novembre 1997 au 31 décembre 1999. Les cristaux d’eau aiment Mozart… et quelques autres. La Chine va devenir la première puissance mondiale, mais les nouveaux entrepreneurs/inventeurs sont américains : Bill Gates, Steve Jobs, Larry Page, Sergueï Brin, Marc Zückerberg, Jeff Bezos, Jimmy Wales, Elon Musk etc… 27185
Publié par (l.peltier) le 21 août 2008 En savoir plus

11 1997                         Le Groupe Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat – GIEC – qui réunit 4 000 scientifiques internationaux reconnus par leurs gouvernements respectifs, publie un premier rapport sur le réchauffement climatique de la terre pour le siècle qui vient. L’effet de serre, sans lequel nous serions congelés depuis longtemps à – 18°, tend à perdre ses repères sous l’effet de l’augmentation de la production, – dû à l’activité humaine – , de gaz qui captent la chaleur du soleil : dioxyde de carbone – CO², pour 55%, Chlorofluorocarbone – CFC, pour 17%, Méthane – CH4, pour 15%, Oxyde Nitreux – N2O, pour 6% et 7% de divers.

Le grand danger d’un réchauffement arrivera lorsque les températures seront à même de dégeler en profondeur le permafrost sibérien, car la quantité de carbone séquestré par le permafrost est comparable à celle présente dans l’atmosphère et dans toute la végétation terrestre, autour de 1 672 milliards de tonnes de carbone. Soit 50 années d’émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Au dernier maximum des grandes glaciations, il y a 18 000 ans, la température moyenne n’était que de 4 à 5° inférieure à celle d’aujourd’hui, et, à l’optimum holocène, il y a  8 000 ans, elle était supérieure de 2° seulement à celle d’aujourd’hui.   Ce rapport fait des prévisions moyennes en tablant sur une augmentation de la température d’ici la fin du XXI° siècle de 2°, et cela promet de joyeux changements sur notre chère terre qui risquent de ne pas être ceux que l’on croit de prime abord : le principe de ce genre d’évolution est qu’un monde plus chaud est un monde plus humide : l’accroissement de l’évaporation entraîne un changement du régime des moussons. Mais chez nous,  ils ne prédisent pas moins que la disparition des glaciers dans les Alpes en 2100 [1]. Le niveau moyen d’élévation des eaux de la mer, dû à la fonte des glaces, essentiellement antarctiques [2] , et à un phénomène général de dilatation des masses d’eau océaniques, [à raison de plus de 50%] sera dans une fourchette de 30 à 80 cm. Sur le siècle passé, le niveau de la Méditerranée a augmenté de 18 cm.

Pour le passé proche et le présent, on a déjà constaté, sur les vingt dernières années, une nette diminution de la banquise arctique, en surface – 37 000 km² /an, mais surtout en épaisseur : de 3,1 m. en moyenne, elle est passée à 1,8 m, soit une diminution de 40 % !  Pourquoi ? Peut-être une modification des courants… un nouveau courant chaud, longeant la côte canadienne ? Un réchauffement dû à l’activité de l’homme, qui se traduit par une forte élévation du dioxyde de carbone ?

De toutes façons, c’est embêtant pour nous, car, pour que fonctionne efficacement le chauffage central qu’est le Gulf  Stream, il faut à la fois une source chaude et une source froide. Si la banquise arctique disparaît, cela consistera à remplacer, sur une énorme superficie, un miroir renvoyant 80 % de l’énergie solaire par un collecteur absorbant 80% de cette même énergie. Cette modification non négligeable du bilan radiatif de la planète entraînera une nette diminution de la source froide, et, par voie de conséquence, une perturbation des courants océaniques.

Paradoxalement, le réchauffement planétaire pourrait se traduire, pour un pays comme la France, plus précisément la Bretagne, soumis à l’influence du Gulf Stream, par un refroidissement et un climat se rapprochant substantiellement de celui du Québec. L’eau douce de la calotte glaciaire est moins dense que l’eau salée, et donc, freine la circulation. La température de l’eau de surface a baissé de 2° à 3°en 10 ans. Des glaçons dans un verre refroidissent le liquide qui s’y trouve… jusqu’à ce qu’ils soient complètement fondus. Après, le liquide se réchauffe.

En Antarctique aussi, les effets du réchauffement donnent des situations très contrastées : qui dit réchauffement de l’air dit aussi augmentation de la capacité à absorber de l’humidité : ainsi, en Antarctique l’augmentation des chutes de neige est-elle très importante depuis 1994 : on l’estime, dixit le Los Angeles Times, à 45 milliards de tonnes par an ; c’est donc une très forte augmentation de l’épaisseur de la calotte glaciaire qui compenserait la fonte des glaces du Groenland.

Mais de façon générale, la grande inconnue de ces prospectives est la capacité de régulation des excès par les océans : on n’en connaît pas les limites. Un chercheur américain prétend les connaître mieux que d’autres… et c’est pour nous annoncer de grands refroidissements dus à de profonds changements dans les courants, – notamment le Gulf Stream – . Si la France, parmi les pays  riches, figure parmi les meilleurs élèves, c’est à dire parmi ceux qui contribuent le moins à cette augmentation de température, elle le doit pour le principal, au tout nucléaire (85 %) pour l’EDF, choisi par Giscard d’Estaing, lors de son septennat.

Les partisans de la théorie du complot, soutiennent un avis contraire :

Les gaz à effet de serre sont devenus l’un des thèmes politiques culpabilisants favoris, et le gaz carbonique (CO²) a été désigné leader au banc des accusés. La guerre au CO2 est donc déclarée. Mais oublierait-on que tout ce qui respire émet du CO², y compris nous-même ? Avant d’avaler des slogans, réfléchissons avec le simple bon sens scientifique : de mon temps, on apprenait en classe de 4° que le gaz carbonique est plus lourd que l’air. Donc il descend et ne peut que stagner au raz du sol ou de l’eau. Sur le sol, il y a les arbres et les plantes, tous dotés, me semble-t-il, d’une certaine fonction chlorophyllienne qui justement, grâce à la lumière solaire, absorbe le gaz carbonique et fabrique de l’oxygène. De son côté, l’eau de mer est connue pour être un solvant de ce même CO² par simple contact, sans compter la même fonction chlorophyllienne diurne du plancton. Comment le CO² pourrait-il réchauffer l’atmosphère dans ces conditions ? Je m’étais longtemps abstenu  d’évoquer tout cela de peur de dédouaner en même temps les autres pollutions gazeuses (dioxyde de soufre, ammoniac, monoxyde de carbone, dioxyde d’azote…) qui sont beaucoup plus inquiétantes mais dont on parle moins. Si je me décide à contester l’effet CO², c’est que j’ai réalisé qu’il était l’alibi idéal pour promouvoir le nucléaire. L’alerte au CO² n’est pas scientifique mais politique ! Savez-vous que  la Mer de glace, à Chamonix, qui descendait jusqu’aux Houches, se rétracte depuis 1905 ? Maintenant, si nous allons du côté de l’astrophysique, pourquoi nous cache-t-on que les mesures spectrographiques de la surface de toutes les planètes du système solaire augmentent parallèlement ? Serait-ce à cause de nos avions et nos autobus ? Pourquoi personne ne nous parle de ce gigantesque nuage hotonique à haute énergie que le système solaire traverse actuellement ? D’après les astrophysiciens, ce réchauffement généralisé devrait durer une trentaine d’années. Mais il ne faut pas le dire, car cela mettrait en péril l’impôt CO² qui nous pend au nez !

Michel Dogna Santé pratique        mai 2009

Une dizaine d’années plus tard, le GIEC se prendra les pieds dans le tapis en se faisant surprendre en flagrant délit de primauté accordée à l’idéologie sur la déontologie : un rapport [3] 2007 du groupe d’experts assurera que la quasi-totalité des glaciers de l’Himalaya auront disparu en 2035 si le réchauffement se poursuit au rythme actuel, ce qui n’est – heureusement – qu’une énorme sottise, même si l’ensemble des chercheurs du GIEC ont mis trois ans pour le reconnaître, et c’est là que l’erreur devient faute ! L’énorme  sottise n’est que la suite de la méthode suivie en matière de rédaction des rapports, consistant en la reprise d’informations publiées antérieurement et ailleurs : si les contrôles et relecture ne sont pas rigoureux, on fait place aux erreurs : en l’occurrence, elle remonte à un rapport commandé par l’UNESCO en 1996 au glaciologue russe Vladimir Kotlyakov , dans lequel il estimait la quasi-disparition des glaciers himalayens pour… 2350 ; il a suffit qu’un zéro passe du rang des centaines à celui des unités pour que cela devienne une bourde, laquelle échappa pendant longtemps à toute perspicacité. C’est exactement le même type d’erreur qui a fait dire à des générations de parents : mange des épinards, c’est plein de fer, alors que cette prétendue très forte teneur en fer n’était due qu’à une erreur de virgule par la secrétaire d’un professeur au début du XX° siècle, lui attribuant ainsi une teneur dix fois plus forte que la réalité !

16 12 1997                   Le Centre Getty, inauguré à Los Angeles devient le plus grand complexe culturel privé du monde. Il a été construit par Richard Meïer. 88 000 m² pour un coût d’un milliard $. 750 000 ouvrages en bibliothèque.

21 12 1997                   Ouverture au public de 10 000 m² supplémentaires au Louvre consacrés pour le principal aux antiquités égyptiennes et à la peinture italienne. Le Louvre reçoit environ 5 millions de spectateurs par an. La totalité des travaux du Grand Louvre, qui seront terminés en 2005, notamment avec une passerelle Solférino qui le reliera au Musée d’Orsay, aura coûté 7 milliards, c’est à dire 1/24° du trou du Crédit Lyonnais.

23 12 1997                  Le Brésilien Ronaldo est élu meilleur footballeur de l’année : il gagne 100 000 F / jour. 4 ans plus tard, Zidane sera le joueur de foot le mieux payé au monde en touchant au Real de Madrid 13,6 M € par an, soit 245 000 F par jour. Ils restent tout de même des petits à coté de la star du basket américain : Michael Jordan, qui, lui, touche 600 000 F/ jour, – six cent mille francs par jour -. Mais, presque vingt ans plus tard, en 2014, Zlatan Ibrahimovic, au PSG, aura des revenus annuels estimés à 56 millions d’€ ! Le salaire du patron d’Air France étant en 2015 de 600 000 € annuels.

À peu près en même temps, les chômeurs commencent à donner de la voix, et à se faire reconnaître ; le gouvernement refuse à peu près tout, mais l’affaire ne fait que commencer :

L’être humain ne peut pas supporter d’être inutile.

Charles Rojzman.

On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent.

Bertold Brecht.

25 12 1997                   Un grand Monsieur du théâtre s’en va : Giorgio Strehler :

… Ce qu’il y a encore d’humain et de sensible dans le monde, ce n’est pas la politique qui l’a préservé, ce ne sont pas seulement les rapports sociaux, c’est aussi le rêve réalisé de grands esprits qui ont donné un aperçu de la beauté de l’homme. Tout le mal du monde nous appartient mais le bien aussi, Léonard m’appartient, Dostoïevski, Masaccio, m’appartiennent et me donnent la certitude que je ne suis pas seulement coupable de meurtre (…)  Je me demande si l’art n’a pas cette petite force de nous faire sentir que nous sommes humains. Et d’empêcher d’autres dégâts majeurs.

Giorgio Strehler, dans Le Monde du 10 juillet 1995.

29 12 1997                 Xavier Fortin, séparé de sa femme depuis plus d’un an vient à son domicile pour y prendre ses deux enfants Théo et Manu qui ne demandent pas mieux que de partir avec lui : ils ont 6 et 7 ans. Ils vont devenir Shahi’yena et Okwari, des noms indiens, une des grandes source d’inspiration de leur père.

Xavier et Martine se sont rencontrés à Saint Affrique en 1988 ; elle revenait d’un long voyage en Inde et au Népal, lui vivait en roulotte. Elle a déjà un enfant de 3 ans, Nicolas. Théo naît le 4 août 1990, et Manu le 12 janvier 1992. Le couple ne résiste pas au refus catégorique du monde extérieur de Xavier – pas d’emprunt, pas de scolarisation pour les enfants etc… Le 6 juin 1996, elle emmène contre leur gré les enfants chez leur grand’père, bien loin, à 1 000 km, puis elle va s’occuper de 300 brebis dans le Gers. Il l’y rejoint et on se rabiboche. Xavier vient de se réconcilier avec son père médecin qui avait fini par retirer sa caution pour des prêts. Mais décidément, ça ne marche pas et Martine entreprend une procédure de séparation. En janvier 1997, un juge des affaires familiales fixe la résidence des enfants chez la mère et octroie au père un droit de visite et d’hébergement.

Ce jour va être le premier de onze ans de vie en marge de la société, dans des fermes perdues, avec parfois des haltes prolongées… les gendarmes sont bien quelquefois sur leurs traces mais encore faut-il qu’ils aient appris sous quelle identité ils se cachent ! Et il va y en avoir des identités ! L’activité la plus fréquente est le petit élevage… Jugé coupable de non-représentation d’enfant, Xavier Fortin est condamné par défaut le 17 janvier 2005 à deux ans d’emprisonnement.

Haute Garonne, Vaucluse, où ils se nomment Bertrand, Benoît et Sylvain Laroque, Gard, Ariège où il gère pendant 7 ans une ferme pédagogique, puis Massat, encore dans l’Ariège où Xavier Fortin est devenu Pierre Duchêne, né à La Paz. Le maire de Massat : C’était des gens sans histoire, qui avaient choisi un mode de vie soixante-huitard mais se montraient ouverts, instruits, sympathiques, C’est là qu’il sera appréhendé le 30 janvier 2009.

Xavier Fortin sera condamné le17 mars 2009 à 2 ans de prison dont 22 mois avec sursis, soit 2 mois ferme, par le tribunal correctionnel de Draguignan. Cette peine couvrant la durée de sa détention provisoire, il quittera la prison environ une heure après le jugement.

Le père, je l’aime. Il nous a préservés de notre mère qui voulait nous imposer une vie de merde et de béton, avec l’école, la télé et la nounou le soir. Mais les trois dernières années ont été dures… reconnaîtra Shahi Yena à l’issue du procès.

Et le je vote Fortin de Frankiz le 18 mars 2009 pourrait bien tenir lieu de conclusion :

J’espère que Fortin va se présenter aux prochaines élections présidentielles, si c’est le cas je voterai pour lui car il a su donner des leçons de gestion, d’économie, de courage, de volonté, d’agriculture, de commerce, d’indépendance, d’autonomie, de débrouillardise, d’écologie de justice, de pédagogie, d’éducation et de liberté. Alors je dis chapeau !

Et ma foi, tant pis si cela ne s’est pas fait sous le sceau de la rigueur affichée : tous les jours, tous les jours pendant onze ans, faire bouillir la marmite pour mener deux garçons de 7 à 17 ans, cela demande quelques petits arrangements avec les principes : Fortin a accepté des secours financiers de son père tout au long de ces onze ans, il n’a pas du tout le niveau de maîtrise de sciences naturelles comme il l’a prétendu, [il faut bien se fabriquer un CV présentable pour prétendre donner un enseignement conforme aux programmes] et ça c’est un petit mensonge mais le gros c’est quand même : maman est morte d’une tumeur au cerveau.

Reste à savoir si des enfants peuvent rester bien dans leurs pompes sans jamais aller à l’école, non pour ce qui s’y apprend en classe, mais pour ce qui s’y passe en récréation : les copains, c’est-à-dire la socialisation nécessaire à tout individu. Le trio sortira un livre en 2010, Hors système et  Cédric Kahn un film en 2014, Vie sauvage.

1997                            L’Algérie s’enfonce dans l’horreur tous les jours un peu plus – pas loin de 700 personnes massacrées dans les dix derniers jours de l’année – et tous ces grands voisins, riches et moins riches qui restent là sans rien faire, et l’ONU de même. La non assistance à nation en danger est encore une rêverie… tant que les massacres ne gênent pas le commerce : et il s’agit d’à peu près 70 000 morts, depuis le début des massacres.

Il faut avoir l’espérance chevillée au corps pour voir une lumière au bout du tunnel :

Je refuse de croire au recyclage de ton malheur, Algérie. Ton simulacre de victime expiatoire ne trompe personne et ta convalescente n’a que trop duré. Un jour, le voile intégral qui te dérobe au génie de tes prodiges tombera et tu pourras te mettre à nu pour que le monde entier voie que tu n’as pas pris une seule ride, que tes seins sont aussi fermes que tes serments, ton esprit plus clair que l’eau de tes sources et tes promesses toujours aussi intactes que tes rêves. Algérie la Belle, la Tendre, la Magnifique, je refuse de croire que tes héros sont morts pour être oubliés, que tes jours sont comptés, que tes rues sont orphelines de leurs légendes et tes enfants rangés à la consigne des gares fantômes. S’il faut secouer tes montagnes pour les dépoussiérer, boire la mer jusqu’à la lie pour que tes calanques se muent en vergers, s’il faut aller au fin fond de l’enfer ramener la lumière qui manque à ton soleil, je le ferai.

Yasmina Khadra         Qu’attendent les singes.                        Julliard 2014

Naissance par clonage de la brebis Dolly : des difficultés respiratoires et autres obligeront ses inventeurs à mettre fin à ses jours 6 ans plus tard, le 14 février 2003.

2 01 1998                   Bernard Clavel refuse la Légion d’honneur… en cela il marche dans les pas de La Fayette, pour éviter le ridicule, Berlioz, Nerval, George Sand qui craignait d’avoir l’air d’une vieille cantinière, Littré, Courbet, Daumier, par modestie, Maupassant, Marcel Aymé, Maurice Ravel, Pierre et Marie Curie, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Antoine Pinay, Brigitte Bardot, Élisabeth de Fontenay : Madame Miss France : on ne donne pas ça à n’importe qui, ce n’est pas une médaille en chocolat, Jacques Prévert, Georges Brassens, Léo Ferré : ce ruban malheureux et rouge comme la honte… et sans doute de nombre de citoyens moins connus.

13 08 1998          Un commando de rebelles ougandais s’empare du site d’Inga, deux barrages hydroélectriques qui fournissent l’électricité du Congo, privant les habitants de Kinshasa d’eau potable et d’électricité durant plusieurs semaines. Inga I et Inga II, construits  sur le fleuve Congo à proximité de Matadi en 1972 avec 351 MW pour Inga I et en 1982 avec 1 424 MW pour Inga II, sous Mobutu, exportent une partie de l’électricité vers les pays voisins. Et 10 000 pylônes relient Inga à la riche province minière du Katanga, dans le sud-est du pays.

Or Inga I et II se dégradent rapidement. De symboles du développement du Zaïre, ils sont devenus des icônes de la gabegie en RDC. Ils tournent à 20 % de leur capacité, obérés par l’absence de gestion digne de ce nom et la corruption. Les révisions des machines devraient être faites toutes les 40 000 heures, on attend parfois plus 240 000 heures ! et donc elles lâchent. Un plan de réhabilitation en 2003 engloutira 200 millions de dollars d’aide de la Banque mondiale. Il en faudrait en plus 880 millions pour permettre à ces deux barrages l’exploit jamais atteint de fonctionner à plein régime.

On pourrait supposer que les décideurs s’attellent à remédier à cette gabegie ; non point, on met tout simplement en chantier d’autre barrages pharaoniques : Inga III avec 4800 MW et Inga IV même, avec 7800 MW, à l’horizon, et encore 5 autres barrages qui pourraient en faire le plus grand complexe hydroélectrique du monde, avec 40 000 MW à l’horizon 2030. La Banque mondiale mettra en 2014 73 millions de $ pour le financement des études d’Inga III ! L’Afrique du Sud, le Nigeria, les deux géants africains sont demandeurs d’électricité.

D’un point de vue économique, c’est aberrant. Mais si l’on essaie de se mettre à la place des décideurs qui se goinfrent de détournement d’argent, cela devient parfaitement cohérent : l’argent d’Inga I et II, et des plans de réhabilitation a été dépensé depuis longtemps et il ne reste plus rien à gratter, à tel point qu’il n’y a même plus assez de sous pour assurer l’entretien normal des machines. Donc, si l’on veut renflouer ses comptes, il faut un apport d’argent frais, avec lequel on pourra se goinfrer pendant toute la durée des études ; et peu importe si ces projets gigantesques sont appelés à ne jamais mieux fonctionner que les deux premiers barrages. L’argent détourné lui, tournera à plein régime.

23 01 1998                  Une plaque à vent aux Orres tue neuf collégiens et deux accompagnateurs ; le guide sera condamné ; l’affichage systématique du panneau Danger d’avalanche sera à décharge : dès lors que ces panneaux sont mis en place tous les jours, ils perdent tout leur sens et on ne peut plus retenir comme un infraction le fait de ne pas en tenir compte.

01 1998                       La droite française se redonne du courage avec quelques flèches assassines : Martine Aubry ? Le portrait de son père… en plus viril. Au parti socialiste, on préfère : La Mèremptoire. Sur Jospin, après une intervention malheureuse sur l’abolition de l’esclavage: Il lui manque une case… celle de l’oncle Tom.

20 01 1998                    Deux équipes  de chercheurs américains annoncent la création de deux veaux clonés, selon un procédé différent de celui qui a permis de créer la brebis Dolly, il y a moins d’un an en Écosse. Les enjeux commerciaux sont de taille : ces vaches pourraient produire du lait contenant de l’albumine humaine, dont la médecine a besoin à raison de 440 t / an, soit une valeur de 1,5 milliard $. Une vache laitière transgénique clonée pourrait produire 80 kg d’albumine humaine par an.

31 01 1998                     Les déballages grotesques des frasques sexuelles de Bill Clinton auront eu au moins le mérite de mettre en évidence le fossé de plus en plus grand qui sépare les opinions des médias de celle de l’ensemble des citoyens, lesquels se désintéressent de plus en plus de ce que fait l’État Fédéral, qui veulent n’en garder que l’essentiel, à savoir le président et qui en ont assez de voir attaqué par des roquets rageurs un homme pendant la présidence duquel l’Amérique ne s’est jamais aussi bien porté depuis 20 ans ; Bill Clinton, quasiment menacé d’Impeachment à Washington, n’a jamais été aussi populaire dans le pays. Les ayatollahs qui sont à ses basques se trouvent aussi dans son propre camp démocrate, et c’est bien l’ordre moral qui est brandi quand le sénateur Joseph Liberman déclare : La vie privée d’un président est publique. Mais Clinton a la peau dure : les Américains s’accordent à reconnaître que si Clinton avait été le Titanic, c’est l’iceberg qui aurait coulé.

