11 2021 à fin 2022 Télescope James Webb. Scandale des Ephad. Kamila Valieva. Poutine envahit l’Ukraine. 27756
Poster un commentaire

Nom: 
Email: 
URL: 
Commentaires: 
Publié par (l.peltier) le 16 août 2008 En savoir plus

24 11 2021 

Quand un fonctionnaire français devient simplement par sa parole un assassin, comme  un kapo de camp de concentration nazi, par non assistance à personne en danger : 27 migrants kurdes iraniens et irakiens meurent noyés au large de Calais, dont six femmes et une fillette ; il n’y aura que deux survivants. 

Euh, on vient de passer à côté de, euh, des migrants, euh enfin, des cadavres. Ils sont morts.
D’accord monsieur, donc les migrants sont dans une embarcation ? Ils vous semblent delta charlie delta [décédés] ?
Non non non. Ils sont dans l’eau, ils sont dans l’eau mais, euh, ils sont morts.

13 h 49′. échange radio entre le patron pêcheur du bateau Saint-Jacques 2 et le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage maritimes (Cross) Gris-Nez (Pas-de-Calais), composé de militaires et sous l’autorité du préfet maritime de la Manche et la mer du Nord.

Peu avant le drame, ils avaient donné leur position au Cross, qui leur avait répondu : vous êtes dans des eaux anglaises, nous ne pouvons rien pour vous ! 

Douze précieuses heures se sont écoulées entre le premier appel au secours passé ce 24 novembre 2021 par les 33 migrants en détresse sur un canot pneumatique dégonflé au beau milieu de la Manche et la découverte de 15 corps de naufragés par un bateau de pêche passé par hasard dans la zone.

Entre temps, une quinzaine de coups de fils passés par les passagers de l’embarcation de fortune n’auront pas suffi à faire déplacer une équipe de sauvetage française sur les lieux du drame, situé à la frontière entre les eaux territoriales avec les eaux britanniques.

*****

Un an après ce naufrage, le plus grave jamais survenu dans la Manche, une enquête judiciaire dont Le Monde a publié des éléments dans son édition du dimanche 13 novembre, révèle pour la première fois de graves dysfonctionnements côté français dans le sauvetage de ces personnes.

Avant de mourir noyés, les passagers du canot ont appelé au secours de très nombreuses fois le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage maritimes (Cross) Gris-Nez (Pas-de-Calais), qui dépend de la préfecture maritime de la Manche et la mer du Nord. Mais aucun bateau de sauvetage ne leur a été envoyé.

Au total, quelque 27 personnes, dont sept femme, un adolescent de 16 ans et une enfant de 7 ans, ont péri dans ce drame, quatre sont toujours portées disparues et deux migrants ont survécu. Ces deux survivants, un Kurde iranien et un Soudanais, ont raconté aux enquêteurs que leur canot, parti d’une plage à proximité de Dunkerque, avait commencé à se dégonfler et à couler quelques heures après le départ.

En théorie, une embarcation de migrants est presque toujours considérée comme étant en détresse, avait expliqué la préfecture de la Manche et de la mer du Nord à InfoMigrants dans un article de 2020, quyi faisait le point sur l’organisation des secours dans la Manche.

En effet, cette zone maritime très étroite – 50 kilomètres seulement séparent Calais de la côte anglaise la plus proche – est souvent malmenée par les courants. Les canots pneumatiques empruntés par les migrants sont susceptibles de se perdre, d’être percutés par un cargo ou de tomber en panne. D’autant que les embarcations utilisées sont souvent surchargées, avec des passagers en état d’hypothermie sévère en raison des conditions météorologiques difficiles. Dans la majorité des cas, le sauvetage se justifie. On ne laisse donc pas un canot naviguer vers les côtes anglaises.

Alors que s’est-il passé cette nuit du 24 novembre 2021 ? L’audition des opérateurs du Cross par les enquêteurs laisse penser que les personnes qui ont réceptionné les appels des migrants en détresse ne semblent pas avoir pris la mesure du danger qu’encourraient les passagers du canot. Pire, elles font parfois preuve de moqueries dans des commentaires en aparté, enregistrés dans les bandes de conversation entre le Cross et le bateau de migrants.

Interrogés par la section de recherche de la gendarmerie maritime de Cherbourg (Manche), plusieurs membres du Cross estiment que souvent les migrants appellent et crient au danger alors qu’ils n’ont rien. Le Monde cite, entre autres, Nicolas H., le chef du service opération : Ils [les migrants en mer] nous appellent tous, même s’ils ne sont pas en difficulté (…) Il est très délicat de prioriser correctement.

Nous n’avions pas d’inquiétude concernant [l’embarcation naufragée], reconnaît quant à elle la cheffe de quart Pauline M. D’autant que le service a été débordé d’appels provenant d’une vingtaine d’embarcations de migrants cette même nuit, rapporte le Cross.

Il peut arriver aussi qu’une embarcation en détresse soit prioritaire sur une autre. Dans ce cas, quand nous ne pouvons pas être sur tous les fronts, nous prévenons les autorités anglaises. Nous leur expliquons que nous devons agir autre part, pour un cas plus urgent. Ils se chargent alors d’intervenir, expliquait la préfecture de la Manche et de la mer du Nord à InfoMigrants en 2020.

Est-ce cela qui s’est passé cette nuit-là ? La transcription brute des conversations téléphoniques entre le Cross et l’embarcation naufragée, dont Le Monde se fait l’écho, montre que le Cross a passé le relai aux autorités britanniques assez rapidement, vers 2h du matin, dès les premiers contacts avec les passagers du navire en détresse. J’ai un canot à côté de votre secteur. Je vous donnerai sa position car c’est à 0,6 mile nautique [965 mètres des eaux anglaises], dit l’opératrice du Cross au centre de coordination des secours anglais, à Douvres. S’en suivent de nombreux appels aux secours français, qui considèrent désormais que les naufragés ne relèvent plus de leur responsabilité.

Le Monde rapporte notamment qu’à 3h30, le Cross reçoit un appel d’un passager qui explique qu’il est littéralement dans l’eau, ce à quoi l’opérateur répond : Oui, mais vous êtes dans les eaux anglaises.

Côté britannique, l’enquête ne dit pas encore comment les secours ont géré cette intervention. Il semblerait toutefois qu’ils aient, à leur tour, délégué la tâche aux Français si l’on en croit le témoignage de l’un des survivants, Ahmad Shexa. Lors de son audition en garde à vue, ce jeune Irakien a rapporté que les secours anglais leur avaient indiqué que ‘le temps qu’ils arrivent sur place, les vagues nous auraient menés dans les eaux territoriales françaises, et donc ils ne sont pas venus.

À la suite de ces révélations, la Cimade, association de soutien aux migrants et réfugiés, a fait part de sa consternation de voir qu’il y a eu beaucoup d’énergie donnée par les deux côtés, français et britannique, pour démontrer que c’était à l’autre partie de prendre en charge le secours et le sauvetage.

On est horrifiés, a estimé pour sa part Delphine Rouilleault, directrice générale de France Terre d’Asile. Ce que cela décrit, c’est l’absence complète de coordination des opérations de sauvetage en mer et leur banalisation, qui fait que personne n’a pris la mesure du danger pour les personnes.

Comme toute mer, la Manche est divisée en plusieurs zones administratives : les eaux territoriales françaises et les eaux territoriales anglaises. Entre les côtes du Calaisis et Douvres, ces deux zones se touchent. Chaque pays est souverain de son espace maritime. La France surveille et intervient donc dans sa zone et la Grande-Bretagne dans la sienne. Mais, si, pour diverses raisons, la force anglaise ne peut pas mener une opération de secours, elle peut demander aux Français d’intervenir à leur place. Et donc d’entrer dans les eaux anglaises, avait pourtant expliqué la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord à InfoMigrants.

On savait malheureusement qu’un jour cela arriverait, confie l’un des membres du Cross aux enquêteurs. Ça fait deux ans que nous demandons des moyens supplémentaires, ajoute l’un de ses collègues. Pour mener à bien les opérations de sauvetage, les personnes interrogées expliquent qu’il faudrait davantage de moyens. Or ils ne disposaient que de deux moyens nautiques et un moyen aérien au moment des faits.

Des chiffres inquiétant au regard de l’ampleur du nombre de tentatives de traversées de la Manche, sachant que depuis le début de l’année, celles-ci ont encore augmenté et battu tous les records, avec 40 000 passages vers le Royaume-Uni selon le ministère de la Défense britannique.

Info Migrants 14 11 2022

25 11 2021 

Le général de police Ahmed Naser Al Raisi, des Émirats Arabes unis, contre lequel ont été déposés plusieurs plaintes pour torture, est élu Président d’Interpol ! Et nous acceptons que des règlements intérieurs de grandes organisations internationales autorisent cela !

28 11 2021   

Une histoire du quotidien. Seul le prénom a été changé. Christine, dans les soixante-cinq ans, revient des obsèques de son fils, 48 ans, qui s’est pendu. Elle n’est pas repartie chez elle, mais chez sa mère qui approche les 100 ans, en compagnie de sa sœur, 101 ans, dans un village proche d’Orléans. Elle croise la voisine, qu’elle connait bien et, ne tenant pas à ce qu’elle apprenne ce décès par sa mère, l’en informe directement ; celle-ci,  un peu dure de la feuille, comprend que c’est la mère de Christine qui est morte : aussi Christine la reprend : Ce n’est pas ma mère qui est morte, c’est mon fils.

Ah, c’est ton fils ! Eh bien, ça me rassure.

6 12 2021   

Sur l’île grecque de Lesbos, dans le camp de réfugiés de Mavrovouni, le pape François fustige l’ensemble des pays d’Europe pour la mauvaise qualité de l’accueil qu »ils réservent aux réfugiés. Et il n’a pas un mot contre les premiers responsables de ce drame, les trop nombreux pays d’Afrique dirigés par des despotes, monstres de dictature criminelle, monstres d’indécrottable corruption, pays d’origine de tous ces réfugiés qui n’en peuvent plus de vivre dans ces conditions et émigrent pour retrouver liberté et dignité dans un pays d’Europe, au risque de leur vie. Pas un mot. Mais de qui se moque-t-il donc, ce pape pour se montrer aussi profondément malhonnête ? Car la négation de la réalité politique de ce drame est une vraie malhonnêteté. Pendant des décennies nos intellectuels, toutes orientations confondues, n’ont eu de cesse de fustiger le quasi silence de Pie XII sur l’holocauste, et aujourd’hui, le pape François se met exactement dans ses pas en se refusant à dénoncer les régimes pourris qui poussent les gens à fuir leur pays, et personne ne dit rien ! Nous préférons suivre ce pape jésuite en pratiquant l’auto-flagellation, fruit de notre masochisme. Serions-nous nous aussi devenus somnambules ? Les intellectuels qui ne cessaient de dire leur indignation sur les silences de Pie XII observent aujourd’hui un silence assourdissant. Qu’est-ce que cela signifie ?

10 12 2021   

Une série de tornades tue 93 personnes aux États-Unis, sur cinq états autour du Kentucky. Des spécialistes diront qu’on a pu voir un rouleau de moquette monter jusqu’à 11 000 mètres d’altitude avant de retomber !

Tornade : pourquoi les États-Unis sont particulièrement touchés ?

 

25 12 2021 

Ariane 5 emmène dans l’espace le télescope spatial James Webb sur lequel des centaines d’hommes travaillent depuis trente ans.

Trois décennies de développements et de tests en laboratoire, des milliers de scientifiques et d’ingénieurs impliqués, une enveloppe globale flirtant avec les 10 milliards $ … C’est peu dire que d’exceptionnelles ressources auront été nécessaires pour concevoir le télescope spatial James Webb (JWST selon l’acronyme anglais), qui n’est rien moins que le plus gros et le plus puissant engin d’observation jamais envoyé dans l’espace. Après de nombreux reports et des années de retard sur le calendrier – le lancement était initialement prévu en … 2008 ! – tous les voyants sont enfin au vert: en cette fin 2021, ce monstre de 22 mètres d’envergure (aussi grand qu’un terrain de tennis) échafaudé par la NASA, l’agence spatiale américaine, avec la collaboration des agences spatiales européennes (ESA) et canadienne (ESC), va être enfin envoyé dans l’espace. Il a quitté fin septembre les installations de l’équipementier américain américain Northrop Grumann, en Californie où d’ultimes opérations de contrôle ont été effectuées. Emmailloté dans un conteneur de 30 mètres de long et acheminé par voie maritime, il a longé les côtes du Mexique et transité par le canal de Panama avant de rejoindre le Centre Spatial guyanais le 12 octobre. Les équipes de l’ESA et d’Arianespace s’affairent, depuis lors, à intégrer l’imposante mais délicate machine sous la coiffe d’un lanceur Ariane 5. Si tout se passe comme prévu, elle s’envolera le 18 décembre de Kourou pour rallier sa place de parking  : une région de l’espace située à 1.5 millions de kilomètres de notre planète, soit 4 fois la distance Terre-Lune. L’émotion est immense à l’approche de la date fatidique, aboutissement de tant d’efforts et d’années de recherche, confie Pierre Olivier Lagage, astrophysicien au CEA à Orsay (Essonne), qui supervise l’un des appareils de détection du JWST. Mais c’est surtout une prodigieuse aventure scientifique qui commence. Car ce télescope va ouvrir une fenêtre inédite sur l’Univers : ses prémices et les différentes phases de son évolution comme ses objets les plus intrigants. Grâce à cette machine révolutionnaire, les connaissances en astronomie feront d’ici peu un bond en avant.

Les réflexions qui conduiront à la fabrication du JWST ont été amorcées dès 1989 par la Nasa, soit même un an avant le lancement du télescope spatial Hubble. À l’époque, il s’agissait déjà, pour les astronomes, d’identifier les grandes problématiques face auxquelles ce dernier ne pourrait que buter. L’une des plus importantes concernait la fin des âges sombres de l’Univers et l’allumage des premières étoiles, conduisant elles-mêmes à la structuration des premières galaxies. Ces étapes fondamentales seraient intervenues au cours des premières centaines de millions d’années qui ont suivi le Big Bang il y a 13.8 milliards d’années. Mais en raison de l’expansion de l’Univers, la lumière des étoiles primordiales a été progressivement décalée vers l’infrarouge – une gamme de rayonnements invisibles par l’œil humain dont les longueurs d’onde sont supérieures à 0.7 micromètre. Or, la majeure partie des ces rayonnements est absorbée par l’atmosphère de notre planète, ses molécules d’eau en particulier, ce qui limite très fortement les observations au sol, relève Pierre Olivier Lagage. Le vénérable Hubble – qui est toujours en activité et aura permis des découvertes capitales sur l’âge de l’Univers, la diversité des galaxies ou encore la structure des trous noirs – n’en détecte lui-même qu’une petite fraction. Car même si cet observatoire orbite à 570 kilomètres de la Terre, il a été optimisé pour scruter l’Univers dans les longueurs d’onde de la lumière visible et ultraviolette (entre 0.1 et 0.7 micromètre). D’où la nécessité pour remonter le temps, voir plus loin que Hubble et contempler la naissance des premières étoiles et galaxies, de fabriquer un télescope spatial spécialement adapté aux observations infrarouges.

Celles-ci sont néanmoins difficiles à réaliser et requièrent de lourds dispositifs. Tous les corps qui génèrent de la chaleur émettent aussi des rayonnements infrarouges, explique Pierre Olivier Lagage. À commencer par le soleil et la terre, qui pourraient aveugler le télescope. Mais, aussi, l’observatoire lui-même ! Il doit donc être refroidi à très basse température, sans quoi il observerait ses propres émissions infrarouges. C’est pour cette raison que le futur observatoire spatial, dénommé d’abord New Generation Space Telescope avant d’être rebaptisé en 2002 James Webb Space Telescope – sera satellisé à 1.5 million de kilomètres autour d’une zone que les astronomes appellent point de Lagrange L 2. Le principal avantage de cet emplacement est qu’il est situé en permanence dans l’axe Soleil-Terre de l’autre côté de celle-ci. Les sources de chaleur et de rayonnement parasités viendront donc toujours d’une seule direction. Le JWST pourra ainsi s’en prémunir en s’abritant derrière un gigantesque parasol, tout en examinant l’Univers dans la direction opposée.

En forme de losange, ce bouclier thermique présente une surface protectrice de 150 mètres carrés. Il est constitué de cinq couches de polymères métallisés qui réfléchissent les rayonnements extérieurs et seront séparés par du vide conduisant très peu la chaleur. Elle se comporteront un peu comme des couvertures de survie qui maintiendront la machine dans le noir et le froid de l’espace, détaille Pierre Olivier Lagage. Côté soleil, la température du parasol s’élèvera ainsi à 85°… mais chutera à – 233°C à l’autre extrémité ! Grâce à ce système de refroidissement passif, trois des quatre instruments opérant dans le proche infrarouge (jusqu »à 5.3 micromètres) pourront parfaitement fonctionner : la caméra NIRCam (Near-InfraRed Camera) fournie par l’Université de l’Arizona (États-Unis) ; l’imageur NIRIS (Near InfraRed Imaginerand Stitless Spectrograph) fabriqué au Canada ; et le spectromètre NIRSpec (Near-InfraRed Spectrometer)) développé par l’ESA.

Mais le quatrième instrument, MIRI (Mid InfraRed Instrument), exige encore un système de refroidissement additionnel. Fabriqué par la NASA et l’ESA ainsi qu’un consortium d’Instituts européens (notamment le CEA, l’observatoire de Paris et le Laboratoire d’Astrophysique de Marseille), il est le seul qui inspectera l’Univers dans l’Infrarouge moyen, jusqu’à 80 micromètres. Plus on souhaite détecter des rayonnements de grande longueur d’onde, plus il faut refroidir l’appareil, indique Pierre Olivier Lagage, coresponsable de MIRI. L’instrument sera ainsi équipé d’une sorte de super-réfrigérateur : un dispositif utilisant des fluides cryogéniques, d’un mètre cube environ, qui abaissera la température à – 264°C, soit seulement 7° C au-dessus du zéro absolu ! 

La partie optique du JWST a constitué un autre défi technologique majeur. Les lueurs émises par les étoiles primitives sont si faibles qu’elles nécessitent une très grande surface de collecte, souligne Pierre Ferruit, responsable scientifique du JWST pour l’ESA. Le miroir principal du télescope (il possède aussi un miroir secondaire, plus petit, qui concentre la lumière du premier) mesure 6.5 mètres de diamètre, contre 2.4 mètres pour Hubble. Un tel gabarit permettra de capter un maximum de photons infrarouges et d’obtenir une très bonne résolution spatiale, donc des images d’excellente qualité, se réjouit l’astronome. Ce miroir est formé de 18 éléments hexagonaux composés eux-mêmes de béryllium et recouverts d’or, métal qui réfléchit très bien la lumière infrarouge. Même si la surface totale avoisine les 25 mètres carrés, les pellicules d’or sont très fines et correspondent dans leur ensemble à une balle de golf. Semblable à un tournesol géant, cette structure dorée et alvéolaire est devenue la signature du JWST, constate Pierre Ferruit. Elle permettra surtout au futur télescope d’être de dix à cent fois plus performant que tout ce qui existe dans le domaine de la détection infrarouge.

Grâce à cet œil surpuissant, et outre l’éclat des astres primordiaux, le Webb pourra observer ce qui se trame derrière les épais nuages de poussières et de gaz qui donnent naissance aux étoiles. Il auscultera aussi les processus de formation planétaire, découvrira une pléiade d’objets aussi lointains que peu lumineux. Le JWSR pourra même analyser l’atmosphère des exoplanètes (planètes extrasolaires), en y détectant peut-être des biosignatures comme des molécules d’ozone.

Dernier défi : trouver un moyen de propulser le JWST dans l’espace. En effet aucun lanceur n’est assez spacieux pour accueillir un tel mastodonte. Aussi la Nasa a confié son lancement à l’une des plus grandes fusée en service : l’européenne Ariane V. Elle a été choisie à la fois pour sa très grande coiffe et son excellente fiabilité, confirme Daniel de Chambure, responsable de l’exploitation et l’adaptation des missions de l’ESA avec Ariane V. Mais même dans ses soutes, le JWST devra être lancé plié tel un origami géant, en trois parties pour le miroir. Recroquevillé de la sorte, le télescope atteint les capacités maximales du lanceur. Nous avons utilisé pour la première fois un ensemble de laser avec une précision inférieure au millimètre, explique Daniel de Chambrun. Et d’éviter ainsi le moindre contact avec le télescope. Les opérations de préparation pour la lancement à Kourou prendront 545 jours, deux fois plus que pour les satellites ordinaires. Nous les anticipons et les affinons depuis plus de dix ans fait remarquer l’ingénieur.

Les mécanismes de repliement  et de déploiement, inédits par leur nombre et leur ampleur, auront nécessité eux aussi une multitude de travaux et de tests. Sans compet les essais concernant les optiques, le dispositif cryogénique ou les appareils de détection. Ils ont été soumis à d’intenses vibrations afin d’éprouver leur résistance au décollage, expérimentés dans d’immenses chambres à vide reproduisant les conditions dans l’espace. Cette complexité explique, en grande partie, les péripéties et ajournements successifs du JWST pendant plus de dix ans. Il s’agit toutefois d’un projet hors norme dont les composantes ont toutes été testées avec une rigueur exemplaire, une infinie minutie, justifie Pierre Ferruit. Car une fois que ce concentré de technologie sera satellisé à 1.5 million de kilomètres, aucun dépannage ne sera a priori possible. Aucun astronaute ne pourra se rendre sur place et intervenir, contrairement à Hubble qui a été réparé une demi-douzaine de fois.

