| Publié par (l.peltier) le 24 août 2008 | En savoir plus |
19 01 1977
À Troyes s’ouvre le procès de Patrick Henry, 22 ans, qui a enlevé le 30 janvier 1976 puis tué Philippe Bertrand, un enfant de 7 ans. L’avocat général demande la peine de mort. Robert Badinter, l’avocat de Patrick Henry, obtient perpette. Patrick Henry fera 24 ans de prison, employés pour une bonne part à des études ; libéré en 2001, il replongera rapidement pour de très ordinaires histoires de vol à l’étalage et de trafic de cannabis.
Si j’étais juré, je le condamnerai à mort.
Michel Poniatowski, ministre de l’Intérieur le 18 février 1976
À son procès, Patrick Henry reste muré dans un silence glacial, enfermé comme dans une citadelle, incapable de lire la déclaration qu’il avait préparé pour la première audience et dans laquelle il exprimait son remord. Cette attitude désole ses avocats et consterne ceux qui espèrent envers et contre tout que la vie gagnera. Elle le condamne aussi surement que l’horreur de son crime. Tout à la fin, racontera son avocat, Maître Badinter, aux reporters de Paris Match, alors que nous avions déjà plaidé, le président lui a dit : Vous n’avez rien à ajouter ? Et là il a craqué : il a tout dit, mais en des termes tout différents de ce qu’il avait préparé, plus directs, plus précis. Il a dit qu’il savait que ce qu’il avait fait était horrible, il demandait pardon aux parents ; toute sa vie si on le laissait vivre, il regretterait son crime, il expierait. Il avait un accent d’une profondeur, d’une sincérité totales. Un peu plus tard, je lui ai demandé : Qu’est-ce qui vous a fait parler ? Il m’a dit : La lettre que madame Ranucci (la mère de Christian Ranucci, exécuté à Marseille le 28 juillet 1976) a envoyé à ma mère -. S’il n’y avait pas eu cette lettre, conclura Maître Badinter, il est probable qu’il se serait tu. Il est possible qu’il aurait été condamné à mort.
Gilles Perrault. Le pull over rouge. Fayard 1994
Être présent aux côtés de tous, et même du pire d’entre nous, surtout du pire d’entre nous, qui n’a plus rien, ni foi, ni conscience, ni droit, ni ami, ni juge, quand la haine et la colère l’emportent à la mort. Être avocat, messieurs qui ne défendez jamais, sans doute, que des veuves et des orphelins, ce n’est pas justifier, ce n’est même pas excuser. C’est interdire à la haine d’être présente à l’audience.
Jean-Denis Bredin, avocat, associé à Robert Badinter
2 02 1977
Inauguration du Centre Pompidou – Beaubourg – dû à Renzo Piano et Richard Rogers. Les deux jeunes architectes étaient alors totalement inconnus, et avaient rendu ce meccano propre à faire jaser, et pour longtemps, sans vraiment y croire : ils se mirent joyeusement au travail quand ils l’emportèrent.
Nous avons d’abord été méfiants vis-à-vis de ce projet. Nous étions jeunes, légèrement mal élevés et porteurs de désirs exagérés. C’était pour nous un projet d’État avec une certaine rhétorique. Nous avions peur que ce soit l’expression d’un pouvoir. Nous nous disions en même temps que si l’on veut faire un projet rhétorique, on ne fait pas appel à Jean Prouvé pour présider le jury. Après avoir regardé de plus près le programme, on s’est dit que c’était très intéressant. Nous avons appris que c’était une vieille idée de Malraux, celle des maisons de la culture, qu’il voulait appliquer à toutes les villes de France. Une maison où les gens se retrouvent, partagent le plaisir du savoir autour de la lecture, de l’art, de la musique, du cinéma. J’appellerais cela les jardins de beauté ; la beauté intellectuelle, la beauté de l’esprit. C’est une très belle idée. Le programme de Beaubourg était le reflet de cela. Le concours a été lancé en 1971, trois ans seulement après Mai 68. Nous avons compris que, derrière un tel programme, il y avait le début d’une idée assez révolutionnaire. Nous l’avons interprété de manière assez exagérée, voire extrême. Notre projet était un peu fou, mais le programme l’était déjà.
Nous n’avons modifié que peu de choses de notre projet initial. Nous avons été choisis avec une certaine clarté. Il faut dire qu’un président qui accepte de constituer un jury d’une telle force devait en même temps en accepter le verdict. Georges Pompidou a eu beaucoup de courage. Oui, il y avait quelques folies, abandonnées depuis, comme le fait que les étages pouvaient se déplacer comme d’immenses monte charges. Notre machine urbaine, car Beaubourg est une petite ville avec ses ponts, son lac, ses terrasses, sa coursive, qui fait office de rue, était un outil que l’on pouvait tout le temps changer. La culture échappe à une seule définition. Il nous fallait faire une machine urbaine capable de se transformer dans le temps. Nous avions le courage de la jeunesse. On comprend plus difficilement le courage de ceux qui ont porté le projet. On nous a totalement laissés faire. Le jury et tous les responsables du projet ont compris qu’on avait voulu délivrer les plateaux et leur permettre de se transformer. En 2000, on a arrêté la machine et on a changé des choses – entretien des parties extérieures, réagencement des plateaux – . On fera probablement de nouvelles choses dans dix ans, c’est normal.
Il faudrait être cynique pour dire que les critiques ne nous ont pas affectés. On est touché, mais, en même temps, on est têtu. L’entêtement a quelque chose de sublime. Ça n’est pas un entêtement artistique, mais qui a à voir avec la société, avec le monde. Nous avions conscience de faire quelque chose de bon. Richard et moi, on a grandi avec ce plaisir de mesurer la ville, de regarder les gens, de parler aux hommes. Nous faisions des lieux dans lesquels on célèbre une liturgie de la tolérance, du partage. Lorsque vous êtes convaincu de cela, les critiques deviennent très gênantes. On ne fait pas des choses différentes pour le plaisir d’être différent.
Notre métier, c’est de construire les changements du monde. On n’a pas changé le monde avec Beaubourg, mais le monde des musées était en train de changer. Quand vous construisez ce monument charnière, vous ne pouvez pas vous attendre à ce que tout le monde applaudisse.
Renzo Piano. Le Monde du 22 01 2017
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Jean Widmer, designer et graphiste suisse, ne se cassera pas trop le bonnet pour faire son logo . Il en fera d’autres : Musée d’Orsay, Bibliothèque Nationale de France, Institut du monde arabe et … la signalétique touristique de nos autoroutes
Après le loupé intégral du Trou des Halles, rattrapé dans les années 2010 par une canopée toute consacrée à la consommation, lourde – 7 000 tonnes, presque la Tour Eiffel, sur 2.5 ha, 23 000 m² de verre -, c’est un changement total de la sociologie d’un quartier parisien qui s’opère : jusque là, la marginalité pouvait être incrustée au cœur de Paris, elle va désormais planter ses quartiers en banlieue : c’en est fini d’un Paris où cohabitent artistes et voyous, clochards et ivrognes. Va désormais s’y épanouir la nouvelle ethnie des bobos, cadre supérieur, moyen et moyen/supérieur, tendance sociocu, au consumérisme soixante huitard.
À l’ombre des pavillons de Baltard et dans toute la périphérie du carreau des Halles grouillait alors toute une population d’êtres à la dérive : chiffonniers accrochés à leurs poussettes, gitans occupés à d’obscures magies, assassins en rupture de tôle reconvertis dans de louches besognes, ivrognes de tout poil et de tout bord. Chacun avait son histoire, mirobolante parfois, à vous conter, et la somme de toutes ces destinées brisées ou perverties n’était pas loin de faire une légende. À l’emplacement de l’actuel Centre Pompidou, les ouvriers de l’Entre Deux Guerres avaient commencé à dégager, au pic et à la pioche, un vaste espace cerné de façades borgnes, qui servait la nuit de garage en plein air pour les camions de primeurs et pendant la journée de terrain de jeux aux enfants du quartier : le fameux plateau Beaubourg, grandiose écorchure dans la chair de l’antique capitale, noblement flanqué par la haute nef de Saint-Merri… et véritable pôle obsessionnel autour duquel gravitent la plupart des récits réunis dans le présent volume. Cette lèpre des quartiers promis à la démolition (que les urbanistes bien souvent ont laissé s’installer pour avoir ensuite un excellent prétexte à tout raser), Seignolle la sonde avec autant d’inquiétude que de fascination. Il n’est pas de ceux qui, confrontés à la destruction prochaine des architectures du passé, font vibrer la corde sensible : la beauté des vieilles pierres, le charme plaisant des étroites venelles, bref, tout ce pittoresque que l’on attend de celui qui évoque les fastes et les spectres du vieux Paris, ne sont pas dans sa manière. Il n’hésite même pas, s’il le faut, à plonger dans la fange la moins ragoûtante. Non, son dessein n’a rien d’aimable. Ces vieilles pierres, il n’est pas de ceux qui signeront des pétitions pour les sauver. Il imagine qu’elles savent fort bien se défendre toutes seules… et au besoin attaquer ceux qui leur veulent du mal – fussent-ils dotés des meilleures intentions.
Jean Pierre Sicre, directeur des Editions Phebus. Introduction à La nuit des Halles de Claude Seignolle.1988
Quarante ans plus tard, Renzo Piano, laissant allègrement ses 80 ans derrière lui, donnera à Télérama, deux pages de jeunesse, d’élégance et de bonheur de vivre peu communs à cet âge : il y a chez ce gênois le génie italien des plus grands : Giotto, Fra Angelico, Léonard de Vinci, Michel Ange, Rafael, Brunelleschi, Enzo Ferrari – il commendator – Giorgio Armani, Gucci, Fellini, les frères Taviani, Mastroianni etc : deux pages d’une interview très généraliste dans Télérama, et rien qui puisse ressembler à une pique contre l’administration française ! Il fallait connaître les arcanes de l’administration italienne pour parvenir à avoir une telle hauteur de vue sur l’administration française. Chapeau l’artiste !
Cent soixante mètres de haut ! Avec le tribunal de grande instance de Paris qu’il livre cet hiver [2018] aux Batignolles, Renzo Piano, l’architecte à qui l’on doit l’usine à tuyaux du Centre Pompidou (1977, avec Richard Rogers) revient, quarante ans plus tard, avec une autre entorse au classicisme sage des règles d’urbanisme de la capitale : un gratte ciel ! Du jamais vu depuis la tour Montparnasse, en 1972. De loin, l’objet, trois à cinq fois plus haut que ses voisins, marque l’horizon. De près, pourtant, élancée au bord du boulevard périphérique, cette élégante superposition de quatre parallélépipèdes de verre de tailles décroissantes séparés par des jardins terrasses s’impose en toute légèreté, comme suspendue aux nuages. Du grand Piano récompensé fin 2017 par l’Équerre d’argent du Moniteur, le Goncourt de l’architecture. Encore une récompense pour un starchitecte qui les a toutes eues. Le Praemium Impériale de l’empereur du Japon en 1995, le Pritzker Prize, Nobel américain de l’architecture, en 1998, et le titre de sénateur à vie en Italie, pour une œuvre effectivement remarquable : parmi tant d’autres, la Fondation Beyeler ou le Centre Paul Klee en Suisse, la tour du New York Times ou l’Académie des sciences de San Francisco, aux États Unis. Sans oublier le tout petit et si lumineux couvent des Clarisses, au pied de l’église de Ronchamp, construite par Le Corbusier non loin de Besançon… Toujours disert et courtois, avec l’accent chantant de sa Gênes natale, le maestro, 80 ans, plus sel que poivre, reçoit sous la verrière de son agence parisienne, rue des Archives, dans le Marais, à deux pas de Beaubourg, son premier-né…
Il y a quarante ans, vous déchaîniez les passions avec des tuyaux de couleur. Aujourd’hui, vous crevez le plafond, et personne ne dit rien. Les Parisiens se seraient-ils ramollis ?
Je ne sais pas. Aux critiques d’architecture de faire leur travail… À Beaubourg, on révolutionnait l’idée du musée. Il y a un peu de cela, ici, avec la justice. Mais, on saura vraiment si le public accepte le bâtiment quand celui-ci deviendra un vrai tribunal, lors de sa première audience, le 16 avril prochain [2018].
En quoi cet immeuble vertigineux entend-il modifier notre vision de la justice ?
Le bâtiment est transparent. Mais je ne suis pas assez naïf pour prétendre faire la lumière sur la justice en construisant un palais de verre… Cependant, c’est toujours mieux qu’un jeu d’ombres. Prenez la salle des pas perdus de l’actuel tribunal, sur l’île de la Cité : elle est digne, austère, mais oppressante aussi. La nôtre est vaste, baignée de lumière naturelle, ce qui, je l’espère, la rend moins intimidante pour les justiciables lambda que nous sommes.
Comment appréhende-t-on la construction d’un tel objet ?
Ces bâtiments sont des machines extrêmement compliquées. Déjà, ils sont fréquentés par trois types de personnes qui ne doivent jamais se croiser : les magistrats, le public et les prévenus. Du coup, les salles d’audience – il y en a quand même quatre vingt dix ! – sont toutes au plus près du public, donc de la rue, dans le socle du bâtiment, un bloc de huit étages perpendiculaire au périphérique. Au-dessus, de la terrasse arborée du neuvième étage – sur laquelle donne le restaurant du tribunal – jusqu’au trente-huitième et dernier étage, en passant par les deux autres jardins, situés aux dix neuvième et vingt neuvième étages, l’immeuble reste le domaine réservé des magistrats et du personnel. Quant aux cellules des prévenus, elles sont au sous sol d’un bâtiment adjacent, avec leur propre circulation sécurisée jusqu’aux salles d’audience. Mais au delà de cette pure fonctionnalité, nous nous sommes posé bien d’autres questions.
Lesquelles ?
D’abord, il fallait pouvoir donner de la lumière du jour aux quelque neuf mille personnes appelées à fréquenter quotidiennement le site. La seule possibilité pour ne pas voler trop d’espace à la ville consistait à construire en hauteur. Le même programme (104 000 m² de plancher) réalisé à l’horizontale, avec des bâtiments classiques sur huit à dix niveaux, aurait occupé tout le quartier. Ensuite, il s’agissait d’offrir aux magistrats et aux personnels des espaces extérieurs de qualité, mais en toute sécurité. Solution : les percher en altitude, sur les trois terrasses qui rythment la structure, et en faire de vrais jardins, avec de vrais arbres (des chênes, symboles de la justice, mais aussi des érables, des bouleaux et des hêtres, déjà d’une belle taille). Enfin, nous voulions, en installant le tribunal sur ce site-là, aux confins de Paris, féconder la banlieue. C’est-à-dire y apporter de l’urbanité, de la grandeur, de la dignité.
Le chantier a-t-il été ralenti par des recours de riverains ou des groupes de pression ?
Forcément ! On a perdu presque un an. Les avocats n’avaient pas envie de se déplacer dans ce quartier excentré.
Il est vrai que les bistrots de l’île de la Cité sont plus vivants…
Mais ceux des Batignolles vont le devenir ! Les villes ont un métabolisme lent, pas toujours prévisible, mais je ne me fais pas de soucis. Grâce au TGI. Grâce à la Cité du théâtre qui prévoit de construire une deuxième salle pour la Comédie Française, ainsi qu’un nouveau bâtiment pour le conservatoire d’art dramatique, à proximité du Théâtre de l’Odéon Berthier, déjà au coin de la rue. Sans oublier le parc Nelson Mandela juste derrière, la police judiciaire qui s’est installée à deux pas, ou la Maison des avocats actuellement en chantier. Le quartier va bouger. Voilà ce que j’appelle féconder. En amenant des fonctions publiques – un tribunal, un musée, une bibliothèque, une salle philharmonique, une école, un parc -, on fertilise la ville.
Au XIX° siècle, on reconnaissait le tribunal à sa colonnade soutenant un fronton néoclassique A quoi doit-il ressembler aujourd’hui ?
La symbolique de la justice, pour moi, est en corrélation avec la question de la dignité. Après, comment faire un bâtiment de cette taille sans qu’il ressemble à un immeuble de bureau ? Le hall, j’espère, montre, par son volume et sa majesté, la solennité d’une institution publique où l’on rend la justice. Les salles d’audience, en bois clair, aussi. Pour l’instant, les magistrats avec qui nous avons travaillé tout au long du chantier semblent séduits. On verra au printemps la réaction du public.
Ce chantier a été mené en partenariat public privé qui donne beaucoup de pouvoir au promoteur sur l’architecte. Et coûte, à terme, plus cher à la collectivité [1]
Je ne me prononcerai pas sur la question du coût final, qui dépasse mes prérogatives. Mais je reconnais que la forme juridique du PPP complique au départ le travail. Car il y a, à la fois, un client d’établissement public du ministère de la Justice, des utilisateurs (les magistrats), et un constructeur (Bouygues, qui avance le coût des travaux et s’engage aussi à assurer la maintenance du bâtiment pendant vingt sept ans en échange d’un loyer important payé par l’État). Face à eux, il y a nous : les architectes de Renzo Piano Building Workshop, têtus comme des fous. Bernard Plattner, celui de mes associés qui a suivi ce chantier, ne lâche rien. D’autant moins qu’une de nos équipes composée d’une trentaine de personnes, avec des tas de dessins hauts comme ça [geste], a passé son temps à vérifier, un par un, mot par mot, la bonne exécution de toutes les phases de la construction. L’architecte ne doit jamais renoncer à son rôle : être le gardien, féroce si nécessaire, de la qualité.
L’entreprise a-t-elle compris votre exigence?
On touche là une matière sensible : l’orgueil du bâtisseur. Parler ainsi peut paraître désuet en ces temps où seul l’argent semble compter, mais moi, je viens de là, je sais. Mon père, petit constructeur, n’avait qu’une douzaine d’ouvriers, mais, dans le métier, il disait toujours : Pour faire un bon travail, il faut le nombre d’heures nécessaire. Dans le bâtiment, cet esprit perdure.
Même chez les géants du BTP ?
Quand le chantier se passe bien, ce qui était le cas, vous sentez la fierté des ouvriers. Ils ont été jusqu’à deux mille au TGI de Paris, venus de partout, parlant toutes les langues, sachant tous ce qu’ils faisaient là. Construire est un geste de paix. D’autant plus s’il s’agit de lieux publics faits pour vivre ensemble d’une façon civile. Il en va ici comme de la musique : il faut être bien coordonnés, respectueux du travail de l’autre. Rien de plus fort qu’un orchestre pour mettre d’accord même des Palestiniens et des Israéliens, on le voit avec l’entreprise du chef Daniel Barenboïm…
L’architecte serait donc celui qui donne le la, et après les petites mains exécutent?
Non, pas vraiment. Je suis venu à l’architecture par le chantier. J’ai terminé mes études en 1964. Jusqu’en 1969, je n’ai pas vraiment construit pour des clients : mon activité tournait essentiellement autour d’expérimentations de terrain, d’installations précaires, de tentatives. On se rend alors vite compte qu’on n’est pas l’artiste seul sur son tas de sable. On ne peut construire qu’avec les autres. Mon agence a donc toujours été un espace de débats et d’échanges. Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui, j’ai dix partenaires et vingt-cinq associés. On discute, on travaille. J’ai un rôle important, je ne suis pas le seul. Nos réalisations sont toujours le résultat d’un ping pong d’abord à l’agence, puis avec les ingénieurs, les techniciens, avec la Ville, avec le client…
On retrouve néanmoins dans tous vos projets une écriture Piano.
Merci pour ce terme d’écriture que je préfère de beaucoup à la notion de style et son côté pompier. L’écriture induit l’existence d’un fil rouge, d’une syntaxe. La lumière en est le premier élément. Je suis né à Gênes, face à la mer : depuis toujours, le ciel est pour moi le matériau primordial… Mais mon écriture met aussi en rapport la pesanteur avec la légèreté, l’opacité avec la transparence, la vitesse avec l’immobilité. Le terme me plaît car il rappelle aussi que l’architecture est à la fois un travail de la main et de la tête. Que l’on soit écrivain, architecte, musicien, cinéaste, peintre, tout se passe dans ce rapport entre la poursuite d’une idée et la façon dont on peut la mettre en œuvre, avec des allers et retours entre ces deux mondes. Parfois la main est plus rapide que la tête.
Avec le temps on écrit de mieux en mieux ?
L’écriture est aussi, bien sûr, une question de métier, d’expérience. Mais pas seulement. Tout mon travail est construit sur l’idée qu’il y a deux choses qui se croisent et se télescopent : le rationnel et l’instinctif. La rime et la raison. Le poète Octavio Paz, mon ami, disait : La poésie est fille du hasard mais fruit du calcul. L’architecture aussi. Ce que l’on prévoit, dessine, travaille, précisément, précieusement, donne à la fin quelque chose qui, souvent, nous échappe.
Qui nous échappe mais reste du Piano malgré l’intervention d’une foule de professionnels…. Par quel prodige?
Les cent soixante-dix personnes de mon agence ne travaillent pas toutes dans la même direction parce qu’elles m’obéissent, mais parce qu’elles sont moi même. Comment dire ? Je vis une saison assez heureuse de ma vie : le matin, j’arrive à l’agence, je ne m’occupe de rien, et ça part comme un ballet. Chacun, qu’il ait 25 ou 75 ans, trouve non pas sa place, mais sa partition, ses questionnements, ses idées, pour un échange constructif avec les autres et avec moi, dans un mouvement, une tension, une anxiété commune.
Vous en êtes le catalyseur ?
Je donne. Mais je prends aussi.
Vous avez fêté vos 80 ans. Un âge où l’on s’interroge sur la suite de l’aventure…
La vie, pour moi, est la quête permanente d’un moment, toujours entravé, qui n’arrive jamais. Heureusement, il y a un petit miracle qui s’appelle la transmission aux plus jeunes. Mais l’idée n’est pas de leur passer ma science en leur assénant fais ceci, ne fais pas ça. Pour leur inoculer la passion, il faut les inviter à la table. Depuis dix ans, nous recevons tous les ans une vingtaine de stagiaires qui restent six mois. Et nous en embauchons aussi. Je les vois, avec les yeux écarquillés, toute la journée, et je sens l’appétit s’installer. Notre faim est civique, elle s’attache à l’idée que l’on se fait de la ville et de la démocratie. Construire est un geste politique dont on ne se lasse pas quand on y a goûté.
Vous pourriez cependant aller à la pêche Vous dire : J’ai déjà fait un aéroport, quatorze musées…
Pas quatorze ! J’ai compté récemment : j’en suis à trente-trois musées. Après j’ai bien essayé d’aller à la pêche, mais je n’attrape rien… Non, soyons sérieux : je ne peux pas faire l’architecte avec une telle énergie depuis plus de cinquante ans et dire un jour, ciao, j’abandonne ! En plus, je suis heureux. Construire est la seule chose que je sais faire. Honnêtement, je n’ai jamais eu, même une seconde, l’idée de me mettre à la retraite. Après, je sais qu’un jour la vie, ou je ne sais qui, en décidera autrement. En attendant, je me nourris du plaisir de voir autour de moi, dans mon agence à Paris comme à celle de Gênes, des grands yeux qui boivent, prennent, absorbent, alimentent quelque chose de noble. Parmi tous les arts, celui de construire la ville est de plus en plus important dans un monde où tout marche de travers.
Voilà six décennies que vous regardez l’architecture se faire ? Va-t-on vers un mieux?
Ce nouveau siècle s’ouvre sur un constat: la fragilité de la Terre. On construit aujourd’hui des bâtiments beaucoup plus sages. La consommation en énergie du tribunal de Paris est trois fois moins importante que celle du Palais de l’île de la Cité. Mais cela ne relève pas seulement d’une question pratique, il s’agit aussi d’une position éthique. Je suis fier que trois de nos bâtiments – un centre scientifique à San Francisco, une tour à Turin et la bibliothèque d’Athènes – aient reçu le label Platinum LEED, la meilleure note du système américain, qui mesure selon trente-huit paramètres la sagesse énergétique et environnementale d’un bâtiment.
Votre tribunal a remporté fin novembre l’Équerre d’argent du Moniteur que vous aviez déjà reçue en 1991. Ce prix ne devrait-il pas plutôt distinguer les jeunes qui démarrent?
II ne faut pas penser que, passé un certain âge, on n’a pas besoin d’encouragements. Pour continuer à croire. Ce qui vous garde en vie n’est pas ce que vous avez fait, mais ce que vous allez faire. Et justement, je mijote, en Ouganda, un petit hôpital en pisé pour l’ONG Emergency, et à Istanbul, un centre culturel ; l’Opéra de Hanoï, aussi, et le siège de l’Institut Lumière à Lyon ; et puis l’Academy Muséum à Los Angeles, et, surtout, à New York, l’ultime phase du campus de la Columbia University. Sans oublier un palais de justice à Toronto, une tour à San Francisco, une grande école en Chine. Et, ça m’échappait, l’Ecole normale supérieure de Paris-Saclay… Quel bonheur !
Propos recueillis par Luc Le Chatelier. Télérama 3553 du 17 au 23 février 2018


