25 mai au 18 août 1944. Villes de France bombardées. D day : débarquement allié en Normandie. Fin du régime de Vichy. 12989

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Publié par (l.peltier) le 5 septembre 2008 En savoir plus

25 05 1944 

Les Anglais n’ont de cesse de tromper les Allemands : et si on leur faisait croire que Montgomery a quitté l’Angleterre, ils en concluraient qu’un débarquement sur les côtes françaises n’est pas possible en son absence. Aussitôt dit, aussitôt fait : la principale qualité de l’acteur notoirement méconnu qu’est M.E. Clipton Jones est de ressembler comme deux gouttes d’eau à Montgomery ; après un rapide apprentissage, il décolle pour Gibraltar… juste en face d’Algésiras où les Allemands ont un bel observatoire de tout ce qui se passe sur l’aéroport de Gibraltar. À sa descente d’avion, il ne reste plus qu’au sosie de Montgomery qu’à passer, bien lentement, les troupes en revue… et le tour est joué.

26 05 1944    

Bombardements de Lyon, Nice, Saint Étienne, Chambéry, Marseille, Rouen… : 25 villes auront été touchées, faisant 5 407 morts, dont 1 000 à Saint Etienne, 119 à Chambéry. Les bombardements de Rouen dureront jusqu’au 4 juin.

Mais la préparation du débarquement ne se limitera pas à des bombardements : l’intox y prendra une bonne part : depuis plus d’un an, la LCS avait lancé la fabrication d’une armée … en bois, avant qu’un américain, se souvenant des parades de Broadway, suggère de les faire en caoutchouc : on aura ainsi des chars que quatre hommes peuvent soulever sans difficulté, et le Fusag – fort de 25 divisions -, sera disposé dans le Kent, pour faire croire à l’imminence d’un débarquement dans le Pas de Calais. Coté allemand, seul le général von Runstedt avait deviné tout cela, mais il ne fit pas le poids devant Hitler face à la concentration d’informations disant le contraire : et ainsi deux des meilleures divisions Panzer SS et la XV° armée allemande, la plus redoutable, restèrent cantonnées dans le Nord et le Pas de Calais. On fait de même en Écosse, de façon à faire croire aussi à un débarquement en Norvège, ce qui permettra d’y fixer 400 000 soldats allemands.

L’espion double Arabel, de nationalité espagnole – Joan Pujol Garcia de son vrai nom -, avait lui aussi activement participé à cette guerre de l’intox : les Allemands pour lesquels il était Alaric Arabel, pensaient l’avoir de leur côté quand en fait il travaillait pour les Alliés, pour lesquels il était Garbo. Il avait informé les Allemands, volontairement trop tard, du débarquement, dans la nuit du 5 au 6 juin, leur disant qu’en fait il ne s’agissait que d’un leurre, et que le vrai débarquement allait avoir lieu dans le Pas de Calais, ce qui avait conforté Hitler dans son choix d’y maintenir 7 divisions. Les Allemands ne découvrirent jamais son rôle exact, le décorant de la Croix de fer en juillet 1944, les Anglais le décorèrent de l’Ordre de l’Empire Britannique le 25 novembre 1944. Plus tard, dans sa librairie la Casa del regalo à Lagullinas, au Venezuela, quand la nostalgie le gagnera, il mettra côte à côte les deux décorations, bien en vue et se saoulera devant elles avec un cognac français.

27 05 1944

Les bombardiers américains B24 Libérator avaient mission de bombarder la gare de Nîmes, les casernes, les dépôts de munitions. Ils se loupent et anéantissent tout un service hospitalier, rue Hoche : 271 morts.

05 1944     

Le Daily Telegraph publie des mots croisés où apparaissent les mots Utah, Omaha, Overlord, autant de noms choisis pour les plages du débarquement, six jours plus tard : personne ne saura jamais où cela a bien pu fuiter.

1 06 1944

par Victor Dundy, un soldat américain.

Par le même. On ne peut pas être avec un fusil d’assaut à la main 24h/24.

                    3 06 1944                    

Les Alliés ont attendu le dernier moment pour avertir de Gaulle de l’imminence du débarquement : il le prend mal, et Churchill se fâche, une première fois : De Gaulle must go ! puis une autre en face à face : Sachez le, général ! chaque fois qu’il nous faudra choisir entre l’Europe et le Grand Large, nous serons toujours pour le Grand Large. Chaque fois qu’il me faudra choisir entre vous et Roosevelt,  je choisirai Roosevelt.

Ceci étant, il parait absolument invraisemblable qu’une opération de cette ampleur ait pu être préparée à l’insu de de Gaulle : l’Angleterre fourmillait à cette époque de Français, à l’affut du moindre potin et il semble littéralement impossible que de Gaulle n’ai pu être informé des tous ces débarquements de matériels en provenance des États Unis. Comment peut-on croire cela ? Il ne s’agit pas d’une opération commando, il s’agit de la plus grande opération navale et aéroportés qui ait jamais existé.

Proclamation du GRPF – Gouvernement Provisoire de la République Française -. Hitler s’octroie un peu de repos dans son nid d’aigle pour fêter le mariage de la sœur d’Eva Braun.

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Eva Braun

4 06 1944         

Les cheminots français provoquent 834 déraillements, mettent hors d’usage 6 000 locomotives, et perdent 2 000 des leurs. La 27° division allemande quitte Redon en train : elle n’arrivera à Saint Lô que le 11 juin. Des Boeing B-17 de la 8ᵉ AAF, de l’US Air Force, bombardent le nœud ferroviaire de Versailles : on compte 500 morts mais le château est épargné.

Après avoir forcé le front à la bataille de Monte Cassino, le corps expéditionnaire français – quatre divisions comptant au total 112 000 hommes – commandé par les généraux Juin et de Monsabert aboutit à la libération de Rome où entre le général Mark Clark : […] la colonne s’engageait dans la Via dell’Impero : et, tandis que tourné vers le général Cork, je tendais la main vers le Forum et le Capitole en criant : Voici le Capitole ! une clameur terrible me coupa la parole. Une immense foule de femmes se ruait, en hurlant, à notre rencontre par la Via dell’Impero : elles semblaient se jeter à l’assaut de notre colonne. Elles couraient, échevelées, délirantes, agitant les bras, riant, pleurant, criant : en un instant nous fûmes entourés, assaillis, débordés, et la colonne disparût sous un amas inextricable de jambes et de bras, sous une forêt de cheveux noirs, sous une tendre montagne de seins, de hanches charnues, d’épaules blanches. [Comme d’habitude, dit le lendemain, au cours de son sermon, le jeune curé de l’église de Sainte Catherine, sur le Corso d’Italie, comme d’habitude la propagande fasciste mentait, quand elle annonçait que l’armée américaine, si elle entrait dans Rome, attaquerait nos femmes : ce sont nos femmes qui ont attaqué, et défait, l’armée américaine] Et le bruit des moteurs et des chenilles s’éteignit dans les hurlements de cette foule en délire.

Curzio Malaparte. La Peau. Denoël 1949

Ensuite, le général Juin aura besoin d’un mois pour gagner Sienne : pour que ses hommes y arrivent sur leurs deux jambes et non unijambistes, voire cul de jatte, il lui faudra se mettre au pas des démineurs, en avant des premières troupes : l’itinéraire était truffé de mines, et un démineur, ça avance lentement, très lentement, la peur au ventre, la sueur au front, le geste méticuleux du chirurgien ; une mine désamorcée, et c’est le ouf de soulagement, vite étouffé par l’angoisse de la prochaine.

Le CEF – Corps Expéditionnaire Français – composé à 60 % de nord-africains, sera accusé essentiellement par l’Italie de viols et de pillages.

Donner des statistiques fiables est d’autant plus difficile que les victimes éprouvaient de la honte à en parler, pour des raisons intimes et en raison culture locale marquée par une culture masculine et machiste dominante, tendant à culpabiliser les victimes des viols et leur imposant le silence sur les méfaits subisLa France après-guerre acceptera de dédommager 2 000 victimes et 20 000 cas de pillage. Selon l’historienne Julie Le Gac, vu la réticence des femmes italiennes à porter plainte, le chiffre devait être plus proche des 4 000 à 5 000 viols, le chiffre de 60 000 avancé par les autorités italiennes semblant être exagérément gonflé comme élément de négociation. […] Le général Juin condamnera ces violences tout en les minimisant mais face aux protestations des Américains, il ordonnera que soit fusillé tout soldat pris sur le fait, ce qui conduira selon Julie Le Gac à quelques dizaines d’exécutions sommaires avant que la justice militaire, reprenant les choses en main, ne prononce 185 condamnations pour violences sexuelles mais dont une seule exécution car le viol avait été suivi du meurtre de la victime.

Wikipedia

5 06 1944   

Churchill ne parvient plus à cacher sa colère contre de Gaulle et s’apprête à lui envoyer la lettre suivante, ce que heureusement, il ne fera finalement pas. Découverte parmi les documents conservés aux Archives nationales de Kew, elle met en lumière la relation houleuse des deux chefs de guerre. Exaspéré par les exigences du général Charles de Gaulle, alors dirigeant du Comité français de libération nationale, fraichement arrivé d’Alger, le premier ministre britannique prend la plume. À l’origine de la fureur de Churchill, le refus de de Gaulle de participer à l’enregistrement et la diffusion radiophonique d’un discours avant le débarquement, quand lui-même souhaite que de Gaulle se joigne aux allocations d’Eisenhower, de la reine Wilhelmine et du roi Haakon, prévues au moment du départ de la flotte ; et aussi le blocage de l’envoi d’officiers de liaison français pour accompagner les troupes alliées en France. The Guardian revient sur son contenu.

J’ai essayé à maintes reprises, pendant quatre ans, d’établir une base raisonnable pour une camaraderie amicale avec vous. Mais votre action à ce stade me convainc que cet espoir n’a plus lieu d’être. Vous avez donné l’ordre aux 120 officiers de liaison français, qui ont été si soigneusement formés à accompagner les armées anglo-américaines en France d’abandonner l’effort de libération en cours.

Quelle que soit l’attitude qu’ils adopteront, elle ne diminue en rien le caractère odieux de votre action, et je me dois de vous dire qu’à la première occasion qui se présentera (…) je ferai savoir au monde que la personnalité du général de Gaulle est le seul et principal obstacle entre les grandes démocraties de l’Ouest et le peuple de France. Je ne vois aucune utilité à ce que vous restiez plus longtemps. Un avion sera à votre disposition demain soir, si la météo le permet.

Dwight Eisenhower, [1] le général américain commandant l’opération Overlord [souverain] s’adresse à l’ensemble des forces, et sa déclaration donne encore lieu à une colère de de Gaulle, mais difficile d’y changer quoi que ce soit quand la dite proclamation a déjà été tirée à 40 millions d’exemplaires ! Ceci dit, il reste essentiel de dire qu’Eisenhower aura toujours soutenu de Gaulle et continuera à le faire jusqu’à la victoire – c’est lui qui inclura la 2° D.B. dans les troupes du débarquement, c’est encore lui laissera la même 2°DB libérer Paris -. Tous les autres décideurs américains – Roosevelt en tête – l’auraient avec plaisir mis dans un placard.

