311 à 480. Constantin : l’Empire devient chrétien. Poussés par les Huns, les Barbares provoquent la fin de l’empire d’occident
Publié par (l.peltier) le 27 octobre 2008 En savoir plus

311 - 313                   Les édits de tolérance - dont l’édit de Milan en juin 313 - mettent fin aux persécutions contre les chrétiens : restitution aux églises des biens confisqués, exemption de charges pour le clergé chrétien. Ce n’est que bien plus tard, à la fin du IV° siècle que la Gaule s’ouvrira franchement au christianisme qui, jusque là, n’aura été le fait que d’une minorité de Grecs ou d’Orientaux parlant le grec. En 313, Constantin partage encore le pouvoir avec Licinius, devenu son beau-frère, maître de toutes les provinces danubiennes jusqu’au Bosphore. Il se brouille avec lui un an plus tard et le combat en Pannonie et en Thrace, sans pouvoir l’abattre. Le compromis qui s’ensuit consacre le partage de l’empire.

318                             Constantin se plait en Arles, la petite Rome des Gaules :

Arles est si heureusement placée, le commerce y est si actif, les négociants y viennent en si grand nombre qu’on y draine tous les produits de l’univers :  richesses de l’Orient, parfums de l’Arabie, délicatesses de l’Assyrie s’y trouvent en si grande abondance qu’on les croirait des produits du terroir.

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Les cours d’eau sont si heureusement distribués les uns par rapport aux autres qu’ils assurent dans les deux sens les transports d’une mer à l’autre, les marchandises ayant à être à peine relayées par terre et toujours dans des plaines d’une traversée facile. Le plus souvent, on les transporte par les voies fluviales en choisissant les unes pour la descente, les autres pour la montée. Le Rhône présente à cet égard des avantages exceptionnels puisqu’il reçoit les affluents venus de diverses directions, qu’il débouche dans notre mer, laquelle est d’un plus grand rapport que la mer extérieure et qu’il traverse la contrée la plus favorisée de la Celtique.

Strabon           Géographie, IV

Les embouchures du Rhône, à cause du refoulement opéré par la mer, recevant quantité de limon  et de sable que la vague comprime en boue épaisse, offraient aux navires chargés de blé une entrée difficile, laborieuse et étroite.

Plutarque  [45 -125]    Vie de Marius, IV

http://www.arles-antique.cg13.fr/       http://www.cesar-rhone.fr/    

http://www.romereborn.virginia.edu/

http://hg-avallon.over-blog.com/article-24721784.html

vers 320                      La terre est plate : qu’on se le dise :

Qui serait assez insensé pour croire qu’il puisse exister des hommes dont les pieds seraient au-dessus de la tête, où des lieux où les choses puissent être suspendues de bas en haut, les arbres pousser à l’envers, ou la pluie tomber en remontant ? Où serait la merveille des Jardins de Babylone s’il nous fallait admettre l’existence d’un monde suspendu aux antipodes[1] ?

                                   Lactance, précepteur du fils de l’empereur Constantin.(260-325)

8 11 324                     Constantin est parvenu finalement à éliminer son collègue Licinius par deux victoires en Thrace et en Bythynie : il décide de faire de Byzance sa nouvelle capitale : c’est bien un acte de réunification de l’empire, sous le signe du christianisme, dont le monothéisme convient bien à la conception du pouvoir absolu qu’incarne l’empereur.

Printemps 325              Le corps de la foi nouvelle est fermement décliné, face à l’arianisme : on l’appelle alors Symbole de Nicée[2], - ce autour de quoi l’on se réunit - qui deviendra le Credo      

Credo in unum Deum
Patrem omnipotentem, factorem cœli et terrae, visibilum omnium et invisibilium.
Et in unum Dominum, Jesum Christum, Filium Dei unigenitum.
Et ex Patre natum ante omnia sæcula.
Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero.
Genitum, non factum, consubstantialem Patri : per quem omnia facta sunt.
Qui propter nos homines, et propter nostram salutem descendit des cælis.
Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine : Et homo factus est.
Crucifixus etiam pro nobis : sub Pontio Pilato passus, et sepultus est.
Et resurrexit tertia die, secundum Scripturas.
Et ascendit in cælum : sedet ad dexteram Patris.
Et iterum venturus est cum gloria, judicare vivos et mortuos :
cujus regni non erit finis.
Et in Spiritum Sanctum, Dominum, et vivificantem : qui ex Patre Filioque procedit.
Qui cum Patre et filio simul adoratur, et conglorificatur :
qui locutus est per Prophetas.
Et unam, sanctam, catholicam, et apostolicam Ecclesiam.
Confiteor unum baptisma in remissionem peccatorum.
Et exspecto resurrectionem mortuorum.
Et vitam venturi sæculi.
Amen.
 

Je crois en Dieu, le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre ; et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur ; qui a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge Marie ; a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ; est descendu aux enfers, est ressuscité des morts le troisième jour ; est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout Puissant, d’où il reviendra juger les vivants et les morts. Je crois au Saint Esprit, à la sainte Eglise catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. Amen.

Traduction Missel Feder 1956

Je crois en un seul Dieu, le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible. Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : Il est Dieu, né de Dieu, lumière, né de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu Engendré non pas créé, de même nature que le Père ; et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ; Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Ecritures, et il monta au ciel ; il est assis à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts et son règne n’aura pas de fin. Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie; il procède du Père et du Fils. Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire ; il a parlé par les prophètes. Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique. Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés. J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir. Amen

                                                                                   Traduction 2006

Mais Constantin attendra tout de même la veille de sa mort, en 337, pour se faire baptiser. Jusque là symbole des légions, l’Aigle romaine le cède à la Croix. La légende veut que sa mère Hélène ait découvert la croix du Christ en grattant le sol du Golgotha : ce sera l’étendard principal du fonds de commerce du christianisme pendant plusieurs siècles, les fantassins étant les innombrables reliques des non moins innombrables saints. Nul ne peut dire combien de tonnes aurait pesé la croix que le Christ porta sur le Golgotha si l’on se mettait à additionner le poids de toutes les morceaux de la « vraie croix » qui se trouvent en tous lieux de terre chrétienne.

Les empereurs ne furent pratiquement jamais fanatiques ; l’esprit de tolérance marquait leurs décisions :

Le paganisme n’est pas pour autant tracassé ni même séparé de l’État : l’empereur, qui demeure pontifex maximus, s’intitule, dans une formule souvent mal comprise, « l’évêque de ceux qui sont en dehors de l’Église »; il n’intervient dans les affaires du paganisme que pour le contrôler, l’épurer, condamnant par exemple la magie, l’haruspicine privée ou la philosophie néo-platonicienne ; et les temples, les sacerdoces, même ceux du culte impérial, conservent leur caractère officiel, leurs subventions. Mais à côté du paganisme, le christianisme devient une autre religion d’Etat : les principes évangéliques inspirent la législation, préoccupée désormais de moralité et de charité ; on proscrit le divorce, la prostitution, les mauvais traitements aux esclaves et aux prisonniers ; le dimanche est même reconnu comme jour férié ; et les évêques sont gratifiés de subventions et de dotations pour la construction et l’entretien des « basiliques » (à Rome, le Latran et le Vatican ; aux Lieux Saints de Palestine, le Saint-Sépulcre, la Nativité ; à Constantinople, les Saints-Apôtres, Sainte-Sophie). Enfin le prince intervient dans les querelles ecclésiastiques afin d’imposer l’ordre et la paix : ce fut le cas en Afrique, pour le schisme donatiste ; en Orient, pour l’hérésie arienne.

Le donatisme était né d’une réaction des fanatiques contre les autorités ecclésiastiques jugées trop indulgentes pour les apostats repentants et par là complices de leur péché ; ce qui était particulièrement grave dans un milieu où l’on considérait comme invalides les sacrements conférés par des indignes. En face de l’évêque de Carthage, Cécilien, l’opposition se rallia autour de Donat : le « parti des martyrs » se dressait contre « l’Église des traditeurs », et en 312 toutes les provinces africaines étaient déchirées par le schisme. Dès 313, Constantin fut appelé à juger le litige, auquel il ne pouvait d’ailleurs rester indifférent : entre deux prétendants à un siège épiscopal, il fallait choisir lequel bénéficierait des subventions officielles. Il confia la cause d’abord à l’évêque de Rome Miltiade assisté de prélats gaulois, qui s’adjoignit des Italiens (concile de Latran, octobre 313), puis à un concile de tout l’Occident réuni à Arles (août 314) ; l’un et l’autre condamnèrent les donatistes en reconnaissant la légitimité de Cécilien. C’était déjà trop de deux décisions ; l’empereur accepta néanmoins de reprendre l’examen de la cause et après de nouvelles enquêtes trancha lui-même dans le même sens en 316. Les schismatiques, tenaces et procéduriers, avaient ainsi gagné du temps et pu s’étendre surtout en Numidie ; quand Constantin, excédé, leur refusa non seulement toute faveur, mais même la liberté du culte, ils résistèrent par la force : ce fut une véritable persécution, avec bagarres, pillages, massacres, jusqu’au jour où l’empereur, lassé de cette résistance, leur accorda enfin la tolérance en 321.

L’arianisme était une hérésie portant sur le dogme trinitaire : à l’opposé des théologiens d’Asie Mineure, condamnés à Rome dès le début du III° siècle, qui, pour sauvegarder l’unité divine, ne faisaient du Christ qu’un « mode de la divinité », l’école d’Antioche, insistant sur la transcendance divine, subordonnait le Rédempteur à son Père. Un prêtre d’Alexandrie, Arius, [256-336] formé à cette école, soutint que le Fils n’était qu’une créature, tirée du néant et adoptée par Dieu, ce qui le fit condamner par son évêque et un concile égyptien ; mais il trouva des adeptes parmi ses anciens condisciples d’Antioche, comme les deux Eusèbe, l’évêque de Césarée de Palestine et celui de Nicomédie, où résidait alors Licinius. L’Orient était divisé autour de cette doctrine au moment où Constantin y arriva vainqueur en 324 ; immédiatement est convoqué un grand concile, dont l’empereur assume l’organisation et les frais comme pour celui d’Arles en 314 ; mais, cette fois, la présence de quelques prélats occidentaux, en particulier de légats romains, donnera à la réunion un caractère universel : le concile de Nicée, en Bithynie, est le premier concile « œcuménique » (printemps 325). Sous l’influence des Occidentaux, surtout d’Osius de Cordoue, un symbole de foi y fut adopté, qui rejetait formellement l’arianisme en proclamant le Fils de Dieu « consubstantiel » au Père (homoousios), ainsi que de nombreux canons disciplinaires, posant des règles pour l’élection et le sacre des évêques, conférant aux évêques des chefs lieu de provinces (les « métropolitains ») une autorité sur leurs suffragants, reconnaissant à quelques sièges éminents, Antioche, Alexandrie, Rome, une autorité supérieure, d’ailleurs mal définie.

