~ 646 à ~ 494. Lao Tseu. Les Gaulois. Bouddha. Confucius. 14918
Publié par (l.peltier) le 25 décembre 2008 En savoir plus

~ 646                          Assurbanipal met Suse à sac. Mais la conquête faisait alors bon ménage avec la culture et l’homme était grand collectionneur de tablettes en son palais de Ninive :

Palais d’Assurbanipal, roi du monde, roi d’Assyrie, qui met sa confiance en Assour et Ninlil, que Nabou et Tashmetou ont doté d’oreilles bien ouvertes et doué d’une perspicacité profonde… La sagesse de Nabou, les signes de l’écriture, tous ceux qui ont été conçus, je les ai écrits sur des tablettes, j’ai arrangé les tablettes en séries, je les ai rassemblées et pour mes royales contemplation et récitation je les ai placées dans mon palais.

De sa capitale Ninive, – l’actuelle Mossoul -, il envoyait des représentants dans tout son royaume afin de dénicher les tablettes manquant à sa bibliothèque : Trouvez les et dépêchez les moi. Rien ne devrait les retenir. Et si, à l’avenir, vous découvrez d’autres tablettes non mentionnées ci-dessous, examinez-les et si vous considérez qu’elle représentent un intérêt pour la bibliothèque, saisissez-les et envoyez-les moi.

C’est dans sa bibliothèque que l’on trouvera l’Épopée de Gilgamesh [1], 3 000 vers sur 12 tablettes, écrite sans doute vers ~1 200, en langue akkadienne, antique cousine de l’arabe et de l’hébreu.

~ 640                               Premières pièces de monnaie :

Les premières pièces de monnaie de l’histoire furent frappées autour de 640 avant notre ère par le roi Alyatte de Lydie, en Anatolie occidentale. Ces pièces avaient un poids d’or ou d’argent standard et portaient une marque permettant de les identifier. Cette marque attestait deux choses. Premièrement, elle indiquait la quantité de métal précieux entrant dans chaque pièce. Deuxièmement, elle signalait l’autorité qui avait émis la pièce et en garantissait la teneur. Presque toutes les pièces utilisées de nos jours descendent des pièces lydiennes.

Par rapport aux lingots de métal sans marque, les pièces présentaient deux avantages importants. Pour chaque transaction, il fallait peser le lingot, mais son poids ne suffisait pas. Comment le cordonnier sait-il que le lingot d’argent que je dépose en échange de mes bottes est vraiment de l’argent pur plutôt que du plomb recouvert d’une mince pellicule d’argent ? Les pièces aident à résoudre ces problèmes. La marque imprimée certifie leur valeur exacte, si bien que le cordonnier n’a pas besoin d’une balance pour tenir ses comptes. Qui plus est, la marque figurant sur la pièce est la signature d’une autorité politique qui garantit sa valeur.

La forme et la taille de la marque ont terriblement varié au cours de l’histoire, mais le message a toujours été le même. Moi, Grand Roi Untel, je vous donne ma parole que ce disque de métal contient exactement cinq grammes d’or. Si quelqu’un ose contrefaire cette pièce, cela signifie qu’il contrefait ma signature, ce qui entacherait ma réputation. Je châtierai ce crime avec la plus extrême sévérité. C’est pourquoi la contrefaçon monétaire a toujours été considérée comme un crime bien plus grave que d’autres actes de tromperie. Contrefaire, ce n’est pas simplement tricher : c’est porter atteinte à la souveraineté, se rendre coupable d’un acte de subversion contre le pouvoir, les privilèges et la personne du roi. Juridiquement, le crime de lèse-majesté était typiquement passible de supplices et de la peine de mort. Tant que le peuple avait confiance dans le pouvoir et l’intégrité du roi, il avait confiance dans ses pièces. Des étrangers acceptaient volontiers la valeur d’un denier romain, [denier dont les Arabes feront leur dinar] parce que le pouvoir et l’intégrité de l’empereur, dont le nom et l’effigie figuraient sur la pièce, leur inspiraient confiance.

Yuval Noah Harari               Sapiens      Une brève histoire de l’humanité          Albin Michel 2015

~ 624  ~ 621               Dracon, premier législateur d’Athènes, marie sévérité (draconnienne), rigueur et discernement ; il établit entre autres la distinction entre meurtre et homicide involontaire, ce dernier étant sanctionné par le bannissement et non la peine de mort. Jusque-là orales, ces lois sont les premières à être écrites… sur des panneaux de bois et sur des stèles rappelant les bétyles, ces pierres sacrées car venues du ciel : – des météorites -. Ainsi, tous les lettrés sont-ils censés les connaître.

vers ~ 605                 Néchao II, pharaon, fait restaurer le canal des Pharaons et creuser un nouveau tronçon du lac Amer à la mer libre ; il ne parvint pas à terminer les travaux malgré les 120 000 hommes qui y travaillent ; c’est Darius qui s’en chargera, 100 ans plus tard. Mais Hérodote fait erreur en attribuant à Néchao la création du canal.

Psammétique laissa un fils appelé Nékao, qui lui succéda sur le trône. C’est lui qui le premier mit la main au canal conduisant à la Mer Rouge, une œuvre complétée par la suite par Darius Premier. Sa longueur en est de 4 jours de navigation et sa largeur est telle que deux trières peuvent voguer de front.

Hérodote (484 – 420)               Histoire II, paragraphe 158.

vers ~ 600                Le même Hérodote raconte que des navigateurs phéniciens, missionnés par Néchao II, auraient fait le tour de l’Afrique, partant de la Mer Rouge pour revenir, 3 ans plus tard par le détroit de Gibraltar. Rien n’est jamais venu confirmer les dires d’Hérodote ; mais plaide cependant en faveur de la véracité du récit la position relative du soleil observée sur la remontée de la côte ouest de l’Afrique, puisque lui-même la juge irrecevable, alors qu’elle est de fait conforme à la réalité :

Néchao fit partir sur des vaisseaux des hommes de Phénicie, avec ordre, pour leur retour, de pénétrer en passant les colonnes d’Héraclès (détroit de Gibraltar), dans la mer septentrionale (la Méditerranée), et de revenir par cette voie en Egypte. Ces Phéniciens donc, partis de la mer Rouge, naviguaient sur la mer Australe (l’océan indien) ; quand venait l’automne, ils abordaient et ensemençaient le sol, à l’endroit de la Libye (nom désignant alors l’ensemble de l’Afrique) où ils se trouvaient chaque année au cours de leur navigation, et ils attendaient l’époque de la moisson ; le blé récolté, ils prenaient la mer, si bien que, au bout de deux ans, ils doublèrent la troisième année les Colonnes d’Héraclès et arrivèrent en Egypte. Et ils racontaient – chose que, quant à moi, je ne crois pas, mais que d’autres peuvent croire – que, pendant qu’ils accomplissaient le périple de la Libye, ils avaient eu le soleil à leur droite (…)

Le cap de Bonne Espérance doublé 2 000 ans avant Bartholomeo Diaz… il y a de quoi alimenter une conversation pendant moult soirées d’hiver autour d’un bon feu !

En plein cœur de la jungle guatémaltèque se trouve Cival, ville maya avec places, pyramides et mur d’enceinte, sur 2 km² ; elle abritait à peu près 10 000 habitants : c’est Francisco Estrada-Belli, archéologue enseignant à l’université Vanderbilt de Nashville, qui l’a découverte en 2001 : jusqu’alors, seule une autre ville du Guatemala était estimée aussi ancienne : El Mirador.

Les Phocéens fondent Massalia : Marseille. Ils ne seront pas longs pour se mettre à la culture de la vigne : c’est de cette époque et de cette région que datent les premières cultures à but commercial de la vigne en Gaule. Il créeront rapidement des comptoirs sur le littoral : Nice -Nikaia, dédiée à Nike, déesse de la victoire – , Antibes – Antipolis, la ville située en face de la cité de Nice -, Agde – Agathé, la bonne cité -, Arles – Théliné -.

La longue occupation du Nord de la Chine par les Barbares avait favorisé l’expansion chinoise vers le sud, créant une situation toute nouvelle : les terres méridionales, désormais densément peuplées, étaient devenues un pôle d’attraction ignoré par les anciennes dynasties ; de plus, elles s’étaient très vite affirmées indispensables par leur production à la survie du Nord. L’empereur Yang-li fait construire La Rivière des nuages – Yunho – ou encore Le Grand Canal, pour pallier à l’insuffisance de voies navigables d’importance dans le sud, et avoir des axes de communication nord-sud, quand les voies naturelles sont toutes est-ouest. Il s’agissait d’irriguer les cultures et transporter par jonques, barques ou sampans les denrées du sud vers le nord : sel, céréales. De Beijing – l’actuel Pékin – au nord, à Hangzou – aujourd’hui Hang Tcheou – au sud-ouest de Shangaï, via Tianjin, les provinces du Hebei, du Shandong, du Jiangsu et du Zhejiang, il relie 5 fleuves chinois, dont les deux plus grands, le Chang Jiang (anciennement Yang Tse Kiang) et le Huang-he, sur 1 800 km de long. Dans le seul Jiangsu, il est coupé de 4 grandes écluses enjambées par des ponts à tablier coulissant permettant le passage de navires de fort tonnage : jusqu’à 800 tonnes de charge ! Le premier chantier, de 618 à 609 av. J.C. occupa 5 millions d’ouvriers ! en 735, sous la dynastie Tang, plusieurs sections lui seront ajoutées. Il sera prolongé de 960 à 1279, puis rénové de 1411 à 1415.

Le cours d’eau symbolise la relation entre l’empereur et le peuple.
 La montagne, c’est l’empereur, le cours d’eau le peuple.
L’eau suit les directives de la montagne.
 Si la montagne stoppe l’eau, l’eau obéit.
 Pourtant, l’eau est puissante, la montagne est faible.
 L’eau peut détruire la montagne, mais les pierres protègent la berge
 Comme les ministres protègent l’empereur.

Sanshui, le livre de la sagesse

Rien n’est plus souple et plus faible au monde que l’eau.
Pourtant pour attaquer qui est dur et fort
Rien ne la surpasse
Et personne ne pourrait l’égaler.
Que le faible surpasse la force
 Que le souple surpasse le dur
 Chacun le sait
 Mais personne ne met ce savoir en pratique

Lao Tseu

Les Chinois du XXI° siècle réutiliseront partiellement ces ouvrages, non plus pour approvisionner Pékin en denrées alimentaires, mais de façon plus pressante, en eau. L’idée serait venue  du grand Timonier, Mao Zedong dès 1952 : Le Sud a beaucoup d’eau, le Nord en manque ; si possible, pourquoi ne pas lui en emprunter ? On donnera le temps à l’idée de murir… une bonne cinquantaine d’années, puis on se lancera dans la réalisation, c’est-à-dire, sur le plan technique, la fabrication d’ascenseurs pour l’eau, le contraire d’une écluse, [qui permet à un volume d’eau et au bateau qui l’occupe de descendre une hauteur donnée] : 13 stations de pompage, chacune d’elle faisant monter l’eau 7.8 m plus haut que le niveau bas. Il s’agit d’arriver au total à faire monter l’eau de 176.6 m : inauguration prévue à l’automne 2014. Il y aura deux branches de dérivation [la seconde à partir de la rivière Han, affluent rive gauche du Yangzi], la troisième prévue – faire passer les eaux du Yangzi vers le fleuve Jaune, près de leur source sur le plateau tibétain – ayant provoqué une levée de boucliers des chercheurs du Sichuan et, par suite son abandon.

En Inde, chez les Kchatriya, un clan du Ganges inférieur, naissance de Vardhamâna, qui, par des pratiques de macération, au sein de la secte des Nirgrantha, parvint à conquérir l’omniscience, ce qui lui conféra les titres de Mahâvirâ – le Grand Héros -, ou de Jina, –le Victorieux -. Il est le fondateur du djaïnisme, doctrine du « tout sensible », qui entraîne l’ahimsâ, – l’interdiction de nuire -, qui va devenir, avec une traduction moins précise , la non-violence. Le karman est conçu comme une souillure spirituelle qui encrasse progressivement la conscience. Les macérations jouent à l’égard de ce karman le rôle de détersif. L’aboutissement logique du refus de l’action est l’inaction totale, c’est à dire, le suicide par inanition.

