4 novembre 1979 au 25 mai 1985. Séville : demi-finale d’anthologie française. Drame du Heysel. Mitterrand au pouvoir. Les Russes en Afghanistan. La « Grande Rivière » de Khadafi. 24398
Publié par (l.peltier) le 24 août 2008 En savoir plus

4 11 1979                    Les Iraniens ont pris en otage le personnel de l’ambassade américaine à Téhéran : c’est le début d’un long cauchemar de 444 jours.

7 11 1979                    Fille ou garçon, le premier né de la famille royale de Suède pourra monter sur le trône.

20 11 1979                       Dans le calendrier de l’Islam, c’est le premier jour de l’an 1400.

Deux à trois cents insurgés prennent la Grande Mosquée de la Mecque, le sanctuaire le plus sacré de l’Islam. Bien armés et pourvus en munitions, ils sont emmenés par Juhayman al-Utaybi, contempteur de la corruption du régime saoudien ; va s’ensuivre un siège impitoyable de deux semaines, au cours duquel des centaines de personnes vont trouver la mort, – circulent même des chiffres de 5 000 morts – nombre d’entre eux tués par les gaz lâchés par le GIGN, – 300 kg de gaz lacrymogène ont été fournis par la France -. Salem ben Laden, magnat de la construction, qui a rénové le bâtiment vingt ans plus tôt, fournit les plans qui permettent au régime de mieux combattre les terroristes, mais c’est finalement au GIGN emmené par le commandant Prouteau et le capitaine Paul Barril, que revient la conclusion de l’affaire par la reddition d’Utaybi et de 62 de ses complices, qui seront décapités un mois plus tard. Pour pénétrer dans la Grande Mosquée, les hommes du GIGN avaient dû se convertir en urgence à l’Islam. Oussama ben Laden, fils de Salem, approuve la sentence dans un premier temps ; il partira par après en Afghanistan combattre les Russes qui envahiront le pays fin décembre et alors reviendra sur sa première appréciation.

18 12 1979                 Le prix du pétrole a été multiplié par 2 depuis 1978.

24 12 1979                 Premier lancement réussi d’Ariane.

25 12 1979              À 3 h du matin, deux divisions de l’armée de l’air soviétique atterrissent à Kaboul et à Shinband, dans l’ouest de l’Afghanistan. Au même moment des unités motorisées stationnées en Ouzbékistan franchissent la frontière. Deux jours plus tard, le président du conseil révolutionnaire, Hafizullah Amin, est exécuté par les Spetsnaz et remplacé par son rival au sein du Parti Communiste afghan, Babrak Karmal. Hafizullah Amin avait lui-même renversé et assassiné Daoud, président de la République de 1973 à 1978.

Quel était le but de l’invasion et quelles en sont les conséquences ? Selon de nombreuses déclarations soviétiques, les troupes de l’URSS ont pénétré en Afghanistan à la demande du gouvernement afghan légitime pour aider à protéger les acquis de la révolution d’avril 1978 contre les entreprises de bandits expédiés du Pakistan.

Mais cette explication est intenable. Le chef de l’État Amin ne pouvait réclamer l’entrée des troupes soviétiques, celles-là mêmes qui l’ont tué. En réalité, Amin recherchait l’indépendance nationale de l’Afghanistan et c’est justement pour cela qu’il encourut la disgrâce des dirigeants soviétiques. Sa politique intérieure suscitait effectivement une vive résistance, mais il comptait apparemment en venir à bout par ses propres moyens. La résistance armée à la politique de Taraki, le prédécesseur d’Amin assassiné par celui-ci, et d’Amin lui-même jusqu’en décembre 1979, était presque exclusivement interne, souvent quasi tribale ; elle ne devint nationale qu’après l’intervention soviétique, et c’est alors seulement qu’elle commença à recevoir un certain soutien de l’extérieur, négligeable dans les premiers temps (maintenant aussi d’ailleurs). Pour la majeure partie de la population afghane, l’invasion soviétique entraîna la tragédie de la guerre et des malheurs immenses.

La raison véritable de cette invasion doit être cherchée dans l’expansionnisme soviétique. Les dirigeants du Kremlin ont sans doute été inquiets en voyant qu’une fois Daoud renversé, par un coup d’État sanglant auquel participait le KGB, l’Afghanistan n’était pas devenu plus gouvernable, bien au contraire ; en outre, je suis convaincu que la situation en Afghanistan n’était pas la cause, mais plutôt le prétexte d’une invasion liée à des objectifs géopolitiques et stratégiques à long terme. On avait, semble-t-il, projeté de faire de l’Afghanistan un champ d’opérations qui permettrait d’établir la suprématie soviétique dans un vaste secteur avoisinant.

Deux mois à peine avant l’invasion, des étudiants révolutionnaires avaient fait irruption dans l’ambassade américaine à Téhéran et avaient pris des otages. Cette action avait provoqué une tension extrême entre l’Iran et les États-Unis. La situation se prêtait on ne peut mieux aux plans de pénétration pacifique ou militaire de l’URSS en Iran, au point qu’on est en droit de se demander si des agents soviétiques n’ont pas participé à la prise des otages : certains témoignages publiés dans la presse occidentale semblent confirmer cette hypothèse.

En envoyant leurs troupes en Afghanistan, les dirigeants soviétiques escomptaient probablement une victoire très rapide. Mais leurs espoirs furent déçus. L’Afghanistan, qui autrefois avait refusé de se soumettre à l’Angleterre et à la Russie tsariste, ne se rendit pas cette fois encore. Les troupes soviétiques eurent affaire à la résistance du peuple tout entier. L’armée du régime de Karmal se décomposa à moitié ; les soldats désertèrent en masse et rejoignirent les rangs de la résistance. La guerre devint alors toujours plus barbare.

C’est avec horreur et en rougissant pour notre pays que nous apprenions par les radios étrangères le mitraillage par hélicoptère et le bombardement des villages qui servaient de base à la résistance, l’utilisation du napalm, la destruction systématique des récoltes qui condamnait à la famine et à la mort les vastes régions contrôlées par la résistance, le minage par hélicoptère des routes de montagne, l’utilisation de mines antipersonnelles et même de substances toxiques ! Fuyant les horreurs de la guerre, plus de quatre millions d’Afghans se sont réfugiés au Pakistan et en Iran. Un quart de la population du pays. Ces gens se trouvent également dans une situation d’extrême dénuement. C’est la plus grande masse de réfugiés dans notre monde contemporain tragique. Les Afghans peuvent-ils pardonner toutes les souffrances qui leur ont été infligées, la mort de leurs proches ?…

On a su par la radio que durant les premiers mois de la guerre des agents du KGB ont ouvert le feu sur une manifestation de jeunes écolières. Ce genre de crimes provoque une impression profonde chez les gens et ne s’oublie jamais. On a fait état de cas où des résistants prisonniers, y compris des blessés, étaient brûlés vifs ; des familles de paysans qui avaient aidé les résistants étaient fusillées. Bien entendu, les résistants aussi commirent beaucoup de cruautés. L’un de leurs représentants a déclaré qu’ils n’ont pas la possibilité de garder et de nourrir des prisonniers, et que d’ordinaire ils les fusillaient. Il y eut beaucoup d’informations sur des règlements de compte impitoyables contre des prisonniers et des Afghans qui collaboraient avec le régime de Karmal. Le côté soviéto-afghan refusa toujours les échanges de prisonniers. On connaît des cas où des soldats soviétiques encerclés furent mitraillés par des hélicoptères soviétiques afin qu’ils ne pussent se rendre.

Selon la radio occidentale, le chiffre global des soldats et des officiers soviétiques tués pendant ces trois ans de guerre dépasse [1983] quinze mille (sans compter les blessés et les pertes des troupes gouvernementales afghanes).

Andreï Sakharov                  Mémoires       Seuil 1990

1979                           Apparition du Compact Disc. France et Grande Bretagne décident d’arrêter la série de fabrication du Concorde : vingt appareils ont été construits : 16 commercialisés, et 4 prototypes.

À Brommersvik, près de Stockholm, à l’occasion d’un congrès du mouvement syndical européen, François Mitterrand, 62 ans est interviewvé par Christina Forsne, 31 ans. Elle en été, lui en hiver… il tente sa chance : Vous ne parlez que de politique, mademoiselle? Vous n’aimez pas la vie? S’en suivra une liaison qui durera jusqu’en 1995, donnant naissance en 1989  à  Hravn Forsne. De 1980 à 1995, Christina Forsne sera correspondante à Paris pour le quotidien Aftonbladet et la télévision publique suédoise.

Le remorqueur l’Abeille est à même de récupérer bien des navires très mal en point, mais cela ne saurait lui ouvrir les portes de tous les ports :

Une fois, en 1979, un cargo grec, un cargo tout neuf chargé de tanks et de Land Rover destinés à l’Arabie Saoudite, avait été éperonné dans la Manche par un petit caboteur. La cale numéro 1, la grande cale avant, se remplissait d’eau et une partie de l’équipage avait été évacuée par hélicoptère, l’autre partie étant récupérée par le remorqueur. Le temps était médiocre mais sans plus. Traînant son colis-, l’Abeille a demandé asile à Cherbourg. Réponse négative : le port ne voulait pas s’encombrer d’un bateau susceptible de sombrer ou de bloquer une passe. On s’est tourné vers les Anglais : Plymouth, rade militaire, ne voulait rien entendre non plus. Et l’on parcourt la Manche, en long et en large, sollicitant les uns, sollicitant les autres. Et le vent se lève, et le cargo pique du nez. Toujours rien, personne ne cède.

Le vent frais se transforme en coup de vent, le coup de vent en tempête. Le cargo, alourdi, tangue et roule, malmène la pantoire. Le commandant de l’Abeille multiplie, par radio, demandes et mises en garde. Mais chacun pour soi, débrouillez-vous, les capitaineries restent sourdes. La mer devient très grosse, anarchique, le remorqueur et le remorqué dansent un épouvantable tango, à qui domptera l’autre. Portsmouth, enfin, accepte d’entrouvrir sa porte. C’est à trois heures de route. Le cargo se plante dans les lames, étale de moins en moins. Une heure plus tard, sa gîte s’accentue, il va plonger. Pas question de larguer la remorque en bonne et due forme, l’épave est déserte, conserver des hommes à bord eût été criminel, le gaillard d’avant s’enfonce et personne, là-bas, ne peut libérer la pantoire.

Il reste une solution : pousser les quatre moteurs à fond, prendre de l’élan, et casser volontairement avant que l’autre n’entraîne l’Abeille. Le commandant et le chef sont d’accord, on y va, plein pot. Mais, dans le désordre des vagues, dans le tohu-bohu du vent, le Vieux, involontairement, appuie sur l’arrêt d’urgence. Tout stoppe, la ligne d’arbre est bloquée, le remorqueur est inerte, force est de reparcourir toute la procédure – débrayage, lancement.

– Cela nous a peut-être pris quatre minutes. Le temps de faire son trou dans l’eau.

Les moteurs repartent avant, juste avant. Le câble se rompt en sifflant. Et presque aussitôt, la poupe du cargo grec soulage lentement tandis que la proue s’incline, les tanks et les Land Rover brisent leurs amarres, glissent à la mer comme des jouets renversés par un enfant. Le navire suit, d’un trait. Le mécanicien grec est à côté de son homologue français. Jusqu’au dernier moment, le groupe de secours illumine les sabords. Tous deux, cependant que le bateau coule, oblique, voient les hublots s’éteindre, un à un, au fur et à mesure que le flot noir aspire définitivement sa prise. Un remous blanchâtre, et c’est fini. -It’s a good ship, it’s a good ship, répète le Grec, les larmes aux yeux.

Oui, c’était sûrement un bon navire. Si quelqu’un lui avait accordé l’hospitalité, il flotterait encore.

Hervé Hamon           L’Abeille d’Ouessant   Seuil    1999

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… les croquantes et les croquants, tous les gens bien intentionnés, m’avaient fermé la porte au nez

Georges Brassens      L’Auvergnat

4 01 1980                        Le journal allemand Die Welt publie une interview d’Andreï Sakharov, condamnant l’intervention russe en Afghanistan. Le lendemain, le New York Times en fera autant.

8 01 1980                        Le Praesidium du Soviet Suprême retire ses décorations à Andreï Sakharov.

22 01 1980                 Andreï Sakharov est arrêté à Moscou et assigné à résidence à Gorki, anciennement Nijni Novgorod, à 400 km à l’est de Moscou. La ville est interdite aux étrangers. Sa femme Helena Bonner, l’accompagne. Il découvrira alors la lâcheté [dénoncée par Soljenitsyne chez les occidentaux] de tous ses confrères scientifiques dont aucun ne lui manifestera le moindre soutien.

31 01 1980              Assassinat de Joseph Fontanet, né en Savoie en 1921, ancien ministre de Pompidou.

7 03 1980              Le pétrolier malgache Tanio s’échoue au large de l’île de Batz, dans le Finistère. L’essentiel des 28 000 tonnes du chargement pourra être pompé et récupéré.

 

24 03 1980                   Les électeurs suédois approuvent à 58 % la poursuite du programme nucléaire.

28 03 1980                  À Cuba, les ambassades du Pérou et du Venezuela ont la réputation d’accorder des visas. Un groupe de Cubains loue un bus et force les grilles de l’ambassade du Pérou pour demander l’asile politique. La tension monte entre Cuba et le Pérou car ce dernier refuse de livrer le commando aux autorités cubaines. La Havane retire alors la protection policière devant l’ambassade et annonce que quiconque désirant quitter le pays peut se rendre à l’ambassade du Pérou : dix mille personnes s’y précipitent et c’est rapidement le chaos.

1 04 1980                  Tarek Aziz, irakien et chrétien, proche collaborateur de Saddam Hussein est victime d’un attentat, dont il réchappe. Il réagit en faisant exécuter l’ayatollah Mohamed Baker Sadr, neveu de l’imam Moussa Sadr, disparu en Lybie en 1978 et auparavant chef de la communauté chiite du Liban. Les Irakiens d’origine iranienne sont expulsés. La situation ne fera que se dégrader pendant six mois entre les deux pays pour aboutir à une guerre qui durera huit ans.

20 04 1980                 Le régime cubain annonce que tous ceux qui veulent quitter le pays doivent se rendre au petit port de Mariel, à l’ouest de La Havane, où viendront les chercher les Mexicains déjà installées aux États-Unis, la plupart avec des bateaux de plaisance. En 5 mois, jusqu’à ce que Fidel Castro mette fin à l’expérience, ce sont 125 000 personnes qui fuient le régime de Castro pour émigrer aux États-Unis.

25 04 1980                 Fiasco américain pour sauver les otages de l’ambassade : l’opération, mal préparée, se solde par quelques morts dans le désert Dacht i Kévir, au sud est de Téhéran et des hélicoptères définitivement au sol.

30 04 1980                   Mathilde, 7 ans et Élise Jurgensen, 4 ans,  meurent dans un accident de voiture, celle où elles se trouvent ayant été percutée par celle d’un chauffard ivre. Leur mère Geneviève n’a pu accepter la condamnation à une peine légère du chauffard qui a tué ses deux filles, peine qui sera effacée par l’amnistie de 1981. Elle va créer en mai 1983 la Ligue contre la violence routière.

La Ligue contre la violence routière utilise un langage direct pour parler de l’impact des accidents sur les victimes et leurs proches. Elle est à l’origine de nombreuses évolutions : baisse du taux d’alcool autorisé, introduction du permis à points ou obligation du siège bébé. Elle a changé également la façon d’aborder la sécurité routière dans les médias en exprimant le point de vue des victimes de la route, au-delà des avis des spécialistes de l’automobile. Elle aborde la problématique de la sécurité routière sous l’angle des victimes d’accidents.

Elle interpelle les hommes politiques sur un thème qu’ils ne jugeaient, à l’époque, pas très populaire. Vingt ans après sa création, le projet de loi de lutte contre la violence routière de février 2003, impulsé par Jacques Chirac nouvellement réélu Président de la République, reprend en partie à son compte un des objectifs de l’association : mettre fin à ce qu’elle considère être une relative impunité due à une certaine tolérance des forces de police, de la gendarmerie et des juges vis-à-vis des conducteurs en infraction. Jean-Pierre Raffarin, premier ministre, déclare concomitamment qu’on ne peut plus parler de l’insécurité routière avec des mots qui mentent mais avec les vrais mots, les mots de violence, de délinquance, les mots, quelquefois, d’assassinat.  

Nous avons enfin réussi à faire de la délinquance routière une délinquance ordinaire dans l’esprit des gens se réjouit alors publiquement Geneviève Jurgensen.

Wikipedia

6 5 1980                       Reconnaissance officielle de L’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Elle a été crée sous l’impulsion de l’écrivain Michel Lee Landa qui demandait le droit de mourir dignement, dans la lucidité, la tendresse, sans autres affres que celles inhérentes à la séparation et au glissement hors de cette forme de vie. Ce droit devient un impératif évident, dès lors que la vie peut-être prolongée jusqu’au dernier délabrement – et même au-delà -.

20 05 1980                  Bernard Kouchner claque la porte de MSF pour fonder Médecins du Monde.

27 06 1980      20 h 56’54″     Un DC 9 d’Itavia explose en vol peu avant sa descente sur Palerme : 81 morts. Il va s’abîmer par 3 500 mètres de profondeur, au large de l’île d’Ustica, proche de la Sicile. Il faudra presque vingt ans pour obtenir des bribes de vérité et pour que s’ouvre un procès en Italie. Les juges sont tout de même parvenus à prouver qu’en dépit de toutes les dénégations des militaires américains, italiens et français, un combat aérien avait bien eu lieu à cet endroit-là, et à ce moment-là. La France affirmera que sa base aérienne corse de Sollenzara était fermée ce jour-là, quand c’était faux. La France n’a pas non plus communiqué la position ce jour-là des porte-avions Foch et Clemenceau. Et il ne serait pas impossible, dixit l’ancien président du Conseil, Francisco Cossiga [1], que ce soit un missile français qui ait abattu accidentellement le DC 9 d’Itavia. Réalisant son erreur dans les jours suivants, le pilote se serait suicidé. Trois semaines plus tard, le 18 juillet la carcasse d’un Mig 23 lybien sera retrouvée sur les monts de Sila, à Castelsisano en Calabre, le pilote toujours en place… Mais le témoignage d’un ailier de cette patrouille de Mig dit que cet accident aurait eu lieu deux jours avant l’explosion du DC 9 d’Itavia. Les responsables militaires italiens mettront quatre mois pour transmettre les images radar du ciel aérien ce jour-là, enregistrées sur le radar de Poggio Ballone, à coté de Grosseto. Dans les années qui suivront, vingt personnes liées de près ou de loin au drame, mourront : le premier, concernant le colonel Pierangelo Teoldi, a lieu le 3 août 1980, mort dans un accident de voiture ; le dernier, concernant le contrôleur aérien Franco Parisi, a lieu le 21 décembre 1995 : suicide par pendaison, ce qui avait déjà été la cause de décès officielle du contrôleur aérien Mario Alberto Dettori le 31 mars 1987 ; le sous-officier qui regardait le radar de Poggio Ballone, sur la commune de Grosseto, à la latitude de l’île d’Elbe, se suicidera le 30 mars 1987. La nuit du 27 juin, le DC-9 a été aperçu par un chasseur F-104 de la base de Grosseto sur lequel volaient deux pilotes expérimentés : Ivo Nutarelli et Mario Naldini. Selon une série de rapports officiels de l’OTAN qui décodent les transcriptions radars – et dont le premier est transmis le 2 octobre 1997 au juge Priore par le conseiller juridique de l’organisation, M. Baldwin De Vidts -, les deux pilotes italiens, après avoir croisé les autres avions, sont rentrés en signalant l’alerte maximum, comme le prévoit le manuel de l’Alliance atlantique : vol triangulaire sur la base et bouton radio pressé trois fois sans parler (procédure dite squawk). Dans ce cas non plus, on ne peut les interroger. Nutarelli et Naldini sont morts en 1988 à Ramstein, en Allemagne, dans une collision survenue pendant une démonstration de la patrouille acrobatique italienne des Flèches tricolores. Suicides mystérieux, accidents de la route, assassinats…les documents que détenaient tous ces morts disparaîtront…

Pour plus de détails, https://www.monde-diplomatique.fr/2014/07/PURGATORI/50612

29 06 1980                Vigdis Finnbogadottir est la première femme président d’une république : c’est en Islande.