Le jour du débarquement avait été initialement fixé au 1° mai 1944, puis reporté au 1° juin, puis au 4, puis au 5 : la météo alors trop mauvaise pour permettre un soutien aérien avait encore entraîné son report au lendemain ; cela correspondait au congé qu’avait pris Rommel pour fêter l’anniversaire de son épouse à Heerlingen : il avait quitté son QG de la Roche Guyon le 4 juin et avait interrompu sa permission pour y être de retour le 6 au soir, même s’il pensait que la tempête ne permettrait pas un débarquement. Une partie de l’armada avait déjà largué les amarres, et 138 navires ne reçurent pas l’ordre d’annulation : un hydravion les rattrapera pour leur dire : go home.

Soldats, Marins et Aviateurs des Forces expéditionnaires alliées !

Vous êtes sur le point de vous embarquer pour la Grande Croisade vers laquelle ont tendu tous nos efforts pendant de longs mois. Les yeux du monde sont fixés sur vous. Les espoirs, les prières de tous les peuples épris de liberté vous accompagnent. Avec nos valeureux Alliés et nos frères d’armes des autres fronts, vous détruirez la machine de guerre allemande, vous anéantirez le joug de la tyrannie que les Nazis exercent sur les peuples d’Europe et vous apporterez la sécurité dans le monde libre.

Votre tâche ne sera pas facile. Votre ennemi est bien entraîné, bien équipé et dur au combat. Il luttera sauvagement.

Mais nous sommes en 1944 ! Beaucoup de choses ont changé depuis le triomphe nazi des années 1940 – 41. Les Nations unies ont infligé de grandes défaites aux Allemands, dans des combats d’homme à homme. Notre offensive aérienne a sérieusement diminué leur capacité à faire la guerre sur terre et dans les airs. Notre effort de guerre nous a donné une supériorité écrasante en armes et munitions, et a mis à notre disposition d’importantes réserves d’hommes bien entraînés. La fortune de la bataille a tourné ! Les hommes libres du monde marchent ensemble vers la Victoire !

J’ai totalement confiance en votre courage, votre dévouement et votre compétence dans la bataille. Nous n’accepterons que la Victoire totale !

Bonne chance ! Implorons la bénédiction du Tout Puissant sur cette grande et noble entreprise.

Le soir, la BBC diffuse les vers de Verlaine, qui annoncent l’imminence du Débarquement :

Les sanglots longs des violons de l’automne
Blessent mon cœur d’une langueur monotone

À Tourcoing, le colonel allemand Helmut Meyer, qui a déjà entendu les jours précédents le premier vers entend maintenant le second : il sait que le jour du débarquement est imminent, mais il ne sait pas où.  Le code avait déjà été utilisé auparavant par un réseau de résistance démantelé par les Allemands. Tous les messages utilisés par ce réseau avaient été bannis par les Alliés, sauf le message Verlaine.

Pendant ce temps-là, dans le spacieux appartement, noblesse littéraire oblige, où Hugo avait jadis logé Juliette Drouet [14, rue Sainte Anastase, dans le 3°. ndlr], Charles Dullin et Simone Jolivet, aidés par Sartre et Simone de Beauvoir ont vu large pour une grandiose fiesta : le salon est noyé de fleurs, les murs parés de guirlandes et de rubans, le buffet est à rendre jaloux les meilleurs traiteurs, et le vin coule à flots. Écrivains, éditeurs, comédiens et ce couple le plus en vue : Camus et sa passion du jour, Maria Casarès qui joue dans son Malentendu au théâtre des Mathurins.

Andreï Makine. Le pays du lieutenant Schreiber. Grasset 2014

Pour faire court, Léon Bloy parlait du Putanat. L’affaire n’est pas nouvelle : en pleine première guerre mondiale – mai 1917 – Diaghilev avait rameuté le tout Paris pour sa Parade. Et, soixante quinze ans plus tard, en pleine pandémie de Covid 19, on verra à Marseille une boîte de nuit avec 200 personnes serrées collées, un mariage avec 600 personnes, un carnaval avec 6 500 personnes, pour une fois non masquées. Et, pour cette fiesta, il ne peut s’agir de fêter le débarquement du lendemain, puisque personne n’en savait rien, de Gaulle le premier !

6 06 1944 

Jour J : Opération Overlord : débarquement allié sur les plages de Normandie.

Apuntes profesionales, de Carlos Alberto SANTOSTEFANO: BATALLA DE ...

Escort Carrier Photo Index: USS OMMANEY BAY (CVE-79)

00 : 05 Bombardement des positions allemandes entre Le Havre et Cherbourg
00 : 15  Largage des pathfinders, les parachutistes chargés des balisages des zones de saut et destruction de voie ferrée par la Résistance.
00 : 20 Atterrissage des planeurs britanniques sur le canal de Caen à la mer
01 : 00 Largage des parachutistes des divisions aéroportées
03 : 20 Atterrissage des planeurs avec le matériel lourd des divisions aéroportées
06 : 00 Début du bombardement naval de la côte normande
06 : 30 Heure H, débarquement sur les plages américaines
07 : 30 Heure H+1, débarquement sur les plages britanniques et canadiennes

Pour accompagner ces images, on aurait pu trouver une autre musique que les 4 saisons de Vivaldi ! Heureusement que l’on peut couper le son.

En 1962, on verra sur les écrans Le jour le plus long de Darryl Zanuck.

Le Jour le plus long (1962) de Ken Annakin, Andrew Marton et Bernhard ...

1 213 bateaux de guerre, 736 navires de soutien, 864 cargos et 4 126 engins et péniches partis de Portsmouth débarquent 20 000 véhicules et 156 000 hommes sur les plages de Normandie,  regroupées en 5 zones entre Saint Martin de Varreville, dans le Cotentin à l’ouest et Ouisthreham sur l’embouchure de l’Orne à l’est. 17 000 parachutés, 56 000 débarqués sur Utah et Omaha et 83 000 débarqués sur le secteur anglo-canadien. Le gros des troupes est britannique et canadien – 72 000 hommes -, et américain – 57 000 hommes -. Quelques Français parmi eux, dès le premier jour : les 177 hommes [2] que commandait le capitaine de corvette Philippe Kieffer, de mère anglaise : entraînés dans les Highlands d’Écosse au milieu des commandos britanniques, ils eurent pour objectif le Casino d’Ouistreham : 11 furent tués sur la plage. Contrairement à ceux de la 2° DB de Leclerc, tous ces hommes parlaient couramment anglais : cela facilite la communication, bien sûr ! Le succès de l’opération sera chèrement payé : 4 900 morts, noyés ou tombés sous les balles sur les plages elles mêmes, et autant dans les combats au-delà des plages. 12 000 avions sont engagés afin d’assurer le soutien du débarquement, dont un millier transportant les parachutistes. 5 000 tonnes de bombes sont larguées sur les côtes normandes. Les combats aériens des semaines précédentes avaient très gravement touché l’aviation allemande, qui ne disposait plus, ce 6 juin 1944 que d’une centaine de chasseurs. Les opérations de débarquement se poursuivront pendant encore plusieurs semaines. 156 000 hommes, c’est l’effectif débarqué ce 6 juin, mais l’opération globale aura concerné 3 millions de soldats ! 3 millions d’hommes, et les Américains comme les Anglais étaient parvenus à cacher cela à de Gaulle ! Stupéfiant !

Dans le même temps, le SOE largue 85 000 conteneurs d’armement sur la Normandie. L’armée des ombres se met en lumière : on comptera 900 sabotages en 24 h sur l’ensemble du territoire. Et, pour avancer dans le pays, les Américains et les Anglais se guideront essentiellement avec … le guide Michelin ! Chaque officier en avait un dans son paquetage ! Plus de 600 plans tracés au 1/200 000°, distances entre les localités les plus proches … tout cela dans 774 grammes. Il faut dire qu’avant guerre, une enquête aux États Unis avait montré que la meilleure source d’informations pour les touristes américains en France avait été les cartes et le Guide Michelin.

08 h 00 

Toutes les liaisons radio ont été coupées. Montague Taylor, de l’Agence Reuter, envoie son pigeon Gustav porter la bonne nouvelle jusqu’à Thorney Island, dans le Sussex, à 240 km de là : il le fera en moins de 5 heures, malgré un vent contraire de 48 km/h. L’exploit lui vaudra la Médaille Dickin, l’équivalent pour les animaux de la Victoria Cross.

Bien sûr, sur une opération aussi gigantesque, il y a quelques couacs, qui signifient tout de même la mort que quelques dizaines d’hommes : il en alla ainsi des chars amphibies, essentiellement des DD – Duplex Drive, un Sherman américain modifié – dont nombre d’entre eux furent envoyés par le fond, sans un seul obus, simplement du fait d’une mer plutôt agitée. Le général anglais Percy Hobbart, qui les avait conçus était certainement très qualifié en matière de chars, mais il est bien possible qu’en revanche il n’ait jamais mis les pieds sur un bateau : il avait conçu ses chars pour flotter avec des creux de 30 centimètres ; malheureusement, ce jour-là, dans la Manche et sur Omaha Beach, certaines faisaient 2 mètres ! Sur 32 chars transportés pour Omaha Beach, 27 n’arrivèrent pas sur la plage ! De plus, les LCT – Landing Craft Tank, les navires qui les transportaient – avaient une vitesse inférieure à celle des navires qui transportaient l’infanterie, et donc, ceux qui réchappèrent à la noyade, arrivèrent sur la plage un quart d’heure après les premiers biffins, quand ils étaient censés couvrir leur arrivée de leur armement ! L’épisode, peu glorieux, restera longtemps enfoui dans les tiroirs.

Huit heures après Eisenhower, de Gaulle intervient à la BBC : La bataille suprême est engagée ! Après tant de combats, de fureur, de douleurs, voici venu le choc décisif, le choc tant espéré. Bien entendu, c’est la bataille de France, c’est la bataille de La France… Derrière le nuage si lourd de notre sang et de nos larmes voici que reparaît le soleil de notre grandeur.

vers 21 h, le même jour   

À Paris, Jean Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Arletty et Otto Abetz assistent au théâtre du Vieux Colombier à Huis clos  – l’enfer, c’est les autresde Jean Paul Sartre. L’histoire ne dit pas si tout ce beau monde était bras dessus, bras dessous…

7 06 1944  

Violette Szabó, 22 ans, déjà veuve d’un officier mort en Égypte à la bataille d’El Alamein, en 1942, mère d’une petite fille de 2 ans, et ses trois compagnons d’armes, tous membres du SOE – Special Operation Executive –  sont parachutés dans les environs de Limoges pour retarder le plus possible la division Das Reich qui remonte vers le nord pour contrer les forces du débarquement. Bob, alias Paco, est spécialiste des explosifs pour faire sauter ponts et chemins de fer ; elle-même est courrier, chargée d’assurer la coordination des ces opérations avec la Résistance locale. Deux jours plus tard, en fuyant une patrouille allemande, elle se tord la cheville et se retrouve torturée pas la Gestapo. Elle ne parlera pas, sera déportée à Ravensbrück où elle sera exécutée le 27 janvier 1945. La Division Das Reich aura été retardée d’une quinzaine de jours. Ce retard n’est-il pas à l’origine des massacres de populations civiles des jours suivants ? La question ne peut pas être éludée.

