reçues à Moscou, et non sans satisfaction. Ces images ont confirmé la grille de lecture géopolitique du Kremlin : la chute de l’Amérique offre des ouvertures aux puissances audacieuses. L’absence d’interactions directes entre dirigeants, en raison de la pandémie de Covid-19, solidifie les certitudes idéologiques. Face à une Amérique fracturée, affaiblie, dirigée par un président prévisible et âgé, l’appétit russe grandit, encore.

On a beaucoup prêté aux Russes une inventivité folle. Mais ce sont surtout les faiblesses européennes et américaines qui ont été criantes, marquées par un refus d’affronter de face les ambitions de Moscou. Quant à la propagande, l’usage éhonté du mensonge et de la manipulation, c’est le propre de tous les régimes autoritaires et dictatoriaux, qui se nourrissent de l’adversité réelle ou inventée pour raffermir leurs fondations. De même, on a beaucoup insisté sur l’arsenal balistique et nucléaire dont dispose la Russie, il est vrai inquiétant, à commencer par les missiles hypersoniques dernier cri. Mais l’opération en Ukraine laisse planer des doutes sur l’excellence de cette armée, sur le plan organisationnel.

Ces dernières années, c’est l’effacement de la distinction entre guerre et paix, la capacité des Russes à s’engager dans les zones grises, les interstices, qui ont longtemps déstabilisé les Occidentaux, perpétuellement sur la défensive. Ce n’est plus le cas. Le front commun des Etats-Unis et des Européens face à la guerre en Ukraine est d’une intensité, d’une vigueur sans précédent. Les sanctions qui frappent Moscou, inédites. La Russie rêvait de revanche historique. Elle est seule, isolée, menacée d’un effondrement économique. À sa tête se trouve un homme plein d’amertume et de mots acides, dont la paranoïa ne semble plus être un exercice rhétorique. Un homme de 69 ans qui avait promis à son peuple la stabilité et la renaissance et lui offre aujourd’hui une guerre injustifiable. Elle ressemble à une bombe posée sous son propre fauteuil. On ignore la longueur de la mèche.

Piotr Smolar, correspondant du Monde à Washington. Le Monde du 6 03 2022

Rendez-vous à l’évidence : Poutine croit qu’il est juste de nous tuer.

Lorsque je me suis réveillé ce jeudi matin-là [24 février], c’était la guerre en Ukraine et cela m’a fait un choc mais je n’éprouvais aucune surprise, plutôt la même chose qu’à la mort d’un proche après une longue maladie. La voie que suivrait un jour le maître de la kleptocratie kremlinienne était aussi prévisible que le sort d’un patient atteint d’un cancer du pancréas.

Nous autres Slovaques, nous savons exactement ce que cela signifie d’être libérés par nos frères slaves russes. Ils sont venus nous sauver de l’impérialisme en 1968, lorsque nous croyions naïvement que nous pouvions décider du sort de notre pays. S’ensuivirent deux décennies d’occupation. Quelques-uns d’entre nous se firent descendre alors que nous n’opposions aucune résistance. C’est là notre stratégie nationale millénaire de survie – nous ne combattons pas, vous n’êtes pas obligés de tuer pour nous asservir. Les Russes nous tuaient, juste par principe. Que serait en effet une occupation sans meurtres ?

Si le régime soviétique ne s’était pas effondré, nous serions encore aujourd’hui sous occupation russe. Nous continuons à vivre avec ses conséquences mentales et culturelles. La société slovaque se divise en russophobes et russophiles, ce qui fait éclater les anciennes amitiés et les familles. Même trente ans après que le dernier soldat russe a quitté notre pays, nous n’avons pas réussi à extraire la propagande soviétique des cerveaux d’une bonne moitié de la population. Et c’est justement cela qui nous permet de toujours savoir la déchiffrer. Nous connaissons précisément le fond de la pensée de tout représentant du Kremlin, lorsqu’il ment. Nous savons qu’il ment parce qu’il remue les lèvres.