07 1980                       Ouverture du tunnel routier du Fréjus, de Modane à Bardonneche.

14 08 1980                Lech Walesa, 36 ans, licencié depuis quelques années des chantiers navals de Gdansk, prend la tête d’une grève dans cette entreprise de 16 000 employés : 18 jours plus tard, cela aboutira à la reconnaissance par le pouvoir polonais du premier syndicat libre : Solidarnosc.

La brèche dans la carapace du monde communiste était ouverte et il suffira d’un petit désordre pour libérer une éruption du mécontentement populaire trop longtemps contenu.

Norman Davis

27 08 1980                      Avec Pierre Boulez à la direction musicale, Patrice Chéreau a commencé quatre ans plus tôt – il avait 32 ans en 1976 –  à donner à Bayreuth la Tétralogie de Wagner, Der Ring des Nibelungen – L’Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried, Le Crépuscule des Dieux -, et cela avait commencé sous les huées ; c’est maintenant la dernière reprise et elle se clôt par 87 minutes d’applaudissements, 101 rappels, oui, plus de 100 rappels ! Un triomphe !  Sa notoriété devient mondiale.

Avec Patrice, il fallait toujours donner plus que ce qu’on aurait donné à un autre. Et lui avait une manière d’entrer dans notre âme et notre chair. Danièle Thomson a dit qu’il était tendu comme un arc. Exactement. En lui résidait une tension. Vous jouiez et il vous regardait comme un accoucheur, avec un regard implorant qui s’éclairait soudain lorsque nous avions trouvé. C’est ça, c’est bien, disait-il alors dans un grand moment d’apaisement. Puis, le combat reprenait.

Vincent Perez, quelques jours après sa mort, en octobre 2013, au Journal du Dimanche du 13 octobre 2013

Le sentiment d’imposture d’un acteur est tel que je comprends qu’on ait besoin de boire pour l’oublier. Sur scène, on porte des mots qui ne sont pas les siens, et dont on comprend à peine la puissance ; on s’acoquine à des auteurs géniaux et on est soi-même rien du tout. Pointe alors une vraie douleur, que j’ai vue chez de magnifiques sociétaires, comme Jean-Yves Dubois ou Jean Dautremay, aujourd’hui disparus. Ne jamais oublier qu’on est juste des porteurs d’eau.

[…]            N’est-on pas d’abord acteur pour se fuir ? Même si on s’emporte toujours avec soi.

[…]            Un de mes repères est ma voix. Je me suis souvent cassé la voix, en jouant le Christian de Cyrano, par exemple, ou Ruy Blas, ou Amphytrion. Pour un acteur, c’est terrible. Ça a recommencé avec Hippolyte. Chéreau était très angoissé. J’ai appris à ce moment-là que mon grand père paternel avait été guéri in extremis de la grippe espagnole, mais que les survivants gardaient en séquelles une certaine violence. Mon père en a hérité ; à la maison, ma mère gardait entre lui et nous un vrai cordon de sécurité. J’ai compris soudain que cette image, ancrée dans mon histoire, de l’homme fort à la main lourde et à la voix puissante m’empêchait, moi, de porter ma propre voix. Et j’ai dû me persuader que le public pouvait être heureux de voir arriver en scène un héros athlétique, un chef de guerre torse nu de 1.84 mètre. J’ai accepté. Ma voix est revenue. Nous avons réussi un beau spectacle. Quand on en regarde la video, on réalise combien Patrice et sa direction instinctive, faisant feu de tout bois, déteignaient sur les acteurs, qui se déplaçaient comme lui, le cou en avant, tels des taureaux au combat. Même de dos, on sentait de loin sa présence électrique. Pendant les répétitions, je m’étais dit que j’allais observer comment il travaillait. Il réclamait une espèce d’animalité entre les corps ; et étrangement de la pensée, du sens en jaillissaient toujours… Mais il allait si vite, j’avais du mal à suivre son cheminement… J’ai beaucoup couru, moi aussi. Mais après ma légèreté.

[…]            Quand je suis arrivé comme pensionnaire à la Comédie Française, en 1993, j’étais choqué de voir un sociétaire faire des blagues avec le pompier de service dans les coulisses, avant d’entrer en scène. Je ne comprenais pas comment il pouvait ainsi se concentrer pour jouer. Maintenant, j’ai compris : le plaisir de l’acteur est surtout de ne pas se concentrer ! Mais de se faire peur, de se déstabiliser. Ça semble paradoxal, mais c’est l’unique moyen de dominer le jeu, de se vaincre soi-même. Et ses angoisses.

[…]            Être acteur, c’est réagir quand ça se passe : hic et nunc –ici et maintenant-, selon une des devises de la Comédie Française. C’est-à-dire qu’avoir un trou, un fou-rire, un chat dans la gorge ne me fait plus peur – et observez bien, le public adore généralement ces moments volés au réel, imprévus. Il ne faut pas comprendre, il faut perdre connaissance, disait Claudel. J’adore en jouer. Et ça devient un rare délice de voir le public pris d’émotion alors que vous n’en avez aucune… Nombre d’acteurs ici aiment cette virtuosité à haut risque. Quand dans un théâtre de répertoire et d’alternance comme le Français, on joue peu à peu – comme je l’ai fait – tous les rôles masculins d’Andromaque par exemple, il y a de la joie à reprendre tout schuss un personnage sans même l’avoir répété, après une semaine d’interruption. Quand nous jouions Hamlet avec Denis Podalydès, il me donnait les résultats du PSG juste avant d’entrer en scène, et les reprenait à peine sa réplique finie.[…]

Éric Ruf         administrateur de la Comédie Française depuis 2014. Télérama 3388 Décembre 2014

30 07 1980       Wladyslaw Kozakiewicz, sauteur à la perche polonais concourt aux Jeux Olympiques de Moscou : à son deuxième essai, il franchit 5.78 m. médaille d’or et nouveau record du monde ; et de s’offrir ce qui deviendra très vite le plus célèbre bras d’honneur du monde à l’égard du public russe qui n’a cessé de le huer depuis le début du concours. Pour éviter la disqualification, le gouvernement polonais parlera de spasme musculaire…

08 1980                            Jacques Chirac, maire de Paris et Alice Saunier-Seité, ministre des Universités dans le 3° gouvernement Barre font raser 40 000 m² de bâtiments de l’Université de Vincennes, créée en 1969, avec la bénédiction de de Gaulle et d’Edgar Faure, le premier trop content d’éloigner du cœur de Paris les disciplines emmenées par d’impénitents gauchistes…  Hélène Cixous, Gilles Deleuze, Michel Foucault,  Jean-François Lyotard, Frank Popper… Au fil des ans, la rigueur minimum y avait perdu tout droit de cité : inscriptions bidons pour augmenter les dotations, vol ou dégradation du mobilier, saleté confinant à l’insalubrité etc… terrain idéal d’affrontement entre chapelles gauchistes.

Ils iront à Saint Denis, fief communiste depuis presque la nuit des temps, avec les vœux d’Alice Saunier-Seité : De quoi se plaignent-ils? Leurs nouveaux bâtiments seront situés entre la rue de la Liberté, l’avenue Lénine et l’avenue Stalingrad, et ils sont chez les communistes !

Bernard Charlot répondait : La fac ne voulait pas y aller, et la ville ne voulait pas de la fac : une fac gauchiste dans une ville communiste, vous pensez ! 

Vincennes deviendra Paris VIII dans les années 90.

22 09 1980                Début de la guerre Iran Irak.

30 09 1980                     La Commission de Bruxelles interdit les hormones de croissance dans l’élevage du veau : elles avaient pour effet de fixer l’eau dans la viande du veau et ainsi en augmenter le poids. La France produisait jusqu’alors 410 200 tonnes de ce veau contre 60 000 tonnes élevés sous la mère. Les cours se sont effondrés et la majorité des Français ont cessé d’acheter ce veau low-cost. C’est une immense victoire pour l’UFC – Union Fédérale des Consommateurs – qui a lancé une campagne de boycott du veau aux hormones, dont le succès a emporté la décision de Bruxelles. La morale de cette histoire, finalement, c’est que lorsqu’il se mobilise, c’est bien le consommateur qui est le maître de tout cela, et donc, de l’économie en général.

4 11 1980                   Ronald Reagan est élu président des États-Unis.

23 11 1980                 19 h 34′ : tremblement de terre dans l’Irpinia, à l’est de Naples : deux secousses à 40” d’écart, la première d’une intensité de 6.9, la seconde de 5. Il y a 2 735 morts, 8 850 blessés, 300 000 sans-abris. Le toit de l’église de Balvano s’effondre sur les fidèles, venus pour la messe du dimanche. San Angelo dei Lombardi, 14 000 habitants, est détruit à 80 %. Les secours feront preuve d’une remarquable inefficacité, l’argent de la reconstruction sera pour le principal détourné par la mafia.

24 12 1980                   Paul Mercieca, maire communiste de Vitry fait détruire au bulldozer un foyer d’immigrés en construction, protestant ainsi contre la politique de la ville voisine de Saint Maur les Fossés, qui lui envoie le plus possible d’émigrés.

1980                          Le mot beur est inscrit dans le Robert. Le maire communiste de Vitry fait détruire au bulldozer un foyer d’immigrés en construction. Candidature de Coluche à la Présidence de la République : La France était coupée en deux, maintenant, elle va être pliée en quatre. Dans la liste de ses soutiens, qui décline prénom, nom et profession, on trouve un certain Alain Belon, profession : huître… Le 14 décembre 1980, le JDD donnera Coluche à 16 %

La moitié des hommes politiques sont bons à rien. Les autres sont prêts à tout…

[…]             Si vous ne faites pas aujourd’hui ce que vous avez dans la tête, demain, vous l’aurez dans le cul.

Coluche 1981

Évolution inattendue du protocole Internet : DARPA – Defense Advanced Research Project Agency – décide de ne pas traiter les protocoles TCP / IP comme secret militaire et donc de les placer dans le domaine public, offrant ainsi à quiconque la possibilité d’en disposer gratuitement : cela leur conférait une originalité absolue face à tous les autres et surtout leur permettait de commencer à viser le statut de norme internationale de facto.

Édouard Borga achève son magnifique travail de restauration des Églises de Combloux, St Gervais, Les Contamines et Notre Dame de la Gorge, en Haute Savoie. Il a travaillé sous la direction de Raymond Oursel, conservateur du patrimoine.

Les normes utilisées par les Anglais pour fabriquer leurs farines animales, à partir d’animaux morts et de déchets d’abattoir sont révisées pour faire des économies : cette matière première était jusqu’alors traitée à 133° sous 3 atmosphères pendant 2’ : on augmente le temps de cuisson, en diminuant la température et on abandonne l’extraction des solvants. Seule l’Écosse continue à utiliser les anciens protocoles. Les vétérinaires anglais croient alors que l’ESB dérive de la tremblante du mouton. Or, ils savaient que la tremblante du mouton n’avait jamais provoqué la maladie de Creutzfeldt Jakob : d’où les communiqués rassurants d’alors, d’où encore l’absence de mesures pour mettre le prion infectieux hors du cycle de fabrication des farines animales. Pourquoi fabriquer des farines, supplément protéinique à l’alimentation naturelle des bovins ? ce supplément est nécessaire si l’on veut un rendement supérieur en lait, lequel ne peut être autrement obtenu qu’en important des protéines de soja, cultivé abondamment uniquement au Brésil et aux États-Unis, d’où une dépendance vis à vis du $, dont chaque pays européen cherche à se libérer. L’ESB atteindra essentiellement les vaches laitières, dont les viandes font le bas de gamme des boucheries. Les races à viande, exclues de ce cycle d’alimentation aux farines carnées ne seront quasiment pas atteintes. Les Allemands interdisent l’importation et la production de farines animales : ils ne connaîtront pas de cas d’ESB, sauf un venu d’on ne sait où en 2000.

1 01 1981                    La Grèce est le 10° état membre de la CEE : pour entrer dans ce club encore très fermé, il a fallu montrer patte blanche, en l’occurrence les budgets des années antérieures. Toutes les classes politiques savaient que ces dés étaient pipés, que ces budgets avaient été truqués, qu’ils étaient faux de A à Z, et personne n’a rien dit, le laxisme l’a emporté. Trente ans plus tard, les banquiers diront : top là ! et l’Europe renflouera tout ça à grands coups de milliards d’Euro – 260 de 2010 à 2015, prêtés à des taux prohibitifs, selon Thomas Piketty –  ! Le mariage de la lâcheté et de la démagogie.

6 01 1981                     Le parti communiste se prononce sur la politique en matière d’immigration :

Quant aux patrons et au gouvernement français, ils recourent à l’immigration massive comme on pratiquait autrefois la traite des Noirs pour se procurer une main-d’œuvre d’esclaves modernes, surexploitée et sous-payée. Cette main-d’œuvre leur permet de réaliser des profits plus gros et d’exercer une pression plus forte sur les salaires, les conditions de travail et de vie, les droits de l’ensemble des travailleurs, immigrés ou non. […] Dans la crise actuelle, elle [l’immigration] constitue pour les patrons et le gouvernement un moyen d’aggraver le chômage, les bas salaires, les mauvaises conditions de travail, la répression contre tous les travailleurs, aussi bien immigrés que français.

C’est pourquoi nous disons : il faut arrêter l’immigration sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. […] Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine, mais non chasser par la force les travailleurs immigrés déjà présents en France comme l’a fait le chancelier Helmut Schmidt en Allemagne fédérale.

[…]      En effet, M. Giscard d’Estaing et les patrons refusent les immigrés dans de nombreuses communes ou les rejettent pour les concentrer dans certaines villes, et surtout dans les villes dirigées par les communistes. Ainsi se trouvent entassés dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français. Quand la concentration devient très importante […] la crise du logement s’aggrave; les HLM font cruellement défaut et les familles françaises ne peuvent y accéder. Les charges d’aide sociale nécessaires pour les familles immigrées plongées dans la misère deviennent insupportables pour les budgets des communes peuplées d’ouvriers et d’employés. L’enseignement est incapable de faire face et les retards scolaires augmentent chez les enfants, tant immigrés que français. Les dépenses de santé s’élèvent […] la cote d’alerte est atteinte. Il n’est plus possible de trouver des solutions suffisantes si on ne met pas fin à la situation intolérable que la politique raciste du patronat et du gouvernement a créée.

Georges Marchais     À la une de L’Humanité : copie d’une lettre  au recteur de la mosquée de Paris.

20 01 1981                 Les 52 otages de l’ambassade américaine de Téhéran sont libérés, une demi-heure après la prise de fonction de Ronald Reagan, comme président des États-Unis.

Il y avait un deal entre Khomeyni et Reagan : dès la prise d’otages, en novembre 79, l’entourage de Reagan, qui n’était alors même pas candidat officiel à la présidence, avait pris acte de l’importance de l’événement. En marge de tout caractère officiel, il avait dépêché des émissaires en Iran où ces derniers s’étaient vus confier les problèmes des Iraniens : des officiers fidèles au Shah avaient saboté des logiciels informatiques avant de partir et les techniciens du gouvernement de Khomeyni n’étaient pas en mesure de rendre tout cela à nouveau opérationnel. Un peu de temps passe… et c’est l’échec de la tentative de libération par le gouvernement de Carter, et la candidature de Reagan à la présidence. Reagan pousse son avantage… et propose aux Iraniens de leur envoyer le technicien ad-hoc à même de leur remettre en marche leur système informatique… en contre partie, les Iraniens s’engagent à ne libérer les otages qu’après la prise de fonction de Ronald Reagan, de façon à ce que cette affaire enfonce le plus possible Carter pendant la campagne ; les Iraniens demandent encore autre chose : des armes… qui leur serviront dans la guerre qu’ils vont déclencher contre l’Irak : les Américains, sous la menace d’une révélation de ces tractations peu avouables, s’exécuteront, et ce sera le scandale de l’Irangate : la fourniture des armes à l’Iran.

29 01 1981      Marguerite Yourcenar entre à l’Académie Française. Ah, quelle affaire, mon cher ! Cela en a fait du remue-ménage dans cette grande et vieille maison. Les anciens contre les modernes : Une femme, vous n’y pensez pas !

À l’Académie, nous vieillissons entre nous. Comment supporterons-nous de voir vieillir une femme ?        Un Académicien non indentifié.

On ne change pas les règles de la tribu.                   Claude Levi-Strauss

Lors de la séance du 15 novembre 1979, Jean Mistler, secrétaire perpétuel avait fait allusion à la nationalité américaine de Marguerite Yourcenar, qui aurait empêché son accession sous la coupole provoquant ainsi l’indignation de Jean d’Ormesson [2] qui s’était levé et avait quitté la séance suivi de ses amis. Il s’était fait traiter par les autres collègues de petit voyou, galopin, gauchiste. André Chamson en remet une couche : Par caprice, les enfants gâtés de la République mondaine veulent nous faire prendre pour des vieux schnocks !

Ce 29 janvier, c’est encore Jean d’Ormesson qui la remercie :

Madame, c’est une grande joie pour moi de vous souhaiter la bienvenue dans cette vieille et illustre maison où vous êtes non pas certes le premier venu, mais enfin la première venue, une espèce d’apax du vocabulaire académique, une révolution pacifique et vivante… Je ne vous cacherai pas Madame, que ce n’est pas parce que vous êtes une femme, que vous êtes ici aujourd’hui : c’est parce que vous êtes un grand écrivain. Être une femme ne suffit pas toujours pour s’asseoir sous la coupole. Mais être une femme ne suffit plus pour être empêché de s’y asseoir. Nous vous aurions élue aussi – et peut-être, je l’avoue, plus aisément et plus vite – si vous étiez un homme. Plût au ciel que les hommes que nous avons choisi depuis trois cent cinquante ans eussent tous l’immense talent de la femme que vous êtes.

Marguerite Yourcenar : “Tout bonheur est une innocence”

7 02 1981                     Robert Hue, maire de Montigny-les-Cormeilles, accuse une famille de Marocains de se livrer au trafic de drogue et organise une manifestation hostile sous leurs fenêtres.

23 02 1981                  Tentative de putsch à Madrid.

À Madrid, le lieutenant-colonel Antonio Tejero surgit, pistolet au poing, au Congrès des députés avec un commando de gardes civils. Les députés et le personnel du Parlement se jettent à terre.

Pendant plusieurs heures, Juan Carlos va appeler un à un tous les chefs des régions militaires pour les convaincre que les putschistes n’agissent pas en son nom et s’assurer de leur loyauté. Il les connaît bien pour avoir vécu leur vie pendant les quatre années de sa formation dans les casernes. Depuis la mort de Franco, il a progressivement muté les officiers généraux les plus dangereux, accéléré les mises à la retraite, choyé quelques irréductibles. Mais sa plus grande surprise, cette nuit-là, est de découvrir le général Armada, qui fut vingt ans, jusqu’à 1977, le secrétaire général de sa Maison et son homme de confiance, apparemment à la tête de la conspiration. Seul ou presque à réagir, dans un pays pétrifié, il fait appel à la fidélité de ces militaires à Franco, qui l’a fait roi, et obtient le retour des chars dans les casernes. Juan Carlos a gagné contre les putschistes : les institutions, et sa popularité sont confortées.

Cécile Chambraud               Le Monde du 3 juin 2014

17 03 1981                  Dans ma conscience, dans la foi de ma conscience, je suis contre la peine de mort. Et je n’ai pas besoin de lire les sondages qui disent le contraire : une opinion majoritaire est pour la peine de mort. Et bien moi, je suis candidat à la Présidence de la République… Je dis ce que je pense, ce à quoi je crois, ce à quoi se rattachent mes adhésions spirituelles, ma croyance, mon souci de la civilisation. Je ne suis pas favorable à la peine de mort.