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17 02 1977
Les océanographes américains Jack Corliss et Jerry Van Andel, à bord du sous marin Alvin découvrent dans les eaux des Galapagos par – 2 700 mètres des sources hydrothermales, sur la dorsale océanique qui marque les fractures de la croûte océanique autour de laquelle se met en place le mouvement des plaques. C’est autour de ces sources que se trouve une vie sous marine à grande profondeur, utilisant leur chaleur pour la synthétiser par une chimiosynthèse, de même que sur terre, le végétal utilise le rayonnement solaire pour fabriquer de la chlorophylle par la photosynthèse.
Nous voyons des clams, ces centaines de clams entre les rochers. Et attends, ce n’est pas fini : à travers les hublots, vient d’apparaître un merveilleux, un foisonnant tourbillon de vie. Des moules géantes, des crabes, des vers immenses et lumineux, des poulpes !

Et, près de 50 ans plus tard :
Les geysers sous marins, appelés évents hydrothermaux, sont déjà connus pour la vie microbienne à leur surface. Ils éjectent de l’eau très chaude et riche en minéraux, et malgré l’absence de lumière à cette profondeur, des espèces arrivent à s’adapter et à créer leur propre écosystème. Mais lors d’une récente expédition, des scientifiques ont décidé de chercher ce qui se trouve sous ces sources chaudes, sans se limiter à leur surface. Leur découverte a été parmi les plus surprenantes, car contre toute attente, une faune très riche a été révélée ! À l’aide d’un robot, des morceaux de croûte volcanique ont été déplacés afin de découvrir ce qui se cachait dessous, et c’est en effet un véritable écosystème qui a ainsi été révélé : de nombreux organismes vivant à l’abri de prédateurs, allant de bactéries à des créatures plus complexes comme des escargots ou des vers tubicoles notamment.
Ces vers, déjà connus pour pouvoir survivre dans des environnements extrêmes, ont été au cœur de cette recherche et ont révélé un comportement migratoire étrange. En effet, au lieu de se déplacer directement dans l’eau, les chercheurs ont constaté qu’ils empruntent des circuits souterrains. Dans cet environnement, le plancher abrite en effet des fluides volcaniques générant des fissures, qui sont ici utilisées par les vers comme moyen de transport, mais aussi et surtout comme source de nutriments. Cette découverte pourrait expliquer la raison de la rareté de ces vers tubulaires autour des monts hydrothermaux.

Cédric Depond Source: Schmidt Ocean Institute.
25 03 1977
Jacques Chirac est élu maire de Paris. Évidemment, le poste amène à rencontrer du monde, et tout d’abord des journalistes parmi lesquelles Élisabeth Friedrich, accréditée par son employeur, l’AFP, à la Mairie de Paris. Elle va devenir sa maitresse, restant discrète et se retirant lorsqu’il deviendra président.

