31 janvier 1946 à 1947. Débuts de la IV° République. L’affaire Kravchenko. Neu Schwabenland. Indépendance et partition de l’Inde. Qumran. Le Plan Marshall. 28808
Publié par (l.peltier) le 2 septembre 2008 En savoir plus

31 01 1946                  Vincent Auriol est élu président de l’Assemblée Nationale Constituante.

14 02 1946       En reconnaissance à leur contribution à la reconstruction du pays à la sortie de la guerre, les mineurs obtiennent un statut et un salaire garantis.

15 02 1946              À la suite du premier ordinateur électronique inventé en 1943, les Américains John W. Mauchly et John P. Eckert construisent en Pennsylvanie ENIAC : Electronic Numerical Integrator And Calculator : c’est le premier ordinateur moderne : il contient 18 000 tubes à vide et pèse 30 tonnes.

Megève s’efforce d’oublier les années de marché noir et revient aux plaisirs de l’or blanc, en organisant le Grand Prix International de ski.

24 02 1946                  Juan Perón est élu Président de la République d’Argentine. Il faisait partie du gouvernement dès le 4 juin 1943 au sein duquel il n’avait cessé de gravir les échelons, jusqu’à la vice présidence, ce qui avait été insupportable aux Américains, qui avaient soutenu une coalition pour l’évincer et le mettre en prison. C’était sans compter avec l’immense popularité de sa maîtresse Eva Duarte, ancienne actrice au talent non confirmé, mais remarquable présentatrice radio, à même de lever des foules pour sortir son homme de prison et le porter à la présidence de la République. Les manifestants ont enlevé leur chemise : et voilà le mot descamisados qui passe à la postérité.  Evita distribuait facilement son argent aux pauvres, mais il n’est pas impossible que ce fut de l’argent confisqué aux très nombreux nazis qui s’étaient réfugiés en Argentine. Elle mourra d’un cancer à 33 ans, le 26 juillet 1952.

Les résultats ne seront pas à la hauteur des espérances. Il sera renversé le 16 septembre 1955. Une très forte mainmise de l’État ayant conduit à une dégradation régulière de l’économie, le retour au privé avait déstabilisé son électorat populaire pour lequel les avancées sociales avaient été considérables ; enfin, une excommunication papale lui avait mis l’Église à dos  : à 58 ans, il n’aurait pas dû prendre une maîtresse de 14 ans ! Tout de même ! avec plus de 50 ans d’avance sur Berlusconi !

L’Argentine était l’un des pays les plus riches du monde. Pays très ouvert, puissance agricole de premier plan, elle figurait parmi les grandes stars de la fin du XIX° et du début du XX° siècle. C’est le pays qui attirait alors le plus de capitaux et de migrants (plus de la moitié des habitants de Buenos Aires étaient d’origine étrangère en 1914). Elle était la neuvième puissance économique mondiale, tant en 1920 qu’en 1950. En 2014, elle n’est plus que 27°. L’Argentine avait le même niveau de vie que la France, en 1900 comme en 1950. Son produit intérieur brut (PIB) par habitant la hissait au 12e rang mondial, juste devant la France. Sa position actuelle se situe entre la 62e place (en dollars courants) et la 69e (en parité de pouvoir d’achat).

Si l’on devait mentionner une cause unique au déclin argentin, on indiquerait le péronisme. Non pas que Juan Peron (1895-1974) ait toujours gouverné l’Argentine (seulement de 1946 à 1955 et, avec son épouse, de 1973 à 1976). Mais le péronisme a façonné la vie politique et sociale du pays. La plupart des gouvernements s’en sont inspirés, directement ou indirectement.

Le péronisme représente l’illusion d’un modèle de développement autonome animé par l’Etat et affranchi des contraintes de la concurrence et de la compétitivité. La stratégie protectionniste de substitution de la production manufacturière nationale aux importations, inspirée par l’économiste Raul Prebisch (1901-1986), a rendu le secteur manufacturier toujours plus dépendant des aides et des protections publiques et jamais réellement compétitif, subissant souvent par ailleurs un taux de change déterminé par les considérables surplus agricoles.

Jean Pierre Petit                  Le Monde 26 août 2014

2 03 1946                   Ho Chi Minh est élu président de la République du Viet Nam.

5 03 1946                Winston Churchill est à l’université de Fulton, dans le Missouri, aux États-Unis. Il y prononce pour la première fois les mots qui vont définir la séparation entre l’Est et l’Ouest : le rideau de fer. L’expression ne quittera plus le hit parade, à juste titre tant elle colle au mieux à la réalité.

Une ombre s’est répandue sur les scènes si récemment illuminées par la victoire alliée. Personne ne sait ce que la Russie soviétique et son organisation communiste internationale ont l’intention de faire dans l’avenir immédiat, ni quelles seront les limites, s’il en est, que respecteront leurs tendances à l’expansion et au prosélytisme. […]

De Stettin, sur la Baltique, à Trieste, sur l’Adriatique, un rideau de fer est descendu sur le continent. Derrière cette ligne se trouvent les capitales de tous les pays de l’Europe orientale : Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest et Sofia. Toutes ces villes célèbres, toutes ces nations se trouvent dans la sphère soviétique, et toutes sont soumises, sous une forme ou une autre, non seulement à l’influence soviétique, mais encore au contrôle très étendu et constamment croissant de Moscou. Athènes, seule, avec sa gloire immortelle, est libre de décider de son avenir par des élections auxquelles assisteront des observateurs britanniques, américains et français… Les communistes, qui étaient très faibles dans tous ces pays de l’Est européen, ont été investis de pouvoirs qui ne correspondent nullement à leur importance numérique, et cherchent partout à s’emparer d’un contrôle totalitaire.

J’ai appris, pendant la guerre, à connaître nos amis et alliés russes, et je suis convaincu qu’il n’y a rien au monde qu’ils admirent autant que la force, et rien qu’ils respectent moins que la faiblesse militaire. […] La paix n’est possible qu’à une condition : c’est d’aboutir […] à une entente sur tous les points avec la Russie, sous l’égide de l’ONU, et de maintenir cette entente pendant de nombreuses années pacifiques, grâce à cet organisme mondial, qui bénéficiera de l’appui de tous les pays de langue anglaise.

6 03 1946                  Les représentants de la France : Jean Sainteny, haut commissaire de la République au Tonkin et Salan, reconnaissent le Viet Nam comme État libre, lié toutefois à la France dans le cadre de la Fédération Indochinoise et de l’Union Française.

Le Triomphant entre en rade d’Haïphong pour contraindre les occupants chinois à accepter le débarquement de troupes françaises : un peu plus de deux bataillons.

13 03 1946       Premier congrès de la F.N.S.E.A. – Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles. Elle est fille de deux Fédérations de couleur politique bien différente : la Confédération Générale Agricole, créée en 1943 par François Tanguy Prigent, et la Corporation Paysanne, émanant du gouvernement de Vichy. Elle ratisse donc très large sitôt née et cela va expliquer sa domination pour de très longues années sur le monde agricole, faisant des scores régulièrement autour de 55 % aux élections. Les trois autres syndicats qui verront le jour dans les décennies suivantes, affichant des scores toujours inférieurs à 15 % seront toujours considérés comme non représentatifs : Coordination rurale, Confédération Paysanne, Modef.

17 03 1946                 Le général Giap, commandant des forces militaires du Viet Nam, accueille Leclerc à Hanoï. Il rencontrera Ho Chi Minh le lendemain.

24 03 1946                  L’amiral Thierry d’Argenlieu reçoit Ho Chi Minh président de la République démocratique du Viêt Nam sur le croiseur Émile Bertin en baie d’Along, pour y signer la convention de l’indépendance indochinoise. La France hésite encore entre guerre et paix. Leclerc est à bord, mais n’est invité à aucun entretien et doit se contenter d’une place d’honneur à coté d’Ho Chi Minh lors du repas officiel. Salan est là aussi, qui se fait doucher par l’amiral, furieux que Leclerc lui ait manifesté sa très mauvaise humeur. Divergences de fond ? peut-être bien plus simplement affrontements d’Ego plutôt surdimensionnés !

Je préfère manger la crotte des Français pendant dix ans que celle des Chinois pendant un nouveau millénaire.

Ho Chi Minh à ses compagnons en 1946

Le camp français est tiraillé entre deux courants. Haut-commissaire et commandant en chef pour l’Indochine, le futur amiral d’Argenlieu incarne une ligne coloniale intransigeante. A l’inverse, conseillé par le grand asiatisant Paul Mus, Leclerc penche en faveur d’une autodétermination négociée. Les rédacteurs de Caravelle suivent la même évolution. Au point qu’en janvier  1946, tout en continuant leur journal militaire, ils lancent avec l’aide d’un mécène Paris-Saïgon, hebdomadaire civil et pacifiste. Leclerc laisse faire. D’ailleurs, sa ligne semble l’emporter : des discussions s’ouvrent officiellement avec les nationalistes. Et c’est muni d’un ordre de mission que le jeune Jean Lacouture, en février, se rend à Hanoï, où il rencontre tour à tour Hô Chi Minh et son stratège militaire, Vô Nguyen Giap. Il en ressort définitivement impressionné par ses interlocuteurs et conforté dans l’idée qu’une épreuve de force serait inepte.

La paix semble alors à portée de main : le 6 mars 1946, un accord est signé. La France reconnaît le Vietnam comme un Etat libre, bien qu’ayant vocation à rester au sein de l’Union française. Las ! Miné au fil des mois par les tensions que les durs des deux camps entretiennent, dénigré par d’Argenlieu comme un Munich indochinois, l’accord finira par capoter. Dès novembre, de premiers affrontements dans le port d’Haïphong inaugurent une escalade sanglante. En décembre, la guerre d’Indochine commence, qui va durer huit ans et se terminer par la déroute des troupes françaises.

Luc Cedel                  Hommage à Jean Lacouture      Le Monde Juillet 2015

03 1946                       Sergueï Eisenstein, réalisateur russe, est au sommet de la célébrité après avoir tourné, entre autres,  Le Cuirassé Potemkine en 1925,  Alexandre Nevski en 1938 et la première partie d’Ivan le Terrible. Il présente maintenant la deuxième partie à Staline et à ses proches, dont Beria. Et c’est le scandale, on entend Staline vociférer : Ce n’est pas un film, c’est un cauchemar ! Vous avez donné aux opritchniki l’allure d’une bande de dégénérés ressemblant au Ku Klux Klan américain ! Vous avez fait du premier tzar progressiste un personnage sans force ni caractère, assez proche de Hamlet ! À l’évidence, le rapprochement entre le tzar du XVI° siècle et le secrétaire général du PCUS était trop évident pour échapper à l’intéressé !

Le film est interdit pour antihistoricité et antiesthétisme. La carrière d’Eisenstein est brisée. Il ne s’en relèvera pas et mourra seul en 1948. Le film attendra 1958 pour être autorisé.

13 04 1946                 Vote de la loi de fermeture des maisons closes, dite Loi Marthe Richard : 1 400 établissements sont fermés, dont 180 à Paris. Les hôtels de passe prendront le relais : l’avantage, quelque peu théorique, était de rendre condamnable le proxénétisme. Plutôt cocasse, quand on sait que Marthe Richard vivait alors avec un proxénète.

Marthe Richard, apprentie culottière à 14 ans, prostituée à 16,  pilote à 24, veuve de guerre à 25, espionne par la suite, sut déployer suffisamment de talent dans son baratin toujours proche de la mythomanie, pour épouser un riche américain, Thomas Crompton, très vite et très brutalement décédé, avoir pour amant des hommes de pouvoir, comme Edouard Herriot, qui lui obtint en 1933 la Légion d’Honneur. Conseillère municipale à Paris en 1945, elle est à l’origine de cette loi. Antoine Blondin la fera passer à la postérité en la surnommant La Veuve qui clôt.

50 ans plus tôt, Georges Clemenceau s’en prenait déjà à la loi mise en œuvre par la brigade des mœurs :

Après tout, s’il y a offre, c’est qu’il y a demande. Le lugubre monôme des spectres plâtrés, bleuis, fardés, qui vont dans le vent, dans la boue, dans la pluie, dans le givre, laissant après eux une horrible trainée de répugnants parfums, se motive par le gai défilé des boulevardiers qui les croisent, narine au vent, l’œil allumé, en quête du bas dévergondage qui les débarrassera d’eux-mêmes pendant une heure. L’un explique l’autre, le justifie, le nécessite. Seulement, lois, règlements, police, tout protège l’homme. Lois, règlements, police, tout écrase la femme.

Georges Clemenceau La mêlée sociale        1895

23 04 1946                  À Florence, Enrico Piaggio est le patron d’une entreprise aéronautique mise à mal par la guerre ; il est urgent de remonter la pente. L’un de ses ingénieurs, Corradino d’Ascanio – qui n’a jamais conçu de deux roues – trouve les motos encombrantes, salissantes et pense à un engin plus confortable : une carrosserie en forme de bouclier protégera le conducteur de la boue et de la pluie, les vitesses seront au guidon, et on mettra une roue de secours : le brevet est déposé et la Vespa – guêpe – naquit. De 2 000 exemplaires en 1946, la production va passer à 500 000 en 1953. 50 ans plus tard, elle était toujours vivante.

24 04 1946                  Nationalisation de trente quatre compagnies d’assurance.

Dans la baie d’Halong, Ho Chi Minh, président de la République démocratique du Viêt Nam rencontre l’amiral Thierry d’Argenlieu, haut commissaire de la France en Indochine, sur l’Émile Bertin pour y signer la convention de l’indépendance indochinoise. La France hésite encore entre guerre et paix.

Je préfère manger la crotte des Français pendant dix ans que celle des Chinois pendant un nouveau millénaire.

Ho Chi Minh à ses compagnons en 1946

3 05 1946                   À Tokyo, cérémonie d’ouverture du tribunal militaire pour l’Extrême Orient : onze juges, un pour chacun des pays en guerre contre le Japon, vont juger 28 accusés, tous militaires. Le président est un Australien, sir William Webb.

Aux termes de la  nouvelle Constitution du Japon, l’empereur doit ses fonctions à la volonté du peuple, en qui réside le pouvoir souverain. C’en est fait de l’origine divine.

5 05 1946                     Le référendum sur le projet de Constitution élaboré par la majorité socialo communiste est rejeté par 53 % des votants. Une deuxième assemblée constituante est alors élue, donnant la première place au MRP avec 28% des suffrages exprimés. Georges Bidault, le président du parti, devient le chef du gouvernement et un deuxième projet de Constitution est présenté au peuple. Il prévoit un président de la République élu par un collège électoral ainsi que deux assemblées législatives : l’Assemblée nationale et un Conseil de la République aux pouvoirs restreints (en remplacement de l’ancien Sénat).

11 05 1946                   Les entreprises de presse de la collaboration ont déjà été mises sous séquestre et réquisitionnées, plus précisément celles qui avaient continué à paraître après novembre 1942 : la loi transfère ces entreprises aux organisations de presse de la Résistance, soit 286 imprimeries et 482 journaux. Cette même loi crée encore l’Agence France Presse : la diversité de la presse d’avant-guerre ne s’en relèvera pas, et le petit nombre de journaux par rapport aux pays voisins restera une caractéristique bien française, petit nombre qui était encore tout de même au nombre de 26 quotidiens, achetés par 6 millions de lecteurs !

13 05 1946                  Échec de la Conférence de Dalat, sur le Viet Nam, commencée le 19 avril. L’action conjuguée de Sainteny et de Leclerc aura été impuissante à contrebalancer celle de d’Argenlieu auprès de de Gaulle.

17 05 1946                    Bill Blythe a déménagé ses meubles à Forest Park. Il revient chercher sa femme à Hope au volant de sa Buick modèle 1942 ; à la sortie de Silkestone, dans le Missouri, c’est la nuit, un pneu éclate, il perd le contrôle de la voiture, en est éjecté et se retrouve dans un fossé plein d’eau stagnante, dans laquelle il se noie. Sa femme est enceinte. Le bébé naîtra le 19 août 1946 : Bill Clinton. Sa mère se remariera avec un alcoolique qui la battait,  parfois sous le regard de Bill.

22 05 1946                    Généralisation de l’assurance vieillesse à tous les salariés. Durant ce seul mois de mai, 2,5 millions de Français du STO rentrent en France.

25 05 1946          Après 68 jours de négociation tenace entre les Alliés et la Suisse, accusée d’avoir abrité, recyclé l’or volé par les nazis, un accord est signé à Washington : la Suisse paiera 250 millions FS, qu’elle nommera avec un degré d’hypocrisie au sommet de son art : contribution volontaire à la reconstruction de l’Europe. Pour ce qui était des biens tombés en déshérence, elle versera 20 millions FS.

Deux mondes s’affrontaient à Washington : le monde des démocraties alliées, qui, au prix de sacrifices humains et de pertes matérielles inimaginables, avaient lutté tout au long des cinq années de guerre contre les puissances de l’Axe et libéré la planète de la tumeur du nazisme et du militarisme japonais, et les épiciers helvétiques.

Entre ces deux mondes, l’incompréhension était totale. Aucun des deux ne pouvait entendre l’autre. Et surtout les Suisses ne voyaient pas pourquoi les vainqueurs refusaient d’admettre leur position à part en tant que pays neutre.

La Suisse, cas particulier : une formule qui fait encore recette aujourd’hui. Walter Stucki, Cari Bruggmann, William Rappard étaient sûrs d’eux-mêmes. Par tous les moyens, à coup de semi-vérités et de mensonges diplomatiques – mais en toute bonne conscience -, ils défendaient la position de leur république de marchands.

Les profits de guerre constituent aujourd’hui la base de la puissance impressionnante des grandes banques suisses sur les cinq continents.

Les centaines de millions de francs suisses qui se trouvaient en 1946 sur les comptes juifs en déshérence et autres ont pour l’essentiel été sauvés. Ils sont en majeure partie depuis longtemps intégrés aux réserves dormantes des banques, sociétés fiduciaires et financières et sociétés d’assurances suisses. Même l’or volé nazi est resté pour l’essentiel entre les mains des gnomes [surnom donné par l’auteur aux dirigeants suisses, nommés aussi les épiciers].

Bref, eu égard aux intérêts les plus profondément égoïstes et nationalistes à courte portée de la Confédération, les résultats obtenus par les sous-traitants de Washington méritent sans nul doute notre admiration.

Walter Stucki a réalisé de grandes choses. Il a fait sienne la maxime de Goethe : L’homme qui en des temps incertains demeure dans l’incertitude aggrave le mal et le propage de plus en plus.

La Suisse avait financé les guerres d’agression d’Hitler ; ses gouvernants étaient devenus les complices volontaires et actifs d’un des génocides les plus atroces de l’histoire de l’humanité. Ils se retrouvaient à Washington face au monde libre qui les jugeait.

Douter ? Répondre poliment ? Avouer même ou demander pardon ?

Vous n’y pensez pas ? Il n’en était pas question !

En un temps incertain, Stucki ne voulait pas demeurer dans l’incertitude. Il s’obstina à nier. Coupable ? Jamais. Complice ? Je ne sais pas ce que cela veut dire. Monsieur Hitler, de Berlin ? Un partenaire commercial parmi tant d’autres. Les monstres SS ? Ce qu’ils ont fait ne nous concerne en rien. Ils dévastaient tout ? Oui, en Pologne et en Russie !

Stucki réussit encore un second coup de maître : le dossier d’accusation des Alliés s’appuyait sur les rapports secrets, les relevés d’écoutes de Bletchley Park, les documents saisis à la Reichsbank, les dépositions de criminels de guerre (entre autres, Funk et Puhl…). Effacez les traces, conseille Bertolt Brecht dans le poème du même titre. C’est précisément ce que fit Stucki. Il se refusa à toute déclaration sur ces faits, se réfugiant derrière le secret bancaire. C’est ce qu’on appelle en droit pénal américain stonewalling (faire un rempart de pierres) : une stratégie qui demande une certaine résistance nerveuse. Stucki l’avait.

Les négociations de Washington – compliquées, interminables, constamment interrompues de crises récurrentes, puis reprises et les pourparlers diplomatiques avec la République fédérale et les puissances occupantes qui suivirent, en 1952 marquèrent un seuil : en position de pays neutre, en quarantaine, complice des nazis, la Suisse réussit – avec les plus grandes difficultés – à se faire reconnaître comme membre respecté de plein droit de la communauté des puissances démocratiques occidentales. De ce point de vue aussi, le travail des délégués de la Confédération à Washington fut admirable. Même si ce fut au prix de nombreux mensonges.

Toutes les décisions exécutoires du traité de Washington (en particulier la restitution des biens privés allemands dénazifiés) nécessitaient l’accord des autorités alliées dans l’Allemagne occupée. Les puissances d’occupation contrôlaient toutes les transactions allemandes avec l’étranger, par conséquent aussi avec la Suisse.

[…]     En fait, à Washington, les grandes puissances alliées reculèrent devant la Suisse. Les Suisses vainquirent les vainqueurs de la Deuxième Guerre mondiale. L’incroyable assurance des délégués helvétiques, leur obstination, alimentée par le mensonge de la neutralité, expliquent en majeure partie cette victoire. Les principaux sous-traitants helvétiques, avant tout Stucki, Rappard et Bruggmann – et leurs acolytes de la Banque nationale, plus les quelques gnomes qui traînaient dans les couloirs -, triomphèrent.

[…]                 Tout au long des soixante-huit jours de joute diplomatique à Washington, Walter Stucki fit preuve d’une assurance et d’une arrogance considérables. Cet homme n’éprouvait absolument aucun sentiment de culpabilité. Il mettait toujours en balance Hitler et les Alliés. Pour lui, la Suisse était un pays de saints. Qu’ils aient pu commettre des erreurs, sans même parler de fautes, ne lui venait même pas à l’esprit.

Stucki négocia sous une extrême pression. Ses crises de fureur contre les Alliés étaient en proportion.

Voici un exemple : on traitait ce jour-là des objectifs de guerre des Alliés. Randolph E. Paul venait juste d’essayer de démontrer aux Suisses que les démocraties occidentales n’avaient pas fait la guerre pendant cinq ans et accepté des sacrifices intolérables pour la défense de leurs intérêts égocentriques nationaux, mais pour la liberté de tous les hommes sur la terre.

Stucki rejeta l’argument avec mépris : Hitler et Goebbels n’ont pas hésité à justifier leurs exigences par la nécessité de construire une Europe unie et puissante et de la protéger du bolchevisme. Même si nous sommes tout prêts à reconnaître que cet objectif était mauvais, alors que celui que vous venez d’énoncer est bon, nous devons vous rappeler ici explicitement que le droit ne change pas en fonction des objectifs. Le vieux principe jésuite selon lequel la fin justifie les moyens ne peut davantage être reconnu au sein des différents États que dans les relations de droit international.

Stucki était astucieux, il était aussi très hypocrite. Pour réduire au silence Randolph E. Paul, il cita Roosevelt : Vous avez certes la possibilité de nous mettre à genoux, comme Hitler aurait pu le faire pendant la guerre. Mais se peut-il qu’on oublie l’une des plus belles et des plus importantes déclarations de votre grand président défunt, qui disait à la Noël 1943 : Les droits de toute nation, petite ou grande, doivent être respectés et préservés, tout aussi soigneusement que les droits de tout individu au sein de notre propre République. La doctrine selon laquelle le fort doit dominer le faible est celle de nos ennemis, et nous la récusons ?

