~ 229 à ~ 10. Débuts de l’empire romain. Carthage
Publié par (l.peltier) le 31 mars 2008 En savoir plus

~ 229                               Rome intervient contre les Illyriens et soumet leur reine Teuta.

~ 225 à ~ 218               Avec la bataille de Télamon, Rome entreprend la conquête de la Gaule cisalpine : c’est alors le nom donné à la vallée du Pô, qui aura plusieurs capitales, mais essentiellement Ravenne. Bien que vaincus, les Gaulois[1] y firent forte impression :

Effrayants étaient l’aspect et le mouvement de ces hommes nus du premier rang, remarquables par l’éclat de leur vigueur et de leur beauté.

Fabius Pictor

L’aspect de l’armée gauloise et le bruit qui s’y faisait glaçaient les Romains d’épouvante, le nombre des cors et des trompettes était incalculable […] Une chose non moins effrayante, c’était l’apparence et le mouvement des hommes nus placés au premier rang : ils étaient tous d’une force et d’une beauté extraordinaire, tous parés de colliers et de bracelets en or.          

Polybe [205 - 126]

De façon générale, le guerrier gaulois a excellente réputation :

On sait que les Gaulois ont été des mercenaires extrêmement efficaces et professionnels. Toutes les armées voulaient leur contingent de Gaulois ! Nous avons un texte qui nous dit que pour une campagne à l’époque hellénistique, une troupe de 1 000 cavaliers et de 4 000 fantassins gaulois est payée en or, pour un montant de l’ordre da la tonne.

Christian Goudineau

~ 218                          Hannibal est à la tête de Carthage.

Un singulier mélange de réflexion contenue, de savants calculs, de précision méticuleuse, d’entêtement incroyable et d’imagination aventureuse

Camille Jullian

Aucun homme de guerre, sauf Napoléon, n’a été plus favorisé de dons qui souvent, s’excluent : l’imagination, le jugement et la volonté.

Stéphane Gsell

Il a succédé à Hasdrubal et à son père Hamilcar. Ce dernier, le vaincu des îles Egates, s’était rattrapé de la perte de la Sicile en construisant un véritable empire en Espagne, principalement constitué de comptoirs, dont Carthagène, le premier d’entre eux, sur la côte méditerranéenne.

Les Romains avaient demandé à Carthage de ne pas dépasser l’Ebre, pour ne pas empiéter sur les « plate-bandes » de Massilia. 

Rome ne pouvait supporter un aussi dangereux voisinage, avec ce talent mis à se construire un empire en peu de temps. Général d’une puissance maritime, Hannibal va ignorer la mer et décide de combattre sur terre, sur le territoire même des Romains, comptant soulever contre elle au passage Celtes et Italiens, récemment soumis.

Il a vingt neuf ans, et en plus, vingt huit mille fantassins, essentiellement nord africains et espagnols, six mille cavaliers et trente sept éléphants. Ces éléphants sont les derniers témoins d’une période humide du Sahara, dont l’assèchement a débuté depuis à peu près 1 800 ans, vivant dans les quelques îlots d’humidité qui restaient encore.

Muni d’un tel bagage, il n’a pas l’intention de se laisser arrêter par les Alpes. Il arrive par l’Espagne, où il s’est arrêté quelques mois, le temps de prendre et détruire Sagonte, la principale alliée de Rome, - aujourd’hui Sagunto, au nord de Valence -, déclenchant ainsi la seconde guerre punique.

Il emprunte la voie hérakléenne[2], via Castelnau le Lez, Nîmes, franchit le Rhône à Roquemaure, puis remonte le Grésivaudan, et la vallée de la Maurienne, où il se fait accrocher deux fois par des Allobroges, plus pillards que soldats, à Aiton et à l’Esseillon, au dessus de l’actuelle Modane. Il aurait alors quitté la vallée principale qui mène à l’actuel col du Mont Cenis[3] - 2 081 m - pour passer par l’ancien col du Petit Mont Cenis, au sud du col du Clapier ; on ne dispose en fait que d’un texte disant qu’il avait une vue imprenable sur la plaine du Pô . Les avalanches et la fatigue de ces dix derniers jours de marche ont décimé ses troupes : huit mille fantassins, deux mille chevaux manquent à l’appel, ainsi que la plupart des éléphants. Les victoires à venir seront éclatantes : la Trébie en décembre 218, Trasimène le 23 juin 217, Cannes, dans les Pouilles le 2 août 216 : chaque fois, les morts et prisonniers romains se compteront en dizaine de milliers ; ses soldats finiront par connaître les délices de Capoue… qui auront raison des éléphants survivants, à l’exception d’un seul, surnommé le Syrien..

Rome a chancelé, mais Rome se reprend, met en œuvre une formidable mobilisation et finit par renouer avec la victoire, enlève Capoue, et reprend Syracuse malgré le génie défensif d’Archimède.

Publius Cornelius Scipion, qui se complaisait à laisser les imaginations tracer autour de lui une auréole de divinité, - on l’appellera l’Africain - profitant de l’éloignement d’Hannibal à Capoue, effectuera une marche fulgurante sur Carthage, via l’Espagne et reprendra tous les comptoirs de la côte africaine : l’armée carthaginoise, malgré le rappel d’Hannibal sera défaite en 202 à Zama, et la Narbonnaise, qui avait pris le parti de l’ennemi, colonisée. Il reprend les recettes déjà éprouvées par Alexandre en salant les terres agricoles pour les rendre stériles.

Massinissa, fils du roi numide Gaïa - l’actuelle Algérie -, tout d’abord écarté de la succession à la mort de son père, n’a pu devenir roi qu’en s’alliant  à Rome, et c’est donc aux cotés de Scipion qu’il combat Hannibal à la tête de ses excellents cavaliers qui montent à cru des chevaux non bridés. Il connaîtra une longévité exceptionnelle et passera à la postérité :

Massinissa, le roi des Numides, fut le meilleur et le plus heureux des monarques de notre temps. Il régna plus de soixante années, restant toujours en parfaite santé. Il vécut très longtemps et atteignit l’âge de 90 ans. Il l’emportait sur tous ses contemporains par la vigueur du corps. Quand il fallait rester debout, il était capable de demeurer ainsi une journée entière à la même place. Et quand il fallait rester assis, il n’éprouvait jamais le besoin de se lever. Il endurait les fatigues que lui imposaient les longues randonnées à cheval poursuivies de nuit comme de jour, sans se ressentir aucunement d’une pareille épreuve. …/… Voilà encore un fait qui montre bien sa vigueur physique : quand il mourut à l’âge de 90 ans, il laissa un fils de 4 ans… Il avait eu, avant ce dernier né, neuf autres fils. Grâce à l’affection qui les unissait, jamais, durant tout le cours de sa vie, aucun complot, aucun crime domestique ne vint troubler la paix de son royaume. Mais son œuvre la plus belle, la plus divine fut celle-ci : avant lui la Numidie était stérile [aujourd’hui, on sait que c’est faux]. Or, le premier, avec ses seules ressources, il prouva qu’elle pouvait produire toutes espèces de fruits en constituant des domaines particuliers qu’il répartit entre ses fils.

