1° juin 1894 au 16 juin 1896. Affaire Dreyfus. Alphonse Mucha. Jeux Olympiques à Athènes. Pasteur. Couronnement tragique de Nicolas II. 15150
Publié par (l.peltier) le 1 octobre 2008 En savoir plus

1 06 1894                   Une armée de rebelles, les Donghak se dirige vers Séoul, en Corée, alors vassale de la Chine. Signée 10 ans plus tôt par le Japon et la Chine, la convention de Tientsin stipulait que chaque pays signale à l’autre tout mouvement de troupes vers l’étranger. Cette révolte paysanne, motivée par la hausse des prix et des taxes qu’on attribuait à l’époque aux concessions faites aux étrangers, avait été récupérée par le parti Donghak (études orientales), mouvement politico-religieux nationaliste, prônant l’abolition du système des classes, dénonçant l’emprise du clan Min sur le pouvoir et réclamant l’expulsion des étrangers.

Le gouvernement coréen demande l’aide de son suzerain, la Chine pour mater la rébellion. Mais, sous prétexte de violation des accords de neutralité, le Japon, soucieux de reprendre pied sur la péninsule coréenne et de stopper l’avancée russe en Mandchourie, envoya lui aussi des troupes pour affronter les Chinois. Le 23 juillet, les Japonais entrent dans Séoul, contraignent le roi à rappeler son père le Daewongun, désormais leur allié et peut-être aussi l’inspirateur des révoltes paysannes ; ils établissent un nouveau gouvernement pro Japonais, qui annule tous les traités sino-coréens et accorde à l’armée japonaise le droit d’expulser les Chinois de Corée. Ils prendront Pyongyang le 16 septembre, infligeant nombre de défaites aux Chinois, tant terrestres que navales.

24 06 1894                 Assassinat du président de la République Sadi Carnot par l’anarchiste italien Sante Jeronimo Casério, à Lyon, lors de l’inauguration de l’Exposition Internationale.

06 1894                      Lettre du Révérend Père Maurice Marie TOUCHAUX à ses parents.

Né en 1875, il devient prêtre dans la congrégation des Rédemptoristes et embarque au Havre le 13 Mai 1894 à bord du Tropique, accompagné de son frère Joseph, 1877, lui aussi Rédemptoriste, envoyés en mission au Pérou et au Chili. Ils mourront tous deux dans ces pays, Joseph à Santiago du Chili le 11 01 1908, et Maurice à Lima le 26 05 1912.

A bord du Tropique. Océan Pacifique. Coronel.
Mes bien chers parents,
Soit bénie et remerciée l’infinie bonté de notre Dieu qui ne cessa de se témoigner à nous d’une manière de plus en plus remarquable ! Puissent ces lignes vous dire quelque chose de ces délicieux procédés de notre bon maître et vous répéter avec nous dans une commune reconnaissance : goûtez et voyez combien le Seigneur est doux !
Toute la nuit du 21 Juin nous avions donc manœuvré pour éviter d’aller nous mettre au sec. Les côtes avaient été signalées à 9h 1/2 du soir au moment où nous achevions le chant de l’Ave Maria Stella. Il était temps : quelques heures plus tard, nous subissions le sort de l’Antique, navire de la Compagnie qui se perdit sur ces côtes, il y a quatre ans, mais l’étoile de la mer éclairait notre marche.
Le lendemain à 7h du matin, le même littoral revenait devant nous, illuminé par le soleil levant, c’est la Patagonie argentine, avec ses sables arides, semés peut-être de quelques rares arbustes. Ça et là des falaises, des rochers fendus, et tout au bout de l’horizon, le cap des Vierges célèbre par les naufrages arrivés dans tout son rayon. La terrible avant garde à 3 milles en mer, la roche de Nassau, a fait sombrer nombre de voiliers et de vapeurs, depuis le Nassau, navire anglais qui lui donna son nom, jusqu’à la Cléopâtre, vaisseau allemand dont nous voyons plus loin la noire carcasse près de la pointe Dungeness. Mais nous que le ciel dirige rien de pareil ne nous menace. Nous allons à toute vitesse à travers les dangers semés par notre route. Un voilier que nous rencontrons n’a pas si belle contenance : le vent lui manque, il ne peut avancer. Par signaux, il nous prie de le signaler à Punta Arenas. On hisse le pavillon français pour lui répondre qu’il a été compris.
Dungeness est bientôt doublé. Voici déjà la pyramide blanche et rouge, limites des possessions de la République argentine et du Chili, nous sommes dans le détroit de Magellan. Des collines coupent de temps en temps la monotonie du littoral de Patagonie qui se déroule à notre droite. Le plus haut sommet, le mont Dinéro a 83 mètres.
Après avoir longtemps regardé en vain du coté de la Terre de Feu, nous voyons apparaître le cap Espiritu Santo élevé à 30 mètres au dessus du niveau de la mer. Salut à toi, pauvre terre des sauvages ! Puisse la lumière de l’Esprit Saint illuminer tes plages désolées et te rendre digne du nom que l’on t’a donné !
La Patagonie chilienne se découvre toujours avec une surprenante netteté, noirs rochers fendus, végétation inculte, rares maisonnettes rouges et blanches, premier indice d’habitants civilisés, le rivage que nous ne pourrions atteindre après 3/4 d’heure de marche à toute vitesse, on dirait que nous allons le toucher. Mais chose plus curieuse encore ! qu’est ce voilier que nous voyons là-bas, derrière nous si ressemblant à celui qui s’est fait signaler ce matin ? M. le Commandant l’observe et dit qu’il doit être à 3 milles en arrière sur la ligne que nous suivons. Mais c’est impossible puisqu’il n’y a pas de vent. C’est donc bien le même que celui qui a été aperçu ce matin : voilà ses mâts, ses voiles, ses ponts, et pourtant il est à 60 milles en mer. C’est un de ces merveilleux effets du mirage : jamais M. le Commandant n’en avait vu un si frappant qu’aujourd’hui.
Nous prenons donc note de tout ce qui se passe pour vous le transmettre, pendant que notre vaisseau dirigé sur la baie Possession nous emporte rapidement malgré le courant contraire à l’entrée du 1° goulet. Possession nous tente un instant mais il n’est encore que midi, c’est trop tôt pour mouiller. Le temps est beau et il importe d’avoir le courant favorable pour passer les goulets. En avant donc, car tout retard pourrait être décisif. La colline direction nord avec sa pyramide blanche de 68 mètres dirige notre course. Le détroit se resserre, voilà le banc Orange du coté de la Terre de Feu ; encore quelques instants et nous passons avec une vitesse de 15 milles à l’heure entre les pointes Delgada à droite et Andegada à gauche. C’est l’entrée du goulet, un des passages les plus critiques du détroit mais le courant est pour nous et le ciel nous favorise.
A droite, au détour d’un rocher, voici apparaître une ferme avec dépendances au milieu de prairies où paissent bœufs et moutons. Le pavillon chilien (formé de bandes horizontales blanches et rouges dont la blanche forme un carré bleu décoré d’une étoile blanche) monte le long d’un grand mât pour saluer le vaisseau qui passe. Nous répondons par un salut du drapeau français. Les habitants agitent leurs mouchoirs. Nous regardions encore que l’on sortait déjà de l’étroit chenal de 2 879 mètres.
A peine nous avons fait quelques milles au-delà que le courrier anglais arrivait à toute vitesse, à contre bord de nous. Déjà notre pavillon est prêt à faire le salut d’usage quand le voilà qui vire de bord et va mouiller un peu plus haut. Pourquoi cette singulière manœuvre ? C’est que nous sommes au jour le plus court de l’année dans ces parages ; le temps se couvre, le vent contraire se lève. Trois raisons plus que suffisantes.
A notre bord elles sont également appréciées et l’ordre de mouiller ne tarda pas à se faire entendre. Un officier arrive, la sonde à la main. L’on entend successivement 46, 47 mètres ! Soudain l’ordre « Stop » est transmis à la machine qui s’arrête aussitôt. Une ancre roule à la mer suivie de 9 maillons et 125 mètres de chaîne. Toute la nuit nous soutenons la tempête qui rugit avec fureur. Jamais M. le Commandant n’avait vu si gros temps [1] dans cette partie du détroit. Malheur aux pauvres vaisseaux en ce moment sur la grande mer ! Pour nous, protégés par les côtes et affermis sur nos ancres nous sentons à peine le choc des vents ameutés. Au point du jour notre vaisseau reprenait sa route.

On peut apprécier d’autres styles de littérature, plus authentiquement marine : commandant Hayet, – alias Jean Marie Le Bihor, ancien gabier au long cours -, dicte ainsi au fils d’un ami une lettre pour son ancien commandant, lui aussi à la retraite pour lui signifier son désaccord sur une vieille croyance des gens de mer relative au Diable en lest, autrement dit du malheur qu’il y a à emmener une ou plusieurs femmes à bord :

