20 mars 2003 à 2007. Séquençage du génome humain. Guerre en Irak. Opportunity. Tsunamis. Fric-frac en or : les quotas carbone. Fukushima. Inondations. 31404
Publié par (l.peltier) le 19 août 2008 En savoir plus

20 03 2003             Le camp de la paix ne l’a pas emporté : les États-Unis attaquent l’Irak : 250 000 hommes basés pour l’essentiel au Koweït, mais aussi en Turquie, Arabie Saoudite, Djibouti. 6 porte-avions, embarquant 480 avions. 60 000 hommes de plus sont mobilisés en Allemagne et aux États-Unis. Sont dans leur camp l’Angleterre, avec 20 000 hommes et un porte-avion, et l’Espagne qui, dans les travées des supporters crie : olé.

C’est probablement la plus grande faute politique commise depuis la fin de la 2° guerre mondiale, fondée sur des mensonges éhontés, avec force de serments – je jure de dire toute la vérité et patati et patata – proférés par Georges Bush, gobés par la Chambre des Représentants et le Sénat Américains : c’est sur ce terreau que va naître le concurrent d’Al Quaida, plus redoutable qu’Al Quaïda : DAECH, fort de très nombreux anciens officiers de Saddam Hussein.

Allons, vous le savez bien : autour de cette guerre d’Irak grandit l’angoisse ineffable du conflit de civilisations entre l’Occident et les peuples d’islam… L’annonciateur d’un choc de civilisations – lui, il en rêve ! – fut Ben Laden, l’illuminé, lorsqu’il fit s’écrouler, à New York, les tours jumelles de l’orgueil occidental. Auparavant, la maladie avait conquis l’Afghanistan, fermentait au Pakistan, essaimait en Bosnie, Tchétchénie, infestait quelques repaires clandestins de Londres ou Paris, poussait jusqu’aux Philippines, partout où le fanatisme sacralise une révolte, enflamme une misère. Mais c’est le fracas du 11 septembre qui date la déclaration d’une guerre nouvelle. Bien sûr, les pouvoirs des pays musulmans dénoncent cette maladie mentale de l’Islam  Mais ils le font avec une cautèle qui brouille, qui efface les frontières de l’interdit dans les opinions chauffées à blanc.

… Depuis deux millénaires, sur ces collines exaltées du Dieu unique, la croix et le croissant ferraillent entre les tombes… comme si les deux religions fratricides obéissaient, dans le décalage historique, au même cycle pour retremper dans le sang leurs Saintes Écritures… Depuis que le monde est monde, Dieu ne rate aucune guerre. Il hante chaque camp en appariteur sublime de la mort ! …Au fond de toute cette géhenne, on bute contre le retentissant échec des pays de l’aire arabo-musulmane. La liberté n’y fleurit toujours pas et la misère, depuis quatre siècles, y étouffe un passé glorieux. Sous cet outrage historique, la réaction furieuse de l’islam le porte à l’enragement, à la paranoïa, à la recherche de boucs émissaires. Mais vient déjà, pour les meilleurs d’entre eux – laïcs et imams – l’examen de conscience. Car l’islam constitue à lui seul le « logiciel » d’un fatalisme et d’une rigidité qui tétanise le monde musulman. Sa prétention à régenter tout à la fois le privé et le collectif, à courber les fidèles dans la soumission et la frustration voue « ses sectateurs à une infériorité inévitable ».

Après la guerre, si, comme prévu, le terrorisme reprend du poil de la bête, ce sera pour jeter ses derniers feux. Car l’islam finira par trouver ses Luther, ou ses Calvin, ses apostats et ses agnostiques. L’esprit de réforme, encore jugulé, prend déjà racine chez les jeunes Arabes. Ils cherchent à l’échec une autre sortie que le terrorisme  et sa jactance médiévale. Ils savent aussi que l’unité politique de l’islam est un fantasme…

Claude Imbert Le Midi Libre 7 avril 2003

10 au 14 04 2003        La Bibliothèque de Bagdad est pillée :

Hier, les livres ont été brûlés. Les pillards sont arrivés les premiers, puis les incendiaires. C’était le dernier chapitre du sac de Bagdad. La Bibliothèque nationale et les Archives nationales, trésor d’une valeur inestimable plein de documents historiques ottomans – y compris d’anciennes archives impériales – ont été réduites en cendres à une température de 3 000 degrés… J’ai vu les pillards. L’un d’eux m’a maudit lorsque j’ai essayé de réclamer un recueil de lois islamiques que portait un enfant qui n’avait pas dix ans. Parmi les cendres de l’histoire irakienne, je suis tombé sur un dossier dont les feuillets voletaient dans les airs : des lettres manuscrites provenant de la cour de Shérif Hussein, à La Mecque – qui donna le signal de la révolution arabe contre les Turcs – adressées à Lawrence d’Arabie et aux gouverneurs ottomans de Bagdad.

Et les troupes américaines n’ont rien fait. Tout voletait au-dessus de la cour remplie de saletés : des lettres de recommandation adressées aux cours d’Arabie, des demandes de munitions pour les troupes, des rapports sur des vols de chameaux et sur des attaques de pèlerins, tout cela écrit dans une calligraphie délicate. Je tenais entre mes mains les ultimes vestiges de l’histoire écrite de l’Irak. Mais, pour l’Irak, cette année est l’Année zéro ; avec la destruction des antiquités du Musée archéologique national, ce samedi, et l’incendie des Archives nationales, puis de la Bibliothèque coranique, l’identité culturelle de l’Irak a été effacée. Pourquoi ? Qui a mis le feu ? Dans quel but dément a-t-on détruit tout cet héritage ?

Robert Fisk               The Guardian 15 avril 2003

Et bien évidemment elle n’est pas la seule à connaître le pillage ; on verra même des membres de forces internationales s’y livrer…. le pompier pyromane :

À la mi-mai 2004, à Thee Qar, des douaniers ont confisqué des centaines d’objets, y compris des tablettes gravées, transportées à bord d’un camion des forces italiennes qui se dirigeait vers l’instable frontière avec le Koweït.

Fernando Báez          Histoire universelle de la destruction des livres Fayard 2008.

Mais il ne faut pas céder aux propos catastrophistes : des responsables ont senti venir les vents mauvais et pris les mesures qu’ils étaient à même de prendre :

Alors que le ministère du pétrole est sécurisé par les GI, le Musée archéologique est laissé sans surveillance. Une horde de pillards déferle aussitôt dans les 32  salles de cette institution, vitrine des plus anciennes civilisations de l’humanité. Au sous-sol, les réserves sont forcées par des mains expertes, qui emportent un butin choisi. En trois jours de razzias, des milliers de pièces de l’Antiquité  sont volées, fracassées ou mutilées. Vases babyloniens, marbres romains ou parthes, poteries de Perse ancienne, bronzes akkadiens, tablettes en terre cuite sumériennes gravées d’inscriptions cunéiformes, la plus vieille écriture connue du monde… Le choc est immense.

Mais le trésor de Nemrod, joyau d’entre les joyaux, ne figure pas sur la liste des objets disparus : les 72  kg de bijoux en or massif, découverts en  1989 dans les tombes de reines assyriennes du IXe  siècle avant  J.-C., seront offerts, début juillet  2003, pendant une heure, aux regards émerveillés de la presse internationale. Tiares, colliers, bracelets et ceintures ont passé toute la guerre dans la chambre forte de la Banque centrale de  Bagdad. La plupart des fleurons de la collection avaient été mis à l’abri, ici ou là, juste avant le début des hostilités.

Pendant les 11 années suivantes, une chasse aux trésors volés s’organisera de façon plutôt informelle, bien aidé par la publication par l’UNESCO sur Internet de la liste des objets volés, qui parviendra à remettre la main sur un tiers des 15 000 pièces, dont la plus prestigieuse : la statue sans tête de Basedki, une sculpture en cuivre datant de 2250 avant Jésus-Christ.

Des manuscrits en hébreu ont dormi au quartier général des moukhabarrat – les services secrets –  et dans un abri antiatomique. Quelque 8 000  pièces majeures, sur un total de 170 000, ont été entassées dans des cantines en zinc, à l’initiative de Selma Nawala Al-Moutawalla, la directrice des antiquités, puis emmurées dans une salle au sous-sol du musée. Aussi pieuse que prévoyante, la fonctionnaire avait juré sur le Coran de ne pas révéler la cachette à ces infidèles d’Américains. Jusqu’à ce que le diplomate italien responsable de la culture au sein de l’administration intérimaire mise en place à Bagdad, Pietro Cordone, la persuade de parler. Les pièces les plus précieuses ont échappé au pillage, souligne Qaïs Rashid. Ce qui a été volé provenait essentiellement des dépôts.

Benjamin Barthe         Le Monde 7 juin 2014

En quittant le terrain directement politique pour tenter d’en trouver un où les convergences soient possibles, la science par exemple, on réalise que les Calvin et Luther de l’Islam ne sont pas encore nés : en témoigne cette interview éclairante de Faouzia Charfi, physicienne tunisienne qui brosse un excellent historique de l’évolution de la science au sein de l’Islam. Les propos sont recueillis par Frédéric Bobin, correspondant du Monde à Tunis, publiés dans le Monde du 18 10 2017.

Le monde musulman a une tradition scientifique riche. Quels en sont les grands courants ?

Le monde musulman était à l’avant-garde de la science entre les VIIIe-IXe siècles et le XVe siècle. La science arabe a innové, elle a introduit de nouveaux concepts. On pourrait citer Ibn al-Haytham (Alhazen pour les latins) qui jette les bases au début du XIe  siècle de la théorie de l’optique. Il formule les lois de la réflexion qu’on étudiera plus tard à l’université comme les lois Descartes. Il s’est aussi intéressé à l’astronomie. Il a écrit un ouvrage extrêmement intéressant : Doutes sur Ptolémée. Ptolémée voyait le monde avec une Terre au centre, la Lune satellite de la Terre, et tout gravitait autour de la Terre. Alhazen pose un certain nombre de questions sur la démarche de Ptolémée sans toutefois remettre en cause le géocentrisme.

On peut aussi s’intéresser à un autre foyer de la science musulmane : l’observatoire de Maragha mis en place en Iran au XIIIe  siècle et qui a permis à un certain nombre d’astronomes de proposer une vision du mouvement des planètes beaucoup plus mathématique que dans le système de Ptolémée. A l’époque, les penseurs réfléchissaient de manière très libre sur tous les sujets scientifiques.

On pourrait aussi parler d’Al-Jahiz (776-869), un savant mutazilite – école théologique rationaliste – qui s’était intéressé aux êtres vivants. Il a écrit ce fameux Livre des animaux, un ouvrage magnifique. Al-Jahiz introduit déjà la notion d’évolution des espèces et interroge le rôle que peut jouer l’environnement dans cette évolution. C’est une rupture par rapport à ce qu’on pensait alors. Après lui, il y a eu les membres de l’association Ikhwan al-Safa (les Frères de la pureté) qui présentent au Xe siècle une chronologie d’apparition des êtres vivants. Puis Ibn -Miskawayh au XIe siècle qui parle, lui aussi, de l’évolution des espèces. Et Ibn Khaldoun au XIVe siècle a un passage magnifique dans les Prolégomènes où il parle de l’évolution des espèces. Ibn Khaldoun évoque un homme doué de raison qui vient après le monde simiesque.

 Pourquoi une telle dynamique intellectuelle s’est-elle ensuite enrayée ?

Effectivement, la science a quitté le monde musulman. Cela s’est fait de manière progressive. A ce sujet, je cite souvent un fait précis. En  1575, à Istanbul, le sultan ottoman Mourad III décide la construction d’un énorme observatoire, très sophistiqué pour l’époque. Deux ans plus tard, une comète apparaît dans le ciel et l’astronome d’Istanbul, Ibn Ma’ruf, prédit la victoire du sultan à telle bataille. Exactement à la même période, Tricho Brahé, le grand astronome danois, dispose dans le château d’Uraniborg du même type d’observatoire. Et face à la même comète de 1577, il l’analyse et lui attribue une orbite centrée sur le Soleil, probablement elliptique. Une telle analyse est une révolution, elle remet en cause deux fondements de l’astronomie antique : le ciel n’est pas immuable, les corps célestes ne reposent pas sur des sphères solides mais circulent librement. Mais à Istanbul, on continue de voir les comètes dans leur dimension magique. Finalement, le sultan Mourad III, ayant perdu la bataille, en veut à son astronome et fait détruire l’observatoire.

La science a ainsi disparu au cours des siècles du monde musulman. La science arabe a produit un patrimoine extraordinaire mais ce dernier n’a été intégré dans aucun cursus des grandes universités musulmanes de l’époque : la Zitouna à Tunis, Karawiyin à Fez ou Al Azhar au  Caire. Elles qui auraient dû être le vecteur de la transmission de toute cette civilisation n’ont pas joué ce rôle-là. Elles se sont contentées d’être un vecteur de transmission de la seule tradition, une tradition qui exclut la science. En somme, il n’y a pas eu de passeurs de science.

 Le dogmatisme s’est imposé à la place ?

 Là, le rôle du pouvoir politique est fondamental. Celui-ci s’était appuyé sur les oulémas, les hommes de la tradition, qui eux-mêmes ne voulaient pas d’une science qui remette en cause la vérité de la révélation. A partir des Xe-XIe siècles, la pensée acharite s’impose, en rupture avec le mutazilisme. Cette pensée pose que la puissance de Dieu domine le monde. Les lois scientifiques ne sauraient donc remettre en cause cette toute-puissance. Dieu est la cause première mais il est aussi maître des causes secondes. Il n’y a pas de principe de causalité. Et s’il n’y a pas de causalité, il n’y a pas de science.

Au XIe  siècle, l’un des penseurs emblématiques de ce courant acharite, Abû Hamid -Muhammad al-Ghazali, écrit que la raison n’est à retenir que si elle est au service de la vérité de la révélation. Un peu moins d’un siècle plus tard, à Cordoue, le grand philosophe andalou Ibn Rushd (Averroès en latin) a remis en cause les arguments d’Al-Ghazali pour redonner à la raison toute sa place. Mais aujourd’hui, c’est la pensée d’Al-Ghazali, source d’enfermement dogmatique, qui domine dans le monde musulman et non celle d’Averroès.

Depuis quelques années, des intellectuels musulmans cherchent à se réapproprier la science. A ce sujet, vous parlez de  » concordisme « . Qu’est-ce que ce concept recouvre ?

Selon le concordisme, toute la science moderne, sauf celle qui s’intéresse à l’origine de l’homme, existe déjà dans les versets coraniques. Le big bang, les trous noirs, l’exploration spatiale, l’embryologie, etc., toutes ces découvertes-là figuraient déjà, explique-t-on, dans le  texte coranique il y a mille quatre cents ans. Et on insiste sur l’illettrisme du prophète Mohammed pour mieux souligner son caractère miraculeux. Il y a de larges développements pour affirmer, texte coranique à l’appui, que l’expansion de l’Univers est prévue par tel ou tel verset. Le concordisme, c’est de considérer que la science d’aujourd’hui concorde avec un certain nombre de versets coraniques et que cela met en valeur le caractère miraculeux de la religion musulmane. Ainsi énumère-t-on les miracles scientifiques du Coran.

Vous soulignez l’existence de liens entre le concordisme musulman et le créationnisme anglo-saxon. Quels sont-ils ?

Depuis les années 1980 s’est nouée une sorte d’alliance entre les évangéliques américains et les islamistes, lesquels acceptent la science sous certains aspects concordistes mais en refusent la théorie de l’évolution. En Tunisie, on a bien vu cette attaque contre Darwin se développer à compter du milieu des années 1970.

Avec Internet, le mouvement s’est amplifié dans les années 1990. Il existe ainsi un site créationniste turc, animé par Harun Yahya (aussi connu sous le nom d’Adnan Oktar), auteur de L’Atlas de la création (Global Publishing, 2006), qui est en relation directe avec des créationnistes américains. Ces courants dénoncent le darwinisme comme une philosophie matérialiste. Pour les créationnistes musulmans, la théorie de l’évolution n’est pas une théorie. C’est grave, il y a là une déconstruction de la science. En juillet, la Turquie d’Erdogan a retiré Darwin des programmes scolaires.

 La Tunisie a toujours su affirmer sa singularité dans le monde musulman. Vous êtes pourtant inquiète. Pourquoi ?

 Je suis inquiète car le processus que je viens de décrire est aussi en train de nous arriver, et ce malgré tous les efforts de la Tunisie depuis l’indépendance, en particulier dans l’éducation. En  2002, Ben Ali – au pouvoir de 1987 à la révolution de 2011 – avait par exemple supprimé l’enseignement de la théorie de l’évolution dans les  sections mathématiques, c’est-à-dire aux futurs ingénieurs. En  2009, le mufti de la République expliquait que la théorie de l’évolution était fausse. C’est là le paradoxe de ce type de régime autoritaire qui combat apparemment les islamistes tout en leur faisant des cadeaux.

Aujourd’hui même, les causes d’inquiétude sont nombreuses. J’ai eu l’occasion de constater que des lycéens sont séduits par la mise en scène des miracles scientifiques du Coran. Cela leur donne l’assurance qu’au fond le monde musulman n’est pas si éloigné de celui qui aujourd’hui produit la science. Quant à la théorie de l’évolution, j’ai des collègues qui ont de réelles difficultés à l’enseigner à l’université.

Ce qui est grave, en fait, c’est qu’il n’y a pas débat à ce sujet. Ce qui permet à ceux qui veulent faire passer leurs idées de continuer leur travail. Pour moi, l’école et l’université sont aujourd’hui en danger en Tunisie. Une étudiante diplômée de la faculté des sciences de Sfax a ainsi voulu soutenir une thèse concluant que la Terre est plate et fixe au centre de l’Univers. Elle a pu travailler sur ce sujet-là pendant quelques années sans qu’aucun de ses collègues ne réagisse. L’affaire n’a éclaté cette année que lorsque l’information a filtré sur Facebook. L’étudiante n’a finalement pas été autorisée à soutenir la thèse. Mais cela s’est arrêté là. Il faut admettre que le milieu scientifique, de manière générale, est séduit par les thèses islamistes. Les scientifiques enseignent quelque chose qu’ils n’ont pas réellement adopté. Ils enseignent la science mais je ne suis pas sûre qu’ils soient au fond imprégnés de l’esprit scientifique.

14 04 2003                  Annonce de la fin du séquençage du génome humain, entrepris en 1990. Le génome humain est l’ensemble de l’information génétique portée par l’ADN sur les 23 paires de chromosomes présent dans le noyau plus l’ADN mitochondrial (hérité de la mère uniquement). Il porte l’ensemble de l’information génétique humaine, estimée à 100 000 gènes avant le séquençage et qui s’est révélée contenir finalement de 20 000 à 25 000 gènes. Cette entreprise de grande ampleur est le résultat d’une coopération scientifique internationale qui s’est étalée sur près de quinze ans. Elle a donné lieu sur le final à une très vive compétition entre le consortium public international et une société privée, Celera Genomics. Surprise : le budget prévisionnel initial qui avait été estimé à 7 milliards $ s’est révélé finalement inférieur à cette somme. Et quinze ans plus tard, le coût de ce séquençage sera ramené à 1000 $.

31 05 2003             Air France arrête l’exploitation de Concorde. British Airways en fera autant cinq mois plus tard.

06 2003                  Lancement de Mars Exploration Rover (États-Unis), pour étudier la géologie de la planète, et de Mars Express (Europe) : géologie, photo et cartographie. Les américains y ont mis deux robots à roues : Spirit et Opportunity, munis d’une batterie de caméras haute définition. Les Européens ont utilisé une fusée russe Soyouz. Le satellite est muni d’un atterrisseur Beagle 2, qui analysera le sol pour y découvrir des vestiges de la vraie vie, si, si, s’il parvient à amarsir.

5 07 2003 18h50    Yvan Colonna, l’assassin présumé du Préfet Claude Érignac en février 98, est arrêté dans une bergerie, au lieu-dit Margantaghia, près du village de Porto Pollo, commune d’Olmeto, à 10 km à vol d’oiseau à l’ouest-nord-ouest de Propriano. Pendant sa longue cavale, il n’aura jamais quitté son île, jouant à merveille de la solidarité clanique.

10 07 2003                   Bernard Faivre d’Arcier, président du Festival d’Avignon annonce, la mort dans l’âme, son annulation, du fait des grèves des intermittents du spectacle. Bartabas, qui se sent solidaire avant tout de ses chevaux et de sa troupe, se retrouve en pleurs, démuni, désarçonné. La voix tremblante, il lancera aux artistes en grève : Un artiste n’est pas un ouvrier du divertissement qui compte ses heures, il se consume au feu de sa passion. Je n’ai jamais compté avec les pouvoirs publics, jamais demandé de subventions au ministère de la Culture, jamais entaché ma liberté avec des sponsors, et j’ai toujours considéré qu’un artiste digne de ce nom respire, œuvre, souffre, exulte en marge de la société. Puis, un ton nettement au-dessus : J’envoie chier tous les gens de la CGT.

Décidément, non seulement il est génial, mais en plus il en a dans le pantalon, ce garçon !

27 08 2003             Pour la première fois depuis 73 000 ans, Mars se trouve à la distance la plus courte de la Terre : 55 758 millions de kilomètres.

31 08 2003             Une canicule comme il y a bien longtemps – 1947 – qu’on en avait vu, a raison de 14 802 personnes décédées entre le 1° et le 20 août, en plus de  la moyenne des trois années précédentes. L’affaire, grandement orchestrée par les médias deviendra  le scandale, insupportable en ce début du XXI° siècle dans un pays développé comme la France, avec, en toile de fond, cette horreur panique face à la mort, cette impuissance à estimer que c’est la phase normale de la fin d’une vie, cet aveuglément de nombre de médecins, devenus pour beaucoup simples techniciens de la santé. Les enquêtes révéleront qu’il n’y avait là rien de scandaleux, que ce sont les vieillards affaiblis par de récentes maladies et traitements médicamenteux lourds qui sont partis un peu plus tôt et les courbes de mortalité indiqueront bien que les chiffres très importants  de l’été ont été en quelque sorte compensés par des chiffres moindres à l’automne et l’hiver : sans canicule, la grosse majorité de ces vieillards serait morts à l’automne ou l’hiver : la canicule n’a fait que leur prendre quelques mois de vie. Le scandale est bien qu’on en ait fait un scandale, mais là, c’est commencer à instruire le procès des médias et ça, on n’y touche pas !

Les forêts souffrent aussi : les incendiaires réussissent leur coup sans aucun loupé, et c’est 40 000 ha qui partent en fumée, emportant dans leur brasier 3 pompiers et deux résidants.

21 09 2003             L’Agence Spatiale Américaine décide la destruction de la sonde Galileo, dans l’atmosphère de Jupiter, par peur de la voir entrer en collision et risquer d’endommager la planète de Jupiter : Europe. En 14 ans d’existence, Galileo a parcouru plus de 4,6 milliards de km, est passée 34 fois près des principales lunes de Jupiter, a découvert des preuves de l’existence d’océans souterrains sur Europe, Ganymède et Callisto, et détecté des niveaux très élevés d’activité volcanique sur Io.

24 09 2003                   Marie Humbert introduit dans la sonde gastrique qui alimente son fils Vincent, trétraplégique, muet et aveugle une forte dose de pentobarbital de sodium. Mais il n’est pas à jeun, ce qui ralentit beaucoup l’effet du poison. Un infirmier entre, et Vincent Humbert part au service de réanimation, dirigé par le Dr Chaussoy.

26 09 2003                   Le Dr Chaussoy décide d’arrêter le dispositif de réanimation et injecte à Vincent Humbert du chlorure de potassium, ce qui entraîne la mort immédiate. Marie Humbert et le Dr Chaussoy seront traduits en justice.

Le 26 novembre 2004 sera votée la loi relative aux droits des malades et à la fin de vie, dite loi Léonetti, qui interdit l’acharnement thérapeutique, promeut les soins palliatifs et définit un cadre pour que le patient puisse solliciter l’arrêt de certains traitements.

Anna Morvant, juge d’instruction délivrera une ordonnance de non-lieu pour Marie Humbert et le Dr Chaussoy  le 26 février 2006.

Pour concilier l’inconciliable – l’ordre religieux, l’ordre laïque et la médecine moderne -, la mission parlementaire en arrive donc à cette extravagance : proclamer la loi du hasard suprême ! Tous autant que nous sommes, nous devons obéir à notre maître, le hasard, promu tout à la fois architecte constructeur et ange exterminateur de notre existence, il est le seul maître de notre mort.

La république n’en vient à de telles aberrations que pour s’être aventuré sur un terrain qui n’est pas le sien. Elle n’a pas à dire si la vie est un droit ou une obligation, si l’homme peut ou ne peut pas choisir l’instant de sa mort. En fidèle servante de la laïcité, elle doit renvoyer cette question à la conscience de chacun. C’est la volonté de maintenir ce reste de théocratie dans la démocratie qui la fait ainsi dérailler. Mais, tout au long de ces débats dans les palais nationaux, nul n’aura rappelé le principe fondateur de l’ordre républicain : le droit pour chacun de vivre et mourir selon ses convictions. Toutes ces contorsions intellectuelles ne visent en définitive qu’à contourner la liberté de conscience afin de protéger le pouvoir médico-religieux.