L’Église, libérée de toute entrave, modelait son organisation sur celle de l’empire, en adoptant le cadre provincial pour sa hiérarchie ; fait plus grave, sa docilité tolérait les immixtions de l’Etat dans sa vie intérieure : en contrepartie des faveurs dont elle était comblée, elle devait subir une protection onéreuse, dont nul au début ne se plaignit, mais qui devint bientôt abusive et intolérable. Constantin lui-même, se laissant persuader par d’habiles intrigants, principalement Eusèbe de Nicomédie, accepta, sans avoir conscience de se déjuger, de gracier et réhabiliter Arius, et de condamner et déposer des nicéens, d’abord Eustache d’Antioche (330), puis le nouvel évêque d’Alexandrie, Athanase, qui fut envoyé en exil en Gaule (335). Loin de laisser aux conciles et à l’évêque de Rome la solution des problèmes religieux, le premier empereur chrétien, continuant les traditions de la cité antique et des monarchies païennes, trouva naturel de prendre en main la direction des affaires ecclésiastiques : sans le vouloir, Constantin compromit ainsi gravement les intérêts de l’Eglise et plongea l’État dans des complications infinies en ouvrant la voie à ce qu’on appellera le césaropapisme byzantin.

Jean Remy Palanque           L’empire universel de Rome.    1956

Le martyr chrétien n’avait pas d’armes. Et les clercs, interdiction d’en porter. Comment est-on passé des objecteurs de conscience des premiers siècles, qui refusent de porter l’épée, conformément aux préceptes d’Hyppolite, allant jusqu’à mourir pour échapper au service militaire de l’Empire, aux milites Christi, qui ne se refuseront aucune effusion de sang pour venir à bout des « ennemis de Notre-Seigneur » ?

Certains répondent : un accident est arrivé, la conversion de Constantin. Malheureux aléa, qui transforma un credo pacifiste, voire anarchisant, en idéologie d’Etat. Le Christ a conquis l’Empire qui l’a conquis, après trois siècles d’opposition clandestine. La religion clandestine, devenue avec Théodose, obligatoire, elle dut mettre l’Evangile au rancart pour survivre aux barbares. D’où l’inversion des signes. Ce qui était un mal - le métier militaire - devient un bien… ce ne sont plus les centurions que l’on excommunie mais les déserteurs.

Régis Debray                        Le feu sacré     Fayard 2003

vers 325                      Pacôme, - qui sera canonisé - construit à Tabenissi, sur le Nil, en Thébaïde, ce qui peut être considéré comme le premier monastère chrétien.

Les Romains construisent un étonnant ensemble de 16 moulins à eau à Barbegal, près d’Arles : ils entraînent 16 roues à aube de 2.1 m Ø. On estime leur production entre 4 et 5 tonnes de farine par jour. Le site choisi utilisait une belle pente naturelle en amont de laquelle il construisirent un aqueduc. En fait cela va rester encore longtemps exceptionnel et l’utilisation généralisée de moulins à eau sera plus tardive.

326                             Fausta, épouse de Constantin, a tué jusqu’alors le temps en intrigues et adultères : elle aurait entre autre affirmé que son beau-fils Crispus, fils de Minervina, avait voulu la séduire, ce qui était faux, mais quand Constantin s’en aperçut, il l’avait déjà fait exécuter. Ensuite de quoi il fit prendre à Fausta un bain d’eau bouillante… dont elle ne se releva pas. Le fait que Crispus autant que Fausta étaient restés païens n’avait pas dû contribuer à arranger les choses.

11 05 330                   L’empereur inaugure la nouvelle capitale Constantinopolis et son magnifique palais construit en bordure de la Propontide. A l’égale de Rome, - elle sera nommée La Jeune Rome - elle se verra dotée d’institutions (Sénat, fonctionnaires spéciaux etc…) et du plus important : Panem et Circenses.

336                             Lo Tsun, moine bouddhiste, s’en va en pèlerinage sur la route de la soie. Une vision de son Seigneur au milieu d’une constellation de mille points lumineux le fait s’arrêter sur le lieu. Il entreprend d’y creuser une grotte, en couvre les murs d’enduit et y peint des scènes de la vie du Bouddha.

L’œuvre fut poursuivie pendant mille ans : près de cinq cents grottes furent creusées, ornées de fines peintures murales et de statues en terre cuite, donnant ainsi naissance au sanctuaire de Mogao, à peu près 94°E, 40°N, proche de l’antique cité de Dunhuang, témoin privilégié de la métamorphose du bouddhisme tibétain et chinois à l’iconographie jusqu’alors abstraite en une religion représente les histoires fabuleuses de dieux aventureux, rois ambitieux, moines éclairés et chevaliers errants. Le sanctuaire changea souvent de nom : Mogaoku, Grottes d’une hauteur inégalée, Quianfodong, site des mille Bouddhas. Au XI° siècle, plus de 50 000 manuscrits et peintures y furent cachés, dont le Sûtra du Diamant, que Sir Aurel Stein découvrira en 1907 et achètera une bouchée de pain pour le remettre au British Museum. Le site devint la seule bibliothèque bouddhiste de son temps.

http://www.idp.bnf.fr/   

320 - 342                    Frumentius et Aedesius évangélisent Axum, - capitale de la Nubie - aujourd’hui au nord de l’Ethiopie. Son ouverture sur la Mer Rouge est à Adulis. 150 ans plus tard des moines syriens donneront à l’Eglise abyssine sa spécificité : elle aura son rite propre, le rite copte éthiopien, où l’on retrouve maintes pratiques hébraïques, nées d’une importante immigration juive du I° au VII° siècle ; seule, la minorité falasha resta juive, les autres se convertirent au christianisme.

Ezana, le premier roi chrétien, laissera des dizaines d’obélisques de granit mesurant de 3 à 27 mètres de haut, sur lesquels sont gravées des formes géométriques complexes. Rois et nobles étaient enterrées dans des caveaux et cryptes creusées à plusieurs mètres de profondeur. A la fin du V° siècle, son souverain Silko, lui rattachera le royaume voisin de Méroé. Le déclin d’Axum commencera à la naissance de l’Islam.

A l’autre extrémité de l’Afrique s’est crée l’empire du Ghana, qui exercera son hégémonie sur plus d’un million de kilomètres carrés : Sahel, bassin du Sénégal et Haut-Niger. Il tiendra du III° au VIII° siècle, entretenant une armée qui aura jusqu’à deux cent mille hommes ; riche de l’or de ses provinces du sud, il entretenait un important commerce avec le Maghreb [qui, en arabe, signifie Occident].  400 ans plus tard, l’arrivée de l’islam, les conversions forcées auront raison de son unité, mais il ne disparaîtra vraiment qu’au XI° siècle.

353 -356                    Constance II est arien et le fait savoir ; il fait promulguer une loi antinicéenne, fait condamner Athanase, le pilier de l’orthodoxie, qui dut quitter Alexandrie et s’enfuir au désert ; ceux qui refusèrent de s’associer à cette condamnation furent eux aussi exilés : Hilaire de Poitiers, le pape Libère…

Dès le règne de Constance II, des persécutions cruelles ont  été lancées contre les « hellènes » ou « tenants de l’ancienne foi », qui eurent beaucoup plus d’ampleur et de durée, et un caractère beaucoup plus acharné et méthodique que les persécutions des empereurs païens contre les chrétiens, comme se plaisent à la souligner les historiens actuels.

                                                                                                          Pierre Chuvin

vers 350                      Basile, après un long voyage en Orient, fonde un monastère à Césarée, en Cappadoce, avec une règle plus contraignante que celle de Pacôme.

                                   L’homme est un animal qui a reçu vocation d’être divinisé[3].

Chez les Goths, l’évêque Ulfila, qui éprouve une sympathie certaine pour l’arianisme, évangélise en ajoutant à l’alphabet latin de nouveaux caractères propres à rendre les sons spécifiques de l’écriture runique des Germains.

354                             La fête de Noël est fixée au 25 décembre, jusqu’alors fête du dieu Mithra dans l’empire romain : Mithra, dieu indo perse de la lumière, était vénéré par les militaires et les marins, promettant l’immortalité à ses initiés. Le mithraïsme devint même religion d’Etat sous l’empereur Aurélien (214 - 275). On faisait ainsi « l’économie » d’un jour férié.  On dénombrera une centaine de sanctuaires, de Memphis en Egypte à Rudchester au Royaume Uni, de Garnie en Arménie à Troia au Portugal. L’INRAP - Institut national de recherches archéologiques préventives - en trouvera un au cœur d’Angers en 2010. Il disparaîtra de l’empire romain 40 ans plus tard quand l’empereur Théodose interdira les cultes païens.

Martin a 37 ans : incorporé dans l’armée impériale, il est aux portes d’Amiens, où, pour mettre un pauvre à l’abri du froid, il coupe sa chlamyde - le manteau - en deux pour lui en donner une moitié. Il se fait baptiser trois ans plus tard, devient exorciste de l’évêque Hilaire de Poitiers, qui est déporté pour s’être opposé à l’empereur Constance sur l’arianisme. Il part alors en Italie, puis sur la petite île de Gallinaria, près de la Corse. Chassé de Milan en 358, il revient à Ligugé en 363, où il fonde la première communauté monastique de la Gaule. Evêque de Tours en 371, il préfère la vie monastique et fonde l’abbaye de Marmoutier, évangélisant les campagnes. Il meurt en novembre 397 en Touraine : Poitevins et Tourangeaux se disputeront sa dépouille… qui finira par revenir à Tours en barque sur les eaux de la Loire : à son passage tout refleurit : on prendra soin de s’en souvenir avec l’été de la Saint Martin.

Cette carrière bien remplie sera très largement reconnue : quatre mille paroisses portent son nom, tout comme les cathédrales de Mayence, Utrecht, Groningue, Liège, Courtrai, Lucques, Linz, Bratislava, Mexico, La Nouvelle Orléans. Les abbayes de Ligugé et Marmoutier par contre, disparurent relativement vite. Du V° au X° siècle, Tours sera le grand pèlerinage.

Toute cette énergie déployée pour l’évangélisation ne pouvait pas ignorer les inévitables « débroussaillages » à entreprendre avant de construire : on le dit grand destructeur de mégalithes… on le dira encore de Saint Eloi, 300 ans plus tard.

360                             Paris n’a pas encore la chanson, mais a déjà l’air :

J’étais en quartier d’hiver dans ma chère Lutèce. C’est ainsi que les Celtes appellent la petite ville des Parisiens, située sur le fleuve qui l’environne de toute part, en sorte qu’on n’y peut aborder que de deux cotés par deux ponts de bois. Il est rare que la rivière se ressente beaucoup des pluies de l’hiver et de la sécheresse de l’été. Ses eaux pures sont agréables à la vue et excellentes à boire. Les habitants auraient de la peine à en avoir d’autres, étant comme ils sont dans l’île. L’hiver y est très doux à cause de la chaleur, dit-on, de l’océan, dont on n’est pas à plus de 9 stades, et qui, peut-être, répand là quelque douce vapeur : or, il paraît que l’eau de mer est plus chaude que l’eau douce. Que ce soit cette cause, ou quelque autre, qui m’est inconnue, le fait n’en est pas moins réel. Les habitants de ce pays ont de plus tièdes hivers. On y voit de bonnes vignes et des figuiers même, depuis qu’on prend soin de les revêtir de paille et de ce qui peut garantir les arbres des injures de l’hiver…

                                                                                              Julien l’Apostat.        Misopogon.