Cap’taine,
Le cap’taine Le Bihan, vous savez, qui commandait aux Voiliers Nantais, qu’il a pris ses invalides comme moi à St Pierre-Quiberon, qu’il m’emmène pêcher dans son canot et qu’il m’offre souvent dans sa belle maison de fameux boujarons de tafia d’officier qu’il est dans un petit baril avec des cercles en cuivre astiqués à clair comme celui des seilles d’une dunette, il m’a fait lire votre rapport pour le Diable en lest.
Eh bien ! cap’taine, soit dit sans vous contredire, je navigue pas tout à fait de conserve avec vous sur ce cap-là, parce que voyez-vous, s’il y a plusieurs numéros de diable en lest comme il y a pour la toile, du cinq des cacatois au double zéro des huniers, tous les numéros du diable en lest, sans exception, il embrouille quelque chose à bord. C’est plus fort que lui.
Le cap’taine Le Bihan m’a dit que j’avais qu’à vous écrire mon histoire, que ça vous fâcherait pas.
Alors que je m’ai patiné voir Jean-Louis, le fils à Yves Penborn, mon ancien matelot qui a filé son câble par le bout du pauvre Jean-Bart (cap’taine Laroche) quand il a fait capsaille sous voile, vous vous rappelez, au large d’Ouessant ?
Jean-Louis a été fourrier à l’État et maintenant il est avec le syndic. S’il a jamais été foutu de tenir un épissoir par le bon bout, il faut reconnaître qu’il se manie mieux que moi avec un porte-plume. Alors, je lui dicte mes lettres, qu’on y comprend rien qu’il me dit.
Laisse courir que je lui réponds, et fais un tour mort et deux demi-clés sur la langue, failli bigorneau de fourrier que tu es ! C’est des marins, des vrais, qui lit ça et pas un sacré maudit buraliste de pharmacien comme toi. Et veille à ne pas faire le plus petit ajut, à ne pas changer le plus petit mot que je te dis.
Vous comprenez, cap’taine, je peux lui parler comme ça, en oncle de Hollande, parce qu’il n’a pas encore seulement quarante ans d’âge, que c’est comme un fils pour moi, et que de plus il n’a jamais tossé la mer sous le revolin d’une misaine [2].
Et maintenant, cap’taine, je vous largue ma réclamation, mais en douceur, par politesse.
Dame ! non, jamais la cap’taine à bord, ça peut-être tout à fait bon, même quand c’est du meilleur, du premier choix.
Et je peux vous en parler par pratique, que j’étais sur la France Chérie (cap’taine Hirigoyen) un grand Basque, qu’était sec comme nordé en coque et en paroles, et pas commode, mais que pourtant je me souviens qu’avec lui on a eu service du dimanche le jour du vendredi saint.
Eh bien ! il avait sa dame à bord, que c’était comme une jolie petite goélette, bien taillée, bien grée en tout et toujours bien pavoisée. Et avec ça pas fière du tout et aimable pour l’arrière et aussi pour nous de l’avant. Qu’un jour elle est venue dans le poste de bâbord avec le lieutenant pour voir le père Cornec qu’était gabier de beaupré, qu’il était vexé d’être malade dans sa cabane, pour lui donner un pot de confiture, du lait en boîte et des petits biscuits de terre. Qu’il aurait préféré, le vieux pirate, un bon quart de rack, mais qu’elle connaissait pas encore le vrai remède du matelot.
Donc, on reconnaissait tous qu’on était tombé sur la bonne broche et qu’on pouvait pas trouver mieux comme dame à bord.
Eh bien ! elle m’a pourtant causé des ennuis sérieux, sans le faire exprès, ça je dois le dire. Parce que, voyez-vous cap’taine, c’était quand même du « lest de diable », bien que ce soit comme qui dirait du « lest de tout petit diable ».
Pour de bref, comme on était beaucoup dans notre temps, vous le savez, je suis bien dessiné [3] et très varié, je peux m’en vanter, et pas seulement en bleu, mais aussi avec du rouge.
Alors que j’ai en plus beau, sur mon bras de bâbord depuis le poignet jusqu’à la charnière du coude, une belle poupée que c’est le portrait d’une des poulies coupées de la maison de danse de la Mercedes à Rio, que vous avez dû la connaître.
Comme de bien entendu, elle a rien dessus de bout en bout, comme elles dansaient toutes chez la Mercedes, qu’était avare pis qu’un cap’taine d’armement, qu’elle leur donnait que des petits souliers d’étoffe et des castagnettes pour s’habiller !
Sans faire de remous, je peux dire qu’elle est dessinée premier brin, qui lui manque rien de rien et qu’on pourrait lui compter les cheveux, comme il disait celui qui me l’a faite là-bas.
Elle s’appelait Consuelo, que ça veut dire qu’elle était pour consoler Jean Matelot de sa misère.
C’était comme de bien entendu une Espagnole. Mais j’ai francisé ma poupée, en lui faisant ajouter un petit pavillon tricolore sur le ventre.
Et qu’un jour, c’était dans un bouzin de Shangaï, qu’on était que quatre du Bougainville de Nantes (cap’taine Montbrun), qu’on s’abordait sans mollir je vous assure, qu’on avait pas voulu brasser à culée devant eux, avec six grands d’un yacht anglais qu’on avait tous, Goddam et Français, une sacrée biture d’amiral. Et tape dessus matelot ! Et tosse dedans garçons ! Et que j’avais décapelé mon tricot.
Tout d’un coup, « stop » qu’on entend ! C’était le propriétaire du yacht qui venait d’entrer avec son cap’taine et trois policemen, qu’ils faisaient rallier leurs hommes pour la partance.
Alors le propriétaire, il voit ma poupée :
Aoh ! boy ! qu’il dit, merveillous ! Je veux. Vendez-moi la peau avec la lady.
Mais dites-donc, monsieur le milord, que je lui réponds, votre compas s’affole pas ?
No ! j’affole pas, qu’il dit. Mon docteur à bord il découpera vous, very proprement sans souffrir.
Mais je veux pas, que je lui renvoie ! Je veux garder ma peau et ma poupée. Qu’elle navigue avec moi depuis dix ans et qu’elle est bien où elle est.
Aoh ! tranquille pour elle soyez. Elle sera encore bien plus dans mon cabine avec un cadre bautéfoul tout en or. Je la veux beaucoup, elle est trop belle et je donne 50 livres pour vous.
C’est qu’il plaisantait pas ! Mais cap’taine, j’ai pas consenti devant lui et pourtant, vous savez qu’à cette époque 50 livres, ça bordait un décompte de presque vingt-cinq mois de campagne !
Vous voyez que je mens pas quand je vous dis que ma poupée elle vaut cher, que c’est un vrai chef-d’œuvre, comme il m’a dit un jour devant témoins le cap’taine Kermor qui commandait La Danaé, qu’il s’y connaissait parce qu’il faisait lui aussi des tableaux avec des couleurs en pile et en vrac, qu’il m’a pris mon portrait et que chaque fois qu’il me copiait : attrape ! à genoper un apéritif Jean-Marie ! Du bitter que c’était, du bitter havarais avec du tafia dedans !
Mais j’ai assez drivé comme ça. Je reviens à mon cap.
Quand la cap’taine a embarqué sur la France-Chérie, au second voyage, que le grand-mât [4] venait juste de la marier, plus moyen de travailler sur le dunette ou d’aller à la barre avec mes manches retroussées, par rapport au costume de ma poupée, qu’elle était à sec de toile !
Et tous, ils me moquaient !
Et même le second (c’était monsieur Martin, un vrai Parisien de Paris et pourtant marin comme les cordes) un jour qu’on était plusieurs à passer au goudron les rides des haubans d’artimon, qu’il me dit pour se payer ma tête devant elle qui était sous le vent, dans son fauteuil avec un livre :
Eh bien ! Le Bihor, mon garçon, qu’est-ce qui te prend ? Tu ne retrousses plus tes manches pour goudronner ? Tu préfères salir ton tricot que tes bras ? Veux-tu aussi que je prête des gants, pour pas abîmer tes mains ?
Et tous ils riaient ! Bien sûr, j’ai pas répondu, mais j’ai failli avaler ma chique de colère !
Alors pour plus avoir l’air d’une Jeannette, le soir j’ai eu une idée et Le Tallec mon matelot, avec du colatar il m’a peint sur ma belle poupée un fichu pour lui cacher ses jolis petits bossoirs, et puis un petit jupon de la ceinture aux genoux.
Ah ! ma doué ! cap’taine ! Si vous aviez vu ça ! C’était triste à voir ! On aurait dit que ma poupée elle était en grand deuil et qu’elle était dans un enterrement de terre ! C’était un vrai massacre ! Foi de Jean-Marie ! J’étais pas content et ça m’a gâté tous mes jours de beau temps.
Tout ça pour pouvoir me mettre en tenue de travail devant la cap’taine !
Vous voyez bien cap’taine que j’ai raison, que même quand c’est qu’un tout petit lest de tout petit diable, ça cause quand même des ennuis à Jean Matelot.
Vous pensez si à l’arrivée, je me suis paumoyé pour faire la grande propreté de ma poupée et la remettre en tenue !
Que si vous venez à Quiberon, vous pourrez lui passer l’inspection. Mais maintenant la pauvrette, elle fargue plus si bien la Nation, elle fait plus si bien la belle en rade, parce que mon bras depuis que je mange mes invalides, il est tombé tout maigre.
Et que sa peau, elle n’est plus tendue et dure comme misaine sous son ris, comme elle était au beau temps que je bourlinguais, que j’étais jeune et faraud et que je craignais rien ni personne, pas plus une piaule du Cap à décorner le diable que les dangers de terre : gabelous, brasse-carrés, commissaires de la marine et tous les autres de son plat !
Sauf comme de bien entendu, mes chefs – quand ils le méritaient – et puis aussi, un peu… le diable en lest. Même celui que vous dites qu’il n’est pas méchant.
Je vous envoie, cap’taine, mon salut de respect.

Jean-Marie Le Bihor 7312      Vannes. vers 1912

Mais toi l’hôtesse,
À la taverne de la tendresse
Quand je toucherai le port
Voudras-tu que je m’amarre encore
Le long du quai de ton corps ?

Cela, c’est ce que disent les hommes, mais si on interroge les femmes, les réponses peuvent surprendre :

  • Et ça n’est pas trop dur d’avoir votre homme seulement pour un mois, après tant d’absence ?
  • Mais non, voyons, un mois, c’est vite passé.

Santiano                      Hugues Aufray

C´est un fameux trois-mâts fin comme un oiseau
Hissez haut Santiano !
Dix huit nœuds, quatre cents tonneaux
Je suis fier d´y être matelot

Tiens bon la vague et tiens bon le vent
Hissez haut Santiano !
Si Dieu veut toujours droit devant,
Nous irons jusqu’à San Francisco

Je pars pour de longs mois en laissant Margot
Hissez haut Santiano !
D´y penser j´avais le cœur gros
En doublant les feux de Saint-Malo

Tiens bon la vague et tiens bon le vent
Hissez haut Santiano !
Si Dieu veut toujours droit devant,
Nous irons jusqu’à San Francisco

On prétend que là-bas l´argent coule à flots
Hissez haut Santiano !
On trouve l´or au fond des ruisseaux 
J´en ramènerai plusieurs lingots 

Tiens bon la vague et tiens bon le vent
Hissez haut Santiano !
Si Dieu veut toujours droit devant,
Nous irons jusqu’à San Francisco

Un jour, je reviendrai chargé de cadeaux
Hissez haut Santiano !
Au pays, j´irai voir Margot
A son doigt, je passerai l´anneau

Tiens bon le cap et tiens bon le flot
Hissez haut Santiano !
Sur la mer qui fait le gros dos,
Nous irons jusqu’à San Francisco

6 07 1894                   Les employés de la Pullmann Palace Car Company, en grève à Chicago depuis un mois, mettent le feu à des centaines de wagons ; le lendemain la milice de l’État intervient :

Dire que la foule est devenue enragée serait un euphémisme. (…) L’ordre de charger a été donné. (…) Dès lors, on n’utilisa plus que les baïonnettes. (…) Une dizaine d’hommes qui se trouvaient dans les premiers rangs reçurent des coups de baïonnette. (…) Armée de pavés, la foule déterminée chargea elle aussi. Le mot passa dans les rangs de la milice que les soldats devaient se défendre. Les uns après les autres, lorsque la situation l’exigeait, ils se mirent à tirer à l’aveuglette sur la foule. (…) La police vint ensuite avec ses matraques. Une clôture de barbelés avait été disposée tout autour des voies. Les émeutiers l’avaient oublié et quand ils ont voulu s’enfuir, ils se sont retrouvés pris au piège. (…) La police se montra peu encline à l’indulgence et la foule, acculée aux barbelés, fût impitoyablement matraquée.(…) Les gens situés à l’extérieur coururent au secours des émeutiers. (…) les jets de pierre continuèrent sans faiblir. (…) Le lieu du combat ressemblait à un champ de bataille. Les hommes tués par les soldats et la police étaient étendus sur le sol un peu partout.

Times de Chicago

On comptera 13 morts, 33 blessés graves et 700 manifestants arrêtés.

10 07 1894                 Le  tout à l’égout devient obligatoire.

22 07 1894             Le Petit Journal organise la première course automobile sur les 126 km qui séparent Rouen de Paris : la première des 21 voitures a roulé à 18 km/h.

30 07 1894          M. Jodot, un industriel parisien, rachète à la mort du baron Jean de la Rochefoucauld, les forêts de Lapazeuil et des Bailleurs, sur la commune de Counozouls, 960 m d’altitude, dans les Pyrénées audoises, au nord-ouest de Prades, soit  2 700 hectares, en ayant bien l’intention de faire respecter la loi, c’est-à-dire, en l’occurrence, la liberté d’exploitation garantie par le code forestier de 1827. Mais c’était faire bon marché des coutumes ancestrales qui avaient eu cours jusqu’alors, code forestier de 1827 ou pas : bois de chauffage, bois de construction, pacage, droit de pêche et de chasse, cueillette, autant de droits sinon chèrement, du moins précieusement acquis, survivance à travers le temps du sens de la propriété paysanne à usage collectif, s’opposant à la propriété bourgeoise. Mis en demeure d’abandonner ces droits, les habitants du village se retranchent dans leurs maisons et la commune s’autoproclame République libre. Il y avait bien quelques fusils… mais, pour compléter, on en a acheté – des Lebed 70 – à la Manufacture de Saint Etienne. La maison de Jodot est incendiée, celle des gardes forestiers itou, le clocher de l’église transformé en tour de guet … ça sent la poudre sinon le canon.

Et puis, le 4 juin 1904, ce sera la décrue : Jodot abandonnera le recours judiciaire et cèdera ses forêts à une société au sein de laquelle les habitants du village, regroupés au sein d’un syndicat forestier se retrouveront partager la moitié des forêts avec le nouveau propriétaire. Les droits, issus de l’ancien régime auront fini par prévaloir sur le code forestier de 1827  et la propriété paysanne à usage collectif sur la propriété bourgeoise !

Un journal du monde » Blog Archive » 1° juin 1894 à 1897. Affaire Dreyfus. Jeux Olympiques à Athènes. Manaus. Premier film. Couronnement tragique de Nicolas II. 25853

6 09 1894                    Le docteur Émile Roux met au point le sérum antidiphtérique.

27 09 1894                Le général Mercier, ministre de la guerre depuis le 3 décembre 1893, prend connaissance d’un bordereau, – en fait une lettre, déchirée en six morceaux – qui aurait été trouvé dans une corbeille à papier de l’ambassade d’Allemagne par une femme de ménage. Ce bordereau prouverait qu’un traître renseigne l’attaché militaire allemand à l’ambassade d’Allemagne à Paris, Max von Schwartzkoppen : il fournissait l’esquisse d’un frein hydraulique anti-recul du canon de 75.

13 10 1894                 Un officier d’ordonnance sonne au domicile du capitaine Albert Dreyfus pour lui remettre une convocation :

Le général de division, chef d’état-major de l’armée, passera l’inspection de MM. Les officiers stagiaires [à l’École de Guerre] dans la journée du lundi 15 octobre courant. M. le capitaine Dreyfus, actuellement au 39° régiment d’infanterie de Paris, est invité à se présenter à cette date et à 9 heures du matin au cabinet de M. le chef d’état-major général de l’armée, tenue bourgeoise.