[…]       Le personnage le plus intéressant de la délégation suisse était sans aucun doute William E. Rappard. Il ne faisait partie ni de l’élite politique bernoise ni de l’oligarchie bancaire de Zurich. L’université était sa vie.

[…]         L’objectif de Rappard était de former dans un esprit de tolérance les jeunes cadres d’organisations internationales. Rappard admirait Aristide Briand et exécrait Heinrich Rothmund. Aristide Briand, ministre français des Affaires étrangères et par­tisan de l’unification de l’Europe, avait écrit : Jamais plus nous ne voulons que les longs voiles noirs du deuil flottent dans le ciel de l’Europe. Rothmund, chef de la police fédérale, pratiqua pendant la Deuxième Guerre mondiale une politique assassine contre les réfugiés. Rappard lutta contre lui. Les amis de Rappard étaient Liebmann Hersch et Gerhart Riegner.

[…]     Pourtant, il succomba lui aussi à Washington, au mythe helvétique du bon droit, de l’innocence et de la pureté éternelle. Il faut croire qu’il était brusquement devenu aveugle.

Il écrit à son ami Max Petitpierre, le 27 mai 1946 : Je ne sais pas quel jugement les historiens futurs porteront sur les négociations que nous avons menées suivant vos instructions. Toutefois, il me semble qu’ils seront tentés de nous féliciter de nous être si bien tirés de cette affaire, en ce qui concerne l’or. En revanche, je crois qu’ils seront moins indulgents sur le problème des biens allemands que nous nous sommes déclarés prêts à partager avec les vainqueurs. Pour justifier une pareille infraction à notre traditionnelle neutralité et un tel mépris des principes de droit international en vigueur jusqu’à présent, il faudrait qu’ils tiennent compte des bouleversements matériels et moraux que Hitler a provoqués dans le monde.

Dans une autre lettre à Petitpierre, il se ravale au rang de porte-parole des banquiers : Dans leur chasse aux biens allemands en Suisse, les Américains sont parfois animés d’un esprit qui n’a plus rien à voir avec leur volonté d’encaisser des réparations, leur crainte du potentiel militaire d’un ennemi ressuscité, leur antipa­thie pour les pays neutres, leur fierté professionnelle ou même leur ambition sportive d’avoir le dernier mot dans leur conflit avec l’Arsène Lupin germano-helvétique. Que veulent-ils, en fait ? Ne serait-ce pas tout simplement affaiblir, voire exclure ou remplacer, un concurrent embarrassant ?

Ils prétendent vouloir la mort du coupable allemand et de ses complices suisses à cause de leurs crimes passés. Mais en fait ils veulent leur dérober leur secret et encaisser leur héritage.

Comment un homme aussi intelligent, aussi sûr de lui et spirituel put-il être aussi aveugle et par moments aussi bassement servile ?

Une question se pose : comment des gens cultivés, qui connaissaient la scène internationale comme Rappard et Stucki, purent-ils se méprendre à tel point sur la situation internationale de la Suisse ? […]

Bien sûr, la guerre froide qui débuta peu après cet accord de Washington amorça une nouvelle période de glaciation. Les receleurs de Hitler, ses fournisseurs d’armes et de produits industriels devinrent vite de solides alliés de l’Occident libre. La place financière suisse, caverne des voleurs nazis quelques mois auparavant, pouvait désormais être utile dans la lutte contre le communisme.

Stucki et Rappard auraient pourtant bien dû s’apercevoir de ce dont Petitpierre, lui, avait l’idée : à savoir que l’Histoire existe, qu’il y a une mémoire des peuples et qu’un jour ou l’autre, dans un avenir lointain, la Suisse aurait à rendre compte de ses crimes pendant la Seconde Guerre mondiale.

Comme toujours lorsqu’il s’agit de ce qui se fait en Suisse, la réponse à une telle question est beaucoup plus banale qu’on ne le pense.

Je me souviens d’un soir d’hiver au palais fédéral de Berne. Je travaillais dans le hall de l’Assemblée, tard dans la nuit. Dehors, il neigeait. À l’intérieur, les lustres scintillaient. C’est alors qu’arriva l’élégant secrétaire d’État Franz Blankhart. Son bureau se situe dans l’aile est du palais, au même étage que la salle du Parlement. Nous parlâmes du dernier scandale bernois (ce n’était pas l’accord de Washington). Une fois de plus, le gouvernement, bien qu’avec la plus haute compétence technique, avait agi de manière humainement inadmissible. Ancien élève du philosophe Karl Jaspers, Blankhart chercha longuement une explication – et il finit par la trouver : Le plus grand compliment que l’on puisse faire dans cette maison à un ministre, un haut fonctionnaire ou un homme politique quelconque est de lui dire : La question est réglée… On veut toujours tout régler. Vite, définitivement […]. C’est l’ambition suprême que l’on nourrit en ces lieux. Les méthodes employées et les conséquences que l’on peut en attendre importent peu !

L’analyse de Blankhart s’applique exactement aux négociations de Washington : il y avait ce dossier embarrassant sur l’or allemand. Il fallait quand même régler la question. Les Alliés acceptèrent à notre incroyable surprise notre proposition de compensation forfaitaire minimale. Tout était réglé. Affaire classée.

Reste une dernière question : pourquoi les puissances victorieuses qui venaient juste d’écraser le monstre nazi et dont les peuples avaient subi des millions de victimes s’inclinèrent-elles devant ces Suisses hypocrites ? Comme ça, tout d’un coup, presque sans discussions (dans la seconde phase des négociations) ?

La guerre froide n’avait pas encore commencé. Et aucun des membres de la délégation alliée – britannique, français ou américain – n’éprouvait ajuste titre la moindre sympathie pour les receleurs suisses et leurs affaires d’or.

Pourquoi donc cette indulgence ?

Première hypothèse : dans le camp allié commençaient à se manifester des forces qui freinaient la volonté de faire l’entière lumière. De 1939 à 1945, aux États-Unis comme en Grande-Bretagne et dans les autres pays alliés, des groupes financiers et des personnes privées avaient fait des affaires avec les nazis par l’intermédiaire de pays tiers.

Il faut noter aussi à cet égard le rôle plus que douteux de la Banque des règlements internationaux, où tout au long de la guerre des directeurs généraux nazis collaborèrent avec des banquiers alliés. Le directeur général adjoint allemand faisait toujours précéder de Heil Hitler sa signature sur les lettres qu’il adressait de Bâle au vice-président de la Reichsbank, Emil Puhl.

Gian Trepp étudie les curieuses manœuvres de la BRI. Tout au long des années de guerre – de janvier 1940 à mai 1946 -, l’Amé ricain Thomas H. McKittrick en fut le président. Le ministre des Finances américain, Morgenthau, essaya de faire destituer McKittrick pour collaboration avec les nazis. Il n’y réussit pas.

D’autres Américains ont beaucoup critiqué le comportement de certains groupes financiers alliés au cours de la Seconde Guerre mondiale. Wilfred G. Burchett, correspondant spécial australien du Daily Express, cite la déclaration du représentant du Conseil de contrôle américain, Russel Nixon, devant une commission du Sénat :

J’accuse en outre certains éléments des ministères des Affaires étrangères des États-Unis, de Grande-Bretagne et de France d’avoir délibérément essayé d’empêcher la participation des quatre puissances réunies à la recherche des biens allemands dans les pays neutres, parce que le caractère fascisant ou tout au moins réactionnaire des gouvernements de pays comme l’Espagne, le Portugal, la Suisse, la Suède et l’Argentine se serait alors révélé, et que tous les détails de la collaboration de certains groupes d’intérêts des pays alliés avec ces gouvernements auraient alors été découverts. Une action à laquelle participeraient véritablement les quatre grandes puissances rendrait nuls et non avenus tous les projets de compromis au sujet des biens allemands à l’étranger qui ne sont conçus que pour protéger certains intérêts économiques et sont censés empêcher le développement de systèmes trop extrémistes.

Deuxième hypothèse : l’or nazi dont la restitution devait être négociée à Washington ne provenait pas uniquement des réserves des banques centrales des pays qui avaient été occupés par l’armée allemande. Une partie était constituée de l’or des morts.

La Reichsbank avait fait refondre et poinçonner aussi bien l’or qui se trouvait dans les dépôts des SS qu’une partie de celui volé dans les réserves des banques centrales. La majeure partie de l’or volé alla en Suisse. Il était impossible de faire la distinction a posteriori.

Les trois principaux négociateurs alliés étaient Randolph E. Paul (Etats-Unis), Paul-Henri Chargéraud (France) et Francis W. McCombe (Grande-Bretagne). C’étaient des hommes scrupuleux et dignes. Ils ne devaient pas se sentir très à l’aise à l’idée de faire transférer dans les réserves de leurs propres banques centrales des lingots d’or faits des prothèses dentaires, des alliances et des bijoux de millions de déportés tués dans les camps de concentration.

Leur mauvaise conscience les inclina à l’indulgence pour les receleurs helvétiques. C’est une honte à demi consciente qui les poussa à la signature inattendue de cet accord invraisemblable.

Le sinistre passé rattrape aujourd’hui les Suisses. Rien n’est réglé.

En 1996, le président de la commission des banques du Sénat américain réclame la réouverture des négociations. Selon les règles générales du droit international, des accords fondés sur la tromperie et le mensonge ne sont pas valables. Et il semble bien qu’à Washington Stucki, Rappard, Bruggmann et leurs collègues aient menti comme des arracheurs de dents ( !).

Le sénateur américain demande donc l’ouverture de nouvelles négociations.

Il n’a pas vraiment tort.

[…]             Les receleurs de Hitler firent à Washington une excellente affaire. Ils payèrent l’or volé 250 millions. Alors que l’or volé à la Banque centrale de Belgique, rapatrié de la façon la plus aventureuse, refondu à Berlin et transporté en Suisse, valait à lui seul un milliard de FS. À cela venait s’ajouter l’or volé hollandais (plus d’un demi-milliard FS), une partie de l’or volé italien, albanais, etc…

De 1939 au début 1945, la Reichsbank a mis pour plus de 1.7 milliard d’or dans la machine à laver bernoise. Un montant plus important encore a été déposé sur des comptes privés ou acheminé par la Suisse vers l’Amérique du Sud et d’autres régions du globe.

C’était presque toujours de l’or volé, provenant des banques centrales des territoires occupés, réquisitionné auprès d’entreprises, de banques et de personnes privées par les commandos de protection des devises, dérobé à des détenus ou à des déportés morts dans les camps d’extermination.

Le prix demandé aux Suisses par les vainqueurs pour leur complicité avec le monstre nazi était donc modeste.

Jean Ziegler      La Suisse, l’or et les monstres     Le Seuil 1997

28 05 1946                    Blum, ambassadeur extraordinaire, Jean Monnet, commissaire général au Plan signent avec Byrnes, secrétaire d’État américain,  un accord qui annule une partie de la dette française, accorde d’importantes aides à la reconstruction en échange d’une significative ouverture du marché français aux produits américains, et des salles de cinéma de l’Hexagone aux films made in USA : pas moins de 4 mois par an !

L’administration Truman offre même un nouveau prêt à la France à des conditions de remboursement considérées comme exceptionnelles. Les États-Unis accordent ainsi une aide de 300 millions de US $ (3,5 milliards de dollars valeur 2012) remboursables en 35 ans ainsi qu’un prêt bancaire de 650 millions de dollars (7,6 milliards de dollars valeurs 2012).

Une des contreparties de l’accord est la fin du régime des quotas, imposé aux films américains en 1936 et resté en place après la Libération. Byrnes voudrait un retour aux accords de 1933, qui prévoyaient un quota fixe de films américains par an projetés dans les salles françaises. De son côté, le secteur du cinéma français demande que sept semaines sur treize soient réservées uniquement à la diffusion de films français. Le compromis final est d’une part un abandon du quota de films américains et d’autre part une exclusivité accordée aux films français quatre semaines sur treize, ce qui correspond à une diminution de moitié de la diffusion de films français par rapport aux années 1941-1942.

Pour le Parti  communiste et les syndicats du secteur cinématographique français, il s’agit d’un moyen pour les États-Unis de diffuser l’American way of life à une population pouvant être tentée par le socialisme et de favoriser l’industrie cinématographique hollywoodienne – les américonneries -. En réaction, les autorités françaises créeront le 25 octobre 1946 le CNC – Centre National de la cinématographie – avec pour mission de protéger la création cinématographique française.

Wikipedia

C’est une entreprise de désagrégation de la nation française, une entreprise de démoralisation de nos jeunes gens et de nos jeunes filles avec des films abêtissants où l’érotisme le dispute à la bondieuserie, où le gangster est roi ; ces films ne visent pas à préparer une génération de Français conscients de leurs devoirs envers la France, envers la République, mais un troupeau d’esclaves écrasés par le Talon de fer.

Maurice Thorez

2 06 1946                   Par référendum, les Italiens renoncent à la monarchie, avec une majorité de deux millions. La constitution précise que les ex rois de Savoie, leurs consorts et descendants mâles ne peuvent ni pénétrer, ni séjourner sur le territoire national.

À la fin du siècle, la disposition vaudra toujours et l’héritier de la couronne, Victor Emmanuel de Savoie dira son ras le bol, en portant l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme. Le Cavaliere Berlusconi, qui n’est pas à une alliance près, saura faire ce qu’il faut pour arranger les choses et, en 2006, son fils Emmanuel de Savoie pouvait se faire construire une maison en Ombrie,… en même temps que son père était mis en examen pour proxénétisme et autres distractions très border line.

Décision est prise aussi de se doter d’une nouvelle constitution qui entrera en vigueur le 1°janvier 1948.

18 06 1946                  Proclamation de la République Italienne

25 06 1946                  Ho Chi Minh est à Paris. A Saïgon, Thierry d’Argenlieu a fait proclamer la République autonome de Cochinchine. Leclerc va demander son rappel quand s’ouvrira la conférence de Fontainebleau : il est en désaccord sur le fond avec l’amiral Thierry d’Argenlieu, son supérieur hiérarchique en Indochine. Leclerc, acceptant le principe de l’indépendance, aurait voulu négocier avec Ho Chi Minh : on ne tue pas une idée avec des balles. Leclerc pressentait bien que l’idée de faire accéder sa patrie à l’indépendance est un levain aussi puissant que celle de la délivrer. Il prendra l’avion pour Paris le 19 juillet.

29 06 1946                  L’état-major britannique décide de frapper un grand coup dans les organisations juives installées en Palestine. A Jérusalem, à Haïfa, à Tel-Aviv, les locaux de l’Agence juive sont perquisitionnés, nombre de dirigeants du Yishouv arrêtés, des armes et des documents saisis. Toutes les branches du mouvement sioniste veulent répliquer – la majorité de Ben Gourion, comme les révisionnistes. Il faut venger ce shabbat noir. Les Britanniques ont attaqué notre gouvernement, l’Agence juive, disent les sionistes ; nous allons attaquer le leur, le King David.

En  1939, la guerre avec l’Allemagne et la détérioration de la situation en Palestine avaient conduit l’armée britannique à réquisitionner l’aile sud de l’Hôtel King David, transformé en place forte, cerné de barbelés, avec filets antigrenades et mitrailleuses en batterie à l’entrée. L’aile sud était devenu le QG de l’armée et, sur trois étages, celui de l’administration civile de la Palestine. Demeuraient 62 chambres pour les clients. L’hôtel incarne à présent la tutelle de Londres sur la Palestine.

4 07 1946                   Les Philippines proclament leur indépendance ; les Américains y conservent des bases militaires et des privilèges économiques importants.

A Kielce, en Pologne, courent des rumeurs d’enlèvements d’enfants, de crimes rituels et cela suffit pour que des éléments, manipulés ou non par le pouvoir en place, se livrent à un pogrom sur les Juifs, pour la plupart émigrés récents venus de Russie, en transit. On y aurait vu des policiers du Ministère de la Sécurité publique communiste et des soldats : bilan : 42 morts et 40 blessés. Les tribunaux condamneront neuf personnes à mort. Il faudra attendre 1989 pour avoir accès aux archives, en réalisant à ce moment-là qu’un grand nombre de documents avaient été détruits par le feu dans des circonstances obscures ou l’avaient été délibérément par les autorités militaires. La plupart des Juifs se mirent alors à fuir la Pologne.

22 07 1946                  L’Irgoun de Menahem Begin s’attaque à l’Hôtel King David de Jérusalem, où se trouve l’État Major britannique.

Adina, jeune brune de la résistance hébraïque  a laissé plusieurs messages, à l’hôtel lui-même, au consulat de France, à la Police. Ici le mouvement de la résistance hébraïque. Nous avons placé des bombes dans l’hôtel. Le bâtiment va sauter. Vous devez l’évacuer immédiatement, vous êtes prévenus. Mais pourquoi attacherait-on plus de crédit à ce message qu’aux centaines d’autres qui arrivent tous les jours ?

A 12 h 37, l’explosion dévaste toute l’aile sud et au-delà, six étages s’effondrent, écrasant des centaines de personnes sous les décombres. Des tonnes de pierres, de métal, de verre, de marbre sont projetées alentour : des dizaines de passants sont fauchés et tués sur Julian Way. On dénombre 91 morts – 41 Arabes de Palestine, 28 Britanniques, 17 Juifs de Palestine, 2 Arméniens, un Russe, un Grec, un Egyptien, et plus de 150 blessés.

Le chef de l’Agence juive jugeait que la priorité n’était pas la lutte contre les Britanniques. Ruinés par la guerre, ceux-ci, selon Ben Gourion, allaient vite devoir abandonner un empire surdimensionné. Mieux valait préparer l’inévitable : la guerre contre les Etats arabes voisins.

Le 22 juillet au soir, Adina dormira sagement chez ses parents.

Alain Frachon           Le Monde du 22 07 215

29 07 1946                  Augmentation des salaires de 18 %.

2 08 1946           Thierry d’Argenlieu ouvre à Dalat la deuxième conférence où sont réunis les représentants du Cambodge, du Laos, de Cochinchine, du Sud-Annam et des plateaux montagnards pour y mettre sur pied l’Union indochinoise, à laquelle s’intégrera le Tonkin, le moment venu. À Paris, Ho Chi Minh tombe dans les bras de Leclerc à l’Hôtel Continental, en se plaignant de d’Argenlieu. Leclerc reste de marbre.

3 08 1946         Augmentation du traitement des fonctionnaires de 25 %. Rencontre orageuse entre Leclerc et de Gaulle à Colombey les Deux Eglises. Voilà sept mois que de Gaulle s’est retiré des affaires, mais c’est encore depuis ce petit village de l’est où il a choisi de vivre que se décide la stratégie de la France en Indochine ! ! !

9 08 1946                    Fehrat Abbas présente un projet de République algérienne autonome au sein de l’Union Française.

14 08 1946                   Le prix de la baguette est à 11,50 F. (0.68 € 2000)

08 1946                        Le premier four solaire français est installé à Meudon.

2 09 1946                     Le vice-roi des Indes nomme Jawaharlal Nehru premier ministre.

9 09 1946                     Arabes et Juifs refusent de participer à la conférence de Londres, sur la Palestine.

14 09 1946             Les négociations entre la France et le Viet Nam ont échoué à Fontainebleau ; Ho Chi Minh déçu et amer, accepte de les reprendre plus tard.

15 09 1946       La Sarre, sous occupation française depuis la fin de la guerre, vote pour des élections municipales, ce à quoi l’autorise son statut. Un an plus tard, elle se dotera d’une constitution. La région devient de droit un véritable état sous protectorat français, doté d’une souveraineté propre, mais amené à se rapprocher de la France. L’indépendance du territoire est reconnue au sein des instances internationales.

19 09 1946                      À l’université de Zürich, Winston Churchill invite à la création des États-Unis d’Europe.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

J’ai l’honneur aujourd’hui d’être reçu par votre vénérable université et je voudrais vous parler de la tragédie de l’Europe. Ce continent magnifique, qui comprend les parties les plus belles et les plus civilisées de la terre, qui a un climat tempéré et agréable et qui est la patrie de tous les grands peuples apparentés du monde occidental. L’Europe est aussi le berceau du christianisme et de la morale chrétienne. Elle est à l’origine de la plus grande partie de la culture, des arts, de la philosophie et de la science du passé et du présent. Si l’Europe pouvait s’unir pour jouir de cet héritage commun, il n’y aurait pas de limite à son bonheur, à sa prospérité, à sa gloire, dont jouiraient ses 300 ou 400 millions d’habitants. En revanche, c’est aussi d’Europe qu’est partie cette série de guerres nationalistes épouvantables déclenchées par les Teutons dans leur course à la puissance et que nous avons vus au XXe siècle. La paix a été ainsi troublée et les espérances de l’humanité entière réduites à néant.

Et qu’est-il advenu dans tout cela de l’Europe ? Quelques petits États ont atteint une certaine prospérité, mais de vastes régions de l’Europe offrent l’aspect d’une masse d’êtres humains torturés, affamés, sanglotants et malheureux, qui vivent dans les ruines de leurs villes et de leurs maisons et voient se former un nouvel amoncellement de nuages, de tyrannie et de terreur qui obscurcissent le ciel à l’approche de nouveaux dangers. Parmi les vainqueurs, c’est un brouhaha de voix ; chez les vaincus : silence et désespoir. Voilà tout ce que les Européens rassemblée en d’anciens États et nations, voilà ce que la race allemande a atteint en allant répandre au loin la terreur. La grande république au-delà de l’Atlantique a compris avec le temps que la ruine ou l’esclavage de l’Europe mettrait en jeu son propre destin et elle a alors avancé une main secourable faute de quoi les âges sombres seraient revenus avec toutes leurs horreurs. Ces horreurs, Messieurs, peuvent encore se répéter.

Mais il y a un remède ; s’il était accepté par la grande majorité de la population de plusieurs États, comme par miracle toute la scène serait transformée, et en quelques années l’Europe, ou pour le moins la majeure partie du continent, vivrait aussi libre et heureuse que les Suisses le sont aujourd’hui. En quoi consiste ce remède souverain ? Il consiste à reconstituer la famille européenne,  ou tout au moins la plus grande partie possible de la famille européenne,  puis de dresser un cadre de telle manière qu’elle puisse se développer dans la paix, la sécurité et la liberté. Nous devons ériger quelque chose comme les États-Unis d’Europe. C’est la voie pour que des centaines de millions d’êtres humains aient la possibilité de s’accorder ces petites joies et ces espoirs qui font que la vie vaut la peine d’être vécue. On peut y arriver d’une manière fort simple. Il suffit de la résolution des centaines de millions d’hommes et de femmes de faire le bien au lieu du mal, pour récolter alors la bénédiction au lieu de la malédiction.

Mesdames, Messieurs, l’Union paneuropéenne a fait beaucoup pour arriver à ce but et ce mouvement doit beaucoup au comte Coudenhove-Kalergi et à ce grand patriote et homme d’État français que fut Aristide Briand. Il y a eu aussi cet immense corps de doctrine et de procédure, qui fut créé après la première guerre et à laquelle s’attachèrent tant d’espoirs, je veux parler de la Société des Nations. Si la Société des Nations n’a pas connu le succès, ce n’est pas parce que ses principes firent défaut, mais bien du fait que les États qui l’avaient fondée ont renoncé à ces principes. Elle a échoué parce que les gouvernements d’alors n’osèrent pas regarder les choses en face. Il ne faut pas que ce malheur se répète. Nous avons maintenant davantage d’expérience, acquise à un prix amer, pour continuer de bâtir.