Il tenait garnison en Gaule et passait tous les hivers à Lutèce[4], où il sera d’ailleurs couronné empereur en novembre 361, seul après Constantin à ne pas être chrétien, d’où son surnom.

Il publiera en 362 un édit interdisant l’enseignement aux professeurs chrétiens. Dévot de la Mère des dieux et du Soleil, il a l’ambition, durant son court règne de fusionner toutes les croyances pour réaliser l’impossible accord de tous ses sujets, quelle que soit leur confession.

                                                           L’Histoire du Monde.  L’Antiquité       Larousse 1996.

Le temps des dieux d’avant était bel et bien passé : il envoya un émissaire à Delphes qui se vit répondre par l’oracle :

Annoncez-le au roi : il a croulé, le superbe édifice !
Phoïbos n’a plus même une cabane, plus de laurier prophétique
Et la source est muette ; l’onde éloquente elle-même est tarie.

Il quittera Paris, mais cela ne lui réussira pas : en 363, il resta quelques temps à Harran (où s’étaient établis il y a bien longtemps Abraham et Sarah, rive gauche de l’Euphrate, au nord-est d’Alep) avec son quartier général avant que de tenter de se tailler un empire en Perse, ce qui lui coûtera la vie, le 26 juin de la même année.

Mais à Paris, il est d’autres années qui sont moins tendres puisqu’il voit un jour la Seine charrier d’énormes blocs de glace… on croirait, écrit-il, voir flotter des blocs de marbre blanc sortis des carrières de Phrygie (plus précisément celle de Dokimeion). On estime que la ville ne compte alors pas plus de huit mille habitants.  

La douceur de l’Île de France était donc déjà connue, elle se confirmera au fil du temps, et quoi que l’on pense du Paris, capitale de la France, et donc devenu rapidement centre du pouvoir, avec tous les aspects déplaisants que cela peut avoir, il n’en reste pas moins que ceci n’a jamais porté atteinte à cette très réelle gentillesse parisienne, faite d’attention aux autres, de bonne humeur et de goût pour une vie sociale agréable ; et il est bien vrai encore aujourd’hui que l’on ne peut enfermer les Parisiens entre les deux extrêmes de la perception du provincial chantés par Julien Clerc et Georges Brassens : les gens d’ici ne sont pas plus grands, plus fiers ou plus beaux, seulement, ils sont d’ici, les gens d’ici, ce qui pour Julien Clerc, est une manière d’enfoncer des portes ouvertes, ou bien, à l’autre bout, la perception vitriolée de Georges Brassens : les imbéciles heureux qui sont nés quelque part, appréciation qui présente l’avantage de se passer de tout commentaire. Michel de Crayencour, qui ne devait pas être du nombre des imbéciles heureux, disait souvent à sa fille Marguerite - que la célébrité future amènera à prendre pour nom de plume l’anagramme du premier - Yourcenar - : On s’en fout, on n’est pas d’ici, on s’en va demain. On n’est bien qu’ailleurs.

http://www.paris.culture.fr/    

365                             Un tremblement de terre détruit partiellement nombre de villes de la côte africaine de la Méditerranée : Leptis Magna et Subratha, sur le littoral de l’actuelle Lybie, Alexandrie en Egypte.

367                             Athanase, évêque d’Alexandrie et patron des exilés - il le fût pas moins de cinq fois, totalisant 17 ans hors de son évêché - établit la liste des 27 livres du Nouveau Testament

376                             Les Huns arrivent : ils commencent par envahir le pays des Alains - entre mer d’Azov et Caucase -, d’autres s’installent sur les rives du Danube.

Ils mangent, boivent, dorment et tiennent conseil à cheval. […] Ils portent des vêtements de lin ou des peaux de campagnols cousues ensemble.

…/… plebs truculenta - foule d’épouvantables gueux -.

                                                                                  Ammien Marcellin

9 08 378                     Les Goths, poussés par les Huns, écrasent les armées romaines. Gratien, empereur d’Occident, avait quitté la Gaule pour venir secourir l’empereur Valens, à Andrinople (actuelle Edirne, en Turquie), où Valens meurt.

Il n’arrivait pas souvent aux empereurs romains d’être sifflés aux jeux du cirque. Il fallait vraiment que la foule fût exaspérée, ou le souverain fort impopulaire, pour qu’on manque de respect à sa très sacrée personne, dans cet empire aux allures tyranniques où il suffisait de calculer l’horoscope de l’empereur pour être condamné au bûcher.

C’est pourtant ce qui arriva à l’empereur d’Orient Valens, au printemps de 378, lorsque les spectateurs le huèrent dans l’hippodrome de Constantinople : il sut immédiatement que c’était un bien mauvais signe : le prince était élu à vie mais il existait des moyens de se débarrasser de lui lorsqu’il déplaisait.

Certes, Valens, proche de la cinquantaine (signalée par un embonpoint marqué), légèrement boiteux, aveugle d’un œil, bien intentionné mais un peu raide de caractère, n’avait jamais été aimé par son peuple - bien qu’il lui ait offert l’aqueduc qui aujourd’hui encore, dans Constantinople devenue Istanbul, porte son nom. Mais ce sont les événements dramatiques, survenus aux frontières de l’empire, qui ont déclenché la colère des Romains et leurs sifflements.

Depuis près de deux ans, les Barbares rôdaient impunément dans la riche province de l’Empire romain d’Orient qui, des faubourgs de Constantinople, s’étendait jusqu’au Danube. Des remparts de la ville, on voyait la fumée des villages incendiés ; les sénateurs n’osaient plus gagner leurs villas à la campagne d’où les esclaves s’étaient souvent échappés pour rejoindre des bandes de brigands, quitte à les conduire jusqu’aux cachettes où leurs maîtres gardaient l’or.

Un flot de fuyards en provenance de l’arrière-pays s’entassait dans la capitale, propageant les mêmes récits d’horreur : des razzias sanglantes, des propriétaires torturés, des femmes violées et emportées. L’empereur n’avait rien fait pour enrayer ce fléau, disait-on ; sinon des mesures insuffisantes et isolées comme l’envoi de quelques troupes qui avaient fini par se faire battre ou détruire des petites bandes sans oser s’attaquer aux plus redoutables. S’il tenait à son diadème, et à sa vie, il fallait que Valens agisse.

Et pourtant, c’était l’empereur lui-même qui les avait accueillis, ces Barbares, cet ensemble de tribus installées au nord de la mer Noire (en Roumanie, Ukraine et Moldavie) qu’on appelait collectivement les Goths. En 376, ils s’étaient présentés sur la frontière, en suppliant d’être admis dans l’empire, car un ennemi redoutable surgi des steppes asiatiques, les Huns, les chassait de leurs champs et de leurs cabanes. Les conseillers de Valens lui avaient alors assuré que c’était sa bonne fortune qui lui amenait toute cette main-d’œuvre, tous ces «prolétaires », comme on disait alors, qui travailleraient la terre et serviraient dans l’armée. On s’était frotté les mains car l’empire se préparait à envahir l’Iran et on avait faim d’hommes.

Valens aurait pu dire que ce n’était pas sa faute si cette opération humanitaire, le plus important accueil de réfugiés jamais tenté dans l’histoire de l’empire, avait tourné à mal, au contraire de tant d’opérations semblables qu’on avait menées à bien sous ses prédécesseurs. C’est le nombre imprévu des Barbares (peut-être 50 000) qui avait empêché de les dénombrer correctement, donc de prévoir des solutions efficaces pour leur réinstallation. C’est aussi à cause de l’empressement et de la désorganisation que le passage du Danube, l’une des frontières naturelles de l’empire, avait été une telle épreuve pour les réfugiés. Des familles entières s’étaient noyées, d’autres avaient été séparées, et les officiers romains, en quête d’esclaves, avaient vite fait de ramener chez eux la jeune fille ou le garçon égarés, comme l’opinion publique ahurie devait l’apprendre plus tard.

Une fois les Barbares entassés dans des camps, dans les plaines de Thrace au bord du Danube, il avait fallu les nourrir comme on le leur avait promis. Mais, les militaires chargés de cette opération avaient vite découvert qu’on pouvait en tirer de beaux profits, en revendant aux réfugiés les rations que ceux-ci étaient censés recevoir gratuitement. La corruption était si répandue dans l’Empire romain que personne n’avait prévu que les Barbares, eux, ne s’arrangeraient pas de ce système…

Les Goths étaient bien trop nombreux par rapport aux soldats. Certains parmi eux avaient même pu éviter de consigner leurs épées : il avait suffi, là encore, de glisser quelque cadeau dans les mains des sentinelles…

Face à des bandes de réfugiés goths devenus brigands, Valens décida de s’occuper lui-même du problème ; il ajourna la guerre contre les Perses et rappela l’armée à Constantinople. En quittant sa capitale, il n’eut pas le temps de juger un moine catholique qui avait osé le dénoncer publiquement : car lui, Valens, était bien chrétien, mais de la secte arienne (condamnée par le concile de Nicée en 325), qu’il favorisait systématiquement au détriment des catholiques. Il ordonna de garder l’impertinent en prison jusqu’à son retour, mais le moine lui prédit: « Si tu n’arrêtes pas de persécuter les croyants, il n’y aura pas de retour. »

Quelques jours après, le 8 août 378, Valens tombait sur le champ d’Andrinople (l’actuelle Edirne, en Turquie d’Europe), au milieu de son armée écrasée. L’agenda politique de l’empire venait de changer pour toujours : il ne s’agissait plus, désormais, d’anéantir ou d’expulser les Goths, mais de trouver à tout prix un accord avec eux, en acceptant de les entretenir sur le sol de l’empire. Ce qui fut chose faite en 382, lorsque le successeur de Valens, Théodose, accorda aux Goths un fœdus : des terres sur la rive droite du bas Danube et des revenus du fisc.

Avec cette installation officielle des Goths dans l’empire allaient débuter ce que les historiens appelleront, bien plus tard, les invasions barbares.

Alessandro Barbero .Université de Vercelli. Piémont

Mais ses successeurs parviendront finalement à juguler le danger : les barbares, soumis, acceptèrent les traités qui faisaient d’eux des fédérés. On trouve même aujourd’hui des historiens pour en faire plutôt des immigrés, pour lesquels les grandes invasions sont remplacées par les grandes migrations :

Les Barbares, souvent des réfugiés, étaient une ressource plus qu’un danger. Il y avait bien une gestion étatique de l’immigration, avec des bureaux chargés de trouver du travail, des logements à cette main d’œuvre appréciée. Ce système s’est déréglé, justement à partir d’Andrinople.

