1290 à 1336. Philippe le Bel. Trecento. Ibn Battuta. Pétrarque
Publié par (l.peltier) le 1 avril 2008 En savoir plus

1290                           Arghun, Ilkhan de Perse répond à Philippe le Bel pour monter une opération contre les Arabes :

Tu m’as mandé : quand les troupes de l’Ilkhan marcheront contre l’Égypte, nous partirons d’ici pour nous joindre à elles. Nous approuvons ce message de ta part, et nous ajoutons que confiant en Dieu, nous partirons à la fin de la dernière lune d’hiver de l’année de la Panthère (1290), et que, vers le 15 de la première lune de printemps, nous camperons devant Damas. Si tu tiens fidèlement ta parole, en envoyant tes troupes à l’époque et au lieu déterminés, et si, avec l’aide de Dieu, nous prenons Jérusalem, nous te la donnerons.

En fait, l’invasion n’eut lieu qu’en 1299, et ne dépassa pas Damas.

1 08 1291                   Fondation de la Confédération Helvétique, sur le Grütli, une prairie au bord du lac des Quatre Cantons, ou à Brunnen, un peu plus à l’est : les trois cantons fondateurs : Uri, Schwyz, et Nidwald[1] y scellent un pacte de liberté et d’alliance éternelle - le serment du Rütli - contre l’oppresseur : les Habsbourg. La formule du serment est due à Schiller dans son Guillaume Tell (1804). Il fallait certes un sacré culot à ces paysans pour ainsi s’opposer à l’empereur, mais ils avaient bien pris conscience depuis 60 ans que l’ouverture de la route du Saint Gothard - en 1230 - avait donné à leurs terres une puissance stratégique jusqu’alors inconnue.

1291                           Neuvième et dernière croisade menée par Nicolas IV, qui ne parvient pas à sauver Acre : les dernières villes franques de Palestine retournent dans le giron des Sarrasins. L’ordre des Hospitaliers, installé à Acre depuis un peu plus de cent ans, se réfugie à Chypre. Philippe le Bel crée l’Administration des Eaux et Forêts.

1292                           Premier arsenal maritime en France, construit par des Génois, au clos des Galées de Rouen. L’institution typiquement parisienne des concierges est déjà en place.

1294                           Après un conclave qui aura duré 27 mois, les cardinaux élisent un ermite qui avait fondé l’ordre des Célestins, qui prend le nom de Célestin V ; symboliquement, il entrera dans Rome juché sur un âne, et, quelques mois plus tard, dépassé, se retirera en refusant la charge, ce que Dante stigmatisera sous le nom de grand refus.

Mort de l’Anglais Roger Bacon, franciscain, né en 1214, surnommé Le Docteur Admirable. Il s’orienta vers les sciences expérimentales et suggéra que, grâce à l’énergie solaire, il serait un jour possible d’avoir des bateaux sans rameurs, des voitures sans chevaux et des machines capables de voler. Il n’inventa pas à proprement parler les lunettes mais il les annonça quand même, dès 1268 : Si on examine des lettres ou des petits objets au moyen d’un cristal ou d’un verre dont la forme soit celle du segment inférieur d’une sphère, avec le coté convexe du coté de l’œil, on verra les lettres plus nettes et plus grandes. Un tel instrument est utile à tout le monde.

Soupçonné par la hiérarchie de l’Eglise de nécromancie et d’hérésie, il passa de longues années consigné à Paris où ses supérieurs gardaient un l’œil sur lui.

Premières horloges mécaniques à Exeter et Canterbury, en Angleterre.

L’horloge existe depuis l’Antiquité, puisque le même mot recouvre tous les systèmes d’indication du temps, que ce soit les clepsydres, les sabliers ou les horloges mécaniques. Cette ambiguïté dans le terme employé ne facilite pas la tâche de l’historien, les textes médiévaux ne précisant pas en général le type de technique utilisé dans les horloges mentionnées. La détermination précise du passage de l’horloge hydraulique à l’horloge mécanique n’en est que plus délicate. De nombreux ingénieurs nourrissaient une véritable passion pour la mécanique sous ses différentes formes et tentaient de doter les cathédrales - là était le pouvoir, et donc les finances - d’automates, comme l’ange et l’aigle mécaniques de Villard de Honnecourt.

Il ne s’agit sûrement là que de simples amusements de techniciens, mais ils témoignent d’un milieu technique ouvert aux innovations, pour autant que la volonté de réaliser de tels objets techniques soit suffisamment forte. Si c’est dans le cadre du pouvoir spirituel que naît la première demande en horloges mécaniques, pour l’appel des fidèles à la prière, c’est le pouvoir temporel qui leur donnera leur véritable élan. Un élan qui ne cessera de s’étendre jusqu’à aujourd’hui, affinant peu à peu cette mesure du temps vers des portions de plus en plus infimes. Dans la société rurale traditionnelle, les rythmes de la vie sont fondés sur les phénomènes naturels : le cycle du jour, celui des saisons. L’ordre monastique, et notamment la règle de saint Benoît, fixent, sous l’empire carolingien, les rythmes de vie des populations occidentales et scandent les événements du jour et de l’année par les sonneries de cloches. Les églises romanes ont des clochers, mais pas encore de dispositif d’affichage de l’heure. L’expansion urbaine d’après l’an mille va profondément modifier cet état de choses. Le pouvoir de la ville va peu à peu se substituer au pouvoir de l’Église. Dans leurs premiers travaux de construction, les villes d’Europe du Nord se dotent de murs d’enceinte et de beffrois, tours qui, comme le clocher, ont pour fonction de montrer un pouvoir autant par leur taille que par leurs cloches qui imposent un rythme aux populations. Jusqu’à la fin du XIIIe siècle, ces cloches sont actionnées manuellement, le temps étant réglé sur des cadrans solaires ou des clepsydres. Les automates mécaniques des églises ont pour correspondants les jacquemarts des beffrois. C’est probablement de cette proximité entre dispositifs mécaniques et hydrauliques que naîtra l’idée de réaliser des machines capables de sonner les cloches, d’indiquer périodiquement l’heure « à l’oreille », avant de l’afficher en continu à l’aide d’un cadran. L’horloge mécanique, c’est finalement la fusion du cadran de la clepsydre et du mécanisme de l’automate. Au moment où le moulin à eau devient le principal générateur de force motrice, on peut s’étonner de voir la technique hydraulique de la mesure du temps, maîtrisée depuis des siècles, remplacée par une mécanique imprécise et d’entretien difficile. On peut voir une raison simple à ce changement technique. Nous sommes au XIIIe siècle et le foyer d’innovation et de développement urbain se trouve dans l’Europe du Nord…. Or, les clepsydres ont l’inconvénient, dans ces régions, de geler l’hiver, contrairement aux pays méditerranéens ; cet inconvénient sera fatal aux horloges à eau qui verront alors leur usage restreint aux curiosités historiques.

Bruno Jacomy           Une Histoire des techniques Seuil 1990

L’horloge a été précédée de longs tâtonnements. Très tôt, les hommes inventent la clepsydre qui signifie en grec « voleur de l’eau » et qui convertit l’écoulement de l’eau en morceaux de temps, en durée. Plus ancien encore et proba­blement premier lecteur de temps, voici le gnomon, le cadran solaire, qui permet d’étalonner la course du soleil. Les prostituées japonaises évaluent le prix de leur corps et celui, variable, des différents morceaux de leur corps, grâce à des marques qu’elles font sur des bougies allumées. Les pupilles des chats indiquent l’heure aux moines du Tibet. La prière est une autre horloge. Si le requin s’appelle requin, c’est que ses malheureuses proies ont juste le temps de réciter un requiem avant de trépasser. Certains vents sont si réguliers que les paysans s’en servaient comme d’une horloge et, dans les pays secs et chauds, les horribles concerts des cigales ou des grillons commandaient au repos, aux labours et aux semailles. Tous ces dispositifs sont les premiers comptables du temps. Ils sont rudimentaires, grossiers et peu fiables. Les heures qu’ils mesurent sont mal découpées et ces heures sont naturelles puisqu’elles reproduisent les parcours du soleil ou des étoiles. Comme ces parcours varient avec les saisons, les heures que débite le gnomon sont inégales. Jules César franchit le Rubicon à une heure inégale. Le Christ meurt à une heure inégale. Jusqu’à la fin du Moyen Âge, les heures égales sont emmagasinées au fond des hor­loges mécaniques qui n’existent pas encore. C’est à partir du XIII° siècle, à peu près, que les ingénieurs apprennent à les produire. C’est alors qu’elles asservissent nos journées à leur loi. « Mon Dieu, dit un poète de la Renaissance, rendez-nous nos heures inégales. »

Il n’empêche, même si ses heures sont encore taillées au hasard du soleil et de la lune, le gnomon fait une première éraflure dans l’étoffe lisse du temps. Il annonce qu’un nouvel acteur a fait son entrée sur le théâtre de l’Histoire et qu’un jour cet acteur pliera à son gouvernement, à sa loi de fer, nos douleurs, nos industries, notre naissance et notre mort, nos joies. Au début, les poètes sont les seuls à mesurer la virulence de ces instruments. Les géomètres et les philosophes sont plus lents. Dès que la clepsydre apparaît à Athènes, introduite, dit-on, par Platon, Plaute lance un cri d’alarme. Il insulte l’horloge à eau du Forum : « Que les dieux damnent celui qui a fait placer ici cette horloge qui me divise pour mon malheur et abrège mes journées. Quand j’étais enfant, j’avais mon ventre pour horloge. C’était de toutes, celle qui marchait le mieux et qui était la plus exacte. »

Un autre instrument complète la collection des garde ­temps. Il est plus tardif. C’est le sablier qui apparaît au XII° ou même au XIII° siècle. On l’appelle aussi l’ampoule à sable, ou le poudrier ou le verre. C’est un objet raffiné et savant, surtout le sablier de marine. Sa fabrication fait appel à des techniques dissemblables. Les fabricants de ces ampoules sont des ouvriers d’exception. Ils doivent maîtriser les secrets du verre, bien entendu, de la serrurerie, pour façonner le cuivre ou le laiton, de la minéralogie, pour choisir le sable, et enfin de l’astronomie pour régler leur chef d’œuvre. Un des plus illustres créateurs de sabliers, maître Erhard Etzlaub, se pare du titre « d’astronomus ».