[…]      Si les gens ordinaires avaient eu droit à la parole, ils se seraient exprimés comme ceux, si nombreux, qui sont intervenus dans les émissions qui ont suivi la publication de mon ouvrage consacré à la fin de vie, La Dernière Liberté. La plupart évoquaient la mort d’un parent. Dès les premiers mots, au seul son de la voix, je savais s’ils allaient évoquer une mort naturelle ou provoquée. Il s’agissait dans tous les cas de souffrances terribles, de déchéances terminales, de détresses insoutenables. Tous avaient demandé aux médecins d’abréger ces insupportables agonies. Les uns en parlaient avec une voix triste et apaisée, ils avaient été entendus, et le docteur avait fait ce qu’il fallait, comme ils disaient. Les autres avaient encore des sanglots dans la gorge, la plaie ne s’était jamais refermée. Ils avaient le sentiment d’avoir manqué à l’être qu’ils aimaient et se reprochaient de n’avoir pu lui apporter ce dernier secours.

Il serait simplement honnête de reconnaître que le laisser-mourir et le double effet peuvent toujours être pris en défaut par la cruauté de la nature. C’est alors que le confort du mourant devrait l’emporter sur celui des soignants. Certes, l’utilisation de telles substances létales permet bien des dérives. Raison de plus pour élaborer une loi qui impose la transparence et le respect de règles strictes, seul moyen de mettre un terme à ce pathétique divorce au chevet de certains malades en fin de vie.

Car il s’agit bien d’une totale incompréhension entre l’élite médico-religieuse et la sensibilité populaire. L’euthanasie compassionnelle n’éveille pas dans les consciences la même horreur, la même répulsion que le meurtre. Nos élites peuvent le déplorer, mais c’est un fait. Plutôt qu’en prendre acte et reconstruire une nouvelle morale pour une nouvelle réalité, elles restent obstinément crispées sur le vieil interdit. La mort médicalisée doit se conformer à une norme simpliste d’inspiration religieuse pour gérer une mort complexe et laïque.

Et voilà pourquoi notre mission parlementaire, tant par ses organisateurs qu’avec ses intervenants, a pu jouer cette détestable partition malgré une distribution aussi remarquable. Car les personnalités qui s’exprimèrent au cours de ces huit mois de travaux sont, chacune dans leur discipline, de tout premier plan. Elles ont amplement démontré leur compétence et leur intégrité. Les médecins qui adoptèrent ces positions dogmatiques font preuve des plus rares qualités professionnelles dans leur pratique quotidienne, j’en ai eu des témoignages personnels. Comment donc ont-ils pu se donner de si mauvais rôles.

Ils s’étaient enfermés dans le piège de tous les conservatismes : la justification d’un statu quo dépassé. Comment imaginer que, en accumulant ainsi les arguments fallacieux, ce bric-à-brac finirait par peser aussi lourd que l’interdit divin d’autrefois, qu’il s’imposerait dans un monde déchristianisé !

[…]       Par chance, le décalage était tel entre l’ordre moral et l’opinion, entre les principes anciens et les techniques modernes, entre les interdits ancestraux et les situations concrètes, que le bloc médico-religieux a dû en rabattre et accorder aux individus le droit de refuser, tout en leur refusant le droit de décider.

À l’arrivée, cela donne une cotte mal taillée, mais une cotte tout de même. La loi Léonetti constitue un progrès indiscutable pour les médecins, qui verront dépénaliser leurs bonnes pratiques de fin de vie, qui ne craindront plus la justice chaque fois qu’ils aideront un malade à mourir, C’est également un progrès pour les malades, qui voient confirmer leur droit à refuser toute forme de traitement, y compris l’alimentation et l’hydratation, au risque de précipiter eux-mêmes leur fin. C’est encore un progrès de voir reconnaître aux directives anticipées une valeur ne serait-ce qu’indicative.

Mais le conservatisme idéologique est demeuré intraitable sur les deux tabous : le droit de demander la mort et le droit de la donner.

Cette loi d’initiative parlementaire et non pas gouvernementale fut donc adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale le 26 novembre 2004. Au terme d’une séance mémorable par l’absence de tout antagonisme, la recherche constante du compromis, les élus du peuple se décernèrent une brassée de louanges. Tous ceux qui défilaient à la tribune estimaient que l’Assemblée s’était honorée et se devaient de remercier les initiateurs de cette proposition. En vérité, la représentation nationale n’en revenait pas d’avoir osé légiférer sur une telle matière ! Depuis cinquante ans, elle s’était persuadée que le premier qui s’y attaquerait serait carbonisé. Elle était étonnée et satisfaite de s’en être tirée à si bon compte.

De fait, le texte réussissait ce miracle de paraître novateur, alors qu’il se bornait à confirmer et à consacrer le statu quo en confortant l’ordre moral. L’unanimité regroupaient ceux qui avaient approuvé un premier pas en annonçant d’autres et ceux qui y avait vu une barrière interdisant d’aller plus loin. Le ministre Philippe Douste-Blazy était sur cette deuxième position en rappelant à la tribune qu’il était contre l’euthanasie et que la France ne voulait pas de ce qui se passait en Belgique ou aux Pays-Bas. Il affirma aussi que la loi permettait aux malades incurables de choisir leur mort. À condi­tion, bien sûr, de s’en tenir au catalogue du double effet.

Marie Humbert avait suivi le débat depuis la tribune du public. Elle écoutait ces députés qui ne l’avaient pas entendue. L’inverse eût été préférable. Elle avait beaucoup à leur apprendre ; ils n’avaient pas grand-chose à lui dire. La vie lui avait durement enseigné la nouvelle morale de la mort, celle-là même que la mission parlementaire avait soigneusement évitée pendant huit mois.

Marie était partie en campagne avec sa proposition de loi Vincent Humbert comme oriflamme : un texte bien raisonnable, puisqu’il ne proposait même pas la légalisation de l’euthanasie, rien qu’une exception d’euthanasie telle qu’elle a été sans cesse recommandée par le Comité national consultatif d’éthique. Mais c’était encore trop, beaucoup trop pour les défenseurs de l’ordre moral.

Notre élite figée n’avait définitivement rien compris à une revendication à la fois populaire et démocratique. Les instigateurs de cette grande manipulation entendaient même appeler loi Vincent Humbert la future loi Léonetti, et furent tout surpris par le refus indigné de Marie Humbert.

François de Closets                     Le divorce français           Fayard 2008

15 10 2003                Yang Liwei est le premier astronaute chinois : 14 tours de la Terre à bord de Shenzou V

17 10 2003             Mikhaïl Khodorkovski, le jeune – 41 ans – patron de Ioukos, géant du pétrole russe, apprenant que les autorités russes ne vont pas tarder à l’arrêter, opère un virement de 1,15 milliard de dollars sur des comptes détenus par des Français à la banque Clearstream basée au Luxembourg, qui seront ventilés entre plusieurs comptes dans des paradis fiscaux comme Vanuatu et la Grand Cayman. Il sera arrêté le 25 octobre. Une étoile filante…

1. Le génie du  » biznis «  Mikhaïl Khodorkovski naît à Moscou en juin 1963. Son père Boris et sa mère Marina travaillent à l’usine Kalibr qui fabrique des instruments de précision. L’époque est au dégel de Nikita Khrouchtchev et à une certaine insouciance. Le futur oligarque est pourtant un enfant de la période suivante, le cynisme des années Brejnev.

A l’Institut Mendeleïev de chimie, Khodorkovski est adjoint du chef de la section locale des komsomols, les jeunesses communistes, avec la tâche ingrate de récolter les cotisations. L’organisation est en pleine déliquescence. Des 38 millions de membres en 1985, il n’en restera que 4 millions en 1988. Pour rendre les komsomols plus attractifs, le nouveau premier secrétaire, Mikhaïl Gorbatchev, élu en mars 1985, les autorise à privatiser certaines activités. Khodorkovski ouvre un café et gagne ses premiers roubles en vendant du cognac, des jeans et de la littérature scientifique. Au moment où il obtient son diplôme, à l’été 1986, il a de quoi se lancer dans l’importation d’ordinateurs personnels, qu’il revend six fois plus cher.

La société moscovite de l’époque est loin d’être pauvre. Les ateliers clandestins, le marché noir, les passe-droits et les exportations illégales créent des fortunes en billets de 10 roubles, qui n’ont nulle part où s’abriter. Pour Khodorkovski, c’est une bénédiction. En 1987, alors qu’il est expulsé des komsomols tant ses affaires se portent bien, une loi imprudente autorise les coopératives, structures symbole de la perestroïka, à créer des banques. Celle de Khodorkovski s’appelle Menatep. Qui brasse vite beaucoup d’argent.

Le système soviétique fonctionne alors avec deux devises : le rouble liquide, assez rare et qui sert principalement à payer les salaires, et le rouble administratif, distribué aux entreprises par le Gosplan et son bras financier, la Gosbank. Pour ceux qui, comme Khodorkovski, parviennent grâce à des schémas sophistiqués et à des protections, à transformer des roubles administratifs en liquidités, la fortune est assurée.

2. Le tsar du pétrole En 1995, la banque Menatep est chargée par le gouvernement de privatiser, par voie d’enchères, la compagnie pétrolière Ioukos, qui possède alors un gisement à Nefteïougansk, en Sibérie, et des raffineries dans la région de Samara. A la stupeur générale, la banque se l’attribue à elle-même, pour la somme ridicule de 350 millions de dollars (deux ans plus tard, sa valeur boursière sera de 9 milliards de dollars).

Mikhaïl Khodorkovski a 32 ans et fait preuve, dès cette acquisition, d’une conduite stupéfiante des affaires. Il se met en défaut de paiement pour des crédits de 250 millions de dollars, change le lieu des assemblées générales à la dernière minute, fait paniquer ses actionnaires en envoyant de grosses sommes sur des comptes offshore et dilue leurs parts lors de soudaines augmentations de capital. Et lorsque la justice ouvre une enquête sur sa banque, un camion plein d’archives coule mystérieusement dans la Doubna.

Qu’il ne soit pas un enfant de chœur, tout le monde l’avait deviné. A Moscou, l’apparition des coopératives sous la perestroïka coïncide avec la formation des grandes mafias. Pour survivre au racket, Khodorkovski a dû négocier avec les gangs et recourir, parfois, à des hommes de main. Alexeï Pichugin, ancien officier du KGB et chef de la sécurité de Menatep, puis de Ioukos, sera accusé de plusieurs meurtres, dont celui du maire de Nefteïougansk, adversaire acharné de la compagnie, assassiné le jour de l’anniversaire de Khodorkovski, en juin 1998.

Cette année-là est charnière pour Ioukos. Son nouveau champ pétrolier géant, Priobskoïe, va livrer ses premiers barils quand la Russie sombre dans une crise financière qui la conduira au défaut de paiement. Par une habile manœuvre, Khodorkovski en profite pour évincer la compagnie américaine Amoco de ses actionnaires. Cette dernière perd 300 millions de dollars et ne s’en remettra pas, se faisant vite avaler par British Petroleum. En 1998 toujours, 4,8 milliards de dollars envoyés par le Fonds monétaire international pour renflouer la Russie disparaissent avant d’arriver à Moscou. La banque Menatep aurait joué un rôle dans ce détournement.

C’est sur ces deux forfaits que Khodorkovski se convertit à la transparence et lance une incroyable opération de charme en direction de l’Occident. En 2000, il appelle cinq Américains au conseil d’administration de Ioukos, en confie les comptes à McKinsey, la technique à Schlumberger et les relations publiques à APCO Worldwide. Il sponsorise bibliothèques, musées et ONG et crée une fondation caritative, Russie ouverte, où siègent Henry Kissinger et Lord Rothschild.

Là encore, c’est très bien joué. Un an plus tard, le 11 septembre 2001, les Etats-Unis découvrent que sur les 19 pirates de l’air, 15 sont originaires d’Arabie saoudite, leur plus grand fournisseur de pétrole. Les regards se tournent vers la Russie. En octobre 2002, Khodorkovski fait sensation dans une conférence pétrolière à Houston (Texas) en proposant la construction d’un terminal pétrolier géant à Mourmansk, sur la mer de Barents, destiné à livrer directement les États-Unis.

Ce faisant, l’oligarque semble prendre la main sur la politique étrangère de la Russie. Car il est aussi derrière un autre projet de pipeline à destination de la Chine, opposé au tracé prévu par Transneft, la compagnie nationale de transport pétrolier. Pour Vladimir Poutine, la coupe est presque pleine. Le président n’a-t-il pas fait savoir en juillet 2000 qu’il offrirait l’absolution aux fortunes amassées par les oligarques, à condition qu’ils se tiennent éloignés de la politique ? Khodorkovski ne cesse de le défier et contrôlerait, selon certaines sources, près d’un tiers des députés de la Douma. En 2002, il révèle le montant de sa fortune (7,5 milliards de dollars) et annonce qu’il se retirera des affaires en 2007 – un an avant l’échéance présidentielle.

3. L‘impertinent du goulag    La guerre est déclarée le 19 février 2003. Au Kremlin, devant les caméras, Poutine accueille les hommes les plus riches du pays. Il tient à montrer qui commande. Khodorkovski prend la parole pour dénoncer l’étendue de la corruption. Mon intervention avait non seulement été discutée avec l’administration présidentielle, s’est-il souvenu, dimanche 22 décembre 2013, à Berlin, mais j’avais même demandé avant la réunion s’ils étaient sûrs que je devais intervenir pendant la partie filmée. La prestation rend fou de rage le président russe. Cet homme m’a fait bouffer plus de boue que je ne peux en avaler, confiera plus tard Poutine.

Khodorkovski est arrêté en octobre 2003 sur le tarmac d’un aéroport de Sibérie. Deux de ses associés ont été arrêtés les mois précédents. Il se savait menacé mais a refusé l’exil qu’ont choisi tant d’autres oligarques. Une nouvelle vie commence, presque une rédemption. Son groupe est démantelé, sa fortune saisie – sauf ce qui a été déposé à l’étranger. Je ne sais pas combien, mais c’est assez pour vivre, a-t-il déclaré dimanche à Berlin. Les audiences de son procès se succèdent. L’accusé ne cesse de travailler, avec des marqueurs fluo et des post-it, dans sa cage de verre du tribunal et dans sa cellule moscovite, où il partage une petite table avec 14 autres prisonniers. Il prend rarement la parole, mais fait mouche à chaque fois, dénonçant les contradictions du procureur et les motivations de ce procès pour fraude fiscale, qu’il estime politiques.

A force de grèves de la faim et de discours insolents, il gagne la sympathie des Russes. D’oligarque, il devient dissident, et de dissident, il devient le héros de petites gens qui brandissent son portrait à l’extérieur du tribunal.

En 2005, il est condamné à neuf ans de réclusion. Il est envoyé dans un camp de travail à la frontière chinoise, où la radioactivité est très élevée. Il semble abonné aux punitions pour avoir accepté deux citrons de sa femme, bu le thé au mauvais endroit ou oublié de mettre ses deux mains dans le dos durant la promenade. Quand il termine le travail obligatoire (coudre des chemises et des gants), il écrit des lettres, essais, éditoriaux qui sont publiés en Russie et en Occident.

Lorsqu’un autre procès lui est intenté, en mars 2009, le président précède le jugement en affirmant que sa place, c’est en prison. Il purgera sa deuxième peine dans un autre ancien goulag, sur la mer de Barents, près de la frontière finlandaise. C’est là qu’il sera réveillé, à 2 heures du matin vendredi 20 décembre, pour être libéré et aller préparer, à Berlin, une quatrième vie.

Serge Michel Le Monde 24 décembre 2013

Deux ans plus tard, en décembre 2015, malgré son engagement à ne pas faire de politique, il appellera à la révolution en Russie, où plane la menace d’une nouvelle plainte contre lui pour avoir commandité le 26  juin 1998, l’assassinat de Vladimir Petoukhov, maire de la commune pétrolière Nefteïougansk, en Sibérie occidentale, où était implantée une filiale de Ioukos.

23 11 2003                 Edouard Chevardnadze démissionne de la présidence de la Géorgie : afin d’éviter toute effusion de sang, j’ai choisi de démissionner. La veille, alors qu’il prononçait un discours au Parlement, et que la foule grondait dans la rue, son successeur, le jeune et impétueux Mikheïl Saakachvili, avait pénétré dans l’enceinte, entouré de ses partisans.

11 2003                           L’ANPE change de logo :

Deux hémisphères complémentaires, métaphores de la rencontre entre l’offre et la demande d’emploi et la capacité de l’ANPE à s’adapter aux attentes, souvent complexes, de ses différents interlocuteurs : les demandeurs d’emploi, les entreprises, les partenaires, le grand public. Deux couleurs qui jouent la convivialité et la proximité au service d’une entreprise de contraste, de caractère et de diversité. Un vert, lumineux et tonique, qui traduit la dynamique de l’entreprise et sa volonté d’apporter du mieux, du positif. Un rouge, dense et profond, qui assoit le statut de grande entreprise de service public agissant de manière performante et durable. Une nouvelle identité visuelle ANPE … espèce de copie transposée dans l’espace du bien fameux taiji chinois qui, en plan, figure la théorie du yin et du yang… L’affaire n’aura coûté que la bagatelle de 2,4 millions d’Euros.

1 12 2003               Des personnalités de renommée internationale signent le Pacte de Genève, pour essayer de mettre fin à la guerre entre Israël et l’État palestinien. Avraham Burg, ancien président de la Knesset,  est l’un des signataires.

Je ne pense pas que nous puissions continuer à dire que la beauté et la morale sont de notre coté parce que nous avons subi un génocide il y a soixante ans. Je ne crois pas que nous puissions continuer à dire que la beauté et la morale sont de notre coté parce que nous avons été persécuté pendant deux mille ans. Aujourd’hui, nous sommes mauvais. Franchement mauvais.

… Nous avons perdu le sens du mal. Nous ne sentons plus et nous ne voyons plus. Récemment, je visitais un lycée près de Jérusalem. Beaucoup d’élèves disaient des choses effrayantes : Quand nous serons soldats, nous tuerons des vieux, des femmes et des enfants… Nous les expulserons, nous les mettrons dans des avions et nous les enverrons en Irak. Par centaine de milliers, par millions. Et la plupart des élèves applaudissaient. C’est en vain que je leur faisais remarquer que c’est la manière dont les gens parlaient de nous en Europe il y a soixante ans. Je suis vraiment effrayé. Nous sommes en train d’assimiler des normes qui ne sont pas les nôtres ; nous nous mettons à ressembler à nos ennemis.

Avraham Burg.   Courrier International 11au 17 décembre 2003

24 12 2003             Théoriquement Beagle II, le robot emporté par Mars Express aurait dû se poser sur Mars : mais il se refuse à confirmer la chose et reste muet. Au Centre de Francfort, c’est la soupe à la grimace. Mais la sonde elle-même Mars Express continue à tourner rond et enverra fin janvier des images prouvant l’existence passée de glace sur Mars.

Mars Express gets festive: a winter wonderland on Mars

le cratère Korolev, à 80 km de distance ; 1.8 km d’épaisseur de glace. Credit: ESA/DLR/FU Berlin, CC BY-SA 3.0 IGO

26 12 2003             Un séisme  d’une magnitude de 6,3 sur l’échelle de Richter rase la ville de Bam, au sud-est de l’Iran. On compte 30 000 morts. La forteresse de Bam avait servi de lieu de tournage pour le film Le désert des Tartares de Valério Zurlini, inspiré du roman de Dino Buzzati.

Décembre 2003       L’affaire du voile mobilise la France et l’affaire n’est pas que médiatique : Derrière chaque voile, il y a trois mille ans de haine envers la femme qui nous regarde. Tolérer le voile, c’est livrer une génération de filles pieds et poings liés aux mains de frères et de pères qui ne demandent qu’à leur imposer cette tenue d’infamie.

Enfin que ferons-nous demain, nous, citoyens de culture musulmane ayant fui nos pays d’origine en raison de la dictature du religieux, de l’absence de démocratie, et qui avons choisi la France comme terre d’accueil ou comme patrie, que ferons-nous quand nos filles à l’école publique se feront traiter de putes et traîner dans les caves parce qu’elles n’auront pas porté le voile, et que nos garçons se feront traiter de mécréants car ils n’auront pas respecté le ramadan dans les cantines ? Ne pas céder sur l’affaire du voile, c’est rendre un immense service à l’islam, lui apprendre qu’il n’est pas la religion unique mais une parmi les autres et que la France ou l’Europe ne sont pas des terres de conquête mais des territoires de partage.

Mohamed Kacimi. Libération 10 12 2003

2003                     I don’t care : c’est la réponse du berger à la bergère : le berger étant pour lors David Bowie et la bergère rien moins que la reine d’Angleterre quand celle-ci s’est proposée de l’ennoblir du titre de Sir. Sale gosse ! Mais comment donc peut-on avoir idée de faire une chose pareille à sa vieille Reine qui ne vous veut que du bien ? A-t-on idée ? 

En un an, le PIB de la Chine a progressé de 9.1%. Les importations pétrolières ont augmenté de 30%. La Chine a consommé plus de la moitié du ciment mondial, 30 % du charbon, 36% de l’acier. + 15% pour le cuivre, +100% pour le nickel. Si surchauffe il doit y avoir, elle viendra de là. On remet à jour un vieux proverbe chinois : moquez-vous des pauvres, pas des prostituées.

Ce que je préfère, ici, ce sont les gens. Je les aime. Il arrive que le boulanger me tende un croissant : Prends-le, c’est un cadeau. Dans un taxi, une fois, je n’avais pas de monnaie, et le chauffeur m’a dit : Tu paieras une autre fois. Ici, on ne peut pas de perdre : dès qu’on paraît déboussolé, quelqu’un vient vous guider, sans demander un sou. Pendant le mois de ramadan, les gens distribuent la nourriture gratuitement aux inconnus et aux pauvres, sur de longues tables dressées dans la rue. Ce sont des gestes qui touchent et qu’on imagine pas chez nous.

Yitong Shen, chinoise de 24 ans étudiante au Caire. Le Monde du 11 février 2013

2 01 2004               La sonde américaine Stardust, partie depuis presque cinq ans, a parcouru plus de 3 milliards de km ; elle a rendez-vous avec la comète Wild 2, à laquelle elle va tenter de prendre des poussières minuscules de 10 à 300 microns de Ø, témoins des premiers âges du système solaire. Si tout va bien, retour sur terre en janvier 2006.

4 01 2004               Le robot américain Spirit se pose impeccablement sur Mars et envoie rapidement ses premières images. Au Jet Propulsion Laboratory de Pasadena, c’est la joie. La mission ne doit pas excéder trois mois. Mais le petit bijou se révélera de plus particulièrement robuste : il va rester en service pendant cinq ans avec un accident en avril 2009 : il s’enlise dans le sable à l’extrémité d’un petit cratère de l’hémisphère sud, et le JPL ne parviendra pas à le sortir de là : qu’à cela ne tienne, il sera reconverti en engin stationnaire de recherche scientifique, son immobilité étant mise à profit pour mesurer les infimes oscillations de la rotation de Mars, afin de déterminer si le noyau de la planète est liquide ou solide. Déjà les données enregistrées sur certaines roches prouvent l’existence d’un passé liquide de la planète.

25 01 2004             Le robot américain Opportunity se pose sur Mars et transmet ses premières photos. 174 kg, 1,6 m de long, 1,58 m de haut, mât compris, il peut parcourir 40 mètres par jour pendant les trois mois que doit durer sa mission. A l’instar de son jumeau, il va se révéler lui aussi très costaud : 6 ans plus tard, il a envoyé 130 000 images et, toujours vaillant, l’œil vif, il roule tranquillement vers le grand cratère Endeavour.

30 01 2004                       Alain Juppé, président de l’UMP comparait devant le tribunal de Nanterre pour l’affaire du financement de son partiLa présidente, Catherine Pierce, rend son jugement :

Attendu que les valeurs de la République et du service public constituent le cœur de l’enseignement dispensé dans les grandes écoles de la République. Qu’Alain Juppé a précisément été formé dans celles-ci, puis qu’il a joué un rôle éminent dans la vie publique. (…) Attendu que la nature des faits commis est insupportable au corps social comme contraire à la volonté générale exprimée par la loi. Qu’agissant ainsi, Alain Juppé, investi d’un mandat électif public, a trompé la confiance du peuple souverain. Le tribunal, Monsieur, vous déclare coupable des faits de prise illégale d’intérêts. Il vous condamne à la peine de dix-huit mois d’emprisonnement avec sursis. Le tribunal constate que, par l’effet de l’article L7 du code électoral, vous ne devez pas être inscrit sur les listes électorales pendant un délai de cinq ans. Soit une inéligibilité d’une durée double, dix ans. Le tribunal de Nanterre venait de signer ce qu’Alain Juppé appellera sa mort politique.