… Mais en Amérique en général, ce fut l’été du marathon de la tartuferie : le spectre du terrorisme, qui avait remplacé celui du communisme comme menace majeur pour la sécurité du pays, laissait la place au spectre de la turlute ; un président des États-Unis, quadragénaire plein de verdeur, et une de ses employées, une drôlesse de vingt et un ans folle de lui, batifolant dans le bureau ovale comme deux ados dans un parking, avaient rallumé la plus vieille passion fédératrice de l’Amérique, son plaisir le plus dangereux peut-être, le plus subversif historiquement : le vertige de l’indignation hypocrite [4].

Philip Roth        La Tâche.p 12         Gallimard 2002

3 02 1998                    37 ans après l’accident de la télécabine de la Vallée Blanche en France, un biréacteur EA-6B Prowler de la base américaine d’Aviano piloté par Richard Ashby, 31 ans, sectionne le câble du téléphérique du Mont Cermis, à Cavelese, dans les Dolomites – province de Trente, entraînant la mort des 20 occupants de la cabine montante. Il demandera à son navigateur, Joseph Schweitzer de faire disparaître la vidéo cassette d’enregistrement du vol… Devant le tollé de la presse et la fermeté du gouvernement italien, les États-Unis feront amende honorable et paieront les  ¾  des 350 000 F d’indemnité accordés à chaque famille de victime.  Un an après, devant la Cour Martiale de Camp Lejeune, en Caroline du Nord, le pilote sera acquitté, puis finalement  condamné,  plus tard,  à 6 mois de prison pour avoir fait disparaître la cassette. On entendra à nouveau aux EU les mêmes bonnes résolutions de sécurité renforcée sur ces vols qu’il y a 37 ans en France … paroles… paroles.

6 02 1998                   Claude Érignac, préfet de Corse, est assassiné.

16 02 1998                  EOLE, le dernier  RER, – de la gare de l’Est et  gare St Lazare vers l’Est parisien, dont les travaux auraient dû être terminés fin 1997, n’en finit pas de finir… ! Il sera finalement inauguré le 13 juillet 1999. Autre projet parisien très gourmand : METEOR, une 14° ligne de métro de St  Lazare au sud de Paris, dont le tronçon Madeleine-Bibliothèque de France sera inauguré le 15 octobre 98 ; on est à un coût de près d’un milliard le kilomètre. Au départ les travaux concernaient une ligne partant de la gare St Lazare à Tolbiac-Maison Blanche. Une ligne de tramway revient à 150 millions le kilomètre. En francs constants 1997, l’objectif financier des ces deux projets en 1987 se montait à 6,33 milliards de francs… en 1999, la Cour des Comptes chiffrera à près de 20 milliards, (toujours en francs 1997) le montant des investissements)…Tout cela est tellement cher que personne n’osera faire remarquer que dans ce Météor, le niveau sonore dû au sifflement des roues est tel qu’il est impossible d’y tenir une conversation.

Les Français laissent dans les casinos, machines à sous, etc… la bagatelle de 118 milliards par an.

Le téléphone envahit l’espace : le réseau de télécommunications – radiotéléphone universel – Globalstar, de Loral et Qualcomm,  investit 24 milliards F et  lance ses 4 premiers satellites : il y  en aura  52, dont 48 en service et 4 en attente, en orbite à 1 500 km d’altitude, le tout opérationnel en 1999. Globalstar perdra d’un seul coup d’un seul 12 satellites  dans l’explosion de la fusée russe Zénit le 10 septembre 98. Un autre réseau, Iridium, lancé par Motorola, qui a investi 36 milliards F, compte 72 satellites  de 689 kg, sur orbite basse, à 780 km d’altitude ; les lanceurs sont la fusée  chinoise Longue Marche, l’américaine Delta 2 et la russe Proton ; il sera opérationnel en novembre 1998 : ce n’est pas vraiment fait pour M. Tout le Monde : 25 000 F le téléphone, la minute de communication de 12 à 42 F, et l’abonnement à 300F / mois. Globalstar adoptera des techniques plus économiques : 38 bases terrestres prennent en charge les communications sur les réseaux filaires traditionnels, les satellites acheminant seulement la communication entre le téléphone et la base terrestre la plus proche ; l’acheminement des communications Iridium se fait, lui, entièrement dans l’espace, par connexion -coûteuses – entre les satellites : d’où, en moyenne un coût de communication deux fois moindre pour Globalstar. Un troisième réseau de téléphone est lancé par Inmarsat : ICO : 12 satellites à 10 000 km d’altitude, opérationnels en l’an 2000, pour 12 milliards F. Le premier satellite de télécommunications, Early Bird, lancé en 1965, assurait 250 communications simultanées ; aujourd’hui, Intelsat 802, lancé en 1997, en assure 134 500 plus 3 programmes de télévision. D’autres réseaux existent encore, multimédia : Craig Mc Gaw et Bill Gates ont un programme Télédésic, l’Internet du ciel, de 288 satellites, et Alcatel un programme Skybridge de 80 satellites, qui devraient être opérationnels en 2002. La banlieue de la Terre , – 350 à 400 km. – est occupée par les vaisseaux – Soyouz -, navettes – Columbia, Endeavour -, stations spatiales comme Mir, qui sera relayée par l’ISS. Plus loin, sur l’orbite polaire héliosyncrone – 800 km, se trouvent les satellites civils d’observation de la Terre.

Vient ensuite l’orbite basse, occupée par les satellites de téléphones – 800 à 1 500 kilomètres. Et enfin, l’orbite haute – 36 000 km – occupée par les satellites géostationnaires, qui assurent les télécommunications et la retransmission des programmes de télévision.

02 1998                      Aux Jeux Olympiques de Nagano, la délégation française de patinage artistique envoie des cartons d’invitation pour fêter la médaille de bronze d’un couple français… avant même que l’épreuve n’ait eu lieu. Personne ne protestera et tous les invités viendront gaiement siroter champagne et whisky. Mais, 4 ans plus tard, aux JO de Salt Lake City, certains s’en souviendront, et décideront de mettre un coup d’arrêt à la tradition : une juge française sera suspendue, pour avoir donné sa voix à un couple russe plutôt que canadien, choix dans lequel l’accompagnaient d’ailleurs plusieurs autres juges.

Lors de la descente de ski, une des chutes les plus spectaculaires jamais vues dans l’histoire du ski alpin, celle de Hermann Maïer, le grand favori : au bout de 17 secondes de course, à 120 km/h, il perd le contrôle lors d’un saut, bascule tête en bas et heurte la piste  tête la première, rebondit, perd ses skis, déchire un filet de sécurité, déchire le deuxième et bascule sur une forte pente de neige où il s’arrête après trois culbutes. Mais de quel bois est donc fait cet homme pour sortir indemne de pareille gamelle, qui ne l’empêchera d’ailleurs pas de gagner dans les jours suivants le Géant et le Super G… et le surnom d’Herminator !  C’est le français Jean-Luc Chrétier qui gagnera.

Volkswagen lance une campagne de pub française : le support en est la Cène. Mgr Jean Marie Lustiger, archevêque de Paris, pris d’une vertueuse indignation, traduit Volkswagen en justice… mais décidément l’époque n’est plus à produire des âmes fortes, et les coups de fouet du Christ chassant les marchands du temple sont bien oubliés : il suffit à Volkswagen de verser 500 000 F au Secours Catholique pour que Mgr Lustiger, aveuglé par l’obsession du consensus et dans un grand élan de ridicule inconséquence retire sa plainte !

Cette fois, la preuve est faite. Les idéologies, les religions sont dissoutes dans la pensée unique, qui est le calcul universel. Il n’existe plus des croyants et des pratiquants, rien que des clients sur le marché mondial… Nous sommes directement menacés de n’être plus que des clients qui achètent à des entreprises qui vendent un produit, de beauté, d’automobile, d’adoration du Dieu unique, peu importe… À deux ans de l’an 2000, tous les enfants du Bon Dieu, selon un mot magnifique, sont structurellement pris pour pire que des canards sauvages ; pour des clients qui ne savent même pas, les ingrats ! que leur chef d’entreprise cosmique appelé Dieu Providence ou la Force des choses, les aime d’un amour infiniment rentable sur le tout marché très mal camouflé en société humaine.

Le voilà bien, le blasphème structurel contre l’Esprit : caricaturer le Créateur donné à tous en cadre supérieur avec gueule de l’emploi divin, capable d’aimer toiser à la tête du client…  Le problème apparaît d’une simplicité enfantine, de l’ordre du salut public, théâtral, poétique, symphonique, bref liturgique et non publicitaire. Car la publicité n’est jamais que l’ersatz d’un appétit de liturgie qui ne trouve ni sa nourriture ni la grande boisson correspondant à sa soif. Le monde devient atroce faute d’une cordialisation de la vie publique.

Père Jean Cardonnel. Le Monde 26 02 98.

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2 03 1998                    Natascha Kampusch, 10 ans est enlevée à Vienne. Une camarade de  classe a vu la scène et affirme qu’il y avait deux hommes dans la fourgonnette blanche qui l’emmène dans le sous-sol d’un garage, situé Strasshof,  d’où elle ne parviendra à s’échapper que le 23 août 2006, huit ans, cinq mois et vingt et un jours plus tard – 3 096 jours – . Son geôlier, Wolfgang Priklopil, 44 ans se suicide en se jetant sous un train quand il constate sa disparition.

4 03 1998                     Le capitaine Francesco Adragna et son équipage se dirigent vers leurs lieux de pêche préférés au large de la côte ouest de la Sicile, par 300 mètres de fond. Tout se passait comme d’habitude… mais soudain, alors qu’ils remontaient l’un des filets, les pêcheurs eurent la surprise de leur vie : s’extirpant de la mer, tête la première, apparaissait une remarquable statue en bronze d’un satyre dansant de deux mètres ! Chose encore plus incroyable, quelques mois plus tôt, le même capitaine Adragna avait pêché une jambe en bronze appartenant, comme cela allait être révélé plus tard, à la même statue ! Ce chef-d’œuvre proviendrait du butin volé par Genséric, roi des Vandales, lors du sac de Rome en 455. Le satyre se trouvait à bord de l’un des vaisseaux du vainqueur en route pour Carthage, lequel coula au large de l’île de Pantelleria.

Yeux d’albâtre, boucles dorées, oreilles pointues, lèvres ourlées, le satyre a une telle grâce que les archéologues Paolo Moreno et Bernard Andreae l’attribuent au grand sculpteur grec Praxitèle. Après cinq années de restauration, le Satyre dansant sera exposé pendant quelques mois au Palazzo Montecitorio, siège du Parlement italien à Rome. Par après, lorsqu’elle n’est pas partie en voyage (elle sera l’invitée d’honneur du Musée national de Tokyo, du Louvre à Paris et, en 2012, fera partie de l’Académie royale de l’exposition d’œuvres d’art en bronze à Londres), la statue résidera au Musée de Mazara del Vallo.

« Satyre dansant », en bronze (IVe siècle av.J.-C.). Repêché dans le détroit de Sicile, en 1998, il est exposé au Musée de Mazara del Vallo, en Sicile.

Satyre dansant, attribué à Praxitèle – 395-326 av.J.C. -.

19 03 1998                   84 pays tiennent une Conférence Internationale sur l’Eau : ce sera sans doute le plus grave problème des débuts du siècle prochain : l’eau couvre 70 % de la surface de la planète, mais 97 % de son volume est salée. L’eau douce – 3 % du total – est à 70 % stockée dans les glaces et neiges des pôles. Rivières, lacs et marais, représentent  moins de 1 % de cette eau douce, le reste étant stockée sous terre. 60 % de l’eau de pluie s’évapore, 25 % pénètre la terre et 15 % approvisionne rivières, lacs, mers, océans. 1/3 seulement des ressources d’eau douce dont exploitables. 70 % va à l’agriculture, 22 % à l’industrie et l’énergie et 8 % à l’alimentation, l’hygiène. Un américain consomme en moyenne 600 litres d’eau/jour, un Africain, 30. 44 000 km³ par an s’écoulent à la surface de la terre : pour 6 milliards d’êtres humains cela représente une moyenne de 7 300 m³ par habitant en 1990 ; mais cette moyenne va descendre à 4 000 m³ dans les deux ou trois décennies qui viennent. La France dispose de 3 100 m³ par habitant,  Gaza, 59 m³, l’Islande, 630 000 m³ … Mais le seuil au-dessous duquel la pénurie d’eau compromet à la fois l’alimentation humaine et le développement économique, est  fixé à 1 000 m³.

29 03 1998                 Inauguration à Lisbonne du pont Vasco de Gama sur le Tage, construit par l’entreprise française Campenon Bernard, filiale de Vivendi : 12,3 km, 17 km accès inclus. Coût : 6 milliards. Il relie les deux rives du Tage au nord-est de Lisbonne. Le souvenir de la destruction de la ville par un tremblement de terre en 1755 a fait prendre de très importantes marges anti sismiques : 4,5. Le pont précédent – Salazar, puis du 25 Avril– long de 2,278 km, avait été inauguré le 6 08 1967.  Si le coût des ponts peut-être comparé, celui de Normandie inauguré en février 94 aurait coûté presque trois fois plus cher : 2,752  milliards F pour 2,141 km de longueur hors tout… cela signifie sans doute qu’il est plus difficile de piper les appels d’offre au Portugal qu’en France.

5 04 1998                   Inauguration au Japon du pont  Akashi ; avec une longueur totale de 3 900 m, c’est le pont suspendu le plus long du monde, reliant l’île principale Honshu à Shikoku via Awaji.

8 04 1998                   L’assemblée nationale adopte le projet de loi modifiant le statut de la Banque de France, qui est dessaisie d’une bonne partie de ses prérogatives au profit de la future Banque Centrale Européenne, dont le siège sera à Francfort, avec pour mission prioritaire de maintenir la stabilité des prix, sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit.

10 04 1998                  Les hommes de bonne volonté – Gerry Adams et Martin McGuinness, du Sinn Féin – en Irlande avaient fini par l’emporter sur les extrémistes de tout poil et un cessez le feu avait été annoncé par l’IRA en 1994, suivi peu après par les organisations paramilitaires protestantes. Les Etats-Unis s’étaient alors mêlés de l’affaire, encourageant avec beaucoup d’insistance les négociations, qui aboutissent finalement à un accord,  aux termes duquel le pouvoir en Irlande du Nord est exercé conjointement par les unionistes et les nationalistes : les députés ne peuvent légiférer que si une double majorité – unioniste et nationaliste – y consent. Le premier ministre unioniste et le vice-premier ministre nationaliste n’ont d’autre choix que de s’entendre. Des liens constitutionnels existent désormais entre Dublin et Belfast : ce n’est pas la réunification, mais, pratiquement, la frontière devient invisible : les postes de contrôle sont démontés. Les groupes paramilitaires sont désarmés ; les Irlandais du Nord pourront détenir la double nationalité, irlandaise et britannique. La violence politique va quasiment disparaître de l’île, après 200 ans de rébellion ! .

16 04 1998                 Aux Chantiers de l’Atlantique, lancement du paquebot Vision of the seas, 8° de la série depuis 1987 : 279 m, 22,3 nœuds, 2 416 passagers, 784 hommes d’équipage, 12 ponts, un poids en acier de 2 Tours Eiffel : le tout pour environ 2 milliards F : il en faut pratiquement dix fois plus pour faire un porte avions nucléaire comme le Charles De Gaulle, et pour ce dernier la mise en service est autrement plus laborieuse.

04 1998                        L’éducation publique dans le département de la Seine St Denis est à l’état de quasi abandon.

certains  jeunes vivent des difficultés à n’en plus finir. Il s’agit d’une misère matérielle et morale… certains de nos élèves n’ont pas une vie d’enfant…dans ce département , les difficultés ne sont ne sont pas différentes d’ailleurs, mais elles sont plus nombreuses que partout ailleurs… alors nous ne pouvons traiter que les urgences. Lorsqu’un feu est  éteint, un autre s’allume à coté…
 
Je n’ai pas dix élèves dans une classe qui vivent dans une famille dite moyenne ou standard, avec un papa qui travaille, une maman et des frères et sœurs…
 
Sur vingt six élèves dans ma classe de sixième, deux sont nés en France métropolitaine. Cette mosaïque devrait et pourrait être une richesse. Ce n’est pas partout que l’on voit un Rwandais expliquer à un Cambodgien les conflits dans son pays. Mais actuellement l’école fait comme si tous les élèves étaient pareils….
 
Mais que faire face à des enfants qui s’insultent dès le plus jeune âge, qui n’ont pas de limite dans le geste et dans le propos, que faire lorsque quinze élèves sur vingt quatre n’ont pas fait les devoirs demandés, que faire lorsque les colles se multiplient tellement qu’elles finissent par ne plus avoir de sens et que les mots inscrits sur le carnet ne peuvent pas être lus par les parents parce qu’ils ne maîtrisent  pas le français ?…
 
le jour où Claude Allègre annonçait son plan de rattrapage, nous apprenions de l’inspection académique qu’on allait nous supprimer notre demi-poste d’assistante sociale. J’en ai pleuré. Trop, c’était trop.

Propos d’enseignants recueillis par Le Monde du 8 avril 1998.

D’autres sons de cloche chantent une autre chanson, tout aussi  bien tournée :

Pour la première fois, un ministre de l’éducation démontre que les professeurs sont compétents pour enseigner, mais qu’ils n’ont pas à décider de la politique éducative. C’est un gain considérable pour la République, sans doute de même nature que celui voulu par Clemenceau quand il déclara que la guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires. Claude Allègre dérange comme l’honnêteté et la rectitude dans un panier de crabes. On fait semblant de ne pas comprendre ses propositions véritablement sociales plus que socialistes, réellement démocratiques plus que démagogiques. Faut-il vraiment lui reprocher d’être libre d’esprit ? Voudrait-on un ministre obéissant ? Et à qui ?

Gilbert Longhi, proviseur du lycée Jean Lurçat Paris. Le Monde du 20 février 99.

24 04 1998                  Exécution à Kigali de 22 condamnés à mort, dont la participation au génocide de 1994 a été établie par la justice rwandaise. Et toutes les belles âmes éprises de pureté de s’indigner  vivement de ces exécutions sans vouloir admettre qu’absoudre ces gens, c’était recréer les conditions qui ont permis ce génocide.

4 05 1998                     Alois Estermann, 44 ans, colonel de nationalité suisse, membre de l’Opus Dei, vient d’être nommé commandant de la garde suisse du Vatican ; il a eu une carrière éclair, s’étant notamment illustré lors de l’attentat contre Jean-Paul II le 13 mai 1981 en se faisant bouclier, après que le pape ait été atteint une première fois. A 20 heures, il est chez lui, au Vatican, en compagnie de son épouse, Gladys Meza Romero, diplomate de l’ambassade du Venezuela au Vatican, et de Cédric Tornay, caporal adjoint dans la garde suisse. À 20 h 46, un vieil ami appelle Alois pour le féliciter de sa nomination et entend des bruits secs après une interruption de la communication, mais non une coupure, comme si le combiné avait été plaqué contre  un vêtement.  À 21 h 04 une religieuse voisine, ayant entendu ces bruits sort sur le palier, voit la porte des Estermann ouverte, jette discrètement un œil et voit du sang partout, sur les murs, par terre : les deux hommes sont au sol, la femme assise, le dos contre un mur : trois morts.

Trois heures seulement après les faits, avant quelque résultat que ce soit, d’autopsie, d’études balistiques, d’interrogatoires, un scénario simpliste sera élaboré pour expliquer l’assassinat : Cédric Tornay aurait pété un câble en venant tuer Alois Estermann et Gladys Meza Romero, puis se serait suicidé. Cette accusation portée contre Cédric Tormay permettra aux corps de surveillance, la police du Vatican de se croire dispensées de la moindre explication à fournir à Muguette Baudat, sa mère… qui n’obtiendra jamais rien… sinon un courrier de Gianluigi Marrone, juge unique du Vatican en date du 1° mars 2000 : Les documents fournis par le Saint Siège [bulletin n° 5 du Vatican du 8 février 1999] ne peuvent recevoir la caution formelle de l’autorité judiciaire. Elle déposera en juillet 2000 une demande de réouverture de l’enquête, avec le concours de deux avocats parisiens, Jacques Vergès et Luc Brosselet, qui mettront en évidence les incohérences du scénario fabriqué par le Vatican, dont l’obstruction systématique empêchera le procès d’aboutir. Cédric Tornay aurait été liquidé, puis transporté dans l’appartement des Estermann juste après leur assassinat : cette mise en scène permettait de l’accuser.

Ne restent que des hypothèses… probablement un règlement de compte entre l’Opus Dei – dont Alois Estermann était l’homme fort – et la Franc-maçonnerie, les deux organisations qui rivalisent d’influence au Vatican.

On inaugure sur la presqu’île de Tina, près de Nouméa, le Centre Culturel Jean Marie Tjibaou, dix ans après l’assaut imbécile et assassin de la grotte d’Ouvéa, et neuf ans après l’assassinat de Jean Marie Tjibaou. Renzo Piano a fait sortir de terre des ongles géants terminés en peigne qui embellissent tout le paysage.