Ernst Jünger a rassemblé, dans son magnifique Traité du Sablier, les secrets de ces artisans. Le sable qui coule entre l’ampoule supérieure et l’ampoule inférieure doit être homo­gène, lisse et sans le moindre grumeau, de manière qu’il glisse à une vitesse égale sur les flancs du ballon de verre, surtout au moment où il franchit le minuscule goulot qui relie et sépare la bulle supérieure et la bulle inférieure.

Les fabricants font appel à des matières raffinées, la plus prisée étant la poussière de marbre, bouillie dans du vin. Les sabliers présentent différentes couleurs. Le sable rouge est recherché à cause de l’éclat qu’il donne au temps. On l’obtient en faisant cuire la poudre de marbre dans une poêle. Le sable jaune, qui est peut-être cet « or du temps» dont parle André Breton, se récolte tout simplement dans la nature. On peut faire du sable blanc avec des coquilles d’ œufs broyées et calcinées et du sable gris avec de la poudre d’étain ou de plomb.

Jünger cite un poème qu’un vendeur de sabliers de Nuremberg avait écrit en 1648 pour séduire sa clientèle.

Je fais l’horloge de voyage
Polie et selon la mesure
De verre clair et de fin sable
Bien faite afin que longtemps dure.
De bois je lui mets sa monture
Où je l’enclos avec adresse
La peins en vert, gris, rouge et bleu
Pour indiquer l’heure et les quarts.

L’ampoule à sable du marin est communément façon­née pour mesurer les demi-heures. La durée du « quart », c’est-à-dire du temps durant lequel le marin doit surveiller la mer, est ordinairement de quatre heures, soit huit sabliers. Certains marins cossards, ivrognes ou désinvoltes « man­geaient le sable» : ils retournaient le verre avant que le sable ne fût écoulé […]. Leur ruse pouvait entraîner des effets mortels. Elle brouillait l’heure et la mesure des distances. Elle froissait la mappemonde. Elle effaçait certaines îles, en dévoilait d’autres. Elle risquait de fracasser le bateau sur un récif, de découvrir une autre terre que celle qu’on avait découverte, de noyer un équipage.

Les sabliers mesurent la vitesse du navire. Certains, que l’on nomme les sabliers de timonerie, sont rapides : ils se vident en 28 secondes, parfois en 14 secondes. Ce sont des compteurs de vitesse : ils permettent de déterminer approxi­mativement la rapidité du navire quand on jette le loch, qui est une planche immergée au bout d’une corde graduée de nœuds. Avant l’invention du sablier, les marins se conten­taient de lancer un objet à la mer et ils mesuraient le chemin que celui-ci avait fait, le long de la coque, pendant qu’ils disaient un Ave ou un Miserere.

Le sablier de marine a une autre vocation. Il donne une heure identique à tous les hommes de l’équipage. Il gère la société que forme le navire. Il réglemente la vie et le travail de chacun. Il découpe le temps en petits comparti­ments dont aucun ne doit être inutile et dont chacun s’emboîte avec les autres comme dans une marqueterie. Le sablier - théoriquement du moins - est à la fois le maître de chaque matelot et le dénominateur commun à tous. Sans lui, un équipage n’est qu’une collection d’individus disparates et chacun en fait à sa tête. […]

Le couvent est une autre horloge. Sa singularité est qu’elle affiche sur son cadran deux durées incompatibles, dont une qui n’existe pas : l’heure éternelle d’une part, et, d’autre part, le temps des semailles, des amours ou des guerres.

Les moines clopinent entre l’éternité et le temps. Le même marqueur de temps, qui est la prière et la célébra­tion, étalonne à la fois le programme des journées et le temps de Dieu qui est hors du temps.

La règle qui ordonne la vie quotidienne des religieux n’est pas seulement une horloge. Elle est également un calendrier. Elle découpe le cercle des années en segments, à mesure que défilent la naissance du Christ, ses démêlés avec les marchands du Temple, la rencontre avec les dis­ciples d’Emmaüs, le Sermon sur la montagne, le supplice du Golgotha. Elle célèbre l’Avent et le Carême, la Passion, la Résurrection, l’Assomption. De la même manière, elle étalonne chaque journée, matines au lever du Soleil et complies à son coucher, sixte quand le Soleil est au zénith, prime et tierce le matin et l’après-midi, none et vêpres. À l’intérieur du grand cercle de l’année, la prière dessine les cercles plus petits et inscrits dans le premier de ceux-ci, le cercle de l’année, celui des jours, celui des heures, des minutes, des secondes. Le temps du couvent a des façons de poupées russes ou de boîtier de montre : si on le dévisse, on aperçoit un tas de petits rouages entraînés les uns par les autres, un tas de durées entrelacées. Et pour embrouiller un peu l’affaire, tous ces temps sont eux-mêmes enclos dans une enveloppe plus surprenante, inconcevable même et incalculable, celle de l’absence de durée qu’est l’éternité.

Cette formidable machine à prières qu’est le couvent est une machine à compter le temps et à l’exhiber, une machine à « être» le temps. Les prières des moines forment l’aiguille de l’immobile éternité et également, celle des heures qui passent, des minutes, des secondes, des siècles. Elles font du corps du prieur, de ceux des moines et des frères convers, les ressorts, les engrenages, les poulies, les cordes et les poids de cette horloge vive qu’est le monastère.

Ainsi, avant même que les artisans eurent façonné les premières horloges mécaniques, deux objets au moins avaient déjà arraisonné le temps - le bateau avec le concours du sablier, et le couvent par ses prières. L’un comme l’autre pourchassent le même but que l’horloge mais aussi que la géographie : maîtriser l’informe, le chaos. Colmater les brèches par où l’infini peur nous envahir.

L’horloge mécanique est un engin prodigieux. Son invention fut l’une des prouesses du génie humain. Ses rouages et ses dentelures, ses balanciers, son jeu de poids et ses carillons, son oscillateur ou ses cristaux de quartz, son mécanisme d’échappement, ses foliots, son balancier com­mandent encore nos sociétés. Nous n’irions pas sur la Lune sans elle et pour faire exploser une bombe, pour naître à l’heure ou pour tuer à l’heure, il nous faut un réveil. Pour­tant, quand l’horloge s’est introduite dans nos sociétés, nul ne l’a remarquée. Une des plus formidables créations des hommes s’est glissée parmi nous à pas de loup, sans tin­touin ni trompette, avec des manières d’ombre. Personne n’a assisté à son arrivée. Nous ignorons jusqu’au siècle où elle a commencé à débiter ses heures. Nous ne savons pas quelle est la première minute tombée de cet assemblage délicat de rouages et d’aiguilles. Si nous la retrouvions, cette minute, elle mériterait d’être présentée dans un musée et sous la protection d’une vitre bien plus blindée que celle de la Joconde.

Le génie qui combina ces rouages n’a pas de nom. Nous ignorons sa nationalité et sa date de naissance. Le paratonnerre, nous savons qu’il est sorti de la cervelle fructueuse de Franklin. La poubelle, c’est le préfet Poubelle, et le gardé­nia, c’est le botaniste écossais Garden, au XVIIIe siècle. Le godillot, c’est Alexis Godillot, fournisseur de l’armée au XIXe siècle. Mais l’effrayant génie qui a mis la main sur le temps et qui gouverne encore, par ses horloges, nos per­sonnes et nos sociétés d’une main de fer, est anonyme.

Quand il fait son coup, personne ne le remarque. Très vite, cependant, on soupçonne qu’avec l’horloge à échap­pement, une étoffe nouvelle et qui n’était pas au monde a fait son entrée dans nos sociétés, et qu’à l’avenir c’est sur ce tissu-là que l’histoire des sociétés inscrira ses consonnes et ses voyelles. Une secousse énorme, muette, s’est produite dans les coulisses du temps, mais quoi exactement ? Le sûr est que les hommes se sont embarqués, sans le faire exprès, dans un véhicule inconnu qu’a usiné on ne sait pas qui.

Les historiens modernes se sont lancés à la traque de cet individu. Ils ont jeté leurs filets et ont attrapé plusieurs suspects. La récolte est abondante mais douteuse. Le pre­mier de la liste fut Gerbert d’Aurillac, un berger français extrêmement intelligent, qui devient moine clunisien, précepteur du fils d’Hugues Capet, archevêque de Reims, de Ravenne, puis pape sous le nom de Sylvestre II. L’ennui, c’est qu’il régnait en l’an 1000 alors que les minutes nou­velles n’entreront pas dans la carrière avant le XII° ou le XIII° siècle. En réalité, Gerbert a probablement trafiqué dans le temps mais il n’a pas inventé l’horloge mécanique. On lui prête l’invention du nocrurlabe. Ce nocrurlabe est un outil réservé aux heures de la nuit. On sait que les étoiles, la nuit, accomplissent un tour complet autour de l’étoile Polaire. Le nocturlabe permet de se représenter ce tour. Il prélève au­ dessus de l’horizon une étoile brillante. La droite qui relie cette étoile à la Polaire avance comme une immense aiguille et indique le compte des heures. Telle serait l’invention de Sylvestre II. Et encore est-il probable que Sylvestre Il a seulement réalisé cette machine qui aurait été imaginée par un Italien d’un siècle précédent.

