14 septembre 1986 au 16 octobre 1989. Dalida. Assassinat de Thomas Sankara. Place Tian’anmen. Une pyramide au Louvre.16304
Publié par (l.peltier) le 24 août 2008 En savoir plus

14 09 1986              Attentat contre le Pub Renault. Le patron de Renault est alors Georges Besse, qui vient d’Eurodif.

22 09 1986             Accord sur le désarmement, dans la ligne des accords d’Helsinki de 1975 ; droit d’inspection sur un territoire par un tiers.

09 1986           Chimamanda Ngozi Adichie, née à Enugu en 1977, va à l’école de Nsukka, dans le sud-est du Nigeria : elle y fait un devoir dont l’enjeu est de devenir chef de classe pour celui qui obtiendra la meilleure note ; et cette meilleure note est pour elle. Toute heureuse de devenir chef de classe, elle déchante quand la maîtresse s’excuse : cela me semblait tellement évident que j’avais oublié de vous dire que le gagnant ne peut être qu’un garçon. L’affaire lui restera en travers de la gorge, même si le garçon gagnant était en or.

26 ans plus tard : elle se retrouvera poussée par la famille, par ses amis sur l’estrade de  TEDx-Euston, à Londres, sans savoir très précisément quoi dire, et elle fait un tabac. Vue sur You Tube par 2.5 millions de personnes. Beyonce introduit des extraits dans sa chanson Flawless.  Le discours paraît au Royaume-Uni et aux États-Unis sous le titre We Should All Be Feminists. En France, Marie-Pierre Gracedieu, éditrice de l’œuvre de Chimamanda Ngozi Adichie chez Gallimard, décide d’une parution dans la collection Folio  2 €, pour qu’il circule comme un pamphlet. Le petit livre rouge Nous sommes tous des féministes aura une très belle réception, notamment lors d’une soirée à la Maison de la poésie à Paris. Elle publiera chez Gallimard en 2008 L’Autre Moitié du soleil.

12 10 1986                   Lancement au Havre du paquebot à voile Wind Star : 130 m de long, 4 mats, 150 passagers. C’est le père des futurs Club-Med 1 et 2.

17 11 1986              Georges Besse est assassiné par Action Directe. Deux heures plus tard, un communiqué des Affaires Étrangères annonce qu’un accord partiel sur le règlement du contentieux Eurodif avec l’Iran a été signé. Encore deux heures plus tard, les islamistes promettent la libération d’un otage.

21 11 1986          Richard Buckland, tout juste 17 ans, se trouve au tribunal de Leicester. Il est présumé coupable du viol, puis du meurtre de deux jeunes adolescentes, à trois ans d’écart. Il a reconnu le meurtre de la première, pas de la seconde. Il est apprenti cuisinier, muni d’un QI bien faiblard. Les deux meurtres se ressemblent trop pour avoir été commis par deux personnes différentes. Et là, que dit le juge : Monsieur Richard Buckland, vous êtes libre, vous pouvez rentrer chez vous ! C’était la première fois au monde qu’on utilisait à des fins de justice l’ADN et celui de Richard Buckland prouvait qu’il ne pouvait être le violeur et l’assassin, puisqu’on connaissait celui de l’assassin.

Col roulé, barbe et cigarettes artisanales, Alec Jeffreys, 36 ans,  chercheur  au laboratoire de génétique de l’université de Leicester, s’est familiarisé en Hollande avec les techniques récentes de la biologie moléculaire, qui permettent d’étudier l’ADN avec une précision jamais atteinte auparavant. Dès la fin des années 1970, il cherche à détecter les variations individuelles de l’ADN, utiles par exemple dans l’identification de maladies héréditaires. Or, le matin du 10 septembre 1984, ayant passé aux rayons X une expérience réalisée à partir de l’ADN de plusieurs membres de la même famille, il voit émerger une série d’images ressemblant à des codes-barres, ou à des échelles garnies de barreaux irréguliers. Il s’agit de régions non codantes de l’ADN, qui ne servent pas à la fabrication de protéines et sont formées de répétitions de séquences variant d’une personne à l’autre. Chacun des clichés révèle donc des similitudes et des différences entre les individus mais, surtout, chacun est absolument unique. Ce glorieux accident, comme l’appellera par la suite le professeur Jeffreys, vient d’accoucher des toutes premières empreintes génétiques. Aussitôt, le scientifique et son équipe se mettent à inventorier les domaines où ce nouveau profil pourrait être important. Comme une longue liste de courses, dira-t-il plus tard. Ils pensent à diverses applications, notamment aux problèmes de filiation – c’est d’ailleurs le premier secteur où la technique sera mise en œuvre -, mais absolument pas à l’identité judiciaire. Il faudra attendre deux ans et cette affaire de double meurtre, pour que la police du Leicestershire fasse appel aux services du professeur, avec le résultat que l’on sait.

raphaëlle rérolle          Le Monde du 6 08 2019

Restait à la police à découvrir le coupable : ils vont en baver et faire longtemps choux blanc. 3 500 personnes convoquées, plus 1 000 autres en élargissant aux personnes ayant fourni un alibi. Le laboratoire est débordé, demande que l’on suspende les envois… Et voilà qu’un jour d’août 1987, la gérante d’un pub rapporte la conversation d’un jeune client qui aurait subi le test sanguin en lieu et place d’un autre moyennant 200 livres, avec le passeport trafiqué de Colin Pitchfork, marié, un enfant, qui reconnaîtra rapidement les viols et meurtres des deux jeunes filles.

11 1986                     Étienne Léandri provoque le jumelage de Megève avec la station Japonaise Uranbandaï. Cette dernière appartient à Rékigi Kobari, principal soutien du Liberal Democratic Party. Étienne Léandri est un fameux lascar : né en 1916 à Gap, de famille corse, il se fait gigolo avant la guerre, craquant en compagnie de Renée Néal les millions que son mari, Virgile, a gagné dans le parfum. Les Allemands occupent la France et Léandri s’occupe de leurs loisirs : cela lui vaudra d’obtenir une carte d’officier de la Gestapo… fort utile pour quitter la France, direction Berlin, quand les vents tourneront. Mais Berlin n’est pas le bon choix, et il passe plusieurs années en Italie, vivant d’escroqueries diverses et de trafic d’armes. La justice française le recherche, mais il a déjà ses entrées qui lui permettent de faire annuler tout ça : il avait mis à profit une loi de Mussolini qui accordait aux Corses la double nationalité, italienne et française. Copain avec Pasqua, pas fâché avec Mitterrand, serrant la main sans en être gêné de Lucky Luciano, bref un spectre de relations large, très large. Drogue, trafic d’armes, intermédiaire quasiment incontournable d’opérations véreuses, crapule de très, très haute volée, toujours tiré à quatre épingles, au cœur du système de corruption française, à la tête d’une colossale fortune, il finira par mourir en janvier 1995, à 79 ans.

C’est à cette période que surgit, dans le cercle de Carbone et Spirito, Etienne Léandri (1915-1995), Corse grandi à Marseille. Un personnage trouble à l’itinéraire incroyable que l’on retrouve tout au long de la série documentaire. Gigolo, trafiquant d’héroïne et gestapiste notoire qui n’hésitait pas à se promener dans Paris en uniforme nazi, il fut condamné à la fin de la guerre à vingt ans de travaux forcés pour intelligence économique avec l’ennemi. Léandri échappa à sa condamnation en se réfugiant en Italie, où il devint un des relais corses de la French Connection  auprès des mafieux italiens. Protégé par la CIA, qui appréciait son anticommunisme, Léandri participa à un tas de trafics avant de rentrer en France où il fut déclaré non coupable de l’accusation de haute trahison. Un vrai miracle…

Daniel Psenny                  Le Monde du 7 02 2017

1 12 1986                     Inauguration du musée d’Orsay, dans l’ancienne gare d’Orsay de Victor Laloux : les aménagements intérieurs ont été confiés à Gae Aulenti.

16 12 1986                  La veille, des techniciens sont venus installer le téléphone dans l’appartement d’Andreï Sakharov et Elena Bonner à Gorki. Gorbatchev appelle pour leur annoncer la fin de leur exil à Gorki ; ils rejoindront Moscou six jours plus tard, faisant face à une meute de journalistes russes comme étrangers. Ils mettront près d’une heure à rejoindre la sortie : la célébrité de Sakharov tenant pour une bonne part aux médias, il lui était difficile de fendre la foule avec un laconique no comment. Sakharov mourra à Moscou, trois ans plus tard, le 14 décembre 1989, à 68 ans. Elena Bonner, ayant des enfants aux États-Unis, s’installera alors à Boston, où elle mourra en 2011, à 88 ans.

25 12 1986                  Dirk Rutan et Jeana Yeager ont fait le tour du monde sans escale avec l’avion Voyager : 40 000 km à 150 km / h, 2 moteurs de 150 CV ; 9 jours.

30 12 1986                En représailles à l’entrée dans la communauté européenne de l’Espagne et du Portugal, Ronald Reagan augmente de 200 % les droits d’entrée aux États-Unis des produits européens.

1986                         Arianespace détient 50 % du marché du lancement spatial ; dès 1973, le premier lanceur européen est la fusée Ariane. De 1979 à 1986, on comptera 18 tirs dont 14 avec succès. 30 lancements sont programmés jusqu’en 1991, pour mettre en orbite 45 satellites. Gorbatchev met fin à l’exil de Sakharov.

28 01 1987             Le chocolat Côte d’Or, belge jusqu’alors, devient suisse, racheté par le groupe Jacobs Suchard, lui même faisant partie du groupe Interfood Phillip Morris.

5 02 1987                C’est l’anniversaire de l’attentat de la Fnac. Michel Baroin, le patron de la GMF, premier financier d’Eurodif, fermement opposé au remboursement de l’emprunt de 6 milliards à l’Iran, est à Brazzaville et décolle dans un Lear Jet de la Compagnie Aéro France pour Paris après avoir annulé au dernier moment une escale à Libreville : son avion s’écrase dans la jungle entre le Nigéria et le Cameroun : tous les passagers sont carbonisés.

22 02 1987              À la demande du Liban, les Syriens reviennent dans ce pays qu’ils avaient quitté en 82.

24 02 1987              Apparition d’une Supernova à 170 000 années lumière. La précédente était apparue en 1604.

30 03 1987              Un groupe d’assureurs japonais achète les Tournesols de Van Gogh pour 225 MF.

4 04 1987                 T F 1 est privatisé, et c’est M. Bouyghes qui emporte le morceau.

2 05 1987            Dalida, née Yolanda Cristina Gigliotti, italienne, au Caire en 1933 quitte définitivement la scène d’une overdose de barbituriques. Elle avait 54 ans.

De son vivant, Dalida aura vendu 120 millions de disques. Depuis sa disparition, 20 millions supplémentaires seront écoulés. Seul Claude François aura connu un tel engouement post-mortem, jusqu’aux pistes de danse des discothèques, comme Dalida. D’une ahurissante présence sur scène, elle n’avait pas son pareil pour faire naître cette transe avec le public, avec des chansons pour faire pleurer Margot, le mélo à fleur de peau avec le léger accent comme cerise sur le gâteau..

J’ai aimé mon métier comme un amant. Je me réveillais avec lui, dormais avec lui, faisais l’amour avec lui. Elle mourra de n’avoir pas voulu voir combien cet état fusionnel la menait au néant, combien le strass et les paillettes 24 h sur 24 finissent par aveugler et faire prendre le chemin opposé de celui de la vie ; enceinte d’un jeune admirateur amoureux fou d’elle – il venait d’avoir dix-huit ans – elle s’aveugle au point de réagir à chaud, en urgence en le congédiant grossièrement avec un gros chèque et en se faisant avorter dans de mauvaises conditions. Un enfant, maintenant, en pleine gloire ? me mettre en retrait de la scène pendant deux, trois ans !  impossible ! Il aurait fallu des changements autrement plus radicaux que les pilules roses d’un ashram aux Indes pour prendre de la distance avec ce showbiz qui n’est que l’antichambre de l’hôpital psychiatrique.

En 1958, à l’issue d’un concert de Dalida à l’Olympia, Piaf lui avait dit: Après moi, ce sera toi ! Mais Piaf ne réalisait pas combien elle-même avait la vie chevillée au corps et combien Dalida avait une fêlure remontant à l’enfance qui l’aura fragilisée jusqu’à la fin.

Mais je crois pourtant que les hommes
pourraient bientôt manquer
et surtout pour qui en consomme
autant dans une année. 

Anne Sylvestre

Autant être franc. Je fais partie de ces iconoclastes et de ces rieurs qui, pendant longtemps, n’ont vu en Dalida qu’une sculpture drapée de paillettes, qu’une fausse Cléopâtre très joliment momifiée, éternellement dressée sous une tignasse de vieille lionne amidonnée, hyper-coquette et hyper-laqué.

Certes, cette sirène préfabriquée par un habile imprésario dans les années 50 avait appris à travailler sérieusement. Elle connaissait l’art de durer. Ses chansonnettes ne faisaient pas tourner la tête qu’à des midinettes. 85 millions de disques, c’est un phénomène social qui commence à intriguer. Quelque suicide manqué et d’autres drames autour d’elle me faisaient bien penser que ce monument avait une âme. Mais tant et tant de gens simples, moins gâtés par la vie, auraient tant et tant de prétextes pour se supprimer que je refusais de prendre le malheur de Dalida au sérieux.