Alfred Dreyfus — Wikipédia

14 10 1894               Une réunion présidée par le général Mercier fixe le déroulement de l’opération montée contre le capitaine Dreyfus : conduite par le commandant du Paty de Clam, chargé de l’Instruction, assisté par l’archiviste Gribelin et le chef de la Sureté Cochefort, la suggestion de ce dernier est retenue : faire écrire au suspect une lettre reprenant le contenu du bordereau. Au cours de la dictée, le coupable ne manquerait pas de se trahir. Et d’avouer. On offrirait à l’officier félon, s’il voulait mourir, de se faire justice avec un revolver laissé sur la table.

15 10 1894                 Le capitaine Alfred Dreyfus s’habille en civil. [contrairement à ce que représentera la couverture du Monde illustré du 18 mai 1899. ndlr]. Il quitte son appartement, longe la Seine d’un pas vif : l’air est froid, coupant. Arrivé rue Saint Dominique, la rue du ministère de la Guerre, il ralentit pour ne pas être trop en avance. Peu avant 9 heures, il franchit la porte du bâtiment. Pénétrer ici en costume cravate lui fait une curieuse impression mais il ne s’y arrête pas. Dans l’aile où se trouvent les bureaux de l’état-major de l’armée, le commandant Georges Picquart, qui fut l’un de ses instructeurs à l’École de guerre, le reçoit quelques minutes puis le conduit dans le bureau du général de Boisdeffre, chef d’état-major général adjoint, qui avait déjà noté Dreyfus : Esprit vif, saisissant rapidement les questions, zélé, travailleur, favorablement apprécié partout où il a passé. Fera un bon officier d’état-major.

La porte s’ouvre, il entre, fait quelques pas, entend le lourd battant se refermer derrière lui.
Ce n’est pas le général de Boisdeffre qui lui fait face mais un inconnu, le commandant Ferdinand du Paty de Clam, la main droite bandée de soie noire. Au fond du bureau, trois hommes en civil restent en retrait : le commandant indique au capitaine : Le général va venir.
La pièce est éclairée par un feu puissant dans la cheminée. Le commandant du Paty de Clam invite le capitaine à s’asseoir derrière une petite table, lui fait signer une fiche correspondant à son inscription d’officier stagiaire et lui demande de bien vouloir écrire sous sa dictée une lettre qu’il ne peut lui-même rédiger en raison d’une blessure. Le capitaine obéit. Du Paty de Clam commence à dicter :

Paris, le 15 octobre 1894,
Ayant le plus grave intérêt, Monsieur, à rentrer momentanément en possession des documents que je vous ai fait passer avant mon départ aux manœuvres, je vous prie de me les faire adresser d’urgence par le porteur de la présente qui est une personne sûre. Je vous rappelle qu’il s’agit de :
1°  Une note sur le frein hydraulique du canon de 120 et sur la manière dont …
À ce moment, du Paty de Clam s’arrête brusquement : Qu’avez-vous donc capitaine ? Vous tremblez !
J’ai froid aux doigts, répond Dreyfus en continuant d’écrire. Du Paty de Clam le reprend : Faites attention, c’est grave.
Grossier personnage, songe le capitaine qui continue d’écrire :
… il s’est comporté aux manœuvres ;
2°  Une note sur les troupes de couverture ;
3°  Une note sur Madagascar.
Impatient, du Paty de Clam dicte maintenant en marchant dans son dos. L’exercice terminé, il se place devant Dreyfus, lui saisit d’une main l’épaule et lance d’une vois solennelle : Au nom de la loi, je vous arrête. Vous êtes accusé du crime de haute trahison.
Immédiatement, le commandant se saisit d’un code pénal et donne lecture de l’article 76 :
Quiconque aura pratiqué des machinations ou entretenu des intelligences avec les puissances étrangères ou leurs agents, pour les engager à commettre des hostilités ou entreprendre la guerre contre la France, ou pour leur en procurer les moyens, sera déporté en forteresse fortifiée [ah bon ! il existerait donc des forteresses non fortifiées !] et ses biens seront confisqués.
Cette disposition aura lieu dans le cas même où lesdites machinations ou intelligences n’auraient pas été suivies d’hostilités.
Abasourdi, le capitaine Dreyfus proteste, ne comprend rien à ce qu’on lui reproche. Je n’ai jamais eu de relations avec aucun agent de l’étranger… J’ai une femme et des enfants, trente mille livres de rente ! Pourquoi, comment irais-je trahir ? Répondez-moi ! Montrez-moi les preuves de cette infamie !
Il y a contre vous des preuves accablantes, rétorque du Paty de Clam.
Le commandant repousse de manière théâtrale un dossier qui recouvre un revolver d’ordonnance posé sur la table. Le capitaine secoue la tête , sidéré : Je suis innocent. Non…non…non. Je ne me brûlerai pas la cervelle ! Je préfère me défendre … Tuez-moi si vous voulez.  Le commandant réplique : Ce n’est pas à nous, c’est à vous de le faire.
Au même moment, les trois personnages en civil assis au fond du bureau font mouvement. Armand Cochefert, commissaire à la sûreté générale, et son secrétaire, lui demandent de vider ses poches. Il jette un trousseau sur le bureau : Prenez mes clefs ! Ouvrez tout chez moi, vous ne trouverez rien, je suis innocent ; mais je vous en prie, usez de ménagement avec ma femme.
Le troisième homme, Félix Gribelin, archiviste au Service des statistiques du ministère, fait office de greffier.
Une fouille méthodique et humiliante commence.
Cela fait moins d’un quart d’heure qu’il a franchi le seuil du bureau du général de Boisdeffre. Il est écroué à la prison du Cherche Midi.
Un interminable cauchemar s’enclenche.

Laurent Greilsamer.           La vraie vie du Capitaine Dreyfus.   Tallandier 2014

11 1894                       L’agence Havas, créée en 1835, se dote des premiers téléscripteurs, qui transmettent à distance le message qu’on y imprime.

3 12 1894                   Robert Louis Stevenson meurt d’une hémorragie cérébrale : il a 44 ans. Connu des randonneurs surtout pour son Voyages avec un âne dans les Cévennes, douze jours avec Modestine dans ses 20 ans, il ne s’était pas limité à ces débuts prometteurs. Il s’était épris de Fanny Vandegrift Osbourne une Américaine mariée, de dix ans son aînée et mère de deux enfants. Tenace, il traverse, Atlantique, États-Unis pour la retrouver à San Francisco et finalement l’épouser en 1880. Elle sera encore son infirmière, sa muse et son agent littéraire. De retour en Écosse, il écrira L’île au trésor, dont le succès le mettra définitivement à l’abri du besoin. Il s’embarque avec femme et enfants pour la Polynésie et achète une propriété aux Samoa. Le médecin venu constater le décès demande, vu la chaleur et l’humidité, que la cérémonie des obsèques ait lieu le lendemain, avant quinze heures. Il avait rêvé d’être enterré au sommet du mont Vala, avec vue sur mer où que l’on se tourne ; mais aucune piste n’y mène. La défense active des Samoans lui avait attiré tellement de sympathies que 300 d’entre eux se mirent à l’ouvrage immédiatement : le lendemain, la piste était prête : Stevenson, même en se retournant dans son sommeil, pourra contempler la mer à tout jamais.

22 12 1894                  Alfred Dreyfus, seul juif de l’État Major de l’armée, est condamné à la déportation, pour l’affaire d’espionnage au profit de l’Allemagne qui a débuté 3 mois plus tôt. Le cercle des recherches avait été arbitrairement restreint à un suspect en poste ou un ancien collaborateur de l’État-major, nécessairement artilleur et officier stagiaire. L’enquête avait été sommaire et les preuves limitées à de soit disant similitudes d’écriture affirmées par des gens qui n’étaient pas graphologues. Dans un climat où l’antisémitisme était à son apogée, surtout au sein de l’armée, il n’en fallait pas plus pour faire d’Albert Dreyfus le coupable idéal. Les irrégularités ont été constamment présentes au cours de l’instruction : intervention du ministre de la Guerre en pleine instruction, absence de publicité des débats pendant le procès, communication d’un dossier secret aux juges, à l’insu de l’accusé et de son défenseur… Déporté sur l’île du Diable, remise en service comme bagne pour l’occasion, au large de Cayenne, en novembre 1896, il y sera interdit de parole, y compris avec ses gardiens, sera mis aux fers chaque nuit… Ce n’est que 3 ans plus tard que la ténacité de son frère Mathieu et de Bernard Lazare, lui-même juif, patron de la banque éponyme et auteur d’un livre : L’antisémitisme, parviendront à attirer l’attention de la presse et de la Justice.

Quant à moi, j’accuse le général Mercier, ancien ministre de la Guerre, d’avoir manqué à tous ses devoirs, je l’accuse d’avoir égaré l’opinion publique, je l’accuse d’avoir fait mener dans la presse une campagne de calomnies inexplicable contre le capitaine Dreyfus, je l’accuse d’avoir menti.

Bernard Lazare, en 1895.

Mais cette violente diatribe, rédigée à la demande de Mathieu Dreyfus, fût jugée par ce dernier contre productive et donc ne sera pas publiée. L’affaire Dreyfus va diviser très profondément la France, radicalisant la vie politique : le centre va disparaître, il faudra être de gauche ou de droite.

Tout le monde se battait dans ce temps-là. (Il n’y avait que les radicaux qui ne se battaient pas. Ils étaient pleins d’une étrange frousse politique redoublée d’une étrange frousse parlementaire et compliquée d’une étrange frousse électorale [5]).

Nous, tous les autres, nous nous battions comme des chiens !

Péguy

La Libre Parole détient, enfin, la preuve de la trahison des Juifs, en faveur de l’Allemagne, jusqu’aux échelons les plus élevées de l’armée, preuve, s’il en est, de l’urgente nécessité de les en exclure, de même que de l’ensemble de l’appareil d’État.

Edouard Drumont, fondateur de La Libre Parole.

Sur les débris de tant de croyances, une seule foi reste réelle et sincère : celle qui sauvegarde notre race, notre langue, le sang de notre sang et qui nous rend tous solidaires. Ces rangs serrés, ce sont les nôtres. Le misérable n’était pas Français. Nous l’avions tous compris par son acte, par son allure, par son visage.

Léon Daudet. Le Figaro, 6 janvier 1895

Les amis de Dreyfus, quelle présomption de sa culpabilité ! (…) Ils injurient tout ce qui nous est cher, notamment la patrie, l’armée. (…) Leur complot divise et désarme la France, et ils s’en réjouissent. Quand même leur client serait un innocent, ils demeureraient des criminels.

Maurice Barrès. Scènes et doctrines du nationalisme

Lui que des journalistes nommeront le littérateur du territoire, par-delà d’indéniables accents de ferveur, d’inquiétude et d’une certaine sorte de fièvre, était tout à fait à même de proférer des monstruosités : Que les pauvres aient le sentiment de leur impuissance, voilà une condition première de la paix sociale.

*****

Ce qui est en jeu, c’est l’existence de l’armée ; c’est la liberté de conscience, c’est la propriété de chacun et de la fortune de tous ; c’est l’existence même de la France ! Si Dreyfus était acquitté, il ne resterait plus qu’à prendre le deuil de notre pays . Finis Galliae !

Augustin Cordier, professeur de philosophie, fondateur du Nouvelliste de Bordeaux, membre d’Action Française, grand père de Daniel Cordier, le secrétaire de Jean Moulin.

Georges Clemenceau écrira un article par jour, pendant toute l’affaire Dreyfus !

Il est de fait qu’au scandale innommable, le clergé a pris une part active. Le principal organe de presse catholique, La Croix  dirigé par le fameux abbé Bailly, et rédigé par une équipe de religieux assomptionnistes, multiplie les provocations et se vante d’être le journal le plus antijuif de France, celui qui porte le Christ, signe d’horreur aux Juifs [édition du 30 09 1890].

Est-il des lecteurs de La Croix, cet abbé Gros qui demande une descente de lit en peau de youpin pour la piétiner matin et soir ? Sont-ils ses abonnés, les 300 ecclésiastiques qui cotisent pour le monument élevé à la mémoire du colonel Henry, cet officier qui s’est suicidé après avoir été convaincu d’être l’auteur du faux fabriqué pour obtenir la condamnation d’Albert Dreyfus ?