En tout cas, il n’en faut pas plus pour que ce pape Sylvestre II soit mal considéré des siècles qui suivent. On le décrit comme un démiurge, un Faust, un démon qui a patouillé dans les propriétés de Dieu, qui a créé un outil sacrilège capable de mesurer ce qui est sans mesure, le Temps duquel Dieu s’était réservé le gouvernement, un peu comme le même Dieu avait fait son nom impronon­çable et comme les géographies de la Renaissance sont à peine des approximations, des faux, des copies bâclées de la carte réelle, du « Padrão real ». Pauvre Gerbert d’Aurillac ! Il n’a pas trouvé grand-chose et pourtant, le verdict tombe : c’est un « nécromant ».

D’autres noms sont avancés. Deux prétendants tiennent la corde : un moine nommé Henri de Wick qui aurait façonné des horloges mais les horloges tournaient déjà depuis un siècle, semble-t-il, quand Henri de Wick a façonné une belle horloge sonnante pour le roi de France Charles V. Il est donc rayé de la liste des prétendants. Un autre nom est proposé : Guillaume de Hirsau, qui est le supérieur d’un monastère bénédictin. Ce n’est pas un mince personnage : c’est lui qui soumet les monastères allemands à la règle de Cluny, désignée sous le nom de règle de Hirsau. Pourtant, Guillaume de Hirsau vit au XI° siècle alors que les premières horloges mécaniques ne semblent pas avoir été en usage avant le XIII° siècle. Le mystère demeure.

Des moines, en tout cas. Voilà qui confirme ce que la perfection des monastères et la ronde réglée de leurs prières et de leurs activités nous avaient laissé entrevoir : les machines à mesurer le temps étaient déjà à l’ouvrage bien avant d’avoir été inventées. Elles étaient au monde mais ne le savaient pas. Elles régissaient certains dispositifs des sociétés humaines, en catimini. De même que les navires formaient une sorte d’horloge dans les rouages subtils de laquelle les heures, comme du reste les individus, étaient moulinées, comptabilisées et emprisonnées, de même le couvent, avant l’horloge mécanique, forme une pendule à l’état naturel. Tout se passe comme si une machine à dire le temps était déjà au travail, secrètement, dans le navire primitif, dans le couvent, et que l’inventeur de la montre se soit contenté de fournir à cette pendule naturelle son logis de métal, de bois et de verre, tout en affinant le décompte des heures et en les faisant égales.

Les premières pendules mécaniques, celles qui sortent des couvents de la Forêt-Noire, sont grossières. Elles n’ont qu’une seule aiguille. Il arrive qu’elles prennent une heure de retard en une seule journée. On dit qu’elles « ber­loquent ». C’est en gros morceaux qu’elles découpent le temps. Les minutes du Moyen Âge sont cabossées. Mais, dès la Renaissance, les hommes se lancent dans une grande opération : la mise au point d’une machine à lire le temps sans incertitude ni usure. Ce n’est pas une entreprise simple : entre le moment où la première minute tombe des horloges rhénanes et le moment où les marins dispose­ront d’un chronomètre assez fiable pour leur permettre de faire le point, quatre siècles vont passer.

Pourquoi les marins, les cosmographes, les géographes ­ont-ils besoin d’horloges incorruptibles et parfaites, des engins qui ne berloquent point, s’ils veulent connaître ou dessiner les contours de la Terre ? Faire le point en mer exige de croiser deux informations - la latitude qui me dit le lieu que j’occupe entre le pôle et l’équateur (distance angulaire du point où je suis par rapport à l’équateur mesurée en degrés par l’arc du méridien terrestre), et la longitude qui m’indique où je me trouve, à l’ouest ou à l’est du port dans lequel j’ai embarqué (distance angulaire, mesurée en degrés, du point où me voici rendu par rapport au méridien d’origine).

La latitude, les marins savent la calculer dès le XV° siècle en observant par le moyen de l’astrolabe la hauteur des astres au-dessus de l’horizon. La longitude, au contraire, ne peut être calculée que si l’on tient compte du décalage horaire qui existe entre deux points du globe. En principe, l’opération est simple : elle impose de conserver l’heure du méridien d’origine et de la comparer avec l’heure solaire du lieu où vous êtes rendu. Mais son exécution est difficile. Elle exige des chronomètres sûrs et assez robustes pour résister aux longs voyages, à la dilatation thermique des instruments et aux secousses des tempêtes. Or, toutes les pendules à ressort dont on disposait étaient sujettes à des variations quotidiennes et délivraient des heures de rencontre.

Le XVIII° siècle va remédier à ces insuffisances. En même temps qu’il lance des navigateurs sur toutes les mers du globe, il a conscience que la découverte de nouvelles terres comme aussi la mise en ordre des terres déjà inventoriées lors des précédentes navigations réclament des chrono­mètres parfaits.

Les Anglais, qui jouent un rôle premier dans les explora­tions maritimes, se vouent à cette tâche : le Parlement bri­tannique, sans doute sur la suggestion de Newton lui-même, promet une récompense de vingt mille livres à l’horloger qui saura construire pareil instrument.

Trois hommes réalisent le chef-d’œuvre. Le premier est le mécanicien anglais John Harrison (1693-1776) dont l’horloge achevée en 1761 permet de mesurer la longitude avec une marge d’erreur très faible. Le plus grand explora­teur du siècle, Thomas Cook, a embarqué un chronomètre Harrison dès son deuxième voyage, en 1772. En France, un horloger se met au travail : Pierre Le Roy (1717-1785), maître des horlogers de Paris. De son côté, le Suisse Ferdinand Berthoud (1727-1807) présente en 1768 deux chronomètres qui seront testés par la corvette Isis au cours d’un voyage dans l’Atlantique. Quand l’Isis regagne le port de Rochefort, après un an d’absence, on constate l’exactitude et la robustesse des deux horloges. Dès lors, cette longitude qui échappait au contrôle des hommes est attrapée. Le temps de la navigation scientifique commence. Les grandes expéditions françaises sont équi­pées de l’horloge de Berthoud. En 1785, Jean François de Galaup, comte de La Pérouse, appareille de Brest, pour un vaste périple qui s’achèvera mal puisqu’il disparaît, probablement tué par les indigènes de l’île Vanikoro, en Australie. En ce temps-là, la France est occupée à d’autres besognes. Elle fait la Révolution. En 1791, le chevalier d’Entrecasteaux part aux nouvelles. Il périra lui-même en Océanie, en 1793.

À présent qu’ils sont équipés de ces horloges irrépro­chables, les navigateurs et les cosmographes s’en donnent à cœur joie. Ils révisent le monde. Ils enregistrent dans leurs archives les brouillons de leurs prédécesseurs après les avoir rectifiés et recopiés au propre. Pour la première fois, l’homme sait où il se trouve. Il peut dresser des mappe­mondes quasi exactes. L’horloge de Harrison ou celle de Berthoud jettent aux oubliettes les terres imaginaires entre­vues par les anciens navigateurs. La Pérouse, avant le désastre, a le temps de refaire les mers qu’il traverse. Il efface des îles. Il en déplace d’autres. Il est très content quand il anéantit une de ces nombreuses îles qui se sont introduites par supercherie dans les mappemondes de ses prédécesseurs. Il consacre beaucoup de temps à cette tâche. Il publie son tableau de chasse : en quinze jours, il éclaircit un point de géographie très important «puisqu’il enlève des cartes cinq ou six îles qui n’existent pas ».

Équipés de leurs beaux chronomètres, les «nouveaux géo­graphes» produisent le dessin définitif, presque définitif, des continents et de leurs rivages. Étonnant détour : pour pein­turer la Terre au plus près, la géographie a dû remplacer le temps naturel, les heures fantasques ou inégales qui sortaient des clepsydres ou des cadrans solaires, par un temps mathé­matique qui n’existe pas. Pour représenter le réel du globe, il fallait d’abord recourir aux services d’un temps irréel.

Gilles Lapouge          La légende de la géographie. Albin Michel 2009

Les édiles de Florence décident de la rénovation de la basilique Santa Maria Reparata, et livrent en préambule leur sentiment sur cette démarche :

Attendu qu’il est de la souveraine prudence d’un peuple de grande origine de procéder à ses affaires de telle façon que par ses œuvres extérieures se reconnaissent non moins la sagesse que la magnanimité de sa conduite, il est ordonné à Arnolfo, maître architecte de notre commune, de faire les modèles ou dessins pour la rénovation de Santa Maria Reparata avec la plus haute et la plus prodigue magnificence, afin que l’industrie et la puissance des hommes n’inventent ni ne puissent jamais entreprendre quoi que ce soit de plus vaste et de plus beau.

Et il en est d’autres pour tenir le même propos :

Che i Fiorentini meritano piu di altre genti. « Que les Florentins méritent plus que les autres. »

Goro Dati

1295                           Les habitants de Carcassonne se révoltent contre l’Inquisition, emmenés par Bernard Délicieux, membre des spirituels, franciscains dissidents d’abord, hérétiques ensuite, nés des contestations sur le statut de l’ordre face à l’obligation de pauvreté. Il ira à Paris négocier à la cour, obtenant le départ d’un inquisiteur, mais finalement finira sa vie en prison. Au XIX° siècle, le peintre Laurens lui consacrera une toile : L’agitateur du Languedoc, à la vue de laquelle Sainte Beuve dira : Et il fera trembler dans les tribunaux, les juges devant lesquels on le cite.