7 03 1977
Deux Boeing 747, un PanAm, l’autre KLM sont à Teneriffe, déroutés de l’aéroport de Las Palmas, fermé pour cause d’attentat terroriste vers celui de Los Rodeos. Le brouillard est épais et le trafic exceptionnellement dense. Le KLM s’est lancé sur l’unique piste d’envol, la croyant libre. Mais un malentendu radio va faire que le PanAm va traverser la piste : ils se télescopent et c’est l’enfer : le plus lourd bilan de l’histoire de l’aviation : 575 morts, les 250 du KLM, et 325 du PanAm, d’où pourront s’échapper 66 survivants, dont le pilote et le copilote.

13 05 1977
Dolores Ibarruri, la Passionaria rentre en Espagne après 38 ans d’exil à Moscou.
06 1977
Paul Watson, marin canadien à vocation de pirate, las de voir Greenpeace se contenter d’un militantisme mou, fonde Earthforce Environmental Society à Vancouver, qui va rapidement devenir Sea Shepherd Conservation Society. Les signataires des grands traités de protection des ressources marines, n’étant pas capables de financer une gendarmerie pour les faire respecter, se contentent d’incantations et ça ne marche pas du tout : je vais faire le gendarme !
L’interview est du 29 septembre 2016. Paul Watson sera arrêté par la police danoise à Nuuk, au Groenland le 21 juillet 2024, où il venait faire le plein de son bateau, le John Paul DeJoria, sur demande du Japon qui avait lancé un mandat d’arrêt international en 2012, soit il y a douze ans ! Paul Watson était recherché par le Japon pour avoir causé des dommages et des blessures lors de deux incidents survenus dans l’océan Antarctique en 2010 à l’encontre d’un navire baleinier japonais, dont un marin avait été incommodé par une boule puante lancée par Sea Sheperd ! Les Danois ont probablement mis beaucoup d’empressement à réactiver cette vieille plainte, car ils veulent faire payer à Paul Watson son opposition au massacre des grands dauphins sur les îles Féroé, qui sont danoises, – le grindadrap – une tradition qui remonde à la fin du XVI° siècle. Paul Watson restera en prison au Danemark jusqu’au 2 décembre 2024, date à laquelle le Danemark décidera ou non de son extradition vers le Japon. Ce pays s’est affranchi des limites imposées à la pêche à la baleine et en pêche autant qu’il veut dans ses eaux territoriales. Sa consommation baleinière est tombée à environ 2 000 tonnes par an, alors qu’elle était 200 fois supérieure dans les années 1960. Pour finir, le Danemark refusera l’extradition vers le Japon le 17 décembre 2024 en libérant Paul Watson, après cinq mois de détention.
Parmi les 4 000 cartes et lettres qu’il a reçues en prison, plus de 3 000 ont été écrites par des Français
Lamya Essembali, présidente de Sea Shepherd France.
Place de la République, Paris 21 décembre 2024. À gauche, Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France

Paul Watson, en détention à la prison de Nuuk, au Groenland, le 28 octobre 2024. Oscar Scott Carl pour le magazine Le Monde.

Nuuk, le 22 janvier 2026

La baleine de Minke, comme celle ci-dessus déchargée dans un port japonais, a été ciblée par le programme de pêche à la baleine à visée scientifique du pays. À compter du 1er juillet 2019, le Japon a repris son activité de pêche commerciale à la baleine, après plus de trente ans d’interdiction.
Six mois après sa libération, il persiste et signe :
Quel est l’état du vivant dans l’océan ?
Nous sommes confrontés à un véritable effondrement. Depuis 1950, la population du phytoplancton a baissé de 40 %. Or il est à la base de la chine alimentaire marine, tout en fournissant une large part de l’oxygène que nous respirons et en capturant d’énormes quantité de CO². Pourquoi cette raréfaction ? Parce que les activités humaines engendrent une diminution des populations de baleines, de dauphins, de tortues et d’oiseaux de mer qui apportent, via leur déjections, les éléments nécessaires à sa prolifération: magnésium, fer et azote. La baleine bleue rejette chaque jour près de 3 tonnes d’excréments ; il existe un équilibre écologique délicat entre les espèces animales et les plantes aquatiques, et il a été profondément perturbé.
Depuis le moratoire de 1986, qui interdit la pêche à la baleine, comment les populations de ces espèces de cétacés ont-elles évolué ?
Malheureusement, ce moratoire, promulgué par la Commission baleinière internationale, n’est que théorique. Depuis 1986, environ 40 000 baleines ont été tuées, principalement par le Japon, la Norvège et l’Islande… en violation flagrante de la loi. En 2014, la cour internationale de justice a ordonné l’arrêt de la chasse organisée par les Japonais en Antarctique, ce qui ne les a pas empêchés de continuer. S’ils ont émis contre moi un mandat d’arrêt, c’est notamment parce que j’ai révélé la vérité sur leurs agissements, et que leur gouvernement veut se venger.
Ce n’est probablement pas la seule menace qui pèse sur l’océan…
Il faut citer l’exploitation minière des grands fonds, les pollutions plastiques, chimiques et radioactives, auxquelles s’ajoutent la surpêche et le braconnage. D’après les chercheurs canadiens Daniel Pauly et Boris Worm, d’ici à 2048, il n’y aura plus d’industrie de la pêche, car il n’y aura tout simplement plus de poisson. Lors de la COP 21, en 2015, j’avais déjà déclaré que nous aurions besoin d’un moratoire d’au moins 75 ans sur la pêche commerciale pour permettre à l’océan de réparer les dommages que nous lui avons causé.
Quelles sont les solutions pour éviter un scénario catastrophe ? On entend parler de la géo-ingénierie marine, qui consiste à modifier la composition chimique et biologique des océans pour capturer davantage de CO² ?
J’ai pu arrêter deux projets de ce type au large des Galápagos et des îles de la Reine Charlotte, au Canada. Jeter de la limaille de fer dans l’océan pour stimuler le phytoplancton sans réaliser d’étude environnementale complète au préalable, c’est une idée complètement dingue. Il n’y a aucune preuve que cela fonctionne. Et qu’en est-il du magnésium, de l’azote et des autres éléments vitaux dont regorge l’océan ? Pour assurer la protection de la biodiversité et du climat, des solutions existent. Nous devons mettre fin à notre dépendance à l’égard des énergies fossiles, adopter un régime alimentaire à base de végétaux, accorder à l’océan 75 ans de répit, mettre en place de larges campagnes de plantation d’arbres, cesser la production de plastique à usage unique…
Comment rester optimiste face à l’ampleur de la tâche à accomplir ?
Je ne suis absolument pas inquiet pour l’avenir de l’océan, car la Terre se portera très bien dans 200 millions d’années. Ce sera une planète magnifique … et sans humains. L’écologie consiste donc à protéger l’humanité de sa propre folie. Je crois les nouvelles générations beaucoup plus conscientes, motivées et investies pour leur planète. Et je ne doute pas qu’elles prendront les choses en main.
Paul Watson. Science et avenir Juillet 2025 Propos recueillis par Marie Parra.
Un répit de 75 ans pour l’océan… Sur le principe, les avis compétents convergent. Sur la durée, on entend des chiffres moindres, mais de toutes façons, il s’agit de la durée d’au moins une génération :
Les faits sont là : un moratoire sur les captures entraîne un repeuplement rapide. Il suffit ensuite de quelques années pour que les populations renouvelées prospèrent également autour de ces AMP – Aires Marines Protégées -. L’équipe de Joachim Claudet l’a démontré en modélisant, en Méditerranée, l’évolution d’un poisson très courant, le sar commun, Après 40 ans de protection forte, la biomasse des poissons augmente de 90 % et les prises par la pêche à l’extérieur de la réserve de 60%.
Loïc Chauveau. Sciences et Avenir Océan. Juillet 2025
Quel est l’état de la réserve halieutique de nos océans ?
Elle est en déclin depuis les années 1880, moment où l’on est passé d’une pêche artisanale à une pêche industrielle. Déclin qui s’est accéléré à partir des années 1960, lorsque le nombre et la puissance des bateaux de pêche ont explosé. L’arrivée des chalutiers géants, dont les plus gros peuvent capturer plus de 200 tonnes de poisson par jour, a fini par vider les océans. D’après une étude publiée en 2010 dans Nature communications, la biomasse de poisson au large des côtes anglaises s’est effondrée de 95 % en un siècle. À l’échelle mondiale, ce chiffre est estimé à 80 %. Les eaux européennes, comme celles de la Chine et du Japon, sont les plus dépeuplées. Et le problème s’étend comme une tâche d’encre car, une fois les stocks épuisés, les armateurs envoient leurs bateaux sur de nouvelles zones de pêche à l’étranger.
Quelles sont les espèces les plus menacées ?
Ce sont d’abord celles pour lesquelles la demande est forte, comme les sardines ou les anchois, qui sont transformés en farine et servent à nourrir les poissons d’élevage. Les espèces à reproduction lente, tels les requins et les esturgeons [3] , sont aussi exposées. Seules les espèces mésopélagiques (qui vivent entre 200 et 1000 mètres de profondeur) ne formant pas de bancs, comme le poisson-lanterne (Benthosema glaciale), sont encore protégées.
Comment enrayer le déclin de ces populations ?
Le seul moyen est de limiter l’effort de pêche [l’activité de pêche sur un secteur donné : nombre et puissance des navires, temps passé en mer, etc, ndlr]. D’après nos modèles mathématiques, il faudrait que la biomasse des stocks de poisson, aujourd’hui autour de 20 % de ce qu’elle était avant l’ère des pêches industrielles, remonte à une valeur seuil de 50 %. Cela permettrait de reconstituer les réserves, et d’avoir des prises élevées même avec un effort de pêche modéré.
Quelles mesures faudrait-il prendre pour limiter cet effort de pêche ?
Le secteur de la pêche est avant tout guidé par la recherche de profit à court terme et il dispose de puissants lobbies. Résultats : les États craignent de prendre position contre les armateurs. Il est pourtant urgent qu’ils interviennent ! Une des mesures défendues par la communauté scientifique est l’arrêt des subventions. Aujourd’hui, si une zone ne produit plus suffisamment de poissons, les pêcheries – notamment celles d’Europe et d’Asie – perçoivent des aides publiques pour que pêcher y demeure rentable… Au risque d’épuiser complètement les ressources.
Pourrait-on davantage protéger certaines parties de l’océan ?
L’accord de Kunming Montréal, signé en 2022 lors de la COP 15, ambitionne de protéger 30% de la surface des océans d’ici 2030. Mais que signifie réellement protéger ? Aucune définition précise n’en a été donnée. En France, il est par exemple possible de pêcher dans des aires marines protégées, y compris au chalut, une technique particulièrement dévastatrice qui racle les fonds marins. Il faudrait donc déjà que ces aires portent bien leur noms. La pêche en haute mer [au-delà de 200 milles nautiques des côtes, ndlr], aujourd’hui pratiquée par une dizaine de pays seulement, devrait aussi être interdite. Car si cette zone maritime, qui couvre les deux-tiers des océans, n’était plus accessible, les stocks se reconstitueraient, les poissons migreraient plus près des côtes et la pêche profiterait à davantage de pays, y compris aux plus pauvres.
Daniel Pauly, professeur d’halieutique à l’Université de Colombie Britannique à Vancouver, Canada. Propos recueillis par Riva Brinet Spiesser. Sciences et Avenir Océan. Juillet 2025
5 07 1977
Le général Zia ul-Haq, chef d’état major de Zulfikar Ali Bhutto, premier ministre du Pakistan, le dépose pour prendre sa place.
11 07 1977
Le cardinal Albino Luciani est à Fatima. Il rencontre longuement à Coïmbra sœur Lucie dos Santos, seule encore vivante des trois enfants qui ont eu les visions de la Vierge à Fatima en 1917. Il sera élu pape le 6 août 1978 et mourra le 28 septembre suivant.
13 07 1977
24 h. de panne d’électricité à New York : les pillages se montent à 40 M. $. 12 ans plus tôt, le 9 11 1965, ce sont 30 millions de personnes, sur 8 États qui avaient été dans le noir pendant 14 h. – 0,8 M. dans le métro de New York – les vols n’avaient pas été très importants mais les dégâts, surtout des accidents de voiture, se montaient à 100 millions $.
Doug Scott et Chris Bonington redescendent du Baintha Brakk, surnommé l’Ogre, 7 285 m, en territoire pakistanais. Sur une dalle de granit, Doug Scott ne voit pas que ses pieds sont sur une petite plaque de glace : c’est la glissade, le pendule en bout de corde tendue, et l’arrivée sur la face de rocher, pieds en avant pour se protéger : mais les deux jambes s’y brisent au niveau de la cheville :
Mes jambes, mes bras, tout mon corps s’écrase contre la roche dans un fracas métallique. Je perds mes lunettes et mon piolet. Je parviens enfin à m’arrêter, balançant au bout de la corde, tous mes os ébranlés. La pression du sang dans ma tête s’apaise d’un coup, tout redevient calme après ce que j’avais ressenti comme le défilement de toute une vie – le temps s’arrête, comme lorsque le pire arrive. Heureusement, je suis encore conscient, car il n’y a pas de nœud au bout de la corde à double. Arrêté, suspendu dans le vide, j’étends la jambe gauche pour repousser la roche du pied et accéder à une vire, mais une violente douleur à l’aine m’interrompt. J’essaye alors avec la jambe droite, mais là aussi, un craquement et la sensation abominable d’un frottement d’os accompagné d’un déplacement anormal me font comprendre que quelque chose ne va pas du tout.
Nous y voilà… Suspendu au beau milieu d’une paroi verticale, les deux jambes cassées, à plus de 7 000 mètres d’altitude… Bonne chance pour la suite !
Doug Scott. La première ascension de l’Ogre
Dans son malheur, Scott a la chance ne pas être seul. Bonington ne met pas longtemps à le rejoindre sur la vire où il s’est échoué. Anthoine et Rowland (qui n’ont pas loupé une miette du spectacle) ne sont pas bien loin non plus. L’affaire n’est pas complètement désespérée mais les heures s’annoncent épiques : Je sus que de nouvelles règles allaient être nécessaires pour nous sortir de là, dit Scott.
Le temps de faire le point sur la situation, la nuit est déjà là. Avant de rejoindre leurs compagnons dans la grotte de glace, Bonington et son blessé doivent bivouaquer en pleine paroi, sans équipement. Les nuits froides en montagne, Doug Scott connaît. En 1975, il a bivouaqué à plus de 8 500 mètres sur les pentes de l’Everest avec Dougal Haston, expérience marquante s’il en est. Après neuf heures passées à se masser les pieds, ils reprennent leur descente en rappel et retrouvent vite Anthoine et Rowland montés à leur rencontre. Nouveau bivouac, à l’abri dans la grotte de glace, cette fois. Scott sait que le plus dur est à venir. Finis les rappels, il va désormais falloir ramper…
Le lendemain, la météo exécrable offre un répit d’une journée. Le 16 juillet, trois jours après le sommet, ils se remettent en route vers le camp de base, à la vitesse de l’escargot. Le blessé en bave… Il leur faut sept heures pour atteindre le sommet ouest, premier point de passage vers le salut. De cette longue journée de labeur, il reste une photo mythique, prise par Chris Bonington. On y voit Doug Scott, de dos, pratiquement couché dans la neige au milieu du blizzard, relié corde tendue au photographe invisible. Devant lui, Clive Rowland debout sur ses jambes, ouvre la voie dans la poudreuse. On ne la voit pas mais on imagine la souffrance sur le visage de celui qui rampe en traînant derrière lui le poids mort de ses os brisés. Nouveau bivouac dans une grotte au milieu de la tempête. Les vivres sont épuisés, les alpinistes aussi…
Le lendemain, le calvaire reprend. Les rappels aussi, pour descendre du sommet ouest. Sur l’un d’entre eux, Bonington se rate et s’écrase comme un flan sept mètres plus bas. Deux fractures de plus, aux côtes cette fois. Mais il ne le saura que plus tard. En attendant, il se relève et reprend sa route, plié en deux. Le soir, ils sont au camp III, à l’abri sous la tente. Ils retrouvent quelques sachets de thé et de quoi faire de la soupe.
18 juillet. La météo est toujours aussi mauvaise. Les quatre décident de passer la journée là, en attendant l’accalmie. Ils jouent mollement aux cartes en écoutant la musique de Dr Hook sur le lecteur de cassettes emporté par Anthoine pour les besoins du film. Le moral est toujours là mais Bonington va mal. Il tousse gras et sa voix, de plus en plus rauque, n’augure rien de bon…
À l’aube, la cordée, plus bancale que jamais, reprend son chemin. L’un rampe, l’autre est plié en deux, les plus valides titubent de fatigue. En cours de route, ils découvrent quelques vivres, plus ou moins consommables, à l’emplacement d’un ancien camp. Mais l’objectif du jour, c’est le camp de base avancé qui marque la fin des difficultés techniques. Ils l’atteignent dans la soirée après une dernière série de rappels qui épargnent les genoux de Scott mais achèvent les côtes de Bonington.
Les difficultés techniques sont désormais derrière mais il reste encore cinq kilomètres de moraine rocailleuse avant le camp de base, ultime épreuve pour celui qui ne sait plus marcher. Pour protéger ses genoux passablement usés, Doug Scott s’équipe des surpantalons de ses compagnons. Il en use quatre paires pour rallier le camp de base où il arrive finalement, les genoux sanguinolents et gros comme des melons, mais bien vivant, dans la soirée du 20 juillet, soit neuf jours après son pendule raté.
Là, dans une tente, les quatre survivants découvrent une lettre de Nick Escourt qui commence par ces mots funestes : Il est probable que vous ne lisiez jamais ces mots… Les croyant morts après dix jours à les attendre, Tut Braithwaite et lui s’étaient résolus à rejoindre la civilisation pour prévenir leurs proches de leur disparition. Mais les mangeurs d’Ogre n’étaient pas morts, ils avaient simplement pris leur temps.
Thomas Vennin. Montagnes Magazine 8 décembre 2020