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29 05 1998                  Christian Brossier, Jean Didier Blanchet et Michel Gérard remettent au ministre un rapport sur  transports dans les Alpes, qui met fin à la mégalomanie des dernières années… lorsque l’on envisageait un TGV Lyon Turin, doublé d’une autoroute ferroviaire, pour la bagatelle de 90 milliards F, incluant, un tunnel de 52 km, sous l’actuel tunnel du Fréjus, lorsque l’on envisageait encore un tunnel de 17 km sous le col de la Lombarde, dans le Mercantour, ne servant pratiquement à rien…

Ces trois partisans du retour sur terre disent qu’il est urgent d’attendre… que les Suisses aient ouvert leur pays aux camions de gros tonnage, en les faisant transiter par de nouveaux tunnels ferroviaires au Lötschberg, proche du Simplon, qui reliera par une voie unique Berne à Domodossola, – 37 km, livrable en 2008, 15 milliards FF – et au St Gothard, qui reliera Zürich à Lugano – 57 km, le plus long tunnel du monde, livrable en 2016 pour un coût de 30 milliards FF – ; pour ce dernier, la société Alptransit a mis en œuvre un tunnelier, dont la fraise, au diamètre du tunnel : 9 m, permet d’avancer de 20 à 30 mètres par jour. L’altitude des ouvertures du tunnel est à 300 mètres ; elle sera de 550 en son milieu, facilitant ainsi l’écoulement des eaux d’infiltration. Milan-Zürich en 2h40’ pour 300 trains roulant à plus de 200 km/h. Une fraise sur le gâteau : un ascenseur de 800 m pour relier en une minute le tunnel à Sedrun en surface, proche de la source du Rhin antérieur. … attendre aussi que les Autrichiens aient réalisé leurs projets – tunnel ferroviaire de 55 km sous le Brenner… il sera alors temps de voir quelle est la nouvelle donne… en attendant, on aménage… y compris la liaison Grenoble-Sisteron, mais on arrête de jeter l’argent par les fenêtres.

Mais, dix mois plus tard, la catastrophe du tunnel du Mont Blanc, qui fera 39 morts, remettra au premier plan au moins l’un de ces grands projets : la liaison ferroviaire Lyon Turin, avec transport de camion par ferroutage : France et Italie se mettront d’accord sur le principe de cette réalisation le 24 septembre 99, et feront accélérer les études. Il faudra attendre au moins jusqu’en 2015. Le projet comprend 2 tunnels d’accès de 20 km chacun, l’un sous la Grande Chartreuse, uniquement pour le fret, l’autre sous le massif de Belledone, en trafic mixte, avec une plate-forme multimodale, pour le chargement et le déchargement des camions sur les trains. Chaque tunnel coûterait environ 6 milliards de francs. Le tunnel principal, appelé actuellement tunnel du Mont Cenis, entre Saint Jean de Maurienne et Suse – 57 km –  coûterait environ 25 milliards de francs, en 2012, 8.5 milliards d’€. Il ne comprendrait dans un premier temps qu’un seul tube pour les deux sens de circulation. L’actuel tunnel du Fréjus enregistrera après cette catastrophe des trafics de 6 000 camions / jour !  Limitée en principe à 220 camions à l’heure, la circulation y est souvent de 300 camions / heure. En janvier 99, on comptait 62 000 camions, 119 000 un an plus tard, et 143 000 en octobre 2001. Selon une étude du cabinet Okosciences de Zürich, commanditée par la Fondation internationale Alp Action présidée par le prince Saddrudin Aga Khan, les émissions d’oxyde d’azote auraient été multipliées par deux de 1997 à 2000, aux abords de l’autoroute A 43 qui conduit au Fréjus.

La réouverture du tunnel du Mont-Blanc, prévue pour début 2002, devrait se faire sur le principe de l’alternat – circulation alternée – une fausse bonne idée – selon nombre d’experts : un sens unique emprunté par le Mont Blanc et le Fréjus, avec inversion de ce sens à périodes fixes. À plus long terme, le tunnel du Fréjus devrait lui aussi fermer, pour doubler sa capacité, en la portant à 20 millions de tonnes par an, à l’horizon 2010 ; les wagons actuels, avec un plancher à 1,2 m au-dessus du sol, seront remplacés par des wagons à planchers surbaissés et pivotant, permettant aux camions d’entrer par le coté. Actuellement, tous les véhicules de plus de 28 tonnes, interdits de passage en Suisse, en provenance de l’Allemagne, des pays du Benelux et de l’Europe du Nord qui se dirigent vers l’Italie et le bassin méditerranéen, empruntent pour les deux tiers l’autoroute du Brenner, et pour un tiers les tunnels du Mont Blanc et du Fréjus.

En 1970, 32 millions de tonnes de marchandises transitaient à travers les Alpes entre le col du Brenner, les tunnels ferroviaires du Saint Gothard et du Simplon, le tunnel routier du Mont Blanc, le col et le tunnel du Fréjus. et celui de Vintimille. 80% de ces échanges passaient alors par le rail et 20% par la route. Vingt cinq ans plus tard, les données ont totalement changées : le trafic à travers les Alpes atteint 106 millions de tonnes entre ces mêmes axes de transit, soit plus de trois fois plus qu’auparavant… Sur ces 106 MT, 50 se font entre la France et l’Italie, dont le tiers par train. Autre bouleversement : les camions transportent désormais plus de 60% de marchandises. En 1998, près de quatre millions de poids lourds auront franchi les Alpes en empruntant les cols et les tunnels situés entre le Brenner et le Fréjus. En 2011, plus d’un million de poids lourds transitent entre le tunnel du Mont Blanc et celui de Fréjus. À lui seul, le col du Brenner  (1 362m) qui fût la première traversée autoroutière totale des Alpes, aura absorbé un peu plus d’1.250.000 poids lourds en 1998. Quant au volume de marchandises qui transite, chaque année, sur l’ensemble de l’arc alpin, de Vintimille sur les bords de la Méditerranée à Wechsel au sud de Vienne, il atteint déjà 140 millions de tonnes et mobilise actuellement près de 7,5 millions de camions. Ces chiffres devraient doubler à l’horizon 2015.

En 2012, les écologistes estiment que le transport de 15 millions de tonnes par an par le tunnel de Mont Cenis suffit à répondre aux demandes, en baisse.

Sur l’Espagne, ce sont 70 MT qui passent la frontière, dont 8 % par le train et 92 % par la route ; ce trafic devrait doubler d’ici 2010. Un tunnel au Perthus, emprunté par le TGV  Montpellier Barcelone, devrait améliorer la situation, ainsi qu’un tunnel sous le Vignemale.

Le projet de tunnel Lyon Turin rencontrera plus tard de farouches détracteurs :

Le projet de création d’un ensemble de tunnels ferroviaires entre Lyon et Turin figure en tête des grands projets européens présentés par la Commission de Bruxelles et approuvés par les chefs de gouvernement des pays de l’Union. Ce projet, dont le coût prévisionnel est estimé, très probable­ment par défaut, à 15 milliards d’euros (100 milliards de francs) et dont l’exploitation serait ensui­te très lourdement déficitaire ne répond à aucun besoin. Le potentiel voyageurs entre Lyon et Turin ou Milan ne permettrait pas de remplir plus d’un ou deux trains par jour. Quant au trafic des poids lourds dans les deux tunnels routiers existants entre la France et l’Italie, il est stagnant depuis dix ans. Mieux encore, il diminuera à l’avenir lorsque les Suisses ouvriront entièrement en 2005 leurs frontières aux camions, puis mettront en service entre l’Italie et l’Allemagne, leurs tunnels directs à très grande capacité actuellement en cours de travaux. Un audit officiel accablant réalisé par le Conseil Général des Ponts et Chaussées et l’Inspection Générale des Finances a mis en évidence qu’aucune étude sérieuse n’avait été conduite, et que les arguments avancés pour soutenir ce projet faramineux avaient été systématiquement biaisés. C’est pourquoi il a recommandé en termes feutrés d’adopter une attitude de veille active du dossier, c’est-à-dire en fait d’abandonner pure­ment et simplement le projet à échéance humaine.

Christian Gerondeau SNCF, transports publics, et autres. Les danseuses de la République. L’Harmattan, 2004

Seize ans plus tard, les travaux allant bon train, les Italiens seront les premiers à commencer à faire de la résistance active, vite rejoints et soutenus par l’écrivain Erri de Luca que son passé gauchiste à Lotta continua met en phase directe avec la situation. Le 1er  septembre 2013, il a déclaré sur la version italienne du site Huffington Post que les travaux du TGV devaient être sabotés. Une plainte, déposée par LTF, a abouti à la mise en examen de l’écrivain, le 24  janvier 2014, qui sera relaxé le 19 octobre 2015.

Les habitants du Val de Suse, en Italie, sont mobilisés depuis des années contre ces travaux qui impliquent le percement d’un tunnel de 57  km entre Suse, dans le Piémont, et Saint-Jean-de-Maurienne, en Savoie. Maintes fois repoussé, ce projet de transport mixte, fret et voyageurs, a été lancé en  1991, acté dans un traité international en  2001 et longtemps ajourné faute de financements. L’ensemble devrait coûter 25  milliards d’euros, dont 8,5 pour le tronçon international. Sur cette partie, les travaux sont menés par l’entreprise Lyon Turin ferroviaire (LTF), qui dépend de Réseau Ferré de France et de Rete ferroviaria italiana.

La montagne est pleine d’amiante et de pechblende, un matériau radioactif que le percement d’un tunnel sur des dizaines de kilomètres risque de mettre à l’air libre.

Surtout, ces travaux sont essentiellement destinés à drainer des fonds publics vers les entreprises qui s’en mettent plein les poches, alors qu’il existe déjà une ligne traditionnelle, utilisée à moins de 20  % de ses capacités. L’Italie est pleine de chantiers abandonnés, des ponts, des routes, des hôpitaux… Il y en a des centaines. D’une certaine façon, ces chantiers-là se sont auto-sabotés. C’est un modèle de développement. L’Italie est le pays le plus corrompu d’Europe.

[…]     Depuis 2008, le chantier du TGV est militarisé et les habitants doivent présenter leur carte d’identité pour aller travailler dans leurs vignes. Le gouvernement a levé une armée contre la population locale, qui est entrée en résistance voilà des années. Une forme de répression à l’ancienne. Au moins mille personnes ont été poursuivies  dans ce cadre. Par exemple, pour avoir coupé des filets de protection du chantier, placés par la LTF dans des zones communales où il était illégal de les installer. Et maintenant, quatre d’entre eux ont été arrêtés pour terrorisme, après avoir été accusés d’avoir endommagé un compresseur sur le chantier. A Turin, une équipe de magistrats ne s’occupe que de cela. Ils se comportent comme les chiens de garde de la LTF.

[…]     Les habitants du Val de Suse sont solidaires. En février, ils se sont cotisés pour payer l’amende infligée au chef de file des résistants, Alberto Perino. Le Val de Suse est devenu une affaire nationale. Et une cause pour la vraie gauche italienne, celle de la base, des centres sociaux, et de quelques petits partis comme le mouvement 5  Etoiles de Beppe Grillo, ou Sinistra e Libertà (SEL). C’est la plus puissante et la plus robuste des luttes populaires qui existent en Italie actuellement.

[…]                 La démocratie, c’est aussi la possibilité de changer les choses. Or, ce sont les minorités qui font bouger les choses, les lois, les politiques. C’est comme dans le domaine scientifique : les individus sont souvent plus efficaces que les masses. Quand Copernic a écrit De revolutionibus orbium coelestium, il était seul.

En Italie, la résistance au fascisme a été le fait de petits groupes réfugiés dans les montagnes. Et le XXe  siècle a été le siècle des révolutions, menées au départ par des minorités. Dans les années 1970, à l’époque des luttes ouvrières dans les usines, Lotta Continua, le mouvement auquel j’appartenais, incitait les ouvriers à saboter des lignes de montage. C’était nécessaire pour améliorer les conditions de travail. Et cela ne détruisait rien, si ce n’est le flux de production.

Chez nous, c’est comme cela  : le pouvoir est immobile, donc il faut parfois des activistes pour mener le combat, au nom du plus grand nombre. Car dans le Val de Suse, des gens défendent leur santé. Ils se battent contre l’empoisonnement de la vallée. Et là, il s’agit d’un mouvement de masse. Partout où il y a de grandes industries, il y a des tragédies écologiques. La défense de l’air, du sol, de l’eau, ça, c’est révolutionnaire. Et ceux qui sont nés là ont le droit d’en être citoyens, et de décider de l’environnement qu’ils veulent.

Erri de Luca  Le Monde du 12 04 2014

13 06 1998                   Tabarly est en mer : il ne reviendra plus.

Pen Duick I est attendu en Écosse à Fairline pour la parade exceptionnelle des quelques Fife ayant encore le pied dans l’eau. Ils rappliquent du bout du monde, Suède ou Venezuela. Le jeudi 4, Pen Duick appareille de la Trinité, le 9 il est à Newlyn en Cornouailles, bloqué par le mauvais temps. Le 12, il arrondit Lizard et Land’s end et fait route au nord, vent portant, l’Ecosse au bout du méridien. Force 6, un souffle puissant. C’est bien. Ça avance. Ça fait du bon bateau. Brise et courants lèvent un clapot dur, désordonné. C’est moins bien. C’est épuisant. Ça rend fou. À bord, un équipage disparate : outre le capitaine après Dieu, un couple de Suisses, un ancien marin militaire et l’éternel ami d’Éric, le photographe Erwan Quéméné, grand navigateur. Dans la soirée du 12, le vent forcit. Mieux vaudrait établir la voile de cape. On y va, tous…. Il fait noir, la mer invisible danse dans un chahut sous le bateau. Erwan est à la barre, Éric à la manœuvre, attaché bien sûr que non. Le 13, juste après minuit, quelque chose lui arriva.

Yann Queffelec

Amis, ne pleurez pas le marin disparu, mais priez que les vagues le bercent longuement.

Alain Gerbault

Premier marin français d’après guerre à avoir mis fin à la domination  anglaise dans les courses au large, il donna naissance à un fantastique renouveau technique de la voile et en même temps à une kyrielle de coureurs des mers, tous plus talentueux  les uns que les autres.

Taillé dans le granit, libre, si paisible devant la gloire dit Yann Queffelec,  il parvint, à peu de choses près, à faire tout ce qu’il voulait, au point même de refuser une invitation à déjeuner de de Gaulle à l’Élysée, pour raison de marée [5] : ce dernier, prenant la mesure du personnage, choisit de ne pas se vexer, et renouvela l’invitation… l’histoire ne dit pas s’il essuya un deuxième refus…

L’hommage qui lui fût rendu venait bien sûr des marins, mais aussi de tout un peuple qui reconnaissait dans cette trempe tout ce que la France avait, au mieux, fait taire, au pire, laissé tomber, depuis vingt ans : taiseux, amoureux du travail propre, intègre … des valeurs de paysans  et d’ouvriers passées  à la trappe par les tristes canailles des temps nouveaux, accoucheurs de sociétés tellement avancées qu’elles puent..

Ne pleure pas, petite Marie, je vais te raconter une histoire. Il était une fois un bateau centenaire qui  languissait  loin de son capitaine. C’était un cotre de quinze mètres dix chevillé à l’ancienne, effilé comme l’aileron d’un espadon. Il était si gracieux, il volait si vite sur les crêtes d’écume, que les goélands, jaloux de sa coque couleur jais, l’avaient baptisé d’un nom breton signifiant Mésange à tête noire.

Il se morfondait dans un port gallois depuis qu’on l’avait séparé de son Pappy.

Ainsi nommait-il, par tendresse, celui qu’il avait connu enfant et auquel il avait confié sa barre après lui avoir enseigné tous les secrets des océans pour qu’il devienne le meilleur des marins. Son Pappy ayant été porté disparu en mer d’Irlande, on l’avait amarré contre son gré à un sinistre débarcadère. Il faisait peine à voir. Ses voiles auriques ne chantaient plus dans le vent ; les lattes de son pont en pin d’Oregon ne crissaient plus sous la houle ; ses bronzes ne brillaient plus au soleil ; sa parure d’acajou se ternissait sous les embruns ; son drapeau était en berne.

Un dauphin, passant par là, eut pitié de lui.

Pourquoi es-tu si triste ? lui demanda-t-il.

Le vieux bateau ronchonna :

Stupides gens de terre ! Ils croient que j’ai abandonné mon capitaine dans la tempête...

Le dauphin s’étonna de cette réflexion :

Que me chantes-tu là ? Ton compère n’a-t-il pas disparu ?

Alors, très en colère, le vieux cotre répéta au dauphin ce que les hommes n’avaient point voulu entendre : son Pappy n’était pas tombé à l’eau, il avait plongé au milieu de ses amies les vagues. Pour trouver la clef de l’énigme qui le turlupinait depuis ses premiers naufrages. Pour découvrir la réponse à la seule question restée taboue dans l’univers des voiliers. Une question qu’il avait lui-même formulée dans ses Mémoires du large :

Quand je suis en difficulté, je n’appelle jamais Dieu à mon secours. S’il m’a mis dans le pétrin, alors pourquoi viendrait-il me repêcher ensuite ?

Voilà pourquoi, petite Marie, les loups de mer gallois racontent aujourd’hui que la Mésange à tête noire a disparu, une nuit, sans laisser de trace, après que ce dauphin compatissant eut largué ses amarres pour qu’elle aille récupérer son capitaine. Et elle l’a retrouvé ! Rassuré par la réponse enfin reçue là où la mer est toujours calme. C’est elle que les enfants aperçoivent, les soirs de brume, au large de Bénodet. C’est lui qu’ils distinguent à la barre. Tous les enfants. Car pour les voir, comme toi, petite Marie, il faut avoir, comme Pappy, ton papa, l’âme bleu marine.

Alain Rollat. Le secret du Pen-Duick Le Monde du 16 juin 1998.

La vie de la plupart des hommes est un chemin mort et ne mène à rien. Mais d’autres savent, dès l’enfance, qu’ils vont vers une mer inconnue. Déjà l’amertume du vent les étonne, déjà le goût du sel est sur leurs lèvres – jusqu’à ce que, la dernière dune franchie, cette passion infinie les soufflette de sable et d’écume. Il leur reste de s’y abîmer ou de revenir sur leurs pas.

François Mauriac. Les chemins de la mer.

La saga des Pen Duick

Association Eric Tabarly | Banque Populaire, la Banque de ...

Cotre franc aurique, construit en 1898 par l’architecte écossais William Fife, Pen Duick sera restauré à Saint Malo de 1983 à 1989. Pour le porte-monnaie de Tabarly, le bois coûte trop cher à l’entretien : il fera construire sa réplique en plastique : ce sera Pen Duik II.

Paroles, musique et interprétation de Yan Veillet Kerverzio. Arrangements d’Arnaud de Buchy

24 06 1998                Bernard Bosson, député et maire d’Annecy et Michel Bouvard, député et président de l’ANEM : Association Nationale des Élus de la Montagne, déposent une proposition de loi pour la création d’une région Savoie, réunissant les deux départements actuels : en superficie, cela donnerait une région plus importante que la Corse ou l’Alsace, et économiquement, le million d’habitants ainsi rassemblés avec un des taux de chômage les plus faibles de France, lui donnerait le poids nécessaire : cette initiative a reçu l’appui de la grande majorité des membres des 2 Conseils Généraux.

25 06 1998                79 balles ont raison de la vie de Lounès Matoub, un kabyle qui chantait l’identité de son peuple : Ne capitule jamais ! Ne capitule jamais ! Bien sûr, les temps changent, mais tu ne dois jamais oublier.

Juin 1998                  International Launch Service, consortium créé en 1995 rassemble Boeing, Lockheed Martin, les Russes Khrunichev et RSC Energia, des Norvégiens, et des Ukrainiens achève une plate forme marine de lancement de satellites : Odyssey, – plate forme de récupération de l’industrie pétrolière -, qui sera assistée du navire d’assemblage et de commande de tir Sea Launch Commander : l’ensemble forme un géant de 46 000 Tonnes. Construit aux chantiers Vyborg, près de St Petersbourg, le port d’attache sera Long Beach, en Californie où seront assemblés sur les fusées américaine Atlas, la russe Proton et l’ukrainienne Zénit, les satellites, exclusivement en orbite géostationnaire. Le lancement se fera au sud ouest d’Hawaï, à 5 000 km de Los Angeles, près des îles Gilbert, république de Kiribati, au croisement de l’équateur (pour bénéficier ainsi de l’effet maximum de la force de Coriolis), et de la longitude 154 : c’est à peu près à mi-chemin entre Tahiti et Hawaï. Le consortium espère prendre 20 % du marché des satellites géostationnaires  (36 000 km d’altitude). Fin 99, on en était à deux lancements : deux réussites.

4 07 1998                    Lancement vers mars de la sonde japonaise Nozomi Orbiter : elle devrait arriver en janvier 2004, mais sa trajectoire a été déviée…

12 07 1998                   Aimé Jacquet et sa bande multicolore trouvent la gloire au Stade de France : l’équipe de France de foot remporte la Coupe du Monde face au  Brésil : deux têtes splendides de Zinédine Zidane en première mi-temps, un tir de cavalier seul de Petit à la dernière minute : la Sélaçao a été étouffée, peinant à mettre la tête hors de l’eau de temps à autre. Venue du monde entier : Nouvelle Calédonie, Antilles, Guyane, Ghana, Kabylie, Arménie, Bretagne, Pays Basque, et même un peu de la France profonde, cette bande a su créer un spectacle fin et puissant, rapide et volontaire : du plaisir à revendre. Et c’est tout un pays qui ne boude pas sa joie à se retrouver à la première place, tout en se frottant les yeux d’étonnement à force de s’être habitué aux échecs : merde alors, on a pû faire ça !

Et l’ancien fraiseur tourneur, le besogneux, le taiseux, a  fait taire les bavards et les pisseurs de copie, mauvais,  prétentieux et suffisants, qui n’avaient cessé de le descendre en flammes à longueur de page,  –  Aimé Jacquet n’est décidément pas l’homme de la situation de Jérôme Bureau, directeur des rédactions de l’Equipe, quelques jours plus tôt,- à longueur de mois, incapables d’avoir d’autres instruments de mesure que ceux du show business : les Tapie, Delarue et leurs collègues  en paillettes des années fric et toc sont remis en place.

Et lui qui semble tout droit sorti des années 60,  se moque de la mode du consensus mou, en déclarant tout net, après la victoire, à l’intention de toute la rédaction de L’Equipe : Jamais je pardonnerai. Jamais ! Les lecteurs de l’Equipe feront de même.

13 07 1998                  Le FMI accorde une aide de 22,6 milliards de $ à la Russie.