8 01 1297                   François Rainier Grimaldi prend aux Génois la principauté de Monaco : 700 ans plus tard, la famille est encore là, moyennant quelques petits arrangements avec la transmission du nom et quelques amitiés bien utiles, comme celle de Talleyrand en 1815

Au XIII° siècle, couvrant l’actuel territoire de l’ouest du Nigeria et du Bénin, débute l’une des plus brillantes civilisations d’Afrique Noire : la civilisation urbaine du Yoruba et du Bénin, ayant pour capitale Ife, aujourd’hui dans l’ouest du Nigeria. Le pouvoir est contrôlé par des sociétés secrètes politico-religieuses. Deux cents ans plus tard, les Yorubas vont se faire les meilleurs pourvoyeurs d’esclaves pour les Portugais, ce qui finira par entraîner leur perte, lorsqu’ils durent razzier sur leur propre territoire, les populations voisines restantes s’étant réfugiées dans des endroits inaccessibles.

22 02 1300                 Le pape Boniface VIII décide d’accorder une indulgence plénière[2] à tout chrétien qui ira prier à Rome : c’est le jubilé, dont le succès va être grandiose, le premier événement de masse à l’échelle de l’Occident chrétien. Les chroniqueurs parlent de deux cent mille pèlerins présents.

Ce jubilé marqua la fin du rêve médiéval d’un salut collectif de l’humanité, et ouvrit l’âge de la recherche du salut individuel.

Giulia Barone

Début de la dévotion au purgatoire, issu de la croyance chrétienne, bien ancienne, en la possibilité du rachat de certains péchés dans certaines conditions après la mort. Elle apparaît d’abord dans des pratiques : prières pour les morts, et ensemble d’actes en faveur du salut des défunts qu’on appela bientôt les suffrages. Saint Augustin, Grégoire le Grand et Origène en sont les premiers « inventeurs ». On le retrouvera tout au long de La Divine Comédie de Dante. Ce n’est qu’après coup que les théologiens, lui cherchèrent des fondements scripturaires, qui se ramènent à quatre textes :

  • Ancien Testament [II Maccabées, XII, 41-46], le sacrifice ordonné par Judas Maccabée pour le rachat des péchés des soldats tombés dans une bataille.

  • Dans le Nouveau Testament, le texte de Matthieu [XII,31-32] évoquant la remise des péchés dans l’autre monde

  • La première épître de Paul aux Corinthiens [III, 11-15], décrivant la purification après la mort de certaines catégories de pêcheurs.

  • L’histoire du pauvre Lazare et du mauvais riche, chez Luc [XVI, 19-31]

vers 1300                    De façon générale, dans tout l’Occident, on assiste à un refroidissement du climat, qui va durer à peu près 150 ans, de 1300 à 1450 : vers 1200, des paysans suisses avaient construit une canalisation en bois de mélèze, pour prendre de l’eau du glacier d’Aletsch : cette canalisation a du être détournée en 1240 pour éviter les glaces, puis abandonnée en 1370. Près de Zermatt, un village serait encore enfoui sous la glace.

Mise au point de la brouette (contraction de barre et de roue): les principaux utilisateurs en seront les bâtisseurs de cathédrale. Celle attribuée à Pascal ne sera qu’une chaise à porteur montée sur roues.

Une bascule de l’économie s’annonce :

Durant la période d’euphorie, le centre […de l’économie] s’était fixé, pour un bon siècle, dans le quadrilatère remuant des foires de Champagne. Autour de ce centre oscillait le fléau d’une balance essentielle : dans un plateau, les Pays-Bas ; dans l’autre, l’Italie du Nord avec ses villes, vraies multinationales, Venise, Milan, Gênes, Florence. Le Nord, c’est l’industrie drapante ; le Sud, le commerce et la banque - ce dernier plateau plus lourd assurément que l’autre. Par suite, le déclin des foires de Champagne marquera un tournant : leur prospérité, en ce qui concerne les marchandises, ne dépassera pas la fin du XIII° siècle ; les paiements de foire en foire, c’est-à-dire la machine du crédit, se maintiendront au plus tard jusqu’en 1320. Dès 1296, on voit des négociants florentins émigrer à Lyon.  « Le revenu des foires [pour le fisc] serait passé de 6 à 8 000 livres, au XIII° siècle, à 1 700 au début du XIV° siècle, pour remonter péniblement à 2 630 livres en 1340. »

Au total, un tournant décisif pour l’Europe et pour la France. En 1297, l’Italie a réussi, en effet, sa première liaison directe et régulière par Gibraltar jusqu’à Southampton, Londres et Bruges, grâce aux grosses caraques de Gênes que vont suivre, plus ou moins vite, les autres navires de Méditerranée [ les galées de Venise inaugureront leur liaison directe seulement en 1317 ]. En même temps, les routes terrestres les plus actives à travers les Alpes se déplacent vers l’est : au Mont Cenis et au Grand-Saint-Bernard se substituent le Simplon, le Saint-Gothard, le Brenner. L’isthme français ne tombe pas en panne, mais se trouve concurrencé et, au vrai, déclassé. Le métal des mines d’argent allemandes a été, sans doute, un des moteurs de ces déviations.

Finalement, la France que le trafic des foires de Champagne vivifiait - du moins en partie, ainsi dans la vallée du Rhône, dans l’Est et le Centre du Bassin Parisien - se trouve déconnectée, à peu près hors des routes principales du capitalisme européen. Et cette mise à l’écart sera de longue durée. Les pays que favorisera le capitalisme à venir sont curieusement situés sur un cercle qui entoure la France à bonne distance : routes d’Allemagne, itinéraires des navires méditerranéens qui touchent à Marseille, à Aigues - Mortes, mais surtout à Barcelone, à Valence, à Séville, à Lisbonne, et prennent ensuite, vers le nord, la route directe du golfe de Gascogne - laquelle gagne Southampton, Londres et Bruges sans toucher, sauf accident, les ports français (sauf peut-être La Rochelle où des marchands florentins, qui protègent la ville, sont en place durant la guerre de Cent Ans). Ainsi se ferme le cercle qui nous entoure.

Ces nouvelles liaisons ont été lentes à s’organiser, comme le veut ce genre de processus. Cependant, avec le mouvement de bascule qui se produit alors, c’est l’Italie qui l’emporte. Si bien que, dans les temps gris et plus que maussades qui s’instaurent, elle se trouvera relativement « à l’abri », comme disent les économistes.

Du coup, la lutte pour la primauté devient serrée, dramatique, entre les grandes villes de la péninsule qui sont chacune, déjà, de grands centres liés à l’économie internationale. Florence qui, jusque-là, avec l’Arte di Calimala. se contentait de teindre les draps écrus achetés dans le Nord, naturalise chez elle la fabrication des draps avec l’essor rapide de son Arte della Lana ; elle est à la fois victorieuse sur le plan industriel et sur le plan plus risqué, mais qu’elle pratique depuis longtemps déjà, de la banque, de la finance. Elle aura joué, contre la France, la carte anglaise. Gênes, la première comme toujours à flairer le vent, a ouvert la nouvelle (et dès lors régulière) route du Nord, par Gibraltar. Milan, en pleine activité, s’approche de ce qui aurait pu être, des siècles à l’avance, la Révolution industrielle. Est-ce la crise (elle existe, même pour les privilégiés) qui l’a privée de ce succès, seulement frôlé et pourtant étonnant, sensationnel aux yeux des historiens ?

Finalement, c’est Venise qui l’emporte sur toutes ses rivales, et grâce à un capitalisme marchand - et non bancaire - que je qualifierai de capitalisme vieux jeu, traditionnel. Certes, mais le moteur de l’économie, dans ce qu’elle a d’international et de plus fructueux, n’est-ce pas alors à l’Est de l’Europe, la mer Noire et la route de la soie, jusqu’à l’invasion mongole de 1340 ? Et ensuite le Levant, particulièrement l’Egypte (qui draine le poivre et les épices de l’océan Indien, plus l’or en poudre du Niger), dont Venise s’ouvre à nouveau la porte vers les années 1340 ? D’ailleurs, c’est sur mer et sur les marchés du Moyen-Orient et de la mer Noire que Gênes et Venise se livreront leur guerre sans merci. Le combat restera longtemps indécis puisque ce n’est qu’à la fin du XIVe siècle, après sa victoire à l’issue de la guerre dramatique de Chioggia (1383), que Venise sera enfin débarrassée du rival génois et s’installera dans sa primauté, dès lors tranquille. Et cette primauté déclasse la France qui, pour longtemps, est bel et bien hors jeu. Qui le restera lorsque, finalement, l’Europe sortira du tunnel.

Fernand Braudel       L’identité de la France Arthaud Flammarion 1986

04 1302                      Philippe le Bel ordonne la réunion des représentants des trois ordres, la noblesse, le clergé et la bourgeoisie des villes, cette dernière formant l’amorce de ce qui sera plus tard le Tiers Etat. Le mot n’est pas prononcé, mais il s’agit bien d’« Etats Généraux », qui naissent ainsi à l’initiative du pouvoir royal. Et où donc va-t-on mettre tout ce beau monde - cela fait à peu près mille personnes - eh bien ! ce sera à Notre Dame de Paris, tout juste terminée depuis 50 ans… dans laquelle on verra le chancelier Pierre Flote se livrer à un violent réquisitoire contre la papauté !

11 07 1302                 La Flandre, riche de ses draperies et de ses grandes villes, est tiraillée entre France et Angleterre, et aussi convoitée par les deux pays. Philippe le Bel veut en découdre : ses troupes conduites par Robert d’Artois, se réjouissent de voir qu’en face, il n’y a que les clauwaerts - le petit peuple, à pied, bien sûr -. La cavalerie française se lance dans la grande plaine marécageuse de Courtrai, au bout de laquelle a été creusé un profond fossé, bien masqué, au fond duquel viennent chuter les lourds chevaux et leurs cavaliers, rapidement égorgés par les Flamands. La piétaille a eu le dessus sur la cavalerie ! 

