~ 2770 à ~ 962. L’Egypte. Les Hittites. Le peuple hébreu. Sombre XII° siècle. 24598
Publié par (l.peltier) le 27 décembre 2008 En savoir plus

vers ~ 2 770                         Imhotep [1], grand prêtre d’Héliopolis, chancelier du roi de Basse Égypte, premier ministre et génial architecte du roi Djoser, construit la première pyramide à degrés (6) sur le plateau de Saqqarah, proche de la future Memphis, à la naissance du delta, en basse Égypte. Il emploie du calcaire blanc de Tourah ; c’était en fait un tombeau construit tel un escalier monumental vers le dieu Rê, au ciel. Il pratique aussi la médecine, l’astronomie et écrit un recueil d’enseignements moraux : les Instructions, qui marquent un progrès fondamental de la langue : les phrases sont construites, avec sujet, verbe et complément. Il sera plus tard adoré comme un dieu issu de Ptah, le dieu de la Terre émergée qu’il façonna sur un tour de potier.www.saqqara.culture.gouv.fr

Les pyramides à degré de Sakkara, si étrangement semblables à celles du Yucatan (mais que le sang des victimes ne souilla point), nous révèlent l’Égypte naissante, vieille de six mille ans. Au grand désespoir des Grecs, on y a mis au jour cet hiver des colonnes cannelées à chapiteau dorique, de vraies colonnes grecques, mille ans avant le Parthénon, ce qui bouleverse toute l’histoire de l’architecture… Qui croit encore aujourd’hui que la liste des trente pharaons connus épuises les annales de l’Égypte ? Au premier d’entre eux, l’Égypte était déjà douée d’un art, d’une écriture, d’une religion, d’une civilisation incomparables, et ce qui émerge permet de deviner un passé très lointain chargé de traditions disparues ; on rêve à l’Atlantide et plus loin encore à cette race de demi-dieux des temps héroïques.

Paul Morand                   D’Alexandrie au Caire 1931

Très tôt, les Égyptiens ont accordé plus d’importance à assurer la pérennité de leur vie outre-tombe qu’à l’acquisition de richesses matérielles. Toutefois, pour exprimer aussi abondamment leur vie, ils ne manquaient pas de ressources : granit rose dans les carrières d’Assouan[2], grès en Haute Égypte, schiste au Ouadi Hammamat (piste en Haute Égypte vers la Mer Rouge) albâtre à Hatnoub, calcaire surtout au nord, et encore : basalte, diorite, serpentine, porphyre, stéatite. Le limon du Nil permettait une fabrication facile de la brique. Et parmi les métaux, de l’or, bien sur (au Sinaï), mais aussi du cuivre et des pierres précieuses : malachite, turquoise, émeraude, améthyste, cornaline, jaspe de Nubie, lapis-lazuli, tribut de l’Asie. Pour construire les traîneaux à même de transporter les matériaux, ils allèrent jusqu’à l’actuel Liban se fournir en cèdre. Et tout cela avec un calendrier serré : la fonction même de tombeau impliquait un délai très court entre la décision de construire et la fin des travaux. On décidait de construire quand le souverain montait sur le trône et on ne pouvait s’accorder un délai de plus de vingt ans pour terminer le tout : c’était une véritable course contre la montre ! Et donc on construisait exactement comme on avait conçu le monument. Tout cela n’a pas grand-chose à voir avec nos chantiers de cathédrales, 36 siècles plus tard, pour lesquels il n’y avait pas cet aspect d’urgence, et donc qui permettait de laisser évoluer le projet initial en fonction des progrès techniques et de conceptions apparus pendant la durée de construction.

~ 2 737                                  Shen Nung, empereur de Chine, se repose à l’ombre d’un théier sauvage quand quelques feuilles tombent dans sa boisson préférée : de l’eau bouillie. Après l’avoir bue, il ressent immédiatement les bienfaits de cette infusion : Le thé éveille les humeurs et les pensées sages. Il rafraîchît le corps et apaise l’esprit. Si vous êtes abattu, le thé vous rendra force.

Le principe de l’infusion, et même de la décoction était né. Après avoir consommé pendant plusieurs années cette boisson, le même empereur inventa la charrue.

La civilisation chinoise, civilisation essentiellement agricole, civilisation des labours, est née du lœss du nord-ouest et des alluvions du nord-est, comme la civilisation égyptienne ou la civilisation babylonienne sont nées du limon du Nil ou du limon mésopotamien.

[…] Une autre divinité est le Comte du Fleuve, c’est à dire du fleuve Jaune. Par ses crues périodiques, par le dépôt de son limon, il faisait la richesse de la glèbe avoisinante comme la crue du Nil faisait la fortune de l’Égypte. Mais le fleuve Jaune restait un bienfaiteur redoutable dont les débordements et, sur son cours inférieur, les divagations, pouvaient à chaque instant causer d’effroyables désastres. Il devait être incessamment surveillé, précautionneusement endigué, assagi par des canaux de dérivation. Une des fonctions essentielles du roi chinois, comme du pharaon égyptien ou du souverain mésopotamien, consistait dans ce métier d’ingénieur hydraulicien, constructeur de canaux d’irrigation, de barrages et de digues. En dépit de ces précautions constantes, on ne pouvait se fier au fleuve. Ville et bourgades évitaient l’immédiate proximité de ses rives. Pour apaiser le Comte du Fleuve, on lui sacrifiait chaque année un certain nombre de jeunes gens et de jeunes filles précipitées dans le flot.

René Gousset, Sylvie Renaud-Gatier                 L’Extrême Orient 1956

Le labour est l’une des plus anciennes et des plus précieuses inventions de l’homme ; mais bien avant qu’il n’existât, la terre était en fait régulièrement labourée, et continue d’être ainsi labourée par les vers de terre.

Charles Darwin

~ 2 600                   Les Incas consomment déjà du chocolat. Les Aztèques y viendront aussi, plus tard : il faut croire que c’était alors monnaie courante puisqu’ils se servaient de fèves de cacao pour payer leurs impôts. Et chocolat vient de l’aztèque tchocolatl qui signifie boisson des dieux.

vers ~ 2 540              Les pyramides de Khéops, Khéphren, Mykérinos, sur le plateau de Gizeh, sont construites sous la IV° dynastie. Khéops est la plus grande : 147 m de haut [137, si l’on soustrait le pyramydion détruit] et 230 m de coté. Jusqu’en 1880, elle aura été le plus haut monument du monde, alors détrônée par la cathédrale de Köln [Cologne], puis d’Ulm en 1890.

Hérodote voudra prendre pour argent comptant ce que racontait alors le populaire : Khéops réduisit le peuple à la misère la plus profonde. D’abord il ferma tous les temples et interdit aux Égyptiens de célébrer leurs sacrifices ; ensuite il les fit tous travailler pour lui. Il aurait prostitué sa propre fille pour financer la construction de sa formidable tombe… Khéphren imita son prédécesseur en tout.

L’emplacement précis de la chambre du pharaon dans cette pyramide fera l’objet de nombreuses controverses, puisqu’en fait on a dénombré 3 chambres funéraires : dès le IX° siècle, les pilleurs de tombe s’en étaient occupés ! et en ce début de XXI° siècle, la controverse dure toujours.

La datation de ces trois pyramides est fréquemment contestée : d’aucuns les prétendent beaucoup plus anciennes, leur positions respectives reprenant avec précision celle du baudrier d’Orion il y a 10 450 ans. D’autre part, l’évidente érosion fluviale et pluviale qui a attaqué le corps du Sphinx de Gizeh, ne pourrait avoir été postérieure à ~10 000 ans, car les eaux n’ont alors plus jamais été aussi hautes. La tête du sphinx est très petite par rapport au corps et suggère qu’elle ait été retaillée une ou plusieurs fois après la réalisation initiale. Autre donnée pour laquelle on n’a pas d’explication plausible : l’exceptionnelle brièveté de la durée des travaux : 20 ans ! [les Mayas ont eu besoin de 150 ans pour édifier la pyramide de Teotihuacán, près de Mexico et elle est deux fois moins haute]

A qui parler aujourd’hui ? 
Les frères sont méchants
Et les amis ne savent pas aimer […]
Les cœurs sont avides
Et chacun cherche à s’emparer des biens de son prochain.
L’homme paisible dépérit
Et le fort écrase tout le monde […]
C’est le triomphe du Mal
Et le Bien est partout jeté à terre

La mort est à mes yeux aujourd’hui
comme la guérison pour le malade […],
La mort est à mes yeux aujourd’hui 
comme une éclaircie dans le ciel.

La mort est à mes yeux aujourd’hui
comme le parfum de la myrrhe,
comme lorsqu’on est sous la voile, par grand vent.

La mort est à mes yeux aujourd’hui
comme le parfum du lotus
comme lorsqu’on se tient sur la rive de l’ivresse.

La mort est à mes yeux aujourd’hui
comme le désir d’un homme de revoir sa maison
Après de longues années de captivité

La mort est aujourd’hui devant moi
comme un ciel qui se dévoile
comme lorsqu’un homme découvre ce qu’il ignorait … 

Dialogue du Désespéré avec son bâ. Papyrus de la XII° dynastie

De façon générale les problèmes de datation en ce qui concerne l’Égypte ancienne demandent que soient connues leur façon de compter… qui n’était pas la nôtre, loin s’en faut :

Les Égyptiens n’écrivaient pas leur histoire selon nos canons ; la démarche que nous connaissons n’apparaît chez eux qu’à partir de l’ère ptolémaïque (après 332 av. J.-C), sous l’influence des historiens grecs. Le début de chaque règne est considéré comme la répétition de la création d’une Égypte unifiée et marque le commencement d’une nouvelle ère qui prend fin au décès du souverain. Le processus se répète avec l’avènement du pharaon suivant. Notre appréhension des différentes périodes de l’histoire égyptienne est inspirée des travaux de l’historien ptolémaïque Manéthon, que nous connaissons uniquement au travers de citations d’autres auteurs. Manéthon travaille à partir de documents anciens, qu’il ne maîtrise pas toujours. Il répartit les pharaons égyptiens en 31 dynasties, réunies en sous-groupes sur lesquels on fonde, au XIX° siècle, la division entre Ancien Empire, Moyen Empire et Nouvel Empire. Ces divisions sont associées à des périodes de prospérité et séparées par des phases de troubles politiques et de stagnation (connues comme les première, deuxième et troisième périodes intermédiaires). Le terme Basse Époque, qui véhicule, faussement, une idée de déclin, désigne les derniers temps de l’Égypte antique.

Pour donner des dates précises, les Égyptiens se réfèrent à l’année du règne du pharaon au pouvoir, suivie du nom de la saison (une année en compte trois – akhet (inondation), peret (hiver) et shemu (été) de quatre mois chacune), du mois de la saison en question (premier, second, etc.), puis du jour du mois (un mois compte trente jours). L’an 1 correspondant à la première année du règne de chaque pharaon, il importe de savoir de quel souverain il s’agit. La reconstitution des chronologies s’avère donc difficile, sauf si l’on connaît la durée du règne de chaque pharaon. Les anciens Égyptiens eux-mêmes ont du mal à s’y retrouver. Ils se soucient peu de l’aspect historique de la chose, les listes des rois successifs répondant à des besoins administratifs et religieux. La nomenclature la plus importante qui nous soit parvenue est le papyrus de Turin. Établie sous le règne de Ramsès II (1279-1213 av. J.-C), elle comprend le nom de tous les pharaons qui ont précédé ce dernier et la durée de leur règne. Ce document est malheureusement fort endommagé, et de nombreux fragments ont été égarés.

D’autres détails chronologiques (par exemple, la relation entre les différents souverains appartenant à un même groupe) peuvent être déduits à partir de monuments ou de textes citant le nom de plus de deux rois ayant régné successivement (comme les récits d’un fonctionnaire retraçant sa carrière), ou en faisant le lien entre différentes constructions, ou encore par d’autres moyens similaires.

Il est donc extrêmement difficile d’établir une chronologie absolue, en particulier avant notre ère. Les dates obtenues par divers systèmes de calcul peuvent sembler justes, mais il faut compter, pour le début de l’histoire égyptienne, vers 3000 av. J.-C, une marge d’erreur pouvant aller jusqu’à une centaine d’années. Celle-ci diminue cependant au fur et à mesure que l’on approche de la Basse Époque, et les datations peuvent être considérées comme certaines à partir du VII°siècle av. J.-C. Fort heureusement, la mention de certains phénomènes astronomiques associés à une année du règne d’un pharaon, à une saison, à un mois ou à un jour particulier permet aussi de dater un événement avec précision. En revanche, les méthodes scientifiques modernes, et notamment la datation au carbone 14, ne permettent pas de déterminer la période de construction des monuments, mais seulement de confirmer leur âge supposé. Il faut dire que la technique du radiocarbone devient plus perfectionnée et plus précise au fil des ans. Les termes empires, périodes intermédiaires et dynastiques sont très répandus parmi les égyptologues, bien qu‘ils ne correspondent pas toujours à la réalité historique.

Le papyrus de Turin, qui mentionne les noms de plusieurs rois égyptiens et précise la durée de leur règne, est la copie d’un document initialement établi pour des besoins administratifs. D’autres listes de pharaons nous sont connues, mais elles sont sélectives et ne comprennent que des noms royaux ; elles étaient généralement dressées pour faire le lien avec des ancêtres célèbres. Les trois listes les plus connues ont été retrouvées dans le temple de Séthl I° (1290-1879 av. J.-C), dans celui de Ramsès II (1279-1213 av. J.-C.) à Abydos (ci-dessous) et dans la tombe d’un dignitaire du nom de Tenry, contemporain de Ramsès II, à Saqqarah.

Les phénomènes astronomiques fournissent des repères permettant d’établir une Chronologie absolue pour une partie de l’histoire égyptienne. Il existe ainsi des mentions du lever héliaque de Sirius, qui marque le début de l’année agraire et de la crue du Nil, en relation avec la septième année du règne de Sésostris III (1830 av. J.-C.) ou la neuvième année du règne d’Amenhotep I° (mais la datation est moins précise dans ce cas, se situant entre 1508 et 1503 av. J.-C.-). Ces repères permettent de dater précisément un événement, tout en sachant que la date retenue peut varier selon que l’étoile a été observée depuis un endroit ou un autre. Les premières estimations peuvent cependant être corroborées par la coïncidence de certains phénomènes lunaires.

Jaromir Malek        Les trésors de l’Égypte ancienne. National Geographic 2014

Les hiéroglyphes abondants des tombeaux des pharaons combinent idéogrammes (signes-idées) et phonogrammes (idées-sons) : ils se lisent dans quatre sens : horizontalement, de gauche à droite et inversement, verticalement. Mais ces caractères sont réservés aux monuments religieux : de maniement complexe, – on en compte de 700 à 800 ! – ils ne peuvent s’adapter à un usage quotidien, et donc, parallèlement se développent des écritures rapides et simplifiées appelées tachygraphies, parmi lesquelles le hiératique, puis, à partir du VII° siècle av. J.C. le démotique ; ils sont tracés au pinceau sur des éclats de calcaire ou des tessons de poterie, les ostracas, plus rarement sur du papyrus, d’un coût trop élevé.

Des inscriptions sur des tombeaux de Saqqarah, datant de la V° dynastie, font mention du foie gras (d’oie). Les Égyptiens avaient observé que les oies et les canards sauvages se gavaient naturellement avant leur migration et c’est ainsi qu’à l’aube du III° millénaire ils découvrirent le foie gras, en gavant les grues du Nil avec des figues, tâche qu’ils confièrent aux Juifs, leurs esclaves. Ces derniers intégreront cette expérience à leur tradition : cette matière grasse remplaçait avantageusement le saindoux, impropre à la consommation. La figue, nourriture d’origine, qui se dit ficus en latin, est à l’origine du mot foie, l’organe anatomique. Le produit cru, acquit une telle réputation qu’il traversera l’histoire sans jamais tomber dans l’oubli : Rome, le Moyen Age, la cour des rois etc…

~ 2 500                               Les scientifiques disent qu’il a été planté à cette époque… Didier van Cauwelaert le veut plus jeune – contemporain de Néron – mais ne chipotons pas, il est aujourd’hui au XXI° siècle une des plus vieux oliviers du monde : il a fait sa vie à Roquebrune Cap Martin, sur la Côte d’Azur ; il paraîtrait que Charlemagne aurait mis à profit l’ombre de sa ramure pour y faire la sieste en 787 ; il échappera de peu à la guillotine le 11 octobre 1920, n’ayant  pour seul crime que d’appartenir à des marchands de bois, quand un voisin, Gabriel Hanotaux, ex-ministre des Affaires Etrangères, le sauvera en le rachetant 1 500 francs.

 

Une civilisation dite dravidienne se met en place dans la vallée de l’Indus, autour d’un pouvoir central, relativement urbanisée, développant des réseaux hydrauliques permettant de faire face aux crus et décrus du fleuve. Elle va disparaître assez brutalement, sept cents ans plus tard, sans que l’on sache exactement pourquoi sinon que ce fût soudain : la dernière couche archéologique de Mohenjo-Daro, ville découverte en 1920, sur la rive droite de l’Indus, à l’ouest de Khairpur, montre que les derniers habitants de la ville ont tous connu une mort violente. Les rues y étaient à angle droit, les maisons possédaient souvent balcon, salle de bains. On y trouva des bijoux, des sceaux gravés. Certains caractères de l’écriture des Dravidiens ont une ressemblance avec ceux des Ibères, Pelasgiens, Étrusques, Libyens, Hittites et Sumériens.

Antérieurement à cette civilisation, on a trace de communautés dont la langue appartenait probablement au groupe des langues munda, directement apparentées aux plus anciennes couches de la population de la Birmanie, Malaisie, Indochine, Ceylan, Célèbes, Sumatra ainsi que des anciennes populations d’Australie. Le groupe des langues munda est le plus largement répandu sur la terre. On en trouve la trace de l’île de Pâques, au sud, jusqu’au Panjab au nord.

Les rapports entre l’Inde et le Proche Orient, entre le sixième et le premier millénaire avant notre ère, sont évidents. Des pierres précieuses, les amazonites, venant des Nilgiri [Inde du sud] ont été trouvées à Our dès la période Jemdet Nasr [antérieure à 3 000 av. J.C.]. Des sceaux indiens se retrouvent à Bahrein et en Mésopotamie, dans les couches présargoniques antérieures à 2 500 av. J.C. On trouve également des traces de coton indien, et il y a des indications archéologiques de commerce par mer avec l’Inde, dans la période de Larsa [2 170 à 1 950 avant notre ère]. Les poutres du temple de la Lune, à Our en Chaldée, et celles du palais de Nabuchodonosor [VI° siècle av. J.C.], étaient en bois de tek et de cèdre venant du Malabar. En Belouchistan, les couches de civilisation pré-Mohenjo Daro, où l’on trouve des poteries de type mésopotamien, remontent à 3 400 ou 3 200 avant Jésus-Christ.

Alain Daniélou Histoire de l’Inde Fayard 1985

Les nombreux motifs de l’art indien antérieurs à l’influence hellénistique ont un caractère nettement ouest-asiatique, suggérant des parallèles avec les cultures sumérienne, hittite, assyrienne, mycénienne, crétoise, troyenne, lykienne, phénicienne, achéménide et scythe.

A.K. Coomaraswamy History of Indian and Indonesian Art.

Les Anciennes chroniques – Puranas – , se réfèrent à l’histoire, la cosmologie et la religion préaryenne : généalogies remontant jusqu’au VI° millénaire av. J.C., des rois aussi bien que des sages, mais aussi des informations sur les guerres, les villes, les coutumes, le droit, les sciences et les arts. On compte 18 Puranas principaux et 18 secondaires. A lui seul, le Skanda Purana est en 20 volumes. Contrairement aux Védas, apanage d’une classe très limitée de prêtres, les Puranas étaient et sont restés le fond de la littérature religieuse populaire des tous les Indiens, à l’exception des Munda. Ils représentent l’ancienne tradition, commune à tout le peuple indien, et qui survécut à l’invasion aryenne et finalement l’assimila.

