12 avril 1931 au 14 mars 1933. Exposition coloniale. Incendie du Reichstag, mais Hitler veut le pouvoir dans la légalité. . 16986
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Publié par (l.peltier) le 11 septembre 2008 En savoir plus

12 04 1931

En Espagne, les républicains remportent les élections municipales et le référendum sur la monarchie : Alphonse XIII s’exile, mais oublie d’abdiquer : naissance de la II° république. Niceto Alcala Zamora en est le premier président qui nomme Manuel Azãna premier ministre ; il faut compter aussi avec les deux éminences grises que sont les écrivains Ortega y Gasset et le docteur Grégorio Marañon.

Ainsi qu’il arrive souvent dans les fins de règne, on respirait pourtant un air léger, on vivait dans une sorte d’insouciance. Partout les Madrilènes chantaient et dansaient. Une gaieté pétillante. C’était le monde de la zarzuela, ce genre parodique, avec ses verbenas et ses bals populaires. Nourrices galiciennes en robes traditionnelles, serenos qui, dans la nuit, psalmodiaient les heures : Las dos ! Tode esta sereno ! en faisant résonner leur bâton sur les pavés, bidasses dépenaillées et bonnes d’enfants aux coiffes amidonnées, chulos et manuelas : la capitale était une ville bigarrée, humaine, sans industries, peuplée de fonctionnaires : les élégantes se pavanaient sur le Paseo del Prado, faisaient leurs courses sur la Grand Via, artère dont la modernité semblait fantastique aux habitants, buvaient un chocolat chaud sur la place Santa Ana, cependant que, dans les allées du Retiro, les señoritos exhibaient, en un carrousel de fatuité, leurs automobiles rutilantes.

[…] Jusqu’au fond des provinces, notamment en Catalogne et en Andalousie, les théories anarchistes se répandaient. Idées d’un radicalisme fait pour séduire une Espagne imprégnée de religiosité. Moins une pensée politique qu’une mystique : la promesse, au bout d’un renversement sauvage, d’une parousie, avec l’émergence d’une humanité fraternelle. Aucune propriété privée, mais des coopératives libres, un refus absolu de toute hiérarchie et de toute autorité, l’abolition de l’argent, une égalité stricte, folle espérance qui engendrait une violence démente. Attentats, attaques à main armée, assassinats, incendies. Et là où les prédications de Bakounine et de Kropotkine n’emportaient pas les foules, aux Asturies, dans la région de Madrid, un socialisme généreux, celui de Pablo Iglesias, gagnait chaque jour des partisans. Ainsi les idéologies étrangères bouleversaient-elles l’Espagne qui leur insufflait sa passion dure et fanatique.

Michel del Castillo. La vie mentie. Fayard 2007

14 04 1931

Dans l’amphithéâtre de l’École supérieure d’électricité de Malakoff, René Barthélemy réalise la première émission de télévision en France.

6 05 1931    

Le maréchal Lyautey inaugure l’exposition coloniale à Vincennes, dont il est le commissaire général : Coloniser, c’est gagner à la douceur humaine les cœurs farouches de la savane ou du désert. Elle va attirer 33,5 millions de visiteurs. Il y avait des opposants au colonialisme, qui avaient monté une contre exposition, pour en dénoncer les méfaits : elle reçut 5 000 visiteurs ! Lyautey  est surtout très fier du Poste Colonial, la première radio française ondes courtes à vocation internationale ; elle va devenir Paris Ondes Courtes, puis Paris Mondial, Voix de la France, Services des émissions vers l’étranger, Direction des relations extérieures, Direction des Affaires extérieures et de la coopération et, depuis 1975, Radio France Internationale.

1907 Exposition Coloniale Paris, Bois de Vincennes - 13 ...

File:Expo 1931 Information.jpg - Wikimedia Commons

Biographie de JEAN DUNAND (1877-1942) : de 1931 à 1934

L’entrée, par Jean DUNAND 1877-1942

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L'image du colonisé de l'Afrique Noire, dans la société ...

23 au 25 05 1931 

La Ligue des Droits de l’Homme tient son congrès à Vichy. Il est consacré à la colonisation. [L’importance de l’hôtellerie, due aux cures thermales, explique le choix de cette ville pour des manifestations importantes. Et c’est bien pour la même raison que, 9 ans plus tard, Pétain fera ce choix, quand il se trouvait d’abord à Bordeaux, puis à Clermont-Ferrand pour 2 jours]

Le pays qui a proclamé les droits de l’homme, qui a contribué brillamment à l’avancement des sciences, qui a fait l’enseignement laïque, le pays qui, devant les nations, est le grand champion de la liberté (…) a la mission de répandre partout où il le peut les idées qui ont fait sa propre grandeur (…). Il faut nous considérer comme investis du mandat d’instruire, d’élever, d’émanciper, d’enrichir et de secourir les peuples qui ont besoin de notre collaboration

Albert Bayet  radical

27 05 1931 

Auguste Piccard, physicien suisse [dont s’inspirera Hergé pour créer le personnage du Pr Tournesol] et Paul Kipfer s’élèvent dans leur ballon stratosphérique dans le ciel d’Augsbourg. Moins d’une demi-heure après leur décollage, ils sont à 15 500 mètres. Ils sont montés à 555 mètres par minute, 33 kilomètres par heure ; ils sont les premiers êtres vivants à accéder à la stratosphère. Les études scientifiques commencent. Il fait calme, l’air est limpide, le ciel est bleu foncé, tirant vers le violet. Ils lâchent encore un peu de lest pour flirter avec les 16 000 mètres (le record sera homologué à 15 781 mètres). Après un bon lot d’ennuis techniques, ils atterrissent à 21 heures, après 17 heures de vol, à 1 950 mètres d’altitude, sur le glacier de Gurgl, près de Sölden, au Tyrol, environ 46° 49′ 49″ N 10° 59’34 » E. La capsule  stratosphérique a été construite par un fabricant de tonneaux de bière en métal : les Ets Georges L’Hoir à Angleur, en Belgique, face à Liège.

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Piccard par Van Schaik.

6 06 1931   

Dans le Kwango, au Congo Belge, des familles de la tribu Pende ont été déplacées pour la récolte de l’huile de palme destiné aux Huileries du Congo belge, filiale d’Unilever. Localement, la crise de 1929 a eu pour conséquence de faire passer le prix de l’huile de palme payée au récolteur de 20 à 3 centimes. À l’opposé, les impôts continuaient à augmenter. Un mouvement à caractère religieux  – les Tupelele : les vagabonds – était né, de révolte généralisée contre les Blancs : on se mit à jeter à la rivière les papiers d’identité, les quittances des impôts, des billets de banque et des contrats de travail.

Ce jour-là, Maximilien Balot, jeune fonctionnaire belge se rendait dans la région accompagné de plusieurs collaborateurs africains, pour collecter l’impôt. Dans le village de Kilamba, il se retrouva sur la route de la grange où était attendu le retour des ancêtres : s’y trouvait le chef de la secte, Matemu a Kelenge, qui l’apostropha en lui disant de passer son chemin, car il n’y avait plus d’argent par ici et qu’il allait le tuer, lui, le Blanc. Lequel tira un coup de semonce en l’air, mais un autre coup blessa un villageois, et pour finir c’est Maximilien Balot qui sera tué, percé de trois lances. On lui coupera la tête et découpera son corps, partagé le lendemain entre les chefs de huit villages. La répression sera évidemment impitoyable : 3 officiers, 5 sous-officiers, 260 soldats et 700 porteurs occuperont pendant des mois la région : au moins 400 Pende seront tués : cela ne s’oublie pas.

C’est en cette même année 1931 que la Belgique institue une carte d’identité faisant mention de l’ethnie : ainsi, au Rwanda, seront déclarés Tutsis tous les propriétaires de plus de 10 têtes de bétail. On peut appeler cela mettre de l’huile sur le feu.

19 06 1931    

Le Canadien Lissant Beardmore traverse la Manche en planeur.

27 06 1931  

En pleine nuit dans le ciel de Tataouine dans le sud tunisien, une détonation et une lueur intense : c’est une météorite qui vient de se désintégrer en entrant dans l’atmosphère : des centaines de fragments se dispersent sur au moins un km². Recueillis le jour même, de nombreux cailloux sont envoyés au Museum d’Histoire naturelle. Soixante trois ans plus tard, en 1994, des chercheurs iront rechercher d’autres fragments au même endroit pour comparer leur analyse avec celle de 1931. Les résultats publiés en 1998 révéleront la présence de carbonates, avec de minuscules structures en forme de bâtonnets, ressemblant à des fossiles de bactéries, mais de taille de 5 à 10 fois plus petite que les plus petites bactéries alors connues sur Terre : mais ces structures, identiques à celle décrites dans la météorite ALH 84001, venue de Mars, n’existaient pas dans les prélèvements effectués le jour de la chute. Donc, s’ils n’ont pas été apportés sur Terre à partir de l’espace, c’est qu’ils sont d’origine terrestre. Deux ans plus tard, en 2000, les mêmes chercheurs parviennent à isoler sur un fragment de 1994, une minuscule bactérie vivante, rambilacter tataouinensis, au mode de vie étonnant, développant une grande adaptabilité  aux conditions de température et de sécheresse du désert. On cherchait des traces de vie sur Mars, et on découvre une bactérie terrestre inconnue !

07 1931   

Louis Aragon publie Front rouge, dans la revue moscovite Littérature de la Révolution mondiale, puis, le 25 octobre de la même année dans le recueil Persécuté persécuteur, ce qui lui vaudra fâcherie puis rupture avec André Breton, gros froncement de sourcils du Parti Communiste et condamnation pour excitation de militaires et provocation au meurtre dans un but de propagande anarchiste, chefs d’inculpation qui seront finalement abandonnés.

Pliez les réverbères comme des fétus de pailles
Faites valser les kiosques les bancs les fontaines Wallace
Descendez les flics
Camarades
descendez les flics
Plus loin plus loin vers l’ouest où dorment
les enfants riches et les putains de première classe
Dépasse la Madeleine Prolétariat
Que ta fureur balaye l’Élysée
Tu as bien droit au Bois de Boulogne en semaine
Un jour tu feras sauter l’Arc de triomphe
Prolétariat connais ta force
connais ta force et déchaîne-la
II prépare son jour il attend son heure sa minute la seconde
où le coup porté sera mortel et la balle à ce point sûre
que tous les médecins social-fascistes
Penchés sur le corps de la victime
Auront beau promener leur doigts chercheurs sous la chemise de dentelle
ausculter avec les appareils de précision son cœur déjà pourrissant
ils ne trouveront pas le remède habituel
et tomberont aux mains des émeutiers qui les colleront au mur
Feu sur Léon Blum
Feu sur Boncour Frossard Déat
Feu sur les ours savants de la social-démocratie
Feu feu j’entends passer
la mort qui se jette sur Garchery Feu vous dis-je
Sous la conduite du parti communiste
SFIC
Vous attendez le feu sous la gâchette
Que ce ne soit plus moi qui vous crie
Feu
Mais Lénine
Le Lénine du juste moment

*****

La pensée est aussi dangereuse que les actes. Nous sommes des gens dangereux. C’est un honneur que d’être condamné sous un tel régime

André Gide

1 08 1931 

Les Allemands Franz et Toni Schmidt vont en vélo de Munich à Zermatt  pour effectuer la première ascension de la face nord du Cervin.

31 08 1931 

Par 81° 59’N, le sous marin américain Nautilus, parti du Spitzberg, cherche à faire surface en brisant la banquise : il n’y parvient pas : il est vrai que le commandant Wilkins, s’était aperçu, mais trop tard, que son navire avait été saboté : les barres de plongée avaient tout simplement disparu ! Construit en 1918 pour la marine américaine, l’USS 0-12, loué par la firme Lake and Danenhower, fût transformé moyennant 250 000 $, pour plonger à 60 mètres et devenir un magnifique joujou d’exploration ; il sera baptisé Nautilus en présence du petit fils de Jules Verne.

1 09 1931

Attentat à la bombe sur le chemin de fer sud-mandchourien près de Moukden, que les Japonais font passer pour une attaques des troupes chinoises.

7 09 1931

À Londres, deuxième conférence de la Table Ronde, chargée d’élaborer une Constitution pour l’Inde coloniale. Gandhi, ce fakir à moitié nu pour Winston Churchill, est là, représentant du Congrès, le grand parti nationaliste indien. Il est sans doute l’homme le plus célèbre au monde, élu homme de l’année pour le Time en janvier. Il va en repartir sans avoir obtenu quoi que ce soit de significatif, mais l’accueil qui lui a été réservé est tel qu’il se décide à prolonger son séjour en faisant un petit tour d’Europe, avec l’idée de convertir l’ensemble du continent à la cause du satyagraha, sa méthode de lutte collective contre l’impérialisme, sans recours aux armes. Romain Rolland l’a fait connaître en Europe dès 1924 : l’homme qui a soulevé 300 millions d’hommes, ébranlé le British Empire, et inauguré dans la politique humaine le plus puissant  mouvement depuis près de deux mille ans. Pour avoir fait ses études à Londres, puis s’être frotté depuis de nombreuses années à l’administration anglaise, Gandhi croyait sans doute bien connaître l’Europe et il se contentera de ces connaissances, ce qui l’amènera à quelques confusions qui feront mauvais effet, ne voulant voir entre les régimes fascistes, nazi et les démocraties occidentales qu’une différence de degré et non de nature. Il se fera prendre en photo entourant de ses bras protecteurs des gamins d’une organisation italienne fasciste, provoquant évidemment de nombreux grincements de dents.

13 09 1931       

Des terroristes font sauter le viaduc de Biatorbagy, en Hongrie : l’Orient Express déraille, la locomotive et un wagon-lit sont précipités dans le vide : on comptera 20 morts et 100 blessés au secours desquels se portera Joséphine Baker, qui était du voyage. Le coupable sera pendu.