Le 1°  décembre de la même année, il attend la décision de ses deuxièmes juges devant la cour d’appel de Versailles. Coupable, annonce la présidente Martine Ract-Madoux. La peine d’Alain Juppé est réduite de dix-huit mois à quatorze mois d’emprisonnement avec sursis. Mais surtout, la cour ne prononce contre lui qu’un an d’inéligibilité. Elle juge regrettable que l’ancien secrétaire général n’ait pas appliqué à son propre parti les règles qu’il a votées au Parlement et qu’il n’ait pas cru devoir assumer devant la justice l’ensemble de ses responsabilités pénales, mais elle souligne qu’il n’a tiré aucun enrichissement personnel et qu’il ne saurait être le bouc émissaire de pratiques illégales ayant bénéficié à l’ensemble des membres de sa formation politique.

A onze mois d’écart, deux décisions de condamnation, deux conceptions du rôle du juge. Dans le choix des mots d’abord : la première accable et brise, la seconde blâme mais ménage. Dans l’interprétation du droit, -ensuite : le tribunal de Nanterre s’en tient à l’application stricte de la loi du 19  janvier 1995 qui régit le financement de la vie politique et qui prévoit, en cas de condamnation pour prise illégale d’intérêts, la peine complémentaire automatique de radiation des listes électorales pendant cinq ans. Compte tenu de la gravité des faits, écrivent les juges, le tribunal estime ne pas devoir se saisir d’office d’un éventuel relèvement partiel ou total de cette incapacité.  Le message des juges de Nanterre est clair : vous avez vous-même voté une loi que vous avez voulue sévère contre les dérives du financement politique, nous l’appliquons, un point, c’est tout. La cour de Versailles fait une autre lecture du même texte. Le juge n’est pas un automate, il garde en toutes circonstances le pouvoir d’interpréter la loi et sa rigueur.

Alain Juppé dira son sentiment dans Je ne mangerai plus de cerises en hiver (Plon, 2009) : J’ai connu quelques épreuves. Aucune ne me laisse de véritable amertume. Une seule a failli me briser. Parce qu’elle mettait en cause ce qui, dans l’idée que je me fais de moi-même, m’est le plus cher : l’estime de soi, qu’on appelait naguère l’honneur. Je ne souhaite à aucun de mes ennemis de tomber dans les mains de la justice.

3 02 2004               Francis Joyon pulvérise sur IDEC le record du tour du monde à la voile en solitaire et sans escale  en 72 jours, 22 heures et 54 minutes : 15,51 nœuds de moyenne. L’ensemble de l’affaire attire la sympathie : le bateau d’abord : un trimaran déjà vieux de 18 ans d’âge, modifié 6 fois depuis, toujours par les premiers architectes : Marc Van Peteghem et Vincent Lauriot. Le premier skipper sera Olivier de Kersauson, d’autres suivront jusqu’à Francis Joyon. C’est bien sur ce trimaran qu’Olivier de Kersauson et ses six équipiers avaient remporté le trophée Jules Verne en 1997 en 71 jours, 14 heures et 18 minutes. Le budget (près de 700 000 €, location du bateau comprise) très modeste comparativement aux autres : cela ne permettait pas de confier les dernières modifications à un chantier : il les a faites lui-même, aidé de son frère.

Le bonhomme, il lui a fallu longtemps pour devenir jeune… il est facile à reconnaître : c’est le seul qui n’est jamais sur la photo… (Gérard Dupuy) ; 48 ans, né en Eure et Loire, il s’initiera à la voile en gréant… sa bicyclette de gosse. Charpentier fut son premier métier. Sans assistance à terre  pour le routage, il a passé des heures à étudier les champs de vents à 7 jours reçus sur son ordinateur… sans freiner la course du bateau, il a pu sortir de son puits la dérive centrale de 300 kg pour colmater une brèche, monter au mât de 33 m dans les quarantièmes rugissants pour réparer une têtière de la grand’voile tombée sur le pont, improviser un système de fixation pour le solent tombé à l’eau ou installer une pompe électrique pour écoper les 400 litres d’eau embarqués par un trou sur le flotteur bâbord…

Christophe Auguin lui dresse le portrait : Francis n’est pas un asocial, je comprends sa démarche devant le système médiatique de la course au large. En se lançant dans un pari comme celui-là, c’est aussi cela qu’il a voulu fuir. C’est un homme des rêves, et seul un rêveur pouvait aller chercher un pareil record. Il est le dernier gardien d’un esprit disparu.

4 02 2004               Mark Zuckerberg crée le réseau Facebook, en usage interne à l’école Harvard. Le réseau sera ouvert à tous à partir de juin 2006, et s’officialisera internationalement le 2 octobre 2008. Les innombrables assoiffés de narcissisme lui assureront un succès qui effraie quant à la santé mentale de la société.

2 03 2004              Lancement depuis Kourou, par une fusée Ariane,  de la sonde Rosetta, du nom de la Pierre de Rosette sur laquelle Champollion a déchiffré les hiéroglyphes égyptiens. Ne pouvant  être propulsée en tir direct,  elle a dû user d’une assistance gravitationnelle : à quatre reprises, elle a profité du champ de gravité de la Terre ou de Mars, lors de passages à proximité de ces planètes, pour gagner en vitesse et ajuster sa trajectoire. Une opération à 1,3 milliard d’euros, la plus ambitieuse jamais réalisée par l’Europe, qui va sur les traces des origines du système solaire, des océans de notre planète et, peut-être, de la vie : rendez-vous est pris pour dans dix ans avec la comète Tchourioumov-Guérassimenko, Tchouri – le nom des chercheurs ukrainiens qui l’ont découverte en 1969. Tchouri – 4 km sur 3.5 km – fait partie  des comètes de Jupiter, la planète la plus massive du système solaire.

11 03 2004             Carnage à Madrid : 190 morts, 1 500 blessés causés par 10 bombes placées dans des trains de banlieue en gare. L’Europe n’avait jamais connu pareil horreur venant de terroristes. L’attitude manipulatrice du gouvernement lui coûtera le pouvoir, trois jours plus tard : les socialistes bénéficieront du vote protestataire, avec une participation beaucoup plus importante que d’habitude : Le PP a su assez vite que les auteurs n’étaient pas ETA mais les islamistes. Il a tout fait pour freiner l’hypothèse Al-Queda pour une raison simple : il deviendrait tout à coup évident que des Espagnols innocents sont morts parce qu’Aznar nous a entraînés dans la folie de Bush.

Isodoro, étudiant de 23 ans

31 03 2004             Pas loin de sept ans après l’officiel  suicide de son père gendarme, la fille de Christian Jambert fait exhumer le corps de son père pour qu’il soit procédé à une autopsie. Christian Jambert avait enquêté sur Émile Louis, le tueur de jeunes handicapées mentales légères dans l’Yonne entre 1975 et 1979. En 1981, il était alors très près d’avoir les éléments pour l’envoyer aux Assises : il va être dessaisi du dossier et les magistrats ne poursuivront pas l’enquête. On retrouvera Christian Jambert mort le 4 août 1997 : le médecin conclura au suicide. Mais l’autopsie pratiquée ce 31 mars 2004, effectuée par des médecins légistes montrera que Christian Jambert est mort de deux balles dans la tête, tirées à des angles différents, ce qui détruit la version du suicide…

Mars 2004              Alka Zadgaonkar est professeur de chimie dans une petite université de la ville de Nagpur, en Inde : elle  fait breveter par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle un procédé qui permet de transformer les plastiques – on en produit 150 millions de tonnes par an dans le monde – en essence, pour la modique somme de 0.13 € par litre. Le procédé consiste en gros à chauffer pendant trois heures les plastiques à 350° et à y ajouter un ingrédient gardé secret : il en ressort 80% de carburant – dont 40 à 60 % d’essence et 25% de diesel, 15% de gaz et 5% de résidu de charbon. Le carburant demande cependant à être encore raffiné pour être utilisé par des moteurs classiques de voiture. En chimie, les seules différences entre les plastiques et les carburants tiennent à la longueur des molécules, supérieure  pour le plastique : le procédé consiste à casser la longueur des molécules de plastique, pour en obtenir des segments plus petits. Le ministère du pétrole envisage de créer aujourd’hui une usine qui pourrait traiter 5 tonnes par jour : 1.4 millions d’€ y sont déjà affectés. Affaire à suivre (source : Libération du 15 mars 2004)

Stephan Curtis, bras droit de Mikhaïl Khodorkovski, désormais en prison, est sur le point de transférer tous les biens et comptes de son patron à Guernesey : son hélicoptère explose en plein vol, dans un grand ciel bleu du sud de l’Angleterre.

1 05 2004               L’Europe passe à 25 pays : les nouveaux venus sont au nombre de dix : Pologne, Hongrie, Slovaquie, République tchèque, Slovénie, Chypre, Malte, Estonie, Lettonie, Lituanie. L’ensemble pèse plus de 400 millions d’habitants ; les nouveaux venus ne passeront à l’Euro qu’en 2006. La Turquie a été priée d’attendre deux ans pour ouvrir des négociations, le temps pour l’Europe de savoir si d’autres critères que géographiques et culturels peuvent entrer dans la définition qu’elle se donne d’elle-même. Bulgarie et Roumanie ont elles aussi été priées d’attendre… au moins jusqu’à 2007.

Dans nos pays très anciens où les hommes naissent vieux, l’Europe seule est à son matin.

Claude Imbert

5 05 2004                    Lancement officiel, avec le parrainage de l’UNESCO, de Reporters d’Espoir, créé un an plus tôt à l’initiative de Laurent de Cherisey : on en a assez de parler seulement des trains qui n’arrivent pas à l’heure, on en a assez de mettre de l’huile sur le feu des sujets anxiogènes, d’être les propagateurs de la sinistrose. Maintenant on va parler de ceux qui arrivent à l’heure, des procédés par lesquels on y parvient – comment ça marche ?  – des initiatives qui existent un peu partout pour que les pannes soient réparées ; on va parler de la France des solutions

Très louable et vertueux dessein. Il y a certes des risques partout et dans le cas, c’est de se faire récupérer et donc manipuler par les mécènes fondateurs  – des entrepreneurs -. Il faut en être conscient, mais le jeu en vaut la chandelle

05 2004                  À Outreau, près de St Omer, ouverture d’un procès où l’on verra qu’un juge débutant – Fabrice Burgaud – peut envoyer, avec l’aval de ses confrères,  en prison préventive pour plusieurs mois – jusqu’à trente – des personnes sur la seule dénonciation d’enfants perturbés et de Myriam Badaoui, pauvre fille paumée et perverse, débile avant tout, qui ne craindra pas de déclarer haut et fort : lorsque je parle, vous ne saurez jamais quand je mens et quand je dis vrai, et, un an plus tard, en appel, entendue comme témoin, et se rétractant sur tout : Je me suis emballée dans mes folies. Le petit mensonge est devenu un gros. Ces gens n’ont rien compris. Elle en ajoute une pas triste au bêtisier français, – après Richard Virenque et son désormais fameux : J’ai fait cela à l’insu de mon plein gré- : J’assume mes actes à plein temps. Accusatrice dans un autre procès de même nature, commencé à une même période mais instruit plus lentement que celui d’Outreau, elle sera tout de même entendue, même après s’être complètement déconsidérée lors du procès d’Outreau !  Et les services sociaux du Conseil Général : l’ASE : Aise Sociale à l’Enfance, qui s’emballeront, le stock de bon sens et de jugeote complètement à sec, prenant pour argent comptant tous les pauvres délires de gosses perturbés, pour les transmettre tels quels au petit juge qui prendra tout ça pour du bon pain… le grand déraillement…

Et le petit juge de s’enferrer dans ses certitudes glacées, bien certain de n’avoir commis aucune faute…le dossier a été vu et visé à un titre ou un autre par une centaine de juges…et de se voir soutenu par ses pairs et obtenir gratification et  promotion dans un premier temps, à la prestigieuse section antiterroriste de Paris, puis enfin, rétrogradé à l’application des peines …

Les six derniers accusés seront blanchis le 1° décembre 2005, le septième, François Mourmand,  s’étant, aux dires de l’administration pénitentiaire, suicidé en prison le 9 juin 2002  – il y était entré le 23 avril 2001 – : il s’avérera que le suicide était en fait une overdose médicamenteuse : chaque jour : deux cents gouttes de Théralène (sédatif), huit comprimés de Tercian (neuroleptique) huit de Seresta (anxiolitique), deux de Deroxat (antidépresseur), trois d’Imovane (traitement hypnotique) : les connaisseurs, et même ceux qui n’y connaissent pas grand chose, apprécieront : on ne sait même pas si un cheval aurait pu survivre à cette médecine !

En janvier 2006 se tiendront les séances de la commission parlementaire chargée d’enquêter sur les dysfonctionnements de la justice : et ce sera un tremblement de terre pour toute l’institution judiciaire : jusque là muets de par la sacralisation de l’outrage à magistrat, on va voir les innocents dire leur statut de fait de présumé coupable, les avocats déverser leur raz le bol de ce monde autiste : les juges sont mis à bas de leur piédestal, et c’est très bien comme ça.

On savait que la télévision était une entreprise de crétinisation, mais jusqu’à présent, ce genre de vocabulaire ne venait que de la salle… aujourd’hui il vient de la scène, et des coulisses, là où l’on tire les ficelles : Patrick Le Lay est PDG de TF1, et donc employé du Groupe Bouygues, majoritaire.

Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective « business », soyons réalistes : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est à dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible.

Patrick Le Lay. Interview de « Les dirigeants face au changement » Les éditions du Huitième jour. Mai 2004.

Ce rôle d’emballage publicitaire est plus abouti que jamais dans les programmes diffusés ces dernières années par TF1 et M6, comme Star Academy, qui peut être interrompu à tout moment par un écran publicitaire sans qu’il y ait rupture sémiotique. Il n’y a plus de discordance entre le monde du programme et le monde de la publicité,  tant du point de vue du contenu que de la forme.

Valérie Patin-Leclère. Télérama n° 2852  8 septembre 2004

29 06 2004                  À Palerme, quelques jeunes, fraîchement diplômés de l’Université veulent s’amuser en créant un pub. Ils se réunissent pour en définir les contours et arrive vite sur le tapis l’incontournable question : Va-t-on payer le Pizzo – le Pizzo c’est l’impôt payé à la mafia locale. La réponse est unanime : NON ! Et quelques jours plus tard, Palerme se réveillera avec des banderoles aux balcons, des affiches sur les murs, proclamant : Un peuple entier qui paye le pizzo est un peuple sans dignité. Dans un premier temps, ils vont être 960 à adhérer à l’association Addiopizzo. Intimidée, déroutée, la Mafia ne réagira pas par des représailles. L’association fournit un soutien aux victimes de racket, envoie des témoins aux procès. Le pizzo rapporte bon an mal an 10 milliards d’€ à la Mafia.

7 08 2004               La Grèce, à quelques jours de l’ouverture des Jeux Olympiques, fête un bien joli nouveau pont qui enjambe le détroit entre les golfes de Patras et de Corinthe : Rion-Antirion : 2 252 m de long, réalisé par les soins de l’entreprise française Vinci.

29 08 2004                   Vanderlei de Lima est brésilien : au km 35 il mène le marathon des JO d’Athènes, avec 28″ d’avance sur son suivant immédiat : il s’est détaché du peloton dès le km 22.

Et soudain surgit de la foule un gugusse vêtu d’une jupette rouge, de chaussettes montantes, d’un haut blanc et vert surmonté d’un béret ridicule, qui se jette sur le dossard 1234 et le pousse vers les rambardes de sécurité : Cornelius Horan, prêtre irlandais défroqué et détraqué, ne cherche qu’une gloriole télévisuelle : il n’y a pas de violence, juste une agression. Le fada s’est déjà illustré dans le même accoutrement un an plus tôt, en  2003, lors du Grand Prix de formule 1 de Grande-Bretagne, à Silverstone, déambulant sur la piste au milieu des bolides. Il avait alors écopé d’une interdiction d’entrée de compétition sportive pour trois mois.

A Athènes, Vanderlei de Lima n’a pas vu ni cherché à voir son visage : Je voulais seulement sortir de tout ça, revenir dans la course.  Quand on s’arrête, physiquement, psychologiquement, c’est très dur. Le Brésilien repart tel un lièvre. Cette course, il le sait, doit être son apogée. C’est son tour. Le coureur a raté les Jeux d’Atlanta en  1996, et n’a pas brillé à ceux de Sydney quatre ans plus tard. Inflammation des tendons, mal aux pieds, trop chaud… Il a maintenant 35 ans et plus de temps à perdre.

Les caméras ne montrent pas la scène en direct. Et sa famille, tétanisée devant son écran, n’entend que les mots du commentateur, affolé. Qu’est-il arrivé ? Mystère. Quand Vanderlei de Lima réapparaît sur l’écran, c’est l’euphorie. Il est encore seul. Le gamin de la campagne surmonte la douleur et la rage, s’autorisant à peine un geste de dépit. Ses enjambées reprennent, amples. Pendant dix longues minutes, Vanderlei joue les gazelles, en tête avant d’être rattrapé par l’Italien Stefano Baldini et l’Américain -Mebrahtom Keflezighi. L’accident est alors oublié, Vanderlei ne pense plus qu’à une chose : la médaille. Peu importe qu’elle soit d’or, d’argent ou de bronze, il l’aura. Il est toujours troisième quand il rentre dans le Stade panathénaïque, jetant des baisers à une foule hystérique. Ovation. Consécration. C’était grandiose, dit-il aujourd’hui.

Son arrivée submerge le public d’émotion. L’homme devient le symbole du fair-play et de la ténacité sans rancœur. Heureux, le petit homme de 52  kilos monte sur la troisième marche du podium, plus adulé que le vainqueur. Les télés se pressent pour l’écouter, les sponsors le traitent comme un vainqueur. Finalement, l’accident a sans doute donné à Vanderlei de Lima une gloire que ne lui aurait pas offert la victoire.

Durant toutes ces années, le sportif n’a jamais voulu rencontrer son agresseur. En dépit de la renommée que ce dernier lui a involontairement apportée, il aurait préféré que cela n’arrive jamais. Cela m’a ôté la chance et le rêve de vivre un moment unique dans ma vie, rappelle-t-il. Aux yeux du monde entier, c’est pourtant lui qui a remporté la seule médaille le 29  août 2004.

Cornelius Horan sera condamné à un an de prison, puis verra sa peine convertie en une amende de quelques milliers d’euros.

Claire Gatinois          Le Monde 20 08 2016

Eté 2004                Les médias français s’habituent au travail bâclé : il y eût voilà plus d’un an les salades préparées par de tristes putes pour souiller Dominique Baudis, salades avalées tout de go par les médias, puis on eût droit au montage d’une agression raciste bidon dans le RER, reprise à toute allure comme du bon pain par les médias et les politiques, puis à des profanations soit disant antisémites contre une synagogue parisienne quand il ne s’agissait que d’une vengeance dans le cadre du travail etc  etc… où est-elle donc passée, la sacro-sainte règle du recoupement des sources ?

24 08 2004             Deux femmes tchétchènes ceinturées d’explosifs parviennent, après avoir soudoyé les employés de l’aéroport à embarquer chacune dans un avion différent : 90 morts !

3 09 2004          Prise d’otages à Beslan, dans une école d’Ossétie du nord, par un commando protchétchène ; trois jours plus tard, le dénouement sera sanglant : 371 morts dont 171 enfants !

Alors pourquoi le sentiment d’effroi et d’angoisse qui nous étreint, en tous points conforme à la volonté des terroristes ? Parce que ce que nous craignons le plus n’est pas le danger, mais l’imprévisible. Ceux qui se nomment parfois les fous de dieu, et qui n’en sont que les tartuffes, n’ont pas seulement aboli les frontières et tenté de passer des guerres inter-étatiques aux guerres inter-civilisationnelles ; ils ont aussi aboli la distinction entre l’état de guerre et l’état de paix, et restauré en quelque sorte l’état de nature au sens de Hobbes, où, à chaque instant, tout homme est un loup pour son semblable. Ils ont en outre aboli la morale au profit dé la religion. Ils tuent les enfants dans leurs attentats suicide et égorgent les innocents au nom d’Allah, le miséricordieux !.

Le terrorisme ne vise pas, comme la guerre classique, à annihiler la puissance de l’adversaire ; comme son nom l’indique, il vise seulement à le démoraliser au moyen d’une terreur absurde et imprévisible, et abolir ainsi sa résistance.

Ses objectifs ne sont pas militaires mais moraux. Comme Hitler, les hommes d’Al Qaïda et leurs émules pensent que la démocratie occidentale est pourrie et que la terreur est le moyen de la faire éclater, selon leurs propres termes, ils aiment plus la mort que nous n’aimons la vie. comment ne pas penser au mot du général franquiste s’écriant, par défi, face à ses adversaires : viva la muerte ! Ce terrorisme sera vaincu car il n’est porteur ni d’espoir, ni de valeurs universelles ; mais il fera encore des victimes ; et il aura réussi à faire courir le frisson de l’angoisse et la hantise du nihilisme sur la planète  entière.

Comment, dans ces conditions, ne pas se réjouir de l’unité nationale qui s’est manifestée à l’occasion de la prise en otages de nos deux compatriotes Chesnot et Malbrunot ? Toutes tendances, confondues, les musulmans de France se sont unanimement proclamés des Français musulmans, fiers de leur pays et respectueux de ses lois. Cet événement fera date. C’est un tournant dans l’histoire des idées françaises d’intégration et de laïcité. Celles-ci, que l’on disait dépassées, viennent de manifester, dans des circonstances critiques, la force d’entraînement et d’évidence que leur confère leur universalisme. II faut rappeler qu’il y a quelques semaines, nos compatriotes juifs, soumis à une véritable tentative de débauche de la part d’Arial Sharon avaient réagi de la même manière. Juifs et musulmans de France ont dit à leurs intégristes étrangers : Mêlez-vous de vos oignons ! Pour la République, pour la diplomatie française, quelle que soit l’issue de la prise d’otages que, de tout notre cœur, nous espérons favorable, c’est un vrai succès.

Ne soyons pas naïfs. Beaucoup de ceux qui à côté des musulmans sincèrement acquis à la République, rêvent de faire de la France un pays soumis aux lois de l’Islam, ont su habilement s’engouffrer dans, la brèche. Un Tarek Ramadan s’en trouve quasiment réhabilité. Restons donc vigilants. L’esprit de secte et d’intolérance n’a pas dit son dernier mot. N’empêche : dans un régime d’opinion, les paroles prononcées en public obligent même ceux qui ne les pensent pas.

Jacques Julliard         Midi Libre 5 09 2004

6 09 2004               A Kiev, Viktor Iouchtchenko, candidat d’opposition à l’élection  présidentielle, est encore à table en compagnie du responsable du service de renseignement ukrainien ; on sert écrevisses et vodka… mais dans l’assiette et le verre du candidat, on a ajouté une dose de dioxine dix mille fois supérieure à la dose maximale admissible selon l’OMS. Iouchtchenko frôle la mort et, morphine aidant, parvient à vivre avec son poison : sa belle tête de cadre dynamique se grêle de boutons… il prend 15 ans en une semaine… il lui faudra attendre au moins deux ans pour que le poison fixé dans les graisses cesse d’attaquer l’organisme… dix ans pour qu’il soit entièrement éliminé.

Une journaliste qui le suit dira : En l’attaquant, ils en ont fait un tueur.

En décembre, il s’écriera à la tribune de l’assemblée nationale : Regardez ce qu’ils ont osé faire, regardez mon visage, c’est le visage de l’Ukraine.

Trois mois plus tard, le 26 décembre, il remportera le troisième tour – les deux premiers furent finalement annulés, car reconnus pipés – de l’élection présidentielle.

15 09 2004                   L’entreprise américaine Magnequench – des aimants, matériel hautement sensible, y compris en matière de défense – est vendue à la Chine, où l’acquéreur final est Beijing San Huan New Materials High Tech Inc, à la tête duquel se trouve pas moins que le neveu de Deng Xiaoping, qui, ainsi, pourra améliorer notablement ses missiles Dongfeng 26 et Dongfeng 21D. Au cœur de cette vente, le chinois Johnny Chung qui, de 1993 à 1995, avait été reçu 58 fois par Bill Clinton ! sans preuve tangible, il se murmure tout de même que les échanges nombreux pendant 3 à 4 ans sur les technologies balistiques américaines au profit de la Chine auraient eu pour contrepartie un financement très important de la Chine en faveur du parti démocrate américain, le parti de Bill Clinton !

09 2004                Angela Merkel signale que l’Europe n’est pas génétiquement immortelle :

Même les Aztèques et les Mayas ont disparu… Avec 7 % de la population mondiale, 25 % de la richesse mondiale et  50 % des dépenses sociales mondiales, l’Europe n’est pas à l’abri d’un tel destin si elle ne retrouve pas sa compétitivité.

Un an plus tard, elle sera chancelière de l’Allemagne.