[…] La religion de la civilisation de l’Indus comprend le culte de la Mère et celui de Shiva, dont on retrouve des emblèmes phalliques, identiques à ceux qui sont en usage aujourd’hui, et des images dans une posture de yoga. On se rappellera que dans l’hindouisme, le yoga est une discipline créée par Shiva, et qu’il a conservé un caractère strictement shivaïte dans sa philosophie et dans sa technique, tendant à sublimer et utiliser à des fins spirituelles et magiques les énergies sexuelles. Il s’agit là de formes et de pratiques religieuses tout à fait inconnues des Védas et des Aryens. Le mot shiva veut seulement dire « favorable ». C’est un adjectif qu’on utilise pour éviter de prononcer le nom magique du dieu.

[…] Un familier des rites, symboles et fêtes shivaïtes, reconnaît aisément des survivances évidentes dans le rituel des grandes religions, ainsi que dans les coutumes de tous les peuples, qu’il s’agisse des pardons bretons, des rites druidiques, des récits légendaires, des carnavals ou des danses, rites et superstitions populaires. La plupart des rites dionysiaques décrits par les auteurs grecs existent encore aujourd’hui dans l’Inde.

Alain Daniélou               Histoire de l’Inde    Fayard 1985

Les connaissances sur la civilisation de l’Indus, dite aussi civilisation harappéenne, progressent très lentement, pourtant elle est exemplaire : pas de palais, pas de temple ni d’idole, très peu d’armes, pas de fortification. Une société non-violente, qui est pourtant en relation commerciale avec de puissants voisins, la Chine et la Mésopotamie. Des serpents sacrés, des déesses et des figurines de femmes se retrouvent sur des sceaux et font penser aux Divinités-Mères. Rien ne révèle la présence d’un pouvoir central, mais en revanche, la spiritualité semble avoir une place importante et pourrait avoir été à l’origine du yoga, bien avant les Lois de Manu, expression du nouveau pouvoir sans partage des mâles. Le cœur de cette civilisation très sophistiquée, Moenjodaro, la plus grande ville connue de la haute Antiquité, date du IV° millénaire av J-C. Les Harappéens savaient que la terre était ronde, et ils avaient calculé la bonne distance terre-soleil et  terre-lune. Une civilisation qui a disparu vers 1800 avant notre ère.

La civilisation de l’Indus était à forte tendance urbaine et ressemblait très peu à celle décrite dans les Vedas aryens, qui avait un caractère pastoral. Peu d’éléments d’une civilisation aussi manifestement urbaine (par exemple, les structures des temples, système de collecte des eaux usées) sont décrits dans les Vedas. Elle ignorait totalement le cheval, alors que cet animal est présent dans les Vedas. Une divinité de premier plan des Vedas est Indra, et c’est un dieu guerrier, or les hommes de l’Indus semblent avoir été plutôt pacifiques. On peut en déduire que les Indusiens et les gens qui ont rédigé les Vedas (les locuteurs du sanskrit) étaient deux peuples différents. 

[…]     Les Aryens vivaient en Bactriane (Afghanistan) avant de descendre vers l’Inde. Aux alentours du XX° siècle av. J.-C., il s’y trouvait une assez brillante civilisation de l’âge du bronze, or certaines caractéristiques la rattachent aux Vedas. Par exemple, on voit, sur des vases, des représentations de serpents installés sur des montagnes et contenant des soleils. C’est peut-être une illustration du mythe du serpent avaleur, Vritra, qui est rapporté dans les Vedas. En le tuant, Indra a libéré les eaux et a permis au soleil de monter au ciel.

L’Inde, de par les invasions aryennes dont elle fut victime, connaît deux types de civilisations : le premier, le plus ancien, nommé civilisation de l’Indus a laissé des traces dans des villes archaïques très surprenantes : Harappa et Mohenjo-Daro. Ses vestiges révèlent un monde étrange que les archéologues tentent d’élucider. Il semble qu’il s’agissait d’une société gentilice, sans mariage, sans état, plutôt pacifique, tournée vers le culte des ancêtres. Ignorant le mariage et la famille conjugale, cette société semble aussi avoir ignoré la prostitution; le type de prostitution [dite sacrée] a existé dans certaines civilisations anciennes, mais il ne semble pas que cela ait été le cas en ce qui concerne la civilisation de l’Indus. (…)

La civilisation de l’Indus (apogée sur 3500-1500 av J.-C) étendait son influence à l’est, jusqu’à la région de Delhi, à l’ouest par un réseau commercial qui la reliait à Sumer. La thèse la plus communément admise considère que la civilisation de l’Indus fut détruite vers 1500 av J. C. par les invasions aryennes. La civilisation de l’Indus est donc le plus ancien exemple d’urbanisme. Les habitants étaient surtout des agriculteurs qui cultivaient des céréales (blé, orge et sésame), des légumes (pois) et du coton, et pratiquaient l’élevage de bovidés, de moutons et de porcs.

Sa population s’est établie essentiellement autour du fleuve Indus (sites de Harappa et Mohenjo-Daro). Son territoire, 2 fois la France, comptait plus de 5 millions d’habitants. Ses réseaux commerciaux maritimes s’étendaient jusqu’en Perse et en Mésopotamie. Son vaste urbanisme (jusqu’à 40 000 habitants) était sophistiqué et égalitaire : plan réfléchi, standards de construction, et réseaux hydrauliques pour tous… Des villes comme Mohenjo Daro, Harappa et Dholavira. avaient été construites selon des plans très méthodiques.

[…]     La ville basse, quadrillée de rues disposées en damier, est en effet traversée du nord au sud par un boulevard de plus de cent mètres de large, que coupent à angle droit des ruelles orientées d’est en ouest, délimitant des blocs d’habitation eux-mêmes desservis par des voies plus étroites. Les rues disposaient, à intervalles réguliers, de sortes de guérites, où devaient s’abriter des vigiles.

On ne trouve rien de comparable ni en Mésopotamie, ni en Égypte. Les peuples de l’Indus furent les premiers à employer dans la construction la brique cuite à grande échelle, et avec une standardisation très poussée. Les maisons d’habitation étaient généralement de même modèle et de même taille, à l’exception de quelques constructions particulières, probablement des édifices publics.

Les maisons étaient conçues de manière à assurer un maximum de confort et de sécurité. Des cours intérieures assuraient l’éclairage et les fenêtres étaient fermées par des treillages de terre cuite ou d’albâtre. Bon nombre de maisons disposaient d’un puits individuel. Les plus petites demeures mises à jour comportaient deux pièces avec salle de bain. Les fouilles ont aussi révélé la présence de WC. Les eaux usées étaient collectées dans de petites fosses revêtues de briques situées au bas des murs des maisons, avant d’être acheminés par des conduits vers un réseau de canalisations creusées sous le pavement des rues et recouvertes de briques dures. Ces canalisations débouchaient sur un système plus vaste d’égouts, également couverts, qui évacuaient les eaux usées hors des secteurs habités de la ville. Sur un tertre artificiel de 7 à 14 mètres de haut, on a dégagé d’importants monuments, dont le Grand bain, profond de plus de deux mètres, une construction en briques d’une conception remarquable pour l’époque. L’étanchéité du bassin – 11,90 m de long sur 7 m de large – est encore efficace.

Le peuple agricole, pacifique et lettré n’a laissé aucune trace d’activités militaires. Les villes n’étaient pas fortifiées (seulement des digues contre les crues). Avant le patriarcat, il n’y avait ni armements, ni remparts. Cette société ignorait la division en classes sociales (aucune trace de palais ou de temples). La statuaire révèle le culte de la déesse mère, d’un roi-prêtre ainsi que d’une divinité cornue ithyphallique.

Aucune sculpture monumentale mais beaucoup de petites figurines humaines et des représentations de la déesse-mère en terre cuite. Autrement dit on n’a pas trouvé le moindre signe d’une royauté ou d’une théocratie puissante. On se demande même si cette civilisation possédait une armée : quelques armes ont bien été retrouvées – mais peut-être appartenaient-elles aux envahisseurs aryens -, mais aucune représentation de scènes guerrières. Une des caractéristiques de cette civilisation est son apparente non-violence. Contrairement aux autres civilisations de l’antiquité, les fouilles archéologiques n’ont pas trouvé la trace de dirigeants puissants, de vastes armées, d’esclaves, de conflits sociaux, de prisons et d’autres aspects classiquement associés aux premières civilisations patriarcales. Il ne reste que quelques traces fugitives d’une religion : statuettes assimilées souvent à des déesses-mères, amulettes, représentations de mise à mort d’un buffle d’eau. Mais aussi des arbres sacrés et un proto-shiva, un homme à plusieurs têtes en position yogique. D’aucuns y voient des prémices de la religion hindoue et du jaïnisme.

La civilisation aryenne s’est formée à partir de l’invasion, vers 1 500-1000 avant notre ère, des plaines de l’Indus et du Gange par des peuples de souche aryenne venus des plateaux iraniens. Le peuplement originel du sous-continent indien connaît alors une civilisation avancée. Vaincus et soumis par l’envahisseur, ils forment le quatrième rang social, à fonction domestique, tandis que les envahisseurs s’organisent de manière tripartite. Mais une fraction de cette population refuse de se soumettre : considérée comme dangereuse et répugnante. Elle forme peu à peu, bien malgré elle, le cinquième groupe dont descendent les intouchables.

Vers le XVII° siècle av. J.-C., les Aryens envahissent le Penjab, ils amènent avec eux leur religion codifiée dans les Veda, racine de l’Hindouisme auquel se rattache le yoga. Ils imposent leur langue, le sanskrit, mais s’imprègnent des traditions autochtones du Nord de l’Inde, notamment les pratiques yogiques existant originellement chez les Dravidiens. La mise à jour progressive à partir de 1920 de la cité antique de Mohenjo-daro, et l’exhumation de nombreux trésors archéologiques appartenant à la civilisation de la vallée de l’Indus, motive l’hypothèse d’une origine pré-aryenne du Yoga. Parmi les objets découverts figurent des cachets de stéatite dont l’un représente un homme cornu à trois visages, entouré d’animaux et assis tel un yogi, qui rappelle étrangement l’attitude de Śiva dit Pasaputi, le Seigneur des animaux.

www.matricien.org

vers ~ 2400                 Néferkarê, pharaon, lance une expédition, vers les sources du Nil. On en rapportera un nain auquel, plus tard Hérodote donnera le nom de Pygmaios – Pygmée (le petit), haut d’une coudée, trouvé près des Montagnes de la Lune – actuel Riuwenzori -, c’est-à-dire un Mombuti ou un Mulese.

Viens et rapporte le nain vivant, indemne et en bonne santé, ce nain que tu es allé chercher dans le pays des esprits, afin qu’il danse les danses sacrées pour le divertissement et la joie du pharaon Néferkarê. Salut au danseur de Dieu, à celui qui réjouit le cœur, à celui vers lequel soupire le roi Meferkarê, qu’il vive éternellement. Prend garde qu’il ne tombe pas dans l’eau.

Hiéroglyphes gravées sur la tombe du chef de l’expédition, dans les rochers près d’Assouan

C’est la première mention qui est faite de l’actuel Congo.

~ 2 400 à ~ 1 700               Fondation de Tyr, (au Liban d’aujourd’hui), ville phénicienne. Sous le règne de l’empereur Yao, les Chinois créent le premier Gnomon – cadran solaire – à plan horizontal qui reçoit l’ombre d’un obélisque, déterminant ainsi les heures.

vers ~ 2400                 Le roi élamite Kindattu , de Simaski, détruit la ville d’Ur – rive droite de l’Euphrate, juste en amont de sa confluence avec le Tigre – : le roi Ibbi Sîn est déposé, déporté en Elam avec la statue de Nanna, le dieu lune, protecteur de la cité :

Ô père Nanna, cette ville s’est changée en ruines…
Ses habitants, au lieu de tessons, ont rempli ses flancs ;
Ses murs ont été rompus, le peuple gémit.
Sous ses portes majestueuses où l’on se promenait d’ordinaire, gisaient les cadavres ;
Dans ses avenues où avaient lieu les fêtes du pays, gisaient des monceaux de corps.
Ur – ses forts et ses faibles sont morts de faim :
Les pères et les mères restés dans leur demeures ont été vaincus par les flammes ;
Les enfants couchés sur les genoux de leur mère, comme des poissons, les eaux les ont emportés.
Dans la cité, l’épouse était abandonnée, l’enfant était abandonné, les biens étaient dispersés.
Ô Nanna, Ur a été détruite, ses habitants ont été éparpillés.

Lamentation sur la destruction d’Ur

vers ~ 2 350                          On voit mentionnée l’existence du vin sur une tablette cunéiforme indiquant qu’on en importe à Lagash, en Babylonie : le roi Uruinumgina fait construire un cellier dans lequel, depuis la montagne [Arménie et Géorgie], on apportait du vin par grands vases.

~ 2 334 à ~ 2 279                    Sargon, ou Naram-Sîn est le premier unificateur de la Mésopotamie : akkadien du nord de l’actuel Irak, il a du vaincre pour ce faire Lugal Zagesi, sumérien du sud. Il existe une belle stèle en cunéiforme datée de ~ 2 240 qui lui est dédiée. La légende de sa naissance ressemble à s’y méprendre à celle de Moïse, quelque mille ans plus tard…

Je suis Sargon, le roi puissant, le roi d’Agadé. Ma mère était une grande prêtresse. Mon père, je ne le connais pas. […] Ma mère me conçut et me mit au monde en secret. Elle me déposa dans une corbeille de jonc, dont elle ferma l’ouverture avec du bitume.[…] Elle me jeta dans le fleuve sans que j’en puisse sortir. Le fleuve me porta ; il m’emporta jusque chez Aqqi, le puiseur d’eau. Aqqi, le puiseur d’eau, en plongeant son seau, me retira du fleuve. Aqqi, le puiseur d’eau m’adopta comme son fils et […] me mit à son métier de jardiner. Alors que j’étais ainsi jardinier, la déesse Ishtar se prit d’amour pour moi et c’est ainsi que pendant cinquante six ans, j’ai exercé la royauté.

Les deux légendes se ressemblent donc, à ceci près que la plus ancienne se rapproche plus du vraisemblable dans la mesure où l’on trouve aisément du bitume en Mésopotamie, ce qui est loin d’être le cas en Égypte.

Un homme de la tribu de Lévi épousa une fille de sa tribu. La femme fut enceinte et mit au monde un fils ; voyant combien il était beau, elle le dissimula pendant trois mois. Comme elle ne pouvait pas le cacher plus longtemps, elle prit une corbeille de papyrus, elle boucha les fentes avec du goudron et elle y mit son enfant, puis elle déposa la corbeille dans les roseaux sur les bords du Nil. La soeur de l’enfant se tenait à distance pour voir ce qui allait arriver.

Or la fille du Pharaon descendit vers le Nil pour se baigner, pendant que ses servantes faisaient les cent pas sur la rive du Nil. Quand elle aperçut la corbeille au milieu des roseaux, elle envoya sa servante pour la prendre. Ouvrant la corbeille, elle vit l’enfant : c’était un petit garçon qui pleurait. Elle eut pitié de lui : C’est un enfant des Hébreux, se dit-elle. La sœur de l’enfant dit à la fille du Pharaon : Veux-tu que je te cherche une nourrice parmi les femmes des Hébreux ? Elle t’allaitera l’enfant. Va vite, lui répondit la fille du Pharaon. La jeune fille partit et appela la mère de l’enfant. La fille du Pharaon lui dit : Emmène cet enfant, allaite-le moi et je te donnerai ton salaire. La femme prit donc le petit garçon et l’allaita ; quand il eut grandi, elle le mena à la fille du Pharaon. Il devint pour elle comme un fils et elle lui donna le nom de Moïse, car, dit-elle : Je l’ai tiré des eaux.

La Bible des Communautés Chrétiennes     Exode 2 1994

Un homme de la tribu de Lévi s’en était allé prendre pour femme une fille de même lignée. Celle-ci conçut et enfanta un fils. Voyant qu’il était beau, elle le dissimula durant trois mois. Lorsqu’il fut impossible de le tenir caché plus longtemps, elle se procura pour lui une corbeille de papyrus qu’elle enduisit d’asphalte et de poix. Elle y plaça le petit enfant et la déposa parmi les roseaux proches de la rive du Fleuve. La sœur de l’enfant se posta à distance pour voir ce qu’il lui adviendrait.

Or la fille de Pharaon descendit au fleuve pour s’y baigner, tandis que ses suivantes se promenaient sur la rive. Elle aperçut la corbeille parmi les roseaux et envoya sa servante la prendre. Elle l’ouvrit et vit : c’était un enfant qui pleurait. Touchée de compassion pour lui, elle dit : C ‘est un petit Hébreu. La sœur de l’enfant dit alors à la fille de Pharaon : Veux-tu que j’aille te quérir, parmi les femmes des Hébreux, une nourrice qui t’allaitera ce petit ? Va lui répondit la fille de Pharaon. La jeune fille s’en fut donc quérir la mère du petit. La fille de Pharaon lui dit : Emmène ce petit, et nourris le moi. Je te donnerai moi-même ton salaire.  Alors la femme emporta le petit et l’allaita. Lorsqu’il eut grandi, elle le ramena à la fille de Pharaon qui le traita comme un fils et lui donna le nom de Moïse, car, dit-elle : Je l’ai tiré des eaux.

La Bible de Jérusalem       Exode 2 1955

vers ~ 2250                            C’est sans doute un tremblement de terre qui détruit la ville de Troie, en Asie Mineure.

En Egypte, une révolution – celui qui ne pouvait se faire des sandales est maintenant possesseur de trésors – met fin aux dynasties memphites : la huitième sera la dernière, les suivantes seront d’Héracléopolis, puis de Thèbes. La septième dynastie avait connu septante rois en septante jours.

Le pourquoi de l’écriture sur les papyrus ne tient pas dans une volonté de diffuser des connaissances, mais exactement son contraire : il s’agit de conserver des secrets, évidemment à caractère religieux : ainsi, sous le règne de Pépi II – ~2278 à ~2184 -, le sage Ipuwer se désole-t-il du vol de nombreux écrits :

Si au moins j’avais élevé la voix à ce moment pour qu’elle me sauve de cette douloureuse situation où je me trouve ! Vois la Chambre privée, ses écrits ont été volés, et les secrets qui s’y trouvaient ont été révélés. Vois, les formules magiques ont été divulguées : les incantations shemu et se-khenu sont inefficaces parce que les gens les répètent. Vois, on a ouvert les archives et leurs inventaires ont été volés. Les esclaves sont devenus des maîtres d’esclaves. Vois, les scribes sont assassinés et leurs écrits volés. Que je sois maudit par la misère de ce temps ! Vois les scribes du cadastre, leurs écrits ont été détruits. La céréale d’Égypte est propriété communale. Vois, les lois de la Chambre privée ont été jetées dehors. Les gens marchent dessus dans les lieux publics et les pauvres les brisent dans les rues.

Ipuwer           Admonitions

vers ~2 200           Un événement capital pour les civilisations méditerranéennes se passe dans le ciel : le soleil cesse de se lever à l’équinoxe de mars, dans la constellation du Taureau ; l’ère astrologique commencée autour de 4 400 avant J.C. s’achève, faisant place à l’ère du Bélier. Et il est bien possible que les détenteurs du savoir de l’époque – les druides, qui, pour compter, utilisaient des chiffres grecs ! – aient eu conscience de cela : on a retrouvé en 1 891 sur la commune danoise de Gundestrup un chaudron cultuel d’argent daté entre le deuxième siècle avant J.C. et le tout début de notre ère. Les scènes représentées sur les cotés l’identifient comme gaulois. Sur le fond est figuré un grand taureau, entouré d’un lézard, d’un ours et d’un homme tenant une épée et talonné par un chien, et cela pourrait bien être une représentation du ciel, avec les constellations d’Orion et du Petit Chien (l’homme armé suivi par le chien), du Taureau, du Dragon (le lézard) etc… Cette conjonction astrale était visible depuis les latitudes moyennes de l’hémisphère nord autour de 2 200 avant J.C.