Il faudra attendre deux ans pour tenir la revanche à Mons en Pévèle, en 1304.

8 11 1302                   Le pape Boniface VIII édicte la Bulle Unam Sanctam

Il faut que le glaive soit sous le glaive, et l’autorité temporelle sous l’autorité spirituelle. Le pouvoir spirituel institue le pouvoir terrestre et, s’il est mauvais, il le juge.

…/… être soumis au pontife romain demeure pour toute créature nécessité de salut.

Cela ne pouvait plaire à Philippe le Bel qui n’en était pas à son premier conflit avec le pape. L’année suivante, il envoyait des lettres dans tous les baillages, les sénéchaussées et les villes du royaume, pour dresser ses sujets contre le pape, et son envoyé Guillaume de Nogaret insultait directement le pape à Agnani. Juriste de formation, le bonhomme versait volontiers dans un mysticisme adossé à une grande culture biblique et eschatologique ; il exaltait la nature religieuse de l’autorité royale de Philippe le Bel, le faisant quasiment « pape en son royaume ».

1302                           Un tremblement de terre détruit ce qu’il reste du phare d’Alexandrie.

1303                           Bacon les avait annoncées et elles arrivent, avec Bernard de Gordon qui crée les premières lunettes de correction en France. On n’en connaît pas le véritable inventeur, qui aurait été soit un moine de Florence : Spina, soit un membre de la Guilde des Verriers de Venise : on corrigeait la presbytie et l’hypermétropie dès 1285.

1305                           Bafoué, bousculé par Philippe le Bel, Boniface VIII est mort en octobre 1303. Philippe le Bel fait élire à la tête de l’Eglise Bertrand de Got, gascon et français, archevêque de Bordeaux qui deviendra Clément V, passera quatre ans à Rome, très souvent au milieu de troubles graves.

21 07 1306                 Les Juifs sont expulsés une nouvelle fois du Royaume de France : c’est Philippe le Bel qui l’ordonne : il confisque au passage leurs biens, et, quand ils seront autorisés à revenir en 1315, ne leur en rendra que le tiers.

1306                             L’ordre des Hospitaliers met l’île de Rhodes dans son giron.

24 08 1307                 Le pape Clément V, pourtant « créature » de Philippe le Bel, face aux prétentions exorbitantes de ce dernier [ouverture d’un procès posthume contre Boniface VIII, levée des anathèmes contre l’attentat d’Agnani], écrit à ce dernier pour lui faire part de l’ouverture d’une enquête sur les Templiers, à la demande même de ces derniers qui voient avec inquiétude grossir dans l’entourage royal les rumeurs de mala fama - mauvaise réputation - .

Quel en est le contenu ? Il semble bien que leur richesse, si elle suscitait bien des convoitises n’ait pas été au premier rang des motifs. Il faudrait plutôt aller voir du coté du catholicisme exalté de Guillaume de Nogaret qui lui faisait prêter les deux oreilles à la littérature prophétique de l’époque, et précisément celle du cistercien calabrais Joachim de Flore, selon lequel l’Antéchrist annoncé dans l’apocalypse de Jean, s’installerait dans le temple de Jérusalem, lequel avait donné son nom aux Templiers. On avait tricoté des mensonges tous plus gros les uns que les autres sur de secrètes pratiques diaboliques. Et il est vrai aussi que leur image s’était dégradée depuis la perte de leurs dernières positions de Terre Sainte, en 1291.

13 09 1307                 La procédure annoncée par le pape sur les Templiers risque de couper l’herbe sous les pieds de Philippe le Bel, lui enlevant toute maîtrise de l’affaire : il ordonne à tous ses représentants en France, baillis et sénéchaux, commissaires spécialement nommés, de préparer l’arrestation des Templiers.

12 10 1307                 Jacques de Molay, grand maître de l’ordre du Temple, assiste en compagnie de Philippe le Bel aux funérailles de la belle sœur du roi.

13 10 1307                 Philippe le Bel fait arrêter à la même heure, dans toutes les villes de France l’ensemble des Templiers : c’est certainement la première rafle policière d’importance.

vers 1307                    La situation de l’Italie ne convient pas du tout à Dante, installé alors à Vérone.

Ah ! Italie esclave, maison de douleur, navire sans nocher [pilote] en grande tempête, non plus maîtresse de provinces mais bordel !… Maintenant, chez toi, tes fils vivants sont tous en guerre et se rongent entre eux, chacun enfermé derrière un mur et un fossé… Toutes les cités d’Italie sont pleines de tyrans et tout vilain qui se présente, devient, à la faveur des partis, un Marcellus.

Dante[3]

L’auteur de la Comédie - ce n’est qu’au XVI° siècle qu’on la qualifiera de « divine » - est considéré comme le père de la langue italienne : publiée de 1314 à 1320, la Comédie est la première œuvre d’importance à être écrite dans une langue commune à toute l’Italie, dont le socle de base est tout naturellement le parler toscan, mais qui fait de nombreux emprunts aux autre langues vernaculaires.   C’est à Dante que l’on doit les noms de nos langues : il avait choisit de les nommer par leur « oui », et c’est ainsi que l’on eut la Langue d’Oc, la langue d’Oïl, l’italien étant la langue de Si. Mais il s’en faudra de quelques années pour que jaillisse, malgré ou peut-être à cause de ces luttes intestines, le splendide Trecento italien lors duquel humanistes, artistes - ils ont pour nom Dante, Pétrarque, Giotto… - mais aussi marchands et banquiers, inaugurent la Renaissance :

Ce climat de luttes politiques incessantes n’a pourtant pas empêché le développement de la brillante Renaissance italienne. D’une certaine façon, il l’a même favorisé, chaque cité voulant rivaliser avec ses voisines par le faste de sa production littéraire et artistique. Princes, communes et églises engagent dans leurs chancelleries des hommes de lettres qui servent leur propagande et lancent des guerres idéologiques presque aussi décisives que celles menées par les condottieri. Ainsi, la multiplicité des pouvoirs politiques permet à de nombreux intellectuels de voyager d’un protecteur à l’autre, créant ainsi, à défaut d’unité politique, une remarquable identité culturelle « italienne ».

…/… Ce renouveau est aussi le fruit du dynamisme économique. Gênes et Venise ont pratiquement acquis le monopole du commerce avec l’Orient. Les marchands connaissent parfaitement les routes maritimes et terrestres et possèdent des comptoirs dans les terres d’Islam et dans l’empire byzantin, presque colonisé. De grands centres artisanaux (Lucques et Florence pour le textile, Milan pour les armes et la métallurgie) exportent des produits luxueux et raffinés.

Enfin, grâce à la maîtrise des techniques commerciales (la lettre de change, la comptabilité à partie double), les banquiers toscans et lombards dominent l’Europe. Ils contrôlent les foires de Champagne et le commerce de Bruges. Ils conseillent les financiers du pape et des rois de France et d’Angleterre. Mères des Arts, l’Italie est aussi celle de l’économie moderne, et, pendant des siècles, elle fournira ses modèles à l’Europe.

L’Histoire du Monde       Le Moyen Age.    1995

En Angleterre, les barons modifient le serment que prête le roi, lors du sacre d’Edouard II, en y insérant une clause selon laquelle le souverain s’engageait à garder les lois et justes coutumes que la communauté de votre royaume aura choisi. Les légistes anglais avaient déjà inventé la formule : le roi est sous Dieu et sous la loi. Peu après, les barons vont faire entendre que l’hommage et le serment de fidélité sont dus à la couronne plutôt qu’au roi. Si le roi n’agit pas comme il convient qu’il agisse, ses hommes liges sont tenus de le ramener dans le droit chemin

9 03 1309                   Clément V s’attarde fréquemment en France. Ce jour-là, il est en Avignon pour y préparer le concile qui devrait décider du sort des Templiers, et décide de s’y installer provisoirement. Il nommera vingt trois cardinaux français, dont vingt de langue d’oc… assurant ainsi pour plusieurs années l’élection de papes français.        Jacques Fournier, ariégeois de Saverdun, ancien élève du Collège des Bernardins, devenu le pape Benoît XII fera construire le [Vieux] Palais des Papes à partir de 1335.

1309                           Les moines de Cluny achèvent un nouveau pont sur le Rhône : le Pont Saint Esprit : ils l’avaient commencé 44 ans plus tôt !

1310                           Sur la décennie qui commence, des pluies diluviennes vont entraîner trois années de famine.

1311                             Les Vénitiens achèvent la construction du Palais des Doges.

18 03 1314                Philippe le Bel et Guillaume de Nogaret ont juré depuis trois ans la perte des Templiers, par le fer et le feu de l’Inquisition. Les procès truffés de contre vérités ne leurs font pas peur, et  « géhenne aidant », 54 exécutions ont déjà eu lieu. Le grand maître, Jacques de Molay et le précepteur de Normandie, Geoffroy de Charnay, avaient « avoué » des crimes fabriqués par l’accusation, mais après 7 ans d’emprisonnement, ils reconnaissent cette trahison, et les deux relaps meurent sur le bûcher, dans l’île des juifs, face au quai des Augustins. La meilleure preuve de leur innocence tient surtout dans l’échec général des autres procédures déclenchées dans les autres pays d’Europe où l’ordre était implanté, sauf, dans les rares cas où la torture fût employée, alors qu’elle fût systématique en France. Tous les biens passent aux Hospitaliers [de Saint Jean de Jérusalem, ou encore l’ordre de Malte]. Clément V, pour sauver une indépendance de façade, s’était résigné à dissoudre l’ordre en 1312, sur injonction de Philippe le Bel. Il va multiplier la création d’évêchés dans le Midi.