28 07 1977
Oléoduc Transalaska : plus de 1 300 km. entre la Baie Prudhoe sur l’Océan Arctique et la Baie du Prince Williams, sur l’Océan Pacifique : 2 millions de barils par jour ; coût : 8 milliards $.
31 07 1977
90 000 opposants au projet Superphénix de surgénérateur [2] à Creys Malville se rassemblent sur le lieu d’implantation de l’usine près de Morestel, sur la commune de Creys Mépieu, dans l’Isère au lieu dit Malville. Le site se trouve en bordure du Rhône à 30 km en amont de la centrale nucléaire du Bugey, 50 km à l’est de Lyon et 70 km au sud ouest de Genève. C’est l’affrontement avec les forces de l’ordre – 5 000 CRS plus un régiment de parachutistes -. Un garde mobile s’explose la main avec une grenade et c’est l’étincelle qui met le feu aux poudres ; Vital Michalon, garçon plutôt calme, officier de réserve, meurt des lésions pulmonaires causées par l’éclat d’une grenade. Le mouvement antinucléaire mettra longtemps à s’en remettre.
Le projet était né en 1974, avec un coût prévisionnel de 4 milliards de Francs ; les travaux avaient débuté en 1976 et la mise en service avait été prévue pour 1984. Les pannes et arrêts des travaux se multiplieront, les coûts aussi et au final, la mise en service se fera en 1986 et l’affaire aura coûté 65 milliards de Francs… [10 milliards €] pour que, finalement le réacteur soit définitivement arrêté en décembre 1998. Il aurait dû produire 120 TWh, il n’en aura produit que 7.5 !
13 08 1977
80 000 manifestants se rassemblent au Larzac sous la bannière Vivre et travailler au pays.
15 08 1977
Le radiotélescope Big Ear de l’université de l’Ohio, États Unis, capte pendant soixante douze secondes un puissant signal radio, émis dans une fréquence très précise, provenant d’un amas globulaire de la constellation du Sagittaire, à 2000 années lumière de chez nous. Sur le relevé d’observation, l’astrophysicien Jerry Ehman notera en WOW, ce qui deviendra le nom de la mystérieuse émission, inexpliquée jusqu’en 2024 quand une équipe de chercheurs, relayée par le media en ligne Science Alert, suggèrera une explication plus naturelle : un laser cosmique.
Une équipe dirigée par Abel Méndez, astrobiologiste à l’Université de Porto Rico à Arecibo, suppose que le signal pourrait provenir d’une interaction entre un nuage d’hydrogène et une étoile à neutrons, qui est le résidu du noyau dense d’une étoile massive. Ce phénomène, appelé laser astrophysique, se produirait lorsqu’une éruption de rayonnement traverse un nuage d’hydrogène froid. Il en découle alors une émission intense proche de la fréquence 1 420 MHz, qui est similaire à celle du signal Wow !
Selon les résultats des recherches, les signaux de l’étoile de Teegarden sont associés à des nuages interstellaires d’hydrogène froid. C’est aussi ce que pourrait être le signal Wow ! une éruption très puissante de rayonnement traversant un nuage d’hydrogène froid, poussant le gaz à produire une puissante impulsion de rayonnement proche de 1 420 MHz.
Par ailleurs, les magnétars, qui sont des étoiles à neutrons avec des champs magnétiques très puissants, peuvent produire des éruptions détectables à travers le milieu intergalactique et sont potentiellement responsables des mystérieux sursauts radio rapides. Une autre possibilité serait donc que des répétiteurs gamma doux, qui sont des étoiles à neutrons émettant périodiquement des rayons gamma ou X, soient à l’origine du signal Wow !
Alice Belkacem Korii 21 août 2024
16 08 1977
À Memphis, Elvis Presley meurt sur la cuvette de ses WC à 42 ans.
Par où commencer ? par quel bout prendre l’histoire de ce pelvis légendaire qui incarna l’énergie binaire avant de fondre dans le beurre de cacahuète ? Que dire de Graisseland, dernière demeure de l’obèse, transformé en machine à liposucer des $ ? Que penser des poisseuses célébrations du vingtième anniversaire de sa mort qui, pendant plus d’une semaine, vont drainer ici plus de 100 000 pèlerins défilant, sequins en poche et candélabres à la main, à la nuit tombée devant la tombe du pape de la banane pansue et du popcorn ? Sortons des toilettes et entrons dans l’histoire. […]
Chaque année, depuis vingt ans, entre 700 000 et 800 000 personnes versent 18.50 $ pour un Platinum Tour, qui leur donne le droit de visiter Graceland, la maison, les tombes du jardin, la collection privée de voitures et d’avions du maître de maison ainsi que celui de visionner un film intitulé Walk a mile In My Shoe. […]
Jean-Paul Dubois. Jusque là tout allait bien en Amérique. Éditions de l’Olivier 2002
son dernier concert…

une étoile naissante, bientôt filante
20 08 1977
Lancement de la sonde Voyager II à bord d’une fusée Titan Centaur pour explorer le système solaire. Sa sœur Voyager I prendra le même chemin quelques jours plus tard le 5 septembre : elles passeront d’abord en 1979 près des nuées turbulentes de Jupiter et de ses quatre satellites galiléens, puis, en août 1981, incurveront leur trajectoire pour s’approcher de Saturne. Les scientifiques américains réalisèrent alors qu’Uranus et Neptune se présentaient dans l’alignement de la trajectoire de Voyager II, et décidèrent de prolonger sa mission : il fallait pour ce faire reparamétrer les logiciels de bord, Neptune et Uranus, très éloignés du soleil, étant de ce fait moins éclairés et donc moins lumineuses : et ces opérations, à plus d’un milliard de km de distance, furent effectuées ! Les abords d’Uranus, de ses 20 anneaux et 16 satellites – dont Miranda – furent atteints en janvier 1986, à 2,8 milliards de km du soleil. Encore 3 ans de voyage et le voilà dans les parages de Neptune en août 1989. 28 ans après avoir quitté la Terre, les deux sondes sont à 12 milliards de km de la Terre et fonctionnent toujours ! en septembre 2013, on apprendra que Voyager I a quitté le système solaire, à 18.5 milliards de km de chez nous, 125 fois la distance de la Terre au Soleil, presque un million cinq cent mille km par jour… et que fin juillet 2023, elle se trouve à 24 milliards de km de la Terre. Toujours fin juillet 2023, une erreur de manipulation des antennes entraînera la rupture des communications avec Voyageur II, à 19,9 milliards de km de la Terre, mais, le 4 août suivant, la NASA parviendra à rétablir ces communications en rétablissant une bonne orientation des antennes ! Le 14 novembre 2023, une défaillance des logiciels de transmission d’informations entraînera une transmission en boucle du même corpus d’informations : le 20 décembre suivant, le problème ne sera toujours pas réglé. Au premier semestre 2025, l’un des jeux des propulseurs de Voyager I sera réparé à 25 milliards de km de la terre, ce qui lui permettra de poursuivre son petit bonhomme de chemin. Il faut noter que, pour effectuer toutes ces dernières manipulations, la NASA dut faire sortir de leur retraite les ingénieurs, car seuls les anciens étaient à même de se souvenir du fonctionnement des logiciels mis en œuvre dans les dernières années de la décennie 1970.
Sur Voyager I, l’émetteur bande X ayant cessé de fonctionner, la NASA découvrira que le vaisseau spatial était passé sur l’émetteur en bande S qui consomme moins d’énergie. Problème, ce dernier n’a pas été utilisé depuis 1981 car son signal est beaucoup plus faible. Malgré l’éloignement de la sonde et la faiblesse du signal, les ingénieurs de Deep Space Network, les trois stations terriennes équipées d’antennes paraboliques utilisées pour les communications avec ses sondes spatiales interplanétaires, l’ont pourtant localisé. Silencieux pendant 43 ans, le signal de la bande S permet aujourd’hui d’envoyer des commandes et de nous assurer que le vaisseau spatial est toujours pointé vers la Terre, explique Bruce Waggoner. Mais alors que le signal de la bande S ne peut être utilisé pour obtenir des données télémétriques ou des données scientifiques, l’objectif demeure le même : rétablir la communication avec bande X. Et la NASA reste prudente. Plutôt que de risquer de rallumer la bande X avant d’avoir déterminé ce qui a déclenché le système de protection contre les pannes, l’équipe a envoyé une commande le 22 octobre pour confirmer que l’émetteur en bande S fonctionnait. L’équipe s’efforce maintenant de recueillir des informations qui l’aideront à comprendre ce qui s’est passé et à remettre Voyager I en état de marche.
Esther Buitekant GEO du 4 novembre 2024
On a du mal à imaginer ce que représentent 20 milliards de km, mais cela devient un peu plus facile quand on se réfère à la durée mise pour que les communications fassent le voyage : la sonde ne reçoit la commande de la NASA à terre que 18 heures après son envoi ! … 18 heures à la vitesse de la lumière – 300 000 km/sec -. Les concepteurs du bijou se sont dit : si notre bébé parvient à quitter le système solaire, il n’aura alors plus d’énergie si on l’équipe de panneaux solaires ; et donc c’est une pile atomique qui fournit l’énergie.
on the road again, again
on the road again, again

Sur cette photo du 4 août 1977 fournie par la NASA, le disque Sounds of Earth est monté sur le vaisseau spatial Voyager-2, au Centre spatial Kennedy, en Floride. AP

