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~ 14 800 à ~ 3 000. En orient, début de l’élevage, de l’agriculture, puis de l’écriture. En occident, des mégalithes
14 800 La mégafaune nord américaine - mammouths, chevaux, paresseux géants… - se met à disparaître, et cela va durer à peu près 1 300 ans. Le phénomène est probablement du à la sortie de l’ère glaciaire, entraînant une hausse des températures. Premières victimes, les animaux laissèrent proliférer la végétation, et réchauffement aidant, les incendies se multiplièrent, laissant des traces importantes de charbon que l’on retrouve aujourd’hui dans les carottes prélevées en Indiana - lac Appleman - et dans l’Etat de New York 14 000 à 9 500 Peintures des grottes d’Altamira, au sud de Santander. 13 000 Les Sibériens envahissent les Amériques : ils sont à l’origine des civilisations brillantes et cruelles qui vont se développer dans l’actuel Mexique, en Amérique centrale et du Sud : on fera nôtres les erreurs de Christophe Colomb en les appelant Indiens. Le site paléontologique de Monte Verde, découvert en 1975 sur la côte chilienne, date de 13 000 ans. Mais il existerait des preuves d’un peuplement des Amériques antérieur à celui-là : Pedra Furrada, site du nordeste brésilien, découvert en 1978, daterait de 50 000 ans, Puebla, au Mexique, découvert en 2005, daterait de 40 000 ans : ces peuplements se seraient faits soit par la mer, en l’occurrence la côte ouest du Pacifique, soit par voie de terre, mais pas par l’Alaska, par l’Europe, à une époque où l’Atlantique nord était suffisamment gelé pour permettre un déplacement de groupes humains. Il y a trois sortes d’hommes : les vivants, les morts, et ceux qui vont sur la mer. Platon ~ 12 000 Une oscillation de l’axe de rotation de la terre déplace légèrement vers le nord les moussons saisonnières de l’Afrique. Toute la zone du Sahara, jusqu’alors désert à peu près comme aujourd’hui, et ce depuis 70 000 ans, connaît d’abondantes précipitations qui créent un important réseau hydrographique, et couvre la zone de végétation, laquelle va commencer par attirer les animaux, puis l’homme. En Europe, début de la transgression flandrienne, suite de la dernière glaciation. Dans les régions arctiques, l’homme commence à domestiquer les plus gentils des loups… qui deviennent chiens. Mésolithique : ~ 10 000 à ~ 5 000. ~ 10 000 Les glaciers fondent en Amérique du Nord, libérant les eaux d’immenses lacs qui refroidissent les courants marins et produisent un refroidissement des zones bénéficiaires du Gulf stream. Mais la principale manifestation de la fin de la dernière glaciation - le Würm -, est un réchauffement, qui éloigne les hommes de la proximité des grottes et cavernes - mettant ainsi fin à l’art pariétal en Europe occidentale -. Les rennes migrent vers le nord ; les mammouths, impuissants à s’adapter, disparaissent, et, dans nos zones désormais tempérées, l’agriculture permanente apparaît : l’homme, qui vivait jusqu’alors essentiellement de cueillette, chasse et pêche, en petites cellules nomades va se sédentariser, les premiers foyers se situant entre Méditerranée et Mer Noire : Grèce, Turquie et branches vers les actuels Irak, Syrie et Palestine Israël. Cette sédentarisation va donner naissance aux premiers villages où l’on inventera les premiers outils agricoles[1] : faucille, meule ; la pierre taillée cède la place à la pierre polie, on invente aussi la poterie. Plus au sud, au Sahara, vert depuis une vingtaine de siècles au plus, s’installent les Kiffiens, peuple de pêcheurs : on retrouvera des tessons de leurs poteries à Gobero, à peu près à 150 km au sud-est d’Agadez. Ils disparaîtront vers ~ 8000. La population de l’ensemble de la terre serait au maximum de dix millions. Le littoral méditerranéen de notre actuel Languedoc suit à peu près une ligne de Rosas à Marseille. La Durance, jusque là fleuve côtier indépendant du Rhône, ayant son delta dans l’actuelle plaine de la Crau, a rehaussé sa rive gauche par apport de galets à tel point qu’elle ne peut plus franchir le pertuis de Lamanon - 7 km au nord de Salon de Provence, à l’extrémité orientale de la chaîne des Alpilles - et trouve le seuil d’Orgon, plus en aval en contournant les Alpilles par le nord, devenant ainsi un affluent du Rhône, dans lequel elle se jette en Avignon. A l’autre bout de la France, on va à pied sec du site de Calais à celui de Douvres : c’est alors un isthme et pas encore un détroit… et très loin de là à l’est, l’actuel détroit de Behring lui aussi est un isthme permettant le passage des humains comme des animaux. Les Apaches, qui vivent aujourd’hui dans des réserves du sud-ouest des Etats-Unis, se disent descendants des Mongols, car ils ont tous deux une marque bleue au bas du dos, à l’emplacement du rein droit. J’aimerais savoir comment était la vie, il y a dix mille ans, disait Pépé. J’y pense souvent. La nature devait ressembler à celle d’aujourd’hui, avec les mêmes arbres, la même terre, les mêmes nuages, la même neige qui tombait de la même façon sur l’herbe et qui fondait, le printemps venu. Les gens exagèrent les changements de la nature, comme si elle était si légère ! […] La nature résiste aux changements. Et si changement il y a, la nature attend de voir s’il peut durer. Dans le cas contraire, elle l’écrase de tout son poids ! Il y a dix mille ans, la truite, dans le torrent, devait être toute pareille à celle de maintenant. […] C’est pour ça que j’aimerais y aller ! Pour voir comment on a appris ce que nous savons aujourd’hui. Prends un chevreton par exemple. Il n’y a rien de plus