18 09 1931  

L’armée japonaise occupe Moukden – aujourd’hui Chen-Yang – et, après quelques semaines de combat, la Mandchourie du sud : c’était en quelque sorte un coup de force de militaires en révolte contre leur propre gouvernement… qui n’avait rien ordonné et fut bien obligé d’avaliser l’affaire, d’autant qu’elle était vite devenue très populaire : en 1880, le Japon avait 37 millions d’habitants, 64 en 1930 et 74 en 1944 : ces chiffres expliquent une bonne part de la volonté d’expansion de nombre de Japonais sur le continent asiatique. Dès lors, la militarisation du pouvoir politique japonais ne cessera de progresser : démission de la SDN en 1933, adhésion au pacte anti-komintern en 1936, guerre contre la Chine en 1937, persécution des intellectuels, développement de la police secrète et de la gendarmerie.

Juste après la Première guerre mondiale, prétendant vouloir limiter les armements, les Américains avaient réussi à faire signer au pays, en 1922, comme aux puissances européennes, le traité de Washington, qui bride les capacités navales de l’Empire nippon. Il blesse la fierté nationale de nombre de Japonais et donne raison à ceux qui soutiennent que la volonté de l’Occident est de maintenir l’empire en situation d’infériorité. En 1923, un tremblement de terre terrible détruit presqu’entièrement Tokyo, et créé un climat d’angoisse qui favorise le repli identitaire et le désir d’ordre. En 1926, le nouvel empereur, monté sur le trône sous le nom d’Hirohito, va dans ce sens. Le militarisme croit, servi par le discrédit de la classe politique parlementaire, engluée dans de nombreux scandales de corruption. Comme dans tant d’autres nations, la crise de 1929 et le désastre économique qui s’ensuit, accélèrent le processus. À cause des barrières protectionnistes qui se sont montées partout dans le monde, les Japonais ne peuvent plus écouler leur production. Ici aussi, la seule solution pour s’en sortir semble l’expansionnisme, que la démographie a rendu d’autant plus nécessaire : l’archipel est désormais surpeuplé. Les factions ultranationalistes poussent à l’aventure.

 François Reynaert. La Grande Histoire du Monde. Fayard 2016

Le Chinois Chang Kai-shek installera sa capitale à Nankin et, conscient de son infériorité militaire face au Japon, prendra acte de l’occupation de la Mandchourie en se contentant d’en appeler à la SDN. Il s’affiche de plus en plus comme allié de l’Amérique.

Angelika Raubal, Geli pour ses proches, née en 1908, est la nièce d’Hitler, – sa mère, fille du second mariage du père d’Hitler, est la demi-sœur d’Hitler -, est retrouvée morte dans l’appartement d’Hitler à Munich, une balle au cœur et des traces de coups : suicide, assassinat ? on n’aura jamais de preuve de l’un ou l’autre. Elle était probablement enceinte et s’apprêtait à partir pour Vienne, ce qui aurait beaucoup contrarié Hitler. Ils se seraient violemment disputés la veille. Hitler est déjà à la tête du premier parti d’Allemagne. L’Italien Fabiano Massini en fera un roman en 2021 : L’Ange de Munich, chez Albin Michel.

14 10 1931    

L’Église espagnole est mise sous surveillance par la nouvelle république.

21 10 1931  

Broadway offre une parade à Pierre Laval, président du Conseil désigné Homme de l’année par Time, avec pose d’une plaque à la clef. Il venait d’effectuer une tournée triomphale au cours de laquelle il avait exprimé l’opposition de la France au moratoire Hoover sur les dettes de guerre.

26 10 1931 

Broadway offre une parade au Général Pershing et au Maréchal Pétain [1] , avec pose d’une plaque à la clef.

7 11 1931

Au congrès général des Soviets à Ruijin, capitale du soviet du Jiangxi, Mao Zedong et 290 délégués élaborent une constitution de la République soviétique chinoise, qui entérine sa stratégie :

  • soutien des masses paysannes grâce à une révolution agraire reposant sur des principes égalitaires en vertu desquels toutes les classes rurales recevraient une part des terres.
  • une base territoriale relativement à l’abri du Guomintang, disposant de son propre appareil de parti et de gouvernement
  • une force militaire indépendante pour mener la guérilla.
  • aptitude à vivre en autarcie.

12 11 1931  

Plusieurs morts à Liège, par pollution de la Meuse.

5 12 1931

À Moscou, destruction de la cathédrale Saint Sauveur, construite de 1817 à 1863. Elle sera reconstruite en 1995-96.

Gandhi arrive à Paris, juste après la fermeture de l’exposition coloniale ; il va être la tête d’affiche d’un meeting au Magic City, salle comble, traduction simultanée : Et il m’apparait donc que la lutte de l’Inde pour la liberté est essentiellement un événement d’une portée mondiale qui vous intéresse directement, vous hommes et femmes de Paris. […] Si donc ce mouvement entrepris par les masses indiennes réussit, il sera du coup pour le monde le miracle et la démonstration oculaire. Et nous serons tout attirés par la vérité de la non-violence. Tous nous serons disciple de ce grand facteur du progrès humain. Si vous êtes convaincu que voici sans nul doute un mouvement unique dans l’histoire du monde, je vous invite à en faire une sérieuse étude, et selon vos moyens à exercer votre influence pour créer une opinion mondiale en faveur de ce mouvement si total et si irrésistible.

Frénétiques acclamations.

Gandhi va retrouver alors Romain Rolland à Villeneuve, en Suisse ; les deux hommes ont déjà beaucoup échangé par courrier, mais c’est la première fois qu’ils se rencontrent et c’est tout le contraire d’un coup de foudre : dois-je l’avouer, j’ai ce jour-là le sentiment que la voie de Gandhi est si nettement tracée, et – en beaucoup de choses – si distincte de la mienne que nous n’avons guère à discuter ensemble.

11 12 1931    

En Angleterre, la Loi de 1931 visant à donner effet à des résolutions adoptées lors des conférences impériales de 1926 et 1930, nommé  Statut de Westminster de 1931 reconnait la souveraineté de tous les pays membres de l’Empire britannique, c’est-à-dire les dominions : l’Australie, ratifié le 9 octobre 1942, rétroactivement au 3 septembre 1939, le Canada, ratifié le 11 décembre 1931, l’Irlande, la Nouvelle Zélande, ratifié le 25 novembre 1947), Terre Neuve, jamais ratifié, son statut de dominion fut révoqué à sa demande le 30 janvier 1934, et l’Afrique du Sud, ratifié le 22 août 1934.

12 12 1931  

Dans une interview à la presse américaine, Hitler affirme son attachement à la démocratie.

23 12 1931 

Effondrement de la salle Sixtine, au Vatican : la bibliothèque est détruite.

12 1931  

Premier volume de la collection La Pléiade des éditions Gallimard : Œuvres de Charles Baudelaire.

31 12 1931

Il y a 147 000 chômeurs à plein temps en France, fin janvier (mais il y en aura 278 683 un mois plus tard), 6 millions en Allemagne, et près de 3 millions en Grande Bretagne.

1931

L’Américain Wallace H. Carothers met au point le néoprène, premier caoutchouc synthétique. Un autre américain, Harold Urey, découvre l’eau lourde, isotope de l’hydrogène, un oxyde de deutérium : D2O. Chimiquement, elle est identique à l’eau normale H2O, mais les atomes d’hydrogène dont elle est composée en sont des isotopes lourds, du deutérium, dont le noyau contient un neutron en plus du proton présent dans chaque atome d’hydrogène. Deux ans plus tard, on parviendra à isoler le premier échantillon en recourant à l’électrolyse, ce qui demande une grande puissance électrique. M. Mantelet, créateur de Moulinex, lance son premier produit : la moulinette presse purée, toujours en service 70 ans plus tard. Autorisation de radios privées : Radio Paris, Radio Tour Eiffel, Poste Parisien. Villa Savoye de Le Corbusier à Poissy.

Villa Savoye | Corbusier architecture, Le corbusier architecture, Le corbusier

En Mandchourie, le professeur japonais Hichi teste des armes bactériologiques sur les prisonniers chinois.

Dans les sables sahariens, la présence armée de la France a mis fin aux attaques de caravanes perpétrées par les Toubous – Ikaradan – et les Arabes Ouled Sliman. Et les caravanes ont retrouvé une importance disparue depuis des lustres : Rien ne peut se comparer à l’arrivée de la grande caravane de novembre, à Fachi ou à Bilma, telle qu’elle se déroulait autrefois, et telle que nous l’avons vue en 1931. Nous savions depuis la veille que la caravane était proche, et voilà que, dans l’après midi, des cris et des you you s’élèvent. […] La caravane est annoncée. Nous montons sur les terrasses. L’horizon paraît aussi net que d’habitude. Mais, du village, des chameaux partent au grand trot, et une foule de femmes endimanchées [sic] se précipite dans les ruelles, se rassemble à la sortie du ksar et se dirige vers le Ténéré. […] Tandis que celle-ci s’étouffe déjà dans le lointain, l’un de nous lève le bras et, l’instant d’après, une ligne noire apparaît d’un seul coup, et barre l’horizon d’un bout  à l’autre. Elle reste d’abord immobile puis s’étale et descend à allure très lente mais régulière et perceptible. Nous resterons là une heure à voir cette tâche manger peu à peu la plaque claire des dunes. Enfin on distingue les premières files et le croisement rythmé des longues pattes des chameaux. Quand, précédés des tambours et danseuses déchaînées, le tourawa et son escorte étincelante barraqueront devant le poste, de l’horizon continueront de surgir sans cesse de nouvelles files, et c’est derrière la même tâche sombre que le soleil  disparaîtra. Dans la nuit, ce flot ne s’interrompra pas, et des retardataires arriveront encore le lendemain.

Jean Chapelle. Nomades noirs du Sahara. Paris, Plon 1957.

On voit cités des chiffres annuels étonnants du nombre de chameaux constituant ces caravanes : 25 000 en 1946, 28 500 en 1948, pour celle de Bilma, 31 250 en 1950, 40 000 en 1958 pour celle de Taoudenni.

Le chemin sera dur pour les bêtes comme pour les hommes : elles souffriront vite du manque de nourriture, et une muselière sera nécessaire pour empêcher l’animal, tenaillé par la faim, de brouter en marche les nattes et les cordes du compagnon qui le précède dans la file indienne et au derrière duquel il se trouve amarré. Ici, on navigue en effet de conserve, en lignes parallèles, par filières de dix, quinze animaux, non pas comme en pays rocheux où le sentier exige semblable dispositif, mais parce qu’il n’y a rien à brouter sur le sol et qu’il faut aller sinon vite du moins longtemps chaque jour, dans un terrible vide où nul ne saurait sans danger s’attarder.

Théodore Monod, Joël Jaffre, Jean-Marc Durou. La caravane du sel. Paris, Denoël 1978

Ce puits aurait été creusé par un Noir, un nommé Brahim, dit la légende, Ouolof de la famille des Fall. La chose est vraisemblable, pour qui sait que les Noirs ont occupé toute la Mauritanie, voire le Sahara, aux temps anciens où le réseau hydrographique coulait encore en surface et où un climat plus humide permettait l’élevage et la culture à des sédentaires.

Dès que les chameaux ont bu et que les outres sont pleines d’eau salée, Maxence oblique vers le sud-est et escalades les pentes de l’Akchar. La paysage de l’Agneïtir gris à l’Akchar rouge est brusque et saisissant : du haut des dunes ocreuses, Maxence, en se retournant sur sa selle, aperçoit à ses pieds la dépression blanche où s’ouvre le puits de Tin Brahim, à perte de vue l’Agneïtir violet d’euphorbes, piqué d’arbres vert clair, l’Akchar enfin qui déroule ses ondulations orangées, couvertes d’une maigre végétation grillée. À midi, arrêt sous un teïchett, épineux à écorce verte et longs aiguillons acérés. Il fait une chaleur pénible.

Théodore Monod. Maxence au désert

La vie du Touareg, plus encore que celle des autres Sahariens, est intimement liée à celle du chameau ; car ce noble animal est non seulement sa monture de guerre, la locomotive de ses trains de caravane, l’express qui fait disparaître l’espace, ce grand ennemi de l’habitant du désert, mais encore, il est le pourvoyeur de ses principaux besoins.

Son lait est presque l’unique aliment de la famille dans la saison des pâturages ; sa viande est le nec plus ultra de l’hospitalité offerte à l’hôte de distinction ; son cuir, l’un des meilleurs qui existe, donne le tissu de la tente, la matière première des selles, des bâts, des chaussures et de la plupart des ustensiles de  ménage ; son poil fournit la matière textile des cordes d’arrimage des convois ; sa fiente, récoltée, sert, ici, d’engrais fécondant pour les palmiers ; là, dans les grands espaces sans aucune végétation, de combustible avec lequel on fait cuire les aliments ; enfin, sa trace, interrogée dans toutes les marches, fournit au voyageur des indications précieuses dont il est toujours tenu compte, soit qu’elle annonce le voisinage pacifique d’un troupeau au pacage, soit qu’elle signale le passage d’individus, isolés ou en caravanes, chargés ou non, amis ou ennemis ; car la largeur du pied, la longueur des ongles, la nature des déjections, révèlent à l’homme expérimenté tout ce qu’il a besoin de savoir sur les dispositions de ceux qui suivent la même route ou la traversent.

La nécessité de pourvoir à la nourriture d’un animal si utile, on le comprendra sans peine, a obligé les Touareg à adopter la vie nomade pour aller, suivant les saisons, suivant les pluies, chercher, ici l’eau, là les pacages que le chameau réclame.

Henri Duveyrier 1840-1892. Chameau

Lorsque les pluies ont donné des ressources fourragères suffisantes et que les troupeaux n’excèdent pas les charges requises pour un bon équilibre des parcours, le nomade participe […] à l’entretien du milieu. Par leurs sabots, les animaux réalisent un sarclage qui favorise l’éclosion des graines ; par son pelage, le bétail permet la dissémination des graines sur son parcours ; les fruits de nombreux arbres [Acacias, Balanites aegyptiaca, Boscia senegalensis, etc] germent après le transit intestinal. Les troupeaux possèdent donc un rôle souvent oublié d’entretien du milieu.

Edmond et Caroline Bernus.  Le Livre des Déserts. Bouquins Robert Laffont 2005

Arnold Lunn organise les premiers championnats du monde de ski à Mürren ; il fait reconnaître par la Fédération Internationale de Ski les disciplines alpines, qui seront introduites aux JO de Garmisch Partenkirchen en 1936.