1314                           A Caen, première horloge publique française, pourvue de poids et de balancier.

On brûle les Templiers, certes, mais on ne badine pas avec l’amour :

Au début de l’année 1314, un grand scandale éclata à la Cour de France. Les trois brus du roi (Philippe le Bel), Marguerite de Bourgogne, femme du prince Louis, roi de Navarre (le futur Louis X), Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe, comte de Poitiers (le futur Philippe V), Blanche de Bourgogne, femme de Charles, comte de La Marche (le futur Charles IV), furent arrêtées et emprisonnées pour avoir été compromises par Philippe et Gautier d’Aunay, deux chevaliers de la Cour. C’est l’histoire qu’Alexandre Dumas a portée à la scène dans le mélodrame de la Tour de Nesle. Il est inutile d’ajouter que la Tour de Nesle et Buridan sont étrangers à cette affaire. Les deux galants furent sommairement exécutés, après avoir été fort amoindris. Les trois princesses furent emprisonnées. On mit rapidement hors de cause la princesse Jeanne de Bourgogne, contre laquelle on relevait seulement l’accusation d’avoir connu la double intrigue de ses belles-sœurs, et de ne l’avoir pas dénoncée. Mais Marguerite et Blanche restèrent en prison. Marguerite y mourut et Blanche, après sept années de séjour au Château Gaillard, fut répudiée au moment où son mari arrivait au trône de France et mourut au couvent peu après. Les princesses étaient-elles coupables ou étaient-elles les victimes des calomnies de leur belle-sœur, Isabelle de France, qui avait épousé le roi d’Angleterre Édouard II, qu’elle fit assassiner[4] plus tard ? Il n’est pas possible de trancher la question. Mais ce qu’il faut retenir de cette sombre histoire, c’est que le roi de France, au moment où la dynastie capétienne est à son apogée, n’hésite pas, quand un adultère est commis dans sa famille, à punir publiquement les coupables, sans étouffer le scandale qui couvrait, au moins de ridicule, ses trois fils. On reconnaîtra qu’il est difficile de pousser plus loin le souci des bonnes mœurs.

Robert Fawtier          Les Capétiens directs 1986

15 11 1315                 Le duc Léopold I° lève une ramée de vingt mille hommes pour soumettre les montagnards suisses. A Mortgarten, les combattants suisses, liés entre eux par des cordes, dévalent la montagne et prennent comme dans une nasse la cavalerie des Habsbourg. A coups de hallebarde, ils taillent et massacrent, causant tant d’effroi à leurs adversaires que les survivants, pour leur échapper, se jettent dans le lac d’Ägerie, où ils meurent noyés. La Confédération helvétique était désormais bien soudée.

L’Histoire du Monde               Le Moyen Age 1995

1315                           A Arras, une commission mixte de délégués de maître drapiers et de valets des foulons fait droit à la réclamation de ces derniers qui désiraient des journées plus longues et des salaires plus élevés. Nicolas Sarkozy n’a rien inventé !

1316                           Philippe le Bel est mort en 1314. Son fils aîné monte sur le trône devenant Louis X le Hutin, mais son décès prématuré deux ans plus tard donne lieu à une situation inédite. Jusqu’à présent, depuis trois cents ans, les rois avaient toujours eu un fils et donc s’était ancré dans les esprits l’idée qu’au royaume de France, le pouvoir ne pouvait être que masculin. Dans la succession présente, en prenant le droit d’aînesse, le trône serait revenu à la fille de ce fils aîné Louis X le Hutin. Diable ! quelle hérésie ! Et pour bien montrer que l’on n’était effectivement pas loin de l’hérésie, ces messieurs les juristes allèrent faire dire aux traditions remontant aux Francs Saliens ce qu’elles ne disaient pas, à savoir que le pouvoir ne pouvait être que masculin : la loi salique était promulguée mais seulement à l’occasion de la succession de Louis X le Hutin et non à celle d’on ne sait quel roi Franc. Le royaume des lis ne doit point tomber en quenouille. Et c’est ainsi que furent préférés les frères puînés du fils défunt, Philippe V le Long (1316-1322), Charles IV le Bel (1322-1328).

22 08 1320                 Réunis en conclave depuis 1314, les cardinaux ont fini par élire, au bout de deux ans, Jean Duèse né à Cahors, auparavant évêque de Porto : il est pape sous le nom de Jean XXII, depuis 1316. Il a décidé de continuer à résider en Avignon où il dote l’Eglise de structures administratives, à l’instar des souverains de l’époque pour leurs états. Il a rassemblé dix experts : théologiens, maîtres d’université, pour répondre à la question : ceux qui se livrent à des maléfices doivent-ils être tenus pour hérétiques ou doivent-ils seulement être jugés comme sortilèges ? Et comment doivent-ils être punis : selon l’une ou l’autre de ces qualifications ? La réponse fera basculer la sorcellerie du camp de simple d’esprit à celui d’hérétique : et rapidement une bulle autorise l’inquisiteur de Carcassonne à châtier les sorcières : de 1330 à 1350, six cents d’entre elles finiront sur les bûchers de Toulouse et Carcassonne.

Complot des lépreux en Languedoc et Aquitaine : facilement reconnaissables par leurs vêtements marqués et le port d’une cliquette, ils furent accusés d’avoir reçu de l’argent des juifs pour empoisonner l’eau des puits et des fontaines, poison constitué de sang humain, d’urine et d’hosties consacrées… nombre d’entre eux finirent sur le bûcher.

Les magistrats de Provins organisent un scrutin pour délibérer sur la nécessité de confier l’administration locale aux agents royaux : 156 votants sur 2701 (dont 350 femmes) souhaitent rester sous le gouvernement des maires et échevins contre 2545 qui désirent n’être plus gouvernés que par le roi seul.

1320                           Une crue de l’Aude rompt la digue que les Romains avaient construite pour dévier ses nombreux bras vers le grau de Vendres, et maintenir le cours principal sur Narbonne : en se créant un nouveau lit, l’Aude trouve une embouchure sur la mer bien loin de Narbonne, dont elle entraîne ainsi la décadence.

1321                           Des pirates croates tentent de s’emparer de l’abbaye cistercienne Santa Maria a mare sur l’île San Nicola, une des îles Tremiti sur l’Adriatique italienne, au large des Pouilles. Les moines ont une solide réputation de valeureux défenseurs de leurs biens et ils ont jusqu’alors toujours eu le dessus sur les assaillants… mais cette fois-ci, les pirates se sont montrés plus malins que d’habitude, déclarant qu’un des leurs, avant de mourir, avait demandé à être enterré chrétiennement : ce qui fût accordé. Le lascar était bien vivant dans son cercueil, accompagné d’un confortable lot d’armes : il en bondit juste avant l’entrée dans l’église.

Il n’y eut aucun survivant et l’abbaye resta sans moines pendant des décennies.

Odoric de Pordenone, missionnaire franciscain, visite Java :

D’en costé ce royaume est une isle qui a nom Fana, qui a bien trois mille milles de tour. Li rois de ceste isle a sept rois tous couronnez. Ceste isle est moult habitée et est la seconde meilleur qui soit en tout le monde. On y treuve les clous de giroffle, les cubebes, nois muscades et plusieurs autres espices qui y croissent et toutes manières de vivres en très grand habondance fors de vin. Le roy de ceste isle demeure en un merveilleux palais et très grant. Les degrez sont tellement fait, que l’un est d’or et l’autre d’argent, et du pavement aussi. Les murs sont couvers de platines d’or. Et sont les parois en ce palais entaillies hommes à cheval tout à or fin… Le grant Caan de Cathay qui est le souverain empereur de tous les Tartres a souvent meu guerre à ce roy cy, et souvent à lui s’est assemblés à bataille ; mais ciltz roys cy a tousjours vaincu et desconfit.

1307-1330                  Le règne de Kankan Moussa marque l’apogée de l’empire mandingue, né au XII° siècle avec Soundiata Keita - le Lion du Mali - : le Mali s’étend de la forêt au Sahel et du Bas Sénégal au Moyen Niger ; ayant soumis, outre les anciens feudataires du Ghana, les Touaregs et les Songhaï. Kankan Moussa développe l’instruction, attire à sa cour des savants et architectes arabes, entretient des relations avec le Maghreb - il y a de l’or en Afrique du nord - et l’Egypte. Son pays est riche de sel, cuivre, fer, or et les provinces paient un tribut.

En 1324, le mansa - roi - part pour La Mecque, avec soixante mille soldats et esclaves chargées d’or, qu’il distribue sans parcimonie aux différentes étapes, la plus importante étant celle du Caire, puis La Mecque et Médine : il fait ainsi connaître son empire au monde. Le voyage durera 18 mois.  Les grandes villes du pays, Oualata, Tombouctou, Gao, Djenné, deviennent des haltes obligées sur les routes transsahariennes. Le dernier mansa du Mali sera défait en 1645. Mais huit ans plus tard, tout cela devait encore présenter de beaux restes puisqu’en 1653, Ramusio, secrétaire des Doges de Venise, s’adressait ainsi à ses pairs en parlant des marchands italiens :

Laissons les aller et faire des affaires avec les rois de Tombouctou et du Mali, et il est certain qu’ils seront bien reçus et bien traités, eux, leurs navires et leurs marchandises. Ils s’y verront accorder tout ce qu’ils désirent.

Aujourd’hui, il nous reste quantité de manuscrits - environ 300 000 -, exhumés dans les années 2000 à Tombouctou, venant confirmer, - c’est encore souvent nécessaire -, que l’Afrique n’a pas connu qu’une tradition orale, mais a bien eu sa tradition écrite.