6 08 1998                     Construit par la société Aéro Vironment pour la Nasa, le drone – avion sans pilote – Pathfinder Plus, 36,3 m d’envergure, masse totale de 315 kg, monte à 24 500 m grâce à l’énergie solaire, obtenue des cellules photoélectriques qui donnent une puissance maximale de 12 500 watts, entraînant 8 hélices, qui permettent une vitesse de 30 et 36 km / h. En projet : Centurion, 60 mètres d’envergure pour monter à 30 000 mètres, et encore Hélios, qui, muni de batteries lui permettant de voler la nuit, pourrait ainsi garder l’air pendant six mois. Les concepteurs ont bien l’intention d’en faire des concurrents sérieux pour les satellites de télécommunication.

12 08 1998                  Une fusée américaine Titan 4 A explose peu après le décollage, et avec elle le satellite militaire d’observations de type Vortex : on ne peut pas faire mieux pour claquer  un maximum d’argent dans un minimum de temps : à peu près 1 milliard $, … ce qui le place parmi les satellites bon marché… le Celestri de Motorola se monte à près de 13 milliards $ ! 15 jours plus tard, c’est une fusée encore américaine, Delta 3, porteuse d’un satellite Galaxy de Panamsat, qui explose peu après le décollage : c’était son premier vol  commercial… Et le 10 septembre, c’est une fusée russe Zénit qui explose, et avec elle, 12 satellites de télécommunications de Globalstar !

18 08 1998                      Le rouble s’effondre et pour la Russie, c’est la banqueroute. La Douma demande la démission d’Eltsine, qui refuse.

25 08 1998                    Le drone Laima traverse l’Atlantique, de Saint John’s,  Terre Neuve, à la côte ouest de Benbecula, dans le Hébrides, au large de l’Écosse ; 26 heures de vol, 3 m d’envergure, 15 kg, (Laima est le nom de la déesse lettonienne de la bonne fortune), dont le cerveau électronique était guidé par un récepteur GPS : Global Positionning System. Conception et réalisation de la Société américaine Insitu et de l’université de Washington à Seattle.

23 09 1998                   Une équipe internationale de chirurgiens, dirigée pas le Français Michel Dubernard et l’Australien Earl Owen, réalisent à l’hôpital Édouard Herriot, Lyon, la première greffe d’une main provenant d’un donneur cliniquement décédé, sur un homme de 48 ans. L’opération a nécessité 13 heures et 8 chirurgiens y ont œuvré. Le receveur est un Néo Zélandais de 48 ans, Clint Hallam, hommes d’affaires très motivé , équilibré, plein de courage et de détermination pour les uns, escroc pour les autres.

31 10 1998                   Quelques années après le Professeur Montagnier, qui avait identifié le virus du sida, puis était parti aux États-Unis, qui lui accordaient le droit de travailler encore après l’âge de la retraite, le cosmonaute Jean Loup Chrétien fait de même.

5 11 1998                    À Craonne, Lionel Jospin, premier ministre se prononce officiellement, pour la première fois, en faveur d’une mémoire incluant les mutins fusillés de 1917.

Certains de ces soldats, épuisés par des attaques condamnées à l’avance, glissant dans une boue trempée de sang, plongés dans un désespoir sans fond, refusèrent d’être des sacrifiés. Que ces soldats, fusillés pour l’exemple, au nom d’une discipline dont la rigueur n’avait d’égale que la dureté des combats, réintègrent aujourd’hui, pleinement, notre mémoire collective nationale.

20 11 1998                   Première étape de l’ISS : International Space Station, avec le lancement depuis la base de Baïkonour, en Russie, par une fusée Proton, de Zarya [aube, en russe], module inhabité de 20 tonnes, 12 mètres de long, 3 mètres de diamètre, qui servira de propulseur, de centre de communication et de point d’amarrage.

Le programme a été lancé en 1984 par Ronald Reagan, avec un budget initial de 8 milliards de $. La NASA ne cessera d’engloutir de l’argent, tout en pratiquant une très perverse politique de non retour : ainsi, les contrats de construction de la station seront-ils confiés à des entreprises aux quatre coins du pays, s’assurant ainsi le soutien des représentants des États concernés, puisque pourvoyeur d’emplois nombreux et qualifiés. De plus, l’effondrement de l’URSS en 1992, incita Bill Clinton à poursuivre le programme, en engageant les savants russes mis en disponibilité plutôt que de les voir partir sous d’autres cieux, au service de pays qui ne voulaient pas que du bien aux États-Unis. Le premier d’entre eux, le chef du programme  spatial soviétique, Roald Sagdeev, sera accueilli à bras ouverts par la NASA, prendra la nationalité américaine et, last but not least, épousera la petite fille d’Eisenhower.

En juin 1993, l’affaire se joua cependant à un fil : le sénateur Tim Roemer proposa au congrès de se débarrasser de la station, qui n’échappa à la mort que d’une voix. Quinze ans plus tard, les États-Unis n’ayant pu faire face à l’accroissement des dépenses, le programme deviendra la danseuse des pays riches en s’internationalisant, avec la Russie, l’Europe, le Japon, Canada, Italie, Brésil : le budget global atteint 100 milliards de $, dont 25 pour les États-Unis. Les étapes à venir devraient se succéder rapidement :

Lancement le 3 décembre 98 par la navette Endeavour, depuis Cap Canaveral, du module américain Unity, sur lequel se fixeront une coupole d’observation, le laboratoire américain, un sas de sortie extravéhiculaire et la longue poutre supportant  les  panneaux solaires géants et un autre nœud de connexion.

Ravitaillement en mai 99 par Discovery. Lancement par une fusée Proton du module d’habitation russe.

Après 3 autres vols, installation en janvier 2000, de trois cosmonautes, 2 russes, un américain pour 5 mois.

L’ensemble devrait être terminé en 2004 : 108 mètres de long, 74 mètres de large, un poids de 415 tonnes, un équipage de 3 à 7 personnes. L’exploitation durerait 10 ans, jusqu’en 2014. L’orbite serait à 400 km, à 51°6. 169 astronautes suivent actuellement une préparation à ce programme à la NASA ; 72 d’entre eux devraient y participer de mars 99 à l’été 2000.

Le début de réalisation de ce programme met fin à celui de la station Mir qui, lancée en 1986, pour 5 ans, aura duré 12 ans.

L’expérience des Russes en matière de vie de l’homme dans l’espace est beaucoup plus importante que celle des Américains qui n’ont pas dépassé 84 jours sur Skylab, en 1974. Les Russes, eux, n’ont pratiquement pas cessé d’avoir des hommes dans l’espace de 1971 à 1998, avec les 7 Salyut, même si les premiers furent des échecs : le séjour le plus long sera de 237 jours, sur le dernier Salyout, relayé par Mir en 1986.

Les Russes ont donc l’expérience, mais l’argent, c’est une autre affaire [même s’ils en ont encore assez pour fabriquer des avions furtifs et des sous-marins classiques à  exporter sur la Chine] : Zarya a été financé par les États-Unis et nul ne sait s’ils seront à même de financer leur part de programme à suivre… pour environ 30 milliards de $ [7] : l’Agence Spatiale Européenne a déjà dans ses travaux la fourniture du module de service russe ! Ariane V devrait être utilisée deux fois tous les 3 ans par ISS.

Tout cela est absolument magnifique, mais il ne faut tout de même pas perdre de vue que ça ne sert quasiment à rien :

  • Rien d’intéressant n’a jamais émergé des études sur les effets de la microgravité, que ce soit en physique ou en biologie

Jean Pierre Defait, Revue Ciel et Espace

  • L’exploration de l’espace par l’homme n’a rien produit, pas une seule grande découverte. De petites choses, mais rien de spectaculaire.

Claude Allègre

  • Même si l’on réussissait en orbite à fabriquer un médicament ou un matériau extraordinaire, quel industriel s’intéresserait à un produit dont le surcoût, du seul fait du transport spatial, serait de 40 000 $ par kg ?

un spécialiste anonyme

20 11 1998                    Laurent Bourgnon gagne pour la deuxième fois sur son trimaran Primagaz,  la Route du Rhum. Un télex de Paul Vatine l’avait précédé à Pointe à Pitre :

Les oiseaux de carbone vont se poser bientôt un à un en Guadeloupe. Regardez bien leur visage. C’est eux qui traduiront l’âpreté de la lutte. Écoutez-les parler, ils vous raconteront un ailleurs, les silences parlent plus que les mots. Les yeux traduiront la violence des tempêtes. L’histoire de leur vol ne se livre qu’une fois. Elle est à saisir juste à leur arrivée. Après, il sera trop tard. La gravité terrestre alourdira pour toujours le discours. Ils volaient très vite, ils vont à nouveau marcher pour préparer d’autres voyages vers d’autres inconnus, pour trouver du nouveau.

Moi, je voudrais arriver à l’heure où les eaux turquoises sont encore drapées de leur manteau nocturne… Pas de clapot vulgaire. Simplement quelques rides pour apaiser ma peine…

Laurent Bourgnon mourra le 24 juin 2015, d’un accident de plongée en bouteille sur l’atoll de Toau, une petite île de l’archipel des îles de la Société.

C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme

Certes, a-t-on envie de dire, il a raison, Renaud. Mais encore ? Cela est vrai de toutes les époques, déjà Platon disait : Il y a trois sortes d’hommes : les vivants, les morts, et ceux qui vont sur la mer. Mais ceux qui vont sur la mer sont eux-mêmes une espèce qui a beaucoup évolué, évolution du matériel bien sûr, mais évolution des civilisations aussi, avec ce grand basculement qui s’est produit en Occident, quand le plaisir a pris le pas sur la raison, se fortifiant tous les jours d’être le premier moteur de la consommation.

Et puis, et puis, il y a l’orgueil que les navires inspirent aux hommes, disait Joseph Conrad, cet attachement viscéral de tout ce monde de marins – du grand mât (le surnom du commandant) au moussaillon -, à leurs splendides bateaux, mariage si bien réussi entre l’esthétique et l’efficacité, qui fait que tous iront vers l’avenir qu’est malgré tout à cette époque la vapeur, à reculons, contraints et forcés, la larme à l’œil et la gorge nouée, avec un irrépressible sentiment de déchéance : du statut d’artisan à celui d’esclave… et tout ce vent qu’on laisse perdre, entendait-on sur les quais. C’est la fourniture permanente d’énergie qui changea du tout au tout la vie des marins : on se mit à travailler 24 h sur 24… le roulement des 3 huit donna à la vie du marin un goût d’usine que les horaires déterminés par le jour et la nuit avaient jusqu’alors évité…

Aux temps héroïques où le pain mangé sur les sept océans était durement gagné, l’épreuve de la mer pour les navires était aussi l’épreuve des hommes et les premiers avaient valu strictement ce que valaient les seconds. Les anciens marins de la voile faisaient partie d’une antique société aux vertus silencieuses. Et celles-ci venaient de mourir avec tout un monde. La vieille race maritime s’en était allée. Le cœur des grands voiliers avait cessé de battre.

Yves Le Scal        Au temps des grands voiliers 1850- 1920

Il ne reste plus qu’à larguer les deux grand-voiles, à hisser les trois cacatois et les voiles d’étai, enfin à établir la brigantine et les deux flèches du mât d’artimon.

Et, fendant les eaux dans la splendeur de ses quatre grands phares  tout blancs, les voiles gonflées par le vent, son unique moteur, notre grand voilier glisse majestueusement. Le magnifique spectacle que je m’étais si souvent imaginé est maintenant sous mes yeux : et je demeure émerveillé, perdu en contemplation devant la beauté, la grandeur inoubliable de ce merveilleux tableau !

Alfred Beaujeu Dans les Tempêtes du Cap Horn.

Quoi de commun entre le ressenti du marin de la marine à voile, celle du navigateur solitaire sur son voilier – de Bernard Moitessier à Laurent Bourgnon, d’Alain Gerbault à Eric Tabarly, de Joshua Slocum à Francis Chichester… et celle du jeune surfeur d’aujourd’hui. Sans doute ce dernier est-il plus à même d’être en phase avec ceux dont le mode de vie a bien peu changé et qui ont de toujours pratiqué la glisse sur la mer, à Hawaï comme en Polynésie ou ailleurs, car c’est bien de toujours que la houle devient vague à l’approche du rivage, se raidissant à mesure que la profondeur d’eau diminue – c’est la zone de levée -, c’est là que les vagues se cambrent, c’est parfois très brutal, puis la houle atteint la zone de déferlement, qui peut couvrir une centaine de mètres si le fond du spot est rocheux, ce sont les point break, après quoi les vagues cassent dans la zone de surf interne, mais continuent d’évoluer vers le rivage, et, au bout du voyage, si on a vraiment du bol, il y a une fille qui est là, sur la plage, une fille pas mal, en ciré rouge.

*****

…il lit à haute voix les informations du jour : les Petites Dalles today, houle idéale sud-ouest, nord-est, vagues entre un mètres cinquante et un mètre quatre-vingts, la meilleure session de l’année ; après quoi, il ponctue, solennel : on va se bâfrer, yes, on va être des kings ! – l’anglais incrusté dans leur français, constamment, pour tout et pour rien, l’anglais comme s’ils vivaient dans un chanson pop ou dans une série américaine, comme s’ils étaient des héros, des étrangers, l’anglais qui allège les mots énormes, « vie » et « amour » devenant life et love, aériens, et finalement l’anglais comme un pudeur – et John et Sky ont hoché la tête en singe d’acquiescement infini, yeah, des big waves riders, des kings.

C’est l’heure. Amorce du jour où l’informe prend forme : les éléments s’organisent, le ciel se sépare de la mer, l’horizon se discerne. Les trois garçons se préparent, méthodiques, suivant un ordre précis qui est encore un rituel : ils fartent leur planche, vérifient les attaches du leash, passent des sous-vêtements spéciaux en polypropylène avant de revêtir les combinaisons en se contorsionnant sur le parking – le néoprène adhère à la peau, la râpe et parfois même la brûle -, chorégraphie de pantins en caoutchouc qui demande de l’entraide, nécessite qu’ils se touchent, se manipulent; après quoi les bottillons, la cagoule, les gants, et ils referment le camion. À présent, ils descendent vers la mer, surf sous le bras, légers, franchissent la grève à grandes enjambées, la grève où les galets s’effondrent sous leur pas dans un boucan infernal, et une fois arrivés au rivage, alors que tout se précise en face d’eux, le chaos et la fête, ils passent le leash autour de leur cheville, rajustent leur cagoule, réduisent à rien l’espace de peau nue autour de leur cou en saisissant dans leur dos ce cordon qu’ils remontent jusqu’aux derniers crans de la fermeture éclair

Il s’agit d’assurer la meilleure étanchéité possible à leur peau de jeune homme, une peau souvent constellée d’acné dans le haut du dos, sur les omoplates, quand Simon Limbres, lui, arbore un tatouage maori en épaulière -, et ce geste, le bras tendu en l’air d’un coup sec, signifie que la session commence, let’s go ! – alors peut-être que maintenant les cœurs s’excitent, qu’ils s’ébrouent lentement dans les cages thoraciques, peut-être que leur masse et leur volume augmentent et que leur frappe s’intensifie, deux séquences distinctes dans un même battement, deux coups, toujours les mêmes : la terreur et le désir.

Ils entrent dans l’eau. Ne hurlent pas en y plongeant leur corps, moulé de cette membrane flexible qui conserve la chaleur des chairs et l’explosivité des élans, n’émettent pas un cri, mais traversent en grimaçant la muraille de cailloux qui roulent, et la mer se creusant vite, puisqu’à cinq ou six mètres du bord ils n’ont déjà plus pied, ils basculent en avant, s’allongent à plat ventre sur leur planche, leurs bras entaillant le flot avec force, ils franchissent la zone de ressac et progressent vers le large.

À deux cents mètres du rivage, la mer n’est plus qu’une tension ondulatoire, elle se creuse et se bombe, soulevée comme un drap lancé sur un sommier. Simon Limbres se fond dans son mouvement, il rame vers le line up, cette zone au large où le surfeur attend le départ de la vague, s’assurant de la présence de Chris et John, postés sur la gauche, petits bouchons noirs à peine visibles encore. L’eau est sombre, marbrée, veineuse, la couleur de l’étain. Toujours aucune brillance, aucun éclat, mais ces particules blanches qui poudrent la surface, du sucre, et l’eau est glacée, 9 ou 10 °C pas plus, Simon ne pourra jamais prendre plus de trois ou quatre vagues, il le sait, le surf en eau froide éreinte l’organisme, dans une heure il sera cuit, il faut qu’il sélectionne, choisisse la vague la mieux formée, celle dont la crête sera haute sans être trop pointue, celle dont la volute s’ouvrira avec assez d’ampleur pour qu’il y prenne place, et qui durera jusqu’au bout, conservant en fin de course la force nécessaire pour bouillonner sur la grève.

Il se retourne vers la côte comme il aime toujours le faire avant de s’éloigner davantage : la terre est là, étirée, croûte noire dans des lueurs bleutées, et c’est un autre monde, un monde dont il s’est dissocié. La falaise dressée en coupe sagittale lui désigne les strates du temps mais là où il se trouve le temps n’existe plus, il n’y a plus d’histoire, seul ce flot aléatoire qui le porte et tournoie. Son regard s’attarde sur le véhicule grimé en van californien qui stationne sur le parking devant la plage – il reconnaît la carrosserie constellée de stickers récoltés au fil des sessions, il sait les noms étalés à touche-touche, Rip Curl, Oxbow, Quiksilver, O’Neill, Billabong, la fresque psychédélique mélangeant dans un même flottement halluciné champions de surf et stars du rock, le tout assorti d’un bon nombre de filles cambrées aux maillots rikiki, aux cheveux de sirène, ce van qui est leur œuvre commune et l’antichambre de la vague – après quoi il s’accroche aux phares arrière d’une voiture qui gravit le plateau pour s’enfoncer dans les terres, le profil de Juliette endormie se dessine, elle est couchée en chien de fusil sous sa couette de gamine, elle a son air buté même dans le sommeil, et subitement il fait volte-face, se détourne du continent, s’en arrache, un sursaut, encore quelques dizaines de mètres, puis il cesse de ramer.

Bras qui se reposent mais jambes qui dirigent, mains accrochées aux rails du surf et torse légèrement relevé, menton haut, Simon Limbres flotte. Il attend. Tout fluctue autour de lui, des pans entiers de mer et de ciel surgissent et disparaissent dans chaque remous de la surface lente, lourde, ligneuse, une pâte basaltique. L’aube abrasive brûle son visage et sa peau se tend, ses cils se durcissent comme des fils de vinyle, les cristallins derrière ses pupilles se givrent comme si oubliés dans le fond d’un freezer et son cœur commence à ralentir, réagissant au froid, quand soudain il la voit venir, il la voit qui s’avance, ferme et homogène, la vague, la promesse, et d’instinct se place pour en trouver l’entrée et s’y infiltrer, s’y glisser comme un bandit se glisse dans un coffre pour en braquer le trésor – même cagoule, même précision millimétrée du geste -, pour s’insérer dans son envers, dans cette torsion de la matière où le dedans s’éprouve plus vaste et plus profond encore que le dehors, elle est là, à trente mètres, elle approche à vitesse constante, et brusquement, concentrant son énergie dans ses avant-bras, Simon s’élance et rame de toutes ses forces, afin de prendre la vague de vitesse justement, afin d’être pris dans sa pente, et maintenant c’est le take off, phase ultrarapide où le monde entier se concentre et se précipite, flash temporel où il faut inhaler fort, couper toute respiration et rassembler son corps en une seule action, lui donner l’impulsion verticale qui le dressera sur la planche, pieds bien écartés, le gauche en avant, regular jambes fléchies et dos plat quasiment parallèle au surf, bras ouverts stabilisant l’ensemble, et cette seconde-là est décidément celle que Simon préfère, celle qui lui permet de ressaisir en un tout l’éclatement de son existence, et de se concilier les éléments, de s’incorporer au vivant, et une fois debout sur le surf – on estime en cet instant la hauteur crête à creux à plus d’un mètre cinquante -, étirer l’espace, allonger le temps, jusqu’au bout de la course épuiser l’énergie de chaque atome de mer. Devenir déferlement, devenir vague.

Il prend ce premier ride en poussant un cri, et pour un laps de temps touche un état de grâce – c’est le vertige horizontal, il est au ras du monde, et comme procédant de lui, agrégé à son flux -, l’espace l’envahit, l’écrase tout autant qu’il le libère, sature ses fibres musculaires, ses bronches, oxygène son sang; la vague se déplie dans une temporalité trouble, lente ou rapide on ne sait pas, elle suspend chaque seconde une à une jusqu’à finir pulvérisée, amas organique sans plus de sens et, c’est incroyable, mais après avoir été tabassé par les cailloux dans le bouillon de la fin, Simon Limbres a fait demi-tour pour repartir direct, sans même toucher terre, sans même s’attarder sur les figures fugaces qui se forment dans l’écume quand la mer achoppe sur la terre, surface contre surface, il est retourné au large, ramant plus fort encore, fonçant vers ce seuil où tout commence, où tout s’ébranle, il a rejoint ses deux copains qui pousseront bientôt ce même cri dans la descente, et le set de vagues qui blinde sur eux depuis l’horizon, rançonnant leur corps, ne leur laisse aucun répit.

Aucun autre surfeur ne vint les rejoindre sur le spot, personne ne s’approcha du parapet pour les regarder surfer, ni ne les vit sortir de l’eau une heure plus tard, lessivés, carbonisés, flageolant sur leurs jambes, titubant alors qu’ils retraversaient la plage pour gagner le parking et rouvrir le camion, personne ne vit leurs pieds et leurs mains mêmement bleus, meurtris, violacés jusque sous les ongles, ni les dartres qui lacéraient maintenant leur visage, les gerçures aux commissures des lèvres quand leurs dents, elles, claquaient tac tac tac, un tremblement continuel de mâchoires calé sur celui de leur corps et qu’ils ne pouvaient calmer; personne ne vit rien, et quand ils furent rhabillés, caleçons de laine passés sous les pantalons, couches de pulls, gants de cuir, personne ne les vit se frotter mutuellement le dos, sans pouvoir se dire autre chose que bordel de merde, putain de mes couilles, alors qu’ils auraient tant aimé parler, décrire les chevauchées, inscrire la légende de la session, et frissonnant de la sorte, ils se sont enfermés dans le camion, sans attendre Chris a trouvé la force d’allumer le moteur, il a démarré et ils ont vidé les lieux.

maylis de kerangal       Réparer les vivants     Gallimard 2014

Maylis de Kerangal est à l’écriture pour les jeunes générations du XXI° siècle, ce que la Nouvelle Vague a été au cinéma dans les années 1960 : une réussite d’écriture telle qu’ils s’y reconnaissent et que leurs aînés peuvent dire : c’est bien ainsi qu’ils se donnent à voir.