Haddon Sundblom, dessinateur chez Coca Cola, habille de pantalon et tunique rouge le Père Noël, pour doper les ventes en hiver : le personnage va s’imposer ainsi vêtu au monde chrétien pour les décennies futures. Et quand aux États-Unis on habille de rouge le père Noël, c’est de vert qu’on le fait pour un éléphant en France : le soir, Cécile de Brunhoff raconte des histoires à Laurent et Mathieu, ses deux enfants : et ce soir-là c’est l’histoire d’un éléphanteau né dans la grande forêt et dont la mère vient de mourir, tuée par des chasseurs : l’histoire plaît beaucoup aux garçons, qui la rapportent le lendemain à leur père, peintre, lequel donna chair au personnage : Babar était né. Deux ans plus tard, il était publié à Londres et New York. Plus de trente albums au total…dix millions d’exemplaires !

24 01 1932  

Les Jésuites sont expulsés d’Espagne.

26 01 1932

L’HMS M2, un sous-marin anglais porte-avions – mais oui mais oui – disparait au cours d’une plongée d’essai, dans la Manche, au large de Portland. On le retrouvera par 30 mètres de fond. Mis en chantier en 1916, il était le second de la série M, dotée d’un énorme canon de 300 mm ! Mais à la fin de la guerre ce type de canon puissant avait été interdit ; les autres de la série M avait été reconvertis, mais pour le M2 l’Amirauté s’était dite : là où on est parvenu à mettre un gros canon, on doit pouvoir mettre un hydravion ! Rule britannia, rule the waves ! 

7 02 1932

À l’occasion de grandes manœuvres, une task force américaine menée par l’amiral Yarnell simule une attaque de Pearl Harbour avec 150 bombardiers d’altitude, chasseurs et avions torpilleurs. L’opération est une réussite totale. Les espions japonais dans l’île d’Oahu en envoient un compte rendu détaillé à Tokyo… où il sera lu avec beaucoup d’intérêt par le vice-amiral Yamamoto, qui attaquera la flotte américaine le 8 décembre 1941. Quelques mois plus tard, Shiro Ishii, médecin militaire japonais, met en place à Harbin, dans le nord de la Mandchourie un laboratoire, le premier de ce qui va devenir un très important complexe de fabrication d’armes chimiques, travaillant sur la peste, l’anthrax, la fièvre jaune (le vomito negro), le choléra, etc… La couverture officielle sera la fourniture d’eau potable et la prévention des épidémies au sein de l’armée de Kwantung (la Mandchourie).

James Chadwick annonce sa découverte du neutron dans Nature.

02 1932    

Leni Riefenstahl a 30 ans : c’est la belle actrice fétiche des films de montagne, genre très en vogue alors en Allemagne ; une tournée de présentation de son premier film La lumière bleue l’amène à assister à un meeting national-socialiste au Sportpalast de Berlin, par simple curiosité, affirme-t-elle : A l’instant où Hitler prit la parole, je me trouvais submergée de façon ahurissante par une vision quasi apocalyptique qui ne me quitterait plus : j’eus l’impression très physique que la terre s’entrouvrait devant moi comme une orange soudain fendue par son milieu et dont jaillirait un jet d’eau immense, si puissant et si violent qu’il atteindrait le sommet du ciel, et que la terre en serait secouée dans ses fondements. Je me sentais paralysée. (…) Son discours exerçait sur moi une véritable fascination. (…) Aucun doute, j’étais contaminée.

Leni Riefenstahl. Mémoires. Paris Grasset 1997

Leni Riefenstahl : qui était, réellement, la cinéaste d'... - Télé Star

La tête

et les jambes

9 03 1932

Le Japon instaure en Mandchourie un État fantoche, tout à leurs ordres : le Mandchoukouo, à la tête duquel ils placent Puyi, le dernier empereur de la dynastie des Qing, qui sera couronné empereur deux ans plus tard. Il durera tout de même jusqu’en 1945, mais la plupart des États ne le reconnaîtront pas.

11 03 1932              

Allocations familiales pour tous les salariés.

12 03 1932

À la veille de l’élection présidentielle, Hitler se rend à Dortmund, ancienne ville hanséatique, aujourd’hui très industrielle, où des usines géantes se hérissent de hauts fourneaux.
Hitler devait parler à la Westfalenhalle, immense vaisseau de ciment, situé aux lisières de Dortmund, et qui peut contenir une vingtaine de milliers d’auditeurs.
Je m’y suis rendu vers quatre heures de l’après-midi pour m’assurer d’une place convenable auprès des organisateurs.
Les hitlériens occupaient déjà les points stratégiques. Je dus passer, difficilement, plusieurs barrages ; je fus conduit de groupe en groupe par des gradés des troupes d’assaut ; enfin, je réussis à voir l’un des lieutenants directs de Hitler. Il examina les papiers qui m’accréditaient et, alors, je dois dire que, malgré ma qualité de journaliste français, il se montra la courtoisie et l’amabilité mêmes et me promit une place à la table de la presse pour la réunion.
Cette promesse fut tenue scrupuleusement. Je n’eus aucune peine, la nuit venue, à couper les barrages dont les chefs étaient avertis et à me trouver au premier rang du parterre, tandis que, derrière moi, et tout autour, étagée sur les gradins de l’amphithéâtre géant, se pressait une foule compacte, immense.
[…] Nous apprenons qu’Adolf Hitler vient d’arriver à Dortmund. On eût dit qu’il parlait d’un grand prêtre ou d’un prophète.
Adolf Hitler parlera à neuf heures, ajouta le messager du Führer. Et, pour le remercier, la salle répondit par une vaste clameur.
Ainsi les foules n’étaient admises à contempler le visage de Hitler qu’au moment où il s’adressait à elles. Le devin ne descendait de ses nuées, chargées de foudres et de mystiques promesses, que pour délivrer son message.
À ce moment, les trompettes, les fifres, les tambours retentirent. Sur la piste circulaire ménagée entre les gradins et le parterre, le défilé des troupes de choc et des partisans hitlériens de la région commença.
Cent bannières portant la croix gammée se suivirent comme une théorie frémissante. Puis vinrent les aviateurs de Hitler, portant le casque de cuir noir, puis les croix de fer.
Enfin, ses jeunes adhérents.
Là, ce fut une vision de cauchemar. Était-ce le résultat des fumées d’usines ? le chômage ? l’épuisement physiologique d’un peuple mal nourri depuis des années et des années ? Je n’en sais rien, mais comment oublier cet affreux spectacle ?
Section par section, défilaient des rachitiques, des corps déformés, des visages d’anormaux… Toute cette adolescence était flétrie, vieillie, rongée par une atroce débilité physique et morale. Il semblait qu’elle sortît d’un hôpital, d’un hospice, d’un asile. Et le salut hitlérien qu’exécutaient leurs bras raides et chétifs, le mouvement des têtes ou trop lourdes ou trop petites, tournées vers la tribune, ajoutait à cette misère quelque chose de mécanique, d’hypnotisé, de maladif, qui serrait le cœur de pitié et d’angoisse.
Mais des gradins, des rangs éloignés du parterre, on ne pouvait distinguer cela et les ovations accompagnèrent le déroulement de ces cohortes spectrales.
Quand le défilé fut terminé, l’un des grands chefs du parti prit la parole. C’était le capitaine Göring, ancien aviateur de guerre, au corps puissant, orateur plein de feu. Mais il n’était que l’annonciateur de Hitler.
Mon voisin, journaliste nazi d’Essen, homme doux et charmant, me répétait sans cesse, avec extase :
Vous allez voir… vous allez voir tout à l’heure… C’est un être extraordinaire. Nul homme n’est aimé et n’a jamais été aimé comme Hitler ! …

Et le silence se fit… et de longues minutes coulèrent… et une rumeur vint du dehors… et une fanfare, plus vive, plus triomphale que n’avaient été les autres, éclata. Toute la salle fut debout. Les bras se levèrent dans le salut importé d’Italie.
Encadré par ses gardes du corps, si nombreux et si massifs qu’ils cachaient complètement leur maître, Hitler passa le long de la piste, au milieu d’un incroyable délire. Aussitôt la table derrière laquelle se trouvaient ses assistants se couvrit de fleurs. Et celui qu’on atten­dait avec passion parut à la tribune.
Eh bien ! Eh bien ! Que pensez-vous de lui ? me demanda mon voisin dans un chuchotement mystique.
Je ne répondis rien. Que pouvais-je répondre ?
Jamais stupeur ni déception ne furent aussi grandes que les miennes en cet instant Devant moi se tenait un homme vêtu d’un médiocre costume noir, sans élégance, ni puissance, ni charme, un homme quelconque, triste et assez vulgaire. Une raie soigneuse sur le côté partageait ses cheveux plats et ternes. Il avait le front plat, le nez court et relevé en l’air par une pointe aiguë, les joues étaient roses. Au-dessus d’une toute petite bouche une moustache réduite à une tache noire semblait l’effet d’un comique laborieux.
Cet homme, c’était Adolf Hitler.
Aux premières phrases, mon incrédulité fut plus profonde encore. La voix était banale, un peu rauque, commune ; la diction indistincte, sans prolongement, sans ces résonances mystérieuses qui séduisent, subjuguent, emportent.
Soudain, je commençai à entrevoir la vérité. Hitler avait abordé jusque-là les questions générales, les lieux communs des orateurs de son parti. Brusquement, il cria :
Je suis fier que, grâce à moi, les sociaux-démocrates soient aux pieds de Hindenburg. Oui, grâce à moi ! Par peur de moi !
Il se frappa la poitrine. Aussitôt, il y eut comme un déclic dans toute sa personne. Le visage s’anima, le petit nez se dressa plus orgueilleusement, et la petite bouche fut crispée de passion. Adolf Hitler commençait à avoir du talent : il parlait de lui.
Je ne veux ni plaisanter ni déformer. En toute sincérité et en toute indépendance de jugement, je n’ai discerné, dans le pouvoir de Hitler, que ce levier, ce magnétisme : l’homme est ivre de lui-même, et son ivresse, par sa superbe, par sa suffisance, son emphase, il l’a communiquée peu à peu à des gens que la misère et l’humiliation, l’incertitude où ils sont de leur pays, de leur destin et d’eux-mêmes, poussent vers celui que son propre personnage contente au-delà de toute mesure.
Je suis le chef, clamait-il dans une véritable transe. Hindenburg est le passé. Moi, je suis la jeunesse, l’avenir !
Les affirmations orgueilleuses, déréglées, délirantes, pleuvaient comme grêle.
Je suis le seul capable de sauver l’Allemagne… J’ai fait une tournée du Sud au Nord, de l’Ouest à l’Est ! Et en Poméranie, en Silésie, à Hambourg, dans la Saxe, la Thuringe et la Rhénanie, j’ai forgé une nouvelle Allemagne.
L’inspiration s’emparait de lui. C’étaient cris sur cris, crise sur crise, chaque fois que le mot je s’échappait de ses lèvres.
Et, accouplé à ce mot, revenait sans cesse le mot Deutsch! Deutsch ! qui retentissait dans la foule, la soulevait, la saoulait.
Alors Hitler, porté par les ondes de l’orgueil qu’il émettait et que lui renvoyait une salle immense et surpeuplée, assuré de son magnétisme, se lança dans un délire de mégalomane.
Seulement, ce délire, il le conduisait avec l’allure du maître, du dominateur dont l’Allemagne éperdue avait besoin. Cette allure allait déplorablement à son physique ; mais comment pouvaient-ils s’en apercevoir les milliers d’hommes qui lisaient, entendaient chaque jour sa louange et qui l’avaient attendu comme un sauveur ?
Martelant sa poitrine, déchaîné par sa vanité, son admiration pour lui-même, Hitler criait :
La France et la Pologne ne veulent pas de moi. Mais auraient-elles voulu de Bismarck s’il était vivant ? Elles se demandent ce que je ferai. Je le leur montrerai quand je serai président ! Bismarck et Hitler, Hitler et Bismarck.
Pendant dix minutes, on n’entendit que ces deux noms jumelés. Puis :
J’aurais honte devant l’Histoire si j’avais pris part aux treize années passées, continuait Hitler… Je débarrasserai l’Allemagne du pacifisme et de la démocratie !
Ses imprécations allaient croissant. Il répétait vingt fois les mêmes menaces, les mêmes promesses, mais avec une telle certitude, une telle jactance que ses partisans et la foule les croyaient déjà accomplies.
Lorsqu’il en vint à sa biographie, son éloquence se trouva portée au paroxysme.
Jusqu’à vingt-cinq ans, s’écria-t-il, j’ai appris, j’ai gagné ma vie. Puis, j’ai été un soldat vaillant. Après la guerre, j’ai entraîné des millions et des millions d’hommes à ma suite. Je suis fier de moi ! Je suis fier de moi !
Ce contentement insensé de son propre personnage le stimulait, le grisait, le soulevait, l’étouffait. Il clama des mots indistincts :
Je… moi… je… treize années… moi… je… 13 mars!
Et la superstition du chiffre, l’hystérie de l’orateur, se répercutaient dans la salle, lui arrachaient des clameurs de joie.
Adolf Hitler se croyait un si grand homme qu’il en avait persuadé ses auditeurs.
Dans l’Allemagne enfiévrée où j’avais déjà vu tant de signes de dérèglement, celui-là était le plus profond, car il voisinait avec la démence.

Joseph Kessel. Les forgerons du malheur

17 03 1932 

À Montmartre, au cinéma du Moulin Rouge, c’est la première projection officielle du film Les Croix de bois, très fidèle représentation cinématographique du récit éponyme de Roland Dorgelès. Paul Doumer, le président de la République est là ; il a tenu à ce que Roland Dorgelès et Raymond Bernard, le réalisateur, fils de Tristan, soient dans sa loge. À la fin du film, Roland Dorgelès donne un discret coup de coude à Raymond Bernard en montrant Paul Doumer : T’as vu ? Il pleure ! 

23 04 1932  

Construit en 1897, le Parc des Princes est rénové et peut accueillir 60 000 spectateurs ; cela entraîne le déclin du stade de Colombes.