                                                           Alessandro Barbero Université de Vercelli. Piémont

379                                    Après la mort de Valens, nommé par l’empereur d’Occident Gratien, Théodose devient empereur d’Orient.

04 379                               Un certain réveil des traditions ancestrales amènent l’empereur Gratien, sous l’influence d’Ambroise, à renoncer à la dignité de pontifex maximus. Il fera enlever de la Curie l’autel de la Victoire, objet de culte officiel à chaque séance du Sénat, il laissera à l’initiative privée les cultes traditionnels… etc : c’était une véritable séparation du paganisme et de l’Etat qui était ainsi prononcée

08 379 et 04 380         Lois de Théodose interdisant aux hérétiques tout acte de propagande et confisquant leurs lieux de culte. Saint Ambroise, évêque de Milan, fougueux pourfendeur de l’arianisme, très écouté de Théodose, était derrière tout cela. Il avait déjà reçu mission d’aller en Illyrie déposer les évêques ariens et les remplacer par des nicéens.

02 380                              L’édit de Théodose, après sa conversion au christianisme, proclame celle de tout l’empire romain : les persécutions contre tous les hérétiques devenaient dès lors couvertes par le pouvoir : c’était la fin de l’arianisme. Les Juifs virent réduits les privilèges accordés par les empereurs « païens ». La foi catholique devient obligatoire, mettant fin à la tolérance qui avait jusqu’alors marqué l’attitude du pouvoir envers les religions.

…/…l’empire romain devenait un empire chrétien, ce qui signifiait que les sujets de l’empereur avaient pour ancêtres spirituels non les héros de la guerre de Troie mais Abraham et Moïse. Autrement dit les chrétiens, qui veulent être le « verus Israël »,- l’authentique Israël -, pensent que l’histoire commence, non à Mycènes ou à Cnossos mais à Ur en Chaldée, et se continue à Jérusalem.

Cependant, pour que le monde gréco-romain devienne juif, il a fallu d’abord que les Juifs devinssent grecs. Selon le mot que je cite souvent d’Elias Bickerman : « Les juifs sont devenus le peuple du Livre quand ce Livre a été traduit en grec. » C’est là une longue histoire, qui commence à Alexandrie mais dont Jérusalem est également partie prenante.

Pierre Vidal-Naquet             L’Atlantide       Points 2007

04 381                        Le grand concile de Constantinople confirme la condamnation de l’arianisme sous toutes ses formes et de toutes les autres hérésies, et le pape Damase adopte pour l’Eglise romaine le latin comme langue liturgique en remplacement du grec.

09 381                        Le concile d’Aquilée dépose les derniers évêques ariens d’Illyrie.

02 387                        Les élites d’Antioche manifestent leur mécontentement dans les rues face à une nouvelle taxe ; ils sont d’abord soutenus par la jeunesse, qui se met à détruire les statues de l’empereur, puis à jouer avec les débris : ces chers petits ne savaient pas que c’était là crime de lèse-majesté, lequel suspend le droit : les principaux responsables vont être immédiatement exécutés, soit par décapitation, soit brûlés sur le bûcher, soit livrés aux bêtes dans l’arène.

Dans un tel cas, les plus jeunes enfants n’étaient même pas sauvés par le fait d’être des enfants ; la tendresse même de leur âge ne leur servait d’aucune défense dans leur implication dans de tels crimes.

Libanius

Mais la délinquance ne franchissait habituellement pas ces limites et restait cantonnée dans des attitudes de hooligans assez rarement inquiétés, car appartenant le plus souvent à la jeunesse dorée, enfants de familles patriciennes.

387                             Augustin est né en 353 à Thagaste, aujourd’hui Souk-Ahras en Algérie, puis est allé poursuivre ses études à Carthage où crépitait la chaudière des honteuses amours.

Et il gardera son avis sur la question :

Supprime les prostituées, les passions bouleverseront le monde ; donne-leur le rang de femmes honnêtes, l’infamie et le déshonneur flétriront l’univers.

De Ordine

En 383 il tente sa chance à Rome d’où il fut nommé à la chaire de rhétorique de Milan. Dans un jardin, il entend l’injonction d’une voix d’enfant :

Prends et lis.

Il prend l’Epître de St Paul aux Romains :

plus de ripailles ni de beuveries ;
plus de luxure ni d’impudicité ;
plus de dispute ni de jalousies
Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ
et ne vous faites pas les pourvoyeurs de la chair dans les convoitises.

Aussitôt la phrase terminée, ce fut comme une lumière de sécurité infuse en mon cœur, dissipant toutes les ténèbres du doute.

Saint Ambroise le baptise et il rentre au pays où il fonde une communauté à Hippone, près de l’actuelle Annaba, dont il devient l’évêque en 396. Jusqu’à sa mort en 430, dans sa ville assiégée par les Vandales, il consacrera tout son temps à la prédication, aux débats, à l’enseignement, et encore à l’écriture, - dont les Confessions -. Son attitude quant à l’esprit qui devait prévaloir en matière de conversion n’excluait pas catégoriquement la violence :

Il vaut mieux, - qui en douterait ? - porter les hommes à honorer Dieu par l’instruction, que les y contraindre par la crainte et par la douleur des châtiments. Mais, si certains sont rendus meilleurs de cette façon, on ne doit pas pour autant abandonner à eux-mêmes ceux qui ne leur ressemblent pas.

…/… Ce n’est pas en vain qu’ont été institué la puissance du roi, le droit au glaive du juge, les ongles de fer du bourreau, les armes du soldat, les règles de l’autorité, la sévérité même d’un bon père. Toutes ces choses ont leurs  normes, leurs causes, leurs raisons, leurs utilités.

Sans avoir fondé lui-même de communauté monastique durable - le contexte ne s’y prêtant guère - Saint Augustin va devenir le principal inspirateur, avec Saint Benoît de Nurcie, de la spiritualité des grands ordres religieux à venir.

388                             Ambroise impose ses vues sur la suprématie de l’Eglise en faisant sortir du chœur l’empereur qui voulait qu’on adoptât en Occident la coutume de l’Orient. Affaire de protocole, certes, mais le protocole est la politesse de tous les puissants. Saint Ambroise eut gain de cause : imperator intra ecclesiam, non supra ecclesiam.

Néanmoins, N’oublions pas que les sept premiers conciles qui ont fixé la doctrine de l’Eglise ont été convoqués à l’initiative de l’Empereur et tenus au Palais impérial. Nos dogmes (révélés) furent en leur temps des décrets (arbitraires).

Régis Debray            Dieu, un itinéraire.        Odile Jacob

390                             Guerroyant ferme contre les Barbares, Théodose, suite à une sédition au cours de laquelle avait été assassiné le gouverneur, avait fait exterminer dans le cirque de Thessalonique trois mille innocents : Ambroise, évêque de Milan, le somme alors de se repentir, lui interdisant l’entrée de sa cathédrale :

Tu as imité David dans son crime, imite-le dans sa pénitence.

Théodose va se soumettre.

Cette pénitence publique est la première qu’ait subie un souverain chrétien ; elle manifestait la prétention de l’Eglise à juger des actes du gouvernement pour y faire régner la justice ; c’était une victoire, honorable, cette fois, de la discipline ecclésiastique sur un chef d’Etat qui se reconnaissait subordonné aux lois morales. La papauté médiévale n’oubliera pas les leçons de cet épisode.

Jean Remy Palanque           L’empire universel de Rome.    1956

Sur ordre de Cyrille, évêque patriarche, les chrétiens d’Egypte incendient ce qu’il reste du Sérapéion - la bibliothèque d’Alexandrie.

8 11 392                     Interdiction générale du culte païen dans tout l’empire, sous ses diverses formes, sacrifices, libations, brûlerie d’encens devant les idoles. La réaction est encore vigoureuse et c’est une vague de mysticisme païen menée par des usurpateurs qui déferle sur toute l’Italie : une véritable guerre de religion s’engage en 394.

393                              Sur les conseils toujours très écoutés d’Ambroise, évêque de Milan, Théodose II interdit les Jeux Olympiques dont la démarche païenne met en danger la chrétienté. Il fait fermer les sites et incendier le temple et la statue de Zeus à Olympie, une des sept merveilles du monde, sculptée par Phidias, l’architecte de l’Acropole vers  ~ 440 ; statue dite « chryséléphantine », car utilisant simultanément l’or et l’ivoire.

5 et 6 09 394               La bataille du Fluvius Frigidus en Vénétie va voir la déroute et la mort des chefs païens, dirigés par Nicomaque Flavien, préfet de l’usurpateur Eugène. Théodose se trouve brièvement seul maître de tout l’empire romain. Alaric, roi des fédérés Wisigoths, gagné au christianisme monophysite, se trouve aux cotés de Théodose. Il est ambitieux : s’estimant mal récompensé par l’empereur, il ne se fera pas oublier. Théodose entre à Milan et à Rome et abroge les lois de l’usurpateur.

Ce sera aussi l’arrêt de mort du paganisme dans la vallée du Nil, et donc de toute la culture égyptienne, totalement religieuse.

Je ne crois pas avoir été victime de ce qu’on appelle quelquefois le syndrome d’Alexandrie… La Grande Bibliothèque, qui contenait, dit-on, plus de cinq cent mille manuscrits, le Mouseion où des dizaines de chercheurs, poètes et savants travaillaient et logeaient aux frais des souverains, la Bible des Septante, première traduction en grec des Ecritures, toutes les recherches, études, découvertes des savants de ce temps, d’Hipparque à Erastothène et de Théon à Hypatie, furent des réalités incontestables.

Cette Alexandrie-là fut la ville des savants, des artistes et aussi de la tolérance, voire du syncrétisme religieux. Les différents dieux voisinaient sans dommage et parfois même s’apparentaient. Ce qui, hélas, ne sera plus le cas avec l’arrivée et la montée du christianisme où la haine, la terreur et le fanatisme remplaceront l’esprit d’ouverture, la communion des corps et des cœurs. Non, cette Alexandrie sensuelle, savante, tolérante et industrieuse ne survivra pas à la haine et l’acharnement des chrétiens qui finiront par détruire ses temples, incendier ses palais et même assassiner les derniers habitants païens.

Jacques Lacarrière               Dictionnaire amoureux de la Grèce. Plon 2001

395                             Alaric, dès la mort de Théodose, a osé assiéger Constantinople, dont il ne s’éloigne qu’à prix d’or, donné par Rufin, préfet du prétoire d’Arcadius, fils de Théodose. En occident c’est l’autre fils de Théodose, Honorius, qui occupe le trône. Officiellement les deux frères sont encore à la tête de la  pars occidentalis et de la pars orientalis d’un empire unique ; mais dans les faits, les deux parties étaient quasiment indépendantes, parfois rivales et leurs diplomaties faiblement coordonnées.

396                             Alaric envahit la Grèce, enlève Athènes et dévaste le Péloponnèse. Stilicon, un Vandale devenu defensor de l’Empire, généralissime des armées orientale et occidentale, et régent, parvient à le défaire, mais, victime de querelles naissantes entre Rome et Constantinople, doit se résigner à voir le roi goth nommé maître des milices en Illyricum.