A mon sens , le chaudron de Gundestrup figure la date à partir de laquelle les Celtes comptent le temps. L’origine de leur calendrier, en somme.

Paul Verdier

Dans ces siècles très reculés, lorsque la poésie se mêlait chez les peuples aux habitudes d’une vie grossière, les forêts furent entourées d’un culte religieux qui demeura longtemps leur meilleur préservatif. Plus tard, les idées utilitaires prédominant et l’agriculture étendant chaque jour son empire, la main de l’homme civilisé commença l’œuvre de destruction devant laquelle avait reculé celle du barbare.

Charles de Ribbe La Provence, au point de vue des bois, des torrents et des inondations avant et après 1789. Paris, Guillaumin 1857

Entre 2200 et 2150     Grande sécheresse de par le monde :

Pour la première fois depuis la fondation et la construction des villes,
Les vastes plaines agricoles n’ont produit aucun grain,
Les vastes plaines inondées n’ont donné aucun poisson,
Les vergers irrigués n’ont produit ni vin ni sirop,
Les amas de nuages n’ont donné aucune pluie,
Le masgurun n’a pas poussé.

Malédiction d’Akkad            Épopée de Gilgamesh. 2150-2000 av.J.C.

~ 2 100 à ~ 990                  Âge du bronze : le point de fusion d’un alliage – dans ce cas, cuivre, étain (environ 20%) et arsenic, 900° – est inférieur au point de fusion de ses différents composants (1 000° pour le cuivre) : ceci va expliquer le succès des alliages. En outre le bronze est moins cassant et plus résistant que le cuivre pur. L’étain vient principalement des îles Cassitérides, au SO de l’Angleterre. (aujourd’hui îles Scilly). En France, les premières mines de cuivre ont été trouvées à Cabrières, dans l’Hérault. On en connaît aussi près de Salzbourg, dans des galeries souterraines où, pour briser les roches et fracturer les minerais, les hommes faisaient du feu. Découvert beaucoup plus tôt au Moyen Orient et en Europe Centrale – vers ~3 000 – , ce grand progrès ne sera transmis à l’occident qu’à partir de ~1 800. On trouve aussi des alliages à l’état naturel, ainsi l’électrum, alliage d’or et d’argent, en Asie Mineure.

Les premières extractions de métaux eurent lieu dans l’ouest de l’Asie mais, dès 4 000 av. J.C., la fusion du cuivre était connue dans les Balkans, et vers 2 500 en Espagne et dans le bassin de l’Egée.

Le cuivre allait considérablement améliorer la qualité des outils, autant pour les travaux d’extraction eux-mêmes que pour l’agriculture. A l’apogée de Babylone, c’est à dire vers  2 000 av. J.C., cette métropole exportait de grandes quantités de cuivre vers l’Afrique et l’Asie. Cinq cents ans plus tard, peut-être par hasard, les chaudronniers découvrirent qu’en coulant de l’étain, du plomb ou de l’antimoine dans le cuivre en fusion, l’alliage obtenu, c’est à dire le bronze (d’abord appelé airain) était plus dur et surtout, restait plus longtemps coupant que la pierre. […] Les maigres gisements d’étain d’Asie Mineure furent considérés pendant de longues années comme infiniment plus précieux que les mines d’argent. […] Des gisements d’étain furent également découverts dans le nord de l’Europe, et le métal exporté vers Babylone. Aux environs de 2 500 av. J.C., le fer forgé sera connu en Asie Mineure. Dans cette même région, vers  1 400 avant notre ère, les métallurgistes parviendront au stade final de l’affinage en obtenant, à partir de la fonte, l’acier à la plus grande résistance et au tranchant plus vif.

Hugh Thomas               Histoire inachevée du monde      Robert Laffont 1986

vers ~ 2100                       Poids et instruments gradués trouvés sur site prouvent que le système décimal – les dix doigts des mains – est déjà en usage dans la civilisation de l’Indus.

La mort est aujourd’hui devant moi,
Comme un chemin après la pluie (…),
Comme une éclaircie dans un ciel de nuages,
Comme le désir d’une chose inconnue.

Dialogue d’un désespéré avec son âme. Egypte

Ne sois pas mauvais. La patience est une vertu.
Fais que ton souvenir dure à cause de l’amour qu’on a pour toi.
Inspire de l’amour à tous.
Une bonne réputation est le meilleur souvenir qu’on puisse laisser de soi.
Le comportement d’un homme intègre est bien plus agréable aux dieux
Que le bœuf du pécheur.

Fais le bien tant que tu es sur terre.
Soulage l’affligé, n’opprime pas la veuve,
N’expulse personne du domaine de son père (…)
Alors cette terre sera bien établie.
Laisse la vengeance à Dieu
Tu sais que le tribunal qui juge le pécheur ne sera pas clément,
A l’heure où il exécutera son devoir envers le misérable…
Ne te fie pas à la longueur de tes ans,
Car le tribunal divin considère toute une vie humaine
Comme seulement une heure.
L’homme persiste, après la mort,
Et ses actions sont placées en tas à coté de lui.
Et l’existence d’au-delà, c’est pour l’éternité…
Celui qui y parvient sans avoir péché se trouvera là comme un dieu,
Allant librement, comme les seigneurs de l’éternité.

Enseignements du roi Akhty à son fils Mérikaré

vers ~ 2 000                On estime la population globale de la terre à 100 millions.

Sus aux jeunes est une très très vieille chanson : Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n’écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut pas être loin.

Un prêtre égyptien.

Les Grecs possèdent un système d’écriture qui disparaîtra avec les invasions doriennes, vers 1 100 av J.C. En la matière, à l’autre bout du monde, les Chinois avaient de l’avance.

Dans le Languedoc, le cordon littoral est en formation, de façon discontinue, sur une ligne qui est le littoral actuel, en s’ancrant sur les îlots rocheux : Agde, Sète, La Clape. À Cambous, dans l’Hérault, sur la commune de Viols le Fort, une communauté s’installe : on construit en dur… la pierre ne manque pas… seuls les toits sont en végétal.

Début d’assèchement du Sahara : les essences soudanaises remplacent progressivement les essences méditerranéennes : pin d’Alep, cyprès, micocoulier, aulne, frêne. Cela se fera assez rapidement, sans que l’on sache précisément pourquoi ; il est tout de même probable que les derniers à l’avoir occupé, les Garamantes, des paléoberbères, probablement ancêtres des Touaregs, qui avaient introduit le char à un, deux ou quatre chevaux, ont du laisser se développer l’élevage au-delà des limites supportables par l’environnement, et, au sein de cet élevage, la chèvre pourrait bien figurer au premier rang. Simultanément, les arbres ont du être abattus au-delà de leur capacité de renouvellement. Il n’est pas impossible que soient nés à ce moment là les trafics sahariens.

À dix autres journées du territoire d’Augila, on rencontre une autre colline de sel avec de l’eau, et une grande quantité de palmiers donnant du fruit, comme dans les autres endroits dont on vient de parler. Les Garamantes, nation fort nombreuse, habitent ce pays. Ils répandent de la terre sur le sel couvrant leur sol et sèment ensuite. Ils sont à trente jours de marche des Lotophages [distance de Tripoli à Mourzouk]. Les Garamantes font la chasse au  Troglodytes-Éthiopiens [la race au teint brûlé, peut-être les Toubous actuels]. Ils se servent pour cela de chars à quatre chevaux. Les Troglodytes-Éthiopiens sont en effet les plus légers et les plus vifs de tous les peuples dont nous ayons jamais ouïe parler. Ils vivent de serpents, de lézards et autres reptiles ; ils parlent une langue qui n’a rien de commun avec celle des autres nations ; on croit entendre le cri des chauves-souris.

Hérodote   Enquêtes

Le Sahara est devenu le pays du sel. Cela s’explique. Privées d’écoulement assurant leur évacuation vers la mer, les eaux, chargées des matières dissoutes au contact des terrains lessivés par le ruissellement, s’accumulent dans des bassins fermés, marais salants naturels soumis à une évaporation violente. D’où la sebkha, depuis le simple bas-fonds aux argiles efflorescentes, blanchies de poussière cristalline, jusqu’au véritables mines de sel gemme.

Le désert possède donc le sel dont la savane et la forêt sont sevrées. Les récits des vieux chroniqueurs nous décrivent le trafic à la muette, les Nègres du Sud venant déposer leur poudre d’or à coté des tas de sel apportés par les caravaniers du Nord.

Cette grande faim de sel qui tenaille le paysan de la savane comme celui de la forêt, et comme le bétail des prairies, a suscité et entretenu l’un des plus puissants et l’un des plus anciens courants commerciaux qui soient, vivace encore aujourd’hui.. C’est que le sel, aliment rare et nécessaire, imputrescible, transportable, était devenu bien davantage qu’un condiment : une monnaie riche, l’étalon-or dit Bonafos, dont un chapitre s’intitule Le sel, métal précieux. Un or soluble, comestible, mais un or. Et l’on comprend l’intérêt que portèrent aux salines sahariennes, dont les plus importantes sont celle d’Idjil et de Taoudenni pour le Sahara occidental – les empereurs mandingues, songhaïs ou marocains : qui donc ferait fi d’un Transvaal ?

Théodore Monod             Méharées

En Chine paraît le premier livre de matière médicale : le Shen Nung Ben Cao jing – Traité des plantes médicinales de l’empereur Shen Nung – . Shen Nung était l’empereur en ce temps, mais on ne connaît pas l’auteur. Le livre contient la liste de 365 remèdes – par analogie avec les jours de l’année -; il se divisait en trois parties :

  • Drogues inoffensives, toniques, conservant la santé, conférant résistance et longévité
  • Drogues thérapeutiques
  • Drogues vénéneuses, à n’utiliser qu’avec de grandes précautions

Tous ces médicaments étaient d’origine végétale et répartis dans chaque catégorie en herbes, arbres, fruits, graines et légumes. Mais il n’indiquait rien quant au mode d’administration. Plus tard, un supplément fut ajouté à l’ouvrage, avec une liste d’autres remèdes, minéraux et animaux.

vers ~ 1 970                         En Égypte, on commence à exprimer le bilan d’une vie avec des accents de ce qu’au XX° siècle on nommera droits de l’homme :

J’ai donné aux indigents et pris soin des orphelins ; j’ai fait arriver celui qui n’était rien, comme celui qui était quelqu’un….

J’ai accompli quatre bonnes actions au-dedans du porche de l’Horizon. J’ai crée les quatre vents pour que chaque homme puisse s’en emplir les poumons, aussi bien que chacun de ses contemporains. C’est là mon premier bienfait. J’ai fait la grande inondation pour que le pauvre ait droit à ses bénéfices aussi bien que le riche. C’est ma seconde action. J’ai fait chaque homme semblable à son compagnon. Jamais je ne leur ai ordonné de faire le mal, mais ce sont leurs cœurs qui ont enfreint mes préceptes. C’est ma troisième action. J’ai fait que leurs cœurs cessent d’oublier l’Occident (la région des dieux et des morts) afin que les offrandes divines soient données par eux aux dieux des nomes.

Amménémès.

vers ~1 930                            Suite à une intrigue politique, Sinuhe, égyptien de haut rang, a dû s’exiler en pays de Canaan. Il se fait vieux, il a laissé un bon souvenir de lui à la cour du pharaon Sésostris I° et ce dernier l’invite à revenir au pays :

Prends tes dispositions pour revenir en Égypte, de façon à revoir la cour où tu as grandi et à baiser la terre entre les deux grandes portes… Pense au jour où l’on t’enterrera et où tu passeras dans l’au-delà. On te munira d’huile et de bandelettes… On t’accompagnera au jour de tes funérailles. Le cercueil sera en or et sa tête en lapis-lazuli et l’on te couchera sur une civière. Des bœufs te tireront ; des chanteurs précéderont ta dépouille et l’on te dansera la danse des nains à l’entrée de ta tombe. On récitera les prières d’offrande et l’on immolera un sacrifice pour toi. Tes colonnes seront bâties en pierre calcaire, parmi celles des enfants royaux. Il ne faut pas que tu meures en pays étranger, que tu sois enterré par des Asiates, ni que l’on t’enveloppe dans une peau de mouton.

*****

La pratique égyptienne de l’embaumement est à l’origine de connaissances étendues concernant l’anatomie humaine. Conserver toutes les parties d’un mort était une affaire sérieuse pour un peuple qui croyait à une vie matérielle au-delà de la mort. L’idée générale était que, à l’instar d’Osiris qui avait été tué et dépecé par Seth et se releva lorsque son corps fut reconstitué, un individu ressusciterait lorsque les différentes composantes de sa personne vivante – l’âme, l’ombre, le nom, le cœur et le corps – seraient à nouveau réunies. Concernant sa partie physique, ces éléments devaient être non seulement soigneusement préservés, mais il fallait encore que ce travail fût exécuté avec goût pour que ces éléments physiques séduisent et ramènent à eux les composantes spirituelles. À l’origine, les méthodes les plus élaborées étaient réservées aux personnages de sang royal et elles impliquaient des interventions chirurgicales. Le cerveau, les intestins et d’autre organes vitaux étaient prélevés et, après les avoir lavés dans du vin, on les plaçait avec des herbes dans des canopes. Les cavités du corps étaient remplies de parfums et de résines odorantes, et le corps recousu. Ensuite, il était immergé pendant 70 jours dans du salpêtre, [natrum] avant d’être lavé et enveloppé dans des bandelettes trempées au préalable dans une sorte de gomme résineuse. Enfin, le corps était placé dans son sarcophage et scellé. Une méthode beaucoup moins élaborée  consistait à injecter dans le corps de l’huile de cèdre, à l’immerger dans du salpêtre pendant 70 jours puis, après l’avoir retiré de la solution, à en soustraire l’huile et les chairs pour ne laisser que la peau et les os. Pour les pauvres, les intestins étaient simplement purgés et le corps recouvert de salpêtre pendant une période de  70 jours… Mais, grâce aux deux premières méthodes de traitement, les embaumeurs acquirent une très bonne connaissance du corps humain et de ses parties et, grâce à leur expérience chirurgicale, ils engrangèrent un savoir considérable sur l’anatomie. Mais, il ne semble pas que ces connaissances aient stimulé la recherche sur la façon dont le corps fonctionne réellement.

Colin Ronan      Histoire mondiale des sciences         Seuil   1988

On sait que les Égyptiens étaient grands consommateurs d’orge, sous forme de pain mais encore transformé en bière, mais on ne sait pas s’ils utilisaient le sel pour conserver viande et poissons ; la chose est bien possible puisqu’ils utilisaient abondamment le sel pour l’embaumement.

vers ~ 1 900                Les pharaons entreprennent le creusement d’un canal qui réunit un bras oriental du Nil au grand lac Amer : 150 km de long, 25 à 30 mètres de large, 3 à 4 mètres de profondeur : il ne servira en fait qu’aux périodes fastes, lorsque les finances permettaient de draguer le sable qui envahissait le canal ; d’autre part, dès le début du premier millénaire, le lac Amer cessa de communiquer avec le golfe de Suez. On le nommera communément le canal des pharaons.

L’Égypte est au sommet de sa civilisation : l’équilibre social, un droit renouvelé, permettent l’établissement d’une société solide ; l’architecture s’est affinée, des ouvrages médicaux élaborés et spécialisés, vétérinaires aussi, sont rédigés… la littérature n’est pas en reste : discussions métaphysiques et morales, merveilleux… Chant du harpiste, Conte du roi Khéops et des magiciens.

Aucun ne revient de là-bas, qui nous dise quel est leur sort,
Qui nous conte ce dont ils ont besoin (…)
Que ton cœur donc s’apaise (…)
Suis ton désir et ta félicité,
Remplis ton destin sur la terre.

Chant d’Antef

Toute manifestation de partialité est en horreur aux dieux. Voici donc mes instructions. Tu devras agir en conséquence. Tu accorderas la même attention à celui que tu connais et à celui que tu ne connais pas, à ton voisin et à celui qui habite loin de toi. Le fonctionnaire qui agira comme cela prospérera dans sa charge… Inspire la crainte, de sorte que tout homme te redoute. Un vrai fonctionnaire est quelqu’un que l’on craint, car ce que l’on doit redouter en lui, c’est l’accomplissement de la justice. Si un homme au contraire n’inspire que la crainte de sa personne, il se met dans son tort aux yeux des gens et l’on ne dit jamais de lui : c’est un homme véritable.

Instructions de Pharaon à son vizir, le magistrat suprême, la colonne de la Terre entière.

Jamais on ne vit souverains rester aussi humains et attachants dans le grandiose et le monumental, jamais la douceur et la plénitude du couple ne furent traduits dans la pierre avec autant de vérité.

Flaubert             Correspondance         Lettre à Maxime du Camp 1850.

Quand nous affirmons que les Égyptiens étaient les plus civilisés des peuples d’Orient, nous ne prétendons, ce disant, ni qu’ils étaient supérieurs aux Babyloniens, aux Hébreux ou aux Perses, ni qu’ils surpassaient leurs voisins dans les arts et les techniques. Nous entendons simplement par là qu’ils émergèrent assez brusquement de l’état de pré civilisation et s’adaptèrent avec aisance à un mode de vie harmonieux qui les satisfit pleinement. Ils avaient ce raffinement qu’engendre la confiance en soi et la joie de vivre. Leur élégance nonchalante n’allait pas sans cette sorte de suffisance qui va souvent de pair avec ce que nous entendons par civilisé.

John A.Wilson                   L’Egypte, vie et mort d’une civilisation. Arthaud 1961.

~1878  à ~1814           Les pharaons Sésostris III et son fils Amenemhat III font creuser un canal reliant le Nil aux marais de la vallée du Fayoum, sur la rive gauche du Nil, en amont du début du delta : un système complexe de barrages de réservoirs et de canaux subsidiaires qui emmènent les eaux du Nil vers le Fayoum, créant un immense lac artificiel de 50 milliards de m³ d’eau, de quoi alimenter des jardins à n’en plus voir la fin. [en comparaison, le lac Mead, le plus grand réservoir artificiel des Etats-Unis, formé par le Hoover Dam, retient au maximum 35 milliards de m³ d’eau]

~1872 à ~1854           Sésostris III installe, à chaque détour du fleuve, au sud de la deuxième cataracte, sur deux cents kilomètres – l’actuel Soudan -, un réseau de sept forteresses. C’est le premier exemple d’architecture militaire.  Il avait renoncé à sa pyramide de Dahchour, symbole du rayon solaire pétrifié, comme mausolée, pour se faire creuser une tombe sous terre, à Abydos où est honoré Osiris : on passe d’une religion solaire à un mode d’enterrement qui sera adopté par tous les pharaons dans la vallée des Rois, en Haute-Egypte. Selon le culte d’Osiris, le défunt entreprend un voyage dans l’au-delà pour ressusciter au lever du soleil.

Il soignait son image, dirait-on aujourd’hui, diffusant ses portraits dans tout l’empire, l’air bienveillant lorsqu’il s’adresse à son peuple, brillant d’une jeunesse éternelle, le regard impitoyable quand il veut impressionner l’ennemi.

Il est venu à nous après avoir rendu la vie à l’Egypte et repoussé ses souffrances… Après avoir rendu la vie à l’élite et fait respirer la gorge du peuple… Pour que nous puissions élever nos enfants et inhumer nos vieillards

Papyrus de l’enseignement loyaliste

~ 1 792                               Début du règne d’Hammourabi sur le royaume de Babylone, qui couvre presque toute la Mésopotamie[3]. Il va réaliser la synthèse entre les traditions culturelles et religieuses des capitales impériales de Sumer et d’Akkad, – les Akkadiens sont les lointains ancêtres des Juifs et des Arabes -, qui avaient dominé la Mésopotamie au III° millénaire, et entre celles des princes bédouins amorrites. Il laisse un code comprenant 3 500 lignes en cunéiforme et en akkadien.

