1163 à 1244. Les croisades se font conquêtes. Les Cathares
Publié par (l.peltier) le 1 avril 2008 En savoir plus

1163                            Début de la reconstruction de Notre Dame de Paris, qui sera achevée en 1245. 

http://renaud91.free.fr/Photos/paris/NotreDame/index_000.html  

Mort d’Héloïse, qui resta jusqu’à la fin la bien-aimée du philosophe Abélard ; ils ont eu un enfant, Astrolabe, mais cela ne convenait pas aux parents d’Héloïse, (l’enfant lui-même, pas le prénom) qui ont fait châtrer Abélard. Ils terminèrent leur vie chacun de leur coté, à la tête d’une abbaye.

Tu sais, mon bien-aimé, et tout le monde le sait qu’en te perdant, j’ai tout perdu, lui écrivait-elle de son abbaye du Paraclet.

Selon la chronique de Tours, lorsqu’elle fut portée dans le tombeau que l’on venait d’ouvrir, Abélard, qui était mort bien des jours avant elle, étendit les bras pour la recevoir.

29 12 1165                 L’empereur germanique Frédéric I° et son chancelier Rainald de Dassel prononcent la canonisation de Charlemagne : le geste, grandement symbolique, vise à placer l’empire sous la protection du souverain qu’une puissante légende présente comme l’empereur idéal. En deçà de Charlemagne, c’est à une continuité avec l’empire romain que regarde Frédéric I°.

1166                           Dans une chapelle construite sur un rocher, un villageois trouve les reliques de Saint Amadour, qui va devenir un haut lieu de pèlerinage. : Rocamadour.

Irréelle splendeur au détour de la côte, mirage brun et mauve, Rocamadour la haute surgit, escaladant de son farouche élan le sauvage canyon qui la porte.

Victor Hugo

vers 1170                    Construction du dernier chef d’œuvre de l’architecture romane à Saint Gilles du Gard, grande église de pèlerinage avec un déambulatoire pour le moins aussi vaste que celui de Vezelay. Saint Gilles, c’était alors le port le plus oriental du Royaume de France [puisque la Provence n’était pas encore française], d’où l’on s’embarquait pour Rome et Jérusalem. Le culte de Saint Gilles donna lieu à un pèlerinage qui se développa beaucoup depuis qu’en 1096, Raymond IV, chef de la croisade, y fut guéri. Avec Rome, Jérusalem et Compostelle, Saint Gilles était l’un des quatre grand pèlerinages de la Chrétienté.

Les grands mouvements de pèlerinage et les premières croisades ravivent cette connaissance de l’Orient en supprimant les intermédiaires tels que Venise et même Byzance. Le clocher carré, si caractéristique de nos églises romanes et gothiques, vient directement de la Syrie, où les basiliques chrétiennes s’en accompagnent dès le IV° siècle. Les maîtres d’œuvre de notre XII° siècle n’hésitent pas à s’inspirer des grands exemples fournis par les hauts lieux de pèlerinage. Ils multiplient ainsi en Occident les églises sur le plan central et les rotondes à l’instar de Constantinople et surtout de Jérusalem. Et ils facilitent la vie conventuelle des chanoines et des moines par le moyen de ces déambulatoires inventés en Egypte pour que le défilé des uns ne trouble pas la prière des autres.

L’art roman ne doit pas moins aux grands reliefs de la Perse et de la Mésopotamie anciennes, dont les églises arméniennes des premiers siècles chrétiens offrent des exemples renouvelés. L’Occident découvre ici l’originalité des vastes compositions sculptées.

Plus que des frises du Parthénon ou de la colonne Trajane, c’est des reliefs monumentaux des lions, des taureaux ailés et des archers de Suse ou de Khorsabad que procède, bien indirectement, la première statuaire de nos églises romanes.

Jean Favier    Les Grandes découvertes. Livre de poche Fayard 1991

1175                           Première mention du mot Noël, dans sa forme actuelle, sous la plume de Chrétien de Troyes.

29 05 1176                 Le pape Alexandre III et la ligue lombarde remportent une victoire sur Frédéric Barberousse, à Legnano.

1177                           L’ordre de Cîteaux reçoit des informations alarmantes sur la propagation de la doctrine des Cathares :

Elle a pénétré partout, elle a jeté la discorde dans toutes les familles, divisant le mari et la femme, le fils et le père, la belle-fille et la belle-mère. Les prêtres eux-mêmes cèdent à la contagion. Les églises sont désertes et tombent en ruine. Pour moi, je fais tout le possible pour arrêter un pareil fléau, mais je sens mes forces au-dessous de cette tâche. Les personnages les plus importants de ma terre se sont laissés corrompre. La foule a suivi leur exemple et abandonné la foi, ce qui fait que je n’ose ni ne puis réprimer le mal.

Raymond V, comte de Toulouse.        Lettre au Chapître de Cîteaux.

1180                           Né vers 1140, Pierre Valdo, riche bourgeois lyonnais qui avait donné tous ses biens à la suite de la mort d’un ami, se met à prêcher dans les rues, sans grandes connaissances théologiques :

Nous avons renoncé au siècle, nous avons donné nos biens aux pauvres selon le conseil du Seigneur et décidé d’être pauvres, en sorte que nous ne préoccupons pas d’avoir souci du lendemain et ne recevons de qui que ce soit or, argent, ni rien de tel sauf la nourriture et le vêtement quotidiens. Nous avons le ferme propos de garder les conseils évangéliques comme s’ils étaient des préceptes

Cela fût vite insupportable à la hiérarchie de l’Eglise : elle pouvait - difficilement certes - mais tout de même accepter un François d’Assise, pauvre mais obéissant, mais pas un pauvre qui n’obéit pas et qui continue à prêcher quand on le lui a interdit : il fût condamné au Concile de Vérone en 1184. Si la pauvreté faisait à ce point recette chez les contestataires, c’est bien qu’on ne la rencontrait plus guère dans l’Eglise institutionnelle. Les Vaudois se dispersèrent alors dans le sud de la France et le Nord de l’Italie. Valdo mourût vers 1205.  Désireux d’avoir un accès direct à l’écriture, il s’était entendu avec le grammairien Etienne d’Anse et le copiste Bernard Ydros pour traduire les livres saints :

Ce Valdès entendant les Evangiles, alors qu’il n’était guère lettré, dans le désir de comprendre ce qu’ils disaient, passa un accord avec les prêtres susdits, l’un traduirait en langue vulgaire et l’autre écrirait ce qu’on lui dicterait, ce qu’ils firent ; de même beaucoup de livres de la Bible et beaucoup de passages de saints auteurs rassemblés par thèmes qu’ils appelaient sentences.

Etienne de Bourbon, dominicain inquisiteur à Lyon

Le pape Alexandre III n’a pas d’a priori contre les traductions, signe d’un désir de mieux comprendre les Evangiles, encore faut-il que les traducteurs soient « sérieux » : ainsi il envoya à Metz où se trouvait une communauté de Pauvres de Lyon une mission inquisitoriale d’abbés cisterciens, qui brûlèrent finalement les livres litigieux.

Philippe Auguste épouse Isabelle de Hainaut. Conon de Béthune, poète et seigneur parent de la maison de Flandres, chante ses œuvres. Adèle, mère de Philippe et la comtesse Marie de Champagne, protectrice des poètes, vont lui reprocher les mos d’Artois qu’il emploie : Conon n’apprécie guère le reproche et le dit. Le français, tout comme la France, ne se sont pas faits en un jour :

La roine n’a pas fait ke cortoise,
Ki me reprist, ele et ses fieux, li rois,
Encor ne soit ma parole françoise ;
Ne chil ne sont bien apris ne cortois,
Si la puet on bien entendre en françois,
S’il m’ont repris se j’ai dit mos d’Artois,
Car je ne fui pas norris à Pontoise

La reine ne s’est pas montrée courtoise,
Lorsq’ils m’ont fait des reproches, elle et le roi, son fils,
Certes, mon langage n’est pas celui de France,
Mais on peut l’entendre en bon français.
Ils sont malappris et discourtois
Ceux qui ont blâmlé mes mots d’Artois,
car je n’ai pas été élevé à Pontoise.

Les rois khmers et surtout Jayavarman VII, restaurent les sanctuaires de leur capitale d’Angkor, construite dans les années 890, actuellement au Cambodge : Angkor Thom, Bayon, Banteay, Ch’mar, Vat Nokor, Ta Prohm : le culte qui y était célébré concernait pour une petite part les grandes figures du panthéon indien, mais pour la plupart les rois, princes et grands dignitaires sous les traits du dieu en qui ils ont été ou seront absorbés à l’issue de leur existence terrestre : il s’agissait bien d’un culte personnel. Mais la décadence viendra - les recherches les plus récentes parlent d’une catastrophe environnementale -: la pression démographique entraînera la déforestation qui provoquera le comblement des canaux par les sédiments, et l’incapacité des habitants à assumer cette surcharge de travaux indispensables ; la jungle envahira tout, lentement mais sûrement et, en 1431, sous les coups des thaïs du Siam, les Khmers battront en retraite dans le centre du Cambodge ; Angkor sera alors abandonné.

Il y a une tour d’or au sommet de laquelle couche le roi. Tous les indigènes prétendent que dans la tour, il y a un génie qui est un serpent à neuf têtes, maître du sol de tout le royaume. Il apparaît toutes les nuits sous la forme d’une femme. C’est avec lui que le souverain couche d’abord et s’unit.

Tcheou Ta-kouan, parlant du palais royal proche d’Angkor Thom. Mémoires sur les coutumes du Cambodge, de Tchéou Ta-kouan, traduit par Paul Pelliot.

http://www.ngm.nationalgeographic.com/2009/07/angkor/angkor-animation   

Les Chinois construisent déjà d’importants navires :

Les bateaux qui naviguent dans la mer du Sud et au-delà sont comme des maisons. Quand les voiles sont déployées, elles ressemblent à des nuages dans le ciel. Les gouvernails ont plusieurs dizaines de pieds de longueur. Un seul bateau porte plusieurs centaines d’hommes. A bord est emmagasiné du grain suffisant pour un an.

Texte chinois de 1178.

04 1182                      Expulsion des Juifs du royaume de France et confiscation de leurs biens au profit du Trésor royal : ce n’est qu’en 1198 qu’ils pourront rentrer moyennant de fortes taxes : ils s’installeront alors rive droite de la Seine, dans la Juiverie Saint Bon. Lorsque le pape Innocent III fera son entrée solennelle à Saint Denis, les Juifs lui offriront une rouelle, pièce de drap jaune en forme de roue qui était déjà leur signe distinctif, ce dernier les remerciera ainsi :

Que le Dieu tout puissant ôte le bandeau de vos yeux.

Persécutés en Allemagne comme en France, beaucoup d’entre eux trouveront refuge en Pologne, terre d’asile de par la tolérance des rois Casimir : ainsi se constituera la communauté ashkénaze qui créera une nouvelle langue, le yiddish, à partir d’allemand médiéval et de mots hébreux.

1183                           Ibn Djubayr, musulman d’Espagne, traverse les Etats Chrétiens pour se rendre à la Mecque :

Les chrétiens font payer aux musulmans, sur leur territoire, une taxe qui est appliquée en toute bonne foi. Les marchands chrétiens, à leur tour, paient en territoire musulman sur leurs marchandises ; l’entente est entre eux parfaite et l’équité est observée en toute circonstance.

1185                           Le croisé Berthold de Calabre, fonde un ordre de type érémitique sur le Mont Carmel, près de la grotte du prophète Elie, aujourd’hui près de Haïfa.

1186                              Pavage des principales rues de Paris.

1187                             Achèvement du pont Saint Benezet - Benoît en langue d’oïl - à Avignon, le premier à franchir le Rhône : il a été commencé en 1177. La partie ouest, aujourd’hui disparue, fait un angle de 30° avec la partie encore existante.

Salah al-Din Yusuf, francisé en Saladin, sultan kurde d’Egypte, remporte une victoire sur les Francs à Hattin : les musulmans retrouvent alors Jérusalem ; ce sont plus de cinquante forteresses franques qui tombent aux mains des Sarrasins en l’espace d’un an, trois cents templiers décapités : les Etats latins sont réduits à une peau de chagrin : Tyr, Antioche Tripoli, Tortose, le krak des Chevaliers.  L’ordre des Hospitaliers se réfugie à Acre. On marchait pour passer la bride à Jérusalem devenue rebelle ; pour y faire taire le bruit des cloches chrétiennes et retentir l’appel islamique à la prière, pour que les mains de la foi en chassent celles des Infidèles, pour la purifier des salissures de leur race, des ordures de cette humanité inférieure, pour réduire leur esprit au silence en rendant muets leurs clochers.