C’est avec une profonde satisfaction que j’ai lu dans la presse, il y a deux jours, que mon ami le président Truman avait fait part de son intérêt et de sa sympathie pour ce plan grandiose. Il n’y a aucune raison pour que l’organisation de l’Europe entre en conflit d’une manière quelconque avec l’Organisation mondiale des Nations unies. Au contraire, je crois que l’organisation générale ne peut subsister que si elle s’appuie sur des groupements naturellement forgés. Il existe déjà un tel groupement d’États dans l’hémisphère occidental. Nous autres Britanniques, nous avons le Commonwealth. L’organisation du monde ne s’en trouve pas affaiblie, mais au contraire renforcée et elle y trouve en réalité ses maîtres piliers. Et pourquoi n’y aurait-il pas un groupement européen qui donnerait à des peuples éloignés l’un de l’autre le sentiment d’un patriotisme plus large et d’une sorte de nationalité commune ? Et pourquoi un groupement européen ne devrait-il pas occuper la place qui lui revient au milieu des autres grands groupements et contribuer à diriger la barque de l’humanité ? Afin de pouvoir atteindre ce but, il faut que les millions de familles collaborent sciemment et soient animées de la foi nécessaire, quelle que puisse être la langue de leurs pères.

Nous savons tous que les deux guerres mondiales que nous avons vécues sont nées des efforts vaniteux de l’Allemagne nouvellement unie de jouer un rôle dominateur dans le monde. La dernière guerre a été marquée par des crimes et des massacres tels qu’il faut remonter jusqu’à l’invasion des Mongols, au XIVe siècle, pour trouver quelque chose d’approchant, et tels aussi que l’histoire de l’humanité n’en avait encore jamais connu jusqu’alors. Le coupable doit être châtié. Il faut mettre l’Allemagne dans l’impossibilité de s’armer à nouveau et de déclencher une nouvelle guerre d’agression. Quand cela sera chose faite, et cela le sera,  il faudra que se produise ce que Gladstone nommait jadis « l’acte béni de l’oubli ». Nous devons tous tourner le dos aux horreurs du passé et porter nos regards vers l’avenir. Nous ne pouvons pas continuer de porter dans les années à venir la haine et le désir de vengeance tels qu’ils sont nés des injustices passées. Si l’on veut préserver l’Europe d’une misère sans nom, il faut faire place à la foi en la famille européenne et oublier toutes les folies et tous les crimes du passé. Les peuples libres de l’Europe pourront-ils se hisser au niveau de cette décision ? S’ils en sont capables, les injustices causées seront partout lavées par la somme de misères endurées. L’agonie doit-elle se prolonger ? La seule leçon de l’histoire est-elle que l’humanité est fermée à tout enseignement ? Faisons place à la justice et à la liberté. Les peuples n’ont qu’à le vouloir pour que leurs espoirs se réalisent.

J’en viens maintenant à une déclaration qui va vous étonner. Le premier pas vers une nouvelle formation de la famille européenne doit consister à faire de la France et de l’Allemagne des partenaires. Seul, ce moyen peut permettre à la France de reprendre la conduite de l’Europe. On ne peut pas s’imaginer une renaissance de l’Europe sans une France intellectuellement grande et sans une Allemagne intellectuellement grande. Si l’on veut mener à bien sincèrement l’œuvre de construction des États-Unis d’Europe, leur structure devra être conçue de telle sorte que la puissance matérielle de chaque État sera sans importance. Les petits pays compteront autant que les grands et s’assureront le respect par leur contribution à la cause commune. Il se peut que les anciens États et les principautés de l’Allemagne, réunis dans un système fédératif avec leur accord réciproque, viennent occuper leur place au sein des États-Unis d’Europe. Je ne veux pas essayer d’élaborer dans le détail un programme pour les centaines de millions d’êtres humains qui veulent vivre heureux et libres, à l’abri du besoin et du danger, qui désirent jouir des quatre libertés dont parlait le grand président Roosevelt et qui demandent à vivre conformément aux principes de la Charte de l’Atlantique. Si tel est leur désir, ils n’ont qu’à le dire et l’on trouvera certainement les moyens d’exaucer pleinement ce vœu.

Mais j’aimerais lancer un avertissement. Nous n’avons pas beaucoup de temps devant nous. Nous vivons aujourd’hui un moment de répit. Les canons ont cessé de cracher la mitraille et le combat a pris fin, mais les dangers n’ont pas disparu. Si nous voulons créer les États-Unis d’Europe, ou quelque nom qu’on leur donne, il nous faut commencer maintenant.

En ces jours présents, nous vivons curieusement sous le signe, on pourrait dire sous la protection, de la bombe atomique. La bombe atomique est toujours aux mains d’un État et d’une nation dont nous savons qu’ils ne l’utiliseront jamais autrement que pour la cause du droit et de la liberté. Mais il se peut aussi que d’ici quelques années, cette énorme puissance de destruction soit largement connue et répandue, et alors la catastrophe engendrée par l’emploi de la bombe atomique par des peuples en guerre, signifierait non seulement la fin de tout ce que nous nous représentons sous le mot de civilisation, mais aussi peut-être la dislocation de notre globe.

Je veux maintenant formuler ces propositions devant vous. Il faut que notre but permanent soit d’accroître et de renforcer la puissance de l’Organisation des nations unies. Il nous faut re-créer la famille européenne en la dotant d’une structure régionale placée sous cette organisation mondiale, et cette famille pourra alors s’appeler les États-Unis d’Europe. Le premier pas pratique dans cette voie prendra la forme d’un Conseil de l’Europe. Si, au début, tous les États européens ne veulent ou ne peuvent pas adhérer à l’Union européenne, nous devrons néanmoins réunir les pays qui le désirent et le peuvent. Le salut de l’homme quelconque de toute race et de tout pays, ainsi que sa préservation de la guerre ou de l’esclavage, ont besoin de fondements solides et de la volonté de tous les hommes et de toutes les femmes de mourir plutôt que de se soumettre à la tyrannie. En vue de cette tâche impérieuse, la France et l’Allemagne doivent se réconcilier ; la Grande-Bretagne, le Commonwealth des nations britanniques, la puissante Amérique, et, je l’espère, la Russie soviétique – car  tout serait alors résolu – doivent être les amis et les protecteurs de la nouvelle Europe et défendre son droit à la vie et à la prospérité.

Et c’est dans cet esprit que je vous dis :
En avant, l’Europe !

20 09 1946                   Premier festival de Cannes. Voilà sept ans que l’affaire était dans les cartons, et une première ouverture avait été prévue dès le 1° septembre 1939, à l’initiative de Jean Zay, soucieux de concurrencer la Mostra de Venise, par trop mussolinienne : Cannes avait été retenue pour ses importantes capacités hôtelières et de bonnes liaisons de train avec l’Angleterre. Mais, patatras, Hitler avait volé la vedette en envahissant la Pologne ce jour-là, et on avait bien évidemment tout déprogrammé. Et ce 20 septembre 1946, Raimu, ce monument du cinéma et du théâtre, meurt : on taira la nouvelle quelques temps, pour ne pas prendre le risque de gâcher la fête.

La grand messe du narcissisme était née ; ce n’est pas que le narcissisme soit une nouveauté de l’après-guerre, mais la minceur du cinéma et de la télévision l’avaient jusqu’alors cantonné dans de petits cercles ; le développement exponentiel des moyens de communication va lui donner une puissance propre à en déboussoler plus d’un ; non seulement on déroule bien sûr le tapis rouge pour les ravissantes gambettes des stars, mais, vers les années 60, leurs talons aiguilles seront devenus si exigeants qu’on le changera trois fois par jour ! … oui, le tapis rouge du festival de Cannes est changé trois fois par jour, non pas pour être amené au nettoyage, mais à la déchetterie et remplacé par un neuf !  Quand on est un des phares de la société de consommation,… on se doit de consommer,  que diable ! Et lorsqu’un employé qui avait malencontreusement gardé un brin de bon sens au fond de son cerveau émit un tout de même ! la doyenne qui n’avait plus ses jambes de vingt ans, le renvoya dans les cordes d’un magnifique Au diable la varice !

Au narcissisme en place publique répondra plus tard, dans les années 2000 le narcissisme à domicile, avec un écran d’ordinateur pour miroir : en 2010, le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, 26 ans, se trouvait à la tête d’une fortune dépassant 5 milliards d’Euros !  Et pourtant Cocteau nous avait bien prévenu : Un miroir devrait toujours bien réfléchir avant de renvoyer une image. On peut en pleurer, certes, mais on peut aussi en rire, et c’est ce que fait Emmanuelle Devos : Qui vit ça, à part les cardinaux en conclave ?

26 09 1946                        Première sortie de l’hebdomadaire Tintin.

1 10 1946                           Verdict du procès de Nuremberg : douze condamnations à mort, et de nombreuses perpettes.

13 10 1946                   Malgré la condamnation sans appel portée par le Général, depuis sa retraite de Colombey-les-deux-Églises, la nouvelle constitution de la IV° République est adoptée par référendum à une courte majorité : 9 millions de oui, 8 millions de non, 8 millions d’abstentions. Elle nous vaudra de connaître 25 gouvernements entre 1946 et 1958 !  Mais, comme toute médaille, elle avait aussi son endroit : il était fait place à l’avenir de nos colonies :

Compromis entre une tendance centralisatrice et unitaire et une tendance fédéraliste, elle a été très critiquée par des juristes qui ne comprenaient peut-être pas très bien la richesse des possibilités ouvertes par cette contradiction. Elle a effectivement permis de faire largement droit, dans une première phase, à la revendication d’égalité qui primait tout dans l’opinion africaine des territoires français en 1946, puis en 1956, de donner satisfaction à la tendance autonomiste qui se faisait de plus en plus forte depuis 1951.

[…]   Tandis que la France oriente ainsi sa politique africaine à coups de textes généraux essentiellement juridiques, la Grande Bretagne cherche à trouver des solutions locales, parcellaires, limitées et non normatives. Sur la côte occidentale, la Gold Coast devient ainsi l’État indépendant du Ghana, membre du Commonwealth, et premier État moderne négro-africain, au moment même où la fédération des Rhodésies et du Nyassaland et la répression de la révolte Mau-Mau du Kenya consacrent la white supremacy en Afrique Orientale.

Pierre Alexandre L’Afrique noire et Madagascar des origines à nos jours.1986

20 10 1946                  Retour triomphal de Ho Chi Minh à Haïphong.

30 10 1946                  Fin des hostilités entre la France et le Viet Nam.

10 1946            Première mouture du statut des fonctionnaires, négociée entre Maurice Thorez et Georges Bidault.

Et c’est ainsi que soixante-dix ans plus tard, il suffit d’une cinquantaine de naufrageurs, (ou preneurs d’otage, comme on veut), CGT déterminés pour paralyser la France, qu’ils soient SNCF, EDF, Education Nationale, Routiers etc…

Des chemins de fer sont issus des syndicats très puissants. Sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, la façon dont les événements se sont déroulés en France est caractéristique. Le syndicat des chemins de fer français comptait 40 000 adhérents et 1854 et 310 000 en 1914. Il avait à l’époque obtenu une journée de travail de 12 heures pour les conducteurs de train, alors qu’un cinquième seulement des employés du chemin de fer faisaient partie du syndicat. Au début, l’organisation avait pour but l’expulsion des conducteurs de train anglais. Par la suite, son image de marque s’embourgeoisa, en dépit des grèves occasionnelles. Encore plus tard, les communistes prirent la direction du syndicat. Ils utilisaient leur pouvoir en véritables conservateurs, empêchent l’augmentation des tarifs de transport, transforment le personnel en fonctionnaires, fiers de leur belle organisation capable de respecter ponctuellement les horaires des nombreux trains spéciaux typiques des horaires de grands départs.

Hugh Thomas Histoire inachevée du monde    Robert Laffont 1986

La France, recordman du monde, légèrement devant l’Espagne mais loin devant les autres, Italie, Royaume-Uni, Portugal, des jours de grève : 1 807 250 en 2001, après le record absolu de 1995 avec 5 883 200 : les inoubliables grèves entraînées par les indispensables réformes voulues par Alain Juppé, alors premier ministre.

Ce statut des fonctionnaires est certainement la décision politique la plus funeste de l’après-guerre.

Le statut de 1946 et ses modifications ultérieures consacrent des principes – ou avantages – qui n’avaient jamais été concentrés sur une seule catégorie de travailleurs :

  • Un emploi garanti à vie [1(le licenciement éco­nomique n’existe pas dans la fonction publique même si les finances de l’État ou de la collectivité employeur sont exsangues).
  • Des rémunérations garanties à l’ancienneté.
  • Le droit de grève.
  • Un régime spécial de retraite.
  • Un régime spécial d’arrêt maladie.
  • L’interdiction de travailler dans le privé sauf exceptions (toujours soumises à autorisation de la tutelle publique).
  • Neutralité politique (de plus en plus théori­que).

Au final, le statut a abouti à un système rigide. Surtout, il a été étendu – ce qui était exclu au départ – aux collectivités locales et aux hôpitaux, faisant passer le nombre de fonctionnaires locaux sous statut de 2,1 millions à quelque 5 millions dans les années 1980.

Agnès Verdier-Molinié          Les Fonctionnaires contre l’État.      Albin Michel 2011

Dès lors, comme le souligna le rapport du député Gérard Longuet en octobre 1979, si l’on tient compte de l’effet d’entraînement de la fonction publique sur les personnels des collectivités locales et sur les effectifs des grandes entreprises nationales, un Fran­çais sur quatre vit selon les principes du statut général et, ce qui est plus grave encore, selon l’usage que trente années de pratique ont institué. En un mot, un Français sur quatre, ou un Français sur cinq, vit en marge de son temps [2].

Le projet de statut des fonctionnaires de l’État fut élaboré au cabinet de Maurice Thorez, par la faction communiste de la CGT réunifiée. […] Une partie des syndicalistes se disait que les circonstances ne seraient jamais aussi favorables et qu’il était du plus grand intérêt d’avoir un texte législatif statutaire, qu’il serait ensuite très difficile de remettre en cause.

Jeanne Siwek-Pouydesseau     Le syndicalisme des fonctionnaires jusqu’à la guerre froide.1989

Ce marchandage, longtemps secret, est apparu au général de Gaulle comme une condamnation définitive du système : Tu me donnes l’Union française, je te donne les fonctionnaires…

Georgette Elgey          Histoire de la IV° République   Fayard 1993

Ce statut, c’est mon remords, ou plutôt, ce serait mon remords, si je n’avais pas obtenu en échange le titre VIII de la Constitution ( l’Union Française : France, territoires d’Outre-Mer, Madagascar et l’Algérie]

Georges Bidault… plus tard… trop tard

19 11 1946                         Un Dakota C 53 transportant des officiers supérieurs américains, douze personnes en tout, dont un enfant de 11 ans et la femme d’un général, parti de Münich pour aller à Istres, est contraint à l’atterrissage au moment où il survole les Alpes suisses : il trouve une surface convenable, le glacier de Gauli, proche de Meiringen, à l’est d’Interlaken, à 3 300m d’altitude ; il l’a signalé par radio, mais il n’est pas en mesure de donner sa position. Il n’ y a aucun blessé grave. Il va être repéré par un avion et une colonne de secours se met en route, qui sera sur les lieux quatre jours après l’atterrissage, leur apportant nourriture, boisson  et vêtements chauds. De leur côté, les Américains, très inquiets de savoir en danger pareille brochette d’officiers supérieurs, et peu instruits probablement de la grande expérience de la montagne des Suisses, un vieux pays parmi tant d’autres, avaient mis le paquet, en arrivant à Meiringen avec des jeep, des auto-chenilles, qui amusèrent beaucoup les Suisses : Et que comptez-vous donc faire de tout cela ? 

Quelques passagers souffrent d’engelures. Mais le sauvetage va être assuré par un petit avion militaire de type Fieseler Storch 156 [3]  , équipés de skis, piloté par le capitaine Victor Hug, qui va réussir l’atterrissage, chose alors très rare, car pratiquement jamais tentée : il faudra attendre 1952 pour qu’Hermann Geiger, le pilote des glaciers, se pose pour la première fois sur le glacier de Kanter. Le major Hitz relaiera Victor Hug pour effectuer le nombre de navettes nécessaires pour évacuer tout le monde, l’avion ne pouvant emporter que deux passagers à chaque rotation : ils atterriront à Unterbach, dans le Valais. Les militaires américains ne tariront pas d’éloges sur l’exploit des deux pilotes et sur l’exceptionnelle qualité des secours suisses.

Les 12 passagers avaient survécu durant cinq jours à 3350 mètres d'altitude.

 

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23 11 1946                   À Haïphong, le colonel Dèbes, sur ordres reçus de Saïgon, en réponse à des attentats Viêt-minh, fait donner le canon de la marine : 600 morts.

12 12 1946                  Blum est nommé président du gouvernement de transition.

19 12 1946                 La création par d’Argenlieu d’une république autonome de Cochinchine et les 600 morts de Haïphong sont à l’origine d’une insurrection, montée par le gouvernement Ho Chi Minh-Giap.

19 12 1946                    La création par d’Argenlieu d’une république autonome de Cochinchine et les 600 morts de Haïphong sont à l’origine d’une insurrection : à 20 heures un sabotage de la centrale électrique plonge Hanoï dans la nuit ; des dizaines de civils français sont tués. La bataille contre les troupes françaises est engagée.  Giap, entraînant Ho Chi Minh, gagne la rizière, puis la Moyenne-Région. Amorcée par les premiers accrochages du 23 septembre 1945, déclarée par le bombardement de Haïphong, la guerre d’Indochine a commencé. 

21 12 1946                   Il est heureux qu’on en soit arrivé là. Il est heureux que le Viet-Nam ait engagé le fer. Dorénavant, D’Argenlieu est le maître. Il est heureux que nous ayons maintenant la possibilité d’agir et de régler la question. Je dois dire que le réflexe de conservation s’est produit favorablement : depuis six mois l’opinion a fait des progrès. D’Argenlieu, je le répète, a maintenant les mains libres.

De Gaulle

28 12 1946                À la demande de Léon Blum, retour de Leclerc au Viet Nam pour tenter de trouver une solution. Après des explications pour le moins orageuses avec de Gaulle à la Boisserie, il refusera de remplacer d’Argenlieu.

1946                              Datation au carbone 14 par l’Américain Willard F. Libby ; en mai 1947, un article dans Science décrira l’expérience mettant à l’épreuve le modèle théorique de la distribution du radiocarbone naturel : La découverte du carbone 14 produit par les rayons cosmiques a de nombreuses implications intéressantes dans les champs de la biologie, de la géologie et de la météorologie ; certaines d’entre elles sont en train d’être explorées, en particulier la détermination des âges de diverses matières carbonées dans le domaine compris entre 1 000 et 30 000 ans.

Sortie des premiers bikinis et de la Dyna Panhard 100, 3 CV. Earl Tupper, ingénieur chimiste américain, invente le polyéthylène dont on fera les boites éponymes Tupperware (ware : ustensiles, marchandises). Karl et Theo Albrecht, 26 et 24 ans, reprennent l’épicerie de leur mère à Schönebeck, dans la banlieue d’Essen, en Allemagne : ils vont révolutionner le commerce de détail en Allemagne en proposant une gamme réduite de produits de bonne qualité, à des prix défiant toute concurrence, dans des magasins à l’allure spartiate. Leur devise : radicalement simple. Quinze ans plus tard leur Albrecht  Discount sera abrégé en ALDI, et leur succès sera alors foudroyant. En 2010 ALDI possédera 4 400 magasins en Allemagne et sera présente dans 17 pays. Theo Albrecht sera à la tête de la 21° fortune mondiale.

Gustave Leven achète Perrier et en fait la première marque mondiale d’eau minérale.

14 01 1947                   Leclerc refuse le poste de commandant en chef et haut-commissaire en Indochine. Il renouvellera ce refus le 13 février.

La première des conditions à exiger du gouvernement pour son départ serait d’obtenir une déclaration gouvernementale précisant les buts poursuivis par la France en Indochine. Ceux-ci devraient être de réaliser dès que possible avec les représentants qualifiés du peuple annamite des accords donnant satisfaction à ses légitimes aspirations dans le cadre de l’Union française (…) sur les bases de l’indépendance du pays avec sauvegarde des intérêts français et avec présence des forces françaises dans (des) bases stratégiques. Un soutien massif et immédiat devrait renforcer le gouvernement de Cochinchine, mais être assez nuancé pour permettre de ne pas fermer la porte à des négociations avec le Viet-Minh.

Le ministre Marius Moutet n’était pas, écrit Leclerc, emballé par l’idée de son retour en Indochine, révélant par là, semble-t-il, qu’il le jugeait trop facilement conciliant envers le Viet-Minh. Le président de la République Vincent Auriol et le président du Conseil Ramadier approuvent en principe les conditions demandées par Leclerc. Mais celui-ci est allé voir de Gaulle, l’entretien est d’abord très orageux, de Gaulle étant surtout indigné de voir traiter d’Argenlieu en bouc émissaire. Il énumère les conditions que Leclerc devrait poser à son départ et celui-ci riposte que ce sont celles qu’il a déjà présentées. Après quoi, le calme étant revenu, de Gaulle assure Leclerc qu’il n’arrivera pas à obtenir la définition d’objectifs politiques clairs de la part des gouvernements.

En définitive, et contrairement à la version la plus répandue, de Gaulle ne dit pas à Leclerc de refuser l’offre de Ramadier. Le texte rédigé ou dicté par Leclerc est exactement celui-ci : Je lui demande : oui ou non, faut-il refuser ? Il me dit : non, mais il faut poser des conditions.

Le 13 février, Leclerc refusa par écrit l’offre de Ramadier. Il invoqua plus précisément l’impossibilité que lui soit garanti dans le domaine militaire un effort que la France ne pourra peut-être pas consentir, en particulier en 1948. Mais l’essentiel, qu’il ne pouvait pas écrire au chef du gouvernement, paraît bien avoir été le sentiment que le pouvoir politique en France, tel qu’il était et tel qu’il serait dans un avenir prévisible, ne pourrait, faute d’unité, de cohésion et de durée, définir, pour l’Indochine, des objectifs clairs et constants, bref une politique que les moyens envoyés sur place permettraient de mener et de faire aboutir.

Tel fut l’avis donné par de Gaulle. Tels furent aussi le diagnostic et le pronostic de René Pleven, ami personnel de Leclerc depuis Londres, en 1940, qu’il consulta avant sa décision et dont l’opinion fut peut-être décisive pour lui : Pleven, au cœur du système politique de la IVe République, savait de quoi il parlait.

Paul Marie de La Gorce         De Gaulle-Leclerc : de Londres à l’Indochine, Espoir n°132, 2002

16 01 1947       À 63 ans, Vincent Auriol est élu président de la IV° République  par un collège électoral.

24 01 1947                John Fitzgerald Kennedy, 30 ans, sénateur de Boston depuis un an, épouse devant un juge de Palm Beach, mais pas à l’Église, Durie Malcolm, déjà deux fois divorcée. Fureur du père qui réalise beaucoup plus vite que son fils qu’ainsi s’envolent toutes les chances d’accéder un jour à la Présidence des États-Unis. Il parvient à faire annuler le mariage mais le divorce légal ne sera jamais prononcé. Avant d’épouser Jacqueline Lee Bouvier [en anglais des États-Unis, un bouvier est un cow-boy] le 12 septembre 1953, Charles Spadling, un des ses proches, fera disparaître tous les documents de ce premier mariage.

01 1947                      Les bébés arrivent : 833 000 en 1946 contre 300 000 en 1941, 640 000 en 1945.

