mars 1857 à 1859. Henri Dunant à Solférino. Angkor. Pasteur. Canal de Suez. Les sources du Nil. 17926
Publié par (l.peltier) le 12 octobre 2008 En savoir plus

14 03 1857                  De sombres années commencent pour Morzine, en Savoie (Haute… aujourd’hui) et c’est une petite fille qui ouvre la danse : elle vient de voir repêchée de justesse une amie, tombée dans une rivière, et tombe en syncope pendant trois ou quatre heures. A la messe du dimanche suivant, elle fait une crise : cris, yeux révulsés, chute à terre… l’affaire se passe et on oublie ; au cours du mois de mai, deux bergères restent prostrées à terre, et par la suite, sont en crise cinq à six fois par jour. Elles déclarent avoir reçu un message de la Vierge. En juin, le mal s’étend à seize adolescentes, que l’on envoie à la messe mais elles refusent la communion. Le mal progresse et les crises convulsives se généralisent, n’atteignant que des femmes.

On parle de sorcellerie. De fait, celle-ci n’est jamais loin, et la première tâche des missionnaires – on est à la grande époque des missions – était de demander la destruction du Grand Albert et du Petit Albert, les tirages à succès de la sorcellerie de l’époque. Le bruit courait que le vicaire Fabre était possédé par le diable. Le premier médecin à se pencher sur le phénomène – le Dr Pinget – parle de possession diabolique. Le deuxième – le Dr Tavernier – parle d’une crise d’hystérie collective. Le curé demande à l’évêché l’autorisation de pratiquer un exorcisme collectif à l’église, qui lui est refusée : il passe outre et la cérémonie a lieu en 1858 : à nouveau, nombre de paroissiennes entrent en crise, parlant une langue étrangère. La même année, six hommes succombent au mal, mais les témoins les disaient prédisposés : malade, faiblard, simplet etc…

Un pèlerinage est organisé à St Maurice en Valais. Les médecins avancent plusieurs hypothèses : contagion par l’eau, ou par l’ergot de seigle, la bise ; gastralgie, entéralgie, consanguinité…

Des crises d’hystérie sont reproduites par le curé : Charcot faisait de même à la Salpêtrière. Cette situation se prolongea plusieurs années. A la suite de la visite du Dr Constant, médecin chef des asiles d’aliénés en France, plusieurs femmes furent envoyées sur Bassens, le seul asile de la région, près de Chambéry : cela ne se faisait pas dans ces vallées savoyardes où la tradition voulait que chacun garde ses fous.

L’annexion de la Savoie à la France le 22 avril 1860 ne remit pas les têtes en place ; et cinq mois plus tard, le curé Constant demanda solennellement que cessent ces appels à l’exorcisme, mais les fidèles n’acceptent pas cette position et les crises reprennent de plus belle. Le désensorceleur Jean Berger est quasiment lynché. Le 23 avril 1864, il en est de même pour le préfet. L’évêque d’Annecy, Monseigneur Magnin s’y risque aussi, suivi en grande pompe du conseil municipal. Grandes scènes d’hystérie au cimetière, les femmes se roulent à terre entre les tombes, les malades pénètrent dans l’église pour en faire sortir l’évêque qui annonce en chair qu’il ne procédera pas à un exorcisme : il est agressé et une belle pagaille s’ensuit jusqu’à une heure de l’après midi. L’affaire avait pourtant été bien cadrée : chaque femme à risque était encadrée de deux solides Morzinois. Le gouvernement s’employa à calmer les esprits en finançant une Musique. Le clergé dit que le mal disparût du fait du refus de l’Église de reconnaître le diable. Les femmes placées en asile se mirent à revenir : elles étaient toutes au bercail en 1865. En 1870 partait le dernier gendarme. OUF !

23 03 1857              Elisha Otis inaugure le premier ascenseur installé dans un grand magasin, à New York. Il commence par être à vapeur, puis hydraulique, puis électrique : il sera sûr vers 1880.

L’ascenseur est dans une grande mesure un objet sous-évalué et sous-estimé. Il représente pourtant pour une ville ce que le papier est à la lecture ou la poudre à canon à la guerre. Sans ascenseur, il n’y a plus de verticalité, donc plus de densité. Il faudrait alors transporter l’énergie sur des distances de plus en grandes et tous les ferments culturels liés à l’urbain se dilueraient. La population se répandrait et s’étalerait sur la planète comme une flaque d’huile, et les gens passeraient leur vie dans les transports en commun.

New Yorker  Up and Then Down. fin XX° siècle

Je relus ce texte. M’apparut alors un autre monde, rebâti selon les codes de cet urbanisme aplati qu’évoquait l’auteur, sans doute radicalement différent du nôtre, sans être pire pour autant, un univers raboté, modéré, ramené à l’échelle du pas. Dans sa simplicité, c’était le paysage de science-fiction le plus singulier mais également le plus radical qui se fut jamais offert à mon imagination. Peut-être cette organisation architecturale aurait-elle été le modèle dominant si l’ascenseur, puissant et discret géniteur, n’avait redessiné et façonné notre vie selon ses propres règles et exigences.

La réalité n’était plus la même pour peu qu’on l’examinât depuis la cage d’un ascenseur.

La verticalité était devenue toute-puissante.

Elle incarnait la norme urbaine exclusive.

L’ascenseur, instigateur de cet ordre, tenait lieu de pensée unique, de colonne vertébrale, de cœur battant, de poumon d’acier. Aucun objet n’avait changé l’organisation du monde comme il l’avait fait. Plus que tout autre, il se trouvait au centre du système, l’animait, lui donnait vie. […]. On construit d’abord l’ascenseur, ensuite on l’habille avec un immeuble pour camoufler la tringlerie, la machinerie, et puis on y installe des gens qui, le soir, allument des lumières à l’intérieur, pour rendre tout cela un tant soit peu vivant. Dans cet agrégat urbain, au tréfonds de tout, ce sont les ascenseurs qui habitent nos villes, dirigent la manœuvre, leurs câbles qui tirent les ficelles.

Nous sommes tous, à des degrés divers, leurs obligés. Nous dépendons d’eux chaque jour et pour chaque chose. Nous croyons les commander, alors qu’ils nous ont depuis longtemps asservis.

Je n’ai bien sûr jamais pensé que quelqu’un avait sciemment et méthodiquement organisé la subtile mécanique de ce système. Il s’est mis en place de lui-même, a généré sa propre logique, son développement spécifique. L’ascenseur n’entre pas dans la catégorie des objets de confort. Il est bien plus que cela. Il est le miracle mécanique qui a un jour permis aux villes de se redresser sur leurs pattes arrière et de se tenir debout. Il a inventé la verticalité, les grandes orgues architecturales mais aussi toutes les maladies dégénératives qu’elles ont engendrées.

Otis fit le premier pas. Les architectes bâtirent des basiliques de verre et d’acier, des cathédrales modernes qui, de flèche en flèche, s’élevaient toujours plus haut vers le ciel. Du fait de la cavalcade des fortunes, d’immenses tours de guet se dressèrent ainsi sur toutes les terres du monde, partout où le flot de l’argent était suffisant pour lubrifier les gorges profondes des immenses coulisseaux des ascenseurs.

Ce sont eux, uniquement, qui ont permis l’émergence de ces mégalopoles où des millions et des millions d’habitants se mêlent sans cesse. Cette densité insensée a fabriqué une nouvelle vie qui peu à peu a imposé un temps très différent, des rythmes inédits et des règlements déments.

Jean-Paul Dubois                         Le cas Sneijder  Editions de l’Olivier 2011

11 04 1857        Fusion des Compagnies de chemin de fer Paris-Lyon, et Lyon-Marseille, donnant la PLM : Paris-Lyon-Marseille. Le développement du chemin de fer sur ces vingt ans va être extraordinaire : de 3 000 km en 1852, il va atteindre 18 000 km en 1870.

05 1857                      Mutinerie, dite encore Révolte des CipayesIndian Mutiny, les cipayes étaient les soldats indigènes de l’armée des Indes – qui s’embrase et menace le pouvoir colonial : celui-ci, en équipant ces hommes de cartouches enduites de graisse de vache ou de porc avait fait exactement ce qu’il faut pour se mettre à dos aussi bien hindous que musulmans. Une tentative de renouer avec la dynastie mogol se traduisit par la proclamation comme empereur de Bahadour Shah Zafar, qui, à 82 ans, ne régnait plus que sur son palais de Delhi : il fît bien une apparition juché sur son éléphant et proclamant le swaraj – l’indépendance -, mais cela n’entraina aucune dynamique et, faute de chef et de coordination, la révolte sera finalement écrasée en septembre 1858, avec le concours très actif des Sikhs, et une sauvagerie qui laissera des traces dans toutes les relations futures entre Britanniques et Indiens [1] : fin septembre 1857, Delhi est reprise par le général John Nicholson. Bahâdur Shâh est arrêté, ses fils Mîrzâ Moghul, Mîrzâ Khizr Sultan et Mîrzâ Abu Bakr abattus. En juin 1858, les Cipayes cantonnés à Cawnpore – actuelle Kanpur – sous les ordres du général Wheeler se rebellent et assiègent le retranchement européen. Les Britanniques subissent trois semaines de siège sans eau. Le 25 juin, Nânâ Sâhib exige leur reddition et Wheeler n’a d’autre choix que d’accepter. Lorsque les Britanniques embarquent sur la rivière, les Indiens tirent au canon sur les bateaux et couvrent le fleuve de cadavres, seule une embarcation de quatre hommes réussit à s’échapper. Les femmes et les enfants survivants sont transportés à Bibi-Ghar – Maison des femmes –à Cawnpore. Le 15 juillet, un groupe d’hommes y entre et tue les occupants à l’arme blanche puis découpe les corps avant de jeter les morceaux dans un puits. Cawnpore deviendra le cri de guerre des soldats britanniques pour le reste du conflit. Quand les Britanniques parvinrent à reprendre Cawnpore le 17 juillet, les soldats conduisirent leurs prisonniers cipayes au Bibi-Ghar et les forcèrent à lécher les taches de sang sur les murs et le plancher puis les pendent.

Les Anglais exilent Bahadour Shah Zafar et délocalisent la capitale des Indes, jusqu’alors Delhi pour la transférer à Calcutta. Une autre révolte, en 1855 et 1856 avait été menée par les adivasis –les aborigènescontre le pouvoir économique des Anglais. Les adisasis représentent 8 % de la population de l’Inde, soit 70 millions au XX° siècle.

Plus qu’une bouffée de violence dans un paysage paisible, cette révolte représente le maximum d’une situation de guerre : après le désastre de leur départ d’Afghanistan en 1842, il y avait eu deux guerres contre les Sikhs au Pânjab, en 1846 et 1848.

Dès août 1858, il était mis fin au régime de l’East India Company : l’Inde passait sous l’autorité directe de la Couronne britannique. Il ne faudrait cependant pas se leurrer sur la profondeur comme sur l’étendue de la colonisation britannique en Inde : on estime à 2 000 le nombre de civils européens alors présents en Inde, quand le pays compte entre 200 et 300 millions d’habitants. Avec une aussi insignifiante minorité on peut tenir certes quelques leviers de manœuvres, mais on ne tient pas un pays aussi vaste du nord au sud et d’est en ouest, qui, de plus, compte 562 Etats princiers, non soumis directement au pouvoir britannique.

Le sacre de la vache était une affaire plutôt récente, vieille de quelques dizaines d’années seulement avec le leader religieux Dayanand Saraswati qui en avait fait un outil de mobilisation politique contre le colonisateur, laissant entendre que ce sont les invasions musulmanes qui avaient imposé la consommation de bœuf à l’Inde. On ne trouve rien de tout cela par exemple dans le Rig-Veda, rédigé entre 1 500 et 600 ans avant notre ère : la vache est alors servie comme offrande aux dieux védiques, dont Indra était très friand. L’animal était consommé par les habitants, les Aryens, qui venaient d’arriver des steppes d’Asie centrale dans les plaines du nord du pays. Et il était également sacrifié pour accompagner la migration de l’âme du défunt dans le cycle des réincarnations. La viande de la vache  faisait même partie du régime alimentaire non végétarien et des traditions diététiques des ancêtres indiens.

Mais personne ne se risquera à la désacraliser, Gandhi le premier : La mère vache est à plusieurs égards meilleure que la mère qui nous a donné naissance. […] Notre mère nous donne du lait pendant quelques années et ensuite s’attend à ce qu’on soit à son service lorsqu’on grandit. La mère vache ne nous demande rien hormis de l’herbe et des granulés.  L’Inde indépendante interdira l’abattage et l’exportation de vaches, mais certains Etats iront plus loin. En  2010, le parti nationaliste hindou du BJP a fait passer une loi dans l’Etat du Karnataka pour interdire l’abattage de buffle, allant jusqu’à pénaliser la possession de viande de bœuf.

24 06 1857                 En Tunisie, Batou Sfez est décapité au sabre. Babou Sfez était juif, cocher du caïd de sa communauté, Nessim Samama. Quelques jours plus tôt un incident de la circulation l’avait mis aux prises avec un musulman qui l’avait accusé d’avoir injurié l’islam, affaire confirmée par des témoins devant notaire. Inculpé, il a été jugé coupable, selon le droit malikite et condamné par le tribunal du Charaâ à la peine de mort pour blasphème. Mohammed Bey, le souverain cherchait ainsi à apaiser les rancœurs nées de l’exécution d’un musulman accusé d’avoir tué un Juif et à prouver que sa justice traite ses sujets équitablement. L’émotion créée par cette exécution est vive dans la communauté juive et gagne les consuls de France et du Royaume-Uni, Léon Roches et Richard Wood, qui incitent  le souverain à s’engager dans la voie de réformes libérales s’inspirant du tanzimat, ère  de réformes qui durèrent de 1839 à 1876 dans l’empire ottoman : Constitution, Parlement, le tout  dissous deux ans plus tard par le sultan Abdülhamid II, qui ne rétablira la constitution et le parlement qu’après la révolution des Jeunes Turcs en 1908. Envisagée dès 1856, l’introduction des réformes ottomanes devient alors effective. L’arrivée d’une escadre française en rade de Tunis oblige Mohammed Bey à promulguer le Pacte fondamental (Ahd El Aman ou Pacte de sécurité), le 10 09 1857, devant mamelouks, caïds et consuls étrangers : c’est une déclaration de onze articles des droits des sujets du bey et de tous les habitants vivant sur son territoire. Les idées dominantes, outre les droits accordés aux étrangers, sont la sécurité, l’égalité et la liberté : extension de la complète sécurité des biens, de la personne et de l’honneur à tous les sujets sans distinction de religion, de nationalité ou de race, égalité devant la loi et l’impôt de tous les sujets musulmans et non-musulmans, liberté de culte pour les seuls Juifs. Dans le serment final du pacte, le bey engage également ses successeurs à ne régner qu’après avoir juré l’observation de ces institutions libérales : c’est l’ébauche d’une monarchie constitutionnelle.