Imad ad-Din, secrétaire de Saladin

Néanmoins, Saladin s’opposera à la destruction du Saint Sépulcre. La troisième croisade se mit en route, de 1189 à 1192, menée par Frédéric Barberousse, Léopold, duc d’Autriche, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion. Les lyonnais viennent de construire un pont en bois sur le Rhône : il ne résiste pas au passage de leur armée et s’écroule. Richard Cœur de Lion, à la tête de cent mille hommes parvint à reprendre Acre, où il entre aux cotés de Léopold. Jugeant sa bannière trop arrogante, il la fait jeter dans les douves. Léopold, mortifié, rentrera chez lui, mais n’oubliera pas. Richard ne parviendra pas à reprendre Jérusalem sous les murs de laquelle, malade, il se voit offrir par Saladin des sorbets à la neige du Liban !  Frédéric Barberousse se noie le 10 juin 1190 dans le Sélef.

Si Allah n’avait daigné montrer sa bonté aux musulmans en faisant périr le roi des Allemands à l’instant où il allait pénétrer en Syrie, on écrirait aujourd’hui : la Syrie et l’Egypte ont jadis appartenu à l’Islam.

Ibn al-Athir

Pendant le siège d’Acre, les croisés venus de Lübeck et de Brême fondent la maison de l’Hôpital des Allemands de Sainte Marie de Jérusalem, qui va devenir militaire 7 ans plus tard, prenant le nom de Chevaliers Teutoniques, dont la règle sera calquée sur celle des Templiers.

13 07 1191                 Le comte de Flandre a été tué lors de la prise de Saint Jean d’Acre : Philippe Auguste prend prétexte des nécessités qu’il y a à régler sa succession pour rentrer en son royaume de France. Seul reste en Orient Richard Cœur de Lion, qui se couvre de gloire, capable de telles prouesses qu’autour de lui, des deux cotés comme devant et derrière, il y avait une traînée de sarrasins tués et que les survivants, à sa vue, s’écartaient largement pour lui faire place. 

Il y a même surenchère dans la chronique : Il revenait du combat tout hérissé de flèches comme une pelote garnie d’épingles.

20 08 1191                   Richard Cœur de Lion fait rassembler devant Saint Jean d’Acre trois mille prisonniers et ordonne leur exécution : Egorgez toute cette chiennaille.

1191                                 Sur le versant nord de la vallée de la Romanche, à l’est de Chamrousse, un glissement de terre parti de la montagne de Vaudaine vient conforter une vieille moraine glaciaire, constituant ainsi un barrage qui crée un lac de dix mètres de profondeur.

Richard Cœur de Lion prend Chypre au basileus Comnène et la donne à Guy de Lusignan. Puis il rentre en Angleterre pour réparer les erreurs du prince Jean, mais il le fait sous un déguisement, car il est loin de n’avoir que des amis, même parmi les chrétiens. A Corfou, il embarque sur un bateau pirate que les tempêtes d’équinoxe emmènent se fracasser sur la côte nord de l’Adriatique. On le reconnaît à Vienne et Léopold le met en prison. Blondel, son ménestrel et compagnon de chant le retrouvera en chantant le premier vers d’une chanson partout où il pouvait être susceptible d’être enfermé : ce sera chose faite lorsqu’il entendra Richard reprendre le deuxième vers. Il sera remis au fils de Barberousse, Henri VI de Hohenstaufen, puis libéré contre une rançon tellement énorme qu’elle ne pourra être payée comptant, mais le solde ne sera jamais intégralement versé.

14 09 1192                 Accord des Croisés avec Saladin, à la tête des musulmans : les positions sont figées, Saladin gardant Jérusalem.

1192                           Philippe Auguste ordonne le massacre des juifs de Brie Comte Robert.

3 07 1194                   Philippe Auguste est défait à Fréteval par Richard Cœur de Lion.

19 01 1195                 Et en Espagne,

Cuenca a été prise en 1177 avec l’aide du roi d’Aragon ; plusieurs raids ont été lancés contre l’Andalousie, et le roi de Castille s’est même avancé en 1194 jusqu’à Algésiras, d’où il lance un défi à l’empereur almohade Yacoub ben Youssouf. La réponse ne se fit pas attendre : l’année suivante une puissante armée débarquait à Algésiras et remontait vers le nord. Alphonse VIII eut le tort de l’affronter sans attendre les renforts qu’il avait demandés aux autres princes chrétiens, et subit une terrible défaite dans laquelle les chevaliers de Calatrava furent particulièrement éprouvés.

Marcelin Defourneaux         La Péninsule ibérique   1986

1195                           Les pêcheurs à la ligne chinois ont une canne munie d’un moulinet. De la fin du XII° à la fin du XIII° siècle, plusieurs témoignages font état d’une réchauffement climatique notable :

Eté à la place de l’hiver                                            Un chroniqueur à Cologne en 1187

Encore à Cologne, le théologien Albert le Grand mentionne des récoltes de figues.

Aucun indice d’hiver   Un chroniqueur à Liège en 1206

Les raisins sont mûrs à Limoges le 30 juin1282. Le blé fleurit à la mi-mars à Colmar en 1283. En janvier 1290, on trouve des violettes dans les champs en Autriche et on récolte des fraises en Alsace. Ces températures particulièrement clémentes n’excluent pas de bons coups de froid : la Seine et la Loire gèlent en 1218, une armée allemande franchit la Baltique gelée en 1227, la mer gèle à Venise en 1234.

A Chartres, la cathédrale romane de Fulbert datant du XI° siècle, a connu un incendie en 1134, qui a détruit la façade ; un second en 1194, qui la ravage presque en totalité : la reconstruction va être rapide : ce sera chose faite en 1260.

C’est la gerbe de blé qui ne périra point, dira Péguy en parlant de la flèche.

Ce fut une migration ininterrompue, un exode spontané de peuple. Toutes les routes étaient encombrées de pèlerins, traînant, hommes, femmes, pêle-mêle, des arbres entiers, charriant des faisceaux de poutres, poussant de gémissantes carrioles de malades et d’infirmes qui constituaient la phalange sacrée, les vétérans de la souffrance, les légionnaires invincibles de la douleur, ceux qui devaient aider au blocus de la Jérusalem céleste, en formant l’arrière-garde, en soutenant, avec le renfort de leurs prières, les assaillants.

Rien, ni les fondrières, ni les marécages, ni les forêts sans chemin, ni les rivières sans gués, ne purent enrayer l’impulsion de ces foules en marche, et, un matin, par tous les points de l’horizon, elles débouchèrent en vue de Chartres. (…)

Tous consentirent à n’être que des manœuvres, que des machines, que des reins et des bras, à s’employer sans murmurer, sous les ordres des architectes sortis de leurs couvents pour mener l’œuvre.

J. K. Huysmans         La Cathédrale 1898

Le verbe ne manque pas de puissance et d’allure, … néanmoins il fallait bien vivre et ce ne pouvait être, ici pas plus qu’ailleurs, d’amour et d’eau fraîche. Comment se faisait donc le financement de ces monuments, dont la construction durait au mieux 50 ans ?

Il y avait la part des fidèles et la part des clercs. Les premiers sont sollicités par la concession d’indulgences ; mais si les bulles pontificales accordant des indulgences sont aussi nombreuses, c’est probablement que le rendement de chacune était plutôt faible. Il y avait aussi les dons venant de riches marchands ou même des rois.

Mais, dans l’ensemble, l’essentiel du financement venait des évêques et des chanoines, tous d’origine aristocratique. Pour Notre Dame de Paris, Maurice de Sully était autant un mécène qu’un initiateur de projet. En 1215, Guillaume de Seignelay, évêque d’Auxerre, prélève sept cent livres de sa fortune personnelle pour la reconstruction de la cathédrale, ce qui assure une année de travaux. A Chartres, le clergé donne trois ans de ses revenus.

Pour assurer la continuité de gestion de ces grandes entreprises, les premières années du XIII° siècle virent se mettre en place une institution nouvelle, promise à un bel avenir : la fabrique, que l’on appelle parfois également l’« œuvre de la cathédrale ». Celle-ci jouit d’une personnalité juridique, qui lui permet de recevoir les dons et legs, de posséder un patrimoine, et de financer le chantier dont elle devient le maître d’œuvre.

Ce sont sans doute les chanoines qui sont à l’origine de cette innovation. Ils administrent le trésor et tiennent à ce titre une place essentielle dans la gestion au quotidien du chantier. Ils s’entourent aussi d’une véritable administration : trésoriers, procurateurs, intendants, forment les cadres de ce qui devient, par sa puissance financière et le nombre de ses effectifs, la principale entreprise de l’économie urbaine.

C’est en entrant dans l’administration de la fabrique que certains laïcs parviennent à jouer un rôle dans la construction des cathédrales. Ainsi à Strasbourg : l’œuvre de Notre Dame, qui apparaît en 1246, est dirigée conjointement par un laïc et un chanoine ; en 1263, un accord entre l’évêque et la ville engage un processus de municipalisation de la fabrique, qui retire peu à peu à l’évêque et à son entourage la gestion de sa cathédrale.

L’exemple est célèbre ; il ne doit pas faire oublier que, dans la France capétienne, le chapitre parvient malgré tout à défendre ses prérogatives. Parce qu’il appartient à l’espace germanique où les gouvernements urbains assument un rôle politique majeur, l’œuvre de Strasbourg s’apparente plutôt aux fabriques italiennes, elles aussi intégrées dans les rouages du pouvoir municipal. Le cas le plus spectaculaire est la cathédrale San Petronio de Bologne, qui s’identifie à ce point à la cité qu’elle arbore fièrement les couleurs rouge et blanc de son blason. Financé par les élites, San Petronio est un « temple civique » qui échappe totalement à son évêque : celui-ci n’apparaît dans les comptes de la fabrique qu’en tant qu’employé municipal, payé pour dire la messe au même titre que les maçons ou les tailleurs de pierre. Si l’institution urbaine investit de la sorte les fabriques, c’est aussi parce qu’elles constituent un formidable levier d’intervention économique et un mode de contrôle social. D’abord, il faut gérer l’approvisionnement en matériaux. La fabrique contrôle donc les carrières, qui deviennent, de ce fait, des chantiers satellites de celui de la cathédrale, et étendent son autorité territoriale. Mais le chantier d’une cathédrale, c’est aussi la gestion d’une masse considérable de main d’œuvre et un évènement décisif dans le remaniement foncier du cœur des villes. C’est enfin parfois, l’ouverture de lieux d’assistance pour les pauvres : les fabriques deviennent donc les acteurs de premier plan de la vie urbaine.

Ces puissantes institutions financières frappent aujourd’hui encore par la rationalité de leur comptabilité et de leur gestion. Si les historiens peuvent analyser avec précision l’organisation des chantiers de cathédrales, c’est parce que les fabriques ont conservé d’impressionnantes séries de registres et de livres de comptes.

Jean-Louis Biget, Patrick Boucheron.        L’Histoire Décembre 2000.

http://renaud91.free.fr/Photos/chartres/index_000.html            

1197                           Richard Cœur de Lion construit Château Gaillard pour barrer la route de la Seine à Philippe Auguste, mais ce dernier s’en emparera en 1204.

8 01 1198                   Rome se donne un pape d’envergure.

Une élection extraordinairement rapide et unanime donne un successeur au pape Célestin III, mort le jour même : à un vieillard plus que nonagénaire, elle substitue un homme de trente-sept ans, qui va prendre le nom d’Innocent III. Il a fait de fortes études de théologie et de droit aux Universités de Paris et de Bologne : c’était exactement, les ordres mis à part, le chevalier chef militaire et juriste que les communes commençaient à choisir parmi les anciens étudiants nobles de Bologne ou de Padoue pour lui remettre le soin de leur assainissement politique à titre de podestat, et qui deviendra bientôt le « seigneur ». Et ce n’est pas seulement le pape et le canoniste féru de la primauté romaine. Son pontificat est considéré comme l’un des épisodes principaux de l’accession du Saint Siège à l’autorité suprême.

C’est le chef né qui s’exprime dans sa proclamation d’avènement :

« C’est à moi que s’applique la parole du prophète : Je t’ai établi au-dessus des peuples et des royaumes, pour que tu arraches et que tu détruises et aussi pour que tu bâtisses et que tu plantes. …/… J’ai reçu de Rome la mitre, signe de ma fonction religieuse, et la tiare qui me confère la domination terrestre ».

On ne peut pas dire que, chez lui, l’homme s’efface devant le ministère.

Innocent III profita de l’affaiblissement momentané de l’empire germanique pour mener sur tous les plans une politique aussi personnelle que grandiose.