6 02 1947                  Le Haut Comité Arabe signifie à l’ONU son refus absolu de la résolution créant l’État d’Israël.

12 02 1947             La Conférence de Panglong, dans l’État Shan en Birmanie, réunit des représentants de plusieurs minorités, les Shans, les Kachins, les Chins, sous la présidence d’Aung San, chef du gouvernement intérimaire birman. Elle a pour but d’organiser la lutte pour l’indépendance et la constitution d’une république birmane unifiée. L’Union Birmane verra le jour le 4 janvier 1948, mais la cohabitation harmonieuse de chaque minorité, elle, ne verra jamais le jour, à telle enseigne qu’Aung San Suu Kyi, la fille d’Aung San, se verra reprocher en 2012 son silence sur le sujet, lorsqu’elle aura retrouvé le droit de parler.

14 02 1947                  La France obtient des États-Unis 200 000 T de blé.

18 02 1947                 L’Angleterre a déjà promis trois fois la Palestine, deux fois aux Arabes, une fois aux Juifs. Elle voit bien qu’elle ne se sortira pas de ce guêpier et refile le bébé à l’ONU.

Clement Attlee, premier ministre donne une lettre de mission, à Lord Mountbatten, nommé vice-roi des Indes, à la veille de son départ pour Delhi : L’intention bien arrêtée du gouvernement britannique est de faire en sorte que soit créé un gouvernement unitaire pour l’Inde britannique et les États indiens, si possible dans le cadre du Commonwealth britannique. […] Vous ferez tout ce qui est en votre pouvoir pour persuader l’ensemble des parties prenantes de coopérer à cette fin.

Clement Attlee à Lord Mountbatten.

19 02 1947       L’amiral Richard Evelyn Byrd vole au-dessus du pôle sud, et rapporte avoir vu une zone en végétation, située aux collines Bunger, près de la crique de Shackleton. Les partisans de la très fumeuse théorie[4] de la terre creuse s’empareront de l’affaire, pour la mettre au service de leurs délires, lui prêtant des propos parlant d’un autre monde extraordinaire, etc… Byrd aurait dit à la radio au départ de ce vol : J’aimerais voir cette terre au-delà du pôle. Cette zone au-delà du pôle est le centre du Grand Inconnu.

Byrd dirigeait alors la plus puissante expédition menée en Antarctique, High Jump :

– 2 navires brise-glace: le US CGC Northwind et le USS Burton Island
– 2 navires ravitailleurs : le USS Capacon et le USS Canisteo
– 2 porte-avions: le USS Philippines Sea et USS Currituck
– 2 navires cargo de soutien: le USS Yancey et le USS Merrick
– 2 destroyers: le USS Henderson et le USS Browson
– 1 sous-marin : le USS Sennet
– 1 navire transport de troupes : le USS Pine-Island, avec 6.500 hommes etc.

Avec une pareille armada, on a du mal à croire au seul caractère scientifique d’une telle expédition et de fait, Byrd aurait dit en partant : c’est une mission militaire que je conduis.

Une partie de l’armada quitta la base US de Norfolk en Virginie le 2 Décembre 1946, pour être rejointe par deux autres groupes d’unités vers des bases de l’Antarctique prévues à l’avance, mais ayant en fait pour objectif la base nazie de Neu Schwabenland, entre le 1° méridien Ouest et ° et le 20° Est et entre les 70° et 75° parallèles, à 10° en-dessous du cercle polaire, à proximité des Monts Mühlig Hoffman, portant le numéro de code B 211. [voir à 01 1939]

À partir de là, il devient indispensable d’utiliser le conditionnel tant on a tendance à quitter le monde du raisonnable et du journalisme honnête pour entrer dans le délire des ufologues qui n’hésitent jamais à tordre le cou à la réalité pour lui faire exprimer leur obsession.

L’armada américaine aurait réalisé que les occupants de Neu Schwabenland disposaient d’armes incroyablement supérieures aux leurs. Partis pour six mois, ils auraient plié bagage le 3 mars 1947, au bout de deux mois. Officiellement, ils auraient perdu un avion qui s’était fracassé contre une montagne, et un sous-marin aurait été endommagé par un iceberg. Officieusement, ils auraient pris une incroyable raclée le 26 février 1947, voyant un de leurs navires passer par le fond, perdant 1 500 hommes, dominés par des objets volants que leur vitesse empêchait quasiment de distinguer !

De retour aux Etats-Unis, Richard Byrd aurait dit le 5 mars 1947 que la menace la plus grande envers les USA vient maintenant du pôle sud car la marine américaine y a observé des engins volants pouvant atteindre des vitesses impressionnantes […] Il y a là-bas, au pôle-sud, une civilisation avancée issue des Nazis qui se sert d’une technologie supérieure.

Auparavant, Dönitz, amiral commandant la marine allemande, aurait déclaré : mes commandants de sous-marins ont découvert un vrai paradis terrestre, puis, plus tard, en 1943 : La flotte sous-marine allemande peut être fière d’avoir construit à l’autre bout du monde pour le Führer une citadelle imprenable.

Il reste deux ou trois points qui ne peuvent que difficilement être remis en question :

  • L’existence de cette base nazie de Neu Schwabenland
  • La disparition d’environ quarante sous-marins allemands, une fois établis tous les comptes et décomptes en la matière.

Mais impossible de trouver la moindre photo correcte de cette base, de ces combats du 26 février 1947, de ces appontements pour les sous-marins… seulement des images toujours floues, qui peuvent avoir été bidouillées en veux-tu en voilà. Rien qui ne fasse vraiment sérieux. Par contre, les Anglais semblent s’être intéressés à l’affaire, suffisamment en tous cas pour y avoir construit Princess Elisabeth Station – base de la Princesse Elisabeth  -.

Mais ceux qui souhaiteraient faire un beau voyage gratuit, peuvent tout de même visionner le film https://www.youtube.com/watch?v=SIx6MTF6KLg, où l’on trouve un bon récapitulatif de toute cette histoire, y compris la carte de Piri Reis, grand amiral de Soleiman le Magnifique, auteur de cette carte découverte au palais de Topkapi en 1929 que les ufologues brandissent pour montrer qu’en 1513, Piri Reis disposait des informations nécessaire pour établir un dessin très précis des côtes de l’antarctique avant que ce continent ne soit pris sous les glaces. Et de là, il n’y a qu’un pas à faire pour aller sur l’Atlantide, avec retour sur le trésor caché des Templiers, la société secrète et nazie Ahnenerbe ; il manque juste un crochet par Rennes le Château !

Il peut être utile de rappeler que la glaciation de l’Antarctique remonte à 34 m.a. provoquée probablement par la mise en communication des océans Pacifique et Atlantique il y a 41 m.a. ce qui aurait entraîné un refroidissement du courant circumpolaire. Il y a 14 m.a. un réchauffement vit s’installer un climat tempéré, avec une température moyenne de 14° et beaucoup de forêts, puis à nouveau une glaciation il y 2.4 m.a., et un réchauffement vers 0.1 m.a. Les dernières glaciations recouvriront à nouveau le tout de glace.

Fragment restauré de la carte de Piri Reis. 1513

Interprétation possible du sud de la carte de Piri Reis

Aujourd’hui, on y découvre des pyramides, dans les Monts Ellsworth, dans l’Antarctiques ouest, méridien O, dont les géologues disent qu’elles sont de formation parfaitement naturelle, sans intervention humaine aucune.

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79°58’39.25 S, 81°57′ 32.21 W

et on y constate parfois des anomalies dans l’émission des micro-ondes, les 2 avril, 15 et 26 mai 2017, enregistrées par le MIMIC  – Morphed Integrated Microwave Imagery CIMSS, un satellite météo -.

21 02 1947                  L’Angleterre, qui a encore 40 000 hommes en Grèce, décide de les rapatrier pour le 1 avril.

28 02 1947                 La loi dit que la propriété d’un journal doit rester dans les mains de ceux qui en assurent la parution.

Une vendeuse à la sauvette est interpellée par la police sur l’île de Taïwan, sous contrôle de Pékin depuis 1945, après cinq ans de colonisation japonaise. Une rixe éclate, un homme est tué. Cet accident dégénère en véritable soulèvement, écrasé dans les semaines suivantes par des renforts militaires venus du continent. Des milliers de personnes périront, dans un prélude sanglant aux 38 ans de loi martiale et de terreur blanche de 1949 à 1987.

11 03 1947                 Harry Truman expose devant le congrès la politique du containment, qui vise à l’arrêt de l’expansion du communisme. C’en est fini de la politique isolationniste de Monroe :

Chaque nation se trouve désormais placée devant le choix entre deux modes de vie opposés : celui qui repose sur la volonté de la majorité, et est caractérisé par des institutions libres […] et celui qui repose sur la volonté d’une minorité imposée par la force à la majorité […] appuyée sur la terreur et sur l’oppression. Dans ces conditions, le devoir des États-Unis est de soutenir les peuples libres qui résistent à des tentatives d’asservissement par des minorités armées ou à des pressions venues de l’extérieur.

Dans la foulée, il demande le votre d’un crédit d’assistance de 250 millions $ à la Grèce et de 150 millions $ à la Turquie et envoie sa flotte méditerranéenne vers les ports de Grèce. Staline laissera tomber les andartes de Grèce dès le début 1948.

Nous avions livré une guerre longue et coûteuse pour écraser le totalitarisme d’Hitler, l’insolence de Mussolini et l’arrogance des seigneurs de la guerre japonais. Pourtant la nouvelle menace qui se dressait devant nous paraissait tout aussi grave que l’avait été celle de l’Allemagne nazie et de ses amis… Après la seconde guerre mondiale, il était clair que sans la participation des États-Unis il n’existait aucune puissance capable d’affronter la Russie… L’inaction, une politique de repli, des concepts genre forteresse américaine ne pourraient avoir qu’un seul résultat : faire cadeau à la Russie de vastes régions du globe qui se refusaient encore à elle. Le moment était venu de ranger délibérément les États-Unis d’Amérique dans le camp et à la tête du monde libre.

Harry Truman Mémoires

29 03 1947                   À Madagascar, une révolte commence à Moramanga, initiée par une société secrète, Gina, qui regroupe la plupart des nationalistes durs dont ceux du MDRM, mouvement ayant pignon sur rue ; l’administration coloniale était devenue répressive depuis plusieurs mois. Les garnisons françaises sont attaquées, 150 colons tués, le tout en trois points du territoire ; l’armée française est alors très peu présente : on peut faire 800 km sur la côte est sans rencontrer un seul soldat français.

La répression sera très dure : 10 000 morts, jusqu’au 12 Avril : 2 000 Malgaches tués par les insurgés, 1 000 à 2 000 victimes de crimes de guerre et 5 000 à 6 000 tués par l’armée française, composée pour bon nombre de tirailleurs sénégalais. Il faut ajouter 20 000 à 30 000 morts de misère physiologique, dénutrition, en fuyant les zones de combat. La France y expérimentera quelques armes nouvelles, qu’elle reprendra plus tard, sur d’autres théâtres de guerre : torture, action psychologique, prisonniers jetés d’avion. Les derniers insurgés résisteront jusqu’à fin 1948.

Il se créera vite une légende noire sur cette répression, avançant des chiffres de 100 000 morts, légende crée de toutes pièces par les colons et l’armée : une armée a tendance à toujours surestimer le nombre des ennemis qu’elle a tués, et les colons renchérissaient en disant : vous voyez ce que cela donne quand des nègres se font la guerre !

Les tribunaux prononceront 173 condamnations à mort, dont 24 seront exécutées.

03 1947                       Par les accords de Linggardjati, la Hollande reconnaît la République indonésienne. Mais elle ne put s’empêcher d’intervenir à nouveau, et l’indépendance ne deviendra effective qu’en 1950.

L’amiral Thierry d’Argenlieu est relevé de ses fonctions ; mais il est trop tard : l’heure de la paix est passée ; le Viet Nam est en flammes : l’incendie va durer 30 ans.

9 04 1947                    Dans un discours prononcé à Tanger, le sultan du Maroc Mohammed ben Youssef se déclare partisan de l’indépendance.

14 04 1947               Charles de Gaulle fonde le RPF : Rassemblement du Peuple Français : il recueillera 40 % des voix aux municipales d’octobre.

16 04 1947                 Un incendie s’est déclaré dans les cales du Grandcamp, un ancien liberty ship donné à la France, à quai à Texas City pour y charger du nitrate – il en a déjà 2 300 T à bord : c’est l’explosion. On comptera 581 morts et plus de 3 000 blessés.

1 05 1947                     Salvatore Giuliano, bandit sicilien qui s’était créé une image de Robin des Bois,- je redonne aux pauvres ce que j’ai pris aux riches -, détruit à jamais cette image en tirant, lui et sa bande sur 2 000  ouvriers  rassemblés à Portella della Ginestra, au sud-ouest de Palerme, près de Piana, pour la fête du travail : 11 morts dont deux enfants, 24 blessés. Anticommuniste farouche, il aurait bien vu la Sicile devenir le énième Etat américain, mais son rêve avait pris fin un an plus tôt avec la proclamation de la République italienne.

Jean de Kerdeland a entendu parler de I choose freedom, le livre de Kravchenko, qui rencontre un énorme succès aux États-Unis. En novembre 1946, il y va pour le rencontrer ; après avoir traduit lui-même son livre, il parvient à le faire publier. Et c’est le déchaînement de l’intelligentsia communiste française, d’autant que le livre rencontre un succès considérable : 503 000 exemplaires de 1947 à 1955.

J’avoue que je n’aime pas la race des apostats et des renégats, écrit André Pierre dans Le Monde. Mais ce sont surtout Les Lettres Françaises dirigée par Aragon, et l’Humanité qui vont tirer les plus grosses salves : agent de la CIA, espion, traître etc… Depuis les États-Unis, Kravchenko commence par ne pas comprendre, mais il ne peut admettre et vient à Paris où il attaque Les Lettres Françaises et l’Humanité.

13 05 1947                 L’ONU désigne une commission d’enquête spéciale – UNSCOP – pour la Palestine où elle arrivera un mois plus tard. L’Agence juive, tactique, souple, défend sa cause. Le Haut Comité arabe – constitué en 1936, il rassemble les grandes familles palestiniennes, souvent divisées – drapé dans son intransigeance hautaine, la boycotte.

14 05 1947                        Andreï Gromyko, vice-ministre des Affaires étrangères de Staline, devant l’Assemblée générale de l’ONU, apporte un soutien sans faille à la création d’un État d’Israël :

Le peuple juif a enduré pendant la dernière guerre  des malheurs et des souffrances extraordinaires. Ces malheurs et ces souffrances peuvent, sans exagération, être qualifiées d’indescriptibles. Il est difficile de les exprimer dans des colonnes de chiffres abstraits indiquant le nombre de pertes en vies humaines infligées au peuple juif par les occupants fascistes. Dans les territoires occupés sur lesquels s’est étendue la domination hitlérienne, les Juifs ont été presque complètement exterminés. Le nombre total de Juifs tués par les bourreaux fascistes est d’environ 6 millions […]. Qu’aucun des pays d’Europe occidentale n’ai été en mesure d’assurer la défense des droits élémentaires du peuple juif ou de le protéger contre les violences déclenchées par les bourreaux fascistes, cela exprime l’aspiration des Juifs à la création d’un État à eux. Il serait injuste de ne pas tenir compte de ce fait et de refuser au peuple juif le droit de réaliser de semblables aspirations. On ne saurait justifier le refus de ce droit au peuple juif si l’on tient compte de tout ce qu’il a souffert au cours de la Seconde Guerre mondiale.

27 05 1947                 La ration de pain, qui était au 1° mai de 250 gr/j est ramenée à 200 gr/j : les stocks disponibles ne sont pas suffisants. Dans un moment d’égarement, Staline abolit la peine de mort, moment qui durera tout de même 3 ans : elle sera rétablie le 12 janvier 1950.

4 06 1947                  Le Mahatma Gandhi déclare devant ses fidèles : Le gouvernement britannique n’est pas responsable de la partition ; le vice-roi n’y est pour rien. […] Si nous tous – hindous et musulmans – sommes incapables de nous entendre sur une autre solution, alors le vice-roi n’a plus le choix.

Staline promulgue la loi scélérate sur le vol : sont sanctionnés d’une peine de cinq à dix ans de camp les chapardages et les vols les plus insignifiants commis même pour la première fois par des kolkhoziens affamés, des adolescents ou des veuves de guerre sans ressources : au cours du seul second semestre 1947, près d’un demi million de personnes furent condamnées au nom de cette loi.

5 06 1947                            George Marshall, ancien chef d’état major devenu Secrétaire d’État, annonce à  Harvard la mise en place de l’European Recovery Program : Je souhaite que les Etats-Unis fassent tout ce qu’ils peuvent pour aider à rétablir la santé économique du monde et remettent l’Europe sur le chemin de la guérison : c’est le Plan Marshall, qui se traduira par une aide massive à l’Europe de l’Ouest de treize milliards de dollars, renforçant ainsi les liens économiques, diplomatiques, et militaires entre les deux rives de l’Atlantique ; les Russes n’en voudront pas, et ce plan fera passer aux oubliettes le pacte franco soviétique signé par de Gaulle en décembre 1944. Les Américains éviteront aussi d’en faire bénéficier l’Espagne de Franco. En France, Jean Monnet, à la tête du Plan Quinquennal, a la confiance du gouvernement comme celle des Américains : il va orienter les crédits en fonction des besoins réels du pays. Il va aussi initier les premières structures politiques supranationales en Europe : l’OFCE. Au départ, l’idée du président Truman était de fournir une aide à la Grèce et à la Turquie, particulièrement exposées à la mainmise soviétique. Puis, quand il se rendit compte que le danger communiste dépassait largement ces seul pays, il fût décidé d’en étendre le bénéfice à toute l’Europe démocratique.

16 06 1947                   Naissance de Lucky Luke dans Spirou :  I’m a poor lonesome cow-boy

4 07 1947                     En Espagne, Franco fait passer une loi qui rétablit la monarchie après son départ.

Aucune force au monde n’empêchera les nations d’Occident, à demi-détruites, affamées et ruinées, d’entendre l’appel que les Etats-Unis leur jettent – sont obligés de leur jeter – afin de ne pas mourir eux-mêmes  étouffés sous l’accumulation de leurs propres richesses.

François Mauriac, le 4 juillet 1947

12 07 1947                   Mise en route au Quai d’Orsay, du Plan Marshall.

Les lobbys américains du tabac se sont engouffrés dans la brèche :

Il n’y avait aucune demande des Européens spécifique au tabac. Cela a été proposé et mis en avant par un sénateur de Virginie. Au total, pour deux dollars de nourriture, un dollar de tabac a été acheminé en Europe.

Robert Proctor         Golden Holocaust

Quelle était la nouveauté du tabac américain, le tabac blond – flue cured : facilement inhalable : le  flue-curing, technique de séchage des feuilles de tabac qui s’était répandue largement aux États-Unis à la fin du XIX° siècle, permet de rendre la fumée moins irritante, et donc plus profondément inhalable. Or, jusque dans la première moitié du XX° siècle, on fume encore, dans une bonne part de l’Europe continentale, du tabac brun, très âcre, beaucoup moins dangereux et addictif. Car plus la fumée peut pénétrer profondément dans les poumons, plus l’afflux de nicotine dans l’organisme est rapide, plus l’addiction qui se développe est forte. Et plus les dégâts occasionnés sur les tissus pulmonaires sont importants.

Stéphane Foucart     Le Monde du 25 février 2012

Peu d’initiatives américaines auront eu autant de succès, à l’époque contemporaine, que le Programme de relèvement de l’Europe (European Recovery Program, ou ERP), proposé le 5 juin 1947, au cours de la cérémonie du Commencement – la remise des diplômes. – à l’université Harvard, par le secrétaire d’État George Marshall, dont il devait immortaliser le nom. Le plan Marshall disposait, à vrai dire, de trois atouts considérables. Tout d’abord, il était lancé par le pays le plus puissant de l’histoire, détenteur non seulement du monopole de l’arme nucléaire, mais d’un stock d’or et de devises et d’une capacité industrielle et agricole que la seconde guerre mondiale avait portés à des niveaux sans précédent. Il était, d’autre part, destiné à aider des gouvernements et des pays européens qui vivaient dans l’angoisse du lendemain et où la crise économique avait atteint des proportions comparables à celles de la dépression de 1929 : pour ne parler que de la France, les prix avaient monté, au cours de la seule année 1946, de 80 %. La menace d’une nouvelle guerre paraissait peser sur le Vieux Continent avant même qu’il eût fini de redresser les ruines de la précédente.

Et surtout l’offre américaine avait pour elle la force incomparable des idées simples. Depuis la capitulation du Reich, les États-Unis avaient déjà mis beaucoup d’argent à la disposition des pays européens, notamment de la France et de la Grande-Bretagne ; 15 milliards de dollars en deux ans. Ils fournissaient au peuple allemand les moyens de survivre aux énormes prélèvements opérés par les Soviétiques au nom des réparations. Mais ces sommes semblaient s’engloutir dans un gouffre sans fond. Désormais, on allait rationaliser cette assistance, lui donner un but à long terme : la reconstitution d’une substance économique et financière mettant à même les Européens de reprendre leur place dans le système mondial d’échanges. À eux donc de chiffrer, pays par pays, leurs besoins, les États-Unis répartissant les crédits disponibles en fonction des pourcentages sur lesquels leurs partenaires se seraient entendus. On éviterait ainsi toutes les rancœurs et les surenchères que n’auraient pas manqué d’engendrer des négociations bilatérales en série.

On a souvent célébré, à cette occasion, la générosité des Américains. Et il est vrai qu’il faut toujours de la générosité à une collectivité pour investir dans de grands projets à long terme au lieu de tirer le meilleur profit dans l’immédiat des ressources à sa disposition. Mais la générosité ne pouvait mieux coïncider, en l’occurrence, avec l’intérêt bien compris.

Car il était grand temps, pour les États-Unis, s’ils voulaient éviter non seulement l’effondrement des régimes démocratiques d’Europe occidentale mais la poursuite d’une charité pratiquement à fonds perdus, de procéder à une vaste redistribution des billes, de donner à leurs partenaires les moyens d’acquérir le minimum de puissance économique sans lequel ceux-ci n’avaient aucune chance d’échapper à leur condition d’assistés.

La guerre froide battait son plein : la doctrine Truman, au nom de laquelle les États-Unis s’engagèrent aux côtés de la Turquie soumise aux pressions soviétiques et de la monarchie grecque aux prises avec la guérilla des communistes andartes, remonte au 11 mars de la même année. Six semaines plus tard, la conférence des ministres des affaires étrangères des quatre pays vainqueurs du Reich se séparait à Moscou, après d’épuisantes discussions, sans avoir pu réaliser le moindre accord sur le problème allemand.

Faute d’avoir obtenu le soutien de Staline à ses revendications sur la Sarre, Georges Bidault, alors ministre des affaires étrangères, rejoignait le camp occidental en formation. En France, en Italie, dans tous les pays d’Europe de l’Ouest où les communistes participaient au gouvernement, ils allaient s’en retirer dans les jours suivants. Conclusion de Truman lui-même, consignée dans ses Mémoires : Il n’y avait pas une minute à perdre pour trouver le moyen de relever l’Europe.