28 06 1857                       Le révolutionnaire Mazzini pense avoir trouvé  en la personne de Carlo Pisacane le partenaire idéal pour mener à bien la révolution en Italie : à la tête d’une mince légion de patriotes, il débarque en Calabre à Sapri, pensant que les paysans de la région viendront grossir ses rangs pour entraîner un soulèvement général … et c’est tout le contraire qui se produit : les paysans prennent le parti des Bourbons et taillent en pièce les révolutionnaires. On ne sait si Trotski et Lénine en tirèrent leçon, mais ils ne reproduiront pas les mêmes erreurs. Un des derniers obstacles en travers du chemin de Cavour était levé : il mena envers tous ces proscrits une politique d’intégration qui les calma à jamais : accès à la fonction publique, à l’Université et même à la députation !

20 08 1857                 Saisie des Fleurs du mal : Charles Baudelaire est condamné à 300 francs d’amende et ses éditeurs à 100 francs pour outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs. Le procureur Pinard avait réclamé une sanction exemplaire au nom de la défense de cette grande morale chrétienne qui est en réalité la seule base solide de nos mœurs publiques […]L’homme étant toujours plus ou moins infirme, plus ou moins malade, portant d’autant plus le poids de sa chute originelle, il convient de le protéger contre ces peintures obscènes qui corrompent ceux qui ne savent encore rien de la vie.

Charles Baudelaire était né en 1821 de Caroline Dufaÿs, 28 ans et de François Baudelaire, 62 ans, ancien prêtre qui avait fait un premier mariage avec Jeanne Janin, artiste peintre avec laquelle il avait eu un fils, Claude Baudelaire, né en 1805 et donc demi-frère de Charles. Après la mort de son mari en 1827, sa mère épousera Jacques Aupick, lieutenant colonel, qui ne saura avoir avec Charles que des relations exécrables.

29 08 1857                 Prosper Mérimée donne son sentiment sur l’affaire à Mme de la Rochejacquelein :

Je n’ai fait aucune démarche pour empêcher de brûler le poète dont vous me parlez, sinon de dire à un ministre qu’il vaudrait mieux en brûler d’autres d’abord.

Je pense que vous parlez d’un livre intitulé Fleurs du Mal, livre très médiocre, nullement dangereux, où il y a quelques étincelles de poésie, comme il peut y en avoir dans un pauvre garçon qui ne connaît pas la vie et qui en est las parce qu’une grisette l’a trompé. Je ne connais pas l’auteur, mais je parierais qu’il est niais et honnête, voilà pourquoi je voudrais qu’on ne le brûlât pas.

31 08 1857                Début des travaux du tunnel ferroviaire du Mont Cenis, ou Fréjus : il sera inauguré 14 ans plus tard, le 17 septembre 1871.

1857                            Ferdinand Carré met au point le réfrigérateur à compression, en utilisant le gaz d’ammoniac comme réfrigérant. Il faudra attendre encore bien des années pour une production en série. A Beaulieu, près de Héricourt, Peugeot frères [depuis 1851] fabrique des baleines et des cerceaux de crinoline en acier : le filon était bon : la mode était à la robe bouffante, donc grosse consommatrice de cerceaux.

Antoine Lescure, rétameur ouvre un atelier de ferblanterie à Selongey en Côte d’Or. Son fils Jean le reprendra en 1865, en se consacrant exclusivement à la fabrication. La manufacture Jean Lescure va devenir une des principales ferblanteries du pays. Jean, Frédéric et Henri, les arrières petits fils d’Antoine, relancent la société dans les années 1930 et se concentrent sur un produit phare, le passe lait – une passoire à écrémer le lait. Pratique et solide, il rencontre un succès immédiat qui permet de moderniser les infrastructures de production. La manufacture, forte de son savoir faire dans l’emboutissage deviendra en 1944 la S.E.B – Société d’Emboutissage de Bourgogne : les cocottes vont devenir cocottes-minute, et la société n’aura de cesse de croître et d’embellir, jusqu’à manger, après bien d’autres, un concurrent chinois en 2006.

Le premier tunnel alpin est achevé : le Semmering, long de 1 430 mètres, pour relier Vienne à Trieste. Joseph Tairraz crée le studio Photographie alpine Tairraz à Chamonix. Le journaliste Alphonse Karr, réfugié politique à Nice, envoie des bouquets de violettes à Paris et des petits sacs de lavande : c’est le début de la culture florale sur ce rivage privilégié que Stephen Liégeard nommera trente ans plus tard Côte d’azur. Xavier Ruel fonde à Paris le Bazar de l’Hôtel de Ville.

14 01 1858                    Trois patriotes italiens tentent de tuer Napoléon III, rue Le Peletier, en face de l’Opéra : l’attentat fait douze morts, 156 blessés. L’impératrice est couverte de sang, et l’empereur indemne. Condamné à mort, Orsini supplie l’empereur d’apporter son aide à la cause italienne ; ses lettres, publiées, ne seront pas étrangères à la décision de pourparlers secrets à Plombières avec Cavour.

J’adjure votre Majesté de rendre à l’Italie l’indépendance que ses enfants ont perdue en 1849, par le fait des Français (…). Que votre Majesté se rappelle que les Italiens, au milieu desquels était mon père, ont versé leur sang pour Napoléon le Grand, partout où il lui plut de les conduire ; qu’elle se rappelle que, tant que l’Italie ne sera pas indépendante, la tranquillité de l’Europe et celle de votre Majesté ne seront qu’une chimère : que votre Majesté ne repousse pas le vœu suprême d’un patriote sur les marches de l’échafaud ; qu’elle délivre ma patrie, et les bénédictions de 25 millions de citoyens la suivront dans la postérité.

Et Napoléon III se dit : faisons d’une pierre deux coups. Sa liaison avec la comtesse de Castiglione commence à lui peser, la fille est impossible, ivre de sa fatuité : contre toute vraisemblance, il lui attribue une complicité dans l’attentat, ce qui permet de l’expulser. Exit la divina comtessa, la comtesse Walevska a d’ailleurs déjà pris sa place !  Mais l’attitude de Napoléon III ne peut se réduire à des histoires d’alcôve : dès le 20 février, il recevait en audience privée le général Della Rocca, autorisant ce dernier à dire au roi, d’une manière confidentielle, mais positive, qu’en cas de guerre du Piémont contre l’Autriche, il viendrait combattre avec sa puissante armée aux côtés de son fidèle allié Victor-Emmanuel.

31 01 1858                       En Angleterre, lancement du plus grand paquebot à vapeur du monde : Great Eastern: 211 m de long, 36.57 de large, 17.67 de haut 32 000 tonneaux, deux roues à aube de dix-sept m. de diamètre, une hélice de 7.2 m. 5 cheminées, un gréement de six mâts, à même d’emmener 4000 passagers : trop gros pour l’époque, ruineux pour ses armateurs. Rarement navire aura connu pareille poisse : faute de place dans la Tamise, il est lancé latéralement, créant une vague qui manque de le faire chavirer. Le 7 août 1859, il sera prêt à naviguer, mais une cheminée explosera, faisant 5 morts. Ramené à quai à Holyhead, au pays de Galles, une tempête d’octobre l’en fera partir pour l’emmener au large. Trois mois plus tard, on dénombrera huit morts dans la chaloupe qui faisait la navette avec la terre. Le 17 juin 1860, il appareille pour les Etats-Unis, mais la confiance n’est pas du voyage, les passagers comme le frêt ne rempliront jamais le navire, qui deviendra navire câblier en 1864 et posera le câble sous-marin entre l’Angleterre et les Etats-Unis. Désossé en 1889, on trouvera 2 squelettes dans la double coque : c’était ceux d’un riveur et de son apprentis disparus lors de la construction !

Il ne faudrait pas pour autant  prendre son constructeur Isambard Kingdom Brunel pour un illuminé dangereux : c’est lui qui avait réalisé le premier tunnel sous la Tamise, créé une compagnie de chemin de fer, une compagnie maritime, construit de nombreux ponts, d’autres navires… c’est au moins le Gustave Eiffel anglais. Il voyait sans doute trop loin pour l’état des connaissances techniques de l’époque, mais le Great Eastern aura fait avancer considérablement la construction navale, de même qu’un siècle plus tard, le Concorde aura fait avancer la construction aéronautique.

01 1858                       La reine Victoria a des problèmes avec son cheval, plus que capricieux. Elle lui est attachée et ne veut pas en changer. What to do ? On a entendu parler d’un américain dresseur de chevaux John Solomon Rarey, natif de Greveport dans l’Ohio, qui pourrait peut-être arranger l’affaire, et donc on le mande au château de Windsor.

Devant la reine et son entourage stupéfaits, Rarey apposa les mains sur l’animal, qui se coucha à terre. L’homme s’allongea à son tour, la tête sur les sabots. Sa Majesté eut un petit gloussement ravi et le gratifia de cent dollars. C’était un homme modeste et tranquille, mais la célébrité l’avait rattrapé et les journalistes réclamaient du spectacle. Un appel fût lancé pour trouver le cheval le plus féroce de toute l’Angleterre.

On le trouva.

C’était un étalon nommé Cruiser, autrefois le plus rapide coursier du pays. Hélas, il était devenu […] le démon incarné et portait un muselière en acier pesant huit livres, après avoir massacré un nombre impressionnant de garçons de ferme. Ses propriétaires le gardaient en vie pour la reproduction, et, afin de pouvoir procéder en toute sécurité, ils avaient l’intention de le rendre aveugle. Contre l’avis général, Rarey entra dans l’écurie où personne n’osait jamais s’aventurer et referma la porte. Trois heures plus tard, il reparaissait en menant un cheval sans muselière et doux comme un agneau. Impressionnés, les propriétaires lui firent cadeau de l’animal. Rarey ramena sa conquête dans l’Ohio, où Cruiser survécut neuf années à son nouveau maitre avant de s’éteindre le 6 juillet 1875.

Nicholas Evans.        L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux            Albin Michel 1996

En automne 1858, John Rarey sera invité à Paris. Il devait apprivoiser Stafford, demi-sang ardent et réputé complètement immontable, d’environ six ans. Sa grande force et sa férocité l’avaient rendu dangereux même pour l’approcher et depuis un an il avait été maintenu étroitement confiné. Une assemblée nombreuse était présente quand Stafford, se débattant dans ses entraves, fut amené devant Rarey. L’animal avait les yeux soigneusement bandés, et il était dans une humeur tout à fait méchante envers tous. Mais une heure et demie plus tard, Rarey monta le cheval avec une simple bride. Il a alors démonté, déchaîné le cheval et l’a mené autour de l’arène comme si Stafford était le cheval le plus docile qui soit.

Wikipedia

Ce qui me plaît dans la méthode de ce dompteur américain, c’est qu’elle est humaine, pas de tord-nez, pas de mors contraignant, pas de fouet aux bords coupant, pas d’éperons aux bouts pointus, pas de poteau de souffrance, rien d’autre que de la gentillesse. Véritable victoire morale, l’idée d’infériorité est suggérée à l’animal par la succession de ses efforts inutiles.

Théophile Gautier                 Le Moniteur universel, 21 janvier 1860

1 02 1858                    Jeanne Labadie, Bernadette Soubirous et sa sœur – filles d’un meunier de Lourdes en faillite, [et Dieu sait si cela suffisait à l’époque à vous marginaliser] ramassent du bois mort au bord du gave au lieu-dit Massabielle. Un bruit venu d’une grotte attire l’attention de Bernadette : lui apparaît alors une dame vêtue de blanc. Du 11 février au 16 juillet, la Vierge apparaîtra 18 fois à Bernadette Soubirous, qui conte la vision au curé, qui se refuse à la croire …  jusqu’au 25 mars : la Vierge lui dit alors, en gascon : Que soy era Immaculada Counceptioun – Je suis l’Immaculée Conception -. Les mots viennent à bout de l’incrédulité du curé, qui réalise bien que Bernadette ne pouvait les avoir inventés, ne les comprenant pas elle-même. La Ville va rapidement devenir le premier lieu de pèlerinage de France, l’eau de la grotte s’étant révélée miraculeuse ; de 1858 à 1913, les trois-quarts des guérisons officiellement enregistrées concernaient les maladies infectieuses, principalement la tuberculose.

David O. Selznick réalisera Le chant de Bernadette en 1943 avec Phyllis Flora Isley, alias Jennifer Jones dans le rôle titre. Jean Delannoy réalisera Bernadette en 1988, puis La passion de Bernadette en 1990, avec Sidney Penny. En 2012 Jean Sagols réalisera Je m’appelle Bernadette, avec Katia Miran, étonnante de force dans sa simplicité, de résistance à toute forme d’intimidation et de manipulation. Le réalisateur a eu bien du mal à boucler le budget, souligne avec regret l’absence de toute publicité, et, pour le futur se désole de voir toutes les portes se fermer devant son projet de réaliser un film sur Charles de Foucault. Charles de Foucauld, en 2012, qui voulez-vous que cela intéresse ?

13 02 1858                            Sous les auspices de la Société de géographie de Londres, Burton et Speke partent à la recherche des sources du Nil. Ils atteignent le lac Tanganyka le 13 février 1858. Tous deux sont malades : Speke a une inflammation de la cornée qui lui interdit d’ouvrir les paupières plus de quelques minutes par jour. Burton a un abcès à la langue qui l’empêche de prononcer plus de deux phrases de suite et la malaria l’empêche quasiment de se tenir debout :

Le 13 février [1858] nous reprîmes notre avancée parmi de hautes herbes qui laissaient par moments entrevoir des bosquets d’arbres isolés. Après environ une heure de marche, comme nous entrions dans une zone de savane, je vis le guide détourner la caravane et courir vers l’avant. Je le suivis, inquiet, et gravis avec lui une colline pentue, couverte de pierres et parsemée d’épineux. Arrivés au sommet, nos montures à bout de forces, nous fîmes halte quelques minutes.