Puis, voilà qu’en 1986, j’ai eu l’occasion de me pencher sérieusement sur son cas, sur sa vie et ses contradictions. Elle venait de faire un retour en arrière pour tourner, en Egypte, un film de Youssef Chahine intitulé « Le Sixième Jour ». Un mélodrame dans lequel Dalida joue les « mère Courage » et les grand-mères sacrifiées. Elle s’acharne à lutter pour la survie de son petit-fils dans la ville du Caire frappée par une épidémie de choléra. Remarquable sujet pour elle qui a toujours souffert de n’avoir pas d’enfant. Dans ce film, quelqu’un lui dit : Personne n’a ton sourire. Elle répond : Ce n’est plus un sourire, c’est une cicatrice. Elle y est superbe d’émotion. Comme dévoilée dans sa nature profonde. Son sens de la tragédie populaire y est mis à nu avec un éclat inattendu.

A l’époque donc, j’ai écouté toutes ses confidences, en coulisse, et j’ai scruté son passé. Plus possible de la snober dans sa sincérité ringarde. Plus possible de négliger sa quête secrète. La mépriser ce serait faire injure aux multitudes qui l’adorent. Ce serait nier la valeur des roucoulades et des douleurs qu’elle catalysa ou qu’elle exorcisa pendant trente ans. Dalida avait une passion pour la psychanalyse. Elle avait lu Freud tout entier. Elle y avait puisé un certain réconfort pendant quelques années. Et à ses proches elle avouait : Je n’ai toujours trouvé qu’une petite fille qui pleurait en moi. Une petite fille que j’ai prise par la main et que j’ai essayé de faire grandir.

Elle se cherchait désespérément au fil des ans. Au cinéma, à plusieurs reprises, elle avait tenté de toucher à tout : à Yves Montand, par exemple, comme à Gainsbourg, avec lesquels elle avait tourné deux films qui sont loin d’être inoubliables. En politique aussi elle tâtonnait. Elle a soutenu, par deux fois, la campagne de Mitterrand. Mais on l’a vu tomber aussi dans les bras de Chirac un soir au Paradis Latin. Ne voyez aucune signification politique à cela. Je suis artiste et à ce titre j’appartiens à tout le monde. A M. Chirac comme aux autres, précisait-elle après avoir embrassé le maire de Paris.

Voilà bien les racines du drame qui ronge les stars de la chanson et d’ailleurs. Elle appartient à tout le monde et personne ne lui appartenait. Même pas un bambino à qui se raccrocher. Les hommes lui avaient échappé. Tout filait entre ses doigts hormis la gloire qui est une sale compagne en tête à tête. Avec son dernier film que nous évoquions plus haut, elle a pourtant terminé en beauté. En revenant au Caire, là où elle était née. En forçant le respect de chacun et même de ceux qui n’aimaient pas ses simagrées. Elle a retrouvé la grâce de ses débuts dans les quartiers pauvres de l’Egypte. Mais le plus grand malheur qui puisse arriver, c’est de n’être utile à personne, disait Eluard. Et ça ne pardonne jamais.

Gérard Fénéon                             Le Républicain Lorrain du 4 mai 1987

Dalida était une grande dame mais une petite femme. Tous ceux qui l’ont côtoyée ou simplement rencontrée l’attestent et sa carte d’identité, qui fut visible à l’exposition Dalida, une vie, à la mairie de Paris en 2007, le confirme : 1,68 m sur la pointe des pieds. D’où vient le sentiment physique inverse ? Sans doute de ses innombrables apparitions à la télé qui, comme le cinéma, cadre toujours bigger than life. Mais aussi de son allure, entre coiffure à la lionne et mâchoires carrées. Avec un visage aussi sculptural et une chevelure aussi prégnante, on ne peut imaginer qu’une stature d’importance. Le paradoxe, pourtant, n’est pas que physique, il est surtout moral : du début de sa carrière, au commencement des années 1950, jusqu’à sa disparition en mai 1987, Dalida n’a chanté qu’une seule et même chanson : celle de la vie à pleins poumons, de l’amour à fond, de la gaieté d’être heureuse. Laissez-moi rêver, répétait-elle au refrain d’un de ses plus grands succès. Une rengaine à double détente : rêver sa vie quand la vie ne donne vraiment pas de quoi rêver. Mais les mantras ne suffisent plus à conjurer un sort qui s’acharne avec une opiniâtreté vicieuse : amants suicidés, amitiés défuntes ou trahies, abus d’anxiolytiques. En 1986, Dalida a 54 ans et le sentiment, déjà, de ne plus rien avoir à perdre. Cette année-là, elle croit enfin saisir la chance de se refaire. Comme à la roulette. Le cinéaste égyptien Youssef Chahine lui offre un rôle dans son nouveau film Le Sixième Jour. Elle y est Saddika, une grand-mère Courage qui veut sauver son petit-fils dans l’Égypte de 1947 ravagée par une épidémie de choléra.

Pour Dalida, les retrouvailles sont intenses, mais à plusieurs tranchants : née Yolanda Gigliotti le 17 janvier 1933 au Caire, dans une famille d’émigrés italiens d’origine calabraise, elle retrouve ses racines de pied-noire égyptienne. Mais les racines ont été arrachées et, lors d’une visite dans le quartier de son enfance, le faubourg de Choubra, les larmes coulent de ne rien reconnaître de l’appartement où elle est née et qu’elle partagea avec ses deux frères et ses parents – surtout son père adoré, Pietro, violoniste à l’opéra du Caire, disparu quand elle était gamine. Mais plus que le chagrin, ce qui remonte, ce sont les souvenirs de l’adolescence quand la jeune Yolanda, brune au regard charbonneux à la façon d’une Jane Russell orientale, rêvait de devenir actrice de cinéma. Ce ne fut pas le cas malgré son trophée de Miss Égypte en 1954 et quelques utilités dans des séries B dont les titres sont tout un programme : Le Masque de Toutankhamon et autres facéties pharaoniques. Sur les plateaux de son Hollywood-sur-le-Nil, elle croise Chahine (déjà !) et un jeune Michel Demitri Chalhoub, bientôt célèbre sous le pseudonyme d’Omar Sharif. Mais pour Yolanda, la gloire cinématographique ne vient pas et en décembre 1954, elle s’envole pour Paris et la carrière que l’on sait.

C’est dire si pour Dalida, 32 ans plus tard, l’enjeu est de taille. À raison de quinze heures par jour pendant trois mois, le tournage du Sixième Jour, qui a lieu dans les studios du Caire et en extérieurs à Alexandrie, s’avère long et difficile. Bosseuse acharnée, Dalida s’y donne à corps perdu. Pour Chahine, non seulement elle apprend l’arabe égyptien afin de jouer en VO, mais elle accepte de se vieillir, de réduire son maquillage et surtout, de cacher sa fameuse crinière sous deux couches de voile noir.

Le Sixième Jour sort en salles en 1986 et le succès critique est fulgurant. Des Cahiers du cinéma à Libération, tout ce que la planète cinéphile compte d’aficionados sévères et parfois acariâtres s’incline devant l’excellence du film et surtout, devant la performance de son actrice principale. Sous la plume d’Isabelle Potel, critique à Libération, on peut lire : À chaque plan, elle change d’âge, visage d’infante, de madone, icône… De dos, silhouette drapée de noir contemplant l’abîme comme dans un tableau de Böcklin. De face, sphinge au regard perçant défiant le temps. Pour la promotion du Sixième Jour, Dalida, nouvelle amorosa du cinéma, court les plateaux de télévision et, de Poivre d’Arvor en Christophe Dechavanne, les dithyrambes pleuvent, le même avenir semble se dessiner : celui d’une actrice de qualité, promise aux grands rôles de la tragédie méditerranéenne, rejoignant ainsi quelques figures iconiques à fort tempérament, de l’italienne Anna Magnani aux grecques Irène Papas et Maria Callas. Mais là encore, la magie tourne au vinaigre. Dans les coulisses du succès, Dalida confie qu’elle a mal supporté de se voir prématurément vieille à l’écran et les directives de Chahine pendant le tournage n’en finissent plus de tinter à ses oreilles comme une prophétie lugubre : Tu vas me donner les blessures que la vie t’a faites. Le Sixième Jour, portrait d’une femme sacrifiée, réalisé, disait-elle, par un voleur d’âme, peut aussi se regarder comme un biopic de la star au destin cerné de morts et assiégé de solitudes. Comme tout un chacun, Dalida voyageait avec les spectres du passé et les fantômes du présent. Mais au fil du temps, cette armée des ombres l’a peu à peu envahie jusqu’à la coloniser tout entière.

Trois dates clefs, comme des croix dans un cimetière :

27 janvier 1967 : le festival de la chanson de San Remo bat son plein. Dalida y participe parce qu’elle est déjà une star dont chaque disque se solde par des millions d’exemplaires vendus. Mais elle a surtout entrepris le voyage en Italie parce qu’elle est folle amoureuse du chanteur Luigi Tenco, beau brun ténébreux de 28 ans qui, lui aussi, participe au festival. Avant le spectacle retransmis en direct par la RAI, Luigi le traqueur avale un cocktail d’alcool et d’anxiolytiques censé le galvaniser. Quand il monte sur scène, c’est la catastrophe : il titube, chante à contretemps, balbutie les paroles de sa chanson intitulée – comme une voyance tragique – Ciao amore, ciao. Zéro plus que pointé. En fin de soirée, Luigi Tenco rentre à l’hôtel Savoy et, dans la chambre qu’il partage avec Dalida, il se tire une balle dans la tête. C’est Dalida qui découvre le cadavre de son amant peu après. Revenue à Paris, une horde de paparazzis à ses trousses, elle décide à son tour de mettre fin à ses jours. Elle loue une chambre dans un palace parisien et ingurgite une dose extrême de barbituriques. Une femme de chambre la découvre agonisante. Elle restera plusieurs jours dans le coma avant de se rétablir.

11 septembre 1970 : dans son appartement du 7 rue d’Ankara, à Paris, Lucien Morisse se suicide par arme à feu à l’âge de 41 ans. Responsable de la programmation musicale d’Europe 1, il avait été à la fin des années 1950 le fiancé au long cours, puis le mari de Dalida qu’il avait épousée le 8 avril 1961, usant de sa position clef à Europe 1 pour exalter et jouer les pygmalions pour la carrière de la chanteuse. Dalida est de nouveau à terre et ne peut s’empêcher de voir le rapport entre la mort de Luigi et celle de son mentor, son beau Lucien. Si elle n’avait pas fait le lien, la presse à scandale s’en serait chargée à sa place, titrant, entre autres gracieuseté, Dalida, la maudite !

21 octobre 1972 : Richard Chanfray entre dans la vie de Dalida. Play-boy interlope, beau gosse à la mode de l’époque comme une vague réminiscence de Gunter Sachs, le mari de Brigitte Bardot, apparemment jamais en retard d’une mythomanie, il se vit comme la réincarnation du comte de Saint-Germain, aventurier de la fin du XVIIIe siècle qui prétendait environ 3 000 ans d’âge et avait, à ce titre, très bien connu Jésus Christ dont il aurait été le conseiller média sur maints miracles. Il savait aussi fabriquer des diamants comme on rigole et, bien évidemment, se rendre invisible. Avec le comte de Saint-Germain réincarné en Richard Chanfray, Dalida est convaincue d’avoir trouvé la pierre philosophale qui transformera en or son existence de plomb. Leurs nombreuses apparitions publiques font sensation, le comte de Saint-Germain ne mégotant pas sur la cape en satin noir et le jabot en dentelle. À l’école, pour ne pas dire aux crochets, de sa fiancée, le comte va même enregistrer des disques, notamment, en duo avec elle, Et de l’amour… de l’amour en 1975. Le couple fait sourire dans les chaumières de la télé et ricaner sur la scène des cabarets. Fallait-il qu’elle soit amoureuse, ou éperdue, pour s’attacher à un tel paumé ! Leur liaison durera neuf ans jusqu’à la rupture en 1981. Mais deux ans plus tard, en juillet 1983, l’immortel se suicide à son tour et Dalida en conçoit une infinie tristesse qui lui fait déclarer : Je commence à croire que je porte malheur aux hommes.