Il y fallait une idée neuve : ce plan de sauvetage collectif, qui imposait aux Européens de s’entendre entre eux et dont l’ampleur frappait les imaginations, ouvrait enfin un espoir. Mais il y fallait aussi un homme neuf : Marshall, ni un diplomate traditionnel ou un politicien mais un personnage de grand prestige, un de ces grands diables d’Américains austères et désintéressés, au regard direct et impavide, qui ne déparerait pas la galerie des Pères fondateurs. Chef d’état-major des armées pendant la guerre, il lui revenait de diriger les opérations en Europe. Mais Roosevelt, qui lui avait dit un jour qu’il ne pouvait pas dormir tranquille quand il ne le savait pas sur le sol américain, lui demanda, à la dernière minute, de renoncer à la gloire qui l’attendait. Marshall n’esquissa pas un geste pour la retenir.

Il venait de prendre sa retraite quand Truman lui confia, en 1945-1946, une mission de conciliation entre Mao et Tchiang Kaï-chek qui aurait sans doute pu réussir si le Kouomintang, croyant qu’on pouvait venir à bout des communistes par une bataille rangée, n’avait délibérément saboté ses efforts. Le président jugea que le général avait suffisamment bien rempli sa mission pour pouvoir lui confier la direction du département d’État, laissée vacante par le départ de James Byrnes. Marshall, reprenant en l’élargissant une idée de son prédécesseur, proposa à Molotov de conclure un traité démilitarisant et neutralisant l’Allemagne pour quarante ans. Le Soviétique refusa tout net : ce qu’il voulait c’était avant tout une augmentation des réparations à payer par l’ancien Reich. Nous rejetons, rétorqua Marshall, une politique qui continuerait à faire de l’Allemagne un taudis surpeuplé ou un asile de pauvres au centre de l’Europe.

La rupture était au bout, et aussi le partage de l’Allemagne et de l’Europe, que les Quatre jusqu’alors, contrairement à tout ce que l’on a pu dire et écrire des accords de Yalta, avaient tout fait pour éviter, il était désormais évident, devait noter le général Bedell Smith, ambassadeur des États-Unis à Moscou, qu’aucun effort au monde ne nous permettrait de trouver une base d’accord avec les Russes sur la question allemande. L’Allemagne devait soit être divisée, soit tombé sous la domination économique des Russes. Aussi bien les deux zones d’occupation américaine et britannique vont-elles bientôt fusionner en une bizone à laquelle s’ajoutera par la suite la zone française et l’ensemble ainsi constitué, amorce de la future République fédérale, sera-t-il admis à bénéficier du plan Marshall.

Celui – ci fut pourtant présenté comme ouvert à toute l’Europe, U.R.S.S. comprise. Le Kremlin commença par faire la fine bouche. Mais, le 22 juin, à la surprise générale, Molotov accepta de venir discuter avec Bevin, alors secrétaire au Forein Office, et avec Georges Bidault l’ordre du jour de la conférence internationale chargée d’examiner la proposition américaine. Du coup, Maurice Thorez nia, contre l’évidence, avoir parlé, quelques jours plus tôt, d’un piège occidental.

L’espoir cependant fut de courte durée. Alors que Bidault et Bevin préconisaient l’établissement d’un document aussi précis et complet que possible… sur la base duquel les autorités américaines pourraient prendre leur décision, le ministre soviétique voulait limiter la tâche de la conférence à dresser la liste des besoins des pays intéressés, la priorité étant donnée à ceux qui avaient souffert de l’occupation nazie et contribué à la victoire commune. Pour le reste, elle devrait se contenter d’établir si les États-Unis étaient à même d’accorder cette aide et de faciliter son obtention, les problèmes économiques intérieurs restant de la seule compétence des États souverains. De toute évidence, l’envoyé de Staline ne voulait pas d’une entreprise collective susceptible de remettre en cause l’influence exclusive de l’U.R.S.S. sur l’Europe de l’Est et d’accroître la capacité de résistance de celle de l’Ouest.

Bidault multiplia les tentatives de compromis. Mais Bevin ne le soutint que du bout des lèvres : il redoutait, à juste titre, que si les Soviétiques acceptaient le plan Marshall, le Congrès américain, dominé comme il l’était par l’esprit de guerre froide, n’en limite considérablement la portée. Le ministre français voulait croire cependant que certaines démocraties populaires, qui avaient d’énormes besoins dans tous les domaines, adopteraient une attitude positive.

Effectivement, le 4 juillet 1947, le cabinet tchécoslovaque réuni sous la présidence de son chef, le communiste Klement Gottwald, acceptait à l’unanimité la proposition américaine. Les dirigeants polonais donnaient à entendre qu’ils en feraient autant lorsque, sans attendre la fin de leurs délibérations, Radio-Moscou annonça qu’ils avaient refusé. Les dirigeants de Varsovie, ainsi éclairés sur leur devoir, dirent évidemment non. Quant à Gottwald, dûment sermonné par Staline, il fit savoir le 10 juillet qu’il revenait sur sa décision, celle-ci risquant d’être interprétée comme un acte dirigé contre l’U.R.S.S. et ses autres alliés. La Yougoslavie et la Bulgarie avaient déjà signifié leur refus. Il ne restait à la Roumanie, à la Hongrie, à l’Albanie et aussi à la Finlande qu’à en faire autant.

La coupure de l’Europe était ainsi scellée, et il n’y eut que seize pays à se faire représenter à la conférence qui s’ouvrit le 12 juillet 1947 au Quai d’Orsay l’Autriche, la Belgique, le Danemark, la France, la Grande-Bretagne, la Grèce, l’Irlande, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, la Suède, la Suisse [!] et la Turquie. La conférence s’entendit en quelques semaines sur la liste des requêtes à présenter à la Maison Blanche et les participants formulèrent des requêtes dont le montant total se chiffrait à 22 milliards de dollars. Le président Truman demanda au Congrès de retenir la somme de 17 milliards, étalée sur quatre ans et demi. Mais les parlementaires voulaient à tout prix respecter la procédure des appropriations annuelles : au total, c’est à 13 milliards de dollars que se chiffre le montant des crédits effectivement versés au titre du plan Marshall. Ce fut assez pour faire décoller les économies occidentales, leur rendre un minimum de stabilité et les engager sur la voie de la croissance et de la compétition.

Parallèlement, la conférence décidait la création d’une organisation européenne de coopération économique, l’O.E.C.E., qui devait survivre à la fin de l’aide Marshall et s’étendre à d’autres puissances comme l’Allemagne fédérale, l’Espagne ou le Japon, pour devenir l’Organisation pour la coopération et le développement économiques, l’O.C.D.E., dont on sait le rôle joué dans la libéralisation du commerce mondial.

Dans les années de guerre froide, le plan Marshall devient pour les uns le symbole même de la générosité américaine, et l’on vit l’Espagne, qui n’en avait pourtant pas bénéficié, baptiser un de ses films les plus réussis Bienvenido Mr Marshall Pour les autres, il fut le symbole – avec le Coca-Cola – de l’asservissement à la tyrannie du dollar, que le néologisme de marshallisation était censé résumer.

C’est un fait que le plan et le refus de l’U.R.S.S. de l’accepter pour elle ou pour ses protégés ont sonné le glas des efforts tentés pour construire une Europe acceptable à la fois par l’Est et par l’Ouest. Le coup de Prague, le blocus de Berlin, les grands procès des démocraties populaires, la conclusion du pacte atlantique, la guerre de Corée, la querelle du réarmement allemand, allaient désormais jalonner les étapes d’une tension qui ira croissant jusqu’à la mort, le 5 mars 1953, de Joseph Vissarianovitch Staline.

Sans le plan Marshall, le monde occidental n’aurait certainement pas accédé à la prospérité dont il conserve aujourd’hui, malgré la crise économique et morale, tant de signes extérieurs. Et c’est pourquoi l’idée d’un autre plan Marshall vient facilement à l’esprit quand il s’agit d’imaginer une grande entreprise de sauvetage collectif, par exemple à propos du tiers-monde. Mais, outre qu’il a scellé la cassure de l’Europe, le plan Marshall a, par son succès même, contribué à répandre l’idée qu’il n’y a pas de limite à la prospérité et que la croissance de la production et de la consommation, en se poursuivant indéfiniment, suffira à assurer chaque année le bonheur de davantage d’humains. Le monde d’aujourd’hui n’a pas fini de payer le prix de cette illusion.

André Fontaine        Le Monde 4 juin 1977

Quand on a pris connaissance des très âpres négociations qui se sont tenues à Washington quelque quatorze mois plus tôt entre la Suisse et les Américains, on risque de s’étrangler à lire André Fontaine quand il cite la Suisse comme l’un des seize pays ayant répondu favorablement aux propositions du Plan Marshall. Il est donc indispensable de préciser que c’est au titre de co-créancier, aux cotés des Américains que la Suisse avait accepté cette participation au plan Marshall. La Suisse était donc donateur et non bénéficiaire. « Donateur », … sans doute vaut-il mieux mettre le mot entre guillemets, car cette démarche n’est que l’aboutissement des négociations de Washington. Les affaires suisses révélées par Jean Ziegler en 1997, n’étaient, bien sur, pas analysées sous le même angle cinquante ans plus tôt dans la presse suisse, toute pétrie d’une inoxydable bonne conscience :

Les Chambres fédérales ont ratifié la convention de coopération économique européenne, c’est-à-dire accepté les conditions mises par le  Conseil fédéral  à la participation de la Suisse au plan Marshall. Il n’est pas facile de définir exactement l’attitude de notre pays vis-à-vis de l’E. R. P. : tentons pourtant de le faire en tenant compte des divers éléments de ce problème. Le plan Marshall et, d’ une manière plus générale, toute la politique économique des États-Unis envers le continent européen , implique des sacrifices pour la Suisse. Sacrifices d’ordre financier d’ abord. Depuis 1945, la Confédération ne les a pas ménagés. Bien avant qu ‘il soit question d’ un plan Marshall , la Confédération n ‘a pas manqué de contribuer de son propre chef à la reconstruction européenne. Elle a conclu des accords économiques avec la plupart des pays qui nous entourent. Adoptant une méthode semblable à celle de M. Marshall, elle a facilité le paiement des marchandises qui lui étaient achetées. Par le Don Suisse, et tant d’autres actions humanitaires, elle a largement aidé au relèvement de l’Europe. On estime que le total de ses prestations s’élève à 2,5 milliards de francs suisses, soit à Fr. 532.- par habitant, chiffres qui indiquent l’ampleur de ses sacrifices et qui prouvent, de manière irréfutable, qu’elle ne s’est pas dérobée à son devoir de solidarité. Mais la politique économique américaine impliquera à l’avenir de nouveaux sacrifices pour la Suisse. Cette politique tend en effet – le plan Marshall le prouve , comme le projet d’organisation internationale du commerce discuté à La Havane – à abaisser les barrières douanières, à intensifier les échanges internationaux et, aussi, à rationaliser la production des divers pays, chacun se spécialisant peu à peu dans telles ou telles branches. Nous touchons ici au cœur du problème qui se pose pour nous. La Suisse demeure plus que jamais un îlot de vie chère.

Sa main-d’œuvre se paie à prix d’or. Ses produits aussi, ceux de son sol comme ceux de ses industries. Que deviendrait l’agriculture suisse le jour où nous pourrions recevoir des produits agricoles à bas prix et en abondance ? Que deviendraient tant d’entreprises qui se sont créées récemment, le jour où elles seraient livrées, sans protection suffisante, à la concurrence étrangère ? Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que toutes les grandes organisations centrales se soient opposées – l’unanimité s’est faite entre elles avec une facilité exceptionnelle – aux projets de l’Organisation internationale du commerce.

Il n’est pas étonnant non plus que le ministre Stucki ait reçu du Conseil fédéral la mission de se battre avec énergie – et cette lutte est loin d’être terminée – pour amener la communauté internationale à reconnaître la situation particulière de la Suisse.

Ceci dit, on ne saurait faire abstraction des autres éléments du problème qui se pose pour nous. La Suisse connaît actuellement une prospérité extraordinaire. Ses usines tournent à plein rendement. Ses produits sont recherchés et acquis à n’importe quel prix. Son aide financière est sollicitée.

Mais la Confédération ne saurait demeurer prospère longtemps au cœur d’une Europe affaiblie, inguérissable. La Suisse est, la première, intéressée au relèvement de notre continent, que le plan Marshall peut assurer comme le prouvent déjà les résultats qu’il a obtenus. Moralement, politiquement, elle ne saurait demeurer passive envers ses voisins. Elle représente une puissance économique largement supérieure à ses forces apparentes et elle se trouve évidemment dans l’obligation de persévérer dans la voie de la solidarité où elle s’est engagée elle-même en 1945. La Suisse, qui n’a ni colonies, ni matières premières, commettrait une erreur fatale si, aujourd’hui, elle s’isolait économiquement.

En résumé, on peut dire que, dans un avenir immédiat, la Suisse ne paraît pas avoir un grand intérêt à participer au plan Marshall, elle qui n’a besoin d’aucune aide. En revanche, et pour l’avenir, elle a sans doute un intérêt majeur à pratiquer, dans tous les domaines, la politique de présence définie et affirmée si souvent par M. Max Petitpierre. Ses actes doivent correspondre à ses paroles ; c’est la raison pour laquelle on doit se féliciter que les Chambres aient approuvé la ratification qui leur était proposée.

 H. L. D. Le Rhône Journal Valaisan 22 octobre 1948

14 07 1947                   Antonio Pallante, étudiant sicilien, tire quatre coup de revolver sur le leader du Parti Communiste Italien, Palmiro Togliatti, qui est gravement blessé. Aussitôt est proclamée la grève générale, des usines sont occupées à Turin, des batailles rangées contre les forces de l’ordre ont lieu à Milan, Bologne, Gênes où il y aura quelques morts autour des barricades ; constitutions de milices ouvrières armées. L’Italie est au bord de la guerre civile. Mais Moscou n’en veut pas.

18 07 1947                 La communauté juive cherche à renforcer le phénomène d’immigration sur la terre d’Israël, fortement contingentée par les Anglais. En secret, la Haganah met sur pied la première immigration massive : ayant transformé un bac de plaisance fluviale en cargo, ce dernier, baptisé Président Warfield, quitta officiellement Port de Bouc pour Istanbul, mais en fait passa par Sète. Les routiers Marseillais étaient en grève : moyennant 1 million de francs, la CGT ferma les yeux sur la circulation des camions de réfugiés, venus d’Europe de l’Est et d’Allemagne et rassemblés dans des camps répartis entre Bandol et Salon ; ce sont plus de 1 000 réfugiés qui embarquèrent à Sète, le 11 juillet, dont 650 orphelins venus de Viols le Fort, à coté de Montpellier, où De Lattre avait passé quelques temps avec son armée de libération, en 1944. Un caméraman, présent sur le port de Sète pour le passage du Tour de France, filma quelques scènes… ce que n’avait pas prévu la Haganah. Rebaptisé Exodus, le cargo se présenta devant les côtes de Palestine avec à son bord 4 530 émigrants, fût arraisonné par les Anglais qui refusèrent leur débarquement ; le navire revint à Marseille, où, cette fois-ci, ce sont les émigrés qui refusèrent de débarquer… il repartit alors à Hambourg, où l’affaire se régla, après tout de même un nouvel internement en camp sous autorité anglaise : pour tous ceux qui en étaient sortis vivants, deux ans plus tôt, la pilule était plus qu’amère… même si l’ordinaire avait été amélioré.

De Janvier à juillet 1947, les prix de gros ont augmenté de 90 %.

28 07 1947       L’Ocean Liberty, un ancien Liberty Ship (les navires qui ont mis en œuvre le plan Marshall) vendu par les Américains à une compagnie norvégienne, est à quai à Brest pour y décharger plusieurs marchandises, dont 3 133 tonnes de nitrate d’ammonium, produit presqu’aussi dangereux que de la dynamite. Ce jour-là, il fait très chaud – 27° à l’ombre à midi et demi ; une épaisse fumée est signalée sortant de la cale 3, là où est stocké le nitrate d’ammonium ; 3 explosions à 13 h 30’ ; le navire a été évacué une demi-heure plus tôt. Deux remorqueurs l’éloignent du port par la sortie est  pour l’échouer au sud de l’usine à gaz ; à partir de 15 h 30’ et pendant une heure 19 tirs de la cannonnière Goumier ne provoquent pas d’explosion ; Yves Bignon, directeur de la compagnie des Abeilles et François Quéré prennent le relais et à 17 h 24’ l’Ocean Liberty explose : les deux hommes y laissent leur vie. L’onde de choc est perçue jusqu’à Landerneau. L’usine à gaz va prendre feu. 26 morts, plus de 500 blessés dont des dizaines gravement.

07 1947                      Le gouvernement tchèque annonce l’adhésion de son pays au plan Marshall : Moscou y met son veto : dix mois plus tard, la Tchécoslovaquie devenait une démocratie populaire, alignée sur Moscou.

À Prague, on sent la liberté, à Paris, on sent le dollar

Aragon, de retour de Prague

15 08 1947                 Indépendance de l’Inde et partition entre Inde et Pakistan, le Pakistan étant lui-même partagé entre Pakistan occidental, le plus important, et Pakistan oriental, qui deviendra le Bangladesh en 1971. L’affaire n’est pas simple : si le partage principal se fait entre musulmans et hindouistes, la structure politique du pays complique les choses : il y a d’une part des provinces, lesquelles votent leur rattachement soit au Pakistan soit à l’Inde et d’autre part des États princiers, lesquels sont en droit de ne souhaiter ni l’un ni l’autre et donc de rester indépendants, choix que vont faire trois d’entre eux : le Junadagh, Hyderabad et le Cachemire : on parviendra à contraindre les deux premiers à faire le choix entre l’Inde et le Pakistan, mais le Cachemire, avec une population aux trois quart musulmane et un maharajah hindou, restera en première ligne des frictions permanentes entre les deux pays.  On s’apercevra rapidement que cette possibilité de devenir indépendant était non seulement une erreur, mais une faute. Il n’y avait pas de place pour un petit pays indépendant entre deux grands pays pour le moins rivaux, voire ennemis.

L’Inde d’alors, c’est 4 300 000 km² de terres arides, 350 millions d’habitants misérables, 349 rajahs et maharajas fabuleusement riches, 11 provinces, 565 principautés, 23 langues, 847 dialectes, 320 religions, 5 600 castes et 303 000 divinités. L’Inde anglaise est un sous-continent ravagé par les famines, les épidémies, la sécheresse et les inondations, écrasé sous le poids de ses traditions, travaillé par un fort mouvement nationaliste et miné par la haine séculaire entre hindouistes et musulmans.

François Kersaudy. Lord Mountbatten. Biographie Payot 2006

Les émeutes, massacres de chaque bord et leur répression feront près de 200 000 morts, 10 à 15 millions de personnes déplacées de part et d’autre de la frontière ; l’Inde restant à majorité hindoue, le Pakistan à majorité musulmane. C’est l’échec du rêve de Gandhi : l’union entre hindous et musulmans. Le Penjab était coupé en deux, provoquant une émigration de 2.5 millions de Sikhs vers le Penjab indien. Lord Mountbatten, vice roi des Indes passé au statut de gouverneur d’un Dominion aux pouvoirs très réduits de pure représentation, avait donné un brutal coup d’accélérateur au processus lors de son discours d’annonce, le 4 juin, en donnant comme date le 15 août alors qu’avait été retenu au plus tôt le 1° octobre, la date ultime étant le 30 juin 1948. La dégradation de l’efficacité au sein du gouvernement sous son autorité était telle qu’il y avait urgence à y mettre fin. Le futur chef de l’État indien, Chakravarti Rajagopalachari dira : Si le vice-roi n’avait pas transféré le pouvoir au moment où il l’a fait, il n’y aurait probablement pas eu de pouvoir à transférer.

Le nom de Pakistan signifie Le Pays des purs, mais en même temps est formé des premières ou dernières lettres des ethnies qui le composent : Penjab, Kashmir, Sind, Baluchistan.

La longue citation qui suit d’Alain Danielou – L’Histoire de l’Inde – apporte un éclairage pour le moins inhabituel sur cette période capitale de l’Inde. Très bon connaisseur des religions fondatrices de l’Inde, Alain Danielou, à force de fuir systématiquement la nuance, n’attire pas forcément la sympathie : sa condamnation sans appel de l’islam est outrancière… son dénigrement systématique de Ganhdi sent la répulsion non contrôlée ; on a aussi du mal à accepter qu’il ne mentionne qu’une seule fois le Taj Mahal, sans lui accorder ne serait-ce que quelques lignes… tout de même !

Mais son analyse du processus d’indépendance de l’Inde est peut-être beaucoup plus proche de la réalité que les récits habituels : il est en effet tout à fait légitime de se demander pourquoi la partition a fini par s’imposer comme impérative quand, pendant des siècles hindous et musulmans avaient fini par trouver un modus vivendi ; la manipulation anglaise consistant à se couper des Musulmans aurait agi comme un gros soufflet de forge sur un feu quasiment éteint : rallumons la haine, nous avons tout à y gagner. Entreprise criminelle –  elle coûta des milliers de vies – elle est bien dans la ligne de gens qui, cent ans plus tôt, avaient osé déclencher une guerre de l’opium, pour l’imposer à la Chine.

Pour comprendre le personnage de Gandhi, il faut se rappeler qu’il est un Bania, un membre de la caste des marchands et que, dans l’Inde, à chaque caste correspondent des conceptions morales, intellectuelles, religieuses particulières qui en font une sorte de secte. En Occident, le groupe le plus proche par sa mentalité des commerçants indiens serait peut être les Quakers anglo-saxons. Les caractéristiques de la caste dont était issu Gandhi sont l’extrême puritanisme, le plus strict végétarianisme, l’absence totale de préoccupations métaphysiques comme de culture philosophique et, par contre, la sentimentalité religieuse la plus grossière s’exprimant dans un art de type saint-sulpicien dont les images coloriées se répandent partout aujourd’hui. La charité fait partie des vertus qui justifient l’âpreté du commerçant au gain mais non point la justice sociale. Un puritanisme glacial masque la malhonnêteté dans tout ce qui concerne les questions d’argent et les affaires. Où qu’ils se trouvent, les marchands indiens finissent par tout posséder.

Le fait de ses origines explique pourquoi ce personnage d’apparence ascétique eut toujours l’appui inconditionnel du grand capital indien (les Birla, les Tata) et d’autre part que les réformes sociales qu’il entreprit finirent toujours par profiter à la bourgeoisie commerçante et aux possédants agricoles. La solidarité de caste jouait en sa faveur, alors que le monde des Brahmanes et celui des princes regardaient ce Bania exalté avec méfiance et parfois un certain dégoût.

La politique du Congrès, guidé par cet étrange ascète, devait aboutir au triomphe de la caste commerçante, industrielle et capitaliste. Mohan Das Gandhi (1869-1948) était le fils d’un fonctionnaire au service d’un petit prince du Kathiawar. Il fit en Angleterre des études d’avocat et devint membre du barreau de Londres. C’est vêtu de la redingote noire et du col rigide de l’avocat anglais qu’il se rendit en Afrique du Sud pour diriger un mouvement qui réclamait l’égalité des droits pour les Indiens et les Européens. Après un bref séjour dans les prisons de Pretoria, il arriva en Inde en 1914 et commença aussitôt à jouer un rôle dans l’effervescence politique qui régnait durant la Première Guerre mondiale. Peu à peu Gandhi s’empara de la direction du Congrès et en éloigna les grands leaders modérés qu’avaient été Tilak, Lajpat Rai, S.N. Banerjee, Gokhale et Annie Besant.