  • Un prologue historique conte l’investiture du roi, la formation de l’empire et ses réalisations
  • Un épilogue lyrique : œuvre de justice : telles sont les sentences équitables que Hammourabi, roi avisé, a porté pour faire prendre à son pays la ferme discipline et la bonne conduite.
  • Texte de lois : pas moins de 282 articles concernant le travail agricole, le commerce, la famille, les coups et blessures, le vol, l’exercice des diverses professions.
Afin d’empêcher le puissant d’opprimer le faible, afin de rendre justice aux orphelins et aux veuves […] j’ai inscrit sur ma stèle mes précieux mots […]
Si un homme est suffisamment sage pour maintenir l’ordre dans le pays, qu’il prenne garde aux mots que j’ai inscrits sur cette stèle […]
Que le citoyen opprimé se fasse lire à haute voix les inscriptions […].
La stèle illuminera son affaire à ses yeux. Et quand il comprendra ce qu’il peut attendre [des mots de la loi], son cœur sera apaisé.

Epilogue du Code d’Hammourabi

vers ~1780                 Le papyrus d’El Lahoun donne des recettes contraceptives :

Des épines d’acacia finement broyées, mélangées à des dattes et du miel et étendues sur un tampon de fibre introduit profondément dans le vagin

On sait aujourd’hui que les épines d’acacia renferment une sorte de latex [gomme arabique]] qui s’enrichit en acide lactique au cours du processus de fermentation. Cet acide entre dans la composition de certains spermicides modernes.

Le papyrus d’Ebers dans l’ordonnance 783, prescrit :

Début des préparations qui doivent être préparées pour les femmes.
Faire qu’une femme cesse d’être enceinte pendant un, deux ou trois ans.
Extrait d’acacia (fruit non mûr d’acacia ou partie de l’acacia), caroube, dattes.
Ce sera finement broyé dans un vase de miel.
Un tampon vaginal en sera imbibé et appliqué dans son vagin.

Ce même papyrus décrit aussi très précisément les états inflammatoires que peut soigner une décoction de feuille de saule. L’acide acétylsalicylique – autrement dit l’aspirine – est extrait de l’écorce et de la feuille du saule blanc.

Aspirine vient de a pour acétyl, spir pour l’autre origine végétale de la saliciline : une spirée, la reine des prés.

Un des rares remèdes qui soulage l’insupportable douleur d’exister.

Franz Kafka

Sans aller nécessairement aussi loin, force est de constater l’efficacité de ce médicament, probablement le plus vieux du monde, en dépit de contre indications sérieuses : névralgies, anti-douleur, et aujourd’hui prévention de cancers digestifs.

vers ~ 1 760 [4] Abraham et son peuple quittent Ur, en Mésopotamie : le voyage se termine à Canaan, entre le Jourdain et le littoral méditerranéen. Dieu a passé alliance avec lui : J’établirai mon alliance entre toi et moi, et ta race après toi, de génération en génération. Pourquoi Dieu arrive-t-il donc si tard ? Régis Debray répond, en partie : L’homme descend du singe, mais Dieu du signe et les signes ont une histoire longue.

vers ~ 1 759                         Hammourabi étend le royaume de Babylone, dont il fait un État unifié. La principale conquête est celle de Mari, son ancien allié, sur la rive droite de l’Euphrate, aujourd’hui en Syrie, tout près de la frontière avec l’Irak. Mari, déjà vieille cité marchande dont le roi s’est construit un palais occupant 3 ha., composé de presque 600 pièces, qui s’est donné les moyens de se nourrir en construisant un important réseau de canaux en parallèle du cours de l’Euphrate. Hammourabi, souverain étonnamment prudent, calculateur au vu de l’impulsivité de la plupart des autres monarques. Il donna ses premières lettres de gloire à l’espionnage, le second plus vieux métier du monde, en envoyant des agents dans les rangs adverses pour mieux les connaître.

Hammourabi, roi de Babylone publie une liste de nourritures où figure le pain et la bière d’orge, élaborées à partir de la même bouillie, plus ou moins épaisse et à fermentation spontanée. De là viendront les premiers levains.
Mais ce sont les Égyptiens qui ont découvert que la meilleure farine panifiable est celle de froment mise à fermenter avec du levain d’orge.
Le pain de froment réunit les quatre éléments indispensables à la vie de l’être humain. La terre où s’enracine, se développe et se nourrit le grain de blé. L’eau, indispensable à la confection de la pâte, puisque sans elle la farine resterait une matière inerte et brute. L’air, pour assurer la fermentation de la pâte, sa transformation et sa vie. Pour finir, le feu, qui fixe et assure la cuisson de la pâte façonnée.

Joël Robuchon

Les quatre éléments auxquels se réfère Joël Robuchon sont bien ceux déterminés par Empédocle d’Acragas [aujourd’hui Agrigente,  ~ 492 – ~ 432] :

Il semble qu’il ait modifié les conceptions excessives de Parménide pour parvenir à l’idée de quatre substances immuables – ou éléments, ou encore, comme il les appelait, « racines de toutes choses » – et de deux forces fondamentales. Les éléments étaient désignés comme la terre, l’air, le feu et l’eau, et les deux forces, plus poétiquement comme l’amour et la haine, c’est-à-dire, l’attraction et la répulsion. Les éléments ne doivent pas être considérés comme identiques aux substances ordinaires généralement désignées par ces mots, mais plutôt comme identiques à leurs caractéristiques essentielles et permanentes. Cependant, toute substance matérielle en est faite : ainsi, un morceau de bois contient de l’élément terrestre (c’est pourquoi il est lourd et solide), de l’élément aquatique (c’est pourquoi, s’il est chauffé, il commence par exsuder de l’eau), tout comme il contient de l’air (il dégage de la fumée) et du feu (il émet des flammes lorsqu’il brûle). La proportion relative de ces éléments détermine l’espèce particulière de ce bois. La théorie des quatre éléments se révélera d’une importance capitale.

Colin Ronan               Histoire mondiale des sciences         Seuil   1988

Et que peut-il y avoir d’aussi actuel qu’une recette de cuisine ? à l’exception d’un ou deux mots, on pourrait parfaitement trouver la suivante dans un livre d’aujourd’hui ; rédigée en écriture cunéiforme, elle était servie lors des banquets rituels.

Tourte aux petits oiseaux

Supprimer cou et pattes ; retirer la fressure et notamment les gésiers ; laver le tout ; après avoir découpé la fressure, le passer rapidement au feu dans un chaudron ; mettre de l’eau et du lait dans une marmite et y ajouter oiseaux et fressure, sel, graisse, bois aromatiques et un peu de rue effeuillée ; à ébullition, ajouter oignons, poireau et ail et un peu d’eau froide ; laisser cuire, préparer une pâte de farine, de lait, de saumure parfumée [5] et d’un peu de gras de cuisson ; diviser la pâte gonflée en deux abaisses et les faire cuire ; disposer une des abaisses sur le plat de service et y disposer les viandes aspergées de jus de poireaux et d’ail et accompagnée de petits morceaux de pâte cuite ; recouvrir le tout de l’autre abaisse, qui sert donc de couvercle et envoyer à table.

vers ~1 660                  Construction en trois phases du cromlech de 150 monolithes à Stonehenge, au nord-ouest de Salisbury, en Angleterre. C’est sans doute le dernier temple mégalithique construit en Angleterre. Le fer à cheval est ouvert sur le nord-est, juste dans l’axe du soleil au solstice d’été. Ces gens-là avaient les moyens de leur politique, et, aujourd’hui encore, on ne sait pas très bien comment ils ont opéré, car tout de même, transporter ces incroyables tonnages – jusqu’à 50 tonnes pièce sur 220 km – les linteaux de pierre bleue de Stonehenge viennent des monts Prescelly, au sud-ouest du pays de Galles – ce n’est pas donné au premier venu. Les énormes blocs monolithes venaient des environs de Malborough, à 32 km. Ils devaient bien maîtriser le travail du bois, car les assemblages des blocs sont à tenons et mortaises.

Des restes humains exhumés dans les années 50, conservés au musée de Salisbury, tout proche, ont fait l’objet d’une datation au radiocarbone – le carbone 14 – en 2008, qui les fait remonter à une période allant de ~ 3 030 à ~ 2 880, soit bien antérieure à l’édification des mégalithes. Andrew Chamberlain, spécialiste de démographie ancienne suggère que Stonehenge aurait pu être le lieu de sépulture des membres d’une seule famille, peut-être une dynastie, car le nombre des tombes augmente au cours des siècles, avec les multiplication des descendants. De toutes façons, tout le monde s’accorde pour dire aujourd’hui que c’était un cimetière. Mais Colin Ronan, auteur d’une Histoire Mondiale des sciences [1988], assure que l’examen attentif de Stonehenge et d’autres cercles ou anneaux de pierre et l’analyse statistique approfondie des résultats laissent peu de doute sur le fait qu’ils furent en fait des observatoires astronomiques, conçus et bâtis sur la base de l’expérience, pour répondre à la nécessité d’observer les levers et les couchers du Soleil et de la Lune afin de déterminer un calendrier saisonnier.

En 2013, le professeur Parker Pearson, de l’University College de Londres affirme que la fonction dernière de Stonehenge était festive : l’étude des dents attachées aux quelques 80 000 ossements d’animaux trouvés sur place conclue à une très grande diversité d’animaux qui n’ont pu venir là que menés par des communautés venus des quatre coins d’Angleterre.

~ 1 650                                Jusqu’à cette date, on connait pratiquement les noms de tous les pharaons en remontant jusque vers ~ 3 000. Vient alors un « trou » de 75 ans, qui correspondrait à l’invasion des Hyksos, peuple d’Asie, montés sur des chars à 2 roues. Ils restèrent à la tête de l’Egypte pendant 75 ans.

C’était un de nos rois appelés Timaios. Cela arriva durant son règne. Je ne sais pas pourquoi Dieu était mécontent de nous. Des hommes d’origine inconnue vinrent subitement des pays de l’est. Ils eurent l’audace d’envahir notre pays qu’ils asservirent par la force, facilement, sans aucune bataille. Et quand ils eurent vaincu notre roi, ils brûlèrent nos villes de façon barbare et détruisirent les temples des dieux. Tous les habitants furent traités avec cruauté ; une partie d’entre eux furent tués par les envahisseurs, d’autres virent leurs enfants et leurs femmes emmenés en esclavage. Finalement, l’un de ces conquérants fut nommé roi. Son nom était Salatis. Il vivait à Memphis et imposa un tribut à la Haute et à la Basse Égypte. Il établit des garnisons dans les villes qui lui semblaient le plus appropriées à ses desseins… et, quand il en eut trouvé une dans la région de Saïs, située à l’est du bras du Nil près de Bubastis, et qui était aussi appelée Avaris, il la démolit et la reconstruisit en la fortifiant au moyen de murs.

Manetho, historien égyptien

vers ~ 1 630                 Une éruption volcanique d’une exceptionnelle violence fait disparaître une bonne partie de l’île de Santorin et de sa capitale Théra, engloutissant la plupart des témoignages de l’art minoen, qui s’est développé surtout un peu plus au sud, en Crète : les couches de cendres déposées sur le pourtour du cratère atteindront de 30 à 50 mètres d’épaisseur ! Le raz de marée consécutif – une vague de 50 mètres de haut – aurait détruit ce qui ne l’était pas encore. Volcanisme et tremblements de terre sont très actifs sur cette île : on retrouvera en 1967 des restes d’une ville détruite, sans doute par un tremblement de terre antérieur à cette éruption… 3 600 ans plus tard, les courants marins enlèvent encore des pierres ponces aux plages de Santorin, que l’on retrouve plus au nord, à Mykonos par exemple. Bien au sud, des archéologues ont trouvé sur le flanc est du Sinaï des morceaux de lave analogue à celle de Santorin.

~ 1 600 à ~ 1 500        Joseph, arrière petit fils d’Abraham, vendu par ses frères comme esclave en Égypte, y devient vizir et fait venir son peuple, qui sera plus tard asservi. Les Égyptiens les nommaient Apirous, et les feront travailler à la construction de nombreux monuments.

Des envahisseurs aryens s’installent en Inde : on leur attribue l’ensemble de textes sacrés communément nommés Véda, – le Savoir -, considérés par la tradition orthodoxe indoue comme révélés. Autour de chacun des quatre Veda : Rig-véda, Yajour-véda, Sâma-véda, Atharva-véda, se rattachent des commentaires et des traités spéculatifs, Brâhmana, Aranyaka, et Oupanichad. Ils formeront le cœur du brahmanisme, qui empruntera de nombreux éléments à l’Inde elle-même, hors de l’influence directement indo-européenne.

Tout cela va donner naissance au cours des siècles suivants à une incroyable richesse religieuse, littéraire artistique : dieux et déesses tels Vichnou, Krichna, Çiva, en littérature, le Mahâbhârata, le Râmâyana… et cela va donner aussi naissance aux sectes, et même, parfois, à des trucs franchement marrants : ainsi d’un rite très ancien :

L’ashvamedha, c’est-à-dire le sacrifice du cheval, permet au souverain de délimiter son territoire et son pouvoir. Lors d’une fête particulière, on lâche un étalon qui peut cavaler où il veut durant un an, sous la surveillance de guetteurs. Toutes les terres qu’il foule de son sabot passent de facto sous la suzeraineté du roi. Quiconque essaie de s’emparer de l’animal ou de se mettre en travers de sa marche se voit déclarer la guerre. Au bout d’un an, la bête est rattrapée et sacrifiée par le roi en personne au cours d’une cérémonie solennelle à laquelle assistent tous les vassaux.

François Reynaert     La Grande Histoire du monde Fayard 2016

L’histoire ne dit pas ce qui se passe si le souverain d’à côté fait la même chose et que les deux chevaux foulent un même territoire, but nobody is perfect…

Deux notions connexes vont commander toute la philosophie indienne : la transmigration (samsâra) et la loi de l’acte (karman). Dès lors, la question essentielle devient : comment, à travers ces cycles de réincarnations, parvenir finalement à se libérer ? Cette libération est le but suprême à obtenir, plus important que le plaisir, plus important que l’utilité, plus important que l’ordre et que la loi. Seule la connaissance peut parvenir à atteindre cette libération.

La suprême découverte des Oupanichad, qu’elles ne se lassent pas d’exalter, c’est que la réalité la plus intime à laquelle on puisse parvenir, par une introspection qui est d’ordre mystique, ne se distingue en rien du brahman, dont elle est une manifestation : l’unique réalité ontologique de l’être individuel, c’est l’être universel.

Jean Naudou.               L’Inde 1956

La langue des Aryens de l’Inde, le sanskrit védique, est la plus ancienne des langues que l’on a appelées indo-européennes et dont des documents écrits et des formes parlées subsistent. C’est à la même famille linguistique qu’appartiennent le grec, le latin, le breton, le lituanien, le persan, les langues germaniques. C’est ce groupe de langues qui, peu à peu, par suite des invasions successives, recouvrit le fond dravidien des langues et des cultures indo méditerranéenne, auquel semble appartenir l’ancien tamoul, le sumérien, le géorgien, le crétois, l’étrusque, l’égyptien, le touareg, le basque, l’albanais, le peuhl etc…

[…] La descente des Aryens sur l’Inde fut progressive et très probablement du même type que les invasions mongoles et musulmanes, qui, bien des siècles plus tard, transformèrent la civilisation indienne exactement de la même façon, détruisant les grands centres culturels et les monuments et imposant la langue d’un envahisseur relativement primitif à des peuples culturellement plus évolués. Le désastre que représente la conquête aryenne peut être aisément réalisé si l’on songe qu’il n’existe dans l’Inde aucun monument qui ait été construit entre la fin du Monhenjo Daro et l’époque bouddhiste [V° siècle av. J.C.] La colonisation aryenne fut, à ses débuts, sous bien des aspects, analogue à celle de l’empire inca par des aventuriers espagnols illettrés et fanatiques. La population entière fut réduite au statut d’esclaves [dasa], sans aucuns droits civiques.

[…] C’est du védique, la langue des tribus aryennes, qu’est dérivé le sanskrit classique, ainsi que toutes les langues du nord de l’Inde, appelées autrefois les prakrits, et dont les principales sont aujourd’hui l’hindi, le bengali, le gujerati, le marathi, le panjabi, le sindhi, toutes apparentées au sanskrit, mais avec des apports et des mélanges divers, provenant des langues antérieures de l’Inde

[…] La révolte des Dravidiens contre les Aryens nous est rapportée, dans les récits de la grande guerre du Mahabharata […] conflit qui fut plus social que culturel. La victoire des Pandava dravidiens rétablit un certain équilibre, et c’est grâce à elle que se développa la civilisation brahmanique, qui est théoriquement védique, mais qui reprit en fait, dans tous les domaines de la pensée, des rites, des sciences et des arts, la tradition de la civilisation dravidienne.

[…] La religion védique, apportée par les Aryens du Turkestan et des plaines de la Russie, est apparentée à la religion perse et également aux religions de la Grèce et de l’Europe nordique. Les dieux védiques personnifient les forces de la nature, le Ciel (Dyaus), le Soleil (Surya), la Lune (Chandra), le Feu (Agni), l’Espace et le Vent (Vayu), etc, mais aussi, des vertus chevaleresques telles que l’Amitié (Mitra), l’Honneur (Aryamana), la Justice (Shakra), le Savoir (Vishnou), etc. Un des caractères de la mythologie védique est de grouper les dieux par paire, en particulier Mitra et Varuna, et aussi les Ashvin, dieux jumeaux. Il existe également des groupes d’êtres divins, tels que les Marut (troupe de jeunes dieux délinquants et fantasques), les Aditya, (principes souverains), les Vasu (lois universelles). L’élément mâle prédomine dans le panthéon, comme dans la société aryenne. Les déesses ne sont que de pâles reflets de leurs époux, excepté l’Aurore (Ushas) et la Terre (Prithivi).

[…] Les textes sacrés des Aryens sont appelés Vedas, un mot formé de la racine vid, qui veut dire savoir. Ils ont été d’abord de tradition orale et n’ont probablement été écrits que lorsque les Aryens eurent appris l’usage de l’écriture au contact des populations plus anciennes de l’Inde. Il y a quatre Védas, le Rik, le Yahuh, le Sama et l’Atharva. Ce sont des recueils d’hymnes employés pour les rites et adressés à diverses divinités. Les noms des auteurs de beaucoup de ces hymnes sont connus, mais les textes eux-mêmes sont considérés comme d’inspiration divine et sont censés représenter un résumé de toute la connaissance révélée par les dieux aux hommes. Les trois premiers Védas sont des manuels d’hymnes utilisés par les trois principales catégories de prêtres présents dans les rites des sacrifices, les yajñas.

Le plus ancien des Védas est le Rig Veda (le k final se transforme en g devant un v en sanskrit). Les hymnes qu’il contient furent composés, pour la plupart, peu après l’arrivée des Aryens, dans le nord-ouest indien. Certains hymnes existaient déjà peut-être à l’époque où les Aryens habitaient encore dans l’Asie centrale. Ils gardent en tout cas le souvenir d’un habitat nordique, aux longues nuits d’hiver. Beaucoup d’hymnes font allusion à des rois, à des batailles et surtout à la farouche résistance que les populations indiennes opposèrent aux envahisseurs. Les anciens habitants de l’Inde sont mentionnés comme des démons à peau sombre, habitant de merveilleuses cités.