Le jaïnisme est une religion moraliste et athée, car il considère que l’intervention directe du surnaturel et des dieux ne joue aucun rôle dans la vie des hommes. L’homme se perfectionne par ses actes au cours de sa vie et, à sa mort, renaît dans un autre corps, jusqu’à ce que, après de nombreuses vies, il atteigne la perfection et se dissolve dans l’absolu. Le jaïnisme ne nie pas la possibilité d’un être ou d’êtres transcendants, mais il nie la possibilité pour l’homme d’avoir des contacts de tels êtres, ou la possibilité d’obtenir une preuve quelconque de leur existence. Il est par conséquent entièrement inutile et futile de se préoccuper du monde surnaturel. C’est du jaïnisme que viennent la théorie du Karma et de la réincarnation, ainsi que celle de la non-violence, qui prescrit, comme suprême vertu, de ne faire souffrir aucun être vivant, pas même le moindre insecte. […] Le végétarianisme résultant de la non-violence est aussi, dans l’Inde, d’origine jaïna. La vertu de la nudité complète, des purifications, les ablutions fréquentes, sont des idées jaïna, ainsi que le suicide par le jeûne, et l’idéal de la vie monastique.

[…] L’influence la plus profonde du jaïnisme s’exerça sur le bouddhisme, une religion qui naquit au V° siècle av. J.C. et qui fut une réforme de l’hindouisme, une révolte contre le brahmanisme védique, contre sa hiérarchie, ses rites et ses sacrifices, et qui s’inspira principalement des concepts de la morale et des pratiques du jaïnisme. Mahavira et Gautama Bouddha étaient contemporains et tous deux disciples d’un ascète nommé Gosala. Il est probable que les sages nus de l’Inde, qu’ont connu la Grèce et tout le monde antique, étaient des Jaïnas. Au début de l’ère chrétienne, l’ensemble de la population de l’Inde appartenait à l’une des quatre grandes religions : le brahmanisme, le shivaïsme, le jaïnisme et le bouddhisme. Ces quatre religions se côtoyaient à l’époque historique et vivaient en relative harmonie. […] Mais, alors que le bouddhisme s’est peu à peu résorbé dans l’Inde, le jaïnisme compte encore aujourd’hui de nombreux adeptes.

Alain Daniélou           Histoire de l’Inde              Fayard 1985

~ 597                           Juda – le royaume juif du sud, après une scission à la mort du Roi Salomon en ~ 930 -, tombe sous les coups du roi de Babylone, Nabuchodonosor II : les classes dirigeantes sont déportées à Babylone. Il y eut en fait 3 vagues de déportation : 3 023 personnes en ~ 597, 832 en ~ 587 et 745 en ~ 582 : cela nous est conté dans le Livre de Jérémie, qui devait disposer d’un document administratif fiable. Au sein de ces déportés, pour la plupart prêtres et scribes, les deux grands prophètes Ezéchiel et Daniel.

Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et pleurions, nous souvenant de Sion ;
aux peupliers d’alentour nous avions pendu nos harpes.
Et c’est là qu’ils nous demandèrent, nos geôliers, des cantiques, nos ravisseurs, de la joie :
 » Chantez-nous, disaient-ils, un cantique de Sion.  »
Comment chanterions-nous un cantique de Yahvé sur une terre étrangère ?
Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite se dessèche !
Que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir,
Si je ne mets Jérusalem au plus haut de ma joie !
Souviens-toi, Yahvé, contre les fils d’Edom, du Jour de Jérusalem,
Quand ils disaient : A bas ! rasez jusqu’aux assises !
Fille de Babel, ô dévastatrice, heureux qui te revaudra les maux que tu nous valus,
heureux qui saisira et brisera tes petits contre le roc !

Psaume 137

Le sanctuaire en ruines, il fallait trouver un substitut praticable aux rites traditionnels devenus impraticables. Le haussement du matériel au symbolique n’est pas issu d’une décision délibérée, mais d’un fait accompli. Il a été imposé par cette brutale soustraction de matière, qu’a été le démantèlement des usuels, suite à l’invasion étrangère. Volens nolens, cet épurement obligeait les exilés et déportés à inventer un autel dématérialisé et délocalisable. La Torah, ce sera le temple sans le Temple : ce qui reste quand on ne veut rien oublier et que tout est par terre.

[…] La catastrophe est la mère du monothéisme, et l’alphabet, son père.

[…] Le monde sémitique aura fait en somme deux dons fondamentaux à l’humanité : Dieu et l’alphabet. Qui reste, quelle que soit sa langue de traduction, l’aleph-bet, le a et le b de l’abécédaire hébreu. Nous en avons bénéficié, nous latins, via la Phénicie, qui l’a transféré au monde grec vers ~ 1 000. Les deux innovations sont liées d’un lien intime et nécessaire. Le fait que les plus anciens écrits bibliques datent d’après l’invention de l’alphabet – ce système de notation qui fait disparaître tous les signes qui ne correspondent pas à des sons élémentaires de la langue parlée – témoigne bien que sans alphabet…, pas de Dieu. Ils ont grandi ensemble. Sans tenir, au début, beaucoup de place. Yahvé fut longtemps un dieu local parmi d’autres, qui avait du crédit dans les montagnes et point du tout dans les vallées (Voltaire) et l’écriture, en société mésopotamienne, une activité mercantile parmi d’autres. Il a fallu plus d’un millénaire pour qu’ils gravissent l’un et l’autre les échelons de la hiérarchie… Ce fut un cheminement avec tunnels et résurgences. Ce que Sumer a semé, fleurit mille ans plus tard à Byblos et fructifie ensuite à Hébron.

Régis Debray                 Dieu, un itinéraire.             Odile Jacob 2001

À Babylone, dans le temple de Mardouk, se trouve l’Esagil, la plus grande bibliothèque de Mésopotamie : s’y trouvent rassemblées les tablettes d’argile de la tradition du II° millénaire av. J.C., et des documents de création récente, recouvrant toutes les connaissances d’alors en médecine, astronomie, mathématiques, commentaires d’œuvres littéraires et savantes. etc… Pour ce qui est de l’astronomie, ils avaient dépassé, et de loin, les rudiments :

Des tablettes montrent que les Babyloniens possédaient déjà une maîtrise suffisante de la géométrie pour calculer la course de Jupiter, quatorze siècles avant les Européens

Ne jamais jeter de vieilles images, surtout quand elles représentent des objets très anciens. C’est grâce à des photographies de tablettes babyloniennes qu’un historien de l’astronomie, Mathieu Ossendrijver, vient de découvrir à quel point les mathématiciens de l’époque pratiquaient l’abstraction. […]

Au XIXe  siècle, époque majeure pour les fouilles archéologiques – officielles et sauvages -, quantité d’objets sont venus enrichir les collections des musées. C’est ainsi que le British Museum, à Londres, possède plus de 130 000  tablettes d’argile provenant des cités de Babylone et d’Uruk. Gravées de lignes serrées en écriture cunéiforme – et vierges de représentations graphiques -, elles nous ont beaucoup appris sur la vie quotidienne, l’économie, les mathématiques ou le droit mésopotamiens. Parmi ces tablettes plus ou moins bien conservées, quelques centaines seulement démontrent l’intérêt des mathématiciens de Babylone pour l’astronomie.

Mathieu Ossendrijver a découvert que l’une des photos vieille de cinquante ans apportées par l’assyriologue Hermann Hunger portait des nombres identiques à ceux qu’il avait observés sur un lot de quatre tablettes fabriquées entre 350 et 50 ans avant J.-C., qui l’occupait depuis quatorze ans : quatre plaques gravées de calculs évoquant la méthode des trapèzes, une technique géométrique qui permet de calculer des surfaces. De leur contexte, M. Ossendrijver n’avait qu’une certitude : elles mentionnaient Jupiter. La cinquième tablette lui a permis de résoudre l’énigme. Elle décrit en détail la procédure de calcul appliquée dans les quatre autres, l’algorithme mis en œuvre pour déduire la distance parcourue par Jupiter sur l’écliptique, à partir de l’évolution de sa vitesse angulaire au fil du temps. Des calculs qui portent sur les soixante premiers jours du cycle de la planète, qui démarre quand elle commence à être visible dans le ciel, juste avant l’aube.

Les Babyloniens n’avaient aucune idée de la géométrie de notre Système solaire, et encore moins des lois qui gouvernent le mouvement des astres ou de la notion de plan de l’écliptique, celui dans lequel la Terre tourne autour du Soleil. Mais ils avaient observé que, vus de la Terre, les planètes et le Soleil se déplacent suivant une ligne dans le ciel, que nous appelons écliptique. Leurs calculs astronomiques se bornaient donc à prévoir quand une planète apparaît ou disparaît et à estimer la vitesse angulaire de son déplacement sur cette ligne. Une trajectoire qui forme une boucle, suivant l’illusion optique liée au mouvement relatif de la planète et de la Terre : l’astre commence par suivre une ligne droite, puis ralentit et repart dans l’autre sens, en accélérant, tout en dessinant une boucle – c’est le mouvement rétrograde -, avant de ralentir et d’achever son mouvement rétrograde en accélérant à nouveau dans la direction de départ.

Ces tablettes montrent comment les Babyloniens calculaient le déplacement de Jupiter, en supposant que sa vitesse varie de manière linéaire dans le temps, explique le Danois Jens Horup, l’un des meilleurs spécialistes des mathématiques babyloniennes, qui salue le travail remarquable de Mathieu Ossendrijver. Cela revient à tracer la courbe qui représente la variation de vitesse en fonction du temps, puis à calculer la surface sous cette courbe qui correspond à la distance parcourue. Ce que les mathématiciens appellent un calcul intégral, pour lequel le découpage de cette surface en trapèzes est un outil simple, mais efficace en première approximation. Mais attention, cela ne signifie pas que les mathématiciens de l’époque faisaient des schémas, on n’en a jamais retrouvé. C’est simplement une astuce de calcul, souligne de son côté Jim Ritter, de l’Institut de mathématiques de Jussieu, à Paris.

A dire vrai, personne n’est capable de dire s’il s’agissait bien de calculs à vocation astronomique ou de la simple application de la méthode des trapèzes à l’exemple de la trajectoire de Jupiter, planète qui symbolise Mardouk, le plus important des dieux babyloniens. Dans les tablettes, il s’agit de déterminer en combien de jours Jupiter parcourt la moitié de la distance qu’elle accomplit en soixante jours, ce qui revient à déterminer deux trapèzes de même surface. La réponse est d’un peu plus de vingt-huit jours, puisque la vitesse n’est pas constante, mais elle n’a pas d’intérêt en astronomie, souligne Mathieu Ossendrijver.

Pour autant, ces tablettes montrent que les Babyloniens, s’ils ne maîtrisaient pas la géométrie comme les Grecs le feront plus tard, possédaient déjà une capacité à l’abstraction suffisante pour effectuer des calculs dans un espace mathématique abstrait dont l’une des dimensions est le temps. C’est le plus ancien exemple de lien entre un raisonnement géométrique et l’astronomie mathématique. Et, même si on ne sait pas s’il s’agit simplement d’un algorithme, le vocabulaire employé dans les tablettes est bien géométrique, se réjouit Jim Ritter. Après l’abandon de l’écriture cunéiforme, vers l’an 100 de l’ère chrétienne, qui signa l’oubli du savoir babylonien, un tel lien ne réapparaîtra qu’au XIVe  siècle, chez les philosophes mathématiciens d’Oxford et de Paris.

Denis Delbecq           Le Monde du 3 février 2016

~ 594                         Solon est élu archonte d’Athènes : il va mettre en œuvre plusieurs réformes qui en mécontenteront plus d’un, mais, disait-il, quand on fait de grandes choses, il est difficile de plaire à tous.

La principale, seisachteia, fût de faire arracher les bornes enfoncées en tout lieu. Ainsi rendait-il libre la terre jadis esclave. Quid de ces bornes ?

