| Publié par (l.peltier) le 27 août 2008 | En savoir plus |
7 02 1965
De Pierre Peltier au Maire de Megève – Chapelle Sainte Anne -.
Monsieur le Maire,
Permettez-moi de déplorer, tant en mon nom personnel qu’en celui de nombreux Mégevans et touristes, l’état d’abandon de cette chapelle. Pluie et neige pénètrent par les baies démunies de leurs vitraux et dégradent chaque année davantage ce charmant édifice. Son affectation en entrepôt pour la récupération paroissiale des vieux papiers est peu digne de sa destination primitive. Le temple protestant s’étant révélé beaucoup trop petit, cette chapelle pourrait le remplacer et le voisinage des deux cultes frères concrétiserait de façon particulièrement heureuse le rapprochement des Églises, dans l’esprit et la lettre du dernier Concile. L’Église Réformée se chargerait probablement de la restauration intérieure qu’on souhaiterait voir confiée à leurs moines de Taizé. Les vieux papiers pourraient s’entreposer plus facilement encore dans l’ancienne fosse d’aisance accolée à la façade ouest du presbytère ; il suffirait d’en agrandir l’ouverture extérieure. Les projets en cours et à venir, à Saint Paul et tout autour de l’Église vont assainir et rénover ce pittoresque quartier et la restauration de cette chapelle ne pourrait que parfaire et en assurer le charme. Mes relations d’affaires et personnelles avec le milieu protestant m’ont autorisé à faire cette démarche et à recevoir votre réponse.
De réponse, il n’y en aura pas. Il ne fait jamais bon être en avance sur son temps.
21 02 1965
Malcolm X, brillant et charismatique prêcheur musulman et américain, défenseur des droits des afroaméricains, est assassiné. Il avait 39 ans.
02 1965
Des élections au suffrage [vraiment] universel pour l’élection du président de la République vont avoir lieu d’ici dix mois. Pierre Dac, comique, ex-animateur de la Radio de la France Libre, s’engouffre dans la brèche et crée le Parti… d’en rire : il se présente sous l’étiquette du Mouvement Ondulatoire Unifié – le MOU -. Les temps sont durs, vive le MOU ! (mot piqué à Mouna). Deux mois plus tard, il recevra un coup de fil de l’Élysée : La récréation est terminée. On vous serait reconnaissant de bien vouloir rentrer chez vous. Ce qu’il fit… on ne peut qu’obéir au général de Gaulle.
18 03 1965
Alexeï Leonov devient le premier homme à faire une marche de l’espace – en termes techniques, une sortie extravéhiculaire –. En direct à la télévision, il s’extrait du Voskhod et flotte dans l’espace, seulement relié au vaisseau par un cordon ombilical de quelques mètres. Mais les affaires se gâtent : L’ennui, c’est que sa combinaison n’a pas été bien conçue. Dans le vide spatial, elle s’est dilatée. Mes gants, mes bottes, tout mon scaphandre avait enflé. Comme le Bibendum de la publicité Michelin, résumera plus tard Leonov. Gonflé comme un ballon de baudruche, il ne peut plus passer le sas pour retourner à l’intérieur du Voskhod. On interrompt alors la retransmission télévisée, on diffuse de la musique classique et tout le monde se dit qu’il est mort. C’est un miracle qu’il rentre.
Alain Cirou
Leonov a tenté le tout pour le tout, il a actionné une valve pour réduire la pression à l’intérieur de son scaphandre et il est passé en force. La fin du vol sera émaillée d’autres incidents, au point qu’Alexeï Leonov et son coéquipier, Pavel Beliaïev, atterriront à plusieurs centaines de kilomètres du point prévu. Le programme Voskhod est abandonné et il faut concevoir un autre vaisseau, le Soyouz. Pendant deux ans, plus personne, de l’autre côté du rideau de fer, ne partira dans l’espace.
Pierre Barthélémy. Le Monde du 16 07 2019
11 04 1965
À Loconville, Jean Philippe Smet, alias Johnny Halliday, inaugure avec Sylvie Vartan une longue série de mariages. Il restera tout de même, en la matière, loin derrière Eddy Barclay, qui, il est vrai, a une vingtaine d’années d’avance sur lui. Le rouleau compresseur américain – qui ne roule que sur des candidats consentants et pas seulement pour Jean-Philippe Smet : on ne peut donc parler de viol -, est en marche et ainsi Edouard Ruault devient Eddy Barclay, Claude Moine Eddy Mitchell, Hervé Forneri Dick Rivers, Jean-François Grandin Frank Alamo, pour ne citer que les plus connus, etc…
04 1965
Che Guevara débarque sur les rives du lac Tanganyika accompagné d’une centaine de militaires cubains bien entraînés pour appuyer les simbas de Laurent Désiré Kabila. Il souhaitait probablement mettre le feu à toute l’Afrique. Mais l’affaire fera long feu : entre les partisans d’une guerre rigoureuse que défendaient les Cubains, et l’atmosphère bon enfant et débonnaire des camps de rebelles congolais, le courant ne passera jamais, avec un Kabila beaucoup plus souvent en Tanzanie pour ses petits business que sur le terrain. Guevara et ses compagnons quitteront le Congo 7 mois plus tard : le Congo réunissait toutes les conditions contraires à la révolution.
Il est important d’avoir le sérieux révolutionnaire, une idéologie qui guide l’action et un esprit de sacrifice qui accompagne ses actes. Jusqu’à présent, Kabila n’a pas démontré posséder une seule de ces qualités. Il est jeune et il peut changer, mais je me décide à consigner sur le papier – un papier qui ne verra la lumière que dans plusieurs années – mes très gros doutes quant à sa capacité de dépasser ses défauts.
Che Guevara
3 06 1965
L’américain Edward White, en orbite sur Gemini IV, se promène dans l’espace pendant 20’.
19 06 1965
En Algérie, le colonel Houari Boumediene, vice premier ministre ministre de la Défense renverse Ahmed Ben Bella président de la République pour prendre sa place et, pour être sur que Ben Bella – Le Parti unique, c’est le mal unique –ne cherche pas à lui nuire, le fait emprisonner jusqu’en , puis assigner à résidence jusqu’à sa libération en . Ben Bella mourra à Alger le 11 avril 2012. Houari Boumediene se déclare président du Conseil de la Révolution et le 5 juillet, sera élu président de la République jusqu’à sa mort en 1978.
Dès lors, les harkis sont mis à l’écart de la société algérienne : interdiction de certains emplois, licenciement des personnels militaires et administratifs, priorité au logement et à l’emploi pour ceux qui ont participé à la révolution…
Figure-toi que Pontecorvo tournait La Bataille d’Alger dans la ville à ce moment-là, alors on avait l’habitude de voir les soldats, les chars et tout le carnaval de la guerre. Quand on a vu les hommes de Boumediene, on a cru que c’était Pontecorvo qui filmait une grosse scène ce jour-là. On a dit : il est fort ! Et d’ailleurs les soldats se sont bien servis de cette confusion. Ils nous disaient : Pas la peine de s’affoler. C’est du cinéma. Sauf que c’était un vrai coup d’État et que le lendemain, ils ont lancé la chasse aux opposants. Alors ça a recommencé : les arrestations, les disparitions…
Alice Zeniter. L’art de perdre. Flammarion 2017
06 1965
Au salon aéronautique du Bourget, l’An 22 Antée – un avion russe d’Antonov, fabriqué à Gostomel, 30 km au nord ouest de Kiev fait sensation – : 57.92 mètres de long, 64.4 d’envergure. Poids maximum à vide : 114 tonnes, au décollage : 250 tonnes. Distance : de 5 250 à 10 950 km, selon la charge. Le plus gros avion au monde. Son premier vol remonte au 27 février précédent : un quadripropulseur muni de quatre hélices quadripales contrarotatives. Il est à même de transporter des unités d’assaut aéroportées (jusqu’à 150 soldats et des conteneurs séparés pesant jusqu’à 15 tonnes), des unités terrestres (jusqu’à 295 soldats), des missiles de croisière ou balistiques (par ex. des éléments de l’énorme missile UR 500), et des blindés en tous genres, parmi lesquels on devait trouver essentiellement des chars T 54 (36 tonnes) et T-10M. Il devait également être capable d’utiliser des terrains d’aviation peu ou pas préparés, afin de se rapprocher le plus possible de la destination finale.