Après le décollage d’Ariane V, il faudra attendre 27 minutes pour que le JWST se sépara des derniers éléments de la fusée à 1 500 kilomètres d’altitude. Le télescope commencera alors son transit, qui durera environ quatre semaines, vers le point de Lagrange L 2, précise Daniel de Chambure. C’est au cours de ce voyage que la machine se dépliera peu à peu. Telle une chrysalide muant progressivement en papillon, elle dépliera d’abord ses panneaux solaires ainsi que ses antennes afin de disposer d’une source d’énergie électrique et communiquer avec le centre de contrôle de Baltimore (États-Unis). Puis les cinq couches du bouclier thermique seront déroulées et séparées les une des autres. Le miroir secondaire se positionnera ensuite face au miroir principal [qui sera déployé le 8 janvier] avant que les ailes latérales de celui-ci se déplient et soient verrouillées. Cette succession d’étapes, qui fera intervenir près de 200 mécanismes, promet quelques nuits stressantes et un très long suspense ! augure Pierre Olivier Lagage. Sans compter qu’il faudra encore attendre quatre à cinq mois, une fois que l’engin sera mis en orbite, [ orbite atteinte le 25 janvier 2022] pour que le télescope et ses instruments soient pleinement opérationnels. Ainsi, les premières observations du ciel ne débuteront pas avant juin ou juillet 2022. Mais les attentes, énormes, sont à la hauteur des enjeux scientifiques, s’enflamme Pierre Feruit. Le JWST dégage en effet un immense espace de découvertes, dans tous les domaines de l’astrophysique, qui devraient être plus déterminantes encore que ce que Hubble a produit.

F Daninos. Science et Avenir. n° 898 Décembre 2021

Incident' delays launch of James Webb Space Telescope - BBC News

L’étoile 2MASS J17554042+6551277 vue par le télescope spatial James-Webb, à l’issue des procédures d’alignement de son miroir principal.

L’étoile 2MASS J17554042+6551277 vue par le télescope spatial James-Webb, à l’issue des procédures d’alignement de son miroir principal, le 15 mars 2022. STSCI/NASA

2021

Peut-être une des dernières réalisations de Prométhée, mais quel exploit : de la Chine au Pakistan, 3 ans de travaux pour un coût de 65 milliards $ ! waouh !

4 01 2022

Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer de le faire, jusqu’au bout. C’est ça, la stratégie. Quelques jours plus tôt, Emmanuel Macron affirmait que la vaccination ne serait pas obligatoire. Comprenne qui pourra… le fameux en même temps et en même temps n’est rien d’autre que tout et son contraire. Une structure mentale de bonimenteur de foire.

Emmanuel Macron, interview accordée au Parisien.

17 01 2022   

Exploit norvégien à Wengen en slalom, qui se court en 2 manches : ne sont sélectionnés pour la 2° manche que les 30 premiers de la première et pour la seconde l’ordre de départ est l’inverse du classement de la 1° manche : le 30° de la 1° manche part 1° de la deuxième manche, ce qui représente un avantage le plus souvent car la piste n’a pas encore été creusée surtout si la neige n’est pas très dure. Lucas Braathen est arrivé 29 ° de la 1° manche : il a donc frôlé l’élimination, à 2″04 du premier, son compatriote Henrik Khristoffersen. Et il gagne la 2° manche en mettant le second à 0″97. Une remontada de 28 places ! Du jamais vu en slalom. Le garçon revient de loin : gravement blessé il y a un peu plus d’un an, il avait du laisser les skis au garage pendant deux mois !

Ces procédures d’ordre de départ d’une 2° manche donnent lieu à des situations amusantes dans les commentaires de course ! Tant que les derniers à se lancer – qui sont les meilleurs slalomeurs du monde, ne sont pas partis, les commentateurs se retiennent, s’attendant à ce que le passage disons des cinq derniers vienne bousculer les résultats de la course. Et c’est bien ainsi que se passent les choses, le plus souvent ; mais cette fois-ci, à Wengen, cela n’a pas été le cas : le norvégien Lucas Braathen, parti deuxième a fait une manche fabuleuse, et les commentateurs, pour s’en apercevoir, ont du attendre la fin de la course pour réaliser que personne ne ferait mieux ; décalage entre la réalité de l’exploit et les commentaires qui ne le voient pas dans le temps où il se déroule. Seul un skieur sait voir cela et, en l’occurrence, c’était Muffat-Jeandet, blessé sur son lit d’hôpital avec un  fracture du péroné.

Braathen le plus fort, Noël décoit ! Par Reuters

18 01 2022     

Charles Dubouloz, 32 ans,  sort de la voie Rolling Stone dans la face nord des Grandes Jorasses, dans le massif du Mont Blanc après 6 jours et cinq nuits en solitaire. Un sac de 35 kilos. 1/2 litre d’eau par jour. Il aura maigri d’un kilo par jour, le corps se refusant à avaler quoi que ce soit. Une température qui peut descendre à – 30°. Un très très grand exploit, en escalade classique : il laisse son sac, grimpe en s’encordant aussi longtemps que le permet la longueur de la corde, ce qui signifie grande consommation de pitons, mousquetons, broches à glace, coins et même échelle d’artificiel, puis redescend, fait monter son sac et remonte en étant assuré et en déséquipant autant que possible … et ainsi de suite jusqu’au sommet ; bien sur il peut toujours y avoir un accident mais c’est sans comparaison possible avec les risques du free – sans assurance -. L’inconvénient c’est que c’est beaucoup plus long, et donc cela suppose une résistance physique hors du commun.

L'alpiniste Charles Dubouloz

UKC News - NEWS: First Solo of Rolling Stones on Grandes Jorasses by Charles Dubouloz

25 01 2022 

Victor Castanet, journaliste free-lance, sort en librairie Les Fossoyeurs. Il a fréquenté pendant trois ans les coulisses des Bords de Seine, un EPHAD de grand luxe – 6 500 €/mois – du très grand et puissant groupe Orpea, [372 établissements en France dont une majorité de maisons de retraite, 1 200 établissements dans 23 pays employant 65 000 personnes] relatant avec précision les conditions de la mort de Françoise Dorin. Et tout cela est un scandale… scandale qu’une société privée fasse des bénéfices importants par pure maltraitance  de ses clients, avec du personnel non formé et donc mal payé, scandale que l’État n’exerce pas sa tutelle avec efficacité. Au cœur du scandale, Xavier Bertrand, plusieurs fois ministre – Santé, puis Travail sous Sarkozy – quand fleurissaient les EPHAD comme primevères au printemps, et comme cul et chemise avec les dirigeants d’Orpea. À mi-chemin de son enquête, il se verra proposer 15 millions € pour y mettre fin et ne rien publier ! Quelques heures après la parution du Monde donnant des extraits du livre, le titre boursier d’Orpea plongera de 16 % avant d’être retiré de la cotation. Mais, pour Yves Le Masne, patron d’Orpea, ce n’est pas grave : sitôt connu le projet de livre de Victor Castanet, en juillet 2020, il s’était empressé de vendre 588 000 € d’actions, une bonne affaire et de toutes façons, avec un salaire mensuel de 100 000 €, il peut rester à ne rien faire pendant un bon bout de temps, surtout avec en plus une prime de départ de 2.6 millions €. Si Valérie Pécresse ne veut pas dégringoler dans les sondages, il va lui falloir se débarrasser de cette casserole qu’est Xavier Bertrand au plus vite. Il n’y a pas un scandale, mais deux, car Orpea n’est pas libre de tous ses mouvements : remplissant une mission de service publique, elle est sous tutelle de l’État, en l’occurrence le ministre de la Santé, via probablement ses délégations régionales, les ARS – Agences Régionales de Santé -. Qu’a fait cette tutelle ? Des inspections, suivies de rapport. Et une fois le rapport fait, qui est en charge de vérifier l’application de ses recommandations ? Lors de ces inspections, personne n’aurait donc jamais vu un cas de maltraitance …. seul Victor Castanet aurait vu quelque chose… allons, allons, ce n’est que la république des copains et des coquins, dans laquelle le bien commun, en l’occurrence celui des usagers ne compte pour rien. On sait, on voit mais on ne dit rien, surtout pas de vague, parce que de toutes façons on sait très bien que les victimes seront les dernières à venir se plaindre, voire à manifester, n’est ce pas, papy, n’est ce pas mamy, qu’on ne vous verra jamais manifester dans la rue ? Fonctionnaires voyous de corruption passive, qu’il faudrait traduire devant les tribunaux pour non-assistance à personne en danger.

La Gazette de Montpellier (n° 1755) interview Johanna Souil, directrice de l’Ehpad associatif Le Foyer des Romarins à Clapiers, banlieue de Montpellier, et auparavant assistante de direction de 2008 à 2011 à l’Ehpad de Courbevoie qui la licenciera en 2011.

  • Il y a bien des contrôles pourtant …
  • Quand on est audité, on sait qu’on va l’être. On prépare un seul dossier de salarié. Et quand l’auditeur vient, il vous demande celui-là et pas un autre. Même quand c’était des contrôles externes, tout le monde se connaissait, et on le savait à l’avance.

*****

Les sociétés traditionnelle sont des sociétés qui adorent la vieillesse car, précisément, ce sont des sociétés où le passé est la source du sens. Dès lors que le passé est la source du sens, tous ceux qui sont les proches du passé, autrement dit les vieux, sont valorisés. Ce sont des sociétés de l’imitation, de l’héritage, de la répétition.

Nos sociétés, elles, sont des sociétés de l’innovation : d’une certaine façon, le futur est la source du sens. C’est ce vers quoi l’on tend qui structure notre société, pour le meilleur comme pour le pire d’ailleurs. Dans cette société-là, les jeunes et les enfants sont valorisés car ils incarnent le futur dans le présent.

Pierre-Henri Tavoillot. Le Figaro du 20 juin 2022

6 02 2022                               

Les JO de Pékin ne sont pas votre tasse de thé ? Soit. Ce n’est pas important, mais ce qui est important, c’est de ne pas se priver de quelques minutes d’exception, de ne pas se priver d’un chef d’œuvre de performance technique, de vitesse et de légèreté, marié à une grâce de chaque instant, sur la musique In Memoriam, de Kirill Richter [1] : c’est Kamila Valerievna Valieva (en russe : Камила Валерьевна Валиева) née le 26 avril 2006 à Kazan. À vous couper le souffle ! On pense au ballerina assoluta que les Italiens décernaient à Sylvie Guillem. Et si un zeste de trimétazidine [2] vient se présenter aux contrôles, on prendra un malin plaisir à fermer les yeux. De toutes façons, les yeux étaient déjà fermés, car la simple participation à ces Jeux en Chine demandaient qu’on les ferme sur ces innombrables violations des droits de l’homme, au premier rang desquelles le traitement infligé aux Ouïgours, avec camps de concentration et tutti quanti.

 

 

Et, un an plus tôt :

11 02 2022                   

L’Alfred-Merlin, le navire du département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), stationné au large de la Corse reçoit un message  d’Ocean One, un nouveau robot  d’archéologie sous-marine : 490 mètres. On est au fond et en approche. Fermée, la main droite, seule visible sur l’écran en surface, tient entre ses quatre doigts mécaniques le manche du grappin qui lui a été confié, un peu plus tôt. La sonde indique 496 mètres de profondeur quand, enfin, apparaît l’épave du Francesco-Crispi un paquebot coulé par les Anglais, en avril 1943, par 507 mètres de fond, au large de Bastia, avec les 900 soldats italiens alors à son bord.

Deux mètres de longueur pour un poids de deux cents kilos, une tête mobile et deux yeux caméras, deux bras à sept articulations prolongés de mains interchangeables à quatre ou cinq doigts, un corps couleur orange en forme de sarcophage équipé de huit hélices… revoilà Ocean One. Ou plus exactement, la version K de ce prototype d’humanoïde à même d’être contrôlé à distance pour des opérations d’archéologie en milieu sous-marin.

EN IMAGES. Le robot humanoïde Ocean One a exploré La Lune - Sciences et Avenir

 

Six ans après sa première mission, par 90 mètres de fond, sur le site de La Lune, une frégate coulée en 1664, du temps de Louis XIV, en rade de Toulon, le robot mi-homme mi-poisson imaginé par l’équipe d’Oussama Khatib, avec le soutien du Drassm et du Laboratoire d’informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier (Lirmm, CNRS-université de Montpellier), a achevé le 17 février sa deuxième campagne d’essais en Méditerranée par une première mondiale : une spectaculaire descente dans une fosse sous-marine des environs de Cannes… à – 852 mètres. 

Cette plongée historique, qui marque l’entrée de la robotique humanoïde dans des espaces abyssaux inaccessibles aux plongeurs humains, même équipés de caissons hyperbares – le record de résistance à la pression détenu par la Comex depuis 1992 est de 701 mètres –, avait été précédée de plusieurs autres, les 9 et 10 septembre 2021 et entre le 6 et le 16 février 2022, sur quelques-unes des plus belles épaves des eaux françaises. D’abord, aux environs de La Ciotat, sur un avion de chasse P-38 de l’US Air Force (38 mètres de profondeur) et le sous-marin français Protée (125 mètres). Ensuite, en Corse, face à Aléria et à Bastia, sur un navire romain du I° ou du II° siècle – baptisé par les chercheurs épave Aléria 1 (334 mètres) – et le Francesco-Crispi (507 mètres). Et enfin, non loin de Théoule-sur-Mer, sur un avion Beechcraft Baron F-GDPV (67 mètres).

A 67 mètres de profondeur, l’épave d’un avion Beechcraft Baron F-GDPV, près de Théoule-sur-Mer (Alpes-Maritimes), le 16 février 2022.

A 67 mètres de profondeur, l’épave d’un avion Beechcraft Baron F-GDPV, près de Théoule-sur-Mer (Alpes-Maritimes), le 16 février 2022. FREDERIC OSADA / DRASSM / STANFORD

L’objectif de l’équipe d’Ocean One K n’est pas à ce stade de démontrer la supériorité de sa technologie par rapport à celles existantes, mais seulement de valider un concept, celui d’une machine aux bras téléopérés à même d’intervenir, de manière polyvalente et sans risque d’endommagement du matériel archéologique, sur des sites de fouilles hors de portée de la plongée individuelle, explique l’ancien directeur du Drassm (2006-2021) et membre de l’Académie de marine Michel L’Hour, qui porte le projet depuis 2014, dans le cadre d’un programme de robotique lancé au moment de son arrivée :

  • Restitution au pilote placé en surface des sensations de poids, de dureté et de rugosité des pièces mécaniques gisant sur le fond ;
  • Récupération d’artefacts déposés en surface de la vase à l’aide de mains artificielles ;
  • Accroche par un grappin d’une mire de photogrammétrie sur une rambarde ;
  • Insertion et maniement d’une perche équipée d’une caméra à l’intérieur d’anfractuosités ;
  • Piégeage d’oursins dans une boîte à échantillons…

Si toutes les épreuves n’ont pas toujours donné les résultats escomptés en raison de la luxation de l’épaule gauche et de la panne d’un propulseur dont fut victime Ocean One au pire moment, du moins le potentiel est-il là.

Et ce serait l’essentiel. Ce programme exploratoire a toujours eu le but de préparer le terrain pour les générations futures, afin de leur éviter d’être un jour dépassées par la technologie comme ce fut le cas dans les années 1950, quand l’archéologie sous-marine naissante a complètement raté le tournant de la plongée individuelle, explique Michel L’Hour. Des siècles et des siècles de tempêtes, d’incidents, de guerres et d’actes de piraterie ont fait des mers et des océans d’immenses cimetières où gisent d’innombrables vaisseaux.

Or, la préservation de ce patrimoine sous-marin des grandes profondeurs ne serait plus, depuis plusieurs années déjà, garantie par son inaccessibilité. La pêche au chalut, qui laboure les fonds jusqu’à 1 800 mètres, menace de destruction les épaves des grandes profondeurs. Et cela avant même que les archéologues aient eu le temps de les recenser et de les étudier, assure Michel L’Hour. Que faire ? Une fouille sous-marine nécessitant l’envoi de plongeurs et ces derniers ne pouvant travailler au-delà des 60 premiers mètres de la colonne d’eau [5], une solution est de parier sur les progrès de la robotique.

Tout le défi consiste à mettre au point des équipements légers, utilisables par des néophytes et à même de reproduire, dans les abysses, les gestes et les ressentis propres au travail d’archéologue, poursuit l’ancien patron du Drassm : C’est-à-dire, réussir à créer des machines non pas seulement conçues pour exécuter sans discernement des ordres comme ces robots à bras hydrauliques dont dispose l’industrie pétrolière, mais aussi capables d’adapter leurs efforts à la tâche de manipulation à accomplir afin d’éviter, par exemple, qu’elles endommagent les objets en les arrachant trop brusquement de la vase. En somme, conclut le marin, il faudrait inventer des avatars d’archéologues-plongeurs …

C’est cette voie de recherche que prétend incarner Ocean One, autour duquel s’affairent, depuis 9 heures ce 9 février, deux étudiants de Stanford, Wesley Yuan Guo et Hadrien Piedra, et un groupe de roboticiens venus de Toscane. Membres de l’Institut italien de technologie et de l’université de Pise, ces derniers sont occupés à calibrer une main artificielle qu’ils ont fixée à l’extrémité du bras du robot. Carafes, tasses… divers ustensiles de cuisine, chipés au carré, sont présentés au prototype, dont certains, échappant à ses cinq doigts et à ses deux arcs palmaires réunis par vingt et une articulations, sautent, rebondissent et finissent par-dessus bord, au désespoir de Nicolas Stern, le cuistot.

Censé pouvoir, une fois actionné, s’adapter automatiquement à la forme des objets pour les saisir, cet étonnant dispositif rappelant La Chose, l’inquiétante créature de La Famille Addams, doit aider Ocean One à récupérer des artefacts sur les restes de l’épave Aleria 1 lors de la prochaine plongée. Cette dernière s’annonce spectaculaire. La responsable d’opération, Franca Cibecchini, du Drassm, n’a-t-elle pas indiqué, lors d’un briefing, que la cargaison de céramique et de verrerie de cette épave, découverte en 2012 par 334 mètres de fond aux environs d’Aléria, est dans un état de conservation exceptionnel ? Si Ocean One parvenait à remonter ne serait-ce que la petite lampe à huile à deux becs et à réflecteur en triangle qui a été repérée sur les diagrammes photogrammétriques, il participerait à une jolie découverte, avait alors rêvé tout haut cette spécialiste du commerce antique méditerranéen… On n’en est pas encore là. Pour l’heure, l’équipage s’active pour mettre à l’eau les divers instruments. 

Le Drassm a consacré ses moyens techniques les plus récents à cette campagne hors normes, maintes fois retardée, et qui a finalement dû être tronçonnée en deux. Outre son petit robot sous-marin (ROV) Hilarion, qui a été poussé jusqu’à ses ultimes limites en matière de résistance aux pressions des profondeurs, l’institution dépendant du ministère de la culture et de la communication a mobilisé l’Alfred-Merlin. Ce bâtiment entré en service en juillet 2021 est le seul de sa flotte de catégorie 1, c’est-à-dire à même de traverser l’océan pour rallier l’outre-mer. Le tout nouveau ROV ultraléger Arthur, conçu par Vincent Creuze, enseignant-chercheur au Lirmm, dont il est équipé travaille jusqu’à 2 500 mètres, et a participé à l’ultime plongée par 852 mètres de fonds d’Ocean One. Le garage de ce dernier (une sorte d’ascenseur relié à la surface par des câbles électriques et des fibres optiques, dans lequel il descend et remonte grâce à un treuil placé sur le pont du navire) peut servir de relais pour l’alimentation en énergie et les communications d’autres robots. Trente-cinq mètres d’ombilicaux reliaient Ocean One à ce système durant les opérations.

À ces niveaux de profondeur, l’obscurité est totale. Et au début, seul le sillon du chalut qui a traversé l’épave et dispersé sa cargaison est visible sous le faisceau des phares. Quand soudain, comme sortie tout droit d’un rêve d’Atlantide et de cités perdues, la nef antique apparaît. Des dizaines, peut-être des centaines de lampes à huile, de céramiques fines, de pelves (sortes de mortiers) et d’amphores sont répandus sur le fond, formant des amoncellements couverts de poissons multicolores et de langoustines. 

Ocean One a entamé sa descente, suivi de près par le garage. Entièrement remanié pour lui permettre de résister aux pressions jusqu’à 1 000 mètres de profondeur, l’humanoïde est le dernier avatar du champ de la compliant robotics (ou robotique élastique). Il peut, sur la base des informations envoyées par des capteurs de force placés au niveau de ses articulations, planifier ses mouvements en recourant à des stratégies extraites de l’observation de l’organisme humain en action, explique, tout en se préparant, Oussama Khatib, natif de Syrie, qui fut aussi élève à l’école Supaéro de Toulouse. Résultat : la machine adapte automatiquement ses efforts et ses dépenses d’énergie à la tâche à accomplir, ce qui lui confère à la fois souplesse et dextérité. L’engin sait aussi coordonner les déplacements de ses bras et de son corps pour naviguer avec efficacité, et peut restituer à distance à son opérateur certaines sensations tactiles, comme celles créées dans les mains et le long des membres supérieurs par la manipulation d’un objet.

Le tournoiement des crevettes roses crée des traînées lumineuses qui parasitent l’image 3D occupée en son centre par la main aux cinq doigts écartés d’Ocean One. Initialement, le plan prévoyait que le robot rallie une zone dégagée plus apte aux récupérations. Mais l’engin, dont l’un des huit propulseurs s’est brusquement arrêté, peine à compenser les mouvements qui le déportent systématiquement vers la droite. Renonçant à aller plus loin, Oussama Khatib décide de jouer son va-tout : il ordonne au robot de s’emparer d’une des pièces proches. En vain. Trop vite déportée par la poussée des moteurs déréglés, la main n’atteint pas la cible à temps : elle fouille au mauvais endroit et soulève des nuages de vase qui obscurcissent la vue des caméras. Une fois, deux fois… chaque tentative se solde par un échec. Enfin, au terme d’un bon quart d’heure de grattage de surface plus ou moins hasardeux, Ocean One parvient à empoigner une poterie.

Victoire ? Pas si vite ! Il faut encore déposer l’objet dans le panier d’Hilarion. Guidé par les images du garage, qui observe la scène en surplomb, le ROV s’approche de l’humanoïde déséquilibré, au risque d’y emmêler ses ombilicaux, et se positionne sous le bras qui… lâche l’artefact ! De quoi s’agissait-il ? On ne le saura jamais. Stéphane Denis, le plongeur du Drassm, n’a rien trouvé dans la boîte à échantillons remontée. Jalouse et souveraine, la mer n’a pas voulu, ce jour-là, livrer aux hommes d’avenir les secrets des civilisations du passé…

Jusqu’à – 100, on ne peut pas dire qu’Ocean One soit très convaincant : performances très limitées et aléatoires : l’homme reste sans conteste nettement plus performant. Pourquoi dès lors ce choix de s’en passer ? Pas pour les performances techniques, mais très probablement pour des considérations purement financières : l’intervention de plongeurs coûte beaucoup plus cher : décompressions, durées beaucoup plus longues etc…

22 02 2022 

À Dubaï, on inaugure le Musée du futur, du cabinet Lilla Design. Les économies d’énergie ne sont pas au programme. En service la langue de bois du futur, pour laquelle, très confortablement, rêve et réalité peuvent être mixées tout à loisir. Et l’on ne s’en prive pas.