simple. Traire la chèvre, chauffer le lait, le faire cailler et presser le tout, chacun l’a vu faire bien avant de savoir marcher. Mais comment a-t-on découvert que la meilleure façon de cailler le lait était d’utiliser un estomac de chevreau, le gonfler comme un ballon, le sécher, le tremper dans l’acide, le réduire en poudre et jeter quelques grains de cette poudre dans le lait chaud ? J’aimerais bien savoir comment les femmes ont découvert ça ? […] C’est ça que j’aimerais savoir si j’étais un corbeau sur un arbre ! Toutes les bêtises qu’on a dû faire ! Et petit à petit, lentement, le progrès. […] Le fil du savoir, que la nature n’écrase pas, ressemble au fil d’or qui court dans une roche. John Berger La Cocadrille La Fontaine de Siloé 1992 ~ 9500 Un groupe de chasseurs établit un campement sur les bords du Verdanson, là même où, dix mille ans plus tard, se créera Montpellier. Premiers arcs, une révolution en matière d’armes. ~ 9 000 Début de l’élevage de la chèvre et du mouton en Anatolie. Les Chinois prennent déjà de l’avance en découvrant l’alcool… de riz bien sûr : c’est à Jiahu, dans le Henan, où l’on trouvera en 2005 des jarres recelant des traces de résidus de fermentation. ~ 8 000 Début de l’élevage de la vache en Anatolie. Début de la domestication du mil au sud du Sahara, au nord-nord-est du fleuve Sénégal. Les changements alimentaires de l’homme, par le passage du cru au cuit, lui font ressentir le besoin de sel. ~ 7500 Début de l’exploitation des mines de sel à Hallstatt, dans l’actuelle Autriche. ~ 7000 Le mouton arrive dans ce qu’est aujourd’hui le midi de la France : ils vont commencer à tracer des drailles, sans avoir alors de berger, leur survie leur commandant la transhumance pour fuir les chaleurs de l’été comme les rigueurs de l’hiver. Dans l’actuel Pérou, l’homme cultive la papa - la pomme de terre - : le carbone 14 en trouvera des traces dans les grottes le long du Rio Chilca, au sud de Lima. 3000 ans plus tard, on retrouve des traces de la même papa, près de Casma, dans le nord du Pérou. On va dénombrer dans les Andes et les vallées boliviennes plus de 1 400 variétés de pomme de terre. Les indiens mettront assez vite au point le chuño, un produit de déshydratation de la pomme de terre : exposée pendant trois nuits au gel, elle l’est ensuite au soleil, puis foulée pour rendre son eau. Après 45 jours de séchage, vous avez le chuño. ~ 6500 Après un intervalle aride, le Sahara entre dans sa dernière période humide et ce sont des nomades qui le peuplent : les Ténéréens, à peu près pour 2000 ans. On retrouvera leurs outils sur le même site que leur prédécesseurs - les Kiffiens- à Gobero, au sud-est d’Agadez. vers ~ 6200 La déglaciation est déjà à l’œuvre en Amérique du Nord. L’eau de l’immense lac Agassiz est retenue par une digue de glace qui se rompt brutalement : cette énorme masse d’eau douce se déverse brutalement dans l’Atlantique, dont le niveau augmente d’un mètre et demi, entraînant un brusque refroidissement pour quelques décennies de l’Europe, par arrêt du Gulf Stream. Cela va provoquer un premier relèvement du niveau de la Méditerranée. ~ 6000 Invention de la céramique. vers ~ 5800 L’augmentation générale de la température a provoqué la fonte des glaciers d’Europe occidentale et d’Eurasie, et l’expansion thermique des océans : les deux phénomènes se traduisent par une montée du niveau de la Méditerranée d’à peu près 90 m[2]. Elle est alors au maximum de son extension : les cordons littoraux du Languedoc et du Roussillon n’existent pas encore. Un verrou sépare la mer Méditerranée - Marmara plus précisément - du lac d’eau douce aujourd’hui nommé Mer Noire, dont le niveau est inférieur de 150 m. Le niveau se met à dépasser celui du verrou, et la Méditerranée se déverse, doucement d’abord, puis, érosion aidant, de plus en plus vite, dans ce lac, jusqu’à équivalence des niveaux. Le phénomène est identique pour la mer d’Azov et la Mer Caspienne, par un autre passage. On ne sait pas en combien de temps cela se fit, mais Noé en eut tout de même assez pour construire une arche et y sauver tout ce qui pouvait l’être ; toutes ces populations se réfugièrent probablement le long des fleuves qui alimentent la Mer Noire : Dniepr et Danube. Une autre hypothèse parle de la rupture d’une poche d’eau subglaciaire, dans les grandes plaines d’Ukraine, de très grande dimension, qui se serait brutalement déversé dans la Mer Noire en ~ 6700. Yahvé fit disparaître tous les êtres qui étaient à la surface du sol, depuis l’homme jusqu’aux bêtes, aux bestioles et aux oiseaux du ciel : ils furent effacés de la terre et il ne resta que Noé et ce qui était avec lui dans l’arche. La crue des eaux sur la terre dura cent cinquante jours. Genèse 7 17 C’est de ce millénaire que datent les premières traces de l’existence du vin, en Géorgie, en Arménie, dans les Monts Zagros en Iran ; selon la Bible le vin apparaît quand baissent les eaux du déluge. ~ 5750 On trouve en Anatolie des figurations devenues célèbres de la Déesse-Mère en Maîtresse des Animaux. Dame des créatures sauvages, elle fait visiblement corps avec la nature, fraternisant avec les bêtes les plus indomptées. Françoise Gange Les Dieux menteurs. La Renaissance du Livre 2001 Toute l’Europe néolithique, à en juger par les mythes et les légendes qui ont survécu, possédait un ensemble de concepts religieux remarquablement homogène, fondé sur le culte de la Déesse Mère[3] aux si nombreuses appellations, que l’on connaissait aussi en Syrie et en Lybie. […] L’Europe ancienne n’avait pas de dieux… La Grande Déesse était considérée comme