Printemps et été 1932    

Les vétérans américains de la première guerre mondiale en ont assez de constater la carence du gouvernement fédéral quant au versement de leur pension – bonus – : venus de tous les horizons, ils se rassemblent – c’est la Bonus Army – en face du Capitole, à Washington, sur l’autre rive du Potomac, dans les marais de l’Anacostia. Hoover décidera finalement de les déloger avec l’aide de l’armée : quelques grands noms de la seconde guerre mondiale sont là : Mac Arthur, Eisenhower, Patton, maniant sans compter la bombe lacrymogène. La même année, le même président avait pourtant fait preuve d’ouverture en nommant Nathan Cardozo, un hispanique, président de la Cour suprême. Au mois de novembre, Franklin Delano Roosevelt sera élu à la Maison Blanche, atteint par la poliomyélite depuis 1921. [le vaccin sera crée par Jonas Salk et Albert Bruce Sabin en 1954]

6 05 1932 

Pavel Gorguloff assassine Paul Doumer, président de la République, lors d’une visite au salon annuel de l’Association des Écrivains Combattants, qui se tient à l’hôtel Salomon de Rothschild, 11, rue Berryer, dans le 8° arrondissement. Il tire quatre fois : deux balles touchent le président, l’une à la tête, l’autre à l’artère humérale : transporté à l’hôpital  Beaujon, il y mourra le lendemain matin. Pavel Gorguloff, fondateur en 1931 du parti fasciste russe, dont il restera le seul membre, avança des mobiles bien confus : faire payer à la France son abandon des armées blanches en lutte contre les Soviets … en fait il avait surtout un très sérieux pet au casque, même s’il était médecin. Paul Doumer aura des obsèques nationales le 12 mai. Son épouse Blanche refusera une inhumation au Panthéon, lui préférant le cimetière Vaugirard où il rejoindra quatre de ses fils, morts des suites de la guerre 14-18. Gorguloff sera guillotiné le 14 septembre devant la prison de la Santé.

13 05 1932 

Oskar Speck, 25 ans a fait partie des nombreuses victimes de la crise de 1929 : son entreprise d’électricité à Hambourg a fait faillite. Il change son fusil d’épaule et entreprend de travailler dans les mines de cuivre de Chypre, en s’y rendant… en kayak ! Il appareille d’Ulm et rejoint le cours du Danube. Arrivé à Chypre il se dit : et pourquoi n’irais-je pas plus loin ? Et cela le mènera jusqu’en Australie : il arrivera sur la plage de Saibai, petite île à l’extrême nord de l’Australie, le

 

From Nazi Germany to Australia: The Incredible True Story of Oskar Speck and History's Longest Kayak Journey | Vanity Fair

Oskar Speck - Loveday Lives

2 07 1932  

Franklin Delano Roosevelt est en campagne électorale, à la Convention démocrate de Chicago : il y prononce pour la première fois le mot de New Deal – une nouvelle donne pour le peuple américain-, qui se décline en trois mots : Relief– soulagement-, Recovery – reprise – Reform – réformes -.

5 07 1932              

Au Portugal, Salazar devient président du Conseil.

29 07 1932            

Sixième victoire française en Coupe Davis.

31 07 1932              

En Allemagne, le parti National Socialiste prend la majorité au Reichstag. Göring en deviendra le président.

07 1932  

La conférence de Lausanne ramène le paiement des réparations allemandes à 3 milliards de marks or. Au total, l’Allemagne n’aura finalement payé que 5 milliards.

5 08 1932  

À Paris, premiers essais de feux asservis à la circulation, par des bandes de caoutchouc au sol.

10 08 1932  

Staline veut que l’Ukraine devienne le modèle exemplaire de l’URSS. Quatre mois plus tard commencera la terrible famine qui allait emporter des millions d’hommes : Staline n’aura rien vu venir des suites de la collectivisation brutale des campagnes, des insurrections paysannes qui en avaient été la conséquence :

Si nous ne prenons pas immédiatement des mesures pour redresser la situation en Ukraine, nous pourrions perdre cette république […]

Il faut aussi avoir à l’esprit qu’au sein du comité du Parti ukrainien (qui compte près de 500 000 membres akh ! akh !), se terrent bon nombre, oui, bon nombre d’éléments corrompus, de petliuristes (partisans de l’ancien chef de la République Populaire d’Ukraine de 1919 à 1920, en lutte contre les bolcheviks) déclarés ou latents et même d’agents directs de Pilsudski (à la tête de la Pologne).

Si la situation venait à s’aggraver, ils ne mettraient pas longtemps à ouvrir un front d’opposition au Parti, de l’intérieur comme de l’extérieur.

Je fixe l’objectif de faire de l’Ukraine dans les plus brefs délais une véritable forteresse de l’URSS, une république vraiment exemplaire. Pour cela, nous ne devons pas regarder à la dépense.

Joseph Staline. Lettre à Kaganovitch.

9 09 1932 

En Espagne, les Cortes reconnaissent l’autonomie de la Catalogne. La Catalogne, déjà à cette époque devait être la surdouée de l’Espagne. Les aspirations indépendantistes ont un socle économique plus que sérieux : en 2012, la Catalogne, ce sera 6 % de la superficie du pays, 16 % de la population, 19 % du PIB, 24 % de la production industrielle, et près de 28 % des exportations !

10 09 1932 

Pressé de rentrer chez lui par le gouvernement français, pour lequel il est un rempart contre le nationalisme, l’empereur Bao Daî, 13° et dernier empereur de la dynastie des Nguyen entreprend de gouverner son pays, le Viet Nam. La France lui recommande vivement un ministre conservateur : Ngo Dinh Diem.

3 10 1932  

Indépendance de l’Irak. Le roi Faysal mourra quelques mois plus tard. Il a mis en route la modernisation du pays que poursuivront ses successeurs ; les élites sunnites – propriétaires fonciers et anciens officiers de l’armée ottomane – vont mettre en place une armée puissante et un système d’éducation moderne qui s’exprimera couramment par un dicton : Ce sont les Égyptiens qui écrivent les livres, les Libanais qui les éditent et les Irakiens qui les lisent. Mais parallèlement à cette modernisation se mettra aussi en place une marginalisation progressives des groupes potentiellement déloyaux : chiites tout d’abord, même s’ils sont nettement majoritaires, mais aussi les chrétiens Assyro-chaldéens, les Kurdes, et les Juifs pendant la seconde guerre mondiale.

20 10 1932

Lancement du paquebot Normandie : équipage de 1 250 personnes pour 1 070 passagers, 314 m de long, 36 m de large. Une salle à manger des premières classes de 1 000 m², vitrine de l’excellence de l’artisanat français : laque, verre gravé, cristal, bois exotique … Le 29 05 1935, il reliera Le Havre à New York en 4 jours et 3 heures, à la vitesse de 29,7 nœuds. Il a fallu sept ans pour le construire.

10 1932 

Emmanuel Mounier crée la revue Esprit.

27 10 1932  

Descente de police à l’Hôtel de la Trémoille, dans un appartement loué par la BCB – Banque commerciale de Bâle -, une des plus grandes banques suisses : la moisson est plus que bonne : une liste de plus de 1 000 clients français avec leurs noms et numéros de compte. Séisme autour de secret bancaire suisse … le montant global va chercher dans les 1.7 milliards d’€ d’aujourd’hui, dont les propriétaires sont d’anciens ministres, sénateurs, députés, généraux, patrons de presse, capitaines d’industrie et même évêques ! Quinze jours plus tard, Fabien Albertin, député socialiste, balance une dizaine de noms de la tribune de l’Assemblée nationale … effet garanti… une marmite d’huile sur du feu !  Le gouvernement gèle les avoir de la BCB en France, demande une entraide judiciaire au Conseil Fédéral suisse. Et, au final, c’est la législation suisse sur le secret bancaire qui en sortira renforcée ! En fait le secret bancaire était une affaire plutôt récente, directement lié à l’évolution de la fiscalité : en France, le taux marginal d’imposition sur le revenu était passé de 4 % en 1914 à 94 % en 1924 sous le gouvernement Poincaré. À 4 %, on paie sans trop se poser de questions… à 94 %, on va voir ailleurs si l’herbe est plus verte !

7 11 1932 

Le parti nazi recule aux élections ; à l’étranger, on respire : Les nationaux socialistes de Hitler sont les plus durement traités, en diminution de deux millions de voix sur leur contingent d’il y a quatre mois. Le général Boulanger allemand a laissé passer l’occasion favorable.

Pertinax. L’Écho de Paris, journal conservateur, le 8 novembre.

Hitler est hors d’état de risquer un coup de force : on l’a bien vu dans la nuit de dimanche. À la différence de Boulanger, dont l’aventure est rappelée de si près par la sienne, il n’a pour lui ni la police ni l’armée.

Léon Blum. Le Populaire, le 10 novembre

8 11 1932    

Franklin Delano Roosevelt est élu à la Maison Blanche,  avec 57.4 % des voix et 89 % des voix des grands électeurs. Il était atteint depuis août 1921 du syndrome de Guillain Barré, une maladie auto-immune qui se traduit par une inflammation du système nerveux périphérique. Dans le même temps, le parti démocrate devenait majoritaire tant à la Chambre des Représentants qu’au Sénat, lui laissant ainsi les coudées franches pour mener sa politique.  Il n’a qu’une parenté très lointaine avec Théodore Roosevelt – il fallait remonter à la fin du XVII° siècle pour trouver un père commun – , mais son épouse, Eleanor Roosevelt était la nièce de Théodore.

9 11 1932

Nadejda Sergueïevna Allilouïeva, 31 ans, épouse de Staline se suicide d’une balle en plein cœur. C’était jour de fête au Kremlin, pour le 15 ° anniversaire de la révolution et Staline faisait un brin de causette à une jeunette ; sa femme, très portée sur la jalousie, ne jouissait pas d’une santé mentale à toute épreuve et il semblerait que le monstre politique qu’était déjà Staline n’ait pas été au cœur de son geste. D’un premier mariage, Staline avait déjà eu un enfant, Iakov. Nadia avait eu de lui deux enfants : Vasili, né en 1921, qui deviendra général dans l’armée de l’air, rarement à jeun, et Svetlana, née en 1926, qui s’exilera aux États-Unis en 1967.

22 11 1932

Inauguration de 126 km. d’autoroute entre Milan et Turin.

Évolution du chômage en Allemagne (69 M. d’habitants) dans ces années de crise : (aux 6 M de 1932, il faut ajouter 8 M de chômeurs partiels.)

1928 0,6
03 1929 2,5
03 1930 0,3
03 1931 4,991
12 1931 5,349
02 1932 6,126
09 1933 3,849

8 12 1932  

Jacques Haïk, producteur de cinéma, inaugure le Rex, au 1-5 Boulevard Poissonnière ; on y projette Les Trois Mousquetaires d’Henri Diamant Berger. La salle a 3 500 places. Les décors sont de l’américain John Eberson et de l’architecte André Bluysen : tableaux d’inspiration orientale ou exotique sur les murs. Au plafond, à 25 m. du sol, des étoiles sont fixées à un cône de verre qui réfléchit et décompose la lumière. Un brénographe projette des nuages sur ce ciel étoilé ! La scène a une ouverture de 24 m. et fait 8 m. de profondeur. L’écran, encadré par une arche lumineuse, fait 18 m. de large. Devant, une fosse d’orchestre à même de recevoir 50 musiciens : ils faisaient l’ouverture du spectacle. Les sièges sont équipés d’appareils pour les durs de la feuille, il y a des studios d’enregistrement, des loges, une infirmerie, un chenil et une nursery… C’était le Titanic du cinéma : il coula, mais sera renfloué. Racheté par Gaumont, réquisitionné par les Allemands pendant la guerre, il sera racheté après la guerre par Jean Hellmann et connaîtra alors un immense succès : jusqu’à 80 000 entrées par semaine : films, music-hall, émissions de radio. En 1974 l’immense salle sera partagée en trois salles, attirant encore 1 250 000 spectateurs chaque année.

1932    

Pierre Poilâne ouvre une boulangerie 8, rue du Cherche-midi : farine moulue à la meule de pierre, levain, four à pain au feu de bois, pétrissage à la main : ce sont les principaux paramètres du phénoménal succès qu’il va vite connaître. Son fils Lionel prendra sa suite dans les années 60 mais se tuera au large de Cancale dans l’hélicoptère qu’il pilotait le 31 octobre 2002, à 57 ans. Sa fille Apolonnia, 19 ans à la mort de ses parents, venait d’être admise à Harvard : elle ne changera rien à ses projets, prendra la suite de son père à la tête de l’entreprise qu’elle commencera par diriger depuis sa chambre d’étudiante de Harvard.

Avec le concours du chimiste Charles Lachman l’Américain Charles Revson crée le premier vernis à ongle, moderne, opaque et coloré, sous la marque Revlon ; jusqu’alors, ce que l’on nommait les brillants ne se déclinaient que dans le rosé transparent. Le couple vernis-rouge à lèvres va faire fureur.

Inauguration de la route Napoléon, de Grenoble à Nice par le col Bayard. Édouard Herriot, président du conseil décide de rebaptiser le ministère de l’instruction publique Éducation nationale : Anatole de Monzie en est le premier ministre, pour qui ce nouveau nom met l’accent sur l’égalité scolaire, le développement de la gratuité et que, en somme, qui dit éducation nationale dit tronc commun. C’est en 1828 que l’Instruction publique était montée en grade en devenant ministère de plein droit. Et cette dénomination a longtemps semblé tellement heureuse à nombre de hauts fonctionnaires que les Inspecteurs de l’Éducation Nationale restèrent Inspecteurs de l’Instruction Publique jusqu’en 1971. Condorcet, qui a beaucoup écrit sur l’éducation se réjouissait de l’arrivée de la laïcité à l’école qui permettait à l’enfant d’avoir deux vies : celle de l’école où les professeurs se chargeaient de l’instruire, et celle de la famille où ses parents se chargeaient de l’éduquer. L’État doit être en charge de l’instruction, pas de l’éducation. Vieux débat qui restera toujours ouvert entre les tenants d’une éducation qui serait faite pour donner un savoir-faire, c’est-à-dire un métier, une capacité d’insertion dans la société, et les tenants d’une éducation qui devrait avant tout donner les outils nécessaires pour ne pas être un mouton apte à brouter le premier carré d’herbe venu, c’est-à-dire, la formation d’un esprit critique, outil indispensable pour affronter le totalitarisme, fondement d’une citoyenneté pleinement vécue.