Le Rig Veda constitue un document remarquable sur la vie, la société et la religion des Aryens. Livre sacré des Hindous, le texte en a été préservé avec un soin extrême. Il est transmis rituellement par tradition orale, et le texte écrit n’est considéré que comme un aide-mémoire. Cela fait que des erreurs de copistes n’ont jamais pu s’accumuler et que les hymnes ont été préservés jusqu’à nos jours, sans altérations importantes ni rajeunissement du langage. Le Yadur Veda, divisé en deux branches, le Yajur Blanc et le Yajur noir, est postérieur au Rig Veda et contient beaucoup d’éléments pré-aryens. Le Sama Veda, recueil d’hymnes chantés, contient très peu d’hymnes qui lui soient propres, mais des versions chantées d’hymnes du Rik et du Yajur Veda. Il a existé très tôt des notations musicales pour ces hymnes. La tradition de leur enseignement oral par des méthodes complexes qui rendent tout changement de texte ou d’intonation presque impossible, a permis à la tradition du chant védique de se conserver jusqu’à nos jours. L’Atharva Veda est très différent des trois autres. Il se réfère essentiellement à des éléments rituels, empruntés aux Asura et présente un aspect caractéristique de l’assimilation des Aryens dans l’ancienne culture indienne. L’Atharva Veda est une collection hétérogène des formules magiques en usage parmi les masses populaires. Son principal enseignement est la sorcellerie… Ces caractères indiquent que ces champs ont leur origine dans les anciennes croyances et pratiques des peuples que les Aila (Aryens) avaient subjugués, de sorte que l’esprit qui souffle ici est celui d’un âge préhistorique. ( F.E. Pargiter. Ancient Indian Historical Tradition Delhi, 1929)

Nous retrouvons ici un phénomène caractéristique de l’histoire de l’Inde. Les textes dont la version actuelle apparaît la plus tardive sont plus souvent par leur contenu les plus anciens.

[…] La création du sanskrit fut le plus grand accomplissement du monde aryen dans l’Inde. Beaucoup de textes appartenant originellement aux autres langues indiennes furent traduits ou adaptés en sanskrit, et ceux qui ne le furent pas disparurent pour la plupart. Une immense littérature scientifique, religieuse, philosophique et dramatique se développa, dont une partie importante subsiste, mais reste de nos jours souvent inaccessible, demeurant endormie sous forme de manuscrits dans d’innombrables bibliothèques mal classifiées.

Alain Daniélou           Histoire de l’Inde Fayard 1985

Une jeune fille, certainement de bonne famille, peut-être même avait-elle une fonction sacrée, est mise en terre au fond de la grotte du Collier, près de Lastours, au nord de Carcassonne : elle est entourée de perles tubulaires en verre coloré ou en tôle de bronze, de bracelets de bronze en forme de spirale, d’un pendentif d’ambre sur lequel est gravé un œil, autant de témoignages des splendeurs de l’âge du bronze, que l’on retrouvera en fait surtout dans les tombes d’Armorique et du Wessex britannique.

~ 1595                         Mursili I°, roi hittite, prend, pille et brûle Babylone,… qui s’en relèvera avec à sa tête une nouvelle dynastie : les rois cassites.

~ 1580               En Égypte, Sékénenrê, prince de Thèbes se révolte contre les Hyksos et met le siège à Avaris, leur capitale. Le siège dure des années, il y est mortellement blessé mais la victoire revient aux Égyptiens et son fils Ahmose est fêté comme un libérateur. Les nouveaux pharaons retiendront les leçons de cette invasion, et, rompant brutalement avec leur splendide isolement, sortiront de leurs frontières pour les rendre plus sures.

Après plus de deux millénaires d’existence, le géant des bords du Nil quittait l’ombre de ses pyramides et de ses sphinx avec l’intention d’intervenir activement au-delà de ses frontières et de dire son mot dans les affaires du reste du monde. Ainsi, l’Égypte devint peu à peu une puissance mondiale. Jusqu’alors, elle n’avait que mépris pour tous ceux qui ne vivaient pas dans la vallée du Nil, pour les Asiates, les coureurs de sable, les éleveurs de bétail, bref, pour tous les peuples qui n’étaient pas dignes de la considération d’un pharaon. Les Égyptiens devinrent plus sociables et, chose inconcevable autrefois, se mirent à communiquer avec d’autres peuples.

Werner Keller                 La Bible arrachée aux sables       Presse de la Cité 1962

vers ~ 1 500                 Première éruption connue de l’Etna.

Le royaume de Tiahuanaco, sur les rives du lac Titicaca, à cheval sur l’actuel Pérou et Bolivie, est le premier grand empire des Andes. Il vivra à peu près 2 600 ans. Mais il est possible que les débuts remontent à beaucoup plus loin, aux environs de ~ 15 000 : on a retrouvé reproduits sur des poteries des animaux comme le toxodon, un grand mammifère herbivore qui s’est éteint à la fin du pléistocène. Ces gens n’hésitaient pas à travailler des blocs de pierre de 10 tonnes. Ils orientaient leurs bâtiments selon les astres.

Huit cents ans après les Chinois, les Égyptiens se mettent à dresser des gnomons – cadrans solaire à plan horizontal -.

vers ~ 1 475                 La reine d’Égypte Hatshépsout ordonne une expédition maritime à but commercial vers la terre de Pount, pays producteur d’encens, probablement l’actuelle Érythrée : 5 vaisseaux chargés de bijoux, d’outils et d’armes destinés à être échangés contre du bétail, des singes, des arbres à encens (genre Boswellia, dont la plus courue Boswelia sacra : le baumier, un arbuste dont on incise le tronc pour en recueillir la sève qui donne des petites boules jaunâtres en se solidifiant), de l’ivoire, de la myrrhe (aussi du genre Boswellia dont l’espèce Commiphora myrrha) et des bois précieux. Le principal producteur d’encens et de myrrhe était la région de l’Hadramaout, dans l’actuel Yémen. On estime que les caravanes de chameau acheminaient chaque année, en 75 jours, 3 000 tonnes d’encens vers la Méditerranée, jusqu’au port de Gaza, où il était embarqué pour Athènes et Rome.

Sans être commune, l’existence de reines n’était pas exceptionnelle, exerçant le pouvoir jusqu’à l’arrivée à l’âge adulte de leur royal enfant. Mais probablement ce pouvoir n’était-il pas suffisamment consolidé pour que l’on n’y ajoute quelqu’artifice à même de le renforcer :  ainsi Hatshépsout s’inventa-t-elle un père qui n’était rien de moins que le dieu Amon, – celui qui ne peut-être représenté,  l’éternel, le seigneur de Karnak, créateur de ce qui existe, maître de tout, établi durablement en toutes choses -,  qui, prenant les traits de Thoutmôsis I°, le souverain régnant, s’introduisit dans la chambre d’Ahmèse, son épouse qui fit tout ce qu’il désirait.

vers ~ 1 450                 Le vizir Rekhmiré fait graver sur sa tombe un texte où prime le respect de la personne humaine, quel que soit son rang : J’ai jugé l’insignifiant comme l’influent ; j’ai protégé le faible du fort ; j’ai détourné la fureur de l’homme mauvais et soumis l’homme avide à son heure… J’ai secouru la veuve qui n’a plus de mari ; j’ai établi le fils et héritier sur le siège de son père. J’ai donné du pain à l’affamé, de l’eau à l’assoiffé, de la viande, de l’huile et des vêtements à celui qui n’avait rien… Je n’ai pas été sourd à l’indigent. À dire vrai, je n’ai jamais accepté de cadeau de qui que ce soit

Une violente éruption volcanique sur l’île de Théra, à quelques 110 km au nord de la Crète, ensevelit sous des mètres de cendres les palais de Cnossos, Phaistos, Malia, les principales villes de Crète et provoque un raz de marée dont  les vagues atteignent les rives nord de la Crète et les Cyclades. Quelques siècles plus tard, Homère parlera de la Crète comme d’une île alors belle, grasse, bien arrosée, aux hommes nombreux à l’infini et aux quatre vingt dix villes. Ce sont les Achéens de Mycènes et Tirynthe venus des Balkans pour s’installer dans le Péloponnèse, qui ont transmis aux Grecs l’héritage de la Crète. Mycènes est le siège de la légende des Atrides, dont aucun auteur policier contemporain ne voudrait pour scénario, tant il serait sur que ses lecteurs s’y perdraient : les assassins pullulent et finissent souvent par être victimes, les survivants sont de vrais miraculés !

Les glaciers ont fondu, laissant dans les vallées de longues parois lissées par le frottement de la glace, propices à la gravure : les habitants de la Vallée des Merveilles, dans le Mercantour s’en donnent à cœur joie, sur un gneiss et un schiste rose assez tendres pour être gravé et assez durs pour ne pas être érodés par pluie, gel, vent et soleil. Ils y creusent aussi des grottes, en les orientant vers le nord-ouest, de façon qu’au solstice d’été, les derniers rayons du soleil éclairent le fond de la grotte.

Beaucoup plus au nord, à la frontière de l’actuelle Suède et de la Norvège, près du rivage de la mer du Nord, les ancêtres des Vikings laissent des gravures rupestres sur le site de Bohuslän. www.lefildutemps.free.fr/suède-rupestre/tanum.htm

Les Phéniciens, grands commerçants, – les Phéniciens, ces marins rapaces qui, dans leurs noirs vaisseaux, ont mille camelotes, disait Homère – répandent dans tout le bassin méditerranéen leur alphabet, qui comporte 22 signes principaux, venus d’un des deux premiers alphabets connu, – 31 signes en écriture cunéiforme -, crée au petit royaume d’Ougarit, dans la banlieue de l’actuel Lattaquié, sur la côte syrienne. L’autre ancêtre de l’alphabet est né dans le Sinaï. Le changement de support des signes – passage de la tablette d’argile au parchemin, puis au papyrus – est une des raisons possibles de la création des alphabets : les lettres sont tracées sur le support quand les signes sont imprimés sur l’argile, mais la raison première est la simplification que cela entraîne dans la communication. Il est plus facile de transcrire différentes langues par une seule écriture, et à Ougarit, on entendait alors pas moins de 8 langues : le sumérien, l’akkadien, l’ougaritique, le crypto-minoen, le hittite, le hourrite, l’égyptien et le louvite.

De toutes les activités qui distinguent la culture, l’écriture est l’une des plus importantes parce qu’elle est un outil inégalable d’organisation sociale et de réaffirmation. Comme le confirme l’étymologie indo-européenne skribh, l’écriture est coupure, séparation, distinction. En général, toutes les espèces biologiques possèdent des systèmes de communication vocaux, chimiques, gestuels et olfactifs ; l’homme, lui, a réussi à représenter avec le langage ses processus mentaux les plus complexes et, en quelque sorte, à convertir les sons et les gestes et divers signes visibles, abstraits et interactifs, qui assurent la protection de ses traditions.

De l’écriture on est vite arrivé à la nécessité d’un support qui fut le livre. Voici ce qu’en dit Borges : Des divers instruments de l’homme, le plus étonnant est sans doute le livre. Les autres sont des extensions de son corps. Le microscope, le télescope sont des extensions de sa vision ; le téléphone est une extension de sa voix ; nous avons ensuite la charrue et l’épée, extensions de son bras. Mais le livre, c’est autre chose : le livre est une extension de la mémoire et de l’imagination.

Le livre est ce qui donne du volume à la mémoire humaine. Le livre, malgré sa connotation portative, objective la mémoire : c’est une unité rationnelle qui, par des moyens audiovisuels, imprimés ou électroniques, représente une volonté mnémonique et linguistique. Dans le passage révolutionnaire de l’oralité à l’écriture, et surtout dans ce processus significatif où triomphe le livre comme objet de culte, ce qui s’impose vraiment, c’est un modèle plus sûr de permanence qui codifie la sensibilité et la traduit en états uniformes et légitimes. Le livre est ainsi une proposition qui prétend tout configurer comme raison et non comme chaos.

[…]          Le livre est une institution de la mémoire en vue de la consécration et de la permanence, raison pour laquelle il doit être étudié comme la pièce clé du patrimoine culturel d’une société. Il faut comprendre que ce patrimoine existe dans la mesure où la culture constitue l’héritage le plus représentatif de chaque peuple. En lui-même, le patrimoine a la capacité d’impulser un sentiment d’affirmation ou d’appartenance transmissible et peut cristalliser ou stimuler la conscience d’identité des peuples sur leur territoire. Une bibliothèque, des archives ou un musée sont des patrimoines culturels, et chaque peuple les perçoit comme des temples de la mémoire.

Pour cette raison et pour d’autres qui constituent la thèse centrale de cet essai, je dis et je crois que le livre n’est pas détruit en tant qu’objet physique, mais en tant que lien mémoriel, c’est-à-dire comme l’un des axes de l’identité d’un homme ou d’une communauté. Il n’y a pas d’identité sans mémoire. Si l’on ne se souvient pas de ce qu’on est, on ne sait pas qui on est. Au cours des siècles, nous avons vu que lorsqu’un groupe ou une nation tente de soumettre un autre groupe ou une autre nation, la première chose qu’il fait est d’essayer d’effacer les traces de sa mémoire pour reconfigurer son identité.

Fernando Báez          Histoire universelle de la destruction des livres Fayard 2008.

C’est probablement en ces temps là qu’est né une unité culturelle méditerranéenne fondée sur la même trinité : le blé, l’olivier et la vigne (Trop d’os, pas assez de viande, disait mi-figue, mi-raisin Pierre Gourou). L’éloignement de ces fondements d’identité arrachera des plaintes jamais démenties au cours des siècles :

Une des particularités qui frappaient le plus les Anciens, chez les peuples qui vivaient à la périphérie du monde méditerranéen, était l’usage du beurre de vache : les consommateurs d’huile d’olive en éprouvaient une sorte d’étonnement scandalisé. Même un italien, comme Pline, manifeste ce sentiment sans réfléchir qu’après tout l’usage de l’huile d’olive n’était pas tellement vieux en Italie

Maximilien Sorre                  Les fondements biologiques de la géographie humaine. 1943

La Flandre, c’est le pays où ne poussent ni lavande, ni thym, ni figues, ni olives, ni melons, ni amandes ; où le persil, l’oignon, la laitue n’ont ni suc, ni goût, où l’on prépare les mets, chose incroyable, avec du beurre de vache au lieu d’huile

Alonso Vasquez, espagnol occupant la Flandre au XVI° siècle

A cause du beurre et du laitage dont on use beaucoup en Flandre et en Allemagne, ces pays abondent de lépreux.

Cardinal d’Aragon, en 1517

Mais, plus que toute autre production agricole, c’est le vin qui a conquis ses quartiers de noblesse autour de la Méditerranée ; elle a des airs de musée archéologique de la viticulture. À Santorin se trouvent des vignes de forme curieuse, que l’on ne trouve nulle part ailleurs : elles donnent l’assyrtiko tant apprécié, cultivé probablement dès 1 500 av J.C. Aussi bien sur les terres qu’au fond de l’eau, cette mer raconte l’histoire du vin. Ici, les amateurs éclairés renouent avec les vieilles variétés quasi oubliées, isolées par la mer. D’est en ouest, de Chypre aux Baléares en passant par les Cyclades, les minuscules îles Eoliennes ou les géantes Sicile, Sardaigne et Corse, pas moins de 57 îles accueillent aujourd’hui des vignes. Elles ont en commun de bénéficier d’un climat idéal : des températures chaudes, un ensoleillement exemplaire, une pluviométrie faible en été, des vents marins qui compensent l’aridité en charriant, en fin de nuit, un peu d’humidité dans l’air pour flatter les feuilles. Les îles bénéficient bien souvent du relief des nombreux volcans  : l’Etna sicilien, la petite île de Pantelleria, entre la Sicile et la Tunisie, les îles Eoliennes de Lipari et Salina, Santorin… Les volcans font remonter à la surface des éléments qui apportent une minéralité exceptionnelle aux vins. Ces sols sont  très pauvres en matière organique, et donc excellents, car ils ne surnourrissent pas la vigne. De plus, fissurés ou poreux, ils favorisent le drainage de ses racines. L’Etna est une île dans une île. La Sicile est chaude, mais l’Etna est à part avec son étagement exposé à tous les vents. On trouve des terroirs à 1 000 mètres d’altitude qui dominent la mer. Et il y a le soleil qui tombe sur la vigne, et celui dont le reflet sur la mer chauffe les vins comme un miroir. Son cépage, le nerello mascalese,  a un côté terreux, proche de la terre, épicé

Sur Chypre, on fait du vin depuis toujours. Des pépins de raisin vieux de six mille ans et des vases de l’âge du bronze ancien (1800 à 1500 avant J.-C.) utilisés pour boire du vin y ont été mis au jour. De même en Crète : des fouilles menées dans un village datant de l’époque minoenne (aux environs de 2000 avant J.-C.) ont révélé une dizaine de jarres autrefois pleines de vin résiné et des infrastructures pour la vinification. La vigne se répand ensuite sur le pourtour occidental de la Méditerranée et gagne les îles espagnoles. Chemin faisant, elle évolue, se transforme. Durant l’Antiquité, après la domestication de la vigne, les peuplades ont transporté de quoi planter, soit avec des boutures, soit avec des pépins.  Dans le premier cas, la vigne reste identique. Mais si on plante des pépins, qui sont le résultat d’une fécondation et donc d’une réunion de deux ADN différents, on modifie les gènes et les raisins sont différents. C’est le cas du muscat à petits grains, dont l’ADN a été analysé : la quasi-totalité des variétés de muscat dans le monde, soit une centaine, dérive de ce muscat à petits grains ! Il a été diffusé par les Grecs de Samos jusqu’à la Gaule. Même le muscat d’Alexandrie, qui a alimenté beaucoup de spéculations sur son origine, en est un croisement.

Aujourd’hui, les pays du pourtour méditerranéen rassemblent plus de 3 000 cépages, fruits des voyages maritimes sur la Grande Bleue. Certains sont restés identiques, comme le malvoisie, qui est une grande voyageuse : elle est partie de Lipari, s’est retrouvée en Sardaigne, à Sitges, près de Barcelone, et en Croatie. Et les pépins ont voyagé dans tous les sens ! Romains, Catalans, Vénitiens sont les initiateurs de nombreux cépages, issus de croisements complexes au gré de l’histoire. Il n’est pas étonnant, dès lors, que les îles regorgent de cépages inconnus ailleurs. Ils n’existent que sur ces petites terres, comme les callet et manto negro des Baléares, le fameux assyrtiko grec, le catarratto et le nero d’avola siciliens, le vernaccia di Oristano de Sardaigne… Il arrive aussi que certains cépages identiques aient des noms différents, comme le nielluccio corse, qui s’est révélé dans les années 1970 être identique au sangiovese italien. Ou le sciaccarello, semblable au rare mammolo du Chianti. Dans quel sens a-t-il migré ? Impossible de le savoir mais il est aujourd’hui plus répandu en Corse que dans la région italienne.

Quel que soit le raisin dont ils étaient issus, ces vins ont été très tôt renommés. Et recherchés. Les traités sur les plantes de Théophraste, au IV° siècle avant J.-C., permettent de dessiner une carte précise des régions viticoles et des crus. En tête de liste : les vins des îles. Ils sont souvent doux, issus de raisin passerillé, c’est-à-dire séché au soleil après la vendange, et patiemment vieilli. C’est encore le cas aujourd’hui dans de nombreuses îles, que les vins s’appellent passito sur l’île de Pantelleria, vin paillé au cap Corse ou liastos en Grèce. Le vin de Thasos, à l’époque hellénistique, était produit dans de grandes exploitations viticoles et largement exporté. Celui de Lesbos était expédié en Egypte ; ceux des îles alentour, Rhodes en particulier, étaient additionnés d’eau de mer. Peut-être pour renforcer les arômes, le sel étant un exhausteur de goût. Ils étaient en tout cas largement commercialisés dans tous les pays riverains de la Méditerranée. Le fond de la mer témoigne de cette exportation. Des épaves de véritables bateaux-citernes ont été découvertes autour de Rome, de la Corse et des îles d’Hyères. Spécialisés dans le transport du vin, ils pouvaient charger jusqu’à 2 500 litres dans des dolia, grandes cuves en céramique. Les navires accueillaient en plus quelques centaines d’amphores. Le commerce s’intensifia encore sous l’Empire romain, si bien que, jusqu’au III° siècle de notre ère, le vin était l’un des produits les plus échangés dans la Méditerranée.