10 12 1998                   Lancement de Mars Global Orbiter, pour une mission de cartographie en orbite ; la sonde s’écrase sur Mars en arrivant, en septembre 1999.

Ten years at Mars: Mars Reconnaissance Orbiter celebrates ...

11 12 1998                   Les établissements Paccard d’Annecy  ont reçu de l’État du Kentucky commande de la plus grosse cloche en volée du monde, World Peace Bell, pour célébrer l’entrée dans le 3° millénaire. N’ayant pas de four suffisamment grand pour le faire, la cloche est coulée à la fonderie de l’Atlantique à Nantes, spécialisée dans les très grandes hélices (France, Charles De Gaulle) : 4 mètres de haut et de large, 30 tonnes.

1998                Feddy Tesha, tanzanienne de 41 ans,  installe une vache à l’arrière de sa maison pour mieux nourrir ses quatre enfants. Les soins qu’elle prodigue à l’animal lui font produire 10 litres de lait par jour – la moyenne est de 3 litres. Elle commence à en vendre à ses collègues fonctionnaires. Devant le succès, elle prend une deuxième vache, puis d’autres, construit une étable, puis deux.  En 2016, Feddy Tesha aura 60 vaches, produisant plus de 1 000 litres par jour, et son usine de traitement du lait recevra la production de 135 petits producteurs, en majorité des femmes. Elle sera présidente de l’association laitière de Tanzanie et sa société, Profate Investment Ltd, cherchera 1,2  million de dollars pour développer une coopérative laitière dans le district de Mkuranga, au sud de Dar es-Salaam, où 624 petits producteurs, des femmes massaï pour la plupart, se prépareront à livrer leur lait.  Son succès transformera la vie de ses enfants. L’aînée sera laborantine dans un hôpital. La deuxième informaticienne. Le troisième fera un MBA dans une bonne école. Quant à son fils adoptif, le dernier, il étudiera la finance et travaillera dans l’immobilier. Si l’Afrique parvient à s’extirper de son sous-développement, cela ne se fera qu’avec des femmes de cette trempe.

Le fric virtuel, tout en ravageant des pans entiers d’économie, continue à se bien porter : les échanges spéculatifs sont passés de 80 milliards par jour en 1980, à 500 milliards en 1990 et 2000 milliards aujourd’hui, soit cinq fois la valeur des échanges de marchandises en 1980 et cent fois aujourd’hui.

Les paysans s’en vont… les animaux  sauvages reviennent : dans le Mercantour, on  accuse les loups de tous les maux ; ils seraient aujourd’hui une trentaine, venus de l’Italie voisine, depuis 1992 ; en 1987, on a vu un loup italien tué à Fontan dans le Mercantour dont on sait qu’il a été captif : cela se voit aux coussinets, et il avait porté un collier. On peut trouver en Italie des gens qui vendent des loups – cela existe -. Dans les années 2 000, l’écrivain Jacques Delperrié de Bayac reconnaîtra avoir lâché un couple de loups dans le Mercantour.

On saura que dès 1991 il y avait des loups sur le camp militaire de Canjuers, mais les bergers dont les brebis avaient été tuées attendront dix ans avant d’être indemnisés. On répérera pour la première fois des loups dans le Mercantour en 1992, mais l’information sera tenue secrète par le ministère de l’environnement pendant six mois… tout ce qu’il faut pour que les éleveurs soient bien persuadés qu’on les prend pour des cons !

  • 1993 6 loups se livrent à 10 attaques, tuant 36 animaux
  • 1994 200 moutons indemnisés
  • 1995 500 moutons indemnisés
  • 1996 et 1997 1000 moutons indemnisés.
  • 1999 313 attaques, tuant 1927 animaux
  • 2000 1 500 brebis tuées
  • 2001 29 loups tuent 1830 bêtes
  • 9 loups tuent 97 brebis dans les Hautes Alpes, où des mesures de protection ont été prises
  • 12 loups tuent 1152 animaux dans les Alpes Maritimes où les mesures ont été très peu appliquées.

Ces 29 loups ont peut être fait des petits mais, en raison de l’augmentation des tirs sauvages et des empoisonnements, le nombre total a plutôt diminué depuis.

  • 3 800 brebis tuées en 2005
  • 4 000 brebis égorgées, éventrées en 2010
  • 4 913 en 2011
  • 6 786 en 2013, soit 0.2% du cheptel là où le loup est présent.
  • 9 000 en 2015
  • 9 788 en 2016 par 292 loups regroupés en 35 meutes.

Un troupeau est une cellule close, un corps vivant, la moindre agression provoque des traumatismes pour l’ensemble des brebis : stress, stérilité, perte de poids… Pour un berger, c’est le travail de toute une vie. Comment peut-il accepter de laisser les animaux au prédateur alors que son travail, son devoir même, consiste à veiller sur les brebis, à leur faire une vie bonne, contrairement à l’élevage industriel. Il y a là quelque chose d’obscène.

[…]     Il y a peu, les bergers et les moutons incarnaient la liberté et l’équilibre avec la nature. Aujourd’hui, c’est le loup qui l’incarnerait. Les bergers sont considérés comme des intrus, des fléaux pour la biodiversité selon certains écolos. On voudrait que le mouton disparaisse de la montagne et devienne juste une machine à viande. Ces histoires de loup frôlent l’hystérie. On légitime la présence du loup par des notions scientifiques qui voudraient qu’il soit la clef de voûte de la biodiversité, qu’il n’attaque qu’à hauteur de ses besoins alimentaires, etc. Derrière cet habillage, il y a un discours idéologique. Certes, il y a une fascination pour le loup, je la partage, mais il faut séparer le mythe des contes et l’animal prédateur. Métaphore de la société moderne, le loup incarnerait la liberté, le chef d’œuvre de la création, un symbole souverain d’une sauvagerie naturelle, l’apologie de la force, de la performance. Au siècle dernier, l’abille et l’esprit de la ruche représentaient la modèle idéal. Aujourd’hui dans nos représentations, le loup est devenu intouchable. L’aspiration à la nature ne suffit plus, on la veut sauvage. Mais cette nature n’’est sauvage que dans notre imagination et nos désirs, car la montagne est devenue un espace ludique, une aire de jeu dédiée à l’écotourisme. On est dans l’artifice. Les Alpes ne sont pas l’Alaska.

Anne Vallaeys      Midi Libre 8 décembre 2013

Quand on peut trouver dans un gouvernement une pensée totalitaire, plus proche de celle des ayatollah que d’une démocratie moderne, cela peut aboutir à des lois scélérates parce que catastrophiques pour l’homme et ses animaux domestiqués.

Paradoxalement, les ravages sont bien moindres chez nos voisins : l’Italie abrite au moins 2 500 loups, l’Espagne 1 500 et les dégâts y sont moins importants qu’en France ; une explication possible pour l’Italie : les troupeaux y sont beaucoup plus petits – car destinés à la production de lait et non de viande -, et donc mieux surveillés. Mais surtout, en Italie comme en Espagne, le loup n’a jamais été éradiqué et donc, sa présence a été intégrée par la tradition pastorale. De là à dire qu’on s’en accommode, c’est sans doute aller un peu vite, mais on fait avec.

Le loup laisse sa signature, qui n’est pas celle du chien : avec une mâchoire qui permet des pressions de 150 kg/cm², les entailles se reconnaissent ; dans l’Aude, l’Hérault, c’est la multiplication des sangliers, de moins en moins sauvages, qui est dénoncée par les agriculteurs et éleveurs.

Peut-être une invitation de Khirgiz qui chassent les loups sur leurs chevaux dressés, s’il en existe encore, permettrait-elle d’acquérir un savoir-faire plus acceptable pour les écolos :

Après avoir parcouru environ dix-huit verstes dans la prairie, nous arrivâmes près d’un grand marais recouvert de buissons. Suliman arrêta notre groupe et nous dit :

–       Les loups attaquent souvent nos troupeaux et nous enlèvent des moutons et des agneaux. Dans ces buissons sont leurs repaires et nous allons les chasser.

–       Pourquoi ne m’avez-vous rien dit? m’écriai-je. J’aurais apporté mon fusil !

–       C’est tout à fait inutile, répondit-il. Nous allons les chasser à la façon des Kirghiz.

En disant ceci, il me tendit un étrange fouet à long manche portant une courte lanière tressée, à l’extrémité de laquelle était fixée une lourde boule de plomb.

–       Mes compagnons vont battre les couverts pour en faire sortir les loups et les faire courir dans la prairie. Nos chevaux sont rapides, nous rattraperons les loups et les tuerons à coups de fouets.

Trois des Kirghiz, en faisant un détour, allèrent se poster

de l’autre côté du marais tandis que les quatre d’entre nous qui restaient se plaçaient de notre côté des buissons à guetter la sortie des bêtes. En poussant de grands cris, les rabatteurs entrèrent dans le couvert; quelques minutes après, les loups commencèrent à sortir. Ils couraient aussi vite qu’ils pouvaient, ventre à terre, la queue tendue, les oreilles couchées. – Suivez, Kounak ! cria Suliman.

Je poussai mon cheval qui, dressé à ce genre de chasse, fila comme une flèche et commença à poursuivre un grand loup gris clair. Celui-ci comprit, et commença à décrire des zigzags dans la prairie pour essayer de semer le cheval. Je m’émerveillais de l’adresse de ma monture qui, sans attendre de moi des indications, virait et changeait de direction de la façon la plus propice, accélérant l’allure et gardant toujours la gauche de l’animal poursuivi afin de faciliter les coups de fouet de son cavalier. C’était la plus folle et la plus passionnante des chevauchées. J’avais l’impression de n’être plus moi-même qu’un animal luttant comme aux temps primitifs avec d’autres bêtes sauvages.

Petit à petit le loup se fatigua et la distance entre nous diminua. Quelques minutes encore de cette course folle, pendant laquelle nous avions dû franchir je ne sais combien de verstes, et la bête était juste à côté de moi.

Je me dressai sur les étriers et frappai de toute ma force. Le loup poussa un cri, trébucha, mais dans un éclair il repartit, plus vite encore. Une fois de plus recommença cette course acharnée entre le cheval et le loup ; quand nous l’eûmes rattrapé, je frappai un second coup, mais cette fois en visant juste à la tête. Après quelques enjambées, le loup chancela, tomba en avant, se releva pour faire encore quelques bonds, mais je l’atteignis une troisième fois, terminant du coup la carrière de ce voleur de moutons.

Avant que j’eusse pu calmer mon cheval et achever le loup, un des Kirghiz arriva, sauta à terre et coupa la gorge de la bête.

-Jaksze, okjaksze djigit bek atl (Excellents, tout à fait excellents cavalier et cheval !) s’écria l’un des Kirghiz tandis qu’ils approchaient en traînant trois loups au bout de leurs lassos.

Ferdynand Ossendowski                 Asie fantôme   Phébus Libretto 1996. 1°édition 1922

La  folie politique assassine en Corée du Nord, et de 95 à 98, il faut compter environ 3 millions de morts de faim.

Les ingénieurs des Ponts se sont fait plaisir dans la vallée du Rhône : la  voie en site propre du TGV Méditerranée construite entre Valence et Marseille-Montpellier doit enjamber l’autoroute à Ventabren , an nord-ouest d’Aix : sans interrompre la circulation, ils ont joint  par  vérin les deux morceaux de tablier préfabriqué, chacun pesant 3 600 tonnes : les spectateurs étaient venus par milliers au spectacle qui se tenait de nuit, et ils n’ont pas regretté le déplacement.

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Dans la Silicon Valley, à Mountain View en Californie, Larry Page et Serguei Brin deux petits génies de l’Université de Stanford, fondent Google : ce nom, c’est un souvenir de gosse lorsque l’un d’eux s’est vu demander par un copain quel nom il donnerait à un chiffre qui contiendrait plus de 100 zéro, la réponse avait été : Google. Ils ont mis au point un algorithme révolutionnaire, le page rank, qui classe la pertinence des pages Web en fonction du nombre de liens hypertexte qui pointent vers elles. Restera à inventer des robots capables de parcourir la totalité des liens du Web pour établir le décompte permanent des votes de l’HTML. En 2009, Larry Page sera la 24° fortune mondiale, avec un patrimoine de 17.5 milliards de $. En 2004 ce moteur de recherche est considéré par de nombreuses personnes comme le moteur le plus puissant existant sur Internet : 8,0 milliards de documents recensés, recherche sur des images, dans les groupes de discussion Usenet, dans les actualités.

Son triomphe repose sur le choix stratégique d’inventer un moteur de recherches qui analyse les croisements et affinités entre les sites eux-mêmes et leurs propres liens plutôt que le nombre de fois où le terme cherché apparaît dans une page. Brin et Page élaborent l’algorithme idéal au service de cette intuition.

Olivier Seguret     Libération        31 12 2009 et 1 01 2010.

Le plus dérangeant demeure que Google tire des profits colossaux de contenus qui ne lui appartiennent pas. La gratuité de son offre à destination des usagers a pour contrepartie directe la destruction de la valeur produite par les créateurs de contenu, qu’ils soient auteurs, éditeurs ou producteurs.

[…] Comme l’a déclaré Robert Thompson, le directeur du Wall Street Journal : Google dévalue tout ce qu’il touche. En effet, cette société capte une rente publicitaire – un CA de 21 milliards $ en 2008, dégageant 4 milliards $ de profit [23.6 milliards $ en 2009 pour 6.5 milliard de profit] – sur l’accès à des contenus gratuits dont elle n’a supporté ni les coûts de conservation pour les œuvres d’hier, ni ceux de production pour celle d’aujourd’hui. Entreprise de la 25° heure, elle rafle dans le monde numérique toute la mise culturelle dans plusieurs siècles analogiques… La stratégie est toujours la même : d’abord capter une audience considérable en proposant gratuitement des contenus qu’elle ne possède pas (vidéos, livres) ; puis, une fois devenue un acteur incontournable du secteur, régulariser la situation a posteriori en imposant ses conditions.

Emmanuel Hoog     PDG de l’INA. Le Monde 12 09 2009

1 01 1999                    L’EURO fait son entrée dans le concert des nations.

L’euro n’est qu’un portique ! – vers l’Europe, c’est à dire vers une autre Histoire, vers une autre demeure pour le destin français… Grandeur de cette aventure, inédite dans l’Histoire, où des nations démocratiques décident de librement s’associer pour préserver ce qui fit leur gloire et qui n’est pas sans relief dans l’Histoire du monde.

Admiration aussi pour cette aristocratie d’hommes d’État qui, en un demi-siècle d’obstinations et d’obscurs courages, ont, sans le fort soutien de faiseurs d’opinion, mené à bien cette grande œuvre.

Une brochette d’Aimé Jacquet, comme lui, d’abord ignorés, moqués, décriés avant que l’euro n’épate, en cet an neuf, le monde entier.

Eux n’ont pas oublié la morgue ironique dont l’Amérique, l’Angleterre, leurs experts et leur presse, assaisonnèrent pendant des années l’impossible monnaie commune. Ils n’ont pas oublié, chez nous, dans la France nationaliste comme dans l’Allemagne du Spiegel, le pilonnage continu des ça ne marchera jamais ! Ils n’ont pas oublié les tempêtes de la dérision et de l’invective.

Alors sachons rendre justice, du moins en ce début d’euro, au courage politique de ces capitaines sans fanfare, accoucheurs de Traités maltraités. Contre vents et marées, ils ont gardé cette conviction : l’Europe, mère de la Raison et des Sciences, doit enfin, après des siècles de guerre civile trouver une politique digne de ses techniques et de sa culture.

Que ce continent, durant un millénaire, craquelé de massacres et génocides, médite enfin à quel abaissement ses divisions l’ont conduit, qu’il envisage enfin de se reprendre, voilà qui devrait redonner quelques couleurs à la petite fille Espérance, gamine ingrate et pâlotte de la nation française.

… Les Français ravis de philosopher sur l’Europe future… vont se voir d’abord  remettre un balai d’honneur pour balayer devant leur budget.

Car il s’agira bientôt d’alléger notre matraquage fiscal et le fardeau de notre fonction publique dans une nation hérissée de bunkers catégoriels hostiles à toute réforme. Sachons que, dans la petite classe européenne, nous passons pour excellents en dissertation mais faiblards en travaux pratiques. Préparons-nous donc à quelques déconvenues !

Le tout sera de garder du cœur au ventre. Le désespoir est un luxe privé. Dans le collectif, dans le politique, il ne se fait rien de grand sans grande espérance. Et l’Europe est bien la seule de belle envergure à notre horizon.

Claude Imbert.

La simultanéité des projets d’union politique et d’union monétaire est une nécessité profonde. Car la France et l’Allemagne n’échangent pas de symboles, elles conjurent leurs angoisses mutuelles. De quoi l’Allemagne a-t-elle peur ? De son histoire et de sa géographie. De quoi la France est- elle fière ? De son histoire et de sa géographie. Elles sont trop réciproques dans leurs craintes pour être dissociables dans leurs apaisements.

Philippe Delmas. De la prochaine guerre avec l’Allemagne. Odile Jacob. 1999.

7 01 1999                     Sylvie Guillem triomphe à l’Opéra de Paris dans le rôle de Kitri du Don Quichotte chorégraphié par Noureev : il faut remonter à La Callas pour connaître pareil enthousiasme : 20 minutes d’ovation, une scène envahie de fleurs… la ballerina  assoluta a réussi son retour sur la scène française au-delà de tout espoir.

Elle peut tout. Elle donne du sens à tout ce qu’elle touche. De plus, elle est si musicale que tout devient plaisir.

David Garforth, Chef de la Philarmonique de Monte Carlo.

J’ai administré, à l’Opéra de Paris, le ballet que Rudolf Noureev dirigeait artistiquement. J’avais été nommé en 1984 pour résoudre une grève : les danseurs s’opposaient à ce que Noureev modifie l’historique chorégraphie du Lac des cygnes. J’arrive à trouver un compromis en leur proposant de créer la nouvelle chorégraphie mais de reprendre l’ancienne si c’était un échec. Triomphe ! Tout s’arrange… J’adorais Noureev. Celui-ci a su donner sa noblesse à la danse masculine. Il était la danse incarnée. Et le monde entier en un seul homme : d’une culture, d’une curiosité phénoménales. Il connaissait Shakespeare par cœur, la peinture anglaise sur le bout des doigts et tous les chorégraphes contemporains. Il collectionnait les tapis kilim, les bronzes. C’était un tsar mais pas une star. Je dînais chez lui plusieurs fois par semaine. Quels feux d’artifice que ces conversations avec les artistes et esprits éclairés dont il savait s’entourer : Rostropovitch, Jean-Claude Carrière…

Jean-Luc Choplin       Télérama 3467 du 22 06 2016

Quinze ans plus tard, à 49 ans, le 9 juillet 2014, à la demande de son partenaire de prédilection, Nicolas Le Riche, 42 ans, danseur étoile de l’Opéra national de Paris, qui fait ses adieux au public à l’Opéra Garnier, elle dansera encore une séquence d’Appartement. Trente minutes d’applaudissements les salueront !

9 01 1999                    Partis le 21 novembre 1998, de Gould Bay, près de l’île Berkner, sur l’Antarctique, un attelage de 5 militaires du Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne – PGHM – , menée  par Antoine de Chouddens, arrive au Pôle Sud en autonomie complète : ils ont parcouru 1 350 km (30 km / jour) en tirant un traîneau de 300 kg.

11 01 1999                   Martine Aubry signifie à Jacques Bertholle, Directeur Départemental du Travail en Martinique depuis 1991, sa prochaine mutation dans l’intérêt du service. Il avait pris un peu trop au sérieux son travail et commençait à beaucoup déranger le patronat béké [descendants des planteurs français]. Huit mois plus tard, des émeutes agitaient la Martinique sur fond d’irrégularités sur la législation du travail.

14 01 1999                    Oyez, Oyez, bonnes gens : l’âme de Robin des Bois vit encore : elle a émigré dans le désert, mais elle vit : après s’être laissé subjuguer pendant des années par le fric et la puissance, des Africains décident de passer à autre chose : des Mauritaniens tendent une embuscade au Dakar et emportent 4 voitures de presse, 3 camions, une moto et de l’argent. Les 3 camions seront rapidement retrouvés, vides tout de même. Un an plus tard, c’est même une menace terroriste qui fera prendre l’avion à tout ce joli monde, bagnoles et camions compris, pour shunter quatre étapes.

28 janvier 1999         On est à la veille des élections européennes. Daniel Cohn-Bendit, candidat, est pris à parti par une grande partie de la droite traditionaliste. Philippe Sollers aiguise bien sa plume pour flageller à qui mieux mieux, dans le Monde. Nombre de belles âmes feront mine de s’émouvoir ; ça va tanguer dans le Landerneau parisien. Jean-Pierre Chevènement minimisera le propos en le qualifiant de paria pépère. Il n’empêche que le paria pépère annonçait dix ans à l’avance la montée en puissance du Front National.

La France moisie

Elle était là, elle est toujours là ; on la sent, peu à peu, remonter en surface : la France moisie est de retour. Elle vient de loin, elle n’a rien compris ni rien appris, son obstination résiste à toutes les leçons de l’Histoire, elle est assise une fois pour toutes dans ses préjugés viscéraux. Elle a son corps, ses mots de passe, ses habitudes, ses réflexes. Elle parle bas dans les salons, les ministères, les commissariats, les usines, à la campagne comme dans les bureaux. Elle a son catalogue de clichés qui finissent par sortir en plein jour, sa voix caractéristique. Des petites phrases arrivent, bien rancies, bien médiocres, des formules de rentier peureux se tenant au chaud d’un ressentiment borné. Il y a une bêtise française sans équivalent, laquelle, on le sait, fascinait Flaubert. L’intelligence, en France, est d’autant plus forte qu’elle est exceptionnelle.