L’empire turc fut démembré à la fin de la guerre 1914-1918, et le sultan déposé. Mais celui-ci était le calife des croyants musulmans et sa chute affecta profondément les Musulmans de l’Inde. La Grande-Bretagne était le principal bénéficiaire de ce démembrement. L’humiliation subie par le commandeur des croyants exaspéra le sentiment anti-britannique chez les Musulmans de l’Inde. Gandhi prit la tête d’un mouvement en faveur du sultan. La Conférence panindienne pour le caliphat (All-India Khilafat Conférence), présidée par Gandhi, menaça de lancer un mouvement de non-coopération si la Grande-Bretagne ne trouvait pas une solution au problème turc acceptable pour les Musulmans. Ceci permit à Gandhi de rallier à la cause nationaliste les masses musulmanes jusque-là très indifférentes. Le 20 août 1917, le secrétaire d’État pour l’Inde avait annoncé à la Chambre des communes : La politique du gouvernement de Sa Majesté, avec laquelle le gouvernement de l’Inde est en complet accord, est d’accroître l’association et le développement progressif d’institutions autonomes, en vue de l’établissement dans l’Inde d’un gouvernement représentatif, dans le cadre de l’Empire britannique. Toutefois, le gouverneur général conservait une autorité exclusive sur des sujets réservés, tels que la police, la justice et les prisons, l’irrigation, les forêts, les revenus agraires, l’inspection des industries, etc. Les Indiens furent déçus par les propositions anglaises et, sous la direction de Gandhi qui venait d’assumer la direction du Congrès, fut décrétée en 1919 une grève générale (hartal) dans tout le pays, qui paralysa complètement l’industrie, l’administration, les transports. À la suite d’une commission, présidée par Sir John Simon en 1928, qui recommandait l’établissement de gouvernements responsables dans les provinces, le gouvernement britannique convoqua une conférence à Londres, dans le but d’établir un projet de réforme constitutionnelle pour l’Inde. Gandhi participa à la seconde session, de septembre à novembre 1931. Le Parlement anglais adopta en 1935 un projet constitutionnel, qui ne fut réalisé que partiellement, et qui prévoyait une fédération des provinces et des états princiers. Toutefois, les gouverneurs conservaient des pouvoirs de veto absolus. Dès juillet 1937, le Congrès avait formé des gouvernements dans la plupart des provinces. Des garanties furent données aux princes, les assurant que les traités qui les liaient à la couronne ne seraient pas transférés sans leur accord à un nouveau gouvernement de l’Inde, responsable envers un parlement indien. Ces engagements ne devaient pas être tenus.

Le Congrès national indien

Le Congrès était un mouvement politique non religieux, formé essentiellement d’Indiens d’éducation et d’idéologie anglo-saxonne. Pour obtenir l’assentiment des masses indiennes, il lui fallait une couverture d’apparence religieuse. Ce sont les mouvements réformés arya-samaj, brahma-samaj, etc. qui lui fournirent un alibi, leur permettant de s’attaquer aux institutions ancestrales, non sur des bases purement politiques et sociales, mais sous le couvert d’une divergence d’opinions religieuses, ce qui était parfaitement acceptable pour les Hindous.

Peu à peu, Gandhi changea sa personnalité et son apparence. Le jeune avocat révolutionnaire anglicisé, venu d’Afrique du Sud, se mua en moine indien, demi-nu et vêtu de bure. On prétendit que cette transformation lui avait été suggérée par le leader musulman, membre du Congrès, Mohammed Ali Jinnah. L’aspect de prophète biblique de Gandhi inspirait confiance aux masses populaires indiennes et impressionna les Occidentaux. Ses compagnons lui donnèrent le titre de Mahatma (grande âme). Toutefois il ne convainquit jamais les élites du monde traditionnel hindou qui le considéraient comme un imposteur et comme un dangereux politicien. Le petit bonnet blanc adopté par les membres du Congrès était la copie du calot des prisonniers qu’avait porté Gandhi dans les prisons d’Afrique du Sud. Le Congrès encouragea les organisations culturelles qui s’inspiraient de l’idéalisme anglo-saxon, pittoresquement déguisé sous des oripeaux indiens. La principale de ces organisations fut le Visva-Bharati, une école créée par Rabindranath Tagore à Santiniketan (Bengale).

Tagore était un disciple de Tolstoï, un ami de Romain Rolland, un poète d’une étonnante versatilité. Son idéalisme, son internationalisme en faisaient une personnalité très attachante. Fils d’un réformateur religieux, il était profondément hostile à tout ce que représentait traditionnellement l’hindouisme. Mais il se méfiait de Gandhi et se retira du Congrès lorsque celui-ci en assuma la direction. Une autre de ces organisations pseudo traditionnelles était l’ashram de Shri Aurobindo à Pondichéry. Le syncrétisme religieux d’Aurobindo était un alibi commode pour s’opposer aux organisations traditionnelles des Hindous.

Les gouvernements du Congrès encouragèrent partout le développement de l’éducation, sur le plan d’une anglophilie déguisée à l’indienne. L’enseignement de la philosophie, des arts, des sciences, qui constituait la prestigieuse tradition culturelle de l’Inde, ne put survivre que grâce aux Brahmanes qui, sans aucune aide de l’État, continuèrent de leur mieux à maintenir le patrimoine culturel de l’Inde. Les institutions officielles enseignant la culture sanskritique et les sciences traditionnelles, telle que l’université hindoue de Bénarès, organisèrent l’enseignement selon des méthodes occidentales, avec des résultats très médiocres.

Peu à peu se formèrent des mouvements culturels et politiques pour défendre la culture traditionnelle, la religion et la structure de la société hindoue. Le premier fut l’Hindou Mahasabha, qui avait pour fin de contrebalancer l’influence de la Ligue musulmane. Puis, vers 1939, prit naissance, sous l’inspiration d’un moine hindou d’une extraordinaire culture et intelligence, Svami Karpatri, d’abord un mouvement culturel, le Dharma Sangh, puis, en 1947, un mouvement politique, le Jana Sangh, qui constitue encore aujourd’hui la principale opposition à la politique d’occidentalisation culturelle du gouvernement indien.

Reprenant la technique britannique, le Congrès attaqua ces mouvements en cherchant à les ridiculiser, en exagérant énormément les histoires d’intouchabilité, de culte des vaches, etc., et en feignant d’ignorer l’existence et l’importance de ces mouvements. C’est ainsi que la presse du Congrès consacrait une page à la visite d’un membre quelconque du parti dans une ville et ne mentionnait même pas une réunion où le Dharma Sangh avait rassemblé cinquante mille personnes. Cette politique fut très efficace par rapport à l’opinion étrangère. La presse du Congrès étant en grande partie en langue anglaise, alors que les partis traditionalistes employaient toujours des langues indiennes, il fut facile au Congrès de présenter sur le plan international les partis hindous comme rétrogrades, fanatiques et ridicules, et d’obtenir, lors de l’indépendance, que le pouvoir lui soit transféré, bien qu’il ne représentât qu’une faible minorité anglicisée. Comme prix de cette prise de pouvoir, Gandhi accepta la partition de l’Inde, qui était aussi inutile que néfaste et à laquelle tous les modérés hindous et musulmans étaient opposés. Ceux-ci considéraient que les Anglais devraient de toute façon quitter l’Inde et qu’il était inutile de se hâter et de payer un tel prix.

Lorsque l’Angleterre déclara la guerre à l’Allemagne, le 3 septembre 1939, l’Inde se trouvait automatiquement impliquée dans le conflit. Le Congrès et la Ligue musulmane refusèrent leur coopération. Les états princiers, en revanche, soutenaient fidèlement l’Angleterre. Les ressources de l’Inde et les troupes indiennes jouèrent un rôle important en Égypte contre l’armée de Rommel et, en Birmanie, contre les Japonais. Les pertes de l’Inde furent d’environ cent quatre-vingt mille hommes, sur une armée d’environ deux millions. Le Congrès mettait comme condition, pour soutenir l’effort de guerre, la formation d’un gouvernement national, mais il n’obtint pas satisfaction. Entre-temps, Mohammed Ali Jinnah, président de la Ligue musulmane, récusa en 1940 la notion  de parlement démocratique, fondé sur le nombre de têtes, et déclara que les Musulmans formaient une nation séparée. Il réclama officiellement la division de l’Inde en deux états indépendants.

En août 1942, le Congrès adopta une résolution recommandant un mouvement de non-coopération aussi large que possible et proclama la désobéissance civile. Dans un discours adressé aux Américains, pour leur exposer la question des Indes, Sir Stafford Cripps, lord du Sceau privé et leader de la Chambre des communes, déclarait : Gandhi a demandé que nous quittions les Indes, ce qui laisserait le pays aux prises avec les divisions religieuses, sans gouvernement reposant sur des bases constitutionnelles solides et sans administration organisée. Aucun gouvernement ayant conscience de ses responsabilités ne pourrait prendre une telle mesure, surtout au milieu d’une guerre. Il est certain que la menace actuelle de Gandhi – la désobéissance civile – a pour but de mettre en danger votre effort de guerre et le nôtre, et d’apporter l’aide la plus importante à nos ennemis communs. Il est possible qu’il obtienne une désobéissance civile en masse ; mais il est de notre devoir d’insister pour que l’Inde demeure une base où règnent l’ordre et la sécurité. Quelles que soient les mesures que nous jugerons nécessaires de prendre, nous devons les prendre sans peur. Nous avons offert à l’Inde de lui accorder un gouvernement autonome lorsque la guerre serait gagnée. Mais, pour cela, il faut que les Indiens ne nous mettent pas de bâtons dans les roues. Churchill envoya Sir Stafford Cripps proposer un statut de dominion à la fin des hostilités si les leaders de l’Inde coopéraient à la défense du pays. Gandhi compara cette offre à un chèque en blanc sur une banque en faillite. Les Japonais étaient entrés dans la guerre et les sympathies des Indiens étaient désormais du côté de l’Axe. Le refus de Gandhi obligea les Anglais à la répression. Le 8 août 1942, le Congrès vota une motion quit India et annonça un mouvement de désobéissance civile.

Beaucoup d’Indiens modérés étaient, comme les Anglais, choqués de ce coup de poignard dans le dos d’une Angleterre qui se défendait vaillamment. Ce geste aussi peu chevaleresque qu’inutile était typique de la mentalité de Gandhi. Tagore, qui s’était dissocié du Congrès depuis que Gandhi en avait assumé la direction, y était très opposé. Le gouvernement déclara le Congrès illégal, emprisonna tous ses chefs et adopta de sévères mesures de contrôle. Neuf cent quarante personnes furent tuées au cours des émeutes, seize cent trente blessées, soixante mille arrêtées, dix-huit mille détenues sans jugement. L’un des plus brillants chefs du Congrès, Subhas Chan-dra Bose, était parvenu à s’échapper de l’Inde en 1941. Il prit contact avec les Allemands et fut reçu par Hitler. Il s’établit ensuite au Japon et, à la suite d’un accord avec les Japonais, prit en charge les prisonniers indiens tombés aux mains de l’armée japonaise. Il organisa avec eux l’armée de l’Inde libre (Azad Hind Fauj). Il créa un gouvernement de l’Inde libre à Singapour, en 1942, et son armée s’avança avec celles des Japonais jusqu’aux frontières de l’Inde. Cette armée se rendit aux Anglais après la défaite du Japon. Subhas Chandra Bose était mort dans un accident d’avion.

L’Inde et le Pakistan

L’hindouisme n’est pas une religion, dans le sens que l’on donne généralement à ce mot. Il n’y a pas, dans l’hindouisme, de prophètes qui aient établi une fois pour toutes des vérités qu’il faut croire ou des règles de conduite inaltérables et communes pour tous. L’hindouisme est une philosophie, un mode de pensée, qui pénètre et coordonne tous les aspects de la vie et cherche à l’harmoniser avec un monde infiniment diversifié, dont les causes profondes sont hors de portée de l’esprit humain.

Même dans les classes sociales les moins évoluées, la tolérance apparaît comme une vertu fondamentale. Chacun cherche à faire de son mieux, selon ses capacités, mais nul ne peut savoir quel est le chemin qu’un autre doit suivre pour se rapprocher du divin, pour réaliser ce qu’il est ; car tous les êtres sont différents et nul ne peut juger des intentions mystérieuses des dieux qui font naître l’un riche, beau, intelligent, robuste, l’autre pauvre, laid, stupide ou malade. La violence, l’assurance excessive, le dogmatisme irréfléchi, le prosélytisme des Musulmans et des Chrétiens, semblent aux Hindous des attitudes naïves et impies. Quel fou peut se prétendre informé des intentions secrètes des dieux ?

C’est pourquoi les conversions des Hindous à l’islam et au christianisme ont été rares et n’ont eu lieu que dans les classes sociales inférieures ; et cela par la force, par intérêt, ou par nécessité de survivre. Ces conversions restent le plus souvent superficielles. Il existe de très nombreux Musulmans dans l’Inde qui sont végétariens, observent les règles de purification hindoues, vénèrent Kali la déesse de la mort et chantent les amours de Krishna. La plupart sont des Shiites, comme les Persans, inclinés vers le mysticisme, et leur conception de l’islam est très différente de celle des Sunnites puritains et agressifs. Les Sunnites, dans l’Inde, sont surtout des étrangers, venus avec les armées des envahisseurs arabes, turcs et mongols. Ils formaient la classe dirigeante autour des empereurs, mais leur nombre ne fut jamais très important. Le commerce et l’industrie restèrent toujours entre les mains des Hindous. Les conquérants n’étaient que des soldats formant une sorte d’aristocratie guerrière, tandis que les Indiens convertis appartenaient aux classes artisanales et restèrent de petits artisans et des paysans. Un très grand nombre de gens faisant partie des classes les plus défavorisées avaient été convertis de force à l’islam et formaient un prolétariat artisanal musulman très nombreux. Ces petits artisans et paysans représentaient la main-d’œuvre servile qui, lors de la division de l’Inde, massacrèrent les Hindous qui constituaient la classe commerçante, possédante et intellectuelle. Pour eux, il s’agissait d’un mouvement de revendications sociales et économiques plutôt que religieuses, qui n’est pas sans analogie avec l’antisémitisme.

Pour les Hindous, les Musulmans appartenaient simplement à une caste à part et pouvaient vivre comme bon leur semblait, à condition de ne pas intervenir dans les habitudes des autres castes. Beaucoup d’Hindous appréciaient l’extrême courtoisie persane, qui s’était conservée dans les milieux musulmans cultivés. Un grand nombre de poètes, de musiciens de l’Inde, au XIXe et au XX° siècle, étaient des Musulmans reçus et honorés par toute la population.

Les manœuvres politiques qui permirent de soulever l’une contre l’autre ces deux communautés, très imbriquées, avaient été préparées de longue date dans le but de conduire à une division éventuelle de l’Inde, avec l’idée de permettre à l’Angleterre de maintenir son contrôle sur le continent indien, lorsque l’indépendance paraîtrait inévitable. Un bon nombre d’administrateurs anglais opposés à ce plan machiavélique furent déplacés au cours des années. Mohammed Ali Jinnah fut donc encouragé à créer une Ligue musulmane, formée des éléments sunnites les plus agressifs. L’ensemble de la population musulmane se laissa faire, tout comme les Hindous laissèrent agir le Congrès. Après des émeutes savamment organisées, les deux communautés se trouvèrent également troublées, et l’inquiétude monta parmi des populations qui vivaient côte à côte depuis des générations, dans les mêmes villages, les mêmes villes, les mêmes quartiers.

Prenant prétexte des émeutes qu’il avait lui-même organisées, le gouvernement britannique proposa une division de l’Inde, entre un Pakistan musulman et une Inde hindoue (Bharat). Ce qui fut accepté par la Ligue musulmane, et aussi par le Congrès, malgré l’opposition de tous les éléments modérés, hindous et musulmans.

Lord Wavell, vice-roi des Indes à partir d’octobre 1943, était un homme ferme et modéré. Il réussit à rétablir l’ordre et à créer des conditions favorables pour le transfert éventuel du pouvoir. À partir de 1946, les Anglais envoyèrent une série de missions dans l’Inde pour préparer une Constitution. Le 2 septembre 1946, Jawaharlal Nehru et ses collègues, à peine sortis de prison, acceptèrent de faire partie du Conseil exécutif du vice-roi.

Entre-temps, le parti travailliste avait pris le pouvoir en Angleterre et le gouvernement Attlee, avec l’impatience irréfléchie qui caractérise souvent les idéologues socialistes, annonça en février 1947 la volonté des Anglais de quitter l’Inde en juin 1948. Cette précipitation devait rendre les négociations particulièrement difficiles et avantager les chantages. L’intelligentsia musulmane qui avait dominé l’Inde sous l’empire moghol se trouvait désormais en minorité. Elle réclamait un statut spécial et des garanties que le Congrès lui refusait au nom de ses principes démocratiques. Cette intransigeance permit à Jinnah d’exiger la division de l’Inde en états séparés, à domination hindoue ou musulmane. Lord Mountbatten fut dépêché en Inde pour organiser le transfert des pouvoirs. Il assuma l’office de vice-roi le 24 mars 1947.

Pressé d’aboutir, Mountbatten ne discuta qu’avec les chefs du Congrès et de la Ligue musulmane, donnant ainsi une importance démesurée aux deux partis que les Anglais avaient contribué à créer. Il ignora complètement les autres mouvements politiques, les partis hindous, les Mahrattes, les grands ministres des états princiers hindous ou musulmans, les Dravidiens, les tribus.

Mountbatten ne voulut négocier qu’avec ces trois avocats du barreau de Londres qu’étaient Gandhi, Nehru et Jinnah. Le destin de l’Inde fut décidé entre gens comme il faut dans des conversations de salon dans lesquelles Lady Mountbatten eut une part active. Mountbatten, pressé par le temps qui favorisait les revendications de Jinnah, imposa la partition de l’Inde et organisa le transfert du pouvoir au Congrès et à la Ligue musulmane qui ne représentaient en rien l’ensemble de la population. Leur seule légitimité était celle que leur conférait le pouvoir britannique en les choisissant comme interlocuteurs. En fait, la Ligue musulmane était un parti artificiel, créé de toutes pièces par Mohammed Ali Jinnah après sa rupture avec le Congrès, et n’avait ni structures ni adhérents. Le Congrès lui-même était un parti révolutionnaire non confessionnel anti traditionaliste. Il était monstrueux de le considérer comme représentant les Hindous, alors que les partis hindous très bien organisés tels que le Hindou Mahasabha, le Jana Sangh, le Rash-triya Swayam Sevak Sangh, étaient totalement ignorés.

La division de l’Inde fut décidée dans l’abstrait, sur le papier, sans préparation suffisante. Le 3 juin 1947, moins de trois mois après son arrivée dans l’Inde dont il ignorait les problèmes, Lord Mountbatten lança une proclamation, sur la manière dont le pouvoir serait transféré aux Indiens. Cette proclamation indiquait que, non seulement les provinces, mais les districts de majorité musulmane pourraient, s’ils le désiraient, former un dominion séparé. Ce qui devait conduire à la partition du Bengale et du Panjab.

Malgré de sérieuses dissensions, le Congrès et la Ligue musulmane finirent par accepter ce marché, contre la volonté de tous les autres partis. Le 16 août 1947, l’Inde et le Pakistan furent déclarés indépendants, dans le cadre du Commonwealth britannique britannique [5] Lord Mountbatten fut nommé gouverneur général de l’Inde, Mohammed Ali Jinnah, gouverneur général du Pakistan.

Excepté pour quelques régions sur la frontière afghane, il n’existait aucune région dans l’Inde où les deux communautés ne fussent représentées. On divisa le pays sur une base de pourcentage de population. Les régions comprenant plus de 50 % de Musulmans furent déclarées musulmanes et données au Pakistan. Tout dépendait, naturellement, de la façon dont les régions étaient délimitées. Au Bengale, où les deux populations étaient à peu près en nombre égal, il eût suffi de prendre la province dans son ensemble pour qu’elle restât dans l’Inde. En la divisant par districts, et en laissant de côté l’énorme ville de Calcutta, en grande majorité hindoue, on parvint, avec les régions rurales, à créer un Pakistan de l’est, qui était une absurdité, et devait proclamer son indépendance en 1971 sous le nom de Bangladesh.

De plus, en mettant sur le même plan l’Inde et le Pakistan, l’Angleterre divisait le continent entre un état laïc multireligieux, où les droits des citoyens étaient définis par des lois modernes, et un état théocratique, le Pakistan, où seule était admise la loi coranique, qui ne reconnaît aucun droit aux non-Musulmans et fait de leur meurtre une vertu. Les partis hindous ne furent jamais consultés car Nehru, un agnostique, et Gandhi, un illuminé réformiste, ne représentaient en rien la population hindoue. Le déguisement de Gandhi en saint homme était un masque habilement utilisé pour faire croire au monde extérieur qu’il représentait les Hindous.

Plus de la moitié des Musulmans restèrent dans l’Inde ; en revanche, les Hindous du Pakistan furent spoliés, massacrés, privés de droits civiques et de protection. Les survivants quittèrent en masse leurs maisons, leurs terres, leurs villages, dans un exode qui fut l’un des plus effarants des temps modernes, et n’est pas encore terminé. Des millions de malheureux prirent refuge dans une Inde déjà surpeuplée. Beaucoup moururent de faim et de misère dans des camps improvisés ou dans les rues de Calcutta, transformées en cour des miracles. Les massacres et les transferts de population qui suivirent la partition furent effrayants. Une estimation modérée du juge G.D. Khosla (Stem Reckon-ing, p. 299) fait état de cinq cent mille morts et de dix millions et demi de personnes déplacées.

Quand la tension créée par les réfugiés menaça de provoquer un massacre des Musulmans restés en Inde, Gandhi, qui n’avait signé qu’à contrecœur les accords de partition et était parti pour essayer de calmer l’agitation du Bengale, revint à Delhi pour défendre les Musulmans menacés de représailles et pour exiger le paiement au Pakistan d’une partie des réserves monétaires. Le 20 janvier 1948, il fut assassiné alors qu’il assistait à une réunion de prières à la Nouvelle-Delhi. La raison principale de cet assassinat, par un jeune Brahmane appartenant au parti orthodoxe, était l’inquiétude causée par l’hostilité de Gandhi envers les institutions traditionnelles des Hindous considérée comme beaucoup plus pernicieuse que l’indifférence anglaise. Une autre raison était l’attitude trop conciliante de Gandhi envers les Musulmans, malgré les massacres terribles qui avaient précédé et suivi la partition de l’Inde. Gandhi recommandait de gagner la coopération par l’amour et le désintéressement, alors que les Musulmans de l’Inde et du Pakistan chantaient partout : Nous avons eu le Pakistan pour une chanson, Delhi nous coûtera une bataille. Toute publication du plaidoyer que prononça le meurtrier pour expliquer son geste a été interdite dans l’Inde. La mort de Gandhi fut célébrée par des cérémonies d’action de grâces dans beaucoup de villes hindoues. Il est difficile de dire ce que serait devenue l’Inde si Gandhi avait vécu. Son prestige était grand. Il s’opposait également aux structures politiques de l’Inde traditionnelle et à l’industrialisation du pays. Tous ses disciples devaient filer eux-mêmes et tisser leurs vêtements. Son égalitarisme, dans un pays aux races et aux cultures si diverses, était impraticable. Il semble que, malgré leurs déclarations, certains chefs du Congrès furent plutôt soulagés d’être libérés de ce vieux rêveur.