Vue d’artiste
26 08 1977
Rosemarie Ackermann, Allemande de l’Est, franchit pour la première fois dans l’histoire, 2 mètres au saut en hauteur et s’empare ainsi du record du monde. Il y a déjà plusieurs années que le saut en hauteur a adopté la technique du fosbury flop, mais pour le monde communiste, c’est un saut capitaliste, et donc les athlètes du monde communiste continuent à sauter avec la technique du saut ventral. Son record tiendra à peu près un an quand Sarah Simeoni, Italienne, le lui prendra en fosbury flop en août 1978 avec 2.02 m. Les communistes finiront par sauter comme tout le monde.
10 09 1977
Hamida Djandoubi, Tunisien employé chez un pépiniériste, avait été victime d’un grave accident du travail en 1971 : une de ses jambes avait été happée par un motoculteur et il avait du être amputé sur place. Lors de son hospitalisation, il avait fait la connaissance d’Élisabeth Bousquet, âgée de 18 ans, dont le père partageait la chambre d’Hamida Djandoubi. Elle était devenue sa compagne. Par la suite, il l’avait violée, torturée, puis tuée. Condamné à mort, Djandoubi est le dernier guillotiné sur le sol français, à la prison des Baumettes de Marseille, et en Europe.
22 09 1977
Une semaine plus tôt, Robert Fabre, président du MRG – Mouvement des Radicaux de Gauche – a annoncé qu’il quittait les négociations avec le Parti Socialiste et le Parti Communiste en vue de la préparation des législatives de 1978. La rupture est maintenant consommée. Le Quotidien de Paris titre La nuit des longs stylos…
21 10 1977
Plongée profonde Janus, à la Comex, au large de Cavalaire, en pleine eau : – 501 mètres
La phase marine de l’expérience de plongée profonde Janus IV s’est achevée à 0 h. 15 le 21 octobre à 5,55 kilomètres au large de Cavalaire (Var). À cette heure-là, la sixième plongée est terminée : une équipe de trois hommes est remontée de la profondeur de 460 mètres et a regagné les caissons vie du navire de forage Pétrel, pressurisés depuis le 16 octobre à 44 atmosphères (équivalant à la pression régnant sous 430 mètres d’eau).
Lors de la cinquième plongée effectuée dans l’après-midi du 20 octobre, l’autre équipe est descendue à 501 mètres, profondeur jusque-là jamais atteinte par l’homme dans le milieu marin.
La descente-record à 501 mètres a été prudente : compression de 44 à 51 atmosphères en quatre-vingt-dix minutes, séjour sous 51 atmosphères de quatre-vingt-dix minutes, dont deux sorties successives dans l’eau d’abord de M. Jacques Verpeaux puis de M. Gérard Vial ; M. Patrick Raude restant, par sécurité, dans la cloche ascenseur.
Après la fin de la sixième plongée, les six hommes vont rester pendant plus de vingt-quatre heures sous 44 atmosphères. Ensuite commencera la phase de décompression, qui devrait durer sept jours dix heures et huit minutes.
Deux équipes descendant à tour de rôle et comptant chacune trois hommes ont participé à Janus IV : MM. Patrick Raude, Jacques Verpeaux (plongeurs de la COMEX) et Gérard Vial (plongeur de la marine nationale) ; MM. Philippe Jeantot [futur créateur du Vendée Globe. ndlr], Louis Schneider (plongeurs de la COMEX) et Emile Sevellec (plongeur de la marine nationale).
Les cinq plongées à 460 mètres représentent, en tout, dix heures de travail dans l’eau, la plus longue séance ayant duré à elle seule deux heures vingt. Elles ont fait largement progresser le travail sous marin : les précédents records de plongées profondes en mer, tous établis en juin 1975, avaient permis d’atteindre 349 mètres (marine américaine dans le golfe du Mexique), 326 mètres (COMEX, récupération d’une tête de puits dans la mer du Labrador à 2° C), 305 mètres (marine nationale en Méditerranée).
Les six plongées de Janus IV n’étaient pas destinées à battre ces records mais à prouver que des hommes pouvaient réellement travailler sous 460 mètres d’eau. Pour cela une table de travail avait été accrochée au train de tiges du Pétrel de façon à être à la profondeur voulue. Sur elle, avaient été disposés des morceaux de pipe line que deux plongeurs devaient assembler mécaniquement tandis que le troisième homme, prêt à secourir éventuellement ses deux compagnons, restait dans la cloche ascenseur pressurisée qui assure les transferts entre les caissons vie et le fond. Divers travaux de soudure et de découpage ont aussi été faits. En l’état actuel des techniques, la connexion des pipe lines sous-marins ne peut, en effet, se faire sans intervention humaine directe. L’exploitation des champs pétroliers offshore ne dépasse guère, pour le moment, la profondeur de 160 mètres d’eau. Mais il est nécessaire de préparer dès maintenant l’exploitation des champs situés au-delà du plateau continental.
Janus IV a innové dans le domaine de la coopération : pour la première fois en France, civils et militaires ont travaillé ensemble… et se sont partagés les frais de l’opération : 950 000 F pour le GISMER (Groupe d’intervention sous la mer de la marine nationale), 1 625 000 F pour le CNEXO (Centre national pour l’exploitation des océans), 1 623 000 F pour la COMEX (Compagnie maritime d’expertises), le prêt gratuit du Pétrel (325 000 F par jour) par le groupe pétrolier Elf-Aquitaine pendant toute la durée de l’expérience, compression et décompression comprises. La marine aura la copropriété des tables de plongée établies au cours de Janus IV et le CNEXO percevra des royalties sur les plongées que la COMEX effectuera selon ces nouvelles normes.
À ces quatre partenaires il convient d’ajouter la société belge Offshore-Europe.
L’expérience Janus IV devrait permettre d’améliorer les phases de compression de la plongée profonde. Grâce à de subtils dosages – secrets – d’hélium, d’oxygène et de toutes petites quantités d’azote, grâce à la vitesse très étudiée de la compression (vingt-quatre heures pour passer de 1 à 41 atmosphères, six heures de palier, trente minutes pour aller de 41 à 44 atmosphères), grâce à l’amélioration du matériel et du confort, les six hommes n’ont que très faiblement manifesté les signes du syndrome nerveux des hautes pressions (tremblements, anomalies des traces électroencéphalographiques, fatigabilité). Pendant la descente à 501 mètres cependant, les tremblements ont été plus marqués, mais les trois hommes ont gardé toute leur vigilance. Des progrès analogues devraient être aussi réalisés au cours des délicates opérations de la décompression.
Pour le moment aucune autre expérience de plongée profonde n’est prévue en France. Mais il est possible que Janus IV ne soit qu’une étape dans la descente de la plongée profonde. Certes, il doit exister une limite à la plongée humaine. Peut-être cette limite se situe-t-elle vers 600 mètres, 800 mètres pour les plus optimistes. Il ne faut pas oublier, en tout cas, que, au cours de l’expérience Sagittaire IV, réalisée en juin et juillet 1974 dans les caissons de la COMEX, deux hommes ont vécu pendant cinquante heures à la profondeur fictive de 610 mètres (62 atmosphères).
Antérieurement à Janus IV, la Comex s’était donc livrée à toute une gamme d’autres plongées – le terme étant utilisé aussi bien en conditions réelles, en pleine eau, qu’en conditions artificielles – caisson hyperbar -.
2 11 1977
Découverte en mer Noire, dans les eaux turques, du plus grand gisement mondial d’uranium.
20 11 1977
Anouar el Sadate, président de l’Égypte est à la Knesset, le parlement israélien. [Le texte se trouve dans la rubrique discours]
22 11 1977
Première liaison Paris New-York de Concorde, après vingt deux mois de bataille juridique avec les autorités américaines.
26 11 1977
1° tronçon du métro de Marseille.
11 1977
Mise en service du Pierre Guillaumat [créateur de la Compagnie Elf Aquitaine] un super tanker de 551 000 tonnes, 414 mètres de long, un tirant d’eau de 28 mètres, de la Compagnie Nationale de Navigation, du Groupe Elf : c’est le plus grand, le plus gros du monde. Il sera démantelé en octobre 1983 en Corée du Sud : six ans de vie, c’est tout de même bien peu.
Pourquoi un tel gaspillage ? Suite à la guerre des Six Jours entre Israël et l’Égypte, le canal de Suez avait été fermé de juin 1967 à juin 1975 et le trafic maritime entre l’Extrême et Moyen Orient et l’Europe avait été contraint à faire le tour par le Cap de Bonne Espérance. Pour rentabiliser autant que faire se peut pareille augmentation de carburant, de durée du trajet, les compagnies maritimes s’étaient mises à construire des bâtiments plus gros. Le problème avec un tirant d’eau de 28 mètres, c’est qu’on compte sur les doigts de la main les ports européens à même de vous accueillir. Sitôt réouvert le canal de Suez, ces géants devinrent inutiles, et donc des gouffres financiers, donc justes bons pour la casse : la stratégie qui avait présidé à leur naissance se croyait à long terme : elle avait en fait le nez sur le guidon.

4 12 1977
Jean Bédel [Bedel étant le raccourci employé par les calendriers pour nommer Saint Jean Baptiste de la Salle] Bokassa se couronne empereur de la Centrafrique. Ses homologues ivoirien Houphouët Boigny et Zaïrois Mobutu ont jugé prudent de ne pas s’associer à cette mascarade, tout comme le pape : il ne s’agit donc que d’un couronnement et non d’un sacre. La France, elle, a envoyé René Journiac, le Monsieur Afrique de l’Élysée et Robert Galley, ministre de la Coopération. Le contribuable français a généreusement été mis à contribution pour ce pitoyable spectacle qui compte tout de même près de 4 000 invités.