Commençons par le fait que l’Ukraine n’est pas l’objectif final de Vladimir Poutine. Ce n’est que son premier pas. Si nous ne l’arrêtons pas là, il s’en prendra aussi à nous. Cela lui prendrait un peu plus de temps d’atteindre Paris que Bratislava, mais soyez-en sûrs, lui aussi rêve de photos avec ses généraux et la tour Eiffel en arrière-plan. Cela paraît fou ? Sûr, c’est fou. Mais on pourrait un jour aisément trouver dans le dictionnaire cette définition de la stupidité suicidaire : ne pas prendre au sérieux un fou dangereux parce qu’il a des objectifs insensés.

En outre, Poutine n’est fou que si nous essayons de le mesurer à notre aune. Sinon, il n’est que le représentant particulièrement représentatif de la Russie. En témoignent les sondages selon lesquels sa popularité intérieure n’a pas baissé depuis le déclenchement de la guerre, mais a connu au contraire un net rebond. Et même auparavant, elle était à un niveau dont les leaders occidentaux les plus populaires n’auraient jamais osé rêver.

Le cerveau du Russe moyen mijote sans cesse dans une propagande d’Etat toxique qui lui serine que sa responsabilité historique est de sauver le monde, de protéger les valeurs traditionnelles contre la pourriture de l’aliénation démocratique et la tolérance débridée de l’Occident. L’Europe doit être punie et ramenée à la raison par la force, les Etats-Unis transformés en un désert calciné. Ce n’est pas Poutine qui parle ainsi, évidemment. Ce sont les idéologues et les propagandistes du Kremlin qui le disent pour lui dans les médias à la botte de l’Etat ; en Russie, il existe fort peu de médias indépendants et ils ont une très faible portée. Une majorité écrasante de la population se représente le monde en fonction d’une propagande messianique agressive.

La seule surprise réelle est que même Poutine a fini par croire à ses propres mensonges. À l’origine, il ne défendait aucune idéologie, seulement ses propres intérêts. Nombreux sont ceux qui ont pris cela pour un pragmatisme calculateur, rationnel et prévisible. Car à la différence d’un terroriste fanatique, on peut tout de même s’entendre avec un criminel, n’est-ce pas ?

Les souverains de la Russie ont toujours traité même leur propre pays comme un territoire ennemi conquis. Ils l’ont pillé sans scrupule, régnant sur le peuple par la terreur. D’Ivan le Terrible jusqu’à Poutine en passant par Staline, le mode de gouvernance n’a pas changé. Le servage y a été aboli au XIX° siècle, mais la mentalité servile n’y a pas disparu. La vie en Russie est un jeu dont le score est zéro. Si vous n’opprimez pas, vous êtes opprimé. Tout profit réalisé par autrui constitue votre perte. Celui qui n’est pas prêt à tout prendre n’aura rien.

La nouvelle élite kleptocrate de Poutine s’est fabuleusement enrichie en pillant l’Etat. Derrière chaque bien immobilier luxueux sur la Côte d’Azur, propriété d’un oligarque russe, il y a quelque part en Russie des gens qui sont morts prématurément dans la pauvreté, l’ignorance, sans service adéquat de santé ni aucune chance réelle d’améliorer leur statut. Les pelouses soigneusement entretenues des villas de luxe aux alentours de Cannes ou de Saint-Tropez sont arrosées avec des larmes, voire plus d’une fois avec du sang.

L’Etat n’a plus aucune ressource pour se développer. Les écoles, les hôpitaux, les routes et les habitations humaines en dehors de Moscou et Saint-Pétersbourg sont dans une situation comparable à ceux des régions arriérées d’Asie. La capacité de la Russie à produire quoi que ce soit de plus sophistiqué qu’un baril de pétrole brut est particulièrement bien illustrée par l’histoire de la limousine présidentielle de Poutine. Sa conception a demandé un investissement de 400 millions d’euros, le dictateur s’en sert même parfois, mais on n’a jamais lancé sa fabrication en série. En la voyant, vous comprendrez pourquoi.

L’armée russe est dans le même état que le pays. Les généraux volent en grand, les sergents en petit et le simple soldat, s’il veut manger, vole la nourriture là où il peut parce que les commandants dérobent la nourriture des hommes par camions entiers. Il est pratiquement impossible de mener une guerre efficace avec une telle armée. Dans la mesure où vous ne disposez pas de l’arme nucléaire. Poutine en dispose. Nous reviendrons sur ce point.

