19 mars 2011 à octobre 2012. CRISPR. Le Costa Concordia, médaille d’or de l’immaturité. Curiosity sur Mars. Le lac Vostok. 11908
Publié par (l.peltier) le 18 août 2008 En savoir plus

19 03 2011                 Les Occidentaux, emmenés par la France et la Grande Bretagne, se décident enfin à stopper Khadafi dans son entreprise de guerre contre son propre peuple. Il faudra tout de même 6 mois de frappes aériennes de l’OTAN, conjuguées tant bien que mal avec les opposants lybiens au sol, soutenus par des commandos OTAN les derniers jours, pour que Khadafi s’enfuie de Tripoli.

Les parlementaires français feraient bien de suivre l’exemple de leurs homologues britanniques, qui ont enquêté sur les circonstances du déclenchement de cette guerre désastreuse, comme ils l’ont fait pour l’Irak. Leurs conclusions sont sans appel : cette guerre a été engagée sur des imputations mensongères et menée pour des raisons sans rapport avec les motifs invoqués. En 1990, la France est intervenue au Rwanda pour sauver un régime qui a dérivé vers le génocide, sans qu’aucun contrôle parlementaire ne soit exercé. Un minimum de sens de la responsabilité politique nous invite à attendre du Parlement qu’il exerce son rôle de contrôle démocratique face à des décisions d’une gravité immense. Une enquête parlementaire sur le déclenchement de cette guerre en Libye est absolument nécessaire.

Rony Brauman, Le Monde du 25 03 2018

23 03 2011                 En Syrie, l’armée tire sur des manifestants à Deraa.

4 06 2011                   La Chinoise Li Na remporte le tournoi de Roland Garros. La bannière rouge aux 5 étoiles d’or flotte au-dessus du Central. La Marche des volontaires résonne pour la première fois en ces lieux, temple du chic parisien et du snobisme BCBG. Dans les gradins, Kong Quan, ambassadeur de Chine en France,  retient ses larmes. La Chine ne vient pas de gagner une bataille économique, mais une bataille de communication certainement, sa première grande victoire sur ce plan, lavant une bonne part les humiliations occidentales de la fin du XIX° siècle, du temps des concessions.

5 07 2011                     Le gouvernement allemand, faute de chômeurs, annonce la suppression de 10 000 emplois à l’Agence pour l’emploi d’ici 2015 : c’est la conséquence directe des mesures économiques – Agenda 2010 –  prises par Gerhard Schroeder en 2003.

13 07 2011                 À midi, le facteur de Savigny-sur-Orge voit tomber une pierre dans le jardin d’un particulier : elle casse une dalle de béton. C’est la plus grosse – 5.2 kg – d’une pluie de météorites qui s’abat ce jour-là sur le département de l’Essonne. C’est la 65° chute observée sur le territoire de la France depuis 1942. Ces météorites proviennent d’astéroïdes de type S, situées entre Mars et Jupiter. Les appels à témoin aboutiront à la découverte d’autres astéroïdes, à Draveil, Grigny et dans la cour du lycée Montgeron.

13 09 2011                   Walter Bonatti, tout grand parmi les grands alpinistes, tire sa révérence : le cancer en a ainsi décidé. Il avait 81 ans. Il avait été admis dans une luxueuse clinique catholique et romaine, [et apostolique, a-t-on envie d’ajouter… tant qu’à y être…] qui estimait que cette situation l’autorisait à lui refuser la morphine, tout comme la présence de Rossana Podestà, sa compagne depuis trente ans, ex star du cinéma italien tendance peplum, au prétexte qu’ils n’étaient pas mariés ! La terre, comme ces animaux qui voient arriver le malheur avant l’homme, en frissonna : deux jours plus tôt, un tremblement de terre avait fait s’écrouler un partie du pilier des Drus, l’un de ses exploits majeurs.

23 09 2011                 Le Sénat passe à gauche. La presse avide d’outrance en remet avec des tsunamis au Sénat etc… Tsunami, on veut bien, mais de magnitude Zéro.

26 09 2011                 Boeing lance son 787 Dreamliner long courrier – 14 000 à 15 700 km – emportant de 210 à 290 passagers. Il est monté à Everett, dans l’État de Washington, mais fabriqué aux 4 coins du monde : Corée du sud, Japon, Australie, Italie, Suède, Royaume-Uni,  France, Canada, États-Unis. Les matériaux composites remplacent presque en totalité les précédents : beaucoup plus légers, ils permettent une importante économie de kérosène.

2 10 2011                        Tant que l’Everest – le toit du monde – restait invaincu, les alpinistes ont eu pour but d’aller toujours plus haut, jusqu’à ce 29 mai 1953 où Edmund Hillary et Norgay Tensing   ont foulé le sommet de Chomolungma – le nom chinois de l’Everest -, Sagar Matha pour les Népalais : dont la tête touche le ciel, si haute qu’un oiseau ne peut la survoler. Ensuite, les options se sont diversifiées, avec parfois une fascination pour l’esthétique, et donc le difficile [les deux vont de pair… on ne connaît pas de belle montagnes faciles ; elles sont belles parce qu’elles ont de longues arêtes quasi verticales, des grandes dalles bien lisses, de longs couloirs très raides etc…]: la face nord des Grandes Jorasses, la face nord du Cervin, le Grand Capucin du Tacul, les Drus, le Cerro Tore, le Fitz Roy dans la cordillère des Andes et aujourd’hui, dans l’Himalaya, le Meru – 30°52’5″ N , 79°1’56″E -, sur lequel se sont cassés les dents bien des grimpeurs de top niveau avant que trois américains, après un échec à 100 m. du sommet deux ans plus tôt, n’en réussissent l’ascension, par the Shark’s Fin – l’arête du Requin – qui mène au pilier central à 6330 mètres : Conrad Anker, Jimmy Chin et Renan Ozturk, presque convalescent d’une fracture du crâne : trente jours à se colleter les tempêtes, les accidents, les chutes, les avalanches…

Résultat de recherche d'images pour "shark's fin meru"

20 10 2011                   Carla Bruni donne naissance à Giulia. Mouammar Kadhafi est lynché par la foule dans sa ville de Syrte, mais en sort vivant. Il sera achevé par contrat dont Poutine attribuera la paternité à la France, ce que François Fillon, alors premier ministre ne démentira pas vraiment.

25 11 2011                  L’anglaise Felicity Aston, 33 ans, part de Ross Ice Shelf, dans l’Antarctique pour entreprendre sa traversée via le pôle sud. Elle est à skis et tire un traîneau. Elle trouvera un ravitaillement au pôle sud. Elle arrivera 59 jours plus tard dans l’anse d’Hercule, après avoir franchi 1 744 km.

TPZ041: Alone in Antarctica with Felicity Aston - The ...

 

11 2011                             La Grèce tend les rapports entre occidentaux.

Un sommet du G20 se tient Cannes ; le 2° plan d’aide à la Grèce, que l’on croyait résolu, resurgit d’un coup avec la trahison de Georges Papandréou : sans prévenir, le premier ministre grec vient d’annoncer aux Grecs un référendum sur les conditions de l’Union européenne (UE) pour le plan d’aide. Les Européens le convoquent à Cannes. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, furieux, lui règlent son compte dans une ambiance à couper au couteau. A eux deux, ils savent y faire : il agresse, elle renchérit sur le mode calme et pète-sec.  Ce que tu as fait est irresponsable. Papandréou repart vaincu et annule tout. Fini pour lui.

Au tour de Merkel de passer sur la sellette. Le sommet va commencer sans que le sujet Grèce soit réglé et tout le monde est énervé. Les quelques dirigeants européens également membres du G20 commencent par se retrouver à dîner en comité restreint autour du président américain. Barack Obama a son air hautain et vexant des mauvais jours. Il ironise sur les affaires de famille de ses collègues empêtrés dans la crise de l’euro. Il se moque du président de la Commission, José Manuel Barroso, qui rappelle à tout bout de champ qu’il faut agir avec la Commission. Ah oui, on m’a dit qu’une particularité des Européens est qu’il faut mettre la Commission partout ! s’amuse Obama. A part le Britannique David Cameron, qui regarde ses ongles, content de ne pas se faire gronder, tout le monde est mal à l’aise. Surtout Angela Merkel.

Car l’Allemagne, toujours favorable à l’austérité, au strict respect des traités et des règles budgétaires communes, rechigne à participer au sauvetage de l’euro. Au début de la crise mondiale, la presse allemande compare la chancelière à Margaret Thatcher et la surnomme Madame Nocelle qui dit d’abord  non, ne comprend pas l’urgence d’agir, impose des restrictions et au bout du compte aggrave la situation. Ses homologues dénoncent son absence de vision, son esprit comptable, sa posture de Mère Fouettard sur les finances pour se faire bien voir de ses électeurs.

Autour de la petite table ronde, à Cannes, d’où les conseillers sont exclus, des regards de reproche se tournent vers la chancelière. Qu’attend-elle pour faire pression sur la Bundesbank ? Barack Obama, fort de la politique monétaire dynamique décidée par la Fed, insiste. Il la rudoie comme il sait le faire, de sa grâce polie et impitoyable : Tu dois t’engager au nom de ta banque centrale.

Angela a les larmes aux yeux. La situation mondiale est explosive, l’avenir de l’euro suspendu à un fil et la banque centrale allemande bloque. Les conseillers, tenus dans une pièce à l’écart, observent la scène sur un écran, médusés. Voir apparaître en gros plan le visage de la chancelière en pleurs est très gênant. La Bundesbank est indépendante !  lance-t-elle. Obama la rabroue : Toutes les banques centrales sont indépendantes ! Mais nous sommes dans une situation d’urgence. Sous-entendu : en cas d’incendie, tu ne te demandes pas si l’extincteur est à toi, tu le prends.