3 11 2004               Georges W Bush est réélu à la présidence des États-Unis d’Amérique, et largement :

Malgré… malgré… malgré ! est-ce bien malgré qu’il faut dire ? N’est-ce pas plutôt à cause de ? Oui, le pays qui a poussé à la démission l’un de ses présidents, Richard Nixon, et qui a été près de faire de même à l’un de ses successeurs, Bill Clinton, le pays qui ne supporte pas le mensonge pour une misérable affaire d’adultère, avale tout rond le mensonge le plus grave que puisse commettre un chef d’État : celui qui fabrique de toutes pièces un casus belli ! Oui, le pays qui s’identifie aux droits de l’homme accepte que quelques uns de ses dirigeants les plus hauts placés justifient la torture ! Oui, le pays qui a porté l’Onu sur les fonds baptismaux à San Francisco en 1945, a entrepris contre elle une véritable guerre de destruction !

Jacques Julliard          Midi Libre 26 12 2004

11 12 2004             Jean Christophe Lafaille arrive au sommet du Shisha Pangma, 8 046 m 11 h 45, seul et sans oxygène. Il fait –40°, il a connu des vents de 150 km/h. La phase finale de son ascension lui a pris trois jours. Au-dessus de 8 000 m, un alpiniste dispose du quart de ses capacités physiques et mentales. Il a déjà gravi en solitaire 11 « 8 000 », il en reste encore 3 … le prochain sera le Makalu, en mars. Le garçon s’est déjà sorti de très vilaines situations : il a assisté en pleine face de l’Annapurna au décrochage, par bris d’une broche, de Pierre Beghin, tombé sans un cri, et avec un bras cassé, est parvenu à regagner seul le camp de base, trois jours plus tard.

14 12 2004             Inauguration du viaduc de Millau : c’est le plus haut du monde, à 343 m. et le plus long de France avec 2 460 m, tronçonné en huit travées de 342 m chacune. 343 m, c’est la distance entre le niveau du Tarn et le sommet du mât -P2- le plus proche de la verticale du Tarn ; la hauteur du tablier au-dessus du Tarn est de 270 mètres. Les travaux ont commencé en  Janvier 1998 et auront coûté 394 millions d’Euros. L’architecte en est l’Anglais Norman Foster, qui a déjà réalisé le Carré d’Art de Nîmes, l’aéroport Stansted à Londres, l’aéroport de Hong Kong. Au début des études, longtemps s’affrontèrent les partisans du tablier en béton et ceux du tablier en métal : ces derniers finiront par l’emporter. Marc Buonomo, directeur des ouvrages d’art d’Eiffel, (après avoir été directeur du département recherche développement chez les Jeans Lewis en 1983 !) filiale acier du concessionnaire Eiffage, est parvenu à surmonter les problèmes posés par le lançage du tablier d’une pile à l’autre, soit 342 m… technique qui avait déjà été retenue pour le viaduc de Garabit par Gustave Eiffel en 1884.

A mi-pente de la nationale qui descend du Larzac sur Millau, allez donc le contempler au soleil couchant : la beauté du spectacle redonne du baume au cœur de tous ceux qui vont vers l’avenir en reculant… et même de ceux qui y vont en le regardant. Superbe ! Et l’on se dit que si l’avenir peut se traduire ainsi, c’est qu’au delà du pont, la route n’est pas une impasse…

Charles Villeneuve

Google annonce le démarrage d’un projet de numérisation de 15 millions de livres : c’est fantastique, mais c’est tout de même loin de représenter la totalité des livres actuellement en bibliothèque dans le monde… donc, cela signifie qu’un choix va être fait, très probablement par deux ou trois universités américaines, dont Stanford et l’université du Michigan.

18 12 2004             Ariane V met sur orbite 7 satellites : Hélios II-A, Nanosat, 4 Essaim et Parasol. Hélios II-A est un satellite espion : à 700 km d’altitude, il peut distinguer des objets d’environ 50 cm, il peut effectuer des travaux de cartographie en trois dimensions et il voit la nuit. Il a fallu 2 milliards d’Euros pour réaliser ce bijou, dont 95 % versés par la France, 2,5% par la Belgique et 2,5% pour l’Espagne. Parasol est un satellite du CNES en charge d’analyser l’impact sur le climat des nuages et des aérosols, qui forment écran au rayonnement solaire et ont donc tendance à refroidir la système Terre-Atmosphère ; il s’agit donc de se pencher sur les facteurs qui ont un effet contraire à celui de l’effet de serre.

26 12 2004, peu après 7 h du matin, la mer apporte la mort et tue près de 300 000 personnes.

Épicentre à l’ouest de Sumatra, par 3,3°Nord, 95,8°Est, soit 250 km au sud-sud-est de Banda-Ajteh à Sumatra et 320km de Medan. Magnitude 9 sur l’échelle de Richter. L’échelle suit une courbe logarithmique : un séisme de magnitude 6 libère 30 fois plus d’énergie qu’un séisme de magnitude 5 et un séisme de magnitude 7, 900 fois plus. Après s’être profondément retiré, la mer a frappé trois fois, la deuxième vague semblant avoir été la plus violente… en pleine mer, la progression de la vague est très rapide : entre 500 et 800 km/h. Une bonne demi-heure durant, la mer a léché les terres sur 300, 500 mètres, parfois 1, voir 2 kilomètres.

Des réflexes rapides sauveront quelques vies : un téléphone de Phuket à une plage plus au nord laissera 5 minutes aux résidents pour s’échapper sur les hauteurs : il n’y aura aucun mort… sur l’île de Ko Phi Phi, en Thaïlande, un bateau revient au port, les passagers, qui viennent de faire une plongée sous-marine, commencent à débarquer : le pilote remarque que tous les poissons filent vers le large… il ordonne aux passagers de rembarquer rapidement et met cap au large : ils auront tous la vie sauve.

Les oiseaux se sont tus avant l’arrivée de la vague… la réserve d’animaux de Yala au Sri Lanka, a été  envahie par le raz de marée sur plus de deux kilomètres à l’intérieur des terres : aucun animal n’est mort ; sur l’île de Taprobane – Sri Lanka, les chauve-souris se mirent à voler en plein jour peu avant le séisme.

Une anglaise, étudiante en géographie, est en vacances avec sa famille… quelques jours auparavant, elle a étudié les tremblements de terre et tsunamis… et notamment les signes annonciateurs de ces derniers… qu’elle retrouve précisément là, sous ses yeux… elle le dit à sa famille, aux autres clients de l’hôtel : tout le monde s’enfuit plus haut : aucun ne sera atteint.

À Penang, en Malaisie, à la même latitude que Banda Atjeh, tous les touristes étrangers ont été prévenus par le personnel des hôtels, lui-même prévenu par la radio et la télévision. Tous seront sains et saufs… mais les pique-niqueurs malaisiens des plages voisines ont été laissés à leur sort. La police malaisienne dit ne pas avoir été prévenue à temps…(rapporté par le South China Morning Post, quotidien de Hong Kong).

Les militaires de l’île américaine de Diego Garcia, dur l’archipel des Chacos, dans l’océan indien, avaient été prévenus par le gouvernement américain de l’imminence de ce tsunami, repéré par le service d’observation des océans… mais l’information n’est pas allé plus loin.

Le satellite français de météo a vu des anomalies avant le séisme, mais elles n’ont pas été correctement interprétées…

On comptera 230 000 morts.

Quand la mer noie la terre

Le mécanisme des raz de marée est tributaire des lois de la physique et de la constitution de notre planète

Qu’est-ce qu’un raz de marée ?

Un raz de marée est constitué par le déplacement rapide et d’une hauteur variable d’une importante masse d’eau marine, mise en mouvement par une énergie issue d’un séisme, d’un glissement de terrain ou d’un événement volcanique sous-marins, ou aussi de la chute d’un astéroïde. Une origine qui différencie ces vagues géantes de celles que l’on voit habituellement à la surface de la mer, provoquées par l’action mécanique du vent sur la surface de l’eau.

Cette masse d’eau tire son pouvoir dévastateur de sa rencontre avec les rives continentales. De plus, ce phénomène est matérialisé par une suite d’ondes concentriques, dont l’origine est l’épicentre ou le point d’impact, et qui s’en éloignent à des vitesses variables vers les continents. Donc, chaque fois que vous jetez une pierre dans un étang, vous créez un raz de marée. Ô, certes de dimensions très modestes, mais le principe physique y est présent. Ajoutons que le nom japonais tsunami vient de tsu (port) et nami (vague), un phénomène souvent constaté depuis des temps immémoriaux dans cet archipel du Pacifique.

Séisme et tectonique des plaques

La surface de la Terre est constituée d’une mosaïque d’immenses aires rocheuses que l’on nomme des plaques, depuis que l’Allemand Alfred Wegener les a identifiées en 1916. Le géophysicien a également déterminé que ces plaques formaient comme de grands radeaux, d’une épaisseur maximale d’une centaine de kilomètres, surnageant sur un substrat de roches molles appelé manteau.

Le cœur en fusion de la Terre chauffe en effet les roches formant la matière même de la Terre, ces masses plus ou moins visqueuses s’élevant dans le manteau comme des bulles dans une casserole d’eau bouillante. Ces bulles déplacent les plaques de la surface la lithosphère qui se chevauchent ou plon­gent l’une sous l’autre. Ces mouvements forment la tectonique des plaques, qui n’a été véritablement reconnue que dans les années 60.

Les mouvements très lents des plaques plaques – quelques centimètres par an en moyenne – sur ce véritable tapis roulant n’en présentent pas moins une grande énergie. Lorsqu’une plaque comme celle qui porte l’Asie du Sud-est, dite plaque indo-australienne, passe, sous celle supportant l’Asie un phénomène appelé subduction, et lorsque les tensions générées entre les dites plaques se dissipent d’un seul coup, cela donne naissance à un séisme. Son épicentre peut être compris entre quelques dizaines et quelques centaines de kilomètres de profondeur, alors que sa magnitude est fonction de l’énergie dissipée.

Lorsque le séisme sous-marin .est assez puissant magnitude 9 sur l’échelle de Richter qui en compte 12 -, il peut générer alors un tsunami. Surtout lorsqu’il provoque un mouvement vertical du fond de la mer – en l’occurrence, 10 m en une seule fois -, lequel mouvement est communiqué à toute la masse d’eau qui pèse sur la zone fracturée. Un tel phénomène peut affecter d’immenses zones d’océan, jusqu’à 100 000 km2.

Comment se déroule un tsunami ?

L’énergie que transmet le séisme à l’eau est d’abord cinétique: les masses océaniques se déplacent. La vitesse est souvent proche de celle d’un avion commercial. Par exemple, lorsque les fonds sont inférieurs à 7 000 m, les vitesses peuvent frôler les 1000 km/h! L’eau n’est donc en rien freinée lorsqu’elle parcourt les grands espaces océaniques. La hauteur de la plupart des ondes n’atteint que quelques dizaines de centimètres, ce qui est quasiment indétectable depuis un navire en haute mer. Une telle onde peut ainsi couvrir plus de 2 200 km en trois heures maximum, comme celle de dimanche après midi !

En revanche, la situation de cette onde évolue très rapidement dès que les fonds remontent. Cette vitesse horizontale est transformée en vitesse verticale, puisque l’espace disponible pour sa propagation diminue à mesure que la profondeur se réduit. De plus, par l’application naturelle de la loi de conservation de l’énergie, la vitesse se réduit, alors que la hauteur de la vague augmente dramatiquement en proportion. C’est avec une vélocité d’environ 30 à 40 km/h que les vagues abordent les côtes, mais avec des hauteurs comprises entre 10 m et plus de 30 m pour les plus grandes d’entre elles !

C’est donc une masse d’eau de plusieurs centaines de kilomètres de long et de la hauteur d’un immeuble de 3 à 4 étages qui aborde les littoraux. Les trains de vagues déferlent alors au contact des plages et des constructions côtières, comme les grandes vagues si prisées des surfers sur les plages hawaïennes. Toute l’énergie se dissipe alors en un flot d’une tragique impétuosité, qui brise vies et maisons sur son passage.

Enfin, il est à noter que les plus puissants tsunamis sont souvent précédés d’un retrait de la mer, le seul véritable avertissement que les hommes puissent détecter avant que l’enfer liquide se déchaîne. il n’y a plus alors qu’à courir, car la seule solution pour se mettre à l’abri est de se réfugier dans un endroit d’altitude supérieure à une vingtaine de mètres.

Peut-on avertir les gens ?

À Hawaï, un centre de surveillance très sophistiqué détecte les tsunamis dans la zone Pacifique. Un système qui fait cruellement défaut pour l’océan Indien. Il a été mis en place en 1948 par les autorités américaines, car 95 % des secousses sismiques se produisent dans le bassin du Pacifique. L’Océan indien n’a jamais connu un phénomène de cette ampleur avant dimanche, selon des indices géologiques remontant à 1509, a souligné l’océanographe Eddie Bernard, directeur du laboratoire des études océanographiques du Pacifique à Seattle.

Le centre de Hawaï a publié un bulletin d’alerte à 2 h 14 (heure de Paris) dimanche 26 décembre après avoir détecté une très forte secousse sismique au large de Sumatra, la plus forte, depuis 40 ans dans le monde. Même si elles avaient pu avoir connaissance de ces informations, les populations n’auraient pas toutes eu le temps de se réfugier sur les hauteurs.

Aux États-Unis, le nouveau système d’alerte, opérationnel depuis octobre 2003, consiste en un réseau de bouées mesurant la hauteur des vagues (National Data Buoy Center).

Est-il possible de prévoir un tsunami ?

A l’instar des séismes, il est bien entendu extrêmement difficile – sinon impossible, toujours dans l’état actuel de nos connaissances de prévoir de tels événements d’origine géologique, ainsi que leur localisation et leur magnitude. Les observations géologiques et géophysiques montrent que les tsunamis sont relativement communs, comme celui qui a touché la Grande Canarie, dans l’Atlantique, il y a 1,7 million d’années.

En revanche, les géophysiciens s’attendent à une catastrophe majeure, dans les prochaines décennies, à partir de la grande île de l’archipel de Hawaï, en plein milieu de l’océan Pacifique. L’un des flancs du volcan Kilauea Iki, d’un volume de 150 km3 environ, devrait alors se détacher pour glisser dans l’océan, déplaçant, selon le principe d’Archimède, la même quantité d’eau. Cette masse liquide devrait rayonner à partir de là vers tous les rivages du Pacifique, dont toute la côte ouest des États-Unis.

L’onde devrait traverser l’océan à plus de 1 000 km/h et frapper notamment la côte californienne avec des vagues de plus de 30 m de haut ! imaginez l’état de San Diego, Los Angeles ou San Francisco après le passage de cette vague véritablement monstrueuse…

De nombreux satellites d’observation de la Terre surveillent, à chacun de leur passage, cette gigantesque masse de roches qui pourrait ravager alors les rivages du golfe d’Alaska jusqu’à Antofagasta (Chili), en passant par les îles Aléoutiennes, le Japon, la Chine, la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Calédonie et les îles Marquises, ainsi que Tahiti…

Philippe Dagneaux          Midi Libre 28 12 2004

Le séisme qui s’est produit au large de l’île de Sumatra correspond bien à un relâchement local des contraintes, de la plaque tectonique de l’océan Indien qui s’enfonce sous l’Asie du Sud-Est à une vitesse de l’ordre de 6 cm par an. La magnitude du séisme, de l’ordre de 9,0 sur l’échelle de Richter, signifie que la rupture initiale, qui a eu lieu à une trentaine de kilomètres de profondeur, s’est propagée latéralement sur plusieurs centaines de kilomètres, voire un millier de kilomètres.

L’enfoncement brutal – de 10 mètres à 20 mètres sur une longueur d’environ un millier de kilomètres – d’une partie de la plaque indienne – dite plaque de Burma – sous l’Eurasie a généré une onde qui s’est propagée dans l’océan et a donné lieu au raz de marée du 26 décembre 2004. Il est possible que des glissements de terrain aient été provoqués par le séisme sur la pente continentale proche. Ces glissements de terrain ne peuvent qu’amplifier l’amplitude du raz de marée initial. Cependant, si de tels glissements de terrain avaient été de grande ampleur, nous aurions pu avoir un raz de marée dont la hauteur des vagues destructrices aurait pu atteindre plusieurs dizaines de mètres, une amplitude bien supérieure aux 5-10 mètres du raz de marée du 26 décembre.

Jean Claude Sibuet, géophysicien à l’IFREMER Le Monde 4 01 2005

L’identification de la faille  est décisive, car l’intensité du tsunami sera maximale dans les directions perpendiculaires à celle-ci. La carte montre ainsi comment les côtes du Sri Lanka et de l’Inde ainsi que des îles Maldives sont plus touchées que celles de la Birmanie, pourtant plus proches de l’épicentre du séisme.

Hélène Hébert, géophysicienne

Jean-Hervé Bradol, président de Médecins sans frontières, marque un salutaire temps d’arrêt dans l’emballement médiatique : Il faut maintenant retomber les pieds sur terre

Pourquoi suspendre la collecte des dons à MSF pour l’aide d’urgence à destination des victimes du raz de marée en Asie ?

Le phénomène en lui-même est très positif. C’est parce qu’il y a eu cet incroyable élan de générosité. que nous sommes dans cette situation-là. Mais il y a le temps de l’émotion, de la couverture en continu de la catastrophe, de la répétition quotidienne des images de la vague, les alignements de cadavres, et il y a le temps des secours et de la façon de secourir. Ils sont différents ;

Nous avons sur place, au Sri Lanka et à Sumatra, des gens qui connaissent bien ces pays. Ils ont réagi très vite. Leurs projections opérationnelles étaient relativement importantes ; mais, de notre côté, dès le week-end dernier, nous avions déjà collecté 40 millions d’euros pour tout le mouvement international. Il faut avoir en mémoire, à titre de comparaison, que la Chine, par exemple, a promis 60 millions d’euros. Or, nous, quand nous demandons de l’argent pour les victimes du tsunami, nous n’ajoutons pas une clause en petits caractères pour préciser que les sommes collectées pourront être réaffectées, si nécessaire, à une autre cause. Nous garantissons à nos donateurs que nous utilisons bien l’argent à ce pour quoi ils l’ont donné. Nous avons un deuxième engagement : celui de mettre nous-mêmes en œuvre les secours avec cet argent. Nous contrôlons sa bonne utilisa­tion. C’est un souci d’honnêteté.

Vous avez donc d’ores et déjà estimé que ces 40 millions suffisaient ?

Compte tenu de la capacité opérationnelle de MSF et de la situation du terrain, où. il y a énormément d’opérateurs, oui. Nous, nous avons été, pendant des mois, tout seuls au Darfour. Là, ce n’est pas le cas. Il y a une arrivée massive de moyens puissants, militaires et civils. A Atjeh, il y a l’armée américaine, l’armée australienne, des rotations d‘hélicoptères hollandais, et la sécurité civile française est en route. C’est un déploiement d’aide internationale saris précédent.

Pour ce qui est des dons, en vingt ans de médecine d’urgence, je n’avais jamais vu un tel engouement. Nous avons fait les comptes et nous avons décidé de dire à nos donateurs ce que nous nous disons entre nous : que nous ne serons probablement pas capables de tenir nos engagements de bonne utilisation des dons au-delà de cette somme. Nos collègues de Hongkong et des États-Unis ont fait de même. Le site Web de MSF-USA a reçu, en une seule journée, 4,5 millions de dollars! Eux aussi pourraient collecter beaucoup plus. C’était ma responsabilité de dire qu’à MSF nous n’étions pas capables de faire plus.

C’est une façon d’attirer l’attention sur la manière dont sont utilisées les sommes récoltées.

Oui, nous n’avons voulu critiquer personne. La polémique est partie de Jean-Christophe Ruffin [président d’Action contre la faim]. Mais je voudrais faire remarquer une chose : aujourd’hui, on demande de l’argent pour les secours d’urgence. On montre des blessés, des gens sans abri à secourir immédiatement. En même temps, on parle de reconstruire. Ce n’est quand même pas la même chose ! La reconstruction d’une région, d’un pays, cela s’appelle l’aide publique au développement. Cela appartient aux États, à la Banque mondiale, au G8. Si l’on demande aux particuliers, qui financent déjà cela à travers leurs impôts, de le faire en plus par leurs dons, il faut quand même le leur préciser très clairement. Il ne faut pas que l’on profite de l’extrême émotion pour basculer d’un thème à l’autre et faire basculer les dons d’une destination à l’autre.

D’autres organisations font valoir qu’elles n’interviennent pas seulement en urgence, mais qu’elles font aussi de la reconstruction…

Alors il faut le dire aux gens ! Car si c’est pour reconstruire des bâti­ments administratifs, par exemple, eh bien, moi, je ne trouve pas ça très logique. Dans l’ambiance, actuelle, je n’ai pas l’impression que ce soit un choix que fassent consciemment les donateurs.

Voyez-vous un risque dans cette situation ?

Nous sommes financés à 85 % en France, et à 80 % à l’international, par des donateurs privés individuels. Nous sommes une exception dans notre milieu. Mais nous parvenons à l’être parce que nous avons des politiques strictes. Nous ne voulons pas perdre cela. Nous préférons nous exposer à des critiques plutôt que de devoir expliquer aux donateurs, dans quelques mois, que nous ne sommes pas capables de tenir nos engagements ; Visiblement, ça déclenche une polémique. J’en conclu que l’honnêteté pose problème. Ma peur, c’est que si l’on prend l’habitude d’abuser de l’émotion dans ces événements-là, la base permanente de notre soutien s’érode.

En plus, dans les catastrophes naturelles, il y a beaucoup d’idées fausses : non, les populations touchées ne sont pas sidérées, incapables de réaction ; non, ce ne sont pas les secours venus de l’étranger qui sauvent les gens en danger immédiat – 80 % des personnes sauvées dans les catastrophes naturelles le sont par des proches, des voisins ; non, les cadavres, dans ces catastrophes, ne transmettent pas d’épidémies.

A quoi doit maintenant servir en priorité l’aide internationale ?

Elle va être très importante pour permettre aux gens de retrouver une maison, une source de revenus dans l’immédiate post-urgence.

Mais ce n’est pas cette aide venue de l’étranger qui sauve les gens coincés sous un éboulis ou en train de se noyer. Certaines grandes catastrophes provoquent des états d’agitation psychologique collectifs qui font perdre la réalité de vue. Et j’ai l’impression que la semaine dernière il y avait un peu de cela. Il faut maintenant retomber les pieds sur terre, construire le travail  précisément, remettre de la réalité dans la situation.

Propos recueillis par          Cécile Chambraud   Le Monde 6 01 2005

2004                            L’Égyptien Abou Bakr Naji, met en ligne Gestion de la Barbarie qui va devenir le texte de référence d’Abou Bakr al-Baghdadi : le futur Calife de l’État Islamique se régale de cet appel au terrorisme à mettre en œuvre dans le monde entier, qu’il a tout le temps de visionner dans le camp où il a été emprisonné par les Américains.

Au Darfour, dans le sud Soudan,  l’horreur :

En décembre, on nous a amenés à 2 ou 3 kilomètres à l’extérieur du village d’Adwa, dans  un champ de 50 mètres de côté, où l’on ne pouvait marcher sans piétiner des ossements humains. Nous n’avions pas la moindre idée du nombre de personnes tuées là. Les animaux les avaient déchiquetées pendant des semaines et il ne restait plus désormais que des os partout où on allait. Lorsque nous sortions en patrouille, nous pouvions voir des villages totalement brûlés et des centaines de cadavres. Nous avons interviewé des femmes qui avaient été violées, parfois par plusieurs soldats. Nous avons pu voir des preuves de torture, lorsque nous trouvions les corps. Souvent; lorsqu’un village est attaqué, les gens courent se réfugier dans la brousse, mais  ils sont poursuivis et tués par les assaillants. Lorsqu’ils rattrapent un homme qui tente de se cacher, ils le castrent et parfois le laissent mourir d’hémorragie. On peut dire qu’il y a eu des exécutions sommaires parce que l’on trouve des gens qui ont été abattus d’un coup de pistolet dans la nuque. Et quand ils brûlent des villages, si des gens se cachent dans leur hutte, les soldats ferment les portes et les brûlent aussi.

Un observateur de l’Organisation de l’Unité Africaine en mission au Darfour.

[…]       Les chiffres tout d’abord. Plus de 250 000 morts (50 000 tués, fusillés, poignardés ou brûlés vifs, 200 000 décès à la suite de maladies ou de malnutrition). Dix fois plus de « déplacés » à l’intérieur même du Soudan, plus de 200 000 réfugiés au Tchad voisin, qui commence à souffrir. Des chiffres qui augmentent de jour en jour. Depuis deux ans, les milices janjaweed – des nomades « arabisés », parfois encouragés en sous-main par les autorités soudanaises, aujourd’hui dépassées par ce qu’elles ont engendré – pourchassent les villageois du Darfour, plutôt sédentaires, agriculteurs, volent leurs troupeaux, détruisent leurs puits et brûlent leurs maisons. La terreur est palpable et les habitants seront bientôt trois millions à avoir fui leurs villages.