Polybe        Histoires XXXVI, 16

Quatorze ans plus tard, en ~ 184, au cours d’une bataille navale contre Eumène II, roi de Pergame, Hannibal, réfugié auprès de son adversaire, Prusias de Bythinie, inventera l’arme bactériologique… en projetant sur les bateaux ennemis des pots de terre contenant des serpents venimeux. Encore un an, et Prusias le trahira auprès des Romains : il préférera alors s’empoisonner plutôt que de tomber en leurs mains.

~ 217                          La bataille de Raphia, - aujourd’hui Rafa, ville frontière entre le territoire de Gaza et l’Egypte, là où se trouvent les tunnels par lesquels passe tous les échanges entre Gaza et l’Egypte -, met aux prises les 73 éléphants d’Afrique de Ptolémée IV contre les 102 éléphants d’Asie d’Antiochos III, et ce sont les Africains qui l’emportent.

La légende raconte qu’à la faveur d’un fort vent de sable beaucoup plus gênant pour les cornacs que pour les éléphants, ces derniers se laissèrent aller à des mouvements de fraternisation, chose à proprement parler inouïe, à cette époque comme à d’autres : dès que le vent se fût un peu calmé les cornacs effarés constatèrent que leurs montures formaient une sarabande, se tenant par la trompe, par la queue, grandes et petites oreilles mélangées, et  dansant joyeusement une danse de là-bas. Qui plus est, la distinction entre combattants n’était pas chose aisée, tout ce monde étant, vu la chaleur, torse nu et, pour le bas, pantalon patte d’éléphant, évidemment.

Il était question de créer la première internationale des éléphants au sein de laquelle Africains et Asiatiques auraient été les premiers représentants, mais tous les autres étaient cordialement invités à venir grossir les rangs. On se racontait aussi les guerres des uns et des autres :

-           Moi, mon grand-père était avec Pyrrhus à Héraclée et Ausculum, et il n’est jamais parvenu à oublier l’ampleur et la sauvagerie de ces massacres.

-           Moi, mon frère est parti avec Hannibal il y a un an pour faire la guerre aux Romains. Je n’ai pas de  nouvelles. Il parait qu’il y a deux chaînes de montagne à franchir avant d’être chez les Romains. Il  ne comprend pas pourquoi Hannibal leur fait faire toute cette marche, alors qu’il aurait été beaucoup plus court de débarquer dans le sud du territoire des Romains. D’accord, il aurait fallu prendre des bateaux, mais des bateaux, il en faut  de toutes façons pour franchir les colonnes d’Hercule. Alors ! Bah, on verra bien ; et puis de toutes façons, tout le monde dit qu’Hannibal, il est gé - nial ! 

Les potaches se livraient à leurs jeux habituels : on pouvait lire, peint en rouge sur leur corne :

-           Défense d’y voir clair.

-            Si tous les éléphants du monde décidaient d’être copains et marchaient la trompe dans la trompe, le bonheur serait pour demain etc …

Et tandis que les éléphants se trompaient énormément, les cornacs criaient tant et plus :

-          Détrompez-vous, détrompez-vous !

Injonctions auxquelles les éléphants répondaient :

-           Pas avant que vous ne nous ayez dit en quoi l’on se trompe !

Bref le malentendu s’installait dangereusement, durablement, et les cornacs durent se donner un mal de chien pour que la haine et la bêtise reprennent le dessus afin que l’on puisse achever la bataille. De mémoire d’éléphant, Babar peut en témoigner, jamais occasion aussi favorable d’instaurer une paix perpétuelle entre les éléphants ne se représenta.

01 ~ 202                     L’empereur de Chine Ts’in Che Houang-ti est mort en ~210. Son fils adolescent, incapable s’est suicidé trois ans plus tard, au milieu de la révolte générale. Deux aventuriers que tout oppose vont se disputer le pouvoir : Hiang Yu, géant brutal aux allures de soudard, et Liou Pang, paysan plein de finesse naturelle, politique d’instinct, rusé, adroitement généreux.

La bataille décisive a lieu à Kai-hia, près de Fong-yang, sur la rivière Houai, entre Hoang-Ho et Yang Tse Kiang, dans le Nang-houei :

Hiang Yu fit des prodiges de valeur, traversa plusieurs fois avec sa cavalerie les rangs ennemis et abattit de sa main un des lieutenants de Lieou Pang ; mais, criblé de blessures, il se vit encerclé. Reconnaissant parmi ses poursuivants un de ses anciens compagnons d’armes :« Je sais que ma tête est à prix, lui cria-t-il, tiens, prends-la. » Et il se trancha la gorge.

Lieou Pang n’avait plus de rival. Le soldat de fortune se trouvait empereur. Par un dénouement imprévu, c’était pour ce fils de paysan qu’avaient travaillé trente sept générations de princes de Ts’in. C’était finalement pour lui que Ts’in Che Houang-ti avait unifié la Chine et crée le césarisme chinois. L’heureux aventurier se trouvait en cinq ans l’héritier inattendu de cette longue suite d’orgueilleux féodaux, le bénéficiaire de l’œuvre accomplie par l’homme de génie qui avait créé la centralisation impériale.

Et tandis qu’en dépit de la valeur de Ts’in Che Houang-ti, la dynastie des Ts’in n’était restée que quatorze ans sur le trône impérial (~ 221 à ~ 207), la dynastie fondée par Lieou Pang, la dynastie des Han allait, à une brève interruption près, s’y perpétuer pendant plus de quatre siècles (de ~ 202 ou plutôt, pour compter comme les Chinois, de ~ 207 à 220 de notre ère). Du fait de cette longue durée, la maison allait acquérir un prestige de légitimité qu’aucune autre dynastie impériale ne devait posséder à un égal degré. Tel est d’ailleurs resté ce prestige à travers l’histoire que, par la suite, c’est sous ce nom de «fils des Han » que le peuple chinois s’est plu à se désigner.

René Grousset, Sylvie Regnault-Gatier           L’Extrême Orient         1956

06 ~ 197                     Rome a envoyé des ambassades en Grèce qui n’ont pas bien mesuré la complexité de la situation… des analyses biaisées les ont amené à vouloir intervenir et le jeune consul Flamininus défait Philippe V de Macédoine à Cynoscéphales : c’en est fini de la mainmise de la Macédoine sur la Grèce.