D’abord pour être maître dans une Rome où l’influence impériale avait constamment appuyé les adversaires du pape. La Ville Éternelle était, au politique, soumise à deux magistratures concurrentes : celle du préfet, représentant de l’Empire, celle du sénateur ou des sénateurs, organe exécutif de la Commune. N’ayant plus d’empereur à représenter, le préfet s’empressa de faire hommage au pontife, qui l’investit de sa charge à titre de fief de l’Église. Le sénateur appartenait, semble-t-il, à la famille maternelle du nouveau pape : il démissionna, et Innocent III fit nommer un sénateur pontifical, qui lui prêta également serment. La commune romaine n’en restait pas moins autonome, avec ses finances, son armée, ses localités sujettes, ses alliances. A plusieurs reprises les guerres entre Rome et les régions avoisinantes, sur lesquelles Innocent rétablissait le pouvoir du Saint Siège, les querelles des familles patriciennes et les agitations du peuple vinrent contrecarrer l’emprise du pontife, qui dut même, au printemps 1203, se réfugier pour toute une année à Anagni, avant de parvenir à faire accepter par la commune, en 1205, une constitution à peu près définitive, qui mettait la nomination du sénateur entre les mains du pape.

Seigneur du monde chrétien, Innocent III était aussi seigneur de l’Église. Les papes ne l’étaient guère jusque là qu’en droit, limités qu’ils étaient par les évêques et les conciles. En ce qui concerne les premiers, le concile du Latran déclara que « l’Église Romaine possède sur toutes les autres Eglises le principat d’un pouvoir ordinaire comme mère et maîtresse de tous les fidèles du Christ ». Les prédécesseurs d’Innocent avaient travaillé à donner à leurs conseillers, les cardinaux, la prééminence sur les évêques, et saint Bernard écrivait, une cinquantaine d’années auparavant, dans un traité destiné à son ancien élève le pape Eugène III : « Il est tout à fait ridicule que vos ministres, vos serviteurs, s’efforcent à prendre le pas sur leurs égaux dans le sacerdoce. La raison ne peut le souffrir ». La chose n’était plus guère discutée sous Innocent III, et celui-ci donna une grande importance aux cardinaux ses intimes en les réunissant fréquemment en consistoire. Par contre, ont complètement disparu les « conciles romains » réunis à Pâques (et parfois à l’automne) : composés du clergé de Rome, des évêques de la région, d’autres évêques italiens et de leurs confrères étrangers de passage, ils avaient longtemps constitué l’organe de direction de l’Église. Subsistaient, comme expression de la chrétienté universelle, les conciles œcuméniques, et Innocent III en convoqua un, le IV° du Latran (1215). Mais ce fut en usant de modalités bien significatives : les archevêques et les évêques ne furent pas seuls convoqués, mais aussi les abbés et les chapitres, ce qui devait constituer une assemblée hétérogène où l’épiscopat ferait difficilement corps ; les matières à traiter au concile devaient être préalablement le sujet de mémoires ; enfin, les sessions plénières se réduisirent à trois, le travail effectif étant fait en commissions spécialisées, avec toutes les facilités que le pape pouvait avoir ainsi de triompher d’une opposition éventuelle en gagnant les Pères groupe par groupe. Nulle opposition, d’ailleurs, ne se manifesta et le concile du Latran - où Innocent III acheva de régler toutes les grandes questions pendantes, prit des dispositions pour la Croisade et promulgua une paix de quatre ans entre les États chrétiens - fut le triomphe de sa vie et l’une des plus grandes heures de la papauté.

… « Merveilleux et sublime est le spectacle d’un homme qui, avec une majesté tranquille, guide vraiment le monde, ne serait-ce qu’un instant, suivant sa volonté… Innocent III est la plus faste constellation où l’Église soit jamais entrée au cours de son histoire. » Cet enthousiasme d’un protestant allemand, le grand historien de la Rome médiévale Gregorovius, dit assez ce que put être l’exaltation des Italiens du temps. Leur compatriote, le fils du comte de Segni, leur avait montré à quoi pouvait atteindre l’homme.

Emile G Léonard.         L’Italie médiévale         1986

1198                           En Espagne, les Almohades, berbères venus du Maroc depuis 1172, qui ont supplanté les Almoravides, écrasent les chrétiens à Alarcos.

Mort à Marrakech du philosophe musulman Ibn Rushd, connu en Occident sous le nom d’Averroès, né à Cordoue en 1126 . Il discute avec le roi Yaqoub Al Mansur des caractères propres de Cordoue, la cité du livre et Séville, celle de la musique :

Je ne comprends pas ce que tu dis, mais il se trouve que si un sage meurt à Séville et que l’on veuille vendre ses livres, ceux-ci sont emportés à Cordoue, et que si l’on, veur se débarasser de ses instruments de musique, on les emporte à Séville. Cordoue est dans le monde entier, la ville qui a le plus de livres.

200 ans plus tôt, le roi Al Akham II avait fait construire une bibliothèque contenant plus de 250 000 livres ! Averroès avait occupé différentes fonctions à la cour du gouverneur de Ceuta et Tanger, puis celle de juge à Séville ; il était ensuite revenu à Cordoue pour être finalement banni à Lucena.

L’on chargea le cadavre sur une bête de somme, l’autre coté du bât étant équilibré par ses écrits.

Ibn Arabî.

Il avait assimilé l’aristotélisme grec en commentant son œuvre à partir de traductions réalisées par d’autres puisque lui-même ne parlait pas le grec.  Il avait tenté de l’harmoniser avec la charia musulmane, c’est à dire tenté le mariage de la raison et de la révélation… une des grandes figures de la pensée arabe, avec Avicenne et Ibn Khaldun (1332-1406), mais penseurs de fait isolés au sein du monde arabe où la culture dominante avait déjà sombré sous le poids des fatwas des oulémas, des théologiens et récitants du Coran.

Les théologiens arabes prononçaient déjà leur anathème :

Adopter le rationalisme, c’est faire profession d’athéisme.

1199                           Aléionor d’Aquitaine fait mettre noir sur blanc toute un ensemble de codes maritimes pratiqués mais non écrits jusqu’alors : les Rôles d’Oléron. Oléron, parce que s’y pratiquait à l’excès le pillage d’épaves. Cela concerne le fait des mers, des nefs, des maistres, compaignons mariniers et aussi merchants. Ils abrogent certains droits dont l’application avait été pervertie : droit de bris, d’aubaine et d’épave. Ils vont rencontrer un grand succès, seront appliqués sur toutes les côtes d’Europe, jusqu’en mer baltique, et seront à l’origine de la loi de l’amirauté britannique.

La tendresse n’y trouvait pas sa place [aujourd’hui on appelle même cela régime de la terreur]:

Le maître est libre de composer son équipage comme il lui plaît ; nul ne peut le contraindre à prendre un marinier dont il ne veut pas. Les matelots doivent dormir vêtus. Ceux qui découchent au port sont jugés déloyaux et coupables de parjures. Le maître doit tenir les délinquants à la boucle et les remettre aux mains de la justice lorsqu’il rend le bord. Il ne doit pas  expeller le marinier sur sa chaude [1] mais attendre d’être revenu de sang froid.

Le marinier doit souffrir le soufflet ou le coup de poing du maître, mais si le maître le poursuit, il peut se réfugier derrière la chaîne et s’y mettre en défense en requérant le témoignage de ses camarades. S’il frappe le maître ou lève sur lui une arme, il est attaché avec un couteau bien tranchant au mât du navire par une main, et contraint de la retirer, de façon que la moitié lui en demeure au mât attachée ;

Des amendes punissent les injures. Le voleur a la tête tonsurée, puis arrosée de poix bouillante. Quiconque tue un de ses compagnons de bord est lié à sa victime et précipité dans les flots ; à terre, tous deux sont ensevelis ensemble. 

1200                           Richard Cœur de Lion puis Jean sans terre, rois d’Angleterre en même temps que ducs d’Aquitaine, ont introduit le vin de Bordeaux à la cour d’Angleterre, (où les vins de Poitou et d’Anjou l’avaient précédé) : ce n’est alors qu’un vin clairet, c’est à dire rosé, dont l’abus a le grand avantage de ne pas provoquer de gueule de bois. Ces french clarets[2] firent l’objet d’un commerce prospère pendant des siècles, jusqu’à être interrompus par les conflits entre la France et l’Angleterre à partir de la fin du XVII° siècle.

1202                           Le Pisan Leonardo Fibonacci introduit des chiffres dits arabes, d’invention hindoue, et cette innovation capitale qu’est le zéro, inventé cinq siècles avant notre ère par l’indien Aryabhata.

1203-1204                  Philippe Auguste met à profit la faiblesse du roi d’Angleterre pour ramener la Normandie dans l’escarcelle de la France, sommant les barons normands de choisir entre Normandie continentale et Normandie insulaire. Mais auparavant, il a tout de même fait construire, tournée vers la Normandie, la puissante forteresse du Louvre.

13 06 1204                 Les croisés mettent à sac Constantinople ; la quatrième croisade a été lancée en août 1198 par Innocent III pour reprendre Jérusalem à Saladin ; mais le nerf de la croisade - le même que celui de la guerre - manque et les croisés se font mercenaires, au service dans un premier temps du doge de Venise, Enrico Dandolo, qui les transporte : ils pillent la ville de Zara en Dalmatie, aux dépens du roi de Hongrie, puis louent leur glaive à un roi déchu de son trône de Constantinople. Celui-ci, réinstallé sur son trône découvre l’ampleur des concessions faites par son usurpateur de fils  - rétablissement de l’union religieuse avec Rome, aide aux Latins dans leur lutte contre le Turc - et temporise.   Les Croisés, éblouis par les richesses de la ville, ne tiennent plus en place et passent du statut de libérateur à celui de pillard. Parmi eux, un certain Simon de Montfort qui fait son apprentissage de grand prédateur : on le reverra à l’œuvre dans le sud de la France, n’ayant rien oublié de la sauvagerie ici déployée :

Ils massacraient les nouveau-nés, tuaient les femmes tempérantes, dénudaient même les femmes âgées et les outrageaient. Ils torturaient les moines, les frappaient du poing, leur foulaient le ventre de leurs talons, rouant de coups ces corps vénérables. Ils versaient du sang mortel sur les saintes tables et, sur chacune, à la place de l’agneau de Dieu sacrifié pour le salut du monde, on traînait les gens comme des moutons pour leur trancher la tête.

Jean Masaritès, métropolite d’Ephèse

Le butin remplit trois églises. Les reliques de St Marc sont transférées de Constantinople à Venise, cachées dans un fût sous des salaisons de porc pour détourner les éventuels assaillants musulmans. Le doge Dandolo raflera 15 tonnes d’or (60 000 marcs d’or) et ramènera aussi les chevaux de bronze qui orneront la place St Marc… jusqu’à ce que Bonaparte les ramène à Paris.

Le sac de Constantinople, resté comme une déchirure dans la mémoire orthodoxe, rendra irrémédiable le schisme de 1054 entre la Chrétienté latine et la Chrétienté d’Orient.

Jean Sévilla.  Historiquement correct Perrin 2003

La quatrième croisade a profité surtout aux républiques italiennes, d’abord à Venise, qui se taille un empire colonial, puis à Gênes. Aux dépens d’un empire certes affaibli, mais qui reste une grande puissance, se met en place une mosaïque de forces médiocres. Finalement, la quatrième croisade fait surtout le lit des Turcs, qui, au XIV° siècle, se rendront maîtres de toute la région.

L’Histoire du Monde   Le Moyen Age Larousse 1995

Le voyage par voie de terre était trop long et les croisés avaient donc fini par affréter des navires, pour lesquels, - c’est le souci de tout armateur qui se respecte - il fallait trouver un fret de retour : lors des premières croisades, le butin des pillages y suffit, faisant découvrir aux destinataires d’Europe les richesse de l’orient ; mais par la suite, on se mit à rapporter épices, soie et coton, tous trois inconnus en Occident, dont les seuls étoffes y sont de laine et de chanvre. C’est ainsi que débuta le commerce avec l’orient.

Autres reliques rapportées par les croisades et promises à un bel avenir : celles de Saint Nicolas qui s’arrêteront quelques temps à Bari avant de prendre racine en Lorraine. Saint Nicolas de Lycie, sur la côte méditerranéenne de la Turquie, aurait pris part en 325 au concile de Nicée, mais aurait surtout « ressuscité » trois enfants tués et déjà mis au saloir par un boucher, miracle largement suffisant pour faire de lui le protecteur des enfants.

1204                           Mort en Egypte du philosophe juif Moïse Maimonide, né en 1135 à Cordoue. Il plaçait l’Islam au premier rang des monothéismes parce qu’il n’y a pas de Trinité. Il devra quitter Cordoue, séjournera peut-être en Provence, ensuite Fès, Tanger, le royaume latin de Jérusalem et finalement l’Egypte où il reçoit des visiteurs du monde entier pour entendre son interprétation des textes.

