Joël Chenal, 52 ans, médaille d’argent en slalom géant aux JO d’hiver de Turin en 2008, devenu entraîneur de ski féminin est accusé de harcèlement sexuel par plusieurs jeunes, parfois très jeunes skieuses. Cela durait depuis longtemps et il est peu de monde dans le milieu, qui ait ignoré l’affaire, mais… mais tout le monde se taisait… tout le monde sauf trois vieux – Léo Lacroix, 1937, Guy Perillat, 1940, Jean-Claude Killy 1943, soit une moyenne d’âge de 85 ans – qui envoient un courrier de protestation à qui de droit, choqués de ce silence qui protège Joël Chenal. Est-ce à dire que tous les autres anciens champions, plus jeunes, n’ont rien trouvé à redire à cette affaire ? est-ce à dire que seuls des champions de plus ou moins 85 ans estiment inadmissible un comportement qu’eux-mêmes n’ont jamais connu ? À la notoire exception d’Adrien Duvillard Junior, ce sera silence radio sur tous les horizons. On en a froid dans le dos. Honte à tous ces responsables au comportement clanique qui préfèrent la malhonnêteté au courage qu’il faut pour porter assistance à personne en danger, honte à ceux qui préfèrent le silence coupable à la parole libératrice. Honte à l’omerta mafieuse.
Joël Chenal, porté par des skieurs de l’équipe de France, lors des finales de la Coupe du monde de ski, le 15 mars 2009 à Are (Suède). Olivier Morin/AFP
En 2020, un film français que personne n’attendait fait l’effet d’une claque dans le milieu : Slalom. Charlène Favier y raconte l’histoire de Lyz (Noée Abita), 15 ans, qui vient d’intégrer une section ski-études au lycée. Fred (l’acteur belge Jérémie Renier), ex-champion et désormais entraîneur, décide de tout miser sur sa nouvelle recrue. Galvanisée par son soutien, Lyz s’investit à corps perdu, physiquement et émotionnellement. Elle enchaîne les succès mais bascule sous l’emprise absolue de Fred.
La réalisatrice parvient ici à représenter frontalement la naissance et les caractéristiques d’une relation abusive, faite de harcèlement, de manipulation et de domination. On retrouve dans Slalom de nombreux facteurs précités plus haut : les pressions psychologiques exercées sur Lyz, la construction fragile de l’adolescente en quête d’identité, une figure d’autorité respectée et intouchable (Fred), des parents absents et un éloignement physique … Charlène Favier s’est inspirée de sa propre expérience, elle qui a également connu l’emprise dans le ski de compétition. Elle expliquait à Allociné : Ce film a été fait pour libérer la parole, ouvrir un débat et qu’on essaye, enfin, de trouver les mots ensemble pour parler de ce qu’il se passe quand des choses pareilles se produisent.
Allociné
Et la parole se libéra. CQFD. Charlène Favier : bravo, bravo, bravo. Il est rare qu’un film dénonçant une réalité avec autant d’avance, colle d’aussi près à la réalité qui attendra 2025 pour arriver à la surface.
6 07 2025
Conséquence de pluies diluviennes : en 45 minutes, les eaux du fleuve Guadalupe au Texas montent de 8 mètres ! plus de 100 morts.
8 07 2025
Adoption de la loi Duplomb qui allège les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur, plus particulièrement celui de betteravier, qui prétend que seule, l’acétamipride peut venir à bout du puceron vert, cet insecte qui troue la plante pour boire sa sève et qui ainsi lui inoculent un virus, celui de la jaunisse. Concernés aussi au premier chef par cette loi, les cultivateurs de noisettes y ont recours pour se débarrasser des balanins, ces charançons qui dévorent les fruits à coque. L’Anses – Agence Nationale de Sécurité Sanitaire – a déjà publié deux rapports pour dire qu’il existe des alternatives biologiques à l’acétamipride, en 2018 et en 2021, préconisant l’association de deux insecticides autorisés, le lambda-cyhalothrine et le pyrimicarbe, ou encore l’utilisation d’autres produits rapidement substituables aux néonicotinoïdes : le flonicamide et le spirotétramate, à l’impact plus limité sur l’environnement.
Eleonore Pattery, une étudiante de 23 ans en Master QSE et RSE (Qualité, Sécurité, Environnement / Responsabilité Sociétale des Entreprises). n’ayant aucun lien particulier de près comme de loin avec le monde agricole, lance une pétition pour la remise en cause de ce texte et, obtient plus de 500 000 signatures dès le samedi 19 juillet, et plus d’un million le dimanche 20 juillet, 1.5 million le mardi 22, 2 millions le 27 juillet …de quoi ouvrir un nouveau débat à l’Assemblée Nationale, sans pour autant remettre la loi en question, mais elle a tout de même du plomb dans l’aile. C’est dire la puissance et l’efficacité des réseaux sociaux sur des situations hautement politiques. C’est donc bien une erreur que de penser que les réseaux sociaux ne sont qu’un repère de jeunes narcissiques ivres de pouvoir faire partager tous leurs réflexions.
Parmi la cinquantaine de personnes auditionnées par les sénateurs avant l’examen de la loi, il n’y avait pas un seul médecin, pas un toxicologue, pas un représentant de l’Inserm, du CNRS, ou du ministère de la santé.
Pierre Sujobert, professeur d’hématologie
Sa pétition, au succès phénoménal
Je m’appelle Eléonore PATTERY, j’ai 23 ans, et je suis actuellement en Master QSE et RSE (Qualité, Sécurité, Environnement / Responsabilité Sociétale des Entreprises).
En tant que future professionnelle de la santé environnementale et de la responsabilité collective, j’apprends chaque jour à appliquer ce que vous — législateurs — refusez aujourd’hui de respecter vous-mêmes.
La Loi Duplomb est une aberration scientifique, éthique, environnementale et sanitaire. Elle représente une attaque frontale contre la santé publique, la biodiversité, la cohérence des politiques climatiques, la sécurité alimentaire, et le bon sens.