16 07 1965
Inauguration du tunnel sous le Mont Blanc, le plus long tunnel routier du monde, constitué d’une galerie unique à double sens de circulation, le doublement du tunnel projeté n’ayant jamais été réalisé pour des raisons d’abord de financement, puis d’opposition farouche des riverains côté français, en raison des nuisances dues à la circulation intense des poids lourds. Il a permis une réduction de parcours de Chamonix vers Aoste de 60 km et surtout de ne plus dépendre de la fermeture hivernale des cols alpins facilitant ainsi les déplacements entre la France et l’Italie. Il a coûté 265 F / cm et fait 11 611 m. Le volume de dérochement a été de 940 000 m³. Les accidents auront coûté la vie à 21 personnes. L’exploitation des années suivantes se révélera être pour les actionnaires un placement de rêve. En 1997, tout comme le tunnel routier du Fréjus, il verra passer 12 million T de fret, soit un passage de 2 200 camions par jour en moyenne.
Altitude de l’entrée côté français : 1 274 mètres ; de l’entrée côté italien : 1 381 mètres (le tunnel n’est pas horizontal mais en forme de V inversé pour faciliter l’écoulement des eaux). Il passe à l’aplomb exact de l’aiguille du Midi. La hauteur intérieure du tunnel est de 4,35 m et sa largeur de 8 m (deux fois 3,5 m et deux fois 0,5 m de bande latérale).
Il sera mis en service trois jours plus tard pour les voitures, trois mois plus tard pour les camions.
9 08 1965
Depuis plus d’un an, les émeutes raciales entre Malais et Chinois ont mis en danger la jeune indépendance de Singapour, dont le parlement malais prononce l’expulsion. Le nouvel État entrera à l’ONU le 21 septembre. Le chef de l’État est Lee Kuan Yew, qui avait fondé en 1954 le PAP – People’s Action Party. Il mourra le 23 mars 2015.
Singapour est seul et menacé. La ville, fragilisée par les rivalités raciales et les incertitudes économiques, doit s’inventer, d’urgence, un nouvel avenir.
De cette faiblesse originelle Lee Kuan Yew et son équipe feront très vite un défi puis une force. En décidant de créer ex nihilo, une authentique nation dotée d’un véritable contrat social, ils engagent un processus résolument extraordinaire : la seconde invention de Singapour commence. Non sur la base d’une idéologie toute faite mais sur celle d’une délicate synthèse philosophique associant inspiration occidentale et valeurs asiatiques. D’un côté la méritocratie, la loi et le culte du progrès. De l’autre, l’éthique du travail, de la solidarité et du respect. À partir de là, enjeux et solutions s’esquissent et s’imbriquent clairement. Parce que Singapour est vulnérable, à l’intérieur comme à l’extérieur, il faudra le doter d’un État fort et d’une sécurité globale. Parce qu’il n’y a pas de sécurité sans prospérité, il faudra développer une économie solide, innovante et ouverte sur le monde. Enfin, parce que la force de Singapour repose sur la force et la cohésion de sa population, il faudra en faire une communauté multiraciale unie par une même culture de l’intelligence et de la réussite.
François-Charles Mougel. L’Histoire juin 2015
Toute cette bien belle architecture passera du projet à la réalité, mais quelques sérieux additifs seront accolés au projet primitif avec, en premier lieu, la mise en œuvre de l’activité la plus juteuse, celle de paradis fiscal ; les offres alléchantes proposés par l’État attireront nombre de banques peu regardantes sur l’origine des fonds, telle HSBC – Hong Kong & Shanghai Banking Corporation-, et bien d’autres.
30 08 1965
Catastrophe glaciaire à Mattmark, dans le Valais suisse : glace et roche entrainent la mort de 88 ouvriers qui travaillaient à la construction d’un barrage hydro électrique en aval.
17 09 au 17 10 1965
Expérience Précontinent III du commandant Cousteau, au pied du phare du Cap Ferrat, Alpes Maritimes :
27 jours de plongée à saturation à l’héliox à – 100 mètres, dans une sphère en acier de 5,50 mètres de diamètre intérieur (plus les épaisseurs d’isolation et les 20 mm d’épaisseur d’acier). L’isolation intérieure s’écrasera d’ailleurs partiellement sous l’effet de la pression. La sphère est montée sur un châssis rectangulaire de 14 mètres par 8 mètres. Elle pèse 23 tonnes et nécessite 72 tonnes de lest, dont 35 tonnes de billes d’acier. Les six plongeurs sont André Laban (chef de mission), Philippe Cousteau, Jacques Rollet (physicien), Christian Bonnici, Raymond Coll et Yves Omer. Pour cette troisième expérience, Claude Wesly est l’un des plongeurs de l’équipe de secours. […] Deux tourelles Galeazzi sont utilisées comme moyen de sauvetage éventuel, si les 6 hommes devaient être rapidement remontés en surface, tout en étant maintenus sous pression.
Les sorties quotidiennes jusqu’à -120 mètres s’effectuent au narguilé avec système de récupération des gaz (avec un tuyau d’alimentation-gaz et un tuyau de retour gaz aux installations techniques de l’habitat sous marin). Ce sont donc des plongées en circuit fermé, sans émission de bulles dans l’eau. Les plongeurs respirent un mélange d’héliox avec seulement 2 % d’oxygène pour 98 % d’hélium. Les détendeurs pectoraux utilisés ont été spécialement fabriqués et fonctionnent à double tiroir pour la récupération des gaz (système Cousteau/Gagnan/Alinat/Davso ). Par sécurité, ils portent aussi sur le dos des tri-bouteilles du même mélange d’héliox avec la robinetterie inversée (au niveau des reins, pour pouvoir la manipuler soi-même). Régulièrement, la soucoupe plongeante SP 350 Denise pilotée par Bébert vient leur rendre visite.
Après trois jours et demi de désaturation progressive, les six plongeurs retrouvent la surface et la pression atmosphérique le 17 octobre 1965. La preuve fût faite que des hommes pouvaient séjourner et travailler à saturation et à grandes profondeurs. Mais JYC avait déjà compris que l’étape suivante serait de ne plus dépendre de navires de surface, d’où l’idée de la conception du sous-marin crache plongeurs Argyronète. Elle ne fût que partiellement réalisée, puis abandonnée, avant d’être reprise et finalisée longtemps plus tard par Henri Germain Delauze assisté de l’ingénieur Jean Mollard : le submersible rebaptisé Saga à deux compartiments distincts (atmosphérique pour l’équipage de conduite, et celui en hyperbarie pour les plongeurs à saturation). Il fonctionna parfaitement, mais arrivait malheureusement trop tard pour le milieu pétrolier off-shore dont les besoins techniques avaient changé.
La Maison Boule sphérique. A Nice

Philippe Rousseau. https://www.plongee-infos.com/operation-precontinent-ils-ont-vecu-un-mois-sous-la-mer-il-y-a-un-demi-siecle/
Là encore, les histoires de l’Argyronète et du Saga disent bien que les techniques mises en œuvre viennent d’un monde où le rêve tient une grande place : l’Argyronète avait des défauts de motorisation qui l’empêchaient de devenir opérationnel ; certes, mais, une fois repris par H G Delauze, il sera devenu opérationnel, il fonctionnera très bien, mais ne trouvera personne pour lui donner du travail. Aucun pétrolier offshore ne fera appel à ses services et il finira sa vie comme l’Argyronète… dans un hangar où des passionnés amateurs le bichonneront pour être visitable : un objet de musée, malheureusement rien d’autre…

Detendeur Cousteau Gagnan
19 09 au 1965
Lionel Terray et Marc Martinetti, font une chute mortelle à la fissure en Arc de Cercle, aux Arêtes du Gerbier, dans le Vercors.
1 10 1965
À Djakarta, en Indonésie, une colonne de camions militaires entre en ville à trois heures du matin, pour s’emparer de six généraux, en tuer trois immédiatement, les trois autres plus tard.