  • Qu’est-ce que cette raie de lumière là-bas ? demandai-je au brave Bombay.
  • J’ai bien l’impression que c’est l’eau, répondit-il.

Je scrutai la bande de lumière, incrédule. Les restes de mon aveuglement, le voile des arbres et la réverbération du soleil n’illuminant qu’une partie du lac en avaient rabougri les proportions. Un peu hâtivement, je me pris à regretter la folie qui m’avait fait risquer la vie et perdre la santé pour une récompense si pauvre. Je maudis l’exagération des Arabes et songeai à faire immédiatement demi-tour pour marcher vers le lac Nyanza ou le lac du Nord. Mais j’avançai de quelques pas encore et brusquement le paysage entier se découvrit, me remplissant d’émerveillement. Rien au monde ne pouvait être plus pittoresque que cette première vue du lac Tanganyika dormant au creux des montagnes, scintillant dans la splendeur du coucher de soleil tropical. Passé un premier plan de collines vertigineuses entre lesquelles serpentait le sentier, un liseré émeraude descendait mollement jusqu’à une frange de sable brillant, bordée ici de touffes de laîche et de joncs, là de vaguelettes battant doucement la grève. Au-delà c’était l’eau, une étendue d’un bleu plus clair et tendre que tout ce que j’avais vu, large de trente à trente-cinq milles, semée par le vent d’est de légers croissants d’écume neigeuse. En toile de fond se dressait le rempart acier de hautes montagnes accidentées, couvertes çà et là de brouillard, ailleurs au contraire nettes et dégagées. Les crevasses et les précipices qu’on devinait par endroits aux nuances plus sombres du mur s’achevaient en collines douces qui semblaient tremper leurs pieds dans l’eau. Au sud, en face du point où la rivière Malagarazi déverse la boue rouge charriée par ses eaux furieuses, on discernait les presqu’îles et les promontoires escarpés d’Uguhha et, en regardant bien, un groupe d’îlots mouchetant la surface de l’eau. Les villages, les champs, les barques de pêcheurs qu’on voyait passer sur l’eau, le murmure des vagues déferlant sur la grève lorsqu’on s’approchait, l’abondance et la magnificence de la nature, la formidable profusion de la végétation donnaient à l’ensemble une variété, un mouvement, une vie qui n’avaient pas grand-chose à envier à l’élégance des palais et des vergers les plus soignés et rivalisaient sans peine avec les vues les plus admirées de nos régions classiques. Les rives riantes de cette vaste cuvette me semblaient doublement enchanteresses après les mangroves silencieuses et désertes de la côte orientale, la mélancolie du désert et de la jungle, la monotonie des plaines de cailloux et d’herbes brûlées de soleil et la vase noire des marécages. C’était un vrai régal pour l’âme et pour les yeux. Oubliant les peines, les dangers et l’incertitude du retour, je me sentis prêt à endurer le double de ce que j’avais souffert; et la caravane entière sembla partager ma joie.

John Hanning Speke            Journal

Burton ne peut poursuivre et Speke s’en va seul vers le nord, où il découvre le lac Victoria, à 1134 m. d’altitude : il en fait le tour, et découvre sur la rive nord son émissaire qui n’est autre que le Nil. On considère aujourd’hui que c’est la source de la rivière Kagera, dans la forêt de Nuyngwe, sur les flancs du Mont Kikizi, – 2050 mètres d’altitude -, tributaire du lac Victoria, qui est la véritable source du Nil qui dès lors se trouverait en territoire Burundais. Appelé successivement Luvironza, puis Ruvubu – la rivière aux hippopotames –, ce torrent rencontre la Nyabarongo, née au Rwanda dans les monts Mifumbiro, à plus de 3 000 mètres d’altitude, et beaucoup plus abondante. Ce qui permet au Burundi et au Rwanda de revendiquer chacun sa source, avec l’avantage de la distance pour le premier, du débit pour le second. D’autres préfèrent que ce soit la source de la Semliki, sur les flancs du Ruwenzori, qui alimente le lac Albert, alimenté aussi par le lac Victoria. Et dans ce cas, la source du Nil, qui a l’avantage sur la première d’être la plus haute, serait en territoire ougandais.

L’expédition avait dès lors atteint son but. Je voyais de mes yeux que le vieux père Nil sort du lac Victoria, et que, comme je l’avais bien dit, ce lac est la principale source du fleuve[1]. La plus lointaine extrémité du cours supérieur du Nil est donc le côté sud du lac, situé près du 3° de latitude sud, ce qui donne au Nil la surprenante longueur de plus de 34 degrés de latitude. J’ai baptisé Rippon Falls les chutes du Nil à la sortie du lac Victoria.

Mais Burton, frustré de s’être fait piquer la notoriété de la découverte, se mit à la mettre en doute et ainsi naquit une de ces grotesques querelles de savant qui vint prolonger le mystère qui planait depuis des siècles sur la localisation de cette source du Nil. Les Romains s’étaient résignés à n’en rien connaître : Lucain assurait que Arcanum natura caput non prodidit ulli, / Nec licuit populis parvum te, / Nile, videre et ils en avaient fait un proverbe synonyme de vaine entreprise, de chimère, caput Nili quærere.

*****

On comprend l’émotion de Speke et Burton à voir pour la première fois le lac Tanganika, et leur certitude d’avoir découvert les légendaires sources du Nil. Après plusieurs jours d’euphorie ils ont dû déchanter: aucun cours d’eau ne naissait du lac et l’altitude était inférieure à 800 mètres. Speke a trouvé quelques semaines plus tard le lac Victoria, 1133 mètres d’altitude, et en a fait dans son journal la source du fleuve, se brouillant à vie avec Burton. L’hypothèse est demeurée longtemps incertaine et de nombreux explorateurs ont tenté de la contredire en continuant de chercher. Mais quatre ans après avoir retrouvé Livingstone, Stanley a donné raison à Speke en découvrant en mai 1875 au nord du lac Victoria les chutes Ripon, point de départ du fleuve. Aujourd’hui encore, le débat se poursuit en amont du lac Victoria: certains géographes situent la source à l’endroit où naît la rivière Kagera au Rwanda, d’autres dans la forêt tropicale de Nyungwe, également au Rwanda, à 2248 mètres d’altitude, où jaillit d’un trou vaseux un filet d’eau qui devient ensuite la rivière Ruvyironza, laquelle se jette à son tour dans la Kagera, d’autres encore dans le massif du Rwenzori couronné de neiges éternelles, à la frontière du Congo et de l’Ouganda, donnant raison à Ptolémée qui dans l’Antiquité déjà situait la naissance du fleuve quelque part au milieu des « montagnes de la lune».

Mais la source la plus méridionale identifiée à ce jour – la plus éloignée de l’embouchure du fleuve, bref la vraie source du Nil se trouve à Gasumo, au Burundi, sur la commune de Rutovu, pas si éloignée finalement du lac Tanganyika où la cherchaient Speke et Burton. C’est un pèlerinage courant pour les expatriés et les touristes égarés que de s’y rendre et une photo vieille d’une vingtaine d’années nous montre, mes parents, ma sœur et moi, debout près d’un filet d’eau à côté duquel est plantée une pancarte rouillée où se lit en lettres presque effacées :

SOURCE DU NIL

Sylvain Prudhomme Tanganika Project      Editions Léo Scheer 2010

9 04 1858                    Le Régina Coeli, 3 mâts de Saint Nazaire, mouille au large du cap Grand Monte, au Libéria. Il a à son bord plus de 400 émigrants, travailleurs engagés, achetés le long des côtes du Libéria. Le capitaine Simon est à terre pour mettre au point les derniers préparatifs avant de lever l’ancre pour l’île de la Réunion, où doivent aller travailler ces émigrants. Depuis la côte, il entend des coups de feu : une rixe à bord a dégénéré entre l’équipage et les émigrants : onze marins et officiers sont tués. Les émigrants décident de lever l’ancre : mais on n’apprend pas à maitriser pareil navire en un clin d’œil, et c’est vers la côte qu’ils se dirigent, échappant à l’échouage par le réflexe de l’un d’eux qui mouille à nouveau l’ancre qu’ils viennent de lever ! Les réserves d’alcool sont vite asséchées et une dizaine de jours plus tard, un navire britannique escorte le Régina Coeli jusqu’à Monrovia où les émigrants sont libérés mais le navire est considéré comme capture de guerre. Il faudra une canonnière française pour que le capitaine Simon puisse le récupérer et regagner tant bien que mal Saint Nazaire.

En langage familier, on appelle cela reprendre de la main gauche ce que l’on a donné de la main droite. La Grande Bretagne avait aboli la traite en 1807, et l’esclavage en 1833. La France avait aboli la traite en 1815, puis l’esclavage en 1848. Cela avait entraîné de grands déséquilibres là où les économies reposaient essentiellement sur  l’esclavage, déséquilibre que s’efforçaient de combler les employeurs en créant l’engagisme, soit un contrat d’au moins six ans, qui n’a de différent avec l’esclavage qu’un petit salaire, le reste étant déjà constitutif de l’esclavage : logement, nourriture et soins. L’affaire avait été légalisée par le gouvernement français dès 1852, pour fournir une main d’œuvre à ses colonies des Antilles, de Guyane et de l’océan indien. Les eaux du golfe de Guinée étaient alors bien troubles, entre les marines nationales qui pourchassaient les trafiquants d’esclaves, et les navires qui continuaient ce trafic sous un autre nom, avec la bénédiction de leur pays. La situation de ces engagés était en tous points identique à celle des Indiens, Népalais, Bengalis  qui, aujourd’hui, construisent pour les Émirats Arabes Unis, Bahrein, Abu Dhabi, Dubaï etc…

04 1858                      Aux États-Unis, une colonne de l’armée qui s’est aventurée dans l’Oregon, à la limite du territoire des Cœurs d’Alêne est mise en pièces par cette tribu pourtant réputée paisible. Le général Harney a été chargée de diriger une autre colonne, avec priorité à la pacification, et pour ce faire, il s’est adjoint les services de Pierre Jean De Smet, le jésuite aimé et respecté de toutes les tribus. Mais quand ils débarquent à Vancouver, le colonel White a déjà réglé l’affaire à sa manière, en massacrant les Indiens. De Smet obtient de mener une mission solitaire auprès des Cœurs d’Alêne, qui l’écoutent et se calment ; ce fût pour lui l’occasion de découvrir qu’ils avaient réalisé son rêve : une réduction tout à fait opérationnelle : pâturages, ateliers, moulin, habitations presque confortables…mais combien de temps cela va-t-il durer sans éveiller les jalousies guerrières des voisins ?

21 07 1858                Un traité d’alliance, resté alors secret, est signé entre Napoléon III et Victor Emmanuel II à Plombières : le sort de la Savoie est déjà scellé : son souverain abandonne le berceau de sa dynastie à la France. Et pour se faire pardonner par les populations de Nice, elle aussi savoyarde jusqu’alors, les conséquences que va entraîner son rattachement à la France – Nice va perdre sa fonction de débouché du royaume vers la mer au profit de Gênes –  ils ont l’idée d’une liaison ferroviaire entre Nice et Cuneo. 26 ans seront nécessaires pour passer du rêve à la réalité : les travaux commenceront en 1882, peu après l’ouverture du tunnel routier : ils seront achevés en 1928 !

Camillo Benso Cavour accompagne Victor-Emmanuel II : on peut céder une perle pour recevoir, en échange, des diamants. Les diamants, en l’occurrence, c’est l’alliance de la France et du royaume de Piémont-Sardaigne pour chasser les Autrichiens de l’Italie du Nord et instaurer une confédération italienne sous la double autorité du pape et du roi de Piémont. Quant à la perle, on est en droit d’hésiter : soit il s’agit de la Savoie elle-même, soit de la comtesse de Castiglione, la divina contessa, cousine de Cavour qui après avoir illuminé la cour de Turin, sera priée d’en faire autant à Paris et d’étourdir de ses charmes Napoléon III… ainsi s’arrangeront les affaires italiennes… Italia fara da se, d’accord, mais avec une belle, collectionneuse d’amants, cela va encore mieux. Le secret était devenu d’alcôve, et la divina contessa une sacrée diablesse.

09 1858                        L’affaire Mortara fait la une des journaux pendant un bon moment : il est venu aux oreilles de la presse, qu’un jeune juif, Edgar Mortara, d’une famille de Bologne employant une servante catholique, se trouvant gravement malade et donc en danger de mort, a été baptisé à l’insu de la famille par ladite servante ; sept ans plus tard, l’affaire, parvenue dans les couloirs du Vatican, l’Église Catholique dépêcha dans la famille les personnes nécessaires pour procéder à l’enlèvement de l’enfant afin qu’il fût élevé dans la religion catholique :

Il est certain qu’on dû agir avec une certaine rigueur, et recourir, quoique avec beaucoup de réserve, à l’intervention du bras séculier, parce que les parents n’auraient jamais consenti de leur plein gré à voir partir leur enfant. Il fallut donc procéder avec une certaine énergie…

La tempête mit du temps à se calmer, mais l’intéressé se plia sans façons à la manœuvre tant et si bien qu’il fût ordonné prêtre en 1875 et le restera jusqu’à sa mort, tandis que la servante zélée prenait le voile !

1858                             La très puissante Compagnie des Indes (anglaise) adresse un mémorandum au Parlement britannique :  Pendant une période d’environ cent ans, les possessions britanniques aux Indes ont été acquises et défendues à l’aide des moyens même de ces possessions sans qu’il en soit résulté les moindres frais pour le Trésor britannique. Non seulement le coût de maintien des troupes autochtones a été à la charge des Indiens, mais également celui des régiments britanniques stationnés dans le sous-continent. V.G. Kiernan pouvait dire que l’Empire britannique avait été acquis à des prix de solde.

L’alpiniste John Ball est élu président de l’Alpine Club anglais, le premier du genre au monde.