– Cette loi est un acte dangereux. Pour les travailleurs, les habitants, les écosystèmes, les services écosystémiques, et pour l’humanité tout entière. Elle fragilise les réseaux trophiques et compromet la stabilité de notre environnement — dont nous dépendons intégralement. Nous sommes ce que nous mangeons, et vous voulez nous faire manger quoi ? Du poison.
Les grands textes l’avaient déjà dit : Le rapport Brundtland, l’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (MEA), les rapports du GIEC, les études de l’OMS, de l’INRAE, de Santé Publique France… Tous alertent depuis des décennies sur les conséquences des politiques destructrices du vivant et de la santé. Et pourtant, vous persistez à légiférer contre l’intérêt général.
Un acte possiblement inconstitutionnel. Selon l’article L110-1 du Code de l’environnement, l’État français est garant de principes environnementaux comme :
6° Le principe de solidarité écologique, qui appelle à prendre en compte, dans toute prise de décision publique ayant une incidence notable sur l’environnement des territoires concernés, les interactions des écosystèmes, des êtres vivants et des milieux naturels ou aménagés ;
Et la LOI constitutionnelle n° 2005-205 du 1er mars 2005 relative à la Charte de l’environnement (JORF n°0051 du 2 mars 2005 page 3697) (annexée à la Constitution de 1958) dans son chapitre 1er :
« Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. »
En validant cette loi, vous violez potentiellement ce droit constitutionnel, et portez atteinte à l’obligation de précaution, pourtant consacrée par le principe n°15 de la Déclaration de Rio et repris dans notre droit.
Je m’oppose donc à la Loi Duplomb.
Par cette pétition, je demande : – Son abrogation immédiate ; – La révision démocratique des conditions dans lesquelles elle a été adoptée ; – La consultation citoyenne des acteurs de la santé, de l’agriculture, de l’écologie et du droit.
Aujourd’hui je suis seule à écrire, mais non seule à le penser.
Avec plus de 2,1 millions de signatures, le Conseil Constitutionnel fera preuve de raison en invalidant le 7 août l’article réautorisant l’usage de néonicotinoïdes.
13 07 2025
Pour être libre dans ce monde, il faut être craint et pour être craint, il faut être puissant.
Emmanuel Macron
Donc la France va doubler son budget non plus pour 2030, mais pour 2027, soit 6,5 milliards d’euros d’ici deux ans.
23 07 2025
Valentin Paret Peintre arrive en tête au Ventoux : il faut remonter à 2002 pour une victoire française au sommet du Géant de Provence avec Richard Virenque.
Juillet 2025
Quid de l’énergie en Chine ?
Des reliefs couverts de plus de 60 000 panneaux photovoltaïques à Jinhua, dans la province de Zhejiang (Chine), le 11 avril 2025. Cost Foto Bestimage.
Des étendues désertiques du Gansu au nord aux monts du Yunnan au sud, en passant par les collines creusées d’anciennes mines de charbon du Shanxi et les marais salants du golfe de Bohai, la Chine se couvre de panneaux solaires à un rythme qui défie l’imagination. Les installations photovoltaïques font désormais partie du paysage, de même que les éoliennes. Le pays, pourtant encore de loin premier émetteur de gaz à effet de serre au monde, occupe une place à part du fait de son effort en matière de transition énergétique.
Environ 55 % des panneaux installés dans le monde en 2024 ont été posés en Chine et, rien qu’en cinq mois, entre janvier et mai, 198 gigawatts (GW) de panneaux solaires ont été déployés sur le territoire chinois – un peu moins que la puissance installée cumulée aux Etats-Unis (239 GW). La Chine a ainsi franchi les 1 000 GW de panneaux solaires installés – elle peine à tenir le rythme de leur branchement au réseau – quand l’Union européenne (UE) était à 338 GW à la fin de l’année 2024.
La Chine a bâti le système d’énergies renouvelables le plus étendu (…) et la chaîne industrielle dans les nouvelles énergies la plus complète, lançait le président, Xi Jinping, le 23 avril dans un message adressé à un sommet virtuel sur le climat organisé par le Brésil. En un cercle qu’il juge vertueux, l’Etat-parti entend faire de la Chine le premier pays à concilier transition énergétique et croissance économique soutenue.
La Chine part de loin. Au début des années 2010, le charbon est encore roi, le parc de voitures à essence est en pleine expansion et l’air à Pékin est irrespirable. Les autorités estiment à cette époque à 1,2 million le nombre de morts causées chaque année par la pollution de l’air, devenue un problème politique majeur. En 2015, un documentaire d’une ancienne journaliste de la télévision d’Étatn Chai Jing, qui pense que cet airpocalypse est la cause d’une tumeur chez sa fille avant même sa naissance, émeut nombre de familles.
La protection de l’environnement devient une composante majeure des plans quinquennaux qui organisent les ambitions du gouvernement. À partir du douzième plan (2011 – 2015), la Chine désulfure massivement les centrales à charbon, responsables en grande partie des pluies acides et des particules fines et explore le déploiement de lignes à ultra-haute tension pour acheminer l’électricité verte des régions arides et ensoleillées de l’Ouest comme le Qinghai et le Xinjiang vers les centres industriels des régions côtières.
Invitées par Pékin à investir massivement dans les industries de la transition énergétique, les provinces rurales y voient l’occasion d’amorcer enfin un rattrapage économique. Un groupe de la région alors encore peu dynamique de l’Anhui, Sungrow, devient au cours des années 2010 le deuxième plus gros fabricant mondial d’onduleurs (derrière le géant chinois Huawei), indispensables pour convertir l’électricité des panneaux photovoltaïques. Et ce grâce à des contrats majeurs pour des fermes solaires à travers la Chine et un programme d’électrification de villages reculés.
En 2020, les autorités de la même province de l’Anhui font venir un prestigieux constructeur de voitures électriques alors au bord de la faillite, le shanghaïen Nio qui, contre un premier chèque équivalent à 800 millions €, installe à Hefei une usine automatisée remplie de robots allemands. Dans l’attente d’une rentabilité, Nio est encore aujourd’hui régulièrement soutenu par des fonds publics locaux.