À l’aube, les responsables de ce mouvement du 30 septembre revendiquent leurs liens avec le président indonésien Sukarno, l’une des grandes voix des non-alignés et figure majeure des puissances en devenir du tiers-monde : un certain lieutenant-colonel Untung, commandant de la garde présidentielle et chef du Comité révolutionnaire, annonce que l’action avait pour but de protéger le président et de déjouer un coup d’État. Une faction droitière dans l’armée, exaspérée par les relations étroites entretenues par Sukarno avec le PKI, le parti communiste indonésien, aurait été en train de préparer un putsch, avec l’aide de la CIA…
Mais, dans l’après-midi du même jour, le général Suharto, futur dictateur, reprend le contrôle des différents bâtiments occupés par les hommes du Comité révolutionnaire et s’empare de facto du pouvoir. Sukarno sera par la suite mis sur la touche par Suharto, qui le forcera a lui céder les pleins pouvoirs l’année suivante. C’est alors que la répression s’abat sur tous les communistes indonésiens. Provoquant ainsi une série de règlements de comptes contre leurs alliés plus ou moins proches et des membres de la minorité chinoise, accusée d’être une cinquième colonne appuyée par Pékin, l’allié du président Sukarno…
Avec l’aide de puissantes organisations islamiques, l’armée et ses milices vont organiser les massacres : à Java, Sumatra, Bali et Bornéo : environ 500 000 morts sur un an ; 750 000 personnes seront torturées et envoyées dans des camps de concentration. Le tout avec l’assentiment des États Unis : en cette période de guerre froide, Washington fournira complaisamment aux responsables de l’ordre nouveau, nom du nouveau régime de Suharto, les listes de sympathisants communistes ou de personnalités susceptibles de s’opposer au régime.
Les motivations des soldats du mouvement du 30 septembre resteront floues : pourquoi des militaires procommunistes ont-ils assassiné six généraux ? Piège tendu par Suharto pour justifier la répression qui suivit contre les communistes ?
13 10 1965
Au Congo, Kasavubu destitue Moïse Tshombé de son poste de premier ministre : il était devenu l’homme le plus populaire du Congo et sa coalition de partis était devenue majoritaire à l’occasion des dernières élections.
29 10 1965
Mehdi Ben Barka, opposant marocain basé à Genève, par ailleurs honorable correspondant des services secrets de Tchécoslovaquie ne cesse de circuler entre Le Caire, Moscou, Pékin, Tokyo, La Havane. Déjà connu des prisons marocaines, il est condamné à mort par contumace. On lui propose de participer à un film sur l’oppression colonialiste, et pour ce faire un rendez-vous lui est donné devant la brasserie Lipp par des intellectuels manipulés par les services secrets : c’est un piège et il est enlevé par un truand aussi à l’aise chez les intellectuels de gauche que dans les services secrets : Georges Figon. Ahmed Dlimi, chef adjoint de la Sureté marocaine, le noiera dans une baignoire le 2 novembre et son corps sera enterré dans une forêt aux abords d’Orly, avec le nécessaire pour qu’il ne reste pas longtemps en terre : c’est le Mossad qui achètera les pelles et la soude qu’il fallait pour cela.
Mais que pouvait bien venir faire le Mossad dans cette galère ? En fait Israël ne pouvait rien refuser au Maroc, qui l’avait laissé truffer de micros les salles de conférence, salons et chambres des grands hôtels occupés par les dirigeants arabes lors des sommets organisés par le Maroc, notamment le sommet de la Ligue arabe, du 13 au 17 septembre 1965 : ainsi Israël écoutait toutes les conversations des dirigeants arabes. Par ailleurs c’était aussi un bon moyen d’organiser le retour en Israël des Juifs du Maroc : entre 1961 et 1965, 80 000 juifs installés au Maroc, avaient rejoint Israël. Pareil cadeau permettait bien au Maroc de demander de temps à autre un renvoi d’ascenseur. Presque cinquante ans après les faits, l’affaire Ben Barka trainait toujours en justice…
(…) Le mardi 2 novembre [1965], quatre jours après l’enlèvement de Mehdi Ben Barka, un agent du Mossad (Atar) parcourt les rayonnages de jardinage dans divers magasins à Paris. Il a une longue liste de courses à la main, mais il n’achète que deux ou trois articles à la fois, pas plus, en veillant à ne pas se faire remarquer – interdiction, donc, de poser des questions ou d’engager la conversation. Ayant pris le risque d’être repéré dans des magasins d’outillage de quartier, il se rend chez Inno-B.J., abréviation pour innovation et Belle Jardinière. Ce grand magasin ultra-moderne – le premier à Paris à mêler alimentation, confection et outillage, le premier aussi à disposer d’un check-out, une batterie de caisses à la sortie – est voisin de La Samaritaine, quai de la Mégisserie. Ainsi, d’arrêt en arrêt, Atar remplit le coffre de sa voiture.
Aux environs de 21 heures, Atar et un autre agent, Rachim; déposent la valise en tissu au milieu du salon, divisé par une cloison amovible, d’un F4 à Saint Cloud, à l’ouest de Paris. Il s’agit de la planque que le Mossad loue, depuis le 5 octobre, pour les hommes du Cab 1 [une unité spéciale de la sûreté nationale marocaine]. Elle n’a pas encore servi, son adresse et les clés n’ont été données à Dlimi [Ahmed Dlimi, directeur adjoint de la sûreté marocaine] qu’aujourd’hui.
Ayant tiré la porte de l’appartement derrière eux, sans faire de bruit, les deux agents redescendent par la cage d’escalier et ressortent de l’immeuble, flambant neuf, du 26, parc de la Bérengère. Puis ils se postent non loin, invisibles sous un porche. Au bout d’un quart d’heure, plus rapidement que prévu, un taxi s’arrête à environ 200 mètres. Deux Marocains en descendent et se dirigent vers le 26. Le taxi se gare pour les attendre, moteur tournant, phares allumés. Quelques minutes plus tard, les deux Marocains reviennent avec la valise qu’ils hissent dans le coffre du taxi qui repart. Ça y est, les outils ont été transmis.
Dans Paris, à 21 h 45 environ, deux agents du Mossad se font arrêter par la police. Contrôle de routine, les feux arrière de leur voiture sont défectueux. Naftali Keinan, en montrant son passeport diplomatique, se répand en excuses. Le policier les laisse repartir. Un peu plus loin, les agents israéliens changent quand même de voiture – leur plan pour la soirée a failli être compromis. Ils montent dans le véhicule de Mevorach [un autre agent du Mossad], qui les a suivis.
Peu après 22 heures, Mevorach entre dans un café près des Champs Élysées où Dlimi et deux de ses hommes attendent les agents du Mossad. Quelques minutes plus tard, après avoir mis en place un dispositif de sécurité autour du café, Keinan et Atar les rejoignent. Atar reconnaît les deux policiers marocains qui, trois quarts d’heure plus tôt, avaient récupéré à Saint Cloud la valise avec les outils. Dlimi informe les Israéliens que deux de ses agents ne sont pas encore arrivés. Ils viennent du Maroc en passant par Genève pour ne pas laisser de traces à leur entrée en France.
Ils sont interrompus par l’arrivée de Rafi Eitan. Il y a des barrages policiers aux sorties de Paris ! Ils viennent de l’apprendre sur la fréquence radio de la gendarmerie. Il paraît que c’est lié à l’enlèvement de Ben Barka. On y fait un tour et on vous prévient ! Eitan repart. Il est 23 h 15. Mevorach explique à Dlimi que, dans ces circonstances, les agents du Mossad leur seraient plus utiles en patrouillant sur la route vers Orly. L’un des agents du Cab 1 pourrait tout aussi bien prendre un taxi pour les guider jusqu’au lieu de détention. Dlimi est tout de suite d’accord.
Dlimi explique son plan. Ben Barka est gardé par des Français auxquels il veut cacher le traitement qui sera réservé à leur prisonnier. D’ailleurs, Ben Barka lui-même ne devra guère s’y attendre, après plusieurs jours de détention sans que sa vie soit menacée. Dlimi tient à faire croire aux Français qu’il vient avec ses hommes pour rapatrier Ben Barka au Maroc. Il va les congédier en les remerciant pour avoir les mains libres. Si l’opération se termine dans la nuit, ses hommes repartiront aussitôt au Maroc. Lui et l’un de ses collaborateurs non impliqué dans l’opération (son directeur de cabinet, Abdelhaq Achaachi, qui est à Paris depuis samedi) resteront encore quelques jours à titre officiel, pour préparer la visite de Hassan II, le 11 novembre. Pour le moment, je n’ai pas encore pris contact avec les autorités françaises, par crainte d’être suivi. Entre les agents israéliens, des regards appuyés se croisent. Encore heureux.
Dlimi entre dans les détails de l’opération. Quand ils vont enterrer Ben Barka dans la forêt – merci, d’ailleurs, pour les outils, y a-t-il une technique meilleure qu’une autre pour le faire ? Mevorach (Pauvre de moi d’avoir l’air à ses yeux d’être un expert en la matière, écrira-t-il dans son compte rendu) improvise une séance de travaux pratiques. Il faut toujours garder à part, et si possible intacte, la couche végétale enlevée en premier pour pouvoir la remettre telle quelle, à la fin. Deux hommes, placés en diagonale pour ne pas se gêner, creusent en même temps. Des tandems se relaient à un rythme soutenu. Un rectangle de 60 centimètres sur 1,20 mètre, d’une profondeur de 1,50 mètre, fait l’affaire. Bien sûr, il faut savoir introduire le client.