L’apparition du luxe à Rome a commencé avec le retour de l’armée d’Asie. C’est elle la première qui introduisit les lits à pied de bronze, les tapis précieux, les couvertures et autres étoffes, les guéridons et les consoles, qu’on regardait alors comme l’élégance suprême de l’ameublement. A cette date remontent les joueuses de cithare ou de sambuque et les histrions chargés d’égayer les festins. Alors aussi on commença à mettre dans la préparation des repas plus de soin et de dépense, à faire cas des cuisiniers, qui chez les vieux Romains étaient au dernier rang des esclaves comme prix et comme fonction, et à tenir pour un art ce qui avait été un vil métier.

Tite Live

~ 186                          A Rome, « scandale des Bacchanales ». Il semble nécessaire de mettre des guillemets tant cette affaire abondamment rapportée par Tite Live et par lui seul, ressemble à un procès stalinien avant la lettre qui peut se résumer au dicton : Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il est enragé.

Il y aurait eu découvertes de rites en l’honneur de Bacchus qui auraient largement débordé les limites autorisées : le vin coulait à flots et s’ensuivait viols et assassinats en cas de résistance. Vrai ou faux ou seulement outrageusement exagéré ? Toujours est-il que la répression fut impitoyable : les supposés coupables furent condamnés à mort par milliers. Dans le sud, une insurrection armée des bacchants tiendra plusieurs années.

vers ~ 170                   Eumène II, ayant échappé au venin des serpents d’Hannibal, veut faire de Pergame un grand centre de la culture hellénistique : pour ce faire, il doit importer du papyrus d’Egypte, via le port de Byblos[4]. Et lorsque son rival Ptolémée, roi d’Egypte, décide, pour étouffer toute velléité de concurrence faite à la Bibliothèque d’Alexandrie, de cesser de l’approvisionner en papyrus, Eumène II conçut une nouvelle technique[5] qui consistait à nettoyer, étirer et lisser les peaux de mouton et de chèvre, sur lesquels on pouvait écrire des deux cotés. C’est ce que, d’après le nom de Pergame, on appela le pergamenon, notre parchemin. On baptisa vélin le parchemin particulièrement fin fabriqué avec de la peau de veau (du vieux français veel)

Daniel Boorstin.        Les Découvreurs.

Et encore plus à l’est, en Inde, de grands brassages se mettent en branle : ils toucheront la vieille Europe quelques siècles plus tard.

Cent cinquante ans à peine après la constitution de l’empire Maurya, les Grecs pénétraient de nouveau dans l’Inde et s’enfonçaient bien plus loin qu’Alexandre, jusqu’au cœur du Magadha. Pendant des siècles, la puissance politique va appartenir dans l’Inde du Nord-Ouest à des étrangers : Grecs, Parthes, Scythes, Yue-tche. Mais, par l’intermédiaire de ces envahisseurs, le patrimoine indien s’enrichit de conceptions nouvelles.

C’est en Chine qu’il faut aller chercher, pour cette période confuse et troublée, les causes des événements qui affectent l’Inde, la Perse et les marches orientales de l’hellénisme. Des remous de peuples agitent l’Asie Centrale, les nomades se bousculent aux frontières des empires sédentaires, mais c’est à l’autre bord de l’océan central asiatique que se jouent les prémices du drame : la politique d’expansion des empereurs chinois met en mouvement les hordes qui se déversent sur l’Occident.

A mi-chemin entre les deux blocs politiques romain et chinois, ce sont les régions situées à l’orient de la Perse jusqu’au Pendjab qui occupent le centre de gravité de la scène eurasiatique : Sogdiane, entre Oxus et Iaxartes ; Bactriane entre Oxus et Hindou-Kouch ; Margiane, à l’ouest de la Bactriane, où Antiochos fonda une Antioche de Margiane qui est l’actuelle ville de Merv ; Arachosie autour de Qandahâr et Drangiane, dans le bassin du Helmand, à laquelle des populations Çaka qui y séjournaient depuis l’époque achéménide ont donné le nom de Seistân[6] (Cakaflhâna) ; plus près de l’Inde enfin, traversés par un petit affluent de l’Indus dont l’importance historique est plus considérable que le débit, le Kapiça, bassin du haut Caboul, autour de la ville de Caboul, anciennement Kâpiçî, et le Gandhâra sur le Caboul inférieur, c’est à dire, le district de Pourouchapoura, de nos jours Peshawar

Jean Naudou        L’Inde        1956

22 06 ~ 168                   La bataille de Pydna met aux prises les Romains commandés par le consul Paul-Emile et les Macédoniens du roi Persée : c’en était fait du royaume de Macédoine : soixante dix villes furent renversées et cent cinquante mille habitants emmenés en esclavage. Ne survivaient plus en Orient que deux royaumes : les Séleucides à Babylone / Syrie et les Lagides en Egypte.

15 12 ~ 167                     Révocation par le séleucide Antiochos IV de l’édit d’Antiochos III qui reconnaissait à Jérusalem la loi de Moïse : l’abomination de la désolation, pour les Juifs : le temple jahviste des Samaritains se voit consacré à Zeus, le sabbat supprimé, les sacrifices aux divinités grecques deviennent obligatoires, la circoncision bannie et le porc n’est plus frappé d’interdit. En fait, en interdisant la Torah, le souci d’Antiochos n’était que de faire cesser les querelles entre Juifs à son sujet. C’en était trop pour les juifs, qui, un an plus tard, provoquèrent la révolte des Maccabées, du nom du meneur, Judas Maccabée qui infligea plusieurs défaites à l’armée régulière. Le Temple sera rendu au culte à la mort d’Antiochos IV, en ~ 164.

~ 167                                  Cent cinquante mille habitants de l’Epire - actuelle Albanie - sont emmenés à Rome en esclavage. On estime à cinq cent mille le nombre total des esclaves fournis à Rome entre  ~ 200 et ~ 60.

~ 165 à ~127              Hipparque de Nicée (aujourd’hui Iznik, en Turquie), crée l’astronomie mathématique et la trigonométrie, découvre la précession des équinoxes, calcule avec précision les éclipses de lune et de soleil, et impose la division, sur le cercle, de 360°, créant ainsi des parallèles et des méridiens égaux. Mais surtout, il invente l’astrolabe, instrument permettant d’observer les astres et de déterminer les latitudes ; l’instrument, vite oublié, fût réinventé plus tard par les Chinois, qui le passèrent aux Arabes… par lesquels il arriva aux grands navigateurs de la Renaissance.