Il y a un silence. Angela Merkel semble au bord de craquer. Je ne peux pas, dit-elle. Vous me demandez quelque chose que je ne peux pas faire. Ecoutez-moi : c’est vous, les vainqueurs de la seconde guerre mondiale, qui avez voulu l’indépendance de notre banque centrale. C’est vous qui avez imposé à l’Allemagne une Constitution qui interdit d’agir sur la Bundesbank et c’est mon devoir de chancelière de la faire respecter. L’air est chargé d’émotion. Angela répète : Vous me demandez de violer la Constitution que vous avez dictée au peuple allemand.  Silence. Embarras.

La mère la rigueur finira par faire des concessions, jugées trop tardives par les laxistes. Mais Angela Merkel ne fait rien qu’incarner l’Allemagne. Un pays longtemps traumatisé moralement par sa culpabilité du nazisme et économiquement par l’inflation des années 1930 qui l’a provoqué. Un pays parvenu à juguler ses propres déficits au prix d’efforts draconiens et qui énerve par ses leçons de vertu. Qui se veut gardien des traités et considère que la solidarité invoquée par les autres vaut d’abord par le respect à la lettre des règles qui la fondent.

Marion Van Renterghem      Le Monde du 4 09 2016

13 12 2011      21 h 46  L’usine Saica Pack, de Toulouse, qui fabrique du carton ondulé, est partiellement détruite par une explosion qui ne fait pas de victime. L’accident est survenu sous un stockage de 20 tonnes de bobines de papier qui a absorbé le soulèvement de la dalle en béton, éventrée sur quelques mètres carrés. Les enquêteurs vont retrouver sur place quelques bâtonnets lors du retrait des gravats : des petits cylindres de six millimètres de diamètre et de dix millimètres de hauteur : de la nitrocellulose provenant de la poudrerie de Baraqueville qui a occupé les terrains durant de très longues années. L’explosion pourrait être due à leur dégradation.

Les locaux de cette entreprise se situent près de la route d’Espagne, – la N 20, à quelques 1 200 mètres de l’ancien site d’AZF. Dans le hangar 221 d’AZF qui contenait 300 tonnes d’ammonitrates, épicentre de l’explosion, les enquêteurs avaient observé la présence d’un immense cratère. Depuis le début de l’enquête dans le dossier AZF, les enquêteurs ne se sont jamais intéressés au sous-sol, dans lequel se cache peut-être la réponse. À Toulouse, les habitants savent que l’usine AZF et la Saica Pack se trouvent dans le périmètre de Baraqueville, l’ancienne poudrerie nationale. D’ailleurs, cet ancien terrain militaire suscite toujours de multiples interrogations car depuis la fin de la Première guerre mondiale lorsque la France s’était mise à produire des armes chimique en choisissant Toulouse essentiellement en raison de son éloignement de la zone des combats, 4 700 tonnes de nitrocellulose, – le fulmicoton – un composant de la poudre à canon, sont toujours immergés dans les ballastières, ces étangs creusés par les gravières proches de la Garonne : l’humidité est nécessaire pour empêcher ces produits dangereux d’exploser,

En juin 2011, Frédéric Pechoux, manager des opérations de dépollution à la DGA -Direction générale de l’armement – avait assuré : Le sol renferme encore 4 700 tonnes de nitrocellulose, stocké. Au fil des ans, la poudre s’est mélangée avec son environnement ; la vase, le sable, les graviers ou les branches mortes. Ce sont donc désormais au total plus de 120.000 tonnes qu’il faut traiter. Cela devrait prendre cinq ans. Si le stock se limite vraiment à 5 000 tonnes, l’affaire est sans doute gérable… mais circulent des chiffres beaucoup plus importants de 40 à 45 000 tonnes que l’on ne saurait localiser avec précision.

Cette usine d’armement ne fabriquait pas seulement le fulmicoton, mais encore des obus que l’on pouvait encore retrouver sur des chantiers dans le périmètre de cette ancienne poudrerie dans les années 1980.

Il y a encore plus inquiétant : dans les années 60, Toulouse a accueilli un site ultrasecret de production de gaz d’assaut et d’armes chimiques, sur le site de Baraqueville. L’ancien responsable du centre d’essais chimiques du Bouchet, dans la région parisienne, évoque la production d’une centaine de kilos de gaz sarin, et d’une dizaine de tonnes de tabun, dans l’usine de Baraqueville, près de Toulouse. Daniel Froment assure que la plupart des stocks toulousains ont été utilisés dans des tests. Dans le centre d’essais de B2-Namous en Algérie, puis dans le camp militaire de Mourmelon et que les stocks non utilisés ont été détruits, sur place, à Baraqueville. Mais, comme il ne donne pas de date, on est en droit d’émettre des doutes.

La France a été le premier membre permanent du conseil de sécurité de l’Onu à signer, en 1995, la convention internationale prohibant, en 1993 la production, le stockage et l’usage d’armes chimiques. 270 tonnes de munitions chimiques, soit quelque 18 000 munitions, produit de 15 ans de découverte et de récupération sur les terrains de la guerre 14-18 dans l’Est de la France sont conservées un peu partout sur le territoire. La France possède une capacité totale de stockage d’armes chimiques de 350 tonnes. Le programme Sequoia prévoit la destruction de l’ensemble de l’armement chimique existant dans une usine robotisée en projet dans l’Aube, dont la mise en service est prévue pour fin 2015/début 2016. Avec une capacité de traitement de 42 tonnes par an, il faudra encore compter sept ans pour éliminer totalement les stocks de munitions chimiques de 14-18. Il aura alors fallu plus d’un siècle, depuis la fin de la grande guerre, pour détruire les stocks d’armes au chlore, au phosgène ou à l’ypérite.

vendredi 13 janvier 2012                  Le Costa Concordia, paquebot transportant 4 229 personnes (3 206 passagers et 1 023 membres d’équipage) s’éventre sur un rocher de l’île Giglio, au large de Livourne sur bâbord, faisant une grosse brèche par où s’engouffre l’eau. Le commandant fait alors demi-tour et vient s’échouer sur l’île par tribord : 32 morts, 14 blessés. De l’irresponsabilité à un niveau jamais atteint, à se demander comment il s’est trouvé quelqu’un pour donner pareille responsabilité à Francesco Schettino, tout juste bon à draguer les minettes en boite. Dans cette affaire, il n’y a pas un bon et un méchant, mais un nul et un as. Le nul c’est  Francesco Schettino, devenu soi-disant l’homme le plus haï d’Italie. Soi-disant, parce que, début juillet 2014, le professeur Vincenzo Mastronardi, psychiatre enseignant à l’université La Sapienza de Rome, l’invitera pour participer à une intervention lors d’un cours magistral de deux heures sur la gestion de la panique, le tout donnant lieu à une remise de diplôme, devant un public d’experts en criminologie. Le capitaine ira ensuite se vanter de sa performance auprès d’un journaliste de La Nazione, qui racontera l’épisode, suscitant une vague de réprobation. Soi-disant, car le capitaine,  a pu parler sans être interrompu par les sifflets, les œufs et les tomates pourries. Et cela en dit très long sur l’incohérence de plus en plus manifeste entre un ressenti et sa traduction dans les faits… une sorte de mais c’est à la télé qu’on le hait, mais si on se trouve physiquement en sa présence on l’écoute poliment. Le citoyen ne réagirait-il plus que devant le petit écran et perdrait-il tout sens critique dans le réel ?

À force de tout voir, on finit par tout supporter
À force de tout supporter on finit par tout tolérer
À force de tout tolérer on finit par tout accepter
À force de tout accepter on finit par tout approuver

Saint Augustin

L’as, c’est Nick Sloane, un sud africain de 52 ans affable et appréciant le chianti, qui remettra le géant sur pied le 17 septembre 2013, en fixant sur son flanc bâbord, émergé, quinze caissons  mesurant chacun 30 m X 10 m X 10 m, puis en fixant des câbles ancrés sur le haut de ces caissons, passant sous la coque, et treuillés depuis la terre. Il modifiera alors la suite de son plan.

Initialement, il avait été prévu que le renflouement fasse appel au Vanguard Dockwise, un navire semi-submersible capable de hisser l’épave du Costa Concordia sur son pont et de le transporter hors d’eau. Unique au monde, fabriqué en Corée du sud en 2012 pour le compte de l’armateur hollandais Dockwise, le Vanguard se présente comme une immense plateforme orange de 275 mètres de long et 70 de large flottant au ras de l’eau. Son poste de pilotage et ses rares cabines sont concentrés dans des tourelles qui se déplacent le long de ses flancs afin d’occuper le moins de surface possible. Remplissant ses ballasts d’eau, le Vanguard immerge son pont d’une quinzaine de mètres. Il peut ainsi se glisser sous la charge flottante qu’il aura à transporter : navire, épave, plateforme pétrolière ou tout équipement industriel hors gabarit. En remplissant ses ballasts d’air, il remonte à la surface une charge qui peut atteindre 110 000 tonnes. Ses moteurs lui permettent alors de naviguer à 14 nœuds. Il convient donc au Costa Concordia qui pèse 110 000 tonnes et mesure 62 mètres de large avec ses caissons de flottaison. Certes, le paquebot long de 290 mètres aurait dépassé d’une quinzaine de mètres, mais cela n’aurait pas à la navigation.

Nick Sloane abandonnera cette solution pour glisser un plancher en béton sous le Costa Concordia et disposer sur le flanc tribord du navire quinze autres caissons identiques à ceux de bâbord. Le 14 juillet 2014, il injectera de l’air dans ces caissons, chassant ainsi l’eau – c’est le principe du ballast –  ce qui va élever le navire de 2 m. Il faudra poursuivre cette élévation jusqu’à  ce qu’elle atteigne 10 mètres, hauteur nécessaire pour entreprendre le remorquage à la vitesse de 2 nœuds -3.7 km/h –  sur les 280 km qui séparent l’île de Giglio du port de Gênes où il sera démantelé. Coût global de l’opération : 830 millions d’€, quand le navire lui-même avait coûté en 2006 450 millions d’€. Plus de 500 personnes de 26 nationalités auront travaillé sur le projet au sein du consortium italo-américain Titan-Micoperi, dont 120 plongeurs qui ont effectué plus de 15 000 interventions, lors desquelles ils se sont livrées dans les cabines visitées à un pillage systématique – vive les traditions ! – des biens des passagers – l’eau de mer ne dégrade pas tout -. Il y eut aussi des soudeurs, charpentiers, pilotes de bateau, ingénieurs, biologistes et 60 experts en renflouage et logistique navale.