Sur quoi, de retour de la porte d’Italie, Rafi Eitan leur annonce que la voie est libre, qu’il n’y a plus de barrages. Tout le monde se lève, s’étire. Dlimi paraît un peu nerveux, quand il dit : J’espère que tout se passera bien mais, au cas où il y aurait un pépin et que j’aurais besoin de votre aide, pourriez-vous venir sur place pour me donner un coup de main ? Carte à l’appui, sur un coin de table, il est rapidement convenu d’un lieu de rendez-vous, à un carrefour, à environ 7 kilomètres du lieu d’action. Il suffira d’appeler le standard improvisé, il y aura toujours quelqu’un, toute la nuit. Ayant remercié Mevorach et ses collègues, Dlimi part, suivi de ses hommes. Il est minuit et demi passé.
D’après toutes les indications, l’affaire va se terminer aujourd’hui. Ce message, envoyé par l’antenne du Mossad à Paris à 1 heure du matin, n’est suivi de… rien pendant toute la matinée du mercredi 3 novembre. À 13 h 15 seulement, Paris annonce au siège à Tel Aviv avoir reçu un message téléphonique, pas exactement conforme à ce qui avait été convenu mais qui laisse supposer que tout s’est bien passé. On vous envoie plus de nouvelles dès qu’on en aura. (…)
Autour de 17 h 30, par hasard, Dlimi et Mevorach tombent l’un sur l’autre dans le café près des Champs Élysées où ils s’étaient vus la veille au soir. (…) Dlimi raconte sa nuit, spontanément, au café. Il indique qu’ils sont arrivés à 1 h 30 à la maison où Brigitte [Ben Barka] était cachée et qu’il a libéré les trois gardiens en leur disant qu’ils allaient transférer Ben Barka au Maroc. Il leur a même dit qu’il pourrait les recontacter au cas où il aurait encore besoin de leur aide. Il l’a fait pour leur enlever l’idée de la tête qu’il voulait éliminer Brigitte. Les Français partis, il a annoncé à Ben Barka qu’il avait des questions à lui poser et que, cette fois, il allait parler…
[Dlimi] a commencé l’interrogatoire et, quand les réponses ne lui ont pas donné satisfaction, ils l’ont emmené dans la salle de bains comme pour le torturer, mais ce n’était pas vrai. Dlimi accroche l’œil de son interlocuteur, pour s’assurer qu’il a compris. En fait, une fois la baignoire remplie d’eau, au lieu de seulement immerger la tête de Ben Barka, ils l’ont tenue pendant trois minutes comme ça sous l’eau – Dlimi étend son bras vers le bas, la paume en avant -. Ils ont noyé Ben Barka dans la baignoire. Après quoi, Albert [Dlimi] a pris une photo de lui, pour qu’ils me croient au pays que c’est vraiment fini, a-t-il ajouté, en plaisantant.
L’arrivée de Rafi Eitan, que Mevorach avait mis au courant de sa rencontre fortuite avec Dlimi, ne décontenance pas le chef adjoint de la Sûreté marocaine. Au contraire, alors qu’Eitan vient pour organiser le débriefing formel avec Naftali Keinan, Dlimi l’entreprend sur les avantages comparatifs entre la méthode salle de bains et la méthode médecine [allusion à l’utilisation d’un poison]. La dernière est seulement bonne, estime-t-il, quand on dispose d’un poison à effet immédiat, incolore et inodore, facile à administrer. Comme ils l’avaient prévenu que ce n’était pas le cas, il a fait au plus simple. Eitan lui apprend que le poison foudroyant était déjà en route, qu’il est en fait arrivé ce matin même (sur le vol El Al 44120). Dlimi aimerait bien tester les deux poisons, à l’occasion, pour comparer. Eitan lui promet de les lui envoyer au Maroc…
Mevorach, qui doit servir d’interprète, Rafi ne parlant pas français, cherche à couper court. À sa demande, Dlimi leur rend le poison non utilisé, les clés de la planque ayant servi d’entrepôt aux outils et les vrais faux passeports dont ils n’ont pas non plus eu besoin. Dlimi aimerait bien garder le passeport qu’on lui avait fabriqué, comme souvenir.
Stephen Smith et Ronen Bergman. L’Affaire Ben Barka. La fin des secrets, Grasset, 2025
24 11 1965
Au Congo, le colonel Mobutu, chef d’état major des armées, prend le pouvoir : c’en est fini de la 1° république. Il débaptise le Congo qui devient Zaïre. Dans un premier temps, il s’efforce à tenir un langage de vérité : Je vous dirai toujours la vérité, aussi dure qu’elle soit. C’en est fini de vous assurer que tout va bien alors que tout va mal : dans notre cher pays, tout va réellement très mal.
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Le nom Zaïre est le nom que les premiers explorateurs portugais ont donné au mot kikongo nzadi, signifiant fleuve. L’expression Nzadi o Nzere signifie la rivière qui engloutit toutes les autres rivières, autre désignation générique du fleuve Congo. Vers 1760, l’Encyclopédie a un article sur le Congo qui commence ainsi : Grand pays de l’Afrique, qui comprend plusieurs royaumes. Il est borné au nord par la rivière de Zaïre.
Wikipedia
26 11 1965
Lancement du premier satellite français, A1 dit Astérix, par la fusée Diamant A depuis la base algérienne d’Hammaguir. On sait qu’Astérix est un petit gabarit : une quarantaine de kilos. La France devient ainsi la troisième puissance, après l’URSS et les États Unis, à conquérir l’espace. C’est plutôt l’entrée dans la révolution balistique que cet épisode à 100 % militaire marque. Ce n’est qu’après le second tir, en février 1966, que la conquête de l’espace démarre vraiment pour la France,
Philippe Varnoteaux, auteur de L’Aventure spatiale française. Nouveau Monde Editions 2015.
Le ministère de la défense dirige en effet ce premier vol. Le Centre national d’études spatiales, non militaire et créé en 1961, n’interviendra que pour le deuxième tir. En outre, l’émetteur d’Astérix n’a pas fonctionné et sa mise en orbite a été confirmée par les radars américains. Comme la plupart des pays, la France a récupéré le savoir faire militaire allemand développé lors de la seconde guerre mondiale, avec les missiles V2. Au menu des premières missions scientifiques menées par les nations pionnières de l’espace figurera l’exploration des propriétés de l’atmosphère : densité, propagation des ondes électromagnétiques, rayons cosmiques… Ce n’est qu’à partir de 1979, avec le programme Ariane, que le savoir-faire européen dans le spatial s’épanouira.
11 1965
Le Nobel de médecine est pour André Lwoff, Jacques Monod et François Jacob : Nous sommes faits d’un étrange mélange d’acides nucléiques et de souvenirs, de rêves et de protéines, de cellules et de mots. Votre Compagnie s’intéresse avant tout aux souvenirs, aux rêves et aux mots. Vous montrez aujourd’hui que, parfois, elle ne dédaigne pas d’accueillir aussi un confrère, plus préoccupé, lui, d’acides nucléiques et de cellules. [réception à l’Académie française le 20 novembre 1997]
15 12 1965
Les capsules Gemini VI et Gemini VII se donnent rendez vous dans l’espace, mais l’arrimage n’est pas possible.
8 12 1965
Dernière séance du Concile Vatican II ; fin de la messe en latin. Deux mois plus tôt, une déclaration sur les religions non chrétiennes avait mis fin à des siècles d’antisémitisme plus ou moins larvé. Dès avril 1959, au cours de la messe du Vendredi Saint, Jean XXIII avait interrompu la prière, donnant l’ordre d’effacer du texte les mots perfides juifs.
1965
Gérard de Villiers sort son premier SAS – Son Altesse Sérénissime – : SAS à Istanbul, père d’une innombrable famille qui ira en 2013, année de sa mort, chercher dans les 120 à 150 millions d’exemplaires, tous pays confondus, avec une recette bien au point : de la géopolitique et de l’exotisme en veux-tu en voilà, un bon morceau de sexe hard, et ce qu’il faut mais pas plus, de violence et de torture. Le dosage devait donc connaître un succès fou. Sa proximité avec les milieux diplomatiques, et une documentation très sérieuse l’avaient aidé à avoir parfois un pif parfois étonnant :
Je ne suis pas devin, je fais simplement des hypothèses à partir de pays que je connais bien et, de temps en temps, certaines se réalisent.