François Mitterrand, quelques heures avant son invitation à Cartes sur table.

03 1981                         Sinclair, société anglaise annonce la sortie du ZX 81, un micro ordinateur basé sur le processeur Z80A et muni de 4 Ko de Rom et de 1 Ko de Ram extensibles à 48 Ko. Prix de vente : 200 $ (environ 1000 F en France). Le langage est encore le BASIC. Pour beaucoup, LE premier ordinateur.

12 04 1981                  Le 1° vol de la navette Columbia va durer 54 h. 28’. Elle a été conçue pour être réutilisée cent fois, à raison d’une fois par semaine. C’est là en fait un argument commercial plus qu’une réalité, car, le pourcentage de pièces complètement changées après chaque vol est tel qu’on ne peut pas parler d’une simple révision : on est plus près d’une navette neuve à chaque fois.

1 05 1981                     En Espagne, 15 000 personnes sont intoxiquées par des huiles frelatées : 58 en meurent.

5 05 1981                  Bobby Sands, un des leaders de L’ IRA, meurt à 27 ans dans la prison de Maze, près de Belfast : il avait commencé 66 jours plus tôt une grève de la faim. Neuf autres détenus irlandais mourront encore à la prison de Maze. La grève prendra fin au bout de 172 jours.

Il était possible d’admirer le courage de Sands et des grévistes de la faim qui sont morts, mais pas de sympathiser avec leur cause meurtrière.

Margaret Thatcher. Mémoires

10 05 1981                  François Mitterrand est élu président de la République.

C’est un grand avantage que de n’avoir jamais gouverné, mais il ne faut pas en abuser.

Talleyrand

Une rose au poing, il a frappé ce rocher de la France que tant et tant d’entre nous croyaient stérile. La source formidable de la liesse en a jailli et nous a submergés.

Claude Manceron

Et Jack Lang, que les outrances ne dérangent pas non plus, de se mettre dans la peau du plus vil des courtisans de Louis XIV : et les ténèbres firent place à la lumière.  Quand on se prend à regretter que le ridicule ne tue plus.

Barbara nous invite à regarder

Regarde :
Quelque chose a changé
L’air semble plus léger
C’est indéfinissable

Regarde :
Sous ce ciel déchiré
Tout s’est ensoleillé
C’est indéfinissable

Un homme
Une rose à la main
A ouvert le chemin
Vers un autre demain

Les enfants
Soleil au fond des yeux
Le suivent deux par deux
Le cœur en amoureux

Regarde :
C’est fanfare et musique
Tintamarre et magique
Féerie féerique

Regarde :
Moins chagrins, moins voûtés
Tous, ils semblent danser
Leur vie recommencée

Regarde :
On pourrait encore y croire
Il suffit de le vouloir
Avant qu’il ne soit trop tard

Regarde :
On en a tellement rêvé
Que, sur les mur bétonnés
Poussent des fleurs de papier

Et l’homme
Une rose à la main
Etoile à son destin
Continue son chemin

Seul
Il est devenu des milliers
Qui marchent, émerveillés
Dans la lumière éclatée

Regarde :
On a envie de se parler
De s’aimer, de se toucher
Et de tout recommencer

Regarde :
Plantée dans la grisaille
Par-delà les murailles
C’est la fête retrouvée

Ce soir
Quelque chose a changé
L’air semble plus léger
C’est indéfinissable

Regarde :
Au ciel de notre histoire
Une rose, à nos mémoires
Dessine le mot espoir…

Quand l’incantation croit parler du réel ! Il fallut quelques années à tous les sympathisants pour réaliser qu’avec Mitterrand, les apparences pouvaient être facilement trompeuses, que la lumière pouvait être noire, et que les anciennes ténèbres étaient ma foi plutôt claires par rapport à cette lumière nouvelle.

Oui, il y eut jadis l’Homme-de-gauche. Il se distinguait par sa mémoire d’éléphant. François Mitterrand, quand il était candidat, savait faire défiler en accéléré, comme dans un clip, la grande geste de la gauche : 1789, 1848, 1936, les congés payés, Le temps des Cerises, les enfants dans les mines. Napoléon-le-petit et le petit père Combes. Hugo et Gambetta. Dreyfus et Zola. Jaurès et Clemenceau. La Résistance. Les mineurs, les cheminots, les canuts. De ce pot-pourri d’images et de symboles, l’habile Charentais fit une compression à la César. Elle lui servit de marche pied vers le pouvoir. Ce fût le triomphe de l’Homme-de-gauche, et sa fin à la fois.

Jacques-Alain Miller, psychanalyste. Le Monde 4.12.2002

François Mitterrand a un tempérament de gauche et une culture de droite – tout à l’envers, je le crains, de ma constitution. Qu’est-ce à dire ? Qu’il admire les vues de Jaurès mais s’émeut au style de Chardonne, préfère le mot juste à l’idée riche, le trait à l’envolée, et la flûte au tambour ? Qu’il dédaigne le rhéteur en Malraux, baille au prêchi-prêcha des Camus, boude l’idéologue dans l’écrivain des Mots, et trouve plus de goût aux hussards ? Qu’il se sent plus à l’aise avec Françoise Sagan qu’avec Lévi-Strauss ? Pas seulement. Droite et Gauche ne désignent pas des camps mais des sensibilités. J’appelle excellence de droite le penchant pour les herbiers, la notation sèche et pointue, le coup d’œil psychologique. François Mitterrand, ce socialiste qui se méfie des projets de société et que le charabia des sociologues excède, ne traîne pas les valises critiques de l’intellectuel de gauche qui m’ont démantibulé l’épaule. Il prise plus le détail sur le vif que l’explication générale, un aperçu qu’une théorie, les gens que les mythes : sa sagesse s’est délestée, chemin faisant, du savoir. Ses meilleurs amis sont des écrivains, non des professeurs. Engagé dans la vie, il ne ressent pas le besoin de l’être dans ses choix. Ceux qui aiment interroger un ciel, un paysan des environs ou leur concierge plutôt que les oracles attitrés de la condition humaine, font à l’ordinaire des sceptiques, indifférents et ricaneurs : hommes de droite. Mitterrand croit dur comme fer dans le Progrès, les bienfaits de la science et le triomphe du droit sur les rapports de force. L’ordre des choses peut et doit être changé : vocation de gauche. Je m’y entends plus en métaphysique qu’en botanique, et il me semble que seul l’équilibre des douleurs en ce monde peut être modifié, la somme totale demeurant constante. Optimiste, il peut être féroce dans l’ironie gaie ; pessimiste, je me défends par l’humour, plus tristement. Je me donne assez de mal pour être malheureux, quand il est de ceux qui s’imposent la discipline du bonheur : deux races. Mais l’homme est-il fait pour le bonheur ? À cette question fondamentale bien que rarement posée, qui n’admet pas de réponse démonstrative et rationnelle, certains répondent oui – instinct de gauche -, d’autres non. Le corps en décide et les discours suivent.

Je ne saurais jamais ce qui m’aura valu la bienveillance d’un homme planté droit sur la terre, qui ne prend pas de somnifères pour dormir, ni d’excitants le matin, ignore les dépressions et les indigestions, et pour qui, chaque journée, cette course contre la mort, n’est pas une course contre la vie.

[…] À travers un homme plus mordant que lyrique, qui n’est ni prophète ni visionnaire, je retrouvais une certaine qualité de civilisation – la mienne, la nôtre. Elle distribue autrement le grand et le petit, les entractes et les choses sérieuses ; elle colle au terroir, épouse les reliefs, prend les hommes avec leurs circonstances ; ne les pèse pas à leur poids de titres ou d’argent, ne les range pas d’après la hiérarchie d’une parti ou les échelons de la réussite sociale.

[…] Il a le flegme provincial, je suis parisien, donc énervé.

Régis Debray Masques Gallimard 1987

13 05 1981                       Mehmet Ali Agça, turc, fait feu sur Jean-Paul II sur la place Saint Pierre, à moins de dix mètres : grièvement blessé, le pape sera immobilisé pendant plusieurs semaines ; une inévitable transfusion sanguine lui inoculera un cytomégalovirus… De quoi l’empêcher de retrouver intacte sa santé de fer d’auparavant.

23 05 1981                   Jaime Roldos, président de l’Équateur, annonce, dans le stade olympique d’Arajualpa, à Quito, la nationalisation des champs pétrolifères de l’Amazone équatorien. Peu après, en compagnie de sa femme Martha et de quelques collaborateurs, il prend l’avion pour Lojas, une communauté indienne du sud. L’appareil explose en vol.

3 06 1981                      Le Smic est augmenté de 10 %, les pensions vieillesse de 20 %, 55 000 postes sont crées dans la fonction publique.

5 06 1981                      La revue américaine Morbibity and Mortality Weekly Report, du Centers for Disease Control and Prevention [CDC : Centre de contrôle et de prévention des maladies] d’Atlanta, agence de l’État fédéral,  révèle que dans la période d’octobre 1980 à mai 1981, cinq jeunes hommes, tous homosexuels, ont été traités pour une pneumonie à Pneumocystis carinii, dans trois hôpitaux différents de Los Angeles. Deux de ces patients sont morts. Ce sont les premiers cas de ce qui sera reconnu 18 mois plus tard comme le SIDA : Syndrome d’immunodéficience acquise [AIDS : Acquired Immuno Deficiency Syndrome]. Les professeurs Luc Montagnier, français et Robert Gallo, américain commenceront par s’en disputer la paternité, avant que ne soit reconnu par la communauté scientifique celle du seul Luc Montagnier. Le VIH – virus de l’immunodéficience humaine – va faire des ravages dans la communauté homosexuelle, mais encore, et particulièrement en France, chez les patients qui, à titre divers, ont eu à subir des transfusions sanguines, d’un sang contaminé. Parallèlement avec les autorités médicales des associations très actives vont voir le jour : AIDES, ACT UP. Pendant 15 ans, les thérapies seront d’une efficacité discutable avant que n’advienne les tri-thérapies qui autorisent une stabilisation de la maladie, sans remédier à la fragilité immunitaire du malade. Dans les pays pauvres, en Afrique surtout, seule la République du Congo Brazzaville prendra la mesure du fléau et parviendra à l’endiguer à peu près. Quasiment partout ailleurs prévaudra l’indécrottable insouciance africaine où la SIDA ne sera que le Syndrome Imaginaire pour Décourager les Amoureux. La Chine, tout comme la  Russie ne prendront pas elles non plus la mesure du fléau.

9 06 1981                         Petits couacs quand les anciens travaillent avec les nouveaux. Mitterrand est à Montélimar. Evelyne Richard est à l’Elysée depuis fort longtemps ; elle règne maintenant sur l’organisation des VO – les Voyages officiels -. Ce déplacement à Montélimar, elle n’a pas eu le temps de le préparer comme elle en a l’habitude, en effectuant un voyage de reconnaissance. Un week-end de Pentecôte est venu réduire à la portion congrue les jours ouvrables. Par téléphone depuis l’Elysée, elle demande à la préfecture s’il faut mettre des pots de fleur sur les marches de la mairie, et se fait rabrouer. A la préfecture, ils ne savaient pas que les pots de fleur, ce sont des policiers en civil…

06 1981                        François Mitterrand toujours soucieux de mettre du trouble là où la clarté fait mal, demande à Guy Abeille, jeune chargé de mission à la direction du budget et à son chef de bureau Roland de Villepin, cousin de Dominique, d’inventer une règle simple qui permettrait de parler du déficit sans que cela fasse mal. Et le tandem de trouver une formulation qui évite de mentionner la valeur absolue, tout comme un pourcentage par rapport aux recettes ou aux dépenses : ce sera par rapport au PIB, ratio qui ne signifie rigoureusement rien, ne reposant sur aucune argumentation économique. Ramené donc au PIB, cela fait du 3 % … 3 %, cela ne peut jamais être bien grave : le ratio va faire florès, et fera partie des critères de Maastricht. Evidemment, quand on parle en valeur absolue, cela fait beaucoup plus mal : en 2011, le déficit sera de 95 milliard d’€, soit presque la moitié de nos recettes : 200 milliards.

15 07 1981            Le R.P. Pedro Arrupe est supérieur général des Jésuites depuis 16 ans. La maltraitance de l’intelligence lui est insupportable : il écrit au R.P. Henri Madelin, provincial des Jésuites de France pour lui parler de l’affaire Teilhard, [† 1955] – il n’existe aucun terme pour définir précisément la situation qu’on lui a faite pour les trente dernières années de sa vie : pas de condamnation officielle et tranchée, juste une mise sur le banc de touche infamante.

P. Teilhard a été à la recherche opiniâtre d’une meilleure intelligence de la foi, pleinement actualisée […] il a toujours manifesté l’attention missionnaire à annoncer cette foi à ceux qui en sont éloignés, osant dire que seul le christianisme, l’Église, peut apporter au monde la lumière sans laquelle il est voué à la ruine […], arrachant à leur étroitesse trop de chrétiens craintifs.
P. Teilhard annonçait l’ouverture au monde et le souci d’inculturation qui ont caractérisé l’enseignement du Concile… Son amour brûlant pour le Christ, au centre de sa passion pour le monde transformé, accompli dans le christianisme […] le disait, le proclamait aussi bien aux incroyants qu’aux croyants. Exemple actuel après un temps de discrétions abusives.
[…] Et qu’il ait obéi par profonde foi en l’Église et par amour pour elle, nous la savons par le poids de souffrance qu’il lui en a coûté.

 … Ma foi, mieux vaut tard que jamais.

Comment ne pas rapprocher les deux grandes figures de Teilhard et de Galilée ? Les deux cas sont sans doute, à bien des égards, différents. Mais tous deux se sont trouvés à un moment critique où une mutation majeure de la science semblait porter atteinte à la Foi. Tous deux, affirmant indéfectiblement leur volonté de rester attachés à leur foi, à l’Église, ont lutté pour que la pensée chrétienne s’ouvre sans crainte à ces vues nouvelles, convaincue qu’elle pouvait en tirer de grands bienfaits, qu’elle avait là une occasion providentielle de se purifier, de devenir plus authentique.
Tous deux aussi sont demeurés exposés, leur vie durant, à la contestation de leur pensée, par le magistère de l’Église. […] Si le grain ne meurt… C’est seulement longtemps après leur mort que le magistère de l’Église a reconnu qu’ils avaient raison sur bien des points qu’il avait contestés.

R.P. Russo S.J.

29 07 1981                  Charles d’Angleterre épouse Diana Spencer : de quoi alimenter la presse du cœur pour quelques années, jusqu’à ce que mort s’en suive.

5 08 1981                   Ronald Reagan envoie leur lettre de licenciement à 13 000 contrôleurs aériens. Il faudra attendre 16 ans (août 97) pour que des syndicats américains osent renouer avec une grève importante.

7 08 1981                   Pour maintenir les prix, la CEE détruit 1 M.T de fruits et légumes.

Don Pedro Arrupe, supérieur général des Jésuites, est victime d’une thrombose cérébrale à sa descente d’avion, à Fiumicino. Hémiplégique, pratiquement privé de parole, cloué sur une chaise, il va être contraint à mettre en route la réunion d’une congrégation pour l’élection de son successeur, ce qu’il avait déjà demandé au pape avant son accident, vu la détérioration inexorable de leurs rapports, mais qui lui avait été refusé. En attendant, il nomme vicaire général parmi ses quatre assistants généraux, le R.P. Vincent O’Keefe, un Américain.

L’injustice est un athéisme pratique.

Ils étaient 35 000 en 1965, ils ne seront plus que 25 000 en 1990. Mais il serait complètement faux de n’attribuer qu’au changement radical signifié par la citation de Pedro Arrupe – d’un soutien évident aux pouvoirs en place à une sympathie marquée pour les théologies de la Libération – cette saignée. La chute des vocations religieuses est générale pour tous les ordres religieux et le clergé séculier.

10 08 1981                          Mgr Casaroli, secrétaire général du Vatican – c’est-à-dire premier ministre –  vient au Borgo Santo Spirito, la maison mère des Jésuites, pour voir en personne Don Pedro Arrupe : reçu par Vincent O’Keefe, celui-ci lui précise l’état de Don Pedro Arrupe ; Mgr Casaroli maintient sa demande, selon l’ordre venant du pape, et voit le malade seul à seul, le temps de lui laisser une lettre dans laquelle Jean-Paul II dit son refus de la désignation du R.P. O’Keefe pour nommer à sa place un jésuite de son choix, le R.P. Paolo Dezza. En termes politiques cela se nomme un coup d’état, et selon la loi du genre, l’élégance n’est pas de la partie, la charité encore moins : c’est le viol pur et simple du mode de fonctionnement d’un ordre religieux en interne, c’est un déni pur et simple de l’autorité du supérieur général, l’infirmité récente de Pedro Arrupe ne venant qu’aggraver le geste : on ne tire pas sur une ambulance ! Il ne reste plus à cet homme éminent que les larmes pour pleurer, et les témoins ne se priveront pas de le rapporter. Le jésuite doit obéissance au supérieur et le supérieur général des Jésuites doit obéissance au pape perinde ac cadaver. Le calvaire durera encore 10 ans pour Don Pedro Arrupe.

Caporalisme de Chevalier Teutonique.

10 09 1981                 Guernica de Picasso revient au Centre d’Art de la Reine Sophie, à Madrid : il était au Muséum Modern Art de New York.

17 09 1981                Robert Badinter, garde des sceaux, défend devant l’Assemblée Nationale son projet de loi en faveur de l’abolition de la peine de mort. [Son texte se trouve dans la rubrique discours de ce site.]

22 09 1981                 Inauguration de la ligne Paris Lyon en TGV : 2 h. 40’.

3 10 1981               Le Vatican organise une conférence sur la cosmologie en l’honneur de Stephen Hawking. Le Pape Jean-Paul II rappelle que nous avons raison d’étudier l’évolution de l’univers depuis le Big Bang , mais nous ne devrions pas explorer le Big Bang car il s’agit de l’instant de la Création et donc l’œuvre de Dieu

[…]     La cosmogonie elle-même nous parle des origines de l’univers et de sa formation, pas afin de nous fournir un traité scientifique mais afin d’énoncer le rapport précis entre l’homme et Dieu et avec l’univers. Les textes sacrés souhaitent simplement déclarer que le monde a été créé par Dieu, et afin d’enseigner cette vérité, il s’exprime dans les termes de la cosmologie utilisés à l’époque de sa rédaction. Le Livre Sacré souhaite de même dire aux Hommes que le monde n’a pas été créé comme le siège des dieux, comme a été enseigné par d’autres cosmogonies et cosmologies, mais plutôt qu’il a été créé pour servir l’Homme et la gloire de Dieu. N’importe quel autre enseignement au sujet de l’origine et la formation de l’univers est étranger aux intentions de la Bible, qui ne souhaite pas enseigner comment va le ciel mais comment on va au ciel.

Décidément, décidément, chassez le naturel et il revient au galop. Trois mois après que le supérieur des Jésuites ait fait amende honorable sur Teilhard, mais peut-être bien justement en réaction à ce coup de barre, voilà que le pape donne la preuve qu’il n’a rien compris, en régressant vers les vieux blocages de l’Église, touche pas à ma Création. Puisque l’on ne peut en rire, il ne reste qu’à en pleurer. Cette impuissance à laisser à la science son champ d’exploration, et tout le champ, sans s’en mêler, est à proprement parler désespérante. On ne peut que lui retourner sa propre exhortation : N’ayez pas peur ! Quand on est un grand communicant, c’est embêtant de n’avoir rien d’intelligent à dire ! D’ailleurs, les foules italiennes qui l’acclament sont celles qui porteront par deux fois Berlusconi au pouvoir !

6 10 1981                    Assassinat d’Anouar El Sadate ; pour des intégristes, rien n’est plus insupportable que la tolérance, l’intelligence, le courage et l’ouverture d’esprit.

21 10 1981                  Le juge Pierre Michel  est assassiné à Marseille. Il avait 38 ans.

31 10 1981                 Mort de Georges Brassens, à St Gély du Fesc, près de Montpellier.  Ce qui est embêtant, bonnes gens, c’est que pour dire que l’on n’est pas intelligent, déjà il faut l’être.