Li Auto à Changzhou, XPeng à Canton, Leapmotor à Jinhua… Partout en Chine, des constructeurs émergent grâce au soutien de collectivités locales. Tous ne survivront pas. À Yichun, petite ville du Jiangxi, le siège de l’administration locale est dominé par un écran géant sur lequel sont listés tous les investissements dans les nouveaux secteurs de l’économie et leur état d’avancement. Là-bas, le constructeur automobile Neta et ses emplois tenaient grâce aux financements des autorités locales, jusqu’à se déclarer en cessation de paiements en juin. Les producteurs de panneaux solaires se plaignent aussi de la difficulté à survivre, les groupes les plus puissants cassant en permanence les prix.
Il y a du trop-plein, mais la Chine estime que c’est par la masse de sa production que les technologies vertes deviennent accessibles à l’échelle planétaire. Ses entreprises, en concurrence féroce entre elles, innovent sans cesse pour réduire les coûts, améliorer les performances et tenter de dégager une marge. Le leader mondial des batteries automobiles, CATL, installé dans la province du Fujian, à Ningde (38 % du marché mondial), et le deuxième, BYD (15 %, mais premier producteur de voitures électriques de la planète), à Shenzhen (Guangdong), sont dans une guerre à qui saura rendre accessible la batterie chargeable en cinq minutes.
L’empire du Milieu dispose de 80 % de la capacité de production de panneaux solaires dans le monde, de 60 % pour les éoliennes, il construit la moitié de la soixantaine de réacteurs nucléaires actuellement en chantier sur la planète et domine environ 70 % du marché mondial des batteries pour véhicules électriques. Son savoir-faire dans les batteries automobiles lui permet en retour de prendre l’avantage dans un autre secteur-clé : les armoires de stockage d’énergies de source intermittente, nécessaires pour rendre le solaire et l’éolien viables à grande échelle.
La Chine renforce ainsi sa domination industrielle avec une présence sur toute la chaîne, des investissements dans les matières premières partout dans le monde jusqu’aux produits finis. Le gouvernement, lui, soutient l’ensemble par des subventions et une planification à long terme.
Pour Pékin, cette industrie de la transition énergétique apporte une réponse à la crise du modèle économique précédent. Le secteur immobilier s’est figé et la consommation intérieure n’est jamais repartie au rythme d’avant la pandémie de Covid-19. Les nouvelles technologies de la transition et du numérique, elles, ont progressé trois fois plus vite que le reste de l’économie en 2024, générant plus de 1 600 milliards € de produit intérieur brut, soit l’équivalent de l’économie espagnole.
La force de traction de la transition énergétique n’est plus tant la politique que le marché. Des familles dont les revenus ne sont pas élevés peuvent désormais s’acheter une voiture électrique, tandis que le coût d’un champ de panneaux solaires ou d’éoliennes est devenu plus faible que celui de centrales au charbon ou au gaz naturel, constate Jiang Kejun, professeur en politiques climatiques sur le campus de Canton de l’Université des sciences et technologies de Hongkong. M. Jiang sait de quoi il parle : il a longtemps dirigé un institut rattaché à la très puissante agence de planification étatique.
Li Shuo, devenu directeur du programme sur la Chine et le climat d’Asia Society après avoir travaillé chez Greenpeace, fait un constat proche. Cela a commencé par une vision très claire du gouvernement sur la nécessité d’améliorer la situation sur le plan de l’environnement tout en en tirant les avantages économiques. Mais ensuite l’échelle, l’intégration des chaînes d’approvisionnement, l’efficacité industrielle ont engendré une baisse des coûts qui permet à la Chine, devenue hyperpuissance des technologies vertes, d’apporter ses produits et sa technologie au monde, dit-il.
Malgré cela, la Chine a encore émis 12 milliards de tonnes de CO2 en 2024, soit 30 % du total de la planète pour seulement 18 % de sa population. Alors que le pays a longtemps insisté dans les négociations climatiques sur la responsabilité des Occidentaux, un Chinois émet toujours moins de CO2 qu’un Américain, mais plus du double d’un Français. La part du charbon a chuté dans sa consommation énergétique, passant de plus de 70 % en 2010 à 58 % en 2024, mais le pays en brûle toujours 40 % de plus que tout le reste de la planète réunie.
Les observateurs se demandent quand cet effort massif dans les renouvelables se traduira enfin par une baisse de ses émissions. La Chine s’est engagée à atteindre le pic de ses émissions d’ici à 2030 et la neutralité carbone en 2060. Une étude du Centre de recherche sur l’énergie et l’air propre, basé à Helskini, a constaté en mars que les émissions de la Chine ont baissé de 1 % sur un an.
Les aléas du dynamisme de l’économie ainsi que de l’utilisation des climatiseurs, dont sont très friands les Chinois, du fait des canicules plus fréquentes rendent toute prédiction hasardeuse, alors que de leur côté les États-Unis abandonnent leurs ambitions climatiques. Mais la Chine pourrait être très proche dès maintenant de son pic d’émissions. Certes, le pays continue de choquer en construisant de nouvelles centrales au charbon, mais 80 % de la hausse de sa demande en électricité est désormais couverte par les énergies dites propres, approchant ainsi du basculement si elle continue à installer du renouvelable à un tel rythme.
Sa domination de l’économie de la transition n’est pas sans conséquences sur ses relations avec le reste du monde. Pékin considère faire sa part du travail parfois dans des secteurs longtemps délaissés par les Occidentaux tels que les batteries et refuse d’entendre que ses subventions puissent être destructrices d’emplois ailleurs, comme l’en accuse l’UE. La Chine se contente de répéter que c’est elle qui rendra la transition possible pour tous. Les États-Unis ont fermé la porte : Joe Biden avait imposé 100 % de droits de douane aux voitures électriques chinoises et Donald Trump détricote les politiques climatiques.
Les Européens sont donc en première ligne et peinent à réaliser à quel point il sera difficile, si ce n’est illusoire, d’envisager combler le retard industriel et technologique tandis que le leader poursuit son sprint. À une autre époque, la Chine n’était pas parvenue à rattraper les Allemands et les Japonais dans les moteurs à essence, elle avait dû les forcer à s’adosser à des entreprises locales sur son marché.