Soixante-quinze femmes sont parties de Tempsford, l’aéroport secret d’où elles décollaient de nuit sans autre éclairage que celui de la lune, près de Cambridge. Vingt-deux n’ont pas survécu à leur mission.

Quelque 600 maquisards FTP – Francs Tireurs et Partisans, communistes – sous les ordres de Jean-Jacques Chapou – alias capitaine Philippe – attaquent Tulle le 7 au matin. Dans la confusion, le préfet négocie avec les chefs résistants le départ vers Limoges du contingent de 600 GMR, – Groupe Mobile de Réserve, la police de Vichy -, au milieu desquels vont se dissimuler des miliciens. Les combats sont en revanche rudes avec la garnison allemande. Les morts se comptent par dizaines de part et d’autre. Dix-sept gardes- barrières qui ont le malheur de porter un brassard blanc sont confondus avec des FTP et exécutés par les forces d’occupation.

À Béziers, quelques jours plus tôt le Plan vert de la Résistance s’est efforcé de couper les voies ferroviaires, à l’exception d’une section qui a outrepassé les consignes et croise des Allemands, supérieurs en nombre et en armes au col de Fontjun, entre Cébazan et Saint Chinian : accrochage au bout duquel les Allemands font prisonniers 18 résistants qu’ils fusillent au Champ de Mars de Béziers : parmi eux, Juliette Cauquil qui les a insultés quand ils fusillaient son mari.

9 06 1944   

La division SS Das Reich pend aux balcons  et aux réverbères de Tulle en Corrèze 99 otages, et en déporte 149 autres en représailles de l’assaut sanglant de la Résistance, deux jours plus tôt. Jean-Jacques Chapou se suicidera le 16 juillet. Mise en service des premiers aérodromes alliés sur le continent.

10 06 1944   

Massacre d’Oradour sur Glane, par la division SS Das Reich – 150 hommes commandés par le général Fritz von Brodowski -, au sein de laquelle on compte 14 Alsaciens, dont 12 malgré nous : il y aura 642 victimes, dont 244 femmes et 193 enfants brûlés à l’intérieur d’une église. 7 rescapés raconteront l’horreur.

Condamnés en 1953 par la Cour de Justice de Bordeaux, les 14 Alsaciens seront graciés par l’Assemblée Nationale : la Commune d’Oradour renverra alors sa légion d’honneur et interdira à tout représentant de l’État toute participation aux cérémonies de commémoration.

Les Alsaciens n’attendirent pas la seconde guerre mondiale pour connaître ces déchirements : devenus Allemands en 1870, ils étaient donc considérés comme tels dès le début de la première guerre mondiale : ceux qui se trouvaient alors sur le territoire français furent assignés à résidence : Albert Schweitzer fit partie du lot, et passa ainsi un an à la Maison de santé Saint Paul, à Saint Rémy de Provence, là même où Vincent Van Gogh fût interné à sa demande de mai 1899 à mai 1890.

Il faut que nous prenions nous-même des dispositions pour que cela ne se reproduise pas. Si nos amis nous aident, tant mieux. Mais il nous appartient, indépendamment de toute sécurité générale, de faire justice et d’empêcher le renouvellement de tels crimes.

Général de Gaulle, le 5 mars 1945

Photo aérienne de Oradour-sur-Glane - Haute-Vienne (87)

Ce même 10 juin, 47 francs-tireurs et partisans (FTP), des gamins encore, avaient été froidement abattus à Ussel.

12 06 1944   

Les 10 premiers V1, – Vergeltungswaffe – armes de représailles, surnommées les chiens d’enfer – bombes volantes allemandes, 7,5 m de long, 5.2 m d’envergure, un poids de 3 tonnes, emportent 820 kg d’explosifs à 650 km/h, à 800 mètres d’altitude. Les Allemands en lancèrent 244 pendant ces trois jours, 24 000 au total, jusqu’à la fin de la guerre. Ils firent 4 700 morts ; mais les Mosquitos anglais étaient à même de les déstabiliser d’un coup d’aile en vol, et en détruisirent ainsi 4 600. D’autre part, leurs rampes de lancement étaient facilement repérables par un avion et furent copieusement bombardées.

À Meymac, en Corrèze, des résistants que la capture de 47 soldats allemands et une Française collaboratrice encombre bien (nourriture, hébergement) reçoivent l’ordre de les liquider et ils le font, à l’exception de quelques uns qui refusent, dont Edmond Réveil qui révélera l’affaire à 98 ans, en 2023. Nul ne saura jamais combien d’histoires sordides de ce genre seront restées cachées, tues à jamais.

L’Office national des combattants et des ­victimes de guerre (ONACVG) s’est saisi de l’affaire, en lien avec le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge (VDK), l’association allemande dont la mission est de retrouver partout dans le monde les corps des soldats disparus au cours des différents conflits. Le lieu des exécutions a été retrouvé, au dire des autorités. En juillet 2023, des sondages par radar ont détecté des anomalies du terrain et la présence d’objets métalliques enterrés. Les fouilles commenceront en août 2023.

[…] Bizarrement, les hommes du VDK étaient déjà passés à Meymac, à la fin des années 1960. Ils avaient creusé une première fosse et exhumé onze corps, dont sept avaient été identifiés, qui avaient été transférés dans le cimetière militaire allemand de Berneuil (Charente Maritime). Un agriculteur de la commune, André Nirelli, qui avait 10 ans à l’époque, se souvenait du passage de ces mystérieux visiteurs, guidés par son père. Il situe formellement la scène en 1967. Un bref rapport du VDK est, lui, daté de 1969. C’est la seule trace écrite de cette première campagne : il n’existe rien d’autre, ni dans la presse locale ni surtout dans les archives françaises, ce qui paraît surprenant alors que des corps ont été déplacés.

[…] Les émissaires venus d’Allemagne n’étaient pas les bienvenus. L’ancien envahisseur ne faisait rien non plus pour plaire. Pour mémoire, la République fédérale refusait obstinément d’extrader le SS Heinz Lammerding, commandant de la division Das Reich, qui avait été condamné à mort par contumace en 1953 par le tribunal de Bordeaux pour avoir ordonné les massacres de Tulle et Oradour. Il mourra dans son lit en 1971.

[…] Dans son témoignage versé après la guerre aux archives de Tulle, le colonel Louis Godefroy, alias Rivière, assume la responsabilité de l’ordre d’exécution. C’était outre une charge énorme un réel danger pour la sécurité de nos éléments d’avoir à garder des prisonniers alors que l’ennemi sillonnait la région, écrit-il. La situation (…) exigeait leur disparition immédiate. Louis Godefroy ajoute que les prisonniers connaissaient leurs déplacements et leurs planques, justifiant à ses yeux de prendre la seule décision possible : les passer par les armes. Selon les maquisards, les prisonniers se seraient vu proposer un marché : rejoindre les rangs des rebelles ou être tués.

Hannibal, le chef du groupe, est chargé d’appliquer l’ordre. Quand il a compris qu’il devait les tuer, il a pleuré comme un gamin, assure Edmond Réveil à La Montagne. Il était alsacien, donc il parlait allemand. Il leur a parlé un par un. Mais il y avait une discipline dans la Résistance. Il a demandé aux gars lesquels se portaient volontaires pour exécuter les ordres. Chaque maquisard avait son bonhomme à tuer. Il y en a, parmi les gars, qui n’ont pas voulu, dont moi. Les prisonniers ont été tués, on a versé de la chaux sur eux et on n’en a plus jamais reparlé. Ce n’est pas marrant, vous savez, de fusiller quelqu’un… La femme est passée par les armes, en treizième position, se souvient précisément le témoin. De ces heures, Edmond Réveil a conservé en tête l’odeur du sang.

[…] Régulièrement, des corps allemands sont retrouvés en Normandie, désarmés, avec une balle dans la nuque : des prisonniers dont les troupes libératrices ne savaient que faire au cœur des combats.

Alain Albinet, Benoît Hopquin. Le Monde du 12 08 2023

14 06 1944

De Gaulle embarque sur le contre-torpilleur La Combattante et débarque sur une plage entre Gray sur mer et Courseulles.

Les généraux Marshall et Arnold, les maréchaux Brooke et Smuts, l’amiral King et le premier ministre Winston Churchill, envoient un télégramme à l’amiral Lord Louis Mountbatten en poste à la tête du SEAC, sur le point de gagner contre les Japonais la bataille d’Imphal : Nous avons rendu visite ce jour aux armées britanniques et américaines établies en terre de France. Nous avons navigué entre de vastes armadas de navires et de péniches de débarquement de tous types qui mettaient à terre des hommes, des véhicules et des approvisionnements en nombre toujours croissant. […] Nous tenons à vous dire à ce stade de votre dure campagne que nous sommes pleinement conscients du fait qu’une bonne partie de ces remarquables réalisations et du succès qu’elles ont rendu possible trouvent leur origine dans les techniques mises au point par vous et votre état major à la direction des Opérations combinées.

15 06 1944

Le sous-préfet de Bonneville, Jacques Lespes est le premier fonctionnaire civil à avoir donné l’ordre de désarmer devant la résistance : il est fusillé sans jugement. 300 bombardiers de la RAF, pilonnent le port de Boulogne sur Mer. Les Américains bombardent Nantes et la cathédrale est à nouveau endommagée. Le général de Gaulle se rend à Bayeux, puis Isigny, détruite à 60 %, faisant le nécessaire pour que lui soit rapidement reconnue une légitimité : nomination d’un sous préfet etc…

16 06 1944

Marc Bloch, 58 ans, père de six enfants, est fusillé aux côtés de vingt-neuf autres résistants à Saint Didier de Formans, Ain. Il avait été arrêté au matin du 8 mars 1944 sur le pont de la Boucle à Lyon, puis torturé dans les locaux de l’École de santé militaire et interné à la prison de Montluc.