Les Grecs sont grand amateurs de pains et gâteaux : on en compte pas moins de 72 variétés. Les Romains en prendront de la graine puisqu’ils n’auront pas moins de 40 variétés de pain.  Les Gaulois se font alors remarquer surtout par les quantités de vin qu’ils importent de Rome : on parle de 120 000 à 150 000 hectolitres, par an, pendant un siècle de ~150 à ~50. Il semblerait qu’il s’agisse plutôt de troc que d’achat : une amphore, soit une vingtaine le litres aurait eu la valeur d’un esclave : vin contre esclaves ! Et si les Romains mettaient de l’eau dans leur vin, ce n’était pas le cas des Gaulois, qui le buvaient pur.

~ 153                          Carthage défaite, l’un des ses anciens adversaires numides, le vieux - 88 ans - Massinissa a profité de la défaite, tout en restant contrôlé par Rome. Mais Hasdrubal prend la tête d’une insurrection populaire contre Massinissa pour l’attaquer.

Rome ne peut le supporter et Delanda est Carthago : - il faut détruire Carthage - va devenir l’idée fixe de tout un peuple, lancée par Caton l’Ancien, et reprise à la fin de tous ses discours. Carthage assiégée par terre comme par mer, succombe en ~ 146 : des milliers de patriotes préfèrent mourir dans les flammes plutôt que de se rendre à Scipion Emilien, le vainqueur. Si le feu prit si bien, c’est que les toits d’argile des maisons étaient goudronnés ; Pline parle de « toits de poix ». Les survivants sont vendus comme esclaves, la ville rasée, le sol maudit. Carthage n’est plus.

L’impérialisme romain est d’abord, sous la République, une réaction de défense. Rome a eu peur. Carthage au sud, les Grecs à l’est, avec le souvenir d’un empire étendu par Alexandre de la Macédoine jusqu’à l’Indus, il n’en faut pas plus pour qu’on prenne conscience sur les bords du Tibre que l’indépendance est chose fragile et que l’équilibre en Méditerranée appelle la constitution d’une forte puissance européenne. Mais les horizons s’étrécissent, et Rome ne reprend pas à son compte les ambitions de Carthage. Les descendants de Romulus restent des paysans qui bornent leur pré carré, et qui l’élargissent en lui ménageant des glacis protecteurs.

Il leur faut des espaces continus. L’esprit des navigateurs phéniciens et puniques leur demeure étranger : la dilatation du monde romain ne passe pas par l’établissement de têtes de pont et par une mainmise sur les routes du commerce lointain. La domination romaine ne sera pas une hégémonie de marchands.

Jean Favier        Les Grandes découvertes. Livre de poche Fayard      1991

vers ~ 150                   Héron d’Alexandrie, par la diversité de ses centres d’intérêt, son esprit synthétique, peut être considéré comme le premier ingénieur. Les premières machines ont été des jouets, les automates, et jeux scéniques pour lesquels se développe la mécanique acquise dans le milieu de l’école des mécaniciens d’Alexandrie : le mouvement est donné par un moteur à sable, qui, par la descente d’un contrepoids, transmet le mouvement aux deux roues motrices. Il mettra encore en œuvre nombre de pièces couramment reprises par après en mécanique - la vis, dont l’existence remonterait bien avant Archimède -, le régulateur à flotteur (que l’on trouve dans nos chasses d’eau), la soupape de Ctésibios, un autre mécanicien de deux siècles son aîné. Les applications militaires seront bien sûr importantes.

~ 139                              Rome soumet les Lusitaniens du Portugal.

~ 134                              Rome s’empare de Numance, la capitale des Celtibères de Castille.

~ 138 à ~ 126          Le Chinois Zhang Quian, voyageant à travers l’Asie Centrale, découvre la Bactriane grecque, au nord de l’Afghanistan actuel : il va jusqu’au fleuve Oxus, l’actuel Amou-Daria, puis fera le rapport de son voyage à l’empereur Wu. La Bactriane vivait alors ses dernières années : des barbares d’Asie centrale, les Kouchans, vont s’en emparer avant que de poursuivre sur la plaine du Gange.

~ 133                          Tiberius Gracchus, tribun de la plèbe, dépose une loi limitant l’occupation du domaine public à cent vingt cinq hectares par personne, ceci en vue de doter de terres les citoyens les plus déshérités. Les terres conquises étaient accaparées par les optimates - les aristocrates - et le fossé avec les populares ne cessait de s’agrandir. Son initiative provoque une émeute : il est tué quelques mois plus tard. Son frère Caius reprend le flambeau, mais lui aussi, succombera lors d’une émeute douze ans plus tard. Seuls les chevaliers conserveront les avantages qui leur avaient été accordés.

~ 125                          Les Chinois, voisins orientaux des Huns envoient aux Sarmates, établis au nord de la Mer Noire, et voisins occidentaux des mêmes Huns, une ambassade pour les inciter à leur faire la guerre et les soulager ainsi de la pression qu’ils exercent sur eux à l’est.

~ 125 à ~ 121             Les Romains ont fini de coloniser l’Espagne. Mais Marseille, leur vieil alliée, est menacée par les populations celto ligures qui rendent difficile toute liaison, maritime ou terrestre avec la nouvelle province ibérique. Narbonne est alors la fille aînée de Rome, hors d’Italie, port très actif alors formé par un des bras de l’Aude. Les Romains avaient créé une dérivation des autres bras, vers l’étang de Vendres au moyen d’une digue de pierres partant de l’actuelle Sallèles d’Aude. L’Aude n’ayant plus qu’un seul lit sous les murs de la ville se jetait ainsi dans l’actuel étang de Bages, Sigean et Peyriac, puis la mer, par le grau de Port la Nouvelle.

Rome vit une époque difficile : d’une part elle a besoin de débouchés pour son vin, mais elle a surtout besoin d’esclaves pour travailler sur les grands domaines agricoles, où la petite paysannerie ruinée, survit difficilement.

En ~ 123, Sextius Calvinus établit une garnison au nord de Marseille, Aqua Sextiae, qui deviendra Aix en Provence. Le proconsul de la Narbonnaise Cneus Domitius Ahenobarbus entreprend plusieurs campagnes militaires, toutes brillantes,  pour venir à bout de la résistance des populations de la Gaule du sud.  En ~ 118, il peut inaugurer, juché sur un magnifique éléphant, la Via Domitia, aménagement de l’ancienne voie hérakléenne, qui relie le Rhône aux Pyrénées, et donc, Rome à l’Espagne, en prenant soin de s’écarter de la côte là où elle est dangereuse, peuplée de Ligures, rudes gaillards qui seront les derniers à être soumis, entre ~ 25 et ~ 13, et infestée de pirates, à la chute des Alpes dans la mer - les actuels Menton et Vintimille - : elle remonte alors vers le nord et passe les Alpes au Mont Genèvre. Un de ses arrières petit fils épousera Agrippine la Jeune et de cette union naîtra Néron.

http://www.lattara.culture.fr/  

Cette route est excellente en été, mais en hiver et au printemps, c’est un bourbier inondé par les débordements des cours d’eau, qu’on franchit soit par des bacs, soit par des ponts de bois ou de pierre.