Exceptions ? Dans la sauvagerie et la cruauté, oui. Mais dans l’esprit ? Un grand prédicateur comme le père Didon, dominicain, en appelle à l’armée pour qu’elle déploie plus fermement son énergie bienfaisante et sainte. L’archevêque de Toulouse, Mgr Mathieu, tonne en chair contre les tentatives de réhabilitation d’un traître et les efforts pour charger un innocent (lequel innocent, Esterhazy, n’ose même plus, alors, plaider non coupable.)

Jean-Denis Bredin est alors fondé à écrire que la presse catholique (la bonne presse !) imprégnant une province pieuse et appauvrie, conservatrice et xénophobe, et relativement peu informée sur l’Affaire, fut en définitive plus importante, comme véhicule d’antisémitisme et de militarisme, que les brutales explosions de la presse intellectuelle parisienne.

Jean Lacouture        Jésuites     Les Conquérants        Seuil 1991

C’est la naissance d’une de nos plus éminentes spécificités : les Intellectuels, dont il est aujourd’hui devenu inutile de dire qu’ils sont de gauche, puisque cela ressemble fort à un pléonasme, ce qui n’était pas vrai à l’époque, car le camp des antidreyfusards aura aussi des têtes de file bien connues : Charles Maurras, bien sûr, mais encore Maurice Barrès, Jules Verne, José Maria de Heredia, Toulouse Lautrec, Cézanne, Gauguin, etc… À l’intérieur de chaque camp, la solidarité elle-même avait ses limites, on était bien loin de l’union sacrée et le plaisir d’une saillie bien grossière ne pouvait reculer devant cette solidarité. Le choix de soutenir Dreyfus réunissait donc dans le même camp Clémenceau et Lyautey. De la part de ce dernier, militaire de haut-rang, cela exigeait une bonne dose de courage voire d’audace. Lyautey était homosexuel, du genre plutôt discret, pas exhibitionniste pour deux sous mais Clemenceau ne put résister au plaisir de cracher son venin : Voilà un homme admirable, courageux, qui a toujours eu des couilles au cul, même quand ce n’était pas les siennes ! Quand on sait comment il a osé traiter sa femme, ce n’est en rien rabaisser le futur Père de la Victoire que de dire qu’il atteint là des sommets de muflerie et de goujaterie : ses appétits sexuels étaient à faire pâlir DSK : on lui prête pas moins de 800 maîtresses, et quand, pendant ce temps là Mary Plummer, sa femme ose se payer le précepteur de ses trois enfants, il fait constater l’adultère et l’envoie quinze jours à la prison Saint Lazare ; pendant l’incarcération il demande le divorce qu’il obtient en 1891 avant de la renvoyer aux États-Unis avec un billet de troisième classe en  obtenant qu’elle perde la garde des enfants et la nationalité française. Revenue vivre en France mais restée perturbée psychologiquement elle mourra seule le 13 septembre 1922 dans son appartement parisien du 208, rue de la Convention ; il l’annoncera ainsi à son frère Albert: Ton ex-belle-sœur a fini de souffrir. Aucun de ses enfants n’était là. Un rideau à tirer. [lettre du 27 septembre 1922 dans sa Correspondance 1858-1929, p.639].

Louis XIV, le Roi Soleil, craint de tous, qui avait mis à ses pieds tous ces nobles bouffis d’orgueil et d’arrogance, Louis XIV, roi de La Grande Nation, n’avait pas fait tout le pataquès du très républicain Clemenceau quand Marie-Thérèse avait donné naissance à un bébé bien noir. Il s’était contenté d’envoyer le bébé dans un discret couvent et d’un sourire qui disait sa largesse d’esprit.

noël 1894                     Le Théâtre de la Renaissance a programmé Gismonda, la nouvelle pièce de Sarah Bernhardt pour le 4 janvier. Il envoie la commande urgente d’une affiche aux Imprimeries Lemercier où Alfons Mucha, illustrateur de livres, né en Moravie 34 ans plus tôt, se trouve être seul. L’affiche qu’il réalise séduit Sarah Bernhardt au point qu’elle fait acheter 4 000 lithographies et passe un contrat avec l’artiste, qui prenait ainsi la tête de l’art nouveau : arabesques en tous genres, ornementations florales ou néo-gothiques… aujourd’hui on dirait qu’il est le premier designer

Alphonse Mucha - Poster for Victorien Sardou`s Gismonda starring Sarah Bernhardt at the Théâtre de la Renaissance in Paris

Poster for Medee (Medea) starring Sandra Bernhardt (1890) by Mucha

1894                           Gandhi, 25 ans,  est à Durban, en Afrique du sud depuis un an ; il y a travaillé dans un cabinet d’avocats indiens. Il s’apprête à rentrer en Inde quand de riches marchands indiens le recrutent pour organiser une campagne de protestation contre la nouvelle législation du Natal qui menace de les priver du droit de vote. C’est la marche qui le fera entrer en politique : il n’en partira plus.

Nellie Melba, une cantatrice australienne est en tournée à Londres. Elle séjourne au Savoy, et pour remercier le grand chef Georges-Auguste Escoffier de la qualité de ses plats, lui fait parvenir une invitation à son spectacle. Le grand chef soucieux de l’en remercier se demande ce qu’il pourrait lui concocter ; sa mémoire commence à lui jouer des tours mais pas au point d’avoir oublié sa création d’il y a maintenant trente ans : le poire Belle Hélène en l’honneur de l’opéra-bouffe éponyme de Jacques Offenbach : des pêches blanches sont pochées dans un sirop de vanille, disposées sur de la glace à la vanille, le tout nappé d’une purée de framboises fraîches. Grâce à cette pêche Melba, Nellie passera à la postérité. Au fait, elle ne se nommait pas Nellie Melba, mais Hélène Porter Mitchell…

Auguste Escoffier est bien plus que celui qui fit adopter la toque démesurée qui désignait le chef, prohiba près des fourneaux l’alcool et le tabac par respect des saveurs, inventa les brigades et la spécialisation des postes, préfigurant la taylorisation industrielle, conjugua goût des mets et des mots pour composer des menus doublement savoureux. S’associant avec César Ritz, hôtelier et entrepreneur valaisan qui inventa à  Lucerne (Suisse) et Monte Carlo le concept du grand hôtel capable de réunir toutes les élites, aristocratique, financière et artistique, dans une célébration d’un art de vivre plus raffiné encore que celui des cours princières, Escoffier nourrit le rêve à force d’invention gustative côté cuisine et de surenchère de délicatesse côté service, plaçant les femmes au cœur de ce temple nouveau. Mais pouvait-il en être autrement de celui qui inventa crêpes Suzette, suprême de volaille Jeannette et pêche Melba ?
Le pacte d’amitié et d’intérêts qui lie Ritz et Escoffier réinvente l’hôtellerie de Londres (Savoye, puis Carlton), cité dépourvue d’établissements correspondant aux besoins nouveaux, avant d’essaimer à Rome, Paris, puis New York, sans négliger l’étape des palaces flottants que sont les
transatlantiques.

Philippe Jean Catinchi     Le Monde du 6 juin 2020

Pierre-Georges Jeanniot -Le Dinner 'A L'Hotel Ritz Paris Signed & Framed | Отели, Живопись, Париж

La terrasse de l’hôtel Ritz de Paris en 1908. Pierre George Jeanniot 1848-1934

10 % des ouvriers sont au chômage. Création de la Grande Loge de France. La loi Siegfried instaure les HBM : Habitations à Bon Marché. Edison commercialise son kinétoscope, appareil à lunette permettant le visionnage individuel d’un film. Il avait eu à ses cotés Nikola Tesla, serbe ou croate, ingénieur génial et fantasque qui avait commencé par travailler chez Edison Paris puis était venu à New-York. Et les deux hommes s’étaient opposés à peu près sur tout ; Tesla était parti pour fonder sa société puis était entré chez Westinghouse en 1885. Edison avait crée le réseau électrique de New-York en courant continu. Tesla, au sein de Westinghouse était partisan du courant alternatif. Au final c’est Westinghouse qui l’emportera. On doit encore à Tesla la radiotransmission, le moteur électrique asynchrone, la télécommande, le radar… Le génial inventeur a déposé pas moins de 700 brevets ! Dans les années 2000, Elon Musk, déjà patron de Paypall, commencera à fabriquer des voitures électriques de luxe auxquelles il donnera en hommage à cet ingénieur tombé dans l’oubli le nom de Tesla, avant de se lancer dans la conquête spatiale à la tête de Space X.

Les Arméniens de Sassoun, en territoire dominé par les Kurdes, à l’est du lac de Van, se révoltent : leur statut de dhimmi – exempté de service militaire – les soumet à un impôt particulier, et ils en paient un autre, sans base légale, aux dignitaires locaux. Ils se font massacrer et ces massacres vont s’étendre à toutes les régions armeno-kurdes et sur le littoral de la mer Noire pendant deux ans : le bilan est impossible à établir : entre 100 000 et 300 000 morts, les autres étant contraints à la conversion. Quand les villages ne sont pas rasés, ils sont occupés et les terres confisquées.

Georges Fabre voit aboutir son projet d’une station expérimentale de météorologie forestière sur l’Aigoual – 1567 m -. Par beau temps, [chose plutôt rare] on a vue du mont Ventoux au Mont-Blanc, du Canigou au pic du Midi, de la chaîne des Puys à la Méditerranée. Il fallut 7 ans, de 1887 à 1893, à raison de 70 jours de travail par an pour construire l’observatoire, véritable forteresse, aujourd’hui sous la direction de Météo-France. Les registres d’observation seront tenus dès la mise en service. L’observatoire passera sous la direction de la Météorologie Nationale en mai 1943. Il s’associera à l’infatigable Charles Flahautj’espère bien mourir au travail, moyennant quoi je demeure gai et alerte – pour mettre en place l’arboretum l’Hort de Dieu, un peu sous le sommet.

La draille et le torrent sont les deux cheminements qui plongent au cœur de ce monde clos, de ce labyrinthe de vallées et de hautes crêtes. Ils en organisent la structure, traits creusés dans le ciel ou dans la profondeur de la terre, route du conquérant, de l’homme brun, de l’homme blond, du grand troupeau, du colporteur et du forestier ; ou route de l’eau qui va du ciel à la mer.

André Chanson

En 1708, les Cévennes avaient vu geler le châtaignier, et donc disparaître le pain d’arbre, fait de farine de châtaigne ; c’était un des piliers du mode de vie des cévenols qui disparaissait. La châtaigne sera restée très longtemps la nourriture de base des causses et Cévennes en pays d’oc :

La récolte en grains a été si modique qu’il n’est pas possible de permettre l’exportation des châtaignes qui sont l’unique ressource des pauvres gens de la campagne.

Abbé Terreau 1772

Pendant six mois de l’année, métayers et journaliers ne vivaient que de châtaignes ; un châtaignier nourrissait journellement une famille de dix personnes.

[…] Le châtaignier sert de chauffage l’hiver, fournit le bois d’œuvre pour la construction des meubles et des charpentes des maisons. C’est enfin avec le bois de châtaignier qu’on confectionne le cercueil. Il existe ainsi toujours un châtaignier près de la maison, arbre vénérable sous lequel on va se reposer.

Anne Fortier Kriegel Les paysages de France PUF 1996

Le pain, même très noir, dur et grossier, était une nourriture précieuse pour ceux qui vivaient en bonne partie de châtaignes, de pommes de terre et de bouillie, de blé d’Espagne. Puis les gens se souvenaient des disettes fréquentes autrefois, et avaient ouï parler par leurs anciens de ces famines où les paysans mangeaient les herbes des chemins, comme des bêtes, et ils sentaient le bonheur de ne pas manquer de ce pain.

Eugène Le Roy Jacquou le croquant Gallimard 1990

Les Cévenols l’avaient remplacé par le mûrier pour nourrir les vers à soie et cela avait été leur période de gloire, au début du XIX° siècle. Puis, la soie artificielle était venu mettre fin à la culture du ver à soie et c’est ainsi que Georges Fabre, directeur du service de reboisement du Gard à Alès, avait trouvé les Cévennes dans les années 1875 dans un bien triste état, victimes de la voracité des chèvres devenues trop nombreuses pour un territoire plutôt fragile : les sols étaient à nu, une bonne part de la terre arable avait été emportée par les eaux. Il parvint à redonner aux forêts leur parure d’antan, mettant en œuvre un vaste plan de reboisement, – 68 millions d’arbres – fondé essentiellement sur le pin et le hêtre, redonnant ainsi à la forêt les 15 000 ha des Domaines : il y avait urgence : les sédiments charriés par le Tarn devenaient si importants qu’on leur attribuait l’envasement du Port de Bordeaux. Il était parvenu à faire mentir Chateaubriand : les forêts précèdent les hommes, les déserts les suivent, en faisant de son rêve une réalité. L’État, s’il avait versé les financements nécessaires, ne l’avait soutenu par ailleurs que du bout des lèvres et c’est bien la seule compétence, humanité et ténacité d’un homme qui vinrent à bout de ce remarquable programme. Pour avoir poussé plus loin que ne le demandait la doxa des Eaux et Forêts le souci de se garder le soutien des populations locales en évitant l’acquisition et le reboisement des terres agricoles, il sera mis en retraite par anticipation.