Le Musée du futur, à Dubaï.

Les géomètres diront que c’est un tore, les bijoutiers un anneau en équilibre sur la tranche, les pâtissiers un beignet, les cyclistes une chambre à air et les architectes tout simplement une prouesse. Conçu par le cabinet Killa Design, à Dubaï, ce bâtiment à structure métallique, sans squelette de béton, interloque tant par sa forme que par sa surface uniformément convexe, ciselée de trois immenses citations de l’émir sur le futur, en calligraphie arabe. Chaque caractère est une fenêtre dans cette façade toroïdale, elle-même composée de un millier de pièces uniques en acier inoxydable fabriquées par des robots. 77 mètres de haut.

24 02 2022           5 h 05′

Depuis vingt ans, à part Gerhard Schröder, ancien chancelier d’Allemagne,  président de Nord Stream et de Rosneft, deux sociétés russes, et son grand copain Jean-Claude Killy] [3] on savait Vladimir Poutine  cynique, mais le voilà devenu paranoïaque : il envahit l’Ukraine pour la réintégrer dans le giron russe [4]. 76 ans après la fin de la seconde guerre mondiale, la guerre sévit à nouveau en Europe, avec son cortège d’horreurs : des civils bombardés, leurs corps balancés dans des trous en charniers de centaines de personnes, les silos de blé pillés pour repartir en train, en camion en Russie etc etc… Et toutes nos classes de jouer les vertus outragées, mais quand le même Poutine avait envahi la Crimée, quelques années plus tôt, qui avait dit, fait quelque chose ? Personne. Au 21 février 2022, l’exportation de gaz et de pétrole rapporte 600 millions $/jour à la Russie. Un seul missile Patriot made in USA coute 3 millions $.  Allumons chacun notre lumière pour que la lumière l’emporte sur les ténèbres.

Économiquement, ce conflit va avoir des conséquences catastrophiques pour la France. Le robinet du gaz russe, qui arrive en Occident par Nordstream I et II, va se fermer pour l’Allemagne qui, ayant choisi de se passer du nucléaire, va impérativement avoir besoin de gaz, et donc, va l’acheter à n’importe quel prix, partout dans le monde, sauf en Russie. Le gaz est devenu un produit parfaitement spéculatif. Or, depuis la loi NOME, le prix de l’électricité en France est couplé à celui du gaz, et donc, une augmentation du prix du gaz entraine de facto celle de l’électricité qui va être multiplié à compter du 1° janvier 2023, par 4, et parfois jusqu’à 6… de quoi envoyer au tapis entre 150 000 et 300 000 entreprises ! Et les entreprises qui n’auront pas fait faillite, iront voir ailleurs : le prix de l’énergie est quatre fois moins élevé aux États-Unis qu’en Europe.

La puissance de l’industrie allemande est trois fois plus importante que celle de la France, qui a laissé son pays se désindustrialiser ces vingt dernières années, remplaçant le raisonnement par l’incantation en affirmant qu’on allait consommer de moins en moins d’énergie, et donc que l’on pouvait se permettre de fermer la centrale de Fessenheim et quelques autre sources d’énergie fossile, réduisant la consommation de 13 Gw sur les dix dernières années. Ce choix était à l’opposé de toute analyse un tant soit peu rigoureuse, lesquelles assurent que plus ça va, plus on consommera d’électricité. On s’est laissé envahir par les panneaux solaires chinois, subventionnée à outrance, ce qui a laminé en quatre ans nos fabricants de ce produit. L’industrie française représente 20 % de la consommation énergétique. N’allons pas croire qu’un pays sans ressources minières et énergétiques ne peut pas se développer : la Corée du Sud en est le contrexemple, qui, en 1950 était un des pays les plus pauvres du monde. Cette désindustrialisation n’est pas inéluctable : il y a une très forte épargne en France : 5 500 milliards € qu’il suffirait d’orienter, avec l’inévitable prise de risque que cela représente, vers l’industrie.

Maroussia est une variante du prénom Marie.

*****

En mars 1999, un avion fait demi-tour au-dessus de l’Atlantique, au lieu d’atterrir comme prévu à Washington. À son bord se trouve un homme exaspéré : le premier ministre russe, Evgueni Primakov. Par téléphone satellite, il vient d’apprendre de la bouche du vice-président américain, Al Gore, que les États-Unis déclenchaient une campagne de frappes aériennes, sous étendard de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), en Serbie et au Kosovo. L’objectif – éviter des massacres contre la population albanaise de la province – importe plus que l’absence de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. La Russie de cette époque est très affaiblie, à l’image de la santé de son président, Boris Eltsine. L’été précédent, elle a connu un effondrement financier. Sa dette extérieure est vertigineuse. Elle ne pèse pas. Cet avion qui se détourne des côtes américaines est un coup d’éclat symbolique.

Evgueni Primakov voit plus loin. Depuis plusieurs années, il a défini une doctrine qui portera son nom en politique étrangère : elle vise à empêcher un monde unipolaire et une extension de l’OTAN, en privilégiant, notamment, un rapprochement avec la Chine. Il s’agit de relever la Russie. Académicien, orientaliste, Primakov est né à Kiev. Ancien patron des services de renseignement extérieurs, il ne conduira pas ce programme à bien. En août, après l’intermède Sergueï Stepachine, c’est le patron du FSB, les services intérieurs, qui lui succède. Vladimir Poutine est un homme maigre au teint de craie, inconnu du grand public. Un quatrième premier ministre en dix-sept mois, que personne n’imagine durable.

Pourtant, les événements s’accélèrent. Attentats contre des immeubles civils en Russie, début de la seconde guerre de Tchétchénie… Boris Eltsine démissionne pour le Nouvel An et cède la place à Poutine. Les débuts sont plutôt constructifs. Les relations avec l’OTAN sont rétablies. En juin 2001, le président George W. Bush rencontre son homologue russe en Slovénie. Il le regarde dans le fond des yeux, et il dit y voir son âme. Une chance rare.

A 67 mètres de profondeur, l’épave d’un avion Beechcraft Baron F-GDPV, près de Théoule-sur-Mer (Alpes-Maritimes), le 16 février 2022.

Le 16 juin 2001, à Ljubljana en Slovénie, première rencontre entre le président américain, George W. Bush, et Vladimir Poutine, devenu président de Russie un an plus tôt. TIM SLOAN/AFP

Vingt et un ans plus tard, fin février 2022, Vladimir Poutine rappelle à l’Europe ce qu’est une guerre en son sein. L’armée russe suréquipée est le bras d’une mission : il s’agit de détruire l’Ukraine comme réalité et projet, de pulvériser ses rêves d’émancipation et de renvoyer l’Amérique à ses vertiges. Face à l’énormité de l’offensive, les explications s’entrechoquent, témoignant avant tout de notre incapacité collective à trouver un sens à cette entreprise dévastatrice. Pourtant, l’histoire de ces vingt dernières années, dans les relations bilatérales entre les États-Unis et la Russie, est riche d’enseignements. Elle n’est pas un arrière-plan, mais le socle même sur lequel l’Ukraine est suppliciée. Elle raconte comment les incompréhensions ont nourri une amertume, puis une hostilité. Comment Vladimir Poutine, confronté à cinq présidents américains, a conduit son pays à devenir un paria du monde.

Le pouvoir russe s’est forgé plusieurs convictions, au fil de ces deux décennies. La première concerne l’hypocrisie de l’Occident, qui violerait les principes de droit qu’elle veut imposer à Moscou. La guerre au Kosovo et la mort de Kadhafi en Libye – qui aurait profondément marqué Poutine – en sont deux bornes. D’où un sentiment de trahison et un syndrome de la citadelle assiégée, alimentés par l’extension de l’OTAN et les révolutions de couleur dans la périphérie russe, attribuées au bras long américain. Comme si les peuples ne disposaient pas de leur propre autonomie et ne pouvaient être que le jouet de puissances extérieures. La seconde conviction est l’affaissement historique de la puissance américaine, épuisée par ses divisions internes et par ses aventures militaires au Moyen-Orient. La troisième conviction, enfin, est déduite des précédentes. Dans ce nouveau monde éclaté du XXI° siècle, l’audace proactive, la force brute, le fait accompli territorial offrent un avantage décisif, bien supérieur aux sanctions en retour, au coût de ces opérations ou à l’opprobre suscité. L’usage de la violence n’est plus seulement un moyen, mais un but en soi, l’expression d’une capacité de projection, d’une ambition.

Sur le plan intérieur, la violence sert à réprimer toute contestation et à dissuader toute coagulation des mécontentements. Il en va ainsi en Russie depuis vingt ans : la stabilité est la base du contrat social, et le chantage une garantie. Les élites gavées par la corruption et les relations privilégiées sont sommées d’être loyales, sous peine de déchéance. Sur le plan extérieur, la violence permet d’avancer sur la mappemonde, d’affaiblir l’adversaire. Ce système se nourrit de rivalités, et peu importe qu’elles soient réelles ou imaginaires. Le bien et le mal, la vérité et le mensonge, sont devenus, au fil des ans, des catégories jugées surannées, oripeaux des vulnérables, de ces démocraties libérales abhorrées. Une erreur d’appréciation énorme, au vu de la mobilisation de l’Occident depuis le début de l’offensive russe en Ukraine. Cette erreur traduit moins l’existence d’un grand dessein à Moscou, d’un fantasme géopolitique comme la reconstitution d’un empire russe ou néosoviétique, que d’un appétit croissant, insatiable, à la fois opportuniste et dogmatique, de revanche. 

Eté 2001. Vladimir Poutine est président depuis six mois. On apprend à le connaître. Lors d’une conférence de presse remarquée, il affirme que la Russie ne voit pas l’OTAN comme une organisation hostile. Poutine envisage même l’hypothèse d’une adhésion de son pays à l’Alliance, ou une participation active aux délibérations. Il ajoute cependant, dans l’éventualité où l’OTAN tournerait le dos à Moscou : Nous continuerons à nous défier les uns des autres, même si je pense que chacun comprend à présent que la Russie ne menace personne

Deux semaines ont passé depuis les attentats islamistes contre le World Trade Center et le Pentagone, aux États-Unis. Le président russe a été le premier dirigeant étranger à appeler George W. Bush pour manifester sa solidarité. La Russie dessine un front commun, de la Tchétchénie à Al-Qaïda, contre les djihadistes. Elle joue un rôle-clé dans la constitution d’une coalition internationale. Devant les députés allemands, Poutine se prétend de son époque : Nous ne nous sommes pas libérés de stéréotypes et de clichés issus de la guerre froide. Mais la guerre froide est terminée, devant le Bundestag, en septembre 2001

À l’intérieur, la Russie durcit ses traits. La seconde guerre en Tchétchénie, commencée à l’automne 1999, est une litanie de massacres et de crimes de guerre. Grozny est rasée. Une prise d’otages à Moscou dans le Théâtre Doubrovka perpétrée par un commando islamiste tchétchène, en octobre 2002, s’achève avec l’emploi d’un gaz mortel par les forces russes. Quelque cent trente otages périssent avec les terroristes. Enfin, en octobre 2003, Mikhaïl Khodorkovski est arrêté. Le patron du groupe pétrolier Ioukos passera dix ans en prison, pour n’avoir pas compris les nouvelles règles du jeu entre le pouvoir et les oligarques, imposées par Poutine. Quelques semaines plus tard, c’est la révolution des roses en Géorgie. Mikheïl Saakachvili, jeune réformateur atlantiste, devient président. L’idée d’une entreprise d’encerclement et de déstabilisation occidentale s’installe au Kremlin.

La défiance contre les États-Unis est renforcée par la guerre d’Irak, engagée en mars 2003. George W. Bush et les néoconservateurs ont bâti cette aventure militaire, si coûteuse en vies et en fonds, si catastrophique pour les équilibres régionaux, sur la base de mensonges d’État. L’invention d’armes de destruction massive supposément aux mains de Saddam Hussein ne porte pas seulement atteinte à la crédibilité américaine, elle offre au Kremlin la certitude que les forts définissent leur vérité, au lieu de la respecter. Mais Poutine ne tire pas encore toutes les conséquences de cette révélation. L’heure est à la consolidation intérieure. Le pétrole et le gaz vont la faciliter.

En mars 2004, sept nouveaux pays intègrent l’OTAN (Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie), confirmant l’extension de l’Alliance atlantique vers l’est, cinq ans après l’adhésion de la Hongrie, de la Pologne et de la République tchèque. La vocation historique de l’organisation, assurant une sécurité collective à ses membres, se double d’une sorte de visée politique, faite de démocratisation et d’ouverture. Le Kremlin est persuadé de l’existence d’une stratégie de conquête sournoise dans sa zone d’influence. Or, dans la psyché de l’élite au pouvoir, domine encore l’idée d’un rouski mir – un monde russe – dont Moscou serait le centre de gravité. Dans cette vue sans frontières, les États issus de la décomposition de l’URSS sont jugés artificiels. Des cabanes en bois.

Les événements en Ukraine attisent cette inquiétude. En novembre 2004, la révolution orange précipite dans la rue une foule nombreuse, protestant contre l’élection truquée de Viktor Ianoukovitch. C’est Viktor Iouchtchenko, empoisonné quelques mois plus tôt et perçu comme hostile à l’influence russe, qui prend la tête de l’État. Il n’existe pas alors en Ukraine de projet nettement articulé et populaire d’ancrage à l’ouest.

À Washington, on considère encore Vladimir Poutine comme un partenaire, certes difficile mais utile dans certains dossiers. En l’accueillant à la Maison Blanche en novembre 2005, George W. Bush déclare : Je vous apprécie beaucoup, ainsi que votre compréhension de cette guerre contre le terrorisme. Nous comprenons aussi que nous devons œuvrer à arrêter la prolifération des armes de destruction massive. Les priorités sont claires. La Russie n’en fait pas partie, mais peut contribuer.

En octobre 2006, l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa à Moscou, puis l’empoisonnement mortel au polonium, fin novembre à Londres, de l’ancien agent russe Alexandre Litvinenko envoient un message en retour : celui d’une impunité de la violence qui s’installe en Russie, dans l’appareil répressif. Vladimir Poutine affirme que la mort de Litvinenko est utilisée comme une provocation politique par les Européens. La rhétorique s’aiguise. Déni, complot, repli. La volonté américaine de déployer des éléments de défense antiaérienne en Europe orientale – non dirigés contre la Russie, officiellement – est perçue par le Kremlin comme un nouveau signe de duplicité. D’autant que ses propositions d’arrangements stratégiques bilatéraux avec les Américains sont rejetées.

Fin 2007, la Russie suspend sa participation au traité sur les forces armées conventionnelles en Europe (FCE). Elle considère les paramètres du texte comme étant dépassés, trop restrictifs, hérités de la guerre froide. Lors d’une intervention à la conférence de Munich sur la sécurité, en février, Vladimir Poutine avait tenu le discours le plus critique envers Washington jamais prononcé depuis l’écroulement de l’URSS. Il dénonçait l’existence d’un monde d’un seul maître, et son hyper-usage de la force dans les relations internationales.

Les trois premiers mois de l’année 2008 vont constituer un virage fondamental dans les relations entre les deux puissances. Le premier événement est la proclamation d’indépendance du Kosovo, rejetée par Moscou. Il faut relire attentivement les propos tenus alors par Vladimir Poutine. Celui-ci dénonce un terrible précédent qui va faire exploser de facto le système des relations internationales, non pas pour des décennies mais des siècles. Le président russe ajoute : En fin de compte, c’est un bâton à deux bouts, et le deuxième reviendra pour les frapper au visage. Message aux dirigeants occidentaux. Ces derniers mettent ça sur le compte de l’hostilité traditionnelle de la Russie à la guerre au Kosovo. Ils ont tort. Et commettent une autre erreur.

Vladimir Poutine est invité à Bucarest, début avril, pour participer au conseil OTAN-Russie, après le sommet de l’Alliance. À cette occasion, le communiqué final formule une promesse : la Géorgie et l’Ukraine sont vouées, un jour, à rejoindre l’OTAN. C’est un compromis vague aux yeux des membres, une façon de reporter la question à plus tard, sans calendrier. Pour Moscou, c’est une ligne rouge. Ne prétendant pas à un droit de veto, Vladimir Poutine estime néanmoins que la Russie défend légitimement ses intérêts en Ukraine, en raison de la vaste population russophone. Rouski mir… Il parle d’un État très compliqué. Quelques semaines plus tard, il cède sa place au Kremlin à Dmitri Medvedev et devient son premier ministre. L’espoir d’une ouverture en Russie s’esquisse. Il fera long feu.

Début août, l’armée russe intervient en soutien des deux régions séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, contre la Géorgie. Déjà, les autorités russes prétendent qu’un génocide est commis contre les populations de ces régions et instrumentalisent un principe validé au Conseil de sécurité, celui de la responsabilité de protéger. La guerre ne dure que quatre jours. À son issue, après l’intervention en urgence de Nicolas Sarkozy, alors président en exercice de l’Union européenne, comme médiateur, la Géorgie a perdu 20 % de son territoire. Malgré le mauvais état de l’armée russe et la taille très modeste de l’adversaire, cette guerre remportée change la donne sur un plan psychologique et politique. La Russie n’est pas condamnée à subir, à être sur la défensive. La transgression devient un nectar.

L’élection de Barack Obama, aux États-Unis, fait croire à la possibilité d’un rapprochement. Washington émet l’idée d’un reset, une relance des relations bilatérales. Moscou propose de discuter de sécurité dans l’espace européen. En mars 2009, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton offre à son homologue Sergueï Lavrov un petit cadeau : un bouton rouge portant l’inscription reset en anglais et peregrouzka en russe. Formidable lapsus du traducteur. Le mot veut dire surcharge. Malgré cet impair protocolaire, la volonté de travailler ensemble se concrétisera par la signature du traité New Start sur la réduction des armes stratégiques, en avril 2010.

Mais les printemps arabes vont à nouveau faire passer un frisson à Moscou, cette année-là. Des peuples se révoltent contre des potentats, en faveur d’élections libres et de droits civiques pleins. En Syrie, la répression s’abat sur les manifestants pacifiques. En Libye, la population de Benghazi est menacée par l’armée de Kadhafi. En mars 2011, à la surprise générale, la Russie s’abstient au Conseil de sécurité de l’ONU lors d’un vote sur une résolution autorisant toutes les mesures nécessaires pour aider la population civile libyenne. L’OTAN va prendre les rênes d’une opération militaire.

Pour Moscou, il s’agit d’un dépassement inacceptable de la résolution 1973. Poutine, pourtant simple premier ministre, se démarque de Medvedev et semble le critiquer en creux pour sa faible vigilance. Tout cela me fait penser à l’appel aux croisades à l’époque du Moyen Age, dit-il, visant les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. La mort de Kadhafi sera pour lui le symbole absolu de l’impunité occidentale, dont il dénoncera le rôle direct, en raison de l’usage de drones contre le convoi du chef libyen. Cette intervention militaire de l’OTAN en Libye fera l’objet, comme la guerre américaine en Irak, d’innombrables rappels par le dirigeant russe, au cours des années suivantes, pour dévitaliser toutes les critiques à son endroit.

En décembre 2011, de grandes manifestations ont lieu dans les villes russes contre les fraudes constatées lors des élections législatives. Le spectre des révolutions de couleur laisse ses empreintes dans la neige moscovite. Le pouvoir se crispe, la paranoïa s’accentue. Vladimir Poutine accuse Hillary Clinton d’avoir donné le signal aux manifestants, en parlant de fraudes. En mars, il redevient président du pays. Avant son entrée en fonction, deux mois plus tard, la contestation s’intensifie dans les grandes villes, surtout dans la capitale. La main de l’État s’abat comme jamais. Le régime vire vers la répression assumée. Le lien entre la politique étrangère, pleine d’amertume et d’esprit de revanche, et la ligne intérieure autoritaire saute aux yeux. Pourtant, les Occidentaux auront longtemps le tort de les distinguer. De même que le Kremlin rejette toute critique sur les arrestations d’opposants, il dédouane et couvre Bachar Al-Assad en Syrie. La Russie n’accepte plus de normes communes. Pas question de permettre une répétition du sort réservé à Kadhafi.

Le 20 août 2012, devant la presse, Barack Obama qualifie l’usage d’armes chimiques par le régime Assad contre sa propre population de ligne rouge, une expression que la Maison Blanche assumera par la suite. Un an plus tard, l’usage de gaz sarin est confirmé par les services américains dans un massacre à grande échelle, près de Damas. Pourtant, à la stupéfaction générale, Barack Obama refuse de lancer une opération militaire en représailles. Il accepte l’offre russe de s’occuper du retrait des stocks d’armes chimiques du régime. Ce renoncement à une opération extérieure jugée trop risquée a fait l’effet d’une reddition américaine, d’un abandon de poste par le gendarme du monde. Moscou y a vu un aveu de faiblesse et une ouverture à saisir. Comme si les plateaux de la balance se rééquilibraient, enfin.

Lors de la conférence annuelle du Club Valdaï – un forum sur la place de la Russie dans le monde –, deux semaines plus tard, Vladimir Poutine évoque ses propres lignes rouges que sont la souveraineté de la Russie, l’indépendance et l’intégrité territoriale. Il affirme aussi que l’Union économique eurasienne, censée séduire les pays voisins, est une priorité absolue. La sphère d’influence russe doit être consolidée. Or, l’Ukraine, conduite par le président Viktor Ianoukovitch, compte signer un accord d’association avec l’Union européenne, fin novembre 2013. Moscou exerce une énorme pression sur le dirigeant, en recourant au chantage au gaz, une pratique récurrente pendant ces années. Ianoukovitch fait volte-face. Fureur de la partie pro-européenne de la société, qui sort une nouvelle fois dans la rue.