*****
Walter Hallstein est président de la Commission européenne : il veut faire de cette Commission l’exécutif européen. De Gaulle s’y oppose et c’est pour plusieurs mois la politique de la chaise vide, résolue avec le compromis de Luxembourg en 1966. Suivront alors vingt-cinq ans de statu quo ante, qui ne prendront fin qu’avec le tournant de la rigueur de Mitterrand en 1983, qui était en fait une volonté de redonner vigueur au fédéralisme.
Aquilino Morelle. Le Monde du 20 09 2021
Réforme des régimes matrimoniaux : un mari ne peut plus s’opposer à l’activité professionnelle de son épouse, ni à l’ouverture d’un compte bancaire à son nom.
Les Américains commencent à bombarder le Viet Nam. En un an ils ont envoyé 200 000 soldats au Viet Nam ; en 1966, ils en enverront encore autant.
À l’occasion de la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle, soutenu à cette occasion par Jean Monnet, De Gaulle livrera ses sentiments sur son adversaire à quelques proches : Mitterrand, c’est le type du politichien. Il n’a absolument rien pour lui que l’ambition, le désir de prendre la place le jour où il le pourrait.
Les sondages sont mauvais : Roger Frey et Alain Peyrefitte essaient de convaincre de Gaulle de lâcher dans la presse quelques informations gênantes sur le passé de Mitterrand ; le refus de de Gaulle est net : Vous ne m’apprenez rien. Mitterrand et Bousquet, ce sont les fantômes qui reviennent : le fantôme de l’anti gaullisme issu du plus profond de la collaboration. Que Mitterrand soit un arriviste et un impudent, je ne vous ai pas attendu pour le penser. Mitterrand est une arsouille… Non, je ne ferai pas la politique des boules puantes… Non, n’insistez pas ! Il ne faut pas porter atteinte à la fonction, pour le cas où il viendrait à l’occuper.
Il est d’autres bonnes plumes qui versent moins dans l’outrance, à la mode de Saint Simon, très grand siècle : C’était un homme entre deux tailles et deux âges, assez d’une figure aimable, qui arrêtait avec plaisir les yeux des dames, d’une ambition qui s’appuyait de toutes sortes de talents pour arriver à la plus haute fortune, riche en dons, fertiles en vues, en ressources, en ressorts, entreprenant, aussi hardi à changer de front qu’adroit à tirer de biais, maître signalé en artifice, avec extrêmement de valeur brillante et un cœur au-dessus des périls. Il avait fort de l’esprit, mais managé et parfois si labyrinthé qu’il se perdait dans ses détours et se laissait alors piéger en terrain coupé et raboteux, dans des taillis d’intrigues romanesques, dont il ne sortait qu’avec embarras, quoiqu’il eût d’ailleurs la tête froide et fort capable de tenir tout le soin de l’État.
Roger Fressoz, alias André Ribaud. Le Canard enchaîné du 29 septembre 1965
Les Américains Arno Penzias et Robert R. Wilson découvrent un rayonnement thermique cosmologique : il est fossile : c’est un témoin du Big Bang.
Temple Grandin, née à Boston en 1947, est une enfant autiste de 18 ans. Sa mère vient de divorcer et vit désormais avec le saxophoniste new yorkais Ben Cutler, dont la sœur Ann Becham possède un ranch en Arizona, où elle l’invite. Elle y découvre un travail à ferrer, qui est aussi utilisé pour vacciner les animaux. Et le calme qu’apporte l’appareil à des animaux stressés la fascine, lui fait envie, elle qui vit constamment entre son refus des câlins et son besoin de sentir une force qui l’enserre ; elle n’aura de cesse de fabriquer une machine à câlins qui lui donnera toute satisfaction. C’est une des grandes étapes de sa vie qui va se révéler exceptionnelle : professeur d’Université, zootechnicienne, conférencière. Elle publiera Emergence, en 1986, – avec une traduction en français sera publiée en Ma vie d’autiste. On peut la voir sur Ted X.com
Une grande jeune femme se tenait debout à la périphérie du groupe et semblait suivre les discussions avec beaucoup d’intérêt. Timide et agréable, mais la plupart du temps elle se contentait d’écouter. J’appris que son nom était Temple Grandin. Ce n’est que bien plus tard dans la semaine que j’appris qu’elle était autiste. Je l’abordais et lui demandais si elle accepterait de parler pendant la prochaine conférence annuelle [de l’ASA]. Elle accepta. L’année suivante, Temple s’adressa à l’audience [de l’ASA]. Les gens étaient assis sur au moins trois rangées. Le public cherchait à tout savoir d’elle. Ici, pour la première fois, quelqu’un pouvait nous dire, à partir de sa propre expérience, ce que c’était d’être extrêmement sensible au son […]. On lui a posé de nombreuses questions : Pourquoi mon fils tourne-t-il tant sur lui-même ? Pourquoi porte-t-il les mains à ses oreilles ? Pourquoi ne me regarde-t-il pas ? Elle parlait de sa propre expérience, et sa vision était impressionnante. Il y avait des larmes dans plus d’une paire d’yeux ce jour-là. Temple est rapidement devenue une oratrice très recherchée parmi la communauté de l’autisme.
Docteur Ruth Sullivan. Préface de The Way I See It

This is a brain scan of Temple Grandin, left, compared to someone without autism. Grandin’s visual output area is much larger than a typical person’s. Walt Schneider, University of Pittsburg.
4 01 1966
Explosion à Feyzin, dans l’Isère : 19 morts, 84 blessés. Elf y traite 1 700 000 tonnes de pétrole par an. A 6 h 40’, trois employés effectuent une prise d’échantillon dans la zone de stockage, au niveau de la sphère de propane 443. Avec quelques impuretés, le gaz jaillit, mais une vanne se bloque, coincée par le givre. Le gaz s’insinue sous les sphères voisines, en formant une nappe d’environ 1.5 m d’épaisseur, puis atteint l’autoroute. A 7 h 15’, une voiture située sur départementale voisine enflamme la nappe. Son occupant décédera quelques jours plus tard. Les pompiers arrivés de Lyon à 7 h 33’ ne parviennent pas à venir à bout de l’incendie. A 8 h 45’, la sphère 443 explose : une pièce d’acier de 48 tonnes sera retrouvée à 325 m. du lieu de l’explosion ! La détonation se fait entendre jusqu’à Lyon. Les maisons du quartier de Razes sont soufflées. Et c’est une boule de feu de 600 m de haut et de 250 m de diamètre qui prend la place de la sphère. 11 pompiers y meurent. 7 employés mourront les jours suivants.
17 01 1966
Un bombardier américain se désintègre au cours d’une opération de ravitaillement en vol au-dessus de la côte méditerranéenne de l’Espagne, à proximité de Palomares, en Andalousie. Il largue quatre bombes H de 1.45 mégatonnes ! Trois arriveront à terre, dans les environs de Palomares, une s’abîmera en mer par 869 mètres de fond : il faudra 81 jours pour la retrouver. Les détonateurs n’ayant pas été rendus opérationnels, on en resta finalement à plus de peur que de mal.