Keith Mackensie, un Indien très efficace, représentant spécial de l’Unicef au Darfour, m’a raconté l’histoire de Fatima, 15 ans, violée par huit pillards et aujourd’hui enceinte de sept mois. La police l’arrête pour fornication et, comme elle est incapable de donner le nom du père, la condamne à la flagellation ou à une énorme amende ! Grâce au ciel, sa famille peut payer.

Patrick Poivre d’Arvor. Journal du Dimanche 15 mai 2005

Vladimir Poutine inaugure le dernier tronçon de la route transsibérienne : Tchita-Khabarovsk : plus de 200 ponts ; moins d’un an plus tard, fissures et ornières témoignaient déjà des incontournables carences du made in Russia.

Début 2005            Laurence Parisot, 45 ans, patronne de l’IFOP, lance une petite phrase que l’on va ressortir, six mois plus tard, quand elle sera élue patronne du Medef : la liberté de pensée s’arrête là où commence le droit du travail.

1 01 2005                    L’Union européenne crée le plus grand marché de quotas environnementaux du monde – SCEQE : European Union Emission Trading Scheme -EU ETS -.

Il s’agit d’encourager les économies d’énergie en taxant les émissions de CO2, principal responsable du réchauffement climatique, liées aux transports et à l’habitat, ainsi que la quantité d’énergie consommée.

Auchan, Casino, Carrefour, Conforama, Ikea, Leroy-Merlin sont les six enseignes de la grande distribution qui s’engageront, à partir du 1er juillet 2008, à utiliser en priorité la voie fluviale pour leurs denrées non alimentaires plutôt que la route : elles signeront avec l’Etat, la compagnie nationale du Rhône (CNR) et les Voies navigables de France (VNF), un protocole dans ce sens.

Les dirigeants européens, dans l’optique du protocole de Kyoto sur le climat, cherchent le moyen de convaincre les entreprises les plus polluantes de l’être moins. En Europe, 12 000 sites sont concernés. La première idée, évidente, a été de les taxer. Mais ces entreprises sont aussi de grandes pourvoyeuses d’emplois et on ne peut pas leur infliger ce qui restera toujours perçu comme une punition ; la taxe est autoritaire, étatique et dangereuse ; le marché, lui, est moderne et vertueux : c’est ce que dit est Ronald H. Coase, Nobel d’économie : c’est au marché qu’il faut avoir recours pour lisser progressivement les coûts de la dépollution.

Il existera à terme deux processus sur ce sujet : la taxe carbone qui ne sera mis en œuvre qu’en 2014 – qui n’est pas traitée ici – et les quotas carbone.

Le principe est de mettre chaque année à disposition un nombre déterminé de quotas carbone ou droits à polluer. Les entreprises qui n’atteignent pas le plafond autorisé peuvent revendre leurs quotas restants à celles qui ont dépassé le leur. Ainsi, pense-t-on, le marché fixera le juste prix de la pollution au CO2 et jouera le double rôle d’incitateur et de régulateur.

A Bruxelles, on règle les détails du fonctionnement de ce marché du carbone, car il ne saurait être réservé aux acteurs institutionnels que sont les banques et leurs tradeurs. La lutte pour l’environnement est l’affaire des citoyens, l’accès au marché doit donc être ouvert à tous.

Dernière précision essentielle : pour des raisons qui restent obscures et qui s’expliquent sans doute par la précipitation avec laquelle ce marché a été mis en place, il a été décidé que les quotas carbone ne seraient pas assimilés à un instrument financier – comme les actions ou les obligations – mais à un bien, et qu’ils seraient donc, comme tels, assujettis à la TVA.

Sur un marché du carbone une entité publique – par exemple les Nations unies, l’Union Européenne ou des États, etc -. fixe aux émetteurs de gaz à effet de serre un plafond d’émission plus bas que leur niveau d’émission actuel et leur distribue des quotas d’émission correspondant à ce plafond.

À la fin d’une certaine période, les émetteurs doivent prouver qu’ils ont respecté leurs obligations en rendant à cette autorité publique un volume de quotas équivalent à leur volume d’émissions sur la période. Ceux qui ont émis plus de gaz à effet de serre que le niveau autorisé doivent acheter les quotas qui leur manquent, sauf à se voir infliger une forte amende en général non libératoire. Inversement, ceux qui ont émis moins que leur quantité allouée de quotas peuvent vendre les quotas dont ils n’ont pas besoin sur le marché ou bien, lorsque le marché le permet à les conserver en vue de les utiliser à la période suivante.

L’unité de compte et d’échange, le quota, représente 1 tonne de carbone (ou gaz à effet de serre équivalent. Les transactions peuvent se faire sur un marché organisé (une bourse du carbone), ou de gré à gré (Over The Counter), directement entre un acheteur et un vendeur.

Ce fric-frac là, c’est du P’tit Jésus en culotte de velours.

L’idée, séduisante sur le papier des technocrates de Bruxelles et de Bercy, se révélera l’être beaucoup moins dans la réalité : plantage dans l’établissement des prix du quota, pas assez incitatif pour que les entreprises qui les dépassent ne modifient leur stratégie, mais surtout fabuleux plantage dû à l’ignorance délibérée, stupide, des technocrates enfermés dans leur bulle, avec à leur tête une Christine Lagarde qui ne cesse de dire : le privé y’a qu’ça de vrai, et un Jean-Louis Borloo,  ministre de l’Environnement, pour les aigrefins qui attendent le faux pas de l’administration pour passer des braquages à risque et dangereux au fric-frac de rond de cuir face à un écran d’ordinateur avec des clics de souris en veux-tu en voilà.

La Fraude à la TVA n’est pas une nouveauté : Joseph Joanovici s’en était fait une spécialité après la guerre et les services fiscaux de Bercy avaient bien dû garder cela dans un coin de leur mémoire, mais quand on veut faire nouveau, on prend aussi du personnel nouveau et le personnel en charge de la gestion de l’affaire n’a pas su se méfier. Et c’est tout un aréopage de voyous fainéants et flambeurs  – Lamborghini, Maserati, montres de grand luxe etc …- qui va s’emparer du trésor public [… puisqu’il n’est pas privé] sous le parrainage de Christiane Melgrani, la mamie voyou et crâneuse du Panier à Marseille, qu’un bac + 5 d’électronique et d’informatique, n’est pas parvenue à caser : au courant de sa très prochaine interpellation, elle téléphone à l’inspecteur qui va mener l’opération : Alors, je vous prépare le café pour quelle heure demain ? Elle sera dans un premier temps emprisonnée à la maison d’arrêt de Versailles, mais pour une mamie comme ça, scotchée à son Panier comme une huître à son caillou, c’est comme si c’était le grand nord sibérien, aussi obtiendra-t-elle de regagner les Baumettes ou au moins, elle connaît tout le monde et peut suivre des cours de latin !  

Général Saint Clair, en trois mots : attention aux surprises (…) Encore et toujours : attention aux surprises.

Georges Washington [1],

La fraude sur les quotas carbone consiste à empocher une TVA à 19.6% quand elle aurait légalement dû être reversée à l’Etat dans un délai de six semaines.

Au préalable, il y a trois étapes à franchir : d’abord présenter à la Caisse des dépôts et consignations, la banque de l’Etat qui a la main sur les registres de quotas de CO2, une société suffisamment propre pour être habilitée à intervenir directement sur le marché. Il suffit d’une identité, d’une adresse et d’un Kbis, un document officiel attestant de l’existence juridique de la société.

Ce marché, puisque européen, concerne des pays qui pratiquent des taux de TVA la plupart du temps différents : donc, le plus simple, à l’achat des quotas de CO2  est de le faire Hors Taxe et les revendre en France successivement à plusieurs de ces  sociétés bidon Toutes taxes comprises sur le marché du carbone, la TVA étant dès lors considérée comme avancée par l’Etat, auquel elle doit être reversée dans les trois mois qui suivent l’opération. Donc, il suffit d’oublier de reverser la TVA de 19,6 % à l’administration fiscale, en se volatilisant dans la nature avant que le fisc n’ait réagi. En jargon fiscal, on nomme cela le carroussel.

Les régulateurs français du marché – la Bourse, Bluenext et la Caisse des dépôts – ne commenceront à soupçonner l’existence d’une fraude de grande ampleur qu’à l’automne 2008, quelques mois après l’entrée du marché dans sa phase opérationnelle, le 1er janvier. Mais il n’y sera mis fin que le 11 juin 2009, lorsque les transferts de quotas d’émission de CO2 sont finalement exonérés de TVA. On ne peut pas vraiment dire que la réactivité ait été exemplaire, mais plutôt que ces gens se sont couverts de pipi, le tout sur le dos du contribuable évidemment : près d’1,6 milliard d’euros entre 2008 et 2009 pour la seule France et entre 5 et 10 milliards d’€ pour l’Union Européenne !

Des sanctions contre ces irresponsables ? Que nenni, bonnes gens ! Un défaut est décelé sur une automobile et le fabricant se voit imposé de les rappeler et de tout corriger ; un restaurateur s’avise-t-il de servir un produit à la date de péremption dépassée, et hop à l’amende, voire une fermeture administrative,  mais un haut-fonctionnaire crée un outil dont la malfaçon coûte des milliards à la collectivité, on passe l’éponge comme si de rien n’était. Le commissaire Neyret sera inculpé pour avoir dépassé beaucoup trop largement la ligne blanche dans la fréquentation  de ces gens, mais, c’est cinq, dix commissaires qu’il aurait fallu envoyer en sous-marin chez ces gens pour démasquer leurs tripatouillages, et en fermant les yeux sur les cadeaux par ci par là, mais en les gardant au service de la loi. Déduction faite des morts par règlement de compte, douze personnes seront jugées du 2 au 30 mai 2016 par le tribunal correctionnel de Paris.

Olivier Marchal fera de tout cela un très bon film en 2017 : Carbone, avec Benoît Magimel, Gérard Depardieu, Laura Smet, probablement plus violent que la réalité, mais très exact quant à l’analyse de l’arnaque elle-même.

Une nouveauté bâclée, mal ficelée, mal finie.

Environ 11.000 centrales électriques et sites industriels très émetteurs de CO2 sont concernés par le marché européen du carbone qui leur impose de disposer de quotas suffisants pour couvrir leurs émissions (quotas échangeables entre obligés). Des quotas sont distribués gratuitement à certains industriels et les États cherchent à préserver des industries essentielles dont certaines menacent de délocaliser leur production si le coût du carbone devenait trop lourd.

Pour réduire les émissions européennes (de 40% entre 1990 et 2030), les émissions inclues dans le marché carbone européen devront être réduites de 43% par rapport à 2005 (et non 1990). Le marché du carbone dysfonctionne cependant gravement (avec notamment un prix des quotas tombé à moins de 10 euros, qui n’incite pas les industriels à réduire leurs émissions).

Malgré un gel de 900 millions de quotas (backloading) adoptée en janvier 2014, et des projets de réforme de long terme avec par exemple la constitution d’une réserve de stabilité (validée en mai 2015), le marché du carbone ne tient pas ses promesses : Environ 2 milliards de quotas seraient en surplus, qu’il faudrait supprimer pour lancer le marché.

Face à cet échec et avant que le Conseil européen ne se prononce, les députés européens ont voté en février 2017 un nouveau projet de réforme du système communautaire d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre (ETS), réforme valable jusqu’en 2030 ; mais seuls 800 millions de quotas de CO2 pourraient dans ce cadre être annulés (alors qu’il faudrait en annuler plus de 2 milliards selon la dernière évaluation pour rééquilibrer le marché). Le député conservateur britannique, Ian Ducan, rapporteur du projet voulait réduire davantage les quotas alloués chaque année mais les députés n’ont pas retenu cette mesure. En plénière les députés européens ont aussi majoritairement refusé la mise en place de tout mécanisme d’ajustement aux frontières afin de protéger les industries concurrencées par leurs concurrents non soumis à une contrainte carbone.

En février 2017, les euro parlementaires ont proposé à la Commission européenne et au Conseil de l’Europe de créer 3 fonds (à financer par la mise aux enchères des quotas) pour

1) moderniser les systèmes énergétiques de certains États membres ;

2) doper l’investissement dans les renouvelables, la capture et le stockage du carbone (CSC) et les technologies à faibles émissions de carbone ;

3) permettre une « transition juste », via la formation et la réaffectation de la main d’œuvre touchée par la transition énergétique (financé par 2% des recettes des enchères de quotas d’émissions).

2 01 2005                    Shin Il Geun, 23 ans, et Park Yong Chul s’évadent du camp 14, au nord de Pyong Yang, en Corée du Nord. Autant dire qu’ils s’évadent de l’enfer. Shin est né là, dans ce camp 14. La base des relations, c’est la délation, systématisée, omniprésente. On y apprend donc à mentir, à dissimuler, à voler… pour autant qu’il y ait quelque chose à voler. La faim est permanente. Un jour, chez sa mère, il la surprend en train de préparer du riz pour son frère ainé : du riz… dans un camp coréen, les années où l’on n’en mange jamais sont plus nombreuses que celles où l’on en mange ; ils parlent d’évasion. Shin les dénonce : ils seront exécutés sous ses yeux, après que lui-même ait passé des semaines dans un centre de torture, puisque le garde auprès duquel il avait dénoncé sa mère et son frère, l’avait ignoré, prenant à son seul compte la découverte du projet d’évasion. Il y a fait la connaissance d’un vieux – oncle – cultivé, qui a vécu longtemps à l’étranger : c’est oncle qui lui apprend qu’il existe un ailleurs, que le camp 14 n’est pas le monde entier. Plus tard, dans un atelier de confection, il rencontrera un autre aîné, qui, lui aussi, a vécu à l’étranger, a fait partie de la nomenklatura avant d’être emprisonné : Park Yong Chul.

Pour ce dernier, l’évasion s’arrête à l’enceinte électrifiée du camp : il y meurt, électrocuté. Shin poursuit seul, sans avoir où aller : c’était Park qui connaissait l’extérieur. Il poursuit en faisant tous les jours ce qu’il connaît : dissimuler, voler… des vêtements, de la nourriture, tout en prenant des cours accélérés : Park n’a pas eu le temps de lui apprendre quelle fonction remplissait les pièces de monnaie, les billets de banque. Et la radio, et la télévision, et les portables, et Internet ; et aussi les transports en commun, les trains, les livres. Il passe la frontière chinoise fin janvier. Il réalise que dans cette zone frontalière, nombreux sont les Chinois d’origine coréenne ; les deux premiers refusent de l’aider, paralysés par la peur, un troisième l’aide. Il va de petit boulot en petit boulot, toujours sous-payé… mais il apprend suffisamment le chinois pour pourvoir sortir de la zone frontière. Il ne parvient pas à se stabiliser…cela le mènera jusqu’à Cheng Du, au sud-ouest du pays. Il rencontre un jour à Shangaï un journaliste qui s’intéresse à son cas et parvient à le faire entrer au consulat de Corée du Sud, opération très délicate. Dès lors, matériellement, sa vie bascule : avec un passeport de la Corée du Sud, il obtient un visa et c’est la porte ouverte à des aides financières, logement, études. Premières difficultés : comment demander à un homme de 23 ans qui a découvert l’existence de l’argent quelques mois plus tôt, qui n’a jamais eu à se prendre en charge, de gérer le budget qu’on lui alloue pour payer son loyer, se nourrir, etc… ?  Mais surtout, pareil passé  ne s’efface pas avec les aides matérielles : il a emporté aussi ses cauchemars, avec en leur cœur, une permanente culpabilité, qui pervertit tous les rapports. Quelqu’un souhaite-t-il le prendre dans ses bras ? Il recule, apeuré. Lui pose-t-on des questions sur son passé ? le voilà aussitôt sur ses gardes, méfiant… Une simple remarque est perçue comme une persécution… autant de réactions à même de créer plus de marginalisation que d’intégration. Les camps sont faits pour déshumaniser et ils ont atteint leur but. La fêlure ne pourra s’évanouir qu’en donnant beaucoup de temps au temps.

En revenant parmi les vivants, j’ai dû vivre avec le silence. C’était le seul linceul que j’avais trouvé.

Hélie Denoît  de Saint Marc, déporté.

Et puis, comment pourrait-on être entendu et compris dans un pays comme la Corée du Sud, où le capitalisme exacerbé est père d’une farouche compétition individualiste, dont l’un des premiers records est le taux de suicide… Certes les structures d’accueil sont là, mais de là à être vraiment écouté, il y a plus qu’un pas. Le gouvernement a demandé à l’Allemagne le coût de sa réunification pour se livrer à une estimation au cas où, un jour, la Corée du Nord viendrait frapper à la porte…et il s’est empressé de remettre cette éventualité au plus tard possible… Il veut fonder aux Etats-Unis une ONG pour dénoncer ce qu’il a vécu, mais il ne parle pas anglais et cela va ajouter de la difficulté à son mal-être. Une fille s’attache-t-elle à lui ?  on lui fait alors comprendre que dans le cadre associatif et religieux presbytérien au sein duquel il vit aux Etats-Unis, cela n’est pas possible ! Il finira par revenir en Corée du Sud.

 POSTFACE

Nous ne venons pas de lire le récit d’une évasion ni même celui d’une détention dans un des six grands camps de concentration de Corée du Nord : l’ex-détenu nord-coréen Shin Dong-hyuk et le journaliste américain Blaine Harden nous conduisent, ensemble, sur le chemin de la connaissance politique. Et ensemble, ils nous font toucher du doigt ce qu’est le régime nord-coréen. Ils font même mieux, beaucoup mieux : ils nous dévoilent ce qu’est un système totalitaire.

Leur geste est difficile. La démarche à laquelle ils invitent le lecteur, douloureuse, presque insupportable.

Qui a dit que le chemin de la connaissance était jonché d’épines ? Jamais cela n’a été plus vrai qu’ici : il nous faut affronter les pires productions dont est capable ce système : une mère indifférente à son fils, un maître d’école qui tue son élève, un enfant crocheté et grillé comme une pièce de boucherie, des détenus affamés à qui d’autres détenus, non moins affamés, volent leur maigre pitance, l’exécution publique d’un frère et d’une mère trahis par un proche (Shin lui-même), la cruauté exercée en toute bonne conscience parce qu’elle est encouragée par les gardes depuis des années, l’innocence des enfants balayée, l’esclavage sexuel monnaie courante. Et puis, l’absence presque complète de l’autre, du prochain, et l’ignorance de l’amour, luxe affectif impensable.

On est ici bien loin du roman d’aventures, de celles qu’on suit en pantoufles au fond d’un fauteuil confortable, bien loin des embûches et des drames dont triomphe en fin de compte le héros.

Sans doute, est-ce cela aussi, Rescapé du Camp 14 : Shin parvient à réaliser l’impossible : fuir d’un camp planté en plein centre du pays, d’un camp dont personne n’était encore sorti jusqu’alors. Aventure à risque s’il en est. Et conforme aux schémas de la littérature du genre : le héros retourne à la vie, mais son plus proche ami meurt. Mieux : sans cette mort, point de vie. Park électrocuté, Shin peut prendre le large. Comme le linceul du Savant du château d’If permet à Dantès, bientôt comte de Monte-Cristo, de gagner, toute voile dehors, la liberté ou comme le cercueil d’une sœur du couvent des Feuillantines permet à Jean Valjean d’en sortir.

L’approche romanesque et divertissante de cette enclave d’un autre monde, entre Yalu et DMZ, entre frontière chinoise au nord et zone démilitarisée au sud, a cours en effet sous nos latitudes. On rit encore du costume de garagiste de Kim Jong II, devenu numéro 1 de la hiérarchie nord-coréenne en 1994 et reçu en enfer depuis le 17 décembre 2011. On sourit du fils aîné du dirigeant arrêté à l’aéroport avec un passeport dominicain mal imité, alors qu’il allait en famille au Disneyland de Tokyo. On s’amuse de la propagande imbécile et grandiloquente – l’étoile polaire du XXe siècle, le génie lumineux et autres fadaises – ; on s’extasie, fasciné, devant les mouvements d’horlogerie collective des foules colorées rassemblées dans un stade immense ; on ricane des hyperboliques menaces lancées par Pyongyang qui menace rituellement de noyer Séoul dans un océan de flammes ; on se gausse des prétentions des artificiers du pouvoir à lancer un satellite ronronnant des chants révolutionnaires autour de la Terre ; on est stupéfait d’apprendre dans la presse l’existence d’un marché fantastique où le cours d’une femme nord-coréenne qui fuit son pays tourne autour de 1 000 à 1 500 dollars selon la qualité de ses dents, la rondeur de ses seins, la force de ses biceps, quand elle est vendue à des paysans célibataires chinois. Aventures à risque et risques d’aventures.

Mais derrière le rideau de ces étrangetés humanitaires, militaires et géopolitiques, se tient la mécanique répressive de la Corée du Nord.

[…]     Cela commence par la faim, qui affaiblit les capacités physiques, intellectuelles et morales. Cela se poursuit par la surveillance exercée par les différentes polices, mais aussi par celle de tout un chacun – voisin, collègue, enfant, conjoint -, car la délation est encouragée et même exigée. Il faut compter encore avec les séances de critiques et d’autocritiques, les interdits multiples touchant à l’expression, l’opinion, la circulation ; avec la division de la population en castes, l’ignorance du monde extérieur, un matraquage idéologique mensonger jusqu’à l’absurde, un travail accablant et des coups si l’on n’obéit pas assez vite. Plus violent encore : les mutilations en guise de punitions (Shin aura la phalange d’un doigt coupée), sans parler des tortures pour obtenir des aveux, les humiliations et les exécutions, souvent publiques.

Et l’on sent en creux, devant un tel tableau, qui n’est pas seulement celui du camp mais du pays tout entier, la présence d’une foule de gardes brutaux, de policiers arrogants et inquiets à la fois, d’îlotiers, de mouchards, de cadres indifférents et de hauts dirigeants privilégiés. Au sommet, un dirigeant génial. Forcément génial. Un dirigeant génial devant qui toute la nature s’incline. Le Figaro du 24 janvier 2012 évoque ces noces des temps obscurs et de la modernité politique : selon l’ambassadeur de Corée du Nord à Berlin, le jour de la mort du secrétaire général du parti des Travailleurs de Corée et de la Commission nationale de Défense, un oiseau est resté en vol stationnaire pendant près d’une heure, frappant de son bec aux vitres du bureau du diplomate, pendant qu’une fleur poussait en une nuit, double hommage de la nature allemande au Cher Leader qui venait de disparaître…

Poésie abrutissante. Pièce du mécanisme répressif. Un tel culte nuance le cauchemar qu’on vient de décrire : pour l’élite et son Grand Dirigeant, une bulle s’est formée. On y mange à sa faim, on est sûr de soi, on est mieux informé sur la manière dont tourne le monde. On fabrique de faux dollars, on fait passer de la drogue, enlever des jeunes filles japonaises par des commandos, on vole, on ne paie pas ses dettes, on menace le monde avec un armement conventionnel, chimique et nucléaire. On joue à la roulette à Macao, on fait venir du cognac hors d’âge de France, des films d’Amérique et des filles de Suède… Le yacht du Chef a une piscine de 50 mètres et deux toboggans.

Devant le malheur nord-coréen, les repus naïfs de nos contrées s’étonnent qu’on ne se révolte pas. La conjonction de la brutalité de la police et de l’armée, de l’existence d’institutions répressives, du poids de la faim, de la fatigue, de la peur et de la soumission instillée année après année, mois après mois, jour après jour, suffit pourtant à comprendre la puissance oppressive de l’État nord-coréen. Jusque dans leur corps, plus petit, plus faible, plus soumis aux maladies, et jusque dans leur cœur, longuement empoisonné par les mensonges criminels de la mafia familiale régnante à Pyon-gyang, les habitants de ce demi-pays sont enfermés dans une terrible prison. Une prison qui ne s’arrête qu’à ses frontières, à des centaines de kilomètres au-delà des fils de fer électrifiés que le détenu Shin Dong-hyuk franchit en passant sur le corps mort de son ami Park Yong Chul.

Cerise sur l’horrible gâteau nord-coréen : tout un réseau de camps complète le dispositif répressif. Complète, c’est-à-dire achève, exemplifie, concentre ce que vivent la grande majorité des 23 ou 24 millions d’habitants de la soi-disant République populaire et démocratique de Corée. Ce que les cent et quelques mille détenus des camps de concentration nord-coréens vivent, et ceux du Camp 14, en particulier, n’est pas en rupture avec la vie quotidienne de ceux qui sont dehors. Sans doute vivent-ils plus durement, et sont-ils plus arbitrairement soumis à la soldatesque, plus souvent frappés et punis, plus souvent humiliés, menacés, interrogés. Ils sont deux fois dedans. Mais les autres, dehors et dedans à la fois, savent par leur propre expérience ce que ceux qui sont au camp subissent…

Les plus petits de ces camps, attachés à ce que l’on appelle dans ce livre un comté et qu’en France on pourrait désigner du nom d’arrondissement ou de canton, enferment de petits délinquants : ils ont voulu quitter la grande prison ; ils ont voulu manger à leur faim ; ils ne se sont pas abaissés suffisamment devant un représentant de l’autorité ; ils n’ont pas rempli leur quota de travail. Ils passeront donc quelques mois dans un Kyo Hwa-so, un centre de rééducation ou de socialisation par le travail.