Qui pourrait survivre à cette roulette russe truquée dont le barillet est comme chargé de toutes ses balles ? Dalida, oui ! Dalida, si ! Elle avance le malheur à la boutonnière et ses chansons, qui multiplient les disques d’or, pulvérisent les sommets du hit-parade mondial. S’empilant au fil du temps comme autant de gris-gris homéopathiques dans sa pharmacie sentimentale, ils en font une femme riche. Variétoche et parfois variétoc, Dalida a traversé à peu près toutes les phases de la chanson française : mambo, cha-cha-cha, twist (qu’elle prononçait délicieusement le dviste, yéyé et antiyéyé (à l’été 1962, Dalida triomphe avec Petit Gonzales)… En août 1970, c’est de nouveau le succès populaire avec Darla dirladada, coécrit par Boris Bergman, le futur parolier de Bashung. À l’automne de la même année, elle rencontre Léo Ferré sur un plateau de télévision. Dans la foulée, elle enregistre Avec le temps, chanson dite à texte qu’elle entend populariser. De fait, sa version fait un tabac. En 1973, c’est Il venait d’avoir 18 ans, écrite par Pascal Sevran, Serge Lebrail et Pascal Auriat. Le titre est le mieux vendu l’année suivante dans neuf pays, dont l’Allemagne où il atteint 3,5 millions d’exemplaires.
Toujours en 1973, duo surprise avec Alain Delon, un de ses anciens amants : 
Paroles, paroles devient lui aussi en quelques semaines numéro un en Europe puis au Japon. Le 15 janvier 1974, nouveau coup d’éclat : elle est sur la scène de l’Olympia et présente à la fin du récital une nouvelle chanson, Gigi l’Amoroso. Elle dure sept minutes trente. À la fois chanté, parlé et interprété comme un impromptu théâtral, ce titre reste son plus grand succès mondial. À l’orée des années 1980, pour Dalida, tous les jeux semblent faits. Comme une flambeuse qui n’a plus rien à perdre, elle mise tout sur le double rouge : celui de la vague disco et celui, plus inattendu, de la politique. Dans le premier registre, c’est le coup de tonnerre de Laissez-moi danser -Monday, Tuesday-, chanson devenue l’un des hymnes obsessionnels de l’été 1979 et qui sera l’acmé de son show à l’américaine au Palais des sports à Paris du 5 au 20 janvier 1980, sorte de glam rock revu et très corrigé par Las Vegas, avec douze changements de costumes en plumes et strass, une palanquée de danseurs et trente musiciens. Les dix-huit représentations font salle comble et Dalida se couronne disco queen à la française, mettant le feu aux discothèques où les premières notes de Monday, Tuesday jettent sur la piste tout ce que le nightclubbing d’alors compte de folles dingues : même les chauves miment la chorégraphie capillaire de l’idole. Consécration suprême, Dalida devient for ever and ever une icône gay dans un panthéon à facettes où elle rejoint, à équidistance, la blonde Marlène Dietrich et la noire Gloria Gaynor. Ce n’est pas faire preuve d’on ne sait quelle homophobie que de constater que, visible ou invisible, proche ou lointaine, Dalida est alors de plus en plus cernée par toute une théorie d’hommes à hommes et de garçons sensibles qui, du fond d’une misogynie larvée et le plus souvent inavouée car inavouable, préfèrent les femmes malheureuses aux filles épanouies. Mais, bien entendu, ça n’est pas aussi simple, grossier et rabat-joie. Pas besoin d’avoir révisé son Freud pour détecter que, du point de vue de bien des gays, cette tendresse pour la star malheureuse, qui peut s’avérer étouffante voire mortelle, est une aussi une identification à l’impossible femme qui est en eux. Telle madame Bovary, mère porteuse de bien des drama queen, le gay romantique autant que romanesque l’avouera désormais sans détour : Dalida, c’est moi ! Aujourd’hui encore, bien des anniversaires entre garçons se concluent par l’apparition d’un jeune homme perruqué de blond et moulé dans un fourreau doré qui entonne Mourir sur scène, sous vos applaudissements et avec force roulements de r : Je voudrais mourir fusillée de lasers… 

Le rouge de la politique n’est pas moins brûlant et assassin. Au début des années 1970, on prête à Dalida plus qu’une aventure avec un certain François Mitterrand, à l’époque premier secrétaire du Parti socialiste, dont on dit qu’elle le surnomma, pour mémoire et par fidélité, Mimi l’amoroso. D’autres noms de la Mitterrandie vont se fédérer autour d’elle, participant régulièrement aux pasta parties de son hôtel particulier de la rue d’Orchampt sur la butte Montmartre : Pascal Sevran, son compagnon Dominique Lozach, avec qui Sevran créa à la télévision la célébrissime Chance aux chansons, le jeune provençal et très physique Max Guazzini, fan parmi les fans de Dalida, bientôt attaché de presse de la chanteuse et futur patron de NRJ, et bien entendu Orlando, le frère cadet de Dalida, à la fois secrétaire, producteur et chef de sa garde rapprochée. Mais aussi le journaliste Henri Chapier, alors grande plume du Quotidien de Paris, Jacques Attali, qu’elle sollicitera dans les années 1980 pour défendre les radios libres et, singulièrement, NRJ. Grimpée sur une camionnette, Dalida sera l’héroïne de la manifestation parisienne qui a rassemblé des dizaines de milliers de jeunes le 8 décembre 1984 pour défendre la plus belle des radios. À l’occasion, on croise aussi, rue Orchampt, l’historien Claude Manceron et surtout, au début des années 1980, un jeune élu du XVIIIe arrondissement (celui de Dalida), promis à un certain avenir politique : Bertrand Delanoë, qui deviendra un de ses plus sincères amis.

Ce méli-mélo, c’est la bande à Dali en compagnie de qui, entre champagne et interminable parties de gin-rummy, défile un Tout-Paris follement gay et pas forcément de gauche, souvent escorté de jeunes et beaux garçons plus ou moins gigolos. Sa maison de Montmartre devient un genre de clandé. Nous sommes dans les années 1970 et l’homosexualité est encore un délit, au mieux un dérangement mental, qui exprime sa clandestinité dans certains jardins publics (entre autres ceux des Tuileries), une poignée de bars confidentiels ou encore, pour les plus rencardés, le 7 (au 7 de la rue Sainte-Anne, derrière la Comédie-Française), le petit restaurant-boîte de nuit de Fabrice Emaer qui allait bientôt inventer le Palace. À pas d’heure et surtout le dimanche, on passe chez Dali, à la fois havre de liberté, voire de libertinage, cadre de fiestas mémorables, et asile pour les naufragés de la nuit. Elle est la mamma à qui on peut confier toutes ses peines, de cœur comme de cul, Dalida n’ayant apparemment ni froid aux yeux ni peur d’un langage cru. À un ami qui s’inquiétait qu’elle fréquente un type louche, elle répondit : Qu’est-ce que tu veux, il me fait jouir.

C’est dans cet intermonde que va naître la vocation socialiste de Dalida. Pas vraiment un engagement, plutôt une vieille tendresse pour Mimi l’amoroso et, par ricochet, pour le parti qu’il incarne. Jack Lang entre alors en scène. Engagé dès 1974 au côté de François Mitterrand, l’homme de théâtre devient le monsieur culture du PS et participe activement à la campagne pour la présidentielle de 1981. Il lui faut dénicher une personnalité culturelle qui symbolisera le renouveau. Moins confidentielle que Barbara (qui chantera plus tard L’Homme à la rose), Dalida fait amplement l’affaire, sa surface de popularité ratissant plus que large. Diva du disco, ­Dalida devient une sorte de Marianne rose et, début 1981, son salon devient un des PC de campagne des plus courus. Sa participation au triomphe de Mitterrand sera récompensée lors de l’investiture du nouveau président.

Le 21 mai 1981, lors de la fameuse cérémonie au Panthéon, Dalida est au premier rang de la foule des célébrités qui remontent la rue Soufflot, au bras de Gaston Defferre et en robe rose, cela va de soi. Mais comme une transpiration de la vie privée sur la vie publique, le mariage va très vite tourner au divorce. Même si, après son élection, François Mitterrand ne boude pas encore certains dîners mondains organisés par Pascal Sevran et dont Dalida est la reine, peu à peu, à l’exception notable de Bertrand Delanoë, les socialistes la boudent et les portes des palais de la République se referment ; l’ingratitude croît et le malaise s’installe, d’autant plus qu’une bonne partie de son public, du genre conservateur, n’a pas bien compris l’engagement gauchiste de son idole. La rupture sera consommée en avril 1983 quand, le temps d’une photo en couverture de Jours de France (le magazine hebdomadaire de Marcel Dassault), on voit Dalida sauter au cou de Jacques Chirac alors tout-puissant maire de Paris, ce qui fut interprété comme une trahison par bon nombre des sectateurs de Mitterrand, dont Roger Hanin, le beau-frère du président.

De remix en remix, les disques continuent à bien s’écouler, Dalida devient même la marraine enchantée de l’équipe de France de football pour la Coupe du monde de 1982 (Allez la France / Et bonne chance / Pour le Mundial / Emmène-nous jusqu’aux étoiles) et le fan-club est toujours sur la brèche à la moindre de ses apparitions, dont une sidérante publicité pour le désodorisant Wizard Sec, où Dalida, en fourreau lamé argent à la limite du sapin de Noël, spray dans une main et éventail dans l’autre, virevolte parmi les fastes néo-égyptiens d’une déco de Néfertiti sous acides, voire dans les invendus du mausolée de Mae West.

En 1985, nouvelle stupeur : suite à une intervention de chirurgie ophtalmique destinée à corriger un strabisme de plus en plus convergeant, Dalida ne supporte les feux de la rampe que coiffée d’une sorte de casque intergalactique créé par le lunetier Alain Mikli et strassé par Swarovski. Même les thuriféraires de Star Trek restent sans voix.

Encensé par la critique, Le Sixième Jour aurait dû marquer le retour en grâce de Dalida. Mais après la pluie d’éloges, les propositions d’autres films tournent court et la perspective de retourner à la case chanson ressemble à une impasse. La fêlure invisible creuse un peu plus son sillon, l’étau de la dépression resserre son étreinte. Dans la nuit du 2 mai 1987, Dalida organise son ultime adieu. Elle congédie ses domestiques, ment à ses proches sur son emploi du temps de la soirée, s’allonge sur le lit de sa chambre dans l’hôtel particulier de la rue d’Orchampt et avale une dose mortelle de somnifères. Sur la table de nuit, on retrouvera un dernier message de sa main, lapidaire et implacable : Pardonnez-moi. La vie m’est insupportable. Dalida n’est pas morte comme elle l’avait chanté ; elle n’est pas morte sur scène. Par la porte étroite du suicide, elle vient de rejoindre le paradisco des stars foudroyées, comme pour donner une nouvelle consistance à une formule macabre mais pertinente que l’on doit à madame de Staël : La gloire n’est que le deuil éclatant du bonheur.

Gérard Lefort    Vanity Fair France. Février 2016.

15 05 1987                 Les ministres de la CEE condamnent tout dépistage systématique du Sida.

28 05 1987              Mathias Rust pose son avion sur la Place Rouge, après avoir déjoué tous les systèmes de surveillance : il sera condamné à 4 ans de travail le 4 09 1987.

05 1987                    En URSS, entrée en vigueur de la loi sur la libre entreprise : cela va permettre le cadre légal par lequel les guébistes – membres du KGB – vont systématiquement dépouiller les entreprises d’État, rachetant pour un kopeck symbolique des biens valant des milliards, pillant les caisses du Parti en virant tout cela sur des comptes numérotés à l’étranger… On découvrira ainsi en septembre 1991 la disparition de  2 000 tonnes d’or, réserves de l’État soviétique !

12 06 1987                    Ronald Reagan, président des Etats-Unis d’Amérique, est en visite à Berlin, plus précisément à la Porte de Brandebourg : il lance à l’adresse du dirigeant de l’URSS : Monsieur Gorbatchev, abattez ce mur ! […] Et Berlin deviendra une ville ouverte à toute l’Europe, celle de l’Est, comme celle de l’Ouest […] dotée de meilleures liaisons aériennes,  et pourra devenir l’une des principales plate-forme aéroportuaires du centre de l’Europe.

Chacun sait qu’il est infiniment plus facile de détruire, casser, que de construire. Le mur sera détruit, mais la construction de l’aéroport, ce sera une autre paire de manches : avec un budget initial de 2.7 milliards d’€ pour cinq ans de travaux, il faudra finalement quinze ans pour un budget de 5.4 milliards d’€ et un bon petit paquet de scandales en tous genres. Les lumières, par exemple, restaient allumées nuit et jour, parce que personne ne savait comment les éteindre ! On est tellement impressionné par la réussite économique allemande que l’on serait presque tenté de se réjouir de ce plantage énorme : Ah bon, parfois ils sont capables d’aussi grosses conneries que nous ! Il sera inauguré sans tambours ni trompettes, le 1 novembre 2020, surdimensionné face à la chute du trafic aérien à cause de la Covid 19 : comme le dira un responsable : au moins on pourra pratiquer la distanciation sans difficulté ! 

5 06 1987                        Création d’un programme d’échange d’étudiants entre universités : Erasmus qui permettra, en trente ans, à plus de 9  millions de personnes de partir étudier à l’étranger. Le programme ne cessera de s’étendre, passant de  onze pays à trente-trois. C’est à l’espagnol Manuel Marin qu’on le doit. En 1977, après la mort de Franco, il avait été nommé secrétaire d’Etat aux relations avec les Communautés européennes, et avait alors participe à la phase finale des négociations d’adhésion de l’Espagne, qui s’étaient achevé le 12  juin 1985. Il avait alors intégré la Commission européenne de Bruxelles : il sera successivement commissaire aux affaires sociales, commissaire au développement et, enfin, commissaire aux relations extérieures sous les présidences de Jacques Delors et de Jacques Santer.

23 06 1987              Le pétrolier grec Vitiria explose sur la Seine, entre Rouen et Le Havre, après avoir heurté un pétrolier japonais. Il transportait 17 500 m³ d’essence.

06 1987                    À Paris, inauguration de l’Institut du Monde Arabe, dû à Jean Nouvel.

Institut du Monde Arabe | Aga Khan Development Network

19 07 1987                3 000 bébés brésiliens ont été vendus à l’étranger au prix de 10 000 $ chacun.

1 10 1987                  Dans l’affaire Greenpeace, le Tribunal International de Genève condamne la France à payer 50 MF à Greenpeace.

9 10 1987                Jean- Pierre Bely, atteint d’une sclérose en plaques, est à Lourdes. Il en repart guéri. Le miracle sera reconnu comme tel douze ans plus tard. C’est la 66° guérison miraculeuse à Lourdes.

15 10 1987          Thomas Sankara président du Burkina Faso est assassiné avec douze de ses compagnons. On ne saura pas qui a donné l’ordre de les tuer. Blaise Compaoré, son successeur ? Peut-être, mais il n’y pas de preuves.  Charles Taylor, Prince Johnson présidents du Liberia et de la Sierre Leone ? Il tranche trop. A mon avis, il va plus loin qu’il ne faut avait déclaré François Mitterrand, moins d’un an plus tôt, en visite le 17 novembre 1986. Sankara lui-même avait déclaré quelques mois plus tôt : Je me sens comme un cycliste qui est sur une crête et ne peut s’arrêter de pédaler sinon il tombe. C’est lui qui avait rebaptisé son pays – ex Haute Volta – Burkina Faso : le pays des hommes intègres ; intègre, il l’était, qui lui faisait tenir en piètre estime la prudence.

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Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté.