La révolution de Maïdan, la place centrale de Kiev, commence. Elle va se conclure en février 2014 par un bain de sang et la fuite du président. Parmi les diplomates qui visitent la place se trouve, notamment, Victoria Nuland, la secrétaire d’État adjointe américaine. Les photographes la saisissent lorsqu’elle distribue du pain aux manifestants. Une sorte de métaphore, pour Moscou, du complot américain, de sa volonté de détacher l’Ukraine de la Russie, de la convertir. Le mot n’est pas usurpé, tant la dimension culturelle et religieuse importe.

La débâcle de Ianoukovitch, pour Poutine, est une réplique, certes moins sanglante mais à sa fenêtre, de la mort de Kadhafi. Un coup illégitime, fomenté de l’extérieur. Les manifestants sont dépeints en nazis. Pas question de subir. Prenant de court l’OTAN et les États-Unis, la Russie s’empare facilement de la Crimée, péninsule cédée à l’Ukraine sous Khrouchtchev, peuplée majoritairement de Russes. Les Jeux olympiques de Sotchi ont pris fin. Près de 15 000 hommes sont déployés sans le revendiquer, et sans affrontements réels avec l’armée ukrainienne. Moscou vient de piétiner le droit international et ses propres engagements vis-à-vis de l’Ukraine, au regard du mémorandum de Budapest (1994) : Kiev avait alors abandonné son arsenal nucléaire en échange de garanties sur sa sécurité. Dans la foulée, un référendum est organisé, la Crimée annexée. Vladimir Poutine se réjouit de son retour au port natal. Une sorte d’euphorie, d’ivresse nationaliste, relayée par les médias d’État, s’empare de la majorité des Russes. Une affaire de fierté retrouvée.

Le président russe, lui, se montre très émotionnel dans ses remarques, au-delà de la simple rhétorique de justification. Il exprime tout son ressentiment contre l’Occident et l’Amérique. Ils nous ont trompés encore et encore, ils ont pris des décisions dans notre dos, dit-il. Poutine cite notamment l’expansion de l’OTAN vers l’est, qu’il juge contraire aux promesses orales faites à Mikhaïl Gorbatchev, et le déploiement d’infrastructures militaires aux frontières de son pays. Il rappelle, évidemment, le Kosovo et l’épisode libyen, et remonte l’histoire, siècle après siècle, appelant Kiev la mère de toutes les villes russes. Celui qui dénonçait les croisades de l’Occident semble s’en inspirer, par effet miroir.

Après la stupeur initiale, Américains et Européens réagissent. Mais ils ont subi toute la séquence et le rouleau compresseur de la désinformation russe, et laissent s’installer dans le Donbass ukrainien un mouvement séparatiste instrumentalisé par Moscou. Les sanctions économiques décidées ne sont pas massives et paraissent trop échelonnées. Elles s’intensifient en juillet, lorsqu’un Boeing de la Malaysia Airlines est abattu par un missile tiré par les séparatistes. Joe Biden, alors vice-président, en conservera un souvenir cuisant. Ces derniers mois, toute la stratégie de son administration face à la menace russe s’est bâtie en opposition avec les choix faits sous Obama : anticipation, dénonciation publique, sanctions à portée de main.

Le 5 septembre 2014 sont signés les accords de Minsk, visant à normaliser la situation dans le Donbass. La Russie a réussi à s’imposer avec duplicité : fausse médiatrice, elle déploie les séparatistes comme un marionnettiste. L’Allemagne et la France vont s’employer à la tirer par la manche, pour la convaincre de baisser l’intensité du conflit. Il fera 14 000 morts au total. La Russie ne lâchera rien. Le Donbass est un instrument de déstabilisation à long terme de l’Ukraine, conçu pour la priver de tout espoir de normalisation. Paris et Berlin fermeront les yeux sur cette évidence, faute d’autre solution. Ils n’obtiendront pas grand-chose en échange.

Fin février 2015, l’ancien vice-premier ministre Boris Nemtsov, qui préparait un rapport sur l’implication russe dans le Donbass, est abattu à deux pas de la muraille du Kremlin. En mars, la Russie suspend ses activités dans le cadre du traité sur les forces armées conventionnelles en Europe (FCE), qui avait été signé entre les membres de l’OTAN [6] et ceux du pacte de Varsovie, en 1990. Un nouveau pilier du contrôle des armements s’écroule. Mais l’Amérique a besoin de la Russie dans un autre dossier multilatéral, les négociations sur le nucléaire iranien. Une priorité absolue pour l’administration Obama. Le Joint Comprehensive Plan of Action (JCPoA) est signé en juillet. Moscou apprécie cette séparation des dossiers, qui vire parfois à la schizophrénie. Les Américains mettront du temps à l’intégrer.

À la tribune des Nations unies, fin septembre 2015, Vladimir Poutine s’en prend, une nouvelle fois, à l’exportation des révolutions. Au lieu du triomphe de la démocratie et du progrès, on a eu la violence, la pauvreté et le désastre social, prétend-il. Quelques jours plus tard, la Russie s’engouffre dans le vide relatif laissé par les États-Unis au Moyen-Orient. Elle accentue son opération de sauvetage du régime Assad en Syrie. Avec l’Iran et son sous-traitant, le Hezbollah libanais, la Russie emploie ses capacités aériennes et des bombardements indiscriminés – crimes de guerre avérés, une nouvelle fois – pour favoriser la reconquête territoriale. La lutte contre le terrorisme n’est qu’un prétexte vite oublié. Cette capacité de projection dans un conflit lointain n’est pas seulement le fait de l’armée russe, mais aussi d’un groupe privé, lié au Kremlin : les mercenaires de Wagner. Ses métastases vont se répandre dans des pays africains, par la suite. Et puis, il y a le champ cyber, où la Russie avance masquée.

En juin 2016, la campagne présidentielle bat son plein aux États-Unis. On apprend alors que les serveurs du Comité national démocrate ont été piratés. Les soupçons se portent sur des hackeurs russes. Le 22 juillet, trois jours avant l’ouverture de la convention démocrate qui désignera Hillary Clinton comme candidate, le site WikiLeaks publie près de 20 000 courriels internes. Ils montrent, notamment, que les cadres du parti ont voulu favoriser l’ancienne secrétaire d’État par rapport à Bernie Sanders. Au cours des mois suivants, qui vont conduire à la victoire de Donald Trump, la communauté du renseignement acquiert la conviction que la Russie a lancé une déstabilisation à fronts multiples pour que le milliardaire devienne président. Il reste difficile, à ce jour, de mesurer avec exactitude le rôle que Moscou a joué en faveur de Donald Trump, dont la victoire répond surtout à des ressorts sociaux et économiques intérieurs.

En raison de la suspicion permanente qui pèse sur le nouveau président dans ses rapports avec Moscou, rien de constructif ne se produit dans la relation bilatérale. Au contraire. Les listes des sanctions contre la Russie – ses personnalités et ses entreprises – s’étoffent. En février 2018, dans sa revue de posture nucléaire, l’administration américaine note que la Russie considère les États-Unis et l’OTAN comme les principales menaces pour ses ambitions géopolitiques contemporaines. Quelques semaines plus tard, à Salisbury (Grande-Bretagne), l’ancien agent double Sergueï Skripal est victime d’un empoisonnement avec un neurotoxique, le Novitchok. Le choc est puissant en Europe, le sentiment d’impunité habite les services russes. Le déni de Moscou est total, tandis que les expulsions de diplomates se multiplient, de part et d’autre.

En juillet 2018, le procureur spécial Robert Mueller accuse treize membres des services de renseignement russes (GRU) du piratage des serveurs démocrates. Quelques jours plus tard, Donald Trump et Vladimir Poutine se retrouvent à Helsinki, en tête à tête, sans témoins. Leur conférence de presse est lunaire. Le président américain lâche alors, au sujet des soupçons de ses propres services sur les ingérences russes : Le président Poutine dit que ce n’est pas la Russie. Je ne vois aucune raison pour laquelle ce serait elle

En juin 2019, Vladimir Poutine accorde un entretien au Financial Times :  La pensée libérale est devenue obsolète, lance-t-il, ne boudant pas son plaisir. L’intervention militaire en Syrie est une réussite, opérationnelle et politique. L’Europe se débat avec les répliques de la crise des migrants et la montée des populismes. Les États-Unis sont devenus un champ de bataille. Donald Trump néglige et humilie les alliés traditionnels de Washington et apprécie la compagnie des autocrates. Poutine pense en termes civilisationnels. Il croit à une décrépitude inéluctable de l’Occident, sur le plan de l’influence et des valeurs.

Le conflit dans le Donbass ukrainien est à moitié gelé. Il peut être réchauffé, si nécessaire. La Russie estime que Kiev ne remplit pas ses engagements, dans le cadre des accords de Minsk. Le sommet à Paris au format Normandie réunissant Russie, Ukraine, Allemagne et France, avec le nouveau président Volodymyr Zelensky, en décembre 2019, ne donne lieu qu’à de petits gestes symboliques. Sur le fond, Moscou voit plus grand, à l’échelle de l’histoire. Or, plus le temps passe, et plus Kiev semble s’ancrer à l’ouest. Les Américains, depuis 2014, ont lancé un vaste programme d’assistance sécuritaire, au profit de ce pays. Subir, c’est faiblir. Ainsi s’énonce le mantra de la Russie poutinienne.

En août 2020, l’opposant russe Alexeï Navalny est victime d’un empoisonnement avec un agent neurotoxique de type Novitchok. Un dramatique feuilleton commence alors autour de sa santé. Il finit par être évacué vers l’Allemagne. Non seulement Moscou nie la tentative d’assassinat, mais il s’enveloppe dans des mensonges épais. Le crime et son déni provoquent une prise de conscience, à Paris et à Berlin, hélas bien tardive. Oui, le Kremlin est prêt à tout lancer, ou tout couvrir, si cela sert ses intérêts.

La victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle américaine replace, face à Moscou, un interlocuteur démocrate classique, croyant dans les vertus du lien transatlantique. Poutine est-il un tueur ? demande-t-on à l’élu, à la télévision. Oui, je le crois. La rencontre entre les deux dirigeants à Genève, à la mi-juin, traduit néanmoins, croit-on alors, une volonté pragmatique d’avancer ensemble sur quelques sujets en commun.

Le nouvel élu à Washington ne jouit d’aucun état de grâce. L’assaut contre le Capitole par les partisans de Donald Trump, en janvier 2021, puis le retrait chaotique d’Afghanistan, en août, sont deux reflets puissants des vulnérabilités américaines. Bien reçues à Moscou, et non sans satisfaction. Ces images ont confirmé la grille de lecture géopolitique du Kremlin : la chute de l’Amérique offre des ouvertures aux puissances audacieuses. L’absence d’interactions directes entre dirigeants, en raison de la pandémie de Covid-19, solidifie les certitudes idéologiques. Face à une Amérique fracturée, affaiblie, dirigée par un président prévisible et âgé, l’appétit russe grandit, encore.

On a beaucoup prêté aux Russes une inventivité folle. Mais ce sont surtout les faiblesses européennes et américaines qui ont été criantes, marquées par un refus d’affronter de face les ambitions de Moscou. Quant à la propagande, l’usage éhonté du mensonge et de la manipulation, c’est le propre de tous les régimes autoritaires et dictatoriaux, qui se nourrissent de l’adversité réelle ou inventée pour raffermir leurs fondations. De même, on a beaucoup insisté sur l’arsenal balistique et nucléaire dont dispose la Russie, il est vrai inquiétant, à commencer par les missiles hypersoniques dernier cri. Mais l’opération en Ukraine laisse planer des doutes sur l’excellence de cette armée, sur le plan organisationnel.

Ces dernières années, c’est l’effacement de la distinction entre guerre et paix, la capacité des Russes à s’engager dans les zones grises, les interstices, qui ont longtemps déstabilisé les Occidentaux, perpétuellement sur la défensive. Ce n’est plus le cas. Le front commun des États-Unis et des Européens face à la guerre en Ukraine est d’une intensité, d’une vigueur sans précédent. Les sanctions qui frappent Moscou, inédites. La Russie rêvait de revanche historique. Elle est seule, isolée, menacée d’un effondrement économique. À sa tête se trouve un homme plein d’amertume et de mots acides, dont la paranoïa ne semble plus être un exercice rhétorique. Un homme de 69 ans qui avait promis à son peuple la stabilité et la renaissance et lui offre aujourd’hui une guerre injustifiable. Elle ressemble à une bombe posée sous son propre fauteuil. On ignore la longueur de la mèche.

Piotr Smolar, correspondant du Monde à Washington. Le Monde du 6 03 2022

Rendez-vous à l’évidence : Poutine croit qu’il est juste de nous tuer.

Lorsque je me suis réveillé ce jeudi matin-là [24 février], c’était la guerre en Ukraine et cela m’a fait un choc mais je n’éprouvais aucune surprise, plutôt la même chose qu’à la mort d’un proche après une longue maladie. La voie que suivrait un jour le maître de la kleptocratie kremlinienne était aussi prévisible que le sort d’un patient atteint d’un cancer du pancréas.

Nous autres Slovaques, nous savons exactement ce que cela signifie d’être libérés par nos frères slaves russes. Ils sont venus nous sauver de l’impérialisme en 1968, lorsque nous croyions naïvement que nous pouvions décider du sort de notre pays. S’ensuivirent deux décennies d’occupation. Quelques-uns d’entre nous se firent descendre alors que nous n’opposions aucune résistance. C’est là notre stratégie nationale millénaire de survie – nous ne combattons pas -, vous n’êtes pas obligés de tuer pour nous asservir. Les Russes nous tuaient, juste par principe. Que serait en effet une occupation sans meurtres ?

Si le régime soviétique ne s’était pas effondré, nous serions encore aujourd’hui sous occupation russe. Nous continuons à vivre avec ses conséquences mentales et culturelles. La société slovaque se divise en russophobes et russophiles, ce qui fait éclater les anciennes amitiés et les familles. Même trente ans après que le dernier soldat russe a quitté notre pays, nous n’avons pas réussi à extraire la propagande soviétique des cerveaux d’une bonne moitié de la population. Et c’est justement cela qui nous permet de toujours savoir la déchiffrer. Nous connaissons précisément le fond de la pensée de tout représentant du Kremlin, lorsqu’il ment. Nous savons qu’il ment parce qu’il remue les lèvres.

Commençons par le fait que l’Ukraine n’est pas l’objectif final de Vladimir Poutine. Ce n’est que son premier pas. Si nous ne l’arrêtons pas là, il s’en prendra aussi à nous. Cela lui prendrait un peu plus de temps d’atteindre Paris que Bratislava, mais soyez-en sûrs, lui aussi rêve de photos avec ses généraux et la tour Eiffel en arrière-plan. Cela paraît fou ? Sûr, c’est fou. Mais on pourrait un jour aisément trouver dans le dictionnaire cette définition de la stupidité suicidaire : ne pas prendre au sérieux un fou dangereux parce qu’il a des objectifs insensés.

En outre, Poutine n’est fou que si nous essayons de le mesurer à notre aune. Sinon, il n’est que le représentant particulièrement représentatif de la Russie. En témoignent les sondages selon lesquels sa popularité intérieure n’a pas baissé depuis le déclenchement de la guerre, mais a connu au contraire un net rebond. Et même auparavant, elle était à un niveau dont les leaders occidentaux les plus populaires n’auraient jamais osé rêver.

Le cerveau du Russe moyen mijote sans cesse dans une propagande d’État toxique qui lui serine que sa responsabilité historique est de sauver le monde, de protéger les valeurs traditionnelles contre la pourriture de l’aliénation démocratique et la tolérance débridée de l’Occident. L’Europe doit être punie et ramenée à la raison par la force, les États-Unis transformés en un désert calciné. Ce n’est pas Poutine qui parle ainsi, évidemment. Ce sont les idéologues et les propagandistes du Kremlin qui le disent pour lui dans les médias à la botte de l’État ; en Russie, il existe fort peu de médias indépendants et ils ont une très faible portée. Une majorité écrasante de la population se représente le monde en fonction d’une propagande messianique agressive.

La seule surprise réelle est que même Poutine a fini par croire à ses propres mensonges. À l’origine, il ne défendait aucune idéologie, seulement ses propres intérêts. Nombreux sont ceux qui ont pris cela pour un pragmatisme calculateur, rationnel et prévisible. Car à la différence d’un terroriste fanatique, on peut tout de même s’entendre avec un criminel, n’est-ce pas ?

Les souverains de la Russie ont toujours traité même leur propre pays comme un territoire ennemi conquis. Ils l’ont pillé sans scrupule, régnant sur le peuple par la terreur. D’Ivan le Terrible jusqu’à Poutine en passant par Staline, le mode de gouvernance n’a pas changé. Le servage y a été aboli au XIX° siècle, mais la mentalité servile n’y a pas disparu. La vie en Russie est un jeu dont le score est zéro. Si vous n’opprimez pas, vous êtes opprimé. Tout profit réalisé par autrui constitue votre perte. Celui qui n’est pas prêt à tout prendre n’aura rien.

La nouvelle élite kleptocrate de Poutine s’est fabuleusement enrichie en pillant l’État. Derrière chaque bien immobilier luxueux sur la Côte d’Azur, propriété d’un oligarque russe, il y a quelque part en Russie des gens qui sont morts prématurément dans la pauvreté, l’ignorance, sans service adéquat de santé ni aucune chance réelle d’améliorer leur statut. Les pelouses soigneusement entretenues des villas de luxe aux alentours de Cannes ou de Saint-Tropez sont arrosées avec des larmes, voire plus d’une fois avec du sang.

L’État n’a plus aucune ressource pour se développer. Les écoles, les hôpitaux, les routes et les habitations humaines en dehors de Moscou et Saint-Pétersbourg sont dans une situation comparable à ceux des régions arriérées d’Asie. La capacité de la Russie à produire quoi que ce soit de plus sophistiqué qu’un baril de pétrole brut est particulièrement bien illustrée par l’histoire de la limousine présidentielle de Poutine. Sa conception a demandé un investissement de 400 millions d’€, le dictateur s’en sert même parfois, mais on n’a jamais lancé sa fabrication en série. En la voyant, vous comprendrez pourquoi.

L’armée russe est dans le même état que le pays. Les généraux volent en grand, les sergents en petit et le simple soldat, s’il veut manger, vole la nourriture là où il peut parce que les commandants dérobent la nourriture des hommes par camions entiers. Il est pratiquement impossible de mener une guerre efficace avec une telle armée. Dans la mesure où vous ne disposez pas de l’arme nucléaire. Poutine en dispose. Nous reviendrons sur ce point.

L’erreur de Poutine est d’avoir cru à sa propre propagande, dont le but originel était de fournir aux Russes une sorte de succédané à la prospérité. Le dictateur ne se doute pas aujourd’hui de ce à quoi ressemble la Russie. Pas uniquement parce que cela fait bien dix ans qu’il n’a pas entendu le mot non. Cela fait bien dix ans qu’il n’entend que des informations qui n’altèrent pas son humeur : la Russie est-elle puissante ? La plus puissante. Et l’Occident ? Pourri, faible, incapable de vivre ! Notre mère la Russie peut-elle sauver le monde ? Elle le peut et le doit ! Comment ? Par la force des armes de son invincible armée ! Poutine vit dans un univers dont les règles ont été écrites par un J.R.R. Tolkien schizophrène et paranoïaque drogué à la métamphétamine. Il a fini par croire que son devoir est de détruire l’Occident et d’établir un nouvel ordre mondial. Il vient de commencer. Si nous ne voulons pas qu’il réussisse, nous devons l’arrêter. Maintenant.

Oui, ce sera dangereux. Poutine a des armes nucléaires. Il dit clairement qu’il les emploiera s’il le faut. Il ne menace pas, il ne fait pas de chantage. Il nous informe sans ambages que si nous nous opposons à lui il essaiera de nous tuer. L’usage de l’arme nucléaire n’est pour lui qu’un des moyens possibles d’y parvenir. Il ne le privilégie pas parce qu’il a conscience du coût que cela implique. Il serait obligé de perdre encore quelques millions de vies russes. Ce serait pour lui une décision relativement compliquée et douloureuse, tout comme de payer 400 millions d’€ pour une limousine affreuse et mauvaise. Le terme ressources humaines a somme toute en Russie une autre signification qu’en Europe. Les gens ne sont qu’une des ressources que le chef politique peut dépenser à sa guise. Les étrangers ne sont pas des ressources, mais des inconvénients dont il faut se débarrasser.

Ce jeudi matin-là nous nous sommes tous réveillés avec la guerre. Potentiellement la dernière que déclenchera notre espèce, nous devrions sûrement en être conscients. Nous n’avons pas choisi cette guerre. Nous ne l’avons pas commencée, nous ne la voulons pas, mais nous n’avons pas d’endroit où lui échapper. Elle viendra nous chercher. Poutine s’en prendra aussi à vous, parce qu’il le veut et le peut et qu’il croit que c’est juste.

La guerre est l’essence du mal. Nous pouvons y mourir. Nous serons peut-être nombreux à y mourir. Si nous refusons de nous y battre, alors ce sera la mort assurée.

Arpad Soltesz est directeur du Centre slovaque de journalisme d’investigation Jan-Kuciak et romancier. Le Monde du 10 mars 2022. Traduit du slovaque par Barbora Faure.

2 03 2022   

Yvan Colonna, le présumé assassin du Préfet Érignac, est tabassé dans la salle de sport de la prison d’Arles, pendant neuf minutes, sans que personne n’intervienne pour faire cesser l’agression. Il en mourra trois semaines plus tard. Le taux d’absentéisme du personnel de la prison est alors de 50 % ! Comment peut-on travailler normalement dans de pareilles conditions ?

15 03 2022   

Francis Kéré, architecte burkinabé installé à Berlin, reçoit le prix Pritzker, équivalent d’un Nobel pour l’architecture, des matériaux locaux, du bon sens à revendre, de l’élégance… Il reprend, en les adaptant au contexte du XXI° siècle, les deux ou trois principes essentiels mis en œuvre par les colons  de l’entre deux guerres : de l’ombre, du courant d’air, principes jetés à la poubelle à partir des années 70 par l’utilisation – par les riches – d’une climatisation ruineuse et énergivore.

Afficher l’image source

Ecole de Dano

Diébédo Francis Kéré : le premier Africain à remporter le plus grand prix d' architecture - BBC News Afrique

 

Afficher l’image source

Ecole primaire de Gando, Burkina Faso

10 04 2022

Jamais un premier tour d’élections présidentielles en France, n’aura été aussi freudien : une fille qui tue son père, un garçon qui épouse sa mère. Et tout ça ça fait d’excellents français.