L’erreur de Poutine est d’avoir cru à sa propre propagande, dont le but originel était de fournir aux Russes une sorte de succédané à la prospérité. Le dictateur ne se doute pas aujourd’hui de ce à quoi ressemble la Russie. Pas uniquement parce que cela fait bien dix ans qu’il n’a pas entendu le mot non. Cela fait bien dix ans qu’il n’entend que des informations qui n’altèrent pas son humeur : la Russie est-elle puissante ? La plus puissante. Et l’Occident ? Pourri, faible, incapable de vivre ! Notre mère la Russie peut-elle sauver le monde ? Elle le peut et le doit ! Comment ? Par la force des armes de son invincible armée ! Poutine vit dans un univers dont les règles ont été écrites par un J. R. R. Tolkien schizophrène et paranoïaque drogué à la métamphétamine. Il a fini par croire que son devoir est de détruire l’Occident et d’établir un nouvel ordre mondial. Il vient de commencer. Si nous ne voulons pas qu’il réussisse, nous devons l’arrêter. Maintenant.

Oui, ce sera dangereux. Poutine a des armes nucléaires. Il dit clairement qu’il les emploiera s’il le faut. Il ne menace pas, il ne fait pas de chantage. Il nous informe sans ambages que si nous nous opposons à lui il essaiera de nous tuer. L’usage de l’arme nucléaire n’est pour lui qu’un des moyens possibles d’y parvenir. Il ne le privilégie pas parce qu’il a conscience du coût que cela implique. Il serait obligé de perdre encore quelques millions de vies russes. Ce serait pour lui une décision relativement compliquée et douloureuse, tout comme de payer 400 millions d’euros pour une limousine affreuse et mauvaise. Le terme ressources humaines a somme toute en Russie une autre signification qu’en Europe. Les gens ne sont qu’une des ressources que le chef politique peut dépenser à sa guise. Les étrangers ne sont pas des ressources, mais des inconvénients dont il faut se débarrasser.

Ce jeudi matin-là nous nous sommes tous réveillés avec la guerre. Potentiellement la dernière que déclenchera notre espèce, nous devrions sûrement en être conscients. Nous n’avons pas choisi cette guerre. Nous ne l’avons pas commencée, nous ne la voulons pas, mais nous n’avons pas d’endroit où lui échapper. Elle viendra nous chercher. Poutine s’en prendra aussi à vous, parce qu’il le veut et le peut et qu’il croit que c’est juste.

La guerre est l’essence du mal. Nous pouvons y mourir. Nous serons peut-être nombreux à y mourir. Si nous refusons de nous y battre, alors ce sera la mort assurée.

Arpad Soltesz est directeur du Centre slovaque de journalisme d’investigation Jan-Kuciak et romancier. Le Monde du 10 mars 2022. Traduit du slovaque par Barbora Faure.

15 03 2022                              Francis Kéré, architecte burkinabé installé à Berlin, reçoit le prix Pritzker, équivalent d’un Nobel pour l’architecture, des matériaux locaux, du bon sens à revendre, de l’élégance… Il reprend, en les adaptant au contexte du XXI° siècle, les deux ou trois principes essentiels mis en œuvre par les colons  de l’entre deux guerres : de l’ombre, du courant d’air, principes jetés à la poubelle à partir des années 70 par l’utilisation – par les riches – d’une climatisation ruineuse et énergivore.

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Ecole de Dano

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Ecole primaire de Gando, Burkina Faso

10 04 2022                             Jamais un premier tour d’élections présidentielles en France, n’aura été aussi freudien : une fille qui tue son père, un garçon qui épouse sa mère. Et tout ça ça fait d’excellents français.