Guy Béart

21 10 1987               Boris Eltsine fait partie de la direction du parti communiste de Moscou depuis presque deux ans. À sillonner la ville dans tous les sens, à prendre les transports en commun, à bien connaître, évidemment, les débits de boisson, il s’est forgé une popularité qui le fera revenir dans le jeu chaque fois qu’on voudra l’en écarter. Ce jour-là, il dénonce les lenteurs de l’appareil du comité central en pleine séance de ce comité et  forge son destin avec un éclat :

Les corrompus, les pourris sont ici même, parmi nous et vous le savez parfaitement !

Premier visé : Ligatchev, n° 2 du Parti.

Avec Boris Eltsine, il est bien difficile de savoir si une telle audace vient d’un bien beau courage, ou tout simplement d’une bonne cuite… une parmi tant d’autres. Mais retenons-nous d’être trop rapidement mauvaise langue : du courage, il en fera encore preuve pour venir à bout de la tentative de putsch d’août 1991, et là, c’est sur, il n’était pas ivre.

11 11 1987                      Boris Eltsine est démis de ses fonctions. La traversée du désert ne sera pas trop longue : une bonne année… Les Iris de Van Gogh sont vendus 325 MF au Musée Getty de Los Angeles. Ils seront une des plus belles pièces du Centre Getty qui sera inauguré 10 ans plus tard.

18 11 1987                    Mise en vente des actions Eurotunnel : les bonnes langues disent que les mauvaises affaires d’Eurotunnel tiennent pour beaucoup à une clause de leur statuts qui leur interdit de vendre des produits hors taxe, ce que les ferrys font à grande échelle.

2 12 1987                  Thierry Paulin avoue l’assassinat de 21 vieilles dames depuis 1984. Fiché à Toulouse en 1985 pour un petit délit, et à Alfortville pour l’agression d’un dealer en 1986, ses empreintes digitales avaient donc été déjà enregistrées en Haute Garonne et au Val de Marne ; mais comme il existait à ce niveau des compartiments étanches entre départements, la Brigade Criminelle de Paris n’en eut pas connaissance  ; cela aurait tout de même permis d’éviter les meurtres de dix vieilles femmes. Pierre Joxe, ministre de l’Intérieur, lancera alors le FAED : Fichier Automatisé des Empreintes Digitales.

8 12 1987                     Les États-Unis et l’URSS s’accordent sur l’élimination des missiles intermédiaires (500 à 5 500 km).

21 12 1987                 Dans le détroit de Tablas, aux Philippines, le Doña Paz, un ferry de 2 324 tonnes et de 93 mètres de long construit en 1963,  se heurte de nuit au pétrolier Vector qui transporte 8 800 barils de pétrole raffiné.

Le pétrole s’enflamme et provoque un incendie qui s’étend rapidement au Doña Paz. Des 13 membres d’équipage du Vector, seuls 2 survécurent. 58 membres d’équipage du ferry périrent. Le Doña Paz coula deux heures après l’impact sans qu’aucune embarcation de sauvetage ait pu être mise à l’eau. 21 ou 24 personnes seulement survécurent dans le brasier, mais on dénombrera  4 375 victimes [dont 1 565 seulement, dûment enregistrées]. Il fallut attendre huit heures avant que les autorités soient informées de l’accident et huit autres heures avant que les secours n’arrivent sur place. L’équipage du Vector n’était pas assez qualifié, la licence du navire était périmée. Quand un pays ne peut pas, ou ne veut pas, se doter d’institutions suffisamment puissantes pour faire respecter les règlements, la porte est ouverte à ce type de drame.

22 12 1987               Les Chantiers de l’Atlantique lancent le Sovereign of the Seas : 2 600 passagers qui iront en croisière à Miami ; la construction a duré 29 mois.

Le souverain des mers ("sovereign of the seas" - 44 Saint-Nazaire) | Rakuten

29 12 1987                    Youri Romanenko passe 326 j. 11 h. 40’ dans l’espace : il a grandi de 10 cm.

12 1987                          Début de l’Intifada – guerre des pierres -.

Les autorités sanitaires anglaises reconnaissent la forme épidémique de l’ESB : Encéphalite Spongiforme Bovine, dont le premier cas est apparu dans une ferme du Sussex en 1986 : une mutation aurait transformé dans les années 70 la protéine normale du prion présente dans le cerveau de l’animal, en protéine infectieuse. L’incubation est de 5 ans. On n’a jamais reconnu la présence d’un prion chez le poisson, qui, en élevage, est nourri de farines en provenance exclusive d’autres poissons de mer. La maladie a des ancêtres : la Scrapie, ou tremblante du mouton, apparue à la fin du XVII° siècle, – qui se répandra partout, à l’exception notoire de la Nouvelle Zélande ; dans le Colorado et le Wyoming, bon nombre de cerfs – 6 à 15% – et d’élans – 1%, sont atteints d’une affection analogue : la cachexie chronique.

La maladie de Creutzfeldt Jakob, chez l’homme, apparue au début du XIX° siècle et décrite par Gerstman Straüssler, elle aussi répandue dans le monde entier, sans lien avec les conditions de vie, et toujours mortelle, le Kuru en Papouasie Nouvelle Guinée, apparue dans la première moitié du XX° siècle : 80 % des femmes en seront atteintes en 1956 : les études montreront que la maladie était étroitement liée à l’anthropophagie, laquelle cessa en 1950, entraînant peu après la disparition de la maladie. La maladie de Creutzfeldt Jakob peut avoir trois origines :

Acquise : exemple du Kuru en Papouasie Nouvelle Guinée ; intervention chirurgicale utilisant des tissus humains contaminés (greffe de cornée, neurochirurgie) ; médicaments d’origine humaine (par exemple injection d’hormone de croissance chez des enfants de petite taille, préparée à partir d’hypophyse prélevée sur des cadavres, consommation de morceaux d’animaux contaminés par le prion infectieux.

4 03 1988              Inauguration de la Pyramide du Louvre, due à Ieoh Ming Peï, américain d’origine chinoise, assisté de Michel Macary et de Georges Duval. Les proportions sont à peu près celles de la pyramide de Gizeh. Le nombre de losanges de verre formant les quatre cotés de la pyramide est de 603 plus 70 triangles en verre, et non 666 comme le diront certains opposants qui se complaisent dans l’ésotérisme à 3 balles, 666 étant un chiffre démoniaque. Les deux pyramides ne sont en fait que la partie aérienne d’une très importante réorganisation des espaces en sous-sol. Le Grand Louvre sera terminé en 1993 : il a fallu laisser le temps aux employés du ministère des finances de vider les lieux pour s’installer à Bercy.

HistoARTs 3: Pyramide du Louvre

13 03 1988                 Inauguration du plus long tunnel sous-marin : le Honshu, au Japon : 53 km pour aller à Hokkaïdo.

18 03 1988                 Les Irakiens utilisent le gaz moutarde contre les Kurdes à Halabja : 5 000 morts.

28 03 1988                Air France reçoit son 1° Airbus A 320.

Février-Mars 1988    La Comex – Compagnie Maritime d’Expertise – a mis en œuvre Hydra 8, une plongée profonde qui a emmené 6 plongeurs à travailler sur 2 chantiers à 520 et 534 mètres de profondeur : jamais l’homme n’était descendu aussi profond en pleine eau. Pour la Comex : Thierry Armold, Régis Peilé, Patrick Raul, et Louis Schneider ; pour la Marine : Serge Icart et Jean-Guy Marcel-Auda.

4 05 1988                  Libération de Marcel Carton et Marcel Fontaine, détenus au Liban depuis le 22 05 1985, et de Jean Paul Kaufmann, détenu aussi au Liban depuis le 22 06 1985. Michel Seurat est mort d’un cancer.

5 05 1988                   Les forces de l’ordre donnent l’assaut à la grotte d’Ouvéa : 19 morts parmi les Kanaks et 2 parmi les gendarmes.

8 05 1988                Mitterrand succède à Mitterrand : Michel Rocard est nommé premier ministre. À peu près à cette période, la langue bretonne se mêle d’espionnage économique, et c’est justement Michel Rocard qui le raconte :

Quatre ou cinq ans avant ma nomination à Matignon, la Marine française avait reçu des nouveaux sonars, appareils d’écoute et d’identification ayant quelques rapports avec le radar mais destinés à travailler sous l’eau. On en équipe trois frégates pour aller faire des essais dans l’Atlantique et leurs commandants reviennent ivres de joie : Quel outil magnifique ! On n’a jamais vu ça. On détecte absolument tout, du moindre sous-marin à moins de deux cent cinquante mètres de profondeur ou des bancs de poisson, rien ne nous échappe. Ces services sont au service de la République, bien entendu, et la Marine décide que cette information doit être transmise aux pêcheurs français. L’État donne son accord. Durant quatre ou cinq mois, l’information remonte selon laquelle chaque fois que la Marine française fournit l’information qu’un banc de poissons est repérable à telle distance et tel lieu, les chalutiers poussent les feux pour arriver à temps. Puis, au bout de peu de semaines, ils ont la surprise, quand ils arrivent vers le banc de poissons annoncé, de trouver toujours systématiquement arrivés avant eux des bateaux japonais. La Marine française, régionalisée assez fortement, décide de répliquer en donnant la consigne que les messages contenant des informations de pêche destinés aux chalutiers seront désormais transmis en breton. Entre parenthèses, par conviction intrinsèque, je suis un vieux décentralisateur, et j’ai été créateur du Deug de Corse et du Deug de breton sur la demande du ministre Le Pensec en 1989. Bref, que croit-on qu’il arrivât ? À la rentrée scolaire suivante, trois étudiants japonais s’inscrivirent à l’université de Rennes…. en Deug de breton.

Michel Rocard                 Si ça vous amuse    Flammarion 2010

15 05 1988                                Début du retrait d’Afghanistan des 115 000 soldats soviétiques. L’opération sera terminée un an plus tard. La guerre aura fait 1,5 million de victimes.

19 05 1988                                 Inauguration du Pont de l’Ile de Ré, qui n’aura jamais eu de permis de construire.

26 06 1988                              Michel Rocard a conduit les négociations entre les métro et les kanaks : et c’est l’accord à Matignon entre Lafleur et Tjibaou. Les deux étaient hommes de bonne volonté : Jacques Lafleur : Il est temps d’apprendre à donner, il est temps d’apprendre à pardonner. Jean-Marie Tjibaou : La souveraineté, c’est la capacité de négocier les interdépendances. Ils arriveront à la conclusion de l’Évangile : Paix sur terre aux hommes de bonne volonté.

Un Airbus A 320 d’Air France s’écrase en forêt d’Habsheim, sur les pentes du Mont Sainte Odile, au cours d’un vol de démonstration : 3 morts et 120 blessés. En avril 98, la justice condamne le pilote Michel Asseline, à vingt mois de prison, dont dix fermes. En juin 98, le rapport d’un expert suisse mondialement reconnu assure qu’il y a eu substitution des boites noires : celles qui ont été remises à la justice ne sont pas les boites de l’avion accidenté. En 2004, l’affaire revient encore sur le devant de la scène, avec une expertise concluant à un dysfonctionnement d’un récepteur qui apprécie la distance…

Norbert Jacquet, pilote de ligne sur Boeing à Air France créera le Syndicat de pilotes de ligne d’Air France, mettant en cause la certification de l’A 320 : un mois après la catastrophe, il sera suspendu de vol, puis encore un mois plus tard, déclaré inapte pour raisons psychiatriques par la Direction Nationale de l’Aviation Civile. Il fera de la prison préventive, écrira en 1994 : Airbus : l’assassin habite à l’Elysée. Les crashs à venir lui donneront raison :

  • Le crash d’Habsheim en 1988
  • Le crash du vol IC605 d’Indian Airlines le 14 02 1990, Bengalore, Inde
  • Le crash du Mont Sainte Odile en 1992
  • Le crash de l’Airbus, Rio Paris le 1° juin 2009
  • Le crash du Boeing 737 MAX 8 en octobre 2018 à Djakarta, en Indonésie
  • Le crash du Boeing 737 MAX 8 en mars 2019 en Ethiopie

Doté d’un tempérament passablement agité, il finira par s’en prendre par écrit à des juges qui n’apprécieront pas, proférera des propos négationnistes sur la Shoah : le tout lui vaudra en 2012 trois mois de prison après quoi il disparaître des radars. Il est regrettable que sa rage contre Airbus l’ait aveuglé au point de l’opposer avec Boeing, quand on réalise que ses mises en garde valaient finalement pour tout le monde !

27 06 1988                 Accident de chemin de fer à la gare de Lyon : 56 morts. Suite à un arrêt imprévu près de Maison Alfort dû au déclenchement du signal d’alarme, les freins se mirent aux abonnés absents et le train vint percuter à 80 km/h un autre convoi de banlieue qui n’était pas à son quai de départ habituel. Le conducteur, Daniel Saulin, fut condamné le 14 12 1992 à 4 ans de prison, dont 6 mois ferme, ce qui déclencha une grève des cheminots. La peine fut ramenée le 18 11 1993 à 2 ans avec sursis… pour 56 morts.

30 06 1988              Monseigneur Lebebvre qui a fondé la Fraternité Saint Pie X, sacre 4 évêques à Écône, dans le Valais. C’est la rupture avec l’Église catholique. Il meurt le 25 mars 1991, mais, dix ans plus tard la Fraternité se porte plutôt bien, forte de 350 prêtres, six séminaires… .

3 07 1988                    Le golfe Persique, et plus précisément le détroit d’Ormuz sont devenus depuis longtemps zone à risques : il y passe tant de pétrole !