Les plus grands camps détiennent les criminels politiques mais aussi leur famille. En Corée du Nord, l’écart politique est en effet considéré comme l’effet d’un bacille. La faute est une maladie, de plus héréditaire. De toute façon, dans les camps comme au-dehors, l’idée d’une existence individuelle, d’une liberté et d’une responsabilité personnelles n’existe pas. Les proches d’un criminel sont donc eux aussi mis à l’écart, dans un Kwa Li-so, un centre de détention pour criminels politiques. Ce sont des sortes de grandes réserves avec différents bâtiments, groupes de baraquements, écoles primaires (et même très primaires), lieux de travail et zones d’élevage entourées de fils de fer barbelés et électrifiés, comme ce Kwa Li-so n° 14 où Shin est né puis a vécu, ou survécu : Établi en 1959 au centre de la Corée du Nord – dans le comté de Kaechon, de la province de Pyongyang du Sud – le Camp 14 séquestre environ cinquante mille prisonniers et couvre deux cent quatre-vingts kilomètres carrés, avec ses fermes, ses mines et ses usines dispersées le long de vallées encaissées. On y purge de longues peines, durant des années, voire des dizaines d’années. On y mange peu – si peu qu’on est heureux d’attraper un rat et de le dévorer, souvent cru, parfois grillé. On y dort peu. On y travaille dur, sous la menace des gardes et de tous les autres détenus incités à dénoncer encore et toujours leurs compagnons d’infortune.

Ce Camp 14, ces camps nord-coréens, comme ceux de tous les États totalitaires, n’ont pas pour objet d’écarter et de punir des militants hostiles à un ordre autoritaire attaché aux traditions, comme c’est le cas dans une vulgaire dictature franquiste ou salazariste. Les camps de Corée du Nord affichent au contraire leur volonté de faire des détenus des hommes nouveaux. Travail et discipline sont censés favoriser leur retour à une communauté libérée des séquelles de l’atroce mentalité capitaliste encore attachée à la liberté individuelle.

Shin et Harden réduisent à néant ces prétentions idéologiques : l’insertion dans la collectivité du camp n’est pas la propédeutique à une humanité nouvelle, elle n’est pas synonyme de fusion heureuse mais de mille occasions de mensonges, de bassesses, de violences, d’indifférences à autrui et de délations. On ne sort pas grandi d’un camp, réconcilié avec sa patrie et avec les travailleurs. Les détenus n’apprennent même pas la solidarité qui pourrait les unir face aux bourreaux qui les surveillent et assurent la marche du camp. On ne retrouve pas certaines valeurs comme l’amitié, la dignité ou l’amour dans l’enclos fermé du camp n° 14… Rien même de semblable à la rédemption d’Ivan Denissovitch évoquée dans le célèbre ouvrage de Soljenitsyne. La peine au travail, la coexistence avec d’autres détenus aussi injustement condamnés que le héros d’Une journée concourent à une prise de conscience morale, à un nouveau départ sur de toutes autres bases. Sans doute y avait-il dans l’univers de Soljenitsyne des brutes, des violents, des délateurs parmi les détenus. Mais ils étaient en quelque sorte l’interface avec le monde extérieur, celui du mensonge et de l’oppression. Le camp pouvait être, et avait été pour Soljenitsyne, une école, un lieu d’apprentissage d’une éthique nouvelle.

Le tableau brossé par Shin est au contraire celui d’un haut-lieu de la déshumanisation. Tout le monde y passe en quelque sorte, et si l’on veut absolument rattacher cet univers des camps nord-coréens à quelque chose que nous connaissons, c’est du côté des Récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov, qu’il faut se tourner, lesquels mettent au centre de l’expérience concentrationnaire la déshumanisation qui ronge peu à peu les détenus du goulag.

Derrière l’étrangeté parfois théâtrale du régime nord-coréen se trouve la machine répressive, et tout particulièrement les camps de concentration. Et derrière ces camps qui pervertissent l’individu plus qu’ils ne le font disparaître, nous est dévoilé un modèle totalitaire, approché en Corée du Nord plus que nulle part ailleurs. Les sentiments familiaux ou amicaux, la simple solidarité grégaire d’un groupe face à qui le menace, tout cela est supprimé. L’éducation est réduite au minimum. A la limite, il n’y a plus de père ni de mère. Cette dernière n’est pour Shin qu’une rivale dans sa lutte pour survivre, et Shin lui-même est né non d’un amour ou d’un choix et à peine du hasard. Il est issu – comme les autres enfants de sa misérable classe – de l’accouplement décidé par les gardiens d’un homme et d’une femme qui avaient atteint leur quota de travail et se voyaient récompensés. Quatre ou cinq fois par an, et alors seulement, on menait Madame à Monsieur, comme la Marguerite ou la Charmante au taureau. N’est-ce pas romantique ? Quant à l’enfant né de ces rapports, on l’accrochera à un croc de boucher et on fera griller sa peau, comme une entrecôte… Rappelez-vous : Ses reins et ses fesses portent les cicatrices de la torture par le feu ; la peau de son pubis révèle les stigmates du crochet par lequel un garde le maintenait au-dessus du brasier. Un gardien d’un autre camp, qui s’est enfui lui aussi, explique qu’il était sommé par ses supérieurs de ne jamais sourire et de considérer les détenus comme des chiens et des porcs. Bestiaire. Inhumanité.

Pour le système, l’être humain disparaît. Dans les faits, chacun d’entre eux se métamorphose en arme de l’ordre totalitaire pour tuer toute velléité d’existence individuelle. Rescapé du Camp 14 est le récit du triomphe de cet ordre totalitaire. Symboliquement, le seul acte explicite de solidarité, d’aide effective et désintéressée, est celui d’un mort : le compagnon d’évasion de Shin ne lui apporte sans réticence son aide qu’une fois décédé.

Il y en aura d’autres, plus discrets, plus modestes, qui témoigneront de la non-conformité, voire de la résistance de quelques êtres d’exception à cet ordre totalitaire. Un tel attachement à l’humanité est perceptible chez un détenu du camp, qui a gardé une part de sa noblesse, une part de sa douceur, de sa reconnaissance de l’autre et de son intérêt intrinsèque : Le soleil brille, même dans les trous de souris dit un proverbe. Oncle, raconte-moi une histoire ! dit l’enfant, un instant retrouvé.

Et l’Oncle soulève un pan du voile qui masque l’autre monde, point d’appui pour que Shin veuille autre chose. Belle allégorie du peuple de Corée du Nord qui s’éveille à lui-même et au désir d’autre chose, à mesure que lui parviennent des échos, encore faibles, du monde extérieur…

Autres points de résistance : un élève qui ose répondre – mais mal lui en prendra : il sera frappé sur ordre des gardiens par les autres enfants, jusqu’à ce qu’il retrouve ses esprits. Un autre aussi, qui l’aide à penser l’impensable, la tentative de fuite de son frère et de sa mère ; un enseignant enfin, qui a eu (peut-être !) pitié de Shin et le soustrait aux persécutions inévitables pour le fils d’une mère candidate à l’évasion.

Notons aussi la présence de lieux où la tension est moins grande qu’ailleurs, et l’exigence totalitaire moins présente. Le détenu y récupère un peu. Se récupère.

Un homme bien vivant, lui, Blaine Harden [l’auteur de Rescapé du camp 14], va aider Shin à recouvrer quelque chose de son humanité. Sa parole, d’abord, et elle est difficile à recueillir. Son histoire. Son sens des valeurs. Et celui-ci tarde à se manifester : la culpabilité est une marque d’humanité, et Shin a bien des difficultés à se réinsérer dans un registre de responsabilité personnelle. Il est vrai que sa tâche est horriblement difficile. Sa mère, du fait de l’ordre totalitaire triomphant au camp, n’a eu qu’un compagnon de lit donné par le parti, et n’a eu son enfant que par hasard. L’expérience brute, dans tous les sens du terme, que vit Shin Dong-hyuk, n’est surmontable que parce que quelqu’un venu d’ailleurs, un journaliste américain du nom de Blaine Harden, l’aide à faire retour sur lui-même. Le prisonnier de la caverne de Platon, habitué aux ténèbres, souffre d’avancer vers la lumière, et il faut le forcer un peu pour qu’il abandonne le lieu de ses illusions premières. Blaine Harden, comme un psychothérapeute mais aussi comme Socrate, pratique une certaine maïeutique. C’est par paire, en effet, professeur Luchterhand, que les prisonniers ont entretenu un semblant d’humanité, et même un peu plus qu’un semblant : les autres paissent sans savoir à proprement parler où ils sont. Mais Shin a compris, lui, grâce à la paire qu’il formait avec l’Oncle et grâce à celle qu’il formait avec Park, qu’il était dans une cage odieuse. C’est par paire encore que Shin et Harden vont poursuivre ce retour à l’humanité, que Shin va revenir au monde des vivants. Au monde où le Bien et le Mal sont des points de repère pour des choix responsables, au monde où l’on éprouve des sentiments de honte, où l’on a parfois besoin de demander pardon, où l’on se repent, où l’on peut avoir confiance en autrui et où l’on est capable aussi d’oubli, même si les cauchemars vous taraudent encore souvent la nuit…

Puisse la Corée du Nord tout entière revenir bientôt dans le giron de l’humanité. Les fissures dans ses murs, par lesquelles entrent et sortent des contrebandiers, des cassettes audios et vidéos, des postes de radio et des téléphones portables, l’aident à désirer autre chose. Et les marchés privés dans les villes comme les zones d’élevage du camp où Shin a pu se relaxer, nous font croire qu’un jour ce cauchemar finira.

Et comme Shin, évadé, qui trouve un nouveau monde où les individus pallient l’incapacité de l’État et prennent l’initiative de tisser les réseaux d’une économie de l’ombre, où ils vendent et achètent – l’Autre vous laissant aller une fois l’affaire faite…, la Corée du Nord, réveillée, peut avoir raison de ce système…

Pour cela il faut l’aider, comme Blaine Harden et Han-nah, la directrice de l’ONG Liberty in North Korea (soit LlNK, lien), ont aidé Shin. Pour cela, il faut à la Corée du Nord, une rencontre avec autrui, comme il a fallu pour le détenu la rencontre avec Oncle puis celle avec Park, et comme pour l’évadé il a fallu la rencontre avec le journaliste américain.

Quant à nous, lecteurs lointains, rien ne sert de dénoncer comme le fait le Washington Post, notre horrible indifférence à l’existence des camps de travail nord-coréens. Il faut, pour dépasser cette indifférence, rencontrer les yeux fous de douleur de Shin torturé, voir sa mère qui gigote au bout d’une corde, gifler avec lui son copain de classe ligoté ou assister aux derniers instants d’une petite fille battue à mort par son maître d’école armé. Grâce à ce livre, nous avons fait tout cela. Telle a été notre rencontre inoubliable avec le système totalitaire, avec les camps nord-coréens, avec la Corée du Nord, avec Shin. Après la lecture de Rescapé du Camp 14, la Corée du Nord n’est plus un lointain et sans doute mauvais pays. C’est une obsédante verrue qu’il faut arracher au Mal et réintégrer dans l’humanité… Il y faudra du tact. Du savoir-faire. Il y faudra surtout les Nord-Coréens eux-mêmes…

Pierre Rigoulot

14 01 2005             Le voyage des sondes Cassini-Huygens lancées le 15 octobre 1997 a  été couronné de succès. Sept ans de voyage pour un 1.25 milliard de kilomètres…c’est long bien sûr, mais cette lenteur a été choisie, pour que la descente de Huyghens sur Titan soit la plus lente possible pour rester en-dessous des températures critiques : le 25 décembre 2004, l’orbiteur Cassini a été satellisé autour de Saturne pour 4 ans ; l’atterrisseur Huygens, s’est séparé alors de Cassini pour aller se poser sur Titan, le plus gros satellite de Saturne, juste un peu plus petit que Mars. Il y arrive à plus de 20 000 km/h, subissant des températures de plus de 8 000°, pour finir sa course au contact de Titan à 15 km/h, moyennant force parachute. Il dispose d’à peu près 4 heures pour livrer ce qu’il enregistre : deux heures et demi de descente, deux heures après l’arrivée au sol, après quoi les températures d’environ – 180° auront raison de tous ses instruments. L’affaire aura coûté 4 milliards de $. Jusque là dissimulé aux yeux des astronomes par l’opacité de son atmosphère, la composition de cette dernière ressemble à celle de l’atmosphère terrestre avant l’apparition de la vie : environ 98 % d’azote, un peu de méthane et d’hydrogène. Les premières photos envoyées sont superbes, intrigantes : il faudra à peu près encore 20 ans pour les dépouiller : 20 ans , c’ est aussi le temps qu’il a fallu entre la naissance du projet en 1982 et sa réalisation.

7 02 2005               Plus que jamais happy and glorious, Ellen Mc Arthur boucle le tour du monde en solitaire, sans escale : – le Trophée Jules Verne – à bord du trimaran Castorama en 71 jours, 14 heures et 33 minutes, battant de plus de 24 h le précédent record de Francis Joyon. Enfin l’Angleterre trouvait son Tabarly.

À peu près en même temps, mais sur un autre grand terrain de jeu : la neige, un très grand champion américain de ski alpin, Bode Miller, comme un bel avion en panne de carburant, se refuse à la chute, et termine sa course par un ballet, plein d’élégante insouciance ; passer en un dixième de seconde de l’extrême tension de la course, à la ballade, ou balade, des gens heureux, bravo l’artiste. La presse le dira original, anticonformiste etc…  quand il est tout simplement un homme qui aura su rester libre.

12 02 2005             Lancement d’une fusée Ariane V  ECA, dite 10 tonnes : elle emporte deux satellites : Xtar-Eur, de télécommunication et Sloshsat-Flevo pour des expériences sur la dynamique des fluides. Arianespace se remet ainsi dans la course à la mise en orbite de satellites : son carnet de commandes est de 40 satellites pour l’année. Les Américains viennent de réussir le lancement de leur nouvelle Titan IV, les Russes continuent à engranger les commandes avec Zenith et Proton, pourtant conçus dans les années 60. Chinois et Japonais sont encore sur la liste d’attente avec Les Longues Marches 3, et H2.

20 03 2005             Maud Fontenoy chavire dans son embarcation de 7.5 m de long dans laquelle elle s’est embarquée sur les côtes péruviennes le 12 janvier pour traverser le Pacifique à la rame. Le bateau se remplit d’eau… tout ce qui n’est pas enfermé dans un emballage étanche est trempé, y compris son seul lien avec la terre : un téléphone satellite… elle va patiemment le sécher à grands renforts de cotons tiges… et la belle et gentille machine acceptera de rétablir le contact avec ses proches. Elle abordera l’île d’Hiva Oa, en Polynésie française, une semaine plus tard, le 26 mars : enlevée de sa barque par deux costauds marquisiens, elle sera portée en triomphe jusqu’au rivage au cri de Tahia – la Reine. Tahia a parcouru 6 900 km à la rame en 73 jours, en se faisant aider du courant marin équatorial entre le continent sud-américain et la Polynésie.

2 04 2005               Le pape Jean-Paul II s’éteint. C’est à peu près un million de fidèles qui viendront à Rome rendre un dernier hommage au curé du monde.

Et même quand, à 21 h 38, la voix du cardinal Sandri est montée dans les haut-parleurs géants de la place Saint-Pierre pour dire que Jean Paul II avait été rappelé à Dieu sous la protection de la Vierge Ma­rie, et même quand se fut éteint le long applaudissement puis le long sanglot de la foule, c’est le murmure des fontaines qui est resté le plus impressionnant. C’est ce souffle d’eau éparpillé par le vent grec dans les vasques de marbre de la place.

Comment ? Une foule si grande, tant de gens pressés là, dans le berceau des colonnes immenses que le Bernin a dessinées comme deux bras ouverts ? Et tout ce que l’on entend, c’est cela ? Ce frémissement d’eau, ce fantôme de pluie, de larmes peut-être ?

Oui c’est cela. Car sur la place Saint-Pierre, depuis deux jours, jusqu’à ce 21 h 38 du 2 avril, tout faisait silence. Et .plus encore depuis qu’elle sait que son évêque n’est plus. Dans cette ville qui vibre de cent klaxons, de mille cris, la plus vaste des places était devenue un paradoxal creuset de silence.

On y est venu par milliers, par dizaines de milliers, on y a levé les yeux vers les deux fenêtres des appartements où se mourait un vieil homme. Le soleil d’avril les avait laissées closes. Le soir les éclairait, rectangles de lumières accrochés tout là-haut dans la nuit romaine. Et sur le vieux pavé que jalonnent les dalles de marbre, tout se taisait sous les pleurs des fontaines.

Il est vrai que Rome connaît le prix de la mort. Elle sait, vieil atavisme, comment la mettre en scène. Il y a deux mille ans que la Ville enterre des empereurs qui furent maîtres du monde et des papes qui en devinrent les guides. Sur les plaques de fonte de ses rues s’étalent encore les quatre lettres orgueilleuses : SPQR. Senatus Populusque Romanum. Le Sénat et le PeupIe Romain. Comme lorsque, de l’Angleterre à la Syrie, tout obéissait à l’empire de Rome. Alors pleurer, mêler comme sans y penser la splendeur et  le chagrin, l’emphase et l’émotion, prêter l’admirable douceur de ses façades au décorum du deuil, pourpre des empereurs ou jaune d’or des pontifes, la Ville sait faire.

Il y a eu pourtant autour de cette longue agonie quelque chose d’inédit. Ce pape était là depuis si longtemps que toute une génération d’hommes ­et de femmes n’avait connu que lui.

On se trompe  peut-être mais on imagine mal une telle ferveur au chevet du  raide Paul VI, moins encore de l’aride Pie XII. Autour du  Vatican devait alors monter l’encens obligé des dévotions un peu bigotes et des cantiques en latin.

Là, ce qui frappe, c’est l’extraordinaire jeunesse de ceux qui sont venus veiller sous les deux rectangles d’or des fenêtres papales. Des chants montaient étayés par des guitares de campement scout. On frappait dans les mains. On mêlait le rosaire et la chanson. Les religieuses de tout habit, coiffes rigoureuses, livres de prières ouverts, côtoyaient les débardeurs, les jeans, les chiens que l’on installe à côté des bougies allumées.

Et puis 21 h 38 du 2 avril… Les écrans géants se sont allumés aux marches de Saint-Pierre. Les prières sont montées vers la nuit sans lune. Les larmes sont venues. L’Ave Maria repris à vingt mille, à cinquante mille voix a enlacé le dôme de Michel Ange, est monté vers ces deux fenêtres obstinément allumées. Le glas a nappé la place de ces grandes volutes de cuivre. Et entre deux battements, le silence. Et le murmure des fontaines..

À Rome, J. Vilacèque Midi Libre Dimanche 3 avril 2005

On ne peut pas oublier que c’est la négation de Dieu et de ses commandements qui a crée au siècle passé la tyrannie des idoles, exprimée dans la glorification d’une race, d’une classe, d’un parti, de l’État ou de la nation. Si l’on supprime les droits de Dieu, les droits de l’homme ne sont plus respectés.

Jean-Paul II, le 16 décembre 2002.

C’est le cardinal Josef Ratzinger qui va être élu, prenant le nom de Benoît XVI :

Mais l’Occident qui se dit ouvert aux autres se hait lui-même de façon pathologique et ne retient de son histoire que la cruauté et la destruction en voulant ignorer sa grandeur et sa noblesse morale. L’Europe a besoin pour survivre de s’accepter elle-même, sans exclure critique et modestie. S’accepter est une question de survie. Le multiculturalisme à la mode est le refus et la fuite de soi.

Cardinal Josef Ratzinger            L’Europe, ses fondements, aujourd’hui et demain.

27 04 2005             Le géant des airs, l’Airbus A 480 prend son premier envol dans le ciel de Toulouse.

17 05 2005             Ram Bahadur Bomjan, 16 ans, né dans la province népalaise du Teraï, vient de se recueillir à Lumbini, le lieu de naissance du Bouddha, puis il s’est rendu au pied d’un banian de la forêt, où il s’est mis dans la position du lotus, enserré par les puissants contreforts de l’arbre, pour n’en plus bouger. Il se mit à ne plus parler, ne plus manger et ne plus boire, et cela durera jusqu’au 14 mars 2006, où il disparut. Les foules étaient devenues de plus en plus nombreuses – les neuf derniers kilomètres se font à pied – et il ne pouvait plus jouir de la paix nécessaire pour méditer. Il fera une courte réapparition pour déclarer qu’il reviendrait dans six ans. La ferveur populaire voudra voir en lui la réincarnation du Bouddha.

28 05 2005             Amélie Mauresmo est battue à Roland Garros par la jeune Serbe Ana Ivanovic :

… Jusqu’à ce fameux sixième jeu, où, exaspérée par sa propre médiocrité et portée par le public, elle libéra les décibels en poussant un cri d’orfraie. Sur sa chaise, Yannick Noah serra le poing et jeta un regard de tueur en direction de la terre incandescente.

Jacques Frene. Midi-Libre du 29 mai 2005

mazette !

29 05 2005             En France les partisans du NON à la Constitution Européenne l’emportent par 54 % de 70 % des votants.

Alors que les États de l’Union européenne se préparent aux conséquences d’un éventuel rejet de la Constitution européenne par les électeurs français, on s’interroge sur l’état d’esprit de ce peuple si captif de son passé national, si revêche et bougon quand il s’agit de changer d’habitudes, de règles ou de projets pour l’avenir. La hargne antieuropéenne n’est pas étrangère aux autres pays européens, mais nulle part ailleurs qu’en France elle n’a pris une telle ampleur, ne s’est aussi largement répandue parmi les jeunes, n’a été aussi bien acceptée par les intellectuels qui comptent, n’a été aussi présente dans toutes les catégories socioprofessionnelles, toutes tendances politiques confondues. Le camp du oui, en France, est facilement perçu comme poussiéreux, comme démodé et ses arguments semblent tomber dans le vide. Toute expression de rationalité est contrée au nom de grandes passions volontaristes. Un volontarisme singulier, qui n’a qu’un lien ténu avec la réalité, 0 mais qui n’est pas nouveau en France : Tocqueville écrivait déjà que la politique, dans ce pays, était essentiellement littéraire, dénuée de ce sens des affaires, de l’industrie et de l’économie qui s’est développé dans les autres démocraties bourgeoises.

Le rapport que les Français entretiennent aujourd’hui avec l’Europe est lui aussi littéraire. Comme s’ils n’avaient pas devant eux l’Europe réelle mais une Bastille immense, un régime vide et en déconfiture, un pouvoir lointain et abusif, un roi qu’il faut ignorer ou chasser. Et il n’y a pas que les nationalistes de droite et de gauche – les souverainistes – qui voient l’Union de cette manière ; l’Europe est aujourd’hui perçue comme le règne de la nécessité, une fatalité ayant force de loi. En votant non, on refuse cette fatalité et l’on crée les conditions pour le passage du règne de la nécessité à celui de la liberté, où la politique retrouve du champ et – du moins, on l’espère – des alternatives et une dialectique.

Les dirigeants français qui se sont succédé au pouvoir sont responsables de cette faille qui s’est creusée entre imagination et réalité : ils n’ont jamais remis en question le mythe de la souveraineté nationale absolue ni accepté le fait que le concept d’État-nation était sorti perdant de la dernière guerre, que de voir la France assise à la table des vainqueurs avait quelque chose d’artificiel. Ces dirigeants n’ont pas reconnu que Paris n’est plus, depuis la réunification allemande, le centre de l’Europe. Ils n’ont pas admis que l’opposition à la guerre en Irak et le mépris réservé aux pays d’Europe centrale et orientale candidats à l’adhésion avaient conduit à l’isolement de la France. Ils n’ont jamais expliqué à leurs concitoyens que l’élargissement à l’Est était une opportunité à saisir et non une humiliation pour la grandeur nationale.

C’est pourtant cette même France qui a fondé le mythe qui s’est ensuite incarné dans l’unité européenne. L’idée de mettre fin à la guerre sur le continent en associant les industries françaises et allemandes de l’acier et du charbon nous est venue de Jean Monnet et de Robert Schuman. La méthode communautaire consistant à déléguer progressivement à l’Union des bribes de souveraineté était bien une idée française. L’Europe s’est faite parce que la France l’a voulu. Et si certains projets ont avorté, c’est parce que Paris n’en voulait pas. La France n’a jamais cessé d’être une puissance, mais cette puissance n’a été réelle et reconnue de tous que quand elle s’est appliquée à édifier l’Europe unie. Quand cette puissance s’est cantonnée à la rhétorique et aux déclarations, elle n’était plus qu’apparente et inefficace. Bref, littéraire.