Unprecedented salvation of Costa Concordia cruise ship was ...

Navi da crociera: il governo autorizza gli “inchini” alla ...

The Wreck Of Costa Concordia in Genoa | Reasons To Cruise

19 02 2012                     Présentation à Istres, dans les Bouches du Rhône du premier avion européen de défense sans pilote : le Neuron : longueur : 9.2 mètres, envergure : 12.50 mètres. 980 km/h. Plafond : 9 000 mètres. 2 bombes guidées de 250 kg chacune.

nEUROn, le démonstrateur européen de drone de combat ...

5 02 2012                    Les Russes ont créé la station Vostok [en russe vostok signifie l’est, l’orient] dans l’Antarctique en 1957 par 78°27’52″ S et 106°50’14″ E. Elle est à 3 488 mètres  d’altitude par rapport au niveau de la mer. C’est la station la plus isolée de l’Antarctique, à plus de 1 200 km du pôle comme de la côte est la plus proche. Le choix s’en explique par la profondeur des forages qu’elle permet. Fermée en 1994, elle sera remise en service dans le cadre d’une coopération internationale Etats-Unis, Russie, France. Pratiquement à l’aplomb de ces coordonnées, les chercheurs découvrent l’existence d’un très grand lac subglaciaire : le lac Vostok, par 77° 00’ S et 105° 00’ E. Dès les années 1970, les Russes avaient entrepris des carottages pour analyser les teneurs en oxygène isotopique qui permette de connaître les époques de l’air qui est contenu dans ces carottes. 500 mètres, puis 952, puis 2 202 en 1984, 2546 en 1990, 2755 en 1993, 3623 en 1996, qui permirent de remonter à 420 000 ans en arrière. En 2003, le carottage s’arrêta à 130 mètres au-dessus du lac Vostok. Il fallait alors faire très attention à ce que les techniques mises en œuvre ne permettent pas à notre air de se mélanger avec l’atmosphère du lac Vostok, témoin de conditions de vie remontant à des millions d’années et qu’il était impératif de ne pas contaminer si l’on voulait pourvoir en tirer des enseignements. Ces précautions furent prises et le carottage atteignit alors le lac Vostok, 3769 mètres sous la surface glaciaire, c’est-à-dire que le lac se trouve à 280 mètres sous le niveau de la mer. Sous la pression de 350 bars, le liquide de forage remonta d’environ quarante mètres dans le tubage, mais il n’y eut pas d’autre incident. La grande question était alors : peut-on espérer découvrir des manifestations de vie dans pareil environnement ? L’eau du lac a une concentration d’oxygène 300 fois plus élevée que celle de notre atmosphère. La température moyenne, de par la circulation des eaux sousglaciaires est de – 3°C. Une étude publiée en 2013 fera état de la découverte de l’ADN de 3507 organismes dont l’âge se situerait entre 5 000 et 10 000 ans. De ces nouveautés la science ne connaît qu’une seule espèce de bactéries thermophiles : Hydrogenophilus thermonucleus.

les lacs de l’Antarctique

Emplacement du lac Vostok

galeria incognata, par 66°33’9.76″ S et 99° 50′ 20.9″ E : c’est sur la côte de la Reine Marie.

11 03 2012                   À Toulouse, Mohamed Merah tue Imad Ibn Ziaten, militaire. Dès lors, Latifa Ibn Ziaten, mère du militaire assassiné ne va cesser de sillonner la France, de prison au lycée, de lycée en prison, mère courage qui va dire sa douleur, bien sûr, mais aussi et surtout sa vérité partout où elle passe, osant ce que plus personne n’ose : c’est à la maison que se jouent les drames, engendrés par la démission des parents :

Personne ne naît terroriste. L’éducation est la base… elle se fait à l’école bien sûr, mais elle se fait, et surtout dans les premières années, à la maison. On est responsables de nos enfants. Et l’éducation, ça se passe à table. Quand on se met à table pour manger, on discute, on échange et on apprend avec les parents. Se laver les mains, manger proprement, en respectant les autres, ne pas se lever avant la fin du repas… Tout ça, on l’a oublié, les enfants mangent de plus en plus seuls.

Latifa Ibn Ziaten        Télérama 3503 4 au 10 mars 2017

Cinq ans plus tard, le 3 novembre 2017, lors du premier procès de Mohammed Merah, son avocat, Eric Dupont Moretti, s’accrochera sérieusement à France-Inter avec Nicolas Demorand qui, brandissant l’étendard du totalitarisme médiatique, se laissera emporter par sa jactance provocatrice :

Me Dupont-Moretti : La mère de Mohammed Merah a menti, énormément menti, c’est indéniable, mais elle a quand même perdu un fils, l’autre est en taule et sa fille est partie. 

Nicolas Demorand : Vous ne trouvez pas ça obscène de dire les choses comme ça devant les familles de victimes ? 

Me Dupont-Moretti : Je ne sais pas si vous pensez réellement que c’est obscène ou si vous me posez la question pour me provoquer. Le chagrin des victimes ne peut pas être confiscatoire. Une mère, même si elle met au monde un enfant qui est le dernier des derniers, peut avoir de la peine. Et que vous ne compreniez pas ça, ça m’étonne beaucoup. Ce qui est obscène, c’est de dénier à cette femme le fait qu’elle soit une mère. Ce n’est pas une vache qui a vêlé, Monsieur. C’est votre question, Monsieur Demorand, qui est obscène.

Nicolas Demorand : La réaction des parties civiles en entendant cela, vous la classez aussi dans les obscénités ? 

Me Dupont-Moretti : Non Monsieur, les parties civiles ont tous les droits, ils sont dans le chagrin. Vous, vous êtes un commentateur, vous devez avoir du recul.

04 2012                       Les agences maritimes chinoises occupent l’atoll de Scarborough, dans la zone économique exclusive des Philippines.

15 05 2012                   François Hollande est élu président de la République.

Derrière l’homme-à-tête-de-chérubin qui occupe maintenant les ors de la République s’alignent les portraits de ses prédécesseurs, l’agité du bocal, vite passé, le maquignon corrézien, au deuxième mandat inespéré, tonton François, protagoniste de la Seconde Guerre mondiale, le joueur d’accordéon qui s’invitait chez le peuple, le chantre de l’art moderne aux sourcils épais, tous éclipsés par Notre Sauveur, géant gênant, vainqueur aux points de la IIIe République, envoyant aux layettes la IVe avant de fonder la Ve. Et combien on lui en a voulu, à papa, qui clamait d’un ton badin : Pourquoi voulez-vous qu’à soixante-sept ans j’entame une carrière de dictateur ! Tous, de s’en méfier encore, mais rêvant de continuer l’image d’une France glorieuse arrêtée à son époque, des erreurs bien sûr, mais cette capacité de retourner sa veste de général, agitant ses bras dans ses manches à air étoilées à peine débarqué sur le tarmac, évoquant ici un Québec libre, là l’autodétermination de l’Algérie, bref, l’image vieille France stoppée net par l’ancêtre à caractère, peur de rien, tandis que, dans son sillage, les successeurs possibles drainaient (et drainent encore) une armée de barons obnubilés par la crainte de perdre, ne serait-ce qu’un gramme de pouvoir, une once, un ongle, une misère : voilà leurs chocottes ! Elle en parle ainsi, l’égérie, celle « comme tout le monde ». Elle y met de la conviction, mâchoire de bouledogue, mèche de Berchtesgaden, poitrine de vestale, port de canapé, présence de buffet, tête de lavandière, voix de stentor, allure de poissonnière. Ça fait mouche au-dessus de l’étal, ça rappelle l’ancien temps, odeur de soupe aux choux, brillantine d’opérette, effluves de coquillage. Ça corrobore, ça corrosive, ça plaît au chaland qui passe, on repart ragaillardi avec sa botte de poireaux du marché, nos bons produits made in France et, s’il le faut, on retournera aux rutabagas, aux topinambours et à la chicorée, nom de Dieu !

Plaisanteries : nous sommes plus galéjade que rhétorique, plus dans l’apparence que dans la profondeur. Petitement à petitement, notre caractère collectif s’est ainsi enkysté, orphelins du géant général, déçus du changement, oscillant entre petits râles de semaine et petites joies du week-end, vite rentrés du travail, vite endormis devant « Vivement dimanche » : bonjour tristesse, les années ont passé, Michel Drucker a remplacé Jean Nohain. L’homme-à-tête-de-chérubin tente de rassurer (on dit « fédérer »), d’expliquer (on dit « faire de la pédagogie »), de comprendre (on dit « rassembler ») une jeunesse, pas si jeune d’ailleurs, devenue incontrôlable, l’œil sur le smartphone et musique de zazous à l’oreillette. J’existe ! trépigne le politicien. On s’en fout, on veut un géant général en hologramme, on passe à la chanson suivante, on coule un SMS, on retweete, on hashtague #bruitsdeFrance.

[…]      On coule un SMS, on retweete, on hashtague : même les présidents s’y mettent. Mais il y a des limites tout de même à la modernité. Nous admettons un pouvoir renouvelé qui se colle aux réseaux sociaux à condition qu’il y ait retour sur investissement. C’est en ces termes capitalistes que le conseiller en communication s’adresse à l’homme de gauche à tête de chérubin, lequel opine du chef avec son nœud de travers. Bien sûr, ça n’exclut pas une veille attentive et prompte à éliminer des informations moins glorieuses, à supprimer sur le Web des photomontages stupides, poursuit l’homme de l’art.