Où que je doive mourir, en France ou sur la terre étrangère et à quelque moment que ce soit, je laisse à ma chère femme ou, à son défaut, à mes enfants, le soin de régler mes obsèques, comme ils le jugeront bon. Ce seront des obsèques purement civiles : les miens savent bien que je n’en aurai pas voulu d’autres. Mais je souhaite que, ce jour là – soit à la maison mortuaire, soit au cimetière – un ami accepte de donner lecture des quelques mots que voici :

Je n’ai point demandé que, sur ma tombe, fussent récitées les prières hébraïques, dont les cadences pourtant, accompagnèrent, vers leur dernier repos, tant de mes ancêtres et mon père lui même. Je me suis, toute ma vie durant, efforcé de mon mieux, vers une sincérité totale de l’expression et de l’esprit. Je tiens la complaisance envers le mensonge, de quelque  prétexte qu’elle puisse se parer, pour la pire lèpre de l’âme. Comme un beaucoup plus grand que moi, je souhaiterais volontiers que, pour toute devise , on gravât sur ma pierre tombale ces simples mots : Dilexit veritatem. – J’ai chéri la vérité -. C’est pourquoi il m’était impossible d’admettre qu’en cette heure des suprêmes adieux, où tout homme a pour devoir de se résumer soi-même, aucun appel fut fait en mon nom, aux effusions d’une orthodoxie, dont je ne reconnais point le credo.

Mais il me serait plus odieux encore que dans cet acte de probité personne pût rien voir qui ressemblât à un lâche reniement. J’affirme donc, s’il le faut, face à la mort, que je suis né juif ; que je n’ai jamais songé à m’en défendre ni trouvé aucun motif d’être tenté de le faire. Dans un monde assailli par la plus atroce barbarie, la généreuse tradition des prophètes hébreux, que le christianisme, en ce qu’il a de plus pur, reprit pour l’élargir, ne demeure-t-elle pas une de nos meilleures raisons de vivre, de croire et de lutter ?

Étranger à tout formalisme confessionnel comme à toute solidarité prétendument raciale, je me suis senti durant ma vie entière, avant tout et très simplement Français. Attaché à ma patrie par une tradition familiale déjà longue, nourri de son héritage spirituel et de son histoire, incapable en vérité d’en concevoir une autre où je puisse respirer à l’aise, je l’ai beaucoup aimé et servi de toutes mes forces. Je n’ai jamais éprouvé que ma qualité de Juif mit à ces sentiments le moindre obstacle. Au cours des deux guerres, il ne m’a pas été donné de mourir pour la France. Du moins puis-je, en toute sincérité, me rendre ce témoignage : je meurs, comme j’ai vécu, en bon Français.

Il sera ensuite – s’il a été possible de s’en procurer le texte – donné lecture de mes cinq citations. [Chevalier de la Légion d’honneur en 1920, Croix de guerre 14 – 18 avec 2 étoiles d’argent et 2 étoiles de bronze, 4 citations, Croix de guerre 39 – 45 avec étoile de vermeil, 1 citation, Médaille de la Résistance française, avec rosette. Il entrera au Panthéon le 16 juin 2026]

Fait à Clermont Ferrand le 18 mars 1941

Marc Bloch. Photo DR

17 06 1944 

Himmler donne l’ordre d’évacuation de camps de concentration : cela va se faire par train… quand il y en aura. Et quand il n’y en a pas, elle se feront à pied : on verra des marches de Budapest à Vienne – 250 km – , d’Auschwitz à Groβ Rosen, etc… L’ordre était appliqué avec beaucoup de souplesse : ainsi Hans Aumeier, commandant du camp de Klooga, en Estonie, estimera que le plus simple était de tuer tous les détenus, ce qu’il commença à faire le 19 septembre et qui se termina 4 jours plus tard : 2 500 juifs et 73 prisonniers de guerre russes et estoniens seront tués. Le 23 septembre, les derniers SS s’enfuiront, sans avoir eu le temps de brûler tous les corps. Le 28 septembre arriveront les Russes, qui trouveront 85 vivants. Ils photographieront les buchers découverts en forêt, les cadavres alternant avec les billots de bois. Aumeier sera arrêté le 11 juin 1945, extradé en Pologne où il sera jugé surtout pour ses exactions à Auschwitz où il était en poste auparavant. Condamné à mort le 22 décembre 1947, il sera pendu le 28 janvier 1948 dans une prison de Cracovie.

DISCOVERY OF THE MASS MURDER – KLOOGA CONCENTRATION CAMP AND HOLOCAUST MEMORIAL

18 06 1944 

Denise Jacob, ainée de Simone Weil, est arrêtée à Lyon par la Gestapo. Elle y passe deux mois, est torturée, ne parle pas. Elle sera déportée à Ravensbrück et en sortira vivante. Elle s’apprêtait à livrer deux postes émetteurs et du matériel estampillé made in England au maquis des Glières.

Albert Beugras, père d’Anne Marie, 10 ans, qui deviendra Anne Sylvestre, et de Marie Chaix -, fait parti du bureau politique du PPF – le Parti Populaire Français – de Jacques Doriot. Il se réfugiera en Allemagne deux mois plus tard, puis sauvera sa peau en se rendant aux Américains. Mais déjà, pour Anne Marie, l’ambiance à l’école, chez les Dominicaines, tourne vite à la mise en quarantaine. La supérieure est la sœur du colonel Rémy, figure de la résistance. Elle même a été déportée. Elle prendra la défense d’Anne Marie avec vigueur et les choses rentreront dans l’ordre.

19 06 1944  

Une tempête détruit le port artificiel américain de Saint Laurent sur Mer : il était en service depuis 3 jours ; on débarquera plus de matériel directement sur les plages. L’autre port artificiel, à Arromanches, est endommagé mais pourra être remis en état et restera opérationnel pendant 8 mois : jusqu’à la fin août il verra débarquer 20 % des forces alliées.

20 06 1944     

Des miliciens font sortir Jean Zay, ancien ministre du Front Populaire, de la prison de Riom : c’est pour l’assassiner.

du 6 au 22 06 1944   

Saint Lô aura subi sept bombardements alliés : détruite à 90 %, elle héritera du nom de capitale des ruines. On comptera environ 400 morts.

En visant ces villes carrefour, l’enjeu était de couper les grands axes qui auraient servi aux renforts allemands pour rejoindre la tête de pont allié. En fait les Allemands n’ont éprouvé aucune difficulté à contourner ces champs de ruines.

Michel Boivin

Les Américains débarquent à Saïpan, dans les îles Mariannes, dans le Pacifique : 5 mois plus tard ils l’utilisaient comme base pour bombarder Tokyo. À l’est, début de l’offensive russe.

23 06 1944  

Maurice Rossel, ancien membre du CICR, visite le camp de Theresienstadt, vitrine des nazis destinée à l’opinion internationale : la mascarade était la règle et le brave homme s’était laissé berner : orchestre jouant dans un pavillon spécialement construit pour l’occasion, fausse école. Il repartira avec des photos d’enfants souriants et bien nourris, et rendra un rapport parlant de la situation enviable des Juifs ! Trois mois plus tard, le même brave homme visite Auschwitz sans s’inquiéter du pourquoi et du comment des chambres à gaz, et, dans les mêmes semaines, pour bien profiter des décors mis en place à Theresienstadt, la Gestapo de Prague demandera au cinéaste juif Kurt Gerron, interné au camp d’y tourner un film de propagande tout à la gloire des conditions de vie idylliques pour les détenus ! Ce ne sera évidemment qu’un tissu de falsifications ! en commençant par les malades les plus gravement atteints évacués hors champ de la caméra pour être remplacés par des malades en bonne santé et souriants etc etc …

26 06 1944

Les Américains prennent Cherbourg, le port en eau profonde tant convoité pour permettre la suite du débarquement des forces alliées : mais d’importants travaux seront nécessaires pour réparer la casse allemande, et il faudra attendre la fin juillet pour qu’il redevienne opérationnel.

29 06 1944

Le transporteur de troupes japonais Toyama Maru est torpillé par le sous-marin américain USS Sturgeon, avec à son bord plus de 6 000 hommes de la 44e brigade mixte indépendante japonaise. Le naufrage cause la mort de 5 600 soldats.

28 06 1944

Depuis le 6 janvier, Philippe Henriot est secrétaire d’État à l’information et à la Propagande de Vichy, dans un gouvernement Laval, sous la pression des Allemands, contre l’avis de Pétain, qui avait refusé de signer le décret de sa nomination. La Résistance, inquiète des ravages dans l’opinion  du redoutable tribun de Radio Paris a ordonné son exécution. Et c’est Charles Gonnard, à la tête d’un commando du COMAC – un comité chargé de coiffer tous les FFI -, qui s’en charge : ils l’abattent à son domicile. Il aura droit à des obsèques nationales le 2 juillet 1944, en présence de tout le gouvernement, de nombreux allemands… et du cardinal Suhard.

29 06 1944   

La mort de Philippe Henriot appelle vengeance pour la Milice, qui exige le peloton d’exécution pour 30 otages juifs. À Paul Touvier, responsable de la Milice à Lyon, couvrant 10 départements, on demande d’en désigner 7 parmi les prisonniers  : il les fait exécuter contre le mur du cimetière de Rilleux la Pape.

30 06 1944   

Rezso Kasztner, journaliste juif de 38 ans, cofondateur du Comité d’aide et de secours, face à la déportation massive des Juifs hongrois, a négocié avec Adolf Eichmann le détournement d’un convoi de 1 684 déportés vers la Suisse, contre rançon à raison de 1 000 $ par personne. Ceux qui ne disposaient pas de la somme étaient les plus nombreux et donc, Kasztner avait dû procéder au choix – par mise aux enchères des inscriptions sur la liste du convoi – d’un bon nombre de riches qui payaient ainsi pour plusieurs personnes. Le train quitte Budapest, en fait non pour la Suisse mais pour le camp de Bergen Belsen, d’où 318 enfants repartiront pour la Suisse en août ; les adultes, moins les morts et ceux qui seront maintenus à Bergen Belsen, partiront pour la Suisse en décembre. Après la guerre, Rezso Kasztner se retrouvera assez rapidement en Israël au cœur d’une aigre dispute : collaborateur ou héros ? Un premier jugement en 1956 le condamnera pour avoir vendu son âme au diable. Un extrémiste de droite l’assassinera en 1957 et la Cour suprême le réhabilitera en 1958. L’affaire sera portée à l’écran par Gaylen Ross en 2008 : Le juif qui négocia avec les nazis.