Saïd, vice roi d’Égypte nomme Auguste Mariette directeur des Antiquités égyptiennes. Ce dernier dirigeait depuis 8 ans une mission archéologique en Égypte, années au cours desquelles il avait envoyé par milliers des pièces au Louvre. Il va désormais garder pour l’Égypte les trésors de son passé et créera le musée du Caire en 1863.

Le naturaliste français Henri Mouhot découvre les ruines d’Angkor Vat, au cœur de la forêt cambodgienne : […]      vers le quatorzième degré de latitude et le cent deuxième de longitude à l’orient de Paris, se trouvent des ruines si imposantes, fruit d’un travail tellement prodigieux, qu’à leur aspect on est saisi de la plus profonde admiration, et qu’on se demande ce qu’est devenu le peuple puissant, civilisé et éclairé, auquel on pourrait attribuer ces œuvres gigantesques. […]     Ruines plus imposantes que toutes celles qui nous ont été laissées par la Grèce ou par Rome. […]      Angkor peut se mesurer à la gloire du Temple de Salomon et avoir été l’œuvre de quelque Michel-Ange des temps passés.

Jean Baptiste Boussingault travaille sur la nutrition minérale des végétaux. Les travaux du tunnel ferroviaire du Mont Cenis, dit tunnel du Fréjus, de Modane à Bardonnèche, ont commencé depuis un an. Germain Sommeiller met au point le marteau-piqueur, dont la conception représente un grand progrès pour le percement des tunnels, car l’air comprimé de l’outil est utilisé pour la ventilation générale de la galerie. Le projet de Sommeiller a été bien pensé : à mi-distance, le 26 décembre 1870, ouvriers italiens et français se rencontrent : on mesure 40 cm d’écart dans l’axe, 60 cm en niveau, pour une distance de 12 km ! L’inauguration a lieu le 17 septembre 1871 ; après les actes forts… les grandes paroles :

Ceux qui pensaient n’unir que deux provinces unissaient deux peuples, ils les unissaient par l’échange d’abord, l’échange qui est le commencement des relations, par l’amitié ensuite, l’amitié qui en est le couronnement. Voilà donc à travers les Alpes, voilà ces deux grands Orients unis, l’Orient de l’Italie, c’est à dire de la nature et des arts et l’Orient de la France qui est l’Orient de la civilisation et de la liberté : ces deux soleils peuvent se regarder à travers cette grande trouée. En se regardant, ils se reconnaîtront, en se reconnaissant ils s’aimeront, et en s’aimant, ils feront la paix du monde.

Le ministre français de service.

En 1997, il verra passer 10 MT de marchandises, pour 12 MT par le tunnel routier.

Parallèlement à ces travaux, une autre ligne de chemin de fer est construite, sur le plancher des vaches, entre Saint Michel de Maurienne et Suse par M. Fell, à la tête d’une compagnie britannique. Une crémaillère centrale lui permet de monter les fortes pentes ; il emprunte exactement le tracé de la voie impériale construite par Napoléon de 1803 à 1812 : La Praz, Modane, Bramans, Termignon, Lanslebourg, La Ramasse, l’Hospice, Grand Croix et Bar. L’opposition des transporteurs locaux, la concurrence du tunnel du Fréjus se montreront plus forts que l’intérêt touristique… et la ligne Fell fermera.

Inauguration de la gare de Grenoble. Elle attendra le 2 novembre de l’année suivante pour être baptisée, comme toute la ville, qui se retrouvera sous l’eau après trois jours de bonne pluie, bien régulière et continue.

Les Anglais ont déjà un réseau ferroviaire très développé :

En 1864, plus de dix mille miles de voie ferrée s’étendaient à travers la Grande-Bretagne, reliant métropoles, banlieues et villes de campagne isolées. Quatre décennies plus tôt, des individus sensés croyaient qu’avec sa locomotive obstinée, fantasque, et ses voitures de passagers bringuebalantes, le train était pratiquement le jouet d’un fou. Pourtant, ce train qui laissait fumée et vapeur dans son sillage avait réduit à quelques minutes les heures jadis nécessaires pour se déplacer en voiture à cheval. Il avait élargi l’horizon de toutes les classes de citoyens britanniques en redéfinissant le travail et le transport de marchandises, et était devenu indispensable tant à la quête des loisirs qu’à celle des affaires.

Depuis l’époque de la folie du rail, à la fin des années 1830 et au milieu des années 1840, une vague de spéculation et de construction avait engendré un vaste réseau d’acier voué à métamorphoser le paysage. Des rails enjambaient les rivières, recouvraient des rues fréquentées et des voies ombragées, coupaient à travers de fertiles pâturages, tournaient sur la lande solitaire et franchissaient même de vastes étendues d’eau grâce à des jetées flottantes ou aux ponts à travées métalliques édifiés par les grands ingénieurs de l’époque. C’est à Londres que fut inauguré, le 10 janvier 1853, le premier chemin de fer souterrain du monde [métro]. Un an plus tard, près de 250 millions de trajets furent effectués par des passagers dans toute la Grande-Bretagne, contre 50 millions au cours de l’année 1838 et 111 en 1855.

La machine à vapeur éblouissait, et les Anglais du milieu de l’ère victorienne s’émerveillaient et s’enthousiasmaient de sa force, de son énergie et de l’esprit qu’elle reflétait. Emblèmes du succès de la technocratie, de l’entreprise, de la persévérance, de l’aventure et de la civilisation, les trains livraient du coton à des bateaux mettant le cap sur la Chine et sur l’Inde, ils apportaient de la laine dans le Yorkshire et du charbon aux usines qui alimentaient la révolution industrielle. Ils transportaient le courrier, livraient aux boutiques des villes et des villages les marchandises exotiques arrivant des quatre coins du monde dans les ports de Grande-Bretagne, et offraient aux commerces la possibilité de trouver de nouveaux marchés pour leurs produits. Ils répandaient la nouvelle des événements nationaux et internationaux jusqu’aux confins du pays et permettaient aux Victoriens de poursuivre leur existence plus vite qu’on ne l’avait jamais cru possible, en encourageant les excursions de loisir parmi des gens qui, jusqu’alors, s’étaient rarement aventurés au-delà des frontières de leur comté.

Les itinéraires de chemin de fer imposèrent la normalisation du temps à travers la nation, en consacrant la vitesse comme nouveau principe de la vie publique : l’heure du chemin de fer entra dans le vocabulaire, de grosses pendules ornaient la façade des gares et il devint banal d’affirmer que les voyages en train avaient annihilé le temps. Certes, bien que le livre au cœur de la société victorienne fût la Bible, l’Indicateur des chemins de fer de Bradshaw, publication mensuelle de l’épaisseur d’une brique et comprenant un nombre croissant d’itinéraires à la complexité déroutante, gagnait du terrain. Tout le monde grogne face aux chemins de fer, écrivait le célèbre historien John Pendleton au cours des années 1890 ; ils représentent le mépris des gens ponctuels, la gêne des retardataires et le dédain des irascibles ; mais ils ont un grand mérite : ils nous ont secoués.

Les trains, selon lui, étaient devenus l’agent le plus indispensable de la vie de la nation. Cependant, aux yeux d’une société tiraillée entre conservatisme et progrès, les chemins de fer suscitaient des réactions ambiguës. Dans les sifflements et crissements de chaque locomotive à l’approche résidait la preuve d’une transformation sociale et technologique rapide. Gares, ponts de chemin de fer et remblais brillaient par leur caractère ostentatoire et nouveau, qui signalait l’investissement de capitaux énormes et la montée en puissance de prouesses techniques. Ils transformaient de modestes bourgs en villes tentaculaires et engendraient de nouvelles richesses surprenantes. Ils étaient libérateurs, mais s’ils ponctuaient la carte de l’Angleterre de nouvelles perspectives, ils engloutissaient aussi des communautés rurales et manifestaient une dangereuse négligence envers la vie humaine : des roues s’échappaient des rails, des essieux se brisaient, des chaudières éclataient et nombreuses étaient les collisions.

Une inquiétude inhérente à l’enthousiasme suscité par les voyages en train s’était développée en proportion, concernant la perte de contrôle de l’individu. Le sentiment de se retrouver piégé dans un compartiment semblable à un caisson, d’être remorqué à toute allure et traité à peine comme une marchandise jetable parmi d’autres, était, au mieux, déroutant et, au pire, menaçant. Cette force gigantesque de la technologie industrielle s’infiltrait dans la langue pour y faire naître de nouvelles métaphores (à toute vapeur ou sortir des rails) et mettait en relief la fragilité et l’impuissance de la vie humaine. Un malaise… équivalant à une peur réelle… envahit la plupart des voyageurs du rail, lisait-on dans un article publié par la revue médicale The Lancet en 1862. Selon elle, catastrophes mises à part, ces trajets pouvaient facilement rendre les passagers bien souffrants : leur bruit assourdissant troublait l’oreille, la vitesse était éprouvante pour les yeux et les vibrations avaient un effet néfaste à la fois sur le cerveau et sur le squelette. La revue concluait que la tension nerveuse due à de telles conditions de transport pouvait entraîner un effondrement physique total.

Vers les années 1860, les romanciers exploraient depuis plus de deux décennies les appréhensions croissantes de la population face au caractère inexorable du progrès, de la technologie et de la modernité, recourant à l’image de la locomotive en pleine accélération comme puissant symbole non seulement des avancées de la civilisation, mais aussi d’une destruction physique et morale implacable. Ils posaient la question de savoir si les chemins de fer, qui abolissaient si aisément le temps, pouvaient annihiler l’esprit humain avec autant de succès. Le Dombey de Dickens, tourmenté par les affres de la jalousie suite à la mort de son fils, était étourdi par la vitesse même qui emportait le train dans son tourbillon… La puissance qui s’imposait sur sa voie de métal… qui défiait tous les sentiers et toutes les routes, perçant au cœur de chaque obstacle, traînant derrière soi des êtres de toutes classes, de tous âges et de tous rangs… était une image de ce monstre triomphant, la Mort.

Se sentant vulnérables, les usagers du rail exprimèrent leurs inquiétudes. A la fin des années 1850, une commission d’enquête de la Chambre des Communes avait recommandé l’adoption, par toutes les compagnies de chemins de fer, d’un moyen de communication entre le chef de train et ses passagers, mais ses propositions avaient été ignorées.[les wagons étaient composés d’une série de compartiments ayant chacun une porte donnant sur le quai, mais il n’y avait pas de couloir et donc, une fois le train en route, il n’y avait plus de contact possible avec qui que ce soit, hormis les passagers du compartiment]. Durant les premières années de la nouvelle décennie, les journaux se penchaient régulièrement sur le drame de voyageurs piégés dans des wagons verrouillés et sans aucun moyen d’appeler au secours en cas de besoin. On accusait les directeurs des compagnies d’être négligents et étourdis, et le gouvernement, apathique ; on demanda maintes fois à ce que les compagnies soient rendues légalement responsables de la sécurité de leurs passagers.

Kate Colquhoun     Le chapeau de M Briggs   Christian Bourgeois 2012

Un lyrisme débridé venait servir une philosophie à trois balles pour vanter le nouveau mode de locomotion :

Ne regardez pas les coquelicots au-delà de la vitre, madame, car ils s’enfuient plus vite que vos sens ne peuvent les capter. Regardez plustôt les clochers d’église et les montagnes au loin, dont le mouvement est plus stable. Car telle est la vision de notre ère nouvelle : nous voilà libérés de la myopie qui empêchait les hommes de voir plus loin que leur misérable lopin, et qui les condamnait à se proclamer, à coups d’épée et de tambour, supérieurs à tous leurs semblables. Dorénavant, ils peuvent porter leur regard au loin, et envisager un avenir commun !

Rana Dasgupta      Solo   Gallimard 2009

L’hiver a été rude : sapins et épicéas ont donné peu de pommes : qu’importe, pour Noël on va les remplacer par des guirlandes et des boules. Les hivers plus cléments reviendront, mais boules et guirlandes resteront.

Lincoln vient d’être désigné candidat du parti républicain ; il pose les grands principes qui vont guider son action :

Je crois que ce gouvernement ne peut pas rester indéfiniment à moitié esclave et à moitié libre. Je ne souhaite pas que l’Union soit dissoute […] mais je souhaite qu’elle cesse d’être divisée. Ou bien les adversaires de l’esclavage arrêteront son extension et le placeront là où l’esprit public pourra le croire en voie de définitive extinction, ou bien ses défenseurs le feront progresser jusqu’à le rendre légal dans tous les États, aussi bien dans les anciens que dans les nouveaux, aussi bien dans le Nord que dans le Sud.

Abraham Lincoln, discours d’investiture à la candidature du parti républicain.