Un croiseur américain, l’USS Vincennes, pourchassant, au mépris des consignes de sa hiérarchie, des vedettes de pasdarans dans les eaux iraniennes, ouvre le feu sur un Airbus d’Iran Air, reliant Bandar Abbas à Dubaï, qu’il a confondu avec un avion de chasse hostile. Le tir provoque la mort des 290 passagers, dont 66 enfants, qui se rendaient au pèlerinage de La Mecque. Huit ans plus tard, les États-Unis se résoudront à verser 132 millions de dollars (117 millions d’euros) de dommages au gouvernement iranien, dont 62 millions de dollars destinés aux familles des victimes, mais  refuseront de présenter leurs excuses. Téhéran considère encore à ce jour ce tir comme volontaire.

Aux confins de l’Arabie et aux portes de la Perse, nimbé d’exotisme et de danger, le détroit d’Ormuz est à la fois le bout et le centre du monde, passage obligé et coupe-gorge. Cette image saturée de soleil, d’embruns et d’or noir, façonnée par la fameuse guerre des tankers des années 1980, à l’époque du conflit Iran Irak, a été ranimée, depuis le mois de mai, par la soudaine escalade des tensions entre Washington et Téhéran. Six navires mystérieusement sabotés à l’entrée du golfe Persique, un drone américain abattu par un missile iranien, une avalanche de déclarations belliqueuses : Ormuz, le cap Horn des capitaines de pétrolier, est repassé en rouge sur la carte des points géopolitiques à risque.

En 2018, 21 millions de barils de brut ont transité chaque jour par ce couloir, soit un cinquième de la consommation mondiale d’or noir et un tiers du pétrole acheminé par voie maritime sur la planète. Un quart de la consommation mondiale de gaz naturel liquéfié a aussi circulé par cet étroit goulet. En plus d’être l’épine dorsale du système énergétique international, Ormuz se trouve sur la ligne de faille entre l’Iran et l’Arabie saoudite, deux puissances à couteaux tirés, qui se disputent la suprématie régionale.

La guerre économique décrétée par les Etats-Unis contre la République islamique, menée à coups de sanctions contre son industrie pétrolière, et les rituelles menaces de fermeture du détroit, proférées en riposte par les dirigeants de Téhéran, ont redonné au lieu son cachet sulfureux. Ultrasurveillé, ultramilitarisé, Ormuz est une boîte de Pandore géostratégique. Cette autoroute maritime, en forme de chicane, est dessinée par la péninsule de Mussandam, une enclave omanaise à l’intérieur des Emirats arabes unis (EAU), et la baie de Bandar Abbâs, un port iranien entouré d’îles. Parmi celles-ci, Ormuz, qui a donné son nom au détroit. Ce territoire volcanique fut, aux XIVe et XVe siècles, un important comptoir sur la route des Indes et la capitale d’un petit royaume, rayonnant sur le Golfe et la côte d’Oman. Long de 45 km, le passage fait 38 km de large à l’endroit le plus resserré. Les eaux territoriales iraniennes étant peu profondes, les navires sont obligés de circuler dans des chenaux très étroits, de 2 milles nautiques (3,7 km), passant entre les îlots omanais de Quoin et Ras Dobbah. Un espace interdit à la navigation d’une distance équivalente sépare le couloir entrant du couloir sortant. Quand on entre dans le détroit, il faut prendre un virage à gauche à 90 degrés, explique le Français Bertrand Derennes, commandant de tanker à la retraite. On prend alors le rail de navigation obligatoire et, surtout, on ne doit pas dévier, un peu comme quand on passe au large de Calais, il y a un rail et on le suit. Une fois le détroit effacé, le chenal s’élargit à 3 milles nautiques (5,5 km) mais passe entre trois îles (Grande Tomb, Petite Tomb et Abou Moussa) occupées depuis 1971 par l’Iran, au grand dam des EAU, qui les revendiquent. La zone est extrêmement étroite et, en plus, elle est sillonnée par des petites embarcations de pêcheurs ou de contrebandiers, raconte Hubert Ardillon, un autre ancien de la marine marchande française. Le passage est compliqué en raison de la brume de chaleur qui restreint la visibilité. J’ai beaucoup joué de la corne de brume sur le détroit.

Longtemps méconnu, Ormuz émerge sur la carte du fret maritime mondial durant la seconde moitié du XXe siècle, en raison de trois événements successifs : le début de l’exploitation, en 1951, de Ghawar, le plus vaste gisement d’or noir du globe, découvert trois ans plus tôt, sur la côte est de l’Arabie saoudite ; le choc pétrolier de 1973,  conséquence de la guerre israélo arabe du Kippour, qui multiplie le prix du baril par trois et ébranle les économies occidentales ; et la révolution khomeyniste de 1979, qui propulse au pouvoir à Téhéran un régime islamiste prosélyte, dans un pays chiite, suscitant l’inquiétude des Etats sunnites du Golfe, notamment l’Irak, qui entre en guerre contre son voisin l’année suivante.  Ormuz devient cinq ans plus tard un mot familier dans les bulletins d’information occidentaux. En avril 1984, plusieurs navires faisant le plein de brut au terminal de l’île de Kharg, par lequel transitent 90 % des ventes de pétrole iraniennes, sont attaqués, à coups de missiles Exocet, par les Super Etendard de l’armée irakienne. Le  président Saddam Hussein, confronté à l’échec répété des offensives terrestres lancées par ses troupes, a décidé de porter le conflit dans les eaux du Golfe. L’ambition du despote irakien est double : saper l’effort de guerre iranien en affaiblissant l’économie du pays, très dépendante des exportations d’hydrocarbures d’une part ; et pousser le régime de Téhéran à la faute, en l’incitant à bloquer le détroit d’Ormuz, ce qui provoquerait une intervention occidentale immédiate, d’autre part. Le 16 mai 1984, Akbar Hachémi Rafsandjani, le président du Parlement iranien et futur président de la République (19891997), a en effet lancé : Nous ne tolérerons pas qu’il soit difficile d’exporter notre pétrole par l’île de Kharg, tandis que d’autres pays continuent d’exporter le leur facilement. Le golfe Persique sera accessible à tous ou à personne. Pour tenter de mettre les clients de son industrie pétrolière à l’abri, Téhéran aménage des terminaux  flottants, plus au sud du Golfe, donc plus loin de la frontière irakienne, qui sont ravitaillés par navettes. Mais grâce à l’aide de la France, qui l’équipe en Mirage F1, le rayon d’action de l’aviation irakienne s’étend, ce qui lui permet de poursuivre ses raids jusqu’à l’île de Larak, en face de Bandar Abbas. Des dizaines de tankers sont coulés ou  irrémédiablement endommagés. En mai 1987, des missiles irakiens touchent même une frégate américaine, très probablement par erreur, tuant 37 marins.  L’Iran, qui dispose de chasseurs Phantom et Tomcat datant de l’époque du chah (19411979), réplique en attaquant les pétroliers qui viennent s’approvisionner au Koweït, au Qatar et aux Emirats, trois monarchies solidaires de l’Irak. La République islamique pose aussi des mines, plante des batteries de missiles  antinavires le long de ses côtes et élabore une stratégie de harcèlement du trafic maritime confiée aux pasdarans, les gardiens de la révolution. Le 16 septembre 1986, des membres de cette force naissante et désordonnée, mêlant patriotes et fanatiques du régime, mitraillent un tanker koweïtien depuis des vedettes ultrarapides parties des îles Tomb et Abou Moussa. C’est le premier d’une longue série de raids maritimes menés par la future garde prétorienne du  régime.

En réaction, les États-Unis lancent en juillet 1987 l’opération Earnest Will (ferme volonté). Les pétroliers  koweïtiens sont rebaptisés et placés sous pavillon américain. Un croiseur, un destroyer et deux frégates de l’US Navy les accompagnent toutes les deux semaines, jusqu’à la sortie d’Ormuz. Il s’agit de la plus importante opération d’escorte navale depuis la fin de la seconde guerre mondiale, rappelle Pierre Razoux, directeur de recherche à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire, à Paris, dans La Guerre Iran Irak (Perrin, 2013).

La confrontation, inéluctable, éclate en trois temps : dans la nuit du 21 septembre 1987, un hélicoptère américain surprend le navire Iran Ajr en flagrant délit de pose de mines sur les voies commerciales. La scène est filmée à la caméra infrarouge. Les soldats américains donnent ensuite l’assaut au bateau – une opération qui coûte la vie à cinq marins iraniens – avant de l’envoyer par le fond.

Téhéran crie aussitôt à l’agression. Depuis le podium de l’Assemblée générale des Nations unies, où il est le premier dirigeant iranien à se rendre depuis la révolution, Ali Khamenei, alors président, soutient que l’Iran Ajr était un navire commercial. Mais, dans ses Mémoires, son successeur Akbar Hachémi Rafsandjani confesse la faute du régime. Notre navire commercial emportait deux mines à destination de Bushehr, écrit-il. Nous étions convenus de rejeter l’accusation [américaine] (…) et de ne rien dire sur l’existence de ces deux mines. Le deuxième affrontement intervient le 19 octobre 1987, peu après qu’un missile antinavire a percuté un supertanker récemment passé sous la bannière étoilée, blessant grièvement le commandant et plusieurs officiers, tous américains. En représailles, des destroyers pilonnent deux plates formes offshore qui servaient de repaire aux pasdarans, à proximité du terminal de Lavan. La troisième confrontation, une bataille aéronavale de grande ampleur, baptisée Praying Mantis (mante religieuse), survient en avril 1988, après l’explosion d’une mine au passage d’un navire américain. En réaction, l’US Navy anéantit deux frégates iraniennes et des bases  des pasdarans situées dans les champs pétroliers de Sirri et Sassan.

Trois mois plus tard, le 3 juillet 1988, c’est l’épilogue tragique de la guerre des tankers : un croiseur américain, l’USS Vincennes, qui pourchassait, au mépris des consignes de sa hiérarchie, des vedettes de pasdarans dans les eaux iraniennes, ouvre le feu sur un Airbus d’Iran Air, reliant Bandar Abbas à Dubaï, qu’il a confondu avec un avion de chasse hostile. Le tir provoque la mort des 290 passagers, dont 66 enfants, qui se rendaient au pèlerinage de La Mecque. Huit ans plus tard, les États-Unis se résolvent à verser 132 millions de dollars (117 millions d’euros) de dommages au gouvernement iranien, dont 62 millions de dollars destinés aux familles des victimes, mais  refusent de présenter leurs excuses. Téhéran considère encore à ce jour ce tir comme volontaire.

[Suivra l’attaque d’un Airbus d’Iran Air le 3 juillet 1988, qui fera 290 morts, rapportée plus haut.] En tout, entre 1984 et 1988, plus de 500 vaisseaux ont été détruits et endommagés, pour la grande majorité du fait de tirs irakiens. Le trafic n’a jamais cessé à travers le détroit, les Iraniens n’ayant pas voulu prendre le risque de le fermer complètement et n’ayant de toute façon pas les moyens de le faire durablement. Davantage que les dommages causés à son industrie pétrolière, c’est la baisse du dollar et du prix du baril qui a mis l’économie de l’Iran à terre. L’opération Praying Mantis a aussi accéléré la fin du conflit, survenue le 20 août 1988, en convainquant l’ayatollah Khomeyni (guide de la révolution de 1979 à 1989) qu’il ne pouvait pas mener deux guerres en même temps.

Le Golfe retrouve alors son calme, mais des incidents se produisent à intervalles réguliers, signe que la tension couve. En 1991, pour éviter que la coalition internationale venue libérer le Koweït n’envahisse son territoire par la mer, l’Irak mouille des centaines de mines. L’opération de nettoyage par des dragueurs allemands, italiens, français, belges et néerlandais durera plusieurs mois. En mars 2007, des marins britanniques occupés à fouiller un boutre, au large de la frontière irako iranienne, sont arrêtés par les gardiens de la révolution, au motif qu’ils se trouvent dans les eaux de leur pays. Ils sont libérés deux semaines plus tard. En juillet 2010, une vedette suicide endommage un tanker japonais, une opération attribuée aux Brigades Abdallah Azzam, un groupe affilié à Al Qaida. En janvier 2016, les pasdarans interceptent deux bateaux américains qui s’étaient égarés dans les eaux iraniennes et retiennent leurs dix marins pendant quelques heures. Les images des militaires, agenouillés, les mains sur la tête, tournent en boucle dans les médias iraniens et américains. En mai 2018, la décision de la Maison Blanche de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien, signé trois ans plus tôt, renvoie Ormuz, vieille connaissance occidentale, au premier plan de l’actualité. A la politique de pression maximale mise en œuvre par Donald Trump pour l’obliger à accepter un accord plus   contraignant, l’Iran répond par de nouvelles menaces de fermeture du corridor maritime.  Si notre pétrole ne peut pas passer par ce détroit, sans doute le pétrole des autres pays n’y passera pas non plus, clame, en mai 2019, le général Mohammad Bagheri, le chef d’état-major iranien. Le remake de la déclaration de Rafsandjani, trente-cinq ans plus tard.

Entre ces deux dates, la planète pétrole a changé, et Ormuz aussi. Grâce à l’huile de schiste, les Américains sont devenus les premiers producteurs mondiaux d’or noir, devant les Saoudiens et les Russes. En 2019, les États-Unis n’importent plus que 16 % de leur pétrole du Proche-Orient – contre 26 % six ans plus tôt. Les plus gros acheteurs de pétrole sont désormais asiatiques. Selon l’Agence d’information sur l’énergie du ministère de l’énergie américain (EIA), 76 % des exportations de brut ayant transité par Ormuz en 2018 étaient destinées à l’Inde et aux puissances  extrême-orientales, surtout la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Intimement lié à l’essor industriel des grands pays occidentaux dans la seconde moitié du XXe siècle, le détroit est devenu l’auxiliaire de la modernisation de l’Asie.