En 1875, Georges Fabre se proposait de reboiser le Massif de l’Aigoual. Lorsqu’il avait rejoint son affectation dans le Gard, Georges Fabre ne s’était pas fait d’illusions sur les difficultés qui l’attendaient. Il est un forestier complet qui connaît la géologie et la géographie aussi bien que la botanique, et il sait que d’autres forestiers ont essayé avant lui de reboiser le massif, sans succès. Ses prédécesseurs ont presque tout tenté, semer à la volée pour traiter d’immenses surfaces, utiliser de jeunes plans du commerce, lutter contre l’érosion par gazonnement des sols, en vain, le massif devenu un désert de pierre reste un désert de pierre.

Georges Fabre décide donc une approche plus scientifique du reboisement. Il sait que les conditions météorologiques sont très contrastées dans le massif, que le sommet de l’Aigoual est le lieu de tous les extrêmes. Par exemple que les variations de température entre l’été et l’hiver peuvent y atteindre 60°C et que le vent peut souffler en rafales dépassant 350 km/h. Le scientifique prend en compte aussi le fait qu’il peut tomber jusqu’à dix mètres de neige et qu’il peut geler plus de 140 jours par an. Néanmoins, un épais manteau forestier s’était installé dans cet endroit peu hospitalier, avant que la main de l’homme [et la voracité de la chèvre ndlr] ne le détruise.

Dès le départ, il se doute qu’il ne faut pas essayer d’implanter n’importe quoi, n’importe où. Il réalise un tableau de la répartition des essences en fonction de l’altitude, des sols et de l’exposition. Il sait aussi que ce reboisement coûtera très cher et qu’il lui faut convaincre les politiques nationaux pour trouver de l’argent et les politiques régionaux pour faire accepter ses décisions par la population du massif.

Pour persuader les premiers, il démontre que l’érosion est si forte sur le massif dénudé, que les sédiments emportés par les cours d’eau sont transportés jusque dans le port de Bordeaux qui risque l’ensablement. La démonstration fait mouche, le port de la lune à Bordeaux, qui commerce avec l’Afrique, l’Amérique, l’Asie et l’Océanie est trop important pour l’économie française en cette fin du XIX° siècle. Georges Fabre obtient les fonds qu’il demande.

L’ingénieur est aussi convaincu que le reboisement ne marchera que s’il gagne l’aide de la population locale. Au départ, les habitants sont opposés au projet, car planter des arbres signifie la réduction des zones de pâturage pour les ovins et bovins, la quasi seule ressource du massif. Les éleveurs craignent de perdre cette unique richesse et d’être obligés de quitter la montagne.

Georges Fabre s’efforce d’explique que le reboisement donnera du travail à toute la population du massif et que la future forêt, correctement exploitée, permettra d’en tirer un revenu nouveau. Il précise qu’il ne reboisera dans un premier temps que les terres qui ne sont pas dévolues à l’élevage.

À moitié convaincus, les habitants du massif acceptent cependant les propositions. Sous le contrôle des agents forestiers, ils plantent des arbres, créent des routes, des chemins forestiers et des ponts. Des familles entières –maris, femmes et enfants – participent à ce chantier géant.

Au départ, Georges Fabre envisage de replanter les essences primitives du massif. En effet, quoi de plus simple que de remettre les arbres anciens qui résistaient bien aux conditions météorologiques extrêmes. Ses prédécesseurs avaient eu la même idée, mais ce n’est pas si simple et il se rend vite compte qu’un jeune plant de hêtre se développe bien lorsqu’on l’implante dans une forêt, mais tout seul, dans une nature vide, sans un environnement végétal, il n’arrive pas à se développer. Georges Fabre décide alors de commencer l’implantation d’essences de lumière, des pins principalement, qui, lorsqu’ils seront adultes, prépareront l’installation des essences d’ombre que sont les hêtres et les sapins. Il constate aussi que la face sud du massif, celle qui est la plus éclairée, résiste particulièrement à toute tentative de reboisement. Il demande alors conseil à Charles Flahault, professeur de botanique. Ensemble, les deux hommes vont réussir là où tout le monde avait échoué.

[…]     Dès leur première rencontre, Georges Fabre propose à Charles Flahault de créer sur place, sur le versant sud du massif, le plus retord à tout reboisement, un champ d’essai, un jardin expérimental. Ce sera l’Hort de Dieu [le jardin de Dieu], que Charles Flahault crée sous le sommet du Mont Aigoual.

Sur place existe déjà une ancienne bergerie, que le botaniste rénove de ses propres deniers. Dans son jardin, il tente d’acclimater des plantes venues des quatre coins du monde et réussit. Petit à petit, le massif reverdit. Les forestiers, aidés par les habitants des villages de l’Aigoual, plantent 68 millions d’arbres, essentiellement des essences de lumière (pins sylvestres, pins à crochet, épicéas, pins noirs d’Autriche, pins Laricio de Corse, mélèzes) pour préparer l’installation des essences d’ombre. Au prix d’un travail de titan, Charles Flahault et Georges Fabre vont réussir le reboisement du massif. Ils vont faire pousser les arbres là où Dieu lui-même avait renoncé…

Georges Fabre a aussi l’intuition que le sommet de l’Aigoual, avec son climat extrême, au partage des eaux entre la Méditerranée et l’Atlantique, devrait être un lieu d’étude privilégié de la météo. Il propose la construction d’un observatoire météorologique, qui pourra également servir d’abri à ses forestiers et obtient le soutien du général François Perrier, président du Conseil  Général du  Gard, natif de Valleraugue, ancien polytechnicien comme lui.

Les travaux débutent en 1887, mais comme Georges Fabre s’y attend, le climat n’aide pas les valeureux maçons. Pendant les quatre premières années de la construction, le vent, la pluie et la neige ne permettent que 50 à 80 jours de travail annuel, le premier entrepreneur abandonne. Un deuxième originaire de Nîmes, Charles Adolphe Ritter poursuit et achève le travail en 1893.

Mais au terme de ce chantier harassant, Georges Fabre commence à déplaire à son administration de tutelle car il coûte cher et n’est pas très docile. Pour faire accélérer l’achat des terrains à reboiser, il n’hésite pas à conseiller aux vendeurs de faire pression sur les élus, afin que les démarches administratives soient facilitées.

En 1908, le reboisement du massif est terminé, mais malgré l’immensité du travail accompli, Georges Fabre est limogé. Trois ans plus tard, il s’éteint à Nîmes, à l’âge de 66 ans.

Bernard Bourrié           Passeurs d’Histoire(s)    Mille ans en Languedoc et en Roussillon. Le Papillon Rouge Editeur 2016

Ce qui vaut pour le Mont Blanc vaut pour les Cévennes :

La nature, rigoureusement fidèle à ses lois […] ne ressème pas la forêt que notre main imprudente a coupée, lorsque la roche nue apparaît et que la terre a été entraînée par les eaux de fonte et des pluies, ne rétablit pas la prairie dont notre imprévoyance a contribué à faire disparaître l’humus. Ces lois, loin d’en comprendre la merveilleuse logique, vous en détruisez l’économie ou tout au moins vous en gênez le cours ; tant pis pour vous, humains ! Mais alors ne vous plaignez pas si vos plaines sont ravagées, si vos villes sont rasées, et n’imputez pas vraiment ces désastres à une vengeance ou à un avertissement de la Providence. Car ces désastres, c’est en grande partie votre ignorance, vos préjugés, votre égoïsme qui en sont la cause.

Viollet-le-Duc Le Massif du Mont Blanc      Ehhard/Baudry. 1876

L’ensemble du territoire français bénéficie d’un maillage de 35 000 km de routes nationales, le long desquels on compte 3 millions d’arbres, principalement des platanes qui sont venus remplacer les ormes.

4 01 1895 

Félicie Hervieu, née Marie Félicité Bridoux près de Sedan,  crée le premier jardin ouvrier en France. La première famille à faire l’expérience – il s’agit d’un terrain loué – le fera sans entrain, puis avec plaisir, puis avec ardeur. La surface des jardins va s’accroitre d’année en année et en 1898, 125 familles bénéficient de parcelles.

5 01 1895 

Le capitaine Dreyfus est publiquement dégradé dans la cour de l’Ecole militaire. Théodore Herzl assiste au spectacle, qui mettra de l’eau à son moulin.

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02 1895   

Madagascar a su tant bien que mal se garder des entreprises de colonisation, surtout de la part des deux principales puissances dans la région : l’Angleterre et la France. Un traité entre les deux nations a fini par entériner le protectorat français sur la grande île tandis que la France reconnaissait celui de l’Angleterre sur Zanzibar.

Des incidents amènent la France à exiger de la reine Ranavalona III le contrôle français de l’administration malgache : elle rejette l’ultimatum et l’intervention militaire de la division Duchesne, débarquée à Majunga perd 50 hommes au feu et doit en envoyer 6 000 à l’hôpital. Six mois plus tard, une autre colonne prend Tananarive sans coup férir. Arrêtée en 1897 par le gouverneur général Galliéni, la reine est déportée en Algérie, où elle mourra en 1917. Une autre lui succède qui signe le traité de protectorat préparé par Hanotaux.

03 1895  

La ville de Kong, dans le nord-est de la Côte d’Ivoire, a pris parti pour les Français et elle est menacée par Samory. Aussi le colonel Marchand et le gouverneur Binger envoient le lieutenant Parfait Louis Monteil avec une colonne pour porter secours à Kong. Mais les forestiers Ivoiriens harcèlent la colonne, Monteil est grièvement blessé et doit faire demi-tour. Kong sera prise, et rasée par Samory. Cinq ans plus tôt, Monteil s’était pourtant taillé un beau succès en partant avec une colonne le 10 septembre 1890 de Saint Louis du Sénégal pour établir une ligne de démarcation entre zone d’influence française et zone d’influence anglaise, jusqu’à Tripoli, 7 800 km plus loin. Il en était revenu le 30 12 1892, mission couronnée de succès.

1 04 1895   

À Nantes, on inaugure la Cigale, probablement la plus belle brasserie du monde, dira beaucoup plus tard Jean-Louis Trintignant. On la doit à Émile Libaudière. Jacques Demy y tournera Lola, avec Anouk Aimée en 1961. Elle sera classée monument historique en 1964 et rénovée en 1982. Un grand rival, le Train Bleu, Gare de Lyon à Paris.

Art Nouveau Style of the Brasserie la Cigale (Nantes ...

 

photos de Brasserie la Cigale

www.lacigale.com

Jean-Louis Trintignant, qui sur le tard aura la liberté de ton que seuls peuvent se donner les vieillards, parle bien du vin dans une interview au Monde du 28 février 2017 – il aura alors 87 ans -. Près d’Uzès où il est installé, il a une vigne dont il confie le travail à des amis viticulteurs : Chez nous, on buvait du vin coupé à l’eau. Depuis, je n’ai pas rencontré beaucoup de gens qui buvaient du vin avec de l’eau. Mais, nous, on buvait du bon vin avec de l’eau. Si on n’en met pas trop, c’est pas mal !

Le faites-vous encore ?

Non. Ce n’est pas bien. J’aime trop le vin pour poursuivre cette pratique familiale. Parfois, si, par nostalgie, ça m’arrive. – Sourire. – Il faudrait autoriser les vignerons à le faire pour baisser les degrés d’alcool qui deviennent trop élevés. J’ai demandé à mon ami Bertrand Cortellini, qui élabore notre Rouge Garance, de ne plus faire des vins à 14 degrés mais à 12, en les coupant à l’eau. Il ne veut pas. Son intégrité est en jeu ! Pourtant, notre région est pile celle où on pourrait le faire.

La grande confrérie des religieux du vin s’arracheront les cheveux, crieront au scandale, à l’hérésie, voire même au blasphème. Il le sait, bien sûr… et s’en amuse. Il nous quittera en juin 2022… d’aucuns parleront de son sourire ravageur. Autre citation, qui n’a rien à voir avec le vin : C’est difficile d’être pompier, surtout quand on n’a pas le feu sacré.