Aux États-Unis, 11,6 M. de chômeurs pour une population de 122 M. Par rapport à la population active, c’est un taux de chômage de 25 % !  En Hollande, mis en service du barrage du Zuydersee, long de 29 km : les travaux avaient commencé en 1927 : 225 000 ha sont ainsi conquis sur la mer. De 1932 à 1935, la guerre du Chaco, remportée par le Paraguay contre la Bolivie va faire 300 000 morts. Trois conflits, entre 1879 et 1935, auront suffi pour ramener le territoire de la Bolivie de 2 340 000 km² à 1 098 000 km². Le parti communiste chinois déclare la guerre au Japon.

L’Empire State building est achevé à New-York : avec ses 102 étages, c’est le plus haut bâtiment du monde : 381 mètres.

L’Empire State Building

Construit en seulement une année à une vitesse de 4,5 étages par semaine, le chantier aura employé 3 400 personnes au cœur même de la Grande Dépression. Il a été construit avec des dizaines de milliers de tonnes d’acier, d’aluminium, de grès, de granit et de briques, et comporte un dernier rivet fait d’or massif.

Au Soudan, – l’actuel Mali – la France, soucieuse de mettre fin à la dépendance envers les États-Unis qui lui vend la quasi-totalité de son coton-fibre se lance dans un très ambitieux programme de plantation de coton sur une zone de part et d’autres du Niger, entre Ségou et Tombouctou : il ne s’agit ni plus ni moins d’un à deux millions d’hectares, inondables par la construction de digues et de barrages sur le Niger, le tout confié à l’Office du Niger. Ce que l’Angleterre est parvenue à faire le long du Nil, la France le fera le long du Niger ! La production prévue est de 300 000 tonnes de coton-fibre obtenue par le travail de 1.5 million de personnes. En fait, on ne parviendra à amener sur place que 8 000 Mossi de Haute Volta – l’actuel Burkina Faso -, qui parviendront à produire en 1937 80 tonnes de coton brut ! À l’indépendance du Mali, les surfaces irriguées n’auront été que de 54 000 hectares. La production de coton sera abandonnée au profit de la production de riz, sur 80 000 hectares, produit par 35 000 paysans. Mais l’idée mettra bien du temps à mourir : dans les années 1980, la CEAO [Communauté des États d’Afrique de l’Ouest, francophone, à ne pas confondre avec la CDEAO, dominée par le Nigeria, anglophone] construira à Ségou une école d’ingénieur du textile, laquelle ne fonctionnera jamais, aucun des États membres n’acceptant de verser sa cotisation pour les frais de fonctionnement ; il en ira de même des autres écoles d’ingénieur de la Région : Halieutique à Nouadhibou, Solaire à Niamey etc…toutes terminées, prêtes à fonctionner et désespérément vides : mortes nées !

Le lendemain, nous étions à Markala. C’est là que l’Office du Niger a barré le fleuve par un puissant ouvrage, chef-d’œuvre d’ingénieurs et de charpentiers en fer. Cet Office du Niger a déjà fait couler beaucoup d’encre, provoqué des commentaires qui ne sont sans doute pas à la veille de s’épuiser. On a vu grand, très grand ; les choses en sont au point où l’on peut ajouter : trop grand.

Il s’agissait, en dérivant les eaux du fleuve par un canal poussé au nord, en pleine brousse, d’assurer l’irrigation et par là la fertilité de futures zones de peuplement. On parlait de rizières, de cotonneraies, de cultures maraîchères, de vergers. Les familles accourraient d’elles-mêmes, attirées par cette Terre promise. Faute d’une immigration spontanée et suffisante, on ferait venir des Mossis, bons agriculteurs, sobres, endurants et dociles. De proche en proche, l’éden allait s’étendre, vers l’aval jusqu’à Ké-Macina. On parlait de milliers et encore de milliers d’hectares, d’un million d’âmes au moins, pour un avenir à portée de la main. J’ai entendu citer beaucoup de chiffres, ceux des espoirs et des mirages, ceux des réalisations acquises : il y a quelque différence. Des Mossis sont venus en effet, sans se ruer. Ils doivent être à peu près dix-sept mille. Des perspectives raisonnables n’autorisent guère à prévoir beaucoup plus.

Aujourd’hui tout le monde est raisonnable. Les plus lyriques hier encore traitent de billevesées ridicules des propos qu’ils furent seuls à lancer. Ils attribuent ces contes à la malignité de leurs détracteurs. Ont-ils moins d’importance, maintenant que les travaux sont achevés ? Ces travaux ont coûté très cher. Là encore, outre des noms de sociétés, de personnages, on m’a cité beaucoup de chiffres : ceux des devis, en milliards d’avant-guerre, ceux du coût des terrassements, des ouvrages d’art. Entre les uns et les autres, l’écart est beaucoup moindre que celui dont j’ai parlé. À supposer qu’il y en ait un, ce n’est pas dans le même sens qu’il conviendrait de l’évaluer.

Tel qu’il est, le barrage existe. Et c’est en soi une réalisation magnifique, plus substantielle que les mines d’émeraude de John Law. Un pont de fer, des radiers colossaux, un jeu de pales à commandes électriques, tout un clavier de plusieurs hectomètres dont un hydrographe virtuose pourrait tirer les variations d’une ample symphonie aquatique ; et des échelles à poissons, les plus modernes qui se puissent voir, si ingénieuses que leur seule vertu devrait multiplier la faune, en susciter le pullulement dans ces belles eaux glauques et vivantes.

Maurice Genevoix. Afrique Noire, Afrique Blanche. Gallimard 1949

À Argenteuil, un boursicotage qui tourne mal contraint le patron d’une petite entreprise de matériel électrique à la faillite : ses employés décident de redémarrer l’entreprise par eux-mêmes et prennent le statut d’une SCOOP : c’est l’ACOME – Association coopérative d’ouvriers en matériels électriques – . Bombardée pendant la guerre, elle emménagera dans les locaux d’une filature de coton à Mortain, dans la Manche. 80 ans plus tard, l’entreprise sera le premier fabricant européen de câbles et de fils électriques pour automobile, premier fournisseur de France Télécom etc…

1 01 1933     

La disparition d’Hitler de la scène politique est à prévoir.

Oreste Rosenfeld. Le Populaire

26 01 1933 

Michel Leiris a été invité par Marcel Griaule ethnologue à prendre part à la mission Dakar-Djibouti en tant que secrétaire-archiviste et enquêteur. Il y tuera le mythe du voyage en tant que moyen d’évasionDe moins en moins je supporte l’idée de colonisation. Faire rentrer l’impôt, telle est la grande préoccupation. Pacification, assistance médicale n’ont qu’un but : amadouer les gens pour qu’ils se laissent faire et payent l’impôt. Tournées parfois sanglantes dans quel but : faire rentrer l’impôt. Étude ethnographique dans quel but : être à même de mener une politique plus habile qui sera mieux à même de faire rentrer l’impôt.

Michel Leiris. L’Afrique fantôme. Jacques Doucet 1934

30 01 1933          

Nommé par le maréchal Hindenburg, président de la République, Hitler devient chancelier d’Allemagne.

Rien de ce que je vous propose ne se réalisera si la France a des hommes d’État.
[…] Nous n’avons qu’à donner un coup de pied à la porte [de la Russie] , et toute la structure pourrie va s’effondrer

Hitler, aux généraux de la Wehrmacht

La victoire presque simultanée de régimes nationalistes, belliqueux et agressivement nationalistes dans deux grandes puissances militaires – le Japon (1931) et l’Allemagne (1933) – fût de loin l’effet politique le plus lourd de conséquences et le plus sinistre de la Grande Crise. Les portes de la Seconde Guerre mondiale se sont ouvertes en 1931.

Eric J. Hobsbawm. L’Age des Extrêmes 1994.

Je ne sais pas exactement quelle fut la première réaction générale. La mienne fut la bonne pendant une minute environ : je fus glacé de terreur. Certes, c’était dans l’air depuis longtemps. Il fallait s’y attendre. Et pourtant, c’était tellement irréel. Tellement incroyable, maintenant qu’on le voyait noir sur blanc. Hitler – chancelier… L’espace d’un instant, je sentis presque physiquement l’odeur de sang et de boue qui flottait autour de cet homme, je perçus quelque chose comme l’approche à la fois dangereuse et révulsante d’un animal prédateur – une grosse patte sale qui plaquait ses griffes acérées sur mon visage -.

Puis je me secouai, fis une tentative pour sourire et réfléchir, et trouvai en effet toutes les raisons de me rassurer.

Le soir, je discutai avec mon père des perspectives du nouveau gouvernement ; nous étions d’accord pour estimer qu’il aurait certainement l’occasion de faire pas mal de dégâts, mais guère de chances de se maintenir longtemps au pouvoir. Un gouvernement réactionnaire dans son ensemble, avec Hitler comme porte-parole. Ce supplément mis à part, il se distinguait peu des deux derniers qui avaient suivi Brüning. Même avec les nazis, il n’aurait pas de majorité parlementaire….

[…] Vis-à-vis de l’étranger, sans doute une politique arrogante et autoritaire, peut-être une tentative, de réarmement. Si bien que, en plus des soixante pour cent d’Allemands opposés au gouvernement, l’étranger ne pourrait manquer de se liguer automatiquement contre lui. Et en plus, qui étaient ces gens qui s’étaient mis brusquement à voter nazi depuis trois ans ? Pour la plupart des indécis, des victimes de la propagande, une masse fluctuante. Dès les premières déceptions, ils se disperseraient. Non, tout compte fait, ce gouvernement n’était pas un motif d’inquiétude. On pouvait juste se demander ce qui viendrait après lui, et peut-être craindre qu’il n’aille jusqu’à la guerre civile. Les communistes étaient capables de frapper avant de se laisser interdire.

Le lendemain, il s’avéra que ce pronostic était aussi celui de la presse intelligente. Il est curieux que la lecture en paraisse convaincante encore aujourd’hui alors qu’on sait ce qui s’est passé. Comment les choses ont-elles pu prendre un cours aussi différent ? Peut-être justement parce que tout le monde était convaincu que c’était impossible, que nous nous y sommes aveuglément fiés, et que nous n’avons rien envisagé pour, le cas échéant, empêcher que cela fût possible?

Sebastian Haffner. Histoire d’un allemand. Souvenirs (1914-1933) Actes Sud 2004

Le secret de la formation du nouveau cabinet allemand a été bien gardé jusqu’au bout. Hier soir, on annonçait, et l’on confirmait ce matin que, devant les exigences excessives de Hitler, M. Von Papen s’apprêtait à rendre compte au maréchal Hindenburg de l’échec de la première partie de sa tâche. En réalité, il apparaît aujourd’hui que le maréchal Hindenburg n’a sacrifié le général Von Schleicher et ouvert la crise qu’après avoir acquis, par les sondages de M. von Papen, la certitude de pouvoir résoudre, selon la nouvelle formule d’union des droites nationalistes, associant Hitler à von Papen et Hugenberg, les Sections d’assaut aux Casques d’acier. Dans quelles conditions l’accord s’est-il établi entre Hitler et le maréchal Hindenburg ? Hitler a-t-il consenti à essayer de gouverner avec une majorité parlementaire ? Le maréchal lui a-t-il octroyé, au cas où cette tentative échouerait, les pouvoirs nécessaires pour dissoudre l’Assemblée ? On n’en sait encore rien à l’heure actuelle. Le parti du centre n’a pas non plus fait connaître clairement son attitude. En constituant le cabinet sans attendre davantage, on a indiqué d’ailleurs qu’on était prêt à se passer de lui. C’est pourtant de lui que dépendront, en définitive, le sort du Reichstag et peut-être l’avenir du régime parlementaire. Quoiqu’il en soit, la présence de M. von Papen aux côtés de Hitler et à la tête de la Prusse, le maintien de M. von Neurath aux Affaires étrangères et de M. von Krosigk aux Finances, la nomination du général von Blumberg, qui passe pour un esprit modéré, au ministère de la Reichswehr, ont pu faire penser au président du Reich qu’il s’était entouré des garanties indispensables et qu’Hitler se trouverait encadré comme il convenait. La formation du cabinet Hitler-Papen-Hugenberg n’en constitue pas moins pour l’Allemagne et pour l’Europe une expérience hasardeuse. On s’étonnera, à l’étranger, qu’Hitler se voie confier le pouvoir au moment même où, abstraction faite de l’état de Lippe, les récentes consultations populaires ont accusé le déclin de son mouvement.

Mais précisément, l’une des intentions de ceux qui ont préparé et provoqué la crise a été de conserver, au bénéfice de la cause du nationalisme, ce qui reste, et qui est encore conservé, de la force des nazis.

Reste à savoir si, en la sauvant, on ne lui aura pas remis entre les mains des moyens d’action dont elle sera tentée d’abuser et qu’elle ne lâchera plus. Toutes les personnalités de la droite que j’ai rencontrées ces jours-ci se sont efforcées de me convaincre qu’Hitler était devenu raisonnable et ne souhaitait rien tant que de s’entendre avec la France. À supposer que tel soit bien son désir, il n’est pas sûr que ses troupes, exaltées par son arrivée au pouvoir, le laissent libre d’agir à sa guise, sinon… vis-à-vis de la France, du moins à l’égard de la Pologne. Il est à craindre d’ailleurs, que les fascistes italiens, hongrois, autrichiens, ne se sentent pas singulièrement enhardis par l’arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne.

À l’intérieur, il faut prévoir que la lutte contre le communisme sera l’un des mots d’ordre du nouveau gouvernement. Mais cette lutte s’étendra fatalement au socialisme et au libéralisme. L’appui des Section d’assaut, des Casque d’acier et de la Reichswehr permettra sans doute d’imposer l’ordre dans la rue, mais non la paix dans les esprits. Il est clair d’ailleurs que s’il ne réalise pas tout le programme du III° Reich, le nouveau cabinet voudra procéder à des élections profondes. On peut se demander comment elles seront accueillies par les États du sud de l’Allemagne.