15 04 2022   

La pandémie du Covid 19 aura mis en valeur l’incapacité radicale de la plupart des pays d’Afrique à gérer convenablement des stocks : le Kenya détruit 840 000 doses de vaccin Astra Zeneca, acheminés par Covax, faute de moyens logistiques pour les distribuer, faute de délai suffisants vu les dates de péremption qui se rapprochent, et même faute de demandeurs, car sont encore très nombreux ceux qui refusent la vaccination  etc … Le Kenya est le quatrième pays à procéder ainsi, après le Nigeria, Soudan du Sud, Malawi. Ainsi on aura vu tous ces pays se plaindre amèrement d’être les oubliés de la distribution des vaccins et, une fois ceux-ci reçus, ne pas savoir qu’en faire ! ! !

21 04 2022 

Au lendemain du débat Emmanuel Macron-Marine Le Pen, Anne Sophie Lapix, frustrée de ne pas avoir été choisie pour ce débat, selon le souhait exprimé par les deux candidats, reçoit à Antenne 2 Emmanuel Macron, avec des couteaux bien aiguisés sur ses notes, et à sa question : la solidarité à la source, le versement automatique des aides à ceux qui y ont droit, c’est une mesure sociale ou une mesure économique ? Emmanuel Macron lui renvoie un : Les deux mon général et enchaine aussitôt sur un fou-rire, à même d’entraîner l’ensemble des téléspectateurs. Anne-Sophie Lapix, qui se croyait jusqu’alors assise sur du granit, découvre, oh stupéfaction ! qu’elle est le cul par terre, sur ce qui reste d’un tas de sable qui vient de s’écrouler. Il est bien possible que ce gag énorme ait assuré le succès de sa réélection cinq jours plus tard. Mais, en rediffusion, nul ne pourra revoir le fou-rire : coupé, censuré par ces messieurs-dames les journalistes, comme chez Poutine…

24 04 2022 

Emmanuel Macron est réélu président de la République pour un second mandat avec 58.54 % des voix. Le phénomène Zemmour, fabriqué de toutes pièces par des médias qui sont allés jusqu’à lui attribuer un score supérieur à celui de Marine Le Pen, sur la base de sondages parfaitement bidons, explose en plein vol. Fini, lessivé l’agité du bocal qui n’avait aucun ancrage réel, tout juste bon à faire le buzz sur les plateaux télé. Pour les médias, c’est rien, juste un accident de parcours…. et maintenant autre chose… 

24 05 2022   

À Uvalde, au Texas, un adolescent de 18 ans tue 19 enfants, 2 adultes dans une école primaire. Il venait d’acheter ces armes sans aucune difficulté, quelques semaines plus tôt pour fêter ses 18 ans. Qu’il y ait des fous pour commettre des crimes, c’est une histoire qui remonte aux origines des temps… mais qu’une grande nation moderne, étendard de la démocratie, se refuse à tout prix à prendre les dispositions pour interdire cette vente libre des armes, et c’est d’une véritable pathologie collective qu’il s’agit qui demanderait une psychothérapie nationale, si cela pouvait exister.

27 05 2022 

Une Peugeot 307 SW, achetée neuve en 2006,  appartenant à Fabrice Gommé, habitant dans l’Oise à Fournival, près de Saint Just en Chausée, se dirige vers les siège de la marque, à Montbéliard : à l’arrivée, elle aura 1 000 000 – un million – de kilomètres ! Un splendide pied-de-nez aux contempteurs de la soi-disant obsolescence programmée. Moteur d’origine de 1.6 litres, 92 cv. Depuis 2006, cela fait une moyenne de 66666 km/an. Quelle publicité pour Peugeot ! Publicité certes, mais à double tranchant car il n’est pas du tout certain qu’actionnaires et dirigeants aient vu cela d’un bon œil : et si Fabrice Gommé faisait exemple et que le nombre de propriétaires poussant leur voiture à près d’un million de km, eh bien nous n’aurions plus qu’à ralentir les cadences de fabrication… et, pour finir, à gagner moins d’argent même si nous ne programmons aucune obsolescence ! 

29 05 2022 

François Gabart baptise son nouveau géant des mers SVR Lazartigue avec un record de la traversée de la Méditerranée, de Marseille à Tunis, en 13 h 55′ 37″. Il n’ a pas respecté une règle imposée par le règlement des Ultimes pour la Route du Rhum (une histoire de winch qui ne doit pas être à l’intérieur du bateau mais sur le pont) et quand viendra cette route du Rhum, en novembre 2022, il sera accepté par dérogation, mais l’affaire aura gonflé au point de semer une belle zizanie au sein des Ultimes.

EXCLUSIF - Laurent Blanc : "Avoir des responsabilités dans un club, ça m'intéresse"

Afficher l’image source

29 05  2022 

Finale de foot de la Ligue des champions Liverpool-Real de Madrid, au stade de France : malgré le déploiement de 7 000 policiers pour encadrer tout ça, c’est une ahurissante pagaille, avec brutalités policières etc…

Depuis longtemps, je fuis les foules. Je les évite. Je sais que tout ou presque est venu d’elles. Je veux dire le mauvais, la guerre, et tous les Kaserskwirs que celle-ci a ouvert dans les cerveaux de beaucoup d’hommes. Moi, je les ai vus les hommes à l’œuvre, lorsqu’ils savent qu’ils ne sont pas seuls, lorsqu’ils savent qu’ils peuvent se noyer, se dissoudre dans une masse faire de milliers de visages taillés à leur image. On peut toujours se dire que la faute incombe à celui qui les entraîne, les exhorte, les fait danser comme un orvet autour d’un bâton, et que les foules sont inconscientes de leurs gestes, de leur avenir, et de leur trajet. Cela est faux. La vérité, c’est que la foule est elle-même un monstre. Elle s’enfante, corps énorme composé de milliers d’autres corps conscients. Et je sais aussi qu’il n’y a pas de foules heureuses. Il n’y a pas de foules paisibles. Et même derrière les rires, les sourires, les musiques, les refrains, il y a du sang qui s’échauffe, du sang qui s’agite, qui tourne sur lui-même et se rend fou d’être ainsi bousculé et brassé dans son propre tourbillon.

Philippe Claudel. Le rapport de Brodeck. Stock. 2007

06 2022

On peut trouver dans le sud de la France des Anglais tellement bien intégrés qu’ils abandonnent toute la réserve habituellement attachée aux étrangers pour se livrer à un humour so british : ainsi, vu à Mirepoix, petite ville à l’est de Saint Gaudens, sous de magnifiques couverts, sur la devanture d’un magasin de jouets tenu par des Anglais : les enfants qui seront surpris hors de la surveillance de leurs parents seront aussitôt capturés et vendus au cirque. So british.

14 06 2022 

Le terrorisme sévit à Seytenga, dans le nord-est du Burkina Fasso : au moins 79 morts.

19 06 2022   

Le parti d’Emmanuel Macron remporte les élections législatives, avec une majorité relative mais surtout avec une très forte abstention : 53,77 %. Et la quasi totalité des journalistes, dans un splendide déni de réalité, parlent de lourde défaite du parti présidentiel, totalement incapables d’envisager que la France puisse se retrouver désormais dans la situation de la plupart des démocraties européennes qui, ma foi, s’en accommodent en pratiquant le compromis…. tellement contraire à la culture politique à la française.

22 06 2022   

Séisme en Afghanistan, au sud de Kaboul, près de la frontière avec le Pakistan,  – région de Paktika -, d’une magnitude de 5.9 : plus de 1 000 morts, 3 000 blessés.

Afficher l’image source

06 2022   

La France tient un nageur comme jamais : Léon Marchand, de Toulouse, qui s’entraîne en Arizona auprès du coach de Michaël Phelps, Bowman. Il rapporte des championnats du monde de Budapest, en Hongrie trois médailles : 2 en or – 400 m. 4 nages, 200 m. 4 nages et une en argent : 200 mètres dos. Il y a bien longtemps que la natation française n’avait sorti un tel phénomène.

Afficher l’image source

12 07 2022 

Le feu part dans la forêt des landes, qui va dévorer en 8 jours 20 900 ha, obligeant à évacuer 34 000 personnes, pour la plupart en vacances dans des campings.

Le camping La Forêt du Pilat, le 19 juillet 2022. Cinq campings situés au pied de la Dune du Pilat, à La-Teste-de-Buch, en Gironde, ont été détruits à 90% par le feu.

La dune du Pilat au 20 juillet 2022

2 08 2022

Il était un petit navire…

Le navigateur breton Yann Quénet est arrivé ce mardi 2 août au soir à Trébeurden (Côtes-d’Armor), bouclant ainsi un tour du monde de trois ans à bord d’un voilier d’à peine quatre mètres, Baluchon, conçu et construit par ses soins pour 4 000 €.

Après un soleil magnifique et une mer d’huile l’après-midi, le petit navire a fait son entrée vers 19 h 00 au port de Trébeurden dans une épaisse brume de chaleur. Son bateau amarré, Yann Quénet a mis pied à terre, pieds nus, après une dernière navigation depuis les Açores qu’il avait quittés le 12 juillet.

Interrogé sur la portée de son exploit sur une coque de noix, construite en 400 heures, sans moteur et dépourvue de communication avec la terre, il a relativisé la performance, expliquant : c’était un vieux rêve et j’ai réalisé mon rêve, avant d’aller rejoindre ses amis.

Avant de rejoindre son port d’attache, Saint-Brieuc, Yann Quénet devait recevoir mercredi la visite d’un autre grand marin, Olivier de Karsauson , rencontré durant son escale en Polynésie.

Parti au printemps 2019, le jeune quinquagénaire a traversé l’Atlantique, puis le Pacifique jusqu’aux îles Marquises. Après Tahiti et la Nouvelle-Calédonie, le marin avait prévu de faire escale en Nouvelle-Zélande et en Australie mais la pandémie en a décidé autrement : en raison de la fermeture des frontières, Baluchon a dû faire route directement de Nouméa jusqu’à la Réunion, soit 77 jours de mer, en longeant l’Australie par le nord.
Défi parmi les défis dans cette traversée au long cours : les réserves d’alimentation et surtout d’eau. À chaque départ, le cockpit était bordé de bidons d’eau au milieu desquels Yann Quénet trouvait juste la place de s’allonger. En l’absence de dessalinisateur, je me suis rationné à deux litres d’eau par jour, précisait-il en cours de voyage.

Huffpost du 6 08 2022

Le tour du monde avec mon Baluchon sortira en novembre 2022 au Cherche-Midi

Yann Quenet sur son Baluchon

Yann Quenet à bord de son Baluchon

13 08 2022

Le Monde est parvenu à interviewer les ministres de la Santé depuis vingt ans, et cela donne un bon tableau de la situation de la Santé publique

Tout notre système de santé est à bout de souffle. C’est lors de sa prise de fonctions, en juillet, que le nouveau ministre de la santé et ancien chef des urgences de l’hôpital de Metz-Thionville, François Braun a dressé ce constat alarmiste. La pénurie de médecins, d’infirmières et d’aides-soignantes a déjà provoqué, aux premiers jours de l’été, la fermeture ou le fonctionnement dégradé de plus de cent vingt services d’urgence dans le secteur public.

Pour remonter aux racines de cette crise profonde du système hospitalier, Le Monde a interrogé plusieurs des ministres de la santé qui se sont succédé au cours de ces vingt dernières années : Jean-François Mattei (2002-2004), Xavier Bertrand (2005-2007, puis 2010-2012), Philippe Bas (quelques mois en 2007, mais aussi ministre délégué à la Sécurité sociale de 2005 à 2007), Roselyne Bachelot (2007-2010), Marisol Touraine (2012-2017) et Agnès Buzyn (2017-2020). Nous leur avons demandé, si c’était à refaire, quelles réformes auraient dû être engagées ou au contraire amendées, pour éviter la crise actuelle. Tous ont un regard critique sur la politique de santé engagée depuis le tournant du XXI° siècle, mais souvent moins sévère sur leur propre bilan Avenue de Ségur.

La France estime dans les années 1970 qu’elle risque d’avoir trop de médecins. Un numerus clausus est alors mis en place pour limiter le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine, sans réelle évaluation des besoins en santé, en partant de l’hypothèse que plus il y a de médecins, plus il y a de prescripteurs et plus le déficit de la Sécurité sociale se creuse. Le monde médical y voit aussi son avantage : contenir le nombre de praticiens permet de limiter la concurrence et de garantir les revenus. La mesure conduit logiquement à un effondrement du nombre de médecins formés, avec une diminution de près de 60 % au milieu des années 1990.

Quand je suis arrivée au ministère en 2017, raconte l’ex-ministre de la santé Agnès Buzyn, je savais que le système de santé était en tension. La première chose que j’ai demandée à mes équipes a été de me montrer les projections démographiques. Quand j’ai vu les courbes, j’ai été paniquée. J’ai vu que les départs à la retraite projetés des médecins formés dans les années 1970 et le nombre de médecins formés faisaient une courbe en V, dans les dix ans à venir. Nous n’avions aucun moyen de maintenir le même nombre de médecins – déjà insuffisant en 2017 – sur le territoire.

Pour celle qui fut ministre sous Emmanuel Macron, il aurait fallu élargir plus tôt et plus largement le numerus clausus. Il a été desserré au début des années 2000, mais de façon trop progressive. On a perdu plus de quinze ans. En 2000, nous étions à 4 000 médecins formés par an, maintenant, avec son remplacement par le numerus apertus [les facultés fixent le nombre de places disponibles en deuxième année de médecine en lien avec l’agence régionale de santé], nous en sommes à 10 000-12 000. Nous aurions dû d’emblée changer la donne, parce que là, nous allons vivre des années horribles.

La responsabilité du numerus clausus dans la pénurie actuelle de médecins fait aujourd’hui consensus. C’était insensé, totalement absurde, lâche Jean-François Mattei, qui est arrivé au ministère de la santé en 2002. C’est moi qui ai amorcé sa remontée. Je suis celui qui a certainement le plus augmenté le numerus clausus, renchérit Xavier Bertrand, en dénonçant un raisonnement complètement technocratique, guidé par une logique imposée notamment par les comptables de Bercy. On a eu un vrai débat, poursuit-il, pour ne pas dire un combat, avec le ministère de l’enseignement supérieur, mais aussi avec les doyens des facultés, qui affirmaient que nous n’aurions pas forcément les capacités d’accueil pour les étudiants en médecine.

La responsabilité du numerus clausus dans la pénurie actuelle de médecins fait aujourd’hui consensus

Tandis que le nombre de médecins chute, la population française vieillit, et le besoin en soins liés aux maladies chroniques explose. Dans les années 1970, la plupart des malades avaient des maladies aiguës, des infections, des infarctus, des AVC, souligne Agnès Buzyn. On n’avait pas perçu à quel point les progrès thérapeutiques allaient permettre de prolonger la vie des gens, mais avec des maladies chroniques. On n’avait pas non plus perçu que le monde de la santé allait se féminiser considérablement et que l’aspiration des jeunes générations à avoir un équilibre vie professionnelle-vie familiale allait grandir. Aujourd’hui, les médecins veulent avoir des horaires décents, ajoute-t-elle. Or, les projections démographiques ne prenaient en compte que le nombre de médecins, et non pas le temps médical disponible. Sans compter que la population aspire à accéder très facilement aux soins, estime que c’est un droit. Tout ça n’a pas du tout été anticipé à cette échelle-là

En outre, si la France continue aujourd’hui de recruter des médecins étrangers pour compenser son manque de praticiens, l’ancienne ministre prévient que le besoin en infirmières et médecins a incroyablement augmenté dans le monde entier. L’OMS considère qu’il manquait 18 millions de soignants en 2020 et estime qu’il en manquera autour de 30 millions dans les années 2030-2040. Les choses s’aggravent.

En 2002, lorsque Jean-François Mattei, lui-même médecin, arrive au ministère, les urgences sont déjà à la peine. De plus, il a face à lui des généralistes qui ne veulent plus assumer une obligation de gardes, le soir et le week-end. La société changeait, ils voulaient pouvoir bénéficier de la soirée en famille et ils ne voulaient plus assurer la permanence des soins de façon obligatoire.Le ministre accepte moyennant des conditions  : Il ne s’agissait évidemment pas de dire aux médecins : Eh bien, maintenant faites ce que vous voulez, car la permanence des soins est un service public obligatoire, mais d’assurer cette permanence avec des volontaires.

Une cellule de concertation entre les syndicats médicaux, l’ordre national des médecins et les associations de médecins d’urgence comme SOS-Médecins est mise en place. Tous devaient s’entendre pour établir un tableau de garde. L’ordre des médecins organisait ce tableau et, s’il n’y parvenait pas, le préfet avait autorité pour imposer, souligne l’ancien ministre. Car il était évidemment exclu qu’on laisse les patients sans solution. 

Pourtant, dès cette époque, les gens venaient directement aux urgences le plus souvent, ils avaient pris l’habitude d’avoir une réponse instantanée à leurs problèmes, avance-t-il. Ils ne téléphonaient même plus, ou presque, à leur médecin. Pour faire face au temps d’attente aux urgences, je voulais répondre par les maisons médicales de garde. Implantées à la porte de l’hôpital, elles devaient, avec « un ou deux généralistes, aidés par une ou deux infirmières, permettre de faire un tri des vraies urgences. S’il a inauguré deux ou trois de ces maisons, M. Mattei regrette que les médecins et les hôpitaux n’aient pas mis toute l’énergie et les financements nécessaires. Il explique : Je vous dis la situation que j’ai trouvée et les solutions que j’ai proposées, et je me défausse si vous me permettez sur mes successeurs qui pour la plupart n’ont pas repris ces idées

Très vite, pourtant, on constate qu’il était très difficile d’obtenir que les médecins fassent les gardes, raconte Philippe Bas. Durant son court passage au ministère de la santé, en 2007, un des seuls actes qu’[il a] posé concerne ce dossier. J’ai envoyé une instruction très ferme aux préfets pour que les médecins libéraux prennent leur part du fardeau, raconte-t-il, et j’en ai rendu compte en conseil des ministres, ce qui est tout à fait exceptionnel. Alors, évidemment, vous voyez bien le ministre qui fait ça à quelques semaines de l’élection présidentielle, ça n’a pas tout à fait la même portée que si c’était en début de mandat… 

Marisol Touraine, qui sera ministre de la santé à compter de 2012, déplore elle aussi que les médecins libéraux aient obtenu de ne plus faire de garde obligatoire. Mais, une fois que vous avez dit ça, le fait que ça ait été une erreur ne rend pas la remise en place facile, constate-t-elle.

La question des gardes n’est pas le seul point d’achoppement entre le gouvernement et les médecins libéraux. La France de l’époque fait face à une autre difficulté : la mauvaise répartition des médecins sur le territoire. Trop de praticiens s’installent en bord de mer et dans les métropoles ensoleillées, tandis que les campagnes et les banlieues commencent à devenir des déserts médicaux.

Arrivée Avenue de Ségur en 2007, Roselyne Bachelot tente d’ouvrir le dossier en posant une réforme majeure : le conventionnement sélectif. Avec cette dernière mesure, les patients des médecins libéraux s’installant dans les zones surmédicalisées pourraient ne plus être remboursés par l’Assurance-maladie, afin de dissuader les praticiens d’y ouvrir leur cabinet. Et là je vais susciter le blocage de la médecine de ville, ce qui est exactement le problème à l’heure actuelle, j’ai l’impression de vivre le retour vers le passé, avance l’ex-ministre. La médecine de ville estime qu’on ne doit lui imposer aucune contrainte, ni contrainte d’installation, ni contrainte de déclaration des absences, ils sont maîtres et compagnons. Certains médecins, et en particulier le puissant syndicat de médecins libéraux CSMF [Confédération des syndicats médicaux français], vont mobiliser les internes en leur disant : on va vous obliger à vous installer là et là, et ça, c’est le drap rouge sur le taureau. 

Elle estime avoir eu totalement raison. J’étais pour continuer le bras de fer. Les pharmaciens n’ont pas la liberté d’installation et le conventionnement sélectif, on l’a fait avec les infirmières, ça marche. Mais le premier ministre François Fillon m’a demandé de lâcher. La ministre résoudra le conflit avec l’aide d’un garçon dont [elle se] souvien[t] très bien, Olivier Véran [futur ministre de la santé de 2020 à 2022], qui était patron d’un syndicat d’internes.

Plus tard, en 2010, alors qu’elle vient de faire voter une loi hospitalière (hôpital, patients, santé, territoires),Roselyne Bachelot est switchée du ministère de la santé à celui des solidarités. Il m’a été clairement dit que le but était de se réconcilier avec les médecins. On estime que ce sont des leaders d’opinion. Je ne partage pas cette vision, je pense que notre pays a besoin de réformer son système de soins, que certains modèles sont largement datés, je pense notamment à cette phrase du patron de la CSMF, lors de notre premier rendez-vous : Quand même, avoir comme ministre de la santé un pharmacien, quelle déchéance !

Xavier Bertrand, qui a déjà occupé le poste sous l’ère Chirac, revient alors au ministère, sous la présidence Sarkozy pour redonner de la confiance aux médecins, clairement. Il le reconnaît : On vient corriger certains sujets de la loi hôpital, patients, santé, territoires, qui a ébranlé tout un système libéral. Mais, non, le pouvoir politique n’a pas peur de contrarier les médecins. Ils sont pourtant encore nombreux à penser que la défaite de la droite aux élections législatives de 1997 a été largement provoquée par les médecins, hostiles au plan de redressement de l’Assurance-maladie d’Alain Juppé.

Le fond du problème, c’est que, lorsque les médecins ne sont plus en confiance, pointe en germe la crise des vocations, poursuit M. Bertrand. Je suis résolument opposé à la coercition, partant du principe qu’un jeune médecin qui s’installe n’a pas 18 ou 20 ans et ne se balade pas avec un sac à dos ; il a déjà une vie, souvent une famille et on ne les déplace pas comme des pions.