Il est difficile de se figurer cette prospérité quand, aujourd’hui, les vastes productions continentales ont éclipsé les fabrications îliennes. Les vins font souvent figure de curiosités locales, que les touristes consomment sur place et remportent parfois dans leurs bagages. Trouver un vin d’île – hors Corse – chez un caviste français n’est pas tâche facile. Pourtant, la plupart valent le détour, que ce soit un malvoisie de Lipari, un Anima Negra de Majorque, un muscat doux de Samos, un Sigalas de Santorin. Ou, grand luxe, un passito di Pantelleria, Sangue d’Oro de Carole Bouquet, un Franchetti de l’Etna ou un vieux commandaria chypriote. On peut toujours se consoler avec un formidable muscat du cap Corse d’Antoine Arena, plus accessible à tout point de vue.

L’insularité fait perdurer les modes de conduite traditionnels, comme les vignes en forme de paniers de Santorin.  Il y a une identité culturelle forte, un attachement identitaire qui se traduit par de solides traditions, une paysannerie viticole devenue plus rare ailleurs.  Mais il s’agit souvent d’un travail ardu de vignes en terrasses, non mécanisable : les terrasses constituent un mode de culture compliqué, qui coûte cher et conduit parfois à un abandon de ces vignobles. La main-d’oeuvre disposée à ce travail vient à manquer, ce n’est plus rentable économiquement. Comme en Sicile, où d’importantes surfaces de terrasses ont disparu au profit de plates exploitations foulées par les machines.

Ophélie Neiman Le Monde du 2 juillet 2016

Le roi d’Assyrie – l’Irak d’aujourd’hui – Téglat Phalazar I° inaugure une tradition qui va durer beaucoup plus que ce que durent les roses : Les femmes mariées n’auront pas leur tête découverte. Les prostituées ne seront pas voilées.

vers ~ 1400                Le cadre physique dans lequel vit l’homme est le suivant :

La surface de la planète est d’environ 500 millions de km², dont 155 millions de terres.L’immense majorité des paysans, avec leurs plantes et leurs animaux, se regroupent dans à peine 11 millions de km², soit 2 % de la surface totale. Le reste est trop froid, trop chaud, trop sec, trop humide ou inadapté pour une raison ou pour une autre à la culture. C’est sur cette minuscule scène que va se dérouler l’histoire.

Yuval Noah Harari              Sapiens     Une brève histoire de l’humanité     Albin Michel 2015

Dans un marécage de Trundholm à Odsherred, près de Nykøbing, en Zélande du Nord au Danemark, un paysan trouvera en 1902, un char solaire, aujourd’hui conservé au Nationalmuseet de Copenhague. Le cheval, en fonte de bronze repose sur quatre roues à quatre rayons dont une est entière. L’ensemble mesure 60 centimètres de long. Le disque solaire, d’un diamètre de 25 centimètres, repose sur deux roues et a conservé une partie de sa dorure sur une face. C’est la plus ancienne représentation de char solaire connue en Europe.Il serait la représentation en miniature d’un char cultuel que l’on promenait sur un parcours solaire-magique, comme l’indiquent les cultes de Nerthus en Allemagne du Nord et de Freyr en Suède. La face dorée, sur la droite du cheval, représenterait le parcours diurne du soleil d’est en ouest, l’autre face, sombre, le parcours nocturne. L’objet aurait été déposé en offrande dans une sépulture, disparue depuis.

~1 400 ~ 1 370            Le pharaon Aménophis III est le plus éminent représentant de la glorieuse famille des Thoutmosides : c’est l’apogée de l’empire égyptien avec sa brillante et cosmopolite capitale : Thèbes. La femme jouissait alors du droit de propriété, pouvait acheter, vendre et ester. On a peint, on a beaucoup écrit : Annales royales, Livres funéraires royaux, Livre des morts, Hymne à Amon-Rê, Papyrus médical Ebers, Mystère de la naissance divine.

La Palestine et la Haute Vallée du Nil jusqu’à la 4° cataracte ont été conquis, des expéditions lointaines ont été menées : Oponé (Côte des Somalis), Liban et Syrie, Karnak et les tombeaux de la Vallée des Rois construits. Les obélisques prennent la succession des menhirs et dolmens, liens tangibles entre l’univers des hommes et l’univers sacré du soleil.

Le coin, le levier et le plan incliné constituent les seules machines élémentaires utilisées par les Égyptiens dans les travaux monumentaux. Les principes de base des techniques égyptiennes étaient d’abord d’utiliser la main d’œuvre en grand nombre et, dans l’édification des bâtiments, de ne jamais soulever les pierres mais de les faire glisser [6]. Certes, ils connaissaient la roue, mais ne l’utilisaient que pour des travaux de transport de faible poids et de courte distance.

Bruno Jacomy                Une histoire des techniques. Seuil 1990

Personne ne peut affirmer de quand datent les premières constructions de Karnak. En revanche, le plus ancien temple connu, celui consacré à Amon remonte à la XI° dynastie [vers 2 100 av J.C.]. Les dieux des pharaons ont été célébrés ici jusqu’à la conquête romaine, soit durant plus de deux mille ans. Le site a ensuite servi de lieu de culte aux chrétiens coptes jusqu’au XI° siècle après J.C. Le site, d’une superficie totale de 150 hectares, est constitué de trois ensembles architecturaux dédiés à différents dieux : Karnak-Nord à Montou, Karnak et Karnak-Sud à Amon-Rê et Mout. Chacun est entouré d’enceintes en brique crue d’où le nom arabe « al-Karnak » : le village fortifié. Les constructions s’orientent dans deux directions perpendiculaires. L’axe principal du temple d’Amon relie le saint des saints au Nil ; il est orienté est-ouest, suivant la course de l’astre solaire. C’est l’axe divin. Le secondaire nord-sud qui suit le cours du Nil conduit au complexe sacré de la déesse Mout. C’est l’axe terrestre ou processionnel.

Dégagé par Auguste Mariette à partir de 1 858, Karnak constitue un puzzle géant. Hatshepsout, Thoutmosis III, Akhenaton [Aménophis IV], Ramsès II y ont sans cesse bâti, démonté, détruit, réutilisé des matériaux, usurpé ou fait disparaître les temples de leur prédécesseur… Thoutmosis III fera par exemple enfermer les deux obélisques d’Hatshepsout dans un caisson de grès. Afin d’effacer les traces d’Akhenaton qui avait réduit leur pouvoir, les prêtre d’Amon feront disparaître son temple d’Aton dont les pierres [les talatates] décorées seront retrouvées dans des pylônes construits par Horemheb.

Karnak ressemble à un organisme vivant se régénérant en permanence. Tout cela rend difficiles certaines opérations. Les blocs de calcaire de la chapelle Blanche de Sésostris I et ceux en quartzite de la chapelle Rouge d’Hatshepsout ont bien été retrouvés. Mais où étaient-ils à l’origine ? Mystère. Ces édifices ont donc été remontés dans un musée en plein air aménagé sur un espace déjà fouillé. Près du temple d’Opet, des milliers de blocs en grès et en calcaire sont stockés sur des banquettes en pierre pour éviter qu’ils ne se dégradent au contact de l’humidité du sol, en attendant de retrouver leur place. Chaque coup de pioche réserve des surprises. En 2 005, c’est une magnifique double statue de Neferhotep I° que l’on découvre enfouie près d’un obélisque d’Hatshepsout. En avril 2 007 sont mis au jour des bains d’époque ptolémaïque ainsi qu’une digue construite durant la XXI° dynastie pour protéger le site des crues du Nil. Et des rampes datant de la XXVI° dynastie ont été dégagées sous l’ancienne maison du grand égyptologue Georges Legrain. Un nouveau morceau du puzzle.

Richard Clavaud                           Karnak, puzzle architectural. Le Monde 2 n° 262. 21 02 2009

C’est qu’ici même, il y a sept ou huit mille ans, sous ce ciel pur comme le cristal, commença le premier éveil de la pensée humaine, tandis que notre Europe sommeillait encore, et pour des millénaires, enveloppée du manteau de ses humides forêts. Ici, une précoce humanité, encore presque fraîchement évadée de la pierre, forme antérieure de tout, une humanité enfant qui voyait lourd au sortir des lourdeurs de la matière originelle, imagina de bâtir des sanctuaires terribles, pour des dieux d’abord effrayants et vagues, tels que sa raison naissante pouvait les concevoir ; alors les premiers blocs mégalithiques s’érigèrent, alors débuta cette folie d’amoncellement qui devait durer près de cinquante siècles, et les temples s’élevèrent au-dessus des temples, les palais au-dessus des palais, chaque génération voulant surpasser la précédente par une plus titanesque grandeur.

Ensuite, il y a quatre mille ans, ce fut Thèbes en pleine gloire, Thèbes encombrée de dieux et de magnificence, foyer de lumière du monde aux plus anciennes périodes historiques, tandis que notre Occident septentrional dormait toujours, que la Grèce et l’Assyrie à peine s’éveillaient, et que seule, là-bas vers l’Orient extrême, une humanité d’autre espèce, la Jaune, appelée à suivre en tout des voies différentes, venait de fixer pour jusqu’à nos jours les lignes obliques de ses toits cornus et le rictus de ses monstres.

Eux, les hommes de Thèbes, s’ils voyaient encore trop lourd et trop colossal, au moins ils voyaient droit, ils voyaient calme, en même temps qu’ils voyaient éternel ; leurs conceptions, qui avaient commencé d’inspirer celles de la Grèce, devaient ensuite inspirer un peu les nôtres ; en religion, en art, en beauté sous tous ses aspects, ils furent autant que les Aryens nos grands ancêtres.

Plus tard encore, seize cents ans avant Jésus-Christ, à l’une des apogées de cette ville qui connut tant de fluctuations au cours de son interminable durée, des rois fastueux voulurent faire surgir du sol, déjà chargé de temples, ce qui est encore aujourd’hui la plus saisissante merveille de ces ruines : la salle hypostyle, dédiée au dieu Amon, avec sa forêt de colonnes, monstrueuses comme des troncs de baobab et hautes comme des tours, auprès desquels les  piliers de nos cathédrales semblent ne plus compter. En ces temps-là, les mêmes dieux régnaient à Thèbes depuis trois mille ans, mais se transformaient peu à peu suivant l’essor progressif de la pensée humaine, et Amon, l’hôte de cette salle prodigieuse, s’affirmait de plus en plus comme maître souverain de la Vie et de l’Éternité. L’Égypte pharaonique s’acheminait vraiment, malgré les révoltes, vers la notion de l’unité divine, on pourrait même dire vers la notion d’une pitié suprême, puisqu’elle avait déjà son Apis, émané du Tout-Puissant, né d’une mère vierge et venu humblement ici-bas pour connaître la souffrance.

Après que Sethos Ier et les Ramsès, en l’honneur d’Amon, eurent achevé ce temple, le plus grand sans doute et le plus durable du monde, on continua encore pendant une quinzaine de siècles, avec une persistance qui ne se lassait point, à entasser alentour ces blocs de granit, de marbre, de calcaire dont l’énormité nous confond. Même pour les envahisseurs de l’Egypte, Grecs ou Romains, la ville aïeule des villes demeurait imposante et unique ; ils réparaient ses ruines, ils y bâtissaient toujours des temples et des temples en un style presque immuable ; jusqu’en ces époques de décadence, tout ce qui surgissait de ce vieux sol sacré s’imprégnait un peu, semblait-il, de l’antique grandeur.

Et c’est seulement quand dominèrent ici les premiers chrétiens, puis après eux les musulmans iconoclastes, que la destruction fut décidée. Pour ces croyants nouveaux qui, dans leur naïveté, se figuraient posséder l’ultime formule religieuse et connaître par son vrai nom le grand inconnaissable, Thèbes devint le repaire des faux dieux, l’abomination des abominations, qu’il fallait anéantir.

On se mit donc à l’œuvre, pénétrant avec crainte toutefois dans les sanctuaires trop profonds et trop sombres, mutilant d’abord les milliers de visages dont le sourire faisait peur et s’épuisant à déraciner des colonnes qui sous l’effort des leviers ne bougeaient même pas. Il y avait fort à faire, car tout cela était aussi solide que les mas géologiques, rochers ou promontoires ; mais durant cinq ou six cents ans la ville resta livrée à la fantaisie des profanateurs.

Ensuite vinrent des siècles de silence, sous ce linceul des sables du désert qui s’épaississait chaque année pour ensevelir, et comme pour nous conserver, ce reliquaire sans égal.

[…] Et puis, ce qui surprend et oppresse à Thèbes, c’est le peu d’espace libre, le peu de place qui restait pour les foules, dans des salles pourtant immenses : entre les murailles, tout était encombré par les piliers ; les temples étaient à moitié remplis par leurs colossales futaies de pierres. C’est que les hommes qui bâtirent Thèbes vivaient au commencement des temps et n’avaient pas encore trouvé cette chose qui nous paraît aujourd’hui si simple : la voûte. Ils étaient cependant de merveilleux précurseurs, ces architectes ; déjà ils avaient su dégager de la nuit quantité de conceptions qui sans doute, depuis les origines, sommeillaient en germe inexplicable dans le cerveau humain : la rectitude, la ligne droite, l’angle droit, la verticale, dont la nature ne fournit nul exemple ; même la symétrie, qui à bien réfléchir s’explique moins encore, la symétrie, qu’ils employaient avec maîtrise, sachant aussi bien que nous tout l’effet qu’on peut obtenir par la répétition d’objets semblables placés en pendant de chaque côté d’un portique ou d’une avenue. Mais la voûte, non, ils n’avaient pas inventé cela ; alors, comme il y avait pourtant une limite à la grandeur des dalles qu’ils pouvaient poser à plat comme des poutres, il leur fallait ces profusions de colonnes pour soutenir là-haut leurs plafonds effroyables ; c’est pourquoi il semble que l’air manque, il semble que l’on étouffe au milieu de tant de temples, dominés, obstrués par la rigide présence de tant de pierres. Et encore, on y voit clair aujourd’hui là-dedans ; depuis que sont tombées les roches suspendues qui servaient de toiture, la lumière descend à flots partout. Mais jadis, quand une demi-nuit régnait à demeure dans les salles profondes, sous les immobiles carapaces de grès ou de granit, tout cela devait paraître si lourdement sépulcral, définitif et sans merci comme un gigantesque palais de la Mort ! Un jour par année cependant, ici à Thèbes, un éclairage d’incendie pénétrait de part en part les sanctuaires d’Amon, car l’artère milieu est ouverte au nord-ouest, orientée de telle façon qu’une fois l’an, une seule fois, le soir du solstice d’été, le soleil à son coucher y peut plonger ses rayons rouges ; au moment où il élargit son disque sanglant pour descendre là-bas derrière les désolations du désert de Libye, il arrive dans l’axe même de cette avenue, de cette suite de nefs, qui a huit cents mètres de longueur. Jadis donc, ces soirs-là, il glissait horizontalement sous les plafonds terribles – entre ces piliers alignés qui sont hauts comme notre colonne Vendôme – [Loti exagère plus qu’un peu : la colonne Vendôme, avec ses 40 mètres est deux fois plus haute…] , puis venait jeter pour quelques secondes ses teintes de cuivre en fusion jusque dans l’obscurité du saint des saints. Et alors tout le temple retentissait d’un fracas de musique ; au fond des salles interdites, on célébrait la gloire du dieu de Thèbes…

Pierre Loti        La mort de Philæ.1909      Voyages 1872-1943     Bouquins Robert Laffont 1991

Dans l’actuel Pérou, à proximité de Huancavelica, 225 km au sud-est de Lima, les hommes extraient le cinabre, un sulfure de mercure qui est un pigment de choix utilisé dans les cultures précolombiennes. C’est aujourd’hui le plus vaste gisement de mercure au monde. Il n’est pas impossible que ce soit cette activité minière qui ait conduit à l’émergence de sociétés hiérarchisées d’Amérique du sud : la culture Chavin, de ~800 à ~ 400, puis la civilisation inca , 1 200 – 1 532.

~ 1372 ~ 1354                         Akhénaton, – agréable à Aton – non content d’avoir la plus belle des femmes, [qui lui donna six filles] – Néfertiti – la belle est venue -, voue un culte à Aton, le dieu Soleil et veut remplacer les très nombreux cultes par celui du seul Aton : c’est la révolution armanienne [Le mot n’a rien d’outrancier : il fit brûler tous les livres religieux antérieurs à son règne. Armanienne, car sa nouvelle capitale était Tell al-Armana, qu’il rebaptisa Akhétaton]. Le tout aussi nombreux clergé – 81 322 prêtres à Karnak ! – fit de cette tentative un échec, aidé en cela par la raison bien chancelante du souverain sur la fin de son règne.

Amenhotep IV –Akhénaton -, fils du grand Amenhotep III, était laid et chétif, le regard triste, la tête énorme et même disproportionnée, les lèvres épaisses et affaissées, le ventre mou et ballonné. Ce grand malade souffrait de crises d’épilepsie et était sujet aux visions hallucinatoires, ce qui pourrait expliquer son évolution religieuse face à la montée en puissance du clergé d’Amon, devenu un véritable second pouvoir.

Bernard Lugan          Histoire de l’Afrique. Des origines à nos jours.            Ellipses 2009

Les vieux gardiens du savoir et leur vision bien établie de l’Univers prévalurent.

Colin Ronan

Son fils et successeur, Toutankhamon, ne sera pas l’enfant de Néfertiti, mais celui de la propre sœur d’Akhenaton, Ankhesenamor, ou d’une inconnue baptisée Youg Lady, matricule KV 35 YL. Tout aussi dégénéré que son père, son ascendance incestueuse n’avait pas arrangé ses affaires : crises d’épilepsie, déséquilibre hormonaux, pied bot et donc mauvais conducteur de char etc… Il eut 2 enfants qui moururent vite. Il décédera de paludisme et de nécrose vasculaire aggravée par une affection congénitale due à la maladie de Köhler, une lésion des tissus osseux.

Masque funéraire de Toutânkhamon, exposé dans le musée égyptien du Caire.

Masque funéraire de Toutânkhamon. Musée égyptien du Caire.

Il nous reste de fort beaux hymnes solaires : la ressemblance est frappante avec le psaume 104, écrit quelque 700 ans plus tard :

Hymne à Aton

Quand tu te couches à l’horizon de l’ouest…
La terre est plongée dans les ténèbres
Semblable à la mort…
Le lion quitte son antre,
Les créatures rampantes sortent leur dard.
A l’aube, quand tu te lèves à l’horizon…
Le soleil se lève, ils se retirent…

Tu chasses les ténèbres….
Les hommes s’éveillent, se lèvent
Dans le monde entier ils se mettent au labeur.
Que tes œuvres sont nombreuses !
Elles sont cachées au regard des hommes,
Ô seul dieu, qui n’a pas d’égal.
Tu as crée la terre selon ta volonté.

Psaume 104

Tu poses la ténèbre, c’est la nuit
Toutes les bêtes des forêts s’y remuent,
Les lionceaux rugissent après la proie…
L’homme sort pour son ouvrage
faire son travail jusqu’au soir.
Que tes œuvres sont nombreuses, Yahvé !
Toutes, avec sagesse, tu les fis.
La terre est remplie de ta richesse.

et des chants d’amour d’une grande limpidité

Voilà sept jours que je n’ai vu la bien-aimée.
La langueur s’est abattue sur moi.
Mon cœur devient lourd.
J’ai oublié jusqu’à ma vie.

Même si les premiers des docteurs viennent à moi,
Mon cœur n’est point apaisé par leurs remèdes…
Ce qui me ranimera, ce sera de me dire : La voici !
C’est son nom seul qui me remettra sur pied…

Ma sœur me fait plus d’effet que tous les remèdes ;
Elle est plus, pour moi, que toutes les prescriptions réunies.
Ma guérison, c’est de la voir entrer ici :
Quand je la regarde, alors je suis à l’aise….

Quand je la baise, elle chasse de moi tous les maux !
Hélas ! depuis sept jours elle m’a quitté.

S’en aller aux champs est délicieux
Pour celui qui est aimé.
La voix de la sarcelle,
Qui à son appât se trouve prise, se plaint.
De ton amour qui me retient
Je ne puis me délivrer.