immortelle, immuable et toute puissante ; et le concept de la filiation par le père n’était pas encore apparu dans la pensée religieuse. Robert Graves Les mythes grecs ~ 5500 Au nord de l’actuel Kazakhstan, l’homme commence à domestiquer le cheval, non seulement pour être monté mais aussi pour fournir la viande et le lait. Il est bien possible que cette antériorité du cheval sur les bovins et les ovins tienne à ce que le premier se débrouille tout seul pour se nourrir toute l’année quand les seconds doivent être nourris pendant l’hiver. ~ 5400 à ~ 2700 A l’embouchure du Dniestr sur la mer Noire, dans l’actuelle Roumanie et Moldavie, se développe la civilisation de Cucuteni-Tripolye, et sur le Danube, celle de Lepenski Vir. Ils vont construire des villes qui pourront avoir jusqu’à 20 000 habitants, d’une durée de vie très courte, 40, 50 ans au bout desquels elles étaient brûlées, sans doute parce que la cueillette imposait le déménagement,… quand il n’y avait plus rien à cueillir. Des changements climatiques y mirent fin, non sans qu’il aient cherché à survivre en se réfugiant dans des grottes. www.culture.gouv.fr/culture/arcnat/harsova/fr/index.html Plus près de chez nous, dans l’actuelle Allemagne, à Herxheim, près de Spire, des hommes se sont livrés au cannibalisme, on ne sait pas très bien pourquoi, probablement plus par obéissance à des pratiques culturelles que parce que le ventre criait famine : toujours est-il qu’une centaine d’hommes en ont croqué à peu près un millier d’autres ! Premières cités lacustres sur les lacs alpins : www.chalain.culture.gouv.fr/fr/ Holocène ~ 5000 à nos jours. Néolithique : ~ 5000 à ~ 2100 ans. On va baptiser révolution néolithique, le passage du stade de la cueillette à celui de l’élevage et de l’agriculture, de la fonction de prédateur à la fonction de producteur. Cette révolution, née au Moyen Orient a gagné l’Europe par deux voies principales : l’une, maritime qui, par les Cyclades et la Sicile, gagne l’Afrique du Nord et le sud de l’Europe ; l’autre, terrestre, part du Caucase pour gagner l’Europe Centrale puis les îles britanniques. On circulait donc, et souvent les matières alors précieuses circulaient aussi, et ce, parfois dès le paléolithique : l’obsidienne, roche volcanique noire de l’île de Milo, circule dans toute la Grèce. Les bracelets en coquille de spondyle de la Méditerranée atteignent toute l’Europe Centrale, on retrouve des coquillages des bords de l’Atlantique dans des tombes d’Alsace. Et voyagent aussi le cuivre de la Bulgarie, l’or du Caucase, le sel de l’Atlantique. Le silex jaune du Grand Pressigny, en Touraine, se retrouve jusqu’aux Pays Bas et en Suisse. vers ~ 5000 Peintures et gravures pariétales du Sahara, au long de la voie de circulation qui va des bords du Nil à l’Atlantique : c’est le centre d’art préhistorique le plus riche du monde. Si le néolithique représente le stade le plus évolué de civilisation au Sahara, les peintures et gravures pariétales ont commencé beaucoup plus tôt. Alors humide et fertile, le Sahara est peuplé d’hommes venant aussi bien de l’Europe Blanche que de l’Afrique Noire ou d’Afrique de l’est. La densité est l’une des plus fortes du monde. La présence de meules et de broyeurs, si elle ne suppose pas obligatoirement une agriculture - dont nous n’avons pas de trace - signifie au moins la cueillette de graminées sauvages, pratiqué tant par les chasseurs que par les pêcheurs. L’artère principale de cette vie, c’est le fleuve Tafessasset qui prend sa source au nord du Tassili des Ajjers pour alimenter, 1200 kilomètres au sud, le lac Tchad, lequel occupait alors à peu près 100 000 km². [Vers 1910, il occupait encore de 20 à 23 500 km² ; il est passé à 9 000 km² dès 1973, et sera pratiquement à sec en 1984]. Les pasteurs domestiquent alors le dromadaire, [réapparu après une « éclipse » de milliers d’années, car les premiers hommes du Sahara l’ont représenté : il était alors sauvage] mais encore le mouton et surtout la chèvre, puis enfin le bœuf. Outre les poissons et coquillages, on a trouvé des restes d’hippopotames, de crocodile, tortue, moules. Les pasteurs se font aussi chasseurs et il s’agit alors de rhinocéros, girafe, éléphants, antilope, âne sauvage, lynx et même le lion. L’outil était donc développé : haches polies, flèches etc, mais aussi bijoux faits avec des coquilles d’œufs d’autruche coupées en rondelles, voire avec du quartz ou encore de l’amazonite. Sur le site des Almendres, proche d’Evora au Portugal, des hommes dressent un cromlech : deux cercles concentriques dont le plus grand fait dix neuf mètres de diamètre. Le site va rester actif pendant plusieurs millénaires, jusqu’au néolithique récent, et s’enrichir d’autre mégalithes, dont quelques uns gravés. C’est le point de départ du mégalithisme qui va se diffuser surtout par voie de mer, vers le nord, la Bretagne et l’Angleterre, mais encore l’Hérault et l’Aveyron, Arles, sur les rives méditerranéennes de la France. Cela nous vient d’Asie Mineure ; la parenté est claire avec ce que l’on peut voir alors dans les Cyclades, en Crète, à Mycènes, Malte et sur l’emplacement de Troie. A Babylone, on se lamente déjà sur cette fichue jeunesse : Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du cœur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d’aujourd’hui ne seront pas capables de maintenir notre culture. Vu sur une poterie Dans les zones basses et chaudes de l’actuel Mexique, ou au Guatemala, les Indiens obtiennent du maïs à partir d’une plante sauvage - teocentli : Euchloena mexicana -. On ne saurait trop insister sur