4 12 1981                  Jean Yves Blot retrouve l’épave de la Méduse sur le banc d’Arguin. Une dose de ténacité nettement supérieure à la moyenne lui a permis de réunir plusieurs volontaires passionnés, plusieurs bateaux, les instruments de détection les plus perfectionnés de l’époque. Il lui faudra convaincre, preuves à l’appui, jusqu’au bout : le premier rapport d’expert, au vu de pièces envoyées en France, lui dira : Ce n’est pas la Méduse, mais un bateau portugais du XVII°siècle. C’est en décryptant les initiales marqués sur un clou : F R : Forges de Romilly, qu’il parviendra à retrouver un courrier du constructeur passant commande à ces forges, courrier qui permettra d’authentifier la Méduse.  Il n’était pas le premier à se pencher sur le problème :

– le 4 avril 1817, le capitaine de frégate Roussin et l’hydrographe Givry retrouvent l’épave, encore bien hors d’eau, reconnue par des marins, anciens de la Méduse. Mais le ressac les empêchent d’approcher.

– en décembre 1817, une autre expédition ne voit plus émerger qu’un seul morceau de bois ; la cargaison semble avoir été emportée ; seules restent au fond les parties basses de la carène.

– en décembre 1960, Pierre Anthonioz, premier ambassadeur en Mauritanie, monte une expédition : échec.

– en 1961, Edmond de Rocher, descendant d’un membre de l’équipage, sur la seule base d’études de documents, certifie que l’épave de la Méduse se trouve à 19°36’N et 16° 45’ O, en s’allouant une marge d’erreur de 2’ en latitude comme en longitude : en fait l’erreur sera de 20° et 14°.

– en 1970, nouvel échec de Rose, commandant français de la marine mauritanienne.

Le banc d’Arguin est constitué d’une couche supérieure de grès : l’épave ne s’est pas enfoncée dans le sable, mais a été détruite par le ressac et les courants.

13 12 1981                                 Le général Jaruzelski proclame l’état de guerre en Pologne : les Polonais vont en prendre  pour 19 mois, jusqu’en juillet 1983.

Notre terre natale est au bord du gouffre, dit-il alors dans son adresse aux Polonais, lors d’une allocution à la radio et à la télévision. On y trouvait chaos, désespoir, démoralisation, terreur, vendetta morale. Combien de temps la main tendue doit-elle rencontrer le poing serré ? justifiant ainsi la loi martiale. Une procédure pénale sommaire est mise en place. Les libertés de réunion, d’association, de manifestation sont suspendues. Les liaisons téléphoniques sont coupées, les frontières fermées. La police a les pleins pouvoirs. Des milliers d’opposants, parmi les ouvriers, les sympathisants de Solidarnosc et les intellectuels engagés, sont alors incarcérés.

18 12 1981                    Vague de nationalisations : 5 dans l’industrie, 2 dans les compagnies financières, 36 dans les banques.

1981                             Les immigrés clandestins, au nombre d’environ 300 000, sont autorisés à régulariser leur situation. À Lunel, entre Nîmes et Montpellier, 25 000 habitants, apparaît sur la place du marché un grand graffiti : Mort aux Arabes. Personne ne se soucie de le faire effacer. Deux ans plus tard, deux élus du Front National entreront au Conseil Municipal. Onze ans plus tard, 15 Lunellois partiront faire le Djihad chez Daech en Syrie, où mourront huit d’entre eux. Aux élections régionales de décembre 2015, le Front National fera 47 %. La ville compte 37 policiers municipaux, 50 gendarmes, 2 membres des Renseignements territoriaux et Pierre de Bousquet, préfet, enfonce des portes ouvertes en déclarant : C’est un échec collectif de notre société. Si, en 1981, un autre graffiti avait été mis sur la place du marché : Mort aux Juifs, il n’aurait pas tenu plus d’une demi-journée, et l’ordre de l’effacer serait même peut-être venu de Matignon. Mais Mort aux Arabes, si personne ne se soucie de l’enlever c’est que cela convient à une majorité. Si le maire avait fait son boulot, et à défaut, le préfet, en ordonnant de l’effacer sans délai, peut-être que onze ans plus tard, il n’y aurait pas eu quinze jeunes qui aient envie de répondre à cet appel à la haine par une autre haine.  Mais le courage, – et il en aurait fallu dans cet environnement – c’est bien ce qui manque le plus dans la classe politique.

Début du Minitel. IBM lance son PC (Personal Computer).

L’idée du Minitel est née d’un cafouillage dans le répondeur de l’Horloge parlante qui, de façon tout à fait accidentelle mettait parfois deux appelants en communication. L’affaire s’était bien sûr ébruitée et la fréquentation de l’Horloge parlante s’en était considérablement accrue. Les ingénieurs de la DGT – Direction générale des Télécommunications – après avoir décortiqué le phénomène avaient eu l’idée de créer un forum d’échanges à l’intérieur d’une communauté : pour éviter les aventuriers toujours à l’affut de la bonne occase, on avait choisi un coin de la France profonde : la Creuse, où se mirent donc à s’échanger des propos sur les moissons à venir, les moissons passées, les recherches matrimoniales et l’augmentation du prix des carburants. Pour la DGT cette moisson était décourageante et on mit le projet au fond d’un tiroir jusqu’à l’arrivée de Gérard Théry à la tête de la maison : il orienta alors les recherches sur un mix de télévision et de téléphone, et cela aboutit au Télétel, qui sur proposition de Roger Tallon, le dessinateur du TGV, deviendra le Minitel , qui sera un terminal passif, dépourvu de mémoire comme de processeur ; un simple modem – appareil capable de transformer des données binaires en signal électrique, et inversement – relié à un clavier et à un écran, et destiné plutôt à recevoir des informations qu’à en émettre : les utilisateurs taperont des requêtes sur leur clavier et recevront en réponse des pages entières – ce modem devait atteindre une vitesse de 1 200 bits par seconde en entrée et de 75 en sortie. Sa carte mère n’accepterait aucun ajout de carte supplémentaire. Le clavier pourrait être fixe ou rabattable, ABCD ou AZERTY – mais il devrait toujours comporter les touches idiosyncrasiques imaginées par les ingénieurs de la DGT : les touches Suite, Correction et Annulation, l’ambivalente touche Connexion / fin et la solennelle touche Envoi.

Aurélien Bellanger         La théorie de l’information       Gallimard 2012

En mars 1979, au Salon Intercom de Dallas, Gérard Théry annoncera la fin de la civilisation du papier. Pour les Postes et Télécommunications, ce sera au moins la fin des annuaires papier.

Des attentats secouent la France : les revendications ressemblent beaucoup à celles de l’Iran. Le BRGM : Bureau de Recherche Géologique et Minière, découvre la mine d’or des Incas à 4 100 mètres d’altitude au Pérou à Yanaccha, près de Cajamarca. Il obtient 25 % de participation au Consortium d’exploitation, à majorité américaine. En 1993, le BRGM est privatisé et vends sa participation : l’État péruvien estime avoir droit de préemption, et rachète ces 25 % pour une bouchée de pain ; mais les juges péruviens ont de fait été soudoyés par les américains et la justice américaine, celle-la même qui condamnera le Crédit Lyonnais en 2003, demande des comptes au Consortium américain et rétablira peut-être bien le BRGM dans ses droits !

1 01 1982                     Dans son message annuel , le pape enfonce le clou : Solidarité appartient au patrimoine de toutes les nations.

5 02 1982                    Statut particulier de la Corse

13 02 1982              Instauration de la semaine de 39 h. et généralisation de la 5° semaine de congés payés.

23 02 1982              52 % des habitants du Groenland demandent par référendum le retrait de leur province de la CEE.( le Groenland fait partie du Danemark).

24 02 1982                  Naissance d’Amandine, le premier bébé éprouvette français.

3 03 1982                     Loi sur la décentralisation.

3 04 1982                   1° vol de l’Airbus A 310.

17 04 1982                 À Ottawa, Élisabeth II proclame la constitution canadienne, rapatriée de Londres. Ce geste consacre l’indépendance totale du pays dont Élisabeth II reste toutefois la souveraine. Les autorités du Québec, qui n’avaient pas signé l’accord institutionnel du 5 11 1981, n’assistent pas aux cérémonies.

25 04 1982                  Israël restitue le Sinaï à l’Égypte, conformément aux accords de Camp David.

12 05 1982                   2° attentat contre Jean Paul II : cette fois ci, l’auteur est un prêtre de 32 ans, Juan Fernandez Krohn, ordonné par Mgr Lefebvre en 1978.

29 05 1982                  Née Rosemarie Magdalena Albach-Retty en 1938, Romy Schneider met fin à ses jours à 44 ans : elle n’en pouvait plus de voir la mort rôder autour d’elle : Harry Meyen, son mari de 1966 à 1975, s’est suicidé en 1979, son fils David, fils de Harry Meyen, mort en 1981 en escaladant les grilles de la propriété des parents d’un autre ancien mari etc … On trouve des Albach-Retty presque cent ans plus tôt à la cour d’Autriche, précisément du temps de Sissi. Plus récemment, sa famille allemande nourrit des sympathies certaines pour Hitler. La presse people raconte même que sa mère fréquentait assidûment Berchtesgaden, le nid d’aigle d’Hitler, de jour, et même un temps, de nuit.

Elle est belle d’une beauté qu’elle s’est elle-même forgée. Un mélange de charme vénéneux et de pureté vertueuse. Elle est altière comme un allegro de Mozart, et consciente du pouvoir de son corps et de sa sensualité. Je l’ai rencontrée pour la première fois dans l’ombre d’un couloir à Billancourt. Je ne lui ai pas parlé. J’ai simplement éprouvé la sensation confuse qu’elle était intelligente, avec quelque chose de plus… Je ne la connaissais pas, je ne l’avais jamais vue au cinéma – pas même dans Sissi. Dès le début du tournage des Choses de la vie, j’ai compris que j’avais eu la chance de rencontrer une comédienne et une femme, à un moment magique. Car Romy, c’est à la fois une femme rayonnante et meurtrie et une comédienne qui savait déjà tout, mais qui n’avait jamais pu l’exprimer. Romy, c’est la vivacité même, une vivacité animale, avec des changements d’expression brutaux, allant de l’agressivité la plus virile à la douceur la plus subtile. Romy, c’est une actrice qui dépasse le quotidien, qui prend une dimension solaire. Elle possède cette ambiguïté qui fut l’apanage des grandes stars. Je l’ai vue derrière la caméra, concentrée, angoissée, évoluant avec une noblesse, une impulsivité, une attitude morale qui encombre et dérange les hommes. Dans César et Rosalie, comme dans la vie, Romy, devenue actrice française, symbolise la femme de 30 ans, d’une farouche indépendance, qui entretient avec les hommes des rapports de force. Elle ne supporte ni la médiocrité ni la décrépitude des sentiments. Elle peut encore donner beaucoup. Elle jouera toujours… Car Romy possède un visage que le temps ne peut détruire… Il ne peut que l’épanouir.

Claude Sautet [3]

François Mitterrand dira d’elle : Je l’ai aimée comme si elle avait été ma fille.

*****

… Alain Delon revenant de la plage torse et pieds nus, une immense serviette en cape sur les épaules, tenant par la main Romy Schneider en maillot de bain, yeux d’émeraude biseautée, peau et cheveux couleur de seigle brûlé, passionnée comme une Italienne, droite comme une pricesse viking : Romy, l’une des rares femmes qu’aimait Visconti.

[…]     Jamais Romy Schneider ne sera aussi fine et impétueuse que dans Ludwig, chevauchant près du roi triste dans le clair de lune enneigé.

Simonetta Greggio           Les nouveaux monstres     Stock 2014

J’aime sa manière d’être disponible, d’offrir ce qu’elle est à la caméra, comme si elle pouvait même, à travers ses yeux, offrir son âme. Mais elle donne aussi le sentiment qu’on ne la connaît pas vraiment.

Nina Hoss, de 37 ans sa cadette

30 05 1982                  Roberto Calvi, patron de la Banca Ambrosiano, dont l’actionnaire principal est l’IOR, la banque du Vatican, écrit au cardinal Palazzini, considéré comme l’homme de l’Opus Dei au Vatican :

Votre Éminence […]  La crédibilité morale et économique du Vatican  est déjà très gravement compromise. Comment se fait-il que personne ne veuille intervenir ? […]         Le Vatican est le théâtre d’un complot qui vise à modifier l’organisation actuelle du pouvoir au sein de l’Église elle-même, de connivence avec les forces laïques et anticléricales nationales et internationales. Il a été prouvé que les cardinal Casaroli et monseigneur Silvestrini sont complices et associés, notamment dans des dessous-de-table qu’ils se partageaient sur des opérations effectuées par Sindona ; d’ailleurs, je pourrai moi-même préciser, si Vous le souhaitez, les circonstances de ces partages, le montant des sommes et les numéros des comptes courants.

Calvi n’aura pas de réponse.

05 1982                       Guerre des Malouines, qui oppose l’Angleterre et l’Argentine. La France a vendu des armes aux Argentins, dont des avions Super Etendard et des missiles Exocet [4]. Le destroyer anglais Sheffield va brûler et couler à la suite d’un incendie déclenché par le choc d’un Exocet… qui n’a pas explosé.

5 06 1982                    Roberto Calvi écrit au pape :

Sa Sainteté,

C’est moi qui ai endossé le lourd fardeau des erreurs et des fautes commises par les représentants de l’IOR, les actuels comme les précédents, y compris les méfaits de Sindona […] c’est moi qui ai géré les financements considérables en faveur de nombreux pays et associations politico-religieuses de l’Est et de l’Ouest, sur ordre exprès et précis de représentants autorisés de Sa Sainteté ; c’est moi, qui, de concert avec les autorités vaticanes, ai coordonné en Amérique Centrale et en Amérique du Sud, la création de nombreuses structures bancaires, notamment dans le but de contrecarrer la pénétration et l’expansion d’idéologies marxistes ; et c’est encore moi, aujourd’hui qui me retrouve trahi et abandonné par ces autorités mêmes[…]

Le pape ne répondra pas. Mais a-t-il seulement lu la lettre ? Il est bien vrai que le financement de Solidarnosc pour faire tomber le système communiste coûte cher, très cher… Et quand on a un grand besoin d’argent, on ne se montre pas trop regardant sur son origine.

7 06 1982            Ronald Reagan est reçu par le pape Jean-Paul II dans la bibliothèque du Vatican  : 50 minutes d’entretien presque exclusivement consacrés à une mise en commun des efforts pour mettre à bas la main-mise de l’URSS sur la Pologne. Les deux hommes ont échappé à un attentat en 1981, à 6 mois d’intervalle : cela crée des complicités… Matériellement, cela va essentiellement se traduire par un soutien très important au syndicat Solidarnosc en matériel de communication : photocopieuses etc…Mais ils ne pouvaient pas encore savoir que leur principal allié serait le futur dirigeant de l’URSS : Gorbatchev.

17 06 1982                  Graziella Corrocher, secrétaire de Roberto Calvi, directeur de la Banca  Ambrosiano, tombe tragiquement de sa fenêtre.

18 06 1982                  Roberto Calvi est retrouvé pendu sous un pont de Londres. Sa banque avait pour actionnaire majoritaire l’IOR – la banque du Vatican –  de Mgr Marcinkus.

Sur le plan financier, la mort de Jean XXIII, vingt ans plus tôt avait été une catastrophe : son immense popularité avait fait affluer les dons des fidèles, qui avaient chuté brutalement après sa mort.  Et, un malheur n’arrivant jamais seul, à la fin des années soixante le gouvernement italien avait décidé de mettre  un terme à l’exonération totale des actionnaires du Saint Siège : ils allaient donc désormais devoir passer à la caisse. Paul VI avait en conséquence chargé Mgr Markcinkus, directeur de l’IOR de faire en sorte de combler tous ces manque à gagner, lequel s’était acquis les services d’un très rusé banquier sicilien, Michel Sindona, consultant entre autres des boss les plus sanguinaires de la Mafia. Sindona, dans la cadre de sa propre banque, la Banca privata italiana, avait alors organisé une gigantesque exportation de capitaux vers la Suisse avec au passage d’importants détournements vers les partis politiques, dont la Démocratie chrétienne. Mais, crise pétrolière aidant, les fonds fondront et la banque sera mise en redressement judiciaire ; bah, ce n’est pas bien grave se dit Michele Sindona, j’ai l’appui de Giulio Andreotti, et donc la Banca d’Italie va couvrir mon passif. C’était sans compter sur Giorgio Ambrosoli, avocat chargé de défendre l’État par le biais de la Banca d’Italia, qui fait l’objet de très fortes pressions pour valider des pièces – fausses – qui valideraient la bonne foi de Sindona. Ambrosoli ne cède pas : il est assassiné le 11 juillet 1979. Quelques semaines plus tôt, il écrivait à sa femme :

Cela ne fait aucun doute que, quoi qu’il advienne, je paierai très cher la charge qui m’incombe : je le savais avant de l’accepter et par conséquent, je ne m’en plains pas, car c’est pour moi l’occasion de faire quelque chose pour mon pays.

Sindona pense avoir déblayé le terrain, mais un autre obstacle va se mettre en travers de sa route en la personne de Ugo La Malfa, ministre du Trésor qui se met en travers du plan élaboré par Lucio Gelli, patron de la loge maçonnique P 2, accepté par Giulio Andreotti, alors ministre de la Défense, pour renflouer Sindona. Mais cette fois-ci, le vent a tourné et c’est Ugo La Malfa qui gagne : Michele Sindona  va en prison à Voghera, où il sera empoisonné par un café au cyanure en mars 1986.

24 06 1982                   Premier vol habité d’un français dans l’espace : Jean Loup Chrétien est à bord de Saliout 7 jusqu’au 2 juillet 82.

30 06 1982                 Christophe Profit, 21 ans, né en Normandie, se lance dans l’escalade de la face ouest des Drus, dans le massif du Mont Blanc, en solo et  en free, c’est à dire sans pitons, sans corde et donc sans assurance. Pari à 13 h, il est au sommet, à 3 733 mètres d’altitude à 16 h 10′ : 3 h 10′ , soit sur les 1 100 m de dénivelé, 300 m par heure. Quelques dizaines d’années plus tôt, Walter Bonatti parlait des grands jours.

06 1982                        L’explosion d’un gazoduc en Sibérie est enregistrée par un satellite espion américain : il s’agissait de la défaillance du système de contrôle informatisé, lequel avait été piqué par des espions soviétiques à une entreprise canadienne. Mais les Russes ne savaient pas que la CIA avait bidouillé le logiciel pour qu’il se détraque au bout d’un certain temps.

8 07 1982                           À Séville, en Espagne, la demi-finale de la Coupe du Monde de foot oppose l’Allemagne à la France :

C’était une parole en l’air, creuse comme un ballon de foot. Un propos de couloir, un aveu au confessionnal de la machine à café. Sauf qu’il fut fait devant un chef qui se prit illico pour un disciple de Freud. Ecris-le !, me dit le hiérarque en sa bienveillance. Et me voilà à nu devant ma bécane, livrant à un clavier réfractaire ma douleur intime, mon Œdipe : je ne me remets pas de la défaite de la France contre l’Allemagne à Séville, en 1982.