Papyrus Harris 500

Un des lieux de pouvoir d’Akhénaton se trouvait à El Armana, en moyenne Égypte. Dans les années 1 890 ap J.C. des paysans y découvriront quelques 300 tablettes d’argile : chose curieuse, ces documents n’utilisaient ni les hiéroglyphes locaux, ni la langue égyptienne, mais la langue akkadienne, transcrite en caractères cunéiformes : le lieu n’était autre que le bureau des affaires étrangères du pharaon et le courrier n’est pas du courrier départ mais du courrier arrivée, en provenance des petits roitelets du pays de Canaan, dont Abdi-Heba, modeste roi d’Urushalim, qui va devenir Jérusalem.

Abdi Heba, qui règne sur Urushalim, vers 1 340 avant notre ère, est avant tout préoccupé de sa sécurité. Il réclame avec insistance la protection de son maître et l’envoi de troupes. : Je me trouve comme un navire au milieu de la mer. La main puissante du roi a pris le pays de Nahrima et la pays de Kashi, mais maintenant les Apiru ont pris les villes mêmes du roi. Pas un seul maire [vassal] ne reste au roi ; tous sont perdus. Vois, Turbazu a été tué à la porte de la ville de Silu. Le roi n’a rien fait. Vois, des serviteurs qui s’étaient joints aux Apiru ont frappé Zimreda de Lakisu […] Le roi n’a rien fait. […]

Que le roi pourvoie aux besoins de son pays et qu’il veille à ce que ses archers s’avancent dans son pays, conclut Abdi-Heba en proie à une manifeste terreur sur son avenir proche.

Avec raison : les fameux Apiru sont omniprésents dans les lettres d’El-Amarna. Ces bandits sociaux, ces maraudeurs un peu mercenaires, semblent fédérer des soulèvements locaux. Ils rançonnent et écument le pays de Canaan, n’hésitant pas à prendre des villes et à tuer des vassaux de pharaons.

[…] S’il n’y a pas d’archers, le pays du roi passera aux Apiru, prévient Abdi-Heba dans une autre lettre.

Quand il ne réclame pas de l’aide contre les Apiru, Abdi-Heba dément, auprès de son suzerain, les calomnies proférées contre lui par d’autres vassaux. Et les met en cause à son tour. Dans une des tablettes, il accuse en particulier le fils d’un certain Labayu, roi de Sichem, d’avoir rallié les insurgés. Une lettre au pharaon signé du même Labayu indique que le roi d’Egypte a bel et bien réagi. En outre, le roi a écrit pour mon fils. Je ne savais pas que mon fils était le compagnon des Apiru. Dès maintenant, je le livre à Addaya [sans doute l’envoyé du pharaon]. Avec un sens certain de l’inflation verbale, Labayu fait amende honorable et conclut : Comment, si le roi m’écrivait : Plonge un poignard de bronze dans ton cœur et meurs !  comment n’exécuterais-je pas l’ordre du roi ?

Stéphane Foucart Le Monde 17 juillet 2010

En 2 010, un petit morceau – 2 cm sur 3 – d’une lettre de cette même série, sera trouvé dans le remblai d’une construction plus récente de Jérusalem : il s’agit donc d’un courrier non envoyé, qui sera facilement identifié par le rapprochement fait avec les courriers arrivés à El Armana. Le journal Le Monde du 17 juillet 2010, par addiction au scoop, en fera ses gros titres : la plus vieille lettre de Jérusalem… il en va de la crédibilité du récit biblique etc… quand cette découverte n’est qu’anecdotique et vient simplement nous apprendre qu’il y a déjà bien longtemps, certaines lettres étaient écrites et jamais envoyées, puisque tout ce qu’il y avait à apprendre sur le sujet était contenu dans les tablettes d’El Armana, autrement plus parlantes et découvertes plus d’un siècle auparavant.

~ 1 286                        Ramsès II a 29 ans. Les Hittites d’Anatolie représentent une menace constante pour l’Egypte : il s’en va les combattre à Qadesh, sur le fleuve Oronte (Nord de Damas). Il va se glorifier de cette bataille, à l’issue en fait très incertaine. Une partie des chars hittites se serait noyée dans un marais. On y fait mention pour la première fois de ceux que l’on nommera les peuples de la mer : les Sherden, venus de Sardaigne, alliés pour l’heur aux Égyptiens, et les Lukka, venus de la côte sud de l’Anatolie, alliés aux Hittites.  C’est la première bataille dont on ait eu une relation circonstanciée, d’une part dans le bulletin, au style plutôt militaire, mais aussi dans le Poème de Pentaour – du nom du scribe qui prit la dictée de Ramsès – , bel exemple de l’installation de la légende par l’autocélébration :

Alors Sa Majesté partit au galop et pénétra dans la horde des vaincus du Khatti, étant tout seul, aucun autre avec lui. Aussi Sa Majesté se mit à regarder autour de lui et il trouva que 2 500 chars l’entouraient, composés des meilleurs guerriers des vaincus du Khatti et des nombreuses contrées étrangères qui étaient avec eux. D’Arzawa, de Masa et Pidasa, étant trois hommes par char, agissant en force, alors qu’il n’y avait aucun officier supérieur avec moi, pas de charriers, pas de soldats de l’armée, pas de porte-boucliers, mon infanterie et ma charrerie s’étant dispersées devant eux et pas un n’étant resté pour les combattre…

Est-ce le rôle d’un père d’ignorer son fils ? Ai-je fauté envers toi ?… Je n’ai en rien désobéi à ce que tu m’as commandé ! Tiendras-tu compte, ô Amon, de ces Asiatiques si vils et si ignorants de Dieu ? Ne t’ai-je pas érigé de nombreux monuments et rempli ton temple de butins ? Construit pour toi ma Maison de Millions d’Années ?… Je t’ai offert tous les pays ensemble pour enrichir tes offrandes… et j’ai fait faire les sacrifices pour toi de dix milliers de têtes de bétail et toutes sortes d’herbes à parfum… J’ai construit pour toi de grands pylônes, et érigé leurs mâts, moi-même, apportant pour toi des obélisques d’Eléphantine ; j’ai même fait le carrier et j’ai conduit pour toi des bateaux sur le Grand Vert [7], pour t’apporter des produits des pays étrangers… Fais le bien pour celui qui s’en remet à toi…

J’ai trouvé Amon plus utile que des milliers de fantassins, que des centaines de milliers de charriers et même que dix milliers de frères et d’enfants unis d’un seul cœur ! Ô Amon, je n’ai pas outrepassé ta volonté. Vois, j’ai prié aux confins des pays étrangers et ma voix a atteint la ville d’Héliopolis du sud. J’ai trouvé Amon quand je l’ai appelé… Il m’appelle derrière moi, comme si nous étions vis-à-vis : Je suis avec toi, je suis ton père, ma main est avec toi, je suis plus utile que des centaines de milliers d’hommes. Je suis le seigneur de la victoire !

Je trouvais à nouveau que mon cœur était fort, en sentais ma poitrine en joie… J’étais comme Montou. Je tirais sur ma droite et capturais sur ma gauche ! A leurs yeux, j’étais comme Soutekh en action. Je voyais les 2 500 chars, au milieu desquels je me trouvais, s’écoulant devant mon attelage. Aucun ne possédait plus de main pour me combattre ; tous leurs bras étaient faibles, ils étaient incapables de tirer… Ils n’avaient pas le cœur de tenir leurs javelots ! Je les fis plonger dans l’eau comme plongent les crocodiles. Je semais la mort dans leur masse, comme je voulais. Quiconque parmi eux tombait ne pouvait plus se relever.

J’ai vaincu des millions de pays étrangers, étant seul avec mon attelage : Victoire-dans-Thèbes et Moult-est-satisfaite, mes grands chevaux. C’est en eux que j’ai trouvé un appui lorsque j’étais seul, combattant de nombreux pays étrangers. Moi-même, je continuerai à leur faire manger leur nourriture, en ma présence, chaque jour, lorsque je serai dans mon palais. C’est eux que j’ai trouvés au milieu de la bataille avec mon écuyer Menna, les échansons de ma maison qui étaient à mes cotés, mes témoins en ce qui concerne le combat…

*****

J’aime les Hittites, cette civilisation rustique et si clémente qui dort sous trois mille ans d’humus de feuilles de saules anatoliens… J’aime les Hittites parce qu’ils détestaient les chicanes. Tout ce que je connais d’eux n’est qu’une inlassable exhortation au bon sens. S’il fallait vraiment faire la guerre, alors ils la gagnaient, grâce à une charioterie incomparable et une tactique pleine d’astuces de derrière les fagots. Ramsès II a eu tort de leur chercher querelle. Malgré ses bas-reliefs triomphalistes, il s’est bel et bien fait rosser. J’ai revu cette empoignade sur l’Oronte comme si j’y étais : la poussière soulevée par les chars, les tiares, les cris d’agonie, les contingents grecs et philistins engagées contre l’Egypte, les bijoux sonores des putains qui suivaient les deux armées.

Nicolas Bouvier     Le Poisson Scorpion. 1982

vers ~ 1 270                 Selon la Bible, Nb 1, 46, emmené par Moïse, le peuple hébreu sort d’Egypte, pour la Terre Promise. Les textes parlent de 603 550 hommes, quand aujourd’hui, on admet qu’il s’agit tout au plus de quelques centaines. Ramsès affirme que le voyage est sans issue : Le désert s’est refermé sur eux. De fait, la génération partante n’arrivera pas en Terre Promise, et après 40 ans de pérégrinations, moult tribulations, se nourrissant de la manne céleste, parvenu en vue de la Terre de Canaan, d’Urushalim – qui va devenir Jérusalem – Moïse mourra avant d’y entrer. Mais l’événement n’eut pas en réalité le retentissement qu’en donne la Bible : on n’en trouve nulle mention dans les écrits égyptiens de l’époque, pourtant fort nombreux. Et il serait bien possible que le statut des Juifs en Egypte se soit apparenté beaucoup plus à celui de travailleur immigré qu’à celui d’esclave, ce qui, quoi qu’on en dise, n’est pas tout à fait la même chose. La manne, si elle n’est pas céleste, existe bel et bien : elle est le produit d’une sécrétion du tamaris consécutive à la piqûre d’une cochenille endémique au Sinaï. Les Hébreux la récoltaient dès le matin, car, à partir d’une température supérieure à 21 °, les fourmis s’avéraient des concurrentes contre lesquelles il était inutile de prétendre lutter. Le mot vient de l’hébreu mâm hû – qu’est ce que c’est – , question que posèrent les Hébreux quand ils la découvrirent pour la première fois.

Et après [un orage de grêle], je regarde la terre, d’où montent tous ces parfums ; elle est recouverte de graines blanches, comme de grêlons après une averse… Cela ressemble à la manne, ce que le vent et la pluie de cette nuit ont apporté et presque amoncelé devant nos tentes… Je ramasse ces choses « menues et rondes », graines blanches, très dures, ayant un peu goût de froment – fruits desséchés de ces courtes plantes épineuses qui, en certaines régions, tapissent ici les montagnes.

Pierre Loti        Le Désert [du Sinaïe]     Février 1894

~ 1 207                         Une stèle érigée par le pharaon Merneptah, fils de Ramsès II, fait état d’une grande victoire remportée sur un peuple nommé Israël. C’est l’une des plus anciennes mention d’Israël dans un texte extra biblique, et d’un Israël chez lui, en terre de Canaan, et non en Egypte.

vers ~ 1 200                  A 30 km de l’actuel Nancy, dans la vallée de la Seille, l’homme extrait le sel de la saumure prélevée dans des puits ; les quantités de bassins et de fourneaux trouvés par les archéologues permettent de parler de production industrielle, couvrant une centaine d’hectares. L’alimentation de ces fours demande des coupes importantes de bois ; la déforestation entraîne l’érosion. Les fours doivent être refaits fréquemment et ce sont d’énormes quantités de briquetage qui viennent boucher la vallée, qui s’aplanit, s’envase ; la rivière s’enfonce et devient souterraine. Le lieu devient malsain à telle enseigne qu’au XVIII° siècle, dans les cahiers de doléance, les habitants demanderont l’assèchement du marais et l’arrêt des salines qui consomment le rare bois disponible. Leur santé est fragile ; très humides, les maisons ne sont pas chauffées pour cause de pénurie de bois. L’hiver, il n’est pas rare que les enfants meurent dans leur lit.

décembre de ~ 1 259           Ramsès II a 46 ans : il conclut avec Hattousil, le souverain hittite du Khatti le premier traité de paix connu, rédigé par les juristes de Hattousil en babylonien sur une tablette d’argent. Ramsès le fera graver en hiéroglyphes (que déchiffrera Champollion) sur les murs de Karnak… 15 ans plus tard, il épousera en grandes pompes la fille de Hattousil :

Le traité que le grand maître du Khatti, le héros, fils de Moursil, le grand maître du Khatti, le héros, petit fils de Soupillouliouma, le grand maître du Khatti, le héros, fit rédiger sur une tablette d’argent pour Ousermaâtrê Sétepenrê, le grand roi d’Égypte, le héros, fils de Menmaâtrê, le grand roi d’Égypte, le héros :
ce traité de paix et de fraternité honnête, qu’il donne la paix et la fraternité entre nous, grâce à ce traité entre le Khatti et l’Égypte, pour l’éternité !
En ce qui concerne Mouwattali, le grand maître du Khatti, il combattit le grand souverain d’Égypte. Lorsqu’il eut succombé à son destin, Hattousil prit sa place sur le trône de son père… Aujourd’hui il s’est mis d’accord par un traité pour établir la relation que Rê a faite, entre la terre d’Égypte et la terre du Khatti, pour écarter les hostilités entre eux, à jamais… Que les enfants du grand maître du Khatti demeurent en paix et en fraternité avec les enfants des enfants de Ramsès. Le grand maître du Khatti ne violera jamais la terre d’Égypte pour la piller. Ousermaâtrê Sétepenrê, le grand roi d’Égypte, n’envahira jamais la terre de Khatti pour la piller…
Quant à l’ancien traité en vigueur à l’époque de Soupillouliouma, le grand maître du Khatti, de même que le traité permanent datant de l’époque de Mouwattali, le grand maître du Khatti, mon père, j’y souscris à présent. Vois, Ramsès, le grand roi d’Égypte, maintient la paix qu’il a conclue avec nous à partir de ce jour…
Si un ennemi quel qu’il soit attaque les territoires d’Ousermaâtrê Sétepenrê le grand roi d’Égypte, et que ce dernier envoie son messager au grand maître du Khatti pour lui dire :  » Viens à mon secours et marchons contre lui « , le grand maître du Khatti viendra à son secours et massacrera l’ennemi.
Si, cependant, le grand maître du Khatti ne veut pas lui-même venir combattre, qu’il envoie ses troupes et ses chars pour battre les ennemis.
  • Extradition de réfugiés puissants
Si un homme important s’enfuit du pays d’Égypte et arrive dans le pays du grand maître du Khatti, ou dans une ville, ou dans une région qui appartiennent aux possessions de Ramsès-aimé-d’Amon, le grand maître du Khatti ne doit pas le recevoir. Il doit faire ce qui est nécessaire pour le livrer à Ousermaâtrê Sétepenrê, le grand roi d’Égypte, son maître.
  • Extradition de simples réfugiés
Si un ou deux hommes sans importance s’enfuient et se réfugient dans le pays de Khatti pour servir un autre maître, il ne faut pas qu’ils puissent rester dans le pays de Khatti ; il faut les ramener à Ramsès-aimé-d’Amon, le grand roi d’Égypte.
  • Amnistie pour les réfugiés
Si un Égyptien, ou encore deux ou trois, s’enfuient d’Égypte et arrivent dans le pays du grand maître du Khatti, […] dans ce cas, le grand maître du Khatti l’appréhendera et le remettra à Ramsès, grand souverain d’Égypte : il ne lui sera pas reproché son erreur, sa maison ne sera pas détruite, ses femmes et ses enfants auront la vie sauve et il ne sera pas mis à mort. Il ne lui sera infligé aucune blessure, ni aux yeux, ni aux oreilles, ni à la bouche, ni aux jambes. Aucun crime ne lui sera imputé (suit la clause de réciprocité du côté hittite, empruntant exactement les mêmes termes).
  • Dieux des deux pays témoins du traité
En ce qui concerne les paroles du traité que le grand maître du Khatti a échangées avec le grand roi d’Égypte Ramsès-aimé-d’Amon, elles sont inscrites sur cette tablette d’argent. Ces paroles, mille dieux et mille déesses du pays de Khatti, et mille formes divines mâles et femelles les ont entendues et en sont les témoins : le soleil mâle maître du ciel, le soleil féminin de la ville d’Arinna.
Seth du Khatti, Seth de la ville d’Arinna, Seth de la ville de Zippalanda, Seth de la ville de Pittiyarik, Seth de la ville de Hissaspa, Seth de la ville de Saressa, Seth de la ville de Haleb (Alep), Seth de la ville de Luczina, Seth de la ville de Nérik, Seth de la ville de Noushashé, Seth de la ville de Shapina, Astarté de la terre du Khatti
[…] la déesse de Karahna, la déesse du champ de bataille, la déesse de Ninive […] la reine du ciel, les dieux maîtres du serment, la souveraine des montagnes et des fleuves du pays de Khatti, les dieux du pays de Kizzouwadna, Amon, Rê et Seth, les formes divines mâles et femelles, les montagnes et les fleuves du pays d’Égypte ; le ciel ; la terre ; la grande mer ; les vents ; les nuages ; l’orage.
  • La protection du traité
En ce qui concerne les paroles qui sont gravées sur cette tablette d’argent de la terre de Khatti et de la terre d’Égypte, les mille formes divines de la terre de Khatti et les mille formes divines de la terre d’Égypte détruiront la maison, la terre et les serviteurs de celui qui ne les respecterait pas.
Quant à celui qui respectera ces paroles inscrites sur cette tablette d’argent, Hittite ou Égyptien, et qui en tiendra compte, les mille formes de la terre de Khatti et les mille formes divines de la terre d’Égypte lui assureront prospérité et vie, à sa maison, son pays, ses serviteurs.
Il fit construire entre autres les temples rupestres d’Abou Simbel, en amont de la première cataracte, que la mise en service du barrage d’Assouan, 3 200 ans plus tard, obligera à déménager sur une colline voisine, 300 mètres plus haut, travaux de Titans confiée aux bons soins de l’UNESCO.

www.culture.gouv.fr/culture/arcnat/thebes/fr/index.html

~ 1 235                          Les Assyriens s’emparent de Babylone et de ses trésors. Trente ans plus tard, ils contiendront non sans mal les tribus barbares, et verront leur royaume réduit à un noyau autour de Ninive et Assour.

vers ~ 1 200                  Apogée de la civilisation olmèque au Mexique, sur la rive sud du golfe éponyme. On ne connaît pas le nom de cette civilisation, aussi lui a-t-on donné celui des Indiens qui s’y trouvaient lors de l’arrivée de Christophe Colomb. Olmèque signifie l’homme du pays du caoutchouc. Peuple de sculpteurs qui laissera d’importants vestiges d’une civilisation qui avait grandement développé les canalisations d’eau, qui avait de grands centres urbains et pour divinité principale, le jaguar. Les sites de San Lorenzo, La Venta et Tres Zapotes regroupent 18 statues monumentales.

Ce XII° siècle va voir s’enchaîner les catastrophes sur le Proche Orient : disparition de l’Empire hittite d’Asie Mineure, le Hatti, incendie et destruction des palais mycéniens, Tirynthe, Mylos : les tremblements de terre y eurent sans doute leur part, mais peut-être aussi, un important réchauffement général ne laissant de vie possible que sur les hauteurs exposées aux vents d’ouest et proches de la mer : golfe de Corinthe, Attique, Rhodes, Chypre Thessalie, Épire… Ailleurs, les populations se seraient enfuies, affamées. Peut-être aussi une excessive pression fiscale fit elle émigrer des peuplements dans des régions moins facilement imposables, avec un retour en force de l’insécurité, On ne sait là-dessus rien avec certitude sinon que la nuit va s’installer pour un demi millénaire environ. Sous la pression des Doriens, dits encore Araméens dits encore peuples de la mer, les Grecs commencent à émigrer vers les côtes d’Asie mineure. Ces mouvements vont durer environ 200 ans. On connaît un peu mieux aujourd’hui ces peuples de la mer : ils se nommaient Sherden, venus de Sardaigne, Shekelesh, de Sicile, Ekwesh, de Macédoine, Lukkas, de la côte sud de l’Anatolie, Teresh, d’Italie centrale, Peleset, de Crète, Tjekker de la côte anatolienne sur la Mer Noire, Denyen, d’Albanie, Wesheh, de l’ouest de l’Anatolie.