le bouleversement vraiment révolutionnaire que la découverte du maïs (…au Mexique) apporta dans la vie des hommes. Un des éléments les plus importants sans doute de cette révolution a été la possibilité désormais ouverte aux agriculteurs d’accumuler des réserves suffisantes pour se nourrir d’une récolte à l’autre (avec l’appoint de la chasse et de la cueillette) au moyen d’un travail relativement réduit. Morris Steggerda a calculé qu’un paysan maya du Yucatan, cultivant son champ selon les méthodes traditionnelles encore en usage, ne doit fournir que cent quatre-vingt-dix jours de travail par an pour nourrir sa famille et lui-même. La culture du maïs a donc permis aux Indiens d’échapper à l’épuisante nécessité de la quête quotidienne du gibier ou des plantes sauvages, et leur a donné du temps, base indispensable d’une vie sociale, religieuse, artistique complexe[4]. C’est sur cette base qu’ont été bâties toutes les civilisations de cette partie du monde. Jacques Soustelle Les origines de l’Amérique précolombienne 1986 En Chine, on cultive déjà du blé et du millet au nord, du riz au sud. Le porc et le chien sont domestiqués. La Chine du nord, celle du Hoang-Ho est la plus développée. Le tissage du chanvre et la sériciculture sont connus : La femelle du bombyx du mûrier (type de papillon qui a pour chenille le ver à soie) pond, vers la fin du mois de juin, de 500 à 600 œufs. En avril, la larve se transforme en chenille, très vorace de feuilles fraîches. Avant de devenir papillon, la chenille, grâce à sa salive, s’enferme dans un cocon ovoïde. La sécrétion, composée de deux filaments continus et collés l’un a l’autre par la séricine, ou « grès », constitue la soie. Au bout de trois semaines, le papillon ramollit l’extrémité du cocon avec sa salive, écarte les filaments et sort. Mai il faut éviter cette dernière étape, nuisible à la qualité du fil. La chrysalide est donc ébouillantée avant sa sortie du cocon. Le dévidage de chaque cocon produit deux ou trois kilomètres de filament blanc, dont seuls 400 à 1 200 mètres sont tissables. Histoire du Monde L’Antiquité Larousse 1996 vers ~ 4800 Sur le territoire de ce qui sera la Gaule, les premières communautés agropastorales, cultivant le blé et l’orge, élevant porcs et moutons, prennent le pas sur les derniers chasseurs-cueilleurs du paléolithique. Sur le site actuel de Buthiers-Boulancourt, en Seine et Marne, un homme a un grave accident au bras gauche. Il y a au moins un chirurgien sur place pour décider de l’amputation, qui se fait probablement avec une lame de silex, de la face antérieure vers la face postérieure. L’humérus a cicatrisé, preuve que l’amputé a survécu, sans infection, preuve encore que le chirurgien maîtrisait aussi l’hémorragie et l’asepsie. On ne connaît que deux autres cas avérés d’amputation à cette époque, un peu antérieurs, à Sondershausen, en Allemagne et à Vredovice, en Moravie, République tchèque, et deux autres, avec moins de certitude, en Irak et en Croatie. vers ~ 4500 Dans les steppes de l’actuelle Ukraine, dans la région de Kuban se développe une civilisation dite de la céramique cordée - décoration obtenue par l’application directe d’une cordelette sur la terre fraiche - . Ces peuplades disposent de l’araire et domestiquent le cheval. Il semble bien que c’est là qu’il faille chercher le fonds commun de ce qui fait les langues indo-européennes, [Proto-Celtes, Proto-Latins et Proto-Germains] dont le développement vers l’ouest sera assuré par celui de l’araire. Ce mouvement migratoire atteignit la France actuelle de ~ 2200 à ~ 2000. vers ~ 4235 Fondation de la ville de Suse, dans le delta du Tigre et de l’Euphrate. La vie du Nil règle celle des Egyptiens : ses crues ordonnent toute l’activité agricole, centrée sur les berges… au-delà c’est le désert. Si l’on peut prévoir tout cela, le travail sera plus facile… et cela va les amener à reconnaître les premiers la durée approximative de l’année et à adopter un calendrier de 365 jours, répartis en 12 mois sur trois saisons. Les limons sont couramment utilisés pour bâtir en brique crue l’habitat local, mais ils possèdent en outre la faculté de devenir glissants comme de la neige lorsqu’ils sont arrosés d’eau : et c’est ainsi que les Egyptiens vont transporter leurs obélisques… sur des traîneaux au bout desquels se tient un « arroseur » qui mouille le limon… jusqu’aux plus proches rives, l’essentiel du transport se faisant par voie d’eau. L’Egypte est un don du Nil Hérodote Histoire II, Paragraphe 5. Le même Hérodote disait encore : Le Nil vient du Couchant et des contrées occidentales, mais au-delà, nul de possède de renseignements certains, car le pays, en raison de son climat brûlant, est un véritable désert. vers ~ 4000 Sur le Causse du Larzac, la Vis abandonne un méandre pour couper au plus court : cela va donner le cirque de Navacelles. Elle est aujourd’hui à 300 m au dessous du niveau du Larzac, et creuse son lit à la vitesse d’un dixième de mm par an. Sir Charles Leonard Wooley s’est livré dans les années 1926- 1928 à des fouilles sur le site d’Ur, à l’époque port du golfe persique : après avoir trouvé de nombreux vestiges de l’époque, il avait rencontré une couche d’argile de trois mètres d’épaisseur, qui ne pouvait qu’être le témoin du déluge, nous dirons d’« un » déluge puisqu’il n’y a aucune raison pour qu’il n’y en ait eu qu’un seul, dont la datation est déterminée par l’examen des vestiges des couches voisines. On estime la population mondiale à environ 25 millions : en 4 000 ans, l’amélioration quantitative de la nourriture que permet le développement