La technologie chinoise est vraiment forte maintenant. L’Europe est confrontée à ce que subissait la Chine il y a vingt ou trente ans sur les voitures thermiques. Pour promouvoir l’emploi local, il faut demander aux groupes chinois de faire des coentreprises localement, comme la Chine l’a imposé par le passé, conseille Jiang Kejun, qui a longtemps travaillé auprès des planificateurs chinois.
Jordan Pouille, Harold Thibault, correspondants à Pékin. Le Monde du 13 juillet 2025
1 08 2025
Aujourd’hui, en regardant Gaza, en observant jour après jour ce qui s’y déroule, je dois me rendre à l’évidence tragique : un crime a lieu à Gaza, un crime de génocide. Des voix de plus en plus nombreuses, y compris parmi les historiens et les associations israéliennes, se lèvent pour le dire, et je mesure et j’admire le courage qu’il faut pour le faire, à l’image d’Omer Bartov et d’Amos Goldberg, ou de B’Tselem et de Médecins pour les droits humains.
A l’heure où l’on commémore le génocide de Srebrenica de juillet 1995, qui conduisit à la disparition de 8 000 hommes et garçons musulmans de Bosnie et au déplacement forcé de 30 000 personnes, je comprends désormais comment ce qui me semblait impossible hier est possible aujourd’hui. Je comprends que le silence, l’aveuglement volontaire, la paralysie morale, bien plus que des faiblesses humaines, sont les conditions mêmes par lequel le génocide est possible.
Comment accepter de voir ainsi mises hors-jeu les organisations internationales, bafoué le droit international, sans même évoquer les pressions inouïes exercées sur la justice internationale ? Toutes ces attaques ont bien pour but de maintenir la chape de plomb et de silence, puisque ces organisations ont précisément pour mandat de qualifier et de nommer l’innommable.
Se taire, c’est se rendre complice. Nommer, c’est déjà agir. Oui, il faut aujourd’hui appeler les choses par leur nom. A Gaza, sous nos yeux, c’est bien un génocide qui se déroule. Toutes les formes de mort s’y accumulent : la mort par l’écrasement des bombardements incessants, la mort par la faim organisée, la mort par balle pour avoir voulu arracher quelques grammes de farine à l’arrière d’un camion, la mort par l’abandon absolu d’une population privée d’eau, d’électricité, de médicaments. La mort aussi par l’humiliation quotidienne infligée aux survivants, privés non seulement de dignité, mais aussi de toute espérance. Toutes ces formes de mort convergent dans un seul lieu, sous l’effet d’une intention claire.
Cette intention n’est pas abstraite : elle est annoncée, clamée, revendiquée par le gouvernement de Benyamin Nétanyahou et de nombreux responsables politiques israéliens qui, avec la complicité de l’administration américaine et la passivité des Etats européens, assument désormais ouvertement le projet d’effacer tout un peuple.
Chaque Palestinien, chaque enfant, chaque vie innocente devient coupable par assimilation à l’acte terroriste du 7-Octobre. Chaque Palestinien, chaque enfant est perçu comme un obstacle à la réalisation du projet messianique d’un Grand Israël. Dans cette logique effrayante, tous deviennent coupables, tous sont condamnés. Aujourd’hui, trop de consciences, partout dans le monde, préfèrent ne pas voir, préfèrent ne pas savoir, et détournent volontairement le regard de cette réalité douloureuse.
Nous vivons trop souvent aujourd’hui hors de l’histoire collective tragique qui est en train de s’écrire, dans une bulle protégée, dans un espace mental, moral et physique où l’indifférence règne en maître, où ceux qui vivent confortablement peuvent détourner le regard des atrocités qui se déroulent à quelques mètres d’eux. C’est l’espace de l’aveuglement volontaire, celui de la complicité passive.
Je veux m’adresser aujourd’hui aux consciences, aux peuples, aux Etats, pour que soient enfin rompus le silence et l’inaction. Pour que chacun, intellectuel, artiste, citoyen, là où il est, prenne position clairement, fermement, immédiatement. Pour que cesse cette complicité passive qui rend possibles les pires tragédies humaines.
Car, demain, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas. Nous savons, nous voyons, nous comprenons. Nous avons le devoir moral absolu d’agir, de parler, de nous opposer à cette folie meurtrière qui se déroule devant nous. Reconnaître cette vérité doit plus que jamais nous conduire à refuser tout amalgame, toute essentialisation, à rester attentifs et vigilants pour prévenir tout regain d’antisémitisme.
Il est temps que la France et les nations du monde retrouvent la parole perdue de l’honneur, celle qui refuse le génocide, celle qui refuse l’inhumain. Il est temps de revenir à ce devoir premier de toute politique : protéger les vies humaines, empêcher l’irréparable, préserver l’humanité en chacun de nous. Aujourd’hui, l’histoire se déroule implacablement. Elle nous juge déjà. Ne lui laissons pas dire que nous avons échoué à sauver Gaza. Ne lui laissons pas dire que nous avons été complices par lâcheté ou par indifférence. D’autant plus que nous savons que nous pouvons agir.
Nous savons que nos Etats sont en mesure d’apporter des réponses concrètes. En décrétant la suspension immédiate de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, tant que les violations des droits humains persistent. En soutenant activement la poursuite effective des responsables israéliens devant la Cour pénale internationale et en appliquant ses mandats d’arrêt.
En organisant, aussi, l’acheminement urgent de l’aide humanitaire par le biais d’une intervention armée légitime, motivée par le devoir international de protéger les populations civiles ; en ouvrant les portes de Gaza aux journalistes du monde entier car, plus que jamais, nous avons le droit et le devoir de savoir ; en amplifiant, enfin, la mobilisation internationale pour la reconnaissance d’un Etat palestinien viable, capable de protéger ses citoyens et de vivre en paix et en sécurité aux côtés d’Israël.
Mais, au-delà de tous ces moyens à notre disposition, c’est aujourd’hui la mobilisation de chacun d’entre nous, partout dans le monde, exprimant clairement et fermement son refus de l’inacceptable. Seuls, nous ne pouvons rien. Ensemble, nous pouvons tout.