En somme, nous voulons le beurre et l’argent du beurre, être sur Internet mais ne pas en accepter la liberté débridée qui y règne. Qu’un SMS s’égare, c’est une affaire d’État. Le pouvoir est un tout multiforme, mais qui demeure insécable dans notre esprit. Nous nous souvenons avec nostalgie du temps bien défini où le Général et madame montaient dans la DS le vendredi soir pour aller se perdre jusqu’au lundi dans un petit coin de Haute-Marne. Le lendemain, jour de marché, toujours accompagnée du chauffeur de la DS qui portait son cabas, tante Yvonne achetait ses poireaux au marché de la préfecture voisine pour nourrir le grand corps de l’État (elle se servait chez mon grand-père jardinier, affirme l’auteur). Ce temps-là est révolu. La modernité familiale et l’indépendance atteignent maintenant les strates les plus élevées. Déjà en 68, l’épouse du successeur du Général (l’homme aux sourcils épais) préférait arpenter les galeries d’art. Plus tard, dans les années soixante-dix, le joueur d’accordéon qui s’invitait chez les Français tentait pareillement d’émanciper sa femme en la mêlant avec plus ou moins de bonheur aux vœux présidentiels de début d’année. Militante de longue date, la conjointe de tonton François, devenu président, a continué de plus belle son engagement pour diverses causes. On aurait pu croire au retour de tante Yvonne avec l’épouse du Corrézien, mais elle s’était déjà installée derrière l’étal des poireaux pour compter les pièces jaunes.

Thierry Beinstingel   Faux Nègres    Fayard 2014

2 06 2012               Signe des temps que ce courrier des lecteurs au Midi Libre : Cette nuit, un voleur s’est introduit chez moi ; il cherchait de l’argent. Je suis sorti du lit et j’ai cherché avec lui.

28 06 2012                   Emmanuelle Charpentier est française, biologiste, Jennifer Doudna est américaine et aussi biologiste. La première est née en banlieue parisienne dans un milieu ouvrier fortement syndicalisé, très chrétien militant. Elle n’a peut-être pas fait le tour du monde en postes professionnels, mais pas loin : États-Unis, Suède,  Autriche, Allemagne. La seconde est née à Hawaï avec une petite cuillère en argent dans la bouche à sa naissance, entourée par la suite de nombreux et prestigieux prix Nobel gravitant autour de son laboratoire de Berkeley, avec vue sur le Golden Gate. Et comme une vue pareille ne se retrouve nulle part ailleurs, pourquoi donc aller ailleurs ?

Et en ce 28 juin 2012, les deux femmes signent un article dans la revue Science où elles donnent les résultats de leurs travaux sur la technique CRISPR – Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats  – Courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées -. Cas 9 est le nom de la protéine à même d’exécuter le travail.

Mais qu’est-ce à dire ? Il ne s’agit de rien de moins que de l’invention de deux ciseaux moléculaires,

ou plus précisément avoir utilisé le système immunitaire adaptatif des bactéries, découvert cinq ans auparavant, pour élaborer un outil de manipulation génétique hors du commun. Le paysage n’était, il est vrai, pas tout à fait vierge. Au milieu des années 1960, des scientifiques avaient découvert que certains enzymes (dits de restriction) pouvaient couper l’ADN de certaines cellules à… certains endroits. Un catalogue s’est peu à peu construit, largement utilisé dans les laboratoires de biologie. Encore fallait-il avoir la chance de trouver chaussure (enzyme) à son pied (gène étudié). Au tournant du XXI° siècle, trois techniques marquaient un nouveau progrès. Les méganucléases, les nucléases à doigts de zinc et les TALENs permettaient de couper le génome à peu près là où on le souhaitait. Mais le sur-mesure a ses défauts : son coût et sa lenteur d’exécution. En l’occurrence, chaque gène visé imposait la construction d’une protéine spécifique adaptée à la coupe.

Crispr-Cas9 offre la précision du sur-mesure et la simplicité, la rapidité et le coût du prêt-à-porter. La clé ? Une protéine exceptionnelle, Cas9, capable de couper presque n’importe quoi n’importe où, à condition d’être bien guidée. Pour cela, il suffit de lui adjoindre la portion d’ARN correspondant à la séquence d’ADN visée sur la cible, autrement dit une succession de paires de bases (souvenez-vous de vos cours au lycée, A, T, C, G…). D’une construction d’un volume en 3D, on passe à la confection bien plus simple d’une structure à… une dimension. Ce qui prenait un an à réaliser prend désormais une semaine. Beaucoup moins cher, donc. Et encore plus fiable. Si l’on ajoute que le dispositif fonctionne chez les bactéries comme chez les plantes, chez les souris comme chez les hommes, on en mesure le potentiel.

Nous l’avons vu, de nombreuses mains ont contribué à la recette, rassemblé les ingrédients, préparé le biscuit et la garniture. Mais deux pâtissières – et leurs commis – ont, les premières, sorti le gâteau du four, ce 28  juin 2012, et publié leur exploit dans un magazine de cuisine d’un genre particulier : l’éminente revue Science.

Comment donc en est-on arrivé là ?

Au cours d’un congrès en mars  2011, à Porto Rico. Figure de la biologie américaine, connue pour avoir décrit la structure 3D de plusieurs composants essentiels, Jennifer Doudna a déjà rédigé plusieurs articles sur Crispr. Franc-tireur de la discipline, tombée dans la croustillante marmite à la faveur d’une étude sur la bactérie Streptococcus pyogenes (ou streptocoque A) – responsable de banales angines mais aussi d’infections mortelles faisant 500 000 morts par an –, Emmanuelle Charpentier y a fait une entrée retentissante en publiant, quelques semaines plus tôt dans Nature, un article explosif : la description de la pièce manquante du puzzle, un petit ARN baptisé tracrRNA, indispensable à la bactérie pour affronter les virus ennemis. Les deux femmes se sont lues, jamais rencontrées.

C’est le Néerlandais John van der Oost, un des pionniers de la communauté, qui assure les présentations. Un premier café, puis un dîner.  » Ensuite nous avons marché dans les ruelles pavées de San Juan et parlé de nos travaux, se souvient Jennifer Doudna. Son intensité, sa passion étaient impressionnantes. Très vite, nous avons pris conscience qu’une collaboration pouvait être fructueuse. Son labo avait une véritable expertise dans les bactéries, moins en biochimie des protéines ; le mien, c’était l’inverse. La version d’Emmanuelle Charpentier est plus clinique : J’avais besoin d’un spécialiste des structures. Mon collaborateur habituel n’avait pas d’argent pour ce projet. Je l’ai proposé à Jennifer.

L’objectif est clair : reconstituer le système in vitro. Sortir chaque élément de la bactérie – le  purifier, comme on dit -, puis les rassembler sous les conditions optimales dans un tube à essai et montrer qu’ils attaquent alors l’ADN cible. Une manière de s’assurer qu’aucune pièce du puzzle ne manque. Mais aussi, et surtout, de proposer le fameux outil d’édition du génome.

Pas question pour les deux biologistes de s’installer à la paillasse. Dans les laboratoires, les manipulations sont réalisées par des étudiants ou de jeunes chercheurs. Chacune choisit donc son champion. On regarde qui est intéressé, mais surtout qui est libre, explique Jennifer Doudna. Et comme souvent, le hasard fait bien les choses. En Californie, il désigne Martin Jinek, un jeune Tchèque diplômé en Allemagne qui vient de boucler un premier postdoc dans le laboratoire américain. Chez la Française, c’est Krzysztof Chylinski, arrivé de Pologne en  2008, devenu un des piliers des travaux sur Crispr, qui hérite de la charge. J’ai grandi à quelques kilomètres de la frontière, je parle polonais, raconte Jinek. Même si pour les sciences on utilisait l’anglais, il y avait tout le reste. – Une question de mentalité, renchérit Chylinski. On a grandi avec les mêmes dessins animés, on a une culture commune. Ça a tout de suite accroché.

Commencent d’intenses échanges par Skype, raconte Chylinski. Entre les deux équipes, bien sûr, mais aussi entre le jeune Polonais et sa responsable. Emmanuelle Charpentier a en effet quitté Vienne pour Umea, dans le nord de la Suède, où elle a accepté un nouveau poste. L’étudiant est resté dans la capitale autrichienne, hébergé dans un labo voisin. Skype et FedEx, corrige Jinek. Chacun purifie en effet ses éléments – protéines pour les uns, ARN pour les autres – puis les envoie à l’autre, protégés dans de la glace carbonique. Avec quelques aléas. Un colis est resté bloqué deux jours à Paris…, se souvient Jinek.

Collaboration parfaite ? Presque… Emmanuelle Charpentier admet ne pas avoir tout de suite révélé que son cher tracrRNA servait non seulement à lancer la reconnaissance des cibles mais aussi à porter l’estocade.  Cris – Krzysztof Chylinski – l’avait trouvé dès 2011, mais je lui avais interdit de le dire. Nous n’avions pas la puissance de feu des labos américains, nous risquions d’être doublés. Pendant plusieurs semaines, Martin Jinek se demandera pourquoi sa protéine Cas9 ne coupe pas l’ADN ennemi. Le labo européen finira par vendre la mèche.

C’est qu’il y a urgence. D’autres étaient forcément dans la course, rappellent-ils. Ils ignorent alors qu’une équipe européenne les a même doublés. Virginijus Siksnys, brillant biologiste lituanien, collabore depuis 2007 avec les Français Philippe Horvath et Rodolphe Barrangou, ceux-là mêmes qui ont démontré le rôle de Crispr dans l’immunité des bactéries. Le 6  avril 2012, ils transmettent un article à la revue Cell. La reconstitution du système in vitro qu’ils y présentent ouvre la voie à un dispositif universel d’ingénierie du génome, écrivent-ils. Cell rejette l’article pour manque d’originalité. Comme le fera son petit frère Cell Report le mois suivant. Quatre ans plus tard, la rédaction de Cell admet un manque de discernement et indique au Monde que l’article s’est  révélé très important.  La revue PNAS sera plus clairvoyante. Mais pas bien pressée. Le manuscrit qu’elle reçoit le 21  mai tombe dans un trou noir de plusieurs semaines. Accepté le 1° août, l’article paraît en ligne le 4  septembre.