Les croisades se font conquêtes :

Tandis que Byzance s’effaçait en partie devant des puissances nouvelles, les croisades rétablissaient en Méditerranée la circulation commerciale. La fondation du royaume de Jérusalem (1099), du comté d’Édesse (1098), de la principauté d’Antioche (1098) et du comté de Tripoli (1109) fut l’aboutissement à la fois du zèle religieux, de l’ardeur belliqueuse et, pour les cités italiennes, du souci commercial. Si la première croisade fut déclenchée par les conquêtes turques, la deuxième par la chute d’Edesse (1146) et la troisième par la perte de Jérusalem (1187), les préoccupations de politique générale et la recherche de débouchés commerciaux l’emportèrent à partir de la quatrième, qui vit tomber Constantinople aux mains des Latins. Les marchands, qui assuraient le transport et le ravitaillement des croisés, recevaient en échange des privilèges et des comptoirs commerciaux. En définitive, les Génois, les Pisans et les Vénitiens devinrent les plus fermes soutiens des conquêtes chrétiennes, que les barons occidentaux délaissaient peu à peu. Si le royaume latin de Jérusalem fut une création de la foi, sa survie fut une conséquence du commerce des épices.

L’importance des conquêtes latines en Orient au point de vue commercial s’explique par la nécessité pour les Occidentaux de s’assurer une part des richesses orientales. L’élément principal du trafic commercial était celui des épices, indispensables à la cuisine et à la pharmacopée de l’Europe médiévale. En outre, les produits, perles, pierres précieuses, ivoire, plantes aromatiques (encens), sucre, fruits exotiques et vins, étaient extrêmement recherchés. Le Levant était enfin le principal fournisseur de matières pour l’industrie textile européenne : soie, coton, plantes tinctoriales (bois brésil, gomme laque des Indes et de Sumatra, indigo de Perse et de la vallée du Gange), cristaux d’alun de Syrie et de Nubie. La décadence de la marine byzantine, l’absence de flotte commerciale turque permirent à Venise, Gênes, Pise et, dans une moindre mesure, à Ancône et à Amalfi de devenir les intermédiaires indispensables entre l’Europe et l’Asie. Chaque cité italienne, tout en se combattant, se réservait un secteur économique : Venise dominait les côtes adriatiques et l’Empire byzantin, Pise la Syrie, Gênes les États latins du Levant, l’Égypte et les côtes marocaines ; aucun monopole n’existait pourtant et les différents trafics se mêlaient.

Le trafic primitif entre l’Empire d’Orient et l’Occident n’était plus entre les mains des Byzantins ; Venise y tenait la place prépondérante depuis la fin du XI° siècle. Ses victoires de Durazzo et de Valona lui avaient permis d’écarter les Normands d’Italie méridionale. Contraint de s’allier à elle, le basileus l’avait comblée de faveurs et lui avait permis d’installer des colonies prospères dans les Balkans et en mer Égée, de sorte qu’elle était maîtresse de la route de Constantinople. Pressé par les circonstances, Alexis I° lui avait accordé en 1082 la faculté de trafiquer librement sur tous les marchés de l’Empire, sans s’inquiéter des fonctionnaires byzantins, sans acquitter de taxes pour l’importation de ses marchandises, l’exportation de ses achats et le mouillage de ses navires. Maîtres du commerce de Byzance, les Vénitiens fournissaient à l’Empire les produits travaillés de l’Europe septentrionale, tels que toiles de chanvre et de lin, draps flamands, salaisons, métaux bruts et travaillés, bois de construction et pelleteries. Ils emportaient vers l’Occident les denrées précieuses, amenées par caravanes jusqu’aux ports du Levant, les étoffes somptueuses, les tapis, les verreries et les poteries. La flotte vénitienne était le courtier attitré des Byzantins au point de leur ôter le bénéfice du transit dont l’Empire était le siège. A la longue, les Byzantins se lassèrent ; en 1171, Manuel 1er retira à Venise ses privilèges, mais pour les transférer aux Génois et aux Pisans, tandis que la Hongrie menaçait sa domination dans l’Adriatique. La quatrième croisade, qu’elle détourna à son profit, rétablit sa situation en Méditerranée orientale.

Dès son avènement, le pape Innocent III avait prêché une quatrième croisade ; après diverses vicissitudes, le chef choisi fut Boniface I°, marquis de Montferrat; parmi les croisés se trouvaient Baudouin IX, comte de Flandre et de Hainaut, ses frères, Henri et Eustache, et les deux Geoffroi de Villehardouin, l’oncle, historien de la croisade, et le neveu, futur prince d’Achaïe. Les croisés s’entendirent avec les Vénitiens pour être transportés contre cinq mille marcs d’argent ; comme ils ne pouvaient s’acquitter de la totalité de la somme, ils durent consentir au détournement de l’expédition pour aider les Vénitiens à consolider leur autorité dans l’Adriatique. A ce moment, le jeune Alexis Ange vint demander l’aide des croisés et de son beau-frère Philippe de Souabe pour rétablir sur le trône byzantin son père Isaac II. Les Vénitiens acceptèrent d’emblée ; les chefs de la croisade ne s’y opposèrent que mollement et Boniface II rencontra à la Noël 1201 Philippe de Souabe à Haguenau. Malgré Innocent III, la voile fut mise sur Constantinople, Zara, ennemie des Vénitiens, emportée au passage, et Constantinople conquise le 17 juillet 1203, après un siège assez court. Isaac II rétabli sur le trône, et Alexis IV couronné co-empereur. Celui-ci avait fait des promesses aux croisés : paiement en argent, aide en Terre Sainte. A cause de la haine de ses sujets pour les Latins, il ne put les tenir. En janvier 1204, Isaac II et Alexis IV furent assassinés par un gendre d’Alexis III, Alexis V Doukas, dit Murzuphle, qui se tourna contre les croisés, qui campaient en dehors de la ville. Le 12 avril 1204, ceux-ci prenaient une seconde fois la capitale et, maîtres de l’Empire, décidèrent de choisir un basileus parmi eux. Le comte de Flandre fut alors élu empereur des Romains sous le nom de Baudouin I°, le 9 mai 1204. L’Empire romain d’Orient de domination latine, appelé couramment Empire latin d’Orient, était né. Mais un partage eut lieu entre les vainqueurs : l’empereur eut en propre la Thrace ; Boniface reçut le royaume de Thessalonique ; les Champlitte conquirent le Péloponnèse dont ils firent une principauté d’Achaïe ou de Morée ; les La Roche devinrent seigneurs d’Athènes et de Thèbes. Les Vénitiens s’emparèrent des trois huitièmes de l’Empire ; un duché de l’Archipel fut dévolu aux Sanudo ; en outre, des principautés byzantines se formèrent : en Occident, le despotat d’Épire, aux mains des Anges ; en Asie, l’État de Nicée, sous les Lascarides, et l’Empire byzantin de Trébizonde, fondé par deux petits-fils d’Andronic I° Comnène.

Rodolphe Guilland                L’empire byzantin        1986

1206                           Diegue Acébès, évêque d’Osma, en Espagne, traverse le Languedoc en revenant de Scandinavie, via Rome et Cîteaux. Il est accompagné de Dominique de Guzman, sous prieur de son chapitre : à la demande du pape qui constate les faibles résultats de la prédication des Cisterciens, ils décident de se consacrer à la lutte contre l’hérésie de ceux qui se disaient bons hommes ; Dominique commence par admonester fermement les trois cisterciens, nommés légats pontificaux par le pape : Arnaud Amalric, abbé de Cîteaux et les deux moines de Fontfroide, Pierre de Castelnau et Raoul : ils se voient reprocher publiquement de se déplacer en rutilant équipage avec des chevaux fringants et une nuée de serviteurs… tout cela ressemblait beaucoup aux remontrances du cistercien Bernard aux moines de Cluny.   Chassez le naturel et il revient au galop.

L’hérésie cathare s’est enracinée en pays occitan plus qu’ailleurs, probablement en grande partie de par la tradition de tolérance qui y était bien implantée ; mais au départ, elle sévissait aussi bien en pays de langue d’oïl, où elle fût éradiquée beaucoup plus vite : les premiers bûchers cathares furent allumés dans la France du nord.

Dominique fonde à Prouilhe, dans l’Aude, une communauté de moniales, et, six ans plus tard, l’ordre des Frères Prêcheurs, autrement dit les Dominicains [3] : - Domini canes : les chiens du Seigneur -, qui s’établissent en l’Eglise Saint Romain de Toulouse : pauvreté, pénitence et prédication prédominent.

Personne n’eut plus que lui le don des larmes qui s’allie si souvent au fanatisme.      

Michelet.

Ceux que Simon de Montfort nommera les Albigeois se disaient donc Bons Hommes, c’est à dire bons chrétiens. Ils se situaient comme un rameau dérivé de la réforme grégorienne, la prolongeant en opposant l’Evangile à l’Eglise. Ils refusaient l’appareil d’Eglise, les sacrements à l’exception du dernier - le consolamentum… pour prendre le chemin des étoiles -, et prônaient la pauvreté. Les hérésies ne manquaient pas d’adeptes, car il s’agissait avant tout  de ne plus donner son argent aux clercs . Les Bons Hommes donnent aux femmes des droits égaux à ceux des hommes. La hiérarchie vassalique et même toute subordination forcée d’un homme à un autre représente pour eux l’essence même du caractère satanique. Il en va de même pour la valeur attribuée aux droits du sang, et à la transmission de père en fils des vertus et de l’autorité sur autrui.

La qualificatif cathare [4], n’apparaît pas dans le Languedoc médiéval. Il a été « sorti » de textes de Saint Augustin par le bénédictin Eckbert von Schönau pour qualifier des contestataires de l’église de Cologne. Les origines de la pensée cathare semblent reliées à l’orient et ils font leur la proposition du philosophe Shankaracharya (vers 800 ap JC) : Dieu est vérité, le monde est mensonge. Pour les cathares, ce monde est « l’adversaire » (satan, en hébreu). Pour eux, le vrai Dieu est au-delà de toute forme, de toute conception. Satan, lui, piège dans la réalité des formes. Ce n’est que tout récemment, peu après 1960, que le terme « cathare [5] » a supplanté celui d’«Albigeois» : pour les Office de Tourisme du XXI° siècle, il est quand même plus « porteur » de parler de châteaux cathares, sésame de la boîte à fantasmes, que de châteaux des Albigeois, voire des Bons Hommes.

Le paysage politique du sud de la France est alors le suivant :

  • Une domination territoriale très nette du royaume d’Aragon, incluant alors la Catalogne, avec des extensions jusqu’au Gévaudan, Marseille et une partie de la Provence maritime.

  • Le comté de Toulouse et le marquisat de Provence.

  • Le vicomté de Trencavel, avec pour ville principale Carcassonne, vassal du royaume d’Aragon.

Les seigneurs du Lauragais, du Razès, du pays de Sault et du comté de Foix sont gagnés à la cause des Cathares et il est urgent d’allumer des contre feux. En sont témoins aujourd’hui encore les pins, en alignement ou par groupe de deux ou quatre à l’entrée des demeures, signifiant que « l’hérétique »  peut y trouver asile. Les rencontres directes des Dominicains avec les Cathares, comme au château de Servian, ne sont pas toujours couronnées de succès.

La Seine est sortie de son lit et inonde Paris : on sort les reliques de St Geneviève qui, selon un témoin, marche à la tête de son peuple, comme une colonne de feu dans la nuit de l’adversité.

Ibn al-Razzaz al-Jazari, né entre Tigre et Euphrate, termine son Traité de la théorie et de la pratique des arts mécaniques, dont son biographe, Donald R. Hill, dira que c’est le plus grand monument négligé des techniques arabes : traité technique à l’usage des ingénieurs et des artisans, il décrit par le menu des machines qui peuvent être réellement construites à partir des textes et des dessins fournis : automates, fontaines, horloges à eau, norias, systèmes de transmission de puissance, avec par exemple, l’apparition du système bielle manivelle, qui transforme un mouvement continu en mouvement alternatif : il ne sera appliqué en Europe que trois siècles plus tard.

L’épinard nous arrive d’Afghanistan.

Guiot de Provins décrit précisément la boussole   - de l’italien bossolo : petite boite - dans la Bible.

Un art font (les mariniers) qui mentir ne peut
Par la vertu de la Manette
Une pierre laide et brunette
Où li fers volontiers se joint
…/… Contre l’étoile (polaire) va la pointe.
Par ce sont les mariniers sûrs
De la droite voie tenir.

Quid de ce fers qui volontiers se joint contre l’étoile polaire ? On a donné le nom de magnétite à cet oxyde de fer Fe3O4, car on a commencé par en trouver dans les montagnes de Magnésie, en Asie Mineure. Souvent présent dans les coulées de lave, il a la particularité d’être naturellement aimanté par le biais de la thermorémanence : lorsqu’il est refroidi sous une certaine température, appelée « point de Curie » - 580° pour la magnétite -, un métal conserve les caractéristiques du champ magnétique dans lequel il est plongé. Assez rapidement on découvrira que le frottement d’une aiguille d’acier sur de la magnétite confère à la première les vertus de l’aimantation.