24 01 1966
16 ans après le Malabar Princess, le Kangchenjunga, un Boeing 707 de la même compagnie Air India s’écrase à 7 heures du matin sur le Mont Blanc, au même endroit, les rochers de la Tournette, 400 mètres avant le sommet, versant français : les corps des 117 passagers et membres de l’équipage seront projetés, pour la plupart d’entre eux, comme ceux du Malabar Princess, sur le glacier du Mont Blanc, versant italien. Jean Jacques Mollaret, mégevan, commande le PSHM – Peloton de Secours en Haute Montagne : il n’est pas question d’envoyer une caravane de secours : le souvenir de la mort de René Payot, puis le drame de Vincendon et Henry, les progrès des hélicoptères adaptés aux reliefs et à l’altitude font envisager des déposes en hélicoptère : trois Alouettes III arrivent de Grenoble, Annecy et Bron, et trois Sikorski du Bourget du Lac. Le temps est beau… le spectacle de désolation est le même que 16 ans plus tôt… les premiers corps apparus sont ceux de dizaines de… singes. On ne retrouva pas plus les boites noires du Kangchenjunga que celles du Malabar Princess. Cette fois-ci, personne ne parle de lingots d’or… mais l’information se fait pourtant encore plus rare que pour le Malabar Princess : Cesare Chenoz se trouve au col Chécroui, sur le versant sud du Val Veny, face aux aiguilles de Peuterey : à 8 h 15, il se trouve sous une véritable pluie de feuilles de journaux, de lettres, dollars etc… le col Chécroui est à plus de 7 kilomètres du lieu de l’accident : pour que des objets puissent aller aussi loin , on pense alors plutôt à une explosion ; et, justement, coté italien on parle de la disparition le même jour d’un avion militaire qui se trouvait dans les parages… depuis l’accident de la Vallée Blanche, 5 ans plus tôt, on sait que les militaires ne peuvent s’empêcher de considérer la montagne comme le plus fantastique terrain de jeux. On parlera encore d’attentat : un savant atomiste se trouvait dans l’avion…. Le PSHM déclare très rapidement les recherches terminées… René Desmaison, lui, gamberge : toujours assoiffé de reconnaissance médiatique, il se persuade qu’il s’agit d’une collision, et monte en secret… avec Philippe Réal, responsable de la station de Grenoble de l’ORTF, une expédition sur le versant italien du Mont Blanc. Pour que l’affaire devienne un scoop, il faut une liaison radio, pour lancer cela sur les ondes quand on juge le moment venu… pas facile d’acheminer et planter de grandes antennes en restant incognito… idée géniale : Guy Lux est à La Plagne pour son Interville… on va se mêler à ses techniciens qui sauront facilement se taire moyennant un bon repas… quant au public et même les pouvoirs publics locaux… ils ne devraient y voir que du feu… La Plagne a une vue directe sur le versant italien du Mont Blanc, et avec les puissants talkies walkies venus tout exprès de Suède, la liaison devrait être bonne. Un hélicoptère loué à Paris, basé localement à Albertville, dépose Desmaison et trois autres alpinistes le 22 février 1966 au refuge Quintino Sella, sur l’arête de la rive droite du Glacier du Mont Blanc, à 3 400 m. Et ils trouvent en effet beaucoup de choses sur la partie supérieure de ce glacier… et des éléments qui, à l’évidence ne peuvent appartenir à un Boeing. Ils filment beaucoup, prennent de nombreuses photos, emportent les pièces qu’ils peuvent et redescendent à pied dans le Val Veny 5 jours plus tard, en prenant soin de cacher dans la nature une partie des films et des objets, certains qu’ils sont de trouver à Courmayeur un comité d’accueil qui leur confisquera très rapidement le contenu des sacs, car l’ORTF a déjà mangé le morceau : les officiels français savent donc qu’une recherche a été entreprise sans leur accord. L’affaire sera à moitié étouffée… et, plus tard, quand Françoise Rey, qui écrira en 1991 Crash au Mont Blanc, les fantômes du Malabar Princess, cherchera à savoir ce qu’il était advenu de ces films et pièces d’avion cachés dans le Val Vény, elle ne pourra parvenir à rencontrer René Desmaison et Philippe Réal lui répondra que tout cela a malheureusement été égaré dans un déménagement… Les amateurs de scoop s’étaient sans doute rendu compte que leur hypothèses ne tenaient pas la route et que les morceaux d’avion redescendus appartenaient à un avion dont la chute n’avait rien à voir avec celle du Kangchenjunga. Dans les années 80, le guide Patrick Gabarrou fera de cet envers du Mont Blanc son terrain de prédilection et trouvera encore plusieurs restes, métalliques et humains du Malabar Princess et du Kangchenjunga.
Dans l’été 2013, un habitant de Bourg Saint Maurice trouvera sur le glacier des Bossons une boite de pierres précieuses, qui ne retrouveront pas leur propriétaire en dépit de très réelles recherches et seront donc partagées à 50/50 entre le découvreur et la commune du glacier des Bossons : Chamonix, soit 150 000 € chacun.
Le 27 juillet 2017, le glacier des Bossons rendra une jambe et un bras que Daniel Roche, passionné de ces deux crashs, attribue sans certitude à une passagère de l’avion. Les cinquante ans pour faire à peu près 23 km – à raison de 80 cm par jour, ce qui est plutôt rapide pour un glacier – se vérifient donc ! Le glacier des Bossons transporterait encore 250 corps !

le 23 novembre 2017, Daniel Roche, collectionneur lyonnais passionné, a trouvé et récupéré un réacteur du Kangchenjunga.

3 02 1966
Luna IX se pose en douceur sur la lune.
17 02 1966
Avec la fusée Diamant, la France réussit la mise en orbite du satellite Diapason D 1A, 19 kg, 50 cm. Ø et 20 cm.de haut.
1 03 1966
La sonde russe Venera II atteint Vénus.
7 03 1966
De Gaulle annonce le retrait de la France de l’OTAN à son homologue américain Lyndon B. Johnson : La France se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entravé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements intégrés et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN. Les 26 000 soldats américains devront avoir évacué les bases françaises avant avril 1967.
Foster Dulles lui demandera : Faut aussi emporter les corps des boys des deux guerres mondiales, enterrés sur le sol français ?
16 03 1966
La capsule Gemini et la fusée Agena réussissent le premier arrimage dans l’espace. Les missions de longue durée sont désormais possibles.
22 et 29 03 1966
La première chaîne de télévision donne ces deux jours La caméra explore le temps, sur les Cathares. Montée avec la caution d’Alain Decaux et d’André Castelot, Stellio Lorenzi signe là son chant d’adieu à la télévision, avant son départ en retraite. Dans le midi, les cafés dotés d’une télévision sont bondés. Le théâtre municipal de Carcassonne a installé des postes et les téléspectateurs y sont serrés comme des sardines.
L’émission laisse les téléspectateurs sous le choc : ils ont osé nous faire ça ! Dans les jours suivants on verra fleurir des graffiti : Occitanie libre. La préparation de terrain aura été un succès : dans les années suivantes prendront corps le mouvement occitan, les luttes contre l’extension militaire du camps du Larzac etc… La fréquentation touristique des châteaux dits cathares – Queribus, Peyrepertuse, Montségur etc, s’en trouvera dopée pour quelques décennies, faisant souvent fi de la rigueur historique : les édiles régionaux tenteront d’enrayer le déclin de cette fréquentation en demandant leur inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO dans les années 2020
6 04 1966
Le film de Jacques Rivette avec Anna Karina, La Religieuse, sorti un mois plus tôt sur les écrans, a vite été interdit d’exploitation : il le restera jusqu’à juillet 1967. Jean-Luc Godard écrit à André Malraux, ministre de la Culture : étant cinéaste comme d’autres sont juifs ou noirs, je commençais à en avoir marre d’aller chaque fois vous voir et de vous demander d’intercéder auprès de vos amis Roger Frey et Georges Pompidou pour obtenir la grâce d’un film condamné à mort par la censure, cette Gestapo de l’esprit. Mais Dieu du ciel, je ne pouvais vraiment pas le faire pour votre frère Diderot, un journaliste et un écrivain comme vous, et sa Religieuse, ma sœur. Aveugle que j’étais. Ce que j’avais pris chez vous pour du courage ou de l’intelligence lorsque vous avez sauvé ma Femme mariée de la hache de Peyrefitte, je comprends enfin ce que c’était, maintenant que vous acceptez d’un cœur léger l’interdiction d’une œuvre où vous aviez pourtant appris le sens exact de ces deux notions inséparables : la générosité et la résistance. Je comprends enfin que c’était tout simplement de la lâcheté. Si ce n’était prodigieusement sinistre, ce serait prodigieusement beau et émouvant de voir un ministre UNR en 1966 avoir peur de l’esprit encyclopédiste de 1789.
Jean-Luc Godard. Lettre à André Malraux. Le Nouvel Observateur, 6 avril 1966.
La Religieuse fera cependant le festival de Cannes, avec l’aval d’André Malraux. La censure sera levée un an plus tard pour vice de forme, et le film interdit seulement aux mineurs.
9 04 1966
Le Vatican supprime l’Index des livres interdits aux croyants.