Ces jours-ci, c’est encore cette conception chimérique du pouvoir qui prévaut, et c’est l’Europe tout entière qui subit les conséquences de cette maladie française. L’ef­fort d’unification ne se relâchera probablement pas pour autant et la crise pourrait d’ailleurs même se révéler providentielle. Il se peut qu’à la suite du non français les Européens les plus convaincus s’emploient à créer une Union ambitieuse, formée d’une avant-garde de quelques pays. Le contraire, en somme, d’une Union diluée et tendant à l’inertie, que veulent d’ailleurs éviter certains partisans de l’Europe qui voteront non. Mais cette maladie française dont souffre l’Europe, il faudra l’analyser, pour ensuite la soigner.

Barbara Spinelli.      La Stampa Turin.    Courrier International 756 28/4 au 3/5 2005

Comment une telle dérive a-t elle été possible? En dépit des attaques d’une violence incroyable qui s’élèvent contre le chef de l’État et qui n’auraient eu d’égal que les cris d’admiration si le oui l’avait emporté, ni la qualité du personnel politique français, ni sa conscience de la gravité de la situation ne sont en cause. Sans doute peut-on incriminer sa fragilité excessive devant la pression de médias qui tendent, par nature, à faire de l’émotion l’arbitre de la vie politique et à préférer aux professions de foi les états d’âme. Mais la principale cause, dont la politique de Jacques Chirac est loin d’être la seule illustration, est la difficulté de notre société et de ses dirigeants d’affronter le conflit, qui est au fondement de la démocratie, et sans lequel l’esprit de responsabilité se défait, dans tous les domaines et à tous les niveaux.

La peur du conflit est fille de l’État providence et de la mort des idéologies totalitaires occidentales. Or plus le pouvoir la prend en compte, plus il estompe l’opposition droite-gauche, plus il cherche à assurer la stabilité et la continuité, en faisant alterner le socialisme libéral et le libéralisme social, et en préférant au gouvernement des hommes la gouvernance des choses, plus il aboutit à l’effet inverse du but poursuivi : en lieu et place de la croissance et de la paix sociale recherchées,  il étend sans fin l’emprise de l’État sur les volontés ; et il aggrave, par contrecoup, la quête, intarissable d’autres idéologies, d’autres formes radicales d’engagement, qui prennent le visage des intégrismes corporatistes, religieux et identitaires. Le 29 mai denier, c’est l’addition de ces démissions et de ces engagements radicaux qui a rendu possible la victoire du non.

Alain-Gérard Slama. Le Figaro 6 juin 2005

13 juin 2005              L’Europe présente au salon du Bourget le projet EGNOS / European Geostationairy Navigation Overlay Service : c’est la tête de pont du projet Galileo, lancé en 2002 par l’Europe et EADS, qui vient faire une concurrence frontale au GPS américain : Global Positionning System, et Glonass, russe.  Galileo, ce sont neuf satellites sur trois orbites distants dans l’espace de 10 kilomètres (avec un satellite de secours par niveau), pouvant donner la position d’une personne ou d’un engin avec une précision inconnue jusqu’alors : 1 à 2 mètres, soit cinq fois mieux que le GPS. Cet eldorado technologique est estimé une recette de 150 milliards d’Euros par an dans le monde. Le premier satellite sera le 28 décembre 2005 par une fusée Soyouz.

Autre attraction au salon : un projet d’avion solaire – Solar impulse – de 80 m d’envergure à bord duquel Bertrand Piccard espère un jour faire le tour du monde sans escale.

7 07 2005                  Quatre attentats de terroristes islamistes à Londres : 57 morts, plus de 300 blessés.

23 07 2005                Carnage terroriste à Charm El-Cheikh, le jour de la fête nationale de l’Égypte : 88 morts.

29 08 2005    5 h       Le cyclone Katrina ravage la Louisiane et particulièrement La Nouvelle Orléans, partiellement construite sous les niveaux d’eau d’une part du lac Pontchartrain, d’autre part du Mississipi : les digues qui la protégeait du lac n’étaient que très mal entretenues, faute de crédits : l’inondation est catastrophique, tuant tous ceux qui n’ont pas pu fuir à temps, faute de voiture, d’argent ; 235 000 km² sont touchés, sur lesquels se trouvent 273 000 sans abri ; l’organisation des secours va être d’une stupéfiante lenteur : le plus puissant pays du monde sera obligé de faire appel à l’aide de l’Europe … la faillite de l’ultra libéralisme, du moins d’État est éclatante. On ne pourra se livrer au décompte des morts qu’une fois les eaux retirées.

8 10 2005                  Tremblement de terre dans les hautes vallées du Cachemire pakistanais : 73 000 morts, 69 000 blessés. Les secours n’arriveront très souvent qu’avec beaucoup de retard, et la toile de fond de guerre larvée Inde Pakistan n’arrangera bien sûr rien.

27 10 2005                Trois jeunes de Clichy sous Bois – poursuivis ou non par la police ? – se réfugient dans l’enceinte d’un transformateur EDF : deux d’entre eux y meurent électrocutés, le troisième est grièvement brûlé. Le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, se refusant à adopter la prudence diplomatique qui sied aux Affaires Étrangères, et préférant appeler un chat un chat parle de racaille et de voyous. Trois semaines d’émeutes non stop vont ravager les banlieues, surtout parisiennes : 8 400 voitures brûlées, des dizaines d’autobus de même, des dizaines d’édifices publics, commissariats, écoles,  gymnases, entrepôts, commerces, médiathèques, églises, incendiés. La Fédération des sociétés d’assurance estime l’ardoise à 200 millions d’Euros (les inondations de décembre 2003 avaient coûté 700 millions d’Euros).

Il ne peut s’agir d’une révolution qui est l’expression d’un projet politique : on est là à l’opposé du projet politique : la destruction est tous azimuts, la réflexion est au degré zéro, le vide absolu et l’échec absolu du père qui a abdiqué son devoir d’autorité, soit parce qu’il est tout simplement absent, soit parce que présent, il n’a plus la force de soulever les montagnes pour l’exercer : souvent au chômage, comment pourrait-il conserver le respect de ses enfants ? il donne une taloche à son gosse ? et il va toujours se trouver quelqu’un pour appeler la police… qui vient et verbalise le père…

Tous les crimes de l’homme commencent par le vagabondage de l’enfant…. Quand l’on ouvre une école, on ferme une prison.

Victor Hugo

Les violences en banlieue n’ont aucun lien avec les institutions ou des préoccupations religieuses, dixit le directeur général de la police nationale. Sans doute désireux de se faire reconnaître en acteurs politiques de plein droit, moyennant contrepartie, c’est un fait qu’en dépit d’une mosquée malencontreusement ­agressée fatwas, imams et hauts dignitaires n’ont joué dans les flamboyances de novembre qu’un rôle principalement scénique. L’offre religieuse d’interposition n’a pas rencontré une vraie demande. Ce constat inspire à nos commentateurs un  ouf de soulagement. Un peu à courte vue.

De bons esprits nous enjoignent de ne pas culturaliser une crise dont les clés sont d’évidence le chômage et la ségrégation Ce serait justifier un choc de civilisations et disculper nos classes dirigeantes de leurs responsabilités. Une guerre de religion brûle des hommes. Une guérilla sociale brûle des voitures. On imagine cependant ce qu’aurait pensé un vieux viennois à barbichette se promenant dans le 93, au vu de ces écoles, théâtres, bibliothèques, crèches centres culturels incendiés : Le problème ici n’est pas le trop, mais le pas assez de relig­ion. Le feu sacré est redoutable. L’absence de sacralité, dévastatrice. Aujourd’hui, et partout en Europe, c’est le deuxième cas de figure qui pose question.

Pauvreté (alors bien pire), discrimination des immigrés, crise du logement, exploitation de classe ont hanté pendant des décennies la ceinture rouge de Paris. On y réclamait le pain et les roses. On y défilait, on débrayait, on votait, on faisait le coup de poing – mais en plein jour, sous des étoffes claquant au vent et au son entraînant de La Marseillaise, en 1936, ou de l’Internationale, en 1950 – deux hymnes religieux s’il en est ! C’était l’époque où le culte républicain, entretenu par l’école et le service militaire, puis le progressisme messianique du mouvement ouvrier faisaient lever des générations de militants. Où le gamin fils de d’ouvrier et de femme de ménage aspirait  avant tout à parler français mieux qu’un Français de souche. 2005 a vu disparaître de l’ancienne « zone» le drapeau rouge, a fortiori le tricolore.

C’est moins le vert qui a pris la place, que le United Colors of Benetton. Désaffiliés de tout, sauf de la marchandise, apparemment plus préoccupés par les signes de la richesse sur soi que par sa redistribution à tous, les enfants à streetwear du rap et du zapping ont pour repères des marques de blouson et de chaussures. Damnés de la terre ou laissés  pour  comptes  du capitalisme ?

Entre les anciens combats de l’espérance et l’actuelle désespérance du vandale, entre la férule du Parti et celle du ghetto, entre l’âge de L’Internationale et celui des territoires, nulle continuité. La cassure symbolique n’est pas moins grave que la sociale. Elle touche au fondamental,  qui est la croyance et le sentiment d’appartenance. Dans le lien libidinal unissant les activistes les uns aux autres, a disparu l’identification à des enseignes politiques ou des martyrs, laïques, éléments moteurs et sublimants d’un idéal de groupe.

Tony Montana (le héros du dernier Scarface), qu’on dit être l’icône des quartiers, n’est pas porteur d’avenir, comme l’étaient, à tort ou à raison, les images de Trotski, de Staline ou du Che. Prendre un voyou pour héros et le business pour une solution n’annonce rien de très progressiste. C’est la présence d’un surmoi mental et moral qui différencie une jacquerie urbaine d’un soulèvement révolutionnaire, ou l’encapuché sans leader ni slogans des « quartiers» de l’insurgé à passe-montagne du Chiapas.

Parler d’Intifada, comme on l’a fait à l’étranger, laisse perplexe. Où est la Terre promise ? L’île d’utopie ? Le projet ? Les valeurs ? Cet assèchement mythologique raccorde cet épisode hexagonal au drame culturel européen. Cherchons religion civile désespérément. Prière s’adresser d’urgence aux gouvernements de Paris, Madrid, Rome, Berlin, La Haye.

Freud, qui n’était pas tendre pour la névrose obsessionnelle baptisée croyance religieuse, en était venu à la fin de sa vie à lui reconnaître au moins un mérite capital. Non pas, comme le cynique Voltaire, celui d’endormir la misère humaine et d’inciter les pauvres à souffrir en silence en attendant le paradis, mais le mérite, plus fondamental, de réunir des individus isolés en canalisant et le plus souvent en inhibant cette disposition instinctive, primitive et autonome de l’être humain : l’agressivité. Le sentiment religieux peut certes basculer dans l’instinct de mort, dans la mesure même où unir les uns aux autres par les liens de l’amour une grande masse d’hommes ne peut se faire qu’à la condition qu’il en reste d’autres en dehors pour recevoir les coups. Mais, en dépit de cette tragique ambivalence, fondamentalement, le mythe du péché originel et de la rédemption œuvre au service d’Eros et fait partie du combat de l’espèce humaine pour la vie. Le sentiment de culpabilité, et donc d’autopunition, donne du grain à moudre à la conscience morale.

En quoi l’opium du peuple, qui fut en réalité la vitamine du pauvre, contribue au «programme de civilisation», qui épargne nos cousins les chimpanzés. La pacification des mœurs (pour reprendre l’expression de Norbert Elias) repose en définitive sur le renoncement à nos satisfactions infantiles, sur le sacrifice toujours laborieux de nos ardeurs, notamment sexuelles, sur l’inhibition répressive et disciplinée de nos pulsions par toutes sortes d’institutions civilisatrices – famille, école, métier, armée, État. Bref, sur la tension entre un Surmoi sévère et un Moi sans cesse à soumettre.

Ces expressions anachroniques, qu’on jugera fort réactionnaires, sont empruntées à un maître livre de 1929, écrit dans un style simple et direct, aujourd’hui passé sous silence par la plupart des psychanalystes, intitulé Malaise dans la civilisation. Il serait urgent de le rééditer, même si on peut comprendre la relégation aux oubliettes de cette œuvre prophétique. Le vieux Freud y défend une thèse des plus incorrectes et intempestives : la recherche effrénée par les individus, dès leur plus jeune âge, du plaisir maximal ne peut que déboucher sur un ensauvagement général du vivre ensemble. Encore ce sombre pronostic datait-il d’avant l’omniprésente publicité appelant sur tous les trottoirs et écrans à la satisfaction sans tarder du moindre désir ; d’avant les mass media, avec les deux coïts et les trois meurtres par minute désormais exigés de la moindre série télévisée qui se respecte.

Qu’eût dit notre Père Fouettard, ce grand émancipateur qui connaissait le prix de l’émancipation ? Que la poursuite du « programme de civilisation» est rien moins qu’assurée. Pour le dire dans ses mots à lui : la sublimation en culture intellectuelle, artistique et religieuse de nos pulsions libidinales impliquait son lot de souffrances individuelles, celles du refoulement. La désublimation en cours porte dans ses flancs la désintégration européenne, fédérale, nationale et personnelle. Alimentée par un consumérisme sans rivages et par le désencadrement politique et la désaffection nationale (aggravée, chez nous, par la fin criminogène du service militaire obligatoire), la dépression du croire rendra de plus en plus douloureuse la vie en société. Parce qu’un supermarché n’a jamais suffi à faire une communauté. L’apothéose de la marchandise sur fond de crise économique a placé sous nos pieds, partout, une bombe à fragmentation.

Deux choses menacent le monde, disait Valéry : l’ordre et le désordre.  Ajoutons: deux choses menacent la Cité, l’excès d’autorité symbolique et l’absence d’autorité symbolique. C’est cette dernière, aujourd’hui, qui passe la facture à la République française. Car là où défaille l’autorité, qui est le contraire du pouvoir, ne triomphe que la loi du plus fort, cette tristesse.

Regis Debray Le Monde 28 novembre 2005

10 2005                       Andy Greenhalgh, retraité anglais, propose au British Museum trois reliefs assyriens. Le musée envisage d’en acheter un, les deux autres sont proposés à la maison de vente Bonhams, dont l’expert, Richard Falkiner, n’est pas dupe un instant. Pour lui, il s’agit au mieux d’une copie du XIX°  siècle. Le British Museum réexamine l’œuvre et… constate une faute dans l’écriture cunéiforme ! Andy était le père de Shaun Greenhalgh, faussaire des temps modernes, c’est-à-dire avec une certaine aptitude pour les fautes d’orthographe. La morale de cette histoire, c’est que l’orthographe, contrairement à ce que disent ses détracteurs, ça sert à quelque chose, et la morale de cette morale, c’est que les scribes assyriens, selon les apriori du British Museum, ne faisaient jamais de fautes d’orthographe. Peut-être la punition était-elle autrement plus sévère qu’elle ne l’est aujourd’hui ?

7 11 2005                  Harry Markopolos est américain, expert en produits dérivés, avec deux armes : beaucoup de rigueur mathématique et d’obstination. Dès le mois de mai 1999, il a averti les services de la SEC – Securities and Exchange Commission – de Boston que Bernard Madoff était un escroc de très haut vol. Sans réaction. Il remet le couvert, mais cette fois-ci, il s’agit d’un rapport écrit, de 19 pages, intitulé : The World’s Largest Hedge Fund is a Fraud. Et là encore, cet envoi n’est suivi d’aucun effet, et pour cause : celui qui traite le dossier Madoff n’est autre que son gendre ! eh beh voyons ! Le président de la SEC a donné le dossier Madoff à son gendre ! Un peu plus de trois ans plus tard, le scandale du fond Bernard Madoff sera l’un des actes principaux de la crise financière qui amènera le monde entier en récession. La SEC savait, et la SEC n’a rien dit, n’a rien fait. Le rapport de Harry Markopolos sera publié le 18 décembre 2008 par le Wall Street Journal.

18 12  2005                Evo Morales Ayma, producteur de coca, d’origine aymara, devient président de la Bolivie dès le premier tour de la présidentielle, avec 53.7 % des voix. Depuis le début de l’année, c’est le troisième président, mais cette fois-ci, c’est le bon : il gagnera encore les élections pour son deuxième mandat en 2009 avec 64 % des voix et fin 2014, se présentera pour un troisième mandat. Il saura prendre conseil auprès d’experts internationaux pour procéder à des nationalisations imposées de façon que chaque partenaire soit gagnant, et augmentation régulières aidant pour les matières premières du pays, la redistribution profitera à tous.

27 01 2006                Jean-Christophe Lafaille a passé la nuit à 7600 mètres, sur les pentes du Makalu 8463 m  : il part pour le sommet… on ne le reverra plus.

02 2006                  Un ferry égyptien coule en Mer Rouge à la suite d’un incendie : 984 morts sur les 1 400 passagers / équipage. Le commandant a été parmi les premiers à quitter le navire avec 40 de ses hommes… pas assez de chaloupes pour emmener tout le monde etc  etc…

avril 2006                  Dominique de Villepin, premier ministre, veut réduire le chômage des jeunes, scandaleusement élevé : dans une tranche 18-25 ans : 23 % ! Il concocte un nouveau contrat de travail : le CPE : Contrat Première embauche, qui devrait permettre aux employeurs d’embaucher en beaucoup plus grand nombre des jeunes sans qualification. Et c’est la tempête, lycéens, étudiants, tout le monde y va de sa grève de sa manif, de son indignation… les syndicats embrayent : trois bonnes semaines de pagaille, bien sur coûteuse ; on retire tout et le calme revient. Mais on se demande bien pourquoi Dominique de Villepin a tenu à baser toute son affaire sur un chiffre faux, car incluant comme chômeur les lycéens et étudiants : en fait le chômage des jeunes, dixit l’économiste Jacques Marseille, est de 7.8 %. Comprenne qui pourra.

1 05 2006                  Le nouveau président bolivien, Evo Morales, visite le site de production gazière de Carapari, San Alberto, 1 200 km au sud de La Paz. Le directeur local s’empresse pour lui demander lequel des sites il souhaite visiter et s’entend répondre : Je ne suis pas venu pour une visite, mais pour prendre – au nom du peuple bolivien – le contrôle de vos installations. L’affaire avait été menée de main de maître :

La veille, des ingénieurs opérant pour le compte de la Compagnie nationale des hydrocarbures,  – de fait une coquille vide depuis son démantèlement par le président précédent, Sanchez Losada – étaient venus, sous couvert de contrôle de sécurité,  mettre en place des appareils sophistiqués rendant impossibles tout sabotage des opérations.

Au même moment, dans tout le pays, des régiments d’élite de l’armée occupaient les champs pétrolifères et gaziers, les stations de pompage, les raffineries, les ateliers, les salles de commande électronique des pipelines, les dépôts de chemin de fer, les gares routières les ateliers, les sièges administratifs et les centre de communication internationale des sociétés étrangères.

Evo Morales avait obtenu la collaboration matérielle du président algérien, Aziz Bouteflika, du président vénézuélien Hugo Chavez et, plus surprenant, de la très luthérienne et honnête Norvège, lesquels dépêchèrent nombre d’experts en marketing, comptabilité, le tout dans le cadre de contrats ficelés par un coûteux cabinet d’avocats de New York, rémunéré par le Venezuela : il s’agissait de faire en sorte que les sociétés pétrolières et gazières continuent à œuvrer dans le pays, mais de les transformer, de sociétés privées, en sociétés de service agissant sous les ordres de l’Etat bolivien. Matthieu Pigasse, aujourd’hui gérant associé de la Banque Lazare, actionnaire du Monde y aurait aussi participé. Les Norvégiens déterminèrent l’exact taux de rentabilité, à savoir sous quelles conditions précises imposées par l’État bolivien les sociétés pourraient dégager les profits propres à satisfaire les exigences de leurs actionnaires.

Et cela marcha, et marcha remarquablement bien : jusqu’au 31 décembre 2006, douze sociétés étrangères ont signé 44 nouveaux contrats.

9  07 2006              On est à cinq minutes de la fin de la finale de coupe du monde de football qui oppose la France à l’Italie. Et Zinedine Zidane, le capitaine de l’équipe de France donne à Marco Matterazzi, un professionnel de la provocation, le coup de boule du siècle. Ce n’est pas vraiment le retour en force du droit à la paire de baffes, mais c’est une très bonne introduction.

On parlera encore longtemps de cette image de footballeur solitaire, descendant les escaliers en essuyant ses larmes avec son maillot, disparaissant du terrain, loin de ses coéquipiers. On parlera encore beaucoup de ce coup de tête, un geste terrible à voir pour nous tous mais qui a dû être bien plus terrible encore pour Zizou. Car il doit maintenant affronter et assumer son erreur, celle de s’être laissé emporter par les provocations de Marco Materazzi. Car il y a bien eu provocation. En effet, même si le match auquel nous avons assisté le 9 juillet a été extraordinaire d’énergie et de précision, il faut reconnaître que les Italiens jouent toujours le coup de théâtre et la provocation. C’est pourquoi je crois que cette finale a été, pour tous les Français qui l’ont vue, très marquée par le fatum, le destin littéraire, avec un grand exploit, une intrigue parfaite et un drame à sa hauteur, magnifique dans son déroulement et avec un dénouement humain, où le héros a disparu pour laisser la place à l’homme. Pour moi, la France a gagné la Mondial, et, malgré son coup de tête, Zidane reste incontestablement un footballeur extraordinaire et d’une intégrité exceptionnelle : il est le meilleur de tous parce que son équipe a été et reste inégalable en expérience, en authenticité et en élégance. Oui, voir la France repartir sans la Coupe du monde a été très dur. Mais elle occupe désormais une place unique dans l’histoire du sport : on ne pourra plus jamais parler d’union, d’esprit collectif, d’amitié, d’affection et d’amour sans mentionner cette équipe et sans nommer un par un chacun de ses membres.

Pourquoi mentirais-je ? Voilà longtemps que j’attendais ce moment. Sans le savoir, sans même m’en douter. Comment- aurais-je pu imaginer qu’il me surprendrait chez moi, enfoncée dans mon canapé, en train de me ronger les ongles ? Je m’explique : il y a une éternité que le sport cubain ne m’émeut plus. Ce n’est pas à cause de ses athlètes, car beaucoup me paraissent exceptionnels. Mais, comme je connais parfaitement les fils politiques qui font d’eux des marionnettes, les compétitions qui se déroulent sur l’île ont cessé de m’intéresser.

Voilà donc onze ans que j’attendais cet instant, cette minute précise où un sportif tel que Zizou me ferait monter les larmes aux yeux. Je me suis mise à pleurer une perte qui n’avait rien à voir avec celle qui n’a jamais cessé de m’affliger durant toutes ces années : la perte de mon pays. Et, en même temps j’étais heureuse, justement parce que je pleurais enfin pour quelque chose n’ayant aucun lien avec Cuba, pour une personne qui fait désormais partie de ma vie, qui représente aussi désormais ma patrie. En fait, les exilés reconstruisent peu à peu leur patrie perdue avec des petits riens piochés çà et là : un roman de Sandor Marai, un film de Wong Kar Wai, des vers de Federico Garcia Lorca, une chorégraphie de Joaquin Cortés, une aria de Montserrat Caballé, une relecture de François Rabelais, de Marcel Proust ou de Marguerite Yourcenar, une finale de la Coupe du monde où l’on peut voir une idole dans toute sa fragilité. Une fragilité qui confirmera sûrement sa grandeur, son intégrité en tant qu’être humain. Je me suis mise à pleurer pour Zizou, pour l’équipe de France et pour ces gens tout aussi excités que moi qui attendaient, le drapeau tricolore à la main, le moment de se jeter dans la rue en criant: À la Bastille! On a gagné ! Il y a longtemps que j’ai compris que ma vraie patrie est l’émotion poétique. Ou plutôt l’émotion, tout simplement, tout court. Merci les Bleus ! Merci Zizou !

Zoé Valdés      El Mundo Madrid      Courrier International n° 820. 20 au 26 juillet 2006

Quand, pour reprendre un slogan entendu en 1998, il n’y a plus que la victoire en nous, il ne saurait plus y avoir de victoire du tout. Les intérêts financiers en jeu font perdre tout intérêt au jeu, ou plutôt toute sa passion. Comment se passionner pour ce qui n’est plus intéressant, ou pire : intéressé ?

Et c’est là que Zidane, par son geste inexplicable en finale de la Coupe du monde 2006, intervient dans le débat. Un geste universellement présenté comme contre-exemplaire, au point que Zidane lui-même, probablement préparé par quelque conseiller, trois jours après la finale perdue contre l’Italie, en exclusivité pour Canal+, qualifie son geste de pas pardonnable.

Pourtant tout le monde ou presque paraît le lui avoir instantanément pardonné, mettant ce geste d’humeur et sur le compte d’une sensibilité méditerranéenne à l’insulte, ou de l’émotion d’une fin de carrière, ou d’un défaut de caractère jamais complètement réglé malgré l’expérience du haut niveau.