Trente-deux ans ont passé, soit sept Coupes du monde, et bientôt huit, selon le calendrier astronomique de notre temps, qui égrène le retour régulier d’une pluie d’étoiles sur notre modeste Terre, soudain résumée à un champ clos à la chaux. Trente-deux ans… Un long bail dans une vie d’homme et pourtant le chagrin, la fêlure, sont toujours là. Ce 8 juillet reste inguérissable. Un traumatisme. Une longue psychanalyse entamée depuis, allongé sur un divan, devant ma télé, à regarder l’équipe de France distiller ses victoires et ses défaites, ses matchs ciguës et ses moments de grâce, n’y a rien fait. C’est que, dans cette demi-finale au bord de la crise de nerfs, dans ce 3-3 après prolongations puis dans cette élimination de la France aux tirs au but, ne se joua pas seulement un match d’anthologie, un des plus grands de l’histoire du football, reconnu comme tel par l’universelle des amoureux de la baballe. Pour le Français en bourgeon, le Bleu que j’étais, garçon privilégié car né dans la ouate de l’après-guerre d’Algérie, cette chienne nuit fut une éducation au malheur. Cette cruauté gratuite, cette joie qu’on vous donne et qu’on escamote soudain, cette apothéose du cynisme sportif, cette défaite de la beauté, ce triomphe de l’impunité et, disons-le, du Mal…

Lors de ce match, une jeunesse découvrit l’injustice à l’état pur, raffinée dans la cornue bouillonnante du stade Ramón Sánchez Pizjuán. Elle apprit ce que frustration, rage impuissante, colère sans mur où s’user les poings pouvaient signifie. Allô! maman, bobo, comme chantait alors Souchon. Oui, ce fut une école de la vie, à la dure, en son versant noir. Les gens de raison diront que j’exagère, que ce n’était là que du foot. Oublient-ils Camus qui forgea sa philosophie sur un terrain pelé : Tout ce que je sais de la morale des hommes, je le dois au football ? Nous, à Séville, nous apprîmes justement l’immoralité. J’écris Nous, à Séville car nous y étions bien, corps et âme, télé-transportés. Au point que je ne me souviens plus où reposait ma vulgaire enveloppe charnelle à cet instant. A la maison, sans doute. Trou de mémoire. Cette amnésie doit être une séquelle du choc.

Ma génération, seule, peut me comprendre. Alors sautez cette page si vous ne savez pas qu’un short se porta court et le cheveu long. Si vous n’avez pas connu le Banga, le Bolino ou la mère Denis. Si vous n’avez jamais vu, en cet âge de pierre du foot-business, Platini dans une pub pour Fruité, aussi consternant dans cet exercice qu’il fut élégant sur un terrain. Si vous ne connaissez pas les Village People ou Boney M. Mauvais exemple : les chansons, comme les regrets, sont éternelles.

You Tube. Un extrait pour raviver le souvenir. Le premier qui sort de la méga-boule Internet est évidemment cette fatale 57e minute, agrémentée d’une musique funèbre. Passe lumineuse de Platini, vous excuserez le pléonasme, dans la course de Battiston. Il se retrouve devant Schumacher. Le gardien allemand sort, s’élève dans les airs, à pleine vitesse, arrive à hauteur de la tête de Battiston, commence à pivoter des hanches, comme un barbare fait tournoyer sa massue. Pause. Impossible d’aller plus loin.

Le match revient en un flot d’images désordonnées en même temps que remonte d’antan un pêle-mêle de cris, de rires et de pleurs.

Trésor et sa reprise de volée ; Giresse boxant le ciel après son but ; Bossis accroupi sur la pelouse, le protège-tibia en déroute sortant des chaussettes tire-bouchonnées, après son penalty raté.

Et puis, surtout, surtout, la civière brinquebalante évacuant Battiston, mort peut-être, son bras pendant, inerte, saisi par Platini… Et voilà que rejaillissent des tréfonds ces sanglots avec un goût de fiel. Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes, écrivait Henri Calet. Assez ! Puisque les images sont trop fortes, plongeons-nous dans les archives du Monde. Las! Pierre Georges est à la plume. Ses mots sont une torture, des coups de scalpel sadiques à pleine chair: Ilya des moments qui ne sont guère supportables. L’indécence d’une équipe qui clame sa joie en se roulant dans l’herbe quand toute une autre équipe pleure de rage et de déception. L’indécence d’une rencontre épuisante, comme un attentat permanent à l’équilibre nerveux. L’indécence  enfin de cette loterie des penalties, roulette russe du football, facilité sordide pour abréger les duels sans vainqueur. L’anaphore fut écrite au coup de sifflet final. Elle tient toujours. Ce match reste une indécence.

Il y avait pourtant de la parodie dans l’air au moment des hymnes. L’équipe d’Allemagne, de blanc vêtue, ressemblait à un alignement de statues grecques. Des colosses marmoréens tout droit sortis de quelque spartakiade, fors le lutin Littbarski, mauvais génie qui fut notre bourreau. Les noms sonnaient massifs, rugueux, intimidants: Breitner, Briegel, Fischer, Förster, Magath, Stielike, Rummenigge. Une équipe brillante et dédaigneuse, qui adorait se faire dé- tester de la planète entière, tirant de la haine qu’elle suscitait l’énergie pour vaincre.

A côté, l’équipe de France, elle, ressemblait à une photo de classe prise à l’époque de la puberté. Il y avait côte à côte Bossis, grand échalas poussé trop vite, et Amoros, corps d’enfant impatient de grandir. Le gardien Ettori touchait à peine la barre transversale. Genghini était une gaufrette, Tigana un désossé, épais comme un sandwich SNCF, ainsi que chantait Renaud en ces années dans Marche à l’ombre. Même avec sa moustache de Wisigoth, Janvion ne parvenait pas à faire peur. Quant aux permanentes de Rocheteau, Platini ou Six, elles leur donnaient l’air de moutons prêts pour l’abattoir. C’était un drôle de consortium, cette équipe de France, une bande de métèques avec des noms et des bouilles pas de chez nous. Mais comme elle nous représentait magnifiquement! Comme nous étions fiers de la voir jouer! Comme elle nous fit rêver !

Ce match, donc, c’était David contre Goliath, Giresse contre Hrubesh. A l’époque, la France ne faisait pas le poids face à la RFA. Même réduite de moitié en 1945, l’Allemagne nous étrillait avec une désespérante constance. Ce 8 juillet ne devait pas échapper à la règle d’airain. Ça sentait bon son remake de 1940, sa débâcle annoncée, l’exode derrière une charrette à bras. D’ailleurs, d’entrée de jeu, les crampons allemands tombèrent sur les chevilles françaises comme un Stuka en rase campagne. Comparaison guerrière ? Sans doute mais, avouons-le, il y avait de ça dans le sous-texte de cette rencontre, une rivalité et des clichés véhiculés dans l’imaginaire national et transmis de génération en génération. Les duos de Gaulle-Adenauer ou Giscard d’Estaing-Helmut Schmidt n’avaient pas éteint les vieilles rancunes.

La France, emmenée par un magistral Michel Platini qui devenait Jean Moulin, résista donc, para les coups dans le maquis des guibolles. L’arbitre, le Néerlandais Charles Corver, observait cette pluie de fautes avec la placidité d’un majordome anglais, sanglé dans son uniforme noir avec col pelle à tarte. Même l’agression de Schumacher contre Battiston ne parvint à le déciller. Sur cet attentat, le commentateur Thierry Roland y alla en direct d’une des saillies qui firent sa gloire : Il n’a pas fait le voyage pour rien.

Pour une fois, il usait d’euphémisme. Battiston avait deux dents cassées, la mâchoire fracturée et un traumatisme crânien. De fait, il n’avait pas fait le voyage pour rien, Schumacher, le vrai, l’unique pour nous, les gamins des années 1980, l’Harald au prénom de calamité nordique. Il ne se contenta pas de cela, on s’en souvient. Son refus de prendre des nouvelles de l’homme qu’il avait mis KO, cette manière arrogante ensuite de toiser le public français derrière sa cage, d’attendre avec une impatience non feinte que le blessé soit évacué pour reprendre le jeu… Mesure-t-il à quel point nous l’avons haï à cette minute ? D’ailleurs, un sondage commandé par un hebdomadaire le classa l’Allemand le plus détesté des Français, devant Hitler. C’était, on l’admettra, attiger un peu.

Charles Corver, censé représenter le bras de la justice, sait-il combien nous lui en avons voulu que ce bras ne brandisse pas un carton rouge et ne désigne le point de penalty comme juste réparation du forfait ? Il devint le symbole de l’iniquité, pire le complice du crime. Dans les palmarès des erreurs d’arbitrage, sa faute de jugement passe pour une des plus criantes de l’histoire de ce jeu. Il mettra pourtant vingt-huit ans avant de l’admettre publiquement. Trésor jura l’avoir vu le lendemain du match s’acoquiner avec les Allemands. Nous étions cinquante millions à le croire.

Après une telle dramaturgie, une telle acmé dans le scénario, le match aurait dû devenir insipide. Il devint magnifique. Le sentiment victimaire, si chère à notre psyché nationale, la révolte contre l’agression, transcenda les Bleus, comme si les mânes de Jeanne d’Arc flottaient soudain dans l’air andalou. Ils ne jouaient plus, ils lévitaient.

La tactique était passée cul par-dessus tête. Ce match sans rime ni raison devenait à l’image de la vie décrite par Shakespeare : une histoire racontée par un idiot pleine de bruit et de fureur. Barre d’Amoros à la dernière minute du temps réglementaire, buts somptueux de Trésor et Giresse en prolongation. 3-1 alors qu’il ne restait plus que vingt deux minutes à jouer. Ce n’est pas fini, lançait alors le consultant Larqué. Triste divination. On aurait tant aimé que les Bleus arrêtent leurs chevauchées romantiques, se cadenassent devant leurs buts. Mais ils étaient sur leur nuage, ne nous entendaient pas, voulaient nous séduire encore alors qu’ils nous avaient conquis depuis longtemps. En face, il y avait des hommes d’acier. But de Rumenigge, après deux énormes fautes allemandes, non sanctionnées une nouvelle fois. Retourné extraordinaire de Fischer qui égalise. La séance des penalties. Schumacher, petit homme mais grand gardien, qui dévie le tir à bout de nerf de Bossis, terrible défaillance qui balayait un match exemplaire. L’élimination. Sur la pelouse, Trésor abattu, Platini errant torse nu, hagard, Hidalgo sonné sur son banc. Et moi, effondré avec eux, plus qu’eux même, puisque je n’avais pas le réconfort de la fatigue, de l’exténuation.

L’affaire alla loin, trop loin. Pour mémoire, il fallut un communiqué conjoint des deux gouvernements pour calmer la fièvre belliqueuse. La poignée de main médiatisée quelques jours plus tard entre un Schumacher toujours aussi hautain et un Battiston qui gardait une distance de sécurité et arborait, souvenir de leur précédente rencontre, le menton en galoche ne suffit pas à apaiser les esprits. Deux ans plus tard, Mitterrand et Kohl se tenant la main à Verdun répondait à la boucherie de 14-18 mais sans doute aussi, un peu, au ressentiment de Séville.

Réputé le meilleur onguent, le temps a passé et pourtant ça ne passe pas. Même le triomphe de l’équipe de France en 1998 fut un baume insuffisant. Le bonheur débordant à pleines rues n’a pas effacé la tristesse de 1982. Seule la victoire est belle, dit-on. Et si justement, c’était là le grand quiproquo du football ? Si la France de Platini avait gagné ce match, l’aurait-on autant aimé ? On a oublié sa victoire à l’Euro de 1984 pour ne retenir que l’amertume de Séville. D’aucuns y verront simplement le syndrome français dit du poteau carré. Mais si, plus qu’un score, le jeu de balle au pied était une addition de sentiments extrêmes ? Que c’était à cette seule échelle d’intensité que se juge et se retient un match ? Alors, à cette aune, les joies et les peines de ce France-Allemagne, restent uniques. Et cette défaite délicieusement incurable.

Benoît Hopquin                    Le Monde Magazine du 7 juin 2014

31 07 1982                     Accident de Beaune : 2 cars entrent en collision : 53 morts, essentiellement des enfants.

9 08 1982                      Attentat dans le restaurant juif Jo Goldenberg, dans la rue des Rosiers à Paris : 6 morts, 22 blessés. Trois suspects palestiniens seront identifiés 33 ans plus tard. Le 3 octobre, le premier ministre Raymond Barre, sur TF1 se fendra d’un lapsus qui restera dans les mémoires : Cet attentat odieux voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic…

21 08 1982                     Les Palestiniens sont chassés du Liban.

24 08 1982                   Le FLNC reprend la lutte armée.

08 1982                         Mitterrand crée une cellule de lutte antiterroriste, qui sera entre autres en charge d’un système d’écoutes pour surveiller les personnes qui peuvent gêner la vie du Président : Jean-Edern Hallier, l’un des principaux bénéficiaires est un des rares français à connaître l’existence de sa fille Mazarine : ce ne sont pas moins de sept lignes téléphoniques qui seront ainsi écoutées pour surveiller l’écrivain trublion : restaurants et bars fréquentés régulièrement !

3 09 1982                     Le général Carlo Alberto Dalla Chiesa, préfet plénipotentiaire anti-mafia à Palerme depuis 3 mois, meurt dans un guet-apens à la kalachnikov ; à ses cotés, Emanuela Setti Carraro, la jeune femme qu’il a épousé le 12 juillet, finché morte non vi separi : aucun des deux n’aura eu le temps d’en avoir marre de l’autre.

14 09 1982                   Elle était évidemment toujours riche, mais elle était aussi restée intelligente et belle : elle ne nous aura pas dit si c’était à cause de, ou malgré, son statut de princesse : à 54 ans, Grâce de Monaco s’en va : victime d’un malaise, le malheur veut que ce fut en conduisant une voiture : sur un relief aussi accidenté que celui de la côte d’azur, cela ne pardonne pas. L’autopsie révélera une lésion profonde à l’origine du malaise.  L’estime et la sympathie qu’elle inspirait avait largement dépassé le cercle des lecteurs de Point de Vue Image du Monde : en commentant sa mort, un journaliste de la télévision publique française (Langlois) tint des propos seulement libres mais pas du tout irrespectueux : il fut licencié sur le champ par Pierre Desgraupes, au style pourtant bien républicain.

Bachir Gemayel, jeune président élu du Liban, est victime d’un attentat. Gravement atteint, on n’apprendra que le soir qu’il a succombé à ses blessures. Libération, empressé à donner une bonne nouvelle, sans faire preuve de la moindre prudence, fera sa première page du lendemain avec un LA BARAKA DE GEMAYEL, le disant avoir réchappé à l’attentat.

18 09 1982                        Massacre des camps palestiniens de Sabra et Chatila, près de Beyrouth : les Israéliens ont laissé faire les milices chrétiennes : 1000 morts.

L’histoire d’amour entre les maronites et l’Occident remonte à l’époque de Maître Philippe, quand, comme le rapporte Guillaume de Tyr, une race de Syriens de la province de Phénicie a retrouvé ses esprits ci renoncé à l’hérésie. Après des siècles d’isolement dans les défilés accidentés du massif du mont Liban, frappé d’anathème non seulement par les musulmans, mais aussi par les orthodoxes et les Églises monophysites, les maronites devinrent avec bonheur les meilleurs alliés des Francs, fournissant aux croisés des guides, des archers et des femmes. Quand les Français revinrent en 1920, les maronites – dont la modernité, les capacités d’organisation et l’expansion démographique faisaient la communauté la plus puissante de la région -demandèrent avec succès à avoir leur propre État. Toutefois, afin que cet État soit viable sur le plan économique (et, d’après certains, parce que les Français voulaient maintenir les maronites dans le rôle de vassaux), la République libanaise devait inclure des villes sunnites comme Tripoli, les régions chiites du Sud-Liban et de la plaine de la Bekaa, ainsi que les montagnes du Chouf, territoire des mystérieux druzes.

Les musulmans voulaient être rattachés à la Syrie, les maronites à la France. Lors du pacte national de 1943, on aboutit au compromis suivant : les maronites auraient la présidence, les sunnites désigneraient le Premier ministre et les chiites le porte-parole à la Chambre des députés, enfin le Liban serait considéré comme un pays arabe. Si la démographie avait suivi la même régularité  que le goût des Arabes pour les gâteaux en forme de losange, tout aurait été parfait. Hélas, la démographie est une créature fuyante, et elle n’aime rein mieux qu’un bon chambardement : un taux de natalité explosif par ici, une pointe de migration par là, et soudain les musulmans se mirent à revendiquer une modification de la Constitution. Les maronites auraient pu accepter. Mais les seules fois où ils avaient été d’accord, c’est quand ils s’étaient alliés pour lutter contre les Ottomans et les Français. L’absence d’ennemi commun peut-être fatale à un État multiculturel.

Soudain, la fertile plaine de la Bekaa et ses cultures d’opium virent se multiplier les milices. Les factions maronites adoptèrent des noms comme les Chevaliers de la Vierge, ornèrent leurs fusils d’images chrétiennes et, comme s’ils suivaient le commandement du pape Urbain II aux premiers croisés, ils cousirent des croix sur leurs uniformes. Puis, la situation tendue tourna à la catastrophe.

En 1971, après s’être mis à dos le roi Hussein de Jordanie à cause des représailles israéliennes contre l’OLP, basée en Jordanie, qui s’était livrée à des raids et des prises d’otages, Yasser Arafat réussit à pénétrer au Liban caché sous une burqa. Des batailles rangées eurent lieu dans les mes de Beyrouth, les maronites tournant leurs armes contre les Palestiniens. Les Syriens entrèrent dans le pays, suivis des Américains et des Israéliens. Des actes terribles furent commis, avec une telle brutalité que le secrétaire d’État américain de l’époque compara le pays à une région infestée par la peste au Moyen Âge. Ce fut l’équivalent moderne le plus tragique au Moyen-Orient du chaudron de belligérants qui avait ravagé la région avant l’arrivée de Sala-din au XII° siècle. Quand Dieu est à vos côtés, vous pouvez toujours vous en tirer. Les Palestiniens massacrent les chrétiens de Damour ; les chrétiens tuent les Palestiniens de Tel al-Zaatar ; les druzes versent de l’eau bouillante sur les chrétiens à Beiteddine ; les chrétiens coupent la langue aux druzes près de Deir-el-Qamar ; les Israéliens lancent des bombes au phosphore sur Beyrouth-Ouest en espérant atteindre un terroriste. L’assassinat du président maronite Bachir Gemayel en septembre 1982 a été comparé à la crucifixion du Christ par le supérieur de l’ordre des moines maronites. Ce qui s’est passé ensuite aurait été moins familier aux premiers pères de l’Église qu’aux croisés, qui firent rôtir des enfants syriens pour les manger dans la ville de Maara en 1098. Le ministre de la Défense israélien (un certain Ariel Sharon) a en effet autorisé les milices chrétiennes libanaises à pénétrer dans le camp de réfugiés de Sabra et Chatila. Le carnage qui a suivi, au cours duquel on a tranché la gorge, éventré, fait sauter la cervelle et gravé des croix sur la poitrine à environ un millier de réfugiés, est devenu l’image publique du cercle de destruction le plus vicieux du Moyen-Orient. Et pourtant… au même moment, on faisait des pique-niques dans les montagnes du Chouf; à Jounieh, on se tartinait d’huile avant de prendre un bain de soleil : le Liban était devenu une sorte de carrefour entre une scène médiévale apocalyptique et un film de James Bond.

Nicholas Jubber Sur les traces du Prêtre Jean                        Libretto 2005

Il faut parfois attendre bien longtemps pour apprendre qu’au milieu des drames aussi la vie parvient à se glisser, et avec elle parfois la drôlerie que l’on peut trouver dans des romances d’ordinaire réservées aux lecteurs de la presse du cœur. En l’occurrence c’est le ministre syrien de la Défense, Mustapha Tlass qui, en 1998, fera quelques confidences au quotidien de Dubaï El Bayan :  Au cours de l’invasion israélienne du Liban et après l’entrée de la Force Multinationale d’interposition en 1982, j’ai réuni les chefs de la résistance libanaise et je leur ai dit : Faites ce que vous voulez des forces américaines, britanniques et des autres, mais je ne veux pas qu’un seul soldat italien soit blessé. Interloqué, le chef druze Walid Joumblatt, actuel ministre libanais des personnes déplacées, avait demandé au général syrien la raison de ce régime de faveur. J’ai répondu : Pour que pas une larme ne coule des yeux de Gina Lollobrigida, assure le ministre syrien qui ajoute : J’ai eu de la chance, la résistance libanaise a obéi à mes ordres. Le peuple libanais a donné le meilleur accueil aux Italiens et pas un seul d’entre eux n’a été blessé. J’admire Gina Lollobrigida, a expliqué sans se démonter le général aux journalistes émiratis. J’aime qu’une femme soit belle, je me suis épris d’elle dès ma jeunesse […] Je lui envoyai des lettres du front et de partout ailleurs.