Strabon , Géographie IV, 1,12. 64 av JC - 21 ap JC.

On donne le nom de Narbonnaise à la partie de la Gaule qui est baignée par la Méditerranée ; elle se nommait jadis Braccata - porteuse de braies -, elle a pour limite du coté de l’Italie, le Var et les Alpes, montagne dont la barrière a été si utile à l’empire romain ; du coté du reste de la Gaule, au nord, les Cévennes et le Jura. Par sa culture florissante, par les mœurs et le mérite de ses habitants, par son opulence, elle ne le cède à aucun des pays soumis à l’Empire ; en un mot, c’est plutôt l’Italie qu’une province.

Pline l’Ancien. 24 av JC - 79 ap JC, Histoire Naturelle III, 5.

~ 121                          L’empereur de Chine Wou-ti, est monté sur le trône des Han à l’âge de seize ans :

Wou-ti (~ 140 à ~ 87) est une personnalité hors de pair, un destin hors série. Monté sur le trône à l’âge de seize ans, il l’occupa pendant cinquante-trois années. Doué d’une activité prodigieuse, d’une vigueur physique extraordinaire, se dépensant sans compter, il a stupéfié ses contemporains. Chasseur infatigable, on le voyait forcer les fauves au milieu des hautes herbes, en corps à corps, pour le plus grand effroi de son entourage. Remarquablement intelligent, plein de conceptions novatrices et hardies, ayant le goût de l’autocratie, il savait cependant écouter. En lui semblaient se combiner la fougue, le tempérament absolutiste de Ts’in Che Houang-ti et le réalisme politique de Kao-tsou.

L’insubordination des princes apanagés en ~ 177 et en ~ 154 l’avait édifié. Il fallait en finir avec cette noblesse. Contre elle il reprit avec autant de résolution l’œuvre de Ts’in Che Houang-ti, réduisit l’influence des seigneurs et morcela leurs fiefs. Ces princes apanagés, que Kao-tsou avait dû laisser se reconstituer, ne songeaient qu’à rétablir le système féodal. Wou-ti les confina dans des fonctions purement honorifiques. Il n’appela aucun d’eux à partager le pouvoir effectif, mais, reléguant toute cette noblesse dans les honneurs vides, il la remplaça à la tête des affaires par des hommes de mérite sortis du peuple, à la tête des armées par des capitaines de basse extraction. Pour réduire l’importance des apanages, il prit d’ailleurs une mesure radicale. A chaque décès d’un prince apanagé, il obligea le fils à partager indistinctement le fief avec tous ses frères, sans aucune constitution de majorat. Wou-ti parvint ainsi très vite à morceler, à appauvrir et à annihiler la propriété féodale.

Pour remplacer les nobles à la tête de l’administration, Wou-ti, fit appel aux lettrés confucianistes. Les lettrés, étaient jusque-là restés, à l’égard du césarisme chinois, dans une opposition boudeuse qu’expliquaient trop les persécutions de Ts’in Che Houang-ti et les sarcasmes de Kao-tsou. Et voici que, du jour au lendemain, Wou-ti faisait appel à eux. Est-ce à dire qu’il se laissât prendre aux théories utopiques dont ils se faisaient les inlassables défenseurs ? Tout ce que nous savons de son tempérament nous prouve le contraire. Seulement, les lettrés se trouvaient maintenant servir sa politique. Cette classe des lettrés confucianistes - le futur mandarinat qui commençait alors à s’organiser en tant que tel - permettait au grand empereur de normaliser la monarchie absolue en l’étayant sur une classe administrative démocratiquement recrutée par voie d’examens. En même temps, le césarisme chinois se réconciliait avec le traditionalisme immémorial. Leur union allait durer autant que l’Empire lui -même.

Wou-ti reprit l’œuvre de Ts’in Che Houang-ti en achevant la conquête de la future Chine méridionale. En ~ 138, il reçut la soumission du royaume de Tong-hai (capitale Wen-tcheou, au Tcho-kiang). En ~ 110, le pays fut annexé. En ~ 111, une armée impériale attaqua le royaume cantonais de Nan Yué, entra à Canton, déposa la dynastie locale des Tchao et annexa le pays (Kouang-tong et Kouang-si). Ce fut alors que commença la sinisation intensive de la région cantonaise.

…/… En ~ 121, son neveu, le jeune héros Houo K’iu-ping, mis à la tête de dix mille cavaliers, chassa de même les Hiong-nou - les Huns - de la région nord-ouest du Kan-sou, naguère occupée par les Yue-tche, du côté des villes actuelles de Leang-tcheou, Kan-tcheou et Koua-tcheou. Tout un système de colonies militaires fut organisé dans la région.

Cette occupation du Kan-sou nord-occidental par la Chine a une importance capitale dans l’histoire universelle. Il s’agit en effet du point de départ de la future Route de la Soie, du premier chapelet d’oasis caravanières par lesquelles le monde chinois allait désormais communiquer avec le monde indien, iranien et gréco-romain. La date de ~ 121, où les têtes de pistes des caravanes du Kan-sou et la marche de Touen-houang passèrent sous le contrôle chinois, est une date décisive : l’isolement chinois allait prendre fin; la Chine allait bientôt entrer en contact avec les civilisations du monde classique.

René Grousset, Sylvie Regnault-Gatier        L’Extrême-Orient        1956

~ 109                          Cimbres du Jütland, Teutons et Ambrons du Mecklembourg, chassés de leur habitat par un raz de marée, s’en étaient allées vers le sud : ils font subir une lourde défaite à une armée romaine aux portes de la Narbonnaise, près de Lyon.

~ 107                          Cimbres, Teutons et Ambrons remettent le couvert face aux Romains, dans le bassin de la Garonne.

Le consul Marius réforme profondément le mode de recrutement de l’armée : elle était jusqu’alors composée d’hommes répartis en cinq classes, selon leur fortune, car le soldat devait s’équiper lui-même et les citoyens peu fortunées n’étaient pas astreints au service militaire. Désormais, elle se compose d’hommes pauvres percevant une solde, qui pouvaient profiter des circonstances pour s’élever dans l’échelle sociale sans avoir de bien à défendre. A sa démobilisation le soldat se verra attribuée une terre. Cela change bien des choses, et, comme l’on dirait aujourd’hui, fidélise la clientèle. 

~ 105                           Deux armées consulaires sont défaites à Orange.