Autre constat : malgré les attaques de tankers au mois de juin, la destruction d’un drone américain par un missile iranien et les imprécations de Téhéran, le cours du baril n’a pas flambé. La guerre commerciale entre Donald Trump et son  homologue chinois, Xi Jinping, suscite tellement plus d’inquiétude qu’elle a relégué au second plan sur les marchés pétroliers le vieux risque géopolitique d’Ormuz.

Le détroit compte d’ailleurs quelques concurrents, ce qui n’était pas le cas il y a trente ans. Soucieux de garantir  l’écoulement de leur production en toutes circonstances, les Etats du Golfe se sont offert des alternatives au passage par Ormuz. Le pipeline Est Ouest, qui traverse l’Arabie saoudite pour déboucher au port de Yanbu sur la mer Rouge, a une capacité de 5 millions de barils par jour. Les EAU disposent d’un oléoduc qui mène à Foujeyra, dans le golfe  l’Oman, d’une capacité de 1,5 million de barils. Enfin, l’Irak possède une voie vers le nord, à travers le Kurdistan irakien vers le port turc de Ceyhan, d’une capacité théorique de 1,4 million de barils par jour. L’Iran, lui, cherche à développer, malgré les sanctions américaines, son port de Chabahar, ouvert à l’océan Indien, et à le relier à Bandar Abbas par un pipeline. Mais ces réseaux de contournement ne sont pas aussi efficaces qu’espéré. Une grosse partie du pétrole qui circule dans l’oléoduc saoudien est en fait destiné aux raffineries situées dans l’ouest du royaume. Le mauvais état du pipeline irakien ne permet pas d’exporter plus de la moitié du volume promis. A l’heure actuelle, les monarchies du Golfe n’exportent qu’environ 3,2 millions de barils par jour par oléoduc. Si toutes ces voies terrestres fonctionnaient à plein régime, le total pourrait passer à 7 millions ou 8 millions. Ce qui laisserait tout de même plus de 12 millions de barils sans autre option qu’Ormuz. Ces oléoducs ne sont d’ailleurs pas sans risque : le pipeline irakien a été attaqué à  plusieurs reprises et, en mai, des drones s’en sont pris à la route Est Ouest, endommageant deux stations de pompage. Au même moment, quatre navires au mouillage à Foujeyra étaient la cible de mystérieux sabotages. L’auteur de ces attaques n’a pas été formellement identifié. Mais celles-ci s’apparentent aux provocations soigneusement calculées dont l’Iran a fait sa spécialité, à l’image de la destruction du drone américain, le 20 juin 2019, revendiquée, elle, par Téhéran.

L’appareil d’observation a été abattu de nuit, à haute altitude, alors qu’il évoluait sur un parcours régulier et éminemment prévisible. Téhéran soutient que l’appareil avait pénétré dans son espace aérien. Les autorités iraniennes ont aussi pris soin de souligner qu’un avion de reconnaissance américain qui volait à proximité, avec 35 personnes à bord, a été épargné, afin de ne pas provoquer de pertes irréparables. Les sabotages de tankers en mer d’Oman, en mai et juin, obéissent à la même logique, estime l’historien Pierre Razoux. Il n’y a pas eu de morts, les dégâts matériels sont limités. Les Iraniens se contentent de signaler que si les sanctions américaines les empêchent d’exporter leur pétrole, c’est tout le trafic dans la région qui souffrira avec eux. Téhéran sait qu’il n’a pas les moyens de verrouiller Ormuz. La  disproportion des forces est encore plus nette que dans les années 1980. Les États-Unis ont ouvert, en 1995, une base navale permanente, à Bahreïn, où stationne leur Ve flotte, et déménagé le quartier général de leur commandement central au Qatar, au début des années 2000. L’armée française s’est installée à Abou Dhabi en 2009. La Royal Navy britannique est présente à Oman et à Bahreïn. Ces marines effectuent des exercices conjoints de déminage du détroit tous les deux ans, pour la dernière fois en mai 2019, et demeurent convaincues qu’un minage d’Ormuz n’est pas à  l’ordre du jour.

A supposer que l’Iran parvienne à damer le pion à toutes ces marines et à paralyser Ormuz pendant quelques jours, cela ne suffirait pas à créer une pénurie dommageable sur le plan financier. La plupart des pays disposent en effet de réserves stratégiques de pétrole pour affronter ce genre de situation. Face à l’armada américaine, et à Riyad, qui s’est doté de la première force maritime régulière de la région, Téhéran ne peut miser que sur ses capacités de nuisance et de dissuasion, testées durant la guerre des tankers. La marine iranienne s’est bien équipée de sous-marins de poche auprès de la Russie et de la Corée du Nord. Mais elle n’a pas cherché à acquérir de bâtiments de surface de gros tonnage. La fierté des gardiens et du régime reste leur flotte de vedettes rapides, équipées pour certaines de missiles, et pour d’autres d’une simple mine prête à glisser sur son rail. Les jeunes gardiens embarqués sur ces coquilles de noix s’entraînent sur des simulateurs à se lancer à l’assaut de bâtiments américains. Nous n’avons pas les moyens de la marine américaine, c’est évident. Mais, en cas de conflit, il est certain que nous coulerons quelques-uns de ses navires, et peut-être un porte-avions, veut croire un responsable iranien. C’était l’objectif d’un exercice militaire iranien très médiatisé, en 2015, durant lequel les gardiens avaient fait exploser une maquette flottante de l’USS Nimitz, mastodonte des mers. A Téhéran, on garde aussi en tête un autre exercice militaire, américain celui-ci, organisé dans les eaux du Golfe en 2002 : une puissance armée à l’iranienne avait fictivement détruit 16 bâtiments américains, dont un porte-avions. Dans son bras de fer asymétrique avec les États-Unis et leurs alliés, l’Iran s’appuie aussi sur l’effet dissuasif de son arsenal balistique. Par temps clair, depuis les gratte-ciel d’Abou Dhabi, la vue  porte sur la petite île d’Abou Moussa, équipée par Téhéran de batteries de missiles capables de frapper toute la côte des Emirats. Parmi les cibles probables en cas de conflit : des usines de dessalement, des aéroports, des installations pétrolières et gazières. De quoi mettre ces micro monarchies à genoux en quelques frappes. Pour l’heure, la stratégie de Téhéran est davantage économique que militaire. Créer des troubles dans le détroit, avec des mines par exemple, ou faire peur aux transporteurs, ça fait monter le prix des assurances, et donc, in fine, le prix du baril, expose un bon connaisseur du marché pétrolier. Exsangue du fait des sanctions américaines, qui entravent ses exportations d’hydrocarbures, l’Iran a besoin de vendre le peu de barils qu’il arrive encore à écouler au prix le plus élevé possible. L’impact sur les coûts de transport est déjà sensible. Selon l’agence Bloomberg, les primes de risque dans le Golfe peuvent maintenant s’élever à 500 000 dollars, contre 50 000 dollars en début d’année. Cette hausse ne se reflète que timidement dans les cours actuels, elle ne représente pas plus de 25 cents par baril. Mais, si la tendance s’accentue, l’effet se fera sentir. Pour les Iraniens, cette stratégie haussière est aussi une manière de mettre les Américains sous pression : les premiers à souffrir d’un pétrole cher seraient les Asiatiques et les Européens, qui seraient alors incités à se retourner contre la politique de Donald Trump, espèrent les dirigeants de Téhéran. A ses capitaines qui croisent dans la zone, l’un des acteurs majeurs du secteur donne la consigne suivante : Élever sa vitesse lors du passage dans le chenal iranien afin d’effacer le détroit le plus rapidement possible tout en assurant une veille visuelle et radar très attentive. Et, une fois le détroit passé, naviguer en priorité au large des côtes des Emirats arabes unis et d’Oman, de façon à laisser les côtes iraniennes le plus loin possible.

benjamin barthe, ghazal golshiri, louis imbert (à paris), avec philippe jacqué et nabil wakim Le Monde du 14 07 2019

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25 08 1988                 Incendie d’une grande partie du Chiado dans le vieux Lisbonne.

08 1988                       Cessez le feu de la guerre Iran Irak. Khomeiny dira que l’épreuve avait été assez dure pour qu’il accepte de boire ce poison.

17 09 1988                Ouverture des XXIV ° Jeux Olympique d’été jusqu’au 22 octobre à Séoul, capitale de la Corée du Sud. Pour ce pays d’Asie, c’est la consécration de son appartenance au club des pays les plus développés : avant même le début des compétitions, ils détiennent un nombre ahurissant de premières places dans le classement des grandes entreprises privées.

3 10 1988                   Nîmes est sous 2.5 m. d’eau : 9 morts ; en quelques heures, chaque m² aura reçu 228 l d’eau. 90 millions de m³ d’eau se déversent en moins de 6 heures. 2 000 logements sinistrés, 6 000 voitures endommagées, 41 écoles fermées, 90 km de réseau d’eau et 15 km de voirie détruits.

15 10 1988                  L’ex URSS livre ses secrets de famille : les prouesses de Stakhanov en 1935 étaient fausses.

6 11 1988                    La participation au référendum sur l’avenir du territoire de la Nouvelle Calédonie a été de 37 % : le Oui l’emporte avec 80 %.

15 11 1988                   1° Navette russe Bourrasse.

26 11 1988              Jean Loup Chrétien part à bord de Mir, jusqu’au 21 décembre 88, pour la mission Aragatz, au cours de laquelle il effectuera une sortie dans l’espace de 5 h 56’.

30 11 1988                   Loi sur le RMI : Revenu Minimum d’Insertion.

7 12 1988                    Tremblement de terre en Arménie : entre 25 000 et 35 000 morts.

21 12 1988                   Vladimir Titov et Moussa Manarov ont passé un an dans l’espace.

Les services secrets libyens font exploser au-dessus de Lockerbie, en Ecosse, un Boeing 747 de la Panam : 270 morts, pour la plupart américains et britanniques. 15 ans plus tard, la Libye reconnaîtra sa responsabilité et proposera de verser 10 millions de $ par victime. Ali Mohamed Al-Megrahi, reconnu seul coupable en 2001, sera condamné à 27 ans de prison. Atteint d’un cancer de la prostate, il sera libéré en août 2009 et accueilli en héros chez les siens.

1988                    Inauguration du ministère des finances dû à Paul Chemetov et Borja Huidrobo.

Ministère de l'économie et des finances - Bâtiment Colbert ...

Interdiction des CFC : Chlorofluorocarbones, qui ont servi, un peu rapidement, de boucs émissaires, pour expliquer les trous dans la couche d’ozone.

Création du GIEC – Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat – [IPCC en anglais] : c’est un organisme ONU, né d’une nervosité certaine des responsables onusiens à se voir de plus en plus court-circuités par les grands de ce monde lorsqu’ils se retrouvent aux G8,  G20, sommet de Davos, etc…

La climatologie est une science quasiment nouvelle par rapport à la météorologie, de par la masse d’informations qui lui viennent des satellites, et de par la puissance de calcul qu’offre l’ordinateur, qui permet de traiter des masses d’informations donnant lieu à des modèles, c’est-à-dire des projections dans l’avenir qui permettent de dire quelle va être l’évolution du climat dans le futur. Et parler de l’avenir, ne serait-ce qu’un peu plus loin que le court terme, c’est un sujet bigrement intéressant pour les politiques. Mais encore faut-il pour cela se montrer attirant et leur présenter un front commun, des analyses, des conclusions qui ne soient plus le reflet de la diversité des avis scientifiques, mais des affirmations catégoriques nées d’un consensus.

Les rapports du GIEC, ce sont trois documents, dont la longueur et le style sont profondément différents. Le premier est un rapport de près de 1 000 pages qui rassemble des articles de mise au point sur les divers sujets touchant au climat, et aux conséquences que pourrait avoir telle ou telle modification du climat sur la faune, la flore, l’océan et sur l’économie. Les articles sont bien documentés, écrits dans un style propre aux articles scientifiques et expriment, en général honnêtement, les incertitudes qui pèsent sur telle ou telle interprétation. Le deuxième document, d’une centaine de pages, est un résumé du premier. Le ton est nettement plus affirmatif. C’est déjà un document de consensus, c’est-à-dire qu’il gomme les opinions minoritaires. Il est rédigé par un comité très restreint d’une quarantaine de personnes, et déjà fortement biaisé. Enfin, le troisième document s’intitule Recommandations pour les décideurs. Ce document de trente pages est celui que tout le monde lit. Il est à chaque page affirmatif, tranchant, catégorique. Qui plus est, il n’est pas rédigé par un groupe de scientifiques, mais par un groupe de personnes choisies par les Etats. Certains sont des scientifiques mais la majorité ne le sont pas. Ce sont des administratifs désignés par les Etats : ce sera le cas pour la France pendant dix ans ! On dit que lorsqu’ils n’arrivent pas à se mettre d’accord sur tel ou tel aspect, ils votent ! Et c’est le groupe de décideurs qui accepte ou non la publication des articles dans le volume scientifique de 1 000 pages. C’est la science soumise à la politique !

[…]        Nous devons trouver entre nous un terrain d’entente, un point commun et, au final, parler d’une seule voix. C’est la condition nécessaire si nous voulons avoir un impact sur le monde politique, dit Bert Bolin, un des fondateurs. L’idée qui justifie cette attitude est la sui­vante : lorsque les scientifiques expriment des opinions variées et nuancées, les hommes politiques – tous rivaux permanents – en profitent pour se contredire et, au total, l’opinion des scientifiques ne pèse pas ou presque pas. Du coup, depuis vingt ans, pour éviter cet écueil, on entendra sans cesse cette petite phrase : Le consensus est que… Il y a consensus pour dire que... Et le GIEC va jouer cette carte à fond : le consensus pour tous, tous pour le consensus !…

 […]       Il s’agit – au sens scientifique – d’une distillation destinée à faire émerger une opinion, et une seule. Toujours le consensus !… Conformément aux recommandations premières de Houghton, le document doit être exagérément alarmant pour qu’on lui prête attention. Cette méthode est à l’opposé de la démarche scientifique véritable qui doit impérativement protéger les opinions minoritaires, car ce sont elles qui conduisent aux nouvelles découvertes. Ce sont les hérétiques qui font avancer la Science, dit Freeman Dyson. Ce véritable viol de la pratique scientifique habituelle est le résultat d’un mélange ambigu entre science et politique.