3 07 1944 

L’approche de la défaite rend les nazis ivres de haine, et de plus en plus ancrés dans la folie, ils poursuivent leur œuvre de mort : 750 juifs et résistants de tous bords dont beaucoup de républicains espagnols partent en train de Toulouse pour Dachau, où ils arriveront 56 jours plus tard… le 28 août avec 536 déportés dont 63 femmes… Les Allemands n’avaient plus la main sur la logistique ferroviaire et les difficultés seront innombrables ; de Toulouse, le train se dirigera vers Angoulême pour gagner Paris, voulant ainsi  éviter la vallée du Rhône, moins sûre, mais à Angoulême, ça ne passe plus : demi-tour et l’on repasse par Bordeaux où le convoi passera près d’un mois : Maurice Papon aura sa part de responsabilité dans les conditions de vie inhumaines imposés aux hommes à la synagogue de Bordeaux, les femmes étant à la caserne Bourdet ; puis Toulouse, Nîmes ; le trajet de Roquemaure à Sorgues – 17 km – sera fait à pied car les ponts ferroviaires sur le Rhône sont impraticables ; ce n’est qu’à Sorgues que les habitants viendront les réconforter, – nourriture, eau – ; autre point positif : cela permet les évasions : ils seront une trentaine à la réussir, Lyon, Dijon, Nancy, Metz, Sarrebrück, Dachau où ils ne reste que 536 déportés  : 160 se sont échappés, 54 sont morts pendant cet interminable voyage. Près de la moitié des 536 mourront à Dachau.

6 07 1944  

De Gaulle reçoit un accueil triomphal à New York. New York n’est pas Washington et encore moins la Maison Blanche, mais cela contribuera tout de même à le rendre plus fréquentable aux yeux de Roosevelt.

7 07 1944

Georges Mandel, ex-ministre des Postes, des Colonies, puis de l’Intérieur quand Paul Reynaud était président du Conseil, est assassiné en forêt de Fontainebleau par la Milice sur ordre allemand, probablement en représailles à l’exécution de Philippe Henriot. Il venait de quitter Buchenwald pour être remis aux autorités françaises.

8 07 1944   

Anglais et Canadiens lâchent 2 500 tonnes de bombes sur Caen. 12 000 Caennais iront se réfugier dans les carrières de pierre souterraines au sud de la ville, exposés au typhus et à la malnutrition.

La Libération de Caen : Que s'est il passé le 7 juillet 1944 ...

10 07 1944

Libération de Caen.

12 07 1944

Le général Théodore Roosevelt meurt d’une crise cardiaque au sud de Carentan. Fils de l’ancien président Théodore Roosevelt, cousin éloigné de l’actuel président Franklin Delano, il sera enterré au cimetière militaire américain de Colleville, haut lieu de mémoire de la seconde guerre mondiale pour les Américains, où le rejoindra la dépouille de son frère Quentin, mort en combat aérien le 14 juillet 1918, aux commandes d’un Nieuport 28, dans le ciel de Chamery.

D-Day: Leon Kroll’s Mosaic at Omaha Beach

9 387 tombes, dont 307 inconnus et quatre femmes.

et, sur le lieu même des combats, à Omaha Beach, les Braves, sur la commune de Saint Laurent sur Mer : une réplique un peu réduite sera édifiée en 2023 au War Memorial de Grosse Pointe (Michigan), sur les bords du lac Sainte Claire. Anilore Banon, sculptrice française est née en 1957 à Casablanca.

Les Braves

Les sculptures d’Anilore Banon sont debout, debout comme les corps de nos ancêtres et comme les nôtres depuis 10 millions d’années, debout comme les colonnes des temples de nos cultures depuis 10 milliers d’années, debout comme l’offrande solennelle aux Hommes et aux Dieux, debout comme la proclamation, la mise en garde, la dissuasion, debout comme la curiosité, la vigilance, la voyance, debout comme la liberté, la responsabilité, la dignité. 

Yves Coppens. Catalogue d’exposition Statues de liberté 2000

14 07 1944   

Les prisonniers de droit commun enfermés à la Santé se soulèvent : la répression donne lieu à un massacre.

16 07 1944

À la fin du mois de juin, de Gaulle avait retiré le CEF – Corps Expéditionnaire Français – du front italien pour l’intégrer dans l’armée B du général de Lattre de Tassigny, qui débarquera en Provence en août 1944.

Fait rare dans l’Histoire, on aura vu une direction de guerre décider de sang-froid que la victoire ne serait pas exploitée. (…) L’Histoire jugera, et elle ne jugera pas sans ironie, en déplorant que le bon sens français n’ait pu se faire entendre au Conseil interallié.

Lettre du Général Juin au général de Gaulle.

20 07 1944    

À 12 h 42, une bombe posée par le colonel Claus Schenk Graf von Stauffenberg explose au QG d’Hitler, le Wolfsschanze – La Tanière du Loup – à Forst Görlitz – aujourd’hui Gierłoż – près de Rastenburg, en Prusse Orientale, aujourd’hui Ketrzyn en Pologne. Il y a des blessés, 4 morts, Hitler, n’est que légèrement blessé : le colonel n’avait utilisé que la moitié des explosifs [grièvement blessé en Afrique du Nord, il n’avait plus qu’un œil et une main valide], et surtout Hitler qui attendait Mussolini, avait décidé peu avant de changer le lieu de la réunion, passant d’une pièce aux murs de béton, à un baraquement provisoire en bois – die Lagebarack – : le souffle de l’explosion s’est exercé surtout sur les cloisons qui ont volé en éclat ; si la salle initiale avait été utilisée, la seule charge déposée aurait largement suffi à tuer tout le monde. Le général Fellgiebel avait promis de faire sauter le central téléphonique concerné, mais il ne le fit pas, catastrophe sans appel pour les conspirateurs, car il était indispensable, pour endiguer la révolte, de disposer d’un réseau de communications intact, dira J.W. Wheeler Bennet. La train de Mussolini avait été retardé et il n’était arrivé qu’après l’explosion, accueilli en gare de Görlitz, dans la banlieue de Berlin par un Hitler apparemment en bonne forme, même s’il avait quelques cheveux bien roussis et un bras droit choqué. Ayant quitté la pièce peu avant, le colonel von Stauffenberg avait regagné Berlin, persuadé de la réussite de l’attentat, et avec les autres conjurés, il ordonne l’arrestation des SS. Cela n’ira pas plus loin ; Fromm, devant l’absence de confirmation de la mort d’Hitler, l’arrêtera : il sera fusillé la nuit même avec ses complices, en criant Vive la sainte Allemagne. Vers 1 heure du matin, Hitler lui-même annoncera à la radio qu’il était bien vivant. La répression fera plus de cinq mille victimes, surtout parmi les officiers de la Wehrmacht et leurs familles, pendus à une corde de piano pour que l’agonie dure plus longtemps, puis accrochés par la gorge à un croc de boucher. Hitler donne quasiment tous pouvoirs à Heinrich Himmler.

21 07 1944     

10 000 soldats allemands montent à l’assaut du maquis du Vercors : 700 morts sur les 4 000 résistants. Les armes parachutées depuis novembre 1943 avaient pu l’être grâce aux Special Operations Executive anglais, qui avaient effectué la liaison entre les quartiers généraux des Alliés, ceux de la France Libre à Londres et ceux du Vercors. Les Alliés avaient programmé un très important parachutage d’armes sur le Massif Central qui aurait dû avoir un rôle primordial dans l’équipement de la Résistance pour libérer le territoire. Finalement cette opération Caïman sera annulée le 1°août, mais ce seul projet avait déjà fait abandonner le Vercors que de Gaulle avait d’ores et déjà sacrifié : la promesse du parachutage de 4 000 hommes n’avait engagé que ceux qui l’avaient cru. Ce 1° août est aussi le jour de la mort, les armes à la main, de Jean Prévot – alias capitaine Goderville – à la tête du maquis du Vercors, qui voulait défendre violemment des idées modérées.

La Freiwilligen-Stamm Division, composée de Turcs, Arméniens, Azerbaïdjanais, Géorgiens, Tatares Ukrainiens, partie des Ostlegionen, brûlent le village de Dortan dans l’Ain, dont l’activité principale est la fabrication de pièces à jouer en bois. La Wehrmacht était à Saint Claude et à Dortan depuis avril ; aidés de la Gestapo de Klaus Barbie, ils mettaient en œuvre l’opération Treffenfeld, – répression de la Résistance – en déportant les populations par centaines, quand on ne les torture pas puis exécute sur place.

22 07 1944  

Signature des accords de Bretton Woods, avec pour objectif la mise en place d’une organisation monétaire mondiale et l’aide à la reconstruction et le développement économique des pays touchés par la guerre : 730 délégués représentent 44 nations alliées. Est présent un observateur soviétique. La France est représentée Pierre Mendès France. Les deux maitres d’œuvre sont John Maynard Keynes, à la tête de la délégation britannique, et Harry Dexter White, assistant au secrétaire au Trésor des États Unis, qui avaient chacun leur plan. Le plan Keynes fut ébauché dès 1941 et préparait un système monétaire mondial fondé sur une unité de réserve non nationale, le bancor. La partie américaine mettait en avant le rôle de pivot du dollar américain et proposait plutôt de créer un fonds de stabilisation construit sur les dépôts des États membres et une banque de reconstruction pour l’après guerre. Finalement, c’est la proposition de White qui prévalut, organisant le système monétaire mondial autour du dollar américain, mais avec un rattachement nominal à l’or.

Deux organismes ont vu le jour lors de cette conférence, qui sont toujours en activité :

  • la Banque Mondiale, formée de la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement [BIRD] et de l’Association Internationale de Développement [IDA]. Les règles en vigueur, évidemment favorables aux pays fondateurs y seront immuables pendant plus de 50 ans : ainsi, les États Unis ont toujours en 2010, 16 % des droits de vote, ce qui représente plus que la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie réunies !
  • Le Fonds Monétaire International  [FMI] est régi par des règles identiques, tout aussi rigides : ainsi, en 2010, la Belgique dispose de droits de vote plus importants que le Brésil…

Un troisième organisme aurait dû être créé, chargé du commerce international. Mais en l’absence d’accord, il ne verra le jour qu’en 1995 avec la création de l’Organisation Mondiale du Commerce [OMC]  après les cycles de négociations de l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce [Kennedy Round, puis GATT].

24 07 1944

La ligne de démarcation [3] passe entre Bourges au nord, en zone occupée et Saint Amand Montrond, au sud, en zone libre jusqu’en novembre 1942 ; assez nombreux étaient les Juifs à s’y être réfugiés. Pierre Marie Paoli, 23 ans, avait été engagé comme interprète par la Gestapo de Bourges le 31 mars 1943 et en quelques mois pendant lesquels son zèle antisémite et anti communiste lui avaient fait grimper les échelons, il était devenu SS Scharführer. Trois jours plus tôt, il fait rafler 36 juifs – 28 hommes, 6 femmes – qu’il fait jeter dans des puits les 24, 26 juillet et 8 août sur la ferme abandonnée de Guerry, devenue terrain militaire. Il a bien d’autres crimes à son actif : peu nombreux étaient les survivants à ses interrogatoires : on estime ses victimes à 300. Dans son village natal d’Aubigny, quatre seulement revinrent des camps où il en avait envoyé 23. Il va suivre les Allemands lorsqu’ils évacueront Bourges le 6 août, sera rattrapé le 16 mai 1945 par les Anglais à Flensburg, près du Danemark, qui le livreront aux Français en janvier 1946 ; il sera fusillé sur le polygone de Bourges le 15 juin 1946.