~ 101                          Les légions romaines de Marius et Catulus anéantissent les bandes Cimbres et Teutones près d’Aix.

~ 100                          Les Chinois inventent le moulin à eau : jusqu’à la machine à vapeur de Fulton, il va être la principale source d’énergie mécanique. L’ensemble du système technique chinois va rester relativement stable, en se développant lentement et régulièrement jusqu’au XVI° siècle, centré autour du bois - essentiellement le bambou[7]-, du fer et de l’eau. Les propriétés remarquables du bambou en feront la colonne vertébrale de la technique chinoise : grande résistance à la flexion, légèreté, section constante, structure tubulaire, avec compartiments étanches par le septum, croissance rapide.

Les Gaulois ne laissent pas indifférents les visiteurs :

Les Gaulois sont de grande taille, leur chair est molle (humide même) et blanche. Leurs cheveux sont blonds. […] Leurs femmes sont belles et bien faites. […] Les femmes sont fécondes et bonnes nourrices. […] On ne voit pas en Gaule de sol inactif, sauf en quelques endroits défendus par des étangs et des forêts, et pourtant, du fait de la surabondance de la population, même ces endroits sont habités.

Poseidonios d’Apamée ~131 ~51

10 ~ 91                       L’assassinat du jeune tribun Livius Drusus sonne le glas des réformes sociales qu’il avait engagé : les peuples d’Italie, las d’être laissés à l’écart de la citoyenneté romaine proclament leur indépendance, s’organisant en confédérations. La guerre ravage le pays mais Rome finit par promulguer des lois qui élargissent considérablement l’accès à la citoyenneté. Les troubles vont cependant durer jusqu’en ~ 81.

Printemps ~ 88            Mithridate VI Eupator, roi du Pont. (rives méridionale et orientale de la Mer Noire), exploitant un fort ressentiment contre le colonisateur romain, ordonne secrètement le massacre des marchands romains installés dans ces provinces : on comptera quatre vingt mille morts à Ephèse, Pergame, Adramyttion, Caunos, Delos… on versera de l’or fondu dans la gorge du représentant de Rome …

~ 88                            Sylla, jeune consul, a été désigné pour diriger la guerre d’Orient. Il est avec ses troupes en Campanie. Des troubles à Rome amènent sa destitution au profit de Marius. Son armée massacre les officiers de Marius venus prendre en son nom le commandement, et Sylla marche sur Rome : il fait voter par les comices terrorisées, l’imperium proconsulaire à Pompeius Rufus en Italie, et pour lui-même le consulat sans limite de durée en Asie ; il s’embarque à Brindes à l’automne ~ 88 : il s’agissait de reconquérir la Grèce et l’Asie Mineure soulevées par Mithridate.

Manu militari, Sylla se chargera de rétablir la Pax Romana : Athènes et le Pirée vont résister jusqu’à mars ~ 86 : il y mettra fin par les victoires de Chéronée et d’Orchomène.

Mithridate finit par accepter la paix de Dardanos en été ~ 85, somme toute avantageuse pour lui, puisque, sur la base du statu quo ante bellum, il retrouve sa situation antérieure, dur aux riches, libérateur pour les débiteurs et les esclaves.

Sylla avait hâte de retrouver Rome : il n’avait pas tort car il y avait le feu à la maison : Pompeius Rufus avait été assassiné : Cinna, un des nouveaux consuls avait trahi la cause sénatoriale, Marius était venu à ses cotés et ils s’étaient emparé du pouvoir ; les démocrates avaient pu lever des troupes et assiéger Rome en septembre ~ 87. Tombée trois mois plus tard, elle connut cinq jours de massacres incessants. Cinna se fit élire consul et Sylla devint ennemi public.

08 ~ 83                       Sylla débarque à Brindes, ralliant à lui plusieurs chefs militaires et leur armée, dont le fils de Pompeius Strabon, le futur grand Pompée. Cinna s’apprête à marcher contre lui, mais se fait massacrer à Ancône.

Printemps ~ 82           Sylla entre dans Rome, où la guerre civile se termine à la fin de l’année. Pompée mettra fin aux soulèvements qui se prolongent en Sicile et en Afrique où il va écraser Domitius Ahenobarbus. Sylla se fait conférer par une loi la dictature legibus perferendis reipublicae constituendae, c’est à dire, en vue de légiférer et de réformer la constitution. Il gouverne par la terreur : pendant des mois, ce ne furent qu’atroces massacres, organisées par le systèmes des « proscriptions » : les listes de condamnés sont affichées, leurs biens confisqués : le premier venu qui tuera empochera une prime : l’auteur du Wanted, dead or alive n’est pas américain.

Sa législation eut pour effet d’abaisser également toutes les classes sociales, tous les partis. Il ne remettra pas en question l’élargissement du droit de cité, les réductions de dettes, ni la législation agraire qu’il a renouvelée au profit de ses vétérans.

été ~ 79                       A la surprise générale, Sylla abdique et se retire dans sa villa de Cumes. Il meurt huit mois plus tard, à soixante ans.

~ 75                            Les Grecs construisent à Athènes la plus grande clepsydre - horloge à eau - de l’époque : l’Hologorion d’Andronicos, ou Tour des Vents.

~ 71                            Dans ces années-là, Rome peut se faire du souci : l’Italie méridionale est secouée par les révoltes d’esclaves menées par Spartacus, un Thrace, peuple dont Kazantzakis dit qu’il a apporté aux Grecs le grain de folie qui empêche la sagesse de pourrir. En Asie Mineure, Mithridate relève la tête, et la Méditerranée est infestée de pirates.