La Grèce est le seul exemple connu d’un pays vivant en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance. Si la France ou l’Angleterre se trouvait seulement une année dans cette situation, on verrait des catastrophes terribles. La Grèce a vécu plus de vingt ans en paix avec la banqueroute. Tous les budgets depuis le premier jusqu’au dernier sont en déficit.
Lorsque dans un pays civilisé, le budget des recettes ne suffit pas à couvrir le budget des dépenses, on y pourvoit au moyen d’un emprunt fait à l’intérieur. C’est un moyen que le gouvernement grec n’a jamais tenté et qu’il aurait tenté sans succès.
Il a fallu que les puissances protectrices de la Grèce garantissent sa solvabilité pour qu’elle négociât un emprunt à l’extérieur. Les ressources fournies par cet emprunt ont été gaspillées par le gouvernement sans aucun fruit pour le pays et une fois l’argent dépensé, il a fallu que les garants, par pure bienveillance, en servissent les intérêts. La Grèce ne pouvait point les payer.
Aujourd’hui elle renonce à l’espérance de s’acquitter jamais de ses crédits. Dans le cas où les trois puissances protectrices continueraient indéfiniment à payer pour elle, la Grèce ne s’en trouverait pas beaucoup mieux. Ses dépenses ne seraient pas encore couvertes par ses ressources.
La Grèce est le seul pays civilisé où les impôts soient payés en nature. L’argent est si rare dans les campagnes, qu’il a fallu descendre à ce mode de perception. Le gouvernement a essayé d’abord d’affermer l’impôt, mais les fermiers, après s’être témérairement engagés, manquaient à leurs engagements et l’État, qui est sans force, n’avait aucun moyen de les contraindre.
Depuis que l’État est chargé lui même de percevoir l’impôt, les frais de perception sont plus considérables et les revenus sont à peine augmentés.
Les contribuables font ce que faisaient les fermiers : ils ne payent pas. Les riches propriétaires, qui sont en même temps des personnages influents, trouvent moyen de frustrer l’État, soit en achetant, soit en intimidant les employés.
Les employés mal payés, sans avenir assuré, sûrs d’être destitués au premier changement de ministère ne prennent point comme chez nous les intérêts de l’État. Ils ne songent qu’à se faire des amis, à ménager les puissances et à gagner de l’argent. Quant aux petits propriétaires, qui doivent payer pour les grands, ils sont protégés contre les saisies, soit par un ami puissant, soit par leur propre misère.
La loi n’est jamais en Grèce cette personne intraitable que nous connaissons Les employés écoutent les contribuables. Lorsqu’on se tutoie et qu’on s’appelle frères, on trouve toujours moyen de s’entendre. Tous les Grecs se connaissent beaucoup et s’aiment un peu. Ils ne connaissent guère cet être abstrait qu’on appelle l’État et ils ne l’aiment point. Enfin le percepteur est prudent : il sait qu’il ne faut exaspérer personne, qu’il a de mauvais passages à traverser pour retourner chez lui et qu’un accident est bientôt arrivé.
Les contribuables nomades (les bergers, les bûcherons, les charbonniers, les pêcheurs) se font un plaisir et presque un point d’honneur de ne point payer d’impôts. Ils pensent comme du temps des Turcs, que leur ennemi c’est leur maître et que le plus beau droit de l’homme est de garder son argent.
C’est pourquoi les ministres des finances jusqu’en 1846 faisaient deux budgets des recettes. L’un, le budget d’exercice, indiquait les sommes que le gouvernement devrait recevoir dans l’année, les droits qui lui seraient acquis ; l’autre, le budget de gestion, indiquait ce qu’il espérait recevoir.
Et comme les ministres des finances sont sujets à se tromper à l’avantage de l’État dans le calcul des ressources probables qui seront réalisées, il aurait fallu faire un troisième budget indiquant les sommes que le gouvernement était sûr de percevoir.
Par exemple en 1845, pour le produit des oliviers du domaine public, affermés régulièrement aux particuliers, le ministre inscrivait au budget d’exercice une somme de 441 800 drachmes. Il espérait (budget de gestion), que sur cette somme, l’État serait assez heureux pour percevoir 61 500 drachmes.
Mais cette espérance était présomptueuse car l’année précédente, l’État n’avait perçu pour cet article ni 441 800 drachmes, ni 61 500 drachmes, mais 4457 drachmes et 31 centimes, c’est à dire environ un pour cent sur ce qui lui était dû. En 1846, le ministre des finances ne rédigea point de budget de gestion et l’habitude s’en est perdue.
Les dépenses de la Grèce se composent : de la dette publique (dette intérieure, dette étrangère), de la liste civile, des indemnités aux chambres, du service des ministères, des frais de perception et de régie, de frais divers.
Si je connaissais un gouvernement qui doutât de sa force, de son crédit, de l’affection de ses partisans et de la prospérité du pays, je lui dirais : « Ouvrez un emprunt ».
On ne prête qu’aux gouvernements que l’on croit bien affermis. On ne prête qu’aux gouvernements qu’on juge assez honnêtes pour remplir leurs engagements. On ne prête qu’aux gouvernements que l’on a intérêt à maintenir. Dans aucun pays du monde l’opposition n’a fait hausser les fonds publics. Enfin on ne prête que lorsqu’on a de quoi prêter.

[…]                 Il n’y a qu’une chose que les Grecs n’aient pas volée, c’est leur réputation.

Edmond About. Fils d’épicier, premier à l’agrégation de lettres en 1851, il avait été nommé à l’École Française d’Athènes.

Il n’était pas le premier à décocher des flèches à leur encontre : Voltaire s’y était déjà exercé :

Les descendants d’Hercule et la race d’Homère
Sans cœur et sans esprit couchés dans la poussière,
À leurs divins aïeux craignant de ressembler
Sont des fripons rampants qu’un aga fait trembler

Voltaire Épître à Catherine II.

Voltaire avait ajouté une note à  fripons rampants : Ceci ne doit pas s’entendre de tous les grecs, mais de ceux qui n’ont pas secondé les Russes comme ils le devaient.

Et quelques 50 ans plus tard, Pierre Loti, ne pourra qu’abonder dans ce sens, lui qui nourrissait une vraie haine pour les Grecs, et une amitié sans partage pour les Turcs, accusant à demi-mots la France et l’Angleterre de soutenir la Grèce par solidarité culturelle et surtout religieuse : ils sont orthodoxes, certes, mais tout de même eux, ce sont des chrétiens ! – position politique de la France -. Mais il faut bien dire que sont plutôt nombreux les peuples que n’aime pas Pierre Loti : les Asiatiques – les Japoneries –, les Grecs, les Juifs, (sauf s’ils sont riches…), et une autre race, cosmopolite : les Cook, c’est-à-dire les touristes en voyage organisé, donc en nombre, à la fin du XIX°, – le fait quasiment exclusif de la célèbre agence de voyage Cook -. Ses pulsions aristocratiques lui rendent absolument insupportables ces flots de touristes qui, ne disposant pas des facilités financières qui lui sont accordées, trouvent des solutions moins coûteuses, puisque c’est de leur poche que sort l’argent et non de celles du contribuable.

En 2012, à la veille d’élections législatives capitales, Panagiotis Karkatsoulis, un des hauts  fonctionnaires grecs connaissant le mieux la machine gouvernementale dira fort bien l’absurdité du système : son graphique préféré est celui qu’il nomme le macaroni : il essaie de représenter qui donne des ordres à qui, en compilant les attributions de chaque ministre ; soit des flèches de couleur montrant la chaîne de commande et les relations entre les différents ministères …et cela ressemble à un plat de macaronis ! Et encore : les 2/3 des mesures sont prises par décret ministériel (et seulement 2% par des lois). Ces textes sont parfois contradictoires, sans qu’aucune structure de supervision ne les coordonne. Le premier gouvernement Papandréou comportait 15 ministres, 9 vice-ministres et 21 ministres-adjoints, pour un pays de 11 millions d’habitants. Et s’y ajoutaient 78 secrétariats généraux ou spéciaux, 1 200 conseillers, 149 directions générales et 886 directions : un surcoût estimé à 14 milliards d’€. Il y a plusieurs années, un ministre avait demandé à M. Karkatsoulis de recenser les structures administratives sans raison d’être. Il expliqua au ministre que celles qui comptent moins de cinq personnes devaient disparaître, pour être rattachées à une autre. Le ministre a toussé et ramené la limite à trois. Aujourd’hui, 20 % des structures de l’administration n’ont pas d’employé : elles sont composées uniquement d’un cadre avec un titre et une prime pour se diriger lui-même ; 57% ont trois employés ou moins. C’est le propre des systèmes clientélistes et celui-là est hérité de l’Empire ottoman. La fonction sert à récompenser un affilié politique. C’est aussi un terrain propre à la corruption. Le cadastre n’existe pas et donc, par conséquence il n’existe pas d’impôt foncier. L’Eglise orthodoxe est probablement le premier propriétaire foncier du pays, mais elle n‘en sait rien, étant incapable de centraliser les informations sur ses biens. Les seuls éléments qui permettraient l’établissement de ce cadastre sont des photos aériennes qui remontent … à la seconde guerre mondiale. Il existe une association nationale des propriétaires illégaux !

24 01 1859              Victor Emmanuel, roi du Piémont lance à son parlement : Nous ne pouvons pas ne pas entendre le cri de douleur qui monte vers nous de toute l’Italie. 

23 04 1859                 Le royaume de Piémont Sardaigne refuse d’obtempérer à l’ordre de l’Autriche de désarmer.

3 05 1859                   La France déclare la guerre à l’Autriche. Les armées gagnent l’Italie dans une grande improvisation, les unes par les cols alpins, les autres par Gênes et Livourne mais remportent coup sur coup deux succès à Montebello le 20 mai et à Palestro les 30 et 31 mai.

4 et 24 06 1859          Victoires françaises de Magenta et Solférino sur les Autrichiens. Bouleversé par le spectacle des 40 000 blessés au soir de la bataille de Solférino, le Suisse Henri Dunant créera la Croix Rouge 5 ans plus tard, le 22 08 1864. Henri Dunant n’a pas à proprement parlé inventé des unités de secours lors des batailles, mais, par l’adoption d’un signe commun à tous les secours, il leur a permis d’intervenir dans le feu de l’action ; auparavant, chaque service sanitaire ayant son propre emblème, cela donnait lieu à des confusions, ils se faisaient tirer dessus et donc, en étaient arrivés à se tenir sur les arrières, attendant la fin de la bataille : les blessés pas trop gravement atteints étaient alors sortis d’affaire, mais les autres avaient eu amplement le temps de mourir.

L’universalisme de la croix rouge sur fond blanc fût écorné en 1876, lors de la guerre russo-turque, quand les Turcs refusèrent la croix, affirmant qu’elle blessait la susceptibilité du soldat musulman : ils la remplacèrent donc par le croissant.

Plus rapidement, l’abbé Perdrigeon, bricole le contre-coup, un remède simple à base de plantes des environs, surtout pour limiter l’effet des chocs, bosses œdèmes, plaies. Il poursuivra l’exercice illégal de la pharmacie et de la médecine jusqu’à sa mort. On trouve son élixir encore aujourd’hui en pharmacie.

Le soleil du 25 éclaira l’un des spectacles les plus affreux qui se puissent présenter à l’imagination. Le champ de bataille est partout couvert de cadavres d’hommes et de chevaux ; les routes, les fossés, les ravins, les buissons, les prés sont parsemés de corps morts, et les abords de Solférino en sont littéralement criblés. Les champs sont ravagés, les blés et les maïs sont couchés, les haies renversées, les vergers saccagés, de loin en loin on rencontre des mares de sang. Les villages sont déserts, et portent les traces des ravages de la mousqueterie, des fusées, des bombes, des grenades et des obus ; les murs sont ébranlés et percés de boulets qui ont ouvert de larges brèches ; les maisons sont trouées, lézardées, détériorées ; leurs habitants qui ont passé près de vingt heures cachés et réfugiés dans leurs caves, sans lumière et sans vivres, commencent à en sortir, leur air de stupeur témoigne du long effroi qu’ils ont éprouvé. Aux environs de Solférino, mais surtout dans le cimetière de ce village, le sol est jonché de fusils, de sacs, de gibernes, de gamelles, de shakos, de casques, de képis, de bonnets de police, de ceinturons, enfin de toutes sortes d’objets d’équipement, et même de débris de vêtements souillés de sang, ainsi que de monceaux d’armes brisées. Les malheureux blessés qu’on relève pendant toute la journée sont pâles, livides, anéantis ; les uns, et plus particulièrement ceux qui ont été profondément mutilés, ont le regard hébété et paraissent ne pas comprendre ce qu’on leur dit, ils attachent sur vous des yeux hagards, mais cette prostration apparente ne les empêche pas de sentir leurs souffrances ; les autres sont inquiets et agités par un ébranlement nerveux et un tremblement convulsif ; ceux-là, avec des plaies béantes où l’inflammation a déjà commencé à se développer, sont comme fous de douleur, ils demandent qu’on les achève, et ils se tordent, le visage contracté, dans les dernières étreintes de l’agonie. Ailleurs, ce sont des infortunés qui non seulement ont été frappés par des balles ou des éclats d’obus qui les ont jetés à terre, mais encore dont les bras ou les jambes ont été brisés par les roues des pièces d’artillerie qui leur ont passé sur le corps. Le choc des balles cylindriques fait éclater les os dans tous les sens, de telle sorte que la blessure qui en résulte est toujours fort grave ; les éclats d’obus, les balles coniques produisent aussi des fractures excessivement douloureuses et des ravages intérieurs souvent terribles. Des esquilles de toute nature, des fragments d’os, des parcelles de vêtement, d’équipement ou de chaussure, de la terre, des morceaux de plomb compliquent et irritent souvent les plaies du patient et redoublent ses angoisses.

Celui qui parcourt cet immense théâtre des combats de la veille y rencontre à chaque pas, et au milieu d’une confusion sans pareille, des désespoirs inexprimables et des misères de tous genres. Des régiments avaient mis sac à terre, et le contenu des sacs de plusieurs bataillons a disparu, des paysans lombards et des tirailleurs algériens s’étant emparés de tout ce qui leur est tombé sous la main : c’est ainsi que les chasseurs et les voltigeurs de la garde qui avaient déposé leurs sacs près de Castiglione, pour monter plus facilement à l’assaut de Solférino, en allant au secours de la division Forey, et qui avaient couché dans les environs de Cavriana après avoir combattu jusqu’au soir en avançant toujours, le lendemain, de grand matin, courent à leurs sacs, mais ces sacs étaient vides, on avait tout pris pendant la nuit ; la perte était cruelle pour ces pauvres militaires dont le linge et les vêtements d’uniforme sont salis et souillés, ou bien usés et déchirés, et qui se voient privés en même temps de leurs effets, peut-être de leurs modestes économies composant toute leur petite fortune, comme aussi d’objets d’affection, rappelant la famille et la patrie ou donnés par des mères, des sœurs, des fiancées. En plusieurs endroits les morts sont dépouillés par des voleurs qui ne respectent même pas toujours de malheureux blessés encore vivants ; les paysans lombards sont surtout avides de chaussures, qu’ils arrachent brutalement des pieds enflés des cadavres.

