exergue
Il est singulier d’habiter un pays, de vivre parmi un peuple chez lequel depuis si longtemps (cela a dû commencer après Louis XIII) les plans inclinés, les pentes douces que lui a offert l’histoire, et qu’une nation comme l’Angleterre a abordés chaque fois dans le bon sens, dévalés avec le minimum d’effort, n’ont jamais rencontré - bien au contraire - la moindre complaisance à les suivre.
De là vient que la relation du Français avec l’histoire de son pays est une relation de totale étrangeté : celle d’un lecteur avec un roman époustouflant dont il ne lui vient aucunement à l’idée de se sentir l’épilogue.
Un Américain voit naturellement dans le passé de son pays la figure d’un fleuve sur lequel il est lui-même embarqué et qui coule en grossissant selon sa pente.
Le Français, lui, y contemple l’image d’une voiture effrénée dont le comportement normal est, à chaque tournant, de déraper et de se mettre en travers de la route, quand il ne lui arrive pas d’effectuer au préalable deux ou trois tonneaux. Et j’oserai dire ici - tant pis - une de mes mauvaises pensées intimes, pensée couvée par des années de modeste enseignement de l’art de Clio : parmi toutes les histoires nationales - sinon certes du point de vue artistique et idéologique, du moins assurément de celui du rendement de l’énergie dépensée - depuis trois siècles, il y en a peu de plus bêtes que celle de la nation française.
Julien Gracq. Carnets du Grand Chemin.José Corti 1992.
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Deux dangers menacent le monde : l’ordre et le désordre
Paul Valéry
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Dire que l’homme est un loup pour l’homme, c’est être bien méchant pour les loups.
Un contemporain, paraphrasant Plaute
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Citer, c’est faire usage de la bibliothèque de Babel ; citer, c’est réfléchir à ce qui a déjà été dit et si nous ne le faisons pas, nous parlons dans un vide où nulle voix humaine ne peut produire un son.
Alberto Manguel, La Bibliothèque, la nuit. Actes sud 2006