~ 71                            En effet, l’activité des pirates, partie d’abord de Cilicie, après des débuts dont la hardiesse passa inaperçue, avait pris une assurance et une audace nouvelles pendant la guerre de Mithridate, où elle s’était mise au service de ce roi. Puis, quand les Romains lors des guerres civiles en vinrent aux mains les uns contre les autres aux portes de Rome, la mer laissée sans surveillance les attira peu à peu de plus en plus loin et ils se mirent non seulement à attaquer les navigateurs, mais à ravager les îles et les villes côtières. Déjà, des hommes puissants par leur richesse, de naissance illustre et d’une intelligence estimée supérieure s’engageaient dans la piraterie et prenaient part à de genre d’expéditions, comme si elles devaient leur rapporter honneur et gloire. Il existait en beaucoup d’endroits des mouillages pour les bateaux des pirates et des postes fortifiés de signalisation ; ils ne disposaient pas seulement pour attaquer d’escadres qui, par l’importance des équipages, l’habileté des pilotes, la rapidité et la légèreté des embarcations, étaient bien adaptés à leur tâche : ce qu’il y avait là de redoutable était encore moins affligeant que l’appareil odieusement fastueux de ces mâts dorés, de ces tapis de pourpre, de ces rames plaquées d’argent, comme si les pirates s’enorgueillissaient et étaient fiers de leur malfaisance. Sur tous les rivages, ce n’étaient que musique de flûte  et d’instruments à corde, scènes d’ivresse, enlèvements de grands personnages, prises de villes et rançons exigées d’elles, à la honte de la puissance romaine. Les navires des pirates dépassèrent le nombre de mille, et les cités dont ils s’emparèrent étaient plus de quatre cents. Parmi les sanctuaires, jusqu’alors sacrés et inviolables, ils attaquèrent et pillèrent ceux de Claros, de Didymes, de Samothrace, le temple de la déesse chthonienne à Hermioné, ceux d’Asclépios à Epidaure, de Poséidon à l’Isthme, au Ténare et à Calurie, d’Apollon à Actium et à Leucade, d’Héra à Samos, à Argos et au Lacinium. Ils célébraient eux-mêmes les sacrifices étrangers d’Olympos et pratiquaient des cultes à mystères, dont celui de Mithra, qu’ils ont les premiers fait connaître et qui subsiste aujourd’hui encore. Après tant d’outrages infligés aux Romains, ils allèrent jusqu’à pratiquer le brigandage sur les routes en s’éloignant de la mer et à dévaster les propriétés situées en bordure. Ils enlevèrent même un jour deux préteurs, Sextilius et Bellienus, vêtus de leur robe bordée de pourpre, et avec eux ils emmenèrent leurs serviteurs et leurs licteurs. Ils s’emparèrent aussi de la fille d’Antoine - un homme qui avait eu les honneurs du triomphe -, alors qu’elle se rendait à la campagne, et ils ne la relâchèrent que contre une forte rançon. Mais voici quel fut le comble de leur insolence : quand un de leurs prisonniers s’écriait qu’il était romain et disait son nom, ils simulaient la stupeur et la crainte, ils se frappaient les cuisses et tombaient à ses pieds en implorant son pardon, et lui se fiait à leur posture humble et suppliante. Puis ils le chaussaient à la romaine et lui mettaient une toge, pour éviter, disaient-ils, qu’il ne fut pas reconnu une autre fois. Après s’être ainsi moqué de lui et l’avoir bafoué longtemps, finalement ils jetaient une échelle qui donnait sur la pleine mer et lui enjoignaient de descendre et de partir, accompagné de leurs bons vœux ; s’il refusait, ils le poussaient dans l’eau et le noyaient.

Plutarque        Vie de Pompée, 24. Traduction de Robert Flacelière 1973

Un homme va mettre tout cela à profit pour satisfaire son ambition : Cnæus Pompeius Strabon, qui, de retour d’Espagne, se fait élire consul avec Crassus. Les nouveaux maîtres se concilient le peuple en lui donnant panem et circenses, puis entreprennent de nombreuses réformes qui favorisent démocrates et chevaliers au détriment des nobles. Un imperium est donné à Pompée pour trois ans sur tout le pourtour méditerranéen sur une profondeur de 80 km. On met à sa disposition 500 navires et 20 légions : deux mois lui suffirent pour remporter un succès complet : dix mille pirates furent tués, vingt mille capturés et installés comme cultivateurs, des milliers de captifs furent délivrés.

Au nord, c’est plus tranquille et les Romains peuvent goûter au bienfait des eaux à 68 ° d’Aquae, qui deviendra Baden Baden.

~ 69                            Cicéron fustige les sacrifices humains que pratiquent les Gaulois : les fabricants de l’histoire de France voudront ramener cela à une indignation rhétorique mensongère, mais des fouilles effectuées à Entremont, près d’Aix en Provence, viendront confirmer la tirade, mettant à jour des sculptures figurant des têtes coupées :

Qui ignore que, jusqu’à ce jour, ils ont conservé la coutume monstrueuse et barbare d’immoler des hommes ? Quelle peut être la bonne foi, quelle peut être la piété de ceux qui estiment que les dieux immortels peuvent être calmés plus facilement par le sang humain et un tel crime.

Pro Fonteio XIII-XIV, 30-31

http://www.entremont.culture.gouv.fr/

~ 66                            Fort de son succès contre la piraterie et aidé par l’éloquence de Cicéron, Pompée prend le commandement de l’armée d’Orient : avec soixante mille hommes, il parcourt tout l’Orient, refoule Mithridate

Dans ce premier siècle avant Jésus-Christ, les Grecs des cités reprochaient aux Juifs d’envoyer des quantités importantes d’or vers le Temple de Jérusalem (le didrachme que donnaient les Juifs de la Diaspora pour l’entretien du Temple), mais surtout de jouir de privilèges insupportables : ne pas être convoqué devant le tribunal durant le sabbat, être dispensé des cultes officiels. Alors que les Juifs sont libres de vénérer leur dieu dans tout l’empire, il n’est pas question de la présence du moindre sanctuaire païen en Judée proprement dite, et surtout pas à Jérusalem. Par ailleurs, on soupçonne les Juifs d’être puissants, répandus partout et solidaires.

Tu sais combien leur troupe est nombreuse, combien ils se tiennent entre eux, combien ils sont puissants dans les assemblées. Je plaiderai à mi-voix, juste assez haut pour que les juges m’entendent. Car il ne manque pas de personnes pour exciter ces gens contre moi et contre tous les meilleurs citoyens, et je n’ai nulle envie de leur faciliter cette tâche.

Cicéron,         Pro Flacco, 28 Plaidoierie pour un gouverneur qui a fait saisir l’or destiné au Temple

~ 64                            Pompée préside à Amisos un congrès de souverains amis du peuple romain où viennent siéger quatorze princes orientaux. De son passage en Syrie, où il a détrôné le dernier des Séleucides, ses troupes rapporteront à Rome la lèpre

~ 63                            Il s’empare de Jérusalem, viole le Saint des Saints, la partie la plus secrète du Temple, pour déclarer à la sortie qu’il était vide ! Hérode sera stratège de Galilée, puis tétrarque par la grâce de Marc Antoine. Pompée aura considérablement étendu les possessions et l’influence de Rome en Orient. Tout cela représentait certes une charge, mais aussi, butin, tributs, redevances, otages, esclaves etc …

09 ~ 61                       Triomphe de Pompée de orbe universo : le plus grandiose des deux derniers siècles : il a revêtu la chlamyde de Mithridate, tissée jadis pour Alexandre. Il triomphe, mais, trop longtemps absent de la scène romaine et indifférent aux intrigues, il ne détient pas la réalité du pouvoir, qui est dans les mains de Crassus et de Cicéron, qui devra déployer toute son éloquence pour venir à bout du conspirateur Catilina : quo usque tandem, Catilina, abuterat patientia nostra ? - Jusqu’à quand, Catilina, vas-tu donc abuser de notre patience - ?