Comparé à ses homologues africains francophones, le général Bokassa pourrait donc passer pour un interlocuteur peu compétent, mais acceptable. Il est malheureusement affligé d’une méfiance maladive et d’une évidente mauvaise foi. Mégalomane, cyclothymique, trop facilement irritable et emporté, violent tyrannique, autocrate, terrorisant son entourage, ses excès le rendent difficilement supportable.
Colonel Charpentier Conseiller militaire à l’ambassade de France. Octobre 1969
Il sera renversé par le SDECE et les parachutistes français le 20 septembre 1979 et remplacé par l’ancien président David Dacko. Pour le moins imprudent, Giscard ne soupçonnait pas combien les diamants offerts allaient lui pourrir la vie.
1977
Quid de la situation économique de la France ?
À partir de 1977, les dépenses publiques sont à peu près stabilisée et les prix commencent à être contenus quand, soudain, l’inflation repart à la hausse, après le deuxième choc pétrolier de 1979.
Comment les Français perçoivent-ils la situation ? Pas bien. Si le revenu des cadres stagne entre 1974 et 1980, le pouvoir d’achat des ouvriers ne cesse, en dépit des difficultés, de progresser, tout comme le salaire minimum et le minimum vieillesse . Mais la baisse incontestable des inégalités est occultée par l’apparition du chômage de masse : du début à la fin du septennat, les taux est passé de 2.3 à 4.4 % : de 400 000 à plus d’un million de demandeurs d’emploi – soit dit en passant, deux fois moins que Mitterrand en 1984 ou trois fois moins que Mitterrand encore en 1993 !
Si l’on gratte les chiffres, c’est sous Giscard, à cause des deux chocs pétroliers, que la pays a commence à de désindustrialiser. Rien de grave, si le phénomène ne s’était accéléré au cours des décennies suivantes. Sur une plus longue période, les chiffres sont en tout cas terrifiants : l’emploi salarié dans l’industrie manufacturière, qui représentait encore 5.4 millions de personnes en 1974, est tombé une cinquantaine d’années plus tard à 2.7, soit deux fois moins ; la part de cette même industrie dans le PIB est passée de 30 % dans les années 1950, à 11 % en 2020
Était-ce le sens de l’Histoire ? La plupart de nos gouvernants l’ont cru qui ont laissé filer en célébrant la montée du tertiaire qu’ils présentaient comme le futur eldorado. Il a fallu déchanter : la désindustrialisation a conduit la France à sous-traiter une grande partie de sa production manufacturière, aux dépens de sa souveraineté. Une tragédie aussi qui a changé de fond en comble sa sociologie ; aujourd’hui, la classe ouvrière française est en passe de devenir une espèce en voie de disparition. […]
Quand VGE était ministre des finances, en 1965, il avait au demeurant présenté, à la grande satisfaction du général, le premier budget à l’équilibre depuis la Libération.
Lorsque Giscard et Barre quittent le pouvoir en 1981, après la victoire de Mitterrand, ils ont ainsi un bilan comptable plus que convenable, ce qui leur fait de belles jambes. De 1974 à 1980, la France affiche, malgré les crises, le taux de croissance le plus élevé des pays industrialisés, derrière le Japon. Quant aux finances publiques, elles sont dans l’état où ils les avaient trouvées : pas de déficit publique et une dette de 20.7 % par rapport à la richesse nationale. C’est après eux que la grande dégringolade économique a commencé.
Franz-Olivier Gisbert La Belle époque. Histoire intime de la V° république Gallimard 2022
Alexandre Grothendieck, mathématicien génial, médaille Field en 1966, est accusé, en vertu d’une ordonnance datant de 1945, d’avoir hébergé illégalement Kuniomi Musanaga, moine bouddhiste japonais et ancien étudiant en mathématiques au Tata Institute, dont le visa avait expiré 3 semaines avant. Le procès est mouvementé : des anciens collèges – Cartier, Dieudonné, Schwartz – et la Ligue des droits de l’homme vinrent le soutenir, et Grothendieck décida d’être son propre avocat :
Monsieur le Président, messieurs les juges, je plaide coupable du délit d’hospitalité, les faits qui me sont reprochés étant parfaitement corrects sur le fond. Je vous demande néanmoins, pour l’honneur de la Justice française, de désavouer un texte de loi qui est en contradiction flagrante avec le sens élémentaire de la justice qui est en chacun de nous et de m’acquitter.
[…] Si en votre âme et conscience, vous estimez devoir prononcer une condamnation, je pense que ce serait tromper les esprits en voulant les rassurer, que de m’appliquer une simple peine de principe. J’ai connu dans mon enfance les rigueurs des camps de concentration pendant près de deux ans. Fort de cette expérience, je puis aujourd’hui, homme mûr, envisager une peine de prison.
Il termine en demandant, s’il est condamné, la peine maximale. Il écopera de 6 mois de prison avec sursis et 20 000 francs d’amende. Il avait démissionné de l’IHÉS – Institut des Hautes Études Scientifiques – en 1970, en signe de protestation contre le financement partiel de l’institut par le ministère de la Défense. Il passera les dernières années de sa vie en Ariège, en y menant une vie d’ermite, avec le minimum de contacts. Il mourra en 2014, à 86 ans, laissant une œuvre considérable.
L’écologie entre en politique. Sergey Zimov, 22 ans, a des envies de vie autarcique et fonde la station scientifique du nord est, à Tcherski, en république de Yakoutie. C’est bien loin de toute ville d’un tant soit peu d’importance. Onze ans plus tard, en 1988, il monte un projet de parc à proximité : son projet intéresse les autorités et ce d’autant qu’il y a inséré un plan de lutte contre la fonte du permafrost, probablement le plus grand danger écologique de l’humanité : le permafrost qui concerne essentiellement la Sibérie, existe aussi au Canada, Alaska, Groenland. En zone sèche sa fonte dégage du CO2, en zone humide du NH4 – le méthane -. Dans les années 1990 l’effondrement de l’URSS prive toute la Sibérie des subsides d’État : il vend son seul bien : un appartement pour racheter le parc à l’État.
Il balise un espace de 20 km² qu’il entoure d’une enceinte, en république de Sakka, en Yakoutie, à 5 km de Tcherski, par 68°44’N et 161°23’E. Une enceinte… pour y introduire des animaux autochtones avec le constat suivant : la fonte du permafrost nous mène à une catastrophe mondiale. Donc, il faut mettre en œuvre les meilleures solutions pour la stopper. Ces régions sont recouvertes de neige environ six mois par an. La neige est un isolant : s’il fait par exemple – 30° à la surface en contact avec l’air, au sol, à l’interface entre neige et sol, il fera seulement – 15°. Les animaux le savent qui grattent la neige pour chercher l’herbe qui se trouve au sol. Mais cette herbe ne pousse pas dans la forêt… donc … il faut couper la forêt… ce qu’il fait sur ces 20 km². La forêt est très pauvre et aujourd’hui les animaux n’y sont pas nombreux car ils ne parviendraient pas à se nourrir s’ils étaient en nombre : il n’y a guère que des rennes et des orignaux. L’affaire ne se fait pas en un jour, mais il a appris la patience. Il nomme le tout Pléistocène Park. Il lui faudra ensuite faire venir des animaux, parfois de très loin. Les animaux, leurs sabots, dérangent la mousse et laissent pousser les herbes à la place. Le sol se dessèche, les animaux déposent leur engrais, l’herbe pousse davantage et plus d’animaux peuvent paître…. les prairies auraient persisté dans l’Holocène si les humains n’avaient pas chassé excessivement les troupeaux d’herbivores du Pléistocène qui stabilisaient l’écosystème en le parcourant et en l’entretenant.
*****
Selon son site internet en 2016, le parc du Pléistocène se compose d’une zone close de 20 km² qui abrite 8 espèces herbivores majeures : le bison européen, le bœuf musqué, l’orignal, des chevaux yakoutes et des rennes, ainsi que des moutons, yacks et vaches kalmouks.
Nombre d’espèces dans le parc :
Wikipedia
Mais le grand rêve caressé est la réintroduction des mammouths : or si ceux-ci ont existé, ils n’existent plus… mais rassurons-nous, Sergey est en contact étroit avec un laboratoire de Harvard qui se penche très sérieusement sur la question, et pourrait bien nous en présenter un un jour prochain, directement issu de ses burettes. Les mammouths… non pour le folklore mais parce que leur puissance leur permet d’abattre eux-mêmes la forêt… et c’est autant de travail à faire en moins pour l’homme.
6 01 1978
Les statistiques ethniques sont interdites en France par la Loi relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, (Chapitre II, article 8, paragraphe I) :
Il est interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appartenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci.
Sans beaucoup exagérer, on peut titrer : Il est désormais interdit d’appeler un chat un chat.
Comment a-t-on pu mettre dans le même ensemble des catégories aussi différentes, car autant les dernières semblent faire partie des droits essentiels de l’individu en démocratie, autant l’interdiction de faire mention de l’origine raciale ou ethnique se ramène à un déni de la réalité ? On reçoit des étrangers en permanence mais on n’a pas le droit de dire lesquels, ni combien, ni s’ils sont asiatiques, africains, arabes. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Il est interdit de connaître la réalité sous prétexte que cela pourrait être mal utilisé… mais cela n’est rien d’autre que ce que l’on nomme l’ordre moral. On se croit en Afrique noire dans le RER qui dessert le sud-est parisien, pour Draveille, au sud d’Orly, mais on n’a pas le droit de savoir combien il y a d’Africains en France ! On voit, mais il ne faut pas dire ce que l’on voit. C’est l’incantation qui s’installe en lieu et place de la réalité !
Et demain, il sera interdit de fumer (on s’en approche d’ailleurs à toute vitesse), de boire de l’alcool etc… parce que cela peut être nuisible à haute dose ! À force de nous interdire tout ce qui est susceptible de nous faire du mal, on va finir par faire de notre société un véritable monastère, à ceci près que les membres d’une communauté monastique y sont de leur libre choix, tandis que ceux d’une société démocratique n’ont pas de choix, mais seulement l’obligation de se soumettre à la loi. L’ordre républicain, s’il veut rester républicain, ne doit en aucun cas devenir un ordre moral. Et c’est prendre les gens pour des cons que de leur dire : on vous interdit de dire ce qu’est la réalité parce que vous risquez d’en faire un mauvais usage. C’est le revers de la médaille Liberté que de pouvoir en faire un mauvais usage et si l’on n’est plus en mesure de faire un mauvais usage de la réalité, cela signifie tout simplement qu’il n’y a plus de liberté !
Ce que l’on dit de la réalité devient donc illégal : ne serait-ce pas là le point de départ du déraillement intellectuel, maladie franco-française déjà diagnostiquée par Molière : Cachez ce sein que je ne saurais voir : ces aveugles qui deviennent mal voyants, ces sourds mal entendants, ces vieux des personnes âgées, nos aînés ou troisième voire quatrième âge selon la sous catégorie, les gitans des gens du voyage et, dernier né de cette famille de faux culs, les prostitué(e)s qui deviennent des travailleurs du sexe… tout cela non pas certes dans la langue parlée, mais dans la langue administrative : signalétique, etc… que sont bien obligés d’adopter, tôt ou tard, les journalistes, et qui donc, inévitablement gagne un peu de terrain tous les jours… Le politiquement correct n’est pas tout à fait l’instauration de l’ordre moral, mais il donne déjà la bonne direction si on veut y parvenir.
Cette perception faussée de la réalité ne date pas d’aujourd’hui : Boileau s’en défiait déjà : Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément… Victor Hugo enfoncera le clou : Si on n’est pas intelligible, c’est qu’on n’est pas intelligent. Et Alan Greenspan, ancien directeur de la Banque Mondiale mettra au pinacle l’art d’être incompréhensible : Si vous m’avez compris du premier coup, c’est que je me suis mal exprimé !
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Il faut tout publier de ce que les écrivains voulaient publier, à titre posthume ou non. Le temps de l’esprit ne répond pas aux oukases de l’esprit du temps. La sensibilité d’une époque donnée ne saurait justifier la censure pour toutes les époques. La démocratie, c’est faire confiance à la vertu du débat. Le soupçon se nourrit du secret qu’on lui oppose. Il faut tout montrer, et tout restituer dans son contexte, à la suite de Montesquieu : là où il n’y a pas de conflit visible, il n’y a pas de liberté.
Olivier Nora, PDG de Grasset
19 01 1978
La 16 200 000° Coccinelle est la dernière produite en Allemagne.
23 01 1978
Le baron Edouard Jean Empain, 41 ans, à la tête d’un bel empire industriel – constructions centrales atomiques entre autres -, est enlevé par des voyous qui veulent faire croire à un enlèvement politique, quand il n’y a en fait qu’une demande de rançon… laquelle ne sera pas versée, car le jour fixé pour la remise, le 24 mars, ce sont des coups de feu qui seront échangés, faisant un mort et un blessé parmi les voyous ; Edouard Jean Empain demandera qu’on le libère mais le petit doigt qu’on lui avait déjà coupé ne repoussera pas. Il sera lentement mais fermement écarté de la direction de ses affaires.
2 02 1978
Une avalanche emporte trois chalets du Tour, dans la vallée de Chamonix, causant la mort de 5 personnes : des arbres de 200 ans sont couchés, ce qui prouve que les grosses avalanches ne se déclenchent pas chaque hiver.
16 03 1978
À Rome, 9 heures du matin, cinq hommes des Brigades Rouges enlèvent Aldo Moro, le président de la Démocratie Chrétienne. En fait, il y a un sixième homme : les Brigades Rouges s’étaient laissé infiltrer par les hommes du Gladio – bras armé des Services secrets italiens -, couverts par la loge P 2, et un de leurs tireurs d’élite avait été mis à leur disposition ; et seul un tireur d’élite était à même de faire pareil carton : tuer les cinq policiers de son escorte, sans qu’Aldo Moro soit seulement blessé. Il s’apprêtait à demander au parlement la confiance pour un nouveau gouvernement qui aurait inclus les communistes, ce qui aurait été un compromis historique, chose tout à fait inadmissible pour les États Unis d’Amérique. La Démocratie Chrétienne lâchera Aldo Moro qui sera abattu le 9 mai au matin.
Ils [les représentants de l’État] n’ont pas voulu céder et nous nous sommes retrouvés dans une impasse. […] J’étais contre son exécution, car Moro était un prisonnier et le tuer n’était en rien un acte révolutionnaire mais un acte criminel. En exécutant Moro, nous nous sommes noyés dans le sang. Nous avons utilisé les méthodes d’une autre époque, celles de la Résistance, et notre défaite est historique. Il faut le reconnaître : nous sommes des vaincus.
Valerio Morucci, un des cinq hommes des Brigades Rouges, condamné le 29 mai 1979 à la prison à perpétuité, libéré en 1994. Le Monde du 28 septembre 2011.
Trop de points de l’affaire Moro restent encore obscurs.
Ce n’est pas vrai que les membres des Brigades rouges étaient les seuls sur les lieux de l’enlèvement : on a prouvé la présence d’une moto Honda avec deux hommes armés, qui ont d’ailleurs tiré à deux reprises sur des passants.
Outre les motards, il est acquis que le colonel du SISMI – Service informations sécurité militaire -, Camillo Guglielmi, collaborateur de Giuseppe Santovito, instructeur de technique de guérilla dans la base Gladio de Capo Marrargiu et affilié à la loge P2, était également présent. Interrogé, il a répondu qu’un ami l’avait invité à déjeuner. À 9 heures du matin ?
À l’intérieur du commando, c’est un tireur d’élite armé d’une mitraillette qui est responsable de la majorité des coups. Ce sont des munitions spéciales sans date de fabrication recouvertes d’un vernis particulier, du même type que celles qu’on retrouvera dans le repaire des Brigades rouges de via Gradoli, où habitaient les brigadistes Mario Moretti et Barbara Balzerani pendant que Moro était détenu dans l’appartement de via Montalcini. Selon l’expert en balistique Antonio Ugolini, ces munitions sont utilisées par des forces militaires non conventionnelles.
Huit photos prises pendant l’enlèvement d’Aldo Moro ont été remises le matin même au juge Infelisi. Des photos qui vont disparaître à jamais.
Et encore : Pourquoi tous les hommes choisis par Francesco Cossiga, ministre de l’Intérieur, pour suivre les différentes phases de l’enlèvement sont inscrits à la loge P2 ? Pourquoi, malgré les nombreux signalements arrivés immédiatement après les faits, le repaire de via Gradoli n’a pas été trouvé ? Qui a décidé par la suite de laisser découvrir cette cache à un moment clé, et de ce fait d’accélérer la décision des Brigades rouges de tuer Moro ? Pourquoi pendant les cinquante-quatre jours qu’a duré cette mise à mort les Brigades rouges ont utilisé une imprimante qui vient des bureaux RUS (Raggruppamento Unità Speciali, Groupe des forces spéciales) du SISMI pour imprimer leurs communiqués ? Pourquoi l’un des communiqués des Brigades rouges, qui annonce prématurément la mort d’Aldo Moro, a été émis par l’un des faussaires de la Banda délia Magliana, une organisation criminelle liée à la mafia et aux services secrets ? Pourquoi dans la célèbre lettre de Paul VI il y a cette phrase Libérez le sans conditions, alors qu’il était notoire que cela équivalait à condamner Aldo Moro à mort ? Pourquoi ces rumeurs insistantes et circonstanciées sur le fait que cette phrase aurait été ajoutée par le pape sous contrainte, et quel type de coercition aurait on utilisé ? Qui a fait disparaître la plupart des écoutes téléphoniques ? Pourquoi les Brigades rouges ont décidé de ne pas rendre immédiatement publiques les révélations du mémorial de Moro sur la Stratégie de la Tension et sur le réseau stay behind Gladio, ainsi que ses notes sur Andreotti et Cossiga ? Qui est entré en possession, douze ans après les faits, de ce mémorial, découvert en 1990 dans le repaire des Brigades rouges via Montenevoso à Milan ? Qui reste en possession de sa totalité, puisqu’il est clair que certaines pages en ont été ôtées ?
Et enfin : Quel est le fil qui relie l’affaire Moro à deux autres mystères italiens, les meurtres de Carminé Pecorelli, directeur de l’agence OP – Observatoire politique -, et du général Carlo Alberto Dalla Chiesa ? Pecorelli est un journaliste très proche des services secrets, lié par ailleurs à la P2 dont il est membre. Le directeur d’OP s’est occupé, toujours en termes ambigus et critiques, des affaires de Sindona jusqu’à celles d’Andreotti, ainsi que de l’affaire Moro. Que savait-il exactement lorsqu’il a annoncé dans son journal, juste avant l’enlèvement du président de la démocratie chrétienne, Le 15 mars 1978, il arrivera quelque chose de gravissime en Italie ?
Le 20 mars 1979, il sort de la rédaction du périodique qu’il a créé et qu’il dirige. Quatre coups de feu de calibre 7.65, un en pleine face et trois autres dans le dos, le clouent sur place.
Quant au général Dalla Chiesa, après l’opération de via Montenevoso qu’il vient de diriger et au cours de laquelle le mémorial de Moro est retrouvé, il prendra l’avion à Milan pour aller voir la nuit même – à 2 heures du matin – Giulio Andreotti à Rome.
Avec le mémorial dans sa mallette.
Intact ou non, nous ne le savons pas, nous ne le saurons peut-être jamais. Dalla Chiesa a emporté dans la tombe les derniers mots d’Aldo Moro, sa peine, son amertume, sa révolte et ses prophéties. Ses anathèmes aussi, ses bénédictions, et probablement, malgré la douceur de son caractère, ses malédictions.
[…] Mon Italie. Ma maison, mon pays. Par vocation ou par nécessité, Giorgio Ambrosoli, Pier Paolo Pasolini, Aldo Moro, Carlo Alberto Dalla Chiesa et tous les autres ont été des bombes prêtes à exploser. Voilà les héros. Et tous, tous croyaient que la vérité est une bonne chose, une chose juste, alors que la vérité c’est la porte ouverte. On peut tout changer, une autre réalité peut se créer, une meilleure justice, s’établir. On ne l’a pas permis.
Et cette cécité ! Nommer les choses était le délit, et non que ces choses existent. Révélant au monde l’abus et l’injustice, les personnes qui les ont dénoncés sont devenues les responsables.
Quarante ans après, les faits parlent, le fil rouge est là. Un fil de sang. Délits d’État, procès inachevés, collusions entre poseurs de bombe et généraux de l’armée, complicités milliardaires entre banquiers, loge P2, mafia – et ce cher Vatican. Les enfants des victimes révèlent aujourd’hui ce que leurs mères, par pudeur, par souci d’éducation, ont toujours tu. Les soupçons sont devenus évidences. Le tabou qui pesait sur ceux qu’on avait bannis parce qu’ils avaient subi l’outrage extrême, et rien que par leur statut de martyrs ils rappelaient l’arbitraire, le chaos et la folie, est enfin tombé. Mais ça ne semble intéresser personne. Nous sommes au-delà de tout.
Il faut dire que les despotes jouissent d’une enviable bonne santé dans le monde entier. Leur nuisance semble être à la hauteur de leur longévité, Franco mort dans son lit, et Pinochet et Salazar, et Amin Dada, et Bokassa. Staline, aussi.
Chez nous, même à quatre-vingt-dix ans, les hommes politiques sont aussi frais que le jour de leur première communion. Le matin ils n’ont pas besoin de se laver le visage, il leur suffit de remettre le masque. Derrière leurs rides figées gît ce secret que tout le monde connaît, secret de Polichinelle, en effet, qui continue à les protéger. Quand ils trébuchent et tombent, c’est le trottoir qui se brise, et s’ils ont un accident à deux cents kilomètres à l’heure, c’est leur voiture qui part à la casse, pas eux.
On dirait un hasard quand ces gens disparaissent, une erreur sur la personne, une distraction du Très Haut. Ils nous inondent de blagues qui ne font pas rire, de plaisanteries aussi douteuses que celles des tortionnaires de Salô, le dernier film de Pasolini.
Je vois l’Italie comme don Alessandro devait la rêver. Enrico Mattei aurait fait de l’ENI une entreprise de puissance internationale, Aldo Moro serait président de la République, Giorgio Ambrosoli, président du Conseil. Puis j’ouvre les yeux et ils s’évanouissent, procession d’ombres qui s’en retournent, tête baissée, gouverner une Italie qui n’existera jamais.
Les fantômes nous poursuivent. Sans sépulture, sans paix. Les nœuds ne sont toujours pas défaits, Brigades rouges et fascistes meurtriers sont en liberté. Sans avoir parlé. Manipulés sans le savoir ou en connaissance de cause, aucun d’entre eux n ‘a rien dit. De toute façon, il n’y avait pas grand monde pour écouter.
Ce qui n’a pas été, ce qu’on a empêché d’être, continuera de nous hanter.
Simonetta Greggio. Dolce Vita 1959 – 1979 Roman. Stock 2010
L’enquête sur la mort d’Aldo Moro a été rouverte en juin 2013…
J’ai gardé le silence jusqu’à présent. J’ai attendu trente ans pour révéler cette histoire. J’espère qu’en parler aujourd’hui servira à quelque chose. Je suis désolé de la mort de Moro ; je demande pardon à sa famille et je regrette pour lui, je crois que je l’aurais bien aimé si je l’avais connu, mais j’ai dû manipuler les Brigades rouges pour qu’on le tue.
Celui qui s’exprime ainsi est Steve Pieczenick, un homme mystérieux envoyé par l’administration américaine [Carter] pour aider les Italiens pendant la période dramatique de la captivité d’Aldo Moro. Pieczenick affirme qu’il avait juré le silence. Ni la magistrature, ni les Commissions parlementaires successives n’ont pu mettre la main sur lui auparavant. Et voici qu’un jour, il écrit un livre avec un journaliste français, Emmanuel Amara. Pieczenik insiste : L’Italie était au bord du gouffre. Il a fallu sacrifier Moro pour détruire les Brigades Rouges et sauver le pays.
Simonetta Greggio. Les nouveaux monstres 1978 – 2014 Roman. Stock 2014
Aldo Moro était allé en visite aux États Unis, en septembre 1974, sous la présidence Nixon, qui avait Henry Kissinger pour secrétaire d’État : il avait écourté son séjour après avoir reçu des menaces : toute discussion, ouverture avec le Parti Communiste Italien d’Enrico Berliguer aurait immanquablement de graves conséquences. Dans La guerre secrète en Italie, l’historien suisse Daniele Ganser parle longuement de Gladio, le bras armé des Services secrets italiens et de la CIA. Historiquement, à la sortie de la seconde guerre mondiale, les occidentaux nourrissaient la peur de voir l’Union Soviétique prise d’une volonté d’expansion de sa zone d’influence directe en étendant sa domination sur l’ensemble de l’Europe occidentale, et, dans cette ligne, ils avaient créé un ensemble de réseaux de résistance à cette possible invasion russe, réseau nommé Gladio, dont la branche italienne se développera plus que partout ailleurs.
http://www.voltairenet.org/article163905.html