La nomination de Hugenberg à un ministère créé pour lui et qui rassemble les anciens portefeuilles de l’Agriculture et de l’Économie publique rend probable en outre une politique protectionniste qui soulèvera maintes difficultés. Le nouveau gouvernement enferme, il est vrai, dans son sein, des contradictions et des rivalités qui rendent problématiques sa cohérence et sa durée. Mais les droites, qui se sont réconciliées pour lui donner naissance, se rendent compte de l’importance de la partie qu’elles ont engagée. De toute façon, l’aventure qu’ouvre l’accès d’Hitler à la chancellerie du Reich a de quoi préoccuper.

André François Poncet, ambassadeur de France à Berlin. MAE, TD, Berlin-arrivée n° 115 du 30 janvier 1933. Dans les Archives secrètes du Quai d’Orsay Cinq siècles d’histoire et de diplomatie. Sous la direction d’Emmanuel de Waresquiel. L’iconoclaste 2015

31 01 1933  

15 M de chômeurs aux États-Unis. 5 000 banques ont fermé. La production industrielle a chuté de 50 %.

Sur cette terre où l’individualisme est roi, la pauvreté est ressentie comme la conséquence d’un défaut de caractère et le chômage comme fils de la paresse ; une logique qui faisait même répéter au président Hoover [1929 -1933] que celui qui n’a pas de travail, qui gagne peu ou occupe un emploi inintéressant en est responsable.

Maryline Baumard. Le Monde 15 août 2009

Et les dépossédés, les vagabonds, affluèrent en Californie, deux cent cinquante mille, puis trois cent mille. Derrière eux, des tracteurs tout neufs investissaient la terre et les fermiers étaient expulsés de force. De nouvelles vagues se formaient, de nouvelles vagues de dépossédés et de sans-abri, durs, résolus et dangereux. (…) Et un homme affamé, sans toit, roulant sur la route avec sa femme à ses cotés et ses enfants malingres sur le siège arrière, pouvait contempler les champs en friche capables de produire de la nourriture mais pas de profits ; et cet homme savait que c’est un péché de laisser un champ en friche et qu’une terre à l’abandon est un crime contre les enfants malingres. (…) Au sud, il vit pendre aux branches des arbres les oranges dorées, les petites oranges dorées sur les arbres vert sombre, et les gardes armés de fusil patrouillant à la lisière pour empêcher qu’un homme ne cueille une orange pour un enfant malingre ; des oranges qu’on jetterait si leur prix était trop bas.

John Steinbeck. Les Raisins de la colère.

En 1939, la Saint Louis Public Library, dans le Missouri, refusera ce livre, le brûlera sur un bûcher autour duquel les orateurs harangueront la foule, clamant haut et fort qu’ils ne toléreront ni langage obscène ni doctrine communiste.

2 02 1933  

Léa et Christine Papin, sœurs de 22 et 28 ans, venant de l’orphelinat, sont bonnes chez les Lancelin, au Mans. Le fer à repasser fait des siennes, c’est-à-dire des courts-circuits qui font péter les plombs. Péter les plombs, cela correspond à la situation des installations électriques jusque dans les années 60, quand l’électricité passait par une série de fusibles dont les pôles étaient reliés par un fil de plomb, qui, en cas de court-circuit était le premier à fondre, évitant ainsi à l’ensemble de l’installation d’être endommagée. Aujourd’hui, il est plus juste de parler de fusible que de plomb. Mais pour l’heure, plongées dans une quasi obscurité, c’est Christine Papin qui, elle aussi pète un plomb quand elle ouvre la porte à sa patronne et sa fille, en leur racontant la dernière mésaventure. Des reproches s’ensuivent sans doute ; les deux femmes s’agressent, la fille vient au secours de la mère ; la sœur au secours de son ainée. Bilan : Madame Lancelin et sa fille assassinées, énuclées, sous-vêtements arrachées, le sexe à nu, les fesses de la fille tailladées.

Jugées saines d’esprit, Christine Papin sera condamnée à mort, et graciée, comme la plupart des femmes sous la III° République, par le président Lebrun en 1934 ; elle mourra à l’hôpital psychiatrique de Rennes trois ans plus tard ; Léa sera condamnée à dix ans de travaux forcés. Libérée en 1943, elle rejoindra sa mère à Nantes. Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert seront les sœurs Papin à l’écran dans La Cérémonie de Claude Chabrol en 1995.

KISAH THE PAPIN SISTERS : Dua Beradik yang Menggemparkan Perancis ...

2° quinzaine février 1933 

Les affamés d’Ukraine écrivent à leurs enfants, un responsable du Guépéou témoigne…

La vie est devenue terrible. Partout on crève de faim. Les prisons sont pleines à craquer. Les larmes coulent à flots. Nous travaillons jour et nuit dans la brigade du komsomol et on découvre tout le temps des fosses avec 2,3 quintaux cachés. C’est vraiment étonnant. On a pitié de ces gens et quand on regarde ce qu’ils font – on cesse d’avoir pitié d’eux […] On n’a plus de semences au kolkhoze, il n’y aura rien à semer, et il y aura plein de gens encore qui vont être déférés au tribunal.

Lettre envoyée à I.F. Faniuk, recrue effectuant son service à Stavropol.(a)

Au kolkhoze, on ne nous a jamais rien donné et on ne nous donnera rien, car le kolkhoze n’a rien. Notre seul espoir, c’est la vache, mais on s’attend à ce qu’on nous l’enlève un jour ou l’autre car ils ont ordonné de trouver sur place des céréales et ils vont fouiller toutes les maisons et comme on n’a rien, ils vont prendre la vache.

Si tu voyais ce qui se passe chez nous, les gens mangent de la charogne de cheval, et encore, le cheval, c’est de la première qualité, et c’est dur d’en obtenir, les gens font la queue près de la fosse aux chevaux et vont jusqu’à se battre, c’est au plus fort qu’il en revient un morceau, sinon les gens mangent des chiens, mais des chiens il n’y en a plus alors ils se sont  mis à attraper des rats et ils les mangent, c’est vrai. Les gens sont devenus à moitié fous, et ils les obligent à travailler en plus, s’ils ne travaillent pas, ils les chassent du kolkhoze, les enferment en prison et confisquent tout. Et qu’est-ce qu’ils font en prison – ils fusillent les gens ou les font crever de faim.

Lettre de ses parents à V.I. Riaboukha, recrue à Stavropol.(a)

District de Vysokopolsk. Le 16 février, à Zagradovka, est mort le jeune Nicolas, 12 ans, dans la famille d’un paysan pauvre, F. la mère de famille, en compagnie de sa voisine, Anna S. (kolkhozienne issue d’une famille de paysans pauvres), a découpé le cadavre du fils et en a servi des morceaux dans la nourriture qu’elle a préparée. La quasi-totalité du cadavre a été consommée. Il n’est resté que la tête, les pieds, une partie d’une épaule, une paume de main, la colonne vertébrale et quelques côtes. Toutes ces parties du corps ont été retrouvée dans le sous-sol de l’isba. F… a expliqué son acte par une absence totale de nourriture. Il lui reste trois enfants, tous très gonflés. Une aide a été apportée à cette famille […]

Le chef du département régional du Guépéou de Dnieprpetrovsk, Kraouklis.(b)

On n’a plus de pain. Ils ne nous en ont pas donné, les gens crèvent de faim. Le ravitaillement est inexistant. Les gens gonflent et crèvent, quinze par jour au moins. Les magasins coopératifs ne vendent rien, il n’y a plus ni allumettes, ni pétrole. On ne peut pas partir acheter quoi que ce soit. On ne nous laisse pas sortir du village, il y a des patrouilles partout. C’est te dire que la vie est très dure, très très dure.

Lettre d’un camarade à S.G. Boïko, recrue à Stavropol.(a)

(a) TsAFSB, archives centrales de la sécurité d’État, Moscou.2/11/56/51-64, dossier rapport-compilation d’extraits de lettres envoyées aux recrues de l’armée Rouge effectuant leur service militaire au cours de la seconde quinzaine de février 1933.

(b) TsA  2/11/56/208-209.

Ces textes ont été publiés dans N. Werth, A. Berelowitch, l’État soviétique contre les paysans. Tallandier 2011, pp.493-502.

20 02 1933

Hitler convoque au Reichstag 24 patrons des firmes allemandes [2] les plus importantes : il laisse le soin à Hermann Goering de les recevoir et de leur présenter l’objet de la réunion. Lui-même ne fera qu’une plutôt courte apparition, tout miel, tout sourire, juste le temps – une demi-heure – de leur dire qu’il était temps d’en finir avec un régime faible, qu’il fallait éloigner la menace communiste, supprimer les syndicats et permettre à chaque patron d’être un Führer dans son entreprise.  Il y a là Gustav Von Bohlen und Halbach, auquel, une fois marié il accolera le nom de sa femme, née Krupp, héritière de l’empire Krupp, Carl von Siemens, Wilhelm von Opel, qui commencera par inventer les machines à coudre avant de faire des tracteurs et des voitures Albert Vögler, magnat de l’acier, Günther Quandt, qui fabrique des munitions, mais surtout des batteries AFA, Friedrich Flick, magnat de la houille, acier, fabrique aussi des armes, membre du CA de DaimlerAG, Ernst Tengelmann, PDG d’AG Essener Steinkohlenbergwerke et d’AG Gelsenkirchener Berwerks, Frits Springorum, chef d’entreprise, August Rosberg fait de l’acier, Ernst Brandi, PDG de laRuhrbergbau, Karl Büren, PDG de l’AG Braconkolen und Brikettindustrie, Günther Heubel, membre du patronat des Charbonnages, Georg von Schnitzler, fait partie du CA d’IG Farben, Hugo Stinnes Jr, membre du Volkspartiei, crée par Albert Vögler, Eduard Schulte, Ludwig von Winterfeld, industriel sous-traitant de Siemens, Wolfgang Reuter fait des machines-outils, August Diehn est membre du syndicat patronal de la Potasse, Erich Fickler fait partie du patronat des Charbonnages, Hans von Lowenstein est fonctionnaire des Mines, Ludwig Graert, Kurt Schmitt est ministre de l’économie en 1933 et 1934, August von Finck, le docteur Stein. Après le départ d’Hitler, Goering présenta le plat de résistance : les élections du 5 mars approchaient ; il fallait les gagner et pour gagner les élections, il faut de l’argent et le parti national-socialiste n’a pas un sou en caisse. Donc, messieurs, à votre bon cœur. Gustav Krupp, à tout seigneur tout honneur, se fendit d’un million de marks Georg von Schnitzler, de 400 000 ; la récolte sera bonne, – 3 millions de Reichmarks au total et les élections verront le triomphe du parti national-socialiste.

Plus tard, Hitler renvoiera l’ascenseur à tous ces messieurs en les autorisant à aller se servir de la main d’œuvre gratuite que représentaient les déportés politiques des camps de concentration, et ils se livreront à l’immonde trafic, souvent jusqu’à ce que mort s’en suive.

27 02 1933  

Incendie du Reichstag : Marius Van der Lubbe, communiste d’origine hollandaise, mais surtout simple d’esprit, va être arrêté et servira de lampiste. C’était en réalité le fait des nazis, fabriquant ainsi un prétexte pour durcir le régime.

Lorsque je pense aux dernières années si tourmentées de mon séjour à Berlin, je revois une suite de faits hallucinants : les premiers défilés silencieux des futures chemises brunes ; le procès qui suivit l’incendie du Reichstag, carac­téristique des procédés nationaux-socialistes; la transformation rapide des enfants allemands en larves agitées de la Jeunesse hitlérienne ; l’allure masculine des jeunes filles blondes aux yeux bleus, défilant d’un pas rude qui faisait vibrer les vitres et, dans les devantures, trembler les livres d’un sombre pressentiment ; la visite de cette mère allemande qui pleurait son enfant, lequel venait d’être félicité devant toute la classe et donné en exemple parce qu’il l’avait dénoncée pour ses opinions anti-nazies ; cette autre mère, juive, celle-là, qui, le cœur débordant de douleur, me raconta que son fils, de père chrétien, l’avait rencontrée dans la rue et qu’accompagné de camarades hitlériens, il avait fait semblant de ne pas la reconnaître ; la désolation grandissante de toutes les mères devant le détachement de leurs enfants arrachés au foyer familial ; l’influence des chefs d’immeubles qui s’introduisaient dans la vie des locataires, les citaient devant des tribunaux de mœurs, disloquaient les liens du mariage, de l’amitié, de l’affection, de l’amour ; les gens dépossédés de leurs métiers et de leurs fonctions d’abord, ensuite de leur fortune, enfin de leurs droits civiques et humains ; la fuite des persécutés vers les frontières ; les enterrements des désespérés qui s’étaient jetés sous les trains ou par les fenêtres ; les disparitions à jamais dans les camps de concentration ; le retour, après de longues absences, de clients, esprits fins et éclairés – tête rasée comme des forçats, regard lointain, inquiet, main tremblante -, ils étaient devenus des vieillards en quelques mois !

Souvenir de l’apparition d’un chef à la face de robot, face où la haine et l’orgueil étaient si profondément marqués qu’elle était morte à tout sentiment d’amour, d’amitié, de bonté ou de pitié…

Et, autour de ce chef, à la voix hystérique, une foule fascinée capable de toutes les violences et de tous les meurtres !

Vision de la naissance de cette monstrueuse et toujours grandissante termitière humaine qui s’étalait rapidement dans tout le pays avec un sinistre grincement de métal, termitière à l’incalculable potentiel de forces collectives.

Françoise Frenkel. Rien où poser sa tête. L’arbalète Gallimard 2015

28 02 1933   

En Allemagne, suppression des libertés individuelles et civiques.

On aurait tort de se faire un épouvantail du mouvement hitlérien. (…) Il renferme en lui maints germes de division et de faiblesse. (…) Les possibilités du réarmement de l’Allemagne demeurent limitées par les circonstances économiques et financières.