Dominique de Villepin premier ministre de 2005 à 2007. Le Monde du 1° août 2025
Quand les narco trafiquants versent dans le social. Quand les seules personnes qui s’opposent encore à vous sont les policiers, il n’est pas nécessaire d’avoir pété un câble pour s’afficher ainsi au grand jour. Il y a seulement trente ou quarante ans, un maire se serait étranglé en découvrant un tel courrier ; aujourd’hui, rien, ou trois fois rien : et puis, après tout, ça ne mange pas de pain, n’est-ce pas ?
Lettre d’excuse et d’engagement de la Gitanie aux résidents de Bagnols sur Cèze.
Chers habitants de Bagnols sur Cèze, [du quartier des Escanaux. ndlr].
Nous tenons, par cette lettre, à vous présenter nos plus sincères excuses pour les nuisances sonores et les éventuelles dégradations qui ont pu causer des désagréments dans le quartier. Nous comprenons pleinement que ces situations aient pu affecter votre quotidien, et nous en sommes profondément désolés.
Conscients de l’importance du respect et du bien-être de chacun, nous avons pris la décision de mettre en place plusieurs initiatives afin d’améliorer la situation et de renforcer le lien entre tous les habitants. Aujourd’hui, par exemple, un atelier de peinture est organisé pour embellir le quartier et permettre à chacun de participer à son amélioration.
Si vous avez besoin d’aide, quelle qu’elle soit, sur le plan financier ou pour toute autre difficulté, nous vous invitons à vous adresser à nous. Nous mettons également à disposition des jeunes motivés pour vous rendre service, que ce soit pour des courses, du bricolage ou toute autre aide dont vous pourriez avoir besoin.
Nous souhaitons aussi apporter de la joie aux enfants en installant des stands et en distribuant des jouets pour tous.
Encore une fois, nous vous prions d’accepter nos excuses pour les désagréments passés et espérons que ces actions permettront de créer un climat plus serein et solidaire au sein du quartier.
Pauline Ferrand-Prévôt, 33 ans, à quelque dix kilomètres du col de la Madelaine, 1993 m., s’envole vers la victoire de l’étape, laissant la plupart des suivantes à plus de 3′ : elle est bien, seule, et quand elle se retourne pour voir s’il y a des poursuivantes, ses yeux sourient aux nuages, en bas ; il fait toujours beau, au-dessus des nuages ; elle déploie une régularité de métronome, une niaque constante et cela l’habille du maillot jaune, qu’elle gardera le lendemain soir, en gagnant encore l’étape après une autre échappée en solitaire. Elle entre dans la cour des grands. Magnifique championne, dotée d’un remarquable palmarès, très polyvalente, qui a, comme pour la plupart des coureurs, dut laisser de la place aux inévitables galères :
Championne du monde sur route (2014),
en cyclo-cross (2015),
en VTT cross-country (2015, 2019, 2020, 2022 et 2023),
en short-track (2022 et 2023)
en gravel, une discipline qui consiste à rouler principalement sur des routes non goudronnées (2022),
championne olympique de VTT cross-country (2024),
vainqueure de Paris-Roubaix au mois d’avril 2025.
la grande classe…. elle avait du bonheur plein les yeux
6 08 2025
Un printemps bien pluvieux a fait pousser la végétation nettement plus que d’habitude, un été sans eau la sèche et tout cela fait une masse inflammable qui n’attend que le vent et l’étincelle accidentelle ou criminelle pour entrer dans l’apocalypse : 17 000 ha partis en fumée en 48 heures, malgré le combat de 2 100 pompiers. Un mort, 23 blessés, essentiellement des pompiers.
près de Saint Laurent de la Cabrerisse, dans les Corbières, Aude. Abdul. Saboor / Reuters
15 08 2025
Donald Trump n’arrive pas à Arkhangelsk pour y rencontrer Vladimir Poutine les mains vides, mais avec une paix entre Arménie et Azerbaïdjan obtenue une semaine plus tôt à son initiative : Et pourquoi n’as-tu rien pu faire, toi ?
Moïse avait dit : Tout est loi. Jésus avait dit : Tout est amour. Freud avait dit : Tous est sexe. Einstein avait dit : Tout est relatif. Et Donald Trump dit : Tout est business : c’est en confiant à des sociétés américaines la gestion d’un corridor de 35 km de long qui permettra le désenclavement d’un territoire azerbaïdjanais qu’il a obtenu cette paix ; chacun des partenaires en reconnaissait la nécessité, mais en même temps en demandait la gestion exclusive. Trump arrive et leur dit : Poussez-vous, moi, je vais le faire. Et ainsi fut fait.
L’accord prévoit notamment la création d’un ambitieux couloir de transit – ferroviaire, routier, énergétique avec des oléoducs et des gazoducs, numérique avec des câbles de fibre optique – censé relier, sur 32 kilomètres, l’Azerbaïdjan à son exclave du Nakhitchevan, voisine de la Turquie, en passant par la province arménienne de Siounik, qui borde la frontière avec l’Iran. Baptisé Route Trump pour la paix et la prospérité internationale, ce projet vise à désenclaver toute la région.
14 08 2025
À la veille du sommet Trump-Poutine en Alaska sur le sort de l’Ukraine :
Ces temps-ci, au brouillard de la guerre s’est ajouté le brouillard de la diplomatie. Il est inutile d’essayer de démêler les impulsions confuses de l’administration Trump. Nous devons prendre pied sur le seul terrain solide à notre disposition : les objectifs russes – d’autant plus que c’est toujours de ce côté que bascule le président américain. Là, les choses sont claires. L’économie russe est en train de sombrer à un rythme accéléré.
Militairement, la Russie progresse, mais pas assez vite pour gagner la course avec le naufrage économique. À Moscou, on a une longue mémoire. On se souvient que la plupart des agrandissements territoriaux de l’Empire russe ont été réalisés avec la complicité et l’aide d’une ou de plusieurs puissances étrangères : dans le sillage de la Prusse et de l’Autriche pour le partage de la Pologne en 1772 ; en s’entendant avec la Turquie pour la reconquête des États caucasiens en 1920 – 1921 ; en s’appuyant sur l’Allemagne pour la reconquête des Etats baltes et l’annexion de la Galicie (pacte Ribbentrop-Molotov, signé en 1939). Pourquoi ne pas avoir recours à Donald Trump pour soumettre l’Ukraine ?