15 01 1208                 Le comte de Toulouse, Raimond VI, a refusé d’adhérer à une ligue contre les hérétiques. Au sortir d’une entrevue infructueuse à Saint Gilles avec le légat du pape, Pierre de Castelnau, ce dernier est assassiné par un écuyer qui aurait été au service de Raimond VI, mais personne ne pourra prouver que le comte de Toulouse ait été l’instigateur.  Il va cependant être excommunié, fera amende honorable et finalement se joindra aux croisés de Simon de Montfort. L’événement va marquer le début du déclin du pèlerinage de Saint Gilles, désormais en terre hérétique. Les guerres de religion se chargeront au XVI° siècle de ruiner l’abbatiale, ne nous laissant qu’un magnifique portail roman et un exceptionnel escalier à double révolution.

Jean Bernardone, nommé par son père Francesco est né à Assise en 1181, d’une riche famille de drapiers ; il a voulu être chevalier, s’est battu et a été fait prisonnier. Libéré, il a perdu de sa superbe et tombe malade. Une vocation religieuse naît alors, centrée sur la pauvreté. Pèlerinage à Rome en se faisant mendiant, … le père commence à froncer les sourcils, … l’affaire arrive devant l’évêque et Francesco se dépouille très officiellement de ses vêtements dans la cathédrale. Il commence par constituer à la Portioncule une fraternité de pénitents, simple confrérie de laïcs qui choisissent de vivre dans la pénitence et la pauvreté, selon trois versets évangéliques :

Si tu veux être parfait, va, vends tes biens, donne-les aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel, puis viens et suis-moi.                                                         Mathieu, XIX, 2

Ne prenez rien pour le chemin, ni bâton, ni sac, ni pain, ni or, ni deux tuniques.

Luc, IX, 3

Que celui qui veut me suivre se renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive.

Mathieu, XVI, 24.

Le cantique des créatures.

Très haut,  tout-puissant et bon Seigneur,
A toi, les louanges, la gloire, l’honneur et toute bénédiction !
A toi seul Dieu suprême, ils conviennent.
Et nul homme n’est digne de prononcer ton Nom.
Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures.
Et spécialement  notre frère Messire le  Soleil
Lequel nous donne le jour et par  qui tu nous éclaires !
Qu’il est beau  et rayonnant, et que sa splendeur
Nous révèle sa puissance infinie !
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour nos soeurs la Lune et les Étoiles !
Dans le ciel tu les créas lumineuses, précieuses et splendides.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre frère le Vent.
Pour l’Air, les Nuages, le ciel pur et tous les temps !
Par eux tu soutiens les créatures.
Loué sois-tu mon Seigneur, pour notre Soeur l’Eau,
Laquelle est si utile, si humble, si précieuse, si pure
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre frère le Feu
Par qui tu illumines la nuit !
Il est si beau, si joyeux, si vigoureux  et si fort !
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur maternelle la Terre,
Laquelle nous porte et nous nourrit,
Riche de tant de fruits, de fleurs colorées  et de plantes !
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour tous ceux qui pardonnent
A cause de ton amour,
Et qui subissent injustice et tribulation !
Bienheureux ceux-là qui persévèrent dans la paix,
Car toi Très-Haut, tu les couronneras !
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle,
A qui nul homme  ne peut échapper !
Malheureux seulement ceux qui meurent en péché mortel.
Mais heureux ceux  qui ont accompli ta sainte volonté,
Car éternellement  ils vivront avec toi !
Louez et remerciez mon Seigneur,
Et servez-le en grande humilité.

Saint François d’Assise

Il est devenu le povorello. Et, avec ses compagnons, il prêche, et cela crée une grosse difficulté, car la prédication ne peut s’exercer qu’avec l’autorisation de l’évêque, et s’il n’y a pas de règle élaborée, s’il n’y a pas d’ordre, il n’existe pas de dépendance hiérarchique vis à vis de l’évêque ; l’évêque d’Assise, et l’ensemble des autorités ecclésiastiques aiment bien Francesco… ils l’emmènent à Rome où Innocent III approuve le règlement présenté et l’autorise à prêcher la pauvreté… sans aborder les questions dogmatiques. Il transforme la confrérie en faisant tonsurer ses membres qui deviennent ainsi une congrégation d’ordre Mineurs [7]. Mais François rechigne à élaborer une règle plus précise et il faudra attendre le Concile de Latran avec pour principal acteur le cardinal Ugolino Conti, le futur pape Grégoire IX, pour que lui soit imposée la tenue d’un chapitre annuel : le premier se tiendra en 1217 : l’ordre des Franciscains était né. Il sera canonisé en 1228. Le succès des prêches des ordres mendiants - c’est vrai aussi des Dominicains - tient peut-être au fait qu’ils furent les premiers à prêcher en langue vulgaire, et donc, à être compris de tous. En 1223, il avait réalisé une représentation vivante de la crèche à Reggio : une tradition naissait, qui deviendra indéboulonnable.

La naissance de ces ordres mendiants détourna des anciens monastères les élites qui, jusque là, avaient revivifié en permanence les organes de gestion des abbayes bénédictines. Celles-ci se trouvèrent simultanément handicapées par cette perte d’un recrutement de valeur, concurrencées dans leur autorité intellectuelle par la naissance des universités, dessaisies de leurs prérogatives commerciales par les corporations de marchands et la création de foires urbaines… Elles se recroquevillèrent progressivement pour se transformer en de simples administrateurs de biens… En fait, la seule véritable différence, au Moyen Age, entre une communauté religieuse et un seigneur féodal ne fut plus que celle que nous faisons aujourd’hui entre une personne morale et une personne physique.

Pierre A Clément.         Les Chemins à travers les âges.1983.

Jamais comme alors on a autant prêché aux laïcs ; jamais comme alors les images n’ont été aussi impliquées dans l’effort visant à susciter la conformité des comportements chrétiens ; jamais comme alors l’intimité des consciences n’a été autant soumise à l’examen de conscience et à la confession.

Jérôme Baschet        L’Histoire        Janvier 2006

Juin 1209                     A l’appel du pape Innocent III, la croisade lancée contre les Albigeois se rassemble dans la Vallée du Rhône.

22 07 1209                   Raymond Roger Trencavel, vicomte de Béziers, Carcassonne et Albi a voulu se soumettre au légat du pape, qui a refusé. Il s’en est allé rejoindre Béziers pour organiser sa défense, puis repart à Carcassonne. Les chefs de la croisade demandent aux consuls de leur livrer les Cathares présents dans leur ville : ils refusent. Les Croisés sont à peine en place pour le siège que des piches [en quelque sorte le Gavroche du sud] sortent de la ville pour les narguer depuis le pont : les ribauds nargués ne leur laissent même pas le temps de regagner la ville et de fermer les portes : ils s’engouffrent derrière eux et c’est le massacre et incendie de Béziers.

Certains écrits parlent d’un million de morts ! [8]

Par un temps que l’on imagine radieux, l’entière population de la ville de Béziers fut massacrée à l’épée, à la hache, à la masse d’arme, éventrée à l’épieu et au fer de lance, dans un des bains de sang les plus suffocants de l’histoire des hommes - et Dieu sait s’il y en a eu - !  « on n’épargna ni vieux, ni jeunes, pas même les enfants qui tétaient… dit le chroniqueur de la croisade, ce fût la plus grande pitié que jamais on eut vu ni ouïe. La ville pillée, ils y mirent le feu partout et tout fût dévasté et brûlé ainsi qu’on le voit encore maintenant, en sorte qu’il n’y demeura chose vivante ». L’abbé de Cîteaux, Arnaud Amalric[9], est réputé pour avoir répondu aux capitaines qui l’interrogeaient au moment où la ville fût prise par la troupe, pour savoir comment il distingueraient les fidèles et les hérétiques : « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». Les habitants des châteaux voisins, des villages et des petites villes de la province, fuyant devant l’armée des croisés, s’étaient réfugiés en masse dans Béziers, ce qui gonflait démesurément la population de la ville… Arnaud Amalric n’avoua pas moins de vingt mille tués au cours de ce cauchemardesque abattage.

Claude Duneton.       Histoire de la Chanson française. Seuil 1998.

La croisade contre les Albigeois s’était mise en route, sous la direction de Simon de Montfort, un petit seigneur d’Ile de France, aux cotés duquel avaient pris place de nombreux chevaliers languedociens, mais on y voyait aussi des Italiens, des Allemands, des Anglais, des Brabançons, des Frisons, et des Esclavons (les Slaves du Sud)

Philippe Auguste, suivi de son fils Louis, avait fort poliment décliné l’invitation de se joindre à la troupe. On lui prêta le propos suivants : Condamnez le comte Raymond VI de Toulouse comme hérétique. Alors seulement, vous aurez le droit de publier la sentence et de m’inviter, moi, son suzerain, à confisquer légalement les domaines de mon feudataire.

Leur chemin a croisé celui de Dominique de Guzman, qui ne cesse de prêcher, et encore, et encore.

Les envahisseurs ont rencontré sur place la formidable complicité de la plus grosse partie de la population…. La croisade victorieuse n’a pas été un génocide ; économiquement et socialement, elle n’a pas mis le pays à genoux.

Emmanuel Le Roy Ladurie. Montaillou, village occitan Gallimard 1975

fin juillet 1209             Narbonne ouvre ses portes aux Croisés, qui sont devant Carcassonne le 1° août ; Narbonne la traîtresse, qui prendra fait et cause pour les Croisés, n’hésitant pas à les financer pour abattre Minerve, sa rivale commerciale, dont la situation géographique laisse croire à de nombreux réfugiés et aussi à des seigneurs entrés en résistance, - les faydits - qu’elle peut-être un refuge.

15 08 1209                 Carcassonne n’a plus d’eau, les vivres pourrissent : le vicomte Raymond-Roger Trencavel se livre en otage, le temps de négocier la capitulation ; Simon de Monfort le met en prison. Les habitants se rendront 15 jours plus tard, sortant en chemise, démunis de tout. Le vicomte mourra en prison le 10 novembre.

22 07 1210                 Guillaume de Minerve s’est rendu aux Croisés deux jours plus tôt : le siège durait depuis le 15 juin. Cent quarante parfaits de Minerve refusent d’abjurer et montent volontairement sur le bûcher. Le massacre couvrit trente cinq ans, jusqu’au bûcher de Montségur en 1244, qu’il ne faut sans doute pas attribuer à la seule Inquisition.

1211                               Quatre cents hérétiques sont brûlés à Lavaur.

Juin 1212                     Soutenus par le pape Innocent III, les cisterciens et les envoyés d’Alphonse VIII ont fait appel à la chevalerie française, et ce ne sont pas moins de 40 000 Aquitains, Bretons, Champenois et Rhodaniens qui arrivent à Tolède. La plupart d’entre eux seront repartis avant la bataille de Las Navas de Tolosa.

16 07 1212                   Les armées espagnoles infligent une défaite aux Arabes Almohades à Las Navas de Tolosa, au nord de Grenade : la capitale d’Al Andalus va devenir la dernière enclave musulmane de la péninsule Ibérique, où l’Islam agonira lentement. Cette victoire marque un tournant dans l’équilibre entre Musulmans et Chrétiens en Espagne. La communauté juive se met à rédiger une interprétation mystique de la Bible, fondée sur les combinaisons complexes des chiffres et des nombres : la kabbale.

Les étapes de la reconquête chrétienne sont jalonnées par la prise des Baléares en 1235, de Cordoue en 1236, de Valence en 1238, de Jaen en 1246, de Séville en 1248 et de Murcie en 1266.

La victoire chrétienne de Las Navas de Tolosa avait donné un nouvel élan, d’importance décisive, à la reconquête. L’accentuation de la poussée almohade avait provoqué un regroupement des forces chrétiennes de Castille, Navarre et Aragon contre l’Islam, tandis qu’à l’appel du pape Innocent III s’organisait une véritable croisade. Mais la plupart des contingents français qui avaient franchi les Pyrénées abandonnèrent l’entreprise avant la rencontre finale, et Las Navas de Tolosa fut une victoire exclusivement espagnole. Elle ouvrit aux forces chrétiennes les portes de l’Andalousie, et préluda aux grandes conquêtes du temps de saint Ferdinand et de Jaime le Conquérant, les deux grands souverains du XIII° siècle.