de l’agriculture va multiplier cette population à peu près par dix. Première mention est faite de l’existence du vin en Egypte, sur une tombe, et c’est pour un usage thérapeutique. vers ~ 3500 Les mines de sel de Hallstatt, dans l’actuelle Autriche, atteignent un degré de développement que l’on qualifierait aujourd’hui d’industriel : des galeries à 150 m. de profondeur, sur des longueurs de 150 m., 20 m. de haut, 15 de large ! Dans le golfe du Morbihan, des hommes trouvent le moyen de faire traverser l’estuaire de la rivière d’Auray à une dalle de 20 tonnes pour recouvrir le dolmen de l’île Gavrinis. ~ 3329 Aux pieds du Tisenjoch, dans le Massif de l’Ötztal, sur l’actuelle frontière entre l’ Autriche et l’Italie, à l’ouest des Dolomites, un homme de 46 ans, est aux abois ; il mesure 1,58m, souffre de rhumatismes et d’une maladie proche de la malaria. Ses poumons sont encrassés par la fumée de sa maison. Il a des tatouages en des points du corps reconnus par l’acupuncture. Pourquoi est- il donc monté si haut ? sans doute pour se procurer du minerai. Un adversaire le poursuit ; il prend arc -1,80m, en if - , flèches et poignard et s’en va. Il va se battre : deux côtes cassées, une pointe de flèche dans l’épaule gauche, une blessure à la main droite. Affaibli, il s’arrête, perd du sang et meurt. Le glacier de Similaun, dans le haut Adige italien le gardera pendant 5 320 ans dans une glace immobile de par le relief sur lequel elle se trouvait, et qui, en fondant, l’amènera au jour à 3210 mètres d’altitude, quand Erika et Helmut Simon, alpinistes de Nuremberg le découvreront le 24 septembre 1991 : on retrouvera une panoplie de plus de 400 objets autour de lui : vêtements, silex, hache de cuivre etc… on le nommera alors Ötzi, en référence au nom du massif. Il se trouve au musée de Bolzano, et visible sur www.icemanphotoscan.eu/ et www.iceman.it/ Et, fin mars 2010, un hélicoptère découvrira à moins de cinquante mètres un autre corps remonté en surface par le glacier : sa femme ! La puissance des analyses d’aujourd’hui permettra-t-elle de savoir si le couple est mort en se battant, à plus de 3000 m, contre un ennemi commun, ou bien s’il s’agit d’une simple et tragique querelle de ménage ? vers ~ 3000 Les techniques agricoles pratiquées sur l’île de Taïwan donnent des rendements de plus en plus élevés, et partant, des problèmes démographiques qui vont provoquer des vagues d’émigration étalées sur plusieurs siècles. Les premières atteindront les Philippines, puis l’Indonésie. Les dernières, pratiquement tout le Pacifique : Fidji, Vanuatu, Hawaï jusqu’à Rapa Nui, la fameuse île de Pâques ; dans l’océan indien, Madagascar. On ne peut soutenir que tous ces peuplements se firent sur des îles désertes, mais il est établi aujourd’hui que toutes les langues austronésiennes ont une origine taïwanaise. Fondation de Rushhalimum, qui deviendra Jérusalem. Un peu partout dans le monde - Europe occidentale, Afrique du Nord, Palestine, Caucase, Inde centrale, et même Japon, au cap Ashiruzi, au sud de l’île Shikoku - , on se met à dresser des mégalithes en des lieux que d’aucuns disent choisis pour leur manifestations de forces telluriques : en Espagne, le site majeur, le plus ancien, - vers ~2800 - se trouve à Los Millares, tout à coté d’Almeria ; ils jalonnent aussi l’actuel Chemin de Compostelle. Leur orientation, déterminée par les solstices ou les équinoxes, laisse à penser qu’ils étaient liés à un culte solaire. Les dolmens sont des tombes, au départ très souvent recouvertes de terre, formant un tumulus ; les cromlechs - enceinte circulaire - et menhirs - pierre dressée - ont une fonction beaucoup moins bien élucidée. Parfois, les menhirs deviennent statues[5], avec une stylisation de l’homme et de ses vêtements : les régions les plus riches sont la basse vallée du Rhône, de Marseille à Rodez, le Valais suisse, l’Ukraine ; on en trouve aussi en Bretagne, Espagne et Portugal, Corse et Sardaigne. Et on ne rechignait pas à la tâche : à Erdeven (Morbihan) on en compte 1129 sur deux rangs parallèles et une longueur de 2105 mètres, à Carnac : 2934, étendus sur plus de quatre km, en trois groupes successifs : Ménec : 1170, Kermario : 985, et Kerlescan : 779. On pense qu’il a dû y avoir à Carnac environ 10 000 menhirs, s’étendant sur huit kilomètres jusqu’à la rivière de Crach. Le Mont Saint Michel de Carnac a des dimensions impressionnantes : 70 m de large, 125 m de long pour une hauteur de 10 m : il aurait peut-être été construit pour un seul personnage. http://www.culture.gouv.fr/culture/arcnat/fr/megalithes/fr/index.html (une bizarrerie dans l’adresse fait peut-être apparaître entre arcnat et mégalithes un /fr/qu’il suffit d’enlever pour y arriver.) Le grand dolmen de Bagneux, près de Saumur, - 17 m de long sur 4 de large - a servi d’écurie pour une quinzaine de chevaux à la fin du XIX° siècle, puis de salle de bal au Café de la Grand-Pierre-Couverte ! Les animaux à même de porter ou de tirer vont à nouveau redonner toute leur puissance aux nomades, surtout lorsque l’invention de la roue pleine, en bois, et du mors, feront du cheval le meilleur allié de l’homme : La domestication du cheval, puis du renne, du dromadaire et du chameau, rendant aux nomades d’Asie le pouvoir qu’ils avaient un temps laissé aux paysans de Mésopotamie, confère à ces cavaliers du vent les moyens de dicter leur destin aux immobiles. La maîtrise par des pasteurs d’animaux capables de transporter de lourdes charges, de tirer des chariots et de porter des gens en armes, révolutionne le monde. Pour la première fois, l’homme