François Poncet, ambassadeur de France en Allemagne, au ministre des Affaires Étrangères, Paul Boncour, le 7 mars 1933

Le national-socialisme, avec sa technique de l’imposture dénuée de scrupule, se gardait bien de montrer le caractère radical de ses visées, avant qu’on eut endurci le monde. Ils appliquaient leurs méthodes avec prudence : on procédait par doses successives, et on ménageait une petite pause après chaque dose. On n’administrait jamais qu’une pilule à la fois, puis on attendait un moment pour voir si la conscience universelle supportait encore cette dose. Et comme la conscience européenne, le malheur et la honte de notre civilisation, soulignait en toute hâte que cela ne la concernait en rien, puisqu’aussi bien ces actes de violence se passaient de l’autre coté de la frontière, les doses se firent de plus en plus fortes, jusqu’à ce qu’à la fin l’Europe en pérît.

Stefan Zweig. Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen. 1942.

[…] La guerre est un grand jeu excitant, passionnant, dans lequel les nations s’affrontent ; elle procure des distractions plus substantielles et des émotions plus délectables que tout ce que peut offrir la paix : voilà ce qu’éprouvèrent quotidiennement, de 1914 à 1918, dix générations d’écoliers allemands. Cette vision positive est la base même du nazisme. C’est de cette vision qu’il tire son attrait, sa simplicité ; c’est elle qui parle à l’imagination, provoque l’envie et le plaisir d’agir. Mais elle est aussi à l’origine de son intolérance et de sa cruauté envers l’adversaire politique, parce que celui qui refuse de jouer le jeu n’est pas ressenti comme un adversaire, mais comme un mauvais joueur. Enfin, c’est de cette vision que le nazisme tire son attitude tout naturellement belliqueuse envers l’État voisin : parce qu’un autre État, quel qu’il soit, n’est jamais reconnu en tant que voisin, mais se voit imposer nolens volens le rôle de l’adversaire – sans quoi le jeu ne pourrait avoir lieu -.

[…] Qu’est-ce qu’une révolution ?

Les spécialistes du droit public répondent : la modification d’une constitution par d’autres moyens que ceux qu’elle prévoit. Si l’on souscrit à cette sèche définition, la révolution nazie de mars 1933 n’en était pas une. Car tout se passa dans la stricte légalité, avec les moyens prévus par la constitution : d’abord des décrets-lois du président et enfin une résolution qui transférait au gouvernement la totalité du pouvoir législatif, résolution votée par le Parlement à la majorité des deux tiers exigée pour les changements constitutionnels.

C’est là une imposture manifeste. Mais quand on voit les choses comme elles ont vraiment été, on peut encore se demander si ce qui s’est joué en mars mérite vraiment le nom de révolution. Pour le sens commun, l’essentiel d’une révolution semble résider dans le fait que des gens attaquent par la violence l’ordre existant et ses représentants : police, armée, etc, et l’emportent sur lui. Ce n’est pas toujours forcément magnifique et enthousiasmant, et cela peut fort bien être associé à des débordements, des violences, des brutalités de populace déchaînée ; on peut piller, tuer, brûler.

Ce qu’on attend des gens qui se prétendent des révolutionnaires, c’est au moins qu’ils attaquent, fassent preuve de courage, mettent leur vie en jeu. Les barricades sont peut-être un peu démodées, mais une forme quelconque de spontanéité – insurrection, prise de risque, émeute – semble inhérente à l’essence de la révolution.

Rien de tel en mars 1933. Les événements étaient une décoction des ingrédients les plus bizarres, mais on aurait vainement attendu un acte de courage, de bravoure, d’audace de quelque côté que ce fût. Ce mois de mars produisit quatre choses qui auraient pour résultat final la domination incontestée des nazis : la terreur, des fêtes et des déclamations, la trahison, et pour finir un collapsus collectif – plusieurs millions d’individus s’effondrant simultanément -.

Beaucoup d’États européens, la plupart même, ont eu une naissance plus sanglante. Mais il n’en existe aucun dont la naissance eût été à ce point répugnante.

L’histoire européenne connaît deux formes de terreur : l’une est l’ivresse sanguinaire effrénée d’une masse révolutionnaire déchaînée, grisée par sa victoire ; l’autre est la cruauté froide, délibérée, d’un appareil étatique triomphant qui cherche à intimider, à manifester son pouvoir. Ces deux formes sont normalement réparties entre révolution et répression. La première est révolutionnaire ; elle s’excuse par l’émotion et la rage du moment, par l’emportement. La deuxième est répressive ; elle s’excuse par les représailles à l’encontre des atrocités de la révolution.

Les nazis ont eu le privilège de combiner les deux d’une façon qui n’admet aucune excuse. La terreur de 1933 fut bien exercée par une tourbe ivre de sang (à savoir les SA, les SS ne jouant pas encore le rôle qui serait le leur), mais les SA se présentaient comme une police auxiliaire ; ils agissaient sans la moindre émotion, sans la moindre spontanéité, et surtout sans prendre le moindre risque – mais bel et bien en toute sécurité, sur ordre et avec discipline -. Le tableau externe était celui de la terreur révolutionnaire : populace hirsute pénétrant par effraction la nuit dans les maisons et traînant des gens sans défense dans une cave pour les torturer. Le processus interne était celui de la terreur répressive : gestion administrative froidement calculée, couverture policière et militaire totale. L’ensemble ne découlait pas de cette excitation qui suit la victoire, un grand danger auquel on a survécu – rien de tel ne s’était produit – . Ce n’étaient pas non plus des représailles à l’encontre d’atrocités exercées par le parti adverse : il n’y en avait eu aucune. Ce qui se produisait, c’était l’inversion cauchemardesque des notions normales ; brigands et assassins dans le rôle de la police, revêtus du pouvoir souverain ; leurs victimes traitées comme des criminels, proscrites, condamnées d’avance à mort. Un cas exemplaire, rendu public en raison des proportions prises : une nuit, un responsable syndical social démocrate de Kôpenick, un faubourg de Berlin, se défendit, aidé de ses fils, contre une patrouille de SA qui avait pénétré chez lui et abattit, en état de légitime défense évidente, deux SA. Sur quoi, cette même nuit, ses fils et lui furent maîtrisés par une seconde patrouille plus nombreuse et pendus dans la remise de leur maison. Mais le jour suivant, en bon ordre, des SA en service commandé pénétrèrent chez tous les habitants de Kôpenick connus pour être des sociaux démocrates et les abattirent sur place. On n’a jamais su le nombre de morts.

Cette sorte de terreur avait un avantage : selon les cas, on pouvait hausser des épaules navrées en parlant des inévitables conséquences fâcheuses de toute révolution – c’était l’excuse de la terreur révolutionnaire – ou se référer à la rigueur de la discipline en démontrant que l’ordre et le calme régnaient, que seules avaient lieu les descentes de police indispensables, et que c’était précisément cela qui épargnait à l’Allemagne les troubles révolutionnaires – c’était l’excuse de la terreur répressive -. Et les deux étaient effectivement invoquées à tour de rôle, suivant le public concerné.

Cette forme de publicité a contribué, et contribue toujours, à rendre la terreur nazie plus repoussante qu’aucune autre terreur connue dans l’histoire européenne. La cruauté elle-même peut avoir une ombre de grandeur quand elle s’affiche avec la grandiloquence d’une détermination suprême, quand ceux qui l’exercent revendiquent fougueusement leurs actes comme ce fut le cas lors de la Révolution française et des guerres civiles russe et espagnole. Les nazis, en revanche, n’ont jamais affiché autre chose que le rictus blême, lâche et craintif du meurtrier niant ses crimes. Tandis qu’ils torturaient et assassinaient systématiquement des êtres sans défense, ils affirmaient tous les jours avec des accents nobles et touchants qu’ils ne faisaient de mal à personne, et que jamais révolution ne s’était déroulée de façon aussi humaine et pacifique. Et quelques semaines après l’institution de l’épouvante, une loi menaçait d’une lourde peine quiconque affirmait, fût-ce entre ses quatre murs, qu’il se passait des choses atroces.

Il va de soi que cela n’avait pas pour but de tenir secrètes les horreurs. Car alors elles n’auraient pu atteindre leur but, qui était de provoquer chez tous crainte, effroi, soumission. Ce secret tendait au contraire à renforcer l’effet de la terreur par le danger qu’il y avait ne serait-ce qu’à en parler. L’exposition publique – par exemple à la tribune de l’orateur ou dans les journaux – de ce qui se passait dans les caves de la SA et dans les camps de concentration aurait peut-être pu provoquer même en Allemagne une riposte désespérée. Les nouvelles épouvantables chuchotées sous le manteau – Faites bien attention, voisin ! Savez-vous ce qui est arrivé à X ? – brisaient bien plus sûrement toutes les résistances.

D’autant plus qu’on était au même instant occupé et distrait par une série interminable de fêtes, de solennités, de célébrations nationales. On commença par fêter la victoire en grand avant les élections, le 4 mars, jour du Réveil national, marches gigantesques et feux d’artifice, tambours, trompettes, orchestres et drapeaux dans toute l’Allemagne, des milliers de haut-parleurs diffusant la voix de Hitler, serments et promesses – et tout cela alors qu’il n’était pas certain que les nazis n’allaient pas prendre une veste électorale. De fait, c’est bien ce qui se produisit : ces élections, les dernières à se dérouler en Allemagne, n’apportèrent aux nazis que quarante-quatre pour cent des voix (auparavant ils en avaient obtenu trente-sept) – la majorité votait toujours contre eux. Si l’on songe que la terreur battait déjà son plein, que les partis de gauche avaient été muselés dès la semaine décisive qui précédait le scrutin, il faut dire que le peuple allemand dans son ensemble s’est assez bien comporté. Mais les nazis n’en eurent cure. La défaite fut tout simplement célébrée comme une victoire, la terreur renforcée, les fêtes se multiplièrent. Quinze jours durant, les fenêtres restèrent pavoisées. Une semaine plus tard Hindenburg abolissait les anciennes couleurs, et le drapeau à la croix gammée devenait, avec le noir-blanc-rouge, le pavillon provisoire du Reich. Et chaque jour des défilés, des célébrations géantes, des manifestations de gratitude pour la libération nationale, de la musique militaire du matin au soir, honneurs rendus aux héros, consécration des couleurs, enfin, pour couronner le tout, la mise en scène boursouflée de la journée de Potsdam, avec ce vieux félon de Hindenburg se recueillant sur la tombe de Frédéric le Grand, Hitler jurant pour la énième fois fidélité à je ne sais quoi, cloches sonnant à toute volée, cortège solennel des députés vers l’église, parade militaire, sabres au clair, enfant agitant des petits drapeaux, retraites aux flambeaux.

L’ineptie, l’absurdité sans bornes de ces manifestations continuelles étaient, selon toute vraisemblance, parfaitement concertées. Il fallait habituer la population à se réjouir ; et à se réveiller, même si elle n’en voyait, pas vraiment la raison. Chaque jour, chaque nuit, des gens qui s’abstenaient trop ostensiblement de participer – chut ! – étaient torturés à mort à coups de drille ou de fouet d’acier, et c’était déjà une raison suffisante. Réjouissons-nous donc, et hurlons avec les loups, Heil, Heil ! Et on finissait par y trouver goût. En mars 1933, il faisait un temps magnifique. N’était-ce pas beau, sous le soleil printanier, de se mêler à une foule en liesse sur une place pavoisée, prêtant l’oreille à des propos sublimes où revenaient les mots de patrie et de liberté, de réveil et d’engagement sacré ? (En tout cas, cela valait mieux que de se retrouver à huis clos dans une caserne de SA, à se faire remplir d’eau les intestins.)

On se mit à participer d’abord par crainte. Puis, s’étant mis à participer, on ne voulut plus que cela fût par crainte, motivation vile et méprisable. Si bien qu’on adopta après coup l’état d’esprit convenable. C’est là le schéma mental de la victoire de la révolution nationale socialiste.

Pour la parachever, toutefois, une chose était indispensable : la lâche trahison de tous les chefs de partis et d’organisations auxquels s’étaient confiés les cinquante-six pour cent d’Allemands qui, le 5 mars 1933, avaient voté contre les nazis. Le monde n’a pratiquement pas pris conscience de cette évolution historique terrible et décisive. Les nazis n’avaient pas intérêt à la souligner, parce qu’elle ne pouvait que dévaluer considérablement leur victoire ; quant aux traîtres eux-mêmes, ils avaient tout intérêt à se taire. Pourtant, seule cette trahison explique le fait apparemment inexplicable qu’un grand peuple, qui, ne se compose quand même pas exclusivement de poltrons, ait pu sombrer dans l’infamie sans résistance.

La trahison fut totale, générale et sans exception, de la gauche à la droite. J’ai déjà dit que les communistes, derrière les rodomontades de façade qui exaltaient leur détermination et mentionnaient des préparatifs de guerre civile, préparaient en vérité l’exil de leurs hauts fonctionnaires avant qu’il ne fût trop tard.

En ce qui concerne les cadres de la social-démocratie, à qui des millions de braves petites gens fidèles accordaient une confiance aveugle et loyale, ils avaient commencé de les trahir dès le 20 juillet 1932, quand Severing et Grzesinski s’étaient inclinés devant la force. Les sociaux-démocrates s’étaient déjà terriblement humiliés au cours de la campagne électorale de 1933 en courant après les slogans des nazis pour souligner qu’ils étaient, eux aussi, de bons nationaux. Le 4 mars, veille du scrutin, Otto Braun, leur homme fort, chef du gouvernement prussien, passa en automobile la frontière suisse ; il avait pris soin d’acquérir une maisonnette dans le Tessin. En mai, un mois avant la dissolution de leur parti, les députés sociaux-démocrates en étaient à accorder massivement leur confiance au gouvernement Hitler et à chanter le Horst Wessel Lied, chant de marche de la SA. (Le compte rendu des débats parlementaires note : Applaudissements sans fin dans la salle et sur les tribunes. Le chancelier lui-même tourné vers les sociaux démocrates, applaudit.)

Le centre, ce grand parti bourgeois catholique qui, dans les dernières années, avait rallié une part de plus en plus importante de la bourgeoisie protestante, avait atteint ce stade dès le mois de mars ; ses voix assurèrent à Hitler la majorité des deux tiers qui lui confiait légalement la dictature. Il agissait sous la houlette de l’ancien chancelier Brüning.