Marcelin Defourneaux         La Péninsule ibérique.  1986

1 12 1212                   Simon de Montfort dirige la session du parlement de Pamiers : les seigneurs du midi vont être dépossédés au profit des barons croisés du nord ; le droit de Paris va remplacer le droit méridional.  Tant de pouvoir, une si grande emprise sur ces pays nouvellement conquis  - il se prépare à occuper Toulouse - amènent le roi d’Aragon à monter en première ligne : il le met en garde en l’assurant que, s’il poursuit ainsi il le trouvera en travers de son chemin, à la tête de son armée autrement plus puissante que celle des Croisés.

Le pape Innocent III réalise qu’il faudrait s’arrêter avant que d’aller trop loin, mais le jusqu’auboutisme des Cisterciens, qui en fait sont les véritables maîtres de l’Eglise l’emportera.

12 09 1213                 Simon de Montfort remporte à Muret une victoire sur Pierre II d’Aragon, venant ainsi conforter par la force ce qui avait été décidé au parlement de Pamiers.

27 07 1214                 Après la victoire du futur Louis VII sur l’armée de Jean Sans Terre à la Roche aux Moines en Poitou, le 2 juillet, le sentiment national s’épanouit avec la victoire à Bouvines (12 kilomètres au Sud est de Lille) de Philippe Auguste[10] sur la coalition de l’empereur Othon IV, de Ferrand, comte de Flandre, de Renaud de Dammartin, comte de Boulogne, et de Jean sans Terre, duc d’Anjou : il consolide ainsi l’annexion de la Normandie, de l’Anjou, du Maine et d’une partie du Poitou.

Les bourgeois parisiens, et par-dessus tout, la multitude des étudiants, le clergé et le peuple allaient au-devant du roi, chantant des hymnes et des cantiques, rapporte un témoin.

Mais en fait les batailles ne sont pas l’essentiel chez ces Capétiens :

C’est probablement ce qui caractérise le mieux la politique territoriale des Capétiens, celle qui les a amenés à constituer un royaume sans comparaison dans l’Europe du temps. Ils n’ont, pratiquement, rien conquis. Ils ont parfois acheté, ils ont souvent hérité, ou acquis par mariage, mais quand il leur a fallu recourir aux armes, ce qui a été rare, et presque exclusivement dans le cas des domaines angevins, ils ont toujours tenu la main à ce que l’emploi de ces armes apparût comme le seul moyen pour laisser faire le droit.

Robert Fawtier          Les Capétiens directs. 1986.

1214                           A l’autre bout du monde, Gengis Khan et ses hordes déferlent de la Mongolie jusqu’à Pékin. Tchinggis Qaghan - le guerrier précieux, ou encore chef suprême ou khan océanique -, de son vrai nom Temüjin, n’est pas celui qu’en a fait la légende, ivre de conquêtes sanglantes[11] : bien au contraire il va favoriser l’essor culturel et scientifique des peuples conquis. Une enfance pour le moins mouvementée lui avait forgé le caractère : fiancé à neuf ans, son père fût empoisonné peu après : réfugié alors avec sa famille en montagne, il y apprit le dénuement. Capturé par une autre tribu, il s’évada pour épouser sa fiancée, faite prisonnière elle-même peu après le mariage, puis reconquise.

Les épitaphes seront marquées par la sincérité :

Il mourût, ce qui fut grand dommage, car il était prud’homme et sage.

 Marco Polo

Sous le règne de Gengis khan, tout le pays entre l’Iran et le Touran jouissait d’une telle tranquillité qu’on aurait pu aller du Levant au Couchant avec un plateau en or sur la tête sans avoir à subir la moindre vexation.

Aboul Ghazi

Une stèle taoiste de 1219 prête ces mots à Gengis khan :

Le ciel s’est lassé du luxe excessif de la Chine. Moi, je demeure dans la région sauvage du Nord ; je reviens à la simplicité et je retourne à la modération. Qu’il s’agisse des vêtements que je porte ou des repas que je prends, j’ai les mêmes guenilles et la même nourriture que les gardiens de bœufs et les palefreniers, je traite les soldats comme des frères. Présent à cent batailles, j’ai toujours mis ma propre personne en avant.

Dans le royaume de France, les institutions sont encore embryonnaires, à l’exception de l’Eglise… la foi est vive et les cœurs sont prêts pour l’aventure :

Un certain jeune gars, errant par les villes et les châteaux du royaume de France, comme s’il eût été envoyé par Dieu, chantait en langue française : Seigneur Jésus-Christ, rends-nous ta sainte croix ! avec beaucoup d’autres choses ; et, quand les enfants de son âge le voyaient et l’entendaient, ils le suivaient en foule, abandonnant leurs pères et leurs mères, leurs nourrices et tous leurs amis, sans que rien les pût retenir. Ils le suivirent devers la Méditerranée, marchant en une procession innombrable, et chantant comme leur maître, qui était porté sur un char moult bien orné, et entouré d’une garde d’enfants en armes.

Matthew Paris, moine de Saint Albans. Historia Major.

Une partie des 90 000 (chiffre donné ailleurs par cet autre chroniqueur) sur l’ordre du roi, et d’après l’avis des docteurs de l’Université de Paris, furent obligés de rebrousser chemin et de retourner chez leurs parents. Le reste, plus opiniâtre, ou plus avancé dans sa route, persista ; beaucoup périrent de misère et de fatigue sur les chemins ; quelques milliers arrivèrent jusqu’à Marseille, et s’entassèrent sur sept grands navires. Plusieurs des vaisseaux firent naufrage, on assure que les autres furent menés dans des ports musulmans par les armateurs provençaux qui  s’étaient chargés de conduire les enfants, et qui vendirent les malheureuses créatures aux Infidèles.

Chroniqueur anonyme, rapporté par Henri Marin. Histoire de France.

15-19 06 1215                        La noblesse du royaume d’Angleterre, conseillée par l’archevêque de Canterbury, Etienne Langdon, impose au roi la reconnaissance écrite des « libertés » : c’est la Grande Charte des libertés anglaises.

Il n’y a qu’un rapport très lointain entre les libertés dont parlent les gens du Moyen Age et la liberté telle que la conçoivent les modernes. Le propre de notre liberté moderne, c’est presque son coté intrinsèque d’universalité ; le propre des libertés médiévales, c’est presque leur singularité, qui les fait équivalentes à notre notion des privilèges. Il ne faut donc pas voir dans la Charte des libertés anglaises un document démocratique. Le peuple n’y est représenté que par les bourgeois de Londres, encore ceux-ci se paraient-ils du titre de barons. La Charte des libertés est la liste des engagements pris par le roi de respecter les diverses coutumes féodales que lui et ses prédécesseurs avaient été amenés à violer. Il n’est point question là de mesures révolutionnaires. Ce sont les historiens modernes, et surtout les historiens de l’époque victorienne, qui ont interprété dans un sens trop moderne et donné ainsi une allure révolutionnaire à ce document qui, dans la pensée de ses auteurs, n’était guère qu’un retour à l’âge d’or du roi Edouard le Confesseur, sans aucun changement profond dans les obligations du roi envers ses vassaux pas plus que dans celles des vassaux envers le roi. Mais l’importance de la Grande Charte est ailleurs : elle est dans le fait qu’elle représentait un document écrit, où les droits de la royauté étaient soigneusement définis et où se traçaient ainsi des limites à l’autorité royale. Et cette charte était scellée du roi et comportait même l’établissement de tout un mécanisme, pour contraindre, si besoin était, le roi qui ne s’y conformerait pas. C’était un acte législatif, mais dont l’initiative n’appartenait pas au roi et à son conseil. C’était la noblesse d’Angleterre qui l’avait imposé au roi.

Alfred Fichelle           Le monde slave            1986

11 10 1215               Innocent III remet à Simon de Montfort la souveraineté du comté de Toulouse.

1215                           Chanoine de Notre Dame de Paris, Robert de Sorbon fonde la première université française, que l’on nommera rapidement la Sorbonne. C’était en fait une résidence universitaire, où les professeurs venaient donner leur cours, faute de lieux appropriés. Le rôle essentiel y est joué par l’Eglise : c’est le légat du pape, Robert de Courson, qui lui donne ses statuts. Seul le pape peut fonder un studium generale, c’est à dire une université. Lorsque la Sorbonne ne sera plus sous le contrôle du chancelier de l’évêque de Paris, elle passera sous le contrôle de Rome ! Toutefois, sans le soutien royal, celle-ci n’aurait jamais pu connaître son développement. Elle se subdivisera en facultés : de Droit ou de Décret, de Théologie, et des Arts : Arts mineurs : Grammaire, Rhétorique, Dialectique, et Arts majeurs : Arithmétique, Géométrie, Musique et Astronomie. Il s’en créera d’autres, plus tard, essentiellement à Toulouse - pour éradiquer les restes de sympathie « cathare » - mais qui ne connaîtront pas le rayonnement de celle de Paris : elle sera un des importants facteurs d’unification du royaume. Cent cinquante ans plus tard, un pape d’Avignon dira son sentiment :

Je souhaite que les hommes instruits abondent dans l’Eglise de Dieu. Tous ceux que je fais élever et soutiens ne seront pas ecclésiastiques, j’en conviens. Beaucoup se feront religieux ou séculiers ; les autres resteront dans le monde et deviendront pères de famille. Eh bien ! quel que soit l’état qu’ils embrasseront, dussent-ils même exercer des professions à travaux manuels, il leur sera toujours utile d’avoir étudié.

Urbain V, né Guillaume de Grimoard, en Gévaudan.

1218                           Simon de Montfort est tué en assiégeant Toulouse :

Tandis que Guy [de Montfort, frère de Simon, blessé d’un trait d’arbalète] parle et gémit, il y a dans la ville une pierrière que fit un charpentier. La pierre est lancée du haut de Saint Sernin et c’étaient des dames, femmes mariées ou jeunes filles, qui servaient l’engin. Et la pierre vint tout droit, là où il fallait et frappa si juste le comte [Simon de Montfort] sur le heaume d’acier qu’elle lui écrabouillât les yeux, les mâchoires, les dents, le front et la cervelle ; et le comte tomba à terre, mort, sanglant et noir ….

Or, à Toulouse vint un messager qui conta la nouvelle ; telle est l’allégresse que par toute la ville on court au moûtier (à l’église) nouvelle, on allume les cierges sur les chandeliers, on pousse des cris de joie … Cors et trompes, et la joie générale, les carillons, les volées, les sonneries de cloches, les tambours, les timbres, les menus clairons, font retentir la ville et le sol pavé.

Un témoin

Un mouvement de révolte se déchaîna contre son fils et héritier Amaury de Montfort, que le fils de Philippe Auguste vint secourir.  Le catharisme va se développer vigoureusement de 1218 à 1224, et avec lui, la résistance aux Croisés.

vers 1218                   La douloureuse obéissance de saint François aux directives de l’Église empêche de le rapprocher des hérétiques, bien qu’il n’ait jamais voulu les combattre d’autre manière que par la persuasion (et c’est contrairement à ses souhaits qu’un saint Bonaventure acquit une instruction destinée à en amener la défaite). Mais, du point de vue que l’on nomme aujourd’hui sociologique, l’hérésie qui pullule pendant tout le XIII° siècle dans la péninsule y est, elle aussi, la traduction religieuse de l’état politique et social alors régnant. Son pluralisme et son congrégationalisme ecclésiastique (système qui insiste sur la communauté locale et en défend l’autonomie) répondent au morcellement du système communal. Comme celui-ci, elle pratique une sorte de démocratie limitée et est contraire au gouvernement monarchique. Reposant le plus souvent sur l’étude directe de la Bible, elle exige la culture que les communes donnent à leurs membres pour leur permettre les fonctions publiques et celles du commerce. Nécessitant et développant le sens des responsabilités, des décisions et du risque, elle cadre avec la mentalité de l’homme d’affaires. Aussi y a-t-il comme une liaison entre l’Italie communale et le très net développement de l’hérésie. On a pu dire qu’elle était (depuis les « patarins » de Milan, aux XI° et XII° siècles, et Arnaud de Brescia, à Rome) la réponse classique des villes aux autorités ecclésiastiques qui voulaient en limiter l’indépendance.

Les grands bastions du communalisme lombard sont appelés, l’un, Milan, par le Français Jacques de Vitry, « fossé plein d’hérétiques », l’autre Brescia, par Honorius III, « domicile de l’hérésie ». C’est dans une autre de ces communes du Nord, Bergame, que se tint, en 1218, le concile qui essaya d’unifier les « Pauvres lombards », analogues aux Vaudois, et des mouvements semblables.

Emile G Léonard.      L’Italie médiévale.        1986

4 09 1219                   La Romanche connaît une crue qui entraîne la rupture du barrage du lac d’Oisans, renforcé 28 ans plus tôt par un glissement de terre. Plus anciennement, des moraines glaciaires avaient déjà crée un lac à cet endroit. La masse d’eau ravage tout jusqu’à Grenoble, y faisant refluer l’Isère, engloutissant maisons, noyant des milliers de personnes et d’animaux.