L’outil militaire est toujours un pis-aller aux yeux des hommes du Kremlin. Ils préfèrent de loin la manipulation et la subversion. Et c’est là qu’ils excellent, à cause de l’ignorance occidentale des méthodes de projection de puissance russes, pourtant toujours identiques. Outre la cooptation d’un complice étranger, la deuxième caractéristique de l’expansion russe est la tactique du salami. La Russie débite sa victime en tranches (on l’a vu avec l’Ukraine : d’abord la Crimée, puis le Donbass…) ; la première tranche acquise, elle passe à la deuxième, puis à la troisième.
Les propositions russes à Steve Witcoff [envoyé spécial du président américain, qui s’est rendu en Russie le 6 août] illustrent ce procédé. Vladimir Poutine exige des Etats-Unis que ceux-ci, en préalable à une hypothétique négociation en vue d’un cessez-le-feu, forcent les Ukrainiens à évacuer les parties de la région du Donetsk qu’ils contrôlent encore, et qui sont les lignes fortifiées les plus solides du front ukrainien ; le tout en échange d’un bout de territoire symbolique dans la région de Soumy.
Si Donald Trump se prête à cette manœuvre, la Russie gagne sur tous les tableaux. Elle obtient sans effort des marchepieds stratégiques pour la conquête du centre et du sud de l’Ukraine. Elle démoralise les Ukrainiens en faisant parader les Américains, alignés sur les exigences du Kremlin. Elle discrédite le parti pro-occidental en Ukraine, préparant le terrain à l’installation au pouvoir à Kiev d’un oligarque tenu par Moscou, faisant campagne sur une politique de paix (comme le fait Bidzina Ivanichvili en Géorgie).
Pour obtenir cet alignement, Moscou mise sur la vanité, l’ignorance et la sottise de Donald Trump. Mais pas seulement. La souricière est garnie d’un appétissant bout de gruyère. La Russie fait miroiter à Trump un deal somptueux : en échange d’un coup de main en Ukraine, d’une levée des sanctions et d’un accès renouvelé à la technologie occidentale, elle confierait la gestion et la revente de son gaz destiné à l’Europe à une société américaine.
On peut penser que Donald Trump aurait droit à sa part de cette manne fabuleuse. Là encore, l’histoire est éclairante. Elle nous enseigne le sort de ces concessions octroyées par le Kremlin quand l’économie russe est aux abois : dès que les Occidentaux ont investi et lancé la production, le gouvernement russe spolie le partenaire étranger, encore heureux s’il peut sauver quelques plumes. La Russie utilise la promesse du business à des fins de puissance. Aujourd’hui, elle a besoin de se refaire une santé économique, elle a besoin de vaches à lait, et ce n’est pas la Chine, un prédateur comme elle, qui lui fournira le nécessaire.
Avec Donald Trump, le Kremlin a trouvé le partenaire rêvé qui, à son exemple, réduit la politique étrangère au racket et à l’extorsion. Il reste à voir si Trump osera affronter l’opinion américaine en commettant une infamie inouïe, la trahison d’un allié, abandonné à un ennemi qui a juré sa perte.
Que peut faire l’Europe face à l’axe russo-américain ? Rester lucide, d’abord. Il faudra sans cesse garder à l’esprit l’acharnement avec lequel la Russie a détruit l’Ukraine depuis des décennies, le mélange de brutalité et de machiavélisme diabolique dont elle a fait preuve pour casser le moral ukrainien, faire éclater le front occidental, découpler les Etats-Unis de l’Europe, saper l’Union européenne, tout cela en détruisant sa propre prospérité pour la seule jouissance d’écraser un voisin qui voulait être libre. La Russie est une immense machine de destruction qui, après l’asservissement de l’Ukraine, se ruera contre l’Europe, pas forcément sous la forme d’une invasion militaire mais par la démoralisation et la propagation de la haine, de la bêtise, de l’égoïsme national suicidaire et du nihilisme.
L’Europe devra se dissocier clairement de la trahison américaine. Il faut exiger des garanties de sécurité pour Kiev, insister sur le déploiement de forces européennes en Ukraine, ne pas laisser le pays seul face à la Russie. Il faut que l’Europe prenne conscience qu’elle a des cartes à jouer. L’Amérique de Trump ne suffira pas à remettre à flot l’économie de la Russie. Sans le savoir, les Européens sont en position de force. Historiquement, l’Empire russe n’a tenu que par les Européens cooptés par le pouvoir russe. Aujourd’hui, après leur expérience calamiteuse avec l’autarcie et le pivot vers la Chine, les Russes ont une conscience aiguë de leur dépendance à l’égard de l’Europe.
En conséquence, les Européens doivent faire savoir dès aujourd’hui que les affaires (achat du gaz compris) ne reprendront avec la Russie que lorsqu’elle aura évacué les territoires occupés. L’administration Trump est en train de réaliser le sauvetage du régime de Poutine dont elle a besoin pour racketter l’Europe. L’intérêt de l’Europe est au contraire que la Russie se débarrasse de l’autocratie. Ne donnons pas au régime russe les moyens de soudoyer sa population, d’entretenir un gigantesque appareil militaire et policier dirigé contre nous. Il serait désastreux que l’indépendance économique péniblement acquise face à la Russie soit sacrifiée à des intérêts à courte vue.
Françoise Thom, historienne, spécialiste de l’Union soviétique et de la Russie postcommuniste. Le Monde du 14 08 2025
15 08 2025
Sommet Trump Poutine à Anchorage, Alaska. Après, c’est comme avant. Trump réalise que son tropisme pour le deal, efficace en Arménie/ Azerbaïdjan, ne fonctionne pas avec Poutine qui, lui, veut annexer toute l’Ukraine et démanteler l’OTAN.