La terre étant inaliénable, on ne pouvait l’acquérir. La règle avait été tournée par le procédé du contrat pignoratif : le paysan à court d’argent emprunte sur sa propre personne, le seul gage dont il dispose. A l’échéance, si le débiteur ne peut s’acquitter, le créancier exerce sur lui la seule contrainte possible, la contrainte par corps, et, faute de pouvoir l’expulser, il le réduit en esclavage ; mais le créancier préfère souvent mettre la main sur le terrain que sur la personne et cette mainmise se traduit par une borne hypothécaire fichée dans le champ. Au jour de l’échéance, le débiteur s’engageait envers son créancier à cultiver le sol moyennant une rente.

Autre réforme, plus parlante à nos sensibilités rodées aux enjeux olympiques : le remplacement de la trop chère nourriture à vie pour les vainqueurs par une allocation de 500 drachmes : donc, dès le VI° siècle avant Jésus-Christ, c’en était déjà bien fini de l’amateurisme.

~ 587                           Nabuchodonosor, roi de Babylone, détruit le temple de Jérusalem.

vers ~ 563                 Naissance de Bouddha, Cakya-Muni, ou encore Siddharta Gautama, à Lumbinivana, sur les contreforts himalayens, près de l’actuelle frontière indo-népalaise, dans les environs de Kapilavastu, au sein d’une famille régnant sur le clan des Çâkya. Marié à seize ans, père de Rahula, il serait parti treize ans plus tard mener l’existence d’un religieux errant, ce qui était alors très répandu dans la religion védique. A Bodh-Gaya, dans le Bihar, il médita pendant 49 jours sous un figuier, et, au cours de la dernière aube, atteint l’EÉveil parfait ou l’Illumination (Bodhi, d’où le nom de Bouddha). Il prêcha pour la première fois à Sarnath, faubourg de Bénares, puis se mit à enseigner dans cette région la sérénité, la méditation et la compassion. Il vécut 80 ans. L’esprit de douceur, d’égalité et de fraternité qui sont les caractères dominants du bouddhisme en firent un adversaire direct du brahmanisme, dur et arrogant.

Le brahmanisme, né de la fusion du védisme et des religions préaryennes, prit une énorme extension, comme une religion formaliste, centrée autour de rites de plus en plus complexes. Les grands sacrifices devinrent une partie très importante de la vie indienne. Nous en trouvons l’expression dans les textes appelés Brahmanas. Le sacrifice du cheval, rite que devaient accomplir les rois, devint une série de cérémonies employant des milliers de prêtres pendant des mois et engloutissant la plus grande partie des revenus de l’État. La vie entière devint une entreprise rituelle ; les interdits de toutes sortes paralysèrent les relations humaines ; les sacrifices devinrent parfois des hécatombes. La puissance des prêtres domina toute la vie sociale. C’est en réaction contre cette conception de la vie et de la religion que naquit le bouddhisme.

[…] Il est certain que cette nouvelle religion fut une aubaine politique pour les princes, désireux d’échapper au pouvoir des Brahmanes, et que l’encouragement que reçut le bouddhisme et sa rapide diffusion eurent des raisons politiques.

Gautama réagit violemment contre le brahmanisme ritualiste, contre le caractère inhumain des sacrifices et des interdits. S’inspirant de très près de la doctrine jaïna, il entreprit une réforme de la religion, qui mettait l’accent sur de simples vertus, la bonté, la charité, la non-violence, et préconisait comme idéal de vie l’état monastique, le renoncement au monde.

Cette doctrine humaine, sans mystère, eut un grand rayonnement, surtout dans les classes princières et intellectuelles. Les rois soutinrent la nouvelle religion, qui les libérait de l’empire des prêtres et les dispensait des dépenses énormes que causaient les grands sacrifices. Le bouddhisme devint aussi un instrument puissant d’influence culturelle et le principal véhicule de l’expansion coloniale de l’Inde. Grâce au bouddhisme, l’influence indienne se répandit sur la Birmanie, l’Indochine, et l’Indonésie, sur le Tibet et la Mongolie, et même sur la Chine et le Japon. Vers l’ouest, l’influence du bouddhisme fut moins grande, mais elle a certainement joué un rôle dans les mouvements religieux qui agitèrent le Proche Orient, l’Égypte et la Grèce, au cours des siècles qui précédèrent la naissance du christianisme. On reconnaît aisément cette influence dans l’élaboration de la doctrine chrétienne des premiers âges. La vie du Bouddha, sous le nom de saint Josaphat, est d’ailleurs incorporée dans la vie des saints.

Dans l’Inde même, le bouddhisme ne semble jamais avoir atteint les classes populaires, toujours conservatrices et très attachées aux rites, aux mystères, aux coutumes. Aussi, lorsque après plus d’un millénaire, de grands philosophes hindous organisèrent une contre offensive et s’attaquèrent, dans les joutes de savants, aux principes mêmes de la philosophie bouddhiste, le bouddhisme s’effrita et disparut complètement du continent indien. Il ne survécut que dans les régions périphériques, Népal, Ceylan, Birmanie, Tibet, Indochine, ainsi qu’en Chine et au Japon.

Toutefois, dans plusieurs de ces pays, le Tibet en particulier, le bouddhisme avait été réformé, pour inclure de nombreux éléments des religions antérieures ; en particulier, le culte shivaïte et le culte du principe féminin (la shakti). C’est ce qu’on appelle le Grand Véhicule (Mahayana), par opposition au bouddhisme originel ou Petit Véhicule (Hinayana). Le bouddhisme tibétain, avec ses rites magiques et ses dieux, n’a guère du bouddhisme originel que des noms et des formules.

À partir du V° siècle av. J.C., la naissance puis le développement du bouddhisme apportent une conception nouvelle de l’histoire. C’est à partir de ce moment que nous rencontrons des textes proprement historiques. Les anciens Hindous voyaient dans les événements humains des manifestations du divin. Ils ne séparaient pas la mythologie de la légende et de l’histoire. Avec le bouddhisme, la religion et l’histoire deviennent des réalités tangibles. Les successeurs du Bouddha sont soigneusement étiquetés. Les rois qui protègent la nouvelle doctrine sont immortalisés. Nous assistons alors au premier grand renversement de la conception religieuse qui affectera la plupart des religions ultérieures. Les dieux ne sont plus des principes abstraits qui se manifestent dans toute la création, mais des êtres humains qui sont déifiés. Les dieux et les saints deviennent des personnages historiques. L’histoire, même si on la falsifie, devient chronologique ; et cette conception de la réalité historique se continuera jusqu’à nos jours.

Alain Daniélou               Histoire de l’Inde               Fayard 1985

Le point de départ du bouddhisme, c’est le sentiment de la souffrance universelle, amplifié au point de fournir le support d’une phénoménologie : toute vie est souffrance. Comment se soustraire à cette souffrance ? Par l’extinction du désir, cause à la fois de la vie et de la souffrance.

[…] Le karman est simplement interprété comme une causalité psychophysiologique : nos actes, nos pensées, nos désirs, nos volitions entraînent des conséquences. Nos actes nous créent… La nouveauté essentielle du bouddhisme est peut-être ailleurs : dans l’importance qui revient à la conduite morale et dans la découverte de la voie moyenne.

Avant le Bouddha, le péché essentiel était d’ordre rituel ou métaphysique : avec le bouddhisme, c’est le comportement – en comprenant le comportement affectif et mental -, qui décide seul de notre destinée. Le refus, la phobie dirait-on, de toute métaphysique est poussé à tel point qu’il n’est pas envisagé d’autre divinité que les dieux du polythéisme brahmanique réduits au rôle de figurants falots, soumis d’ailleurs à la transmigration ; que l’existence même de la personnalité individuelle est niée : la négation de l’âtman est l’argument majeur, difficilement compatible d’ailleurs avec la notion d’une libération, par lequel le bouddhisme s’oppose au brahmanisme

[…] Vardhamâna, le fondateur du Jaïnisme, fut un réformateur, Çakyamouni fût un créateur… on peut être un saint par la perfection des vertus, un philosophe par la pénétration de la pensée ; on n’est pas un fondateur de religion sans la puissance de rayonnement qui attire les foules.

Jean Naudou               L’Inde 1956

On peut distinguer aujourd’hui cinq écoles au sein du bouddhisme :

  • Theravâda (Ecole des Anciens),
  • Mahâyâna (Grand Véhicule), Asie centrale, Chine, Corée Japon.
  • Hinayana (Petit Véhicule), sud de l’Inde et Asie du sud est.
  • Vajrayâna, -Véhicule de Diamant, dit aussi Bouddhisme tantrique,
  • et l’école du Zen, qui ne se reconnaît aucune dépendance à l’égard des mots et des lettres.
Ill. 2 : Le petit bouddha (38 mètres). 10 mai 1964

Le petit – 38 mètres – Bouddha de Bamiyan 10 mai 1964

Le grand Bouddha de Bamiyan (55 mètres). 10 mai 1964

Le grand Bouddha de Bamiyan (55 mètres). 10 mai 1964

vers ~ 550                   Ce n’est pas encore le début des vacances, mais au moins la justification de la re-création : reproche est fait au pharaon Ahmôsis II [ou Amasis I°] d’avoir passé la journée à chasser, ce à quoi il répond :

Les archers bandent leur arc lorsqu’ils veulent tirer, et le relâchent ensuite […] Il en est de même des hommes. S’ils se consacrent sans cesse au travail sérieux […] ils perdent leur sens et deviennent fous, ou maussades …

vers ~ 551                    Naissance de Kongfuzi, latinisé en Confucius et de Lao-Tseu [2] : deux sages qui vont très profondément marquer la Chine, chacun ayant été mis au sommet d’une religion, à l’instar de Bouddha… mais le proverbe chinois finira par écrêter tous les antagonismes : Les trois religions n’en sont qu’une. Confucius, après une vie bien remplie, allant de l’intendance d’un domaine agricole à de hautes responsabilités politiques, reviendra sur sa terre natale en ~ 484, au pays de Lu, dans la province de Shandong, s’efforçant de répandre sa philosophie de l’harmonie et de la justice dans les rapports sociaux. Il laissera à la postérité ses Entretiens.

Qu’était le confucianisme ? On l’a désigné à juste titre comme une doctrine d’harmonie dans le corps social ; son ambition était de promouvoir la justice sociale, dont on peut légitimement penser qu’elle était bien limitée dans les États féodaux et bureaucratiques de la Chine du VI° siècle avant J.C. Confucius rechercha l’ordre dans un pays en proie au chaos politique et prêcha le respect de l’individu à une époque où la vie humaine ne valait pas grand-chose. Il voulait une éducation universelle et enseignait que les postes administratifs et diplomatiques devaient être attribués à des gens qualifiés, au sens universitaire du terme et non au sens social, proposition absolument incongrue et inacceptable pour cette époque.

Colin Ronan               Histoire mondiale des sciences            Seuil 1988

Confucius s’était attaché à ce que les Chinois nomment les chansons d’intimidation, longue énumération des tâches effectuées par les paysans pour leur suzerain, qui se plaçaient à la limite du chantage. Elles donnent au moins une bonne idée de la production agricole du pays :

À la cinquième lune, nous cueillons prunes sauvages et cerises,
À la sixième lune, nous bouillons guimauve et soja,
À la septième lune, nous faisons sécher les dates,
À la huitième lune, nous utilisons le riz
Pour en faire le vin de printemps
Afin que notre suzerain se voie accorder longue vie.
À la sixième lune, nous cueillons les melons
À la septième lune, nous coupons les calebasses
À la huitième lune, nous prenons le chanvre en fruit
Nous ramassons les herbes amères, nous coupons l’ailante pour avoir du bois pour le feu
Afin que notre suzerain puisse manger

À la huitième lune, nous préparons les granges,
À la neuvième lune, nous engrangeons la moisson ;
Le millet pour le vin, le millet pour la cuisine, précoce et tardif,
Le riz et le chanvre, le soja et la farine,
Monseigneur, la récolte est achevée.
Nous commençons à travailler sur vos demeures ;
Au matin, nous amassons le chaume,
Au soir, nous tressons des cordes
Nous œuvrons prestement sur les toits,
Car bientôt, il faudra semer les mille grains du seigneur.