Entre-temps, le duo féminin a envoyé son manuscrit, le 8  juin, à Science. La revue américaine en mesure immédiatement l’importance, traite le texte en urgence. Accepté le 20  juin, il est publié en ligne le 28  juin, avec les conséquences que l’on connaît. Je ne saurai jamais ce qui s’est passé, commente sobrement Virginijus Siksnys. Je suis humain : j’ai été surpris et déçu. Pour l’essentiel, les articles disaient la même chose.

Pour l’essentiel… Mais le diable, s’il n’a pas ralenti l’article du Lituanien, lui a caché quelques détails. L’équipe de Siksnys n’a, en réalité, pas mesuré l’importance de tracrRNA dans la phase de coupe de l’ADN. En outre, Martin Jinek est parvenu à fusionner les deux ARN en un, simplifiant du même coup l’outil. C’est leur coup de génie, admet, bon perdant, Philippe Horvath.

La publication dans Science signe la deuxième révolution Crispr, celle de l’édition des génomes. Modifier les bactéries, les plantes, les animaux, les cellules humaines… Cette fois, c’est une course de masse qui démarre. Un marathon scientifique viral, où le nombre d’articles publiés double chaque année (129 en  2012, près de 1 000 en 2015). Rêves de Nobel, rêves de richesse aussi, avec une bataille sans merci autour de la propriété intellectuelle des futures applications. […]

Nathaniel Herzberg             Le Monde du 3 août 2016

Quelques trois ans plus tard, en parallèle avec les luttes pour l’obtention des brevets, les nombreuses expériences un peu partout dans le monde feront place à un tableau plus nuancé, où il apparaîtra que Crisp Cas9 n’est pas la panacée, qu’il convient de mettre des gardes fous pour éviter les dérives.

Début 2014, la revue Cell dévoile la naissance des deux premiers primates dont le génome a été modifié grâce à Crispr-Cas 9, la toute nouvelle technique d’édition de l’ADN. Ces macaques sont nés en Chine. Xingxu Huang (université de Nankin) et ses collègues espéraient modifier simultanément trois gènes cibles. Au final, à partir de 180  embryons génétiquement modifiés, ils ont procédé à 83  implantations dans des mères macaques porteuses, qui ont donné lieu à dix grossesses, dont une seule a abouti à la naissance des deux adorables petits singes, porteurs de deux mutations sur les trois escomptées.

[…]      Cette percée démontrait à la fois le formidable potentiel de Crispr-Cas 9 et les limitations qui restaient à surmonter. Avec cette modification génétique de primates, celle de l’homme semblait plus que jamais à portée de main. Et l’expérience confirmait que l’ensemble du règne animal était désormais un terrain de jeu pour appliquer cet outil d’édition des génomes.

Depuis l’invention de l’agriculture il y a 12 000  ans environ, l’homme influence le destin génétique des bêtes et des plantes, en sélectionnant les individus porteurs de mutations qui lui semblent avantageuses, génération après génération. Mais, depuis le début des années 1970, il dispose d’outils pour intervenir directement sur leur ADN, échanger celui-ci entre espèces ou même, entre règnes. C’est en  1973 qu’est née la première bactérie transgénique, suivie la même année d’une souris, dix ans avant la première plante, un tabac génétiquement modifié. Depuis, les laboratoires ont vu se multiplier les animaux – souris, poulets, mouches, vers, poissons-zèbres, mini-porcs… – et les plantes modèles, génétiquement modifiées afin de produire des molécules d’intérêt, d’étudier telle ou telle maladie ou de percer des mécanismes plus fondamentaux. Parallèlement, une partie de la planète se couvrait de champs d’OGM (maïs, soja, coton, essentiellement) entraînant des débats sur les dangers pour la santé et l’environnement et sur l’accaparement par quelques géants agro-industriels de la propriété sur les semences.

En quoi Crispr-Cas9 change-t-il la donne ? Il tranche avec la production des OGM classiques. Tout comme d’autres techniques récentes d’édition du génome, mais de façon plus rapide et moins onéreuse, il permet d’activer ou d’éteindre des gènes, voire de les corriger, sans les emprunter à d’autres espèces, comme dans le cas des organismes dits transgéniques. Cette forme de manipulation du vivant extrêmement puissante pourrait s’affranchir des réglementations mises en place pour contrôler la diffusion des OGM de première génération, espèrent les industriels. Jusqu’ici, aucun animal transgénique destiné à l’alimentation humaine n’est en effet sorti des laboratoires. Seul le saumon à croissance rapide de la -société canadienne Aqua Bounty a été autorisé au Canada. Il devra être cultivé dans des piscines fermées, à terre, et n’a pas encore plongé dans l’assiette des consommateurs. Crispr fera-t-il tomber ce tabou alimentaire ?

À Nantes, l’équipe d’Ignacio Anegon, directeur du Centre de recherche en transplantation et immunologie (UMR 1064), a collaboré avec l’Institut Pasteur de Montevideo, en Uruguay, pour mettre au point le premier mouton Crispr-Cas 9. Cet ovin présente une musculature impressionnante, résultant d’une mutation de la myostatine, un facteur de croissance qui inhibe habituellement le développement musculaire. Cette mutation existe dans la nature, chez des moutons d’une île danoise, mais aussi chez une race de vaches belge, indique Ignacio Anegon. Crispr a permis de la provoquer chez nos moutons bien plus rapidement qu’en passant par des croisements classiques.

Ces animaux seront-ils mis sur le marché ?  Aujourd’hui, ce n’est pas autorisé, note le chercheur. On ne peut pas les qualifier de transgéniques, car ils n’ont pas hérité d’un gène venant d’une autre espèce. Mais ils ont quand même été génétiquement modifiés. Subsiste aussi une incertitude sur la propriété intellectuelle, avec la bataille qui fait rage sur l’attribution des brevets concernant Crispr-Cas9. Un -industriel nous avait contactés à propos de ce mouton musculeux, dit Ignacio Anegon. Mais quand il a compris qu’il ne pouvait pas le breveter, ça l’a refroidi.

Caribou Biosciences, fondé par l’Américaine Jennifer Doudna, pionnière de Crispr-Cas 9, espère bien récupérer ces brevets. La start-up californienne a annoncé un partenariat avec Genus, spécialiste de la génétique animale, pour  optimiser une lignée de porcs résistants à un virus responsable d’un syndrome respiratoire et reproductif. Argument mis en avant : il n’y aura pas de transfert de gène d’une espèce à une autre.

Le monde de la production végétale fait aussi valoir cette caractéristique, et c’est encore une fois en Chine que la première application de Crispr-Cas9 a eu lieu, avec la description d’un blé résistant au mildiou par l’équipe de Caixia Gao, de l’Institut de génétique et de biologie du développement de Pékin. La Chine continue de considérer les produits modifiés par Crispr comme des OGM, mais ce n’est pas le cas partout, indique la chercheuse. Nous sommes en train de déposer notre blé modifié auprès du ministère de l’agriculture américain

Outre-Atlantique, Pioneer, une filiale de DuPont, a annoncé, en avril, la commercialisation, d’ici à cinq ans, d’une nouvelle -génération de maïs doux (waxy) hybride -présentant un fort taux d’amylopectine, un amidon alimentaire et industriel, dont le -rendement serait dopé. Le ministère de l’agriculture américain lui avait fait savoir qu’il ne mettrait pas d’obstacle à sa commercialisation – il avait fait de même quelques jours plus tôt pour un champignon de Paris -résistant au brunissement, mis au point par l’université de Pennsylvanie, comme précédemment pour d’autres plantes modifiées grâce à d’autres outils d’édition du génome. Mais les services du ministère de la santé et de l’environnement américain pourraient être plus tatillons.

Car des voix commencent à s’élever contre le portrait souvent flatteur fait de Crispr, et les querelles liées aux cultures OGM pourraient renaître. En France, début 2016, Yves Bertheau, spécialiste des biotechnologies végétales (INRA et Muséum national d’histoire naturelle), a ainsi démissionné du Haut Conseil des biotechnologies, bientôt suivi par des ONG, pour protester contre une note jugée de parti pris en faveur des nouvelles techniques de modification génétique. On retrouve les mêmes arguments que dans les années 1990 : la grande précision de la modification, la réduction du temps d’obtention, souligne Yves Bertheau. Pourtant, même avec Crispr, il y a des mutations hors cibles et les techniques connexes, comme l’introduction des réactifs dans la plante, ne sont pas sans effets inattendus. Selon lui, il faut donc s’en tenir au cas par cas et conserver une évaluation sur des dossiers complets de type OGM. Une contrainte dont les industriels se passeraient bien.

Pour les opposants aux OGM, comme pour leurs champions, Crispr est finalement un motif d’inconfort : difficile de crier à la Frankenfood pour les premiers, puisque les gènes modifiés appartenaient généralement déjà à la plante elle-même ; compliqué de prétendre, pour les seconds, que cette intervention est invisible, sauf à renoncer à assurer sa traçabilité pour faire valoir sa propriété intellectuelle et protéger ses semences. Traçabilité qui risque aussi d’être réclamée par la grande distribution et les consommateurs… Ce n’est pas évident de prouver qu’on est l’auteur de telle ou telle plante, puisqu’il n’y a pas de trace, reconnaît Caixia Gao. Mais on peut breveter ses particularités. L’ajout d’une signature génétique est possible, précise Pioneer. A condition qu’elle n’induise pas, elle aussi, des mutations hors cibles …

Reste une application de Crispr sur le règne animal qui devrait faire l’unanimité : qui ne rêverait d’éradiquer le moustique, vecteur du paludisme qui tue 1 000  enfants par jour et de bien d’autres maladies ? Là encore, Crispr-Cas 9 pourrait changer la donne, mais ce n’est pas sans risques. En janvier  2015, deux biologistes de l’université de San Diego (Californie), Ethan Bier et Valentino Gantz, parviennent à utiliser les nouveaux ciseaux moléculaires pour modifier une lignée de mouches drosophiles. Le principe : placer le fameux outil dans les cellules germinales (sexuelles). Chaque chromosome porteur de la mutation se voit chargé de transformer son homologue intact (on se rappelle que les chromosomes marchent par paires…). La mutation se répand immédiatement – les scientifiques parlent de gene drive, ou forçage génétique.