1323                           Epidémie de peste.

En treize ans d’exercice l’inquisiteur principal de Toulouse a prononcé 40 condamnations au bûcher. Il laisse des conseils :

Si l’on n’obtient rien et si l’inquisiteur et l’évêque croient en toute bonne foi que l’accusé leur cache la vérité, alors, qu’ils le fassent torturer modérément, et sans effusion de sang… Si l’on n’avance pas par ces moyens, on torture l’accusé de la manière traditionnelle, sans chercher de nouveaux supplices… S’il n’avoue pas, on lui montrera les instruments d’un nouveau type de tourment en lui disant qu’il lui faudra les subir tous. Lorsque l’accusé, soumis à toutes les tortures prévues, n’a toujours pas avoué, il part libre.

Bernard Gui, juge de l’Inquisition à Toulouse, de 1310 à 1323

14 06 1325                 Abou Abd Allah Mohammed, qui va devenir Ibn Battuta, marocain sunnite de rite malékite, vient de terminer ses études de droit à Tanger : plein du désir de visiter les illustres sanctuaires, il quitte famille, pays, seul, sans compagnon avec qui il pût vivre familièrement, sans caravane dont il pût faire partie. Pour autant, il n’était certainement pas démuni d’argent et surtout, de relations. L’esprit d’aventure et une insatiable curiosité intellectuelle lui feront dépasser très nettement La Mecque, puisqu’il alla jusqu’en Chine, via la Volga, Samarkand, Goa, Ceylan, les Maldives où, nulle part dans l’univers, il ne trouva de femmes d’un commerce plus agréable, les îles Nicobar, Sumatra ; son aventure dura 24 ans ; il devint probablement le plus grand voyageur du Moyen Age.

1325                           Le chanoine italien Etienne Musique achève l’horloge à carillon de la cathédrale de Beauvais, et à Grenade, les Arabes commencent la construction de l’Alhambra.

Venus des steppes désertiques du nord du Mexique, des Mexicas, se laissent guider par le colibri du sud, - Huitzilopotchli - dieu du Soleil au zénith. Sur un îlot au milieu du lac de Texcoco, ils voient se matérialiser la prédiction annonciatrice de la fin de leur errance : un aigle, sur un cactus, dévore une figue de Barbarie : c’est donc là qu’ils fondent leur capitale : Tenochtitlán. On les nommera dès lors Aztèques, nom d’une tribu des Mexicas. Ils vont créer une chapelet d’îles artificielles constitué de branchages mêlés à de la boue prise sur le fond du lac : ces jardins flottants, les chinampas s’enracineront peu à peu au fond de la lagune, contribuant ainsi à son assèchement partiel. Deux siècles plus tard, des palais et des chaussées auront été construits, mais la plupart des rues sont des canaux. Pour les Aztèques, l’Univers est en état d’instabilité permanente ; pour éviter que le soleil ne disparaisse, il faut lui offrir sa nourriture, l’eau précieuse, qui n’est autre que le sang des hommes. Et, comme ceux-là sont rarement consentants, on les prend parmi les prisonniers ennemis, et s’il n’y en a plus, on fait à nouveau la guerre.

1326                           Nouvelle formulation de la fin des édits royaux : car tel est notre bon plaisir… la formule durera jusqu’à la chute de la monarchie, en août 1792. Premier moulin à papier, près d’Ambert. Le papier tend à remplacer le parchemin.

1326                           Ibn Battuta a quitté son pays depuis plus d’un an pour un pèlerinage à la Mecque. Il s’est marié à Sfax ; un désaccord avec son beau-père lui a fait prendre une autre femme à Tripoli. A Alexandrie, il décrit la colonne des Piliers, dite de Pompée, et ce qu’il reste du phare, qui aura disparu quand il reviendra. De la Mecque, il repart pour l’Irak, l’Iran, le Yemen, la côte est de l’Afrique. Il va passer un an en Asie Mineure, sera en Inde en 1335, où il va passer sept ans à la cour du sultan de Delhi, puis sera juge -  cadi - aux Maldives. Il serait peut-être allé jusqu’à Pékin. Il sera de retour chez lui en 1345. Ayant joui très vite d’une grande notoriété, les divers cadeaux offerts partout où il passait lui auront permis de vivre dans l’aisance.

Il sera envoyé en février 1352 par son sultan vers le Sud, pour reconnaître le pays : le sultan rêvait d’agrandir son royaume de Fès à Gabès. Il prendra la route des caravanes de l’or, du sel[5], du cuivre, des étoffes et des esclaves. Les échanges se font à la limite entre caravanes chamelières du nord et files de porteurs ou pirogues du sud. Vingt cinq jours pour arriver à Teghazza, (aujourd’hui Thrasa), la ville du sel, puis Walata dernière ville du royaume de Mali avant le désert (aujourd’hui au sud-est de la Mauritanie) :

C’est alors que je regrettai de m’être rendu dans le pays des nègres, à cause de leur mauvaise éducation et du peu d’égards qu’ils ont pour les hommes blancs

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Il s’accommode mal de mœurs qui lui paraissent éloignées des prescriptions du Prophète. Les femmes jouissent à Walata d’une liberté qui le choque et de droits qui le bouleversent. Non seulement l’héritage passe par les femmes, ce qu’Ibn Battuta n’a vu nulle part, sinon sur la côte du Malabar, mais les femmes ignorent le voile et conversent avec les hommes. Que le mari ne s’inquiète pas de trouver en rentrant sa femme seule avec un homme, voire avec un étranger, voilà qui laisse éberlué l’ancien pèlerin de La Mecque. Il juge les femmes « sans pudeur », les hommes « veules ».

Jean Favier  Les Grandes Découvertes. Livre de poche Fayard 1991

Le 28 juillet 1352, il est à Mali, (aujourd’hui le village de Niani, à la frontière du Mali et de la Guinée, sur le fleuve Sankarani) ; l’empire du Mali est alors à son apogée. Il y reste sept mois, puis repart, via Gao, traverse le pays Haoussa où les femmes sont les plus belles du monde, et les plus jolies de figure. Elles sont d’un blanc[6] pur, et ont de l’embonpoint. Je n’ai vu dans aucun pays de l’univers de femmes aussi grasses que celles-ci. Takkeda, près d’Agadès, puis l’Aïr et le Hoggar où il fait connaissance des Touaregs : C’est une tribu de Berbères qui portent un voile sur la figure. Il y a peu de bien à en dire. Ce sont des vauriens. En janvier 1354, il est de retour à Fès ; il a parcouru la moitié du globe et conclue : l’Occident est le plus beau pays du monde.

1328                           Des missionnaires atteignent Lhassa :

La ville est moult belle, toutes de blanches pierres et ses rues sont bien pavées.

Anonyme

Etat des paroisses et des feux, des baillis et sénéchaussées de France : c’est le premier recensement… pour, bien sûr, lever des impôts.

Charles IV, troisième fils de Philippe le Bel, meurt sans héritier mâle. Son cousin, le Valois Philippe VI devient roi, mais la couronne de France lui est disputée par Edouard III, roi d’Angleterre et fils de la sœur de Charles IV. Neuf ans plus tard, on se mettra à croiser le fer.

1332                           On a faim à Montpellier, et les pauvres doivent se contenter d’herbe crue pendant tout l’hiver. L’oranger (orange amère) est introduit à Nice.

26 04 1336                 Pétrarque est au sommet du Mont Ventoux, 1912 m., - du provençal venturi : qui se voit de loin -.

Le Ventoux est une montagne divine au-dessus des hommes, sacrée pour ceux qui vivent à ses pieds ou qui la voient de loin.

Paul Peyre      cofondateur des Carnets du Ventoux, vivant à Malaucène

Pour les Provençaux, il est l’emblème de leur terre, et pour les écrivains et poètes, une terre d’inspiration, à la différence de la Sainte Victoire, montagne des peintres.

Bernard Mondon       Le Mont Ventoux. Encyclopédie d’une montagne provençale

Et c’est sans crier gare que le Ventoux fut là. Ce tumulus désertique, ce Sahara suspendu, ce pelé, ce galeux.

Antoine Blondin, en 1973.

La réverbération mange l’oxygène.

Roger Pingeon, qui y fut vainqueur d’une étape du Tour de France

Ventoux du ciel ! Ventoux du Diable !

Jacques Goddet, fondateur de L’Équipe, longtemps directeur du Tour de France

Un dieu du mal

Roland Barthes,        Mythologies

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Aujourd’hui, mû par le seul désir de voir un lieu réputé pour sa hauteur, j’ai fait l’ascension d’un mont, le plus élevé de la région, nommé non sans raison Ventoux… Au début, surpris par cet air étrangement léger et par ce spectacle grandiose, je suis resté comme frappé de stupeur. Je regarde derrière moi : les nuages sont sous mes pieds et je commence à croire à la réalité de l’Athos et de l’Olympe en voyant de mes yeux, sur un mont moins fameux, tout ce que j’ai lu et entendu à son sujet. Je tourne mon regard vers les régions italiennes, où me porte particulièrement mon cœur ; et voici les Alpes immobiles et couronnées de neige(…) lointaines, elles semblent toutes proches. Je le confesse : j’ai pleuré ce ciel d’Italie que voyait mon âme et que cherchaient mes yeux…

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le lundi 20 juillet de l’an 1304, au lever de l’aurore, dans un faubourg d’Arezzo appelé l’Orto, je naquis, en exil, de parents honnêtes, Florentins de naissance et d’une fortune qui touchait à la pauvreté.

Après avoir suivi ses parents à Avignon, Francesco Petracchi [ il latinisera plus tard son nom en Petrarca ] fit ses études tour à tour à Carpentras où il apprit la grammaire et la rhétorique sous le Toscan Convennole, à Montpellier [de 1319 à 1322], à Bologne où il passa trois ans [1323 -1326] à l’école de jurisconsultes qu’il traite lui-même de divins. Au lieu de se livrer à l’étude du droit qui promettait à la sollicitude paternelle une profession lucrative, il lisait en secret Cicéron, Virgile, tous les classiques alors connus, malgré son père qui brûlait ses livres à l’occasion.