La division de l’Inde fut, sur le plan humain, comme sur le plan politique, une erreur des derniers colonialistes anglais. Elle a ajouté au Moyen-Orient un état instable, le Pakistan, privé de ses superstructures économiques, industrielles et culturelles. Par ailleurs, elle a alourdi d’un poids énorme les problèmes, déjà graves, qui accablent l’Inde. Et le bilan de l’opération devra être payé par les pays d’Occident.

L’Inde, dont les anciennes frontières se développaient au-delà de l’Afghanistan, a perdu, avec le pays des Sept-Rivières (la vallée de l’Indus), le centre historique de sa civilisation. Au moment même où les envahisseurs musulmans semblaient avoir abandonné leur virulence et s’assimiler peu à peu aux autres populations de l’Inde, le conquérant européen, avant de retourner chez lui, a livré à leur fanatisme le berceau même du monde hindou.

Les états princiers se trouvaient dans une situation difficile. La couronne britannique ne pouvait maintenir sa suzeraineté, et celle-ci ne pouvait être transférée aux gouvernements de l’Inde et du Pakistan. Certains états acceptèrent le principe d’une union indienne, où l’administration intérieure des états resterait indépendante. D’autres états voulurent proclamer leur indépendance. Cela n’était pas acceptable pour le gouvernement du Congrès. La plupart furent groupés en union et les maharajas dépossédés. Deux problèmes subsistaient : celui d’Hyderabad, au centre de l’Inde, avec une population en majorité hindoue et un souverain musulman, et celui du Kashmir, avec un souverain hindou et une majorité musulmane. Après que le nizam d’Hyderabad eut menacé d’agréger ses états au Pakistan, Sardar Patel, devenu ministre de l’Intérieur, dépêcha l’armée indienne qui envahit l’état et emprisonna le Premier ministre. Le nizam fut forcé de signer l’acte d’annexion, le 26 janvier 1950 et ses états furent divisés.

État frontière entre l’Inde, le Pakistan, l’Afghanistan et le Tibet, le Kashmir posait un problème plus délicat. Des bandes armées venant du Pakistan occupèrent une partie du Kashmir. Le maharaja signa immédiatement l’acte d’union à l’Inde, le 26 octobre 1947, et les troupes indiennes aéroportées commencèrent d’arriver le 27 octobre. La question n’est pas encore résolue. Les troupes indiennes et pakistanaises s’affrontèrent et sont restées depuis sur leurs positions. Le Pakistan continue d’occuper une partie du Kashmir. Le problème est pendant devant le Conseil de sécurité des Nations unies depuis 1948. Le pays reste divisé entre les deux armées d’occupation. Après la mort de Gandhi, le pouvoir se trouva aux mains d’un diumvirat, d’une part le Premier ministre Nehru, socialiste d’origine aristocratique et de l’autre Sardar Vallabhai Patel, vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, un homme d’origine plébéienne, énergique et conservateur, qui avait la confiance de la classe industrielle et possédante aussi bien que des Hindous traditionalistes. Il avait réussi l’intégration des états princiers, annexé Hyderabad et avait pris une influence grandissante. Il était la seule personne qui aurait pu trouver un compromis entre les valeurs de la société traditionnelle et le modernisme. Il devait malheureusement mourir en 1950 laissant Nehru seul maître de l’Inde. [6]

Alain Daniélou        Histoire de l’Inde         Fayard 1985

Et, pour enfoncer le clou sur Gandhi, on peut énoncer quelques faits pour le moins gênants, à nos yeux d’Occidentaux évidemment : le vœu à 37 ans de brahmacharya – abstinence sexuelle – sans demander à Kasturbai, son épouse, ce qu’elle en pensait, soit qu’une épouse n’ait pas à être consultée, soit qu’elle soit censée ne pas avoir de vie sexuelle, ou pire, les deux en même temps ! Et cela pouvait être pimenté par une bonne dose de perversité masochiste : coucher nu à coté de jeunes femmes, comme sa petite nièce Manu. On peut encore citer une lettre à Hitler en 1939, se terminant ainsi : I remain, Your sincere friend ! Quand on ne veut pas avoir d’ennemis, on n’a que des amis : le cher homme avait une bonne poignée de décennies d’avance sur Facebook ! Et en plus, tenez-vous bien, il restait complètement indifférent à la musique de Beethoven, mais cela Romain Rolland est bien le seul à en avoir été désolé.

Les travaillistes arrivés au gouvernement à Londres en 1945 ne sont pas, comme Churchill, viscéralement attachés à l’empire. Ils jugent plus important de mener à bien les grandes réformes sociales promises que d’épuiser des finances déjà à plat avec de coûteuses opérations outre-mer. Lord Mountbatten, un membre prestigieux de la famille royale, est envoyé en Inde avec pour mission de mettre un terme à deux siècles de présence britannique et d’accorder l’indépendance au pays. Mais quel pays ? Le camp nationaliste est éclaté en deux tendances. Au parti du Congrès5, le mouvement de Gandhi, qui rêve d’une Inde unie dépassant les clivages religieux, s’oppose à la Ligue musulmane (fondée en 1906), dirigée par Ali Jinnah. Elle entend faire valoir les droits d’une population minoritaire mais qui a, pendant des siècles, dominé politiquement le sous-continent. Au nom de la vieille méthode du divide for rule, diviser pour régner, les Britanniques ont longtemps savamment entretenu la rivalité entre les deux. Désormais, elle les embarrasse. L’espoir de Londres serait de transformer le Raj en une puissante fédération unie et alliée à son ancienne métropole. Jinnah n’en veut pas. Il veut une confédération, un regroupement plus souple d’États autonomes, dont certains exclusivement musulmans, ce qui donnerait un poids considérable à sa communauté. La querelle des partis tourne à la haine, les émeutes interconfessionnelles tournent à la guerre civile. Durant les derniers mois de l’Inde anglaise, dans une ambiance apocalyptique, des foules de musulmans fuyant les viols, les meurtres commis par des hindous croisent des hordes d’hindous fuyant ceux dont les musulmans se rendent coupables. Lord Mountbatten, dépassé, abaisse l’Union Jack et rembarque les dernières troupes anglaises à la mi-août 1947, laissant derrière lui non pas un pays, mais deux. C’est ce qu’on appelle la partition de l’Inde. Au Nord, le Pakistan, le pays des purs, en ourdou, devient la patrie des musulmans. Il est composé de deux parties, l’une située au-delà de l’Indus, l’autre, à l’est du Bengale. Le reste du Raj est l’Union indienne, un pays majoritairement hindou où demeurent néanmoins de nombreux musulmans et d’autres minorités. La haine ne diminue pas après le divorce. Le bilan des événements tragiques qui précèdent l’indépendance et lui succèdent fait état de 10 millions de déplacés et de 1 million de morts, assassinés, oubliés sur les routes de l’exil, affamés dans des camps où l’on ne peut les secourir. La plus célèbre victime du fanatisme qui a embrasé le sous-continent est l’homme qui a tout fait pour le contenir. En janvier 1948, Gandhi tombe alors qu’il allait à la prière, victime de trois coups de revolver tirés par un hindou qui le voyait comme un traître. Il était l’homme de la paix. Elle devient introuvable.

François Reynaert      La Grande Histoire du Monde   Fayard 2016

28 08 1947               Manuel Laureano Sanchez, alias Manolete, est au sommet de son art de toréador. Islero, le taureau auquel il va donner l’estocade dans les arènes de Linares, l’encorne à la cuisse : l’artère fémorale est touchée, le taureau le reprend encore… Manolete mourra des suites de l’hémorragie le lendemain. Il venait d’avoir trente ans. La légende s’emparera de cette mort tragique et fera du taureau un brave parmi les braves puisqu’il avait tué le plus grand des toréros… et, comme toute légende, elle affabulera ; en fait Islero n’était pas un grand taureau costaud, mais un petit taureau à qui on avait limé les cornes, et qui de plus était presbyte ; et, dès lors qu’un taureau voit mal, il devient imprévisible. Manolete s’est présenté pour cette estocade comme si le taureau était prévisible, et il ne l’était pas … Le taureau sera tué à l’issu de la corrida.

La corrida avait acquis frauduleusement ses lettres de noblesse depuis peu, par des tours de passe-passe d’écrivains comme Montherlant, Bataille, d’un peintre comme Picasso, qui, au vu des origines trop populaires – un amusement d’équarisseurs ! [se reporter au 29 janvier 1853]- s’étaient lancé dans une recherche en paternité plus prestigieuse, ne reculant pas devant la récupération des peintures pariétales et des mythes comme celui de Mithra pour en faire les témoins de l’origine ancestrale de la corrida…. Ce n’était là que grossier trucage, mais cette soupe mythologique avait bien meilleur goût que celle des équarisseurs espagnols ! aussi eut-elle du succès.

31 08 1947                  Inauguration des vingt-huit premiers kilomètres de sentiers de Grande Randonnée – le GR3 – : Orléans, Meung, Beaugency, Travers, le long de la Loire. Suivra, moins d’un an plus tard, le 24 avril 1948, le GR1 : 28 km d’Ermenonville à Senlis : Jean Loiseau, celui sans lequel rien de tout cela n’aurait vu le jour, en sera. Soixante ans plus tard, on en comptera plus de 40 000 km !

août 1947                  À Qumrân, 12 km au sud de Jéricho, tout près des rives nord-ouest de la Mer Morte [7], Joum’a Mohammed, surnommé Ed-Dhib, bédouin de la tribu des Ta’amré, et très probablement contrebandier en quête d’une cache, découvre dans une grotte des manuscrits qui s’avèreront vite être les documents les plus anciens relatifs à l’époque contemporaine du Christ. Le site est tout proche de ruines, au sud desquelles se trouve l’une des plus importantes sources d’eau douce de la région : Aïn Feshka, aux abords de laquelle les bédouins font paître leurs troupeaux.  D’autres grottes seront découvertes, – onze au total –  dont deux salles construites par l’homme, riches surtout en fragments difficilement exploitables.  La plupart ont été écrits entre 250 ans avant la naissance du Christ, et 68 après, année de la destruction du site par l’armée romaine, avant la prise de Jérusalem. 20 à 25 % des documents sont des textes bibliques, les autres sont très divers. En février 1955, on découvrira dans la grotte 7 un petit fragment de papyrus – nommé 7Q5 -, grand comme un timbre poste sur lequel figurent 20 lettres grecques, qui se révéleront être les versets 52-53 du ch.6 de l’évangile de Marc. Un autre fragment de la même grotte appartiendrait à l’épître de Paul à Timothée. (1 Tm 3, 16 à 4, 3)

Ce sont environ 500 manuscrits distincts qui ont été répertoriés dans la première grotte ; le nombre des fragments est beaucoup plus élevé, entre 10 000 et 100 000, qui constituent environ 500 puzzles différents, dont manquent 90 % des morceaux.

Les fouilles du site furent entreprises sous la direction du père Roland de Vaux, dominicain de l’école biblique de Jérusalem de 1951 à 1956 (implantée dans le secteur de Jérusalem relevant de la Jordanie) : il estimait que ce site avait été un monastère, d’autres historiens penchent pour une forteresse, d’autres encore pour une ville de villégiature ou de potiers [7]. On y trouva un grand cimetière, de nombreuses réserves d’eau.  Sept fragments non bibliques laissent à penser qu’ils auraient été rédigés par les membres d’une des sectes juives de l’époque, les Esséniens. On compte trois historiens de l’époque à avoir mentionné l’existence des Esséniens : Pline l’Ancien, Flavius Josèphe et Philon d’Alexandrie. Mais rien, dans les manuscrits de Qumrân ne mentionne spécifiquement les Esséniens, et aujourd’hui, on penche beaucoup plus pour des écrits d’une gnose juive, marqués par un eugénisme alors très répandu, énumérant des normes que l’on verra resurgir dans les fichiers anthropométriques au XIX° siècle.

L’histoire du cheminement des manuscrits depuis leur découverte tient du roman policier, sur toile de fond de la naissance du conflit entre Juifs et Palestiniens, des changements pour le site de Qoumrân de tutelle politique (anglais, puis jordanien de la création de l’État d’Israël à la guerre des Six Jours, puis israélien) de la rivalité entre toutes les autorités religieuses représentées à Jérusalem, avides de s’accaparer une telle découverte : le quasi secret qui entoure une bonne partie de leur contenu tient beaucoup plus au goût du pouvoir qu’à la nature même du contenu. De cette première découverte, 7 rouleaux furent finalement vendus en 2 lots, à l’université hébraïque et à l’État d’Israël. 50 ans plus tard, la dispersion reconnue est la suivante :

  • Sanctuaire du Livre, Jérusalem.
  • Musée Rockefeller, Jérusalem.
  • Studium Biblicum Franciscanum, Jérusalem : un texte de Sagesse et un texte du psaume de Josué.
  • Musée d’Amman : une partie du matériel de la grotte 1 et le Rouleau de Cuivre.
  • Bibliothèque Nationale de France, Paris : documents de la grotte 1.
  • Musée Bible et Terre Sainte, Institut catholique Paris : un fragment du Psautier
  • Bibliothèque de l’Université de Heidelberg : le Pesher de Nahum, grotte 4
  • Université de Chicago : le manuscrit de la femme folle.

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6 09 1947                  En Inde, les massacres ont débuté dans l’ouest essentiellement au Penjab dès l’annonce de l’indépendance et de la partition. Ils ne cessent de prendre de l’ampleur et Nehru ne parvient pas à faire face. Delhi est menacé. Nehru et Patel, haut fonctionnaire hindou devenu ministre de l’intérieur, rappellent Mountbatten, en vacances dans la station très prisée de Shimla, à 2 200 mètres, face aux Himalayas, au nord de Delhi, pour reprendre le pays en mains et rétablir l’ordre. Il va le faire, pendant plus d’un mois, de façon tout à fait officieuse, déployant toute son énergie à la tête d’un comité de crise pour mettre en place une logistique de contrôle de tous les organes sensibles : aéroports, voies ferrées, hôpitaux etc…

Force est d’admettre que l’homme avait les idées larges et n’était pas porté sur la rancune : il avait épousé une très riche héritière, Edwina Ashley, dont les revenus lui avaient permis un train de vie que le gouvernement anglais était bien incapable d’assurer. Elle était d’un tempérament très généreux, se donnant sans compter, sans racisme aucun, même lorsqu’il s’agissait de ses charmes : elle avait ainsi inscrit à son tableau de chasse  le chanteur noir américain et communiste Paul Robeson, et le dernier en date n’était autre que Nehru lui-même, séduit à Shimla : le grand air des montagnes, cela requinque !   Le coup de foudre avait un an, pratiquement jour pour jour, lorsque le vice-roi avait nommé Nehru premier ministre : c’était alors leur première rencontre et l’enthousiasme de la foule était tel qu’une bousculade avait mis à terre Edwina : Nehru s’était précipité pour la relever en la prenant dans ses bras … qui deviendront sa résidence secondaire de printemps, d’été, d’automne et d’hiver.

Tout de même, aurait pu se dire son époux, j’accorde l’indépendance de l’Inde qui a pour premier ministre Nehru ; ensuite j’accours dès qu’ il m’appelle en  urgence pour éteindre  le feu qui a pris à la maison et pour me remercier, que fait-il ? il me pique ma femme ! Eh bien, non : il n’en fit rien, resta dans les meilleurs termes avec Nehru et continua bien sur à jouir de la fortune de sa femme. Si Philippe le Bel avait été là, les choses ne se seraient pas passées ainsi, c’est sûr.

20 09 1947                  L’Algérie devient un département français, doté de la personnalité civile et de l’autonomie financière, avec une Assemblée algérienne, chargée de gérer, en accord avec le gouverneur général, les intérêts propres de l’Algérie. Elle aura désormais deux collèges électoraux, l’un pour les européens comptant 60 membres, l’autre pour les Algériens musulmans, comptant aussi 60 membres, quand ceux-ci étaient huit fois plus nombreux que les Européens ! Pour passer d’un collège à l’autre et devenir citoyen français, il faut renoncer à la loi coranique, ainsi qu’à la polygamie. Et l’on pensait que pareille escroquerie électorale serait génératrice de paix !

09 1947                       Jean Vilar organise le premier festival d’Avignon.

Dans mon monde, dans ce petit village où j’ai grandi [Cruseilles, entre Annecy et Genève], il fallait répondre à l’attente des adultes, dire ce qu’ils avaient envie d’entendre, c’était étouffant. Donc j’ai appris à mentir. On ne traitait pas les enfants comme des personnes. Chez les acteurs, la vérité est comme un paradis perdu. Le théâtre était idéal pour vivre de façon intense, comme si j’avais été privé de cette capacité-là auparavant.

André Dussollier, 2017

À la suite d’un article élogieux d’Henri Jeanson sur Le Corbeau (1943), film d’Henri-Georges Clouzot, inspiré d’une histoire de lettres anonymes inondant la ville de Tulle entre 1917 et 1922, dont la nouvelle sortie, en 1947, provoque une vive polémique, Joseph Kessel, présenté par L’Intransigeant comme le glorieux combattant volontaire des deux guerres, répond dans les colonnes de ce journal par une tribune où s’expriment ses sentiments sur la période de l’Occupation. Si Jean-Paul Le Chanois, Jacques Prévert, René Clair et le couple Sartre-Beauvoir défendent Clouzot, Kessel, reprenant l’argument formulé par L’Écran français, en 1943, partage le sentiment des communistes :

Le Corbeau est un film remarquable – d’accord ! Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas le reconnaître. Cela n’empêche pas qu’il ait été fait pour le compte de la Continental et en pleine guerre et en pleine Occupation. Et cela veut dire : Que M. Clouzot a été payé par les Allemands, dans le même temps que ces Allemands massacraient à Oradour, entretenaient de milliers de cadavres français leurs fours crématoires, fusillaient les otages français, déchiraient les corps des Français dans les caveaux sanglants. Que M. Clouzot menait, grâce à l’argent allemand, une vie agréable tandis que la misère, la honte et la terreur pesaient sur la France par le fait des Allemands. Et que, pour et avec cet argent, M. Clouzot composait un film remarquable – assurément – mais qui se trouvait peindre une petite ville française sous les couleurs les plus hideuses et offrant – par le truchement d’un auteur metteur en scène français – l’illustration la plus parfaite à la thèse allemande sur la pourriture de la France. On m’accordera, je l’espère, la grâce de croire qu’il n’est pas dans mes intentions d’exiger qu’une œuvre d’art soit morale. Mais dans une guerre à la vie et à la mort, il ne s’agit plus de moralité, ni d’impartialité artistique et il n’y a pas de tour d’ivoire. Dans chaque nation, comme dans chaque individu, on rencontre le meilleur et le pire. En temps normal, tout auteur a le droit d’employer les éléments qu’il veut. En temps de combat, choisir de montrer, de son pays, le pire et avec la subvention de l’ennemi, c’est réjouir et servir les desseins de l’ennemi dans le domaine de la lutte psychologique. J’aurais aimé voir la figure de ses patrons de la Continental si M. Clouzot avait placé l’action de son film – exactement la même – dans une petite ville allemande. Voilà où est, pour moi, la moralité de cette affaire. Et je ne peux pas m’empêcher de songer à d’autres metteurs en scène, plus âgés que M. Clouzot et en pleine gloire, comme William Wyler ou Anatole Litvak, qui ont risqué leur vie en avion et sur les champs de bataille et qui en ont conservé de durables meurtrissures. Et à des acteurs comme Claude Dauphin ou René Lefebvre qui ont échappé par miracle à la Gestapo – et Robert Lynen mort torturé par elle… Tandis que M. Clouzot tournait Le Corbeau pour le compte de l’Allemagne. Depuis la Libération, je n’ai pas écrit une ligne pour demander un châtiment. Au gouvernement de faire les lois. Aux juges de les appliquer. Ce n’est pas mon affaire. Et je ne m’en mêlerai pas davantage aujourd’hui. Mais, pour rassurer les bonnes âmes, je me permettrai de dire que, vraiment, M. Clouzot n’est pas un martyr ni une victime, ni même un bon prétexte à indignation. M. Clouzot à qui sont rendues toutes les facilités de travail, de gain et de gloire, après un temps plus court que celui où il fut employé par les Allemands et par un pays que ces Allemands ont voulu asservir à jamais. Il est vrai que, s’ils y avaient réussi, cela n’aurait pas fait tant de différence – pour M. Clouzot.

L’UNSCOP [la mission de l’ONU en Palestine], après trois mois de consultations en Palestine et dans les camps de personnes déplacées en Europe, recommande à l’unanimité l’annulation du mandat de la Grande Bretagne et, à la majorité, le partage de la Palestine.

5 10 1947                    De Gaulle, au chômage, s’ennuie et brocarde les petits partis qui cuisent leur petite soupe au petit coin de leur feu…

22 10 1947                  Jinnah, président du Pakistan, décide d’utiliser la force pour régler la question du Cachemire : il y envoie 5 000 guerriers pathans venus de la frontière du nord ouest.

27 10 1947                  L’Inde envoie par avion 329 hommes du I° régiment de sikhs à Shrinagar, capitale du Cachemire. Jinnah va se calmer mais l’affaire ne sera pas pour autant réglée et empoisonnera les relations entre les deux pays pour les décennies à venir.

2 11 1947                    Sur les eaux de Cabrillo Beach à Los Angeles, Howard Hughes tente de faire décoller le plus gros hydravion du monde… un hydravion, car personne n’est parvenu à concevoir un train d’atterrissage à même de supporter les 200 tonnes du monstre. Il a presque quatre ans de retard : c’est Henry Kaiser, constructeur de Liberty Ships qui, cinq ans plus tôt, avait soufflé l’idée d’un avion géant à Roosevelt : ainsi mes Liberty Ships et les hommes qu’ils transportent ne seront plus envoyés par le fond par les sous-marins  allemands. Le gouvernement américain avait suivi et passé commande à Howard Hughes, n’ayant trouvé parmi les constructeurs raisonnables personne à même de relever un tel défi : transporter 750 hommes ou 2 chars Sherman. Le Hughes H-4 Hercules a 97.5 m d’envergure, plus que l’Airbus A-380, ou encore l’Antonov A 225. Avec 24 mètres de haut, il les domine, ne le cédant que sur la longueur : 66.6 m de long contre 84 à l’Antonov. Il l’a baptisé Spruce goose – l’oie en épicéa – … épicéa, car cette essence constituait une partie  de l’avion, la structure principale étant en hêtre stratifié, le tout entoilé : ainsi l’avait demandé le cahier des charges, dans le souci d’économiser le métal, denrée rare au plus fort de la guerre.

Et les huit moteurs parviennent à arracher le géant, pendant une bonne minute, à 20 mètres au-dessus de l’eau. Puis il amerrit : le gouvernement avait mis dans l’affaire 22 millions de dollars, Hughes 18 : en 1947, le gouvernement n’a plus du tout l’utilité d’un géant pareil : il jette l’éponge : Spruce Goose ne rédécollera plus jamais et finira sa vie dans un musée d’Oregon, l’Evergreen Aviation Educational Center. Ses détracteurs diront que sur cette distance, et à cette hauteur, il ne s’agissait probablement que d’un effet de sol, une force qui n’agit, comme son nom l’indique, qu’à proximité du sol, et qu’en aucun cas, il n’aurait été en mesure de prendre de l’altitude.