25 08 2025
François Bayrou s’est épuisé à essayer de gravir cet Everest de problèmes insurmontables, à supporter le poids de cette dette de 3 450 milliards €, qui s’accroit tous les ans de 150 milliards €. Pour ne pas avoir à dire qu’il renonce, il annonce qu’il aura recours à un vote de confiance devant l’Assemblée nationale le 8 septembre : comme il est certain qu’il sera mis en minorité, il n’aura pas à démissionner, puisque ce sont les députés qui se chargeront de le démissionner.
26 08 2025
La megafusée Starship de Space X, haute de plus de 120 mètres, réussit son envol, après une série d’échecs. Starship est aussi le nom du vaisseau, le propulseur se nommant Super Heavy.
Emmanuel Macron, président de la République, écrit à Benyamin Netanyahou, premier ministre d’Israël.
Cher Monsieur le premier ministre,
J’ai bien reçu votre lettre du 17 août que vous avez décidé de rendre publique avant même que je ne la reçoive. C’est pourquoi ma réponse, par parallélisme, sera elle aussi rendue publique pour la clarté de nos débats mais pour ma part je tenais à vous le faire savoir et j’attendrai que vous en ayez pris connaissance, c’est là l’élémentaire courtoisie.
La lutte contre l’antisémitisme ne saurait être un sujet d’instrumentalisation et ne peut nourrir aucun désaccord entre Israël et la France.
Au titre des premières actions menées après mon élection, j’ai tenu, dans l’enceinte tragique du Vel’ d’Hiv [la cérémonie s’est déroulée place des Martyrs-Juifs-du-Vélodrome-d’Hiver (15e arrondissement de Paris)], le 16 juillet 2017, à solennellement endosser – et vous aviez souhaité ce jour-là être à mes côtés – la définition de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) qui condamne l’antisionisme comme un antisémitisme. C’était la première fois qu’un président de la République français allait aussi loin et je l’assume parfaitement. La protection de nos compatriotes juifs contre la montée de l’antisémitisme est, depuis le premier jour, une priorité absolue de mon action. Cette responsabilité incombe à la France, et la totalité des services de l’Etat y est engagée. Elle ne saurait faire l’objet d’aucune manipulation dans un moment où nous faisons face à l’instrumentalisation d’un conflit qui n’appartient pas à la France mais pèse sur sa cohésion nationale et la sécurité de nos concitoyens.
Alors que j’ai promulgué le 31 juillet dernier la loi proposée par le Sénat relative à la lutte contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur, que nous avons tenu de février à avril les assises de lutte contre l’antisémitisme, que la France a consacré 15 000 policiers à la protection des lieux de réunion de la communauté après le 7 Octobre et que policiers et volontaires se sont mobilisés pour la sécurité des athlètes et touristes israéliens lors des Jeux olympiques et paralympiques de l’été dernier, ces accusations d’inaction face à un fléau que nous combattons de toutes nos forces sont inacceptables et offensent la France tout entière.
L’histoire nous enseigne que là où tente de s’ancrer l’antisémitisme, prospèrent avec lui toutes les formes de racisme et de haine. C’est au nom de cette leçon que la République française est l’inlassable ennemie de l’antisémitisme depuis la Révolution de 1789. En conséquence, nul ne peut douter, s’il est de bonne foi, que je demeure et demeurerai garant de l’impérieuse nécessité de combattre cette abomination, partout et toujours. Et ce serait une faute d’expliquer, voire de justifier, l’antisémitisme en France par les décisions que j’ai pu prendre. Les antisémitismes de notre pays viennent de loin, ont longtemps été nourris par l’extrême droite, sont aujourd’hui aussi alimentés par l’extrême gauche qui essentialise la communauté juive et soutient la haine contre cette dernière. Tout antisémitisme est une trahison de la République et de son universalisme.
Mais la définition de l’IHRA ne saurait dédouaner Israël des politiques qu’elle mène aujourd’hui à Gaza et dans le reste des territoires palestiniens. Nous avons de graves désaccords, mais, fidèle en cela à l’amitié qui lie la France et le peuple d’Israël, j’ai tenu à maintenir le dialogue le plus étroit avec vous, un dialogue fondé sur notre attachement indéfectible au droit d’Israël à l’existence et à la sécurité.
Notre détermination à ce que le peuple palestinien dispose d’un Etat est ancrée dans notre conviction qu’une paix durable est essentielle à la sécurité de l’Etat d’Israël, à sa pleine intégration régionale dans un Moyen-Orient enfin en paix, à une logique de normalisation que nous soutenons et qui doit pouvoir être menée à son terme au plus vite. Cette paix durable passera par la création d’un Etat palestinien souverain, reconnaissant Israël et son droit à la sécurité, démilitarisé, vivant dans la paix à vos côtés.
En aucun cas, cette double conviction ne reflète une quelconque complaisance permettant au Hamas ou à d’autres groupes terroristes d’utiliser un tel Etat pour menacer votre pays à l’avenir. L’Etat palestinien doit constituer la fin du Hamas. Nous sommes convaincus, après près de deux ans d’opérations israéliennes à Gaza, que c’est aujourd’hui la seule manière d’éradiquer réellement le Hamas et d’éviter à la jeunesse israélienne de se consumer dans une guerre permanente, dévastatrice pour les Palestiniens de Gaza, mais également pour Israël et la région tout entière.
Pour y parvenir, nous avons, avec l’Arabie saoudite, rassemblé à New York les 28 et 29 juillet dernier de très nombreux gouvernements arabes, occidentaux et autres, qui ont marqué leur disponibilité à s’impliquer dans une stratégie pour le jour d’après, y compris à assumer des responsabilités de sécurité transitoires dans la bande de Gaza dans le cadre d’une mission de stabilisation, à soutenir et contribuer au désarmement des groupes terroristes à commencer par le Hamas, à aider à renouveler une gouvernance palestinienne viable, libérée de l’emprise du Hamas, et à reconstruire un territoire aujourd’hui dévasté.