17 04 1895

Le traité de Shimonoseki met fin à la guerre entre le Japon et la Chine qui, vaincue, doit reconnaître l’indépendance du royaume de Joseon [dynastie des rois de Corée], mettant fin à son ancienne vassalité et laissant en pratique le champ libre à l’hégémonie nipponne. Elle doit céder au Japon Formose, [aujourd’hui Taïwan, jusqu’à ce que cette île devienne le sanctuaire des nationalistes chinois de Tchang Kaï shek, en 1949] et ses îles environnants, dont les îlots inhabités Senkaku (Diaoyu en chinois) en mer de Chine orientale, les Pescadores, la presqu’île du Liaodong avec Port-Arthur, verser au Japon une indemnité de guerre de 200 millions de thalers d’argent, et ouvrir 7 ports aux commerçants japonais. Pour payer pareille indemnité, la Chine sera contrainte à emprunter aux banques.

En fait, les conquêtes japonaises dépassaient la seule Corée : il y avait Formose, le sud de la Mandchourie et il menaçait même Pékin : c’est sous la pression conjuguée des diplomates russe, allemand et français qu’il renonce à ces dernières conquêtes, il en gardera une rancune tenace contre les trois puissances. L’Allemagne occupe le port chinois de Kingdao, à l’embouchure de la baie de Kiao-tcheou. Elle exige l’obtention d’une base navale ainsi que des droits sur l’exploitation du charbon et des facilités ferroviaires sur la péninsule voisine de Shandong. Le traité sera révisé par la triple intervention de la Russie, de l’Allemagne et de la France.

C’est la dernière fois dans l’histoire du monde que les États-Unis ne seront pas partie prenante du règlement d’une affaire internationale.

Dès la fin du XIX° siècle et le début du XX°, le Japon égale sur le plan économique les puissances occidentales […]. Son économie est en croissance, tout comme sa démographie. Il a réussi à sortir de tous les traités inégaux qui lui avaient été imposés pour les remplacer par d’autres qui lui sont bien plus favorables. Il parvient à égaler les nations qui se pensaient les plus civilisées du globe dans bien des domaines, y compris celui de la recherche scientifique. L’Europe regarde l’histoire à travers un prisme ethnocentré et ainsi sa mémoire a gardé peu de souvenirs des savants nippons de cette époque. Il y en eut de considérables. Citons le bactériolo­giste Kitasato Shibasaburo (1853-1931), qui fut élève de l’allemand Koch. Il est resté célèbre pour avoir découvert le bacille de la peste au même moment que le franco-suisse Alexandre Yersin : les deux étaient allés l’étudier sur les malades frappés par l’épidémie qui sévit à Hong Kong en 1894. Citons aussi Hideyo Noguchi (1876-1928), qui isola l’agent pathogène responsable de la syphilis (1911) et mourut à la tâche, frappé, au Ghana, par la fièvre jaune qu’il essayait de combattre. Son nom est peu connu en Occident. Tous les Japonais se souviennent au moins de son visage, qui illustrait, dans les années 2000, les billets de 1 000 yens.

Plusieurs facteurs expliquent le succès de cette saisissante mutation. Le Japon de l’époque Edo était un pays fermé, assez pauvre, mais il avait su développer ses mines et son artisanat était excellent. L’industrialisation peut se faire à pas rapides car elle s’installe dans le cadre d’une société qui était, de fait, pré-industrielle. Elle s’im­pose et se fortifie car elle dispose d’un atout de grand poids face à la concurrence internationale : une main-d’œuvre abondante et sous-payée. Le bas niveau des salaires est l’élément décisif qui permet à l’archipel d’inonder le marché mondial de produits à prix cassés. Cette politique a évidemment un coût. Le Japon occidentalisé fin de siècle des élégantes à ombrelles et des diplomates en redingote qu’on retrouve sur les photos jaunies de l’époque a une autre face, moins délicate : les taudis des grandes villes où sévit la tuberculose, les cadences infernales des usines et, en règle générale, la misère effroyable de populations acceptant de travailler dans des conditions que n’acceptaient plus les ouvriers européens.

Là encore, les structures préexistantes ont joué leur rôle. La tradition confucéenne, les siècles de féodalisme et de soumission aux seigneurs prédisposaient à la docilité sociale et au sens du sacrifice dont la population a eu besoin pour franchir cette marche. Les deux sont vigoureusement entretenus par un nationalisme que l’empereur réussit à cristalliser sur sa personne. En 1889, désireux de couronner la première étape de l’ère Meiji par un grand geste, le souverain instaure un régime de monarchie constitutionnelle. Pour la première fois de son histoire, le Japon dispose d’un parlement élu, avec partis politiques à l’occidentale et de grandes libertés publiques. Dans les faits, celles-ci, et tout particulièrement la liberté de la presse, sont soigneusement bornées. Il y a des lignes rouges à ne pas franchir, surtout celles qui tournent autour de la personne impériale, décrétée sacrée et inviolable.

Durant ces mêmes années, le shintoïsme, religion traditionnelle, est réformé de fond en comble pour servir de ciment social à cet ensemble. Cette religion traditionnelle, très antérieure au bouddhisme, était celle des dévotions populaires, de l’invocation aux esprits. Elle est transformée en véritable culte national dont, là encore, l’empereur est le chef suprême. Dès l’école, les enfants apprennent le respect qui lui est dû, l’orgueil d’être japonais et la défiance à l’égard des étrangers.

François Reynaert. La Grande Histoire du Monde. Fayard 2016

25 04 1895 

Rupture d’un barrage à Bouzey, dans les Vosges : 87 morts.

15 05 1895  

Oscar Wilde, écrivain irlandais de 41 ans, est condamné à deux ans de hard labour pour homosexualité. Marié, deux enfants, il entretenait une liaison avec Alfred Douglas depuis 1891 ; le marquis de Queensberry, père de son amant l’avait frappé en public et Oscar Wilde avait porté l’affaire en justice. À sa sortie de prison, il s’exilera en France mais sa brillante carrière sera brisée et il mourra en 1900 dans le dénuement : ses amis, voire simples connaissances changeaient vite de trottoir quand ils l’apercevaient. Son épouse Constance devra quitter Londres et se verra obligée de changer son nom pour celui de Holland après qu’un hôtelier suisse lui eut montré la porte, à elle et à ses deux enfants, Cyril et Vyvyan.

5 06 1895

Mary Kingsley, une anglaise qui ne sait peut-être pas ce qu’est l’amour – c’est elle qui le dit – mais qui n’a pas froid aux yeux et déborde de curiosité pour l’humanité, connaît déjà bien l’Afrique, des Canaries au bassin du Niger, de l’Angola à la Sierra Leone. Elle quitte maintenant Libreville pour remonter le fleuve Ogooué, via Lambaréné et Ndjolé. Elle passe dans le bassin de la Remboué où elle observe longuement les Fang. Botaniste, entomologiste, anthropologue, elle ne partage en rien le colonialisme. Elle publiera Travels in West Africa en 1897. En mai 1900, elle repartira pour l’Afrique du Sud, y débarquant en pleine guerre des Boers, dont elle soigna les blessés à l’hôpital de Simonstown où elle attrapa une fièvre qui l’emporta le 3 juin 1900.

Le fait est que je ne suis pas plus humaine qu’une bourrasque de vent. Je n’ai jamais eu d’existence humaine propre. […] Il ne me vient jamais à l’esprit que j’ai droit à davantage que, de temps à autre, m’asseoir et me réchauffer au feu d’être humains réels.

10-12 06 1895  

La course automobile Paris Bordeaux prouve la supériorité du moteur à pétrole sur le moteur à vapeur. Les voitures sont équipées de pneus gonflables Michelin. Premières lois sanctionnant les parents qui maltraitent leurs enfants.

24 08 1895 

Albert Frederik Mummery, un Anglais qui s’est fait un nom dans l’escalade, en particulier dans les Aiguilles de Chamonix, disparaît sur les pentes du Nanga Parbat – 8 125 m – à une altitude d’environ 6 600 m, probablement emporté par une avalanche. Hermann Buhl, drogué au Pertivin ou Pertivine, par les soins de Karl Maria Herrligkoffer, médecin et chef d’expédition, parviendra à son sommet le 3 juillet 1953 : 33 alpinistes étaient alors déjà morts en voulant le vaincre.

Albert Frederick Mummery from Tiger in the Snow by Walter Unsworth. Publisher; Victor Gollanez Ltd 1967.

Albert Frederick Mummery from Tiger in the Snow by Walter Unsworth. Publisher; Victor Gollanez Ltd 1967.

La voie North West Buttress du Nanga Parbat.

28 09 1895     

À Limoges, création de la CGT : Confédération Générale du Travail.

Mort de Louis Pasteur : Il me semblerait que je commets un vol si je passais une journée sans travailler -. Il avait 73 ans ; il a droit à des funérailles nationales ; un immense hommage lui avait déjà été rendu, trois ans plus tôt, pour son jubilé.

La modestie de Pasteur, toute théorique, dissimule un orgueil immense. Pasteur a consacré des années à ériger sa propre statue. Avec ce goût immodéré des Français pour la pompe et les monuments, la gloire et les querelles politiques. Cet indémerdable mélange d’universalisme et d’amour sacré de la patrie qui faisait écrire au jeune étudiant Louis Pasteur, fils d’un grognard de Bonaparte, devenu ardent républicain : Comme ces mots magiques de liberté et de fraternité, comme ce renouveau de la République, éclos au soleil de notre vingtième année, nous remplit le cœur de sensations inconnues, et qui furent vraiment délicieuses.

Patrick Deville.  Peste et choléra. Seuil 2012

Louis Pasteur (1822 - 1895) - La rage de comprendre - Herodote.net

9 10 1895  

Min, reine de Corée, est assassinée par une petite troupe d’hommes de main japonais aux ordres de Miura Goro, le tout nouvel ambassadeur du Japon. Ils entrent dans le palais Gyeongbok au sein de l’escorte du Daewongun et attaquent le pavillon où se trouvait la famille royale. Molestant le roi et le prince héritier, ils assassinent le grand chambellan et les suivantes de la reine avant de la mettre elle-même à mort à coups de sabre, de transporter son corps sur une planche dans le parc voisin, de l’asperger d’essence et d’y mettre le feu.

Le traité de Shimonoseki avait laissé en pratique le champ libre à l’hégémonie nipponne : ainsi les membres du clan Min avaient été écartés du pouvoir être remplacées par des réformistes ; les réformes de Gabo, de 1894 à 1896 bouleversèrent l’organisation sociale traditionnelle en abolissant le système des classes, l’esclavage et les concours confucéens. Dans cette nouvelle donne géopolitique, la reine Min, qui manœuvrait avec la Russie pour réduire l’influence du Japon, devenait un obstacle qu’il fallait éliminer.

Face aux protestations internationales, le gouvernement japonais rappela Miura. Il fut traduit en justice, mais le procès d’Hiroshima – organisé seulement pour la forme – l’acquitta de toutes les charges et, après l’annexion de la Corée par le Japon en 1910, Miura entra même au conseil privé de l’empereur Meiji. Le roi Gojong alla se réfugier en 1896 dans la légation russe, puis prit en 1897 le titre d’empereur pour conférer à son pays – désormais rebaptisé Empire du grand Han – une égale dignité, toute symbolique, avec ses voisins.

À la défunte reine fut accordé le titre posthume d’impératrice Myeongseong.

22 10 1895 

Une locomotive traverse les quais de la Gare Montparnasse et se retrouve sur la rue de Rennes : la photo, insolite, figurera toujours en bonne place chez les vendeurs de souvenirs pittoresques.

un peu plus tôt, c’était encore l’Express Grandville-Paris

1 11 1895   

Max et Emil Skladanowsky organisent à Berlin une projection d’images animées en bioscope – système à double projecteur – dans un théâtre de variétés : acrobaties, jongleries, danse des voiles, lutte gréco-romaine, démonstration de boxe avec un … kangourou ! Souvent injuste, l’Histoire ne voudra retenir des débuts du cinéma que la projection des Frères Lumière, deux mois plus tard.

8 11 1895   

À Würzburg, en Allemagne, Wilhelm Röntgen, en étudiant le courant électrique dans un tube de Crookes – en quelque sorte l’ancêtre des tubes de téléviseurs – réalise qu’un élément inconnu rend luminescent un écran de platino-cyanure de baryum placé à un mètre de distance : il en déduit que son appareil émet des rayons invisibles et très pénétrants qu’il nomme rayons X, tant leur nature reste mystérieuse. Il réalise également que ces rayons impressionnent les plaques photographiques et que l’on peut ainsi visualiser les os à l’intérieur du corps. La main de Bertha – nom donné à la radiographie de la main de sa femme -, fait le tour de l’Europe.