La France moisie a toujours détesté, pêle-mêle, les Allemands, les Anglais, les Juifs, les Arabes, les étrangers en général, l’art moderne, les intellectuels coupeurs de cheveux en quatre, les femmes trop indépendantes ou qui pensent, les ouvriers non encadrés, et, finalement, la liberté sous toutes ses formes.

La France moisie, rappelez-vous, c’est la force tranquille des villages, la torpeur des provinces, la terre qui, elle, ne ment pas, le mariage conflictuel, mais nécessaire, du clocher et de l’école républicaine. C’est le national social ou le social national. Il y a eu la version familiale Vichy, la cellule Moscou-sur-Seine. On ne s’aime pas, mais on est ensemble. On est avare, soupçonneux, grincheux, mais, de temps en temps, La Marseillaise prend à la gorge, on agite le drapeau tricolore. On déteste son voisin comme soi-même, mais on le retrouve volontiers en masse pour des explosions unanimes sans lendemain. L’Etat ? Chacun est contre, tout en attendant qu’il vous assiste. L’argent ? Evidemment, pourvu que les choses se passent en silence, en coulisse. Un référendum sur l’Europe ? Vous n’y pensez pas : ce serait non, alors que le désir est oui. Faites vos affaires sans nous, parlons d’autre chose. Laissez-nous à notre bonne vieille routine endormie.

La France moisie a bien aimé le XIXe siècle, sauf 1848 et la Commune de Paris. Cela fait longtemps que le XXe lui fait horreur, boucherie de 14 et humiliation de 40. Elle a eu un bref espoir pendant quatre ans, mais supporte très difficilement qu’on lui rappelle l’abjection de la Collaboration.

Pendant quatre-vingts ans, d’autre part, une de ses composantes importante et très influente a systématiquement menti sur l’est de l’Europe, ce qui a eu comme résultat de renforcer le sommeil hexagonal. New York ? Connais pas. Moscou ? Il paraît que c’est globalement positif, malgré quelques vipères lubriques.

Oui, finalement, ce XXe siècle a été très décevant, on a envie de l’oublier, d’en faire table rase. Pourquoi ne pas repartir des cathédrales, de Jeanne d’Arc, ou, à défaut, d’avant 1914, de Péguy ? A quoi bon les penseurs et les artistes qui ont tout compliqué comme à plaisir, Heidegger, Sartre, Joyce, Picasso, Stravinski, Genet, Giacometti, Céline ? La plupart se sont d’ailleurs honteusement trompés ou ont fait des œuvres incompréhensibles, tandis que nous, les moisis, sans bruit, nous avons toujours eu raison sur le fond, c’est-à-dire la nature humaine. Il y a eu trop de bizarreries, de désordres intimes, de singularités. Revenons au bon sens, à la morale élémentaire, à la société policée, à la charité bien ordonnée commençant par soi-même. Serrons les rangs, le pays est en danger.

Le danger, vous le connaissez : il rôde, il est insaisissable, imprévisible, ludique. Son nom de code est 68, autrement dit Cohn-Bendit.

Résumé de sa personnalité, ces temps-ci : anarchiste mercantiliste, élite mondialisée, Allemand notoire, candidat des médias, trublion, emmerdeur, Dany-la-Pagaille. Il a du bagou, soit, mais c’est une sorte de sauvageon. Personne n’ose crier (comme dans la grande manifestation patriotique de l’époque anti-68) : Cohn-Bendit à Dachau !, mais ce n’est pas l’envie qui en manque à certains, du côté de Vitrolles ou de Marignane. On se contentera, sur le terrain, de pédé, enculé, bandit, dans la bonne tradition syndicale virile. Anarchiste allemand, disait le soviétique Marchais. Allemand qui revient tous les trente ans, s’exclame un ancien ministre gaulliste de l’intérieur. Il n’est pas comme nous, il n’est pas de chez nous, et cela nous inquiète d’autant plus que le XXIe siècle se présente comme l’Apocalypse.

Le moisi, en euro, ne vaut déjà plus un kopeck. Tout est foutu, c’est la fin de l’Histoire, on va nous piller, nous éliminer, nous pousser dans un asservissement effroyable. Et ce rouquin rouge devenu vert vient nous narguer depuis Berlin ? C’est un comble, la famille en tremble. Non, nous ne dialoguerons pas avec lui, ce serait lui faire trop d’honneur. Quand on est un penseur sérieux, responsable, un Bourdieu par exemple, on rejette avec hauteur une telle proposition. Le bateleur sans diplômes n’aura droit qu’à quelques aboiements de chiens de garde. C’est tout ce qu’il mérite en tant que manipulateur médiatique et agent dissimulé des marchés financiers. Un entretien télévisé, autrefois, avec l’abbé Pierre, soit. Avec Cohn-Bendit, non, cela ferait blasphème dans les sacristies et les salles feutrées du Collège de France. A la limite, on peut dîner avec lui si on porte le lourd poids du passé stalinien, ça fera diversion et moderne. Nous sommes pluriels, ne l’oublions pas.

L’actuel ministre de l’intérieur (Jean-Pierre Chevènement) est sympathique : il a frôlé la mort, il revient du royaume des ombres, c’est un miraculé de la République, laquelle n’attendait pas cette onction d’un quasi-au-delà. Mais dans ministre de l’intérieur, il faut aujourd’hui entendre surtout intérieur. C’est l’intériorité qui s’exprime, ses fantasmes, ses défenses, son vocabulaire spontané. Le ministre a des lectures. Il sait ce qu’est la vidéosphère de Régis Debray (où se déplace, avec une aisance impertinente, cet Ariel de Cohn-Bendit, qu’il prononce Bindit).

Mais d’où vient, à propos des casseurs, le mot sauvageon (employé par Chevènement) ? De quel mauvais roman scout ? Soudain, c’est une vieille littérature qui s’exprime, une littérature qui n’aurait jamais enregistré l’existence de La Nausée ou d’Ubu roi. Qui veut faire cultivé prend des risques. On n’entend pas non plus Voltaire dans cette voix-là. Comme quoi, on peut refuser du même geste les Lumières et les audaces créatrices du XXe siècle.

Ce n’est pas sa souveraineté nationale que la France moisie a perdue, mais sa souveraineté spirituelle. Elle a baissé la tête, elle s’est renfrognée, elle se sent coupable et veut à peine en convenir, elle n’aime pas l’innocence, la gratuité, l’improvisation ou le don des langues. Un Européen d’origine allemande vient la tourmenter ? C’est, ici, un écrivain européen d’origine française qui s’en félicite.

01 1999                         Lancement de Mars Polar Lander qui se posera près du Pôle Sud de Mars. La France  [CNES] participera à l’opération en fabriquant un orbiteur qui récupérera les échantillons de roches en 2008. Lancement prévu de l’orbiteur en 2005 par Ariane V. Montant de la participation française : 2,5 milliards de francs… mais, dans les heures précédent l’arrivée sur Mars, le 3 décembre 99, Mars Polar Lander cessera de donner de ses nouvelles pour aller  probablement s’écraser à la surface : ce sont 150 millions de dollars qui partent en fumée !

3 02 1999                   Les assassins du préfet Érignac courent toujours. Quelques journalistes ont eu accès à des informations sensibles : elles viennent directement du préfet Bonnet qui a son contact – Corte – , au sein de la mouvance nationaliste. Tous les gardent pour eux sauf Jacques Follorou qui publie dans Le Monde :

le commando compterait dans ses rangs d’anciens activistes du FLNC localisés dans la vallée de la Gravone ou au col Saint Georges. Déjà condamnés dans plusieurs affaires, ses membres seraient toujours rompus aux techniques militaires et à la vie en clandestinité [] Ils auraient agi avec des personnes condamnées pour des affaires de droit commun et réinsérées professionnellement dans l’automobile [] un ancien légionnaire, soupçonné d’exercer des fonctions d’instructeur au sein de la mouvance nationaliste, pourrait avoir joué un rôle dans cette opération.

Si l’on voulait donner un signal aux assassins pour leur dire qu’il s’agissait désormais de décamper au plus vite, on ne pouvait pas mieux s’y prendre !

9 02 1999                   Dans les trois derniers jours, plus de deux mètres de neige sont tombés dans la vallée de Chamonix, et c’est l’avalanche sur le hameau de Montroc, entre le Tour et Argentières, partie des contreforts du massif du Chardonnet : 23 chalets sont broyés, causant 12 morts et 1 blessé grave. Les précédentes avalanches dans les mêmes zones remontent à 1908 et 1978.  On avait vu dans les décombres de cette dernière des arbres de plus de deux cents ans, ce qui signifie bien que le risque réel ne se présente pas chaque année. Michel Charlet, maire de Chamonix sera condamné à 3 mois de prison avec sursis le 17 juillet 2003.

Quinze jours plus tard, c’est Galtür, un village du Tyrol qui connaît le même type de catastrophe, en plus grave, – 2 avalanches géantes en un seul jour et ce sont en Suisse, comme en Italie et en France, une succession d’accidents de montagne, d’avalanches, de skieurs bloqués en station… du jamais vu depuis 50 ans . Trois randonneurs contraints au bivouac à presque 3 000 m. au pied de la Pointe de la Réchasse, en Vanoise, se verront secourus après neuf nuits passées sous abri, grâce à un téléphone portable muni d’une batterie pleine de bonne volonté. L’accident n’est pas sans rappeler celui de Vincendon et Henry, en 1956 : mais ils n’avaient alors pas pu se faire d’abri, ils étaient à peu près 1 000 m plus haut, donc avec une température très probablement plus basse et, même bien localisés,  les secours ne pouvaient utiliser comme aujourd’hui l’hélicoptère, surtout d’un modèle inadapté à la montagne comme le Sikorsky. Et surtout, le drame de Vincendon et Henry était un véritable accident… alors que l’histoire de la Vanoise en 1999 ne fût en fin de compte qu’une très grosse mousse montée par les médias pour raconter le sauvetage ordinaire de montagnards qui, s’ils aimaient la montagne, ne crachaient pas pour autant sur l’argent, fût-il facile :

[…]         Ce n’est que le samedi que nous avons cherché un endroit d’où le portable pouvait fonctionner. Nous voulions rassurer nos familles qui commençaient peut-être à s’alarmer où à se poser des questions. Nous avons d’abord appelé les secours… mais nous n’avons pas appelé au secours ! Je leur ai dit dans quelle situation nous nous trouvions, et leur ait demandé  comment allait évoluer la météo. Ils ont répondu : Ça ne va pas s’arranger ; on va essayer de vous repérer. Mais jamais ils n’ont pu avoir l’impression que nous étions en perdition.

[…]    Lorsque les secours arrivent, qu’on voit les hélicoptères, c’est un beau moment, très fort. On devient un peu euphorique. On a envie de dire merci, bonjour, n’importe quoi. Mais avec les pilotes, l’émotion est surtout passée par des échanges de regards, des petits signes. Puis ils nous ont prévenu : On vous attend en bas ! Vous savez, vous avez fait parler de vous. On a répondu Ah bon ? sans imaginer une seconde la dimension que toute cette histoire avait prise…

Le lendemain, Paris-Match m’a contacté pour me proposer de publier les photos prises avec l’appareil jetable que j’emporte toujours en randonnée. Avec Philippe et  Olivier, on s’est dit pourquoi pas ? On est comme tout le monde, on ne déteste pas l’argent. Et d’emblée, nous avons décidé tous les trois de faire un don à l’orphelinat des CRS… Le vendredi matin (rien n’était conclu avec Paris Match, rien) on donne une conférence de presse. Déjà, dans les couloirs, ça photographiait de partout, c’était délirant. J’en rigolais. Ça n’avait de sens ni par rapport à ce qu’on était ni par rapport à ce qu’on avait vécu. Dans la salle, il y avait au moins cent cinquante journalistes, des flashs dans tous les sens, devant, derrière. Nous n’étions vraiment pas à l’aise. En tout cas, nous n’avions pas l’à-propos qu’il fallait pour répondre à des pourquoi vous avez fait ci, et pourquoi pas ça

Christophe Palichleb. L’Humanité. 28 05 1999.

Mais peut-être le coût de leur sauvetage – entre 300 000  et 500 000 F -, va-t-il contribuer à généraliser les dispositions légales les plus récentes, à savoir le paiement  par les bénéficiaires de secours, ce qui rompt nettement avec la gratuité des secours, c’est à dire en fait leur prise en charge par le contribuable, jusqu’à présent ardemment défendue par les milieux de la montagne : les dernières lois autorisent les préfets à envoyer la facture aux communes du lieu des recherches, à charge à elles de  faire suivre aux intéressés : dans les faits, cette procédure reste encore exceptionnelle.

15 02 1999                   L’AFMA – Association pour la Fondation de la Mémoire d’Auschwitz, tient son assemblée générale. Henri Moraud, (†1991), avait clairement défini ses buts : Maintenir dans sa réalité le souvenir d’Auschwitz sans oublier aucun des groupes qui y furent victimes des nazis, en préservant la spécificité du martyre juif et en ne laissant pas annexer par un seul peuple, cette expérience terrible qui touche toute l’humanité.

Le nom de l’association change pour devenir : Fondation pour la Mémoire d’Auschwitz et de la Shoah. Dans les six paragraphes énumérant les buts de la fondation, il n’est question que du génocide juif, que de la mise en valeur des lieux de mémoire liés à la Shoah [8] . S’il est question de résistance, il ne s’agit que de celle des Juifs. Toutes les grandes associations de déportés résistants, non sans protester, se retirent alors de la Fondation : FNDIR : Fédération Nationale des Déportés et Internés de la Résistance, fondée en 1945. UNADIF : Union Nationale des Associations de Déportés Internés et Familles de Disparus, fondée en 1950. Jacques Grandcoin, représentant de la FNDIR, explique ce départ :

[…]   L’introduction du mot Shoah révèle une intention d’isoler le génocide des Juifs, et celui des Tziganes et de le séparer de la politique d’ensemble du gouvernement hitlérien (…) sa partie historique gomme purement et simplement la création du système concentrationnaire (…) Pour une association française qui vise à perpétuer le souvenir d’Auschwitz dans ce pays, il est choquant de gommer ainsi les convois de résistants français…

*****

Il faut être fidèle à toutes les victimes.

Graham Greene The Heart of the matter     1948

18 02 1999             La Caisse d’Assurance Maladie de St Nazaire porte plainte contre la Seita, entreprise d’État, et d’autres fabricants de cigarettes.

02 1999                  Par la grâce des peaux de banane refilées d’une police à l’autre, Yvan Colonna découvre sous sa voiture deux balises posées par les RG : il va très sagement les y laisser, laissant sa voiture à des copains qui se chargeront de balader sur de fausses pistes nos fins limiers scotchés sur leurs écrans GPS.

12 03 1999                   Yehudi Menuhin s’éclipse de la scène : malgré d’incessants rappels, il n’y reviendra plus.

Maintenant, je sais qu’il y a un Dieu au ciel. Albert Schweitzer. 1929.

Yehudi Menuhin, le musicien qui adoucissait le monde.Libération. 14 mars 1999.

Tout au long de sa carrière, cet ange au jeu immaculé n’a fait que redescendre sur terre pour rejoindre ses confrères violonistes qui purent enfin faire jeu égal avec lui.

Alain Lompech. Le Monde. 14 -15 mars 1999

Il allait plus loin que la musique… et c’était comme, dans la luminosité de sa musique, entendre directement son âme chanter et exprimer une grande douceur et humanité.

Paolo Arca. Directeur Scala de Milan.

Il avait su fréquenter des allées qui ne sont pas celles de la mode, en prenant par exemple, après la guerre la défense de Furtwängler, resté à la direction de la Philharmonie de Berlin sous le régime nazi, comme si la fuite était une preuve de courage.

21 03 1999                   Le suisse Bertrand Piccard, petit fils d’Auguste, 1884 – 1962,  fils de Jacques, et l’ anglais Brian Jones terminent dans les sables d’Égypte le premier tour du monde en ballon, – Breitling Orbiter 3, – en 19 jours, 21 heures et 55 minutes.

23 03 1999                   Javier Solana, secrétaire général de l’Otan, donne l’ordre de lancer des opérations aériennes en République fédérale de Yougoslavie.

Je suis homme avant d’être serbe, ou albanais, parce que je suis nécessairement homme, et que je ne suis serbe, ou albanais, que par hasard.

Montesqieu.

Il est impossible de laisser sur notre continent tant de femmes et tant d’hommes victimes de la violence et de l’intolérance au seul motif de leur race ou de  leur religion.

Jacques Chirac.

L’Europe, depuis des décennies, s’est refondée sur la paix et le respect des droits de la personne humaine. Accepter que ces valeurs soient bafouées aux portes de l’Union européenne, c’eût été nous trahir.

Lionel Jospin.

Pour la première fois en ce siècle, l’Allemagne se trouve du bon coté.

Joschka Fischer.

Nous devons nous battre pour une Europe qui condamne la vieille notion de l’identité ethnique.

Ludger Volmer.

Le principe de la souveraineté des États a été singulièrement ébranlé, de même que celui du respect des frontières, deux dogmes de base de la communauté internationale. Ils furent, au Kosovo, défaits au nom du respect des droits de l’homme.

Alain Frachon. Le Monde . 12 mai 1999.

Une génération de dirigeants qui ont grandi avec le slogan Donner une chance à la paix ont hésité à donner une chance à la guerre.

Michael Ignatieff

Evgueni Primakov est alors premier ministre de la Russie de Boris Eltsine, en vol pour Washington : ulcéré d’apprendre la nouvelle sans que son pays ait été simplement informé au préalable pas plus que consulté, il donne l’ordre au pilote de faire demi-tour pour regagner Moscou où les nationalistes lui font un triomphe. Si au moins Bill Clinton avait attendu de le voir à Washington, cela lui aurait permis de sauver la face en prétendant ne pas avoir été au courant de la mise à exécution de l’ordre donné. Mais là, la preuve est établie  que les Etats-Unis ont décidé d’établir leur loi sur un monde unipolaire.

24 03 1999                  2000 m sous le paradis de la Vallée Blanche, l’apocalypse se déchaîne au cœur du tunnel du Mont Blanc.

Un camion Volvo chargé de farine et de margarine prend feu, et l’incendie se propage à une vitesse folle, atteignant rapidement des températures de 1000° : ce haut fourneau va faire  39 morts : il faudra cinq jours pour en venir à bout.

La Société du tunnel sous le Mont Blanc est depuis des décennies une des affaires les plus juteuses de France et les responsables ont préféré distribuer depuis le début des dividendes mirobolants …à Giscard, Balladur et consorts…plutôt que de réinvestir pour se mettre aux normes de l’an 2000 en matière de sécurité : le président est rémunéré 50 000 F/ mois, auxquels il faut ajouter 300 000F/an de frais de représentation, une mise à disposition gratuite d’appartements au Majestic de Chamonix…(chiffres démentis par Edouard Balladur, du temps de sa présidence de 1968 à 1981) à coté de cela, la conception du tunnel datait des années 50,  à une époque où absolument personne n’aurait pu supposer une aussi forte croissance de fréquentation. : 44 856 camions en 1966, 734 306 en 1997. Du temps de sa présidence, Charles Salzmann, président de juillet 1989 à juillet 1992, avait eu à gérer un accident, qui avait donné lieu à un rapport où l’on peut lire :

Fonctionnement impossible entre le matériel du Codis (Centre Opérationnel de protection civile) et celui de l’ATMB, prises d’eau non raccordables avec les lances à incendie, idem pour les bouteilles d’air et les appareils respiratoires, pas de fréquence commune avec l’ATMB, ce qui a empêché tout trafic radio.

Ces manquements, qui n’ont jamais été corrigés, se révéleront meurtriers lors de la catastrophe.

La dite société déclare dégager 45 millions de francs de bénéfice par an … un peu difficile à croire quand le CA doit se situer aux alentours de 723 millions à  raison de 976 F l’aller pour  un camion  (1 580 A-R) et  un passage moyen de 2 200 camions / jour, 100 F l’aller (126 A-R) pour une voiture : les recettes sont à peu près identiques coté italien, la différence venant de la gestion , coté français, en plus, de 106 km d’autoroute d’accès.

L’ATMB est détenue à 54,2% par l’État français, 15,18 % par le département de la Haute Savoie,  5,59 % par la Caisse des Dépôts et Consignations, 3,87% par la ville de Genève.

Coté italien, ce n’est guère plus brillant : la grande autonomie de la région du Val d’Aoste lui a permis de garder pour elle-même  90 % des recettes de TVA sur les droits de dédouanement aux importations, et, une fois ceux-ci supprimés, elle obtiendra une compensation de montant comparable du gouvernement central… tout était fait pour que le trafic augmente : prime de fidélité, opérations promotionnelles etc…

L’entreprise la plus touchée par la fermeture, au moins pour un an, du tunnel sera… le Casino de Chamonix, très fréquenté jusqu’alors par les Italiens.

La folie se transportera plus au sud, et le trafic de poids lourds va devenir rapidement insupportable, dans la vallée de la Maurienne pour emprunter le tunnel du Fréjus, et de Grenoble à Embrun, via le col du Lautaret et Briançon : avant le 24 mars, la  Guisane [Du Lautaret à Briançon] voyait défiler 200 poids lourds par jour, et la vallée de la Durance de 500 à 600.

Après l’accident du tunnel du Mont Blanc, les deux flux qui se rejoignent à Briançon, en comptent jusqu’à 1 200 … qui empruntent des rampes de 15  % au-dessus de l’Argentière  la Bessée !

03 1999                       Création de l’AFSSA : Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments.

20 04 1999                   Erik Harris et Dylan Klebold, tous deux 18 ans, se livrent à une tuerie dans une high school de Columbine dans l’Etat du Colorado, aux Etats-Unis : 15 morts – dont les deux tueurs qui se sont suicidés -, 24 blessés. À un journaliste qui lui demandait comment, à législation en matière de port d’armes à peu près identique, le Canada ne connaissait pratiquement jamais de telles folies, Peter Maher canadien avait répondu : Que voulez-vous ? Nous, nous avons une reine.