peut voyager plus vite que son pas, transporter plus qu’il ne peut porter. Jacques Attali. L’Homme nomade. Fayard 2003. vers ~ 2850 Gilgamesh règne sur la civilisation sumérienne, alors à son apogée - c’est l’Irak actuel - . Ces peuples ont inventé l’écriture : on a trouvé sur les sites de Djemdet-Nasr et d’Our, en Mésopotamie ainsi que dans l’enceinte du grand temple d’Uruk (aujourd’hui Warka), des tablettes d’argile en écriture cunéiforme pour gérer les deux principales ressources économiques : l’élevage et la culture céréalière, et cela n’est pas contradictoire avec les usages religieux, les temples servant de banques et de régies de la vie économique. On commence par avoir des pictogrammes qui représentent les faits de la vie courante, gerbes d’orge, bestiaux, personnages humains. En combinant plusieurs pictogrammes, on parvient à exprimer une idée : c’est alors l’idéogramme. Vers 3000, les Sumériens vont inventer l’écriture phonétique en prenant le rébus comme principe de leur écriture. Pour désigner le mot chapeau, on associe le pictogramme du chat et celui du pot, et ainsi de suite. L’écriture sera dite cunéiforme parce qu’effectuée avec la pointe d’un roseau qui laisse sur l’argile une forme de coin. Ils ont aussi inventé la roue et l’araire, qui par le sillon qu’elle trace permet de semer sans retourner la terre avec la houe : les rendements augmenteront notablement. On y utilise déjà les hydrocarbures, qui affleurent en plusieurs endroits : bitume pour l’imperméabilisation des toitures et des digues, pour le calfatage des bateaux, pour la fabrication du mortier d’assemblage des briques et des pierres de construction, pétrole brut pour l’éclairage. Et quand on ne pouvait disposer de bateaux, on assemblait en radeau des outres gonflées sur lesquelles on se laissait aller au fil de l’eau : arrivés à destination, en aval, il ne restait plus qu’à dégonfler les outres qui retournaient au point de départ à dos d’âne ! L’accroissement de la population demande celui des surfaces cultivées, qui ne peut se faire qu’avec une augmentation de l’irrigation, laquelle, sous un climat chaud et sec, entraîne une accumulation progressive de sel dans les sols : du blé[6], les Sumériens vont passer à l’orge qui supporte mieux le sel, mais 1700 ans plus tard l’orge aussi ne supportera plus l’augmentation de la salinité : c’en sera fait de la civilisation sumérienne. Paradoxalement, les archéologues auront plus d’informations sur les périodes guerrières de cette Babylone que sur celle d’après Jésus-Christ : les tablettes d’argiles étaient jetées au fur et à mesure par les scribes et utilisées en remploi dans les constructions : lorsque l’ennemi venait à incendier ces cités, ces tablettes cuisaient et devenaient ainsi résistantes à l’usure du temps, ce qui bien sur, ne sera pas le cas du papyrus utilisé quelques vingt trois siècles plus tard. Si l’écriture est née, de manière indépendante, dans trois régions seulement - le Croissant fertile, la Chine[7] et le Mexique -, ce n’est pas une coïncidence. En effet, ces régions représentent les premiers exemples de domestication végétale et animale, signe des sociétés capables d’évoluer… ce qu’on présente comme une invention a été en fait élaboré pendant des centaines, voire des milliers d’années. Jared Diamond, université de Californie. L’Histoire. Janvier 2001 Gilgamesh laissera une légende, l’Epopée de Gilgamesh[8], histoire d’un roi tyrannique et tempétueux qui règne sur la cité d’Uruk. Il y est question d’une rivalité avec la lointaine cité d’Aratta, qui pourrait être localisée aujourd’hui en Iran, dans la vallée du Halil Rud, près du village de Jiroft, au nord du détroit d’Ormuz Il y est aussi question d’un déluge qui ressemble fort à celui de la Bible. Mais la direction des vents indiqués le localiserait à l’embouchure du Tigre et de l’Euphrate, sur le Golfe persique, là où Wooley a trouvé une couche d’argile de 3 mètres d’épaisseur en effectuant les fouilles d’Ur. Celui qui échappe au courroux divin s’appelle Utanapishtim et non Noé et c’est Ea, le dieu de la sagesse, acquis à la cause des hommes qui le prévient : Homme de Shurupak, fils d’Abaratutu, abats ta maison, construis un bateau ! Renonce à tes richesses pour te sauver la vie ! Détourne-toi de tes biens pour te garder sain et sauf ! Mais embarque avec toi des spécimens de tous les animaux. Que le bateau que tu dois construire le soit selon des normes bien établies. Utanapishtim construisit donc son bateau et dit : Le cinquième jour, j’ébauchai sa forme. Sa base était de 12 iku [environ 3500 m²]. Ses flancs avaient 10 gar [6 mètres environ]. Je lui donnai 6 étages. Dans le sens de la largeur, je le partageai en sept compartiments. Je disposais neuf cabines à l’intérieur. Je versai 6 sar de bitume dans le fourneau. Tout ce que je possédai en semence de vie, je le chargeai sur le bateau. J’embarquai des animaux divers et des ouvriers. Je montai dans le bateau et fermai la porte. Dès le premier reflet de l’aurore, des nuages noirs s’amassèrent. Adad y grondait. La colère d’Adad parvint jusqu’au ciel : tout ce qui était clair devint sombre durant six jours et six nuits. Le vent et le déluge faisaient rage, la tempête du sud détruisit le pays. Quand vint le septième jour, la tempête du sud et le déluge furent vaincus dans la bataille qu’ils avaient conduite comme une armée. La mer se calma et se tut, l’ouragan et le déluge cessèrent. Et toute l’humanité s’était transformée en glaise. Les champs avaient pris la forme régulière d’un toit. J’ouvris le soupirail et ma figure fût illuminée. Le