26 07 1944 

Résistance allemande à Arnhem, Pays Bas ; ils prolongeront la guerre de 8 mois, en tenant des poches en Alsace, en Prusse orientale, en Hongrie, et en lançant l’offensive des Ardennes pendant l’hiver 44/45.

Paul Morand a fui la Roumanie, deux mois plus tôt, bombardée par les Anglo-américains comme par les Russes. La protection de Jean Jardin lui obtient le poste d’ambassadeur à Berne, où il va rester … 41 jours.

Les rangs de la Résistance se renforcent un peu partout sur le territoire : des réseaux qui ont besoin d’argent pour s’équiper et organiser des opérations contre l’occupant. Il leur faut également rembourser leurs dettes auprès des commerçants ou paysans chez qui ils s’approvisionnaient en échange de bons de réquisition, destinés à être remboursés.

Sentant le vent tourner, Jean Callard, préfet par intérim de la Dordogne, vichyste convaincu jusqu’alors, décide d’aider la Résistance locale en divulguant un transfert massif d’argent, par train, entre Périgueux et Bordeaux. 150 résistants attendent l’arrivée dudit train en gare de Neuvic, et s’en emparent avec la complicité des cheminots. Les quatre policiers affectés par le préfet à la surveillance du convoi, prévenus de l’attaque, laissent faire… Sur deux camions, ce sont 150 sacs de jutes remplis de billets qui sont chargés, un convoi qui pèse près de quatre tonnes et demi. Un butin exceptionnel de 2,28 milliards de francs, soit à peu près 474 millions € est ainsi détourné.
On a parlé d’attaque du train de Neuvic, de casse du siècle etc, quand il ne s’agissait que d’une livraison : tout cela n’était que du grand guignol, le préfet de la Dordogne désirant le faire passer pour un vol aux yeux de Vichy quand ce n’était en fait que le cadeau d’un préfet à la Résistance, déguisé sous forme d’attaque. L’intégralité de l’argent n’a pas uniquement servi la Résistance, et une grande partie du magot prendra la direction de la capitale pour rejoindre d’autres poches.
La première semaine de septembre 1944, les principaux partis politiques se réuniront au château de Fleurac et décideront de se partager l’argent… tout un lot de personnages douteux, glauques, d’intérêts partagés, de silences complices ; et le premier geste des partis politiques censés incarner la démocratie retrouvée, sera de mettre la main dans le pot de confiture : le principe même de la Résistance est violé.

28 07 1944  

Sur le front de Normandie, la première armée américaine atteint Coutances.

La haine de la démocratie aveugle encore quelques acharnés :  Hitler est un mortel de la grande espèce. […] J’admire Hitler, nous admirons Hitler. C’est lui qui portera devant l’histoire l’honneur d’avoir liquidé la démocratie. […] Quant aux reproches classiques d’opportunisme et de flagornerie, espérons qu’au mois de juillet 1944, ils n’ont plus d’objet.

Lucien Rebatet. Je suis partout. Juillet 1944.

31 07 1944  

Depuis le 6 juin, les Allemands ont perdu en Normandie 114 000 hommes, et comptent 40 000 prisonniers. Les pertes alliées se montent à 122 000 hommes. Entre le 5 juin et le 25 août 1944, sur les cinq départements – Calvados, Manche, l’Orne, Eure et Seine Maritime, 19 890 civils payèrent de leur vie la libération. Les prisonniers allemands seront souvent affectés au déminage : sur la photo, ils sont dans le Var.

Dernier convoi important , le n° 77,  de déportés pour Auschwitz 986 adultes, 324 enfants, partis de Marseille.

Antoine de Saint Exupéry s’envole de Bastia pour une mission de photo sur la région Rhône Alpes à bord d’un Lightning P 38, avion de reconnaissance américain, très sophistiqué, capable de voler à haute altitude et donc d’échapper à l’ennemi. Il a 44 ans et normalement ne devrait plus voler. Il a déjà eu plusieurs accidents qui ont laissé des séquelles. Un avion allemand croise sa route, 3 000 mètres plus haut, piloté par Horst Rippert [4] : il descend et l’abat. L’avion de Saint Exupéry pique dans l’eau à la verticale à 800 km/h, au sud-est de l’île de Riou, au large des calanques de Marseille. Le 20 octobre 1998, un pêcheur trouvera dans ses filets sa gourmette, sur des fonds entre – 90 m et – 300 m, ainsi que des panneaux de la carlingue de l’avion, criblés de balles. D’autres morceaux de la carlingue, trouvés en octobre 2003 par Luc Vanrell, et remontés par Henri Germain Delauze, patron de la Comex avec son navire Minibex après la levée de l’interdiction d’intervention, seront formellement identifiés, grâce aux numéros de série relevés sur les turbines. Le père du Petit Prince s’en est allé, et c’est toute la poésie qui est en deuil.

Antoine de Saint-Exupéry, « Le Petit Prince en tenue d’apparat », illustration pour le chapitre I, aquarelle et crayon sur papier.

Le Petit Prince en tenue d’apparat, illustration pour le chapitre I, aquarelle et crayon sur papier. Collection particulière /Succession Saint Exupéry d’Agay/Photo : Mad, Paris/Christophe Dellière.

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Lockheed P-38 Lightning du constructeur Lockheed. • © STF / AFP

Photo d'Antoine et Consuelo de Saint-Exupéry, présente sur la couverture de l'ouvrage "Antoine et Consuelo de Saint-Exupéry : un amour de légende" publié en 2005 par José Martinez Fructuoso. (EDITIONS LES ARENES)

Antoine et Consuelo de Saint Exupéry, photo présente sur la couverture de l’ouvrage Antoine et Consuelo de Saint Exupéry : un amour de légende publié en 2005 par José Martinez Fructuoso. (Editions Les Arènes)

1 08 1944 

L’armée rouge atteint Praga, aux portes de Varsovie, mais, sur ordre de Staline, n’intervient pas pour éviter l’anéantissement par les Allemands des insurgés polonais commandés par le général Komorowski ; ils refusent même à l’aviation américaine le droit d’utiliser les aéroports soviétiques pour leur porter secours. Pendant 63 jours, plus de 40 000 soldats allemands, soutenus par des chars, de l’artillerie, de l’aviation, des bombes Goliath, vont exterminer, chaque jour, 3 500 personnes : 220 000 morts. Les Polonais capituleront le 3 octobre : 50 000 personnes furent déportés dans les camps de concentration d’Auschwitz, Gross Rosen, Ravensbrück, Mauthausen et autres, le reste de la population, malades, vieillards, femmes et enfants fut dispersé dans la région de Kilce et de Cracovie. Staline substitue l’autorité du Comité de Lublin à celle du gouvernement réfugié à Londres.

La 2° Division Blindée du général Leclerc débarque à Utah Beach, dans la base sud est du Cotentin ; étoffée de bon nombre de soldats des forces de Giraud, aux ordres de l’État Français, elle compte 16 828 hommes : 3 000 Français libres, 3 000 évadés de France par l’Espagne, le Corps franc d’Afrique, des Corses, des ambulancières (les Rochambelles), deux unités de l’armée d’Afrique, 3 600 Libanais, Syriens, Algériens et Marocains, 500 étrangers représentants 22 nationalités dont 400 Espagnols. Leclerc déclarera : ma plus belle victoire est d’avoir fait une Division de toutes ces additions. La principale explication à ce débarquement tardif par rapport aux premières troupes américaines débarquées presque deux mois plus tôt tient pour l’essentiel à la difficulté qu’il y aurait eu à communiquer : les Américains ne parlaient pas français, et réciproquement. Les Alliés, qui voulaient tout d’abord contourner Paris, le laisseront, bon gré mal gré foncer sur la capitale, via le Mans, Alençon Argentan,  pour lui laisser les honneurs de la libération, fermant à moitié les yeux sur les véhicules piqués à leurs propres forces puis maquillés : sous le major de l’École de guerre perçait le corsaire. Sous le monarchiste lecteur de l’Action Française – ses camarades d’étude le nommaient l’aristo –, perçait le dissident. En poste en 1933 au Maroc sous les ordres du général Giraud, ce dernier se souviendra un jour ne s’être jamais fait engueuler de la sorte par un simple lieutenant. Plus tard, de Gaulle s’amusera : Leclerc indiscipliné ? Certes non : il a toujours exécuté mes ordres, même ceux que je ne lui ai jamais donnés.

4 08 1944

Les Allemands ont raflé à Marseille 38 Juifs et 32 Politiques pour les emmener à Drancy d’où ils auraient dû repartir pour Auschwitz. Mais une attaque de résistants FFI ardéchois, avec, en éclaireurs Gerelly et Chevallier,  immobilise le train à Peyraud, Chevallier monte dans la locomotive et sous la menace d’un revolver oblige le conducteur à stopper le train, lequel conducteur lui apprend que stationne à deux pas de là, dans la même gare un train blindée de troupes allemandes. Gerelly change alors de plan, ordonnant le redémarrage, mais dans la direction opposée : Annonay, où est arrivé le gros de troupes FFI, aidé d’un commando américain récemment parachuté qui s’occupe de la locomotive au bazooka. Les Allemand cherchent à utiliser les détenus comme boucliers humains : 3 détenus sont tués mais les 67 autres libérés. À court de munitions, les Allemands se rendront à 8 heures du matin.

5 08 1944   

Le maréchal Pétain, face à l’inexorable avancée des alliés, s’essaie au rétropédalage en écrivant à Pierre Laval, le chef du gouvernement : Des otages innocents ont été arrêtés, des meurtres commis, des rapts et des vols nous sont constamment signalés. Vous prendrez les mesures qui s’imposent avant que la Milice ne laisse dans l’Histoire de France la tâche la plus honteuse de la période troublée que nous traversons.

Quelques jours plus tard, Joseph Darnand, au premier rang des personnes visées par la lettre de Pétain, lui répond : Pendant quatre ans , j’ai reçu vos compliments, vos félicitations. Vous m’avez encouragé. Et aujourd’hui, je vais être la tâche de l’Histoire de France […] On aurait pu s’y prendre un peu plus tôt.

8 08 1944

Marcel Bigeard, 28 ans, qui a suivi depuis près d’un an un entraînement commando sous la houlette des Anglais au sein du très secret club des Pins, près d’Alger, est parachuté dans les Pyrénées pour prendre la tête des FFI de l’Ariège en s’appuyant sur les maquis tenus par des Espagnols qu’il pense anarchistes quand ils sont communistes : 30 ans plus tard, quand il entrera en politique, il réalisera que ce n’est pas la même chose.