12 11 1895  

Création de l’Automobile Club de France. Men only.

28 12 1895  

Première projection publique et payante des premiers films des frères Lumière, au Salon Indien du Grand Café, 14 Bd des Capucines à Paris : La sortie des usines Lumière, Le Mur, L’arrivée d’un train en gare de la Ciotat, Bébé mangeant sa soupe, L’arroseur arrosé : trente huit spectateurs ! parmi lesquels Georges Méliès, qui sitôt la fin, propose à Antoine Lumière – le père – 10 000 F pour acheter l’appareil : refus d’Antoine.  Eh bien, je le ferais moi-même.

À ce spectacle, nous restâmes tous bouche bée, frappés de stupeur, surpris au-delà de toute expression. À la fin de la représentation, c’était du délire, chacun se demandait comment on avait pu obtenir pareil résultat. 

Georges Méliès

Non seulement inventeurs, Auguste et Louis Lumière seront aussi de remarquables industriels. Avant qu’Antoine Lumière, qui possédait un studio photographique dans le centre-ville de Lyon, n’incite ses deux fils, Louis et Auguste, à inventer le procédé technique qui allait permettre l’éclosion du septième art, il y eut quelques tentatives significatives qui sont retracées au début de l’exposition  : la Lanterne magique, le Thaumatrope, le Phénakistiscope, le Zootrope, le Praxinoscope et, pour finir, la chronophotographie mise au point par Etienne-Jules Marey et Eadweard Muybridge – elle donnera plus tard naissance à la caméra. Tous ces procédés peuvent être aujourd’hui considérés comme les événements avant-coureurs de la découverte des frères Lumière. Sans oublier le Kinétoscope de Thomas Edison qui, le 14  avril 1894 à New York, permit pour la première fois à un spectateur unique de visionner un film.

Quant au Cinématographe, littéralement l’écriture du mouvement, il sera inventé officiellement le 13  février 1895 : Appareil servant à l’obtention et à la vision des épreuves chronographiques. En d’autres termes, à la prise de vue et à la projection. Fabriqué en série dès la fin décembre  1895 dans les usines de Monplaisir à Lyon, il n’allait pas tarder, selon l’expression de Bertrand Tavernier,  à offrir le monde au monde.

Franck Nouchi. Le Monde du 31 mars 2015

12 1895    

Gustave Trouvé produit la première lampe à acétylène.

Le La Grandière est une canonnière conçue pour la navigation fluviale, donc avec un faible tirant d’eau. Envoyé de France en pièces détachées, il est monté à Saïgon, puis remonte le Mékong, transbordé par chemin de fer en amont de Phnom-Penh pour franchir les chutes de l’île de Khone, il sera à Vientiane fin 94, devant Luang Prabang en septembre et, plus au nord, à Tang Ho, dans la région de Muang Sing en décembre pour y défendre face aux Anglais les frontières du Laos. Les Anglais lèveront le camp en janvier, se repliant sur la Birmanie. Les frontières du Laos ne bougeront plus.

1895

À Petersburg, Vladimir Ilitch Oulianov, alias Lénine – car vivant au bord de la Lena -, fonde avec Martov L’Union pour l’émancipation de la Classe ouvrière. Lénine restait hanté par le martyr d’Alexandre, son frère ainé, terroriste pendu huit ans plus tôt. Il va être arrêté la même année. Intellectuellement, l’homme qui l’aura le plus marqué était le romancier Nikolaï Tchernychevski, auteur d’un roman  Que faire ? à telle enseigne que Lénine lui piquera purement et simplement ce nom pour son programme, disant de lui qu’il avait le flair révolutionnaire absolu, propos que Staline reprendra à son adresse : Lénine était né pour la révolution. C’était un véritable génie des explosions et de la direction révolutionnaire. Jamais il ne se sentait plus à l’aise qu’aux époques de bouleversement. Littéralement, il s’épanouissait pendant les coups d’État. Il était doté d’une rare capacité de haine : haine du tsarisme, haine aussi des libéraux russes, haine des démocraties bourgeoises de l’Europe : maudite soit la liberté si elle est bourgeoise ! Mais l’homme avait aussi son jardin secret : Si je continue d’écouter l’Appassionata, je ne finirai jamais la Révolution.

Le physicien allemand Wilhelm Röntgen utilise un tube de Crooks, qui produit des décharges fluorescentes, lorsqu’on branche des électrodes à ses extrémités : gêné par la luminescence, il coiffe le tube d’un papier noir opaque et constate alors qu’un écran proche recouvert d’une matière fluorescente se met à scintiller : que se passe-t-il ? Les atomes d’une électrode, percutés par le faisceau d’électrons, emmagasinent de l’énergie et la relâchent sous forme de rayonnement : il place des objets métalliques entre le tube et une plaque photographique : leur silhouette apparaît sur le négatif. Refait la même chose avec la main de sa femme : ce sont alors ses os que l’on voit sur le négatif : il a découvert les rayons X.

Les Allemands achèvent le canal de Kiel qui assure le passage de la mer du Nord à la Baltique.

Industries et commerces, cinémas, poussent comme des champignons : Société chimique des usines du Rhône, qui deviendra Rhône Poulenc en 1928, Société des Établissements Gaumont, Théophile Bader crée les Galeries Lafayette.

Dans le Congo de Léopold II, des soldats belges reviennent d’une mission de maintien de l’ordre avec 1 357 mains coupées à présenter à leurs officiers.

Albert Morand construit le premier hôtel de Megève : le Panorama. Avant même de prendre un essor exceptionnel grâce au ski, une vocation touristique s’y précise, centrée sur la qualité de l’air, bénéfique aux personnes souffrant de problèmes respiratoires. La très forte implantation de maisons d’enfants après la guerre, viendra confirmer ces atouts, de même que les nombreux sanatoriums crées dans les environs (La Giettaz, Le Plateau d’Assy …) Dans les Hautes Alpes, à Prapic, un hameau d’Orcières, au nord-est de Gap, on tue le dernier ours.

Le diocèse de Savoie éprouve le besoin de faire un gros cadeau à l’Église de France : et c’est la plus grosse cloche de France, la Savoyarde, fondue aux Établissements Paccard d’Annecy, qui sera installée à Saint Sulpice à Paris : elle pèse 19 tonnes.

Georges Dufayel construit entre les rues de Clignancourt et le boulevard Barbès un gigantesque magasin à vocation populaire : il a 60 ans d’avance sur le premier Carrefour. Les grands magasins d’alors, – Samaritaine, Au Bon Marché, Grands magasins du Louvre, BHV, Galeries Lafayette, etc… vivant sur de faibles marges, ne pouvaient accorder de crédit et donc, ne s’adressaient qu’à des classes aisées. Outre les différents rayons consacrés à la bijouterie, à l’horlogerie, à l’ameublement, à la literie, aux textiles, à l’outillage de jardin, aux cycles, etc… on y trouvait toute une série d’espaces récréatifs généreusement ouverts à tous les visiteurs : une immense salle de spectacle de 3 800 places où se produisait régulièrement un orchestre de 125 musiciens, des halls d’exposition où l’on montrait des photographies en couleur et plusieurs salons de lecture aux bibliothèques bien garnies. Sans oublier une salle de cinéma où seront organisées plus de 7 000 séances gratuites entre 1897 et 1902.

L’achat à crédit était facilement consenti : le client allait alors chercher sa marchandise directement chez le fournisseur de Georges Dufayel … c’était autant de frais de gestion de stocks en moins. Le profit obtenu de cette formule lui permettait, entre autres, d’employer plus de 800 inspecteurs, sur Paris intra-muros, chargés de contrôler la bonne moralité de ces clients.

L’avantage avec les gens pauvres, c’est qu’ils sont beaucoup plus nombreux que les gens aisés. Et qu’ils ont toujours besoin de quelque chose. Or ça tombe bien : chez Dufayel, on trouve tout !

Résumé de Bernard Kapp. Chez Dufayel, on trouve tout ! Le Monde 28 09 1999

Marie Heurtin est née dix ans plus tôt à Vertou, en Basse Loire ; sourde et aveugle de naissance, ses parents se sont jusqu’alors refusés à l’abandonner à l’asile de fous de Nantes, la grande ville la plus proche. Mais dans le même temps ils n’ont pas su, pas pu entreprendre quelque travail que ce soit pour sortir leur fille de sa nuit, et ils ont d’ailleurs d’autres enfants dans le même cas. Le père se décide à emmener Marie chez les Filles de la Sagesse, des religieuses qui tiennent l’institution de Larnay, près de Poitiers où elles s’occupent de sourdes. Sœur Marguerite va prendre en charge Marie, avec une incroyable volonté et abnégation ; de quoi s’agissait-il ?

Le point de départ de la méthode consiste à donner à l’enfant, par des moyens ingénieux, la notion du signe, c’est-à-dire à lui faire saisir le rapport qui existe entre le signe et l’objet, à savoir entre l’objet palpé et le signe mimique qui le représente.

Abbé de l’Épée 1712 -1789, l’un des précurseurs de l’enseignement dispensé aux sourds

Marie n’avait apporté qu’un objet de chez elle, son doudou, (drôle d’objet pour un doudou) : un couteau. Pendant des mois Marguerite s’évertuera à lui faire faire le geste de déplacer un index perpendiculairement sur l’autre pour qu’il devienne le signe identifiant le couteau… de longs mois, en vain… à désespérer et puis, un jour, un rayon de lumière viendra éclairer la nuit et Marie répétera le geste. Elle avait compris ! l’essentiel avait été fait, il ne restera plus qu’à faire en sorte que la lumière ne quitte plus sa tête, que la soif d’apprendre vienne ouvrir les portes à l’enseignement de Marguerite : place avait été faite à l’apprentissage.

Louis Arnould, professeur à l’université de Poitiers publiera en 1900 Une âme en prison, maintes fois réédité et étendu aux cas de d’Anne-Marie Poyet en 1907 et Marthe Heurtin, sœur de Marie, en 1910, sous le titre Âmes en prison, l’École française des sourdes-muettes-aveugle. Le titre sera repris pour un film dans les années 1930. Larnay connaîtra une renommée internationale ; Marie Heurtin deviendra aussi célèbre que Laura Bridgman et Helen Keller aux États-Unis. En 2014, Jean-Pierre Améris réalisera Marie Heurtin avec Isabelle Carré et Ariana Rivoire.

En Chine les Occidentaux ont créé dès 1863 un bureau des Douanes Maritimes de l’Empire, dont le directeur est Robert Hart, un Anglais qui avait commencé par être directeur des douanes à Canton, et qui avait la confiance des Chinois. Il restera en poste jusqu’en avril 1908.

Fonctionnaire consulaire britannique en Chine dès 1854, Hart devient en 1859 inspecteur des douanes à Canton. Quatre ans plus tard, il est nommé à la direction du Bureau des douanes maritimes de l’Empire, organisées par les nations occidentales pour percevoir les droits dus à la cour impériale chinoise sur les importations étrangères.

Hart va faire de ce bureau un département qui, en 1895, comptera plus de sept cents Occidentaux, Britanniques en majorité, et trois mille cinq cents Chinois, le montant des redevances perçues passant de 8 millions de taels en 1859 à 27 millions en 1895, [ce qui ne signifie pas nécessairement une augmentation du volume des importations mais plus simplement une augmentation du pourcentage des importations passant par la douane]. Les employés de Hart ne se contentent pas de percevoir les droits de douane, ils établissent des cartes des côtes chinoises, aménagent les règlements portuaires et améliorent l’équipement des ports et des voies d’eau côtières et intérieures. En 1896, le département met sur pied le premier service postal moderne en Chine.

Si Hart ménagea les intérêts britanniques, il défendit néanmoins loyalement ceux de la cour impériale chinoise. Il se retira en Angleterre en 1908, lorsque la direction des douanes fut confiée à des fonctionnaires chinois.

Encyclopedia Universalis

La période correspond tout à fait à la chute très importante de la puissance chinoise : dans la décennie 1850/1860, la Chine représentait 30 % du PIB – Produit Intérieur Brut – mondial. En 1900, elle n’en représentera plus que 6 % !

7 02 1896  

Première radio aux rayons X sur le poignet d’un enfant touché par une balle : c’est le docteur américain Olivier Lodge, qui pratique.