Les deux scientifiques contactent leur voisin de l’université d’Irvine, Anthony James, qui cherche depuis trente ans une manière de vacciner les anophèles porteurs du paludisme pour éviter qu’ils ne transportent le parasite d’un humain malade vers un humain sain. Il a identifié les gènes impliqués, immunisé des insectes. En quelques mois, il adapte le gene drive au moustique. Crispr a changé -notre vie, dit-il souriant. Quinze jours après les Californiens, l’équipe d’Andrea Crisanti -(Imperial College, Londres), à laquelle participe le Français Eric Marois, publie à son tour un article. Cette fois, il s’agit de supprimer une population en répandant un gène de stérilité.

Panacée ? Pas si sûr, estime l’Organisation mondiale de la santé, qui rappelle que les moustiquaires, les insecticides et la prophylaxie ont déjà fait considérablement reculer le paludisme depuis quinze ans. Efficace en laboratoire, le gene drive le restera-t-il dans la vie sauvage, avec une plus grande diversité de moustiques ? Sera-t-il aussi précis ? Ne risque-t-il pas de créer des mutations délétères ? Quid d’éventuels transferts à d’autres espèces ? De nouvelles résistances contre les vaccins génétiques, ou de nouveaux occupants, prêts à prendre la niche laissée vacante par l’anophèle ? Cela nous donne une terrible responsabilité, impose de mesurer tous les risques et prendre toutes les précautions pour en minimiser les conséquencesavertit Kevin Esvelt, professeur assistant au Massachusetts Institute of Technology, un des pionniers du guidage des gènes. Alors que deux équipes se préparent à réaliser des essais dans des grandes cages mimant les conditions sauvages, les principales instances scientifiques mondiales semblent hésiter sur la position à tenir.

Bricoler le vivant, avec Crispr-Cas9, est certainement plus pratique, mais cela reste un défi sanitaire, environnemental et éthique.

Simon Leplâtre (Shanghaï, correspondance), Nathaniel Herzberg, Hervé Morin Le Monde du 17 août 2016

6 08 2012                   Après un voyage de 254 jours qui lui a fait parcourir à peu près 350 millions de km, à une vitesse de 57 415 km/h, le robot Curiosity se pose sur Mars – 6 780 km Ø -, dans le cratère de Gale  : succès complet pour cet amarssisage. Curiosity ? c’est un enfant de 10 ans qui a trouvé le nom lors d’un concours organisé par la NASA. Il pèse 900 kg, a 2.8 m de large, 3 m. de long, 2.1 m de haut et peut rouler à la vitesse de 140 m / s. Il est capable de nettoyer, de creuser la roche, de prélever des bouts de sol martiens, de les chauffer, de les analyser. Il permettra de savoir si ces fragments de Mars contiennent des pépites tels que des molécules carbonées, traces d’un reste de vie.

Il n’est pas le premier : 1975-1980   Viking I        États-Unis 1975-1978            Viking II  États-Unis 1997-1998           Pathfinder              États-Unis 2004    Opportunity           États-Unis 2004-2010          Spirit           États-Unis 2007-2008          Phoenix                 États-Unis

L’arrivée sur Mars s’est déroulée comme suit : Entrée dans l’atmosphère de Mars à 125 km à la vitesse de 5 800 m / s. À 10 km, soit 255 secondes plus tard et à la vitesse de 405 m/s, déploiement du parachute. 20 secondes plus tard, à 8 km et à la vitesse de 160 m / s, largage du bouclier thermique 70 secondes plus tard, soit à 1.8 km et à la vitesse de 100 m / s, largage de la grue et du rover. 40 secondes plus tard, à 20 met à la vitesse de 0.75 m /s, allumage des rétrofusées pour ralentir la descente. La grue volante à laquelle est suspendu le véhicule par des câbles de nylon de 7.5 m se déploie. 10 secondes plus tard, dépose du robot. Éjection de la grue. Le véhicule comprend les instruments et organes suivants : Instrument ChemCam : Positionné sur la tête de Curiosity, à coté d’une caméra en relief et en couleur (Mastcam), il permet d’analyser la composition chimique de la matière à distance. Il envoie en effet une puissante lumière laser jusqu’à 7 mètres de distance et analyse ensuite la lumière émise par le nuage chaud d’atomes.

Laser : ce laser infrarouge est focalisé sur une tache de 0.3 mm  Ø environ afin d’échauffer la matière jusqu’à la vaporiser. Une douzaine de tirs par heure sont possibles. Cela permet ensuite de décider vers quelle zone diriger la robot pour des analyses plus poussées.

Antennes : Le robot communiquera le plus souvent avec la Terre par les sondes en orbite autour de Mars (Mars Odyssey et Mars Reconnaissance Orbiter) en haute fréquence (400 MHz). Des liaisons directes avec la Terre sont aussi possibles mais plus rarement, à cause de la rotation de la planète.

Trois systèmes radio sont présents au total.

Générateur : La sourde d’énergie est électrique, produite par la conversion de chaleur en électricité par un thermo-couple. La chaleur provient de la désintégration radioactive de près de 5 kg d’oxyde de plutonium. Le système, pesant 45 kg, fournira une centaine de watts pendant plus de deux ans terrestres. Des batteries stockent l’énergie pour répondre aux besoins.

Instrument SAM. Disposé au cœur du robot, ce Sample Analysis at Mars est un minilaboratoire disposant de fours pour chauffer la matière et de chromatographes et spectromètres pour identifier les éléments chimiques présents dans les échantillons récupérés grâce au bras automatique de Curiosity.

Bras articulé : D’une portée de 2.2 m, il possède trois articulations. Cela permet de faire tourner la main ou tourelle de 350 °. Tourelle : Cette main embarque cinq instruments. Trois sont destinés à la récupération et à la préparation des échantillons. Deux (APXs et Mahli) servent à l’analyse. Le premier utilise des rayons X pour sonder les minéraux. Le second est l’équivalent d’une loupe permettant de voir des détails plus fins qu’un cheveu. Roues : Six roues propulsent Curiosity à 140 mètres par heure au maximum. Chacune possède son propre moteur électrique. Quatre roues peuvent changer indépendamment de direction. Elles sont censées assurer le non-renversement du véhicule jusqu’à 45° d’inclinaison. Leur diamètre est de 50 centimètre.

À la recherche d’une vie passée sur Mars.

Lundi 6 Août 2012, à 7 h31, Curiosity, le plus sophistiqué des robots jamais conçus, doit se poser sur la Planète rouge, qu’il explorera pendant deux ans. Huit mois après son départ de Cap Canaveral (Floride), le 26 novembre 2011, un nouveau robot, Curiosity, est prêt à se poser sur la Planète rouge, à quelque 350 millions de kilomètres de la Terre. L’amarsissage du rover de l’agence spatiale américaine (NASA) est prévu lundi 6 août à 7h31, heure française, après près de sept minutes de séquences à haut risque, jamais réalisées jusqu’à présent, entre l’arrivée dans l’atmosphère martienne et le sol. Puis, si tout se passe bien, le véhicule de près d’une tonne, véritable laboratoire physico-chimique sur roues, débutera son exploration du cratère Gale, pour au moins deux ans. En ligne de mire, le robot aura, à environ trente kilomètres de son lieu d’arrivée, les pentes d’une montagne de 5 000 m d’altitude, posée au milieu de ce cratère, probablement rempli d’eau il y a plus de 4 milliards d’années. D’où l’espoir de détecter des traces de vie, sous forme notamment de molécules chimiques carbonées plus complexes que le dioxyde de carbone abondant dans l’atmosphère martienne ou que les traces de méthane soupçonnées de flotter sur cette planète. C’est la première fois que l’on va chercher des molécules organiques sur Mars. Cette mission est vraiment importante, insiste Pierre Bornas, géologue à l’École normale de Lyon. Une batterie d’instruments Les ingénieurs n’ont pas ménagé leur peine. Dix-sept caméras, dont certaines en couleurs et en 3 D, permettront de guider l’engin, mais aussi de repérer des sites intéressants. Certaines serviront de microscopes pour étudier les minéraux, argiles, sulfates de fer ou autres carbonates éventuels. Des chromatographes sépareront les éléments chimiques à des fins d’analyse. Des rayons X sonderont la structure des roches. Des spectro-mètres identifieront les différentes molécules. Un laser vaporisera la matière pour en analyser la composition, élément par élément : fer, oxygène, déjà connus, mais aussi, pourquoi pas, azote, phosphate ou soufre, signes probables qu’il y a eu un jour de la vie ! Des capteurs de rayonnement radioactif permettront également d’en savoir un peu plus sur l’environnement et les conditions… de futures visites humaines. Au total, dix instruments scientifiques sont embarqués pour plus de 80 kilogrammes. L’ensemble a coûté à la NASA 2,5 milliards de dollars (2 milliards d’euros) et près de dix ans de développement. La France y a contribué à hauteur de 40 millions d’eu­ros, notamment pour la mise au point du laser de l’instrument ChemCam et les chromatographes de l’analyseur d’échantillons SAM. C’est une mission particulièrement complexe. Les Américains la situent juste après les programmes Apollo ou la navette. À un moment, au Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA, ils étaient plus de mille à y travailler !, souligne Alain Gaboriaud, responsable au Centre national d’études spatiales (CNES) des contributions françaises. Forcément, nous sommes un peu anxieux. Cela fait plus de dix ans que je travaille sur ce projet. C’est une vie de chercheur, témoigne Sylvestre Maurice, de l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie de Toulouse, l’un des coresponsables de ChemCam. Si tout se passe bien lundi, les prochaines étapes seront alors très intenses et sans doute pleines de surprises. En Californie, au JPL, les équipes scientifiques américaines, françaises, mais aussi russes ou espagnoles (au total 350 personnes) auront pour tâche, chaque jour, d’analyser les données du robot, d’en discuter les conclusions, de décider des travaux du lendemain, de les programmer informatiquement et d’envoyer ces codes à Curiosity (environ un quart d’heure de transmission). Et de recommencer le lendemain. On devrait mourir avec un tel rythme, sourit Sylvestre Maurice, impatient de se retrouver dans cette atmosphère. Nombre limite d’analyses Cette frénésie durera quatre-vingt-dix jours avant que chaque groupe retrouve le centre opérationnel de son pays et continue la même mission depuis la maison. Il y aura sans doute des choix difficiles à faire. Il faut par exemple tenir compte de l’énergie disponible sur le rover. Les équipes de pilotage peuvent avoir, selon les jours, besoin de plus ou moins de puissance, au détriment des expériences scientifiques. Il faut aussi tenir compte du nombre limité d’analyses possibles dans certains instruments. SAM, par exemple, n’a que 74 cellules d’analyses de matière solide. CheMin, moins d’une trentaine. Il ne s’agira donc pas de s’attarder sur chaque caillou. ChemCam sera donc précieux. Grâce à son laser, il pourra, dans un rayon de 7 m, tirer sur des cibles, en vaporiser les atomes et en déduire la composition chimique à distance. De quoi indiquer s’il est utile de guider le robot dans cette direction pour des analyses plus fines. Il faudra aussi choisir s’il faut aller vite vers les pentes argileuses les plus intéressantes pour les traces de vie de la montagne centrale, ou bien faire quelques pauses scientifiques en chemin. Nous allons ouvrir une fenêtre sur une époque dont il n’y a plus de traces sur Terre, s’enthousiasme M.Maurice. C’est comme poser des instruments sur une Terre oubliée.