27 04 1966
David Reimer, canadien né huit mois plus tôt, est atteint d’un phimosis – une malformation du pénis – qui demandait une circoncision, laquelle a été faite quelques semaines plus tôt, mais s’est mal passée, demandant une nouvelle intervention – une pénectomie : l’ablation du pénis. David Reimer n’était pas né seul : il avait un jumeau Brian, atteint de la même maladie que lui, mais pour lequel on ne fit rien, ce qui était la meilleure solution car ses affaires s’arrangèrent toutes seules. Les parents attendent que David ait 22 mois pour lui faire enlever les testicules et demandent alors à John Money, éminent psychologue et sexologue néo-zélandais exerçant à Baltimore : et si on l’éduquait désormais comme une fille, est-ce qu’il pourrait devenir femme ? Banco répond Money. Seulement, on ne sait pas très bien où exactement, la mémoire de son sexe masculin restait ancrée, malgré l’ablation des testicules ; vers 15 ans, David manifestera des désirs de retrouver son identité masculine, mais cela ne marcha pas non plus. La volonté de devenir femme n’était que la volonté des parents et du docteur Money, mais en aucun cas la sienne, et il finira par se suicider à l’âge de 38 ans, en 2004. Son jumeau était mort deux ans plus tôt d’un cocktail d’alcool et d’antidépresseurs. Le docteur John Money avait eu tout faux : il n’était dans le fond qu’un charlatan criminel. Comme quoi le pire qui puisse arriver à des enfants, c’est d’avoir des parents portés sur la connerie, et donc sur l’écoute de fadas. On pourrait penser que leçon fut tirée de cette très triste histoire. Certes, la carrière du docteur John en fut affectée, mais pas au point de remettre en question son statut de professeur de pédiatrie et de psychologie au centre médical de l’Université John Hopkins de Baltimore où il exerça de 1951 à sa mort en 2006. En 2002, la Société allemande pour la recherche socio-scientifique sur la sexualité lui décernera la médaille Magnus Hirschfeld. On pourrait encore penser que finalement cela n’aura été qu’un accident dans l’histoire de la pensée, mais non, c’est bien là le point de départ de la théorie du genre qui va se trouver au cœur de la pensée woke, cinquante ans plus tard, avec son cortège de dénis du réel, avec sa répulsion pour le fonctionnement de la seule raison, avec son rejet catégorique du simple bon sens.
La théorie du genre s’efforce d’effacer la différence sexuelle et les corps. Mais il lui faut aussi faire oublier tout souvenir du monde réel, par exemple celui où les femmes sont enceintes et pas les hommes, pour ne pas offenser les habitants du monde imaginaire du genre. Avec le genre on a pour la première fois affaire au développement d’une sorte de solipsisme radical, qui estime non seulement que seules les consciences existent mais que ces consciences fabriquent le monde. Et ce solipsisme devient une illusion de masse, encouragée par le développement de la vie virtuelle.
Jean François Braunstein. La religion woke. Grasset 2022
L’approfondissement sans fin des droits des individus, ce n’est pas la même chose que la liberté, entendue comme la construction politique d’une société démocratique. Cet approfondissement des droits individuels n’est pas favorable à l’autonomie de l’individu. Il assigne ce dernier à la race, à une histoire particulière, au genre, aux orientations sexuelles. Le wokisme est devenu un terrorisme qui fonctionne sur l’interdit, l’injonction et l’assignation à une identité. Aujourd’hui, on n’est plus dans la revendication de la liberté, mais dans celle d’une égalité qui ignore toute idée de lien entre les individus. Ces revendications dont certains pensent qu’elle prolongent l’histoire de la liberté conduisent à l’enfermement communautaire. Tout le contraire de la promesse d’émancipation de 1789.
Patrice Gueniffey, historien. La Tribune Dimanche 29 septembre 2024
27 05 1966
Sortie sur les écrans d’Un homme et une femme de Claude Lelouch, palme d’or du festival de Cannes, Oscar du meilleur film étranger en 1967 et Oscar du meilleur scénario original.
Ce qu’Un homme et une femme doivent au tour de France : Après l’Idhec, j’avais tourné un premier film qui s’était révélé un si grand échec que j’étais ruiné. Je n’avais plus d’argent et j’étais couvert de dettes. À ce moment-là, la télévision m’a demandé de réaliser un court-métrage sur le Tour de France. J’ai aussitôt accepté. Ce film tourné sur le Tour 1965 s’appelait Pour un maillot jaune. Il rencontra un tel succès que de nombreuses chaînes étrangères l’achetèrent ! Grâce au maillot jaune, je pus rembourser mes dettes et trouver l’argent dont j’avais besoin pour tourner une autre film. C’est ainsi que j’ai réussi à acheter la pellicule d’Un homme et une femme.
Claude Lelouch
Existe-t-il casting plus réussi ? Ce n’est pas sur. Anouk Aimée, bien sur, enchanteresse toute de simplicité et d’intelligence, Jean-Louis Trintignant, le séducteur aux antipodes du latin lover, au sourire ensorceleur : tant d’élégance dans le naturel… un couple de rêve… on voudrait que cela ne s’arrête jamais. À lui tout seul, ce casting est un petit chef d’œuvre. Bien sûr, ils vieilliront, mais le film, lui, ne prendra pas une ride.
2 06 1966
Surveyor I (américain) se pose sur la lune. Au Congo, Mobutu jette aux orties ses oripeaux de démocrate en commençant par inventer un complot visant à le renverser, ce qui envoie trois anciens ministres et un sénateur devant un tribunal militaire qui les condamne à mort, par pendaison : pas de meilleur moyen pour inaugurer un régime de terreur. Je suis enfin devenu qui je suis.
Chez nous, le respect du au chef, c’est quelque chose de sacré. Il fallait un exemple. […] Lorsqu’un chef décide, il décide, point c’est tout.
Il ne faudrait surtout pas croire que c’est là propos d’un homme à l’esprit déjà passablement dérangé par l’exercice solitaire du pouvoir, car c’est dans ces simples mots que réside l’explication du fonctionnement des relations sociales, politiques dans toute l’Afrique Noire : c’est ce qui explique l’immobilisme africain, la quasi inexistence de révolution, la promptitude avec laquelle sont terrassées les trop rares tentatives révolutionnaires, l’incroyable maintien au pouvoir de vieux dictateurs complètement décatis : Paul Biya, né en 1933, premier ministre de 1975 à 1982 et depuis, président de la République.
2 07 1966
Premier essai atmosphérique de bombe atomique au large de Muruora, en Polynésie française : 28 kilotonnes, 2 fois la puissance de celle d’Hiroshima. 34 autres suivront jusqu’en 1974, puis 147 essais souterrains jusqu’en 1996. En août 2016, l’Église évangélique maohi déposera une plainte contre la France auprès du tribunal de La Haye pour crime contre l’humanité.
12 07 1966
Extension du régime de l’assurance maladie aux non salariés, qui restera moins avantageux que le régime général.
19 07 1966
Un Conseil des ministres restreint approuve le lancement du Plan Calcul : il s’agit de doter la France d’un organisme – la Compagnie Internationale de l’Informatique (CII), à même de fédérer les fabricants concernés pour développer une industrie des calculateurs électroniques, – c’est à dire les ordinateurs -.
Tout a commencé deux ans plus tôt, le 22 juillet 1964. Ce jour-là, le groupe américain General Electric reprend la société Bull, le seul constructeur français d’ordinateurs, dont les matériels – notamment le Gamma 60 – ont du mal à s’imposer sur le marché et qui souffre d’un manque de fonds propres. La première affaire Bull, comme on devait l’appeler plus tard, a beaucoup agité le landerneau politique français. Après avoir tenté de promouvoir une solution française associant la Compagnie Générale d’Électricité (CGE) et la Compagnie Générale de la Télégraphie Sans Fil (CSF), le ministre des Finances, Valéry Giscard d’Estaing, a fini par donner son feu vert au rachat par General Electric… Après des mois d’atermoiements, le projet tricolore s’est fracassé sur l’opposition des milieux financiers, tout acquis au schéma américain, seul à même à leurs yeux de garantir l’avenir de Bull.
Cette affaire agit comme un électrochoc au plus haut niveau de l’État. Devenu ministre des Finances en janvier 1966, Michel Debré, soutenu par son collègue des Armées, milite résolument pour le lancement d’une politique ambitieuse dans le domaine de l’informatique. Pour assurer l’avenir de la dissuasion nucléaire, bien sûr – encore que ce ne soit pas la principale raison, les calculs nucléaires étant effectués sur un Control Data appartenant à la société française Sema -, mais aussi et surtout pour ne pas laisser aux seuls Américains un secteur aussi essentiel que l’informatique. Dès le mois de février 1966, le général de Gaulle et son Premier ministre, Georges Pompidou, donnent leur accord pour mettre en œuvre une grande politique visant à doter la France d’une industrie informatique digne de ce nom. Le lancement du plan Calcul, en septembre 1966 dans la foulée de l’adoption du rapport Ortoli, répond à cette ambition. Il prévoit en premier lieu la création d’une Délégation à l’informatique dont la mission sera de gérer les budgets du plan, de définir ses principales orientations et d’en assurer l’application. Elle est confiée à Robert Galley, gaulliste de la première heure, compagnon de la Libération et ingénieur de l’École centrale des arts et métiers. À partir de 1968, elle sera dirigée par un haut fonctionnaire sorti de Polytechnique et particulièrement au fait des questions informatiques, Maurice Allègre.