398                             Jean Chrysostome - bouche d’or, il ne va pas tarder à devenir saint - devient patriarche de Constantinople . Sa condamnation du luxe des prêtres et de la débauche de l’impératrice lui vaudront d’être déposé, mais le peuple le remettra sur son siège. Il en sera à nouveau chassé.

Les chrétiens sont les dépositaires de l’ordre public

401                               Alaric franchit les Alpes Juliennes, et assiège en vain l’empereur à Milan.

Pâques 402               Alaric, tentant de gagner la Gaule par le Mont Genèvre, est sévèrement battu par Stilicon à Pollentia. Ils vont se poser un temps en Savie, à l’est des Alpes Juliennes, l’actuelle Slovénie.

31 12 406                   Vandales Asdings, Vandales Sillings, Sarmates, Alains, Suèves ou Alamans, tous poussés par les Huns des steppes, passent le Rhin gelé, près de Mayence, dans un secteur mal défendu.

Il n’est pas inutile de parler un peu « chiffres » pour ne pas se laisser emporter par l’outrance - on entend souvent parler de hordes barbares etc - : dans une Gaule alors peuplée probablement d’à peu près 10 millions, l’ensemble de ces barbares ne représente guère plus qu’un million : noyés dans la masse de sa population, ils y perdirent leur langue au bénéfice du latin et des langues romanes et leur religion au bénéfice du christianisme.

Le vrai grand événement dans l’histoire de Rome, celui qui change le cours des choses, c’est, à mes yeux, 406, quand le front du Rhin et du Danube a craqué et que l’Occident latin a été envahi par les corps expéditionnaires germains à moitié romanisés, venus se tailler des royaumes en négociant plus ou moins avec l’empire qui affecte de les considérer comme des alliés. Comme des gens avec qui l’on peut signer des traités, pour sauver la mise, mais qui ne sont pas vraiment animés de bonnes intentions à son égard.

Cela étant, l’Empire romain n’a pas été envahi par un peuple, la Germanie ne s’est pas retrouvée vide, elle ne s’est pas déversée dans l’empire : il ne s’agissait que de quelques chefs de guerre et de leurs troupes, qui, ici ou là, prennent le pouvoir et reprennent à leur compte les institutions et les coutumes romaines, qui ont fait leurs preuves.

Quand Clovis a été nommé consul, il en était très fier, même si cela n’avait aucun sens. Si l’on veut, c’est l’Union française de de Gaulle, un vaste leurre mis en place pour camoufler la perte des colonies, n’illusionnant personne et satisfaisant tout le monde.

Paul Veyne, professeur au collège de France « L’Histoire » Mai 2001

24 08 410                   Alaric, après avoir mis en place à Rome un usurpateur avec lequel il pensait pouvoir traiter, réalise qu’il va être joué et s’empare de Rome qu’il met à sac pendant trois jours. Même si les lieux saints furent respectés, tous ceux qui se sentaient romains furent atterrés ; il n’en alla pas de même pour les « romains » de l’empire d’Orient : l’antique solidarité impériale entre Orient/Constantinople et Occident/Rome, s’est alors rompue et va désormais le rester : l’Occident, moins riche, moins peuplé, moins cultivé, demeurera seul aux prises avec ses barbares.

Ils se retirèrent au bout de trois jours, sans rien obtenir politiquement ; Alaric mourut peu après. Les Wisigoths prirent l’Italie du sud, voulurent gagner l’Afrique du Nord, mais, tempêtes aidant, restèrent en Narbonnaise et en 417, se virent confier par l’Empire la vallée de la Garonne où ils fondèrent le royaume wisigoth, moyennant la libération de Galla Placidia, fille de l’empereur Théodose, capturée lors de la prise de Rome et « mariée » à Athaulf, successeur d’Alaric, le temps d’en avoir en 415 un fils qu’elle nomme Théodose qui mourra rapidement[5].

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A minuit, la porte salarienne fût silencieusement ouverte et les habitants de la ville furent éveillés en sursaut par le bruit terrifiant de la trompette gothique. Onze cent soixante trois ans après la fondation de Rome, la ville impériale, qui avait soumis et civilisé une si considérable partie de l’humanité, fût livrée à la furie licencieuse des hordes d’Allemagne et de Scytie.

Edward Gibbon

Une rumeur terrifiante nous arrive d’Occident : Rome est assiégée. On achète à prix d’or la vie des citoyens. A peine dépouillés, ils sont de nouveau cernés, si bien qu’après leur fortune, ils perdent aussi la vie. Ma voix s’arrête, les sanglots interrompent mes paroles tandis que je dicte. La lumière la plus éclatante de la terre s’est éteinte, la terre entière a péri avec cette seule ville. La voilà prise, la ville qui a conquis l’univers.

…/… Quid salvum sit, si Roma perit.

Saint Jérôme. Lettre depuis Bethléem

Saint Jérôme se trouve en effet à Bethléem où il s’affaire beaucoup à secourir les réfugiés :

Qui eût pu croire que Rome, dont tant de victoires remportées sur tout l’univers constituent les assises, s’écroulerait ? […] que toutes les côtes d’Orient, d’Egypte et d’Afrique seraient encombrées de quantité d’esclaves, hommes et femmes appartenant à la ville qui autrefois était maîtresse du monde ? que Bethléem la sainte recevrait chaque jour, réduits à la mendicité, des hôtes des deux sexes, autrefois nobles et comblés de tous les biens ? Comme nous ne pouvons les secourir tous, nous gémissons avec eux, nous unissons nos larmes au leurs ; accaparé par la charge de cette œuvre sainte (car je ne puis voir sans gémir ceux qui affluent), j’ai laissé de coté mon commentaire sur Ezéchiel et presque toute étude ; je désire mettre en actes les paroles des Ecritures et agir saintement au lieu de dire des paroles saintes […].

Il n’est pas une heure, pas un instant où je n’aille accueillir des groupes immenses de frères. Le monastère désert se change en un hôtel comble. Aussi je gagne, ou plutôt je dérobe, des heures sur les nuits, qui, à l’approche de l’hiver, commencent à s’allonger ; je tâche, à la lueur d’une méchante lampe, de dicter ces explications, qui valent ce qu’elles valent, et de dissiper par l’exégèse la fatigue d’un esprit surmené. L’accueil fait aux frères n’est pas une vantardise, comme certains lecteurs le soupçonnent peut-être ; j’avoue simplement la cause réelle du retard. Car la fuite des Occidentaux et l’encombrement des lieux saints portent la marque de la rage des Barbares, tant les malheureux sont dans le dénuement et couverts de blessures. Je ne puis sans larmes et sans gémissements voir que cette puissance d’autrefois et cette sécurité dans la richesse ont abouti à une telle misère, qu’ils n’ont ni abri, ni nourriture, ni vêtements ; et pourtant, les âmes dures et cruelles de certains ne s’amollissent pas ; ils secouent les haillons et les besaces des réfugiés et cherchent de l’or au sein même de la captivité.

Saint Jérôme fût en effet l’un des premiers à traduire en latin la Bible à partir du texte grec mais aussi depuis l’original hébraïque. Ses travaux furent jugés d’une qualité suffisante pour que l’Eglise les fasse siens au Concile de Trente en 1546 : elle prendra alors le nom de Vulgate (texte répandu). Il est le principal artisan de la séparation des niveaux de responsabilité de l’Eglise :   

Révolution ou Révélation, Spartacus ou Jésus, ce sont des incontrôlables, des électrons libres qui font jaillir l’étincelle. Seuls des professionnels du retour à l’ordre en feront une lueur persistante.

Régis Debray         Dieu, un itinéraire         Odile Jabob 2001

La misogynie de Saint Paul marquait encore beaucoup les esprits, y compris celui de St Jérôme :

Le mariage peuple la terre, la virginité peuple le paradis. Avait-il donc songé une seconde que le paradis n’aurait été qu’un désert s’il n’y avait eu des femmes mariées pour engendrer des vierges ?

Le sac de Rome incita Saint Augustin à entreprendre la rédaction de la Cité de Dieu : il s’agissait entre autre de réfuter les arguments de ceux qui imputaient la chute de Rome à la montée du christianisme : il se dit frappé par la modération des envahisseurs barbares : jamais auparavant on avait vu les sanctuaires d’un peuple conquis épargnés par le vainqueur :

… Là-bas (à Troie), la liberté fût perdue, ici (à Rome) préservée ; là-bas, la servitude pénétra à l’intérieur du temple, ici elle fût refoulée à l’extérieur ; là-bas, les hommes y furent traînés par leurs fiers ennemis pour être soumis à l’esclavage ; ici, ils furent poussés par leurs pitoyables ennemis pour en être protégés.

vers 410                      Honorat et Caprais reviennent d’Orient et fondent un ermitage sur les îles de Lérins, qui va devenir une pépinière d’évêques.

Les Chinois Fa-hien, humble mendiant et Hiun-tsang, éminent savant, ont parcouru l’Inde du nord pendant quinze ans : ils s’émerveillent tous deux de ce qu’ils y ont vu, sous l’âge Goupta, le plus brillant, le plus raffiné, le plus élégant de l’histoire indienne :            Si quelqu’un se rend coupable, il est seulement frappé dans son argent et on suit en cela la légèreté ou la gravité de sa faute. Alors même que par récidive un malfaiteur commet un crime, on se borne à lui couper la main droite, sans rien lui faire de plus.

Hiun-tsang

Les principaux citoyens du royaume ont établi chacun un hôpital de charité. Les pauvres, les orphelins, les malades du pays y viennent ; les médecins y examinent leur maladie ; on leur donne tout ce dont ils ont besoin.

Fa-hien

L’ère Goupta avait été fondée en 320 par Tchandragoupta I°. Son fils Samoudragoupta
- 335 - 375, fût le rassembleur de la terre indienne, - l’Inde du nord, des plaines de l’Indus et du Gange - et c’est sous le règne de Koumâragoupta, de 413 à 455, que leur puissance connût son apogée, vite menacée par les Huns. Ils nous ont laissé les merveilleuses grottes d’Ajanta - il y en a 30 - creusées du II° au VI° siècle dans le versant d’une rivière, sur plateau du Deccan, au nord-est de Bombay.

415                             La grande mathématicienne grecque Hypatia, fille de Théon d’Alexandrie, a fait ses études à Athènes et ouvert une école à Alexandrie. Elle était belle, elle était intelligente, et elle était honnête. Elle avait inventé l’astrolabe et le planisphère, elle avait pressenti le parcours elliptique de la terre autour du soleil. Elle est mise en pièces - littéralement -, car déchiquetée avec des tessons de poterie lancés par des chrétiens ; les lambeaux de sa chair sont brûlés en place publique. Le tout sous la bénédiction des moines d’Egypte et surtout celle de Cyrille, patriarche d’Alexandrie, ivre d’autodafés et de bûchers, obscurantiste borné et fanatique. L’évêque Synésius, son ancien élève, la pleurera. Cyrille deviendra docteur de l’Eglise !