Une des rares photos rendues publiques et prises pendant la séquestration d’Aldo Moro par les Brigades rouges. Ici le 19 avril 1978, pour prouver à la presse italienne qu’il est alors toujours en vie. | Photo prise par les Brigades rouges / domaine public / Wikimedia Commons
Mise en service du métro de Lyon.
Échouage de l’Amoco Cadiz, près des côtes de Portsall, sur la commune de Ploudalmézeau : 227 000 tonnes de brut se répandent sur la côte de granit rose. Les bretons et l’armée nettoieront 360 km de côtes du Finistère et d’Armor, de Brest à Saint Brieuc, pendant des semaines. Alphonse Arzel, maire de Ploudalmézeau et Charles Josselin, président du Conseil Général des Côtes d’Armor, créent le syndicat mixte qui portera plainte auprès de la justice de Chicago, contre Amoco International Oil Company, propriétaire de la cargaison et Amoco Transport, propriétaire du navire, regroupées toutes deux au sein de la Standard Oil of Indiana ; ce procès fleuve sera plaidé au Canada, qui aboutira à une indemnisation des communes sinistrées… environ 15 ans plus tard, pour un montant de 1.250 milliard F. Corinne Lepage sera du nombre des avocats ; en 2002, quand elle sera candidate à l’élection présidentielle, elle sera la deuxième candidate la plus fortunée, après Jean Marie Le Pen.