Cet engagement est inédit. Il résulte de notre indignation face à un désastre humanitaire épouvantable à Gaza que rien ne saurait justifier. Il découle également de la conviction qu’un exode massif de Gazaouis poussés par la famine et la violence, outre l’indignité morale qu’elle constitue, aura des effets directs et durables sur la sécurité régionale et internationale, y compris sur celle d’Israël et de l’Europe. Il résulte surtout d’une volonté collective inédite de voir advenir une paix durable dans un Moyen-Orient où Israël a largement contribué ces deux dernières années à réduire une autre menace, celle de l’Iran.
Cette disponibilité à contribuer à l’après-guerre à Gaza s’accompagne de la résolution d’avancer de la même manière vis-à-vis du reste des territoires palestiniens occupés et de les transformer en un Etat séparé, démilitarisé et réformé qui vivra en paix à vos côtés. Un Etat palestinien où la haine de l’autre n’aura pas de place, qu’il s’agisse de l’enseignement et des autres politiques menées. Nous sommes prêts à être collectivement comptables des engagements pris à New York ainsi que par le président Abbas dans sa lettre du 9 juin 2025.
Ce chemin est difficile, mais il donne à Israël une main puissante et nouvelle sur son avenir : une normalisation étendue à l’échelle du monde musulman ; la fin du conflit permanent qui a affecté votre peuple avant et depuis la fondation de l’Etat d’Israël ; la fin d’une grave dégradation de l’image morale d’Israël, qui est devenue le prétexte et le moteur d’un nouvel antisémitisme que nous devons combattre mondialement.
Cet engagement est inédit et je vous appelle à ne pas l’écarter d’un revers de la main, au nom de notre amitié avec le peuple d’Israël.
Monsieur le premier ministre,
Aujourd’hui, votre gouvernement a décidé d’une nouvelle phase de l’offensive menant à la réoccupation de Gaza. J’ai la conviction, et je la partage avec ces nombreux partenaires, qu’une telle mesure impacterait la vie du peuple israélien pour les décennies à venir, ferait porter un coût insupportable à vos voisins palestiniens et contribuerait à faire manquer l’opportunité historique qui s’offre à vous, en tant que premier ministre ayant conduit aux destinées d’Israël pour la plus longue période de son histoire, ainsi qu’au peuple israélien, de sortir de la bataille qu’Israël mène aujourd’hui à perte, pour gagner la bataille de la paix. L’opportunité de transformer les gains militaires qu’Israël a obtenus sur les terrains régionaux en victoire politique durable au bénéfice de sa sécurité et de sa prospérité.
Les Etats-Unis, le Qatar et l’Egypte n’ont eu de cesse de faire aboutir un cessez-le-feu pour la libération de tous les otages. C’est notre priorité. La France a perdu plus de 50 de ses enfants lors du pogrom du 7 octobre. Trois otages français n’ont pas survécu. En pensant à eux tous, à la famille Bibas et aux David aujourd’hui, à la douleur et à la souffrance de tant de familles qui attendent toujours le retour de leurs proches, et à toute la douleur endurée par les Gazaouis, ma conviction est qu’agir avec humanité et courage pour mettre fin à cette guerre constitue notre devoir collectif, et la seule voie réaliste. Nous vous proposons une voie pour la suite, crédible, engageante pour la communauté internationale et les partenaires régionaux, qui seront au rendez-vous de la paix. C’est votre responsabilité de la saisir.
L’occupation de Gaza, le déplacement par la force des Palestiniens, leur réduction à la famine, la déshumanisation haineuse des discours, l’annexion de la Cisjordanie, n’offriront jamais une victoire à Israël. Ils viendront au contraire renforcer l’isolement de votre pays, nourrir ceux qui y trouvent prétexte à l’antisémitisme et mettre en danger les communautés juives à travers le monde. Les Palestiniens ne disparaîtront pas de la terre où ils ont aussi leur racine et nul ne voit quel chemin s’ouvrirait alors pour que la vocation d’Israël à rester une grande démocratie et le foyer national de la judéité, puisse se réaliser. En un mot ces mesures donneront la victoire à ceux qui refusent qu’Israël soit reconnu comme l’ami, l’allié fiable et le partenaire de confiance qu’il a vocation à être et que nous souhaitons qu’il soit.
La France ne peut se résoudre à voir ainsi un pays ami plonger dans un déchaînement de violence contraire à son histoire, ses origines et son essence démocratique et tourner le dos à la possibilité que l’histoire lui offre aujourd’hui. Je ne peux m’y résoudre et vous propose encore une fois, en ami fidèle, de travailler ensemble, avec tous les partenaires internationaux, à une paix durable pour vous, votre peuple et toute la région. Un cadre crédible pour une sortie de crise à Gaza est à portée de main. Un cessez-le-feu permanent est à portée de main. Quelle autre voie offrez-vous aujourd’hui à vos alliés et à votre peuple ?
Les images barbares de l’otage israélien Evyatar David ont rappelé au monde, si besoin était, que le Hamas ne devait plus jamais représenter une menace pour Israël ni jouer un rôle dans la gouvernance future à Gaza et des territoires palestiniens. Avec cette vidéo infâme, le groupe terroriste poursuit ce qu’il a constamment fait ces deux dernières années : blesser l’âme juive au plus profond, ce faisant nous offensant tous à vos côtés, prolonger le calvaire des otages et des familles et maintenir le peuple de Gaza dans une souffrance inouïe. En agissant ainsi, il cherche également à vous pousser à prendre des décisions irréversibles, qui ne serviront que sa survie et son emprise idéologique et jetteront Israël dans un avenir de guerre que vous avez aujourd’hui la possibilité et l’opportunité historique d’éviter.
La France sera toujours l’amie d’Israël et des Palestiniens et c’est à ce titre, Monsieur le premier ministre, que nous poursuivrons notre action pour la paix et la sécurité de tous.
C’est à ce titre, Monsieur le premier ministre, que je vous appelle solennellement à sortir de la fuite en avant meurtrière et illégale d’une guerre permanente à Gaza qui expose votre pays à l’indignité et votre peuple à une impasse, à cesser l’illégale et injustifiable recolonisation de la Cisjordanie et à saisir la main tendue des partenaires internationaux disposés à travailler à un avenir de paix, de sécurité et de prospérité pour Israël et la région.
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