François Jacob, 24 ans, est officier du service santé de la 2° D.B. Il est à Mortain, dans la Manche ; parti secourir un blessé, il est lui même blessé par 80 éclats d’obus qui l’atteignent au bras et à la jambe : cela lui vaudra 7 mois à l’hôpital du Val de Grâce. Il ne retrouvera jamais l’usage normal de la main et devra se résigner à abandonner la chirurgie qui était son but quand il avait commencé ses études de médecine – il était en 2° année quand il rejoindra de Gaulle à Londres – pour la biologie. Tant pis pour la chirurgie et tant mieux pour la biologie : il recevra le Nobel de médecine en 1965 avec ses collègues André Lwoff et Jacques Monod. Il sera reçu à l’Académie française en 1997 : À chaque menace d’asservissement, on verra toujours se lever le petit groupe de ceux pour qui la paix ne s’achète pas à n’importe quel prix ; l’éternelle poignée de ceux qui, pour témoigner, sont prêts à se faire égorger.

Les Américains reprennent l’île de Guam [latitude de Bangkok, longitude de Melbourne] : ces combats farouches leur auront coûté 1 800 hommes, 5 000 aux Japonais, qui, juste avant de partir, exécuteront 200 autochtones, favorables aux Américains. L’île va devenir une très importante base militaire, avec 7 000 hommes, toutes armes confondues. C’est de Guam que décolleront les bombardiers pour le Vietnam. Guam, à la différence d’Hawaï, n’est pas un État, mais bénéficie du statut assez bancal de territoire  non incorporé : c’est le Congrès qui préside à sa destinée, tandis que l’île ne dispose que d’un seul délégué à la Chambre des représentants et d’aucun au Sénat. Le délégué, lui non plus, n’a pas le droit de vote…

10 08 1944  

Heinrich Himmler a convoqué à l’hôtel de la Maison Rouge à Strasbourg une réunion de responsables économiques – Krupp, Röchling, Volkswagen, Rheinmetall, Messerschmitt, IG Farben, qui fournissait le gaz Zyklon-B aux camps d’extermination, etc – et de généraux SS pour organiser d’une part le transfert massif de capitaux allemands vers l’Amérique du sud afin qu’après la défaite, un IV° Reich allemand fort pût renaître, et d’autre part l’organisation et la fuite des responsables des SS, de la Gestapo et leurs auxiliaires. Serment de fidélité au Führer ou pas, il s’agissait de sauver sa peau et de ne pas partir sans biscuits ! Ils avaient déjà jeté leur dévolu sur la province de Missiones au nord de l’Argentine, les rives du rio Paraguay et les terres basses de la Bolivie, avec Santa Cruz pour ville principale. L’opération se nommera Odessa : Organisation der ehemaligen SS-Angehörigne – Organisation des anciens membres des SS –. Dès la fin 1944, des sous marins allemands arrivaient de nuit à l’embouchure du Rio de la Plata, où leur cargaison était transbordée sur des barques qui remontaient le rio Paraguay jusqu’à Santa Cruz. Les Américains révélèrent en 1996 que dans le seul mois d’avril 1945, c’est environ 1 milliard $ (valeur 1945) qui fut ainsi reçu par les compagnies d’assurances, les banques, les sociétés fiduciaires, les administrateurs de biens et les maisons de commerce de Bolivie, d’Argentine et du Paraguay. Dès la fin 1944, les Allemands achetaient dans l’Oriente bolivien de gigantesques domaines, des entreprises agro-industrielles, des élevages et des compagnies de transport. Odessa fera aussi bénéficier de ses services de très nombreux oustachis croates, et encore des Croix de fer roumains.

11 08 1944 

Pétain confie à l’amiral Auphan, qui fut secrétaire d’État à la Marine pendant six mois en 1942, un courrier à l’adresse de de Gaulle pour tenter un rapprochement avec ce dernier… qui refusera de le recevoir et qui, de plus, le fera arrêter.

12 08 1944

Joseph Patrick Kennedy, 29 ans, aîné de John, après de brillantes études de droit à Harvard, avait été en 1940 délégué du Massachussetts au Congrès des démocrates. Son père voulait voir en lui un futur président des États Unis. Engagé dans l’US Air force, il décolle avec son copilote le Lt. Wilford John Willy à bord d’un B-24 Liberator pour l’opération Anvil (Enclume) ; il s’agit d’envoyer un bombardier télécommandé s’écraser avec une importante charge explosive contre une cible, mais le décollage doit être effectué par un pilote et un copilote qui sautent ensuite en parachute au-dessus de l’Angleterre. Vers 18 h 20, alors qu’il se prépare à évacuer l’appareil comme prévu, son avion, transformé en bombe volante – il transporte environ 11 000 kg d’explosif Torpex -, explose au-dessus de Blythburgh, en Angleterre. Il meurt avec son copilote sur le coup. Son corps ne sera jamais retrouvé.

13 08 1944

Tourouvre, un village du Perche, connaît son martyr :

Pourquoi ce 13 août, des dizaines de jeunes soudards SS de la division Adolf Hitler ont-ils pris pour cible ce bourg paisible de quelques centaines d’habitants ? Pourquoi, alors qu’ils s’apprêtaient à battre en retraite, ont-ils laissé derrière eux 18 morts, hommes, femmes, adolescents âgés de 19 à 74 ans, 9 blessés  graves, 57 maisons incendiées et 184 habitants sans abris ? 

Dans les jours précédant le drame, la Résistance locale avait mené quelques actions. Un soldat allemand avait été tué dans un bombardement canadien à hauteur du passage à niveau. Un camion de victuailles immobilisé sur la place du Paty avait été pillé par les habitants au ventre creux. Enfin, deux véhicules américains avaient fait un incursion avant de repartir. Les Allemands sont nerveux. Faute d’ennemis, leur violence se déchaîne contre la population terrée dans les caves. Ils mitraillent les vitrine, tuent au hasard, boivent du cognac à même la bouteille, brûlent des maisons, rassemblent des otages qui seront relâchés plus tard grâce à l’entremise de Robert Guerrier, le boulanger, qui baragouinait un peu la langue de Goethe.

Philippe Ridet. La Tribune Dimanche du 11 août 2024

15 08 1944    

La VII° armée américaine et le 2° corps d’armée du général de Lattre de Tassigny débarquent sur les plages de Provence, entre Cannes et Le Lavandou : cela représente 300 000 soldats français, 100 000 soldats américains, et en matériel, 2 000 bateaux et 2 000 avions [5] . La jonction avec les troupes de Normandie sera faite le 12 septembre près de Châtillon sur Seine.

Les femmes dans l'armée de Libération - Histoire analysée en images et œuvres d'art | https://histoire-image.org/

des femmes soldats, à Saint Tropez ! … explication :

Dans le cadre de l’organisation des troupes françaises libres, le général d’armée Giraud, commandant en chef des forces terrestres et aériennes en Afrique du Nord, et le colonel Merlin, commandant des transmissions en Afrique du Nord, avaient créé le Corps féminin des transmissions (CFT) le 22 novembre 1942. Cent cinquante femmes avaient été engagées, pour pallier le déficit de personnel masculin. Formées aux spécialités de radio, de téléphoniste, de télétypiste et de radio/secrétaire d’analyse, ces premières femmes soldats de l’armée de terre avaient été vite appelées les Merlinettes en référence au colonel Merlin.

En 1944, le nombre de ces combattantes atteint environ 2 400 (2 000 pour l’armée de terre, 400 pour l’armée de l’air), dont la majorité participe à la campagne d’Italie avec les forces françaises du général Juin. Après la reprise de Naples, de Rome, de Monte Cassino et de Sienne, elles sont également présentes lors du débarquement à Tarente le 9 août 1944, prélude à celui effectué en Provence, qui débute le 15 août 1944. Plusieurs Merlinettes débarquent ainsi à Saint Tropez le 16 août, comme le montre le cliché Personnel féminin de l’Armée de Terre pris le jour même.

Alexandre Sumpf. Février 2013 https://histoire-image.org/de/etudes/femmes-armee-liberation

Les alliés veulent empêcher les Allemands d’aller contrer ce débarquement : le verrou principal est Sisteron : on va donc essayer de détruire voies de chemin de fer et ponts, mais c’est la chapelle Notre Dame, bien haut perchée sur le pli principal de la cluse sur lequel est construite la Citadelle qui est la première à être pulvérisée. Elle avait été restaurée en 1935. Des bombardements en piqué auront raison deux jours plus tard des objectifs recherchés.

Pendant que les Merlinettes débarquaient à Saint Tropez, Emilienne Moreau rencontrait à Londres, où elle venait fuir la Gestapo et la milice française, plusieurs journaliste alliés qui publièrent l’article suivant sur les Françaises résistantes. Émilienne Moreau, c’est un grand nom de la Résistance, résistance qu’elle avait commencé à exercer dès la première guerre mondiale, à 17 ans en mouillant bien sa chemise : ainsi lors de la Bataille de Loos, dans le Pas de Calais, elle s’empare des clefs d’une prison pour libérer un soldat anglais accusé d’espionnage, et à ce titre condamné à mort, etc, etc …  Croix de guerre 1915, Médaille militaire britannique 1916, Compagnon de la Libération, [qui ne compte que six femmes sur les 1308], Royale Croix Rouge, Ordre de l’Hôpital de Saint Jean de Jérusalem.

Ce sont pour la plupart des femmes qui font les liaisons des groupes de résistance, ce sont des femmes qui portent et distribuent souvent les journaux et les tracts. Ce sont encore des femmes qui, lors de la tentative d’invasion de l’Angleterre, allaient dans les ports, sur les plages, dans les bois, et revenaient fourbues, lasses, épuisées, rapportant aux organisations les renseignements nécessaires sur la concentration des troupes et des péniches destinées à l’invasion de votre pays. La femme française a réagi, j’oserai dire, plus vite que les hommes parce que, mère de famille, elle s’est trouvée aux prises avec toutes sortes de difficultés que ne connaissent pas les hommes.

Tout d’abord la femme du prisonnier. Celui-ci, abandonné par celui qui avait abrité la révolution nationale sous la fameuse trilogie : Travail, Famille, Patrie, laissait sa femme avec la modeste allocation de 10 francs par jour. Elle fut obligée de travailler, en évitant par tous les moyens que son travail profite à ceux qu’elle haïssait. La misère s’installait en France, plus particulièrement dans les villes. On vit les femmes parcourir les campagnes afin de trouver la pitance nécessaire pour élever et nourrir leurs enfants. Parmi elles, parmi aussi les jeunes filles de toutes classes, s’éleva un souffle de révolte contre l’envahisseur, et elles se mirent au service de la Résistance. C’est ainsi qu’on vit bientôt les routes sillonnées de courageuses petites qui, sous prétexte de ravitaillement, portaient des mots d’ordre et faisaient de la propagande.