Aux jours de la première, nous taillons la glace avec des coups sonores ;
Aux jours de la deuxième, nous l’amenons dans la chambre froide ;
Aux jours de la troisième, aux premières heures,
Nous offrons les porcs et l’ail, afin que notre seigneur puisse se nourrir
À la dixième lune sévissent les gels malins ;
Nous dégageons les granges,
Mettant les pichets doubles, nous célébrons la fête du village,
Tuant pour elle l’agneau du printemps.
Nous montons au palais de notre seigneur,
Levons nos coupes en corne de buffle :
Hourra pour notre suzerain !
Puisse-t-il vivre toujours et à jamais !

Confucius       Livre des vers

Lentement élaborée depuis des temps très anciens, une manière de penser s’est structurée dans le cadre de ce que l’Occident appellerait des religions et que la Chine appelle plutôt des enseignements. Elle en connaît trois principaux : le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme. Seuls les deux premiers sont d’origine chinoise. Ils sont nés en Chine, à l’époque des Zhou, en un temps joliment nommé période des Printemps et Automnes (-722/-481).

À cette époque, les rois Zhou sont faibles, et le pays est partagé entre des petites principautés. Kongzi (-551/-479), ou encore Kong-fuzi, c’est-à-dire maître Kong, dont les jésuites firent le nom occidental de Confucius, commence une carrière au service de l’une de celles-ci. Le voici même ministre d’un prince, mais des intrigues l’obligent à le fuir. Après avoir été appelé auprès d’autres gouvernants qui le déçoivent toujours, il décide de délaisser la vie politique pour méditer sur ce qu’il a vécu. Entouré de nombreux disciples, il élabore peu à peu une doctrine. Comme Socrate, il ne la coucha pas lui-même par écrit. À l’instar du maître grec, sa pensée fut recueillie par ses élèves. Compilée sous forme de discours, de dialogues, on la retrouve dans un livre fondamental de la culture chinoise, Lunyu, en français les entretiens.

Le culte qui, des siècles après lui, fut rendu à Confucius a des aspects religieux. Il est célébré dans des temples, on dépose des offrandes sous ses statues. Pour autant, il n’y a rien dans sa pensée qui s’apparente à ce que l’Occident appelle une religion. Aucune interrogation sur le rapport aux divinités, l’origine de l’univers ou ce qui se passe après la mort. Pour lui, une seule question importe : comment faire pour que les hommes vivent en harmonie. Le confucianisme est une doctrine sociale, dans le sens premier du mot. Elle est bâtie sur quelques grands principes. Il s’agit d’abord de mettre en valeur chez chaque homme un bien commun à l’ensemble de l’humanité qui est le sens de la bonté, de la bienveillance à l’égard d’autrui. C’est le ren, la grande vertu confucéenne. Il s’agit aussi d’apprendre à chacun la place qu’il a dans le groupe, la famille ou la collectivité, et la nécessité qu’il y a de tenir cette place vertueusement, car c’est la seule garantie de l’équilibre de l’ensemble. Ainsi le fils, au nom de l’amour qu’il a pour ses parents, doit-il respecter la piété filiale et la maintenir après la mort en pratiquant scrupuleusement le culte des ancêtres. Ainsi le subordonné doit-il respecter le supérieur, tout comme le supérieur doit se comporter avec respect envers le subordonné. Les analectes résument cela en une formule devenue proverbiale et que les plus téméraires de nos lecteurs pourront tenter de dire en chinois : jun jun chen chen fu fu zi zi, c’est-à-dire : Que le souverain agisse en souverain, le ministre en ministre, le père en père, le fils en fils. Comme ciment de cet édifice, le philosophe insiste sur l’importance des rites. Ils sont essentiels car ils donnent aux actes de la vie tout leur sens et permettent de prendre conscience de la place de l’homme au sein de la collectivité. Enfin, il fait une place particulière au savoir et au respect des textes. Il est un lettré lui-même. Dans sa doctrine, cette classe de la population se retrouve tout en haut de l’échelle sociale. Comme base de la culture de ces érudits, il promeut les textes anciens, ces classiques dont nous avons parlé. Grâce à lui, ils seront étudiés et révérés pendant des siècles.

François Reynaert    La Grande Histoire du Monde      Fayard 2016

La façade d’une maison n’appartient pas à celui qui la possède mais à celui qui la regarde.

[…]         Produire sans s’approprier, agir sans rien attendre, guider sans contraindre, voilà la vertu primordiale. [… dont pourrait aujourd’hui se réclamer tout producteur bio]

Lao Tseu

On est en droit de se demander si la Révolution Culturelle des décennies 1960-1970 ne plonge pas ses racines bien plus loin que la venue au monde de Mao Zedong : dans le Tao-tö-king le même Lao Tseu avait déjà proposé : Éliminez les sages, exilez les génies, ce sera plus utile au peuple ! et même : Supprimez les études, il ne se passera rien.

Confucius est l’incarnation de la Chine. Génie universel en qui se résument toute la littérature antique, toute la littérature moderne, toute la religion, toute la raison, toute la philosophie, toute la législation, toute la politique d’un passé sans date et de trois cents millions d’hommes ; cet homme-là fut à la fois, par une merveilleuse accumulation de dons naturels, de vertus, d’éloquence, de science et de bonne fortune, l’Aristote, le Lycurgue, le ministre, le pontife, et presque le demi-dieu d’un quart de l’humanité. Confucius résume en lui seul la raison d’un hémisphère.

Alphonse de Lamartine                 Cours familier de littérature, vol.6, XV, 1858

Lao Tseu et, à sa suite, Mo Tseu et Mencius, seront les pères du Taoïsme :

A l’origine, les notions du yin et du yang paraissent avoir désigné, la première le versant ombreux, la seconde le versant ensoleillé des montagnes. Dans le système des hexagrammes, l’école des devins a identifié le principe yin à la ligne brisée (- -), le principe yang à la ligne pleine (-). Pour la spéculation ultérieure, telle que nous la voyons se développer dans le livre du Hi ts’eu, le principe yin représente, non seulement le froid et l’humidité, mais aussi la rétraction, l’élément féminin, le principe terrestre ; le principe yang représente non seulement la chaleur, mais aussi l’expansion, le principe mâle, l’élément céleste. Dans le cycle agraire, sous le climat de la Chine du Nord, la période de claustration hivernale et des travaux domestiques exécutés à domicile par les femmes est yin, la belle saison, qui permet aux hommes de se répandre dans les champs pour s’y livrer aux travaux agricoles, est yang. Nous retrouvons d’ailleurs ici la loi des mutations. Au printemps et à l’été, le yin devient yang, à l’automne et à l’hiver le yang redevient yin. Cette alternance éternelle des deux principes, des deux modalités de l’univers, crée le rythme universel, crée et maintient la vie du cosmos.

L’éternelle réversibilité des deux modalités périodiquement appelées à se muer chacune en son contraire, le rigoureux déterminisme de leur interdépendance sont assurés par un principe suprême, par une force interne à l’une comme à l’autre, supérieure à l’une comme à l’autre, force que la terminologie chinoise désigne sous le nom de Tao, mot à mot la Voie. Le Tao représente en réalité l’Énergie Universelle se manifestant tour à tour sous les aspects du yin et du yang qui ne sont que ses modalités. Dans la pensée chinoise, définitivement élaborée, de l’école taoïste (~ V°~ IV° siècle) le Tao sera nettement l’Élan Cosmique ou l’Élan Vital, en qui alternent et s’identifient les contraires et qui, dans son rythme souverain, émet, meut et emporte l’homme et l’univers.

René Grousset, Sylvie Regnault-Gatier              L’Extrême Orient 1956

Il est fort probable que Laozi, ou Lao Tseu, comme l’on écrivait jadis, n’ait jamais existé. Il pourrait n’être qu’une création légendaire, qui a eu pour fonction de cristalliser un certain nombre de croyances et de pratiques formant la doctrine qu’il est censé avoir fondée mais qui, pour le coup, existe bel et bien. On l’appelle le taoïsme.

La tradition, donc, fait de Laozi un contemporain de Confucius, puisqu’ils sont censés s’être rencontrés. Cette contemporanéité a une grande utilité pédagogique. Elle met d’autant plus en valeur leur opposition et c’est une bonne manière d’entrer dans la pensée de l’un et de l’autre. Confucius ne s’intéresse qu’à la vie de la société. Laozi et les taoïstes ont d’autres préoccupations. Ils se focalisent sur les questions métaphysiques, celles qui ont trait aux mystères de l’univers, aux secrets de la nature, aux principes obscurs qui président à la vie ou à la mort. En cela, ils s’inscrivent dans la continuité des religions chinoises traditionnelles – liées aux esprits, aux démons, aux divinités. Le taoïsme porte ce nom car il repose sur l’idée qu’un principe est à l’origine de tout, le tao, littéralement le chemin, la voie, et par extension la doctrine, la morale. Ce tao est l’unicité primordiale d’où dérive le système dont nous avons parlé, celui qui fait fonctionner l’univers, le yin, le yang, etc. En le décortiquant, en l’étudiant, pensent les sages taoïstes, on finira peut-être par comprendre les secrets de la vie… Une de leurs obsessions les plus célèbres et qui les poursuivra longtemps est celle de la quête de l’immortalité : inlassablement, pendant des siècles, ils chercheront l’élixir, l’endroit, la formule magique, qui permettra enfin aux hommes d’échapper à la malédiction de la mort. Cette recherche, aussi extravagante qu’elle nous paraisse aujourd’hui, a des répercussions très concrètes sur l’histoire chinoise, on le verra à plusieurs reprises.

Les conceptions sociales de Laozi sont résumées par un autre principe : wu wei, le non-agir. Le devoir du sage est de se retirer de l’action pour respecter le tao, laisser faire l’ordre cosmique. Alors qu’on lui proposait de grands postes ministériels, Laozi lui-même, dit sa légende, préféra s’éloigner du monde pour aller vivre au sommet d’une montagne, avant de partir et de disparaître. Notion fondamentale, le wu wei régna jusqu’au sommet de l’État, de nombreux empereurs en firent leur principe cardinal. Ne pas agir, c’est respecter l’équilibre fondamental, c’est donc montrer que l’on est garant de l’ordre du monde.

François Reynaert                      La Grande histoire du monde       Fayard                        2016

Qu’est-ce que le Tao? Il est difficile de le définir car il n’existe pas de terme équivalent en français, mais on s’en approche en disant que ce terme philosophique et spirituel désignait la Voie, ou peut-être l’Ordre de la Nature, dans le sens du pouvoir fondamental de l’univers. Il convient aussitôt de préciser qu’il ne s’agissait pas du pouvoir d’un souverain personnalisé, d’essence divine et tout-puissant, mais du pouvoir immanent de l’immense organisme qui comprenait à la fois l’homme et l’univers. Le mieux est donc de nous en tenir au terme chinois Tao.

Les origines du taoïsme sont doubles. Il s’édifia en partie au milieu des philosophes qui, pendant les guerres du VIII° au V° siècle avant J.-C, ne s’attachèrent pas à la Cour de princes féodaux pour les conseiller dans leur gouvernement, mais renoncèrent pratiquement à toute vie sociale pour contempler et étudier le monde de la Nature. Cependant, ses origines doivent aussi quelque chose aux magiciens, sorciers et chamans, qui croyaient à une multitude d’esprits et de divinités mineurs du monde naturel et les priaient afin d’assurer de bonnes récoltes et de guérir des maladies de toutes sortes. A partir de ces influences, le taoïsme devint une croyance en un ordre de la Nature, lequel donnait naissance à toutes choses et gouvernait chaque action, en vertu d’une justesse naturelle inhérente et non d’une force imposée.