Le ministre de la Défense, né en 1932, note au détour de l’entretien qu’il ne lui avait été répondu qu’à partir de sa nomination comme chef d’état-major, en 1968… La passion platonique a eu une suite honorable, en 1984, lorsque l’actrice italienne, de cinq ans son aînée, s’est rendue à une réception du ministre à Damas. Tout le monde a été surpris lorsqu’elle est venue, raconte le général Tlass, même mon épouse Oum Firas. Elle s’est comportée comme si elle faisait partie de la famille, servant les invités, comme si elle était chez elle. Interrogée par la presse italienne, Gina Lollobrigida a confirmé en tous points l’histoire du général, qualifié de bel homme élégant. C’est une personne très cultivée et gentille. Il m’a toujours envoyé des lettres et des cadeaux de valeur comme des bijoux ou des objets antiques, a-t-elle avoué. Je suis allée le voir un jour, par surprise, il y a plusieurs années. En me reconnaissant, il s’est presque évanoui. Depuis, je ne l’ai plus revu mais lui a continué à me donner de ses nouvelles,  continue l’actrice avant d’ajouter non sans forfanterie : Avec les Arabes, j’ai toujours eu du succès. Ils disent que je possède toutes les qualités et qu’avec moi on pourrait même se passer de harem. Si tous mes admirateurs étaient comme le ministre syrien et réussissaient vraiment à arrêter le terrorisme, je me mettrais tout de suite à faire le tour du monde.

Propos rapportés par Gilles Paris. Le Monde 3 Janvier 1998.

10 1982                     Le Japon lance le Disque Compact ; il arrivera en mars 1983 en Europe.

1982                          Remboursement de l’IVG par la Sécurité Sociale. Jean Loup Chrétien est le premier Français dans l’espace : à bord de Soyouz T6 ; il va séjourner une semaine dans la station orbitale Saliout 7.

Roger Patrice Pelat est ami de François Mitterrand depuis le temps de leur détention commune en Allemagne pendant la guerre. En 1954, il a fondé avec son frère, Robert Mitterrand, la société Vibrachoc, spécialisée dans les amortisseurs aéronautiques, devenue très vite prospère. Ils se sépareront en 1962, mais Roger Patrice Pelat continuera à alimenter François Mitterrand. Il souhaite vendre son affaire, qui commence à battre de l’aile, estimée par les experts à 20 millions de Francs, 10 millions par ses collaborateurs. Mais lui, en veut 180 millions.  Elle est finalement vendue 110 millions à Alsthom, filiale de la CGE, dirigée par Georges Perebeau, par ailleurs président du conseil d’administration de la BNP, nationalisée. Les fonctionnaires honnêtes sont révoltés, mais l’ordre est venu du château : François Mitterrand est le chef et on ne discute pas les ordres du chef. C’est Pierre Bérégovoy, secrétaire général de l’Elysée, longtemps en charge des affaires industrielles au PS qui s’est chargé de l’exécution de l’ordre. Donc, c’est le contribuable français qui paie la différence entre la valeur réelle de Vibrachoc et son prix de vente. La république des copains est restée la république des coquins. Roger Patrice Pelat, grâce à cette belle rentrée s’offrira une propriété de 850 ha à la Ferté Saint Aubin. Elle est pas belle, la vie ?

Inauguration du plus grand barrage du monde : Itaïpu, sur le Parana, entre le Brésil et l’Uruguay : 29 milliards de m³ d’eau. Au Congo, Mobutu a fait agrandir le barrage d’Inga : de 351, il passe à 1424 mégawatts, avec 1 800 km de ligne à haute tension pour alimenter le Shaba : il fallait 10 000 pylones ; pour cela il fit construire à Maluku, sur les rives du Congo, une aciérie pour 182 millions $, qui, incapable de transformer le minerai de fer local, ne fera jamais que refondre la ferraille qui lui était livrée. Inga avait coûté 478 millions $, et ne produira jamais plus de 30 % de ses capacités. La ligne à haute tension vers le Shaba coûtera 850 millions $, mais ne transportera jamais plus de 10 % de sa capacité. La production française de matériaux synthétiques dépasse pour la première fois, en volume, celle des aciers et de l’aluminium réunis. L’américain Stanley Prusiner découvre que le prion, protéine classique impliquée dans le processus de transmission de signaux dans les tissus nerveux, peut muter en moins d’une milliseconde pour devenir infectieux : c’est une protéine classique pratiquement indestructible en raison de sa forme. On ne connaît pas l’agent infectieux ; elle résiste aux grands froids : – 82°, aux grandes chaleurs : +100°, et aux rayonnements ionisants : toutes ses qualités lui promettent un très grand avenir dans l’ESB : Encéphalite Spongiforme Bovine : Encéphalite parce que la localisation préférée de cette protéine se trouve être le cerveau, Spongiforme, parce que le prion fait des plaques amyloïdes dans le cerveau qui lui donnent un aspect d’éponge, et Bovine, car l’animal préféré du prion est le bœuf et la vache. Prusiner recevra le Prix Nobel de médecine en 1997.

Dietrich Mateschitz, autrichien, cadre dans une société de dentifrice, se balade à Bangkok où il découvre qu’une  boisson locale, le Krating Deng – le taureau rouge – lui permet de vaincre les effets du décalage horaire. Créée en 1976 par Chaleo Yoovidhya, la boisson fait un tabac chez les routiers et les conducteurs de tuk-tuks. Dietrich Mateschitz, convaincu que si l’affaire marche en Thaïlande, elle doit marcher en Autriche, signe avec Chaleo Yoovidhya un contrat qui lui attribue 49 % de la société et sa direction depuis l’Autriche sous le nom de Red Bull GmbH. En Thaïlande, Chaleo Yoovidhya conserve les 51 % restant. Qu’y a-t-il là-dedans : beaucoup d’éléments naturels et la taurine, un acide aminé présent dans la majorité des tissus animaux, et pas seulement dans la bile de taureau comme on l’avit cru en la découvrant en 1950 : c’est un neurotransmetteur, qui facilite la communication entre les neurones. De fait, dans la boisson, la taurine n’est pas naturelle, mais de synthèse. En 1994, après dix ans de recherches, pour améliorer la recette, le produit est prêt à être commercialisé en Occident. Dans les ingrédients, du glucoronolactone, forme dégradée du glucose produite dans le foie humain, qui a la réputation de combattre la fatigue et d’apporter un certain bien-être. D’abord distribué en Europe centrale, les touristes en rapportent dans leur pays d’origine… trop peu à leur goût, mais c’est la stratégie de Dietrich Mateschitz qui veut attiser l’attente. En 1997, le produit débarque outre-atlantique, prioritairement dans les endroits branchés et les sports à gros budgets : il crée sa propre marque de Formule I et commence à rafler nombre de pole positions et de victoires avec Sébastien Vettel aux commandes. Le logo du taureau rouge gagne tout le monde développé, à la une de courses à l’exploit comme des concours de plongeon itinérants, la plus importante étant le grand saut de Felix Baumgartner qui va battre le record du monde du saut en chute libre le 14 octobre 2012 avec un saut de 38 969 m au cours duquel il dépassa le mur du son, exploit suivi par 8 millions d’internautes… 16 fois plus de spectateurs que l’ouverture de JO de Londres ! La France et la Norvège chercheront à résister à l’envahisseur ; l’amour de François Fillon pour les FI fera sauter les obstacles en France. En 2012, 5 milliards de canettes auront été vendues dans le monde : avec ses 300 milliards, Coca-Cola peut encore dormir tranquille. Un tiers du CA consacré à la promotion, soit 1.5 milliard d’€ en 2012 !

25 05 1983         Le quartier de la Défense n’est encore qu’un grand désordre de tours qui rivalisent de hauteur, le tout sans aucune unité, sans aucun sens. Il y a bien longtemps qu’existe un projet pour donner du sens à tout cela : on le nomme alors Tête-Défense. Un concours a été lancé : quatre candidats ont été retenus au final et le choix ultime revient à François Mitterrand, dûment conseillé par  Robert Lion, ex patron des HLM puis directeur de cabinet du Premier Ministre : c’est de projet d’un architecte danois – un cube de 100 m. de coté – qui est retenu : Otto Johan Von Spreckelsen, enseignant en temps normal, n’ayant construit jusqu’alors que quatre églises et sa maison. Il a délégué la partie technique à Erik Reitzel, ingénieur : ce que voit Mitterrand n’est guère plus qu’une esquisse. Le parti pris d’un édifice qui ne s’inscrive pas dans la course en hauteur de l’ensemble des bâtiments voisins, mais vienne en casser la logique en même temps que donner une tête – un cube : quoi de plus simple ?  – à un ensemble qui en était jusqu’alors démuni, a emporté la décision. Mais au fait, que va-t-on mettre dans ce cube ? Pour le principal, un Centre International de la Communication. En ces temps de naissance de l’Internet, cela pourrait être paraître une bonne idée, mais en fait personne ne sait précisément  ce que ce pourrait être… Les premières difficultés ne sont pas loin. Si le comment va s’avérer très difficile à mettre en œuvre, le pourquoi, lui,  n’aura jamais de réponse.

Un étranger ne peut pas deviner qu’en se mettant à fréquenter de près la haute administration française, c’est un voyage kafkaïen qu’il entreprend, d’où il peut très bien ne pas sortir vivant et ce sera le cas. Demandez donc à Jean Nouvel ce qu’il en pense, et pourtant, il est français. Les aléas d’un pareil programme, les changements constants de l’administration auront raison de sa patience : il rendra son tablier avant la fin et mourra l’année suivante d’un cancer, dont l’origine est, plus souvent qu’on ne le dit, un choc affectif. Dans des temps anciens, on croyait qu’un monument ne pourrait rester debout que si une vie lui était sacrifiée : et donc, on sacrifiait un chat le plus souvent (ce fut encore le cas au viaduc de Garabit au XIX° siècle) ; en ce XX° siècle finissant c’est carrément l’architecte qu’on sacrifie. Peut-être eut-il mieux valu sacrifier celui qui avait choisi l’architecte…

Rapidement, l’ensemble des responsables du projet réaliseront que Spreckelsen n’était pas homme à assimiler la complexité de l’administration française et  de la gestion technique d’un pareil chantier. Paul Andreu, qui avait déjà construit l’aéroport de Roissy, et plus tard construira l’opéra de Pékin, avait participé au concours : il avait une agence réputée et les arcanes françaises d’un grand chantier n’avaient pas de mystère pour lui : il va être associé à ce projet en tant que maître d’œuvre de réalisation, titre taillé sur mesure pour l’occasion, histoire de ne pas utiliser le terme de chef de chantier, et c’est lui qui terminera l’ouvrage quand Spreckelsen rendra son tablier.

La grande Arche de la Défense : 110 mètres de haut, 108 de large et 112 de profondeur, sera inaugurée en mai 1989. Fermé pendant huit ans et deux ans et demi de travaux, le toit sera de nouveau ouvert au public – restaurant, promenade belvédère de 1000 m² – le 1° juin 2017.

Ces gens -là (les fonctionnaires) sont les pires parce qu’ils sont beaucoup plus répandus, plus invisibles, plus nocifs que les vrais monstres. Ils ont leur morale en devanture, le sens du devoir en bandoulière, et le service de l’Etat en parapluie. En un coup de tampon, ils peuvent envoyer des gens à la mort sans jamais s’interroger sur les effets de leur acte. Dans le crime administratif, la victime est sans visage. Son caractère collectif dilue le crime en faute. Quoi de plus anodin ?

Pierre Assouline.            La cliente.          Folio. p. 160.

Spreckelsen a eu vraiment très peur du passage à la réalité. On connaît ça, nous autres, les architectes. Le bâtiment existe dans notre tête. Il y est né, rêvé. Il est dans les papiers, pensé. Ce n’est pas un rêve au sens onirique, plutôt une construction mentale. Et puis il faut qu’il vienne. Il faut qu’il apparaisse et c’est très difficile à vivre, sauf pour ceux qui s’en foutent. Quand on ne s’en fout pas, on souffre mille morts. Parfois, c’est le bonheur – mais moi, pratiquement, je n’ai jamais connu ça. C’est dur de construire. C’est compliqué.

Paul Andreu

Laurence Cossé écrira La Grande Arche chez Gallimard en 2016

2 06 1983              Léopold Sedar Senghor, ancien président du Sénégal, entre à l’Académie Française.

18 06 1983                 Premier tir réussi de la fusée Ariane IV.

21 07 1983                Peugeot Talbot présente un plan de 7 371 suppressions d’emploi.

17 08 1983                       François Mitterrand était taraudé par le quid de la vue qu’on aura de la Grande Arche depuis les Champs Élysées et l’Arc de Triomphe. La finalité, le contenu du bâtiment, étaient le cadet de ses soucis. Il avait déjà reçu à l’Élysée Spreckelsen, lequel était venu … en sabots (ah ça, on s’en souviendra dans les chaumières parisiennes : on a beau être danois, comment peut-on oublier que la France est restée une monarchie). Les deux hommes s’étaient appréciés, malgré ou peut-être à cause des sabots… Mais les simulations envoyées par Sperckelsen depuis Copenhague ne le satisfaisaient pas. Reitzel suggère alors une simulation grandeur nature et construisant une réplique en bois du toit de la Grande Arche… qu’il suffira d’élever à la bonne hauteur – 100 m. – pour que le président puisse se faire une juste idée. 100 mètres ! Une seule entreprise en France a 2 grues à pareille hauteur : Ponticelli. L’une est à Bordeaux : qu’à cela ne tienne, on la fait venir dare-dare – bonjour le tournant de la rigueur -, et François Mitterrand peut voir ce que ça donne. On renouvellera l’opération le lendemain matin très tôt, avec les couleurs du lever du jour.

26 08 1983                      François Mitterrand est en visite privée en Arles, ce qui ne l’empêche pas d’être reçu à la mairie et d’y prononcer un discours. Pour la soirée a été prévue un spectacle de l’Ecole d’équitation espagnole de Vienne. Depuis un peu plus de deux ans, les Arlésiens ont eu le temps de se rendre compte qu’en matière de promesses électorales, on est loin du compte et, sitôt son entrée à la tribune, il se voit sifflé, conspué sur fond sonore de Toreador, prends garde, de Carmen, de Bizet – chant qui est repris dans tous les spectacles méridionaux, tant équestres que taurains. Il ne s’attarde pas et s’en va.

1 09 1983                         Un Boeing 747 sud-coréen – vol 007 Korean Airlines – reliant New-York à Séoul via Anchorage, s’égare dans l’espace aérien soviétique. Il est abattu par Soukhoï SU-15 de la défense aérienne soviétique, piloté par le colonel Ossipovitch à proximité de l’île Moneron, à l’ouest de l’île Sakhaline : 269 morts. Le maréchal Orgakov, ministre de la défense, revendiquera le 9 septembre 1983 la responsabilité de l’opération, arguant de la confusion avec un Boeing RC-135 S, qui aurait pu être un avion espion, et qui était dans les parages au même moment. C’est Andropov qui est alors à la tête de l’URSS, même si, gravement malade des reins, il est sous dialyse permanente. Andropov, notre politicien le plus branché entend-t-on dans les rues de Moscou.

26 09 1983               Australia II remporte la Coupe América, avec 41″ d’avance sur le bateau de Dennis Conner : c’est la première fois depuis 1851 que la coupe America va à des mains étrangères.

Le lieutenant colonel Stanislav Petrov, dans un bunker proche de Moscou a pour mission d’évaluer les données d’un système d’alerte satellite et, en cas d’attaque nucléaire, d’avertir sa hiérarchie. Peu après minuit, l’alarme retentit, le système ayant détecté cinq missiles américains qui foncent sur l’URSS. Mais Stanislav Petrov se refuse à y croire, et se contente de rapporter une fausse alerte. Bien lui en prend. C’est l’homme qui avait tout juste et la machine tout faux.

27 09 1983                Une fusée Soyouz avec à son bord les cosmonautes Titov et Strekalov explose sur son pas de tir, quelques secondes avant le décollage. Mais il y a un système de sauvegarde qui va parfaitement fonctionner : au sommet de Soyouz est en place une mini-fusée qui expulse brutalement la capsule où se trouvent les cosmonautes et la fait atterrir à plusieurs kilomètres de l’explosion au bout d’un parachute. Après avoir subi une accélération de 18 g, ils étaient un peu groggy, mais ils étaient bien vivants

5 10 1983                   Le Nobel de la Paix à Lech Walesa. Le pape est revenu en Pologne, encore triomphalement, faisant acclamer Solidarnosc dissous, ranimant la flamme de la résistance.

15 10 1983                       Un peu moins de quarante jeunes issus de l’immigration quittent le quartier de la Cayolle à Marseille à pied ; venus du quartier des Minguettes à Lyon, ils ont à leur tête Toumi Djaïda, Christian Delorme, prêtre et un pasteur : ils seront à Paris le 3 décembre : c’était la Marche pour l’Égalité et contre le Racisme, rapidement rebaptisé Marche des beurs. Leurs rangs n’ont pas énormément grossis pendant ces trois semaines de marche, mais leurs supporters, si : accueillis à Paris par 100 000 personnes ! 100 000 personnes, ça veut dire que l’on est reconnu, et, quand on avait jusque là toutes les raisons d’en douter, c’est un grand pas qui est franchi. Ils sont reçus par le Président de la République. Ils obtiendront le passage généralisé de la carte de séjour de 3 à 10 ans. Dix ans plus tard naîtra SOS Racisme, dont ils seront maintenus à l’écart. Nadia Lakhdar en fera un film : La Marche, sur les écrans en novembre 2013, sur fond de reconnaissance : Je t’embrasse comme j’embrasse la France.

Lequel président de la République, dans le fond, avait très peu changé dans sa perception des Arabes depuis la guerre d’Algérie lorsque, ministre de l’Intérieur, il disait : avec le FLN, la seule négociation, c’est la guerre. En 1983, il dit : Avec les enfants du FLN, la seule négociation, c’est la ruse. Dans ces conditions, il n’était pas nécessaire d’aller plus loin pour que tout ce qui sera entrepris foire.

16 11 1983                 F. Mitterrand est l’invité de l’émission d’Antenne 2 : L’Heure de vérité : Il y a peut être des gens, il y a sûrement des gens en Union soviétique qui veulent la paix mais pour l’instant on y développe l’armement, et à l’Ouest, on développe le pacifisme. Ce n’est pas égal.

28 12 1983                 Fatigués de payer les dépenses somptuaires du directeur général de l’UNESCO, M. M’Bow, fatigués aussi de la mauvaise gestion générale, les États-Unis cessent de financer cet organisme international qui doit assurer la promotion de l’enseignement et plus globalement de la culture.

1983                          Rapport Paul Schwartz sur l’état de l’Université. Naissance de ELDO : organisme européen pour la construction de propulseurs. Les financements sont ainsi répartis : France 62,5 %, RFA 20,12 %, Belgique 5 %, Angleterre 2,4 %, Espagne 2 %, Pays Bas 2 %, Italie 1,74 %, Suisse 1,2%, Suède 1 %.

La chaleur de l’été a fait 3 000 morts en France.

Muhammad Yunus, 43 ans, est professeur d’économie au Bengladesh : la pauvreté de la grande majorité de ses concitoyens le désole… mais il décide de ne pas en rester là et, contre l’avis des banquiers et des politiques, il fonde la Grameen Bank, organisme financier qui se spécialise dans le micro-crédit, accessible aux plus pauvres… une marche d’escalier pour leur permettre de rompre le cycle infernal et d’améliorer leur quotidien. 20 ans plus tard, la Grameen Bank a 1 084 agences, 12 500 employés, 2.1 millions de clients dans 37 000 villages. 94% de ces clients sont des femmes. Elle a essaimé dans 58 pays : le succès est complet.