417                             Libérée par les Wisigoths, on trouve à Galla Placidia un mari plus convenable en la personne de Constance, qui va devenir l’empereur Constance III, dont elle aura deux enfants, Honoria et Valentinius. Mais Constance III mourut rapidement, en 421. Valentinius, empereur en 425 à l’âge de 7 ans, verra sa mère exercer le pouvoir réel 25 ans durant, consacrant à la prière  le temps qu’elle ne passait pas à l’administration de l’empire.

418                             Par traité, les Wisigoths sont installés en Aquitaine : il y est dit que, selon les lois de l’hospitalité, le propriétaire romain doit céder deux tiers de ses biens à l’« hôte » barbare. Par la suite, cela vaudra aussi pour les provinces espagnoles.

425                             Flavius Aetius recrute soixante mille Huns pour le compte de l’usurpateur d’Occident, Jean. Né en Pannonie, fils de général, il avait été, enfant, otage chez les Wisigoths d’Alaric puis chez les Huns avec lesquels il avait noué des contacts précieux. Ils échouèrent dans leur mission et Galla Placidia parvint à leur faire quitter Ravenne en les arrosant d’or.

430                             Les différentes interprétations du cœur de la théologie ont déjà donné lieu à de très sérieuses empoignades… la mise au pas de l’arianisme a une centaine d’années… et sur le même sujet renaissent de nouvelle querelles, toujours animées par les théologiens de l’école d’Antioche : ils affirment la prééminence de la nature humaine du Christ, essentielle pour que puisse s’opérer le salut, et par là même ils se refusent à nommer la Vierge, Mère de Dieu. Le plus illustre de ses partisans, Nestorius, [381-451] patriarche de Constantinople donnera son nom à cette doctrine : le nestorianisme. L’école d’Alexandrie prendra la position opposée, mettant au premier plan la nature divine du Christ, et ce sera le monophysisme.

Cette année là, Cyrille, le patriarche d’Alexandrie parvient à faire condamner Nestorius par le pape. Il rédige une formulaire « orthodoxe » comprenant les « douze anathématismes » que Nestorius refuse d’admettre.

431                             Le concile d’Ephèse, grâce à l’habileté de Cyrille, dépose Nestorius ; à leur tour les évêques syriens déposent Cyrille. Le concile institue la messe de minuit à Noël.

432                             Patrick, anglais de naissance, a été en relation avec la communauté des îles de Lérins. Il évangélise l’Irlande dont il devient l’évêque : il parcourt toute l’île, y créant des évêchés territoriaux.

435                             Attila est à la tête des Huns avec son frère Bleda depuis 435, puis seul après son élimination en 445.

En 435, à l’avènement de Bleda et d’Attila, la situation internationale peut donc se résumer comme suit. La partie orientale de l’Empire romain était nominalement gouvernée par Théodose II, qui se trouvait sous les influences rivales de sa sœur Pulchérie et de l’eunuque Chrysaphios. La partie occidentale était, de façon assez semblable, sous le sceptre de Valentinien III et la direction effective de Galla Placidia et d’Aetius, également rivaux. Plusieurs grands groupes « barbares » étaient installés sur le territoire de l’empire et s’en reconnaissaient sujets, tout en menant leur propre politique ; le royaumes des Vandales et Alains d’Afrique était indépendant de fait.

L’empire des Huns était limitrophe des deux parties de l’Empire romain. La résidence des souverains hunniques, qui déterminait le noyau politique de leur territoire, se situait dans le bassin des Carpates, éventuellement dans l’ancienne province de Pannonie ou dans la grande plaine hongroise. L’emplacement était stratégique pour des relations avec les Romains orientaux et occidentaux et sans doute avec différents peuples « barbares » indépendants.

Katalin Escher, Iaroslav Lebedynsky.    Le dossier Attila.    Actes sud / Errance 2007

19 10 439                   Les Vandales de Genséric, en Afrique depuis onze ans, conquièrent Carthage. Genséric va dès lors se lancer dans une sorte de quatrième guerre punique, contre la nouvelle Rome. Il mourra en 477, peu après avoir obtenu de l’empereur Zénon une paix solide qui durera jusqu’en 533. Outre la Mauretanie, il tient encore la Corse, la Sardaigne, les Baléares et la Sicile méridionale.

22 01 447                   Un tremblement de terre abat une partie des remparts de Constantinople. Attila n’est pas loin, tentant à nouveau une attaque de l’empire romain d’orient. Aussi Flavius Constantinus, préfet du prétoire de l’Orient mit-il de son coté toutes les forces disponibles, y compris les factions du Cirque pour hâter la reconstruction, et ainsi l’affaire fut bouclée en trois mois.

448                             Attila accorde l’asile à l’un des chefs de la bagaude, le médecin Eudoxe, probablement à la suite d’une défaite. Ce dernier rêvait-il de faire « libérer » son pays par les Huns : ce n’est pas impossible.

Des gens issus de famille connues, et éduqués comme des personnes libres, fuient chez les ennemis pour ne pas mourir sous les coups de la persécution publique. […] Les Huns sont exempts de ces crimes.

Salvien

449                             Concile œcuménique à Ephèse, qui consacre la prééminence du patriarche d’Alexandrie, qui sera surnommé le pharaon égyptien. Nombre d’évêques parleront du brigandage d’Ephèse.

450                             Entre le temps que Galla Placidia passait à l’administration de l’empire et le temps consacré à la prière, il en restait fort peu pour l’amour maternel, et c’est ainsi que sa fille Honoria Justa Gratia, augusta, eut un jour l’impudence - ce n’était plus une enfant, elle était proche de la trentaine - d’envoyer une bague et une demande en mariage à Attila lui-même …

Exit Galla Placidia, c’est Galla « Furiosa » qui entre en scène :

Ma fille est devenue complètement  folle. Mais qu’ai-je donc fait au Bon Dieu pour mériter cela  ? N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?[6] Apporter ainsi dans la corbeille la moitié d’un empire à un barbare, sans même une bataille !

Que faire ? Le messager fut intercepté à son retour ; torturé, il conta toute l’affaire avant d’être exécuté. Mais cela ne changeait rien à l’essentiel. Comme disent les Anglais : what’s done is done.

Galla laissa passer la colère, qu’elle savait mauvaise conseillère, pour regagner la confiance de sa fille, que ce coup de tonnerre avait failli anéantir à tout jamais.

Honoria, ne viens pas croire que je prête aux barbares toutes les vilenies du monde. Je sais de quoi je parle. Avant de te donner le jour, ceux-là m’avaient fait captive quand ils avaient mis Rome à sac. Ils m’ont emmené jusqu’à me faire l’épouse de leur roi, Athaulf. Aucun d’eux ne m’a jamais témoigné de mépris ; aucun d’eux ne m’a jamais humiliée.

Cet homme était un barbare ; je l’ai aimé et il m’a donné un petit Théodose qui, pendant la brève année de sa vie, a illuminé la mienne. Plus de trente ans après sa mort, je ressens encore la chaleur de cette lumière ; c’est pour lui que j’ai fait dresser ce mausolée à Ravenne.

Honoria, je connais les Barbares. Nul ne peut m’en apprendre sur ces peuples ; ils ont gagné mon estime mais le Dieu que je prie, que j’adore, que je vénère, n’aurait jamais pu faire de moi l’une des leurs, même si je ne puis dire quelle aurait été ma vie si Athaulf avait vécu. Peut-être n’aurais-je eu de cesse que de mettre au monde un nouvel enfant, pour qu’un printemps nouveau chasse mon hébétude.

Et puis, les Goths ne sont pas les Huns. Comment pourrais-tu me demander d’oublier qu’ils sont venus ici, à Ravenne, recrutés  par Aetius pour faire de l’usurpateur  Jean l’empereur en lieu et place de ton frère Valentinius. Dieu merci, ils sont arrivés trois jours après son exécution, mais l’or que j’ai dû leur donner pour qu’ils disparaissent est autant de moins pour les sujets de l’empire.

Et si jamais t’indiffère la croyance en un seul Dieu ou en une multitude de divinités des ténèbres des plaines au nord du Danube, et si jamais t’enivrent les longues chevauchées sans fin, seras-tu à même de supporter l’inconfort d’une tente, la souffrance de la soif souvent, de la faim parfois ? 

Tu as du mal à m’entendre ? Interroge donc Aetius. Il doit prochainement venir à Ravenne. Il me sert aujourd’hui, mais il a auparavant servi Jean, le premier de mes adversaires. Il connaît les Goths, il connaît les Huns, pour avoir passé chez eux plusieurs années de son enfance. Il saura te dire si tu peux mener leur vie.

Et c’est le chef de ceux-là que tu veux épouser ! il a déjà rançonné les Romains de Constantinople ; accepterais-tu donc que par toi, il vienne maintenant rançonner ceux de Rome ? Non, ma fille, je t’en conjure,  reprends toi, cela ne se peut.

Galla Placidia,  peu avant de mourir, eut la consolation de voir convoler en de justes noces sa fille terrible Honoria. Et la mort d’Attila, trois ans plus tard, classera à jamais l’affaire.

vers 450                      Il ne fait pas forcément bon vivre en Gaule. Un moine anonyme s’apitoie sur le sort réservé bien souvent aux petits :

Lorsque de petits propriétaires ont perdu leur maison et leur lopin de terre à la suite d’un brigandage, ou ont été chassés par les agents du fisc, ils se réfugient dans le domaine des riches et deviennent colons… Tous les gens installées sur les terres des riches se métamorphosent comme s’ils avaient bu à la coupe de Circé et deviennent esclaves.

451                             Le concile de Chalcédoine consacre la primauté de l’évêque de Constantinople, et fixe à cinq le nombre des patriarcats : Alexandrie, Antioche, Jérusalem, Rome et Constantinople. Dioscore, patriarche d’Alexandrie, est déposé ; les membres du concile acceptent le « tome » du pape Léon le Grand : le Christ est une seule personne en deux natures. Bien que condamné, le monophysisme va encore troubler la vie de l’Eglise pendant un siècle, et donner lieu, de 484 à 518 au premier schisme entre l’Eglise byzantine et l’Eglise romaine. Les évêques arméniens monophysites, qui n’avaient pu prendre part au concile, l’Arménie étant alors en guerre contre la Perse, estimèrent les décisions du concile entachées de nestorianisme, et restèrent séparés de l’Eglise « orthodoxe » lorsque l’empereur Julien renoua avec Rome. La communauté chrétienne iranienne elle, resta nestorienne, soutenue par le roi de Perse. C’est le début des rites arménien, copte et syrien.

451                             Attila s’en revient de Grèce où il est allé faire la paix avec l’empereur d’Orient, moyennant un tribut alourdi pour l’empire et l’évacuation de la rive droite du Danube sur une largeur de « cinq jours de marche », environ 150km.

Il avait une stature petite, la poitrine large, la tête très grosse, de petits yeux, la barbe rare, des cheveux blancs par endroits, le nez aplati, le teint sombre - arborant ainsi les marques de son origine.