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11 ans plus tard, Exxon déboursera 7,5 milliards, sans procès, pour les 38 000 tonnes déversées par l’Exxon Valdès sur le littoral de l’Alaska. C’est la plus grande marée noire qui ait touché les côtes françaises. Mais les marées noires, pour spectaculaires qu’elles soient, sont loin de représenter la plus grande pollution pétrolière : les déballastages en pleine mer, et les opérations de transfert sont à l’origine d’une pollution beaucoup plus importante, estimée à 2 millions de tonnes par an, dont 600 000 dans la seule Méditerranée. Il est vrai que tous les ports ne sont pas équipés pour traiter les déchets liquides…
La France tirera les conséquences de la catastrophe et parviendra à mettre en œuvre les indispensables réformes pour que cela ne se renouvelle pas et, dans le secteur, cela ne se renouvellera pas :
Dépassant les individus et leur machine, il y a la mission. Les hommes de l’Abeille Flandre ne sont pas des militaires. Ils ne sont pas payés pour engager leur peau, ni tenus d’exécuter un ordre sans objection. Ils ont le droit de récuser un capitaine Bligh et ne seront pas pendus pour la peine. Ce n’est point ainsi que les choses se passent. Je me souviens qu’un dimanche de janvier, tandis que l’anémomètre du bord était bloqué au maximum et que l’aérien d’un des deux radars ne tournait plus, prisonnier des bourrasques, nous nous sommes portés au-devant d’un pétrolier désaxé, capelé par les lames, et qui fonçait sur la côte. Les chances d’intervention efficace étaient quasi nulles, le remorqueur lui-même pouvait y rester. Mais l’équipage tout entier se tenait prêt, sans que la moindre consigne eût été donnée. L’argent, ici, n’avait plus d’importance. Ni la discipline, du moins celle qui est libellée dans les règlements.
À la longue, je me suis lié d’amitié avec plusieurs de mes compagnons. Ils avaient des soucis ordinaires – fins de mois, chagrins d’amour, divergences syndicales, tiraillements gastriques, scolarité des gosses, régime amaigrissant… Mais, selon une loi non écrite et soigneusement tue, ils envisageaient de mettre leur existence en danger afin que d’autres ne meurent pas. Et rigolaient fort si l’on attribuait cette disposition à quelque penchant sacrificiel. En cette saison où prévaut, dans la vie sociale, universitaire, partisane, artistique, financière, la règle du moi d’abord, j’ai flairé là une sorte d’anomalie rafraîchissante.
[…] Pour le 20°anniversaire de l’échouage de l’Amoco Cadiz, en mars 1998, les actualités télévisées nous ont offert le spectacle ancien de cormorans mazoutés, larmes à l’appui. Mais peu de commentateurs ont donné l’information capitale : après l’Amoco Cadiz, sur la zone d’Ouessant, c’est-à-dire le secteur le plus périlleux de l’autoroute la plus fréquentée du monde, il ne s’est rien produit qui ait mobilisé les agences de presse (ou, plus exactement, la prévention a fonctionné). Bizarrement, au printemps 1998, les gouvernants ont oublié, peut être parce que la décision publique, cette fois, a traversé les alternances, de notifier à leurs concitoyens qu’un système a été bâti, que son fonctionnement a été vérifié et amendé, et que les résultats sont là. Mais les politiques se soucient-ils du résultat de leur action, quand il excède le court terme ou quand il est imputable à des concurrents ?
Une révolution culturelle s’est accomplie. Imposer aux navires le respect de voies montantes et descendantes, devant Ouessant où l’Atlantique vient s’étrangler, n’est pas seulement une mesure technique : la plus septentrionale de ces routes, à 27 milles des rochers (soit 50 kilomètres), dévolue aux cargos dangereux, se situe hors des eaux territoriales et a requis maints pourparlers entre nations maritimes. Le commandant maître à bord après Dieu doit maintenant s’incliner devant l’Organisation maritime internationale, et pas toujours de bonne grâce. Des aiguilleurs de la mer, les veilleurs du CROSS – Centre Régional et Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage – installés sur le continent à la pointe de Corsen, observent au radar le déplacement de chaque unité, rappellent à l’ordre le distrait qui a omis de s’annoncer, le fraudeur qui triche sur la marchandise, l’imprudent égaré, la ruine flottante dont l’équipage incompétent attend passivement la suite des opérations.
Cela s’appelle le rail. C’est une bataille de chaque marée.
La révolution la plus profonde, toutefois, concerne le remorquage. À l’époque où le commandant Gabin, dirigé par Jean Grémillon, lançait son bâtiment à l’assaut des houles de l’Iroise, la coutume était que le navire portant assistance entamât une négociation directe avec le navire assisté. Le fauve tournait autour de sa victime jusqu’à ce que cette dernière, sentant le naufrage imminent, acceptât l’aide coûteuse de son voisin. On palabrait ainsi, en morse ou en phonie, dans la tourmente, dérivant à toute allure. Et l’on passait fréquemment la remorque, le câble salutaire, au plus mauvais moment, à qui perd gagne, sans s’accorder le droit de casser et le temps d’effectuer une nouvelle présentation.
Tout sauveteur – professionnel – déclenche, chez celui qu’il secourt, une réaction ambivalente. La gratitude, si vive soit-elle, est fréquemment souillée d’une ombre. Nombre des médecins que j’ai rencontrés s’étonnaient que leurs patients, une fois guéris, s’éloignaient sans un adieu, sans dire merci. Et mes interlocuteurs ajoutaient, au comble de la perplexité, que les cadeaux et les signes de reconnaissance leur étaient plus volontiers octroyés, par les proches, après la mort inévitable d’un malade. J’hésitais à leur répondre que cela me semblait compréhensible, sinon admissible. L’homme guéri n’a qu’une hâte : effacer la maladie, la souffrance et tout ce qui s’y rapporte, thérapeute inclus. Mais l’homme en deuil est solidaire de ceux, fussent-ils revêtus d’une blouse blanche, qui ont avec lui approché, affronté la mort, et subi son empire.
Le sauveteur professionnel – en montagne ou en mer, peu importe – risque toujours une déconvenue analogue à celle du médecin sachant soigner. Surtout s’il est chasseur de primes. On imagine de quel œil les Brestois regardaient l’Abeille 22 en 1927, l’Abeille 25 en 1947, l’Abeille 26 de 1952 à 1958 (la compagnie cessa, ensuite, pendant vingt ans, d’assurer la station). De belles bêtes, assurément. Des marins courageux, sans aucun doute. Des professionnels indispensables, tout le monde en convenait. Mais on les admirait aussi, ces bêtes et ces hommes, à la manière dont on admire les grands prédateurs, charognards ou carnassiers. Vivre du malheur des autres, fût ce pour le soulager, fût ce au péril de son propre malheur, est fatalement inconfortable. Le sauveteur idéal, d’une certaine manière, est celui qui se noie en repêchant autrui.
Sur ce registre là, précisément, le paysage a profondément changé. Non que l’argent ait disparu. La compagnie des Abeilles est une compagnie privée à but lucratif, fort ancienne (elle naquit en 1864), aujourd’hui propriété du groupe Bourbon. Sa vocation première fut et demeure l’activité portuaire – les petites abeilles butinant autour des mastodontes en partance, ou arrivant du large. Mais le développement de la recherche et de l’exploitation pétrolières en haute mer ainsi que la recrudescence des menaces de pollution et de naufrage (liées à la multiplication des navires géants chargés d’hydrocarbures, de substances chimiques ou radioactives) l’ont incitée à diversifier son armement. Une filiale, Abeilles International, s’est équipée, en ce sens, de bateaux exceptionnels, notamment l’Abeille Flandre et sa jumelle l’Abeille Languedoc, issus de chantiers norvégiens, prêts à briser la glace autant qu’à déhaler le Titanic.
Le traumatisme de l’Amoco Cadiz fut si aigu qu’on ne traîna point à réagir. Ce n’était pas facile, et c’était très français : il fallait mobiliser vers un objectif unique des militaires, des civils (relevant de l’Équipement pour le CROSS, du Budget pour la douane, etc.), des fonctionnaires, des salariés du secteur privé. On y parvint. Le monde du rail réussit à prendre consistance. Restait à le doter d’une autorité suprême. Il fut décidé que le préfet maritime endosserait la fonction.
À Brest, personne ne parle de la préfecture maritime, mais du Château. L’homme qui habite ce dernier, tout au sud de la ville, au bas de la rue de Siam, face à la rade, sur le site de Beg rest (le bout du bois) dont les Romains, dès le III° siècle, apprécièrent l’intérêt stratégique, cet homme là doit jouir d’un excellent sommeil. Alternant les casquettes (ne dites jamais à un marin qu’il porte un képi…), il est à la fois le patron des opérations navales en zone militaire atlantique – les sous marins nucléaires de l’Ile longue ont ici leur tanière – et le responsable, pour la zone civile correspondante, de tout ce qui concerne la navigation et la pêche. Un secrétaire d’État a moins de charges, moins de pouvoir et moins de compétences – d’ailleurs, le Prémar est nommé en Conseil des ministres, et directement responsable auprès de Matignon. Sous le Château, à 30 mètres de profondeur, les équipes du COM, le Centre d’Opérations Maritimes, se relaient devant écrans et cartes. Et quand l’Amiral reçoit à la Résidence, entouré d’un essaim d’autres amiraux, le protocole est aussi affûté qu’une messe pontificale.
La Royale ne disposant d’aucun remorqueur capable de tirer un pétrolier de 500 000 tonnes, l’État, en 1978, s’est tourné vers la compagnie des Abeilles. Il ne servait à rien d’édicter des lois, de tracer des routes, de multiplier les guetteurs, si un outil approprié n’était pas disponible pour prévenir et guérir. Ainsi furent affrétées l’Abeille Flandre à Brest (où elle prit la relève de l’Abeille Normandie), et l’Abeille Languedoc à Cherbourg. Conservant leur statut privé – les équipages sont exclusivement issus de la marine marchande -, les navires remplissent une mission de service public. Ils sont vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours par an, prêts à intervenir.
Un obstacle demeurait, et non le moindre : le syndrome Gabin, la relation commerciale entre l’assistant et l’assisté. Grâce, si l’on ose dire, à l’Amoco Cadiz, une notion juridique nouvelle fut définie, et entérinée au niveau international. Quand un bateau, du fait d’une panne, d’une erreur de navigation, d’un problème de cargaison, ou d’une tempête, part à la côte, le préfet maritime lui adresse une mise en demeure, une injonction absolue de faire cesser le danger qu’il représente pour lui-même et pour l’environnement. Autrement dit : l’obligation d’accepter la remorque, immédiatement et sans marchandage. C’est la fin des prédateurs embusqués, la fin des chicanes retardant ou empêchant le sauvetage. Désormais, le commandant du remorqueur ne parle plus dollars avec le commandant du navire en détresse : il offre sa technique, et sa pratique des dangers locaux.
Hervé Hamon. L’Abeille d’Ouessant. Seuil. 1999
Un bateau mais demain
Un bateau s’est cassé, Baptiste,
Nous n’irons plus sur les rochers
Les gens de la côte sont tristes
Ils ont le cœur tout arraché
Un bateau s’est cassé, il sombre
Bien sûr, ce n’est pas le premier
Mais avec lui s’approche l’ombre
Nous n’irons plus jamais pêcher
Un bateau s’est cassé, Gaëlle,
II vomit du noir assassin
II tue la mer et avec elle
Tout ce qui vivait dans son sein
II endeuille à jamais les plages
II désespère les marins
Empoisonne les coquillages
Et les oiseaux mourront demain
On me dira Reste à ta place
Occupe-toi donc des enfants
Avec quoi veut-on qu’on les fasse
Ces chansons de vagues et de vent ?
Avec quoi veut-on qu’on les berce
Tous ces enfants désenchantés ?
Quand je pense à ce qu’on leur laisse
Je n’ose plus les regarder
Un bateau s’est cassé, Carole,
Un bateau empoisonne tout
Et les beaux poèmes s’envolent
On vit dans un monde de fous
Demain, ça en sera un autre
Et pourquoi ça s’arrêterait ?
On se repassera la faute
La belle jambe que ça nous fait
Un bateau s’est cassé, Grégoire,
On veut déjà nous rassurer
Et pourtant, c’est la mer à boire
À boire et puis à en crever
Un bateau mais demain, Carine,
Puisqu’un bateau a pu faillir
Demain, ce sera une usine
Qui sera la mort à venir
On me dira Vas-tu te taire ?
Mais demain tout sera foutu
Qu’auront-ils fait de notre terre ?
Nous n’irons plus, nous n’irons plus,
Nous n’irons plus au bois, les mômes,
Tous les arbres sont défeuillés
Restera-t-il quelques fantômes
Pour dire nous avons été ?
Un bateau s’est cassé, Armelle,
Et nous irons sur les rochers
Avec nos seaux, avec nos pelles
Comme si rien n’avait changé
Mais ça ne sera pas du sable
Nous n’y ferons pas de châteaux
Dans tout ce noir irréparable
L’espoir s’enlisera bientôt
Tout comme crèvent les oiseaux
Anne Sylvestre 1978
Quarante ans plus tard, il s’avérera que l’espoir ne s’est en fait pas enlisé, et que les faits concernant les marées noires ont donné tort, Dieu merci, à Anne Sylvestre, cette grande dame de la chanson : l‘amiral Emmanuel de Oliveira, préfet maritime de l’Atlantique dressera un état des lieux de la sécurité maritime sur la zone, bien réconfortant : les leçons auront été tirées.
Vous assurez que la catastrophe de l’Amoco Cadiz ne pourrait pas se reproduire en 2018, pourquoi ?
Je peux dire que cet événement ne pourrait pas se reproduire, car depuis 1978, nous avons mis en place toutes les sécurités nécessaires. Mais on ne peut pas, bien sûr, écarter tout autre drame, qui serait d’une nature différente.
Nous en avons tiré trois grandes leçons. D’abord, la nécessité d’avoir une prise de décision unique. Elle a manqué à mes prédécesseurs. Ils n’étaient pas bien informés et ils n’avaient pas les bons leviers de décision. Depuis lors, le préfet maritime est le chef d’orchestre. C’est depuis l’Amoco Cadiz qu’il détient le pouvoir de coordination opérationnelle sur tous les moyens de l’État et l’étendue de ses pouvoirs a évolué au fil des catastrophes. Deuxième leçon : le préfet maritime a la capacité de mutualiser les moyens civils et militaires nécessaires.
Enfin, pour avoir la bonne réactivité, on a choisi de pouvoir traiter la crise en local. Il est important pour moi d’être au bord de l’eau, à proximité des centres régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage – Cross -, qui n’existaient pas en 1978, pour dialoguer avec tous les acteurs.
Comment serait ce géré aujourd’hui ?
Le temps est primordial dans la gestion d’événements comme ceux-là, tout va extrêmement vite. Une marée noire a toujours commencé par un navire en difficulté, et donc si on prête assistance, on prévient la catastrophe. Puis, si on arrive à traiter la pollution en mer, on réalise des économies importantes, car un mètre cube d’hydrocarbure se transformera en 10 m³ à terre, quand il sera mélangé au sable et aux algues.
Depuis l’Amoco Cadiz, on a éloigné le rail d’Ouessant de dix miles nautiques – 20 kilomètres -, ce qui nous donne trois à quatre heures de plus pour réagir. Aujourd’hui, je suis informé dans les premières minutes d’une avarie, par le Cross et par le radar de surveillance d’Ouessant, qui n’existait pas non plus en 1978. Surtout, j’ai le pouvoir de mettre en demeure le capitaine du navire. Il s’agit d’un acte administratif, qui lui dit : Ou bien vous avez fait cesser le danger d’ici à quelques heures, ou j’agis d’office, à vos frais. C’est très efficace. En 1978, pour des questions d’argent, le capitaine et l’armateur hésitaient à contractualiser avec un organisateur d’assistance.
Je dispose de remorqueurs d’assistance de haute mer fournis par la compagnie de remorquage Les Abeilles sur toute la façade atlantique. Pour le sauvetage des équipages, nous avons aussi fait des progrès : nos hélicoptères peuvent faire du vol stationnaire automatique par mer formée et vent fort.
Les remorqueurs Abeilles sont-ils adaptés face aux nouveaux mastodontes des mers ?
Ils peuvent tirer 200 tonnes aux crocs de remorquage. C’est suffisant pour prendre en charge les porte-conteneurs de 20 000 boîtes. Le problème est que les navires ne sont pas dimensionnés pour subir une telle traction. On risque d’arracher l’étrave. Une action est menée auprès de l’organisation maritime internationale pour obtenir plus de facilités de prise de remorque sur les navires et plus de solidité. Mais dans ce domaine, la rentabilité prime sur la sécurité.
Les moyens de surveillance sont-ils devenus dissuasifs pour les pollutions volontaires ?
Les navires n’ont plus de raison objective de balancer leurs hydrocarbures à la mer depuis que les ports d’Europe du Nord ont installé des stations de dégazage, mais il faut des moyens de surveillance. Les images satellites de Cleanseanet – le service européen de surveillance et de détection des versements d’hydrocarbures -, permettent de visualiser les variations de hauteur d’une vague provoquée par une mer d’huile. C’est très efficace. En outre, les avions Falcon 50 de la marine nationale et les Beechcraft des douanes effectuent au moins un vol par jour sur le rail. Les pollueurs le savent.
Ces moyens sont dissuasifs, car nous avons maintenant une chaîne opérationnelle pour les procédures judiciaires, en lien avec les procureurs. Il y a cinq ans, une photo n’était pas une preuve ; désormais, une photo géolocalisée, avec le nom du navire et la trace de son sillage, peut suffire. Le dernier dégazeur, un navire chinois, en 2013, a été condamné à 1 million € d’amende, et il a perdu en appel. Depuis, nous n’avons eu qu’un seul cas de pollution volontaire, en février 2016, par le Thisseas, libéré contre le paiement d’une caution de 500 000 €. Le capitaine a disparu depuis, on craint qu’il se soit suicidé, cela témoigne de l’énorme pression qui s’exerce sur ces marins.
Quel est l’état du risque de nos jours ?
Chaque année, dix Amoco Cadiz sont évités. Cinquante mille navires entrent en Manche, deux fois plus qu’en 1978. Chaque jour, 1 million de tonnes de marchandises passent par le rail d’Ouessant. Les navires sont quatre à cinq fois plus gros, à l’exception des pétroliers, qui font 300 000 tonnes.
Nous avons 200 avaries par an pour ces 50 000 navires, soit un problème plus d’un jour sur deux. Les risques n’ont pas diminué, mais ils sont beaucoup mieux maîtrisés. Les pétroliers ont une double coque, ils sont en bien meilleur état qu’en 1978 et très peu de navires poubelles entrent dans les eaux européennes depuis les mesures d’inspection obligatoire au port décidées après la catastrophe de l’Erika.
Comment améliorer les moyens ?
D’abord en utilisant des drones navals et aériens, qui pourront servir de relais radio pour parler aux navires, interroger leur identité, effectuer des surveillances de nuit avec des moyens radar et infrarouge. On peut envisager une capacité opérationnelle dans les cinq ans. Il faudrait également développer la coopération européenne. Nous n’avons pas réussi à mettre en place un réseau unique de surveillance du trafic maritime en Europe. Au-delà, il faudra aussi couvrir de nouvelles zones, avec des moyens pour surveiller les champs éoliens offshore et les aires marines protégées.
Propos recueillis par Nathalie Guibert. Le Monde du 15 mars 2018
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[1] Le coût de la construction du bâtiment s’élève à 670 millions €, que l’État remboursera à Bouygues avec un loyer (qui comprend aussi la maintenance du site) de 90 millions € par an jusqu’en 2043 – coût total pour le contribuable : 2,4 milliards €.
[2] Un surgénérateur n’utilise pas d’uranium, mais du plutonium, issu du retraitement des déchets nucléaires… c’était une manière séduisante d’échapper à une possible et future pénurie d’uranium… l’inconvénient étant qu’en fait ça ne marchera jamais vraiment et ce ne sera guère qu’un gouffre à fric, très longtemps maintenu en vie par acharnement thérapeutique voulu par le lobby nucléaire.
[3] Une poignée de décennies plus tôt, l’esturgeon était une espèce du genre plutôt invasif : c’est une armée innombrable, incalculable qui monte sans trêve ni repos, nuit et jour, sur toute la largeur du fleuve, séparant un peloton dans chaque affluent. Henri de la Blachère 1885. Si l’on tente d’évaluer le total des ces envahisseurs minuscules, les chiffres se comptent par milliards. Leur nombre défie toute numération. Louis Roule 1861 – 1942.
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