Ces croyances stimulaient le désir de s’informer sur les causes des phénomènes, d’observer le monde naturel et même de mener des expériences. Le taoïste devait contempler la Nature non pas avec une curiosité nonchalante, mais avec la Conviction que le savoir ainsi acquis lui apporterait la paix intérieure. Au lieu d’utiliser ses connaissances pour imposer sa domination sur la Nature (le mobile qui inspira une bonne partie de la recherche scientifique occidentale), le taoïste n’aurait jamais entrepris ce qui aurait été considéré comme une action «contraire» pour user de force contre la Nature. Les taoïstes s’intéressaient aux changements cycliques et songeaient souvent à un âge passé, plus simple et plus «pur», où les choses étaient meilleures, la croyance vieille comme le monde en un «âge d’or» depuis longtemps révolu.

[…] Jamais les Chinois n’émirent une théorie atomiste, car ce type de vision ne s’accordait pas au concept d’un univers naturel qui était un organisme dont le fonctionnement était issu de l’interaction de comportements justes et naturels. Les modistes, il est vrai, semblent avoir flirté avec une conception atomiste mais leurs idées orientées en ce sens n’eurent pas d’influence. Comme les Grecs, les Chinois en général optèrent pour une théorie qui faisait appel à un petit nombre d’éléments de base ; dans leur cas, il y en avait cinq et non quatre. La théorie des cinq éléments remonte au moins à l’époque comprise entre 350 et 270 avant J.C. ; elle reçut sa forme définitive et systématique du naturaliste Zou Yan, que l’on a parfois qualifié de fondateur de la pensée scientifique chinoise et qui fut le membre le plus influent de l’importante académie Zhi-Xia du prince Xuan. Zou Yan appartenait à la secte des philosophes chinois qui, sans fuir la cour des princes comme les taoïstes, se préoccupaient néanmoins de trouver un sens au monde naturel.

Les cinq éléments originels chinois étaient l’eau, le métal, le bois, le feu et la terre ; bien entendu, on ne devait pas les considérer comme de simples substances (ce qu’ils n’étaient pas), mais plutôt comme des principes actifs. Les éléments avaient à voir avec les processus présents dans la nature et avec ceux qui se déroulaient dans les laboratoires. Ainsi, l’eau mouillait, s’égouttait, descendait, et le goût du sel lui était associé ; telles étaient ses caractéristiques. Celles du feu étaient qu’il brûlait, chauffait, s’élevait vers le haut, et le goût qui lui était associé était l’amertume. Le bois recevait les formes imposées par la coupe et la sculpture, et l’aigreur lui était associée. Le métal prenait les formes imposées par le moulage, lorsqu’il était liquide ou refondu, et il était astringent. Enfin, la terre était caractérisée par la production d’une végétation comestible et sa saveur était douce.

Bientôt ces éléments se trouvèrent combinés en un système cyclique qui devint très stylisé à l’époque Han. Différents «ordres» des éléments furent élaborés. L’un d’eux exprimait l’ordre selon lequel les différents éléments étaient censés être apparus, l’eau étant l’élément primordial. D’un autre ordre, celui de la Production mutuelle, on pensait qu’il montrait comment un élément peut en engendrer un autre. Il y avait aussi l’ordre de la Conquête mutuelle, dans lequel chaque élément était censé pouvoir en conquérir un autre. Par exemple, le bois conquiert la terre (parce qu’une bêche de bois peut retourner le sol) ; le métal conquiert le bois (il peut le tailler et le sculpter); le feu conquiert le métal (il peut le fondre) et l’eau conquiert le feu (elle peut l’éteindre). Pour compléter le cycle, la terre conquiert l’eau qu’elle peut endiguer et contenir, ce dont les Chinois, inventeurs de systèmes d’irrigation efficaces et souvent très élaborés, étaient très conscients. L’ordre de la Conquête mutuelle n’était pas seulement utilisé par la science mais aussi dans le domaine de la politique car, selon une croyance très répandue, la conduite du prince ou de l’empereur et de ses courtisans, si elle était bonne, pouvait être guidée par l’ordre de la Conquête mutuelle des éléments, du fait surtout que ces éléments étaient associés aux saisons et aux manifestations du monde naturel.

Les cinq éléments étaient associés à toutes les expériences. Ils symbolisaient le changement, la quantité (ils étaient censés contrôler un processus qui dépendait de la quantité d’un élément présent) et, au fil des temps, ils furent liés aux odeurs et aux goûts, aux points cardinaux de la boussole, aux fonctions physiques et mentales de l’homme, et aux animaux. Ils étaient reliés également au temps, à la place des étoiles et des planètes et même à certains aspects du gouvernement. Bref, les cinq éléments étaient associés à toutes les activités de la Nature comme à celles de l’homme.

Une autre idée essentielle de l’explication chinoise du monde naturel était celle des deux forces fondamentales : le yin et le yang. Elle fut utilisée dans une perspective philosophique au début du IV° siècle avant J.-C. Le yin était associé aux nuages et à la pluie, au principe féminin et à ce qui est intérieur, froid et sombre ; au contraire, le yang s’alliait aux idées de chaleur, d’ardeur, de rayonnement solaire et de virilité. On ne pouvait trouver le yin et le yang séparément car ils étaient la contrepartie essentielle l’un de l’autre ; il se trouvait seulement que, dans toute situation, l’un ou l‘autre prenait le pas, un de ces facteurs était dominant et l‘autre récessif (une idée analogue surgira beaucoup plus tard, à noire époque, dans la terminologie de la génétique).

Ensemble, les cinq éléments et les deux forces fondamentales pouvaient s’associer de multiples façons dans le monde naturel. Ils pouvaient englober toutes les choses susceptibles d’une combinaison quintuple et celles qui n’entraient pas dans le schéma furent adaptées ultérieurement à d’autres associations par quatre, neuf, vingt-huit, etc. En d’autres termes, les Chinois pratiquaient ce qu’on appelle la pensée associative ; ils recherchaient les liaisons et les rapports entre une chose et une autre.

Les cinq éléments et les deux forces fondamentales furent un atout pour la science chinoise ; grâce à eux, des rapports purent être définis et, une fois qu’ils furent définis, on put les étudier. Ils montraient comment les choses pouvaient entrer en «résonance» les unes avec les autres ou, comme un scientifique moderne l’exprimerait, ils permettaient aux hommes de science chinois d’envisager une action à distance entre un homme et un autre.

Colin Ronan                      Histoire mondiale des sciences Seuil 1988

Rien, dans la tradition chinoise, ne ressemble à un dieu créateur, donnant naissance au monde. Il n’y a pas de commencement. Il y a un principe originel, qui dispense une énergie primordiale, le qi – on prononce tchi -. Le qi est ce souffle présent partout, toujours, dans toutes les manifestations de l’univers, de la nature, de la vie sous toutes ses formes, comme dans le corps des humains où il circule à travers des méridiens.

Pour lui donner sa force, son allant, ce rythme particulier qui le conduit, il faut lui adjoindre une deuxième notion fondamentale : le système du yin et du yang. L’alternance constante entre ces deux principes contraires conduit la marche de l’univers. Le yin est du côté de l’humidité, du féminin, du sombre, du froid, de la rétractation. Le yang du côté de la chaleur, du soleil, de l’activité, de l’expansion, du masculin. Il ne faut rien voir de positif ou de négatif dans l’une ou l’autre de ces énumérations. L’un et l’autre principe ne sont pas plus chargés en valeurs morales que le pôle plus et le pôle moins d’une pile électrique. Précisément, ils fonctionnent comme le courant. Ils sont complémentaires, l’un a besoin de l’autre, et l’autre a besoin de l’un, car c’est leur opposition, leur alternance qui créent la direction, le mouvement, comme l’alternance de la jambe gauche et celle de la jambe droite créent la marche. Enfin, ce mouvement perpétuel met en branle tout ce qui constitue l’univers, et est formé de cinq éléments.

Nous voici à la troisième notion fondamentale, la théorie des cinq éléments. Là où les Grecs pensaient quatre (l’eau, le feu, la terre, l’air), les Chinois en voient un de plus et leur liste diffère légèrement : le métal, le bois, l’eau, le feu, la terre. Par ailleurs, ils pensent ces éléments non de façon statique, comme des particules de base qui s’agencent entre elles pour former la matière, mais de façon dynamique. Pour eux, tous ces éléments, en effet, ont la particularité de pouvoir se transformer les uns en les autres, de manière infinie. Cela se passe en suivant des cycles d’engendrement (ainsi par exemple le métal qui fond devient liquide comme l’eau ; l’eau qui arrose fait pousser l’arbre et donc engendre le bois, etc.) – et des cycles de destruction, comme celui du métal qui peut couper le bois, ou de l’eau qui peut éteindre le feu.

On l’aura constaté, il y a de grandes différences entre la pensée chinoise et la pensée occidentale. Soulignons-en deux. Dans l’univers tel que le conçoivent les Occidentaux, créé par un dieu unique qui le fit à son image, l’homme occupe une place centrale. Il n’est rien de tel pour les Chinois. Selon eux, l’univers n’a pas été créé, il est, et l’homme en fait partie, au même titre que tout ce qui existe, le rocher et la fleur, le visible et l’invisible, tous mus selon les mêmes principes que l’on vient de décrire, et agis par les mêmes cycles.

La pensée occidentale, issue du rationalisme grec, est une pensée de l’opposition : il y a le blanc et le noir, le chaud et le froid, des effets et des causes, des choses qui existent ou qui n’existent pas : il y a l’esprit et le corps, la matière et la conscience, l’ici-bas et la perfection céleste. En Chine, on ne se préoccupe pas de l’opposition mais de l’énergie produite par l’interaction des uns et des autres. Toutes les notions que l’on a présentées, la circulation du qi, l‘alternance du yin et du yang, le cycle des mutations entre les éléments sont du côté du mouvement permanent qui gouverne et fait tourner cette grande machine qu’est l’univers.

La pensée de l’opposition, en Occident, a souvent conduit la science à chercher à comprendre toutes choses en segmentant, en coupant les problèmes en petits morceaux pour les résoudre les uns après les autres. Un penseur chinois cherchera toujours à comprendre les choses dans leur globalité. L’exemple le plus évident de cette différence d’approche se trouve dans la médecine. L’occidentale, pour combattre une maladie, cherche à trouver son origine en procédant par élimination successive : vient-elle du cœur ? du foie ? de l’estomac ? La chinoise se préoccupe de la circulation de l’énergie à travers le corps tout entier.

François Reynaert                La Grande histoire du Monde             Fayard 2016

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Confucius

Lao Tseu

Les rois de Rome sont étrusques – les Tarquins – pour une cinquantaine d’années : on leur doit sans doute la Cloaca Maxima, et, sur le Capitole, le temple consacré à Jupiter, Junon et Minerve.

Les Celtes installés dans l’actuelle Bavière, colonisent les pays du Rhin, et s’installent entre Rhin et Marne : c’est de là qu’ils lanceront leurs expéditions sur la Gaule entière, et encore au-delà, jusqu’à l’ouest de la péninsule ibérique, puis la Grande Bretagne et l’Irlande.

Tout un peuple en marche, une cohue, des progressions inorganisées mais qui ont, des siècles durant, mis en question le destin entier de l’Europe et de la Méditerranée. Qui ont affronté l’Europe profonde à l’Europe méditerranéenne, les tribus aux cités, les Barbares aux civilisés, l’économie primitive à la monnaie… Longtemps victorieux, les Celtes ne connaissent ni les villes à plein exercice, ni l’Etat avec ses structurations, ni à fortiori l’empire. Pas de buts politiques longuement poursuivis, pas de conquêtes savamment méditées. L’esprit d’aventure, le goût du butin, parfois aussi, sans doute, le surnombre des bouches à nourrir, les portent hors de chez eux. Ils sont capables de se déchirer entre eux, de s’engager comme mercenaires au service des Grecs de Sicile ou d’Asie Mineure, au service de l’Egypte, au service de Carthage : « Qui veut un courage aveugle et du sang à bon marché, écrit Michelet, achète des Gaulois. »

Fernand Braudel                  L’identité de la France.                Arthaud Flammarion 1986

En remontant à l’origine des Gaulois, on voit qu’ils eurent des qualités opposées à celles des peuples limitrophes. Le Germain était toujours sombre comme la forêt hercynienne dans laquelle celle nation vivoit ; une humeur légère, gaie, inconstante, étoit, au contraire, le partage des Gaulois. Les descendans de ceux-ci ont, à la vérité, bien dégénéré de leurs aïeux, sous le rapport physique ; mais, sous le rapport moral, quelque air de ressemblance et de famille subsiste, et probablement subsistera longtemps encore. Dans leur vie privée, les Gaulois différoient très-peu des sauvages de l’Amérique ; leur caractère offroit un mélange de force et de faiblesse, de vivacité et d’indolence, de magnanimité et de barbarie ; mais les égards qu’ils avoient pour les femmes, la déférence qu’ils leur montraient, mettent les Gaulois beaucoup au-dessus des sauvages de l’Amérique, et surtout de ceux de l’Afrique ; les senlimens les plus tendres de la nature les unissoient aux compagnes de leur vie. Les femmes gauloises jouissoient d’une telle considération, qu’on les consultoit dans les délibérations publiques ; elles – mêmes choisissoient pour le mariage, l’objet de leur tendresse ; elles suivoient leurs maris dans les combats, et formoient à l’armée une espèce d’arrière-garde.