15 04 2022                           La pandémie du Covid 19 aura mis en valeur l’incapacité radicale de la plupart des pays d’Afrique à gérer convenablement des stocks : le Kenya détruit 840 000 doses de vaccin Astra Zeneca, acheminés par Covax, faute de moyens logistiques pour les distribuer, faute de délai suffisants vu les dates de péremption qui se rapprochent, et même faute de demandeurs, car sont encore très nombreux ceux qui refusent la vaccination  etc … Le Kenya est le quatrième pays à procéder ainsi, après le Nigeria, Soudan du Sud, Malawi. Ainsi on aura vu tous ces pays se plaindre amèrement d’être les oubliés de la distribution des vaccins et, une fois ceux-ci reçus, ne pas savoir qu’en faire ! ! !

21 04 2022                        Au lendemain du débat Emmanuel Macron – Marine Le Pen, Anne Sophie Lapix, frustrée de ne pas avoir été choisie pour ce débat, selon le souhait exprimé par les deux candidats, reçoit à Antenne 2 Emmanuel Macron, avec des couteaux bien aiguisés sur ses notes, et à sa question : la solidarité à la source, le versement automatique des aides à ceux qui y ont droit, c’est une mesure sociale ou une mesure économique ? Emmanuel Macron lui renvoie un : Les deux mon général et enchaine aussitôt sur un fou-rire, à même d’entraîner l’ensemble des téléspectateurs. Anne-Sophie Lapix, qui se croyait jusqu’alors assise sur du granit, découvre, oh stupéfaction ! qu’elle est le cul par terre, sur ce qui reste d’un tas de sable qui vient de s’écrouler. Il est bien possible que ce gag énorme ait assuré le succès de sa réélection cinq jours plus tard. Mais, en rediffusion, nul ne pourra revoir le fou-rire : coupé, censuré par ces messieurs-dames les journalistes, comme chez Poutine…

24 04 2022                     Emmanuel Macron est réélu président de la République pour un second mandat avec 58.54 % des voix.

8 05 2022                       Carlos Alcaraz, un Espagnol de Murcie, de moins de 20 ans, met fin avec éclat au monopole sur le tennis mondial masculin de Rafael Nadal, Novak Djokovic, Alexander Zveref, Stefanos Tsitsipras et Roger Federer au Masters 1000 de Madrid, et avec éclat : Rafael Nadal, à la una, Novak Djokovic, à la dos, Alexander Zveref, à la tres. OLÉ !  E VIVA ESPAÑA. L’Espagne tient un nouveau numéro un mondial, incessamment sous peu. Il était temps que la relève arrive !

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24 05 2022                          À Uvalde, au Texas, un adolescent de 18 ans tue 19 enfants, 2 adultes dans une école primaire. Il venait d’acheter ces armes sans aucune difficulté, quelques semaines plus tôt pour ses 18 ans.

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[1]          L’entraineuse  de Kamila Valieva est Eteri Tutberidze. Est-ce à elle ou à son chorégraphe Daniel Gleikhengauz que revient le choix de In Memoriam comme musique de la prestation de Kamila Valieva ? Peu importe, celui ou celle qui a fait ce choix  a fait preuve d’un gros culot, car du culot il en fallait pour choisir cette musique écrite par Kirill Richter pour les défunts et la proposer pour une épreuve de patinage artistique en libre.

[2] La trimétazidine est une substance utilisée pour soigner les angines de poitrine et interdite par l’Agence mondiale antidopage (AMA) depuis 2014, car elle favoriserait la circulation sanguine.

[3]        60 mètres est une limite de plongée humaine en eau libre en respirant de l’air, et ceci n’exclut pas les paliers de décompression en remontant  ; mais l’homme peut plonger jusqu’à 100 mètres avec un mélange où l’azote de l’air est replacé, grosso modo, par l’hélium, à condition de disposer d’une tourelle qui le ramène en surface où il fera sa décompression dans un caisson hyperbare, au sec, avec la possibilité de boire et se nourrir.

[4]    Vladimir Poutine s’était impliqué personnellement dans l’organisation de Jeux Olympiques d’hiver en février 2014 à Sotchi et il avait fait appel fréquemment à Jean-Claude Killy pour le conseiller. D’où des relations quasi amicales, amenant Jean-Claude Killy à parler de lui comme d’un type bien, ce qui lui vaudra d’être remercié du Comité international Olympique.


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