Claude Allègre     L’imposture climatique       ou la fausse écologie           Plon 2010

Un ami lui dira : Tu n’as pas été critiqué, tu as été excommunié.

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On ne peut pas prévoir le temps plus de trois ou quatre jours à l’avance. Davantage, c’est illusoire, car mathématiquement impossible.

Edward Lorenz, 1917-2008, professeur de météorologie au MIT, promoteur de l’effet papillon.

Le gène de la différence sexuelle est isolé sur les chromosomes X et Y. On découvre le prion dans les farines animales, fabriquées à partir d’animaux morts : les Anglais, pour réaliser des économies d’énergie, avaient baissé la température de chauffage de ces farines. Le gouvernement anglais interdit alors l’utilisation de farines animales pour l’alimentation des bovins… chez eux, mais continuent à exporter les dites farines dans l’Union Européenne jusqu’en 1996.

L’Américaine Florence Griffith-Joyner a décroché deux records du monde, qui vont rester inaccessibles : le 100 m en 10’’49 et le 200 en 21’’34. On la soupçonne alors de s’être préparée en prenant des stéroïdes anabolisants. Elle mourra dix ans plus tard, à 38 ans, d’une attaque cérébrale.

La Chine livre bataille au large des îles Spratleys pour les reprendre au Vietnam.

13 01 1989                  La société Pomagalsky procède aux ultimes essais d’un téléphérique à Vaujany, au pied des Grandes Rousses dans l’Isère : les prospectus le disent déjà le plus grand téléphérique du monde : avec 4 300 m. de long et une gare intermédiaire à 2 050 m d’altitude il permettra un accès direct à l’Alpe d’Huez. Des galets cassent et la cabine chute de 200 m : 8 techniciens y trouvent la mort : en septembre 1996, le procès intenté par les familles des victimes commence seulement car il a fallu attendre janvier 1995 pour qu’un dernier rapport d’expertise soit notifié aux parties civiles. En réponse à l’appel d’offres, un autre constructeur avait proposé de réaliser le téléphérique en deux ans. Pomagalski l’a livré en 10 mois.

14 01 1989                       Début de campagne électorale à Moscou pour des élections au congrès des députés du peuple du Soviet Suprême : Boris Eltsine, favorable au multipartisme est quasiment contraint par la foule d’un district à se porter candidat. Il est de plus en plus populaire. Sa traversée du désert n’aura pas été bien longue.

16 01 1989               En compagnie de quelques intellectuels dissidents, Vaclav Havel vient déposer des violettes devant la statue de Saint Venceslas, en hommage à Jan Palach, qui s’est immolé à cet endroit 20 ans plus tôt. La police arrive, embarque tout ce monde. Vaclav Havel sera condamné à neuf mois de prison ferme le 21 février 1989.

12 02 1989                L’Église Épiscopalienne américaine sacre évêque une femme noire : Barbara Harris, 55 ans.

14 02 1989           L’Iran condamne à mort, par contumace, Salman Rushdie, pour avoir écrit Les versets sataniques, une charge virulente contre les extrémistes musulmans. C’est son père, grand érudit musulman, qui avait choisie le nom de Rushdie en référence au philosophe musulman Averroes, Ibn Rushd, en arabe.

25 02 1989             Le Brésil a entrepris des travaux pharaoniques sur le Xingu, un affluent de la rive droite de l’Amazone pour y construire ce qui devra être dans les années 2010 le troisième barrage hydroélectrique du monde : Kararao, rebaptisé Belo Monte. Jose Antonio Muniz Lopes est le directeur d’Eletronorte, l’entreprise en charge de la construction. Les Indiens Kayapo sont concernés par ces travaux et une réunion d’information a été organisée à Altamira. L’atmosphère est chaude et tout à coup, une indienne vêtue d’un seul petit cache-sexe s’en vient à la tribune, et menace du tranchant de sa machette la joue de Jose Lopez, en lui intimant l’ordre de déménager avec toute son entreprise : Je me nomme Tuira et viens te dire que nous n’avons pas besoin de ton barrage. Nous n’avons pas besoin d’électricité, elle ne nous donnera pas notre nourriture. Tu es un menteur. Les photographes sont plus de cent à prendre la scène, et la photo va bien vite faire le tour du monde : probablement le premier grand succès politique d’Internet.

Loja Maliê: Belo Monte.

7 03 1989                  Le gouvernement polonais attribue à l’armée rouge le massacre de Katyn, en avril-mai 1940 : 15 000 tués.

12 03 1989                Robert Caillau, belge et Tim Berners-Lee, anglais, tous deux chercheurs au CERN de Genève ont développé la conception de l’hypertexte (analogue à la structure des encyclopédies, faite de multiples renvois) en créant les premiers codes informatiques qui donnent naissance au navigateur World Wide Web, appelé aussi Web, WWW ou W3, utilisable grâce à un  feuilleteur (browser). Le Web prendra le dessus sur les autres logiciels avec la sortie du logiciel feuilleteur Mosaïc. Ce réseau de réseaux offre trois fonctions de base très simples : le courrier, le transfert de fichiers et la connexion à distances ; vers 1990, Peter Deutsch, de l’université Mc Gill à Montréal crée le premier catalogue de recherche dans Internet : Archie ; en 1991, sortie d’un autre logiciel de recherche : Gopher (petit rongeur des plaines de l’Amérique du Nord).

25 ans plus tard, en 2014, le Web sera utilisé quotidiennement par 2.7 milliards d’individus, soit 40 % de la population mondiale. Il existerait près d’un milliard de sites et 260 millions d’adresses internet. Les sites les plus visités en France : Google, Wikipédia, Orange et Leboncoin. Facebook se dit fort de 3 milliards d’amis dans le monde et Tweeter compte 300 millions d’utilisateurs actifs.

J’ai toujours voulu qu’il soit plus qu’un outil destiné aux scientifiques. Je voulais lier tout à tout. Depuis mon enfance, je pensais que les ordinateurs n’étaient pas bons pour faire des liens, contrairement au cerveau humain. Si vous avez une discussion dans un café et que vous y retournez cinq ans après, votre cerveau fera la connexion et vous vous souviendrez de la discussion. Je voulais construire quelque chose qui avait la propriété de lier n’importe quoi. Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit utilisé pour tout lier ! Le point fort du Web, c’est qu’il est neutre, il a pu être utilisé pour poster des articles, des images, des vidéos, des données, des cartes… C’est pour cela que tout est en ligne désormais.

Tim Berners-Lee, au Monde en 2019

Moi, j’ai toujours rêvé d’une république de citoyens responsables, mais où est elle? Les géants du Web sont des impérialistes qu’on distingue à peine des États totalitaires, qui décident de ce qui est acceptable ou non, Le Web, c’est Facebook et du commercial, rien d’autre. Je ne veux plus y aller

Robert Caillau, en 2018

24 03 1989               L’Exxon Valdez s’échoue sur les récifs de Bligh Island, dans la baie du Prince Guillaume, au sud de l’Alaska : 180 000 tonnes de brut se répandent sur les côtes : Exxon paiera 2,2 milliards de dollars pour le nettoyage des côtes et 1,3 milliard de dollar en amendes civiles et pénales ou au titre d’accords à l’amiable. Mais les procès ne seront pas tous terminés dix ans plus tard.

26 03 1989                 1° vols Air France interdits aux fumeurs. Mikhaïl Gorbatchev crée une nouvelle assemblée : le congrès des députés du peuple de l’Union soviétique. Boris Eltsine est élu, ainsi qu’Andreï Sakharov, parmi les 269 autres, député du Soviet suprême.

15 04 1989          Demi-finale de la coupe d’Angleterre de foot, Nottingham contre Liverpool. Six minutes après le coup d’envoi, un grand mouvement de foule se produit. Certains essaient d’escalader les grilles du stade, contre lesquelles ils sont bloqués, pour trouver un peu d’air. D’autres se hissent jusqu’à la tribune supérieure. La rencontre est arrêtée. Bilan : 96 morts et 766 blessés. Il faudra attendre 2012, 23 ans après les faits, pour que David Duckenfield,  commissaire de la police du Yorkshire du Sud admette avoir menti quand il niait jusqu’alors avoir donné l’ordre d’ouverture d’une grille, principale cause du drame.

2 05 1989                    Jusqu’à la fin de l’été, ce sont des milliers de Hongrois et d’Allemands de l’Est qui sont accueillis à bras ouverts par les Autrichiens.

Les Autrichiens ont tout d’abord manifesté une incroyable sollicitude pour eux, multipliant les dons, et ils les accueillaient avec des pancartes en hongrois et en tchèque pour leur souhaiter la bienvenue.

Emil Brix, ambassadeur autrichien en Hongrie

Lors de la répression de l’insurrection de Budapest en 1956, l’Autriche, bien que neutre, avait accueilli 180.000 fugitifs hongrois, une décision à haut risque car il n’était pas évident que l’Armée rouge soviétique, qui n’avait quitté Vienne que depuis un an, s’arrêterait à la frontière.

Stéphane Karner, historien

Et il en avait été encore de même lors de la répression du Printemps de Prague, en accueillant 210 000 réfugiés tchèques.

05 1989                      Le plus grand tunnel du monde – 15 km – est inauguré sous le Mont Mc Donald, au Canada.

15 05 1989                     Mikhaïl Gorbachev commence une visite en Chine ; un journaliste lui demande son avis sur la muraille de Chine : Très bel ouvrage, dit-il, mais il y a déjà trop de murs entre les hommes. Le journaliste enchaîne : Voudriez-vous qu’on élimine celui de Berlin ?  Gorbatchev répond, sérieusement : Pourquoi pas ?

17 05 1989              Les interventions internationales font sortir Vaclav Havel de prison. Il lance une pétition, quelques phrases, qui rassemble plusieurs dizaines de milliers de signatures.

La montagne à vache peut réserver quelques mauvaises surprises et d’autres très bonnes : l’auteur de ce site, Laurent Peltier, fait le Tour du Mont Blanc. Pour ceux qui ne connaissant pas bien la montagne, il faut préciser que le Tour du Mont Blanc, c’est de la randonnée et que l’équipement nécessaire se limite à de bonne chaussures ; des bâtons aident bien les choses aussi. C’est affaire de huit à dix jours. On fait le tour du Massif du Mont Blanc, on n’est jamais dans le Massif, et donc on n’est jamais en haute montagne. Le plus haut des cols est à 2 671 m. Sur son versant italien, le Mont Blanc est encadré par deux vals, de part et d’autre de Courmayeur ; au sud-ouest, le Val Veni, au nord-est, le Val Ferret, lui-même entre le versant du Mont Blanc, dominé par l’aiguille du Géant et les Grandes Jorasses, et sur son versant sud, la Montagne de la Saxe. Sur cette montagne, le refuge Bertone. À Courmayeur, Laurent demande si le refuge est ouvert. Oui, lui dit-on. Donc, il y va. Il est nécessaire de préciser quelle est alors la situation en matière de balisage. En France, la FFRP a adopté depuis longtemps le balisage des sentiers de Grande Randonnée en rouge et blanc. Mais l’adoption de ces règles à l’international n’est pas chose rapide et il se trouve qu’en Italie, le rouge et le blanc sont encore utilisés pour marquer des accès aux coupes de bois. Et donc, ce qui devait arriver arriva : Laurent suit les balisages rouge et blanc et finit par se perdre… Plus de balisage. Que faire ? Redescendre au départ du sentier pour retrouver le bon : plus d’une heure de marche… trop loin… trop d’efforts. Donc, il continue vista de naso. Et cela l’emmène dans de très grandes pentes bien raides où alternent les grandes herbes et des dalles de rocher lisse en pente forte vers Courmayeur. En s’aidant souvent des mains qui agrippent les touffes d’herbe, il finit par arriver en vue du refuge où il trouve une vieille qui garde quelques chèvres. En s’approchant, la vieille ne le paraît pas tant que ça, avec les jambes d’une fille de vingt ans. On se salue. Évidemment, elle parle français. Ah, le refuge, il est fermé ! 

Laurent lui raconte ses mésaventures… et elle conclue : c’est curieux, il y a beaucoup de Français qui se perdent par ici ! Mais ne restez donc pas ici, vous allez prendre froid. Entrez. C’est mon fils qui tient le refuge et il n’est pas encore là. Moi, je fais la cuisine. Donc, vous ferez les comptes vous-même. Laurent s’adapte rapidement à la situation de ce refuge, ouvert dans le bas de la vallée, fermé officiellement en haut mais ouvert officieusement. Il prend un bon repas, passe une bonne nuit et le lendemain au petit-déjeuner : Vous payez en lires ou en argent français ?  – En argent français, si c’est possible. – Attendez, je vais chercher la boite. Et elle apporte une boite métallique d’1 kg de sucre, emplie d’argent français : Tenez, mettez dedans ce que vous me devez et prenez votre monnaie. Sur un grazie mille qui ne disait pas combien il voulait en dire plus, Laurent s’en alla doucement, comme à regret… hésita… puis revint sur ses pas pour embrasser la vieille, en pliant les genoux pour se mettre à sa taille ;  la vieille ne dit rien, songeuse : décidément, ces Français… attendit qu’il disparut derrière la première crête, haussa les épaules et s’en retourna à ses affaires et à ses chèvres.