Entre 1200 et 1180 avant notre ère, à la toute fin de l’âge du bronze, ce ne sont pas seulement Troie et les villes de Grèce continentale qui sont détruites : celles des côtes anatoliennes le sont aussi. Dans l’intérieur des terres, les principales cités de l’Empire hittite, qui régnait depuis un demi-millénaire sur l’Anatolie et la Haute Mésopotamie, sont ravagées. Plus au sud, les principaux centres urbains de Chypre sont dévastés. Sur le territoire de l’actuelle Syrie, les cités d’Ougarit, d’Alep, d’Emar, de Kadesh et de Qatna sont elles aussi anéanties. Toujours plus au sud, au Levant, ce sont Akko, Megiddo, Ashdod ou encore Ashkelon qui font les frais d’impitoyables destructions. La violence et le chaos semblent s’abattre sur l’ensemble de la région. Les systèmes politiques s’effondrent, l’économie s’arrête. La Méditerranée orientale entre dans une période de quatre siècles de régression culturelle, de rétrécissement des pouvoirs politiques, de simplification des sociétés. Seul  le bien nommé Pays éternel, l’Egypte, demeure tel qu’en lui-même.

Que s’est-il passé ? Le matériel archéologique ne permet pas toujours de connaître avec certitude les causes de ces destructions en série. Mais bien souvent, les archéologues découvrent des murs effondrés, les traces de terribles incendies, le tout arrosé de pointes de flèche  et de balles de fronde, signes de violents combats… Comme si une ou plusieurs armées avaient systématiquement mis à sac, en quelques années, les grandes cités de la région. Comme si chacune avait connu sa propre guerre de Troie.

Parfois, les tablettes retrouvées dans les ruines des palais abandonnés témoignent directement des événements. Ainsi le dernier souverain du royaume d’Ougarit, un dénommé Ammurapi, écrit-il au début du XIIe  siècle avant J.-C. à son suzerain le roi de Chypre, qu’il nomme mon père, selon les usages diplomatiques de l’époque : Mon père, les navires ennemis sont venus. Ils ont mis le feu à des villes et ont commis d’horribles choses dans le pays. (…)  Les sept navires ennemis qui sont venus nous ont fait beaucoup de mal. Si les navires ennemis reviennent, fais m’en rapport afin que je le sache. Selon toute vraisemblance, ces mots de terreur confiés à l’argile n’auront pas  le temps d’être envoyés avant le retour de l’ennemi. La missive n’a pas été retrouvée chez son destinataire mais à Ougarit, dans le palais même d’Ammurapi, là où les tablettes devaient être cuites avant d’être acheminées. On ignore ce qu’il advint du roi, mais le sort de sa ville ne fait aucun doute : Ougarit est assiégée, prise, mise à sac et enfin détruite par le feu, sans doute vers 1185 avant J.-C.

Qui est le redoutable adversaire dont parle Ammurapi ? La clé ou plutôt l’une des clés de l’énigme est peut-être inscrite sur les murs du temple de Médinet Habou, en Haute Egypte, où Ramsès  III a fait inscrire les événements marquants de son règne. Pour sa huitième année, soit 1177 avant J.-C., il déclare : Les pays étrangers firent une conspiration dans leurs îles. D’un coup, ils quittèrent en masse leurs terres pour combattre. Nul pays ne résista devant leurs bras (…).  Ils établirent leur camp en un lieu du pays d’Amurru, dont ils dévastèrent le peuple et dont ils désolèrent tant la terre que ce fut comme si elle n’avait jamais été. Puis ils avancèrent vers l’Egypte, mais le feu était préparé devant eux. Leur confédération comprenait les Peleset, les Tjekker, les Shekelesh, les Danouna, les Weshesh. Ayant déjà fait tant de conquêtes, ils se disaient, le cœur plein de confiance : Nos plans réussiront. La suite fait état d’une bataille conduite à l’embouchure du Nil dont les troupes égyptiennes sortent victorieuses : nombre d’assaillants sont tués, d’autres sont emmenés, captifs, promis à une vie de servitude.

Ces terribles guerriers arrêtés par l’Egypte mais dont les navires terrorisent toute la région, l’égyptologue français Gaston Maspero (1846-1916) les a baptisés peuples de la mer. L’expression est restée. Sont-ils les véritables tombeurs de Troie, comme l’imaginent certains archéologues ? Il est d’autant plus aisé de le penser qu’il se trouvait probablement des Grecs parmi eux. Dans l’Iliade, Homère utilise trois termes pour qualifier les Grecs rassemblés devant les remparts d’Ilion : il les nomme tantôt Achéens, tantôt Argiens, parfois Danéens. Or dès la fin du XIXe  siècle, l’égyptologue Emmanuel de Rougé (1811-1872) fait le lien entre l’Iliade  et l’inscription de Médinet Habou : dans les Danouna de Ramsès  III, il voit les Danéens d’Homère. C’est-à-dire des Grecs.

Les partisans de cette thèse aiment citer le quatorzième chant de l’Odyssée.  De retour dans son île d’Ithaque, mais toujours clandestin, Ulysse se fait passer pour un guerrier grec ayant participé au siège de Troie. Il raconte qu’à l’issue du pillage de la ville, il a armé neuf vaisseaux et mis le cap sur l’Egypte. Je fis mouiller dans le Nil les navires arqués. Alors, je demandai à mes fidèles compagnons de rester auprès du vaisseau pour le garder (…).  Mais pris par la violence et n’écoutant que leur ardeur, ils pillèrent bientôt les très beaux champs des Égyptiens, emmenèrent les femmes et les petits enfants, tuèrent les guerriers. L’alarme fut donnée en ville. (…)  La plaine se remplit de fantassins, de chars, d’éclairs de bronze. La suite du récit ne fait pas mystère de la débâcle : Plus d’un des nôtres fut tué, et plus d’un emmené vivant vers le travail forcé.

Pour certains historiens, la tradition pourrait avoir conservé, dans ces quelques vers de l’Odyssée, la mémoire d’une attaque conduite par des Grecs en Egypte – attaque qui pourrait bien être celle de 1177 avant J.-C., racontée par Ramsès  III. L’enchaînement des événements correspond d’ailleurs assez bien, la destruction de Troie étant légèrement antérieure à cette date. De plus, sur les murs du temple de Médinet Habou, les représentations des assaillants  évoquent parfois l’équipement des guerriers du monde égéen…

Des Grecs auraient été parmi les conjurés alors même que leur propre monde s’écroulait ? Nous en revenons à ce problème de dates. Les peuples de la mer étaient-ils des migrants venus du nord, ayant traversé le monde égéen en détruisant les palais des Grecs mycéniens avant de poursuivre vers l’Egypte ?, s’interroge l’historien britannique Michael Wood (université de Manchester). Ou étaient-ils en réalité composés de Grecs mycéniens – guerriers sans attaches, armées de mercenaires mises en mouvement par la destruction de la fragile stabilité de leur propre monde, pour des raisons économiques, sociales ou autres ?

La tradition elle-même semble appuyer ce dernier scénario. Car dès que Troie tombe, il n’est plus question de bravoure, de combats singuliers, de nobles querelles entre aristocrates.  Le  Sac d’Ilion, le poème attribué à Arctinos de Milet qui narre la fin de la cité, a certes été perdu, mais des résumés ultérieurs nous donnent la substantifique moelle de l’horreur sacrilège du saccage de la ville. Le bon Priam, son vieux roi, est abattu, et son cadavre laissé sans sépulture est jeté à ses chiens ; le sage Ulysse aux mille ruses arrache le fils du défunt prince troyen Hector, le petit Astyanax, des bras de sa mère Andromaque et le précipite du haut des remparts de la ville ; la belle Polyxène, fille  de Priam, est égorgée sur la tombe d’Achille ; une autre princesse troyenne, Cassandre, pourtant réfugiée dans le sanctuaire d’Athéna, est violée par Ajax avant d’être passée au fil de l’épée. L’héroïsme guerrier a disparu au profit  d’une  sauvagerie barbare.

La chute de Troie a comme un parfum de fin du monde. Il est vrai qu’il est tentant d’y  voir une sorte de métaphore de l’effondrement de la Méditerranée orientale résume l’archéologue Eric Cline. C’est peut-être la raison de l’extraordinaire pérennité de l’histoire, qui marquerait symboliquement la fin de l’âge du bronze et le début de l’âge du fer – un âge qui sera aussi celui de deux grandes inventions méditerranéennes : le monothéisme et la démocratie. Comme si, en somme, la guerre de Troie marquait la fin d’un monde, et le début du nôtre.

Stéphane Foucart                 Le Monde 22 août 2014

Les Tyriens viennent acheter aux Ibères les métaux de la Bétique – actuelle Andalousie – où ils ont des comptoirs comme Gadir – Cadix aujourd’hui -, Abdère, Malaga.

Dans les parties du Sahara encore suffisamment humides pour permettre un habitat, arrivée du cheval. Jusqu’alors gibier de prédilection des chasseurs, les populations d’Europe centrale se mettent à le domestiquer, pour lui faire tirer araire et char à roues : plus léger et plus intelligent que le bœuf, il va peu à peu le remplacer.

~ 1178                        Ramsès III parvient à arrêter la horde des peuples de la mer dans le delta du Nil, les contraignant à la dispersion ou l’installation au Proche Orient.

vers ~ 1 100                  Les Phéniciens fondent à l’est de l’actuelle Tripoli en Lybie un comptoir qui prendra le nom de Leptis Magna sous les Romains : un futur empereur y naîtra en 146 après J.C. : Septime Sévère, et rien ne sera trop beau pour sa ville natale : marbres de Grèce [massif du Pentélique, île de Paros] et d’Egypte, etc…

entre ~1 050 et ~ 950          Les Indiens (les habitants de l’Inde…)  maîtrisent la fusion du fer.

vers ~ 1 000                David, roi des tribus juives, conquiert Jérusalem, jusqu’alors ville des Jébuséens. Il en fera la capitale des 12 tribus d’Israël, à mi-chemin des 2 tribus du sud et des 10 du nord.

Dans ce qui est aujourd’hui le Nouveau Mexique, les Indiens zuñis et hopis, construisent des villages en terrasse, ont des habitats nichés dans les falaises, utilisent des réseaux d’irrigation et des retenues d’eau, connaissent la céramique, la vannerie et se tissent de vêtements en coton.

Aux antipodes, les aborigènes australiens alignent des pierres dressées, – les boras – dans les environs de cavernes aux murs peints : Cook découvrira tout cela en 1770. Pour fabriquer la céramique, les Chinois parviennent à atteindre des températures de 1 200°. Ils inventent les hauts fourneaux.

Et à mi-chemin, en Angleterre, des hommes bâtissent une plate-forme sur pilotis sur une île d’une rivière d’une cinquantaine de mètres de large, dans l’est du pays, nommé aujourd’hui Must Farm : tout cela prend feu et les décombres des maisons tombent à l’eau, vite recouverts de vase, ce qui permet au bois de se conserver en l’état et à fortiori, à tous les autres matériaux. C’est une entreprise de TP qui découvrira à la fin du XX° siècle les vestiges en prenant de l’argile dans une carrière proche, la rivière ayant depuis longtemps disparu. L’incendie a provoqué chez les occupants les mêmes réflexes que plus tard, à Pompéi : on abandonne tout, tissus, contenants encore emplis de nourriture, outils, armes, céramiques venues du continent, quand ce n’est pas des Balkans ! Tout un ensemble qui permettra des reconstitutions sur le mode de vie de ces gens comme il s’en en trouve rarement.

~ 969 à ~ 962             Le règne de Salomon, dernier Roi du peuple hébreu encore uni, est un âge d’or, portant l’empreinte d’un homme avisé, juste et riche. Le royaume recelait des richesses – les fameuses mines de cuivre, les céréales – et les richesses dont il ne disposait pas, il allait les chercher en Egypte – il épouse une fille de pharaon -, au pays de Tyr, en Ethiopie. Il passe contrat avec Hiram, le roi phénicien de Tyr pour la construction du Temple de Jérusalem : l’architecte en est Houram Abi, qui va faire travailler pendant 7 ans 170 000 ouvriers et 3 000 officiers.

Le roi Salomon construisit une flotte à Ezion-Guéber, qui est près d’Ailath sur les bords de la mer Rouge, dans le pays d’Edom. Et Hiram envoya sur les vaisseaux, auprès des serviteurs de Salomon, ses propres serviteurs, des matelots connaissant la mer. Ils allèrent à Ophir, et ils prirent quatre cent vingt talents d’or, qu’ils apportèrent au roi Salomon (…) Tous les vases à boire du roi Salomon étaient d’or, et toute la vaisselle de la maison de la forêt du Liban étaient d’or fin. Rien n’était d’argent ; on n’en faisait nul cas du temps de Salomon. Car le roi avait en mer des vaisseaux de Tharsis (Tartessos) avec les vaisseaux de Hiram ; une fois tous les trois ans, les vaisseaux de Tharsis arrivaient, apportant de l’or et de l’argent, de l’ivoire, des singes et des paons.

Livre des Rois, IX, 26-28 ; X, 21-22

Tyr était alors le plus important centre commercial de la Méditerranée :

Tu diras à Tyr, la ville installée au bord de la mer, le courtier des peuples dans des îles sans nombre : Ainsi parle le Seigneur Yahvé.
Tyr, toi qui disais : je suis un navire merveilleux de beauté.
En haute mer s’étendait ton empire,
Tes constructeurs t’ont faite merveilleuse de beauté.
En cyprès de Senir ils ont construit tous tes bordages.
Ils ont pris un cèdre du Liban pour te faire un mât.
Des plus hauts chênes de Bashân ils t’ont fait des rames.
Ils t’ont fait un pont d’ivoire incrusté dans du cèdre des îles de Kittim.
Le lin brodé d’Egypte fut ta voilure pour te servir de pavillon.
La pourpre 
[8] et l’écarlate des îles d’Elisha formaient ta cabine.
Les habitants de Sidon et d’Arvad étaient tes rameurs.
Et tes sages, ô Tyr, étaient à bord comme matelots.
Les anciens de Gebal et ses artisans étaient là pour réparer tes avaries.

Tous les navires de la mer et leurs marins étaient chez toi pour faire du commerce. Ceux de Perse et de Lud et de Put servaient dans ton armée, étaient tes gens de guerre. Ils suspendaient chez toi le bouclier et le casque. Ils te donnaient de la splendeur. Les fils d’Arvad et leur armée garnissaient tes murailles tout autour et veillaient sur tes bastions. Ils suspendaient leurs boucliers à tes murailles tout autour et contribuaient à parfaire ta beauté. Tarsis était ton client, profitant de l’abondance de tes richesses. On te donnait de l’argent, du fer, de l’étain et du plomb contre tes marchandises. Yahvan, Tubal et Meshek trafiquaient avec toi. Contre des hommes et des ustensiles de bronze ils échangeaient tes denrées. Ceux de Bet Togarma te pourvoyaient de chevaux, de coursiers et de mulets. Les fils de Dedân trafiquaient avec toi ; des rivages nombreux étaient tes clients ; les défenses d’ivoire et l’ébène te servaient de paiement. Edom était ton client grâce à la multitude de tes produits : il te donnait des escarboucles, de la pourpre, des broderies, du byssus, du corail et des rubis contre tes marchandises. Juda et le pays d’Israël eux-mêmes trafiquaient avec toi : ils t’apportaient en échange du grain de Minnit, de la cire, du miel, de la graisse et du baume. Damas était ton client grâce à l’abondance de tes produits, à la multitude de tes richesses : il te fournissait du vin de Helbôn et de la laine de Çahar. Dan et Yahvân, depuis Uzal, te pourvoyaient de fer forgé, de casse et de roseau, en échange de tes marchandises. Dedân trafiquait avec toi des couvertures de cheval. L’Arabie et tous les princes de Qédar eux-mêmes étaient tes clients : ils payaient en agneaux, béliers et boucs.

Les marchands de Sheba et de Rama trafiquaient avec toi : ils te pourvoyaient d’aromates de première qualité, de pierres précieuses et d’or contre tes marchandises. Harân, Cadé et Eden, les marchands de Sheba, d’Assur et de Kilmad trafiquaient avec toi. Ils faisaient trafic de riches vêtements, de manteaux de pourpre et de broderie, d’étoffes bigarrées, de solides cordes tressées, sur tes marchés. Les bateaux de Tarsis naviguaient pour ton commerce.

Tu étais donc riche et glorieuse au cœur des mers.

Ezéchiel , 27 La Bible de Jérusalem. 1956

L’unité ne va pas durer longtemps : en ~ 930, à la mort de Salomon se créent 2 royaumes : Roboam, fils et successeur désigné de Salomon doit s’affronter avec Jéroboam. Mais seules les tribus de Juda et de Benjamin se rallient à Roboam, qui crée le royaume de Juda, au sud. Les 10 autres tribus se rallient à Jéroboam, fondant le royaume d’Israël,

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[1] Orthographié aussi Imouthès.

[2] Où l’on voit encore aujourd’hui un obélisque inachevé de 42 mètre de long, pesant 1 168 tonnes.

[3] Du grec méso : milieu, potamos, fleuve : les deux fleuves que sont le Tigre et l’Euphrate.

[4] Des recherches récentes le situeraient pratiquement mille ans plus tard….

[5] Saumure parfumée ? Il pourrait bien s’agir de l’ancêtre de ce que les Romains nommeront garum ou encore liquamen, condiment à base de saumure dans laquelle on faisait macérer les abats de thon, de maquereau ou d’esturgeon, et encore sardines et anchois entiers… (l’actuel nuoc-mâm, à quelque chose près )

[6] Une nouvelle explication sur la nature des matériaux utilisés arrive en 2006 : les blocs des parties sommitales des pyramides ne seraient pas des pierres naturelles, mais une sorte de béton synthétique : les concentrations de silicium ne se retrouvent pas dans la pierre naturelle, et le mode de cristallisation naturelle ne peut pas expliquer les cristaux figurant dans ces éléments supérieurs. Selon Joseph Davidovits, les gens pensent que puisqu’on utilise des produits chimiques, il est très facile de trouver ces ingrédients dans le produit final. C’est faux. Grâce à la chimie des géopolymères, la réaction chimique génère des éléments naturels, des minéraux qui peuvent être considérés comme naturels par un scientifique non informé. En 2011 (pour le grand public, en fait dès 2004), Joël Bertho, architecte et Suzanne Raynaud, géologue, iront encore plus loin en affirmant que ce sont 95 % des pierres des pyramides qui sont un matériau reconstitué, fait de calcaire broyé, extrait de la carrière de Tourah, moulé avec un mortier de chaux ; les 5 % restant – de la vraie pierre – , était utilisé pour le parement. Autre thèse nouvelle sur les procédés de construction, celle de Jean Pierre Oudin, architecte, qui pense que le dernier tiers sommital de la pyramide était construit, non pas par acheminement des matériaux depuis une rampe extérieure, mais depuis une rampe intérieure, les matériaux terminaux provenant de la démolition de la rampe extérieure.-

[7] … la mer, ou bien les grands étangs du sud Soudan

[8] Colorant allant du rouge au bleu verdâtre, extrait des coquillages murex brandaris, murex trunculus et purpura hemastoma, récoltés en Méditerranée orientale, puis sur l’île d’Ibiza aux Baléares et enfin sur l’île de Mogador (au large d’Essaouira, dans le sud du Maroc) pour le purpura hemastoma, qui donnait la meilleure qualité.


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