Durant la paix, le caractère de cette nation s’altéroit ; les guerriers absorbés en eux-mêmes croupissoient dans une honteuse oisiveté, et ne songeoient qu’à boire ou à dormir ; c’étoient les Sardanapales de la nature non civilisée. Cachant alors, dans l’épaisseur des forêts, leurs mœurs, leurs usages, leurs habitudes, ces hommes se dérobent aux regards de l’Univers et des historiens les plus clairvoyans. La guerre seule tiroit les Gaulois de cette léthargie ; ils ne sont en scène, ils ne se déploient avec tout leur caractère, que les armes à la main : vifs et impétueux , ils ne pouvoient rester en place , sans se plonger dans la mélancolie, et dans une inquiétude vague : l’ennui, ou plutôt, l’instinct de la gloire, leur fit franchir les limites naturelles qui les séparaient des contrées voisines, et, se laissant emporter par leur ardeur martiale, ils pénétrèrent à l’improviste jusqu’aux extrémités de l’Europe, et même jusqu’en Asie, où dans la suite ils s’établirent sous la dénomination de Galates.

Les couleurs les plus vives ne sauraient peindre leur audace. Comme ils croyoient à l’immortalité de l’âme, ces peuples belliqueux se piécipitoient avec courage dans les rangs ennemis, et faisoient gaiement le sacrifice d’une vie qui devoit leur être rendue plus heureuse dans l’autre monde. Sous le plus frivole prétexte, étoient décidées les entreprises les plus périlleuses. À la vue d’une outre pleine de vin, le désir des conquêtes poussa ces barbares à se jeter sur l’Italie, où l’on recueilloit une liqueur aussi agréable que nouvelle pour eux ; et ils préférèrent à une nature désolée des champs que la main active de l’homme avoit déjà rendus fertiles.

La simplicité des mœurs de ce peuple si intrépide, ne le mettoit point à l’abri de la cupidité, passion qui le tourmentoit hors de son pays. Un siècle et demi plus lard, nous verrons en Macédoine, ces héros de la barbarie, dévorés de la soif des richesses, exhumer les cadavres des rois, pour enlever de la tombe des pièces d’or et d’argent. Les Gaules gémissoient sous la tyrannie des Druides, prêtres sanguinaires, qui répandoient la terreur parmi les Gaulois rassemblés dans les forêts, pour invoquer les dieux. Quelquefois plusieurs assistans, désignés comme des victimes expiatoires, étoient égorgés sur les autels ; la puissance civile, unie à la puissance spirituelle, rendoit encore plus redoutable leur sacerdoce. Les mœurs gauloises se ressentoient de la barbarie de cette religion ; la sagesse humaine ne pouvoit se développer sous un climat où toutes les institutions la proscrivoient.

Tel étoit le peuple que les Romains s’attirèrent sur les bras.

M.E. Jondot               Tableau historique des nations. 1808

~ 539                            Cyrus le Grand a déposé depuis 11 ans Astyage, le souverain de l’empire mède, actuellement l’ouest de l’Iran, unissant ainsi sous sa seule autorité les Mèdes [les ancêtres des Kurdes] et les Perses. En quelques années, la dynastie achéménide va fonder le premier grand empire qu’ait connu la planète puisqu’il s’étend de la Grèce, – les plateaux de la mer Egée -, à l’Inde, -l’Oxus -, couvrant ainsi toute l’Asie occidentale. Au bout d’un mois de victoires foudroyantes, il prend Babylone. Jouant son rôle de libérateur, il rend aux villes de Babylonie, d’Assyrie et d’Elam les statues divines que Nabonide, roi de Babylone, leur avait enlevé. Il renvoie dans leur patrie les déportés, dont les Juifs, [la grande beauté d’Esther aidant bien les choses] auxquels il permet de reconstruire le temple de Jérusalem. Certains d’entre eux préférèrent rester dans la patrie de leur libérateur, fondant ainsi l’importante diaspora d’Iran. Il organise son empire en satrapies, qui présentent en fait une très grande diversité, illustrant son souci de conserver les traditions des royaumes et provinces conquises, mis en œuvre avec beaucoup d’intelligence. Le satrape fait figure de vice-roi, ayant sa cour et sa garde, exerçant l’autorité civile et judiciaire, administre les finances aidé d’un trésorier : chaque province verse un tribut. Mais il ne dispose pas des troupes provinciales, confiées à un général. Couronne cette œuvre le cylindre de Cyrus, considéré par d’aucuns comme la première déclaration des droits de l’Homme. Aujourd’hui ardemment réclamé par l’Iran, il est détenu par le British Museum, qui s’y refuse.

Cylindre de Cyrus

C’est à cette période que les habitants de la Cappadoce – le pays des beaux chevaux – commencent à creuser le tuff volcanique pour y dissimuler leur habitat ; ils poursuivront leur ouvrage lorsque le christianisme sera devenu religion d’État, persécutant les réfractaires. La région deviendra un haut-lieu du tourisme turc au XXI° siècle. Une virée en montgolfière au-dessus de ces reliefs uniques est un bonheur rare, que ne procurent ni l’avion, ni l’hélicoptère ni même le planeur.

vers ~ 535                    Alliés aux Carthaginois, les Etrusques mettent fin au large d’Alalia, en Corse – aujourd’hui Aléria – à la domination phocéenne en méditerranée occidentale. Les Phocéens avaient crée ce comptoir 5 ans plus tôt. C’est le début de la domination carthaginoise sur la Méditerranée occidentale. Pour acheminer l’étain des îles Scilly, les Grecs empruntaient jusqu’alors le détroit de Gibraltar, qui va leur être désormais interdit par les Carthaginois et les Etrusques : d’où la création d’une voie terrestre, passant par les Gaules, utilisant les ressources fluviales existantes : Loire, Seine, Saône et Rhône : Alésia, au cœur de ce réseau, passera pour être le centre de l’industrie de l’étain en Gaule. Et certains historiens soutiendront que la volonté de maîtriser la route de l’étain n’était pas étrangère à César quand il se lancera dans la conquête des Gaules.

La soudaine transformation du monde villanovien est liée à la découverte des ressources métallurgiques de l’Étrurie : cuivre de l’actuelle Toscane, étain et surtout minerai de fer de l’Île d’Elbe.

Pierre Milza       Histoire de l’Italie Pluriel 2005

~ 534                          La tragédie grecque prenait ses racines dans le dithyrambe, cantique à Dionysos. Le poète Thespis innove en faisant dialoguer avec le chœur un auteur masqué, et pour la faire accepter, présente sa tragédie au premier concours lors des fêtes de Dionysos.

~ 532                           Pythagore, fondateur de l’école de Samos, fuit la tyrannie de Polycrate et vient s’installer en Italie, près du détroit de Messine, d’abord à Crotone, puis à Métaponte après la destruction de Sybaris.

Nous avons en nous quatre vies qui s’emboîtent les unes dans les autres. L’homme est un minéral car son squelette est constitué de sels ; l’homme est aussi un végétal car son sang est comme la sève des plantes ; il est un animal parce qu’il est mobile et possède une connaissance du monde extérieur. Enfin l’homme est humain car il a volonté et raison. Nous devons donc nous connaître quatre fois.

Depuis une centaine d’années, les Grecs avaient mis au point la décoration de leurs céramiques en peignant des figures noires sur fond rouge. Exekias et Amasis en furent les maîtres. Le procédé s’inverse alors et les artistes – Phintias et Euphronios furent les pionniers -, commencent à utiliser des fonds de vernis noir pour peindre des figures rouges : la grande période de ces figures rouges va être assez courte : elle durera jusqu’en ~ 480.

Qu’ils soient mayas ou assyriens, les autres artistes antiques (comme les sculpteurs tribaux) travaillent en général dans l’anonymat, pour la gloire de leurs chefs et de leurs dieux (même si l’on connaît le nom de quelques sculpteurs égyptiens, fonctionnaires comme les scribes).

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’artiste se sent supérieur à ses semblables, sans que, dans ses créations, le sentiment religieux ne cesse de se mêler à la magie. Le potier ou le peintre (parfois les deux ! ) signent avec orgueil les belles céramiques sur lesquelles sont représentées les divinités, ces héros chantés par Homère.

Jean Paul Barbier              Civilisations disparues.    Assouline 2000

A la fin du ~ VI° siècle, à la veille du jour où de graves événements vont menacer son indépendance, la Grèce a achevé son évolution politique en instaurant le régime de la cité. Mais ce siècle ne doit pas son importance seulement à la transformation politique dont il a été le témoin. Par ses innovations, il fut l’un des plus brillants de l’histoire grecque. Anacharsis de Thrace inventa l’ancre, la roue du potier et le soufflet de forge ; Glaucos découvrit l’art de souder le fer ; Rhoecos et Théodoros, tous deux de Samos, auraient importé d’Egypte la fonte en creux, si importante pour les statues de bronze ; n’oublions pas l’architecte Eupalinos de Samos et les travaux qu’il exécute pour le tyran Polycrate, pas plus que Mandroclès, le grand ancêtre, trop ignoré, des ingénieurs des ponts, et bien d’autres. Ces progrès considérables ne sont pas dus seulement à la recherche empirique, mais à la réflexion.

La pensée grecque a su pourtant s’affranchir de la religion et porter sa réflexion sur la métaphysique et sur la physique (physis = nature). Bien qu’il ne nous reste que des bribes, souvent même le titre seul, des traités qui furent alors rédigés, nous connaissons pourtant les résultats généraux auxquels aboutit « lécole de Milet », car c’est d’Ionie que vint ce premier effort d’observation.

Nous ne connaissons de ces savants que des anecdotes. Le premier et célèbre représentant de Milet, Thalès, avait défini, selon Aristote, le problème de la matière, ramenant la physis à un élément : l’eau. Il sait calculer, par des procédés qui nous échappent, l’éclipse de ~ 585 et, s’il reste célèbre par le théorème qui porte son nom, il est le véritable créateur de la géométrie. Son disciple Anaximandre (~ 610 ? à ~ 545 ?) substitue à l’eau un élément indéterminé. Anaximène considère l’air comme le principe, mais au caractère infini, et il se rapproche des théories de Thalès. Après la chute de Milet, Héraclite d’Ephèse, dans la dernière partie du VI° siècle, aurait vécu en solitaire, orgueilleux et méditatif ; il proclame le premier la doctrine du changement perpétuel et du devenir universel, et il choisit le feu comme principe dans un univers soumis à l’implacable loi du destin. Une autre école, enfin, émigre de Samos où elle s’était formée vers la Grande-Grèce, à Crotone : son chef est Pythagore de Samos.

[…] Il est le premier à considérer les nombres non lus du point de vue empirique, mais dans leurs relations entre eux ; il établit le lien entre arithmétique et géométrie et applique ses résultats mathématiques à l’astronomie et à la musique ; il aurait conçu et enseigné la notion de sphéricité ; enfin, il ne sépare pas la spéculation rationnelle de la spéculation morale et son école a le souci de la perfection.

Les témoignages de Platon et d’Aristote sont les meilleurs garants du considérable effort d’observation et de réflexion accompli par ces premiers savants.

Yves Bequignon                  La Grèce archaïque et classique. 1956

Plus de 20 siècles plus tard, la reconnaissance sera encore vivante :

Linné et Cuvier ont été mes dieux, quoique de manière très différente, mais ils n’étaient que des écoliers par rapport au vieil Aristote.

Charles Darwin

La contribution de Platon à la science peut donner lieu à d’autres sons de cloche, mais pour Aristote, tout le monde est d’accord :

C’est dans son ouvrage sur l’histoire naturelle que ce grand homme a déployé des connoissances supérieures à celles de son siècle ; au rapport de Buffon, c’est L’abrégé le plus savant qui jamais ait étéfait. Exerçant une sorte de magistrature suprême sur les animaux qui peuplent la surface de la terre, Aristote les appelle tous par leur nom, et passe cette grande revue avec une solennité, avec un appareil digne de la majesté de l’homme. Quelles immenses richesses et quelle immense collection de faits particuliers unis par des faits généraux ! Tout ce que l’œil a pu saisir, il l’a décrit ; et ses regards ont percé dans l’abyme des mers aussi bien que dans les profondeurs du globe. S’il ne s’est point livré à l’étude des êtres infiniment petits, c’est que les connoissances humaines relatives à ces derniers ouvrages du créateur, ne sauroient être que très-bornées. En vain, dans les siècles modernes, l‘art a procuré de nouveaux yeux aux physiciens ; l’invention du microscope, au lieu de nous expliquer les mystères de la nature, a servi le plus souvent à multiplier nos illusions.

Aristote écrivit l’histoire des poissons avec tant de vérité et d’exactitude, que les anciens, étonnés de sa science prodigieuse, accusèrent ce peintre sublime d’avoir eu des intelligences avec les divinités de la mer. Serré dans son style, tout est nerf ; peu amoureux de lui-même, il cherche plus à instruire qu’à plaire, et rarement il appelle à lui les grâces du discours ; il ne décore point ses tableaux de bordures, afin que l’esprit soit plus occupé des tableaux mêmes. Il avoit cependant un fonds assez riche d’imagination pour embellir ce qu’il touchoit, mais il préféra de marcher dans toute la simplicité des mœurs antiques, et il dédaigna ces draperies éclatantes qui éblouissent les yeux, et auxquelles chaque siècle enlève quelque chose de leur lustre.

Jamais philosophe ne fut plus loué ni plus déprimé après sa mort.

Il ne faut pas s’étonner que dans son Histoire des animaux, l’anatomie soit défectueuse ; de son temps, on n’auroit pas manqué de lapider celui qui auroit osé aller chercher des connoissances jusque dans les entrailles de ses concitoyens.

M.E. Jondot                Tableau historique des nations. 1808

L’influence de Platon sur les philosophes ultérieurs fut immense, du fait des efforts déployés par ses élèves, de la puissance de ses écrits et des innombrables commentaires qu’ils ont suscités. L’importance que Platon accordait aux mathématiques fut favorable mais, d’un autre coté, il ne fit pas progresser d’un iota la science expérimentale ; en fait, il la méprisait ouvertement. Il est certain que la science grecque a toujours été davantage tournée vers la spéculation philosophique que vers les essais pratiques, mais cette faiblesse fut exacerbée par la théorie des Idées de Platon. L’influence de Platon sur la science fut plus inhibitrice qu’inspiratrice.

[…] Aristote mentionna environ 500 espèces animales et fit preuve d’une extrême prudence à l’égard des récits de voyageurs, tel celui qui concernait la mantichore un monstre probablement né de comptes rendus fantaisistes sur le Tigre de l’Inde. Mais il décrivit l’apparence du lion et sa démarche, comme celles de l’éléphant, ce qui prouve qu’il les avait observés de ses yeux ; en effet, dans le second cas, un examen des jointures des pattes lui permit de discréditer une croyance courante, d’après laquelle l’éléphant devait s’appuyer contre un arbre pour dormir.

Ses observations étaient toujours méticuleuses : il étudia l’accouplement des insectes, les comportements amoureux, la construction des nids et la couvaison chez les oiseaux, mais se consacra surtout à la vie marine. Il nota comment la seiche s’amarre à un rocher lors des tempêtes et sa description des différentes parties d’un oursin [la loupe n’existait pas] est si détaillée que ces parties sont toujours désignées par l’expression lanterne d’Aristote ; sa notation sur les œufs d’oursin, plus gros selon lui lors de la pleine lune [3] , a été confirmée très récemment pour les espèces qu’il observa. Aristote nota aussi que la femelle du poisson-chat abandonne ses œufs après les avoir pondus et que c’est le mâle qui en prend soin ; par la suite, cette observation fut discréditée et même tournée en dérision ; c’est en 1 856 seulement que l’on découvrit qu’elle était en fait exacte en ce qui concerne le comportement des espèces particulières qu’il avait observées.

[…] Un esprit véritablement universel, tel était Aristote. Il n’est pratiquement pas de domaine de la recherche scientifique auquel il n’ait apporté des contributions appréciables ou dans lequel il n’ait tracé des voies que d’autres allaient suivre. Son influence sur les futures générations de penseurs et de scientifiques occidentaux fut immense, plus grande que celle de n’importe quel autre philosophe ou homme de science grec.

[…] Pourquoi la science a-t-elle soudain commencé de s’épanouir là, sur la côte orientale de la Méditerranée ? C’est une question à laquelle on ne peut donner une réponse catégorique. Il semble qu’il n’y ait aucune raison géographique ou raciale pour qu’il en ait été ainsi ; tout ce que nous pouvons dire est que, sur cette côte, des colons vivaient dans un environnement politique nouveau, d’après un système choisi par eux, que nul ne leur imposait de l’extérieur, et dans une région qui était, elle aussi, nouvelle pour eux. Ils furent forcés de se poser des questions et d’y trouver des réponses, ce qu’ils n’auraient peut-être pas fait s’ils étaient demeurés enracinés dans un mode de vie traditionnel. Ils purent s’apercevoir qu’il existe souvent plus d’une solution à un problème donné et qu’il n’est pas toujours souhaitable de faire les choses comme elles ont toujours été faites. Un regard nouveau posé sur les choses pouvait entraîner toutes sortes d’améliorations. De plus, l’Ionie était une région très commerçante, un centre pour les marchands venus de l’est et du sud-est, du Croissant fertile et de plus loin encore, de l’Iran, de l’Inde, de l’Inde et même de la Chine. Les Ioniens vivaient donc dans un environnement stimulant et nulle part il ne l’était davantage qu’à Milet, leur port principal et leur marché le plus riche.

[…] Dans sa jeunesse, Pythagore avait visité l’Égypte et la Babylonie et ces séjours ont peut-être suscité l’élan qui le poussa vers l’étude des mathématiques et lui fit déclarer que tout est nombre. Il est sûr que Pythagore et ses disciples s’intéressaient beaucoup aux nombres et indéniable qu’ils développèrent une théorie générale des nombres. Il semble que cette théorie fut fondée sur trois sortes d’observations. Ils notèrent tout d’abord qu’il existe un rapport mathématique entre les notes de la gamme musicale et la longueur d’une corde ou d’une colonne d’air en vibration, comme dans une flûte ou une flûte de Pan. Une colonne d’air ou une corde d’une longueur donnée produira une note ; si sa longueur est réduite de moitié, elle donnera une note supérieure d’une octave. Un rapport de longueur de 2 à 3 donnera l’intervalle musical connu sous le nom de quinte et un rapport de 3 à 4 donnera une quarte. Ainsi, si l’on prend une corde en vibration portant 12 unités de longueur (pouces, millimètres, etc.) et que l’on réduit sa longueur à 8 unités, elle produira un son supérieur d’une quinte à la note originelle ; réduite à 6 unités, elle produira l’octave. A partir de là, comme l’octave et la quinte étaient considérées comme des sons harmonieux, Pythagore déclara que les nombres 12, 8 et 6 étaient en progression harmonique ; ce fait lui parut si important qu’il étendit l’idée à la géométrie, avec ce résultat, entre autres exemples, qu’il affirma qu’un cube est en harmonie géométrique parce qu’il a 6 faces, 8 angles et 12 arêtes.

La deuxième observation concernait les triangles rectangles. Pythagore avait dû apprendre en Égypte la règle des 3, 4, 5 relative aux longueurs des côtés, mais la recherche moderne a démontré qu’il dut découvrir à Babylone ce que nous appelons le théorème de Pythagore. En effet, les Babyloniens avaient réalisé que les nombres pouvaient être 3, 4, 5 ou 6, 8, 10 ou n’importe quelle autre combinaison où le carré du plus grand nombre est égal à la somme des carrés des deux autres. C’était un très net pas en avant dont les pythagoriciens allaient faire bon usage. Leur troisième observation était qu’il existait des rapports numériques définis entre les temps nécessaires aux différents corps célestes pour décrire leur orbite autour de la Terre.

Les pythagoriciens tirèrent de leurs études la conclusion raisonnable que tout est nombre. Le mathématicien moderne, surtout depuis le développement récent de l’informatique, peut arriver à une conclusion tout à fait identique, mais une différence cruciale sépare ces deux conclusions. L’idée pythagoricienne, fondamentalement mystique, attribuait aux nombres et à leur rapport un statut absolu et même divin. Aujourd’hui, bien que quelques philosophes affirment que les mathématiques représentent une forme de savoir plus pure qu’aucune autre, le scientifique utilise les nombres non comme des principes divins, mais comme un outil remarquablement souple et efficace pour décrire et prévoir toute espèce de phénomènes naturels.

Colin Ronan                      Histoire mondiale des sciences       Seuil 1988

~ 520                           Le Perse Darius est maître de toute l’Égypte depuis 2 ans. Une conjuration l’a mis sur le trône de Cyrus en chassant Smerdis, qui lui-même avait usurpé son frère Cambyse. Il introduit un système uniforme de poids et de mesures, fait remettre en service le canal de Néchao, crée un port sur l’ouest du delta du Nil, qui deviendra plus tard Alexandrie, et supplantera celui de Naucratis, jusqu’alors au cœur des échanges entre l’Égypte et la Grèce. Les prêtres égyptiens n’apprécient pas : Il n’y avait plus rien qui fut dans sa forme d’autrefois ; le sanctuaire de la déesse Héket ressemblait à un monument dont on n’aurait jamais creusé les fondations. Il n’y avait plus rien, si ce n’est des herbes et des plantes.

Darius, Roi des rois, entreprendra aussi la construction de Suse, de Pasargades, puis de Persépolis, que poursuivra Xerxès. Il existe à Persépolis et à Naqch-î-Roustam des inscriptions, comptant le Hidou – c’est à dire d’Inde – comme une satrapie : les Achéménides tiraient de l’Inde de considérables revenus… ils enrôlaient des Indiens dans leurs armées.

Et les poutres en cèdre furent apportées d’une montagne dont le nom est Liban. Les gens qui étaient des Assyriens, eux-mêmes les transportèrent jusqu’à Babylone, et, de Babylone, les Cariens et les Ioniens les transportèrent jusqu’à Suse. […] L’argent et l’ébène furent apportés d’Egypte… L’ivoire travaillé ici fut apporté d’Ethiopie et d’Inde et d’Arachosie. Les colonnes de pierre, travaillées ici, furent apportées d’une ville du nom d’Apiratoush, de là-bas en Elam.

Par la grâce d’Ahura Mazda, à Suse, beaucoup de travail excellent fut fait. Qu’Ahura Mazda me protège, moi et mon pays.

A la fin du VI° siècle, l’empire achéménide s’étend de l’Indus à la mer Egée, et de l’Arménie à la première cataracte du Nil.