[…] Enfin, le parti national, la droite conservatrice qui revendiquait carrément l’honneur et l’héroïsme comme programme. Dieu ! qu’il était lâche et déshonorant, le spectacle que ses chefs infligèrent à leurs partisans en 1933 et par la suite ! Une fois déçue leur attente du 30 janvier, alors qu’ils espéraient avoir mis les nazis dans leur poche pour les empêcher de nuire, on attendait au moins qu’ils freinent pour éviter le pire. Que non ; ils participèrent à tout : à la terreur, aux pogromes, aux persécutions contre les chrétiens ; ils ne se laissèrent même pas émouvoir par l’interdiction de leur parti et l’arrestation de leurs partisans. Il est déjà navrant de voir des fonctionnaires socialistes s’enfuir en plantant là leurs électeurs et leurs sympathisants. Mais que dire d’officiers nobles qui, voyant fusiller leurs amis et leurs collaborateurs les plus proches – comme M. von Papen -, restent en place en criant Heil Hitler?

Tels partis, telles fédérations. Il existait une Fédération des anciens combattants communistes, et, en ce qui concernait le Parti démocratique allemand, une Reichsbanner schwarz-rot-gold, organisée militairement, non dépourvue d’armes, comptant des millions d’adhérents destinés expressément à tenir les SA en échec si le besoin s’en faisait sentir. Durant tout ce temps, on ne perçut rien de son existence, absolument rien, pas la moindre chose. Elle disparut sans laisser de trace, comme si elle n’avait jamais existé. Dans toute l’Allemagne, la résistance prenait tout au plus la forme d’un acte individuel désespéré – comme celui du syndicaliste de Kôpenick -. Les officiers de la Reichsbanner ne firent même pas mine de riposter quand les SA reprirent leurs locaux. Le Stahlhelm, l’armée des nationalistes, se laissa mettre au pas, puis dissoudre peu à peu, en récriminant, mais sans résister. Il n’y eut pas un seul exemple d’énergie défensive, de vaillance, de tenue. Il n’y eut que panique, fuite éperdue, apostasie. En mars 1933, des millions de personnes étaient encore prêtes au combat. Du jour au lendemain, elles se retrouvèrent sans chefs, sans armes, trahies. Une partie d’entre elles cherchèrent encore désespérément à rallier le Stahlhelm et les nationalistes quand il s’avéra que les autres ne se battaient pas. Le nombre de leurs adhérents enfla démesurément en l’espace de quelques semaines. Puis ils furent dissous eux aussi – et se rendirent sans combat – .

Cette terrible capitulation morale des chefs de l’opposition est un trait fondamental de la révolution de mars 1933. Grâce à elle, les nazis eurent le triomphe facile. Il est vrai qu’en même temps elle remet en cause la valeur et la solidité de leur victoire. La croix gammée n’a pas été imprimée dans la masse allemande comme dans une matière récalcitrante, mais ferme et compacte. Elle l’a été comme dans une substance amorphe, élastique et pâteuse. Le jour venu, cette pâte est susceptible de prendre une autre forme, avec autant de facilité et sans plus de résistance. Il est vrai que depuis mars 1933 subsiste une question sans réponse : vaut-elle vraiment la peine d’être formée ? Car l’Allemagne a manifesté alors une faiblesse morale trop monstrueuse pour que l’histoire n’en tire pas un jour les conséquences.

Ailleurs, toute révolution, même si elle a laissé le peuple momentanément exsangue et affaibli, a toujours amené une remarquable potentialisation des énergies dans les deux camps en présence aboutissant, à long terme, à l’émergence d’une nation considérablement plus forte. Qu’on considère la formidable quantité d’héroïsme, d’intrépidité, de grandeur humaine – mêlée sans doute à des débordements, des cruautés, des violences – qu’ont déployée dans la France révolutionnaire jacobins et royalistes, dans l’Espagne contemporaine franquistes et républicains ! Quelle que soit l’issue, la bravoure avec laquelle on a combattu demeure dans la conscience de la nation comme une inépuisable source d’énergie. À l’endroit où cette source devrait jaillir, les Allemands d’aujourd’hui n’ont que le souvenir de l’infamie, de la lâcheté, de la faiblesse. Cela ne peut manquer d’avoir des conséquences qui se manifesteront un jour, peut-être dans la dissolution de la nation allemande et de sa forme politique.

Le Troisième Reich est né de cette trahison de ses adversaires et du sentiment de désarroi, de faiblesse et de dégoût qu’elle a suscité. Le 5 mars, les nazis étaient encore minoritaires. Si de nouvelles élections avaient eu lieu trois semaines plus tard, ils auraient vraisemblablement eu la majorité. Ce n’était pas seulement l’effet de la terreur, ni de l’ivresse engendrée par les fêtes (les Allemands aiment à s’enivrer de fêtes patriotiques). L’élément décisif, c’est que la colère et le dégoût provoqués par la lâcheté et la traîtrise des chefs de l’opposition l’emportaient momentanément sur la colère et la haine à l’encontre du véritable ennemi. Dans le courant du mois de mars 1933, d’anciens opposants au parti nazi s’y rallièrent par centaines de milliers – les victimes de mars -, suspectées et méprisées par les nazis eux-mêmes. Surtout, pour la première fois, même des centaines de milliers d’ouvriers quittèrent leurs organisations sociales-démocrates ou communistes pour s’inscrire dans les cellules nazies ou s’enrôler dans la SA. Ils y étaient poussés par diverses raisons, et souvent plusieurs à la fois. Mais on aurait beau chercher longtemps, on n’en trouverait pas une seule dans le lot qui soit bonne, valable, inattaquable et positive – pas une seule de présentable -. Le phénomène manifestait dans chaque cas particulier tous les symptômes d’une dépression brutale.

La raison la plus simple, qui s’avérait presque toujours, quand on creusait, la plus intime, c’était la peur. Frapper avec les bourreaux, pour ne pas être frappé. Ensuite, une ivresse mal définie, ivresse de l’unité, magnétisme de la masse. Puis, chez beaucoup, dégoût et ressentiment envers ceux qui les avaient laissés tomber. Puis un syllogisme étrange, typiquement allemand, qui déduisait : Les adversaires des nazis se sont trompés dans toutes leurs prévisions. Ils ont affirmé que les nazis allaient perdre. Or, les nazis ont gagné. Donc, leurs adversaires avaient tort. Donc, les nazis ont raison. Puis, chez quelques-uns (en particulier chez les intellectuels), la conviction de pouvoir encore changer le visage du parti nazi et l’infléchir dans leur direction en y adhérant eux-mêmes. Ensuite, bien entendu, la soumission pure et simple, l’opportunisme. Enfin, chez les plus primitifs, les plus frustes, dominés par l’instinct grégaire, un phénomène tel qu’il a pu s’en produire dans les temps mythologiques, quand une tribu vaincue abjurait son dieu tutélaire manifestement infidèle pour se mettre sous la protection du dieu de la tribu victorieuse. On avait cru en saint Marx, il n’avait pas secouru ses fidèles. Saint Hitler était manifestement plus puissant. Brisons donc les statues de saint Marx placées sur les autels pour consacrer ceux-ci à saint Hitler. Apprenons à prier: C’est la faute aux juifs, au lieu de : C’est la faute au capitalisme.  Peut-être est-ce là notre salut.

Comme on le voit, ce phénomène n’a rien que d’assez naturel ; il relève tout à fait du fonctionnement psychologique normal, et cela explique presque parfaitement ce qui semble inexplicable. La seule chose qui subsiste, c’est l’absence totale de ce qu’on nomme, chez un peuple comme chez un individu, de la race : à savoir un noyau dur, que les pressions et les tiraillements extérieurs ne parviennent pas à ébranler, une forme de noble fermeté, une réserve de fierté, de force d’âme, d’assurance, de dignité, cachée au plus intime de l’être et que l’on ne peut, précisément, mobiliser qu’à l’heure de l’épreuve. Cela, les Allemands ne le possèdent pas. Ils forment une nation inconstante, molle, dépourvue de squelette. Le mois de mars 1933 en a fourni la preuve. À l’instant du défi, quand les peuples de race se lèvent spontanément comme un seul homme, les Allemands, comme un seul homme, se sont effondrés ; ils ont molli, cédé, capitulé ; bref , ils ont sombré par millions dans la dépression.

Le résultat de cette dépression généralisée fut le peuple uni, prêt à tout, qui est aujourd’hui le cauchemar du monde entier.

Sebastian Haffner. Histoire d’un allemand. Souvenirs (1914-1933) Actes Sud 2004

Au plus près des gens, la NSDAP – le parti national-socialiste – déléguait un Blockwart [ou Blockleiter] : gardien responsable de la surveillance politique d’un îlot urbain [une cinquantaine de foyers], constitué soit d’un immeuble, soit d’un groupe d’habitations individuelles. Membre officiel de la NSDAP, il était le lien entre le parti nazi et la population, chargé d’espionner les habitants et d’informer la Gestapo sur les activités et les opinions antinazies. Il s’occupait de diverses collectes au bénéfice du Parti.

En note dans Quand les lumières s’éteignent de Erika Mann Grasset 2011

4 03 1933   

Inauguration day pour Franklin Delano Roosevelt : il prend les rênes de la Maison Blanche.

Le pays a besoin, à moins que je me trompe sur son caractère, le pays exige une expérimentation hardie et constante. Adopter une méthode et la mettre à l’épreuve, cela relève du sens commun. Si ça rate, l’admettre et en essayer une autre. Mais avant tout, il faut tenter. […] Permettez-moi d’affirmer la ferme conviction que la seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même – The only thing we have to fear is fear itself  – l’indéfinissable, la déraisonnable, l’injustifiable terreur qui paralyse les efforts nécessaires pour convertir la déroute en marche vers l’avenir. […] Les efforts de mes prédécesseurs portaient l’empreinte d’une tradition périmée. Ils en vinrent aux exhortations, plaisant la larme à l’œil pour le retour à la confiance. Ils ne connaissaient que les règles d’une génération égoïste. Ils n’ont eu aucune vision, et sans vision, le peuple meurt.

Discours d’investiture du 4 mars 1933

5 03 1933  

Roosevelt décide de fermer toutes les banques du pays : United States bank holiday. En Allemagne, le parti national-socialiste gagne largement les élections législatives avec 43.91% des voix : il obtient ainsi 288 sièges sur les 647.

9 03 1933 

Roosevelt a réuni le Congrès et lui fait voter la première loi du New Deal, sur les banques, l’Emergency Banking Act ; elles ne seront autorisées à ouvrir à nouveau qu’après en avoir reçu l’accord d’une commission du Congrès, devant laquelle elles devaient apporter la preuve de leur solvabilité. Les ¾ d’entre elles le feront dans les trois jours suivants : la confiance sera revenue et des milliards $ avec, jusque-là planqués à droite à gauche.

Par la Securities and Exchange Commission, créée par le Security Exchange Act, il met en place la réforme jugée la plus importante de l’histoire boursière, nommant à la tête de la SEC Joseph Kennedy, un homme qui connaissait Wall Street aussi bien que la Mafia, père de John Fitzgerald.

L’Executive Order 6102 et le Glass Steagall Act viendront compléter les premiers et sortiront le dollar de l’étalon or, ce qui signifiait que la FED non seulement ne diminue pas les taux d’intérêt, mais bien plus même, qu’elle les augmente afin de protéger le dollar. Toute personne détenant une somme importante d’or fut ainsi sommée de l’échanger contre des dollars à un taux fixé. Passé un certain délai, le gouvernement put exiger la restitution de l’or sans contrepartie. En outre, l’or perdit son cours légal dans le règlement des créances et des dettes à la même époque. Les contrevenants se virent même parfois sanctionnés par des amendes. Dès lors, le dollar put fluctuer librement sur le marché des changes, sans contrepartie en or. Ce n’est qu’en 1934 que l’or redevint convertible, à un prix nettement inférieur au précédent. Globalement, les marchés réagirent bien à l’abandon du Gold Standard, même s’il ne devait être que provisoire au départ.

Il créera encore la Federal Deposit Insurance Corporation qui permettait d’assurer les dépôts dans la limite de 5 000 $.

12 03 1933   

Roosevelt explique sa politique, ses objectifs à la radio : on est tenté de reprendre le titre de première page de l’Express de Françoise Giroud après le discours de réforme de la Sécurité Sociale d’Alain Juppé en novembre 1995 : Gouverner, enfin !

Les Américains nommeront ces trois premiers mois de son mandat : Les 100 jours.

Suivirent tout un train de mesures du premier New Deal en faveur de l’agriculture, de l’industrie et de la lutte contre le chômage. Le gouvernement engagea d’importants investissements et permit l’accès à des ressources financières au travers des diverses agences gouvernementales. Il fallait bien mettre un terme à la concentration croissante des richesses : 36 familles détenaient des revenus équivalents à ceux de 42 millions d’habitants ; sur 27.5 millions de familles, 21.5 ne possédaient aucune épargne. Harry Hopkins sera le principal inspirateur de Roosevelt pour les différentes phases du New Deal.

14 03 1933  

Entrée de l’Economy Act, qui prend en considération deux budgets différents, le budget régulier, et le budget d’urgence qui impose d’équilibrer le budget régulier, en réduisant notamment le salaire des fonctionnaires, et en diminuant les retraites des vétérans de 40 %.

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[1] Pourquoi le Maréchal Pétain ? À cette date, s’il était membre de l’Académie Française où il avait remplacé Foch, mort en 1929, militairement il n’avait plus que le tire d’inspecteur général de la défense aérienne du territoire. C’est probablement Pershing qui l’avait demandé : il restait entre eux le lien très fort des deux hauts responsables qui avaient été outrés que Clemenceau et Foch aient accepté la demande d’armistice allemande le 11 novembre 1918 : tous deux avaient déjà tout planifié pour foncer jusqu’à Berlin…

[2] Dans le nom de la plupart des entreprises allemandes figure l’acronyme AG :  Aktien Gesellschaft, l’équivalent de la SA française : Société anonyme.