David Larousserie

Un œil laser CHEMCAM n’est peut-être pas le plus extraordinaire des équipements du rover Curiosity, mais il en est l’un des plus emblématiques. Il peut tirer un puissant rayon laser dont l’énergie libérée est suffisante pour transformer la matière en un gaz chauffé à près de 10 000 °C. Ce nuage de vapeur se met alors à briller. Il ne reste plus qu’à analyser la lumière par un spectromètre pour connaître la composition chimique des roches. Nous étions à la limite de ce qui est faisable techniquement, indique Sylvestre Maurice, coresponsable de l’instrument. Au début de sa conception, en 2004, le laser, fabriqué par le groupe français Thales, pesait 10 kg et nécessitait du 220 volts. Cinq ans plus tard, le poids est tombé à 700 grammes et le besoin électrique à 28 volts. Il a aussi passé une batterie de tests de résistance. Vibrations, chocs (jusqu’à 2 000 fois son poids au moment de l’amarsissage), écart de températures (pouvant aller de – 80 °C à plus de zéro degré sur Mars), poussières, variation de pression… Parfois ça a cassé…, se souvient Sylvestre Maurice. À quelques mois de la fin, l’ensemble mesurait encore 2 cm de trop et ne tenait pas dans la coque. À force d’ingéniosité, 1,5 cm a été gagné et les ingénieurs américains ont modifié leurs dessins pour que tout rentre. Un jumeau de ChemCam, resté sur terre, a été construit pour tester l’instrument sur des roches connues. Premiers résultats vers le 15 août. David Larousserie. Les sites martiens donnent accès à une ère déterminante de révolution des planètes : L’astrophysicien Jean-Pierre Bibring revient sur plus de trente ans d’une aventure qui pourrait bouleverser notre vision de l’histoire de la Terre. Spécialiste des missions martiennes, Jean-Pierre Bibring est chercheur à l’Institut d’astrophysique  spatiale d’Orsay (CNRS, université Paris-XI). Depuis une dizaine d’années, plusieurs sondes ont été placées sur orbite autour de Mars, les rovers Spirit et Opportunity ont arpenté sa surface… Qu’a-t-on appris sur son histoire ? Notre compréhension de l’histoire de Mars et, à partir d’elle, de celle de la Terre et des planètes, a fait un bond spectaculaire. C’est en particulier vrai de l’histoire de l’eau sur Mars, très différente de ce que l’on pensait. Ce n’est pas l’eau qui a rougi Mars, et ce ne sont pas les sites rougeâtres qu’il faut explorer si l’on y recherche des traces de l’histoire de l’eau. En revanche, Mars a connu, très tôt, une ère où l’eau était en abondance, pendant de longues périodes. Nous l’avons découvert par la caractérisation de certains minéraux, comme des argiles, dans les terrains les plus anciens, souvent stratifiés, qui sont pour l’essentiel demeurés sombres. Mars a donc eu une phase où elle a pu être habitable, au sens où elle aurait abrité les ingrédients que l’on croit nécessaires à l’émergence de la vie. Cette phase correspond au bombardement primordial qui a affecté toutes les planètes du système solaire. Mars a conservé des sols qui remontent à cette époque. Or, sur tous les autres mondes planétaires – la Terre, Mercure, Vénus -, cette phase a été pour l’essentiel effacée. Étudier en détail ces sites martiens nous donne accès à une ère déterminante de l’évolution des planètes, dont la Terre, qui a peut-être vu l’apparition du vivant. Si nous découvrions sur Mars des traces d’activité biologique passée, cela ouvrirait la possibilité que la vie ne soit pas apparue sur Terre il y a 3,7 à 3,8 milliards d’années, mais bien avant, il y a 4,2 à 4,3 milliards d’années. Et nous donnerait des clés pour comprendre comment cela s’est passé. Curiosity sera le quatrième rover à se poser sur le sol martien. Qu’apportera-t-il de plus que les précédentes missions ? Curiosity nous donnera, pour la première fois, la possibilité d’analyser des roches que l’on pense primordiales, ayant connu cette hydratation très ancienne. Il s’agit en particulier d’argiles identifiées par des missions précédentes, dont la sonde Mars Express de l’Agence spatiale européenne (ESA) [lancée en 2003] fut la première. L’un des instruments de Curiosity permettra par exemple d’identifier la matière carbonée éventuellement présente dans les échantillons de roches et d’en faire l’analyse isotopique, ce qui donnera des indices sur la manière dont elle s’est construite. Quelles formes intéressantes pourrait-on trouver de cette matière carbonée? Pourrait-on aussi ne pas en trouver ? Ce qui serait fondamental, ce serait de découvrir de la matière organique – comme des acides aminés [briques élémentaires du vivant] – coincée dans les feuillets de certaines argiles. Cela attesterait que très tôt dans l’histoire de Mars à l’époque où ces argiles se sont formées, cette planète a abrité des conditions permettant à des formes moléculaires complexes, peut-être vivantes, de croître. Ce que l’on cherche, c’est de la matière organique qui aurait été formée sur Mars elle-même, c’est-à-dire distincte de celle que l’on trouve dans les météorites par exemple, dont on sait qu’elle a dû être apportée à la suite de bombardements. Pourrait-on ne pas trouver du tout de composés carbonés ? On avait déjà été surpris que les sondes Viking [dans les années 1970] n’en détectent pas. Cette fois, compte tenu de la sensibilité remarquable des instruments, on s’attend au moins à trouver de la matière carbonée provenant de l’impact de matière extraterrestre. Si ce n’était pas le cas, cela poserait bien sûr de nouvelles questions : quels sont les processus qui opèrent à la surface de Mars pour faire disparaître toute cette matière carbonée qui est immanquablement arrivée à sa surface par le biais des comètes et des météorites ? La mission européenne Exo-Mars, qui comporte elle aussi un rover martien, devrait suivre dans les prochaines années. En quoi permettra-t-elle d’aller plus loin ? ExoMars aura des atouts que Curiosity ne possède pas. Le premier tient à la zone étudiée elle-même. Il y a, à la surface de Mars, une diversité de sites qui rendent compte plus ou moins bien de l’époque où les conditions ont pu être propices à l’émergence de la vie. Le cratère Gale, où se posera Curiosity, n’est peut-être pas le meilleur endroit, car il a été formé relativement tard. Il contient des matériaux plus anciens, mais on a perdu une partie du contexte dans lequel ils se sont formés. L’espoir est qu’avec ExoMars, on puisse aller sur un site – et il en existe – où serait préservée l’intégralité de l’information primordiale. Ensuite, ExoMars possédera des instruments dont ne dispose pas Curiosity. C’est le cas d’une foreuse capable de prélever des échantillons jusqu’à deux mètres, ce qui est important car les roches prélevées en profondeur n’ont pas été modifiées comme peuvent l’être celles de la surface, sous l’influence du rayonnement cosmique par exemple, ExoMars pourra analyser ces échantillons à l’échelle microscopique, celle où résident peut-être les signatures d’une vie passée. Pourra-t-on jamais avoir la certitude que des molécules organiques éventuellement retrouvé sur Mars sont le fait d’une activité biologique passée ? Quand des formes vivantes disparaissent, elles laissent des signatures spécifiques : certains rapports des isotopes du carbone [les proportions entre les atomes de carbones lourds et légers] ou encore certaines macro-molécules très spécifiques de l’évolution du vivant. Si, après Curiosity, Exo-Mars indiquait la présence de telles bio-signatures, cela renforcerait l’intérêt d’aller chercher d échantillons pour les rapporter sur Terre. Afin de les analyser en détail et, pourquoi pas, de voir des formes biologiques dormantes peuvent être réactivées.

Propos recueillis par Stéphane Foucart et David Larousserie. La totalité de ces informations du 6 08 2012 provient du Monde des 5 et 6 août 2012.