Priscus

Bien qu’il ressentit toujours, par nature, une grande assurance, celle-ci était encore accrue par la découverte du glaive de Mars, qui avait toujours été conservée par le roi des Scythes. A ce que dit l’historien Priscus, il fut trouvé en ces circonstances : un pasteur s’aperçut qu’une génisse de son troupeau boitait, et il ne voyait pas la cause d’une telle blessure. Il suit avec inquiétude les traces de sang. Finalement, il arrive au glaive que la génisse avait imprudemment foulé en broutant l’herbe, le déterre, et le porte d’un trait à Attila. Ravi du présent, ce dernier, dans sa présomption, s’estime désigné comme prince du monde entier et investi, par le glaive, de la maîtrise des guerres.

Jordanès        Getica XXXV, 183

Un tel signe du destin ne pouvant être que de bonne augure, il poursuit donc ses conquêtes, sans que l’on sache précisément s’il cherchait à défaire les Wisigoths ou les Romains. Il avait précieusement gardé la bague envoyé par Honoria avec demande en mariage : cela aurait fait de lui au pire le premier des fédérés, au mieux l’empereur romain d’Occident : il y avait de quoi gamberger ! 

Il passe le Rhin probablement dans la région de Mayence au printemps 451, incendie Metz début avril, ignore Paris et fait le siège d’Orléans début mai. Mais la ville, bien défendue - c’est l’entrée du royaume Wisigoth -, par le roi alain Sangiban et l’évêque Aignan résiste et, lorsqu’elle finit par céder aux Huns, ces derniers sont interrompus dans le pillage par une armée levée par  Flavius Aetius, le dernier grand général romain ; elle compte peu de Romains et beaucoup d’auxiliaires fédérés : Goths, Francs, Saxons, Angles, Jutes, Lombards, Burgondes, Alamans. Attila se replie vers l’est, avec l’espoir de transformer sa retraite en victoire : la feinte de la déroute pour mieux attaquer par surprise le poursuivant est la stratégie préférée des nomades. Et c’est la fameuse bataille de Mauriacus où Aetius arrête Attila et ses Huns. La localisation[7] en est probablement entre la Rivière de Corps et Torvilliers, à l’ouest de Troyes en Champagne, (et non aux Champs Catalauniques, près de Chalons sur Marne comme le voudra la légende) : la bataille a mis aux prises cinquante mille hommes de chaque coté. Théodoric, roi des Wisigoths, tomba de cheval et fut piétiné, mais sa mort ne fit que donner plus de force à l’ardeur des siens au combat. Il est possible que le vainqueur romain se soit livré alors à une démarche où entrait plus de diplomatie que de force militaire auprès d’Attila.

Aetius, très prudent dans ses plans, vint trouver Attila pendant la nuit et lui dit : « j’avais espéré que ton courage pourrait délivrer ce pays des perfides Goths, mais il n’en est rien. Jusqu’ici, tu as combattu contre des troupes médiocres, mais cette nuit Théodoric, frère de Thorismond [le futur Théodoric III], arrive avec de nombreux soldats d’élite ; ne cherche pas à résister et tâche de t’échapper.

Frédégaire     Chroniques

Toujours selon Frédégaire, Attila, pour prix de ces renseignements, aurait remis 10 000 pièces d’or à Aetius, lequel aurait persuadé Thorismond d’aller défendre sa couronne en Aquitaine, moyennant aussi 10 000 solidi.

Et il est vrai que les Wisigoths se retirèrent et que les Huns en firent autant, en regagnant la plaine des Hongrie. Attila avait commis plusieurs erreurs : surestimation de ses chances de trouver des alliés sur place, perte de temps devant Orléans, et incapacité à se renseigner sur l’arrivée à marche forcée d’Aetius à Orléans. Et il n’est pas impossible qu’Aetius ait préféré l’éloignement des Wisigoths à celui des Huns.

452                             Attila ne pouvait rester sur l’échec de Gaule. Il s’en prit donc à l’Italie. Passant les Alpes Juliennes sans difficulté, il fit le siège d’Aquilée [ville fortifiée rive droite de l’Isonzo, toute proche de son embouchure, au nord-ouest de Trieste], qu’il prit vers la fin août ; le départ des cigognes  retint son attention :

Regardez ces oiseaux, avertis des choses futures, quitter cette cité vouée à périr et déserter, dans un péril imminent, ces murailles qui vont tomber. Qu’on ne croie pas cela vide de sens ou incertain : la peur de l’avenir change les habitudes des êtres qui le pressentent.

Propos d’Attila à ses guerriers, rapportés par Jordanès          Getica XLII, 221

Puis il ravagea pratiquement toute la plaine du Pô, prenant Milan, Pavie et d’autres villes encore.  Mais la scoumoune ne démordait pas et ses envies de marcher sur Rome ne purent devenir réalité :

La seconde année du règne de l’empereur Marcien, les Huns, qui ravageaient l’Italie et y avaient envahi plusieurs villes, sont, de par la volonté divine, frappés de plaies célestes, soit par la famine, soit par une certaine maladie. Car l’empereur Marcien ayant envoyé des auxiliaires, sous le commandement d’Aetius, [les Huns] sont massacrés, et ils sont en même temps écrasés sur leur propre territoire tant par des plaies célestes que par l’armée de Marcien.

Hydace

Donc, il semble bien que les troupes d’Attila aient été atteintes par une épidémie et qu’en même temps ait fonctionné une alliance entre l’empire d’Orient et l’empire d’Occident, de telle sorte que des troupes d’orient aient pu être envoyées en territoire hunnique, au nord du Danube, prenant ainsi Attila à revers. Il était temps de plier bagage, mais, comme les Romains n’étaient pas du tout sûrs de pouvoir le vaincre en bataille rangée, ils lui envoyèrent une délégation conduite par le pape Léon, l’ancien consul Avienus et l’ancien préfet Trygetius. La rencontre eu lieu au Champ Ambulée des Vénètes, à l’endroit où le fleuve Mincius est fréquemment traversé par les voyageurs. Jordanes

Il quittait les lieux sans gloire mais avec un bon butin.

On voudra plus tard réécrire l’histoire, et cela durera longtemps :

Lorsque Attila eut détruit la ville d’Aquilée, Léon, évêque de Rome, vint mettre à ses pieds tout l’or qu’il avait pu recueillir des Romains pour racheter du pillage les environs de cette ville dans laquelle l’empereur Valentinien était caché. L’accord étant conclu, les moines ne manquèrent pas d’écrire que le pape Léon avait fait trembler Attila ; qu’il était venu à ce Hun avec un air et un ton de maître ; qu’il était accompagné de St Pierre et de Saint Paul, armés tous deux d’épées flamboyantes, qui étaient visiblement les deux glaives de l’Eglise de Rome. Cette manière d’écrire l’histoire a duré, chez les chrétiens, jusqu’au seizième siècle, sans interruption.

Voltaire

453                             Attila meurt pendant sa nuit de noces avec la belle Ildico :

Lui [Attila], comme le rapporte l’historien Priscus, se préparait, au moment de sa mort, à s’unir par mariage à une fort belle jeune fille du nom d’Ildico - après avoir eu d’innombrables épouses, comme  c’était la coutume de son peuple. Il s’était, durant les noces, abandonné à de grands transports de joie, il était alourdi par le vin et le sommeil, et il était couché sur le dos. Or le sang en excès, qui d’habitude, lui coulait par les narines, se trouva empêché d’emprunter les conduits habituels et, prenant un cours fatal, pénétra dans sa gorge et l’étouffa. C’est ainsi que l’ivresse infligea un trépas honteux à ce roi rendu glorieux par ses guerres. Mais le lendemain, une grande partie du jour s’étant déjà écoulée, les officiers royaux, soupçonnant quelque malheur, après avoir appelé à grand cris, brisent les portes. Ils découvrent qu’Attila est mort d’hémorragie, sans blessure, et voient la jeune femme en larmes, le visage caché sous un voile.

[…] Son cadavre ayant été placé à l’intérieur d’une tente de soie au milieu de la plaine, un spectacle admirable fut solennellement représenté : les meilleurs cavaliers de la nation des Huns, chevauchant à la façon des courses du Cirque autour du lieu où il reposait, célébrèrent ses hauts faits dans un chant funèbre qui disait en substance :

« Le plus grand roi des Huns fut Attila, fils de Mundzuc, seigneur des plus vaillantes nations, qui, avec une puissance inouïe avant lui, posséda seul les royaumes scythiques et germaniques, épouvanta par la prise de cités les deux empires de la ville de Rome et, au lieu de livrer le reste au pillage, fléchi par les supplications, accepta un tribut annuel. Après avoir accompli tout cela dans l’abondance du succès, ce n’est pas sous les coups de l’ennemi, ni par la trahison des siens, mais heureux, parmi les réjouissances, au sein de son peuple intact, qu’il s’est éteint sans douleur. Qui dira que c’est là une mort, puisque nul n’estime devoir la venger ? »

Après l’avoir pleuré par de telles lamentations, ils célébrèrent sur sa tombe la strava, comme eux-mêmes l’appellent, avec un immense banquet, et, unissant tour à tour des sentiments contraires, ils déployaient un deuil mêlé de joie. Et à la nuit, en secret, le cadavre fût rendu à la terre. Ils couvrirent son cercueil d’abord d’or, puis d’argent, enfin de fer, signifiant ainsi tout ce qui convenait à ce roi très puissant : le fer, parce qu’il avait dompté les nations ; l’or et l’argent, parce qu’il avait reçu les ornements de l’une et l’autre république. Ils ajoutèrent des armes prises aux ennemis tués, des phalères précieuses par l’éclat changeant des gemmes, et ces insignes de diverses sortes qui font l’ornement d’une Cour. Et pour soustraire à la curiosité humaine tant de si grandes richesses, ils trucidèrent - odieux salaire !- ceux qui avaient été commis à la tâche, et une mort subite saisit ceux qui ensevelissaient comme celui qu’ils avaient enseveli.

Jordanès        Getica, XLIX, 254, 256, 257, 258

2 06 455                     Rome est saccagé par les Vandales de Genséric. Il accéda à la prière du pape Léon en interdisant à ses soldats meurtres, incendies et tortures, mais le pillage dura quinze jours, faisant main basse, entre autres, sur les restes du butin ramené autrefois de Jérusalem par Titus. Dans la foulée, il s’empara de la Sicile, Sardaigne, puis de la Tripolitaine et des Mauretanies.

460                             L’empereur Majorien veut reprendre la Mauretanie aux Vandales de Genseric, franchit les Pyrénées et rejoint Alicante où il a rassemblé 300 navires. Genséric pratique la politique de la terre brûlée et se gagne suffisamment de complicités en Bétique pour que les navires coulent ou passent à l’ennemi : c’est un désastre pour Majorien.

07 461                        Entre Gênes et Pavie, l’empereur Majorien et son escorte sont cernées par les soldats du général en chef Ricimer : capturé, dépouillé de ses ornements impériaux, il va être décapité. Ainsi disparaît le dernier empereur d’occident : une cour subsistera encore quinze ans à Ravenne, mais avec les créatures de Ricimer, sans réel pouvoir.