09 1219                      La cinquième croisade, menée contre l’Egypte par Jean de Bienne, roi de Jérusalem, reste sans résultat, sinon que de retour d’orient, les croisés rapportent plants de blé noir, artichaut, pêches. Même la rencontre de Damiette entre François d’Assise et le sultan Malik al-Kamil fût sans suite : Amiette, ville égyptienne à l’embouchure d’un bras du Nil restait aux mains des Egyptiens. Les Croisés s’asseyaient en vain à la prendre et le sultan était prêt à négocier le départ des Croisés d’Egypte contre la cession de Jérusalem. Sur ce, François d’Assise parvint à se rendre auprès du sultan, sans que l’on connaisse  aujourd’hui encore ses raisons précises : recherche du martyr, volonté de conversion du sultan ? Ce dernier était un sage et le laissa repartir sans avoir touché un cheveu de sa tête. 

François avait compris que les croisades n’étaient pas la voie juste pour défendre les droits des  Chrétiens en Terre sainte, mais qu’il fallait plutôt prendre à la lettre le message de l’imitation du Crucifié. […] Si nous, en tant que chrétiens, empruntons le chemin vers la paix selon l’exemple de saint François, nous ne devons pas craindre de perdre notre identité : c’est précisément alors que nous la trouverons.

Cardinal Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, janvier 2002

1219                           La croisade contre les Albigeois massacre 5 000 personnes à Marmande.

1220                           Gengis Khan détruit Samarkand après l’avoir pillé. L’année suivante, il ravage Konya-Ourgentch, l’actuelle Meshed à l’est de l’Iran, en la noyant sous les eaux du fleuve Amou Daria, détourné pour la circonstance de son cours vers la mer d’Aral, pour couler vers la Caspienne.

On y voit encore une couche de cendres noires de dix à vingt centimètres d’épaisseur, truffée de crânes et d’ossements.

René Cagnat.             La rumeur des steppes 1999

Cette histoire a quelque chose de bien curieux, car, selon Z. Bouniatov, à peu près à la même époque, les troupes du shah de Khorezm auraient foulé le fond de la mer d’Aral, alors à sec , et où se trouvaient même des cités florissantes. Si la mer d’Aral était à sec, il semble étonnant que l’Amou Daria ait pu avoir un cours suffisant pour noyer une ville distante à peu près de 500 km.

La géologie des lieux semble complexe : il y aurait un lien entre une hausse des eaux de la Caspienne et une baisse de celles de la mer d’Aral, dont les sous-sols seraient constitués de roches poreuses et faillées. Ainsi une « digue » fragile aurait longtemps maintenu les eaux de l’Aral à près de 70 mètres au-dessus de celles de la Caspienne. Un petit mouvement tectonique suffit à rompre cette digue. Ces sédiments pourraient aussi se comporter comme une éponge, absorbant  ou rejetant l’eau.

1223                           France et Allemagne suivent des chemins divergents :

Louis VIII, le père de Saint Louis, est le premier capétien qui ait eu véritablement accès au trône en vertu du principe héréditaire avant de l’être par le sacre et par l’acclamation populaire. En 987, l’archevêque de Reims n’avait-il pas d’abord refusé à Hugues Capet de sacrer son fils Robert le pieux. Une centaine d’années plus tard, la loi  « salique » fixera cette conquête. La maxime « Le Roi est mort, vive le Roi », prendra cours. Singulière rencontre de l’histoire : cette acquisition de l’hérédité par la royauté française correspond presque exactement, pour l’Allemagne, au grand Interrègne, à l’échec définitif de la puissante maison des Hohen staufen.

D’où vient cette différence ? D’où vient que ces modestes capétiens aient réussi où avaient échoué ces brillantes familles qui disposaient de tant de ressources ? Etait-ce donc une tâche plus lourde de faire l’unité de l’Allemagne que de faire l’unité de la France ? Est-il plus malaisé de gouverner et de commander les Allemands que les Français ? … A tout compter, les difficultés ont été les mêmes pour former une nation française et une nation allemande, un Etat français et un Etat germanique. Les peuples allemands ont sans doute leur particularisme. Mais nous avons nos partis. Si la  « querelle allemande » symbolise leurs guerres civiles, nous avons nos factions à la gauloise qui perpétue l’antique et funeste travers des divisions. Qu’on évoque, dans l’histoire de notre pays, les minorités et les régences, l’unique faiblesse des monarchies héréditaires. Ces éclipses de l’autorité royale ont toujours été périlleuses, toujours marquées par un retour offensif de l’anarchie. Depuis la minorité de saint Louis jusqu’à celle de Louis XIV, on a vu, dans notre pays, les séditions se renouveler chaque fois que les rênes étaient moins fermement tenues. C’est une plaisante idée que de s’imaginer que les mouvements insurrectionnels et les révolutions datent chez nous de 1789… et la conjuration d’Etienne Marcel, et la Fronde, les cabochiens, la Ligue dite du Bien public, le siècle si affreusement troublé des guerres de religion : autant de souvenirs encore où l’on reconnaît que le naturel français n’a pas rendu la tâche de nos rois plus facile que ne l’a été celle des Empereurs allemands.

Il est aussi enfantin de se représenter l’histoire de notre monarchie comme une idylle qui a brusquement pris fin sur l’échafaud le 21 janvier 1793, que de s’imaginer, comme les historiens révolutionnaires, un peuple français courbé, des siècles durant, dans l’obéissance, qui aurait enfin, voilà cent vingt-cinq ans, relevé la tête et, comme dit M. Clemenceau, attendu ce moment pour  « régler un terrible compte avec le principe d’autorité ».

Les causes pour lesquelles la monarchie héréditaire n’avait pu, jusqu’à nos jours, s’établir en Allemagne, sont évidentes et simples. Le grand Interrègne allemand a duré, selon une juste remarque, de 1250 à 1870. C’est qu’une grande monarchie germanique faisait peur, et avec raison, à beaucoup de monde. C’est que des forces nombreuses étaient toujours prêtes à se coaliser avec succès pour empêcher qu’il y eut une Allemagne unie et puissante sous un seul sceptre.  « Pas de Roi d’Allemagne » disaient les princes allemands. Et c’était aussi la pensée des rois de France : « Pas de Roi d’Allemagne ». L’intérêt de la France ne voulait pas qu’il y eût un chef héréditaire pour rassembler les masses germaniques. Cette idée était tout à fait claire chez nos écrivains politiques de l’ancien temps. Pierre Dubois[12] (un des « légistes » qui tenaient, en somme, l’emploi des grands journalistes et des grands orateurs d’aujourd’hui, qui étaient des conseillers du pouvoir et des guides de l’opinion), Pierre Dubois était extrêmement précis à cet égard. Cet élève de saint Thomas d’Aquin, ce contemporain de Dante, tenait (cela peut se dire sans rien forcer), le même langage que Thiers en 1867. Mais il l’a tenu utilement. Il craignait pour la France l’unité de l’Allemagne et cette unité lui apparaissait comme étant en rapport direct avec l’établissement dans les pays germaniques d’une puissante royauté construite sur le modèle capétien. « Ne laissons pas faire cela ou nous sommes perdus », était sa conclusion. Pierre Dubois est à juste titre admiré de Renan qui a vu en lui  « vraiment une politique », le premier qui ait exprimé nettement  « les maximes, qui, sous tous les grands règnes, ont guidé la couronne de France. »

Cette conspiration des ennemis d’un pouvoir stable et fort en Allemagne, ennemis de l’intérieur, ennemis de l’extérieur, eût pour effet de cristalliser l’Empire, pour de longues séries d’années, dans une anarchie de pompeuse apparence. Le Saint Empire romain de nation germanique a été défini comme une « République fédérative sous la présidence impériale ». Ces empereurs, qui se réclamaient des Césars et de Charlemagne, n’étaient que les présidents élus de cette République et leur fonction eut une tendance croissante à ne plus être que décorative.

Malgré tous leurs efforts, malgré leurs violences ou leurs subterfuges, les Empereurs ne parvinrent jamais à s’affranchir de l’élection. Ils réussirent quelquefois à en faire une simple formalité. Jamais ils ne purent l’abolir. « Le point culminant du droit de l’Empire, disaient les autorités de la science juridique allemande, est réputé consister en ceci que les rois ne sont pas crées par la parenté du sang, mais par le vote des princes. » L’élection des Empereurs avait beau n’appartenir qu’à un très petit nombre de votants, le principe électif n’en portait pas moins ses fruits. Il n’y avait que sept électeurs, le Collège électoral le plus étroit qu’on ait jamais vu. Pourtant, les effets de ce suffrage si sévèrement restreint furent les mêmes que ceux dont on accuse le suffrage universel dans les démocraties.

Jacques Bainville.     Histoire de deux peuples, continuée jusqu’à Hitler. 1933

15 01 1224                 Amaury de Montfort, fils de Simon, pourchassé par les barons, abandonne le Languedoc et cède ses droits au roi de France, nommé par le pape chef de la croisade des Albigeois par le pape.  La croisade devient ainsi royale.

mai 1225                    Une armée de Gengis Khan, dirigée par Samouqa, s’empare de Pékin. Les Mongols, tentés par un retour des terres agricoles chinoises en terres à pâturage, surent écouter les conseils des anciens princes chinois : L’empire a bien été conquis à cheval, mais il ne peut-être gouverné à cheval. Gengis Khan va mourir deux ans plus tard.

1225                           Construction de premier pont sur le Rhin à Bâle, un autre le sera à Brisach en 1283, un troisième à Strasbourg en 1388.

1226                           Louis VIII prend Avignon et ordonne la destruction du Pont Saint Benezet : les Avignonnais le reconstruiront, mais moins solidement, et la moitié ouest sera emportée par les différentes crues du XVII° siècle.  Le roi meurt la même année de dysenterie à Montpensier, en Auvergne.

1227                           Nombreux et meurtriers séismes dans les Alpes du Sud : plus de cinq mille morts à Aix en Provence.

1229                           Avec la Sixième croisade, l’empereur germanique et roi de Sicile Frédéric II ajoute à sa couronne le titre de roi de Jérusalem, obtenant ainsi du sultan d’Egypte la restitution des Lieux Saints aux Chrétiens. Etrange destin sans lendemain que celui de ce Hohenstaufen, noble allemand, qui se sentit beaucoup plus roi de Sicile (et donc aussi de l’Italie du sud) qu’empereur d’Allemagne, qui crée une université à Naples, qui entretient dans sa capitale de Palerme une brillante cour de savants chrétiens, musulmans, juifs. 

Le comte de Toulouse Raymond VII abdique : il se rend à Paris faire amende honorable. Il cède au Saint Siège le Comtat Vénaissin [dont ne fait pas partie Avignon]. Jeanne, sa fille unique épouse Alphonse de Poitiers, frère de Louis IX, qui, à sa mort en 1249, deviendra comte de Toulouse. Si Jeanne ne lui donne pas d’héritier, le comté de Toulouse reviendra à la France à sa mort, ce qui sera fait en 1271. Dans le Languedoc aujourd’hui, on dit que le nécessaire fût fait pour que Jeanne n’ait pas d’enfant : la stérilisation était une technique déjà maîtrisée sous l’empire romain. On enverra alors des magistrats parisiens pour fonder une université à Toulouse afin de mettre dans le droit chemin toutes ces têtes farcies d’hérésie.

vers 1230                   La Commune (en Italie) est un animal dont la queue se termine en pointe pour nuire à son voisin, et, en même temps, à l’étranger. Mais ses têtes innombrables se dressent l’une contre l’autre ; car, dans la même commune, les gens ne font que se haïr, se calomnier, se tromper, se tourmenter, s’opprimer réciproquement. Au-dedans la guerre, au-dehors la terreur !

Cardinal Jacques de Vitry, † Rome 1240

1231                           Grégoire IX publie l’encyclique Excommunicamus, acte fondateur de l’Inquisition - de inquisitio : enquête - qui sera active trois siècles durant, confiée aux Dominicains, dont le fondateur est mort depuis dix ans, et aux Franciscains. Il y eut en fait trois Inquisitions : l’Inquisition médiévale, l’Inquisition espagnole et l’Inquisition romaine. La première est une institution d’Eglise, dont les agents ne dépendent que du pape ; l’accusé a droit à un défenseur, il a le droit de produire des témoins à décharge… on voit pour la première fois réuni un jury… on n’a pas du tout affaire à une justice expéditive. Les simples erreurs de traduction vont fleurir : l’emmurement donna naissance au mythe des prisonniers placés vivants à l’intérieur d’un mur que l’on construisait, quand en fait il s’agit simplement de mettre entre quatre murs, c’est à dire en prison.

L’Inquisition espagnole ne verra le jour que deux siècles et demi plus tard, et l’Inquisition romaine en 1542, pour veiller à l’orthodoxie.