bateau se posa sur la montagne Nisir. La montagne Nisir reçut le bateau et l’empêcha de rouler. ****************** Les premiers mythes de Sumer, tels qu’ils sont parvenus jusqu’à nous, portent sous leur vernis patriarcal de surface qui fait l’apologie du combat victorieux des héros et des Dieux contre le Monstre, symbole de chaos (alias la Déesse qu’on démonise), une strate originelle enfouie, qui émane ouvertement de la culture du divin féminin… puisqu’elle raconte ces mêmes terribles affrontements, mais vus et vécus du coté de l’agressé, c’est-à-dire du peuple de la Déesse, qui voit émerger la barbarie suprême avec ces héros, et ces Dieux venus supplanter par la force des armes sa très antique Mère divine, pilier du monde jusque là. Car il en est des textes exactement comme des strates d’occupations successives dans les sols : les derniers occupants sont venus enfouir les traces des occupations antérieures. Il apparaît ainsi que les vainqueurs sont venus recouvrir la trame originelle des écrits, qui racontait l’ébranlement des assises du monde et la fin tragique de l’antique culture attaquée. Ils sont venus plaquer, par-dessus ce récit pathétique, leurs chants de triomphe, qui transforme leur usurpation des pouvoirs… en une sainte croisade pour que triomphe le Bien, à savoir leur propre idéologie ainsi légitimée. Sous ces chants de victoire apparaît en effet clairement la strate originelle qui est, au contraire, une lamentation sur la Déesse attaquée par ces mêmes héros guerriers dont la strate postérieure vient exalter la victoire. Strate postérieure qui n’est d’ailleurs, la plupart du temps, que grossièrement plaquée sur le récit originel, auquel elle vient se juxtaposer sans grand souci de logique. On verra ainsi percer, au beau milieu de la strate patriarcale consacrée à l’apologie du héros que l’idéologie conquérante veut promouvoir (Gilgamesh, Dumuzi, Baal, Ninurta, etc.), le thème situé aux exacts antipodes de la Vengeance de la Déesse, c’est-à-dire de la résistance de l’antique culture attaquée, qui se défend en châtiant ce même héros, perçu comme un usurpateur. Les mythes de Sumer, et là est leur contribution considérable à la connaissance de notre histoire, nous permettent alors, […] d’assister au début de la gigantesque lutte armée qui a conduit, voici plus ou moins 5 000 ans au Proche Orient, à la plus formidable inversion des valeurs : l’humanité passant du règne de la Mère divine, matrice de l’univers, à celui du Père tout-puissant dominant la Création. …/… Les diverses mythologies du monde font toutes mention de temps de chaos accompagnant les guerres de conquête patriarcale, « avant que le Ciel ne soit séparé de la Terre », c’est-à-dire avant que le féminin, identifié à la Terre, ne soit rivé à l’En-bas et séparé de l’En-haut (du divin) investi par le viril, identifié au ciel. Ce qui témoigne du fait que les peuples de la Déesse ont partout lutté farouchement, comme ce fut le cas à Sumer, pour défendre leur culture attaquée. L’ordre patriarcal, asséné par la force et la ruse, ayant connu d’innombrables reculs avant son implantation définitive Françoise Gange Les Dieux menteurs. La Renaissance du Livre 2001 La Bible, dont la rédaction ne pouvait échapper au cadre des grand mythes de l’époque, en est directement inspirée et son tout premier récit, - celui de la Genèse - donne lieu à une très curieuse situation : deux récits de la Création, comme si l’auteur avait biffé le premier pour en écrire un second, puis, finalement n’avait pu de résigner à mettre le premier à la corbeille, avec une espèce de prudence de Normand disant : dans cette grande affaire, je ne sais pas actuellement qui va finir par avoir le dessus, donc gardons deux fers au feu ; les générations futures choisiront ce qui leur convient. Ainsi l’on a dans le premier récit :
Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur le poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre ». Et, dans le deuxième récit : Alors Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant. Yahvé Dieu planta un jardin en Eden, à l’orient et il y mit l’homme qu’il avait modelé. Yahvé Dieu fit pousser du sol toute espèce d’arbres séduisants à voir et bons à manger, et l’Arbre de vie au milieu du jardin, et l’Arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Yahvé Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder. Et Yahvé Dieu fit à l’homme ce commandement : « Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort. Yahvé Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie. » Yahvé Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné. L’homme donna des noms à tous les bestiaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes sauvages, mais, pour un homme, il ne trouva pas d’aide qui lui fut assortie. Alors Yahvé Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu’il avait tiré de l’homme, Yahvé Dieu façonna une femme, et l’amena à l’homme. Alors celui-ci s’écria : A ce coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! ******************* Dans la première version, l’homme et la femme sont créés simultanément, ce qui entraîne l’idée de liberté et d’égalité de l’un par rapport à l’autre. Dans la deuxième, la femme apparaît subordonnée à l’homme. L’homme est premier de toute la création, la femme lui est adjointe comme une aide. Il existe une tradition talmudique exposée et développée dans un passage du livre kabbalistique, « l’Alphabet de Ben Sirah », qui se penche sur cette difficulté née de la coexistence des deux récites de la Création. D’après cette tradition, Eve n’est que la deuxième