3 05 1999                   Le préfet Bernard Bonnet, se laissant emporter par son impatience à vouloir restaurer l’État de droit en Corse, donne des ordres sortant de l’État de droit à une cellule de gendarmes créée légalement , mais hors hiérarchie, un an auparavant, précisément pour ramener l’État de droit – les arguments ne manquaient pas : on pouvait voir alors un policier en arrêt maladie prendre le départ d’un marathon, un autre encore en arrêt maladie, gérer une buvette de plage etc… Le préfet Bernard Bonnet est incarcéré à la Santé et mis en examen : c’est une première dans l’histoire de la République. Bonnet le jour, cagoule la nuit diront rapidement les Corses. La justice sera d’une célérité ahurissante pour mettre sous les verrous un homme coupable seulement d’avoir dérapé… et les crapules politico-mafieuses de l’Ile de beauté continuent de parader dans les paillotes illégales, dont la destruction avait été ordonnée depuis quatre ans, sans un début de mise à exécution..

C’est un si drôle de pays que le préfet même ne peut pas s’empêcher d’aimer les bandits quoiqu’il leur fasse donner la chasse.

Gustave Flaubert. Lettre à sa sœur Caroline. Ajaccio, 6 octobre 1840.

13 05 1999                  L’intervention programmée de l’OTAN dans le conflit de l’ex-Yougoslavie vient faire violemment tanguer le navire des Verts allemands, de par leur participation de premier plan au gouvernement de coalition Schroeder, dans lequel Otto Schily, ex-Vert, est ministre de l’Intérieur et Joschka Fischer, ministre des Affaires étrangères.

Quelques jours plus tôt, on a pu entendre le député vert Hans Christian Ströbele s’indigner au Bundestag : Je ne comprends pas mon groupe parlementaire, qui s’est engagé pour plus de paix dans le monde, qui veut mener une politique de paix […] et qui accepte que, 54 ans après, une guerre soit décidée à partir du territoire allemand […] J’ai honte pour mon pays, en voyant qu’il mène une guerre au Kosovo et qu’il bombarde encore une fois Belgrade.

Les Verts ont convoqué un congrès extraordinaire à Bielefeld : Joschka Fischer y prend la parole, maculé de la bombe de peinture rouge qu’il vient de recevoir sur la figure – il a refusé de se changer – : La paix exige au préalable que des hommes ne soient plus assassinés ou déportés, que des femmes ne soient plus violées […] Je m’appuie sur deux principes : plus jamais la guerre, plus jamais Auschwitz ; plus jamais de génocide, plus jamais de fascisme : les deux vont ensemble pour moi.

Il obtiendra une majorité pour soutenir son engagement avec 444 voix sur 762.

23 05 1999                  Jacques Follorou persiste dans la publication dans Le Monde d’informations sensibles après avoir rendu compte de l’arrestation, le vendredi 21 mai au matin, de quatre membres du commando qui a assassiné le préfet Érignac :

…le groupe compte également d’autres figures qui n’ont pas été inquiétées, comme Joseph Caviglioli, gérant d’un motel à l’entrée de Cargèse, qui fut un temps au MPA et qui a rejoint depuis les rangs de Corsica Viva. Dans son entourage, on note la présence de ses deux beaux-frères, Yvan et Stephane Colonna (…). Yvan Colonna, berger, a élevé ses enfants dans la seule langue corse, avant qu’ils n’intègrent le système scolaire. Représentant la Cuncolta à Cargèse, il milite pour un nationalisme intransigeant. Stéphane Colonna, qui tient une paillote sur une plage voisine, paraît beaucoup plus modéré.

Yvan Colonna se sait déjà surveillé : le réseau qui assure son quotidien a été donné à la police par un voyou emprisonné en France moyennant finances et sécurité pour sa famille : trois mois plus tôt, il avait découvert les balises placées sous sa voiture, il  sait aussi que ses complices sont en garde à vue ; il prend malgré tout le temps d’accorder une interview à TF1, – qui sera diffusée le soir même -, de dîner avec l’équipe, et de disparaître au petit jour le dimanche. Dès le samedi 22 mai, à 0 h 15, la femme d’un des membres du commando, interrogée par la police,  le désignait comme acteur important de l’assassinat ; quand les policiers viendront l’arrêter le dimanche matin, le berger avait disparu depuis deux heures.

Raymond Forni, président de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, déclarera :

…la lecture de l’article du Monde paru samedi laisse dubitatif sur l’influence que sa parution a pu avoir sur la fuite d’Yvan Colonna. Le député soulignera, en revanche, les multiples dysfonctionnements, fortes rivalités, et lacunes graves apparues au cours de l’opération policière.

Reste à savoir comment Yvan Colonna a-t-il pu deviner que les policiers seraient aussi longs à venir le cueillir, et s’amuser ainsi à fanfaronner en territoire découvert, après la mise en examen de ses complices.

1 06 1999                    Depuis le centre spatial de Sriharikata, dans le sud du pays, l’Inde procède à son premier  lancement commercial de satellite à l’aide de la fusée PSLV : Polar Satellite Launch Vehicule.

25 06 1999                 Les Chantiers de l’Atlantique lancent le Mistral, le plus grand paquebot français depuis le France : 216 m. de long, 600 cabines où pourront s’installer 1 196 passagers servis par 500 hommes d’équipage. Festival Croisières, l’armateur, l’a mis sous pavillon de Wallis et Futuna[6], pour avoir un statut fiscal avantageux. Le Renaissance suivra le Mistral, un mois plus tard.

File:Mistral Kiel2003.jpg

30 06 1999                 Le comité d’experts de l’AFSSA, dirigé part Dominique Dormont, préconise de ne plus incorporer dans l’alimentation humaine et animale l’intestin de tous les bovins, quel que soit leur âge. Il faudra attendre plus d’un an pour que la mesure soit prise. Américains et Canadiens décident d’exclure du don du sang toutes les personnes ayant vécu ou séjourné à plusieurs reprises en Angleterre entre 1980 et 1998.

06 1999                       La folie encore une fois règne sur les média : ils font la une de leurs journaux avec le poulet à la dioxine, alors qu’un individu doit manger 74 000 cuisses pour être intoxiqué : autant dire que cette intoxication n’est pas plus dangereuse que la radioactivité naturelle que connaissent les montagnards.

Masaru Emoto est naturopathe et japonais. Il photographie [9] selon un protocole précis et reproductible les cristaux formés par l’eau à laquelle diverses informations sont adressées. Si on lui fait écouter du Mozart, elle produit des cristaux aussi beaux qu’un bijou, mais si on lui fait entendre un hurlement, elle ne produit qu’une masse informe de glace.

Différente aussi une eau avant son passage au micro-ondes et après, différente encore l’eau du robinet à Berne, Paris ou Washington, etc … L’eau a la capacité de reproduire et de mémoriser l’information. Nous pouvons dire également que l’eau des océans contient les mémoires de toutes les créatures qui vivent en leur sein. Les glaciers de la Terre  doivent certainement retenir des pans de l’histoire de la planète couvrant des millions d’années.

[…] Pour quelle raison la formation des cristaux serait-elle affectée par la musique, et pour quelle raison des résultats différents seraient-ils atteints selon les mots, écrits ou parlés, auxquels l’eau aura été exposée ? La réponse se trouve, à nouveau, dans le fait que tout est vibration. L’eau, si sensible aux fréquences particulières émises à travers le monde, joue essentiellement et de manière efficace le rôle de miroir du monde extérieur… L’eau reflète fidèlement toutes les vibrations qui se créent dans le monde et transforme ces vibrations en une forme qui peut-être vue par l’œil humain.

[…] L’eau tombée des cieux prend un temps considérable, pouvant aller jusqu’à des centaines d’années, pour s’infiltrer dans le sol et se transformer en nappes phréatiques. Joan S Davis, de l’Université Technique de Zurich, a mené pendant une trentaine d’années une recherche sur l’eau des rivières en Suisse, et elle se réfère à ces eaux profondes par l’expression eau sage. Elle appelle, par contraste, l’eau récemment tombée l’eau juvénile.

Au cours du processus de la chute des pluies sur la Terre, de son infiltration dans le sous-sol puis de sa réémergence, l’eau obtient de tous les minéraux qu’elle côtoie des informations diverses et accumule de la sagesse.

[…]  L’eau est composée, non pas de molécules indépendantes mais de groupes de molécules reliées par l’hydrogène sous forme de petits agrégats qu’on appelle de leur nom anglais cluster. Par le fait que l’eau subit de fortes pressions pour ensuite se précipiter en s’écoulant directement par les tuyaux, ces petits agrégats appelés clusters se brisent, laissant les minéraux s’échapper.

Masaru Emoto       Les Messages cachés de l’eau. Guy Trédaniel.2004

Il va devenir de plus en plus difficile de soutenir que rien n’est plus subjectif que la beauté. Où et quand trouvera-t-on un média qui dira qu’il s’agit là d’une des principales découvertes de nos vingt dernières années, qui va venir bouleverser tous nos schémas de pensée ? Car si la matière se révèle ainsi animée, il nous faut revoir toutes nos classifications.

Donc, l’eau aime Mozart, mais apparemment les zonards n’aiment pas l’eau, puisqu’ils n’aiment pas Mozart : l’expérience marche de façon très efficace : des voyous ou junkies ou assimilés vous embêtent dans un lieu public ? passez-leur du Mozart… et ils fuient. La formule a été testée dans 31 stations du métro de Londres, à la gare centrale de Copenhague…où les marches militaires font pratiquement jeu égal avec Mozart, à Hambourg où l’expérience a commencé depuis 4 ans : là, c’est plutôt La lettre à Elise qui concurrence Mozart.

Source : Le courrier International n° 742 du 20 au 26 janvier 2005, reprenant des articles de The Economist, Londres, Berlingske Tilende, Copenhague, Neue Revue, Osnabrück.

1 07 1999                    La pince d’accroche sur le câble tracteur du téléférique du Pic de Bure, à usage exclusivement professionnel, se relâche et la cabine glisse en arrière sur le câble : tout l’amarrage sautera au passage du pylône en aval : la chute de 80 mètres provoquera la mort des vingt occupants. Le téléférique, propriété du CNRS, était en service depuis 1981.

2 07 1999                     Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU nomme Bernard Kouchner administrateur civil au Kosovo, Haut Représentant de l’ONU. Fin de la détention préventive de Bernard Bonnet à la Santé : il est placé sous contrôle judiciaire.

7 07 1999                     Un accord cautionné par les États-Unis, l’Angleterre et l’ONU, met fin à huit ans d’une guerre civile qui aura ravagé la Sierra Leone pendant huit ans : le cocktail de drogue, diamants, armes blanches et armes à feu, en aura fait un des plus monstrueux conflits de la fin du siècle : 50 000 morts, des milliers de victimes amputées ou violées. Les négociateurs ont sacrifié la justice à la paix en cautionnant l’amnistie pour les criminels.

Les civils ont été abattus dans leurs maisons, interpellés et massacrés dans les rues, jetés des étages supérieurs des immeubles, utilisés comme boucliers humains, brûlés vifs dans les voitures ou les maisons. Ils ont eu les membres sectionnés avec des machettes, les yeux arrachés avec des couteaux, les mains écrasées avec des marteaux, et des corps étaient brûlés dans l’eau bouillante. Les femmes et les filles ont été systématiquement violées. Les enfants et les adolescents ont été kidnappées par centaines.

Human Rights Watch. Attaque de Freetown le 6 01 1999.

Non seulement l’amnistie ne va pas résoudre le problème de ce pays, mais elle va entretenir le cercle vicieux de la violence et de l’impunité ! Au cours des années 90, chaque gouvernement a essayé de négocier avec les rebelles. À chaque fois nous avons connu une période d’espoir, puis un coup d’État militaire, puis la guerre. L’amnistie, ça ne fonctionne pas. Et la position de la communauté internationale n’est pas défendable.

Abdul Tejan-Cole, avocat à Freetown.

L’an mil neuf cens nonante neuf sept mois
Du ciel viendra grand Roy deffrayeur
Resusciter le grand Roy d’Angoumois
Avant après Mars régner par bonheur

Nostradamus 10° centurie.

Ah bon, on n’a rien vu et pourtant on pensait le bonhomme sérieux.

9 08 1999                      Boris Eltsine nomme Vladimir Poutine premier ministre. La Russie a trouvé son maître, qui engage aussitôt la guerre en Tchétchénie. Et pourtant, le discret patron du FSB et secrétaire du Conseil de Sécurité, ne crève pas l’écran et part avec un préjugé défavorable : il est le cinquième premier ministre en l’espace d’un an et demi ! À promettre de buter dans les chiottes les terroristes Tchétchènes, il gagne vite une énorme popularité. Pour être populaire en Russie, si on n’est pas porté sur la vodka, il faut au moins être un guerrier. Boris Eltsine était porté sur la vodka et il avait été très populaire, et plébiscité trois années de suite ; Vladimir Poutine n’hésitera pas à envoyer l’armée et il sera populaire. Non seulement Gorbatchev n’était ni un guerrier, ni un bois sans soif, mais de plus il n’avait même pas été élu démocratiquement, ayant préféré être élu par le PC, sur une liste bloquée… autant de facteurs d’impopularité.

Nicolas Anelka, vingt ans, quitte le club de foot d’Arsenal pour le Réal de Madrid : coût du transfert : 220 millions de francs. Il recevra un salaire de 2 millions F par mois.

12 08 1999                 José Bové et ses amis de la Confédération paysanne mettent à sac à Millau un Mac Donald en construction, leur cible étant censée être le symbole de la mal-bouffe. En l’an 2000, Mac Donald en France, c’est 800 restaurants dans 470 villes, qui servent plus d’un million de repas par jour, à un rythme de croissance de 80 ouvertures de restaurant par an. À l’heure actuelle, l’Hexagone compte un bistrot pour 800 habitants et un Mac Do pour 72 000 habitants.

23 09 1999                  On savait les Américains grands maîtres de l’organisation et du management sur des opérations très lourdes et de grande envergure. C’est là règle… quelquefois confirmée par l’exception : Mars Climate Orbiter, sonde lancée 9 mois plus tôt, aurait dû étudier le climat de la planète rouge de mars 2000 à janvier 2002 : c’était sans compter sur les défauts de communication qui ont fait que la société Lockheed Martin a transmis des spécifications en pieds et pounds alors que le Jet Propulsion Labatory de Pasadena avait clairement demandé que toutes les spécifications soient en métrique, comme l’usage en avait été établi pour toutes les sondes précédentes. Quand de pareilles bourdes se produisent lors de la télécommande de mise en orbite d’une sonde autour d’une planète, cela envoie très très vite la sonde au tapis,  pour la bagatelle de 120 millions de dollars.

09 1999                  La France compte 61 300 000 citoyens, … mais de plus il faut loger encore à peu près 51 millions d’animaux domestiques :

  • 23 millions de poissons… ceux-là, on leur fiche la paix… avec pipi-caca ils ne dérangent que l’eau de leur bocal.
  • 8, 4 millions de chats
  • 7, 9 millions de chiens
  • 5, 8 millions d’oiseaux
  • 3 à 4 millions de rongeurs
  • 2 millions de lapins, reptiles, mygales, scorpions et micro-porcs.

À Paris, on compte 200 000 chiens qui font chaque jour 16 tonnes de crottes ; la ville en enlève 12 t, ce qui lui coûte 12 F/kg. La police ne dresse à ce sujet que 6 PV par an ! ce qui est sans doute le chiffre le plus éloquent pour dire l’immense courage de nos responsables politiques.

1 10 1999               La Russie engage avec 80 000 hommes la seconde guerre de Tchéchénie : et Vladimir Poutine d’y aller de son mouvement de menton : Nous irons les buter jusque dans les chiottes. Il avait pris prétexte pour engager cette deuxième guerre des nombreux et récents attentats attribués aux Tchétchènes qui avaient endeuillé la Russie, sur son sol. Mais pas besoin d’être grand clerc pour se souvenir que Poutine avait fait toute sa carrière au KGB, puis FSB, grands maîtres en matière de provocation et de manipulation :

Je crois qu’il faut se garder d’interpréter rapidement les attentats, par exemple de 1999, qui ont servi d’alibi à déclencher la seconde guerre de Tchétchénie. Eh bien il est aujourd’hui clair, ça ne l’était pas à l’époque bien entendu, mais maintenant nous savons que ces attentats n’étaient pas du tout l’œuvre des Tchétchènes auxquels on les a attribués, mais l’œuvre du FSB. D’ailleurs, il y a eu trois attentats au total dans différentes villes, mais pour la quatrième ville, Riazan,  là le FSB a été pris la main dans le sac. Par la suite, on a su que non seulement le modus operandi n’était pas du tout dans l’habitude tchétchène, mais qu’en plus les explosifs n’étaient pas des explosifs tchétchènes mais bien des explosifs russes. Le FSB est capable de beaucoup de choses, y compris contre son peuple.

Hélène Blanc, du CNRS, sur France Inter le 20 janvier 2011

10 1999                       Trois ans après avoir été saboté par le corps médical, – 200 millions d’Euros partis à la poubelle ! – le carnet de santé individuel, envoyé à 41 millions d’assurés sociaux voit un petit frère informatisé lui succéder : la carte Vitale, envoyée elle aussi aux mêmes 41 millions d’assurés sociaux…même refus du corps médical : seulement 10 % des médecins l’utilisent… les autres ricanent. L’affaire a coûté 41 millions d’Euros. 5 ans plus tard, en 2004, 1 milliard de feuilles maladie étaient traitées par an, et 25 % des cabinets médicaux n’étaient pas encore informatisés.

31 10 1999                  All Blacks (Nouvelle Zélande) – France : c’est la demi finale de la Coupe du Monde de rugby : la France n’a fourni jusqu’à présent que des prestations timorées… elle n’a convaincu personne. Face aux meilleurs joueurs du monde, elle doit logiquement se faire étriller, au mieux perdre honorablement… c’était sans compter sur le miracle… miracle de la conjonction de l’esprit de révolte, du talent, de la rapidité et de l’opportunisme : jamais les Blacks ne connurent pareille défaite : 43 – 31.

Comprendra-t-on jamais ? Probablement non. Heureusement non. Le destin ne s’est pas accompli. La raison du plus fort n’a pas été la meilleure. C’était juste un petit moment de  liberté, contre toute attente et toute logique. Ce soir, il serait déplacé d’être raisonnable.

Philippe Dagen. Le Monde 2 11 99.

13 11 1999                  Une tempête en mer, des pluies exceptionnellement fortes… et c’est de l’eau qui ne s’écoule plus…. la catastrophe pour l’Aude et les Pyrénées Orientales : 34 morts, 240 communes touchées,  et près de 6 milliards F de dégâts.

Mais accepte-t-on de reconnaître l’irremplaçable rôle des vers de terre : en France, on compte que l’espèce humaine pèse à peu près 40 kg à l’hectare, quand le ver de terre en pèse, lui, 1 100 kg ! En poids, c’est l’espèce, et de beaucoup, la plus représentée sur notre terre. Et c’est lui qui fait de notre terre une éponge à même de boire l’eau qui lui tombe dessus ! Vous mettez des pesticides partout, et bien sûr, les vers de terre sont tués… la terre devient compacte et n’absorbe plus l’eau…

Les colères tenaces des gens des montagnes

On a pu assister, ces derniers mois, à des phénomènes politiques et sociaux déroutants et parfois inquiétants dans ce que les géographes appellent l’arc alpin, cette zone de montagne qui s’étend sur la France, la Suisse, l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche et la Slovénie. D’un coté, on a vu, aux élections européennes, la liste des Verts emmenée par Daniel Cohn Bendit arriver en tête dans plusieurs communes des montagnes savoyardes, à commencer par la plus emblématique d’entre elles, Chamonix. Ces parages ne passaient pas pourtant jusque là pour des bastions révolutionnaires et apportaient en général la majorité de leurs suffrages à la droite.

D’un autre coté, le succès, aux élections législatives suisses, de Christophe Blocher, dirigeant d’un parti isolationniste et xénophobe, a traduit, après la percée de Jörg Haider en Autriche, la montée en puissance de ce populisme alpin dont nous signalions dans ces colonnes, en mars 1999, les caractères communs présents dans des formations politiques comme la Ligue Savoisienne en France, ou le FPOE autrichien. Même la CSU, le parti bavarois dominant, n’est pas exempt de ces tentations en dépit de ses prétentions à la respectabilité : c’est elle qui s’est opposée le plus farouchement à la modification de la loi sur la nationalité allemande du gouvernement Schröder, qui introduisait une part de droit du sol ; c’est elle qui a exhorté l’OEVP, le parti frère autrichien, à conclure une alliance avec le populiste Jörg Haider….

Nombre de responsables politiques et d’intellectuels originaires de ces régions dénoncent les courants populistes qui, s’ils devenaient majoritaires, feraient courir à ces contrées et à leur population le risque d’un repli frileux dans leurs montagnes et leurs vallées, d’un farouche isolement, dont certains cultivent encore une nostalgie aussi romantique qu’irréaliste. Une telle dénonciation, cependant, court le risque de se limiter à l’incantation si elle ne s’accompagne pas d’une interrogation approfondie sur les causes qui amènent l’homo alpinus à manifester ses colères qui peuvent paraître contradictoires.

Si, dans le passé, la pauvreté et le dénuement faisaient de ces montagnards les parias des sociétés en voie de modernisation, les pauvres de jadis sont devenus les riches d’aujourd’hui, et ces régions se caractérisent par un PIB supérieur et un taux de chômage inférieur à la moyenne nationale. Cependant, dans cette Europe qui se construit, ce sont encore les villes et les plaines qui entendent dicter leurs lois aux gens des montagnes. Ces derniers ressentent comme une agression intolérable l’encombrement de leurs vallées par des camions, alors qu’il y a quelques années, les percées alpines étaient considérées comme un progrès décisif pour le désenclavement. L’accident dramatique du tunnel du Mont Blanc a été le révélateur de ce malaise grandissant.

Les incompréhensions entre gens du bas et gens du haut se manifestent également à l’occasion de douloureux faits divers, comme cela est apparu lors du procès du guide de montagne Daniel Forté, présumé responsable par imprudence de la mort d’enfants lors d’une randonnée à raquettes. Ce qui, dans l’esprit montagnard, est perçu comme l’effet de la fatalité, du prix à payer pour le risque assumé de jouir des plaisirs des sommets est considéré, en bas, comme une entorse au principe de sécurité absolue qui doit présider aux activités de loisir.