Un an martien plus tard, soit 687 jours terrestres :

Astre inhospitalier, Mars est un monde aride, resté presque sans protection contre les vents solaires et les rayons cosmiques après la disparition de son champ magnétique. Les mesures de Curiosity ont confirmé que la température au sol y varie entre 0  °C le jour et –  90  °C la nuit, et que son atmosphère, faite à 96  % de gaz carbonique, d’un peu d’argon et d’autres gaz (mais apparemment pas de méthane), est trop ténue pour permettre à de l’eau liquide de se maintenir en surface. La vie ne s’y manifeste pas, même si l’on ne peut exclure qu’elle y soit tapie quelque part, cachée en sous-sol, peut-être à l’intérieur d’un réservoir souterrain.

En effet, des observations, réalisées au milieu des années  2000 par la sonde spatiale Mars Express de l’Agence spatiale européenne,  ont montré l’existence de zones riches en argiles sur des terrains vieux de plus de quatre milliards d’années, parmi les plus anciens de Mars. Or, expliquent des astrophysiciens, comme Jean-Pierre Bibring, de l’Institut d’astrophysique spatiale d’Orsay, qui a participé à cette découverte, ces quelques milliers de spots de minéraux, issus du lessivage des basaltes à l’échelle de temps géologiques, n’ont pu être formés que par une action prolongée de l’eau liquide.

D’où une première hypothèse, selon laquelle Mars a connu par le passé une ère climatique aqueuse où l’eau était non seulement abondante, mais pouvait se maintenir, de manière pérenne et à l’état liquide, en surface. Et une seconde, beaucoup plus audacieuse  : une chimie du carbone, suffisamment élaborée pour fabriquer les ingrédients du vivant, voire le vivant lui-même, existait alors  !

Le but de MSL était de vérifier ces théories en envoyant un rover explorer le fond d’un ancien cratère de météorite de 150  kilomètres de diamètre. Au centre de celui-ci se trouve une colline haute de 5 000  mètres, appelée le mont Sharp, constituée de strates sédimentaires et argileuses empilées les unes sur les autres, qui avait été repérée depuis l’espace.

Curiosity était chargé d’analyser ces minéraux afin de vérifier qu’ils avaient bien été formés dans des conditions compatibles avec l’existence du vivant. Il s’agissait ensuite d’établir, par l’étude des couches d’argiles  superposées du mont Sharp, une chronologie des périodes où Mars avait pu être habitable. Enfin, il devait détecter dans ces roches, dont les structures en feuillets seraient, paraît-il, favorables à l’activation d’une chimie du vivant, des molécules carbonées (ou molécules organiques).

De ces trois missions, la première est déjà accomplie. La seconde est en cours. Quant à la troisième, son succès dépend désormais du bon vouloir de la nature, laquelle peut accepter ou non de livrer aux hommes le secret de la Genèse.

Après avoir quitté son site d’atterrissage de Bradbury, Curiosity n’a pas pris immédiatement la route du mont Sharp, dont la masse imposante est visible, à une vingtaine de kilomètres de là, sur les premières images de la NASA. Il est allé dans le sens opposé et s’est dirigé  vers l’un des bords de l’immense cratère, dans une vallée débouchant sur un cône alluvial et ressemblant au lit d’une ancienne rivière  : la Peace Valley.

Sur ce parcours de 500  mètres à peine, mais qui nécessitera neuf  mois de voyage au total, [du jour de son arrivée au 17  juin 2014, il aura parcouru 7  903  mètres] le rover découvre des roches ignées de type feldspath, indicatrices d’une forme de volcanisme ancien, peu courante sur Terre. Il photographie une pierre qui, sous l’action des vents contraires, a pris une forme pyramidale (un ventifact).  Puis il observe un conglomérat de cailloux arrondis pris dans des sédiments  : des poudingues, sorte de galet créé par l’action de l’eau qui apportent aux chercheurs, pour la première fois, la confirmation qu’une rivière de quelques dizaines de centimètres de profondeur a coulé ici, il y a moins de 4  milliards d’années.

Traçant sa route, le robot finit par arriver, à la fin du mois de septembre  2012, dans la soirée du 48° sol, devant une petite dune de sable aussitôt baptisée Rocknest. L’occasion d’employer sa pelle et de récupérer un échantillon pour analyse. Y trouvera-t-on une matière organique, témoignant des premiers efforts du vivant pour s’extraire des formes du monde minéral ? Cela paraît peu probable dans ce type de terrain. Mais  à Sam  l’honneur de le vérifier…

Développé en partie par des équipes françaises du CNES, du Latmos (CNRS  ; universités de Versailles  –  Saint-Quentin-en-Yvelines et Pierre-et-Marie-Curie, Paris) et du LISA (CNRS-universités de Paris-Est  –  Créteil et Paris-Diderot), ce mini-laboratoire de 40  kg est le seul des instruments de MSL à disposer de la technologie –  un ensemble de soixante-quatorze fours  – pour séparer les molécules carbonées des gangues rocheuses (ou des autres composants de l’atmosphère) et caractériser leur chimie.

Or, raconte Michel Cabane, professeur émérite au Latmos et coresponsable scientifique de Sam, à Rocknest, nous avons la désagréable surprise de constater que la région explorée par Curiosity est riche en perchlorates, des composés oxydants dont l’une des propriétés est de dénaturer les molécules organiques, ce qui en complique l’identification.

Une mauvaise nouvelle, d’autant que l’équipe constate bientôt que l’un des produits chimiques envoyés depuis la Terre,  utilisé comme réactif, fuit ou a été mal compartimenté, ce qui fausse les analyses. Ces obstacles seront-ils surmontés  ? Officiellement, et pour l’instant, Curiosity n’a trouvé aucune trace de matière organique dans le sol de Mars, bien que le résultat encourageant d’un forage réalisé ultérieurement permette aux scientifiques de rester optimistes.

Car le rover aura démontré de manière incontestable que Mars a été habitable. En effet, quittant Rocknest, il a poursuivi son périple vers le site de Yellowknife Bay, qu’il a atteint en janvier  2013. Cette petite dépression, probablement un ancien lac, contient des roches d’aspect sédimentaire traversées par des craquelures remplies de cristaux blancs. Les analyses et un forage –  le premier robotisé de l’histoire de l’exploration spatiale !  – démontrent qu’il s’agit d’un mélange de boues et d’argiles entrecoupées de veines de sulfate de calcium. Autrement dit, une sorte de gypse, à savoir un minéral formé sur de longues durées, par l’apport régulier, dans des fissures, d’une eau tiède, riche en sels minéraux, d’acidité nulle ou faiblement basique. En somme, d’une eau potable. C’est  une preuve, estime Sylvestre Maurice, qu’à un moment de l’histoire de Mars, tous les éléments nécessaires à l’émergence d’une chimie du vivant ont été réunis en un même endroit.

Mais sur quel laps de temps ? Il reste à l’établir. Curiosity pourra commencer cette enquête lorsqu’il  commencera  l’ascension du mont Sharp,  vers lequel il file, depuis l’été  2013, par la voie la plus rapide. Date d’arrivée prévue au passage de Murray Buttes, qui marque, à 5  km de là, les contreforts du monticule  ? Aux alentours de Noël…

Vahé Ter Minassian                        Le Monde 28 juin 2014

Dunes Radcliff

Munt Radcliff

Dingo Gap

Y’A QUELQU’UN ?

09 2012                       Tokyo achète les îlots des Senkaku à ses propriétaires privés : la Chine le prend mal et les incidents vont se multiplier.

10 2012                                       Si nous nous y prenons bien, je pense que nous pouvons réparer tous les problèmes de la planète.

Eric Schmidt, président exécutif de Google.

L’hybris, le crime suprême chez les Grecs anciens. Exiger plus que la juste mesure du destin. Bousculer le sort. S’approprier les meilleures parts : le bonheur, la fortune et la vie. Le toujours plus d’Agamemnon, le commandant en chef de l’armée grecque, dont l’avidité va déclencher tous les malheurs des siens lors de la guerre de Troie racontée dans l’lliade. Le toujours plus des big data lancées dans une course folle, cette hybris technologique pour repousser les limites du possible, y compris la frontière de la mort. La fixation de limites est toujours constitutive de la société comme de la culture, rappelait Jacques Ellul, le sociologue le plus affûté sur la tyrannie de la technologie. C’est quand l’homme a appris à être libre qu’il est capable de se limiter. Ce n’est certainement pas un hasard si l’lliade et l’Odyssée sont le récit fondateur de la civilisation occidentale, celui qui a ensemencé des valeurs universelles. Le héros refuse l’immortalité pour conserver son humanité. La nymphe Calypso, qui veut garder Ulysse auprès d’elle, lui offre ce qu’aucun mortel n’a jamais eu, la jeunesse éternelle. Mais le héros des Grecs refuse d’être embastillé dans un présent éternel, un temps figé hors du récit où les choix n’ont plus d’importance et le courage n’a plus de sens, où la seule finalité est celle de la longévité. En choisissant la finitude, en refusant l’hybris de l’immortalité, Ulysse sauve son identité. Celle d’un être humain lucide sur ce qu’il est, avec ses faiblesses qui font aussi sa force.

Perdre le sens de la mesure en prétendant à l’immortalité, voilà le risque mortel pour l’humanité que pointe Israël Nisand : Une minorité d’hommes va être en mesure de s’arroger ce privilège exorbitant, et cela va changer l’humanité tout entière puisqu’elle risque de perdre le sentiment de sa finitude qui a été le principal moteur du progrès. Pour survivre à sa faiblesse, l’homme anticipe, il est le seul à pouvoir le faire, cette capacité d’anticipation a fait de lui le seul être sur Terre à être conscient qu’il va mourir.

Marc Dugain, Christophe Labbé    L’homme nu. La dictature invisible du Numérique.             Robert Laffon. Plon 2016

 


Poster un commentaire

Nom: 
Email: 
URL: 
Commentaires: