août 1786 au 10 mai 1787. Ascension du Mont Blanc. Sierra Leone. 17760
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Publié par (l.peltier) le 2 novembre 2008 En savoir plus

08 08 1786  

18 h 23’      1° ascension du Mont Blanc – 2 450 toises – par Jacques Balmat, 24 ans et le docteur Michel Gabriel Paccard, 27 ans.

Il y avait sans doute déjà assez longtemps que les moutons passaient du Val d’Aoste dans la vallée de Chamonix par le col du Géant et la Mer de glace. Jacques Balmat mourra en montagne, en cherchant de l’or en 1834 (c’est l’année de la naissance de Gaspard, le vainqueur de la Meije), sous le glacier de Prazon, près du cirque du Fer à Cheval, au sud-est du chalet de la Vogealle et au nord-est de Sixt. Ses talents et sa résistance de montagnard étaient certains – son pouls, mesuré par De Saussure, battait à quarante-huit pulsations par minute – et la concurrence était rude car il y avait en jeu la somme promise, dès 1760,  par De Saussure au premier arrivé au sommet ; à côté de cela, il fit preuve durant toute sa vie d’une avidité certaine pour l’argent. L’affaire intéressait le docteur Paccard, qui s’attacha les services de Balmat lorsque ce dernier prouva, par un bivouac imprévu, que l’itinéraire n’était pas la difficulté majeure, mais qu’il s’agissait d’accepter de passer une nuit à la belle étoile, en altitude, ce qu’à l’époque, Balmat était bien le seul à avoir fait, contraint et forcé par les événements d’une tentative précédente.

Balmat fît un premier récit de l’ascension où il mettait en valeur le rôle de meneur, essentiel, de Michel Paccard, lui laissant la responsabilité du succès de l’entreprise. Mais un peu plus tard, il fît un autre récit à Marc Théodore Bourrit, chantre à la cathédrale de Genève et grand fanfaron des Alpes, courant d’échec en échec, récit qui lui était beaucoup plus favorable que le premier : il y prétendait même être arrivé seul au sommet, faisant dès lors du docteur Paccard un compagnon qui aurait été un véritable poids mort, qu’il aurait fallu pratiquement le porter au sommet du Mont Blanc, tant il aurait été épuisé, et victime de plus d’une ophtalmie, après avoir perdu son chapeau.

Beaucoup plus tard, quatre ans avant sa mort, il refît ce même récit à Alexandre Dumas, en séjour à Chamonix en 1830, qui le rapporta dans son livre : Les Alpes, de la Grande Chartreuse à Chamonix. Jacques Balmat en confirma l’exactitude.

Le docteur Paccard, botaniste de talent, avait choisi Balmat comme guide, l’avait rémunéré en conséquence et lui avait laissé l’intégralité de la prime promise par De Saussure. Lorsque Bourrit publia son roman sur l’ascension du Mont Blanc, il réagit mais sans obstination et, de naturel pacifique, les années passant, il laissa se propager la même version, reprise par Alexandre Dumas. Balmat tout comme Bourrit, pour des raisons différentes, mais toutes deux fort peu honorables, avaient intérêt à mettre dans l’ombre ce petit docteur Paccard, dont la valeur scientifique, selon Bourrit, n’arrivait pas à la cheville du grand De Saussure, et dont la gloire n’aurait pu que faire de l’ombre à celle de Balmat. Et c’est ainsi qu’on laisse se conforter la légende que Balmat avait construit sur sa personne en se nommant le Christophe Colomb de la montagne.

Longtemps, l’ascension du Mont Blanc fût l’événement fondateur qui doit préfigurer toutes les courses qui suivent. Or son déroulement réel n’est pas satisfaisant dans cette optique : il réunit bien un guide et un client, mais les deux hommes sont de Chamonix et participent à égalité au succès de l’ascension. Le couple Saussure-Balmat est beaucoup plus symbolique : on retrouve le riche étranger cultivé et le guide chamoniard, chasseur de chamois et cristallier, qui fait rêver.

Paccard, entre les deux, est de trop : notable, il ne peut pas être assimilé au guide ; autochtone et savant amateur, il n’est pas un véritable client, comparable à Saussure et aux fellows de Cambridge, qui constituent l’essentiel des premiers alpinistes. Il est donc, avec la complicité de tous, Chamoniards et étrangers, progressivement mis à l’écart, puis oublié. Il est remis en valeur lorsque ce modèle s’effrite, au temps de la démocratisation de l’alpinisme et de la mutation de la fonction de guide. Le couple client-guide n’est plus symbolique de l’alpinisme contemporain.

Philippe Joutard. Le Monde 18- 19 juin 2000

Le 18 août 1887 au cœur du village, pour le centenaire de l’ascension, Chamonix érigera une statue de bronze à la gloire de Balmat montrant le chemin du Mont Blanc à De Saussure, œuvre de Jules Salmson, 1823-1902, qui s’était inspiré des vers de Victor Hugo -Toute la Lyre 1-35 –:          

… un jour, à l’heure où, dans les ombres, 
L’aube n’a pas atteint le front des Alpes sombres, 
Il partit. Le mont Blanc, éclairé seul encor, 
Comme un roi diligent, lorsque son camp sommeille, 
Avant tous ses guerriers, tout armé se réveille, 
Sur les monts obscurcis levait son casque d’or.
Quand on le vit, portant sa lourde carnassière 
Et l’échelle d’écorce et la hache de pierre, 
Les pâtres, les chasseurs à l’œil audacieux 
L’entouraient, demandant le but de son voyage, 
Et d’abord, à son doigt levé vers les nuages, 
On ne sut s’il montrait le mont Blanc ou les cieux. 

La première ascension au sommet du Mont-Blanc précède la Révolution française. Toutes deux appartenaient à la même génération, à la même articulation du temps, mais le besoin d’explorer arrive un moment avant la nouvelle charte des droits civils. Avant que la belle trinité de liberté, égalité, fraternité transforme le sujet en citoyen, notre espèce sut qu’elle pouvait fouler le sommet du Blanc. C’était un jour d’août. Un an plus tard, serait prise la sombre forteresse appelée Bastille, mais une fois encore l’esprit d’Ulysse précédait celui de Socrate.

Erri De Luca.  Sur la trace de Nives. Gallimard 2005

En août 1871, Paul Verne, frère de Jules, fait l’ascension du Mont Blanc. À la descente, en se reposant à la cabane des Grands Mulets, il déniche sur le registre où chaque cordée est censée donner ses noms, dates et adresses, et éventuellement le récit ou les anecdotes de l’ascension, un véritable hymne au Mont Blanc, en anglais ; et comme la prose lui convient, il la traduit. Le romantisme a enfin trouvé objet à sa mesure :

Le mont Blanc, ce géant dont la fière attitude
Écrase ses rivaux, jaloux de sa beauté,
Ce colosse imposant qui, dans sa solitude,
Semble défier l’homme, eh bien ! je l’ai dompté !
Oui, malgré ses fureurs, sur sa cime orgueilleuse,
J’ai, sans pâlir, gravé l’empreinte de mes pas.
J’ai terni de ses flancs l’hermine radieuse,
Bravant vingt fois la mort et ne reculant pas.
Ah ! quelle ivresse immense, alors que l’on domine
Ce monde merveilleux, ce chaos saisissant
De glaciers, de ravins et de rochers que mine
L’ouragan déchaîné qui hurle en bondissant.
Mais d’où vient ce fracas ? La montagne s’écroule !
Va-t-elle s’abîmer ? Quel bruit sourd et profond !
Non, c’est l’irrésistible avalanche qui roule,
Bondit et disparaît dans un gouffre sans fond.
Mont Rose, voilà donc ta cime éblouissante !
Te voilà, mont Cervin, sinistre et redouté !
Et vous, Welterhorners, dont la masse puissante
Voile de la Jungfrau la blanche nudité !
Vous êtes grands, sans doute, ardus et difficiles,
Et n’atteint pas qui veut vos sommets insolents ;
Car plus d’un a péri sur vos flancs indociles
Que n’avaient point ému vos séracs chancelants.
Mais, regardez ici, plus haut, plus haut, vous dis-je ;
Haussez-vous à l’envi, l’un par l’autre porté ;
Voyez ce pic géant qui donne le vertige,
C’est votre maître à tous, à lui la royauté !

Markham Sherwill. Traduction de Paul Verne.1871

En 1992, Louis Poirier, alias Julien Gracq, dans Carnets du Grand Chemin : … rien, dans aucun voyage, ne m’a donné l’équivalent du coup au cœur que j’ai ressenti, à mon premier voyage, devant le sommet du Mont Blanc naviguant au-dessus des nuages au bout d’une rue de Sallanches.

Massif du mont-blanc

le bout d’une rue de Sallanches , c’est, à quelques centaines de mètres près, l’endroit d’où a été prise cette photo

Le Mont Blanc. Vallée et prieuré de Chamonix, Pierre Thuillier, 1855 © Collection musée Alpin Chamonix Photo Denis Vidalie

Le Mont Blanc. Vallée et prieuré de Chamonix, Pierre Thuillier, 1855 © Collection musée Alpin Chamonix Photo Denis Vidalie

Jean Antoine Linck (1766-1843), "Vue du Mont Blanc, prise du

Jean Antoine Linck. Mont Blanc du col de Balme.

Le Mont Blanc vu de Sallanches. by De La Rive Pierre-Louis:: Bon Pas de ...

Le Mont Blanc vu de Sallanches. Pierre-Louis De La Rive.

Alpinisme

Voyage de Monsieur de Saussure à la cîme du mont Blanc au mois d’août 1787. Dessin de Marquard Wocher et gravure avec trait aquarellée par Christian von Mechel en 1790 (Bibliothèque publique et universitaire de Genève, Archives Nicolas Bouvier).

Saussure on Mont-Blanc

La descente. L’un des personnages est en position de descente en ramasse, le corps en arrière appuyé sur le bâton, qui fait frein. De Saussure avait fait corriger le dessin par l’éditeur car, dans une première impression, il y était représenté le cul sur la neige… pas convenable.

Vue prise de la Voute nommée le Chapeau du Glacier des Bois et des ...

Depuis la voûte du Chapeau, vue sur le Glacier des Bois et les Aiguilles des Charmoz, Jean-Antoine Linck, 1er quart du 19e siècle. © Collection musée Alpin Chamonix Photo Musée Alpin

Artwork by Joseph Mallord William Turner, Mont-Blanc and the Allée Blanche from near the Col de la Seigne, France, Made of watercolor heightened with bodycolor and with scratching out

Joseph Mallord William Turner Mont-Blanc and the Allée Blanche from near the Col de la Seigne, France by Joseph Mallord William Turner

Intérieur de la source de l'Arveron en Savoye, Samuel Grundmann et Johann Peter Lamy, 1ère moitié du 19e siècle © Collection musée Alpin Chamonix Photo Musée Alpin

Intérieur de la source de l’Arveron en Savoye, Samuel Grundmann et Johann Peter Lamy, 1ère moitié du 19e siècle © Collection musée Alpin Chamonix Photo Musée Alpin

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The source of the Arveyron below le Glacier du Bois and the Mer de Glace 1802 de William Turner, 1775-1851. Tate Britain Londres

Mer de Glace

La Mer de Glace et les Grands Charmoz. 1874. Gabriel Loppé. 1825-1913, alpiniste et peintre. Il avait à Chamonix son atelier, devenu la Villa Loppé, au 212, av Michel Croz.

Un site splendide, fantastique travail de collecte – cartes, gravures, peintures –