24 02 1896

Henri Becquérel a déposé quelques jours plus tôt sur des plaques photographiques des sels d’uranium : mais le soleil ayant cédé sa place à la pluie, il a rangé ses plaques dans un tiroir et, en les ressortant, découvre qu’elles ont été impressionnées, et avec encore plus d’intensité que celles qu’il avait déjà exposées au soleil ! C’est donc que le minerai émet naturellement, sans cause extérieure, des rayons uraniques, nommée aujourd’hui radioactivité. D’où provient l’énergie nécessaire à leur émission ? Marie Curie en fera son sujet de thèse. Jusqu’alors, ce n’était qu’un minerai sans utilité : ainsi le formulait Le Nouveau Dictionnaire Universel de Paul Guérin.

1 03 1896 

Le général italien Baratieri a reçu l’ordre de marcher sur Addis Abeba : les 50 000 soldats éthiopiens de Menelik lui infligent une lourde défaite à Adoua, en Abyssinie : sur ses 17 500 hommes, 6 000 sont tués et 1 800 prisonniers. Le désastre eut un goût amer : Menelik avait financé l’équipement de son armée avec des crédits alloués par l’Italie ! L’Italie avait déjà tenté de conquérir en janvier 1887 l’Éthiopie pour agrandir la bande de terre aride qu’elle avait acquise le long de la Mer Rouge en 1869, transformée en colonie érythréenne en 1890 : les Italiens avaient alors été décimés dans la vallée de Dogali par les troupes du ras Alula. Ils revinrent à la charge par la voie diplomatique en 1889, en donnant à Ménélik un traité à ratifier dont les versions italienne et amharique diffèrent : dans le texte éthiopien, il est dit que Ménélik peut faire appel à l’Italie pour entretenir ses relations diplomatiques ; la version italienne rend, obligatoire cet intermédiaire. Ainsi, l’Éthiopie devenait protectorat italien. Quand Ménélik découvrit l’embrouille, il protesta, en vain. Ne restait dès lors plus que l’affrontement.

25 03 1896 

La loi confère aux enfants naturels reconnus la qualité d’héritiers dans la succession de leur père et mère.

1 04 1896 

Le Louvre se fait piéger – mais les poseurs du piège avaient déjà préparé leur défense : Monsieur le juge, voyons, c’était un 1° avril ! – en  achetant pour 200 000  francs-or la tiare de Saïtapharnès, un roi scythe dont la couronne avait prétendument été découverte en Crimée. L’acquisition fait grand bruit et l’historien d’art Salomon Reinach écrit, pour Le Figaro, une vie de Saïtapharnès. L’histoire fait le tour du monde et parvient jusqu’à Odessa, où vit Israël Rouchomovsky, orfèvre de son état. C’était lui, l’auteur de l’objet : il lui avait été commandé quelques années plus tôt par deux voyous qui l’avaient réglé rubis sur l’ongle : 7 000  francs. L’honnête artisan viendra à Paris revendiquer la paternité de la tiare, ce que les conservateurs du Louvre refuseront d’admettre … jusqu’à ce qu’il la refasse devant eux.

05 04 1896 

À l’initiative de Pierre Frédy, baron de Coubertin, premier Jeux Olympiques à Athènes. Neuf sports au total, pour 43 épreuves, réservées aux seuls hommes. On compte 70 000 spectateurs.

On répète le passé, – sans craindre de l’enjoliver – : pour la création de la course du marathon, il fallait bien une belle histoire que l’on fit remonter à la fameuse bataille ; un grec, agriculteur et porteur d’eau à Amaroussi, Loïs Spyridon, gagna la course, en 2 h 58′ 50″ [6]. C’est son ancien supérieur à l’armée qui vint le chercher ; lui-même, rencontrant des difficultés pour se faire accepter par ses futurs beaux-parents, trouva là l’occasion de se faire valoir, et, pour ce faire, n’hésita pas à recourir à ce qu’il faut bien appeler du dopage : un mélange d’alcool et d’hydromel… très efficace. Il fut fêté comme un héros antique et pût sans problème épouser sa belle. Le choix de la distance sera, lui, tout britannique, en 1908, pour les JO de Londres : 26 miles – soit 41.8429 km -: la distance exacte qui sépare la terrasse est du château de Windsor de la loge royale du stade olympique de Shepherd’s Bush. Ils deviendront 42.195 km en 1921, distance officialisée par l’IAAF – Association Internationale des Fédérations d’Athlétisme. L’Américain James Connoly prend l’or du triple saut, l’argent du saut en hauteur et le bronze du saut en longueur. Robert Garret, capitaine de l’équipe de Princeton, lanceur de poids, s’inscrit aussi pour le lancer de marteau auquel il s’est initié en arrivant à Athènes : il emporte l’or et fera de même pour le poids. Pour le 100 mètres, tous les coureurs sont debout sur la ligne, tous… sauf un, Thomas Burke, un américain qui met un genou et les deux mains à terre : c’est lui qui gagne, en 11″8, l’état sablonneux de la piste ne permettant pas d’approcher le record du monde, alors de 10″8. Le second arrive une seconde après lui. Il gagnera encore le 400 m. La France emporte cinq médailles d’or, quatre d’argent et deux de bronze, et arrive ainsi au quatrième rang des médaillés, derrière les États-Unis, la Grèce et l’Allemagne : l’or au 100 km vélo, une argent et une bronze pour Léon Flameng, vitesse individuelle vélo, contre-la-montre et 10 km pour Paul Masson, soit trois médailles d’or à lui seul.

En ces temps-là, on se souvenait encore du mens sana in corpore sano, culture et sport ne s’ignoraient pas ; l’helléniste Salomon Reinach avait eu l’idée d’organiser pour enrichir les JO , un voyage de découverte des principaux sites de la Grèce antique ; l’entreprise avait eu le soutien de la revue Le Tour du Monde et le concours des Messageries maritimes, qui, pour l’occasion, avaient refait une beauté au Sénégal et de nombreux athlètes français – Eugène-Henri Gravelotte, Henri Delaborde, Henri Calot [escrime], Léon Flameng et Paul Masson [cyclisme], Alphonse Grisel [athlétisme] s’étaient embarqués aux cotés des grands bourgeois médecins, avocats, enseignants, gros commerçants, dans une cohabitation heureuse.  Une fois commencés les Jeux, certains athlètes déserteront provisoirement les stades pour participer aux excursions culturelles. Un seul journaliste français avait fait le déplacement, Charles Maurras, pour dénoncer le cosmopolitisme de la manifestation, qu’il exècre. Il n’était pas à bord du Sénégal : Voyager en compagnie de Salomon Reinach, un juif, vous n’y pensez pas ? Sa passion nationaliste ne lui permettait pas de voir que ce n’était là que la fusée éclairante de la mondialisation à venir. Cosmopolitisme, si l’on veut, mais il est déjà un pays qui a refusé de faire le déplacement : la Turquie.

Jeux Olympiques 1896 à Athènes - LE CARTOPHILION

Image illustrative de l’article Alfréd Hajós

Le Hongrois Alfred Hajos, médaille d’or du 100 mètres nage libre, du 1 200 m nage libre, joueur de foot dans l’équipe nationale, champion de Hongrie en athlétisme : 100 mètres, 400 mètres, lancer du disque….

Spyrídon Loúis — Wikipédia

Spyrídon Loúis

Jeux Olympiques 1896 à Athènes - LE CARTOPHILION

Ces disciplines improbables qui furent olympiques - Le Point

Guglielmo Marconi, 22 ans, s’appuyant sur les travaux de Ducretet, Popov et Branly, brevette la TSF : Télégraphie Sans Fil, permettant de transmettre des messages en morse : les bateaux pouvaient enfin communiquer entre eux et avec la terre.

19 04 1896  

Création de ce qui va devenir une grande classique du vélo : la course Paris-Roubaix, l’enfer du nord, à l’initiative de deux patrons du textile, Théodore Vienne et Maurice Perez, soucieux de donner de la distraction aux milliers d’ouvriers et aussi d’acheter à bon compte la paix sociale.

30 05 1896   

Couronnement en la cathédrale de la Dormition à Moscou de Nicolas II et d’Alexandra Feodorovna.

par Laurets Tuxen

Des réjouissances populaires ont été prévu sur à Khodynka, un immense terrain vague aux abords de Moscou ceint par des cabanes de bois. En son centre, une multitude de fontaines déversaient des boissons légères. Le terrain était mal entretenu ; il y avait de nombreux puits mal sécurisés ; il y avait aussi un ravin tout proche à l’accès non sécurisé. Chacun des invités devait recevoir un saucisson, des noisettes, des raisins secs, des figues et un gobelet en métal émaillé, sur lequel étaient gravées les initiales de Nicolas II et de son épouse Alexandra Feodorovna. Les aires de jeux étaient distinctes des aires casse-croûte. À minuit, il y avait déjà 200 000 personnes, à 4 heures du matin : 400 000 ! Mais les invités ignorèrent le déroulement normal des festivités en se ruant sur les aires de casse croûte. Bousculades gigantesques : on relèvera 1 389 morts, 1 300 blessés. Khodynka était tellement grand que la plupart des invités n’eurent pas connaissance du drame et continuèrent donc à fêter le couronnement du tsar et de la tsarine. Informé, Nicolas II envoya des condoléances, fut tenté de mettre fin aux cérémonies en cours mais se rendit tout de même au bal donné par le comte de Montebello, ambassadeur de France. C’est le grand duc Serge – frère de Nicolas II –  qui avait été chargé de l’organisation de ces réjouissances : il était donc le premier responsable ; mais les pressions de la famille impériale seront telles que Nicolas II ne sanctionnera seulement que quelques lampistes.

6 06 1896 

George Harbo et Frank Samuelsen, américains, fraîchement immigrés norvégiens, et donc fils de vikings, quittent New York à la rame, cap plein est : ils arriveront 55 jours plus tard aux îles Sorlingues (ou encore îles Scilly, anciennement Cassitérides car riches en minerai d’étain, à l’ouest de la Cornouaille anglaise). Poursuivant vers l’est il remonteront la Seine jusqu’à Paris. Pour le retour, ils pensaient prendre du bon temps en se reposant à bord du steamer sur lequel ils avaient chargé leur barque, quand, à l’approche du Cap Cod, au large de Boston, le charbon vint à manquer : ordre du commandant : tout ce qui est en bois passe à la chaudière ; les deux hommes ne purent s’y résigner : ils firent mettre à l’eau leur barque et terminèrent le voyage… à la rame.

16 06 1896 

À Lyon, consécration de la basilique Notre Dame de Fourvière.

À 23 heures, le paquebot anglais Drummond Castle s’échoue sur le récif des Pierres Vertes, au sud-est d’Ouessant, à l’ouest de Molène : la mer est pourtant calme, mais le brouillard à couper au couteau. Le commandant a très probablement sous estimé le très méchant courant de Promveur, et croit avoir déjà doublé Ouessant quand en fait il fait route sur Molène ; il fait seulement parer les canots de sauvetage sans les mettre à l’eau, sans savoir que la coque est très largement éventrée : quatre minutes après l’échouage, le navire coule à pic, entraînant la mort de 243 hommes et femmes : il n’y aura que trois survivants.

Ouessant est la bête noire des marins ; au début du XXI° siècle, 50 000 navires passent au large chaque année. La vitesse des courants y est très puissante, notamment celle du Promveur, leurs rythmes sont décalés, la brume y est très fréquente. Jusqu’à cet accident, deux phares y étaient en service : celui du Stiff, au nord-ouest, depuis 1700 construit sur ordre de Vauban, le plus ancien véritable phare après celui de Cordouan, et celui du Créac’h, de 45.2 m. de haut, dont les feux portent à 32 miles, en service en 1863. Après cet accident, et aussi à cause de lui, trois autres phares seront construits : la Jument au sud, de 1904 à 1911, Kéréon au sud-est de 1906 à 1916 et Nividi à l’ouest, de 1912 à 1933. L’invention des ciments à prise rapide faciliteront les travaux, qui resteront malgré tout à hauts risques. On compte donc aujourd’hui cinq phares sur l’île d’Ouessant.

Tempête Ruzica au Phare de la Jument, Ouessant, Mer d ...

Tempête Ruzica du 8 février 2016 sur la Jument. Photo Matthieu Rivrin

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 [1] Il s’agit probablement de ce vent fou, là-bas nommé williwoo

[2] Avoir navigué sous le revolin d’une misaine : avoir servi comme matelot, à la voile.

[3] dessiné : tatoué

[4] le grand-mât : surnom générique donné au capitaine.

[5] Mais en quoi pouvaient-ils donc bien être radicaux ?

[6]  Le XXI°  siècle, avide de performances de tous ordres, mesurera celles d’une tranche de 70-74 ans, dans laquelle on trouvera un Canadien, Ed Whitlock qui court le même marathon en quatre minutes de moins que Spyridon !         


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