Marisol Touraine a fait preuve elle aussi d’une grande prudence. Beaucoup de ceux qui me disaient : Il faut obliger les médecins à s’installer ici ou à faire des gardes ont été un petit peu moins allants en arrivant aux responsabilités. Quand on peut éviter la contrainte, c’est mieux, dit-elle. J’ai toujours dit aux médecins : saisissez-vous des mécanismes de l’incitation, car sinon un jour viendra où il n’y aura plus d’argument à opposer à ceux qui défendent la contrainte. Je ne sais pas si nous en sommes arrivés là ou pas. La politique de la carotte n’ayant pas produit les résultats escomptés, le sujet de la possible limitation de la liberté d’installation des médecins figurera au menu de la grande conférence sur l’accès aux soins promise par Emmanuel Macron, qui débutera à la rentrée.

En 2012, quand la gauche revient au pouvoir, l’heure est au redressement des comptes. Durant tout le quinquennat Hollande, les dépenses de santé seront sous forte pression, en particulier celles consacrées à l’hôpital. Ce qui permet à sa ministre de la santé, Marisol Touraine, d’annoncer qu’en 2017 le trou de la Sécu aura disparu. Très provisoirement. Sous François Hollande, il y avait l’idée d’une rationalisation, reconnaît-elle, les économies ont toutefois pour l’essentiel porté sur les fonctions support à l’hôpital. On a aussi réduit le nombre de lits en chirurgie, car comment peut-on dire qu’on développe la chirurgie ambulatoire – ce que tout le monde demandait – et garder le même nombre de lits ? Mon principal regret porte en revanche sur la revalorisation des salaires des infirmières et des aides-soignantes. Ce sont des choix de politique qui ont été faits, je crois que François Hollande a dit lui-même qu’on aurait dû faire davantage en la matière. 

La crise actuelle s’explique en grande partie par la situation des aides-soignantes et des infirmières, qui sont insuffisamment payées, qui ont une mobilité de carrière insuffisante et des responsabilités insuffisantes, poursuit Mme Touraine. J’ai commencé à mettre en place la délégation de tâches, fondamentale, mais je n’ai pas eu les moyens financiers de revaloriser suffisamment. Elle se souvient avoir demandé une revalorisation très significative pour les aides-soignantes. On m’a dit non, parce que cela aurait un impact sur toutes les autres fonctions publiques. On ne peut pas fonctionner comme ça. Un de mes anciens collaborateurs de l’époque m’a dit récemment : Si on avait enregistré les discours qu’ils nous tenaient à Bercy à l’époque et qu’on leur ressortait, aujourd’hui ils ne pourraient pas les entendre. On me disait : Tu demandes trop pour l’hôpital.

Trois ans après son départ, le Ségur de la santé, cette grande concertation conclue en juillet 2020, en pleine pandémie de Covid-19, débloquera plus de 8 milliards d’euros pour revaloriser les salaires et les métiers des personnels des hôpitaux et des Ehpad. Un rattrapage sans précédent, mais trop tardif.

Au tournant des années 2000, les pouvoirs publics décident de modifier le mode de financement des hôpitaux. Jusque-là, ils recevaient une dotation globale pour fonctionner, chaque année la même somme. Le principe qui s’impose alors consiste à prendre en compte l’activité réelle des établissements. Il rallie une grande partie de la classe politique, car certaines petites structures font de moins en moins d’actes, quand d’autres ont une dynamique de soins importante, créent des spécialités, utilisent de nouvelles technologies et rencontrent d’importantes difficultés de financement.

On m’attribue souvent la responsabilité de la tarification à l’activité, alors que ce n’est pas moi qui l’ai instaurée, proteste Roselyne Bachelot. Cela dit, je n’y suis pas opposée, comme la démocratie, c’est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres.

C’est en réalité Jean-François Mattei qui la met en place à partir de 2004. Le mouvement vers une tarification à l’acte s’était engagé dès les années 1990, avec l’idée d’un financement à la pathologie, rappelle-t-il. Donc, quand je suis arrivé, j’ai été saisi de cette question, j’ai lancé une réflexion et on a décidé la tarification à l’acte. Cela voulait dire qu’une appendicite, qu’elle soit opérée à Nice ou à Cambrai, c’était le même tarif. Nous avions bien vu la dérive possible d’hôpitaux qui voudraient se développer en donnant la priorité aux actes les mieux payés, se débarrasser des actes les moins payés, et donc essayer de travailler pour un meilleur profit. J’avais donc prévu un système de régulation : à partir d’un seuil, le prix de ces interventions déclinait pour l’hôpital. Et ce système ne pouvait pas être utilisé pour toutes les pathologies, notamment les maladies chroniques. 

Très vite, une partie du corps médical dénonce une course à la rentabilité, au détriment de la qualité. La tarification à l’activité a fait dériver le système vers un hôpital-entreprise, qui était insupportable. Je l’ai vécu comme médecin hématologue, témoigne Agnès Buzyn. Je me souviens que le premier jour de mise en place de la tarification à l’activité à l’hôpital Necker, la directrice de l’établissement nous avait expliqué que soigner des enfants atteints de leucémie, ce n’était pas rentable, mais par contre opérer des prostates, si. Ce discours était absolument grotesque. Je suis arrivée avec l’idée de transformer le mode de tarification. On a bien réussi sur la psychiatrie. Le Ségur de la santé s’est, depuis, engagé à accélérer la réduction de la part de tarification à l’activité dans le financement des établissements de santé.

Le père de la réforme, Jean-François Mattei, confirme aujourd’hui qu’elle ne fonctionne pas bien. Tous les ans, les maladies évoluent, il faudrait en faire rentrer de nouvelles dans la tarification à l’activité et en faire sortir d’autres, quand elles deviennent chroniques. Par ailleurs, le montant de la tarification à l’activité pour un acte n’a pas été réévalué suffisamment.

Roselyne Bachelot est arrivée depuis peu au ministère, lorsque le président de la République, Nicolas Sarkozy, lui commande une loi hospitalière. Ce devait être une loi de réorganisation, raconte l’ancienne ministre, avec les formules chères à Sarkozy : il faut un patron à l’hôpital, à l’hôpital, tout le monde a le pouvoir de dire non, personne n’a le pouvoir de dire oui… ce qui est absolument la vérité. À l’hôpital, c’était la lutte entre les mandarins. Il y avait ceux qui avaient l’oreille du président de la République parce qu’on avait soigné le cancer de sa maman, l’oreille du ministre de la santé parce qu’on avait suivi la patte cassée du gamin, etc., ça marchait comme ça.

La loi hôpital, patients, santé, territoires donne donc en 2009 le pouvoir au directeur de l’hôpital, qui est un haut fonctionnaire. « Il est vrai que certains mandarins avaient un fort pouvoir de lobbying auprès des élus, obtenaient tout ce qu’ils voulaient au détriment parfois d’autres professionnels de l’hôpital, note Agnès Buzyn. Si un chef de service très puissant et très médiatique voulait un scanner dernier cri, ce n’est pas le directeur de l’hôpital qui arrivait à avoir le dernier mot. Donc, il y avait des guerres de tranchée au sein de l’hôpital, entre chefs de service, pour savoir qui connaissait le plus de députés et allait faire pression sur le directeur. Mais cette réforme a abouti à d’énormes dérives. On a quelque part déclassé le corps médical, qui a perdu la capacité à s’impliquer dans les décisions de l’hôpital. 

La gouvernance aujourd’hui à l’hôpital ne marche pas, estime pour sa part Jean-François Mattei. Le monde médical à l’hôpital est découragé. Ils ne peuvent prendre pratiquement aucune initiative, l’administratif a trop de pouvoir. Quand le président de la République a dit : Il y a un seul chef à l’hôpital, c’est le directeur, il nous a fait prendre dix ans de retard dans l’évolution des hôpitaux. Pour lui, ce choix en faveur du directeur administratif s’explique par le fait que des hôpitaux étaient en déficit, les médecins dépensaient trop, donc le directeur avait pour mission de serrer les robinets. Il y a des situations où c’est incompatible avec le fonctionnement honnête et satisfaisant de l’activité médicale.

En fait, et personne ne veut en convenir – ces choses là ne se disent plus aujourd’hui -, le monde de la santé a fonctionné jusque dans les années 2000/2010 sur un héritage très ancien constitué d’une base chrétienne au sein de laquelle un dévouement sans borne était monnaie courante ; médecins, infirmiers et infirmières, aides-soignantes donnaient leur temps sans compter ; ils n’étaient pas forcément chrétiens, mais le moule lui, l’était, et tout le monde tirait avec la même force dans la même direction, le citoyen dominant largement le consommateur en chacun d’eux. Depuis bien longtemps l’ensemble des autres professions avait considérablement évolué, avec au premier rang des syndicats à même de faire passer dans le droit des revendications légitimes. Le monde de la santé continuait lui, à se dévouer sans compter, à ne pas mesurer son temps etc… et nos gouvernants, quelles qu’aient été ses orientations politiques, étaient suffisamment aveugles pour croire que cela ne pourrait que se perpétrer. Erreur majeure qui finit par se manifester à l’entrée du XXI° siècle quand le consommateur rattrapa, puis dépassa le citoyen en chaque personnel de santé, ceci étant tout à fait justifié par ailleurs. Mais, calculette en main, cela se traduit par des horaires moins contraignants, par des congés plus réguliers, bref par une quantité de travail qui demande plus de dépenses qu’auparavant, même si la France est le pays d’Europe qui paie le plus mal ses infirmiers (ères). La Santé coute beaucoup plus cher qu’autrefois. Et puis, seront rendues publiques des enquêtes où il apparaît que la première fraude à la Sécurité Sociale vient non des usagers, des malades, mais bien des professionnels de santé, au premier rang desquels les dentistes ; dès lors la confiance cède le pas à la défiance, le ver s’installe dans le fruit… quand la confiance s’amenuise, c’est l’ensemble des relations au sein du monde de la santé, soignants comme soignés qui en pâtit.

08 2022

Sécheresse en Europe Occidentale, avec les incendies qui s’ensuivent : quatre fois plus de surfaces brûlées en France que la moyenne. On verra en pays toulousain des champs entiers de tournesols grillés sur pied, noirs. Inondations au Pakistan où en quelques semaines, elle font plus de 1 100 morts !

Les opinions autour de la gestion de l’eau se radicalisent : on aura vu à la Clusaz, une station de ski proche d’Annecy, une pétition contre la création d’un réservoir d’eau sur le plateau de Beauregard, [148 000 m³, une digue de 12 mètres de haut, emprise de 3.8 ha] pour pouvoir augmenter le nombre de canons à neige de culture, recueillir 140 000 signatures. Ce projet serait alimenté par la capture d’une source qui actuellement irrigue une tourbière classée Natura 2000. Dès lors, exit la tourbière. On aura vu sur les écluses du Canal du Midi des panneaux posés par la FNSEA réclamant la priorité pour l’agriculture à l’accès à l’eau ; en effet, chaque manipulation d’une écluse entraine son volume d’eau vers le bief aval, et finalement la mer. Ceci étant dit pas une seconde la FNSEA ne remet en question la culture du maïs, très grosse consommatrice d’eau, pour nourrir du bétail, pour fournir de la viande. Cela répond il à un vrai besoin ? On aura vu encore les habitants de la haute vallée du Drac, affluent de l’Isère qu’il rejoint à Grenoble, remettre en question le fonctionnement du canal du Drac qui prélève son eau au profit de la préfecture de Gap, qui est situé sur un autre versant, en passant sous le col de Manse, voisin du col Bayard. Agriculteurs demandant de l’eau pour les arbres fruitiers, éleveurs pour leurs animaux, mais peut-être bien aussi gérants d’Orcières-Merlette 1850 gros utilisateurs de canon à neige…

On aura vu sèchement remis en question l’arrosage des golfs, pour garder les green bien green, les propriétaires arguant du coût prohibitif de la remise en état d’une pelouse sèche. Et encore l’existence de piscines, privées comme publiques. On pourrait commencer par mettre au sec celles qui sont à moins d’une heure de voiture d’une plage…  Mais nulle demande pour cesser de vidanger nos toilettes avec de l’eau potable, pour construire toute nouvelle habitation avec 2 circuits d’eau : eau brute et eau potable : ce n’est pourtant pas sorcier. Et ce serait une réelle économie, après l’investissement de départ.  Par contre les écolos activistes s’activent, y compris dans des actions d’une stupidité sans nom comme des sit-in sur le parcours d’une étape du Tour de France : ils sont sûrs de se rendre impopulaires !

Le volume d’eau n’augmente pas – solide sous forme de glace, liquide ou vapeur qui donne son humidité à l’air, mais le nombre d’humains ne cesse jusqu’alors d’augmenter. Il est impératif que les gros consommateurs réduisent leur consommation.

Les Espagnols soucieux avant tout d’efficacité, ne nourrissant aucune prévention contre les solutions du passé, n’hésitant pas à se retrousser les manches, remettent en service nombre d’ acéquia, dont la maintenance était abandonnée depuis longtemps (acéquia et séguia, signifient tous deux la même réalité : canal d’irrigation ; l’un est castillan, l’autre catalan, mais tous deux sont d’origine arabe).

Armés de pioches, de pelles et de cisailles, une vingtaine de bénévoles grimpe sur le chemin rocailleux qui monte du village d’Aldeanueva de la Vera, en Estrémadure, en direction de la Sierra de Tormantos. Ce samedi de novembre, ce groupe varié, formé de petits agriculteurs, de retraités et de jeunes néoruraux, est uni par une même mission : remettre en état une acequia, un canal d’irrigation ancestral.

Nous allons semer l’eau, corrige avec un sourire le secrétaire de la communauté d’irrigants Ocho Caños, José Antonio Jimenez, en avançant à un rythme soutenu sous un ciel radieux. Grâce aux acequias, nous allons faire en sorte que l’eau s’infiltre dans le sous-sol, comme dans une éponge, et circule lentement dans les nappes phréatiques, au lieu de ruisseler, de dévaler les rivières et de se perdre dans le Tage puis la mer. Ainsi, l’eau sera maintenue sur le territoire et récoltée en été, quand elle fait défaut.

Creusées entre le VIII° et le X° siècles, à l’époque musulmane, des milliers d’acequias ont canalisé durant des siècles les eaux de rivières, de pluie, et celles issues de la fonte des neiges pour alimenter des champs et des villages d’Espagne par irrigation gravitaire, avant de tomber en désuétude à partir des années 1960.

Ces dernières années, confrontée aux effets du changement climatique et conseillée par un groupe de chercheurs, une cinquantaine de communautés d’irrigants – des regroupements de propriétaires de terres ayant des droits d’approvisionnement en eau –, d’Andalousie, d’Estrémadure, de Castille-et-Leon et de Castille-La Manche, ont décidé de procéder à leur restauration.

Il ne neige plus comme avant. Or la fonte progressive des neiges permettait d’allonger dans le temps la disponibilité en eau, explique le président de la communauté d’irrigants Ocho Caños, Jesus Valleros, un ancien ouvrier agricole de 63 ans. Il est urgent de trouver une autre manière de conserver l’eau sur le territoire, car, en été, nous pouvons rester trois ou quatre mois sans une goutte de pluie.

Après deux heures de marche, le petit groupe empoigne ses outils et commence à déblayer un sillon de terre, peu profond, de moins d’un mètre de large, envahi par les ronces et les pierres, qui serpente sur le flanc de la montagne. L’acequia, impossible à repérer pour un profane, est connue comme la Pesquera de Navalajarre par les anciens du village. Quand j’étais jeune, ces prés étaient toujours peuplés de troupeaux de chèvres et les bergers s’occupaient de l’entretien de la Pesquera pour qu’ils restent verts, se souvient M. Valleros, casquette et manches courtes sous le soleil d’automne.

Après la construction d’un barrage en contrebas en 1958, autour duquel s’est développée la culture intensive du tabac, et à mesure que les bergers ont quitté la montagne, sous l’effet de l’exode rural, les acequias ont été progressivement laissées à l’abandon. Selon un document de 1969, il y avait plus de 160 acequias autour du village. Il n’en reste qu’une vingtaine en fonctionnement, détaille le président.

C’est une invitation du laboratoire d’archéologie MEMOLab, de l’université de Grenade, en Andalousie, en 2019, qui lui a fait ouvrir les yeux. Des chercheurs, menés par l’archéologue José Maria Martin Civantos, y travaillent depuis 2014 à la restauration d’acequias médiévales de la Sierra Nevada et de l’Alpujarra. Dans les seules provinces de Grenade et d’Almeria, ils ont cartographié 24 000 kilomètres de canaux, et en ont remis 90 kilomètres en état avec une trentaine de communautés d’irrigants. L’effet a été immédiat : une plus grande disponibilité d’eau en été, grâce à la fonction de recharge des aquifères, et la remise en culture de terres abandonnées, souligne M. Civantos.

À Aldeanueva de la Vera, trois acequias ont déjà été remises en état en novembre 2021 et le résultat a été visible cet été. La rivière du Moro, qui est alimentée par l’une de ces acequias, ne s’est pas asséchée cet été, contrairement aux autres, assure M. Valleros, en chaussant ses bottes en caoutchouc.

Après avoir déblayé près de 400 mètres de canal, le moment est venu de semer l’eau. À sa source, une petite cascade, l’acequia a été obstruée par plusieurs rochers. Dès qu’ils sont déplacés, l’eau commence à avancer dans le sillon. Emu, le petit groupe applaudit tandis que la rigole grossit et déborde légèrement, par endroits, inondant les flancs de la montagne. Cet hiver, ce sera notre tour de remettre en état une première acequia, glisse Raquel Tome, secrétaire de la communauté d’irrigants de Talaveruela de la Vera, à vingt-cinq kilomètres, venue apprendre le processus pour le répliquer dans son village.

Steven Morales, chercheur en hydrogéologie, qui a réalisé son master sur la semence et récolte de l’eau à l’université de Grenade, regarde la scène avec satisfaction.

C’est surprenant d’observer la similitude avec ce que j’ai vu dans la Sierra Nevada, souligne le jeune homme. Des systèmes similaires existent aussi en Amérique latine, datant de la civilisation inca. À chaque fois, le principe est le même : en transportant l’eau sur une faible pente tout en inondant les champs adjacents, l’acequia va recharger les aquifères et rejaillir plus tard, plus bas dans les rivières, sans que se soit produit une évaporation notable. En chemin, l’eau filtrée par le terrain régénère les sols, maintient leur fertilité et régule leur salinité, évitant l’avancée de l’érosion.

Les acequias ont d’autres avantages : contrôle de la température des rivières grâce à un apport d’eau souterraine, préservation des forêts et maintien de la biodiversité. Elles jouent aussi le rôle de coupe-feu en cas d’incendie. En 2020, un immense incendie a ravagé cette montagne, brûlant plus de 4 000 hectares : les feux sont de plus en plus destructeurs à cause de la sécheresse, souligne Miriam Verdejo, agricultrice bio de 57 ans, productrice de kiwis. Mon exploitation n’a pas été détruite grâce à une des rares acequias qui n’ont pas été abandonnées. Les remettre en état, c’est aussi protéger la montagne.

Certaines conditions, cependant, sont indispensables à leur existence : une pente suffisante, au minimum 200 millimètres de pluie par an, et un sol formé de roches dures aux couches superficielles perméables, pour que l’eau s’infiltre, sans excès, avant de circuler dans le sous-sol. C’est le cas des montagnes jeunes comme la Sierra Nevada, de la Sierra de Guadarrama, de certaines zones de la Sierra Morena… En général, presque toutes les montagnes méditerranéennes réunissent ces critères, souligne Sergio Martos-Rosillo, chercheur à l’Institut géologique et minier espagnol.

Alors que deux tiers du territoire espagnol se trouvent classés en risque de désertification, les avantages de ces infrastructures ne devraient pas être sous-estimés, estiment les chercheurs. Cependant, le fait qu’aucun lobby industriel ne peut s’enrichir avec cette technologie low tech, basée uniquement sur les ressources naturelles, rend compliquée la levée de fonds… , reconnaît le géologue. La remise en état demande surtout des bras. Pour les paysans, il est essentiel que l’administration s’implique et les soutienne dans cette tâche. 

Sandrine Morel Aldeanueva de la Vera (Caceres, Estrémadure), envoyée spéciale pour le Monde du 30 11 2022

Aldeanueva de la Vera. Spain. 5 de Noviembre de 2022. The Ocho Caños Irrigation Community, from Aldeanueva de la Vera (Cáceres), has started to recover the old ditches from the Arab era that distributed water through the mountains of the area and thus supplied agriculture and livestock. For its recovery they organize a day of environmental volunteering. In the image, after the conditioning work, the water begins to flow through the Navalajarre irrigation channel.

 

sans oublier pipo dans le lavabi. Men only.

8 09 2022

Mort d’Élisabeth II d’Angleterre à Balmoral, sa résidence d’été dans les Highlands d’Écosse.

never explain, never complain, et elle s’y sera tenue 70 ans durant. [7] Qui, à part elle est en mesure aujourd’hui de se tenir à pareille discipline ?

L’auteur de ce site demandait un jour à un Canadien anglais installé en France pourquoi, à son avis, des législations en tous point semblables sur la détention par un particulier d’armes en tous genre produisait des effets aussi différents aux États Unis, où les drames sont réguliers, quasiment permanents et le Canada, où ce genre de drame est quasi inexistant : Que voulez-vous… Nous, nous avons une Reine. Le Commonwealth, fort de 56 États, représente 2.5 milliards d’habitants, plus d’un habitant sur trois dans le monde. On entendra des chiffres de 4 milliards de personnes qui auraient suivi les obsèques à la télévision : 4 milliards, c’est un peu plus que la moitié de la population mondiale !

Certes, la France n’a pas de reine, mais elle a Catherine Deneuve : vous allez voir ce que vous allez voir quand elle nous tirera sa révérence.

14 09 2022

Il est ennuyeux à la longue de parler toujours et encore du seul et unique but de l’entreprise capitaliste : le profit. Mais, quand on apprend l’existence de l’exception qui vient confirmer la règle, on ne peut s’empêcher de la citer : il s’agit pour l’heur de l’entreprise Patagonia, propriété d’Yvon Chouinard, Canadien français d’origine, qui, lors de son départ à la retraite, annonce qu’il lègue son entreprise à Dame Nature ! Wouaouh !

Yvon Chouinard a toujours été un entrepreneur atypique. Il le sera jusque dans sa succession. À 83 ans, le fondateur de la marque américaine de vêtements de plein air Patagonia a annoncé, mercredi 14 septembre, avoir transmis 100 % du capital de son entreprise et de ses droits de vote à deux structures chargées de protéger la planète, mission endossée par la société depuis 2018.