[…] Pendant les journées du 25, du 26 et du 27, que d’agonies et de souffrances ! Les blessures, envenimées par la chaleur et la poussière et par le manque d’eau et de soins, sont devenues plus douloureuses ; des exhalaisons méphitiques vicient l’air, en dépit des louables efforts de l’Intendance pour faire tenir en bon état les locaux transformés en ambulances, et l’insuffisance du nombre des aides, des infirmiers et des servants se fait cruellement sentir, car les convois dirigés sur Castiglione continuent à y verser, de quart d’heure en quart d’heure, de nouveaux contingents de blessés. Quelque activité que déploient un chirurgien en chef et deux ou trois personnes qui organisent des transports réguliers sur Brescia, au moyen de charrettes traînées par des bœufs ; quel que soit l’empressement spontané de ceux des habitants de Brescia qui, possédant des voitures, viennent réclamer des malades, et auxquels on confie les officiers, les départs sont bien inférieurs aux arrivées, de sorte que l’entassement ne fait qu’augmenter. Sur les dalles des hôpitaux ou des églises de Castiglione ont été déposés, côte à côte, des hommes de toutes nations, Français et Arabes, Allemands et Slaves ; provisoirement enfouis au fond des chapelles, ils n’ont plus la force de remuer, ou ne peuvent bouger de l’espace étroit qu’ils occupent. Des jurements, des blasphèmes et des cris qu’aucune expression ne peut rendre, retentissent sous les voûtes des sanctuaires. Ah! monsieur, que je souffre ! me disaient quelques-uns de ces infortunés, on nous abandonne, on nous laisse mourir misérablement, et pourtant nous nous sommes bien battus ! Malgré les fatigues qu’ils ont endurées, malgré les nuits qu’ils ont passées sans sommeil, le repos s’est éloigné d’eux ; dans leur détresse ils implorent le secours d’un médecin, ou se roulent de désespoir dans des convulsions qui se termineront par le tétanos et la mort. Quelques soldats, s’imaginant que l’eau froide qu’on verse sur leurs plaies déjà purulentes, produisait des vers, refusent, dans cette crainte absurde, de laisser humecter leurs bandages ; d’autres, après avoir eu le privilège d’être pansés dans les ambulances volantes, ne le furent plus durant leur station forcée à Castiglione, et ces linges excessivement serrés en vue des secousses de la route, n’ayant été ni renouvelés ni desserrés, étaient pour eux une véritable torture. La figure noire de mouches qui s’attachent à leurs plaies, ceux-ci portent de tous côtés des regards éperdus qui n’obtiennent aucune réponse ; la capote, la chemise, les chairs et le sang ont formé chez ceux-là un horrible et indéfinissable mélange où les vers se sont mis ; plusieurs frémissent à la pensée d’être rongés par ces vers, qu’ils croient voir sortir de leur corps, et qui proviennent des myriades de mouches dont l’air est infesté. Ici est un soldat, entièrement défiguré, dont la langue sort démesurément de sa mâchoire déchirée et brisée ; il s’agite et veut se lever, j’arrose d’eau fraîche ses lèvres desséchées et sa langue durcie ; saisissant une poignée de charpie, je la trempe dans le seau que l’on porte derrière moi, et je presse l’eau de cette éponge dans l’ouverture informe qui remplace sa bouche. Là est un autre malheureux dont une partie de la face a été enlevée par un coup de sabre : le nez, les lèvres, le menton ont été séparés du reste de la figure ; dans l’impossibilité de parler et à moitié aveuglé il fait des signes avec la main, et par cette pantomime navrante, accompagnée de sons gutturaux, il attire sur lui l’attention ; je lui donne à boire et fais couler sur son visage saignant quelques gouttes d’eau pure. Un troisième, le crâne largement ouvert, expire en répandant ses cervelles sur les dalles de l’église ; ses compagnons d’infortune le repoussent du pied parce qu’il gêne le passage, je protège ses derniers moments et recouvre d’un mouchoir sa pauvre tête qu’il remue faiblement encore. Quoique chaque maison soit devenue une infirmerie, et que chaque famille ait assez à faire de soigner les officiers qu’elle a recueillis, j’avais néanmoins réussi, dès le dimanche matin, à réunir un certain nombre de femmes du peuple qui secondent de leur mieux les efforts que l’on fait pour venir au secours des blessés ; il ne s’agit en effet ni d’amputations, ni d’aucune autre opération, mais il faut donner à manger et avant tout à boire à des gens qui meurent de faim et de soif; puis il faut panser leurs plaies, ou laver ces corps sanglants, couverts de boue et de vermine, et il faut faire cela au milieu d’exhalaisons fétides et nauséabondes, à travers des lamentations et des hurlements de douleur, et dans une atmosphère brûlante et corrompue. Bientôt un noyau de volontaires s’est formé, et les femmes lombardes courent à ceux qui crient le plus fort sans être toujours les plus à plaindre ; je m’emploie à organiser, aussi bien que possible, les secours dans celui des quartiers qui paraît en être le plus dépourvu, et j’adopte particulièrement l’une des églises de Castiglione, située sur une hauteur à gauche en venant de Brescia, et nommée, si je ne me trompe, Chiesa Maggiore. Près de cinq cents soldats y sont entassés, et il y en a au moins encore une centaine sur de la paille devant l’église et sous des toiles que l’on a tendues pour les garantir du soleil ; les femmes qui ont pénétré dans l’intérieur, vont de l’un à l’autre avec des jarres et des bidons remplis d’une eau limpide qui sert à étancher la soif et à humecter les plaies. Quelques-unes de ces infirmières improvisées sont de belles et gracieuses jeunes filles ; leur douceur, leur bonté, leurs beaux yeux pleins de larmes et de compassion, et leurs soins si attentifs relèvent un peu le courage et le moral des malades. Des petits garçons de l’endroit vont et viennent de l’église aux fontaines les plus rapprochées avec des seaux, des bidons et des arrosoirs. Aux distributions d’eau succèdent des distributions de bouillon et de soupes, dont le service de l’Intendance est obligé de faire des quantités prodigieuses. D’énormes ballots de charpie ont été entreposés ici et là, chacun peut en user en toute liberté, mais les bandelettes, les linges, les chemises font défaut ; les ressources, dans cette petite ville où a passé l’armée autrichienne, sont si chétives que l’on ne peut plus se procurer même les objets de première nécessité ; j’y achète pourtant des chemises neuves par l’entremise de ces braves femmes qui ont déjà apporté et donné tout leur vieux linge, et le lundi matin j’envoie mon cocher à Brescia pour y chercher des provisions ; il en revient, quelques heures après, avec son cabriolet chargé de camomilles, de mauves, de sureau, d’oranges, de citrons, de sucre, de chemises, d’éponges, de bandes de toile, d’épingles, de cigares et de tabac, ce qui permet de donner une limonade rafraîchissante impatiemment attendue, de laver les plaies avec de l’eau de mauves, d’appliquer des compresses tièdes et de renouveler les bandages des pansements. En attendant nous avons gagné des recrues qui se joignent à nous : c’est un vieil officier de marine, puis deux touristes anglais qui, voulant tout voir, sont entrés dans l’église, et que nous retenons et gardons presque de force ; deux autres Anglais se montrent au contraire, dès l’abord, désireux de nous aider ; ils répartissent aux Autrichiens des cigares. Un abbé italien, trois ou quatre voyageurs et curieux, un journaliste de Paris, qui se charge ensuite de diriger les secours dans une église voisine, et quelques officiers dont le détachement a reçu l’ordre de rester à Castiglione, nous prêtent leur concours. Mais bientôt l’un de ces militaires se sent malade d’émotion, et nos autres infirmiers volontaires se retirent successivement, incapables de supporter longtemps l’aspect de souffrances qu’ils ne peuvent que si faiblement soulager ; l’abbé a suivi leur exemple, mais il reparaît pour nous mettre sous le nez, par une attention délicate, des herbes aromatiques et des flacons de sels. Un jeune touriste français, oppressé par la vue de ces débris vivants, éclate soudainement en sanglots ; un négociant de Neuchâtel se consacre pendant deux jours à panser les plaies, et à écrire pour les mourants des lettres d’adieux à leurs familles ; on est obligé, par égard pour lui, de ralentir son ardeur, comme aussi de calmer l’exaltation compatissante d’un Belge qui était montée à un tel degré que l’on craignait qu’il ne fût pris d’un accès de fièvre chaude, semblable à celui dont fut atteint, à côté de nous, un sous-lieutenant qui arrivait de Milan pour rejoindre le corps dont il faisait partie. Quelques soldats du détachement laissé en garnison dans la ville essaient de secourir leurs camarades, mais ils ne peuvent non plus soutenir un spectacle qui abat leur moral en frappant trop vivement leur imagination. Un caporal du génie, blessé à Magenta, à peu près guéri, retournant au bataillon et auquel sa feuille de route accorde quelques jours, nous accompagne et nous aide avec courage, quoique deux fois de suite il s’évanouisse. L’intendant français qui vient de s’établir à Castiglione, accorde enfin l’autorisation d’utiliser, pour le service des hôpitaux, des prisonniers bien portants, et trois médecins autrichiens viennent seconder un jeune aide-major corse, qui m’importune, à différentes reprises, pour obtenir de moi un certificat constatant son zèle pendant le temps que je le vis agir. Un chirurgien allemand, resté intentionnellement sur le champ de bataille pour panser les blessés de sa nation, se dévoue à ceux des deux armées ; en reconnaissance l’Intendance le renvoie, après trois jours, rejoindre ses compatriotes à Mantoue. Ne me laissez pas mourir ! s’écriaient quelques-uns de ces malheureux qui, après m’avoir saisi la main avec une vivacité extraordinaire, expiraient dès que cette force factice les abandonnait. Un jeune caporal d’une vingtaine d’années, à la figure douce et expressive, nommé Claudius Mazuet, a reçu une balle dans le flanc gauche, son état ne laisse plus d’espoir, et il le comprend lui-même, aussi après que je l’ai aidé à boire il me remercie, et les larmes aux yeux il ajoute : Ah! monsieur, si vous pouviez écrire à mon père, qu’il console ma mère !  Je pris l’adresse de ses parents, et peu d’instants après il avait cessé de vivre. Un vieux sergent, décoré de plusieurs chevrons, me disait avec une tristesse profonde, d’un air de conviction et avec une froide amertume : Si l’on m’avait soigné plus tôt, j’aurais pu vivre, tandis que ce soir je serai mort ! Le soir il était mort.

Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir ! vociférait avec une énergie farouche un grenadier de la garde, plein de force et de vigueur trois jours auparavant, mais qui, blessé à mort et sentant bien que ses moments étaient irrévocablement comptés, regimbait et se débattait contre cette sombre certitude ; je lui parle, il m’écoute, et cet homme, adouci, apaisé, consolé, finit par se résigner à mourir avec la simplicité et la candeur d’un enfant. Voyez là-bas au fond de l’église, dans l’enfoncement d’un autel à gauche, ce chasseur d’Afrique couché sur de la paille, il ne se plaint pas et ne bouge presque plus ; trois balles l’ont frappé, une au flanc droit, une à l’épaule gauche et la troisième est restée dans la jambe droite ; nous sommes au dimanche soir, et il affirme n’avoir rien mangé depuis le vendredi matin ; il est dégoûtant de boue séchée et de grumeaux de sang, ses vêtements sont déchirés, sa chemise est en lambeaux ; après avoir lavé ses plaies, lui avoir fait prendre un peu de bouillon, et après que je l’ai enveloppé dans une couverture, il porte ma main à ses lèvres avec une expression de gratitude indéfinissable. A l’entrée de l’église est un Hongrois qui crie sans trêve ni repos, réclamant en italien et avec un accent déchirant un médecin ; ses reins qui ont été labourés par des éclats de mitraille et qui sont comme sillonnés par des crocs de fer, laissent voir une grande surface de chairs rouges et palpitantes ; le reste de son corps enflé est noir et verdâtre ; il ne sait comment se reposer ni s’asseoir, je trempe des flots de charpie dans de l’eau fraîche, et j’essaie de lui en faire une couche, mais la gangrène ne tardera pas à l’emporter. Un peu plus loin est un zouave qui pleure à chaudes larmes, et qu’il faut consoler comme un petit enfant. Les fatigues précédentes, le manque de nourriture et de repos, l’excitation morbide et la crainte de mourir sans secours développaient, à ce moment, même chez d’intrépides soldats, une sensibilité nerveuse qui se traduisait par des gémissements et des sanglots : une de leurs pensées dominantes, lorsqu’ils ne sont pas trop cruellement souffrants, c’est le souvenir de leur mère, et l’appréhension du chagrin qu’elle éprouvera en apprenant leur sort ; on trouva le corps d’un jeune homme qui avait le portrait d’une femme âgée, sa mère sans doute, suspendu à son cou ; de sa main gauche il semblait encore presser ce médaillon sur son cœur. Ici, contre le mur, une centaine de soldats et de sous-officiers français, pliés chacun dans leur couverture, sont rapprochés sur deux rangs parallèles, on peut passer entre ces deux files ; ils ont tous été pansés, la distribution de soupes a eu lieu, ils sont calmes et paisibles, ils me suivent des yeux, et toutes ces têtes se tournent à droite si je vais à droite, à gauche si je vais à gauche. On voit bien que c’est un Parisien, disent les uns. Non, répliquent d’autres, il m’a l’air d’être du Midi. N’est-ce pas, monsieur, que vous êtes de Bordeaux ? me demande un troisième, et chacun veut que je sois de sa province ou de sa ville. La résignation dont faisaient ordinairement preuve ces simples soldats de la ligne, est digne de remarque et d’intérêt. Pris individuellement, qu’était chacun d’eux dans ce grand bouleversement ? Bien peu de chose. Ils souffraient sans se plaindre, ils mouraient humblement et sans bruit. Rarement les Autrichiens blessés et prisonniers ont voulu braver les vainqueurs ; cependant quelques-uns refusent de recevoir des soins dont ils se défient, ils arrachent leurs bandages et font saigner leurs blessures ; un Croate a pris la balle qu’on venait de lui extraire et l’a lancée au front du chirurgien ; d’autres demeurent silencieux, mornes et impassibles ; en général ils n’ont pas cette expansion, cette bonne volonté, cette vivacité expressive et liante qui caractérise les hommes de la race latine, toutefois, la plupart sont loin de se montrer insensibles ou rebelles aux bons traitements, et une sincère reconnaissance se peint sur leur figure étonnée. Un d’entre eux, âgé de dix-neuf ans, refoulé, avec une quarantaine de ses compatriotes, dans la partie la plus reculée de l’église, est depuis trois jours sans nourriture ; il a perdu un œil, il tremble de fièvre et ne peut plus parler, à peine a-t-il la force de prendre un peu de bouillon ; nos soins le ranimèrent, et vingt-quatre heures plus tard lorsqu’on put le diriger sur Brescia, il nous quitta avec regret, presque avec déchirement ; l’œil qui lui reste et qui était d’un bleu magnifique, exprimait sa vive et profonde gratitude, il pressait sur ses lèvres les mains des femmes charitables de Castiglione. Un autre prisonnier, en proie à la fièvre, attire les regards, il n’a pas vingt ans et ses cheveux sont tout blancs ; c’est qu’ils ont blanchi le jour de la bataille, à ce qu’affirment ses camarades et lui-même. Que de jeunes gens de dix-huit à vingt ans, venus tristement jusque là du fond de la Germanie, ou des provinces orientales du vaste empire d’Autriche, et quelques-uns peut-être forcément, rudement, auront à endurer, outre des douleurs corporelles avec le chagrin de la captivité, la malveillance provenant de la haine vouée par les Milanais à leur race, à leurs chefs et à leur Souverain, et ne rencontreront plus guère de sympathie avant leur arrivée sur la terre de France ! Pauvres mères, en Allemagne, en Autriche, en Hongrie, en Bohême, comment ne pas songer à vos angoisses lorsque vous apprendrez que vos fils blessés sont prisonniers dans ce pays ennemi ! Mais les femmes de Castiglione, voyant que je ne fais aucune distinction de nationalité, suivent mon exemple en témoignant la même bienveillance à tous ces hommes d’origines si diverses, et qui leur sont tous également étrangers. Tutti fratelli, répétaient-elles avec émotion. Honneur à ces femmes compatissantes, à ces jeunes filles de Castiglione ! rien ne les a rebutées, lassées ou découragées, et leur dévouement modeste n’a voulu compter ni avec les fatigues, ni avec les dégoûts, ni avec les sacrifices. Le sentiment qu’on éprouve de sa grande insuffisance dans des circonstances si extraordinaires et si solennelles, est une indicible souffrance; il est excessivement pénible, en effet, de ne pouvoir toujours ni soulager ceux que l’on a devant les yeux, ni arriver à ceux qui vous réclament avec supplications, de longues heures s’écoulant avant de parvenir là où l’on voudrait aller, arrêté par l’un, sollicité par l’autre, et entravé, à chaque pas, par la quantité d’infortunés qui se pressent au-devant de vous et qui vous entourent ; puis, pourquoi se diriger à droite, tandis qu’à gauche il y en a tant qui vont mourir sans un mot amical, sans une parole de consolation, sans seulement un verre d’eau pour étancher leur soif ardente ? La pensée morale de l’importance de la vie d’un homme, le désir d’alléger un peu les tortures de tant de malheureux ou de relever leur courage abattu, l’activité forcée et incessante que l’on s’impose dans des moments pareils, donnent une énergie nouvelle et suprême qui crée comme une véritable soif de porter du secours au plus grand nombre possible ; on ne s’affecte plus devant les mille tableaux de cette formidable et auguste tragédie, on passe avec indifférence devant les cadavres les plus hideusement défigurés ; on envisage presque froidement, quoique la plume se refuse absolument à les décrire, des scènes même plus horribles que celles retracées ici ; mais il arrive que le cœur se brise parfois tout d’un coup, et comme frappé soudain d’une amère et invincible tristesse, à la vue d’un simple incident, d’un fait isolé, d’un détail inattendu, qui va plus directement à l’âme, qui s’empare de nos sympathies et qui ébranle toutes les fibres les plus sensibles de notre être. Pour le soldat rentré dans la vie journalière de l’armée en campagne, après les grandes fatigues et les fortes émotions par lesquelles le font passer le jour et le lendemain d’une bataille comme celle de Solférino, les souvenirs de la famille et du pays deviennent plus impressifs et plus palpitants que jamais. Cette situation est vivement dépeinte par ces lignes touchantes d’un brave officier français, écrivant de Volta à un frère resté en France : Tu ne peux te figurer combien le soldat est ému quand il voit paraître le vaguemestre chargé de la distribution des lettres à l’armée; c’est qu’il nous apporte, vois-tu, des nouvelles de la France, du pays, de nos parents, de nos amis. Chacun écoute, regarde, et tend vers lui des mains avides. Les heureux, ceux qui ont une lettre, l’ouvrent précipitamment et la dévorent aussitôt ; les autres, les déshérités, s’éloignent le cœur gros, et se retirent à l’écart pour penser à ceux qui sont restés là-bas. Quelquefois on appelle un nom auquel il n’est pas répondu. On se regarde, on s’interroge, on attend : Mort ! a murmuré une voix ; et le vaguemestre serre cette lettre, qui retournera, sans être décachetée, à ceux qui l’avaient écrite. Ils étaient joyeux alors ceux-là, ils se disaient : Comme il sera content lorsqu’il la recevra ! Et, quand ils la verront revenir, leur pauvre cœur se brisera.

Henri Dunant     Un souvenir de Solférino    1862

11 07 1859                Napoléon III a renoncé à pousser son avantage et lance les préliminaires de paix de Villafranca. Cavour, se sentant trahi par son allié, démissionne.

27 08 1859                 Jusqu’alors, pour avoir le pétrole qui remplaçait avantageusement l’huile de baleine pour les lampes à huile, on se contentait de creuser des tranchées dans le sol. Le premier à récolter le pétrole en Pennsylvanie est un fermier de Titusville qui parvient à éponger, bon an mal an, de vingt à trente barils. Cela avait donné des idées à George Bissell, un investisseur, qui crée la Seneca Oil Company et acquiert des milliers d’hectares dans l’espoir d’y récolter du pétrole. Bissell engage Edwin Drake, 40 ans, un ancien conducteur de train, qui préférera se faire passer pour colonel, pour recenser les zones de suintement. Malheureusement, elles sont peu nombreuses et pas rentables. Alors Drake propose de forer le sol pour chercher la source en imitant les puits de saumure. Bissell acquiesce. Il engage oncle Billy Smith« , un Noir spécialiste de ces puits, et projettent de forer un puits de 300 mètres ! mais sitôt atteint 5 mètres, le puits s’effondre. Il faut tout reprendre à zéro. C’est alors qu’il a l’idée d’empiler des tuyaux en fonte dans le puits pour se protéger des effondrements et faire passer le trépan de la foreuse à l’intérieur. Le procédé permet également d’éviter les infiltrations d’eau. On parvient ainsi à forer un mètre par jour. Enfin le pétrole commence à suinter au fond du puits, à 21 m. Au départ, la production est faible, environ 25 barils de pétrole brut par jour. Certains jours, elle s’effondre même totalement. Mais la méthode a prouvé son efficacité. La ruée vers l’or noir peut commencer. Tous ceux qui se moquaient de Drake se mettent l’imiter… Des centaines, des milliers de derricks. Mais Drake n’a pas pensé à prendre les brevets nécessaires pour protéger sa méthode de forage ! L’argent qu’il gagne est perdu dans la crise financière qui suit la guerre de Sécession. Il achève misérablement son existence, et meurt à Bethlehem en 1880. Pendant une trentaine d’années, le boom pétrolier reposera essentiellement sur la production de lumière. Beaucoup plus tard, quand on aura pris conscience du revers de la médaille : pollution etc…, quand on en aura trouvé un peu partout dans le monde, les Africains l’affubleront du joli nom de Crotte du diable.

Lorsque l’énergie impulsant nos sociétés provenait de l’exploitation du cheval, chacun avait en permanence sous les yeux les bêtes qui fournissaient la force. Lorsque l’on se chauffait au bois, chacun pouvait vaquer dans les forêts. Lorsque l’on utilisait la force de l’esclave, on côtoyait celui-ci en permanence. On entretenait un rapport localisé, une relation de voisinage, concrète et inscrite dans un espace perceptible avec la source d’énergie dont on se nourrissait. Mais aujourd’hui, notre veau d’or… noir vient de loin. Nous ignorons tout de lui.

[…] Dans Le plein s’il vous plait, Jean-Marc Jancovici et Alain Granjean calculent que, pour dégager le montant d’énergie d’un seul litre d’essence (10 kWh), il faudrait mettre à l’ouvrage cent paires de bras pendant une journée. Chaque réservoir de voiture contient donc à lui seul l’équivalent énergétique d’un boutre yéménite rempli jusqu’au plat-bord de musculeux numides pendant la traite arabe.

Sylvain Tesson                L’or noir des steppes                   Arthaud Paris 2007

16 09 1859               David Livingstone a été nommé consul pour la région du Zambèze. Il découvre le lac Nyassa (aujourd’hui lac Malawi), à bord de ses deux petits vapeurs fluviaux : le Ma-Robert et le Pionnier. Sa femme est de retour…pour 18 mois : elle va mourir, le 12 avril 1862, et sera enterrée à Choupango, sous un baobab des bords du Zambèze, qui va devenir un lieu de pèlerinage pour les indigènes.

16 10 1859                 John Brown est blanc, américain et apôtre de l’antiesclavagisme, et ce, jusqu’à prendre les armes… pour, à l’occasion, les retourner contre les esclaves que la liberté n’intéresse pas ! (mais ça, ce n’est pas dit dans la chanson). Il fait partie de l’Underground Railway, réseau crée par une ancienne esclave, Harriet Tubman qui se bornait, en temps normal à aider les esclaves fugitifs. Des chants de voyage à double sens servaient de signal de départ…quand un Negro spiritual parle des Hébreux quittant l’Égypte, le sens caché parlait des esclaves noirs rêvant de quitter le sud.

Il a déjà vengé des massacres d’anti-esclavagistes… par d’autres massacres, tel celui commis au Kentucky en 1856, se fait financer par de riches sympathisants et attaque l’arsenal de Harpers Ferry, en Virginie, avec l’intention de déclencher ainsi une révolte d’esclaves… il va résister deux jours, puis sera arrêté et pendu. Les deux principaux marchés d’esclaves se trouvaient à La Nouvelle Orléans et à Richmond, en Virginie.

Imaginez le tableau : un vieil homme couvert de sang, à moitié mort suite aux blessures qu’on lui avait infligé quelques heures plus tôt. Un homme étendu dans le froid et la poussière, sans sommeil depuis cinquante cinq heures, sans nourriture depuis autant de temps, les cadavres de ses deux fils exposés devant lui, les corps entassés de ses sept compagnons ici et là, une femme et une famille affligées attendant en vain et une cause perdue. Le rêve de toute une vie à jamais évanouie.

W.E.B. Du Bois John Brown

Il lance au gouverneur de Virginie :

Vous tous au Sud, préparez-vous au règlement de cette question (…) Vous pouvez disposer de moi très facilement – je suis déjà presque mort -, mais le problème n’est pas réglé pour autant. Cette question des Noirs, nous n’en avons pas encore fini.

La chanson aura les débuts tortueux de bien des chansons – elle était initialement dédiée à un autre John Brown – mais ce n’est qu’une fois attribuée à ce héros qu’elle devient le chant des Yankees pendant la guerre de Sécession. Chantée par Paul Robeson [3], c’est magnifique de puissance contenue…

John Brown’s body lies a-mouldering in the grave,
John Brown’s body lies a-mouldering in the grave,
John Brown’s body lies a-mouldering in the grave,
But his soul goes marching on.
Chœur
Glory, Glory, Hallelujah!
Glory, Glory, Hallelujah!
Glory, Glory, Hallelujah!
His soul goes marching on.
 
He’s gone to be a soldier in the Army of the Lord
He’s gone to be a soldier in the Army of the Lord
He’s gone to be a soldier in the Army of the Lord
His soul goes marching on.
 
John Brown’s knapsack is strapped upon his back
John Brown’s knapsack is strapped upon his back
John Brown’s knapsack is strapped upon his back
His soul goes marching on.
 
John Brown died that the slaves might be free
John Brown died that the slaves might be free
John Brown died that the slaves might be free
But his soul goes marching on.
 
The stars above in Heaven now are looking kindly down
The stars above in Heaven now are looking kindly down
The stars above in Heaven now are looking kindly down
On the grave of old John Brown
 

https://www.youtube.com/watch?v=bSSn3NddwFQ

chanté par Gloria Jane

On est à 18 mois du déclenchement de la guerre de Sécession. Le conflit tient à la rupture d’un équilibre probablement trop fragile, impossible à tenir dans la durée et l’étonnant est que la guerre de Sécession n’ait pas eu lieu plus tôt : depuis la fin du XVIII° siècle, une ligne Mason-Dixon délimitait l’extension vers le nord de l’Institution particulière [doux euphémisme pour remplacer le terme esclavagiste ; jusqu’à la fin des années 1850, on compte à peu près quatorze à quinze États abolitionnistes et autant d’esclavagistes, chacun représenté aussi bien par les démocrates que par les Whigs, au sein desquels personne ne souhaite la rupture. C’est l’acquisition de nouveaux territoires, essentiellement ceux gagnés sur le Mexique – Californie, Texas – mais encore les États à créer pour partager l’ex-Louisiane – Kansas, Nebraska – qui va aiguiser à nouveau le conflit : quels vont être les États esclavagistes et quels vont être les Unionistes ? Les compromis seront de plus en plus fragiles, jusqu’à la guerre.

10 11 1859                Napoléon III a renoncé à poursuivre la guerre contre l’Autriche et a donc été le premier à demander l’arrêt des hostilités : il ne pouvait dès lors plus entièrement satisfaire ses protégés piémontais : le Traité de Zürich met fin à la guerre : les Autrichiens  abandonnent une partie de la Lombardie à la France… qui la donne au Piémont, mais ils gardent la Vénétie. Les Italiens sont amers.

Première frégate cuirassée lancée à Toulon : La Gloire, conçu par Dupuy de Lôme. Mort du curé d’Ars.