468                             Les Burgondes, tolérés jusque là par Ricimer à Vienne, descendent jusqu’à la Durance.

469                             Euric, le nouveau roi des Wisigoths, bat les Romains à Déols, près de Chateauroux et s’empare de tout le Massif Central.

471                               Mise en service du calendrier astronomique maya.

472                             Rome est encore saccagée par le général Ricimer, pour se débarrasser de l’empereur Anthémius qui lui tenait tête, aidé de quelques goths. Ricimer avait nommé Auguste le sénateur Olybrius. Tous deux mourront dans les mois suivants, laissant l’occident sans maître.

473                             Euric occupe la Tarraconaise, enlève Arles et Marseille, puis soumet non sans peine la rive gauche du Rhône.  Un an plus tard, il recevait en toute souveraineté, l’Espagne des Suèves, la Tarraconaise et la Gaule entre l’Océan, la Loire et le Rhône.

Ne « pesait » alors à peu près le même poids en Gaule que Gondebaud, le roi des Burgondes, installé par Ætius en Sapaudia et qui avait peu à peu conquis les pays de Jura, de la Saône et du Rhône moyen, Vienne, le Vivarais, Die et Vaison : son royaume allait donc de l’Aube à la Durance, du Rhône moyen au Rhin supérieur.

Comme Euric, il avait su se faire accepter des provinciaux, en procédant au partage des terres, vers 456, en collaboration avec la noblesse sénatoriale. Comme Euric encore, il avait entretenu de bonnes relations avec Rome et participé à l’élection des derniers empereurs d’Occident. Comme Euric enfin, seule la barrière de l’arianisme le séparait de ses sujets gallo-romains catholiques.

En dehors de ces deux grands Etats barbares, aux frontières instables, mais avides d’expansion, à la population nombreuse, ou les provinciaux résignés se mêlaient a un peuple moins frustre que les autres Germains, il n’y avait que confusion : au sud-est, les Ostrogoths avaient gardé la Narbonnaise II et les Alpes Maritimes comme une dépendance de l’Italie ; au nord-ouest, l’émigration des Bretons de l’Angleterre actuelle continuait à bouleverser le tractus armoricanus ; au centre enfin, entre la Loire et l’Oise, une vaste région mal délimitée, axée sur la Seine, formait un îlot romain, pressé par les Francs au nord et les Wisigoths au sud. Là, en effet, d’anciens soldats barbares s’étaient groupés autour du maître des milices Ægidius, que l’hostilité de Ricimer avait empêché de rentrer en Italie. A sa mort, en 464, Ægidius avait légué à Syagrius, sans doute son fils, à la fois son prestige et sa petite armée. Tous deux avaient dû lutter contre les pirates saxons de la Manche et les puissants rois wisigoths. Aussi s’étaient-ils alliés aux tribus franques, peut-être même avaient-ils exercé sur elles une sorte de suzeraineté, car le prologue de la Loi Salique évoque le temps du « joug des Romains ». Le roi salien Childéric, père de Clovis, aida, par exemple, ces « Romains », en 469, contre Euric et, en 470, contre des Saxons qui avaient pris Angers.

Quant aux régions frontières gauloises, Belgiques et Germanies, elles relevaient théoriquement de l’Empire sous la garde des « fédérés » francs et alamans installés là depuis Julien l’Apostat et Valentinien I°. En fait, elles appartenaient aux rois des tribus les plus importantes. Les plus remuants de ces petits peuples païens et incultes, habitués à piller l’Empire en le respectant, étaient alors les Alamans. Ceux-ci, depuis la mort de Majorien, avaient occupé Bâle et le nord de la Suisse, l’Alsace avec Brisach et Strasbourg, et enfin peut-être la Lorraine jusqu’au Barrois. Vers le sud cependant, ils s’étaient heurtés aux Burgondes qui leur avaient enlevé Windisch, Besançon et Langres. Vers le nord, ils étaient contenus par les Francs. Le Rhin en aval de Mayence dépendait, en effet, des Francs Ripuaires : Sigebert commandait ceux de Cologne et Chararic ceux du Brabant. Les pays de la Meuse et de l’Escaut étaient contrôlés par les Francs Saliens venus de la Toxandrie (marais de Peel et Limbourg) où, jadis, Julien l’Apostat les avait cantonnés.

Après la mort de Majorien, les Saliens avaient repris leur marche vers le Tournaisis-Cambrésis, au sud : le roitelet de Tournai, Childéric, entré au service d’Ægidius, avait étendu son territoire jusqu’à la Somme et osé attaquer le successeur de son ancien chef, le rex Romanorum Syagrius.

Emilienne Demougeot   L’établissement des Royaumes barbares en occident après 476      . 1956

22 08 476                   Le roi barbare Odoacre dépose à Ravenne l’empereur Romulus, surnommé Augustule par l’empereur d’Orient Zénon, et envoie à Constantinople les insignes du pouvoir impérial, reconnaissant ainsi la Jeune Rome comme unique source de légitimité impériale. Maître de l’Italie, il va se comporter plus en Romain qu’en barbare.

L’empire romain était mort, mais on ne le savait pas.

Numa Denis Fustel de Coulanges               La monarchie franque.  1926

L’absence d’un pouvoir impérial en Occident ne changea rien à la réalité de la vie sociale, économique, religieuse et morale. Si l’Empire disparut, ses anciennes provinces subsistèrent, plus ou moins ruinées, mais avec une population romaine qui l’emportait par le nombre et le degré de civilisation sur les peuples germaniques dont les chefs, cependant, représentaient l’autorité publique depuis 476. Si les provinciaux ne reçurent plus de Ravenne ni lois, ni fonctionnaires, les princes barbares tentèrent de s’adapter à l’appareil juridique et administratif impérial. La monnaie de l’Empire fut la seule valable : les pièces d’argent frappées en Occident furent même beaucoup moins estimées que les solidi ou sous d’or de l’Orient. Les techniques agricoles et industrielles ne subirent pas d’autre transformation que la régression entraînée par la rareté d’une main-d’œuvre spécialisée et d’une clientèle à la fois riche et exigeante. Les routes commerciales ne furent pas oubliées, mais seulement moins fréquentées, à cause de l’insécurité et de la diminution du volume des échanges. La langue de Rome fut adoptée par les barbares, au moins pour la rédaction des documents officiels et les grandes manifestations publiques ; certains de leurs rois allèrent jusqu’à s’engouer de poésie ou d’éloquence latines. Enfin, le catholicisme, religion d’État, dont le clergé s’ouvrit comme un refuge à l’ancienne aristocratie sénatoriale et municipale, s’imposa aussi bien à des idolâtres comme les Francs ou les Saxons qu’à des hérétiques comme les Wisigoths ou les Burgondes ariens. Il devint vite la pierre de touche de l’assimilation des barbares à la vie romaine et de l’acceptation des Germains par la population provinciale : la conversion de Clovis et celle de Récarède hâtèrent non seulement la fusion des Francs et des Gallo-Romains, ainsi que celle des Wisigoths et des Hispano-Romains, mais encore la légitimation de la royauté barbare, substituée au pouvoir impérial ; en revanche, les princes vandales et ostrogoths, qui persévérèrent dans l’hérésie, s’épuisèrent à persécuter leurs sujets romains, toujours prêts à se révolter et à faire appel aux rois barbares catholiques ou à l’empereur d’Orient.

Aussi fut-ce la différence de leur attitude envers l’héritage de Rome qui entraîna vers des destins opposés les deux royaumes barbares les plus puissants en 476 : celui des Wisigoths et celui des Vandales. Genséric, champion du nationalisme germanique et de l’arianisme, ne put intégrer dans son Etat les provinciaux d’Afrique. Son œuvre s’effondra, dès 535, sous les coups, peu vigoureux, de la reconquête byzantine. Au contraire, la romanisation rapide des rois de Toulouse et de Barcelone, ainsi que la conversion au catholicisme, en 589, de leur successeur Récarède, contribuèrent puissamment à l’extraordinaire réussite de l’Espagne wisigothique, qui dura près de trois siècles. Pour les mêmes raisons, en Gaule, le petit royaume franc ne connut pas le sort malheureux de la brillante monarchie ostrogothique en Italie. L’État fondé par Clovis survécut au déclin de la dynastie mérovingienne, tandis que celui de Théodoric, le plus puissant des rois germains au début du VIe siècle, ne put résister à la restauration impériale entreprise par Justinien. Ainsi la période troublée qui s’écoula de 476 au milieu du VI° siècle vit-elle l’enracinement et l’inégale fortune des royaumes barbares de l’Occident latin.

Vers 570-580, ce monde changeant parut se fixer en une figure durable. Si l’Afrique et l’Italie avaient réintégré l’Empire grâce aux victoires byzantines, l’Espagne, la Gaule et la Bretagne, individualisées par leurs rois barbares, commençaient l’expérience d’une vie autonome, presque nationale. Le VII° et le VIII° siècle devaient mettre à l’épreuve, consolider ou ébranler ces formes politiques neuves.

Emilienne Demougeot  L’établissement des Royaumes barbares en occident après 476.      1956

9 05 480                     Julius Nepos, mari d’une nièce de Zénon, l’empereur d’Orient, qui pour encore bien des Romains, était le légitime souverain, est assassiné : le régime impérial disparaît de la pars Occidentis.


 


[1] La croyance à des antipodes deviendra l’une des accusations courantes portées contre les hérétiques quand viendra l’Inquisition.

[2] Nicée est en Bithynie, aujourd’hui le nord-ouest de la Turquie d’Asie

[3] Pour faire bonne mesure, on serait tout de même tenté de se mettre dans les pas d’ Aristote sous une banderole : Pour ce que rire est le propre de l’homme. Souvent attribués à Rabelais, ces mots  seraient en fait d’Aristote, selon Jacques Le Goff. Ne parlons pas de plagiat : cette notion date du XIX° siècle : à l’époque de Rabelais, elle n’avait pas de sens.

[4] Laquelle Lutèce serait en fait, selon les fouilles archéologiques, bien une ville romaine, datant donc de la première occupation par les Romains ; on n’y trouve aucun vestige gaulois ; par contre, c’est dans les sous sols de Nanterre que l’on trouve les vestiges d’un centre de pouvoir politique gaulois : céramique, production des textiles, métaux, monnaies ratées à la frappe. On retrouve ce schéma à Bibracte où la ville sera refondée sous un autre nom, 20 km plus loin : Augustodunum, devenue Autun.

[5] C’est probablement à son intention que fut construit à Ravenne le Mausolée de Galla Placidia.

[6] Le procédé a été nommé plagiat par anticipation par François Le Lionnais, fondateur avec Raymond Queneau de l’Oulipo [Ouvroir de littérature potentielle]. Donc les convenances veulent  que Galla Placidia ait été redevable de ces mots à Pierre Corneille.

[7]passe-temps favori des historiens locaux et des colonels en retraite, selon O. Maenchen-Helfen

 


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