Dans une lettre adressée à ses 3 650 salariés, celui qui n’a jamais voulu être un homme d’affaires proclame que la Terre est désormais le seul et unique actionnaire de Patagonia. Pour lui succéder au capital, ce militant écologiste convaincu a imaginé son propre modèle, en écartant l’option d’une vente suivie d’une donation de l’argent ainsi récolté, ou le projet d’une introduction en Bourse. À ses yeux, la première solution n’offrait pas la garantie que le nouveau propriétaire maintienne ses valeurs et conserve les salariés employés partout dans le monde.

La seconde aurait été un désastre, puisque, selon lui, toute société cotée, en dépit de ses bonnes résolutions, est soumise à la pression de créer des gains à court terme. Dès lors, il lui a fallu emprunter une autre voie. Le capital de l’entreprise, dont les ventes annuelles excèdent 1 milliard $ (993 millions €), est désormais détenu à hauteur de 98 % par le Hold Fast Collective et de 2 % par le Patagonia Purpose Trust. La première structure récolte les dividendes attachés à ses actions. La seconde, qui dispose de 100 % des droits de vote, décide de leur allocation.

Composé de membres du conseil d’administration, et bientôt d’experts et de conseillers, le Patagonia Purpose Trust a la charge de veiller au bon respect des intentions de son fondateur et de continuer à démontrer (…) que le capitalisme peut œuvrer pour la planète, précise l’entreprise par communiqué. À ce titre, il décidera des montants de dividendes alloués aux investissements de l’entreprise. Le reste sera entièrement distribué à des associations qui luttent contre la crise du climat.

Patagonia est une entreprise jugée pionnière par tous ceux qui militent en faveur de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) des sociétés. La marque est née de la passion ancienne de M. Chouinard pour l’escalade, notamment dans le parc national de Yosemite (Californie). Dans les années 1950, l’Américain fabrique d’abord ses propres pitons en acier et, à l’arrière de sa voiture, les vend aux grimpeurs afin de financer son loisir.

En 1965, avec un ami, Tom Frost, il crée Chouinard Equipment, pour fabriquer des pitons à marteler, avant de se raviser et de leur préférer des cales, moins intrusives dans les fissures des parois. De retour d’un voyage en Écosse, il adopte le polo de rugby pour ses séances de grimpe, puis en importe pour les vendre. En 1972, la société devient Patagonia, en souvenir d’un voyage de M. Chouinard en Amérique du Sud. Le catalogue s’étoffe de capes de pluie, de sacs, de mitaines et de bonnets.

Dans la foulée, M. Chouinard et sa femme, Malinda, mettent au point un pull en velours synthétique, chaud, souple et isolant. Cela marque le début de la maille polaire portée sur un sous-vêtement thermique, mode vestimentaire standard aujourd’hui dans les magasins de sport.

S’ensuit alors une période de forte croissance jusqu’en 1991, date à laquelle les banquiers de Patagonia imposent à M. Chouinard de supprimer 20 % des effectifs de sa société. Celle-ci s’exécute puis se relance, notamment grâce à des vêtements fabriqués dans un fil de polyester obtenu à partir de bouteilles de plastique usagées. Elle s’illustre au niveau local, en soutenant une association opposée au projet de barrage d’une rivière proche de son siège social, à Ventura.

Depuis, Patagonia fait figure de modèle en matière de RSE. Depuis 1985, la firme reverse une partie de ses bénéfices à des associations caritatives. En 2002, M. Chouinard a cofondé 1 % for the Planet, une fédération d’entreprises qui s’engagent à reverser 1 % de leur chiffre d’affaires annuel à des associations environnementales. La société a également été l’une des premières firmes américaines certifiées B Corp, en 2011, cinq ans après le lancement, aux États-Unis, de ce label qui certifie des entreprises ayant un impact sociétal et environnemental positif. En 2018, la marque a, d’ailleurs, modifié sa mission, avec pour mot d’ordre : We’re in business to save our home planet  (nous sommes dans les affaires pour sauver notre planète mère).

Cependant, rappelle M. Chouinard dans sa lettre, bien que nous fassions de notre mieux pour lutter contre la crise climatique, ce n’est pas assez. Grâce à cette opération, le fondateur espère décupler son soutien à des ONG du secteur. Car, juge-t-il, il faut davantage de moyens pour lutter (…) tout en préservant les valeurs de l’entreprise. En un demi-siècle d’existence, la marque assure avoir distribué 150 millions $ à des actions en faveur du climat. Cette fois, le montant susceptible de leur être alloué pourrait atteindre 100 millions $/an ».

C’est du jamais-vu aux Etats-Unis pour une entreprise de cette taille, assure au Monde la biologiste américaine Ayana Elizabeth Johnson, membre du conseil depuis 2021. À l’en croire, les deux enfants du couple Chouinard, Claire et Fletcher, qui exercent respectivement les fonctions de directrice artistique et de designer au sein de Patagonia, seraient pleinement en accord avec la décision de leur père, dont la fortune est estimée à 1,2 milliard $ par le magazine Forbes.

Patagonia serait alors l’un des premiers argentiers de la cause environnementale aux États-Unis, affirme Madame Johnson. Ces fonds pourraient financer des associations locales, mais aussi des actions en faveur de la protection des écosystèmes, de l’agriculture régénérative ou du changement de politique en faveur du climat. Le champ d’action de la compagnie n’est pas encore défini. Toutefois, elle entend changer la donne grâce à ce nouveau modèle et faire comprendre à d’autres entreprises qu’il est possible d’agir pour le climat au-delà d’une allocation de 1 % de leurs revenus à des causes environnementales, poursuit la biologiste.

Relocaliser sa production à proximité des cimes, des plages et des forêts dont raffolent ses admirateurs n’est toutefois pas à l’ordre du jour. La marque, que ses détracteurs surnomment Patagucci, en référence à ses prix élevés, fabrique majoritairement ses articles chez des sous-traitants en Asie, notamment en Chine, où, en 2021, elle a renoncé à s’approvisionner en coton après avoir été éclaboussée par le scandale du travail forcé au Xinjiang. Ses fournisseurs œuvrent aussi en Thaïlande et au Vietnam. Des pays à faible coût de main-d’œuvre, où la firme assure rémunérer le personnel à des salaires au-dessus des normes locales, mais au prix d’un bilan carbone avéré.

Juliette Garnier        Le Monde du 16 09 2022

Yvon Chouinard — Wikipédia

16 09 2022   

Masha Amini, jeune kurde de 22 ans de la ville de Saqqeh, dans l’ouest du pays, décède à Téhéran des suites des coups de la police iranienne qui l’avait arrêtée trois jours plus tôt pour avoir mal mis son voile. Et c’est l’émeute qui va prendre une ampleur sans précédent : les jeunes iraniens en ont marre de quarante ans de dictature des mollahs. Et on va voir les Iraniens faire de Bella Ciao leur hymne, repris dans toutes les manifestations.

Afficher l’image source

22 09 2022   

La carence du Liban fait fuir ses habitants, et les naufrages continuent : 100 morts au large de Tartous.

27 09 2022 1 h 14′ heure de Paris

DART – Double Asteroid Redirection Test – une sonde de la NASA, percute à 23 760 km/h l’astéroïde Dimorphos petit astéroïde de 160 mètres Ø, lui-même satellite d’un plus grand, Dydimos. Cela se passe à peu près à 11 millions km de chez nous. Quelques secondes avant l’impact, DART largue DACRO, une caméra de la taille d’une boite à chaussure pour filmer la rencontre et ainsi en transmette les images à la NASA.

6 10 2022 

Le Nobel de littérature est pour Annie Ernaux, 82 ans.

https://focus.courrierinternational.com/2022/10/06/0/0/3872/2592/1280/0/60/0/f81b4ca_1665054223166-043-aur-aurimages-0033468-002.jpg

10 2022

La dernière née de Citroën – Oli – , est élue par un jury international, à l’unanimité, voiture la plus laide du XXI° siècle. Il faut remonter à l’AMI 6 de 1961 pour trouver pareille caisse à savon, véhicule militaire pour Chasseurs alpins . La Citroën Touch c’est un talent très sur pour les extrêmes, les voitures les plus moches comme les plus belles, avec l’inoubliable DS de 1955.

Citroën Oli : la vision du futur SUV urbain 100% électrique

en option, deux skis de saut fixés sur le toit la semelle regardant le ciel : quand la voiture se retourne la caisse à savon devient luge. On glisse sur la tête.

En 2015, le maire d’Agde avait engagé les démarches nécessaires pour obtenir l’autorisation d’utiliser les eaux usées de la ville pour arroser ses espaces verts. Il lui aura fallu sept ans pour qu’enfin cela aboutisse…. oui, SEPT ANS. Et tous nos politiques qui passent leur temps à se gargariser sur l’indispensable simplification administrative et rien n’est fait, rien ! En campagne, le candidat Macron avait eu la bonne idée de proposer que toute nouvelle norme entraine automatiquement la suppression d’une autre. Qu’en est-il ? La réalité, c’est qu’aucun gouvernement, quelle que soit sa couleur politique n’est encore parvenu à engager une profonde réforme de l’État. La fonction publique est une forteresse inexpugnable, cloitrée dans un farouche conservatisme où elle a cultivé avec le plus grand soin les avantages acquis.

2 11 2022

Coin Desk, un site spécialisé dans les bit coins publie un rapport interne qui révèle le mode de fonctionnement d’Alameda Research, entreprise au top niveau de la cryptomonnaie, dirigée par Sam Bankman-Fried. Aussitôt, Changpeng, Zhao, le PDG de Binance, première plate-forme mondiale de cryptomonnaies retire toutes ses billes de FTT , et la firme bahamienne dévisse. Le 11 novembre, la firme de trading et plus de 130 sociétés affiliées sont déclarées en faillite. La SEC diligente une enquête. Sam Bakman Fried, 30 ans, laisse son entreprise au liquidateur. Il avait lancé FTX en 2019 et au moment de la faillite possédait 5.8 milliards $. Génie du funambulisme en cryptomonnaies, il n’avait pas eu la sagesse de s’entourer d’un banquier bien rodé qui lui apprenne comment doit être structuré un établissement financier. Ce sont 10 milliards $ qui seront partis en fumée.

29 et 30 11 2022

Massacre à Kishishe, dans l’est du Congo, province du Nord Kivu, du fait du M23, un mouvement terroriste soutenu par le Rwanda : au moins 131 morts.

Depuis treize mois, l’extrême est de la République démocratique du Congo (RDC) est de nouveau le théâtre de combats meurtriers opposant d’un côté des milices locales et des forces régulières congolaises au Mouvement du 23 mars (M23), un groupe rebelle soutenu par le Rwanda. Le docteur Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix en 2018, dénonce l’inaction et l’hypocrisie de la communauté internationale, ainsi que la corruption des autorités congolaises face à ce drame qui dure depuis près de trente ans.

Comment expliquez-vous la résurgence des violences meurtrières dans l’est de la RDC depuis novembre 2021 ?

Parce que, au Congo, l’impunité est la norme. Notre pays ressemble à une bijouterie sans porte ni fenêtres. Chacun peut massacrer des populations impunément, comme à Kishishe, piller nos richesses, puis les vendre sur le marché international. Pendant ce temps, le monde entier ferme les yeux. C’est ce qui se passe avec le M23, un mouvement terroriste soutenu par le Rwanda.

Ça ne date pas d’hier. La crise sécuritaire et humanitaire, qui se déroule depuis vingt-cinq ans dans l’est du Congo, est la plus négligée au monde. Une crise qui, pourtant, a déjà provoqué la mort de plus de 6 millions de personnes et déplacé 5,8 millions d’autres. Un tiers de la population a faim.

Que fait l’Etat congolais ?

Dans l’est du pays, il y a là cent vingt groupes armés nationaux ou étrangers. Quelle est la réponse de Kinshasa ? Il appelle des forces armées extérieures [celles envoyées par les pays membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale] qui viennent avec leur propre agenda pour croquer leur part du gâteau. Résultat, c’est à nouveau la population civile qui paie le tribut. C’est dramatique, d’autant que le reste du monde regarde sans rien faire. Le Congo vit dans une situation de chaos organisé, sa population réduite dans une forme d’esclavage moderne, dans le but de piller ses terres rares et ses minerais stratégiques. Tout cela pour répondre aux besoins des nouvelles technologies et de la transition énergétique.

À Luanda, Nairobi ou New York, les diplomates tentent pourtant de trouver une issue à cette crise…

Nous sommes agressés par le Rwanda. C’est reconnu. L’ambassadeur de France aux Nations unies a qualifié d’horreur le massacre de Kishishe. Mais après ? Quelle suite ? Rien. Malheureusement, on ne voit pas la communauté internationale s’émouvoir comme elle le fait pour l’Ukraine, où le pays agresseur – la Russie – est sanctionné, isolé. La politique européenne en direction de la région des Grands Lacs est d’une totale incohérence.

Aucune des mesures annoncées à Luanda ou à Nairobi n’ont été respectées. Cela dit, je ne crois pas que l’externalisation de notre sécurité soit une solution. Notre problème est que le chaos est organisé de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur. C’est pourquoi j’appelle le peuple congolais à prendre son destin en main, dès lors que nos autorités censées assurer notre sécurité ne le font pas, et au contraire entendent la sous-traiter à l’extérieur en monnayant on ne sait quoi.

Demandez-vous le départ du président, Félix Tshisekedi ?

Pour le moment, la priorité est de faire cesser l’occupation d’une partie de notre territoire par les terroristes du M23 soutenus par le régime de Kigali. Et contre cela, nous demandons que le droit international s’applique. Nous demandons que la Charte des Nations unies s’applique. Nous demandons qu’il y ait une mobilisation internationale contre l’agression du Rwanda. Nous demandons que l’on mette un terme à ce système de deux poids, deux mesures. Personne ne parle du Congo alors que, tous les jours, il y a au moins une réunion au niveau international sur l’Ukraine. Arrêtons cet humanisme à géométrie variable. Il faut absolument qu’en cas d’agression l’agresseur subisse les mêmes conséquences.

La plus importante mission extérieure des Nations unies est pourtant déployée au Congo…

L’ONU doit faire d’avantage. Au lieu de cela, son secrétaire général dit que les 16 000 casques bleus déployés en RDC ne peuvent pas arrêter un groupe rebelle de quelque 3 000 personnes, parce que leur puissance de feu est supérieure à celle des Nations unies. La résolution 2641 des Nations Unies [adoptée en juin] est pourtant claire : tout Etat ou organisation qui soutient des rebelles ou un groupe armé dans la région des Grands Lacs doit être placé sous embargo et sanctionné.

Pourquoi n’est-ce pas le cas ?

Cela relève du cynisme géopolitique. L’Europe s’est bâtie sur des valeurs démocratiques et d’État de droit. Sauf que l’économie et les finances ne respectent pas ces principes. Je suis triste quand je pense à l’époque de mes arrière-grands-parents. Au temps des colons belges, on tranchait les mains de ceux qui ne fournissaient pas suffisamment de caoutchouc pour que les Européens disposent de pneus. Aujourd’hui, je me sens aussi mal lorsque je vois tout ce qui est fait sur le dos des Congolais. Comment parler de la transition énergétique sans évoquer le cobalt et le lithium congolais nécessaires à la fabrication des batteries ? Pourquoi ne réfléchissons-nous pas autrement qu’il y a plus d’un siècle [au temps de la colonisation par le roi belge Léopold II] ? Pourquoi faut-il toujours tuer, violer, détruire toute une population pour assouvir, aujourd’hui, les besoins en cobalt ? Pourquoi ne peut-on imaginer, plutôt, un commerce transparent gagnant-gagnant où l’industrie se développe et paye les matières premières à leur juste prix ? À l’époque, Léopold II était, soi-disant, venu pour lutter contre l’esclavage et civiliser le Congo. Finalement, il a fait pire. Aujourd’hui, c’est la même chose avec des multinationales.

Le Congo est-il victime de sa richesse ?

Il n’y a pas de malédiction. C’est une question de responsabilités. Ce qui nous arrive n’est pas un problème congolais, mais concerne tout le monde. Et notamment vous, Européens, qui consommez des produits utilisant des minerais extraits grâce aux guerres. Vous avez la liberté de ne pas consommer ces produits.

Avez-vous le sentiment que votre message, depuis votre prix Nobel, porte davantage ?

J’ai accès à des plates-formes pour m’exprimer. Mais les atrocités continuent au Congo. L’homme est toujours exploité. Le corps des femmes est un champ de bataille… Tout cela perdure pour le contrôle de l’économie au nom de la globalisation. Aujourd’hui, on nous parle de voiture verte, d’économie verte, de transition énergétique. Mais, au Congo, la couleur est rouge, le rouge du sang versé tous les jours.

Comment inverser le cours des choses ?

Il faut, en priorité, commencer par une réforme du secteur de la sécurité. Si nous ne sommes pas capables de préserver notre intégrité territoriale parce que nous n’avons pas d’armée, si nous ne pouvons assurer la sécurité des biens et des personnes parce que nous n’avons pas de police, alors qui vient investir au Congo ? Seulement les brigands. Les adeptes de la loi du plus fort. À l’inverse, il faudrait la force de la loi. Etablir un État de droit où chacun se soumet aux règles. Si rien n’est fait alors, au Congo, on continuera de compter nos morts.

11 12 2022

Une des vice présidente du parlement européen, (il y a 14 vice-présidence) Eva Kaili, grecque de 44 ans, est écrouée à Bruxelles avec Francesco Giorgi, assistant parlementaire de 33 ans, son compagnon, de Pier Antonio Panzeri, ancien eurodéputé social-démocrate italien et président de l’ONG bruxelloise Fight Impunity ; Luca Visentini, secrétaire général de la Confédération syndicale internationale (ITUC), sera remis rapidement en liberté, ainsi que Niccolo Figa-Talamanca, dirigeant de l’ONG No Peace Without Justice, installée à la même adresse que Fight Impunity, qui quittera la prison mais porteur d’un bracelet électronique. Andrea Cozzolino et Marc Tarabella, tous deux aussi eurodéputés socialistes, sont eux aussi dans le collimateur des juges. Ils ont reçu des pots de vin, – en fait de l’argent liquide –  du Qatar, pour en dire du bien dans les médias européens. Son immunité parlementaire n’a pas pu jouer, car prise la main dans le sac, en flagrant délit : la moisson de l’ensemble des perquisitions menées se monte à 1.5 millions d’euros.  Le 11 novembre, elle avait déclaré à la tribune du parlement européen : Le Qatar est un chef de file en matière de droits du travail. On ne peut que se réjouir de la rapidité avec laquelle ont réagi les autorités du parlement : on était là dans une atteinte grave aux fondements de la démocratie. Interrogée sur l’origine de cet argent, elle va bien sûr nier tout rapport avec ce beau magot, mais elle restera incarcérée, les juges belges ayant refusé le port d’un bracelet électronique. Cela fait penser à une histoire drôle au sein de l’Église catholique : une mère supérieure  entreprend la visite de ses couvents sur tout le territoire du pays, et en rend compte à son retour lors d’un chapitre : Mes très chères sœurs, il faut que je vous dise que je suis revenue enceinte. Et le chœur des sœurs de s’exclamer : Miraculo, miraculo ! 

Qatargate : Kaili n'a « aucun rapport avec l'argent retrouvé à son domicile »

Eva Kaili, élue socialiste grecque, vice-présidente du Parlement européen.

17 12 2022

Sofia Goggia, italienne de 30 ans, née à Bergame, considérée comme la meilleures descendeuse mondiale (ski alpin) du moment,  s’est blessée la veille lors de la première descente de Saint Moritz, en Suisse – fracture des deuxième et troisième métacarpiens de la main gauche – sans chuter ; elle a pris la deuxième place. Elle téléphone aussitôt à son chirurgien à Milan : il faut m’opérer : j’arrive. Et aussitôt prend un hélicoptère, se fait opérer et revient à Saint Moritz pour prendre le départ de la deuxième descente… qu’elle gagne. Le départ de cette descente étant bien raide, elle n’a presque pas eu besoin de sa main plâtrée pour pousser sur le bâton, la vitesse de croisière étant rapidement atteinte.

Elle a gardé les gênes de ses aïeux, probablement des paysans durs à la peine : deux petites fractures de deux petits os ! on ne va tout de même pas se laisser arrêter par cela ! 

L’Italienne Sofia Goggia lors de la descente de St. Moritz, le 17 décembre 2022.

Afficher l’image source

20 12 2022

Le lanceur léger Vega C d’ESA, deux minutes et vingt-sept secondes après son lancement de Kourou à 22 h 47′, quitte la trajectoire prévue. L’ordre de destruction est alors donné, destruction qui inclut les deux satellites d’observation optique Pléiades Neo 5 et 6 d’Airbus (environ 150 millions € par unité). Une anomalie s’est produite sur le Zefiro 40 (le propulseur à poudre du deuxième étage du lanceur, sous maîtrise d’œuvre de l’italien Avio), dira Arianespace.

[…] Cet échec fragilise Arianespace qui risque de se retrouver plusieurs mois sans lanceur pour honorer ses contrats. Jusqu’à 2022, la firme européenne disposait d’une gamme de trois fusées dont deux européennes : la petite Vega pour les satellites légers en orbite basse entre 300 et 2 000 kilomètres de la Terre et sa grande sœur Ariane 5 pour de lourdes charges charges à placer en orbite géostationnaire à 36 000 kilomètres. Elle compétait son offre avec des lanceurs russes Soyouz vers l’orbite basse, indispensable pour honorer son carnet de commandes. L’année 2022 devait être celle du renouvellement de la gamme avec la mise en service de Vega -C, plus performante que le modèle précédent et Ariane 6, un lanceur polyvalent pouvant couvrir à la fois l’orbite basse et le géostationnaire à des prix 40 %  à 50 % inférieurs à ceux d’Ariane 5 pour être compétitifs avec ceux des fusées Falcon lancées par Space X, la firme d’Elon Musk. Mais rien ne s’est passé comme prévu.