La Guinée Conakry verra plusieurs tentatives de micro-crédit : certaines, sous le patronage du Crédit Mutuel, tourneront court, malversations aidantes, d’autres deviendront fiables et viables, telles le Crédit rural ; mais la fragilité des économies concernées restera dominante pour cette structure : en 2014, l’épidémie Ebola gèlera les marchés locaux : Gueckedou, Macenta, Kissidougou, Nzerekore qui disparaîtront pour plusieurs mois…. Les clients du Crédit rural, essentiellement des producteurs  qui constituent la base des marchés, cesseront, – nécessité fait loi -, de rembourser leurs emprunts. Les caisses du Crédit rural ferment. C’est le Luxembourg qui, avec un don de 150 000 €, permettra  au Crédit Rural de survivre en épongeant ainsi le manque à gagner.

Chicago se donne un maire noir : Harold Washington  : la communauté noire a voté à 97 %, et la victoire est serrée : 46 000 voix sur 1,3 million de votants.

16 02 1984                   Les camionneurs paralysent les Alpes.

03 1984                   Georges Bush demande à l’ancien ambassadeur plénipotentiaire de l’URSS aux pourparlers sur le désarmement de lui organiser un rendez-vous avec Mikhaïl Gorbatchev, alors complètement inconnu. L’ambassadeur s’étonne, et George Bush lui répond : c’est votre prochain leader.

Mikhaïl Gorbatchev aurait-il été mis sur orbite par la CIA ? Gromyko – camarade niet – pour les Occidentaux, sera mis au courant, restera alors muet et c’est lui qui proposera Gorbatchev à la fonction de secrétaire général du PCUS.

Guðlaugs Friðþjófssonar, solide gaillard Islandais,  est à bord du chalutier  MS Hellisey qui chavire, on ne sait pas pourquoi : les cinq hommes tombent à la mer mais lui seul s’en sortira vivant : dans une eau à environ 5°, il nagera pendant près de six heures pour gagner finalement la côte des îles Vestmann, au large de la côte sud de l’Islande. Aujourd’hui, des médecins mettent cette incroyable résistance au froid au compte de ce que l’on nomme aujourd’hui une surcharge pondérale, nommée autrefois embonpoint, et, encore avant, en bon point. CQFD. Presque trente ans après, un film sera réalisé par l’Islandais Baltasar Kormakur : Jar City.

05 1984                         L’Irak s’en prend au pétrole de l’Iran : 100 navires ont été détruits depuis 1980. On compte déjà 0,5 M. de morts.

24 06 1984                   La défense de l’école libre réunit à Versailles environ 1 M. de personnes.

12 07 1984                   Mitterrand décide le retrait pur et simple de la loi Savary sur l’École.

19 07 1984                   À 39 ans, Laurent Fabius devient premier ministre.

24 07 1984                  Huit ans après s’être lancé de façon tout à fait artisanale dans la fabrication d’un ordinateur, Steve Jobs, patron d’Apple, lance le premier Mac Instosh, premier ordinateur intégré – écran et unité centrale – à interface graphique et souris.

4 08 1984                    Succès du 1° tir d’Ariane 3 : elle emporte une charge de 2 580 kg, contre 1 825 pour Ariane I.

08 1984                       Premier marathon olympique féminin aux Jeux de Los Angeles :

Les images se bousculent. L’Américaine Joan Benoit, qui enlève sa casquette dans la dernière ligne droite, salue le public et entame, après 42,195 kilomètres, un tour d’honneur sur le même rythme infernal que sa course, ou presque, la Norvégienne Grete Waitz sur les talons. Mais elle a encore tout un tour de stade à faire, l’ex-favorite, la championne du monde archibattue, et elle sourit. Le rêve passe pour Grete ; elle ne sera jamais championne olympique, car elle a réalisé depuis longtemps, depuis 20 kilomètres au moins, que l’Américaine était la plus forte.

Joan Benoit triomphe, bannière étoilée à bout de bras, tandis que Gabrielle Andersen-Schiess, la Suissesse, entre en titubant dans le stade. Pathétique. Elle ne court plus : elle marche, elle vacille, elle va tomber. Deux infirmières la suivent, pas à pas, prêtes à la secourir. Mais elle veut finir seule. Elle essaie de recourir. En vain. Alors, elle marche, en zigzag, les genoux qui se cognent, complètement déhanchée, disloquée. Quatre-vingt -dix mille spectateurs hurlent, la poussent, la portent vers la ligne.

Julie Brown, une autre Américaine, qui a essuyé une terrible défaillance après avoir mené la chasse derrière Joan Benoit, entre alors dans le stade. Foulée courte, rythme saccadé. En larmes. Elle passe la Suissesse presque arrêtée dans le dernier virage. Elle pleure, Julie. Elle s’écroule à l’arrivée, tandis qu’au bout de la dernière ligne droite, Gabrielle, à demi inconsciente, ivre de fatigue, traverse la piste sur toute sa largeur. Les infirmières l’empêchent de monter sur la pelouse. Elle marche toujours. Elle va terminer. Elle termine… à vingt-quatre minutes de la première !

C’est le marathon, le premier marathon olympique féminin de l’histoire. Et le petit bout de femme qui l’a remporté est une géante, en dépit de son 1,60 mètre et de ses 47 kg, toute mouillée de sueur. Elle a fait toute la course en tête, ou presque. Au premier ravitaillement, celui du cinquième kilomètre, elle s’est trouvée devant. Elle est partie. Et elle a continué jusqu’au bout, prenant rapidement 100, 200, 400 mètres au peloton de chasse qui l’avait en ligne de mire dans les interminables lignes droites des avenues et des freeways de Los Angeles, emmené par les Norvégiennes Waitz et Kristiansen… et par la minuscule Portugaise Rosa Mota.

Devant, Joan Benoit, casquette blanche vissée sur la tête, visage constellé de taches de rousseur, fines boucles aux oreilles, grave et concentrée, est à son affaire. À l’arrivée, 2 h 24′ 52″, à plus de deux minutes de la meilleure performance mondiale, qu’elle réussit à Boston en 1983 (2 h 22′ 43″). Mais, compte tenu de la chaleur et de la pollution… elle a laissé Grete Waitz à 1’26 », un tour. Elle aurait battu Mimoun de huit secondes, lorsque ce dernier a remporté le marathon de Melbourne, en 1956, dans des conditions de chaleur identiques. Sa performance de Los Angeles est la troisième de tous les temps.

Elle revient de loin, pourtant, Joan Benoit. Elle n’a pas été épargnée par les blessures. En 1981, après avoir été opérée des deux tendons d’Achille, elle a eu beaucoup de mal à revenir au premier plan. Très longtemps, elle a dû se contenter de faire une heure de bicyclette par jour et de la rééducation. Cette année, encore, le 17 avril dernier, elle a été opérée à un genou et ne pensait pas pouvoir participer aux Jeux.

Sa médaille d’or est quasi miraculeuse. Elle vient récompenser une jeune femme de 27 ans pour qui la course à pied est une réelle passion. Joan Benoit habite une île proche de la Côte est, dans l’Etat du Maine. Et, chaque jour, elle court en solitaire, une trentaine de kilomètres autour de son île, sous la neige ou dans le vent glacé de cette région vallonnée. Dure au mal, Joan Benoit ! Elle est son propre entraîneur, et affirme ne courir que contre elle-même.

On la croit volontiers en constatant combien elle s’est peu occupée des concurrentes pendant son marathon olympique. À voir son visage durant la course, on comprenait qu’elle n’écoutait que sa petite musique intérieure, le rythme de son souffle, et l’horloge qui égrenait les secondes dans un coin de son cerveau. Indifférente à tout ce qui n’était pas SA course… silhouette frêle et solitaire, perdue par moments sur les six voies d’une autoroute en béton.

Ce n’est qu’à l’arrivée qu’on a su qu’elle sait aussi sourire.

Christian Binder. Le Monde du 7 août 1984

13 09 1984                      La Pan Am commande 91 Airbus.

12 09 1984                      L’Anglais Alec Jeffreys invente la techniques des empreintes génétiques qui permet d’identifier l’ADN de chacun.

22 09 1984                     Mitterrand et Kohl se serrent la main à Verdun. Dans les mêmes semaines, Mitterrand  a donné ordre à l’amiral Lanxade de maintenir au large de Tripoli un porte-avion, un sous-marin nucléaire, un sous-marin classique, et une frégate. Les troupes françaises stationnées au Tchad ont contenu dans les mois précédents celles de Muammar Khadafi dans le cadre de l’opération Manta : les premières se sont maintenant repliées sur le Tchad et celles de Khadafi en deça de la bande d’Aouzou qui devrait rester neutre. Mais la position des troupes françaises est fragile et se trouve à la merci d’un mauvais coup possible : Mitterrand envisage de supprimer purement et simplement Khadafi par une opération commando lancée depuis les navires de la Royale : destruction des vedettes du Guide dans le port de Tripoli, bombardement des pistes de Misrata, d’où décollaient les MIG libyens. Mais  finalement cela ne se fera pas. La presse n’apprendra tout cela que …30 ans plus tard !

12 10 1984                 Margaret Thatcher se trouve dans un hôtel de Brighton. L’IRA y fait exploser  une bombe, qui tue 4 personnes. Margaret Thatcher est sauve car elle n’est pas dans sa chambre, mais dans une pièce voisine où elle étudie ses dossiers.

16 10 1984              Gregory Villemin est retrouvé mort dans la Vologne, une rivière des Vosges, affluent de la Moselle, rive droite : comme l’affaire Dominici, 30 ans plus tôt, les non dits, la dissimulation et le mensonge qui irriguent encore une bonne part de la société française reviennent en surface et ce sera pendant des années une affaire en or pour la presse à scandale.Un  corbeau avait harcelé sa famille au téléphone de mai 1981 à mai 1983, puis s’était tu jusqu’à ce 16 octobre, envoyant alors une lettre à Jean Marie Villemin, le père de Grégory : j’espère que tu mourras de chagrin, le chef, ce n’est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance, pauvre con.

La Vologne traverse la commune de Docelles, qui vit essentiellement d’une des plus anciennes papeteries de France, puisque créée vers l’an 1500. Propriété du groupe finlandais UPM depuis 1978, malgré 26 millions d’investissements en 2006, la très forte diminution de la consommation de papier due au développement du courrier via internet va mener à se fermeture en 2014 : 165 personnes y travaillaient.

Plus de trente ans après le drame, l’affaire ne sera pas close au plan judiciaire : le 16 juin 2017 Marcel Jacob, oncle maternel de Jean-Marie Villemin, le père de Gregory, son épouse Jacqueline seront mis en examen pour enlèvement et séquestration suivie de mort : grâce à un logiciel récent, les policiers ont pu rassembler des faits jusqu’alors dispersés et avoir une nouvelle analyse graphologique de Jacqueline Jacob, qui pourrait être l’un des corbeaux  : ainsi parleront les enquêteurs en 2017, ce qui ressemble fort à une séance d’enfumage parfaitement classique : comment donc peut-on croire qu’un logiciel soit nécessaire pour analyser l’écriture d’une très proche parente de Grégory : la seule question est de savoir où est la monumentale carence qui a fait négliger cette piste pendant 30 ans. Mais il est bien plus simple pour la police d’avancer la mise en service d’un nouveau logiciel que de reconnaître ses bourdes passées. De toutes façons, les faits retenus par la justice seront trop maigres pour justifier le maintien en cage… le couple Jacob sera remis en liberté… extrêmement surveillée, marqué à la culotte de très près.

Dans ce microcosme familial, tout le monde – ou presque  – sait tout, et tout le monde se tait depuis des décennies 

Une source proche de l’enquête

Le 9 septembre 2017, un rapport de gendarmerie de près de 50 pages sera catégorique : c’est Bernard Laroche et Muriel Bolle qui ont enlevé Grégory Villemin. Mais ce sont d’autres personnes qui l’ont assassiné, très probablement commanditées par les époux Jacob.

19 10 1984           Le père Jerzy Popieluszko, aumônier de Solidarnosc, enflamme régulièrement ses paroissiens par des sermons vibrants contre le régime lors de ses messes pour la Patrie. Il est enlevé par des policiers en civil et torturé à mort.

31 10 1984                     Assassinat d’Indira Gandhi.

25 11 1984                  Des troubles se manifestent en Nouvelle Calédonie. Le 5 décembre, il y aura 11 morts. Edgar Pisani est nommé délégué du gouvernement.

3 12 1984                    Catastrophe chimique à Bhopal, en Inde, à 600 km au sud de New Delhi : l’explosion d’une usine d’une filiale de la firme américaine Union Carbide produisant des pesticides – le temik et le sevin –  provoque le dégagement de 40 tonnes d’isocyanate de méthyle (CH3-N=C=O) . L’usine avait été construite en 1978  à l’économie et dans ce cas, c’est avant tout au détriment de la sécurité. Attirée par l’eau, l’électricité et les salaires offerts par l’usine, la population va affluer autour du site industriel : la population était passée de 385 000 habitants en 1971 à 671 000 en 1981, puis à près de 800 000 en 1984. Les chiffres du nombre de morts varient  de 3 800 à 25 000.  Plus de 300 000 personnes seront malades. Arrêté, emprisonné, le PDG Warren Anderson sera finalement expulsé aux Etats-Unis et ne sera jamais jugé par la justice indienne. Le nuage toxique s’est répandu sur 25 km². Deux procédures judiciaires distinctes seront lancées :

  • l’État du Madhya Pradesh contre l’UCIL, l’UCC et le gouvernement indien,
  • le gouvernement indien contre l’UCIL, l’UCC et le gouvernement des États-Unis.

Après d’interminables recours, appels, Union Carbide versera 470 000 000 $ mais continuera de nier sa responsabilité. Chaque victime recevra environ 500 $  ou encore 25 000 roupies correspondant à 715 euros.

6 12 1984                       25 000 Corses manifestent contre l’indépendance.

10 12 1984                     L’évêque sud africain Desmond Tutu reçoit le prix Nobel de la Paix.

1984                        Naissance du 1° bébé conçu in vitro : Zoé, à Melbourne ; il a été conservé par congélation à – 196° pendant 2 mois. 1° Mc Donald. Bernard Tapie est au sommet de sa gloire de strass : il rachètera Wonder et Mazda en 1985. Hewlett-Packard commercialise la première imprimante à jet d’encre : ils étaient au coude à coude avec Canon qui, en fait, avait commencé par avoir l’idée, en sachant tirer parti d’un geste à ranger dans l’ordinaire de la vie domestique : à la fin des années 70, Ichiro Endo, employé chez Canon, avait posé par inadvertance un fer à souder sur son stylo en plastique : quelques minutes plus tard, l’encre du stylo était éjectée, et là, Ichiro Endo a la présence d’esprit de filmer le phénomène à haute vitesse pour pouvoir ensuite en lire le ralenti : l’encre s’est tout d’abord vaporisé sous l’effet de la chaleur, augmentant ainsi la pression dans le stylo jusqu’à ce qu’elle soit propulsée hors du stylo : il ne restait plus qu’à maîtriser le jet d’encre.

Inauguration du Palais omnisports de Bercy, réalisé par Michel Andrault et Pierre Parat.

Khadafi lance son projet de Grande rivière construite par l’homme – GMR : Great Manmade River – : il s’agit d’alimenter la côte libyenne en eau douce prélevée dans le sous-sol du désert, à l’intérieur du pays. Les plus grosses conduites ont 4 m. de diamètre…. 25 ans plus tard, le projet sera quasiment terminé, retardé par les bombardements de l’OTAN, le 22 juillet 2011, qui s’en prendra au site de Brega, dans le sud du golfe de Benghazi, persuadée qu’il s’agissait de dépôts de munitions quand ce n’était que le site de fabrication des conduites. L’ensemble du réseau des pipes – en gros deux lignes nord-sud et une ligne côtière est-ouest s’étendra sur 3 850 km pour distribuer 6.5 millions de m³ par jour, soit 75.2 m³/sec, ce qui est à peu près le débit moyen de l’Arve, en Haute Savoie. Ces travaux pharaoniques vont être réalisés par l’entreprise sud-coréennes Dong Ah, pour un coût de 33 milliards de $. La différence d’altitude entre les points de départ et la côte suffisent pour faire couler l’eau par gravité. La réserve serait une véritable mer souterraine, à une profondeur maximum de 800 m : on parle de 120 000 milliards de m³, entre quatre bassins : Sarir et Kufra à l’est, Murzurq et Hamadah à l’ouest- soit, à 10 % près, le volume de la Mer Caspienne, près de trois fois celui du Lac Baïkal (23 000 km³), ou des Grands Lac Américains  – qui s’étendrait de l’Egypte à l’Algérie. Initialement, cette eau aurait dû permettre d’étendre considérablement les surfaces agricoles pour atteindre l’autosuffisance alimentaire ; en fait plusieurs paramètres sont venus réorienter cette option : la gourmandise en eau des zones urbaines sur la côte, l’épuisement des nappes aquifères traditionnelles côtières quand ce n’est leur salinisation par l’eau de mer toute proche, la vétusté des installations de désalinisation d’eau de mer qui les rend inopérantes. Dès lors l’agriculture sera mise à la portion congrue.

Une manipulation malheureuse au musée océanographique de Monaco – vidange d’un bassin – introduit la Caulerpa taxifolia, une algue verte particulièrement prolifique, en Méditerranée : en 2010, elle occupera 20 000 ha dont 10 000 pour les seules côtes françaises.

Françoise accompagne à Alboloduy (Andalousie) sa tante, Louisa Ibanez Quadra, veuve de Gaspar, le frère de son père. Louisa a épousé Gaspard en France (les familles se regroupaient par pays d’origine, et les mariages à l’étranger d’un homme et d’une femme originaires d’un même village n’avaient rien d’étonnant) ; elle a eu 7 enfants et a aujourd’hui environ 70 ans ; elle n’est pas retournée en Espagne depuis 1935. À Alboloduy, les émotions se bousculent, contenues par la pudeur espagnole ; un tissu passablement fatigué et éclairci se reconstitue et reprend vie. Il reprend tellement vie que même les vieilles, les très vieilles blessures refont surface : invitées un soir à une réunion de petites vieilles, Françoise et Louisa s’y rendent et prennent place discrètement ; Louisa se fait alors prendre à partie par l’une d’elles, qui a eu un flirt avec Gaspard, quand celui-ci était encore à Alboloduy, – il y a de cela plus de cinquante ans –  :

Tu es bien Louisa, celle qui a épousé Gaspard.
Oui, c’est bien moi
Alors rappelles toi bien que c’était moi la première !!!

1 01 1985                       Le pôle nord magnétique s’est déplacé de plus de 100 km au cours des 10 dernières années. Il fait très froid : durant 15 jours, les températures seront de -30° à -10°. Le plus grand téléférique du monde se trouve à Courchevel – La Saulire : 1 départ toutes les 3’, 161 personnes par cabine. Il a coûté 40 M.F. Mise en circulation des premiers passeports européens.

11 01 1985                        La Nouvelle Calédonie est sur le pied de guerre. L’état d’urgence a été déclaré. Edgar Pisani, haut-commissaire pour le gouvernement, est parvenu, malgré les erreurs, bêtises et fautes en tous genres, à maintenir un lien avec Jean-Marie Tjibaou, leader des Indépendantistes.

Il me fallait l’accord des Kanak et j’ai engagé des négociations avec Jean-Marie Tjibaou. Il m’invite alors dans sa tribu de Hienghène, où on déjeune à trois à table devant 60 à 70 personnes assises par terre. Tjibaou voulait une discussion en présence des siens. L’échange terminé, il me demande de le suivre. Il marche devant moi, silencieux, pendant une dizaine de minutes, puis s’arrête devant un énorme séquoia. Sans se retourner, presque au garde-à-vous, la tête inclinée, il me dit : Devant mes ancêtres, je vous réponds oui. Puis, sans un mot de plus, nous retournons vers le présent.

Edgar Pisani  Persiste et signe              Odile Jacob 1992

24 01 1985                       Le film Amadeus attire 900 000 spectateurs à Paris.

28 01 1985                     La navette Challenger explose 1’30″ après le décollage : 7 morts parmi lesquels deux femmes. Le 9 juin 1986, un rapport accablant sera remis sur le fonctionnement général de la Nasa.