Il ne faut pas oublier le point de départ de l’affaire : la réprobation suscitée par les hérétiques, l’indignation inspirée par leurs pratiques et leur révolte contre l’Eglise. Si surprenant que cela soit, les hommes du XIII° siècle ont vécu l’Inquisition comme une délivrance. La foi médiévale n’est pas une croyance individuelle : la société forme une communauté organique où tout se pense en termes collectifs. Renier la foi, la trahir ou l’altérer constituent donc des fautes ou des crimes dont le coupable doit répondre devant la société. Conforme à l’interdépendance du temporel et du spirituel qui caractérise l’époque, l’Inquisition représente, explique Régine Pernoud, « la réaction de défense d’une société à qui la foi paraît aussi importante que de nos jours la santé physique ».

Jean Sévillia.             Historiquement correct Perrin 2003

L’Inquisition languedocienne brûlera infiniment moins de gens en un siècle que Simon de Montfort et ses croisés entre juillet 1210 et mai 1211

Michel Roquebert 

1232                           Thomas I°, duc de Savoie, acquiert le pays de Vaud, le Valais, le Piémont, et fait de Chambéry sa capitale. Il a épousé en 2° noces Marguerite de Faucigny.

A l’autre bout du monde, la capitale du royaume chinois du Honan : Kaï-Fung-Fu, est assiégée par les Mongols : on y voit pour la première fois des traits de feu volants, l’ancêtre de la fusée.

07 1234                      La rouelle - insigne jaune frappé d’une pastille noire - fait son apparition en Arles : c’est le concile de Latran qui en a rendu le port obligatoire aux juifs en 1215.

1235                           L’empereur Frédéric II entre dans Colmar accompagné d’un éléphant, de chameaux et de panthères.

1236                           Treize ans plus tôt, Gengis Khan a écrasé l’armée du prince de Kiev, et depuis lors n’a cessé de ravager la région, s’arrêtant aux frontières de la République de Novgorod en 1238. Sous la menace, Novgorod fait appel au prince de Perejaslav, Alexandre, qui va se révéler fin politique, habile diplomate et remarquable chef de guerre :

Les Mongols peuvent attendre. Il y a un ennemi plus dangereux que les Tatars, plus près, plus méchant, qu’aucun tribut ne satisfera, c’est l’Allemand. Quand il sera battu, on pourra s’occuper des Tatars […], mais sans Novgorod nous ne pourrons battre l’Allemand, il faut commencer par Novgorod, là est la dernière Russie libre.

1237                           La Seine déborde :

L’année de l’incarnation du Seigneur 1236, avant Noël, le fleuve Seine (…) se mit à enfler, du fait de pluies quotidiennes. Après l’Epiphanie, elle déborda largement. En plusieurs endroits il fallait user de bateaux. La partie au-delà du Grand Pont (la rive droite) était devenue une île, à l’exception d’un bout de terre plus élevé, du coté de l’église St Laurent, qui surmontait les eaux

…/… Que faire ? Devant le danger, l’aide humaine était vaine, et celle de Dieu manquait.(Les Parisiens) jugèrent qu’ils étaient sans doute indignes de traiter directement avec Dieu. Pour se concilier l’Omnipotent, il leur fallait un intermédiaire. Et tous de désigner sainte Geneviève, pour être priée, honorée, suppliée, pour être portée en procession à Notre Dame, pour renforcer la demande du peuple par la présence de son corps, pour intercéder auprès de la Vierge. (…)

Avec bonheur, la procession eut lieu. (Après quelques jours) la Seine se mit à décroître et à regagner son lit.

Recueil des historiens des Gaules. Adapté du latin par Jacques Berlioz 1876

1238                           Alexandre, devenu prince de Novgorod, négocie avec la Horde d’or : moyennant tribut, il obtient la paix. Elle sera durable, trop au goût des habitants de Novgorod, qui se révolteront à plusieurs reprises pour ne plus payer ce tribut.

1240                           Batou, successeur de Gengis Khan à la tête des Tatars, réduit Kiev en cendres : la grande ville des princes de Kiev ne se relèvera pas de cette destruction et perdra son rôle séculaire d’unification et de civilisation du monde slave.

La même année, Alexandre bat les Suédois sur la Néva : cela lui vaut le surnom de Nevski.

1241                           Introduction de la croix à double traverse ou croix de Lorraine, reprenant la forme d’un reliquaire de la vraie croix, rapporté de la croisade par Jean d’Alluye. Conservé à l’abbaye cistercienne de La Boissière (Maine et Loire), elle fût d’abord dite croix d’Anjou avant de devenir Croix de Lorraine sous le règne de René d’Anjou, qui fût aussi duc de Lorraine de 1431 à 1453.

Les cavaliers tatars dévastent la Pologne et la Hongrie, où ils s’enorgueillissent d’avoir cueilli 270 000 oreilles : seule l’annonce du décès de leur souverain Ogodaï les fera renoncer à pousser leur avantage.

5 04 1242                 Sur le lac Peïpous encore gelé, Alexandre Nevski met en déroute les Chevaliers Porte-Glaive [ou encore Chevaliers Teutoniques] : devenu héros national, il devient prince Vladimir-Souzdal, et règne sur la Souzdalie, nouvelle source d’unification de la Russie. A sa mort en 1263, il laisse à son fils cadet Daniel la petite principauté dont Moscou était alors le centre : moins bien dotée par la nature que Kiev ou Novgorod, ou Souzdal, mais plus facile à défendre, ce fût elle qui l’emportera finalement dans le rôle d’unificateur de la Russie, … sous la protection tatare.

La séparation de l’Allemagne et de la France ne résulta pas de décisions souveraines mais d’un  lent processus qui s’apparente à la dérive des continents. Les racines communes restèrent longtemps vivantes. Quand, en 1241, Saint Louis écrit à l’empereur pour demander la libération de religieux, il lui rappelle qu’ils sont tous deux des rois francs.

Au fil des siècles, les deux Etats s’affirmèrent sans s’affronter gravement. Peut-être parce qu’ils empruntèrent des chemins opposés. La France du Moyen Age était aussi fragmentée que sa voisine et le pouvoir du roi étaient moins grand que celui de l’empereur. Mais la royauté française poursuivit obstinément le but unique de l’élargissement de son pouvoir. Nulle grande vision ordonnée, juste une constante ambition de puissance, un « big is beautiful » avant l’heure. Souvent défaite, la royauté n’accepta jamais une organisation du royaume qui eût été un consentement à la limite de son pouvoir. A l’inverse des rois français qui ne renoncèrent jamais à soumettre les pouvoirs locaux, les empereurs allemands consentirent à une irrémédiable division en accordant un poids égal à l’empire et aux seigneuries, à l’empereur et aux féodaux. L’histoire de France est celle de la prééminence sanglante du roi sur les seigneurs. L’histoire de l’Allemagne est celle, longtemps plus paisible, de l’organisation de leur équilibre.

Philippe Delmas. De la prochaine guerre avec l’Allemagne. Odile Jacob 1999.

16 03 1244                 Après dix mois de siège, la forteresse de Monségur tombe : deux cent vingt cinq parfaits meurent sur le bûcher : selon le chroniqueur, ayant refusé de se convertir, comme on les y avait invités, ils furent brûlés dans un enclos de pieux auquel on mit le feu. Ils passèrent directement au feu de l’enfer. C’est la fin de la résistance organisée des « Cathares ».   Le dernier bastion, Quéribus, tenu par Chabert de Barbeira tombera en mars 1255. Trois ans plus tard, en 1258, le traité de Corbeil fera de ce château la frontière entre la France et l’Aragon.

J’écris l’histoire des Albigeois qui, pour leur Christ et leur patrie, soutinrent, au  Moyen Âge, une lutte tragique contre Rome, les rois de France et les Croisades de l’Europe. Toulouse était leur métropole, les Pyrénées leurs forteresses sauvages, les plaines du Midi leurs vastes champs de bataille. Dans ce cirque immense des Cévennes et de la Méditerranée, des Alpes et de l’Océan, sous les bannières de l’Agneau et du Lion, combattirent, dans une mêlée horrible de vingt ans, deux millions d’hommes. Là succombèrent des rois, des princes, des capitaines, les chefs féroces de la Croix et les héros du céleste Amour. Là périrent dans le sang, avec la justice et a liberté, l‘antique nationalité cantabre, la jeune civilisation romane, la double renaissance évangélique de l’Occident. Ce fut comme la ruine d’un monde. Qui souleva toutes ces tempêtes ? La théocratie romaine. Mais voyez ce fantôme qui vient s’asseoir sur votre seuil en gémissant. L’Eglise johannite d’Aquitaine implore aujourd’hui l’hospitalité de l’Eglise réformée de France. Elle sort des sépulcres pour vous raconter ses origines, ses guerres, ses douleurs, son martyre. Votre Société forme un synode permanent, un aréopage religieux de l’histoire. Accueillez pieusement cette noble et sainte veuve. Elle n’est pas notre mère, mais sa sœur d’Orient. Elle vient de Pathos et des sept Églises d’Asie. Elle est la fille de l’Apôtre bien aimé et l’épouse mystique du Paraclet. Consolatrice, elle ne veut pas être consolée, non plus que la Rachel d’Hérode. Ses enfants ont été égorgés ; elle n’a plus de descendants sur la Terre. A-t-elle seulement un tombeau ? Écoutez son gémissement héroïque. Nulle voix plus pathétique n’a été entendue depuis les lamentations qui retentirent en Rama. Les pleurs et la flamme ont éteint ses yeux : le bûcher a dévoré sa chair ; on lui a arraché la langue ; elle a perdu la mémoire ; elle n’est plus qu’une ombre. Je suis la voix de cette ombre, et le rapsode de ce fantôme.

Napoléon Peyrat       Histoire des Albigeois, I - La civilisation romane, C Lacour éditeur. Nîmes, 1997


 


[1] Ecorcher vif le matelot dans sa colère

[2] Aujourd’hui encore les Anglais ont gardé ce nom de Claret pour désigner le Bordeaux.

[3] On trouvera souvent en France des couvents de Jacobins… qui ne sont autres que des Dominicains : jacobin venant de la Rue St Jacques où s’installa le premier couvent de Dominicains.

[4] En grec, catharos signifie : pur.

[5] Mais il en sera de ce terme comme de pas mal d’autres : l’habitude prise, même si elle n’est pas bonne, a une force qu’il n’est pas toujours possible de renverser : ainsi du terme Amérique que son auteur aurait bien voulu corriger, mais trop tard, et encore du terme Indien qui avalise les erreurs de Christophe Colomb et qui nous oblige chaque fois à demander : Indien des Indes ou d’Amérique ?

[6]   En fait, elle a commencé par avoir une fonction dans les rituels sacrés en Chine, dès le IV° siècle av. J.C, avant que les propriétés du magnétisme soient exploitées dans le cadre pratique de la navigation : sa présence est attestée sur des bateaux cantonnais vers les années 1050…. dans notre Méditerranée, vers la fin du XV° siècle, on la nommera « pierre de l’Aimant, ou pierre d’aimant ». Il y a là une évolution progressive, qui s’est faite en plusieurs lieux. Il n’y a pas d’ «inventeur » de la boussole.

[7] La prêtrise est un chemin constitué d’une série d’ordres, qui commencent par être mineurs, le premier d’entre eux étant la Tonsure, pour devenir ensuite majeurs, du sous-diaconat à la prêtrise.

[8] Mais on ne voit pas bien comment on aurait pu dénombrer un million de personnes à Béziers, banlieue et grande banlieue comprises, au début du XIII° siècle !  c’est dire avec quelle circonspection il faut prendre ces chiffres !

[9]   D’autres historiens, dont Régis Debray, prêtent le mot à Foulq, évêque de Marseille réquisitionné par Simon de Montfort. De toutes façons, il est à prendre avec prudence, car on les voit pour la première fois dans un écrit de Césaire de Heisterbach : Le livre des miracles, rédigé quelques 30 ans après les faits. Régine Pernoud va un peu plus loin que cela en disant que le bonhomme n’a pas repris le mot mais l’a tout bonnement inventé.

[10] Auguste… celui qui augmente le royaume.

[11] Il faut bien admettre que les appréciations restent très contrastées : on peut lire sous la plume de Michel Mollat : Un monde de contrastes : les « maîtres de la terre » sont de perpétuels quémandeurs, l’Empire des steppes un champ d’horreurs et de misères : des têtes et des ossements humains, vestiges des massacres, accumulés comme des tas de fumiers ; villages en ruine. Plan Carpin s’indigne aussi de l’abjection des survivants réduits en esclavage, à peine nourris, exposés presque nus à l’ardeur du soleil ou à la rigueur des grands froids, pendant des jours et des nuits.

[12] Auteur en 1305 de La Reconquête de la Terre sainte.


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