femme d’Adam. La première femme, correspondant au premier récit, égalitaire, de la Création, ayant pour nom Lilith. Première femme très différente d’Eve et même aux exacts antipodes. …/… On remarquera que c’est Eve, femme de la deuxième version de la création, qui a été retenue pour figurer dans la tradition judéo-chrétienne de la femme primordiale. Le premier scénario de la Création -« Homme et Femme il les créa »-, bien que figurant en premier lieu dans la Génèse, a été occulté. Juxtaposé au deuxième, il est resté inactivé et comme invisible. Tout s’est passé comme si, ayant pourtant sous les yeux cette contradiction apparemment inexplicable entre les deux récits antagonistes, les générations de lecteurs encouragés par les exégètes officiels n’avaient lu que la deuxième version. On peut sans trop d’audace émettre l’hypothèse que le premier récit de la création, avec le personnage égalitaire de Lilith, gênait la vision patriarcale (homme dominant, femme dominée) qu’on voulait imposer. On a donc gommé la difficulté en se rendant aveugle à cette première version (qui figure pourtant à la première place) et en promouvant comme vérité la deuxième version, inégalitaire : Adam crée en premier et Eve issue de lui et relative à lui comme l’indique le terme « aide » qui la définit. Françoise Gange Les Dieux menteurs La Renaissance du Livre 2001 En 2009, Régis Debray n’hésitait pas à déclarer, dans une conférence tenue le 9 juin à Montpellier : Abraham ? Moïse ? Il n’est plus personne d’un peu sérieux aujourd’hui pour convenir de la réalité de leur existence : ce ne sont que des mythes, et d’ailleurs c’est très bien comme ça. ************************* … Il n’y a pas lieu de douter de l’existence historique de David et de Salomon. En revanche, il y a de fort bonnes raisons de remettre en question et la datation et l’étendue et la splendeur de leur royaume. En l’absence d’un vaste empire, en l’absence de grands monuments, en l’absence d’une magnifique capitale, quelle pouvait être la nature du royaume de David ? [… ] L’intégrité de la Bible et, en fait, son historicité, ne se fondent pas sur les preuves historiques d’événements ou de personnages donnés, comme le partage des eaux de la mer Rouge, les sonneries de trompettes qui abattirent les murs de Jéricho, ou David tuant Goliath d’un seul jet de fronde. Le pouvoir de la saga biblique repose sur le fait qu’elle est l’expression cohérente et irrésistible de thèmes éternels et fondamentaux : la libération d’un peuple, la résistance permanente à l’oppression, la quête de l’égalité sociale, etc. Elle exprime avec éloquence la sensation profonde de posséder une origine, des expériences et une destinée communes, nécessaires à la survie de toute communauté humaine. En termes purement historiques, nous savons maintenant que l’épopée de la Bible a émergé dans un premier temps en réponse aux pressions, aux difficultés, aux défis et aux espoirs vécus par le peuple du minuscule royaume de Juda, pendant les décennies qui ont précédé son démantèlement, ainsi que par la communauté encore plus réduite du Second Temple de Jérusalem, pendant la période postexilique. La plus grande contribution offerte par l’archéologie à une meilleure compréhension de la Bible est peut-être celle-ci : que des sociétés aussi réduites et isolées, relativement pauvres, comme l’étaient le royaume de Juda de la monarchie tardive et le Yahud postexilique, ont été capables de produire les grandes lignes de cette épopée éternelle en un laps de temps aussi court. Une telle compréhension est fondamentale. En effet ce n’est qu’à partir du moment où nous percevons quand et pourquoi les idées, les images et les événements décrits dans la Bible en vinrent à être tissés ensemble avec une telle dextérité que nous pouvons enfin apprécier le véritable génie et le pouvoir constamment renouvelé de cette création littéraire et spirituelle unique, dont l’influence fut tellement considérable dans l’histoire de l’humanité. Israel Finkelstein, Neil Asher Silberman La Bible dévoilée Gallimard 2001 [1] l’agriculture existait aussi en Amérique du Sud, dans le nord du Pérou : en 2007, on a retrouvé des graines de courges et de coton vieilles de 9 200 à 5 500 ans, des cacahuètes de 7 600 ans, dont on peut prouver qu’elles ont été cultivées (Université Vanderbilt) [2] …90 m pour les uns… 120 pour les autres [3] en janvier 2006, c’est sous les auspices de Taïta Inti, le Père Soleil, et de Pachamamma, la Terre Mère qu’Evo Morales Aïma fût intronisé premier président indien de la Bolivie, sur le site sacré de Tiwanaku aux nombreux mégalithes, sur les bords du lac Titicaca. Tiwanaku est la capitale sacrée de la Bolivie, du Pérou et de l’Equateur. [4] du temps aussi pour… travailler à la construction des temples et sanctuaires. [5] statues… lorsqu’elles sont sculptées sur les deux faces, stèles quand elles ne le sont que sur une face. [6] qui était probablement ce que l’on nomme aujourd’hui le kamut, qui donne sur des terres semi-arides comme le Montana ou le Dakota ou encore le Canada frontalier, mais qui ne vient pas en France. Les grains sont de 2 à 3 fois plus gros que celui du blé dur. [7] Chine, où le support de l’écriture était les plus souvent du bambou, sous forme de tablettes d’environ 25 cm de long sur 1 cm de large, reliées par des lanières de cuir ou de soie, et parfois, cette soie était elle-même le support. [8] …dont il existe de nombreuses versions : Ninive, Babylone, Assur, Sippar, Nimrud, Sultan Tepe, Nippur, anatolienne, akkadienne.
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