Ce que je crois, c’est que tout le monde, sans pouvoir vraiment se l’avouer, a su gré à Zidane de briser le carcan commercial, poli, trop poli, trop lisse et policé d’un football sponsorisé et primé au résultat. Zidane, dans un violent éclair d’orgueil, a fait parler la poudre de la liberté, de la passion brutale, de la grandeur homérique. Il a restauré d’un coup [de tête] le sens humain du jeu. Enfin un acte gratuit, hors de prix, risqué, inexplicable, opaque. En un mot : humain, Zidane, quatre ans plus tard, ne regrette pas son geste.

Apparemment irréfléchi, mais profondément juste, au point, il le sent, de ne pouvoir y renoncer. Ce geste-là, je le garderai de toute façon toute ma vie. Ça fait partie du destin.  Un athlète qui parle de destin, qui emploie ces grands mots alors qu’il est sponsorisé, employé par de grandes marques, toujours tentées d’en faire leur petit esclave, manifeste la valeur de son mauvais geste, dernier refuge d’une liberté qui est celle du jeu.

Un grand joueur, c’est quelqu’un qui est capable aussi de casser son jouet. Liberté négative, mais liberté tout court.

Olivier Pourriol Le Monde 12 juin 2010

13 07 2006       Mise en service du BTC : le premier tanker chargé de brut caspien quitte le terminal de Ceyhan. BTC : Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, sur la mer Caspienne – Tblilissi, capitale de la Géorgie – Ceyhan, sur la mer Méditerranée, proche de la baie d’Iskandérum, en Turquie : c’est le nom de l’oléoduc long de 1762 km enterré à 1.5 m. de profondeur, qui franchit des cols à plus de 2 500 m. d’altitude. C’est la BP : – British Petroleum qui a été le principal financeur : 30% des parts, 4 milliards $ – de cet oléoduc, qui soustrait à l’avidité russe une bonne part du pétrole de la Caspienne pour en faire bénéficier l’Occident., à raison, une fois atteint le régime de croisière d’un millions de barils / jour.

Aux côtés de ce BTC, un autre pipe, de gaz, de Bakou à Erzurum en Turquie, via Tbilissi. Arrive aussi à Ceyhan un autre oléoduc, partant de Kirkouk, en Irak qui n’aura été opérationnel que quelques années, car abandonné dès 1990 à cause de l’embargo sur l’Irak.

09 2006                  Quelques semaines après le cessez le feu de la guerre entre Israël et le Hezbollah, une plume israélienne et féminine revient au fond des choses : qu’avons-nous fait de la soif de justice qui est ce qu’il y a de plus commun à tous les hommes ? En quoi la politique de l’État juif a-t-elle eu le souci de la justice envers les Palestiniens ? Le constat est accablant.

Laissons de côté ces Israéliens qui, par idéologie, soutiennent la dépossession du peuple palestinien parce que Tu [Dieu} nous a choisis. Laissons de côté ces juges qui couvrent la politique militaire de meurtre et de destruction. Laissons de côté ces officiers qui emprisonnent sciemment tout un peuple entre des murs, des tours de guet fortifiées, des mitrailleuses, des barbelés et des projecteurs aveuglants. Et laissons de côté nos ministres et tous ces gens qui comptent – les architectes, les planificateurs et, plus généralement, les concepteurs et les exécutants de la politique gouvernementale -.

Parlons plutôt des autres. Des historiens et des mathématiciens, des éditeurs, des vedettes médiatiques, des psychologues et des médecins, des avocats qui ne soutiennent pas le Goush Emounim [l’extrême droite religieuse] ou Kadima [le parti au pouvoir], des enseignants et des éducateurs, des amoureux de la nature, des magiciens des hautes technologies. Où êtes-vous ? Et vous, les spécialistes du nazisme, de la Shoah et du goulag ? Etes-vous vraiment en faveur de ces lois discriminatoires qui décrètent que, pour les ravages provoqués par la dernière guerre, les Arabes de Galilée ne recevront pas les mêmes indemnisations que leurs voisins juifs ?

Se peut-il que vous souteniez ce code de la nationalité raciste qui interdit à un Israélien arabe de vivre avec sa famille dans son propre logis? Se peut-il que vous souteniez les expropriations programmées en Cisjordanie pour créer un nouveau quartier d’implantation juive et une nouvelle route, le yehudim bilvad [pour Juifs seulement] ? Se peut-il que vous soyez d’accord pour qu’un tiers de la Cisjordanie soit désormais inaccessible aux Palestiniens ? Que vous acceptiez une politique qui empêche des dizaines de milliers de citoyens étrangers d’origine palestinienne de rendre visite à leur famille dans les Territoires ?

Pensez-vous réellement vous en sortir avec l’argument de la sécurité pour trouver normal d’interdire aux étudiants gazaouites d’étudier l’ergothérapie à Bethléem et la médecine à Ramallah, ou aux malades de Rafah de recevoir des soins à Ramallah ? Pensez-vous pouvoir vous réfugier derrière le lo yadanou [nous ne savions pas] lorsqu’on vous parlera de la discrimination pratiquée dans l’accès à l’eau [sous le contrôle exclusif d’Israël] et qui laisse des milliers d’immeubles palestiniens sans eau durant les canicules ? Ou du fait que Tsahal a pu impunément ceinturer les villages par des barrages empêchant les habitants d’aller s’approvisionner en eau ?

Il n’est pas possible que vous ne voyiez pas les lourds portiques d’acier qui jalonnent la Nationale 344, cette route qui traverse l’ouest de la Cisjordanie, mais sans accès aux villages palestiniens. Il n’est pas possible que vous souteniez l’interdiction faite à des milliers de fermiers d’accéder à leurs champs. Ou que vous souteniez la quarantaine imposée à Gaza et qui empêche la livraison de médicaments aux hôpitaux et la fourniture d’électricité et d’eau à 1,5 million d’êtres humains. Se peut-il que vous ne sachiez pas ce qui se passe à quinze minutes de vos cabinets et de vos universités ? Se peut-il que vous souteniez ce système qui voit des soldats hébreux dresser des barrages au cœur de la Cisjordanie et bloquer des dizaines de milliers de civils des heures durant sous un soleil de plomb et trier les habitants selon leur âge ou selon qu’ils viennent de Naplouse ou de Tulkarem ? Ou, pour l’exemple, placer en détention une femme malade qui a eu le tort de sortir de la file ? Le site <www.machsomwatch.org> [ONG israélienne chargée de surveiller les agissements des soldats israéliens aux postes de contrôle] est accessible à tous et regorge de témoignages et de documents qui rendent compte de ces horribles pratiques. Il n’est pas possible que ceux qui s’insurgent à la moindre croix gammée sur une tombe juive en France ou au moindre titre antisémite dans un journal local espagnol ne soient pas informés de ce qui se passe en Cisjordanie et ne s’insurgent pas

Comme Juifs, nous jouissons tous du privilège que représente pour nous Israël et c’est pourquoi nous sommes tous, bon an mal an, des collaborateurs [du système]. La question est: que fait chacun d’entre nous pour minimiser sa collaboration avec un régime spoliateur et oppresseur insatiable ? Il ne suffit pas de signer des pétitions et de se plaindre. Israël est une démocratie pour ses Juifs. Nos vies ne sont pas en danger, nous ne risquons pas d’être placés en camp d’internement et nous pourrons toujours nous détendre à la campagne ou à l’étranger. C’est pourquoi le poids de notre collaboration et de notre responsabilité directe est terriblement lourd

Amira Hass Ha’aretz Septembre 2006

23 11 2006                 Alexandre Litvinenko, ex-espion russe du KGB, s’est mis au service de MI 6 anglais et meurt empoisonné au polonium 210, versés dans son thé quelques semaines plus tôt par Dmitri Kovtun et Andreï Lougovoï. Ce dernier sera élu député en Russie moins d’un an plus tard. Le capitaine Barril affirmera qu’en fait le travail a été le fait des services secrets américains et anglais.

10 12 2006                  Moussa Koussa, l’un des plus proches collaborateurs de Kadhafi, chef de ses services secrets extérieurs, signe un document qui acte l’accord de principe…d’appuyer la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles Nicolas Sarkozy pour un montant d’une valeur de cinquante millions d’euros.

La signature de Moussa Koussa sera authentifiée.

2006                           Salman Khan, professeur indo-américain à Boston a une nièce à la Nouvelle Orléans, nulle en maths. Il conçoit pour elle des petites vidéos qu’il met sur You Tube. La petite nièce apprécie beaucoup, mais aussi ses cousins, ses copains et copines, tant et si bien que le pédagogue ouvre la Khan Academy, hors de tout modèle économique classique. Huit ans plus tard, elle sera plébiscitée par dix millions de jeunes, en version anglaise et française. J’ai toujours voulu créer l’enseignement que j’aurais aimé recevoir, répète celui qui a séché les cours magistraux de Harvard, fussent-ils délivrés par des Prix Nobel.

La Khan Academy connaît un énorme succès, mais elle n’innove par vraiment sur le principe : dès 2001, le MIT avait mis une partie de ses cours sur son site MIT OpenCourseWare. Les MOOC – Massive Open Online Course – sont entièrement gratuits, composés de vidéos, quiz, forums et animations sur les réseaux sociaux ; ils sont ouverts à un nombre illimité de participants.

C’est une révolution, comme il n’y en a pas eu depuis la massification de l’éducation lancée en France par Jules Ferry.

Gilles Badinet, en charge des enjeux numériques auprès de la Commission Européenne.

3 04 2007                        Dans la Marne, sur la ligne LGV Est, un TGV atteint 574.8 km/h.

29 04 2007                       L’ancien premier ministre de Khadafi, Choukri Ghanem, qui sera retrouvé noyé à Vienne le 29 avril 2012, écrit dans son journal : J’ai déjeuné chez Bachir Saleh [directeur de cabinet de Kadhafi], Baghdadi [le premier ministre] était présent. Bachir a dit avoir payé 1,5  million d’euros à Sarkozy ; quant à Saïf – le fils de Kadhafi -, il lui a envoyé 3  millions d’euros. Il semblerait que les émissaires aient empoché une partie des sommes avant de les remettre à destination. Abdallah Senoussi [beau-frère de Kadhafi] lui a également envoyé 2  millions d’euros.

Les intermédiaires Ziad Takieddine et Alexandre Djouhri ont profité de la manne ; l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Boris Boillon, sera contrôlé gare du Nord, en  2013, avec 350 000  euros et 40 000  dollars ; Claude Guéant, l’ancien secrétaire général de l’Elysée, peinera à justifier le demi-million d’euros perçu par l’intermédiaire de circuits panaméens tortueux ; l’ancien premier ministre Dominique de Villepin touchera la même somme, par les mêmes circuits.

Par après, l’ex-premier président de la Libye post-Kadhafi, Mohamed Al-Megarief, écrira dans ses Mémoires : Pourquoi mentir ou le nier ? Oui, Kadhafi a financé la campagne électorale de Nicolas Sarkozy et a continué à le financer encore après 2007.

Redevenu justiciable ordinaire, Nicolas Sarkozy sera mis en examen et placé sous contrôle judiciaire le 21 mars 2018, avec les chefs d’inculpation de corruption passive, financement illégal de campagne électorale, recel de détournement de fonds publics lybiens.

6 05 2007                Nicolas Sarkozy est élu président de la République avec 54 % des voix. Cécilia, son épouse se refuse à partager sa liesse au Fouquet’s. La détente qui suit lui fait remonter le naturel à la surface :

On ne peut pas se réclamer du général de Gaulle, et se comporter comme Silvio Berlusconi. […] Entre Fouquet’s, Falcon et palace flottant, il a oublié qu’il venait d’être élu président de la République. Pendant trois jours, il nous a fait honte.

Alain Finkielkraut

Il y a dans ce personnage un mystère passionnant à explorer. Son ascension pourrait être shakespearienne, mais c’est Shakespeare sans la grandeur tragique. Sarkozy est une bête politique, une bête de scène. Il incarne ce qu’il appelle le pragmatisme, qui est en fait cette absence totale de pensée qui triomphe aujourd’hui. Qu’y a-t-il derrière cette intelligence vide de fond, cette énergie folle qui cherche désespérément son contenu ? Mon hypothèse, c’est qu’il y a une forme d’ennui, de haine de soi absolu.

Denis Podalydès, qui jouera son rôle en 2011 dans La conquête

Avec lui arrive à l’Elysée le temps des présidents qui ne sauront plus habiter la fonction, des présidents indignes en quelques sorte : de son Casse-toi, pauvre con à la confusion mentale de François Hollande qui pensera que bavarder inconsidérément avec des journalistes, c’est gouverner, aux innombrables petites phrases de café de Commerce de Macron,  pour donner place, soit-disant, au parler vrai.

7 07 2007                L’initiative d’un Québecquois [c qui pensera que bav’était un Québecquois, narquois, comme tous les Québecquois, chantait Félix Leclerc] globe-trotter et cinéaste d’origine suisse, Bernard Weber, officialise la rupture entre le monde du web et les Institutions Internationales confortablement installées depuis des lustres dans leur priorité : préserver ses avantages, et ils sont de taille. L’insolent a eu l’audace de venir marcher dans leurs plates bandes en organisant sur la toile un concours pour classer les Sept nouvelles Merveilles du Monde du XXI° siècle. Le dernier classement remontait à ~250 avant J.C. Depuis le mois de janvier, les internautes étaient invités à choisir les 7 nouvelles Merveilles parmi 21 monuments sélectionnés à partir de 77 sites choisis par un jury formé notamment d’architectes prestigieux. Près de 100 millions de personnes se sont prononcées. Ce concours a été  mis sur pied après la destruction par les talibans des bouddhas géants de Bamiyan, en Afghanistan, en 2001. Une partie des recettes de la cérémonie qui se déroule à Lisbonne doit financer leur reconstruction. La télévision l’a retransmise dans plus de 170 pays. L’astronaute Neil Armstrong, l’ex-secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, la reine Rania de Jordanie et le premier ministre portugais José Socrates, président en exercice de l’Union européenne, y ont également participé. Les choix ne font pas preuve d’une réelle affection pour l’architecture moderne : le monument le plus récent doit être le Christ rédempteur de Rio !

Les heureuses élues sont les suivantes :

  • la Grande Muraille de Chine
  • le mausolée du Taj Mahal, en Inde
  • la cité troglodyte de Petra, en Jordanie
  • la statue du Christ rédempteur, à Rio de Janeiro
  • les ruines incas du Machu Picchu, au Pérou
  • l’ancienne cité maya de Chichen-Itza, au Mexique
  • le Colisée de Rome, en Italie

Quatorze autres sites étaient dans la course :

  • l’Acropole d’Athènes, en Grèce
  • la Tour Eiffel à Paris, en France
  • les statues de l’Île de Pâques
  • les alignements de Stonehenge, en Grande-Bretagne
  • les temples d’Angkor, au Cambodge
  • l’Alhambra de Grenade, en Espagne,
  • la basilique Sainte Sophie d’Istanbul, en Turquie
  • le temple Kiyomizu à Tokyo, au Japon
  • la place Rouge à Moscou, en Russie
  • le Kremlin à Moscou, en Russie
  • le château de Neuschwanstein, en Allemagne
  • la Statue de la Liberté à New York, aux Etats-Unis
  • l’Opéra de Sydney, en Australie
  • l’ancienne cité de Tombouctou, au Mali

Bien sur, la cérémonie n’a pas  fait l’unanimité. L’UNESCO a choisi de se désolidariser totalement de l’événement. L’organisme de l’ONU chargé de répertorier le patrimoine mondial estime que la nouvelle liste des sept Merveilles du Monde ne contribuera en rien à la préservation des sites historiques.

10 07 2007              Les ministres des transports autrichien et italien signent à Vienne un accord de coopération pour les travaux du tunnel ferroviaire du Brenner. Il reliera Innsbruck en Autriche à Bressano en Italie, cela en fera le tunnel le plus long du monde, avec 62 km. Coût : 9 milliards d’Euros, dont 6 pour les travaux et 3 en charges financières. L’Autriche, l’Italie et l’Europe s’en partageront le coût, à raison d’un tiers chacune. En 2006, 1.9 million de poids lourds ont emprunté le col du Brenner, deux fois plus qu’en 1995, date d’entrée de l’Autriche en Europe, et près de deux fois le trafic de l’ensemble des cols frontaliers suisses, qui lui, s’est réduit, vu la très forte augmentation des tarifs autoroutiers, laquelle réduction en Suisse est devenue augmentation en Autriche.

14 08 2007                 Quatre camions piégés explosent dans les villages d’Al Khataniyah et Al Adnaniyah, en Irak, essentiellement peuplés de Yézidis : on compte plus de 400 morts.

10 10 2007              Une vérité qui dérange, le documentaire de Davis Guggenheim, cheval de bataille d’Al Gore sur le réchauffement climatique sorti le 24 mai 2006 est retoqué par la Haute Cour de Londres saisie par le proviseur d’un lycée du Kent : sa  diffusion est liée à l’insertion dans le film d’un avertissement énonçant les conclusions de ce jugement.  Il a relevé neuf erreurs :

  • La fonte des neiges au Mont Kilimandjaro serait attribuable au réchauffement climatique alors que le consensus scientifique  est qu’on ne peut rien affirmer de tel. L’explication la plus courante est la diminution des retombées neigeuses à la suite de la disparition progressive de la forêt humide à la base de la montagne.
  • Sur l’interprétation des graphiques montrant l’évolution des températures et du CO2 sur 650 000 ans, le jugement considère que s’il y avait un large accord chez les scientifiques sur un lien entre les deux courbes, celles-ci ne prouvaient pas ce qu’affirme Gore ;
  • L’ouragan Katrina serait dû au réchauffement climatique alors que l’opinion scientifique est qu’il n’y a pas de preuves suffisantes ;
  • L’assèchement du Lac Tchad serait une conséquence du réchauffement climatique, alors que les preuves sont là aussi insuffisantes : d’autres facteurs comme la hausse de la population et les variations du climat dans la région sont plus plausibles ;
  • Une étude montrerait que des ours polaires se sont noyés à cause de la fonte des glaces arctiques. Il apparaît que la seule étude scientifique trouvée sur le sujet parle de quatre ours polaires noyés à cause d’une tempête ;
  • Le réchauffement climatique pourrait stopper le Gulf Stream et renvoyer l’Europe à l’âge de glace, alors que le GIEC considère comme très improbable un tel arrêt bien qu’il juge qu’il devrait ralentir ;
  • Le réchauffement climatique serait à l’origine de la disparition d’espèces, dont la décoloration (« bleaching ») des récifs de corail alors que le rapport du GIEC affirme qu’il est difficile de séparer les différentes causes du blanchissement du corail ;
  • Les calottes de glace du Groenland et de l’Ouest Antarctique pourraient fondre et entraîner une hausse alarmante du niveau des mers. Le film semble suggérer une fonte dans un proche avenir, alors que le point de vue général est que le Groenland ne pourra pas fondre avant des millénaires ;
  • Le relèvement du niveau des mers aurait été à l’origine de l’évacuation de certaines îles du Pacifique en direction de la Nouvelle-Zélande, alors qu’aucune preuve d’une telle évacuation n’existe.

La Haute Cour de Londres ne s’est pas opposée à la diffusion du film dans les établissements scolaires du Royaume-Uni, mais à condition qu’il soit accompagné d’un document indiquant ce qui est de l’ordre du consensus scientifique, ce qui ne l’est pas et ce qui est d’ordre politique.

La France ne tiendra pas compte de ce jugement et ne demandera pas d’insertion qui le mentionne.

Un an plus tard, Al Gore conclura une conférence à l’American Geophysical Union à San Francisco : Vous avez le devoir de réduire au silence ceux qui s’opposent aux avis du GIEC ! On a envie de poursuivre : et vive Staline ! 

http://www.bailii.org/ew/cases/EWHC/Admin/2007/2288.html

10 11 2007             Hugo Chavez, le président du Venezuela, participe à un sommet ibero américain à Santiago du Chili. Il ne cesse de parler, invectivant les unes après les autres les personnalités politique espagnoles. Le roi d’Espagne est là, fronçant de plus en plus les sourcils, jusqu’à ne plus pouvoir se contenir et interrompre l’orateur par un cinglant Por que no te callas ? Pourquoi tu ne la boucles pas ? -. Tous les medias présents firent leur choux gras de l’affaire mais aussi le petit peuple  et les étudiants : quelques jours plus tard, on dansait dans toutes les universités un paso doble intitulé Por que no te callas ?

12 2007                   Des études démographiques sur l’Afrique viennent infirmer toutes les prévisions catastrophiques sur les hécatombes à  venir à mettre au compte du sida. La démographie africaine est saine. Elle exige des investissements très importants pour que tout ce monde puisse accéder à une vie décente, mais l’Afrique n’est pas sur une pente de déclin. L’Afrique a toujours refusé, pour des raisons à la fois culturelles et idéologiques de mener des politiques de modération démographiques : moins de 10 % des femmes utilisent une méthode moderne de contraception. En Afrique subsaharienne, deux personnes sur trois ont moins de 25 ans, en Chine, c’est 40 %, en Europe, 30%. La densité est aujourd’hui de 32 hab/km² en Afrique subsaharienne (28 en Amérique du sud / Caraïbes, 128 en Asie). Si l’on prend des densités en référence aux superficies de terres arables, on arrive très souvent à des chiffres supérieurs à 400 hab/km². En 2001, on estimait le nombre de personnes séropositives à 9 %, aujourd’hui, on l’estime à 6 %.

26 12 2007              Six membres de L’Arche de Zoé sont condamnés au Tchad à huit ans de travaux forcés et au paiement de 61 000 Euros par enfant : ils sont 103. On peut parler de tentative d’enlèvement, sans coup et sans blessure. Et les condamnations sont celles infligés à des criminels ! C’est toute l’Afrique minable,  tricheuse et cupide qui s’exprime dans ce verdict honteux.

27 12 2007              Assassinat à Islamabad de Benazir Bhuto, 54 ans, revenue au pays depuis le 18 octobre pour s’y présenter aux élections présidentielles à la mi-janvier contre Perez Musharraf.

2007                       On compte 33 000 boulangeries en France.

Quelque trente ans plus tôt, à la demande du président du Congo-Kinshasa Mobutu Sesse Seko, 114 œuvres d’art ont été transférées – il s’agit d’un prêt à long termepar le musée belge de Tervuren au Congo. Un inventaire est fait… qui révèle qu’il n’en reste plus que 21 dans les collections de l’Institut des musées nationaux du Congo : le reste avait disparu, parti chez des particuliers ou sur les marchés de l’art …

Xiran, journaliste chinoise installée en Angleterre depuis 1997, écrit des livres à succès. Après Chinoises, elle publiera en 2009 Mémoire de Chine [publié en France en 2010], compilation fort intéressante de témoignages sur la vie en Chine depuis la fin de la première guerre mondiale à nos jours. On lit à la fin :

Sur Internet, les sites et les blogs sont les seuls espaces où les Chinois peuvent s’exprimer sans réserve. Ils y cherchent et défendent leurs racines, ils y transmettent avec passion l’héritage de la culture chinoise. La popularité croissante d’Internet est une véritable révolution culturelle dans la société chinoise, balayant l’ancien système, vieux de plusieurs millénaires, où les mots ne pouvaient voyager que dans un sens : de la haute société vers la base ; les Chinois peuvent maintenant exprimer sans crainte tout ce qui leur passe par la tête. Aujourd’hui, la toile permet aux internautes chinois de s’exprimer sans danger et en toute liberté : ceux qui doutent des dieux, qui interrogent le gouvernement, se rebellent contre leurs parents, s’opposent à leurs supérieurs, et même ceux qui ont des griefs envers leur conjoint ou des reproches à faire à leurs amis ou à leur famille, et dont les opinions auraient été considérées comme hostiles à l’autorité, inconvenantes ou traitres envers leur famille peuvent ici se défouler, sans que jamais personne ne vienne le leur reprocher,  pas même les dieux !

Quand on sait à quel point le gouvernement de la Chine est obsédé par la surveillance d’Internet, quand on sait qu’il emploie à peu près deux millions de personnes pour surveiller tout ce qui s’écrit, se dit, se voit sur la Toile, on ne peut que s’esclaffer face à une telle contre vérité, face à un mensonge aussi énorme. Une seule explication possible : le gouvernement chinois a dit à Xiran : OK, vous allez où vous voulez, vous interrogez qui vous voulez, vous les laissez dire et vous transcrivez tous les propos qu’ils vous tiendront, nous ne vous mettrons aucun bâton dans les roues, vous aurez tous les feux verts, tout ceci, à une seule condition : affirmez qu’Internet est un espace de totale liberté. Et ainsi fût fait. Xiran fait feu de tout bois, mais on ne peut pas compter sur elle pour tenir des propos quelque peu dérangeants pour le pouvoir en place en Chine.

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[1] C’était à la suite de la raclée que prit le général Saint Clair, un anglais combattant sous le drapeau américain,  sur les rives de la Wabash, entre les lacs Michigan et Erie, par une confédération d’Amérindiens emmenés par Michikinikwa – alias Little Turtle – le 4 novembre 1791.


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