À commencer par Soyouz. À la suite du déclenchement de la guerre en Ukraine, Moscou a décidé de rompre toute collaboration avec l’Europe et la équipes russes ont quitté Kourou. Plus question de lancer des fusées. Impossible pour Arianespace de transférer vers Vega-C les satellites prévus sur les missions Soyouz, le plan de charge étant complet. Les clients privés se sont tournés vers d’autres sociétés de lancement. Ainsi, pour continuer de déployer sa constellation de satellites diffusant Internet haut débit, les français One Web a choisi l’américain Space X mais aussi l’indien  New Space India Limited.

Deuxième revers : Ariane 6. Dès les premiers mois de 2022, il est devenu certain que le calendrier prévoyant un vol dans l’année serait à nouveau décalé, lui qui avait déjà plus de trois ans de retard. En décembre, l’ESA a annoncé un premier tir de qualification pour le quatrième trimestre 2023, les vols commerciaux devant débuter l’année suivante. Ce décalage compromet le passage de relais entre Ariane 5 et Ariane 6. Il ne reste que deux fusées à lancer pour le programme Ariane 5. Les tirs sont prévus au premier trimestre 2023. Pendant plus d’un an, l’Europe ne pourra pas donc mettre de satellite en orbite géostationnaire.

Et jamais deux sans trois  avec aujourd’hui Vega-C. Le 13 juillet, le tir de qualification s’était déroulé sans encombre, ce qui rend plus déroutant encore l’échec du premier vol commercial. Des conclusions de la commission d’enquête dépendront l’utilisation ou non des deux petites Véga restantes. Si le problème vient uniquement du deuxième étage, elles pourraient alors être lancées, car les deux fusées n’ont pas le même modèle de structure à ce niveau.

Le défi est de taille pour Arianespace, qui doit assurer douze tirs de Vega C et vingt-neuf d’Ariane 6 pour respecter son carnet de commandes. La firme a déjà trois années pleines de contrats jusqu’à fin 2026 le plus important étant les dix-huit lancements pour déployer la constellation de satellites Kuiper d’Amazone visant à fournir de l’internet haut débit depuis l’espace. Le moindre décalage lui sera préjudiciable et exploité par ses concurrents, que ce soit Space X, qui domine le marché, ou les nouveaux comme l’Inde.

Dans l’immédiat, le risque d’incapacité de mettre en orbite de nouveaux satellites pendant plusieurs mois  pose la question de l’autonomie d’accès à l’espace des Européens, une question essentielle de souveraineté. Déjà, du fait du retrait de Soyouz, cinq missions sont en attente de lanceur : deux pour les satellites de géolocalisation Galileo de la Commission européenne, deux pour l’ESA et une pour le ministère français des armées.

Difficile d’admettre un satellite français de défense embarqué sur une fusée étrangère, tout comme ceux de Galileo, qui pourraient attendre, étant redondants. Par contre, en raison de son programme, le télescope Euclide, de l’ESA, visant à étudier l’expansion de l’univers au cours des dix milliards d’années, devrait partir avec Space X. Une décision prise en octobre.

Quelques semaines plus tard, en novembre, changement de ton. Les trois principaux contributeurs de l’ESA, la France, l’Allemagne et l’Italie, ont signé un accord réaffirmant le principe d’une préférence européenne pour les lancement dits institutionnels, c’est à dire ceux menée au profit des agences spatiales nationales et européennes. Un accord qui risque de rester lettre morte faute de fusées.

Dominique Gallois. Le Monde du 23 12 2022

Décollage de la fusée Vega C, à Kourou (Guyane), le 20 décembre 2022.

22 12 2022

Les déboires de la Finlande avec son EPD made by AREVA- SIEMENS, ne sont pas terminés.

La Finlande, qui comptait il y a encore quelques semaines sur son nouveau EPR d’Olkiluoto 3 pour passer l’hiver en cours, peut faire une croix sur son réacteur nucléaire de nouvelle génération pour la (quasi) totalité de l’hiver. La mise en service normale de ce dernier est repoussée jusqu’au début du mois de mars (le 8 exactement), a annoncé mercredi TVO, l’opérateur finlandais de la centrale. Il y a une dizaine de jours, ce dernier tablait sur février après l’apparition en octobre de dommages détectés dans les pompes à eau du réacteur. Aujourd’hui, l’examen des dommages sur est en grande partie terminé. 

Les pompes d’alimentation en eau ont été utilisées en dehors des plages d’utilisation normales lors des tests de production, ce qui a entraîné une contrainte plus élevée que la normale sur les pompes, a-t-il expliqué.

Le coup est d’autant plus rude pour la Finlande que le pays scandinave comptait sur son nouveau EPR, le plus puissant d’Europe avec une capacité de 1.600 mégawatts, pour compenser l’arrêt des livraisons d’électricité russes décidées par Moscou après l’annonce de la candidature de la Finlande à l’Otan en mai 2022. Celles-ci représentaient environ 900 MW, soit 10% de la consommation finlandaise. Pour pallier ce manque, l’Etat finlandais a déjà dû actionner des centrales de réserve au fioul le mois dernier. La Suède peut par ailleurs lui fournir jusqu’à 2 400 mégawatts mais guère plus car elle est elle-même confrontée à des risques de pénurie et s’appuie régulièrement sur des centrales au fioul de réserve.

Ce nouvel incident intervient alors que le réacteur avait atteint le 30 septembre sa pleine capacité pour la première fois depuis l’annonce de sa construction en 2003.  À ce moment-là, il produisait à lui seul environ 20% de l’électricité consommée en Finlande (40% en y ajoutant les deux réacteurs existants Olkiluoto 1 et 2).

Ce nouveau problème s’ajoute à la longue liste de déconvenues rencontrées par ce réacteur construit par le consortium franco-allemand Areva-Siemens. Celui-ci avait démarré en mars dernier avec 12 ans de retard et une longue série d’échecs et de déboires qui ont en partie expliqué la lourde restructuration d’Areva. Dès 2006, trois ans après l’annonce du lancement du chantier, des retards dans la construction de la principale conduite de refroidissement avaient déjà reporté la mise en route du réacteur à 2010-2011. L’agence finlandaise de sécurité nucléaire STUK avait ensuite demandé en 2009 plusieurs centaines améliorations du fait de problèmes liés à la construction [8], ouvrant un conflit entre l’exploitant du futur réacteur, le finlandais TVO, et Areva-Siemens, avec également des critiques sur le gendarme finlandais. Après plusieurs années de litiges et de retards supplémentaires, Areva avait finalement réglé son différend avec TVO en novembre 2018, en payant une compensation de 450 millions d’euros.

Malgré ce fiasco, le soutien au nucléaire civil a progressé ces dernières années en Finlande, stimulé par les préoccupations climatiques et les tensions énergétiques mondiales. Selon un sondage paru en mai, 60% des Finlandais y sont désormais favorables, un record. Depuis l’annulation en mai du projet nucléaire d’Hanhikivi 1 du finlandais Fennovoima et du russe Rosatom, aucun nouveau projet de réacteur nucléaire n’a toutefois été lancé en dehors d’OL3.

[…] Lancé en 1992 comme le nec plus ultra de la technologie nucléaire française, le réacteur pressurisé européen (EPR) a été conçu pour relancer l’énergie nucléaire en Europe, au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl de 1986. Le nouveau modèle était présenté comme offrant à la fois une puissance plus élevée et une meilleure sécurité, mais sa construction s’avère un casse-tête, et pas uniquement en Finlande. En France, la construction de l’EPR de Flamanville, entamée en 2007, a, elle aussi, été affectée par des retards massifs, dus notamment à des anomalies dans le couvercle en acier et la cuve du réacteur. Alors que la mise en service était prévue pour la fin de l’année 2023, EDF a annoncé la semaine dernière un nouveau retard de six mois. Le nouveau retard est dû à la nécessaire révision de procédures de traitement de quelque 150 soudures  complexes, au sein du circuit secondaire principal du réacteur, a expliqué EDF.

L’EPR a aussi été retenu pour une centrale à deux réacteurs à Hinkley Point, dans le sud-ouest de l’Angleterre, où le chantier a souffert de la pandémie de coronavirus.  La production d’électricité est actuellement planifiée pour mi-2027, au lieu de 2025 au départ. En Chine, deux EPR ont été lancés à la centrale de Taishan dans le sud-est du pays en 2019. Un des réacteurs, arrêté pendant un an pour un problème d’étanchéité, a repris sa production en août.

Olkiluoto 3

EPR finlandais d’Olkiluoto 3

Israël inaugure un approvisionnement en eau dessalée du lac de Tibériade, dont il peut désormais contrôler le niveau et l’empêcher de baisser au-dessous d’un seuil critique. En fait, toutes les infrastructures existaient déjà, usines de dessalement en bord de mer, canaux et aqueducs du lac au désert du Neguev ; il a suffi d’inverser le sens du flux. En vertu des accords de paix remontant à 1994, Israël fournit déjà 55 millions de m³ par an à la Jordanie, à prix cassé ; en octobre 2021, un accord supplémentaire a en trainé la livraison de 50 millions m³ supplémentaires, mais cette fois au prix du marché.

27 12 2022

Après un magistral coup d’épée dans l’eau quelques mois plus tôt, Emmanuel Macron persiste à se croire investi par on ne sait quelle instance supérieure, de la mission de faire du Liban une démocratie à l’occidentale, avec une corruption limitée et il ne trouve personne sur son chemin pour lui dire : mais enfin, de quoi j’me mêle ! Il brandit les constitutions démocratiques occidentales comme les missionnaires du XIX° brandissaient l’Evangile en Afrique. En attendant le service de la dette pour la France est de 85 milliards €, deux fois le budget de la Défense, en attendant on congédie Marie Lajus, préfète d’Indre et Loire parce qu’elle manifestait un peu trop ostensiblement sa volonté de faire respecter les règles !  Les effets d’annonce, ça ne manque pas, mais le courage, si ! ça manque et terriblement !

29 12 2022

Mort du roi Pelé, à 82 ans.

Avant Pelé, le foot était un sport. Avec lui, c’est devenu un art. Neymar

Il suffirait presque d’une date, une seule, pour apercevoir l’empreinte de Pelé sur la planète foot. Et au-delà. Le 19 novembre 1969, sur la pelouse du stade Maracana, à Rio de Janeiro, Pelé inscrit sur penalty son 1 000° but. Folie. Plus de 100 000 spectateurs emportent un souvenir d’éternité. Avec ce but s’efface l’humiliation subie par tout un peuple près de vingt ans auparavant, battu dans le même stade par l’Uruguay en finale d’une Coupe du monde 1950 qu’il avait organisée. Cette fois, le Maracana explose.

Au même moment, ce 19 novembre 1969, un homme marche sur la Lune au cours de la deuxième mission lunaire de l’histoire. Sur le balcon de mon enfance, la Lune si blanche ressemble étrangement à ce ballon blanc qu’après avoir marqué Pelé va chercher dans les filets d’Andrada, le gardien de l’équipe Vasco da Gama. Les actualités françaises parviennent même à diffuser ce goal mil quelques jours plus tard. D’une seule feinte, d’une seule image en noir et blanc, si floue et lointaine, mon regard d’enfant envoie Pelé au ciel.

Les hasards de l’histoire créent ainsi une sorte d’étincelle capable de briller longtemps dans notre mémoire. Cela tient évidemment à la présence d’un homme qui devint champion hors norme, dès l’âge de 17 ans. Avec Pelé, c’est toute une beauté folle du jeu qui parvient à nous secouer dès l’enfance. Mais celle-ci reposait bien souvent sur le récit, l’imaginaire de nos pères. Trop peu de retransmissions et de matchs. Peu de comptes rendus.

C’est ainsi. Avant le début des années 1970, tout est si loin de nous en matière d’image et d’émotion fracassante. À la télévision, il faut bien souvent se contenter du képi du général de Gaulle revenu aux affaires en 1958. Le football – le sport en général – est si loin de notre quotidien. Le spectacle du sport est encore brouillé sur nos écrans de la taille de timbres-poste. Et quand les retransmissions parviennent jusqu’à la famille, elles n’en finissent plus de sauter, puis de disparaître en noir et blanc. D’ailleurs, nous louons notre téléviseur la plupart du temps. Les héros de Suède 1958, les Kopa et Fontaine, ont encore la timidité de ceux qui n’auront jamais les moyens techniques de crever l’écran. Puis, ils disparaîtront des Coupes du monde.

Pelé, lui, est enchaîné à la gloire dès sa première Coupe du monde. Ainsi, qu’importe que nous n’ayons pas vu, ou si peu connu, le fabuleux coup du sombrero d’un gamin de 17 ans, au nez et à la barbe de son adversaire direct. Ce défenseur Suédois qui n’oubliera jamais une telle insolence. Qu’importent les larmes suffocantes du jeune Pelé dans les bras du grand Didi, l’un de ses mentors de la Seleçao, après le coup de sifflet final.

Oui, qu’importe puisque nous allions le retrouver douze ans plus tard, libre comme jamais, au Mexique, en 1970. J’insiste sur le Mexique – le Brésil et Pelé ont soulevé la Coupe du monde au Chili, en 1962 – marqueur à jamais de l’arrivée sur la scène mondiale des images de celui que le stade Azteca fit roi.

Au moment où Pelé s’éloigne de nos vies de passionnés, il est grand temps peut-être de préciser les podiums : le style seul fait-il le plus grand des plus grands footballeurs, ou le palmarès est-il la seule et unique réponse ?

Comment s’y prendre avec ce football dont le grand embouteillage de matchs, compétitions de toutes sortes, massification démente, pourrait nous plonger dans une forme d’embarras. Histoire ou pas, réglons la question des chiffres : Pelé est le seul homme à avoir soulevé trois fois la Coupe du monde. Le plus jeune sélectionné de toute l’histoire du tournoi. Le plus jeune premier buteur en Coupe du monde, etc.

Passons ici sur le simple fait que, à lui seul, Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé, contribua sérieusement à fracasser les codes racistes d’une société brésilienne construite sur les ruines de trois siècles de colonisation portugaise. Avec Pelé, on n’est plus obligé, dans le repli du vestiaire, de maculer son visage avec de la poudre de riz, à seule fin de cacher sa négritude. Pelé, cette merveilleuse mouche sur le lait du Brésil, note avec justesse mon confrère Yves Bigot, dans son très beau livre Football…

Passons sur les honneurs rendus au Rei… Les chefs d’État – de Nixon à Kennedy -, les artistes – de Mike Jagger à Andy Warhol -, se bousculant pour une photo d’éternité. Oui, passons sur les honneurs – Pelé ministre des sports de 1995 à 1998, Pelé élevé au rang de trésor national, Pelé ambassadeur pour l’Unicef, Pelé qui s’efforce, dès 1974, de développer le soccer aux États-Unis, au Cosmos de New York qu’il rejoint avec la star de l’Europe, l’Allemand Franz Beckenbauer.

Oui, passons et revenons au jeu. À cette folie douce qui nous emporte lorsque nous revoyons les premières images en couleur et en mondovision de la Coupe du monde 1970 au Mexique. Tout au fond du décor de notre amour pour le foot, ce sont les quelques gestes qui demeurent et font la différence. Toujours.

On dirait que Pelé et ses lieutenants – Clodoaldo, Jairzinho, Carlos Alberto, Tostao, Rivelino – participent d’un immense ralenti des corps. Merveilleuse illusion, car c’est le ballon qui compte et fracasse les Italiens en finale, 4-1. Les gestes toujours. La mémoire se régale à retenir la danse de Pelé dans l’espace d’une surface de réparation où Mazurkiewicz, le gardien uruguayen, fut incapable de saisir ce mouvement de l’invisible : Pelé, sans ballon, réalisant le pont du siècle sur le gardien. Faut-il ici noter que la balle récupérée par Pelé échoua d’un rien à pénétrer dans le but ? Aucune importance, n’est-ce pas ?

Et ce coup de tête face au gardien anglais Gordon Banks, dont le vertigineux envol fera dire au roi : J’ai marqué un but à Banks, hélas, il l’a arrêté… Ou cette passe à l’aveugle – marchant comme un flâneur tranquille -, en direction de Carlos Alberto pour le dernier but du Brésil, en finale.

Pelé nous quitte, et c’est chagrin d’observer tout ce qu’il emporte dans ses bagages. Tout ce qui résistait à ce football, dont la massification démente des matchs, le garde-à-vous à la haute technologie, la répétition à l’identique, ne cesse d’abîmer notre désir du jeu. J’ai bien vu Neymar pleurer après son élimination face à la Croatie. La vedette du PSG ne pleurait pas uniquement sur lui-même. Il pleurait sans doute sur ce jeu brésilien, fait d’improvisation unique, de samba et d’échappée belle dont nous avons perdu l’empreinte depuis bien longtemps. Ce temps où Pelé me donnait le sentiment de marcher sur la Lune.

Mais quelle fabuleuse et ultime passe à l’aveugle. Pelé ne pouvait partir sans attendre la fin d’une Coupe du monde dont la finale nous a offert toutes ces merveilleuses réserves d’émotion, de joie et de chagrin mêlés, ciment d’un jeu qui demeure unique et universel à la fois. Jusqu’à cette défaite d’un jeune homme – Kylian Mbappé -, à la fois prodige et bâtisseur des Bleus, lequel nous avait demandé de prier pour Pelé, durant le tournoi.

Seconde défaite en quelques jours pour l’attaquant, dont la présence sur le terrain ne cesse de nous donner le vertige. Défaite sportive face à l’Argentine, mais promesse éclatante de victoires futures. Puis défaite de la vie, puisque la mort finit toujours par emporter les plus forts. Y compris les rois de notre jeunesse.

Pierre-Louis Basse Le Monde du 30 12 2022

Edson Arantes do Nascimento, dit « Pelé », en 1961.

Edson Arantes do Nascimento, dit « Pelé », en 1961.

Dans sa ville natale de Tres Coracoes, dans la province du Minas Gerais, au Brésil.

31 12 2022

Et, pour finir l’année en musique, du piano tonique, vivifiant, gai, inspiré, par Sofiane Pamart. Il est au théâtre de L’épée de bois à Vincennes. Il s’est produit le 19 décembre en nocturne à l’Hôtel de la Marine, à Paris, revêtu d’un long manteau, blanc crème anglaise, que n’aurait pas refusé de porter Joséphine lors de son sacre le 2 décembre 1804. Il manquait juste les petits pages pour relever la traine ! On se retient pour ne pas éclater de rire tant tout cela est prétentieux, suffisant. Il s’la joue, il s’la pète. Boursoufflure évidente de l’égo. Et jamais un sourire, toujours la gravité du gourou imbu de lui-même… dommage, bien dommage, car il a un sacré talent, même s’il est plus arrangeur que compositeur.

Qui est Sofiane Pamart, le pianiste virtuose et « sans limite » que les rappeurs s’arrachent ? (francetvinfo.fr)____

Afficher l’image source

bon, c’est vrai que la modestie n’est pas ma qualité première, mais que voulez-vous, pourquoi le serait-elle ? 

___________________________________________________________________________

[1] Eteri Tutberidze est l’entraineuse de Kamila Valieva. Est-ce à elle ou à son chorégraphe Daniel Gleikhengauz que revient le choix de In Memoriam comme musique de la prestation de Kamila Valieva ? Peu importe, celui ou celle qui a fait ce choix  a fait preuve d’un gros culot, car du culot il en fallait pour choisir cette musique écrite par Kirill Richter pour les défunts et la proposer pour une épreuve de patinage artistique en libre.

[2] La trimétazidine est une substance utilisée pour soigner les angines de poitrine et interdite par l’Agence mondiale antidopage (AMA) depuis 2014, car elle favoriserait la circulation sanguine.

[3] Vladimir Poutine s’était impliqué personnellement dans l’organisation de Jeux Olympiques d’hiver en février 2014 à Sotchi et il avait fait appel fréquemment à Jean-Claude Killy pour le conseiller. D’où des relations quasi amicales, amenant Jean-Claude Killy à parler de lui comme d’un type bien, ce qui lui vaudra d’être remercié du Comité international Olympique.

[4] Les temps changent certes, mais on peut néanmoins se souvenir, qu’il y a soixante ans de cela, tous les pays de l’Europe occidentale, libre, s’étaient rangés comme un seul homme derrière John Kennedy, président des États-Unis d’Amérique, qui avait estimé insupportable que des missiles russes soient pointés sur les États-Unis depuis Cuba, et donc, ainsi en avait décidé John Kennedy dans sa zone d’influence, et Khrouchtchev avait perdu ce bras de fer. En 2022, c’est Vladimir Poutine qui se retrouve dans  la position de Kennedy il y a soixante ans, avec, dans sa zone d’influence un OTAN qui outrepasse ses prérogatives, installe une base sur le sol ukrainien, entraine l’armée ukrainienne etc… On pourrait peut-être faire un petit effort pour refuser de s’aligner systématiquement sur les États-Unis, qui ne sont pas vraiment le chevalier blanc qu’ils veulent faire croire. Ce qui pèse un peu à l’OTAN, ce sont les États-Unis, dont l’aide militaire à l’Ukraine est 100 fois plus élevée que celle de la France.

[5] 60 mètres est une limite de plongée humaine en eau libre en respirant de l’air, et ceci n’exclut pas les paliers de décompression en remontant  ; mais l’homme peut plonger jusqu’à 100 mètres avec un mélange où l’azote de l’air est replacé, grosso modo, par l’hélium, à condition de disposer d’une tourelle qui le ramène en surface où il fera sa décompression dans un caisson hyperbare, au sec, avec la possibilité de boire et se nourrir.

[6] L’OTAN entraine l’armée ukrainienne depuis 2014.

[7] Quant aux commentaires français, disant que c’est, en longueur, le deuxième règne le plus long après celui de Louis XIV , il est la parfaite illustration de la mauvaise foi chère à la France, pour ne pas dire du jésuitisme pur, car c’est là comparer des choses qui ne sont pas comparables : les 69 ans de règne d’Elisabeth II sont sont 69 ans de règne effectif, quand Louis XIV, lui,  n’a régné que 54 ans, de la mort de Mazarin en 1661, à la sienne, en 1715. Le règne de 1643 – mort de son père Louis XIII ; il avait alors cinq ans – à 1661, n’a été bien évidemment qu’une fiction, mais à laquelle nous semblons tenir beaucoup, puisque le pouvoir passera très vite aux mains de Mazarin, la reine mère exerçant la régence.

[8]  Des ouvriers rapporteront que, lorsqu’ils signalaient un défaut d’installation sur le chantier (mise en place du ferraillage pour le béton armé par exemple), on leur ordonnait de noyer tout cela dans le béton !