C’est sous le règne de Darius I° (522-486 av.J.C.) que la domination perse s’établit fermement sur le nord et le nord-ouest du continent indien. La province du Gandhara comprenait les régions de Peshawar et de Rawalpindi, alors que la province indienne était formée du Panjab (jusqu’à Delhi), du Sind (à l’est de Karachi) et de toute la basse vallée de l’Indus. Ces régions formaient la vingtième satrapie qui, en fait correspond assez exactement à l’actuel Pakistan. Il y avait des régiments de cavalerie et d’infanterie indiens dans l’armée gigantesque que Xerxès assembla en 480 pour envahir l’Europe. Les Indiens faisaient partie du contingent qui combattit contre Léonidas et les Trois Cents aux Thermopyles, et à Platée. D’après Hérodote, les Indiens étaient vêtus de coton, avaient des arcs et des flèches de bambou, les flèches avaient des pointes de fer. Après la défaite de Xerxes à Platée, le pouvoir perse déclina, et après celle de Darius III par Alexandre à Arbela (330 av. J.C.) les provinces indiennes échappèrent au contrôle des Perses.

Alain Daniélou             Histoire de l’Inde         Fayard 1985

Zoroastre ou Zarathushtra, prêtre instruit de la religion traditionnelle d’Iran, polythéisme dominé par Ahura Mazda, va le faire évoluer vers un monothéisme dans lequel Ahura Mazda représente le principe du Bien, opposé à l’autre principe divin, celui du Mal.

Les premiers rudiments de la géographie naissent à Milet, où Anaximandre conçoit notre terre comme un tambour suspendu dans l’espace, évoluant sur un plan de l’écliptique oblique par rapport à l’axe nord-sud de la Terre ; Hécatée, dans son Periodos – Voyage autour du monde – énumère les villes, peuples et sites géographiques connus alors de lui : cela concerne à peu près l’ensemble de la Méditerranée, l’est mieux que l’ouest, et assez bien l’Orient, de la Mer Noire à l’Indus.

~ 507                          Clisthène donne sa première Constitution démocratique à Athènes ; il institue la boulê, assemblée représentative de tous les citoyens. La loi sur l’ostracisme a pour but de prévenir tout retour à un gouvernement aristocratique.

~ 506                        Grecs et latins s’unissent pour battre les Etrusques à Aricie ; ces derniers quitteront Rome 3 ans plus tard, lors d’un soulèvement populaire à la suite du viol de Lucrèce par Tarquin le Superbe. L’État va passer aux mains et au pouvoir du peuple romain : il devient la res publica populi romani Quiritium.

La libertas romaine va devenir le bien infiniment précieux de la cité et de ses membres, symbole de la République romaine. Il faudra attendre un demi millénaire pour que, sur les ruines des guerres civiles, s’élève un nouveau pouvoir personnel, celui d’un César et d’un Auguste.

Raymond Bloch                   Rome et l’Italie des origines aux guerres puniques. 1956

Les lois pour parvenir à un réel équilibre entre patriciens et plébéiens ne vont pas être édictés en un jour : la bataille pour l’aequa libertas va durer plus de 2 siècles. Les patriciens – la classe riche dominante – vont devoir tout de même accepter la création de magistrats spéciaux, chargés de la défense de la plèbe : les tribuns de la plèbe. Magistrats de toutes catégories, Sénat, assemblées du peuple – les comices – se répartissaient les pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif. L’exécutif était détenu par deux consuls élus, et en leur absence de Rome, par un préteur. Deux principes fondamentaux parent aux dangers de l’arbitraire de l’exécutif : la collégialité et l’annalité : le pouvoir des deux consuls expire au bout d’un an. Seule une situation extérieure très grave autorise un dictateur, mais celui-ci ne reste en fonction que 6 mois au plus. Magistrats et sénateurs se recrutent parmi les seuls patriciens. Le Sénat va représenter l’élément majeur de la République, commençant par donner aux lois son quitus, puis en en ayant l’initiative, dirigeant la politique extérieure, gardien des traditions, grand maître des finances, donc des expéditions militaires.

vers ~ 500               Les Grecs, dont la langue parlée comporte de nombreuses voyelles, empruntent à l’alphabet [4] araméen des signes qui représentent des consonnes que ne possède pas le grec : ces signes deviennent les voyelles grecques A – alpha -, E – epsilon -, O – omicron -, Y – upsilon -. Ils n’innoveront véritablement qu’avec le I – iota -.

A Spartes on a déjà le goût du secret : c’est la première fois que l’on utilise un code pour transmettre une information : sur une bande de cuir enroulée en diagonale autour d’un bâton nommé scytale, l’expéditeur écrit son message, puis le déroule et le remet au messager pour transmission au destinataire, lequel peut le lire en enroulant à nouveau la bande de cuir sur une scytale de mêmes dimensions.

Des tribus arabes fondent le royaume de Nabatène, qui nous laissera les villes de Petra, entre la mer Morte et le golfe d’Aqaba, et plus au nord, Palmyre. Toutes deux seront riches du commerce caravanier. Bien plus tard, alliée de Rome, la dynastie des Aretas obtiendra le titre de royaume de la Syrie romaine. Annexés en 106, le royaume deviendra la Provincia Arabica.

A Vix, près de Châtillon sur Seine, les proches d’une jeune gauloise disposent dans sa tombe un mobilier funéraire particulièrement riche, dont surtout un magnifique cratère de bronze d’1,65 m. de haut, pesant 208 kg. ; d’origine grecque, du style de l’archaïsme avancé de l’Aurige de Delphes et du Trésor des Siphniens : une merveille. Vix est sur la route de la Seine, déjà voie commerciale importante. Cet ensemble de la civilisation de Halstatt sera découvert en 1953 par M Joffroy.

À 70 km de là, à Lavau, dans l’Aube, et 62 ans plus tard, en 2015, les chercheurs de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) découvriront un vaste site funéraire couvrant une période de 900 ans, du XIV° au V° siècle.

La perle date de ce V° siècle : un tumulus de 30 à 40 mètres de diamètre qui recouvrait la chambre mortuaire, un caveau de 14 m², contenant un chaudron de bronze d’environ un mètre de diamètre, finement ouvragé, et dont les quatre anses sont ornées de têtes cornues du dieu grec Achéloos. Le pourtour de ce chef-d’œuvre de la métallurgie du bronze est constitué de huit têtes de lionnes qui tirent malicieusement la langue. La facture est probablement étrusque, peut-être grecque.

D’autres objets de prestige, la plupart en provenance du monde méditerranéen, témoignent du pouvoir économique et politique du seigneur celte inhumé là voilà quelque vingt-cinq siècles. En particulier, le vase à boire, de fabrication grecque – ou œnochœ – retrouvé dans le chaudron, est une pièce sans équivalent. Cette céramique attique à figures noires, utilisée pour prélever le vin dans le chaudron au cours du banquet, est rehaussée, à son pied et à sa lèvre, d’une tôle d’or finement travaillée. L’origine grecque de l’objet est certaine. Dionysos y est représenté dans une scène de banquet, allongé sous une vigne face à un personnage féminin. D’autres éléments de vaisselle liés à la consommation de boissons alcoolisées et à la pratique grecque du banquet – le symposium – ont été retrouvés. Notamment, une cuillère d’argent et d’or permettait de filtrer le vin des aromates avec lesquels il était mélangé.

Le sexe du défunt n’est pas connu. Toutefois, la présence d’un poignard de bronze plaide pour un prince et non, comme ce fut le cas dans la tombe de Vix, pour une princesse. Mais, que le défunt de Lavau soit un homme ou une femme, le mobilier funéraire suggère une forme d’acculturation des élites celtes de cette époque aux pratiques du monde méditerranéen.

La richesse et le pouvoir de ces princes de la période du Hallstatt s’expliquent par leur situation stratégique, dans les hautes vallées de la Seine, de la Saône, du Rhin ou du Danube, d’où ils contrôlaient les échanges commerciaux entre le nord de l’Europe et la Méditerranée. L’étain et l’ambre de la Baltique étaient deux denrées très recherchées en Méditerranée. Cadeaux diplomatiques ou fruits de droits de passage prélevés par les maîtres de ces principautés du centre de l’Europe, des objets de prestige du monde méditerranéen apparaissent dans le mobilier funéraire celte avec l’établissement et l’essor des colonies grecques occidentales. Marseille, fondée vers – 600, devient, deux à trois générations plus tard, une puissance économique incontournable et une porte d’entrée vers l’intérieur de la Gaule.

De manière énigmatique, les splendeurs du Hallstatt disparaissent brutalement vers –450. Le début d’urbanisation, entamé quelques décennies auparavant sous l’influence grecque, s’interrompt. Les premiers sites urbains européens sont désertés à cette époque, signe d’une rupture culturelle majeure largement inexpliquée.

À Lavau, les sépultures plus anciennes mises au jour montrent l’évolution des pratiques funéraires et notamment l’incinération des défunts. Une vingtaine d’urnes contenant des esquilles et des cendres remontent à l’âge du bronze, du XIVe  siècle au Xe  siècle avant J.-C., et étaient enterrées au centre de tumulus circulaires.

Ceux-ci restaient de taille modeste par comparaison avec le monument du prince hallstattien. Le tertre, érigé au-dessus du caveau du prince celte, d’une emprise d’environ 7 000  m², a réuni les structures funéraires antérieures dans un même ensemble, ceinturé par un profond fossé et une palissade. Des monnaies romaines y sont retrouvées, de même qu’une tombe d’enfant tardive (IIIe  siècle de notre ère). Ce n’est sans doute qu’au Moyen Age que l’ensemble monumental a dû être écrêté, pour que le terrain soit rendu à l’agriculture.

 Stéphane Foucart                Le Monde 6 mars 2015

À Monte Albán, dans le centre du Mexique, proche du territoire occupé auparavant par les Olmèques, les Zapotèques dressent 150 dalles de pierre gravées de figures humaines, probablement des ennemis sacrifiés, et encore d’un calendrier fondé sur de cycles de 52 années. Les principaux dieux sont ceux de la Pluie, de la Végétation, du Maïs et du Feu.

Carthage fonde le comptoir de Subratha, à l’ouest de Tripoli dans l’actuelle Libye : son port naturel lui permet de commercer avec Rome : ivoire, plumes d’autruche et bêtes sauvages pour les jeux du cirque. En ~ 190, Septime Sévère y construira un théâtre avec un mur de scène à 3 étages. On y voit aussi deux mausolées puniques, des temples, des statues. Tout cela attendra jusqu’en 1 930 pour être sorti de l’oubli.

~ 498                        Naissance en Perse de Zarathoustra, réformateur du mazdéisme.

La protection du souverain contribuera au succès de ce monothéisme, visant au règne de la justice. 2 500 ans plus tard, l’Inde compte encore une minorité parsi – d’origine iranienne – adepte de Zoroastre.

~ 494                  A Rome, la plèbe[5], pour marquer qu’elle refuse la guerre,  se retire sur l’Aventin. Les patriciens sont obligés de négocier. Le résultat de cette action collective, c’est le début du tribunat : on nomme des tribuns, ces magistrats qui, au Sénat, vont porter la voix du peuple.

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[1] On trouvera par la suite d’autres traductions de l’Epopée, en hittite, en hourrite et en sumérien.

[2] Lao-Tseu aurait voyagé jusqu’en Bactriane, peut-être même en Judée et en Grèce.

[3] Il en va des croyances sur les effets de la pleine lune comme de tout ce qui est hors le champ de la science : le fantasme y côtoie le fait réel sans que l’on dispose des moyens pour les distinguer. Il reste que sont bien réels les bénéfices des coupes de bois effectuées en lune descendante et de préférence entre la chute des feuilles et le solstice d’hiver, que sont bien réels l’énervement de nombreuses personnes, le raccourcissement du temps de sommeil et la blancheur du linge mis à sécher, en pleine lune.

[4] On appelle écriture consonantique, les langues dont les voyelles ne sont pas notées.

[5] Le populus représente l’ensemble des hommes libres non patriciens qui font partie de la légion. La plebs – plèbe – ou proletarii représente l’ensemble des citoyens les plus pauvres, qui ne sont pas esclaves. On a donc une distinction bien marquée entre une signification militaro-politique et une signification sociale. Et, enfin, il y a un troisième terme, vulgus, qui qualifie péjorativement le peuple par son ignorance, son inculture. On glisse évidemment facilement du statut social de pauvre au statut culturel de vulgaire.


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