13 11 1947                  Les Lettres françaises publient un article de Sim Thomas, intitulé Comment fut fabriqué Kravtchenko. Ce dernier n’aurait pas écrit son livre, qui aurait en fait été rédigé par des mencheviks. Deux ans plus tard, quand s’ouvrira le procès, le tribunal s’enquérera de Sim Thomas, lequel restera introuvable : le personnage avait été tout bonnement inventé par Claude Morgan, rédacteur en chef des Lettres françaises, et donc auteur de l’article Comment fut fabriqué Kravtchenko.

15 11 1947                  Grève générale des mineurs.

20 11 1947                  La princesse Elisabeth épouse Philip Mountbatten, duc de Windsor.

28 11 1947                 Nommé depuis le 12 avril inspecteur des forces terrestres, maritimes et aériennes en Afrique du Nord, Leclerc décolle d’Oran dans son B25 Mitchell, baptisé Tailly 2 – du nom de son château -, pour Colomb-Béchar, dans l’ouest de l’Algérie : la météo n’était pas bonne, le lieutenant Deluc, pilote, conseillait de remettre le vol à plus tard ; Leclerc passa outre… Dans la tempête de sable, le pilote se guide sur la ligne de chemin de fer Méditerranée – Niger : il percute le remblai. On glosera longtemps sur la présence d’un treizième corps non identifié pour parler d’attentat. Ce sont des légionnaires qui arriveront les premiers sur les lieux de l’accident – 60 km au nord de Colomb Béchar – : tous les corps avaient été décapités… [probablement par la projection vers l’avant des bagages entassés à l’arrière] ils seront formels : il y avait treize troncs, avant même d’avoir pris connaissance de la liste des passagers et équipage : le treizième ne sera jamais identifié ni réclamé par qui que ce soit. Aucun élément ne viendra confirmer l’hypothèse d’un attentat. Immense était alors sa popularité : cinq jours plus tôt, il avait participé au 3° anniversaire de la libération de Strasbourg, qui, comme l’année précédente, lui avait fait un triomphe.

Se trouvaient avec lui :

  1. Colonel Fouchet, chef d’Etat-major de la 10° RM.
  2. Colonel du Garreau de la Ménéchie
  3. Colonel Clémentin
  4. Colonel Fieschi
  5. Capitaine de Vaisseau Frichement
  6. Commandant Meyran
  7. Sous-Lieutenant Miron de l’Espinay
  8. Lieutenant Deluc, pilote remplaçant Legoc, malade
  9. Lieutenant Pilleboue, navigateur
  10. Adjudant Guillou, mécanicien
  11. Sergent-chef Lamotte, radio.

29 11 1947.                  Sous la coupole de l’ancienne patinoire de Flushing Meadows, par 33 oui, 13 non, 10 abstentions, l’ONU décide que la Palestine sera partagée en trois : un Etat arabe, un Etat juif de 12 000 km², et une zone internationale constituée à Jérusalem qui lui reviendra directement.

David Ben Gourion [9], [né David Grün, à Plonsk, en Pologne], président de l’Agence Juive, s’est isolé dans un hôtel au bord de la Mer Morte, note dans son Journal : Je ne peux être de ceux qui dansent. Je me sens comme un individu en deuil au milieu d’un mariage. Car je suis rempli d’une terrible crainte devant le sacrifice qui attend notre peuple. Je n’ai pas le moindre doute : nous sommes à la veille d’une guerre à la vie, à la mort, non pas avec les forces britanniques, mais avec les peuples arabes. Et nous allons y perdre la fleur de notre jeunesse.

Le jour même étaient tués sept juifs passagers d’un bus.

10 12 1947                  André Gide reçoit le prix Nobel de littérature. Peu après sa mort en 1951 François Mauriac recevra un télégramme signé André Gide : Enfer n’existe pas. Vous pouvez vous dissiper.

15 12 1947                 Jacques Canetti, juif d’origine bulgare, a passé la guerre à Alger où il a tenu le cabaret Les deux ânes. Revenu à Paris, il crée Les deux baudets, où il va galérer plusieurs mois : les porte-monnaies sont encore bien plats, et son petit théâtre reste souvent vide. C’est Robert Lamoureux, jusque là pratiquement inconnu lui-même, qui va lui apporter la célébrité. Découvreur de talents, patient, c’est au sein de son théâtre que se lanceront Georges Brassens, Jacques Brel, Raymond Devos et une kyrielle d’autres futures célébrités.

19 12 1947                  Scission CGT/FO. CGT, c’est la Confédération Générale du Travail, FO : Force Ouvrière.

1947                            23 millions de journées de travail ont été perdues à cause des grèves.

Renault sort sa 4 CV, et la première et importante école de voile s’installe aux Glénan. Dans un petit atelier de Clichy, le baron Marcel Bich, associé à Edouard Buffard, après avoir racheté le brevet du Hongrois Laslo Biró, lance la pointe Bic, inspirée techniquement du stylo Reynolds, mais beaucoup moins cher. Sur le Bic Cristal, l’acier de la bille – 1 mm ∅ – sera remplacé en 1961 par du carbure de tungstène, perforé de petites cavités microscopiques qui se remplissent d’encre. La capacité de la cartouche permet de tracer un trait de 0.4 mm de large sur 2 km de long. La pointe qui enserre la bille est en laiton, sauf dans les pays très humides où un alliage zinc-cuivre-nickel remplace le laiton, qui se corrode.

Commercialisation du four à micro-ondes : c’est un bide  [pour ne pas dire un four], car il mesure près de 2 mètres, pèse plus de 300 kg et coûte plusieurs milliers de $. Il maigrira beaucoup et finira par faire partie de l’électro-ménager d’une cuisine moderne. L’affaire avait commencé 2 ans plus tôt, quand Percy Spencer supervisait aux Etats-Unis la fabrication de magnétrons, un émetteur utilisé dans les radars de rayonnement de courte longueur d’onde appelé micro-ondes ; un jour, une barre de chocolat qu’il avait en poche avait fondu, sans qu’il en devine la raison. Il soupçonne le magnétron et dépose des grains de maïs à côté de l’appareil… qui deviennent du pop-corn. Le principe du four à micro-ondes était établi.

Première édition chez un petit éditeur, Le Portulan, – sans grand succès –  de Paris et le désert français de Jean François Gravier, géographe ; une seconde édition, en 1953, chez Flammarion, obtiendra en revanche une notoriété importante et durable qui va marquer le début de prise de conscience de l’excès de centralisation et donc de la nécessité d’une décentralisation. Réédité en 1958 puis, quelque peu expurgé, en 1972, le livre deviendra la bible de l’Aménagement. La politique de la DATAR (Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action régionale), depuis 1963, s’en inspirera. Les manuels et les cours de géographie le citeront favorablement pendant cinquante ans.

L’origine de la Datar remonte à un livre publié en 1947 : Paris et le Désert français. Son auteur, Jean-François Gravier (1915-2005), est alors un jeune géographe. Il y explique que la France est un être malade, au corps rachitique et à la tête énorme. Cette tête, c’est Paris, ville-vampire suçant le sang des provinces. La capitale concentre tout le pouvoir économique, universitaire et culturel, capte toutes les élites. Le moloch parisien coûte au pays bien plus qu’il ne rapporte, et tout cela pour entretenir une poignée de bourgeois voltairiens épanouis dans le culte du Veau d’or. Gravier réclame donc que l’on bloque la croissance de la région parisienne pendant dix ans. Et que l’on engage une politique de déconcentration. Pas de décentralisation, attention : les décisions restent prises depuis la capitale. Un vigoureux Etat planiste transférera usines, emplois et universités en province pour y mener une colonisation intérieure. Etrange personnage que ce Jean-François Gravier, nommé en 1941 directeur d’un centre de formation à la propagande, l’Ecole nationale des cadres civiques du Mayet de-Montagne, près de Vichy. A partir de 1947, comme nombre d’anciens vichystes, il profite de la guerre froide et de sa croisade anticommuniste pour réapparaître.

Caricatural et raciste – Gravier veut interdire les grandes villes aux immigrés -, Paris et le Désert français fait pourtant son chemin. En 1958, ce livre devient la doctrine quasi officielle du pouvoir gaulliste, qui décide d‘entraver l’expansion parisienne. Le gouvernement confie à Philippe Lamour (1903-1992) la mission d’élaborer un plan d’aménagement du territoire pour vingt ans. Étrange personnage, lui aussi. Influent et méconnu, cet ancien avocat a adhéré en 1928 au Parti fasciste révolutionnaire et lancé en 1930 la revue Plans, où il exprimait déjà son goût pour les grands projets et le dirigisme. Cet exalté a ensuite viré à gauche et s’est rallié au Front populaire. Après 1945 il a fait du Languedoc un laboratoire du développement !il creuse un canal d’irrigation, remplace les vignes par des pommiers golden et développe le tourisme. En présentant son plan d’aménagement du territoire en 1961, Lamour déclare que la France n’est pas une nation moderne. Pour rattraper l’Allemagne, il faut tout entreprendre à la fois installer le téléphone, construire des hôpitaux, des écoles et des aéroports, préparer le passage au nucléaire, tracer des autoroutes, moderniser le Nord et la Lorraine, arrêter l’hémorragie humaine du Massif central, éviter l’effondrement du Sud-Ouest.

Nommé Premier ministre en 1962, Georges Pompidou applique ce plan à sa manière : il crée en 1963 la Datar, gérée par Olivier Guichard. Ce fidèle gaulliste vient de passer trois ans à aménager le Sahara : le désert, il connaît… Mais le bouillonnant Lamour parvient à se hisser à la tête d’un nouvel organisme, la Commission nationale de l’aménagement du territoire (que rejoint Gravier), d’où il va alimenter Guichard en idées. Telle est l’ère gaullienne, inextricable sac de nœuds administratif. Selon le géographe Jean-Robert Pitte, les grandes orientations de la Datar doivent beaucoup à Lamour, père de l’aménagement du territoire : la création de métropoles d’équilibre (Bordeaux Lille, Lyon, Marseille, Nantes…), mais aussi le productivisme agricole dévastateur ou les loisirs de masse, incarnés par la station balnéaire de la Grande-Motte, au bord des plages languedociennes, construite par Jean Balladur, dans le cadre de la mission Racine.

Depuis ses bureaux au pied de la tour Eiffel, la Datar, commando d’experts pour les uns, Etat dans l’Etat pour les autres, contraint les ministères à établir des prévisions d’investissements région par région. Elle finance l’équipement des métropoles d’équilibre, la construction de routes en Corse, de lycées techniques en Bretagne ou remembrement agricole en Corrèze. Elle a un droit de regard sur toute création de zone industrielle. Mais un troisième personnage perturbe cette belle planification : Paul Delouvrier (19141995). En 1961, le général de Gaulle charge ce haut fonctionnaire, figure de la Résistance, de mettre de l’ordre dans le bordel de la banlieue. Voilà donc Delouvrier chef du district de la région parisienne, l’ancêtre du Grand Paris. Abasourdi, ce super-préfet découvre que Gravier a commis la grande erreur de sous-estimer la reprise démographique. A cause de son livre, le gouvernement s’est trompé : vouloir stabiliser l’agglomération parisienne à huit millions d’habitants est perdu d’avance. Quoi qu’il arrive, elle en aura douze à seize millions en 2000 (ce que les faits ont confirmé). Et sa croissance n’entravera pas celle des grandes métropoles françaises.

Soutenu par de Gaulle, Delouvrier crée alors en urgence, et presque en solitaire, des villes nouvelles autour de Paris. Pas des cités-dortoirs jetées au hasard, mais de véritables villes structurées et équipées : Evry, Marne-la-Vallée, Cergy… Il a contre lui la Datar, qui continue de délocaliser les entreprises. Elle verse des subventions à celles qui déménagent, et instaure une redevance pour celles qui veulent s’installer autour de Paris, même dans les villes nouvelles. Au début des années 1970, la situation vire à l’absurde : le chômage explose dans les banlieues ouvrières, à tel point que le Parti communiste réclame l’interdiction de la Datar. Même le gaulliste Georges Gorse, maire de Boulogne-Billancourt, accuse l’administration d’organiser le désert dans la région parisienne, que les industries abandonnent en vendant fort cher leurs terrains à des promoteurs. Il n’empêchera pas Renault de quitter l’île Seguin.

En vingt ans, la Datar aura déplacé un demi-million d’emplois. Elle a eu de bonnes idées, comme les parcs naturels, et d’autres moins brillantes, comme l’installation d’une aciérie à Fos-sur-Mer quand la sidérurgie entrait en surproduction. Elle a profité à la côte Atlantique, à un triangle Genève-Nice-Toulouse, mais n’a pas évité la déprime du Nord-Pas-de-Calais, de la Lorraine, et d’un gros quart central du pays. Si elle est à l’origine du TGV, elle n’a pas eu le pouvoir d’en tracer les lignes. A partir de la crise de 1974, elle joue les Canadairs en arrosant de subventions les régions économiquement sinistrées. Elle perd encore de son influence après 1981 et la décentralisation mitterrandienne, qui donne enfin une véritable autonomie aux régions. En 1985, elle finit par admettre que Paris ne vit pas aux dépens de l’Hexagone : chaque Parisien verse au pays beaucoup plus d’impôts qu’il n’en reçoit.

En 1993, Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire, tente de la relancer, suivi de Nicolas Sarkozy dans les années 2000 : deux obsédés du territoire et de l’identité nationale… La Datar a été dissoute en 2014.

Xavier de Jarcy          Télérama 3539 du 8 11 2017

Sur un registre beaucoup moins généraliste, le chanoine Fernand Boulard 1898 -1977 – fait paraître dans Les Cahiers du clergé rural une Carte de la pratique religieuse dans la France rurale où il apparaît que les régions les plus pratiquantes sont la Bretagne, le sud-est du Massif central jusqu’au Rhône, de la Bourgogne au pays Basque, à l’exception du Languedoc-Roussillon, et, sur des surfaces moindres, la Savoie, le Dauphiné, le Jura, l’Alsace-Lorraine et le Nord. La part la moins pratiquante, c’est donc le reste, à savoir, en gros, une très large bande des Ardennes à la côte atlantique de part et d’autre de Bordeaux. Quarante ans plus tard, l’américain Timothy Tackett établira une autre carte de France, établie sur des données de 1791 qui donne la répartition géographique des prêtres assermentés – ceux qui avaient prêté serment à la Constitution civile du clergé – et les autres : les réfractaires ceux qui avaient refusé de prêter serment -. Et il se trouve que les deux cartes correspondent largement. Certes, on aurait pu s’en douter, mais les deux travaux en apportent confirmation.

Invention du transistor et des premiers semi-conducteurs par les Américains W. Schockley, John Bardeen et Walter Brattain, employés de la Bell Telephone Company : la miniaturisation ainsi permise va entraîner un accroissement considérable de la diffusion des postes radio.

Michael Kalachnikov, 28 ans, s’ennuie dans un hôpital où l’a envoyé une blessure de guerre : il fait les plans de l’AK47, qui va rapidement dominer le marché des armes légères en inondant tous les pays du monde où des hommes ne savent faire autre chose qu’employer la violence. On en comptera 100 millions d’exemplaires en 2007, dont un bon nombre fabriqués par les 30 sociétés qui fabriquent de la contrefaçon ; mais qu’importe pour les utilisateurs, l’essentiel c’est que la contrefaçon tue aussi bien que l’authentique.

La Chine nationaliste revendique un territoire très étendu en mer de Chine méridionale, une démarcation connue sous le nom de ligne à neuf traits, en forme de langue de bœuf.

La diplomatie américaine a imposé le strict respect de la ligne de partage des eaux pour les rectifications de frontière en Europe : ainsi La Brigue et Tende, dans l’arrière pays niçois redeviennent elles françaises ; une exception à la règle : la Vallée Etroite, dont les eaux coulent vers l’Italie, au nord de la Névache, qui redevient française : la principe de réalité reprendra vite le pas sur la sottise : quelques vingt ans plus tard, toute l’économie de la Vallée étroite est italienne, le Club Alpin Italien a remplacé le Club Alpin Français etc…

Il ne fait jamais bon arriver en avance et les éclaireurs restent le plus souvent des inconnus : ainsi de Willanny Harris pour le rock, qu’il chante fort bien… mais la mise et la gloire seront raflées sept ans plus tard par The King, Elvis Presley.

Maurice Genevoix, académicien,  tient un rôle officieux d’ambassadeur de la culture française. Après avoir longuement parcouru le Canada, anglais comme français, il fait une tournée de conférence en Afrique francophone, avec une incursion au Nigeria, anglophone. De son passage à Rufisque, au Sénégal, il rapporte la dissertation d’une élève de quatrième année d’Ecole Normale, alors destinée à former des institutrices.

On est dans une école d’infirmières ; la dissertation avait pour titre Ma petite patrie et poursuivait avec deux vers de Châteaubriant, s’arrêtant avant que n’apparaisse le mot France.

Combien j’ai douce souvenance
Du joli lieu de ma naissance…,

Elle peut avoir 22, 24 ans ; les premières lignes indiquent qu’elle est Sénégalaise. Elle évoque un quartier de Dakar, bâti face à la mer, sur des collines brunes, des baraques rouges et grises, de hauts arbres qui se lèvent çà et là. Et tout de suite affluent les souvenirs :

…ma petite enfance, plus pure que la farine de mil, plus ardente que les insectes des champs. La vie était belle, belle la lumière des sentiers où vibrait l’orchestre des métiers. Dans les cours, les femmes pilaient le mil. La chanson nourricière du pilon dans le mortier, la beauté noire et brillante des pileuses mettaient dans mon cœur de la joie. Je songeais au couscous mêlé de lait frais, le lait pur, le lait blanc des gourdes…

C’est ensuite l’école coranique, simple cour, vaste et pierreuse qu’ombrage un bentennier touffu, le maître, vieux marabout paralytique, borgne, édenté, que ses élèves appellent le Monstre. Je me revois, avec mon petit pagne bleu, l’ardoise battant sur mes cuisses demi-nues.  On court follement, à travers les filaoyers, pour boire au puits d’un vieux jardinier, importuné par l’essaim des fillettes, qu’il chasse sans cesse et qui sans cesse reviennent. On s’affronte  en des luttes terribles où les corps s’enlacent, se meurtrissent, où les plus habiles, les plus fortes jettent sans pitié leurs adversaires à terre. Mais je connaissais aussi les douceurs des hivernages premiers de la vie : la pluie… L’eau mouillait la terre. La terre sous mes pas s’enfonçait. Je courais, nue, sous les gouttes d’eau qui s’écrasaient contre mon dos. Quel enfant de ma race n’a senti cette joie, n’a point connu l’ivresse de boire l’eau qui tombe du ciel, de la sentir lui caresser la peau, glisser jusqu’à ses mollets ? Les arbres frissonnaient de froid, les oiseaux de peur. Mais moi, enfant terrible, je gambadais…

Douceur aussi des jours de fête, des fêtes de Tabaski. Que vînt le matin ! J’allais laver les moutons de mon grand-père. J’adorais la viande grillée, chaude et poivrée, avec un peu de sel… Le soir, j’étais parée comme une reine. Les médailles d’or dans mes cheveux tressés, les perles de corail brun à mon cou, mes pieds teints au henné dans des babouches dorées, me voilà dans les rues en quête de compliments flatteurs.

Vers trois heures, il y avait tam-tam. Sons retentissants des tabalas, non plus les tabalas des balles, mais les tabalas des fêtes, mêlés aux chants cadencés… Leste, souple, je m’élançais comme mes sœurs. Pouvoir étrange du tam-tam où la musique est mouvement, le mouvement musique. Le sang bouillonnait dans mes veines. Je sautais, je dansais. Je sentais mon ventre qui saillait ou qui s’enfonçait dans mes reins. J’avais huit ans et je criais : Tam-tam, emporte-moi !

Puis vint mon père, vint l’école et prit fin ma vie libre et simple. On a blanchi ma raison, mais ma tête est noire. Mais mon sang inattaquable est demeuré pur, comme le soleil, pur, vierge de tout contact. Mon sang est resté païen dans mes veines civilisées et se révolte et piaffe au son des tam-tams noirs. Toujours je veux danser, toujours danser, encore danser. Les souvenirs de ma petite patrie aujourd’hui cassée, façonnée, aplatie, transformée en une route qui mène à la boucherie de Dakar, les souvenirs de ma petite patrie font vibrer mon âme, plus que le doigt du diali la corde de son halem. Revivre les douceurs vécues ! Revivre la beauté ardente et forte qui n’est plus que souvenir !

Pour élogieuse qu’elle soit de la qualité grammaticale de la langue apprise, cette dissertation ne reflète pas vraiment la situation générale de l’enseignement dans les colonies d’Afrique : pendant de très longues années, dès le début du siècle, l’enseignement a souffert de l’anticléricalisme de l’administration qui n’a pas laissé aux missionnaires la possibilité de dispenser leur enseignement, situation que n’ont pas connu les colonies anglophones :

En 1949-1950, 6% seulement des enfants de l’AOF en âge d’aller à l’école étaient scolarisés, contre 16 % au Nigeria, 26 % au Kenya, et 33 % au Congo belge.

John Iliffe       Les Africains    Flammarion 2016

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[1]     Le licenciement est en réalité possible mais quasiment jamais utilisé.

[2]   Rapport du député Gérard Longuet, Réflexions sur le devenir de la fonction publique, Assemblée nationale, 1979.

[3] Le Storch – Fi 156, Fi pour Fieseler, son constructeur – est un avion aux performances étonnantes : il peut atterrir sur moins de 25 m. décoller sur moins de 50 m. ; il a une vitesse de décrochage (en-deçà de laquelle il tombe) de 50 km/h. C’est le même modèle que celui qui était allé chercher Mussolini sur le Gran Sasso le 12 septembre 1943.

[4] À laquelle croyait tout de même l’astronome Edmund Halley, qui laissa son nom à la comète, au début du XVIII° siècle, mais aussi Adolf Hitler, qui ordonna deux expéditions pour aller à la rencontre des intraterrestres : le metteur en scène Armand Gatti prétendra avoir travaillé comme déporté sur l’un de ces chantiers, dans la Baltique, jusqu’à être démasqué en 2010 et être obligé de reconnaître qu’il avait été dans un camp de prisonniers de guerre, voisin, mais jamais dans un camp de concentration de déportés politiques. On retrouve quelque chose de très proche à la dite théorie en Mongolie, où n’existent pas les légendes puisque ce sont toujours des histoires vraies dont on a eu l’honneur ou non de prendre connaissance : ainsi de ce royaume du Dieu du Monde dont la capitale se nomme Agharti.

[5] En 2016, le Commonwealth comptera encore 53 pays : http://thecommonwealth.org/member-countries

[6] Alain Danielou oublie, volontairement ou non et comme tant d’autres,  de mentionner un troisième homme de poids dans le gouvernement Nehru : Bim Rao Ambedkar, ministre de la Justice et président du comité en charge de la rédaction da la Constitution. Intouchable, il était parvenu à faire des études supérieures.

[7] Le lac puant, selon les géographes arabes, en raison de l’extraction du bitume

[8] Un village de potiers… c’est l’interprétation la plus récente (2005). La dissociation entre les origines de ce village et les manuscrits eux-mêmes va très loin, car elle banalise en quelques sorte ces manuscrits, dont l’existence dans ces grottes ne peut plus être alors attribuée aux seuls Esséniens, mais à nombre de synagogues proches du lieu et désireuses de mettre leurs documents les plus précieux à l’abri des Romains qui arrivent en 68.

[9] En référence à Veki dem Ben Gourion, un des dirigeants de Jérusalem, avant la révolte contre les Romains, en 66 ap. J.C.


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