25 02 1985                       À Forbach, en Moselle, explosion de grisou dans le puits Simon, à 1050 mètres de profondeur : 22 mineurs sont tués et une centaine blessés.

27 02 1985                    À Salzbourg, un touriste en promenade au pied de la falaise du Moenschberg, reçoit sur la tête un Autrichien qui tentait de se suicider. On ne sait pas qui s’en est sorti, ni dans quel état.

3 03 1985                    Dans son bras de fer avec les syndicats des mineurs, Margaret Thatcher gagne son surnom de Dame de fer.

Dans les années 1970, le Royaume Uni était l’homme malade de l’Europe. La patrie du libre-échange était devenue la citadelle de l’étatisme et le parangon du nivellement par le milieu Ministre de l’Éducation du gouvernement conservateur d’Edward Heath, Margaret Thatcher avait assité, impuissante, à une multitude de grèves de dockers, d’électriciens, de postiers, puis à une grève nationale des mineurs en janvier 1972 qui avait duré sept semaines et s’était terminée par la démission du Premier ministre, qui avait cédé à toutes les exigences des grévistes. Un jeune et remuant syndicaliste d’extrême gauche, Arthur Scargill, avait mis au point un système nouveau de piquets de grève mobiles, très agressifs, les flying pickets, d’une efficacité redoutable et qui avaient une double particularité : les grévistes étaient payés par le syndicat pendant leurs missions et ils étaient choisis parmi les plus brutaux des adhérents.

En 1974, nouvelle grève générale des mineurs, les ouvriers les mieux payés du royaume. La livre sterling s’effondre face au dollar. L’ambitieux Arthur Scargill a fini par prendre le pouvoir dans la NUM (National Union of Mineworkers), qui regroupe l’immense majorité des mineurs.

Scargill, qui est entré très tôt aux Jeunesses communistes, est un fervent adepte de la lutte des classes et privilégie toujours le conflit à la négociation. Les mineurs sont les icônes de la classe ouvrière, comme les cheminots en France. Ils sont environ deux cent mille, durs à la tâche, volontaires et disciplinés. Les mines de charbon, toujours en déficit, sont largement subventionnées – comme la SNCF dans la France d’aujourd’hui. Les mineurs sont trop nombreux, trop bien payés avec trop de privilèges gravés dans le marbre et un statut en béton armé qui date de 1947.

Second semestre 1978 : le secteur public, cette fois, réclame les 35 heures et se met de nouveau en grève. Les usagers, comme on dit chez nous, sont pris en otages. 81 % des Britanniques estiment dans un sondage que les syndicats ont trop de pouvoirs. 29 millions de journées de travail sont perdues. Le record de Heath de 1972 est battu ! Aux élections du 3 mai 1979, les citoyens britanniques, qui n’en peuvent plus, donnent la majorité aux conservateurs de Margaret Thatcher, qui entre au 10 Downing Street avec un programme libéral qu’elle ne tarde pas à appliquer, mettant en route les privatisations qu’elle a annoncées pendant sa campagne. La mer du Nord commence à fournir du pétrole. L’économie est relancée, l’inflation calmée, la confiance rétablie. Le moral des entrepreneurs remonte. Les principaux syndicats rentrent dans le rang en assistant, presque sans réaction, entre 1980 et 1983, à la mise en place d’un arsenal juridique – l’Employment Act de 1982 – qui limite leurs possibilités d’action et prévoit des sanctions financières très lourdes en cas d’abus et de dérapages.

Les principaux syndicats, oui, mais pas la NUM d’Arthur Scargill, qui lance une nouvelle grève nationale en 1981 devant laquelle Thatcher, qui n’est pas encore prête, mange son chapeau en attendant des jours meilleurs. Ce sera la dernière victoire des mineurs. Margaret Thatcher a la conviction que, pour en finir avec ce syndicat extrémiste, elle devra être capable d’aller jusqu’au bout dans une guerre d’usure.

Elle commence par mettre des hommes solides et sûrs à la tête des ministères de l’Énergie et de l’Emploi, elle renforce la sécurisation de la production électrique – les pénuries d’électricité avaient durement frappé la population en 1972 et 1974 – et fait augmenter très fortement les stocks de charbon, placés dorénavant en dehors des zones minières. Enfin, elle renforce très sérieusement sa police – les CRS n’existent pas à Londres – en quantité et en qualité, augmentant les salaires des policiers et créant de nombreuses unités antiémeute fortement équipées.

Depuis l’Employment Act, les syndicats ne peuvent plus bloquer les mines, les usines, les ports et les bâtiments publics. Les flying pickets de Scargill sont devenus illégaux et les contrevenants prennent de gros risques. Margaret Thatcher, après sa victoire éclatante dans la guerre des Malouines en 1982, est plus populaire que jamais et se fait réélire pour un deuxième mandat de quatre ans en juin 1983. Elle est fin prête pour un éventuel face-à-face avec Scargill.

Un projet de restructuration des mines sert de chiffon rouge : Arthur Scargill tombe dans le panneau et commet une première erreur en ne faisant pas voter la grève en assemblée plénière de la NUM comme la loi l’y oblige. Leader charismatique, grande gueule médiatique, se croyant au-dessus des lois, il lance illégalement ses flying pickets. Nous sommes début mars 1984, et commence alors la grève la plus longue – une année entière -, la plus dure et la plus spectaculaire que le Royaume-Uni ait connue depuis 1926. En 1972 et 1974, cinq à sept semaines de grève avaient suffi aux mineurs pour faire plier Edward Heath. Cette fois, c’est différent. Ils ont face à eux une Dame de fer bien préparée. De plus, un tiers des deux cent mille mineurs n’acceptent pas que Scargill n’ait pas suivi les procédures légales et continuent à sortir du charbon de leurs mines du Nottinghamshire, qu’ils contrôlent.

Après de multiples escarmouches musclées, la grève atteint son paroxysme entre le 23 mai et le 18 juin 1984, au coeur du Yorkshire, le quartier général de Scargill, autour d’une usine de coke (variété de charbon obtenue par distillation de la houille) à Orgreave, qui alimente l’usine sidérurgique de Scunthorpe. Cet épisode guerrier est connu sous le nom de bataille d’Orgreav et se déroule pratiquement en direct à la télé sous les yeux des Britanniques. D’un côté, des milliers de militants de la NUM qui essaient chaque jour, pendant ces trois semaines, avec une rage brutale et une incroyable ténacité, de bloquer l’usine pour empêcher que le coke soit livré à Scunthorpe. Au total, 32 500 piquets de grève furent comptabilisés pendant cette période. En face d’eux, des milliers de policiers antiémeute, assistés de brigades à cheval, pour que force reste à la loi. Et force est restée à la loi !

L’opinion publique, effrayée par ce qu’elle voit à la télé, est majoritairement opposée aux mineurs. Et comme le pays fonctionne à peu près normalement, il n’y a pas de casse pour les usagers. L’extraordinaire résistance des mineurs, de leurs épouses et de leurs communautés ne suffit pas à les rendre sympathiques. Ils ont commis trop d’excès, trop de délits en tous genres. La direction des mines offre aux mineurs hésitants des bonus et des avantages sonnants et trébuchants pour les ramener au bercail. En janvier, on compte 10 000 défections chez les grévistes. En février encore plus, et le 3 mars, c’est la fin. Tout le monde reprend le travail. Les mineurs rouges n’ont rien obtenu, sauf des broutilles, et on n’entendra pratiquement plus jamais parler d’eux. Au Royaume-Uni, la culture de la grève est morte et enterrée, sous les applaudissements des citoyens et les hurlements indignés de l’extrême gauche européenne.

Le Parti communiste est mis au ban de la société. Les drapeaux rouges sont détruits ou rangés aux oubliettes. La classe politique britannique et l’opinion publique ont enfin compris qu’on ne peut pas négocier avec des syndicats révolutionnaires et irresponsables qui ne connaissent que la confrontation et refuse tout dialogue ou le compromis.

Quant à Margaret Thatcher, en juin 1987, elle est réélue pour la troisième fois consécutive, un événement inédit depuis 160 ans ! Dans ses Mémoires, elle devait écrire cela : La défaite des mineurs a apporté la démonstration que la Grande-Bretagne ne pouvait pas être rendue ingouvernable par la gauche fasciste.La Dame de fer écrit comme elle parle, c’est-à-dire cash ! Laissons le dernier mot à Jacques Attali (C’était François Mitterrand, Fayard, 2006) : Pour François Mitterrand, c’était un adversaire, mais [Margaret Thatcher] avait au moins une vision. L’impopularité ne lui faisait pas peur. Une vision et l’indifférence aux critiques : c’était ce à quoi il reconnaissait un chef d’État.

Raymond Las Vergnas.

11 03 1985                     Mikhaïl Gorbatchev devient le patron de l’URSS. Il est significatif de donner l’énoncé de ses différentes fonctions, pour donner une idée de la turbulence institutionnelle dans laquelle va entrer la Russie, avec la perestroïka et la glasnost :

  • du 11 mars 1985 au 24 août 1991  : Secrétaire Général du Comité Central du Parti Communiste de l’Union Soviétique, et, à l’intérieur de cette première période, une autre fonction avec deux intitulés différents :

                   –  du 1° octobre 1988 au 25 mai 1989 : Président du Présidium du Soviet Suprême de l’URSS.

                   –  du 26 mai 1989 au 15 mars 1990 : Président du Soviet Suprême de l’URSS.

  • du 16 mars 1990 au 25 décembre 1991 : Président de l’URSS.

22 03 1985                      Les diplomates Marcel Fontaine et Marcel Carton sont enlevés à Beyrouth par le Djihad islamique.

29 03 1985               Bernard Laroche, cousin germain de Jean Marie Villemin, en prison depuis 5 mois suite à une dénonciation de sa belle sœur comme étant l’assassin de Grégory, est abattu par Jean Marie Villemin.

10 04 1985                       Instauration du contrôle technique pour les voitures de plus de 5 ans, qui deviendront 4 en 96.

4 05 1985                         En France, éclipse totale de lune.

6 05 1985                         Inauguration de la Géode de La Villette, due à Adrien Fainsilber.

22 05 1985                  Jean Paul Kaufman, journaliste à l’Evénement du jeudi et Michel Seurat chercheur au CNRS, sont enlevés à leur tour au Liban, par le même Djihad islamique.

29 05 1985     Drame du Heysel, stade de foot de Bruxelles : avant le début de la finale de la Coupe des clubs champions entre Liverpool et la Juventus de Turin, suite à une bousculade entre hooligans anglais et supporters italiens bloqués par des grilles d’évacuation, des tribunes s’effondrent, faisant 39 morts,  454 blessés.

J’ai une peine infinie pour les supporters de mon club victimes des fureurs de Bruxelles. Quand je dis mon club, ce possessif est sans prétention. II s’agit d’un problème de cœur, d’une réciprocité d’affection. C’est vrai autant pour les joueurs que pour les supporters. Une affaire de famille. C’est juste et normal. Quand cette harmonie est détruite par un fanatisme aveugle et imbécile, on doit s’attendre à toutes les violences d’une passion malsaine. Les loubards fauteurs de mort et de destruction sont de faux sportifs dévoyés, inspirés non par un esprit de village, de canton, de province ou par un nationalisme cocardier, même chauvin, ce qui serait encore supportable, mais par une sorte de racisme odieux. La lie des voyous de Liverpool ne doit pas être confondue avec les supporters anglais ; ils sont la pire des expressions de supériorité venues des bas-fonds d’une ville. Pourquoi les Anglais sont-ils pires que les autres… Je ne saurais répondre… J’entends parfois des explications du genre : c’est le chômage, la solitude dans les grandes cités qui suscitent la formation de bandes anarchiques, etc… Peut-être y a-t-il du vrai. Cependant, du chômage  et des grandes villes, il y en a partout, autant en Italie, en France qu’en Angleterre. J’ai joué dans bien des stades de par le monde, regardé bien des matchs d’importance capitale et j’y ai vu des bagarres de supporters, pendant ou après le match, mais jamais rien de comparable à l’odieuse volonté d’agression, de saccage, qui est le fait de quelques voyous anglais avant les matches. Ils suivent partout les équipes britanniques au grand regret, il faut le préciser, des joueurs et des dirigeants.

Certes, pour un peu qu’on le provoque, qu’on l’insulte dans sa nationalité, n’importe quel supporter paisible se transforme spontanément en combattant. Mais il est impensable que ce peuple auquel on doit le football, le sport le plus populaire au monde, il est incroyable que ce pays, si fier de sa réputation de fair-play et de civilité, soit aussi celui qui compte le plus grand nombre de dangereux dépravés. Après l’incendie de Bradford, les trente-huit (39 en réalité, ndlr) morts de Bruxelles en témoignent. Alors, c’est aux Anglais de répondre ; ce n’est pas à nous de les condamner. Les clubs et les joueurs anglais  ne sont en rien responsables. La décision de se retirer de la Coupe d’Europe pour un an leur appartient. II est bien qu’ils l’aient prise. Parce que les hooligans qui les suivent ne sont pas concernés par le football. Ils ne voient pas le jeu et son sens véritable leur échappe. Je l’affirme, ce sport est élégant ; bien joué, il est proche d’un art. Quand je vois un de mes équipiers ou adversaires réussir un shoot parfait, un dribble astucieux, une passe clairvoyante, je me dis : c’est beau, ce qu’il a fait là ; tout y était ; l’élégance du geste et sa précision. Le courage aussi, car il en faut au gardien, par exemple, pour se jeter dans les pieds d’un attaquant. Et de I’acharnement, à bout de souffle, pour voir se réaliser le miracle espéré : le but parfait. Tout cela, les voyous des stades ne le voient pas. Ce qui compte pour eux, c’est de s’enivrer avant, pendant, après le match et de casser la gueule à tous ceux qui ne sont pas de leur bande. Le sport n’est qu’un prétexte. Réunis en grand nombre dans l’anonymat de la foule, ils peuvent impunément frapper, détruire. L’ampleur des dégâts, voire le nombre des morts, sont leur bulletin de victoire. Ils sont les pires ennemis du football.

Mais comment pouvait-on ne pas jouer ce match maudit ? Au prix de combien de désordres plus graves encore aurait-il fallu payer sa suspension ? Pourtant, en apprenant au fil des minutes le nombre grandissant des victimes, nous étions accablés, pris d’un profond dégoût de jouer. Enfermés dans notre vestiaire, nous attendions la décision des officiels, si longue à venir… Alors nous sommes sortis, Bonini, Scirea, moi et deux ou trois autres, je ne sais plus qui dans la confusion. Nous avons couru vers les supporters de la Juve pour les supplier de se calmer. Vengeance ! criaient-ils, les  » Reds  » ont tué femmes et enfants. Vengeance ! Ils étaient fous. A ce moment, j’ai eu très peur. Ils auraient pu enfoncer le mince cordon de police qu’ils bombardaient de pierres arrachées aux murs de la tribune meurtrière. Ils n’avaient plus qu’une idée : la vengeance.

Mais si, il fallait à tout prix que la partie commence. Je comprends la noble attitude qui fait dire à certains : Jouer, c’était faire offense aux morts. En rester persuadé dénote une imagination un peu courte qui oublie l’irrésistible capacité de colère des foules. Dans l’état d’excitation hystérique où se trouvaient les supporters des deux camps ennemis, à l’annonce de l’annulation du match, tous auraient envahi la pelouse. Les combats auraient repris, encore plus sanglants. Tous ceux qui, comme moi, étaient sur le terrain – croyez-moi, c’est autre chose que dans les tribunes, là, toutes les clameurs de haine se rejoignent et sont amplifiées – comprenaient que seul le jeu pouvait leur faire oublier un instant le drame. II fallait leur donner leur match pour lequel ils étaient venus si nombreux. Ce jeu, ce sport à cause duquel tant d’entre eux venaient de mourir. Et puis aussi, il faut comprendre la décision de jouer par l’insistance du maire et de sa police imprévoyante qui, soudain, avaient peur pour leur ville.

Quand j’entends aux informations qu’un bombardement irakien sur Téhéran a fait neuf morts, alors que notre Coupe d’Europe en a fait près de quarante, j’en pleurerais de rage. Le match a commencé. Nous nous sommes à peine regardés. Les Anglais savaient notre peine. Nous comprenions leur honte. Mais nous avions tous la même volonté : réhabiliter le football par un match irréprochable. A mon avis, il l’a été, dur, mais digne. Peu à peu, nous avons retrouvé nos automatismes, notre inspiration, notre volonté de vaincre. Sur le terrain, on jouait au football vainqueur, dans les tribunes, aux passions déchaînées. Hélas ! Cela ne va plus ensemble.

De beaux esprits moralisateurs m’ont reproché d’avoir fait le geste de la victoire – le bras levé – au moment où j’ai vu le ballon entrer dans le but de Liverpool. Ceux-là n’ont jamais marqué un but de leur vie. Ils n’ont jamais senti sur leurs épaules le poids des yeux d’un stade en folie. Ils ignorent que le cri de la victoire est un réflexe libérateur impossible à refréner. Cette victoire que nous voulions tant et depuis si longtemps, nous nous étions fait un devoir de l’offrir à nos supporters d’Italie et du monde entier en hommage aux victimes. C’est pourquoi aussi, à la fin du match, nous avons couru vers les tribunes dévastées pour leur dire merci, merci de leur confiance, de leur affection et surtout combien nous partagions leur peine. Mais pas question de faire, Coupe en main, le traditionnel tour d’honneur. Provoquer, humilier davantage les voyous de Liverpool. Pas question. De toute façon, cette nuit-là, sur ce stade du Heysel, l’honneur avait sombré quelque part.

J’ai peur pour le football maintenant, toutes ces victimes étaient des gens modestes, incapables de se payer, en plus d’un long voyage, des places coûteuses dans les tribunes réservées où l’on est à l’abri de ce genre d’accident. Moi, quand j’étais jeune, j’allais dans ces tribunes populaires, où sont les vrais connaisseurs. Des gens simples et sincères dont j’apprécie le jugement. Ils sont l’âme de ce sport. Ce sont eux qu’il faut protéger, sinon, le football n’y survivra pas. Je les connais bien, mes supporters italiens de la Juve. Ils sont parfois excessifs, indiscrets, envahissants, prompts à la critique et à l’admiration. C’est une grande famille fervente et brouillonne. Mais c’est grâce à eux que nous sommes ce que nous sommes, parce qu’ils ont le sens ancestral de la beauté du travail bien fait et de la grandeur du sport. On a dit souvent que nous, les footballeurs professionnels, étions les gladiateurs des arènes modernes. Peut-être. Alors, pour l’honneur du sport, il ne faut plus que de vrais fauves soient lâchés en liberté dans les gradins.

Michel Platini, Juventus de Turin. À Paris Match.

La Hongrie est le 1° pays d’Europe de l’Est à demander son adhésion au Conseil de l’Europe.

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[1] Mais quel crédit peut-on accorder à la parole de Francisco Cossiga quand on sait qu’en poste aux plus hautes responsabilités il a soutenu Gladio, le bras armé des services secrets italiens et de la CIA, premier acteur de la manipulation des Brigades Rouges ?

[2] Ambassadeur à vie de l’Académie française au Palais de l’Élysée, qui tirera sa révérence le 5 décembre 2017, devenant ainsi ambassadeur immortel de l’Académie Française au Paradis.

[3] Dans les années 1960 ou 1970, les réalisateurs qui achoppaient sur leur intrigue finissaient par se rendre en douce chez Claude Sautet, connu pour la finesse de ses diagnostics. Marcel Ophuls, Jean-Paul Rappeneau, François Truffaut ou Philippe de Broca ont eu recours à ses conseils. On le surnommait Docteur Claude quand lui préférait se qualifier d’artisan ressemeleur missionné pour resserrer un début, trouver une fin, etc. Un jour, Gabin lui a apporté un projet de film en lui disant : Il y a à manger, mais ça manque de dessert, il faudrait que tu nous trouves le dessert !

Erwan Desplanques         Télérama 3487 du 22 06 2016

[4] C’est le nom d’un poisson volant qui atteint des vitesses faramineuses.

 


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