Le plan Calcul comprend également un volet industriel, évidemment essentiel. Il prévoit la création d’un champion français de l’informatique, baptisé Compagnie Internationale de l’Informatique (CII). Pour mener à bien cette opération, l’État a imposé la fusion de la Compagnie Européenne d’Automatisme Électronique (CAE), une filiale commune de la CSF et de la CGE, avec la Société d’Électronique et d’Automatisme (SEA), elle-même filiale du groupe Schneider. Mettre les industriels autour d’une même table n’a pas été des plus faciles. À la CGE comme à la CSF et au sein du groupe Schneider, personne n’est véritablement emballé par ce chantier industriel piloté par l’État. Mais, enfin, on ne résiste pas au général de Gaulle… Issue de la fusion des deux entreprises, la CII est détenue à plus de 56 % par la CGE et CSF, à 33,3 % par Schneider et à 10,3 % par le groupe Rivaud. Sa mission : produire des ordinateurs made in France.
La trêve entre Ambroise Roux et Paul Richard sera de courte durée. La sourde lutte d’influence à laquelle se livrent les deux hommes trouve rapidement un nouveau terrain : le développement européen de la CII. Cette bataille finira par emporter la Compagnie et, avec elle, tout le plan Calcul. Au début des années 1970, la CII peut se flatter d’un bilan honorable. Depuis sa création, l’entreprise a développé une gamme d’ordinateurs moyens et gros – les Iris – ainsi que des machines sous licence américaine. Ces matériels se sont plutôt bien vendus, non seulement en France – notamment auprès des sociétés nationales et des administrations – mais aussi ailleurs en Europe. Cinq ans après sa création, la Compagnie est cependant en quête d’un second souffle. À la Délégation informatique comme dans les ministères, l’idée s’impose rapidement de créer une grande alliance au niveau européen associant la CII à des entreprises du secteur. Objectif : asseoir le développement de la Compagnie, mais surtout donner naissance à une grande industrie européenne de l’informatique, sur le modèle de ce qui vient d’être fait dans l’aéronautique avec Airbus…
Au début des années 1970, des négociations sont menées tous azimuts avec des industriels anglais, allemands et hollandais. Interminables, elles débouchent sur l’annonce d’un grand projet européen dans le secteur informatique. Baptisé Unidata, il associe la CII, Philips et Siemens. Ce projet, Ambroise Roux, le patron de la CGE, n’a cessé de s’y opposer, craignant qu’une alliance entre Thomson – le principal actionnaire de la CII -, Philips et Siemens ne se fasse à ses dépens. L’alliance commence dans l’informatique mais finira par gagner les composants, voire même le téléphone, pense l’industriel, qui, au début des années 1970, use de toute son influence pour saborder Unidata. Sans succès. Le projet reçoit un soutien appuyé du chef de l’État, Georges Pompidou, et du Premier ministre, Jacques Chaban Delmas…
Mais les aléas de la politique vont contribuer à rebattre totalement les cartes. Le 2 avril 1974, Georges Pompidou meurt, emporté par un cancer. Élu en mai 1974, le nouveau chef de l’Etat, Valéry Giscard d’Estaing, ne sait pas très bien quoi penser du dossier Unidata. Faut-il ou non mener à bien ce grand projet européen ? C’est le début d’une formidable guerre d’influence qui va opposer deux camps. D’un côté, les partisans de l’alliance européenne conduite par les États, ce qui suppose au préalable un renforcement des moyens financiers de la CII, par exemple en l’adossant au Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Parmi eux, la Délégation à l’informatique, bien sûr, mais aussi une brochette de hauts fonctionnaires et quelques ministres, dont le premier d’entre eux, Jacques Chirac. De l’autre, les adeptes d’une solution libérale consistant à fusionner la CII avec un groupe privé, de préférence américain. Parmi eux, Ambroise Roux, bien sûr, mais aussi les dirigeants de Thomson, dont l’enthousiasme pour le projet Unidata tiédit de jour en jour, les hauts fonctionnaires du ministère de l’Industrie et le ministre lui-même, Michel d’Ornano. Ce camp a trouvé son champion : Jean-Pierre Brulé, le PDG d’Honeywell Bull. L’homme rêve de casser Unidata – un concurrent qui risque de se révéler redoutable – et, au passage, d’absorber la CII…
Après des mois d’hésitation et au terme d’un double jeu qui a profondément agacé les partenaires européens d’Unidata, c’est finalement ce dernier camp qui l’emporte. Pour des raisons idéologiques ? En partie. Dans l’entourage de Valéry Giscard d’Estaing, nombreux sont en effet ceux qui pensent que l’heure n’est plus au renforcement du secteur public, fût-il réalisé dans un cadre européen. Libéraux dans l’âme, ils estiment que la priorité est de renforcer les entreprises privées. Sur le plan technique, une alliance de la CII avec l’américain Honeywell Bull leur paraît bien plus viable qu’une grande alliance européenne. L’attitude des industriels français – CGE et Thomson-CSF – s’est également révélée déterminante. Engagés l’un et l’autre dans une stratégie de développement à l’international, les deux groupes ne veulent plus participer à une aventure née sous la houlette de l’État. S’y ajoutent bien sûr les querelles d’ego, envahissantes depuis 1966. Reste à trouver un prétexte. Bien malgré eux, les Allemands le leur fournissent en annonçant la reprise, par Siemens, de la division informatique de Telefunken, alors en grande difficulté. En reprenant Telefunken, son parc d’ordinateurs, ses chercheurs et son déficit, Siemens va rompre l’équilibre au sein d’Unidata et grossir ses pertes, s’empressent de murmurer à l’oreille des hauts fonctionnaires français les partisans de la solution Honeywell Bull, Jean-Pierre Brulé en tête. Habilement, celui-ci fait savoir qu’il ne demandera aucune subvention à l’État pour la reprise de la CII. En mai 1975, le gouvernement donne officiellement son accord à l’acquisition de la CII par Honeywell Bull et annonce son retrait d’Unidata. C’est la fin d’une ambition européenne dans le secteur informatique. C’est également la fin du plan Calcul. Un an plus tôt, Maurice Allègre, découragé, a en effet donné sa démission, entraînant la suppression de la Délégation à l’informatique…
Tristan Gaston Breton, historien d’entreprises. Les Échos, mise à jour : 6 août 2019
5 au 14 08 1966
Championnats du monde de ski alpin à Portillo du Chili
Adrien Duvillard – passé en 1962 chez les professionnels – et Honoré Bonnet ont lancé l’équipe de France de ski alpin sur la voie de succès qui vont durer dix ans avec une incroyable razzia lors de ces championnats du monde de Portillo du Chili : 7 titres sur 8, 16 médailles sur 24 et 6 doublés. Marielle Goitschel : 3 titres – descente, géant et combiné – et une médaille d’argent en slalom -. Jean-Claude Killy, première victoire en descente et combiné. 2 ans plus tard il triomphera aux JO de Grenoble. Et encore Guy Périllat en géant, Annie Famose en slalom. Seul le slalom hommes échappe aux français, gagné par l’italien Carlo Senoner. Ils se nomment encore Léo Lacroix, Michel Arpin, Georges Mauduit, Michel Bozon, François Bonlieu, Pierre Stamos.

Jean-Claude Killy, déjà au sommet
18 08 1966
Depuis 8 jours, Heinz Ramisch et Herman Muller, sont immobilisés sur une petite vire dans la face nord des Drus, à 3 000 m. dans le Massif du Mont Blanc. Il a neigé et il fait froid : -10°. À Chamonix, on ne semble pas avoir tiré les leçons du drame de Vincendon et Henry, 10 ans plus tôt, et les secours s’organisent dans le désordre : ce sont au moins trois cordées qui partiront, par des voies différentes ; les témoins de l’époque disent qu’il était bien que Chamonix ne se trouve pas en Corse, sans quoi des fusils auraient été sortis des sacs, et il y aurait eu des morts. C’est finalement Garry Hemming, le hippy des cimes, et François Guillot, brillant alpiniste des années 60, futur cadre de la Comex, qui parviendront les premiers à rejoindre les deux Allemands, le 21 août à 11 h. On comptera 70 rotations d’hélicoptère etc… etc…

Le 18 aout 1966 Song Binbin décore Mao Zedong du brassard de la Garde rouge. Quelques jours plus tôt, elle avait torturé à mort la proviseure adjointe de son lycée, le plus renommé de Pékin.
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