2 12 1859              Victor Hugo a appris la condamnation de John Brown aux États-Unis : l’ensemble de la presse européenne publie sa supplique pour ne pas exécuter la sentence :

AUX ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE

Quand on pense aux États-Unis d’Amérique, une figure majestueuse se lève dans l’esprit, Washington.
Or, dans cette patrie de Washington, voici ce qui a lieu en ce moment :
Il y a des esclaves dans les états du sud, ce qui indigne, comme le plus monstrueux des contre-sens, la conscience logique et pure des états du nord. Ces esclaves, ces nègres, un homme blanc, un homme libre, John Brown, a voulu les délivrer. John Brown a voulu commencer l’œuvre de salut par la délivrance des esclaves de la Virginie. Puritain, religieux, austère, plein de l’évangile, Christus nos liberavit, il a jeté à ces hommes, à ces frères, le cri d’affranchissement. Les esclaves, énervés par la servitude, n’ont pas répondu à l’appel. L’esclavage produit la surdité de l’âme. John Brown, abandonné, a combattu ; avec une poignée d’hommes héroïques, il a lutté ; il a été criblé de balles, ses deux jeunes fils, saints martyrs, sont tombés morts à ses côtés, il a été pris. C’est ce qu’on nomme l’affaire de Harper’s Ferry.
John Brown, pris, vient d’être jugé, avec quatre des siens, Stephens, Copp, Green et Coplands.

Quel a été ce procès ? disons-le en deux mots :
John Brown, sur un lit de sangle, avec six blessures mal fermées, un coup de feu au bras, un aux reins, deux à la poitrine, deux à la tête, entendant à peine, saignant à travers son matelas, les ombres de ses deux fils morts près de lui ; ses quatre coaccusés, blessés, se traînant à ses côtés, Stephens avec quatre coups de sabre ; la « justice » pressée et passant outre ; un attorney Hunter qui veut aller vite, un juge Parker qui y consent, les débats tronqués, presque tous délais refusés, production de pièces fausses ou mutilées, les témoins à décharge écartés, la défense entravée, deux canons chargés à mitraille dans la cour du tribunal, ordre aux geôliers de fusiller les accusés si l’on tente de les enlever, quarante minutes de délibération, trois condamnations à mort. J’affirme sur l’honneur que cela ne s’est point passé en Turquie, mais en Amérique.
On ne fait point de ces choses-là impunément en face du monde civilisé. La conscience universelle est un œil ouvert. Que les juges de Charlestown, que Hunter et Parker, que les jurés possesseurs d’esclaves, et toute la population virginienne y songent, on les voit. Il y a quelqu’un.

Le regard de l’Europe est fixé en ce moment sur l’Amérique.

John Brown, condamné, devait être pendu le 2 décembre (aujourd’hui même).
Une nouvelle arrive à l’instant. Un sursis lui est accordé. Il mourra le 16.
L’intervalle est court. D’ici là, un cri de miséricorde a-t-il le temps de se faire entendre ?
N’importe ! le devoir est d’élever la voix.
Un second sursis suivra, peut-être le premier. L’Amérique est une noble terre. Le sentiment humain se réveille vite dans un pays libre. Nous espérons que Brown sera sauvé.
S’il en était autrement, si John Brown mourait le 16 décembre sur l’échafaud, quelle chose terrible !
Le bourreau de Brown, déclarons-le hautement (car les rois s’en vont et les peuples arrivent, on doit la vérité aux peuples), le bourreau de Brown, ce ne serait ni l’attorney Hunter, ni le juge Parker, ni le gouverneur Wyse ; ni le petit état de Virginie ; ce serait, on frissonne de le penser et de le dire, la grande République Américaine tout entière.
Devant une telle catastrophe, plus on aime cette république, plus on la vénère, plus on l’admire, plus on se sent le coeur serré. Un seul état ne saurait avoir la faculté de déshonorer tous les autres, et ici l’intervention fédérale est évidemment de droit. Sinon, en présence d’un forfait à commettre et qu’on peut empêcher, l’Union devient Complicité. Quelle que soit l’indignation des généreux états du Nord, les états du Sud les associent à l’opprobre d’un tel meurtre ; nous tous, qui que nous soyons, qui avons pour patrie commune le symbole démocratique nous nous sentons atteints et en quelque sorte compromis ; si l’échafaud se dressait le 16 décembre, désormais, devant l’histoire incorruptible, l’auguste fédération du nouveau monde ajouterait à toutes ses solidarités saintes une solidarité sanglante ; et le faisceau radieux de cette république splendide aurait pour lien le nœud coulant du gibet de John Brown.
Ce lien-là tue.
Lorsqu’on réfléchit à ce que Brown, ce libérateur, ce combattant du Christ, a tenté, et quand on pense qu’il va mourir, et qu’il va mourir égorgé par la République Américaine, l’attentat prend les proportions de la nation qui le commet ; et quand on se dit que cette nation est une gloire du genre humain, que, comme la France, comme l’Angleterre, comme l’Allemagne, elle est un des organes de la civilisation, que souvent même elle dépasse l’Europe dans de certaines audaces sublimes du progrès, qu’elle est le sommet de tout un monde, qu’elle porte sur son front l’immense lumière libre, on affirme que John Brown ne mourra pas, car on recule épouvanté devant l’idée d’un si grand crime commis par un si grand peuple
Au point de vue politique, le meurtre de Brown serait une faute irréparable. Il ferait à l’Union une fissure latente qui finirait par la disloquer. Il serait possible que le supplice de Brown consolidât l’esclavage en Virginie, mais il est certain qu’il ébranlerait toute la démocratie américaine. Vous sauvez votre honte, mais vous tuez votre gloire.
Au point de vue moral, il semble qu’une partie de la lumière humaine s’éclipserait, que la notion même du juste et de l’injuste s’obscurcirait, le jour où l’on verrait se consommer l’assassinat de la Délivrance par la Liberté.
Quant à moi, qui ne suis qu’un atome, mais qui, comme tous les hommes, ai en moi toute la conscience humaine, je m’agenouille avec larmes devant le grand drapeau étoilé du nouveau monde, et je supplie à mains jointes, avec un respect profond et filial, cette illustre République Américaine d’aviser au salut de la loi morale universelle, de sauver John Brown, de jeter bas le menaçant échafaud du 16 décembre, et de ne pas permettre que, sous ses yeux, et, j’ajoute en frémissant, presque par sa faute, le premier fratricide soit dépassé.

Oui, que l’Amérique le sache et y songe, il y a quelque chose de plus effrayant que Caïn tuant Abel, c’est Washington tuant Spartacus.

Victor Hugo.     Hauteville-House, 2 décembre 1859.

John Brown sera pendu le 16 décembre.

1859                            Première représentation au théâtre antique d’Orange. Louis Lemoine invente le rouleau compresseur. À l’inspiration du duc de Morny, les lignes ferroviaires concédées par l’État sont réparties en six grandes compagnies : Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée, Compagnie d’Orléans, Compagnie du Midi, Compagnie du Nord, Compagnie de l’Est, Compagnie de l’Ouest. Des réseaux d’intérêt local naîtront parallèlement entre la fin du XIX° siècle et le début du XX° siècle, mais fermeront à partir des années 1930, victimes de leur lenteur et de la concurrence routière. Le pharmacien Etienne Poulenc crée à Ivry-Port une usine destinée à la fabrication industrielle des composés minéraux utilisés en photographie et en thérapeutique. Félix Archimède Pouchet, directeur du Museum d’Histoire naturelle de Rouen, membre de l’Académie des Sciences publie : Hétérogénie ou Traité de la génération spontanée. Selon sa théorie, une force plastique peut faire surgir des organismes vivants à partir de débris de plantes ou d’animaux. Cela va être l’un des principaux débats scientifiques de ce milieu du siècle, la controverse étant soutenue par le jeune Pasteur, 37 ans, qui parvient à montrer que chaque fermentation est provoquée par un micro-organisme spécifique ; et pour Pasteur, les microbes sont présents avant le début du processus de fermentation. La commission de l’Académie des Sciences arbitre le duel, et tranche en faveur de Pasteur : la science expérimentale à gagné.

La contestation sur l’originalité scientifique de Pasteur ne s’éteindra pas :

C’est là le mot-clé de ses travaux : ceux-ci ont toujours consisté à mettre de l’ordre, à quelque niveau que ce soit. Ils comportent assez peu d’éléments originaux : Cela peut surprendre, mais les études sur la dissymétrie moléculaire étaient déjà bien avancées quand Pasteur s’y intéressa, celles sur les fermentations également ; les expériences sur la génération spontanée sont l’affinement de travaux dont le principe était vieux de plus d’un siècle ; la présence de germes dans les maladies infectieuses étudiées par Pasteur a souvent été mise en évidence par d’autres que lui ; quant à la vaccination, elle avait été inventée par Jenner à la fin du XVIIIe siècle, et l’idée d’une prévention utilisant le principe de non-récidive de certaines maladies avait été proposée bien avant que Pasteur ne la réalisât ; mais, le plus souvent, ils partent d’une situation très confuse, et le génie de Pasteur a toujours été de trouver, dans cette confusion initiale, un fil conducteur qu’il a suivi avec constance, patience et application.

André Pichot

Pasteur donne parfois même l’impression de se contenter de vérifier des résultats décrits par d’autres, puis de se les approprier. Cependant, c’est précisément quand il reprend des démonstrations laissées, pour ainsi dire, en jachère, qu’il se montre le plus novateur : le propre de son génie, c’est son esprit de synthèse.

Patrice Debré

Prenant prétexte du meurtre de missionnaires, la France bombarde Tourane et occupe Saïgon, petite agglomération promise à devenir le grenier du Viet-Nam, alors nommée Cochinchine : c’est le temps des amiraux : Rigaud de Genouilly, Bonnard, La Grandière, Dupré, qui ne prendra fin que 20 ans plus tard avec l’arrivée des républicains au pouvoir : Charles Le Myre de Vilers inaugure le régime civil. Le rôle politique de Saïgon déclinera quand la capitale de la Cochinchine deviendra Hanoï, en 1902.

Premier coup de pioche du Canal de Suez : en 1832, Ferdinand de Lesseps était arrivé en Égypte pour y occuper le poste de vice-consul. Le règlement sanitaire exigeait qu’il séjourne au lazaret d’Alexandrie : son supérieur l’aide à tuer le temps en lui fournissant un peu de lecture, parmi lesquelles le rapport que Jean-Marie le Père a remis au Premier Consul Bonaparte le 6 décembre 1800, sur le projet de percement d’un canal entre la Mer Rouge et la Méditerranée, conçu lors de l’expédition d’Égypte : il creusera l’idée… jusqu’à ce qu’elle devienne canal.

Au passage, il a été chargé par le pacha Méhémet Ali de faire faire des exercices à son fils Muhammad Saïd pour lui faire perdre son lard : quelques années plus tard, en 1854, quand ce qu’il restait de Muhammad Saïd fût installé au pouvoir, avec la fonction de vice-roi d’Egypte et le nom de Saïd Pacha, la proposition faite par de Lesseps de creuser un canal fût envisagée très favorablement, malgré les risques encourus, car avec avis défavorable du sultan ottoman, dont Saïd n’était qu’un vassal [au moins formellement car de fait, l’Egypte était devenue indépendante avec Mehmet Ali dès 1805 avant de devenir quasiment un protectorat anglais], et du Royaume-Uni, qui craignait – avec raison – que les Français ne s’implantent dans l’isthme de Suez.

Lesseps, aux qualités de diplomate contestables – il s’était fait virer pour avoir manqué de prudence en Italie – devint entrepreneur, se mettant en quête d’argent, passant par le statut d’une compagnie privée agissant dans le cadre d’une concession : il émet des actions en bourse, qui rencontrent un vif succès : 200 millions de francs-or. Les travaux débutèrent en 1859 : 163 km à creuser, sur 54 m. de large et 8 m. de profondeur. L’utilisation d’excavatrices dernier cri n’empêcha pas d’avoir recours à une ahurissante quantité d’ouvriers : on parle de 1.5 million. Tout cela coûte plus cher que prévu et il faudra trouver encore de l’argent. Mais il en viendra à bout.

L’intérêt de l’affaire n’était pas si évident que cela : pour les marchandises, on évitait certes une rupture de charge, toujours très coûteuse en main d’œuvre et en temps ; mais l’opération était possible et très pratiquée, car il existait alors déjà une liaison ferroviaire entre Alexandrie et Suez. Quant au transport des voyageurs, ce train assurait un passage rapide de la Méditerranée à la Mer Rouge. Ainsi, en 1862, Jules Siegfried, négociant du Havre, met 20 jours pour aller de Marseille à Bombay quand le même voyage via le Cap aurait alors pris 3 mois.

Il s’en passe de belles au monastère Sant’Ambrogio della Massima, au cœur de Rome,  occupé depuis 1828 par des religieuses cloîtrées du tiers ordre de Saint François :

  • Vénération d’une fondatrice pourtant reconnue fausse sainte
  • Domination de la communauté par la maîtresse des novices qui prétend recevoir ses ordres de la Vierge
  • Pratiques sexuelles entre la maîtresse et ses novices, entre la maîtresse – à tous les titres donc – et les confesseurs du monastère
  • Empoisonnement des religieuses s’opposant au système Sant’Ambrogio, dont une princesse Hohenzollern-Sigmaringen.

Tout ce linge sale va se laver en famille devant un tribunal de l’Inquisition mené par le Dominicain Sallua, ce qui permettra d’apprendre qu’un des confesseurs les plus compromis était un des principaux artisans du dogme de l’infaillibilité pontificale qui sera proclamé le 18 juillet 1870 ! Mais à partir de 1998 les chercheurs pourront accéder aux archives de la Congrégation pour la doctrine de la foi qui recèlent, entre autres celles de la Sacrée Inquisition romaine et universelle, et dès lors des ouvrages sortiront en librairie.

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[1] Les Anglais utilisaient avec un cynisme consommé la vanité stupide des roitelets locaux : l’un d’eux, pour avoir hébergé des Européens réchappés des mutins cipayes d’une garnison voisine, s’était vu proposé la récompense de son choix : ce fût d’accéder en voiture jusqu’au porche de la Résidence du gouverneur britannique, les autres roitelets devant s’arrêter avant, à des emplacements spécifiés !

[2] Il n’est pas bien étonnant que l’affaire ait tourné au vinaigre, puisque dès le départ, c’est de la pure sottise que d’affirmer qu’un lac puisse être la source d’un fleuve : un lac, puisqu’il se déverse, est de ce fait alimenté par une ou plusieurs rivières ; donc c’est la source de l’une de ces rivières qui est la source du fleuve par lequel se déverse le lac.

[3] Paul Robeson, Noir américain et communiste, s’était réfugié au Canada en plein maccarthysme.


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