Exergue

Ce que personne ne connaît n’est pas arrivé.  

Apulée, écrivain latin, née en Numidie [125-175 ap.J.C.]

Il faut tout publier de ce que les écrivains voulaient publier, à titre posthume ou non. Le temps de l’esprit ne répond pas aux oukases de l’esprit du temps. La sensibilité d’une époque donnée ne saurait justifier la censure pour toutes les époques. La démocratie, c’est faire confiance à la vertu du débat. Le soupçon se nourrit du secret qu’on lui oppose. Il faut tout montrer, et tout restituer dans son contexte, à la suite de Montesquieu : où il n’y a pas de conflit visible, il n’y a pas de liberté.

Olivier Nora, PDG de Grasset

 Mieux on connaît son passé, moins on en est l’esclave.

Robert Halleux, historien belge , dans la préface au Recueil des commémorations nationales de 2014.

Il est singulier d’habiter un pays, de vivre parmi un peuple chez lequel depuis si longtemps (cela a dû commencer après Louis XIII) les plans inclinés, les pentes douces que lui a offert l’histoire, et qu’une nation comme l’Angleterre a abordés chaque fois dans le bon sens, dévalés avec le minimum d’effort, n’ont jamais rencontré – bien au contraire – la moindre complaisance à les suivre. De là vient que la relation du Français avec l’histoire de son pays est une relation de totale étrangeté : celle d’un lecteur avec un roman époustouflant dont il ne lui vient aucunement à l’idée de se sentir l’épilogue. Un Américain voit naturellement dans le passé de son pays la figure d’un fleuve sur lequel il est lui-même embarqué et qui coule en grossissant selon sa pente.

Le Français, lui, y contemple l’image d’une voiture effrénée dont le comportement normal est, à chaque tournant, de déraper et de se mettre en travers de la route, quand il ne lui arrive pas d’effectuer au préalable deux ou trois tonneaux. Et j’oserai dire ici – tant pis – une de mes mauvaises pensées intimes, pensée couvée par des années de modeste enseignement de l’art de Clio : parmi toutes les histoires nationales – sinon certes du point de vue artistique et idéologique, du moins assurément de celui du rendement de l’énergie dépensée – depuis trois siècles, il y en a peu de plus bêtes que celle de la nation française.

Julien Gracq. Carnets du Grand Chemin.José Corti 1992.

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Deux dangers menacent le monde : l’ordre et le désordre. […] Tout ce qui est simple est faux et tout ce qui ne l’est pas est inutilisable.

Paul Valéry

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Dire que l’homme est un loup pour l’homme, c’est être bien méchant pour les loups.

Un contemporain, paraphrasant Plaute

Je n’aime pas les gens indifférents à la vérité.

Boris Pasternak

 

Lorsqu’on est décidé à prendre au sérieux la vérité et à suivre notre conscience, il est bien difficile d’être de son parti sans être un peu de l’autre.

 Roger Martin du Gard              Jean Barois.

 

Je suis toujours autobiographique, même si je me mets à raconter la vie d’un poisson.

Federico Fellini

Je ne cherche pas à changer les choses. Il y a un choix à faire, ou vous changez les choses, ou vous les dites. On ne peut pas être aux deux endroits. Si vous voulez changer le monde, vous êtes obligé de devenir diplomate, et vous ne pouvez pas le dire tel qu’il est. Le mensonge ou l’approximation, fait partie du travail politique.

Je n’agis pas sur les choses, mais j’essaie de les écrire. Un écrivain, c’est de ça qu’il se sent responsable. Le simple fait de trouver les mots qui correspondent aux choses, telles qu’elles sont vécues, fait qu’on ne peut plus les voir comme avant. Ça ne crée pas du changement, mais ça crée de la liberté. Alors certes, ça ne dure pas longtemps, ça clignote, juste un instant. Puis le brouillard retombe. C’est comme ça. Le réel est un brouillard, et la fonction des choses est d’être incompréhensible. Mais il reste des traces de ce clignotement. Elles ne sont pas suffisantes, alors on recommence et on refait des livres.

Christine Angot     Télérama 3423  du 22 au 28 août 2015

Faites en sorte de vous bien porter,
Abandonnez-vous tout entier à la gaieté, à la joie, à l’ardeur,
Fuyez les différends et les querelles, ainsi que les peines inquiétantes,
Ne concédez rien à la tristesse, rien à l’angoisse.
Servez-vous du bon vin, du vieux, faisant enfin bonne chère.
Surtout, je vous en prie, ne vous attristez pas…

Nostradamus