Incapacité à s’unir.

La défense du principe de la biodiversité maximale incite des écologistes, essentiellement urbains, à défendre la réintoduction du loup et des ours dans des zones agropastorales, alors que les éleveurs de moutons considèrent la présence des carnivores comme une agression insupportable. Les parlementaires des zones de montagne, quel que soit leur parti, soutiennent les bergers. Jadis, ces derniers, qui n’étaient pas en mesure d’éradiquer les loups, avaient fait contre mauvaise fortune bon cœur : on faisait la part du loup, et ce qui restait de la dépouille des animaux égorgés appartenait au berger, et non pas au propriétaire.

Les gens des plaines, qui utilisent la montagne pour leurs loisirs, sont souvent ignorants des règles séculaires qui ont permis à ces populations de survivre en dépit de la dureté du climat et du relief. Ces règles allient une démocratie radicales des communiers des montagnes à une conscience aiguë des devoirs de l’individu à l’égard de la communauté. On trouve encore dans les greniers savoyards ces bâtons de feu qui se passent de famille en famille selon un ordre rigoureux : celle qui l’abritait était chargée pendant une semaine de veiller aux incendies pendant que les autres habitants du village vaquaient à leurs travaux. Les solidarités abstraites ou désincarnées, telles qu’elles sont organisées dans les sociétés modernes, ne suscitent que méfiance dans ces populations qui considèrent souvent comme des parasites ceux qui en bénéficient. Une attitude qui aboutit parfois à des situations absurdes, où des personnes ou des familles dans le besoin n’osent pas demander le RMI de peur d’être montrés du doigt.

La plus grande faiblesse des gens de montagne pour faire valoir des idées et des revendications qui ne sont pas toutes aussi rétrogrades que certains l’affirment, c’est leur incapacité à s’unir, à surmonter conflits et rivalités ancestraux. Les querelles des deux Savoie, par exemple, ont empêché jusqu’ici la naissance d’un pôle universitaire à la mesure du dynamisme économique de la région. C’est dire combien on est loin d’un front commun des gens des Alpes, capable de surmonter les différences de langue ou de religion de populations qui partagent pourtant mode de vie et valeurs à une échelle transnationale. C’est pourquoi l’homo alpinus reste réactif  plus qu’actif, révolté plus que réformiste.

Luc Rosenzweig      Le Monde du 17 Novembre 1999.

10 12 1999                   Lancement réussi d’Ariane V pour mettre sur orbite le plus gros satellite jamais construit par l’Europe : XMM, 10 mètres de long, 16 mètres d’envergure, 4 tonnes : il est muni de trois télescopes et doit analyser les rayons X provenant d’une source autre que le soleil ; il devrait  rester opérationnel pendant deux ans.

11 12 1999                     Après  dix huit ans de fermeture pour restauration des peintures, la Chapelle Sixtine, le joyau du Vatican, ouvre à nouveau ses portes au public. L’encrassement des peintures est une histoire aussi vieille que la chapelle elle-même. Dès le début, son usage principal est resté cantonné aux célébrations de la Semaine Sainte : mais cette utilisation, même très limitée, supposait l’usage de braseros pour chauffer les lieux, braseros qui dégageaient de la fumée, qui n’était évacuée par aucun conduit, cela suppose aussi des centaines de cierges de cire et de chandelles de suif. Au XIX° siècle, on se souciera de l’affaire, mais ce sera pour recouvrir le tout d’un vernis ! Et, plus tard, quand naître la voiture, ce seront les gaz d’échappement qui viendront en remettre une couche… Les fresques de ce club de génies, au premier rang desquels Michel Ange, puisque c’est lui qui a réalisé les fresques de la voûte et le Jugement dernier, au-dessus de l’autel, avaient eu le temps de se décolorer, de s’affadir, vieillissant comme les humains avec une place de plus en plus grande occupée par le gris, gris-beige.

Que faire ? D’abord trouver les sous. Et c’est une société privée de télévision japonaise qui se proposera pour être le mécène de l’opération, en l’échange du droit à l’image : la Nippon Télévision Network Corporation va débourser 4,2 millions $.

La technique : elle va être italienne, romaine et même vaticane, car c’est le laboratoire de restauration des peintures du Vatican qui va effectuer les  travaux, avec à sa tête, Gianluigi Colalucci, entouré de Maurizio Rossi, Piergiorgio Bonetti et Bruno Baratti, qui appliqueront les règles établies dès 1978 par Carlo Pietrangelli, faites de prudence et d’utilisation de produits éprouvés depuis longtemps. Principalement on utilise un solvant nommé AB 57, qu’on laisse agir à peu près 20 minutes, puis que l’on lave avec de l’eau distillée. Et 24 heures plus tard, on recommence la même opération et ce, jusqu’à estimer que la surface est propre. Il faut aussi souligner que le nettoyage d’une fresque, qui chimiquement, est un carbonate de calcium, est une opération moins risquée que celui d’un peinture à l’huile. Le procédé eut ses détracteurs, dont le premier argument était que Michel Ange avait utilisé, après la réalisation des fresques, du noir de fumée, appliqué à sec, pour donner du flouté là où il le jugeait nécessaire, lequel flouté disparaissait inévitablement à l’application du solvant ; et les partisans répondaient que le flouté avait déjà depuis longtemps disparu lors des restaurations antérieures.

Il faudra aussi procéder à des choix purement esthétiques et non plus techniques. Michel Ange a terminé le Jugement dernier peu avant le Concile de Trente, aussi voit-on dans les peintures de la voûte les corps exaltés, Renaissance oblige, et bien sûr des corps nus ; il en va autrement dans le Jugement dernier, à l’approche de la Contre réforme. Toujours est-il que la pudibonderie s’installant, le sinistre pape Paul IV demanda que fussent recouvertes nombre de ces nudités, ce qui permit au Braghettone – Daniele della Volterra, ami et élève de Michel Ange  – de les habiller et ainsi d’échapper à l’effacement, ce que souhaitait initialement Paul IV. Et se pose alors la question, sitôt que l’on entreprend une restauration : qui déshabille-t-on et qui laisse t-on habillé ? On choisit de  restaurer les nus qui avaient été habillés au baroque, mais de maintenir habillés ceux qui l’avaient été avant le XVI° siècle.

Le résultat est une merveille, symphonie de couleurs vives, voire claquantes. Un chef d’œuvre de restauration.

12 12 1999                    Le pétrolier Erika, sous pavillon maltais, se casse en deux au large de Belle Île : 10 000 tonnes achetées par la compagnie Total se répandent : on parviendra à en pomper  1 000. Le reste ira garnir les côtes de Bretagne et de Vendée. 20 000 tonnes ont sombré avec les deux moitiés du navire, à 120 mètres de fond, et remontent en partie en surface. Le commandant du navire, mis en examen dans un premier temps, fût finalement disculpé. Reste à savoir pourquoi, la veille du naufrage, il avait lancé un signal de détresse à 14 h, qu’il avait annulé une demi-heure plus tard.

L’utilisation de pavillons de complaisance par les pétroliers leur coûte 20 % moins cher qu’un pavillon national.  Total avait continué à faire travailler ce bateau, en fermant les yeux sur les sonnettes d’alarme : les armateurs s’étaient vu imposer de très importantes réparations par le bureau Veritas : plutôt que de s’exécuter ils avaient changé de bureau de vérification et avaient pris mèche avec un bureau italien. Depuis plusieurs années, les compagnie Shell, Exxon, BP se refusaient à utiliser ce bateau.

Végétation, instrument de télédétection embarqué sur le Satellite Spot – ERS 1, est à même de détecter un dégazage de pétrolier, mais seuls jusqu’à présent la Norvège et Singapour ont voulu utiliser ces informations… en 1996, un dégazage de nuit a été fait entre Corse et Sardaigne, zone de plus interdite aux pétroliers : cette double infraction n’eût aucune suite.

18 12 1999                   Des stations météo enregistrent des variations de température tout à fait inhabituelles en l’espace de 4 jours : de –23°C à +10°C.

19 12 1999               Les élections à la Douma apportent à Vladimir Poutine une majorité qui lui est acquise. Les délais voulus par la constitution  officialiseront sa prise de fonction le 26 mars 2000. Boris Nemtsov, ancien ministre de Boris Eltsine fait partie des élus qui s’opposeront rapidement à Vladimir Poutine. Il sera assassiné à deux pas du Kremlin le 27 janvier 2015.

Les principes qui guideront Poutine une fois au pouvoir  pourront se résumer à trois NIET, suites du cadrage : Celui qui ne regrette pas l’URSS n’a pas de cœur, celui qui souhaite son retour n’a pas de tête.

  • Jamais comme la révolution russe, autrement dit la guerre civile et le chaos.
  • Jamais comme Gorbatchev, archétype du tzar faible et indécis.
  • Jamais comme Eltsine, archétype de l’alcoolique qui tombe dans la déchéance physique et mentale.

22 12 1999                        L’Allemagne découvre Angela Merkel, la fille qui tue le père.

Helmut Kohl a perdu les élections en septembre  1998 et cédé sa place de chancelier au social-démocrate Gerhard Schröder, après vingt-deux ans de règne sans partage sur la CDU et cinq élections à la tête de la chancellerie. Wolfgang Schäuble lui a succédé à la tête du parti. Mais personne n’ose s’attaquer à Helmut Kohl. Même en cet hiver 1999, où il se trouve empêtré dans le scandale des caisses noires de la CDU sur le financement de ses campagnes. La statue du Commandeur vacille sérieusement mais tient bon. Angela Merkel l’aide à tomber. Elle est devenue secrétaire générale de la CDU après la défaite électorale.

Elle signe une tribune dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ). Sur un ton certes poli, avec les respects d’usage et la gratitude due au vieux chef, elle demande rien moins que de laisser tomber et tourner la page de l’ère Kohl : Les processus mis en place par Helmut Kohl ont nui au parti. Le parti doit réapprendre à marcher, à croire en lui et à affronter ses adversaires politiques sans son vieux destrier, comme Kohl aimait se désigner lui-même. Il doit quitter ses parents comme un enfant qui a dépassé sa puberté…

Tout le monde est sidéré. Angela Merkel est la petite ministre que personne n’a vue venir. Elle commence à peine à siéger dans les instances dirigeantes de la CDU. Elle a tout préparé en douce.

Ça a été un choc. Elle savait que je désapprouverais ce texte et que j’en parlerais à Schäuble. C’était une action déloyale. Totalement inappropriée. Nous n’avions pas à nous émanciper de Kohl, nous n’étions pas opprimés ! J’étais perturbé, profondément. Je n’avais plus confiance en elle. Deux ans plus tard, nous avons eu un autre conflit et je suis parti.

Klaus Preschle, l’un de ses plus proches collaborateurs

Je détestais Kohl et j’avais de la sympathie pour Merkel avant qu’elle ne le descende. Je ne l’en ai que plus aimée après. Ce qu’elle a fait était d’un courage insensé. Dans le monde de la CDU de l’Ouest, il était impensable de toucher à Kohl. Elle me fait l’effet de Siegfried dans l’opéra de Wagner qui, un peu naïvement, n’a pas peur de s’attaquer à Wotan.

Volker Schlöndorff

Wolfgang Schäuble est la deuxième victime, plus discrète, d’Angela Merkel. Elle n’a même pas à mentionner son nom dans son texte de la FAZ : le président de la CDU, impliqué autant que l’ancien chancelier, est emporté avec lui dans l’affaire des caisses noires. D’une pierre, deux coups. Merkel n’a qu’à donner une dernière pichenette.

En  1999, j’ai compris qu’Angela Merkel serait la première femme chancelière d’Allemagne.

Quelques mois plus tard, elle est élue à la tête de la CDU. Elle apparaît dans une conférence de presse aux côtés de Wolfgang Schäuble et de Helmut Kohl, lequel fait sa dernière apparition publique. Il n’adressera plus la parole à sa Mädchen avant plusieurs années. Il appartient au passé. L’Allemagne découvre Angela Merkel.

Marion Van Renterghem      Le Monde du 2 09 2016

Hans-Ulrich Beeskow a été son professeur de mathématiques, chargé d’un groupe de collégiens sélectionnés pour leurs dons exceptionnels en cette matière. Deux fois par mois, ils le rejoignaient pour des cours supplémentaires. Angela Kasner [son nom de jeune fille], de douze à quinze ans, était l’une d’entre eux :

C’est l’élève la plus douée en maths que j’aie jamais eue de ma vieLe niveau de ces classes était très élevé et même en comptant les garçons, qui étaient plus nombreux et généralement plus forts en sciences, je n’en ai jamais eu d’aussi remarquable.

Angela s’attaquait aux problèmes par un cheminement souvent différent et plus rapide que celui proposé par le corrigé académique. Elle avait une pensée logique, une grande capacité analytique et elle se battait jusqu’au bout pour y arriver. Elle n’abandonnait jamais. Jamais elle ne disait que c’était impossible. Elle cherchait dans tous les sens, et elle trouvait toujours. C’était déjà cela sa force. Depuis que je l’observe au pouvoir, je reconnais son intelligence tactique. 

26 et 28 12 1999        De mémoire d’ordinateur, et même d’homme, la douce France reçoit une gifle comme jamais : des pointes de vent à plus de 200 km/h, et ceux-ci qui tournent habituellement dans le sens des aiguilles d’une montre (dans l’hémisphère nord) le font, très curieusement cette fois-ci dans le sens contraire.

Le bilan est très lourd : 88 morts, 300 millions d’arbres, soit 120 à 140 millions de mètres cube, – 90 privée, 50 publique. Il faudra cent ans avant de retrouver la situation antérieure – [l’ONF et les communes abattent  14 millions de mètres cubes par an, les privés environ 75]. On nommera ces deux ouragans Lothar et Martin.

En volume, la forêt française représente presque 2 milliards de m3. Cette tempête en a mis bas pas loin de 15 %… c’est à dire que dans les régions les plus touchées, les taux doivent se situer entre 25 et 30 %. Cela représente 4 fois la récolte de 1997 : 35 millions de mètres cubes. Ce sont surtout les épicéas qui ont été touchés [l’épicéa a un réseau de racines radiales, restant près de la surface, le sapin a des racines pivotantes] ainsi que les hêtres et les bois blancs. Les chênes et merisiers ont été les moins touchés. Il faudra environ 2 milliards F pour nettoyer tout ça, si possible avant l’arrivée de la douceur avec laquelle viennent les bestioles. Le feu détruit en moyenne 25 000 ha par an ; si l’on ne tient pas compte des revenus qui seront tirés de ces chablis [arbres entiers abattus], cette tempête de quelques heures aura anéanti autant que 34 ans d’incendie !

On a vu des pylônes haute tension cassés en deux ; 3,45 millions de foyers privés de courant, 1 million d’abonnés privés de téléphone ; Notre Dame de Paris, la Sainte Chapelle et bien d’autres chefs d’œuvre du patrimoine endommagés, le parc de Versailles, les Bois de Vincennes, Boulogne ravagés. Cumulée avec les inondations du sud, six semaines plus tôt, l’affaire coûtera 15 milliards d’ Euros, dont 2.6 pour l’EDF.

On a vu cassés par des paquets de mer 3 carreaux de fenêtre de la cuisine du phare de la Jument, au sud de l’île de Sein : ces fenêtres sont à 40 mètres au-dessus du niveau de l’eau !

Nos voisins, Suisse, Allemagne, Grande Bretagne et Espagne auront quarante morts. L’Allemagne aura plusieurs millions d’hectares de forêt ravagés. En Suisse, l’observatoire de la Junfraujoch enregistra dans la nuit du 27 au 28 des pointes de vent à 226 km/h.

Par les médias, on savait ces choses là relativement fréquentes en zone intertropicale, mais pas chez nous.

La Documentation fiscale de base, contenait 3 778 pages en 1990 ; elle en compte maintenant 5 948, soit 57 % d’augmentation en dix ans.

En France, loi d’indemnisation envers les anciens harkis : une allocation forfaitaire de 110 000 francs complète celle mise en place en 1988. Le statut de victime de captivité des anciens harkis est reconnu, des aides diverses sont créées.

31 12 1999                 Boris Eltsine quitte le pouvoir. Il est usé, certes… Le deuxième mandat a été de trop… nombreux ont été les pontages ; il lui reste tout de même encore un  peu de sang dans son alcool, mais il est bien le premier chef d’État de la Russie à le faire de son plein gré, sans y avoir été contraint par la force, et ne serait-ce que cela, c’est d’une grande signification quant au progrès de l’idée démocratique en Russie. Il  a nommé Vladimir Poutine pour lui succéder, un ancien du KGB, qui fera faire du sur place à la démocratie.

Le Canal de Panama passe sous souveraineté panaméenne. Du temps de la souveraineté américaine, ces derniers s’étaient opposés au développement de ports coté atlantique, pour ne pas venir concurrencer les leurs. Les panaméens vont vite rectifier cela et construire un port à même d’accueillir 800 000 conteneurs.

1999                Les Etats-Unis inaugurent le détecteur (séïsmographe) LIGO, dont la construction avait été décidée neuf ans plus tôt. Une version rénovée redémarre en septembre 2015. En 1993, la France et l’Italie avaient  décidé de construire, près de Pise VIRGO , en service entre 2007 et 2011, qui sera relancé en 2016. C’est grâce à ces instruments que l’on aura en 2016 la confirmation de l’existence des ondes gravitationnelles prédites par Einstein en 1916.

_____________________________________

[1] Chacun peut s’en faire une idée de visu : il n’est que d’être allé au Montenvers il y a trente ans et aujourd’hui : là où l’on trouvait alors un sentier en légère pente descendante pour accéder à la Mer de Glace, il faut aujourd’hui emprunter des échelles métalliques quasiment verticales pour  descendre 105 mètres plus bas et ainsi arriver sur la Mer de Glace. Fernand Braudel cite le cas  dans les Hohe Tauern d’Autriche, de hautes mines d’or du temps des Romains et du Moyen age, remises aujourd’hui à l’air par le recul des glaciers. Mais rien n’est forcément irréversible : dans les Écrins, le glacier Blanc affiche un bilan positif depuis 2012 : il suffit d’un hiver avec de fortes chutes de neige et d’un été pas trop chaud.

[2] Dire que la fonte des glaces de l’arctique va augmenter le niveau des mers n’a guère de sens, puisqu’en gros la glace de l’arctique est assimilable à un glaçon dans un verre d’eau… dont la fonte n’entraîne pas d’augmentation du niveau de l’eau. Le total des glaces continentales représente 33 millions de km³ dont, pour la seule  calotte de glace de l’Antarctique, 30 millions de km³ avec une épaisseur de 3 km au centre du continent. Le 7 mars 2002, une plaque de glace de 3 275 km²  – 720 milliards de tonnes – [un peu moins de la moitié de la Corse] s’est détachée du glacier de Larsen, au sud de la Patagonie, se divisant rapidement en plusieurs morceaux, sous l’effet du réchauffement notable des eaux environnantes depuis 50 ans : environ 2,5°. L’événement est tout à fait exceptionnel, mais de là à dire qu’il est le signe d’un réchauffement global de la région, il y a un pas … qu’il ne faut pas franchir, car plus à l’ouest à la même latitude, on a observé une augmentation de l’épaisseur de glace comme de la surface gelée, signes d’un refroidissement : l’Antarctique n’est pas un petit morceau et il y a place pour une certaine diversité climatique.

[3] Lequel rapport leur vaudra le Nobel de la Paix, ce qui atteint par ricochet la vénérable institution !

[4] Indignation qui, il est vrai, ne parvient pas à être en prise chez nous : En France, on se relève de tout, même d’un divan disait Lamartine.

[5] Dans son refus, Tabarly se trouve en compagnie de Georges Brassens, qui motiva sa  position pour raison de pot au feu.

[6] Territoire choyé par la France : le BRGM et L’IFREMER auraient trouvé dans ses eaux territoriales le cratère sous-marin de 20 kilomètres de Ø, de l’ancien volcan de Kulolasi, qui regorgerait de terres rares !

[7] Les faits viennent confirmer les craintes  : le lancement du 3° élément de l’ISS : Zvezda, prévu  pour  Janvier 2000, est reporté au moins à fin juillet : deux Protons, les lanceurs, ont été perdus en juillet et octobre 1999. C’est embêtant car le module Zarya arrive déja en fin de vie et devrait connaître une grande révision. En attendant,  les Russes font durer les vieilles machines et redonnent du service à  la station Mir qui aura un nouvel équipage en mars 2000. Les Américains font  d’ailleurs la même chose avec leurs navettes, toujours en service en 2002, alors qu’elles avaient été conçues pour durer jusqu’en 1990 ! Les systèmes informatiques, les circuits intégrés, les puces sont aujourd’hui obsolètes et ils en sont réduits à acheter tout cela … aux puces ! Ses partisans les disent conçues pour effectuer 100 vols, alors que l’explosion du 1 février 2003 n’était que le 26° vol…

[8] Les résistants français se seront pas les seuls à faire les frais de cette confiscation de l’horreur par les Juifs : les 25 000 Noirs qui vivaient en Allemagne avant la guerre subirent eux aussi les persécutions du régime nazi… Lorsqu’après la guerre leurs représentants tentèrent de s’intégrer à des conférences sur les compensations, ils se firent mettre à la porte par les Juifs qui leur firent clairement comprendre qu’ils étaient indésirables. [Cf Courrier International du 28 10 1999, N° 469]… et encore cette fois-ci, avec les Arméniens : Shimon Péres, ministre des affaires étrangères d’Israël, en visite officielle en Turquie  en mars 2002 qualifie d’ absurdes les allégations parlant de l’existence d’un génocide arménien : Nous rejetons les tentatives de créer une similarité entre l’Holocauste juif et les allégations arméniennes (Courrier International n° 595 )

[9] Son livre : Les messages cachés de l’eau, aux Editions Trédaniel ; son DVD : Cristaux d’eau en mouvement à Anthyllide 28, Rue du Pont Louis Philippe 75004 Paris. Tel : 01 40 29 91 26.


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