J’ai perdu ces sept années plus que je ne les ai vécues. Ce n’est pas que la majesté des lois ne me plût pas ; elle est grande sans aucun doute, et pleine de cette antiquité romaine qui me charme ; mais l’usage en a été corrompu par la perversité humaine. Aussi avais-je de la répugnance à apprendre une science dont je ne voulais pas me servir malhonnêtement, dont je pouvais à peine me servir honnêtement, et avec laquelle, si j’avais voulu être honnête, on eût attribué ma probité à l’ignorance

Après la mort de ses parents il prit l’habit clérical, sans avoir l’intention de s’engager au delà. Cet usage fort suivi depuis de se rendre apte à recueillir tous les bénéfices dont disposaient l’Église, les princes, les seigneurs, était plutôt un engagement littéraire, un mariage avec la science ou avec l’art, qui non seulement excluait l’autre, mais qui multipliait les chances de s’enrichir. Pétrarque en donnait un exemple éclatant qui devait trouver, surtout en Italie, des milliers d’imitateurs. De plus, son école de poésie amoureuse si religieusement suivie durant des siècles permettait aux adeptes de célébrer cette passion très humaine, sans blesser les convenances, de cacher parfois des feux très réels et des aiguillons médiocrement purs sous un voile de platonisme et de mysticité. On ne calomnie pas Pétrarque en disant qu’il a fait lui-même l’aveu de ses faiblesses, en ajoutant qu’il ouvrait à la poésie comme aux écrivains une ample carrière à laquelle Dante n’avait pas songé, et que les imperfections de l’humanité comme les circonstances du temps rendaient fructueuses. Il répond à Boccace qui l’exhortait à lire l’œuvre de son grand devancier, Dante :

Vous lui devez respect et reconnaissance comme au premier flambeau de votre éducation; moi, je ne le vis qu’une fois et de loin dans ma tendre enfance. Il fut banni le même jour que mon père ; mais celui-ci se soumit à sa destinée, et employa tous ses soins à élever son fils. L’autre prit le chemin contraire ; il suivit le sentier qu’il s’était choisi, glorieux, il est vrai, et négligea tout autre objet. S’il vivait aujourd’hui, et si son caractère était semblable au mien, comme l’était son génie, il n’aurait pas d’ami plus intime que moi.

À travers les précautions qu’il prend pour expliquer son indifférence et s’affranchir de toute apparence d’envie, […] à la colère du proscrit il préfère visiblement la résignation philosophique ; sa destinée était de marcher toujours dans les chemins de l’exil, de n’y jamais trouver peut-être le repos, mais de chercher toujours le moyen d’y accommoder sa vie.

Des hommes actuels, la seule vue me blesse gravement ; tandis que les souvenirs, les noms illustres des Anciens me causent une joie profonde, magnifique et si inestimable que si le monde le pouvait savoir, il s’étonnerait de ce que je me plaise tant de converser avec les morts, et si peu avec les vivants.

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Les Anciens, avaient accoutumé de gagner Athènes lorsqu’ils voulaient étudier, du moins jusqu’au jour où Rome, source de la force militaire et de l’empire, le devint aussi des belles lettres. De nos jours, c’est à Paris ou à Bologne qu’on se rend, à Bologne où, tu t’en souviens, nous sommes allés, nous aussi, dans notre jeunesse… Ainsi la vie laborieuse des humains s’impose avec avidité des voyages coûteux et pénibles, elle ne recule devant aucune fatigue pour recueillir quelque partie d’une Philosophie gonflée de vent ou bien l’insidieux bavardage du Droit ; à puiser chacune de ces connaissances, elle épuise la totalité de sa jeunesse, car elle ne réserve pas un instant à de plus dignes soins…

Car je ne voudrais pas que tu la prisses pour la Philosophie véritable, cette philosophie qu’en une seule ville, professent mille personnes ; le bien n’est pas si commun que le croit la multitude. Cette philosophie qui est, sous nos yeux, prostituée au vulgaire, que veut-elle ? Que, jusqu’à l’anxieuse sollicitude, se préoccupent de questionnettes et de querelles de mots, des gens dont l’ignorance est, en général, non moins assurée et, peut-être, plus assurée que la science. On laisse la vérité tomber dans l’oubli, on néglige les bonnes mœurs, on méprise les objets mêmes de cette noble philosophie que nul ne trouve en défaut ; on ne prête attention qu’à des mots vides.

[…] Il disent qu’Aristote avait accoutumé de discuter de la sorte… Mais ils se trompent. Aristote, homme d’un génie ardent, traitait des sujets les plus élevés, tantôt par la discussion orale, tantôt dans ses écrits… Pourquoi donc ces gens-là s’écartent-ils si complètement de la voie suivie par leur chef ? Quel plaisir éprouvent-ils à se dire Aristotéliciens ? Comment ce titre ne leur fait-il point de honte ? Rien de moins semblable à ce grand philosophe qu’un homme qui n’écrit rien, qui comprend peu, qui crie beaucoup et sans utilité.

Mon ami, je ne te dirai que ce seul mot : Si tu poursuis la vérité et la vertu, évite les gens de cette espèce.

Lettre à son frère

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Des plus beaux yeux et du plus cleir visage
Qui onques fut, et des plus beaux cheveux longs,
Qui faisaient l’or et le soleil moins blons
Du plus doux ris, et du plus doux langage,

Des bras et mains, qui eussent en servage,
Sans se bouger, mené les plus félons,
De celle qui du chef iusqu’aux talons
Sembloit divin plus qu’humain personnage,

Ie prenois vie. Or d’elle se consolent
Le Roy celeste et ses courriers qui volent,
Me laissant nud, aveugle en ce bas estre,

Un seul confort attendant à mon deuil,
C’est que là-haut, elle, qui sçait mon vueil,
M’impetrera qu’avec elle puisse estre.

Clément Marot.    Sonnet de Pétrarque sur la mort de sa Dame Laure.

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Si j’avais pensé qu’on eût attaché tant de prix à l’accent de mes soupirs en rimes, j’aurais fait celles-ci, dès l’origine même de mes soupirs, plus considérables par le nombre, plus rares par le style. Maintenant qu’Elle [Laure de Noves, emportée par la peste en 1347] est morte, celle qui me faisait parler, celle qui de mes pensées occupait la cime, je n’ai plus la force, je n’ai plus cette lime si douce, pour rendre suaves et brillantes des rimes âpres et sombres. Certes toute mon étude dans ce temps était de soulager en quelque façon mon cœur douloureux, non d’acquérir de la renommée.

Je ne voulais que pleurer, non me faire honneur de mes pleurs. Aujourd’hui je voudrais bien plaire, mais silencieux, fatigué, cette dame altière m’invite à la suivre.

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Siècle fécond, jeune, sensible, dont l’admiration remuait les entrailles ; siècle qui obéissait à la lyre d’un grand poète, comme à la loi d’un législateur. C’est à Pétrarque que nous devons le retour du souverain pontife au Vatican, c’est sa voix qui a fait naître Raphaël et sortir de terre le dôme de Michel-Ange.

François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, 2° partie, livre 14, châpitre 2 Voyage dans le midi de la France, 1802



[1] Nommé encore Unterwalden.

[2] la rémission des peines de l’Au-delà.

[3] Lui-même avait été victime dès 1302 d’une mesure de bannissement de Florence, où il était élu au priorat : dans le long combat entre guelfes et gibelins, né d’une banale querelle entre deux lignages rivaux, il avait fini par être du coté des vaincus. Il animait le parti des guelfes blancs, partisans italiens des papes contre les empereurs germaniques, mais, dans le même temps, il s’opposait à la volonté théocratique du pape, lequel cherchait à ce que son autorité spirituelle devienne temporelle. Les gibelins d’Italie regroupaient les partisans des empereurs allemands contre les papes.

[4] Elle aussi avait pour cela quelques raisons : son Edouard II s’était révélé être bisexuel et entretenait un très dispendieux amant : Hugh le Despenser. Aidé de son amant Roger de Mortimer, elle fait assassiner le roi, devient régente, mais son fils Edouard III lui fera passer plus d’un quart de siècle en prison.

[5] Fernand Braudel , dans La Méditerranée au temps de Philippe II, donne la valeur du sel à cette époque : « on raconte que le sel s’échange au Mali à égalité de poids avec l’or, en 1450. » [ p 426] Prudent il dit : on raconte, néanmoins , il rapporte tout de même l’information, ce qu’il n’aurait pas fait s’il l’avait jugée parfaitement fantaisiste.

[6] Ibn Battuta n’est plus là pour nous dire ce qu’il entend par « blanc », car cela mériterait tout de même quelques explications !   Quant à l’embonpoint, l’estime que l’on avait alors pour lui était commun aux Blancs chrétiens et aux Arabes musulmans et ce n’est qu’une graphie récente qui en fait un terme à consonance péjorative, - ainsi vont les modes -, puisqu’au XVI ° siècle encore, des formes arrondies étaient dites « en bon point », c’est-à-dire propres à aiguiser l’appétit … à telle enseigne que l’on s’était mis à fabriquer des faux culs, alors nommé embourrement ou hausse cul : le dialogue entre une maîtresse et sa servante en fait foi :

-              Janneton, apporte-moi mon cul, s’il te plaît !

La pauvre Janneton revient bredouille, navrée :

-              On ne trouve point le cul de Madame, le cul de Madame est perdu !

Il en est pour nous expliquer que la mode mettrait au pinacle ce qui nous manque : quand on a faim, les signes d’abondance sont à la mode, quand on mange trop, c’est le contraire : on exalte la minceur. Et il est vrai que l’Afrique qui a faim, noire comme arabe, continue à avoir en grande estime les femmes plantureuses.

 


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