Ce sont les femmes qui acheminaient les vivres destinés au ravitaillement des membres des organisations traquées par la Gestapo, la police de Vichy et les miliciens. Ce sont les femmes qui, sous certains déguisements, allaient et venaient pour transmettre les ordres des chefs de nos organisations. Ce sont les femmes qui, pour la plupart, allaient à travers la France, déjouant les traquenards des armées de policiers qui pullulent dans notre pays, pour aller se renseigner sur la concentration de troupes. Ce sont les femmes, et je les connais bien, croyez-moi, qui abritent nos petits gars pleins de courage et d’héroïsme, après un coup de main sur un train, une écluse, un ouvrage de défense allemand. Pourtant, elles savent – et malheureusement, il y en eut des exemples – qu’en cas de capture, c’est souvent la mort par la torture. (…)

Voilà la femme française durant la guerre. J’ajouterais les mères de famille qui, plutôt que de voir leur enfant partir en Allemagne pour prêter ses bras à la machine de guerre allemande, l’encouragent à prendre le maquis. Pourtant, d’un côté, il y a une allocation importante et la presque certitude du retour, et de l’autre, l’obligation de subvenir aux besoins du garçon, l’angoisse de le savoir en danger… Bien sûr, il y eut parmi les Françaises des collaboratrices qui pactisèrent avec l’occupant ; mais, croyez-moi il y en eut peu et elles seront châtiées, car s’il est vrai que certains de nos alliés trouvent qu’il n’est pas bon de raser les femmes collaboratrices, nous trouvons, nous, en France, que ce châtiment est trop doux, pour toutes celles d’entre elles qui furent la cause de l’arrestation et de la torture des nôtres. 

16 08 1944

À la Une de Je suis partout, deux entretiens : Lucien Rebatet interroge Marcel Déat, et Pierre Antoine Cousteau, (frère de Jacques Yves Cousteau) Joseph Doriot. Le lendemain, Marcel Déat fuyait vers l’est, et tous les rédacteurs s’égaillaient. Galtier Boissière commentera : Je ne suis plus partout car je suis parti.

Jacques Lacarrière a 18 ans. À Orléans, important nœud ferroviaire, il répare ce qu’il peut à la suite des bombardements alliés, nombreux depuis plusieurs mois. Ce n’est pas une sinécure : caves et abris antiaériens effondrées, avec parfois des vivants, souvent des morts : Oui, forts et denses, éclairants, lumineux furent finalement ces jours de l’été 1944. Ces jours qui contribuèrent si fortement à hâter – avec le goût doucereux du pineapple rice pudding[découvert dans les poches des GI] la fin de mon adolescence. Quand les parents furent de retour, une fois la ville libérée, ils pensaient nous retrouver intacts, je veux dire tels que nous étions auparavant. Mais nous avions grandi, mûri et tant changé que, s’ils avaient eu ne fut-ce qu’une once d’intuition, ils n’auraient même pas dû nous reconnaître. Quand on a suivi et subi une initiation radicale, on ne la porte pas toujours sur son visage, mais elle se manifeste ou se devine à d’autres signes. Nous venions d’achever notre initiation à la guerre. Et à la pire de toutes : celle que l’on subit et non celle que l’on fait.

Devenus autres. Pas seulement différents mais autres. Nous le savions, nous le sentions ainsi que ceux qui, avec nous, chaque jour à nos cotés, infirmiers, pompiers, médecins, secouristes, volontaires, avaient partagé l’aventure. Il avait fallu décider tant de choses par nous mêmes qu’il n’était plus question d’accepter maintenant sans réagir ou discuter les avis des adultes. Ainsi s’achève l’adolescence : quand on devient maître non de ses jours et de ses nuits, car cela était possible avant, mais de tous ses désirs et surtout de ses choix d’avenir. C’est à ce moment-là, quand tout autour de nous n’était que ruines, que la ville presque entière était à reconstruire et l’avenir à repenser, que je décidai seul, absolument seul (mais avec la complicité du tilleul) de ce que je ferais de ma vie : être cigale et jamais fourmi.

Jacques Lacarrière. Un jardin pour mémoire. Nil 1999

À Chartres, Robert Capa photographie Simone Touseau, tondue et marquée au fer rouge pour collaboration horizontale [6] ; elles seront 20 000 dans ce cas. Elle porte la petite Catherine née un peu plus de deux mois plus tôt, qu’elle a eu avec Erich Göz, un soldat allemand de la Wehrmacht, muté au siège de Stalingrad. La photo sera reprise par Time.  4 chefs d’inculpation lui seront adressés :

  • adhésion au PPF Parti Populaire Français de Jacques Doriot
  • travail volontaire en Allemagne (où elle était allée rejoindre son amant, soigné en Bavière pour une blessure sur le front russe).
  • germanophilie affichée
  • dénonciation de voisins comme résistants, accusation qui sera abandonnée à tort par la suite, car Arnaud Hée exhumera les pièces qui démontrent que quatre voisins des Tuseau avaient été dénoncés puis arrêté le 24 février 1943, dont son grand-père, Didier Hée, envoyé en train plombé à Mauthausen et de là à Loïbl, dans un kommando (groupe de prisonniers de guerre) chargé de construire un tunnel reliant ­l’Autriche à la Slovénie. Le matricule 26952 et un autre déporté étaient revenus des camps. Deux victimes de la dénonciation n’ont pas eu cette chance, dont Edouard Babouin, qui avait eu l’imprudence de dire aux Touseau qu’il préférait les Anglais aux Allemands, ce qui lui a valu de finir gazé, le 31 juillet 1944.

Elle sera condamnée à dix ans de dégradation nationale, et finalement libérée après deux ans et dix mois d’enfermement.

Les Français n’ont rien inventé avec la tonte des femmes condamnées par la vox populi. Tacite déjà, en parlait au I° siècle ap. J.C.  Sous l’Ancien Régime, il état d’usage de tondre les prostituées, comme de les marquer du sceau de l’infâmie, au fer rouge. Il en va de même pour les femmes adultères au Moyen Âge, et ce dans l’Europe entière. La tonte est une tradition populaire qui n’appartient à aucun répertoire judiciaire ; elle est donc propre à des périodes troublées, quand des pans entiers du pays restaient hors contrôle de  la justice d’État.

Je revois devant la boutique d’un coiffeur une magnifique chevelure féminine gisant sur le pavé. Je revois des idiotes lamentables tremblant de peur sous les rires de la foule. Elles n’avaient pas vendu la France et elles n’avaient rien vendu du tout.

Eluard. 2012 p. 71 Lettres Françaises

Extrait du documentaire La France de l’épuration. Entre vengeance et justice, diffusé sur France TV. Morgane Production / INA. J’ai 14 ans, c’est la Libération de Paris, je n’avais jamais vu de femme nue. La première fois fut donc une femme enchaînée, le crâne rasé, couverte de croix gammées et de crachats. A côté d’elle se tenait un de ces héros naissants comme les champignons après la pluie. Il tenait le bébé de cette jeune femme par les chevilles comme un poulet. La foule était ivre de haine. Jean Rochefort

2014 - L'été de la mémoire - La véritable histoire de la ...

Photo de Robert Capa, le 16 août 1944, rue Collin d’Harleville, à Chartres.

En ce temps-là, pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait des filles. On allait même jusqu’à les tondre. 

Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé

La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée

Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés
Une fille faite pour un bouquet
Et couverte

Du noir crachat des ténèbres
Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège

Des amateurs de beauté
Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.

                     Paul Éluard

Vingt cinq ans plus tard, Georges Pompidou, premier ministre de Charles de Gaulle, répondra lors d’une conférence de presse à un journaliste qui l’interrogeait sur l’ensemble des faits qui avaient conduit Gabrielle Russier, enseignante de 32 ans, à se suicider le 1° septembre 1969 à Marseille, en citant simplement quelques très courts extraits de ce poème.

Pendant quelques mois, c’est bien la haine qui règnera sur la France avant que les pouvoirs publics ne reprennent la situation en main :

  • Désirée Le Méné sera assassinée par des résistants à Sérent (près de Ploërmel, dans le Morbihan) avec son fils de 11 ans, accusée d’avoir trahi des maquisards. 76 femmes seront exécutées sans procès entre le 6 juin et le 6 août 1944 dans le Morbihan.
  • Jeannette Laz et Marie Jeanne Noac’h, âgées de 21 ans et 22 ans, trieuses de petits pois, ont été tondues puis abattues dans un bois près de Scaër (Finistère), le 10 août. Accusées au hasard d’être à l’origine de l’attaque des Allemands à Kernabat, elles seront violées et torturées toute une nuit dans une étable par plusieurs membres des Forces françaises de l’intérieur (FFI) et des Francs-tireurs et partisans (FTP) de la dernière heure avant leur exécution à l’aube. Dans La France de l’épuration, Joseph, petit frère de Marie Jeanne, explique cette peur mêlée de colère qui ne l’a jamais quitté. J’avais 14 ans. Ma mère a fait disparaître toutes les photos de ma sœur, dit-il. Les deux jeunes filles seront réhabilitées seulement en 2018. Une stèle honore désormais leur mémoire dans le bois de Stang Blanc.

Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui sonde à ses querelles
Au cœur du commun combat

Louis Aragon

18 08 1944 

Fin du gouvernement de Vichy.

Comprendre Vichy, restaurer tel qu’il fut le climat de l’été 1940, réclame un gigantesque effort d’imagination historique, nous dit aujourd’hui Robert Paxton qui a fait ce travail avec obstination. Il faut oublier tout ce qui s’est passé après. Il faut mettre en doute tout ce qui s’est dit à la Libération. Il faut revenir dans l’ignorance de l’avenir, dans la trace du deuil de 1914, dans la pacifisme, dans l’humiliation de la défaite. Et dans la peur, l’envie de survivre, l’envie de confort, l’envie de paix.

Alice Ferney. Les Bourgeois. Actes Sud. 2017

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[1]   On a parfois un peu de mal à croire à la réelle nocivité du tabac quand on sait qu’il fumait plus de quatre paquets de cigarettes par jour et qu’il est mort à 79 ans, ce qui est ma foi un âge honorable.

[2] … dont Gwenn Aaël Bolloré, oncle de Vincent Bolloré.

[3] Quand les Allemands avaient envahi la zone libre le 11 novembre 1942, la ligne de démarcation était restée en place : la structure permettait toujours un certain contrôle et très tôt, dès juillet 1940, les troupes allemandes qui en assuraient le fonctionnement avaient été remplacées par des Autrichiens ; donc elle ne mobilisait pas vraiment de troupes qui auraient manqué sur les nombreux fronts.

[4]  Ce n’est qu’en 2008 qu’il rendra cela publique. Saint Exupéry, l’ultime secret. Luc Vanrell. Jacques Pradel. Editions du Rocher 2008.

[5]  Les Américains auront fabriqué 100 000 avions en 1944

[6] Bien sur la collaboration horizontale cessera, mais la réalité persistant, elle sera renommée promotion canapé.