À partir de 2003, le même parcours sera emprunté annuellement – on n’arrête pas le progrès, n’est-ce pas ? – par l’UTMB : l’Ultra Trail du Mont-Blanc. 171 km, plus de 10 000 m. de dénivelé positif. Les milliers de participants inscrits doivent boucler l’affaire en moins de 48 h. Le vainqueur, fait cela en 19 h. Le Tour du Mont Blanc en randonnée, c’est une rupture avec notre monde de vitesse, de stress, de compétition permanente, c’est l’adoption du pas du paysan, du berger ; l’UTMB, c’est l’esprit de compétition qui fait main basse sur un circuit d’où il aurait dû être banni… deux approches parfaitement antinomiques. Et l’UTMB, on ne peut pas vraiment dire que ça marche, puisqu’en fait, ça court plutôt. Quelques années plus tard encore, dans le même registre, mais en VTT arrivera la MB Race – course du Mont Blanc : 140 km, 7 000 de dénivelé, 450 bénévoles, 1 340 participants dont 260 terminent la course. Ah, le fun ! 

Haute-Savoie : un trail crée un embouteillage en montagne ...

La Maxi Race, en 2019, autour du lac d’Annecy. Quand il n’y a de passage que pour un seul concurrent, il faut bien attendre … et, en attendant, on peut toujours réfléchir à l’insondable stupidité de tout ce cirque. On voit la même chose sur l’Everest, à quelques centaines de mètres du sommet.

4 06 1989                  Li Peng mate les contestataires à Pékin, principalement étudiants : la photo du garçon, seul contre les chars près de la place Tian’ Anmen fera le tour du monde : la photo est du 5 juin, au lendemain d’une répression qui, selon la Croix-Rouge Chinoise, a dû faire entre 2 600 et 3 000 morts, lorsque, pour en finir, le pouvoir envoie les chars.

La journaliste venait d’apprendre la réalité du soulèvement de Tian’anmen, trente ans après les faits. Ce n’était pas deux cents étudiants qui avaient été tués lors des échauffourées avec les forces de l’ordre, ni mille comme les autorités chinoises l’avaient concédé plus tard sous la pression de l’opinion internationale: d’après le rapport britannique déclassifié qu’elle venait de dénicher sur internet, les chars avaient cerné dix mille jeunes réunis sur la place et les avaient massacré à tirs tendus, avant de passer les rescapés sous les chenilles des blindés, plusieurs allers-retours, jusqu’à ce qu’ils ne forment plus qu’une mélasse de chair humaine sur la place de Pékin. Les bulldozers avaient alors pelleté ce qu’il restait des étudiants pro-démocratie et jeté le tout dans les égouts de la ville, poussé à coups de jets d’eau et nettoyé jusqu’à ce qu’il ne reste plus aucune trace.

Caryl Férey         Paz      Série Noire Gallimard  nrf   2019

Images d'archives des événements de Tiananmen - rts.ch ...

L’homme se nommerait Wang Weilin, étudiant de 19 ans. Nul ne sait avec certitude ce qu’il adviendra de lui.

27 06 1989                À Sopronköhida, près de la ville hongroise de Sopron, le ministre des Affaires étrangères autrichien, Alois Mock et son homologue hongrois, Gyula Horn coupent le fil du rideau de fer pour marquer la décision hongroise de démanteler progressivement ce rideau de fer, au processus engagé le 2 mai 1989.

Les organisateurs de l’événement avaient distribué des tracts pour célébrer l’occasion. Erich Honecker, dans un entretien avec le Daily Mirror, relate sa vision de l’histoire : Habsburg avait distribué des tracts jusqu’à la frontière polonaise invitant les vacanciers d’Allemagne de l’Est à participer à un piquenique. Quand ils sont arrivés, on leur a donné des cadeaux, de la nourriture, des deutschemarks avant de les inciter à rejoindre l’Ouest…  Imra Pozgay relate avoir, de son côté, fait courir le bruit, dans les jours précédant la manifestation, que les Allemands de l’Est pourraient traverser la frontière sans être inquiétés.

30 06 1989                À l’ouest de l’Oural, 2 transsibériens se croisent : l’onde de choc fait exploser le gazoduc voisin : 600 morts.

13 07 1989               Inauguration de l’Opéra Bastille, dû au Canadien Carlos Ott : le jury de sélection faisait son choix sur maquette, les auteurs restant inconnus. La majorité se porta sur un projet où elle croyait avoir reconnu la patte de Richard Meier : erreur, c’était celle de Carlos Ott, complètement inconnu alors, sur le plan international. De 2014 à 2021, Stéphane Lissner dirigera les deux structures – Garnier et Bastille. Il sera longuement interviewé en Janvier 2021 par Télérama :

L’Opéra de Paris est le plus gros producteur d’opéra et de ballet au monde – trente sept spectacles dont dix-neuf créations en 2018-2019 -.

[…]     L’Opéra national de Paris, composé de deux salles, Bastille et Garnier, compte 1 881 salariés dont quatre cents CDD. Or, malgré un taux de remplissage de 92 % et neuf cent mille spectateurs pour 2018-2019, les recettes plafonnent. Si les subventions stagnent, le coût de la masse salariale – 100 millions d’€ – augmente de 2% par an. Et, chaque année, je dois arbitrer des 10 à 13 millions d’€ de travaux d’entretien et de sécurité – il en faudrait 20 – sur les deux sites. Les frais de fonctionnement s’alourdissent constamment. Pourtant l’Opéra marche bien, le public suit. En témoignent ces chiffres: si les spectacles lyriques et chorégraphiques coûtent en production 40 millions par an, ils en rapportent 75 en billetterie ! la jauge pleine, de Bastille – deux mille sept cent places – permet des recettes de 350 000 € par soirée; celle de Garnier, deux mille places, de 150 000 € avec un prix moyen de 100 € la place – et bien moins pour les jeunes de 28 ans, les moins de 40 ans et les familles.

[…]      On y dirige deux salles aux histoires très différentes, et qui ne se fréquentent guère. Plutôt dévolu au ballet, Garnier est un vieux théâtre artisanal à l’italienne ; Bastille, une entreprise de spectacle dynamique de trente ans. À son ouverture, on a voulu y mettre les salariés les plus compétents. Le minimum aurait été de faire tourner les équipes dans les deux lieux pour mutualiser certaines tâches, faire coïncider certains horaires, mais surtout fonder un esprit commun. Il n’en a jamais été question. Et quand je suis arrivé, il était trop tard. Or, bien diriger deux théâtres – c’est à dire gérer le personnel tout en produisant et soutenant les artistes -, c’est trop pour une seul hommes. C’était pure mégalomanie d’imaginer qu’on pouvait le faire ! On vit dans une maison, pas dans deux. Chaque théâtre est une aventure singulière. Le même soir, il peut y avoir la première d’un spectacle à Garnier et d’un autre à Bastille. J’ai été constamment frustré de ne pas donner assez de temps aux uns et aux autres. Surtout que mon cœur inclinait davantage à l’esprit théâtral plus familial, amical, vital, et chargé d’histoire. Comme à la Scala de Milan, mon plus beau souvenir de patron d’Opéra. On se sent à l’abri dans ces lieux-là. On y ressent que l’opéra, comme le théâtre, est avant tout une aventure humaine où des êtres humains s’investissent les uns à côté des autres pour faire spectacle.

Stéfane Lissner, directeur de l’Opéra de Paris, Interview de Télérama 3654 du 25 au 31 janvier 2020

En octobre 2020, lorsque les milliards dus à la crise de la Covid 19, se seront mis à tomber comme pluie à Gravelotte, Roselyne Bachelot, la nouvelle ministre de la Culture, fera preuve à l’égard de l’Opéra d’une exceptionnelle mansuétude en le cadeautant de 81 millions d’€, quand le Louvre par exemple n’en aura que 40 etc… Eh, c’est comme ça, quand on est accro à l’Opéra ! Quand l’honnêteté a affaire à la passion, elle est est bien rarement gagnante. Qui plus est, il vaut mieux avoir jeté la rancune à la rivière, face à des syndicats qui n’auront pas hésité à déclencher une grève le samedi 21 décembre 2020, une demi-heure avant une représentation, face à une salle déjà pleine ! grève qui va durer un mois et demi ! Le statut spécial du personnel de l’opéra qui leur donne accès à une retraite pleine à 42 ans, remonte à 1698 !

14 07 1989                  Fêtes du Bicentenaire de la Révolution Française. Deux jours plus tard, 22 des plus grands voiliers du monde descendront la Seine.

19 08 1989                Walburga Habsburg Douglas, secrétaire le l’Union paneuropéenne internationale de Otto de Habsbourg Lorraine et la République hongroise représentée par Imre Pozsgay, se retrouvent à Sopronköhida, près de la ville hongroise de Sopron et coupent le fil de fer barbelé du rideau de fer – coupez et prenez – pour une durée de trois heures, ce qui permet à 600 allemands de l’Est, en vacances en Hongrie, de passer la frontière : c’est le pique-nique paneuropéen.

Helmut Kohl dira plus tard :  C’est en Hongrie qu’a été enlevée la première pierre du rideau de fer.

24 08 1989                 Tadeus Mazowiecki devient le 1° premier ministre non communiste de Pologne.

29 08 1989            La sonde américaine Voyager II se trouve à 4,4 milliards de km de la Terre, à 6,72 milliards de km au-delà de Neptune. Elle a parcouru 7,2 milliards de km depuis 1977, soit une vitesse de 68 500 km/h. Elle a croisé Jupiter en 1979, Saturne en 1981, Uranus en 1986, et Neptune en 1989, découvert 6 lunes autour de Neptune. Elle est en retard sur son programme de 1″4 /10°. Elle pèse 1 tonne et a coûté 6 milliards F, le centième du prix du programme Apollo. Avec Voyager I, elle a communiqué 80 000 clichés. Le contact sera perdu en 2014, mais le trajet a été calculé jusque vers le milieu du VIII° millénaire. Soyons francs : il n’y a qu’un bon chien pour être aussi brave que ça…

Août 1989               La France interdit l’usage de FVO importées du Royaume Uni, sauf dérogation précise. En décembre, l’interdiction est étendue aux FVO irlandaises avant d’être levées pour ce pays en mars 1993. Mais d’autres pays européens continuent à autoriser les importations britanniques jusqu’à la fin de 1990.

14 09 1989               Frédéric de Klerk arrive au pouvoir en Afrique du Sud.

19 09 1989              Un DC 10 d’UTA, vol UT 772 Brazzaville-Paris Ch.de G, via N’Djamena, explose au-dessus du Sahara : 171 morts : l’affaire est à mettre au compte des services secrets libyens : 6 responsables seront jugés en 1998, par contumace, la Libye ayant refusé de les livrer. Acceptant tout de même sa responsabilité, la Libye acceptera le principe de versement de 206 000 $ par victime : un passager d’un vol UTA vaudrait donc 50 fois moins qu’un passager de la PANAM. (10 millions de $ proposés aux parents des victimes de l’attentat de Lockerbie).

Pierre Péan, faute de trouver un mobile solide à la patte libyenne dans cette affaire, donnera sa préférence à une autre thèse, en attribuant l’attentat à l’Iran en représailles d’une dette de 3 millions $ promise mais jamais payée au cheikh Zein, porte parole de la communauté chiite libanaise au Sénégal et qui aurait joué un rôle de premier plan dans la libération de ces otages.

Mais 11 ans plus tard, l’attentat de Ben Laden sur les Twin Towers amèneront Kadhafi à la révision de ses offres : Georges Bush, impuissant à capturer le N° 1 des terroristes, mettra fin à la dictature de Saddam Hussein en Irak et Kadhafi se mettra à craindre d’être le suivant sur la liste… il va mettre à jour ses offres et proposera 1 million de $ à chacune des familles des victimes… les relations seront ainsi apaisées et Chirac, président de la République pourra se fendre d’une visite officielle en novembre 2004.

22 09 1989                 Inauguration de la plus grande écluse du monde : 500 m de long, 68 m de large, 17,75 m de profondeur : c’est à Zandviet, en Belgique.

25 09 1989                  À Cap Canaveral, 448° et dernière fusée Atlas Centaure ; après les Américains ne lanceront plus que des navettes.

28 09 1989                  6,4 M ha brûlent dans le Manitoba.

6 et 7 10 1989          À l’occasion des 40 ans de la RDA, la foule acclame l’homme fort de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev et conspue ses propres dirigeants, au premier rang desquels, Erich Honecker, qui quittera le pouvoir le 18 octobre.

16 10 1989                   La Hongrie est le 1° pays d’Europe de l’Est à demander son adhésion au Conseil de l’Europe.

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[1] Il existe bien une radioactivité naturelle, particulièrement élevée en zone granitique : l’équipe de Michel Pourchet, du laboratoire de géophysique environnementale et glaciologie de Grenoble, a mesuré sur des échantillons de neige prélevés au sommet du Mont Blanc une teneur en plomb 210 de 8400 becquerels par m², contre une moyenne de 110 dans les Alpes. Or ce plomb est un produit de dégradation du radon, gaz radioactif naturel qui s’échappe du granit. L’ancienne unité de mesure de la radioactivité était le curie : 1 curie = 3.7 x 1010 becquerels. L’estimation de la dose mortelle est de 50 röntgens.

[2]  En 1957, un accident nucléaire (une explosion chimique dans une cuve contenant des déchets radioactifs) s’était produit dans la ville secrète de TcheIiabinsk-40, près de la localité de Kychtym, dans l’Oural, contaminant une zone de plus de mille kilomètres carrés. C’est notamment à Semipalatinsk, au Kazakhstan, qu’étaient testées les bombes nucléaires et thermonucléaires soviétiques. (N.d.T )


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