Pendant ce temps, César, qui n’est plus un jeune homme, - il est né en ~ 101 - apparaît encore comme un débauché criblé de dettes, dilettante fort cultivé, puisqu’il a déjà écrit une tragédie, une épopée, des épigrammes ; il fait ses premières armes comme propréteur en Espagne, d’où il va pacifier la Lusitanie.

06 ~ 58                       Quid de la Gaule à cette époque ?

Pendant bien longtemps, on s’est contenté en matière de sources des écrits de César lui-même : La Guerre des Gaules, sans vraiment prendre les précautions nécessaires, ni avoir à l’esprit le constat que l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs. César rendait des comptes à Rome : il y allait de son intérêt d’écrire une histoire à son avantage : de fait, c’est lui l’inventeur de la Gaule, qui en fait, n’existait pas, c’est lui l’inventeur d’une frontière naturelle déterminée par le Rhin pour manifester que l’arrêt de sa conquête correspondait à une frontière, quand, en fait le Rhin ne faisait alors pas frontière etc..

La Gaule est peuplée de Celtes[8], que l’on trouve aussi en Espagne de l’ouest, en Europe de l’est, dans la plaine du Pô, et jusqu’en Asie Mineure, avec les Galates. Le terme Gaulois vient du latin, - galli, en latin, c’est le coq - Galate du grec, mais ils désignent une même origine. Même si l’hétérogénéité de ces peuples est manifeste, ils appartiennent à un même ensemble culturel.

La Gaule celtique était composée d’une quantité de peuples, Vercingétorix n’étant qu’un des chefs des Arvernes, dans le haut Allier, qui fédéra à un moment donné le mécontentement des autres contre César qui jusque là avait conquis le terrain, en jouant des nombreuses rivalités et donc en parvenant à avoir à ses cotés des troupes autochtones.

C’est un pays semble-t-il, très peuplé : on parle de neuf à dix millions d’habitants, plus que l’Egypte et même que l’Italie. Bibracte, sur le Mont Beuvray, dans le Morvan, était sans doute l’un des plus grands oppidums, - pas loin de dix mille habitants -. César parle d’Urbs - une ville -, pour qualifier Avaricum, qui deviendra Bourges. L’agriculture et l’élevage y sont très développés, faisant même l’objet d’« exportations » :

De ce peuple (les Eduens) proviennent les magnifiques pièces de porc salé exportées jusqu’à Rome.

…/… Ils sont si riches en ovins et en porcins qu’ils fournissent à profusion de leurs sayons (manteau à capuchon) et de leurs salaisons non seulement les marchés de Rome mais aussi la plupart de ceux d’Italie.

Strabon, géographe grec, I° siècle av JC.

Sans aller jusqu’à la généralisation, on y trouve des moissonneuses : appareil composé d’une caisse à rebord denté, montée sur deux roues et poussée par un attelage, en sorte que les épis décapités tombent dans la caisse.

Pline l’Ancien

6 ~ 58                          Nommé proconsul en Cisalpine, César constate qu’il n’y a plus dans l’immédiat de conflit en vue à l’est ; il va trouver matière à organiser une « pacification » à l’ouest : les Helvètes voulaient émigrer vers l’Aquitaine et avaient demandé à Rome pour ce faire de traverser la Narbonnaise, les Suèves du Jura regardaient du coté de la vallée de la Saône, après s’être emparé de l’Alsace, et menaçaient les Eduens. Tout cela n’était pas bien méchant, mais, le souvenir cuisant  du sac de Rome par des Gaulois en  ~ 381 était encore présent, et César se saisit de ces mouvements helvètes pour intervenir et défendre le territoire des Eduens, amis du peuple romain.  Les Helvètes avaient alors décidé de contourner la Narbonnaise en passant par le nord du Massif Central : César et ses six légions les rejoignent et les écrasent à Montmort, dans le Morvan. En novembre, il marche contre les Suèves, qu’ils défont à Cernay, en Alsace.

~ 57                            Il soumet les Belges, occupe l’Armorique, et envoie à Rome les deux premiers livres du De Bello Gallico : grand succès qui lui valent quinze jours de fêtes religieuses.

Printemps ~ 56            Il mate plusieurs révoltes en Armorique, soumet les Aquitains, et encore les Belges ; il s’autorise même quelques expéditions qui tiennent plus d’une très abondante razzia que d’une occupation : chez les Germains, en franchissant le Rhin à Bonn sur un pont construit en dix jours, et sur l’île de Bretagne, en traversant à deux reprises la Manche, découvrant la puissance des marées qui mirent à mal sa flotte. Pourvu de dons éblouissants, tant sur le plan militaire que politique, législatif, il mettra à profit cette conquête pour se forger une armée dévouée.  Il utilisait déjà un code, dit de substitution,  pour envoyer ses ordres à ses généraux, remplaçant chaque lettre pas celle placée trois rangs derrière : ainsi CESAR devenait-il FHVDU.

~ 55                            Pompée est consul à Rome, où il exerce une véritable dictature sans le nom. Son prestige est immense : vainqueur des pirates et de Mithridate, il a écrasé la démagogie et l’anarchie.

09 ~54                        Mariée à Pompée, la fille de César meurt : le dernier lien qui unissait les deux grand hommes est rompu, seules demeurent ambitions et rivalités.

~ 53                                Les Romains de Crassus se sont aventurés loin de leur bases près du cours supérieur de l’Euphrate : les Parthes leur infligent une lourde défaite à Carrhes - l’actuel Harran, en Turquie - . Crassus est tué mais les Romains en voyant briller les étendards des Parthes, découvrent la soie. Leurs belles en raffoleront, et son nom sera l’étendard de cette route des produits d’Orient, mariant la magie de l’étranger à la douceur de son toucher. Mais il faudra attendre six siècles pour que parvienne en occident le secret de sa fabrication,  jalousement gardé par les Chinois.

13 02 ~ 52                  Les Romains de Genabum - Orléans - sont massacrés : c’est le début de la révolte généralisée contre les légions de César.

03 ~ 52                          César a rassemblé ses légions dispersées qu’il rejoint à Sens, après une chevauchée fantastique, où il échappe aux forces arvernes. Il prend Avaricum - Bourges - sans représailles sur la population, et s’en va contrer Vercingétorix.

06 ~ 52                       Il connaît l’échec au siège de Gergovie. Ses amis éduens lui font défection et se rangent aux cotés de Vercingétorix, confirmé dans ses fonctions de chef par une assemblée générale des peuples gaulois tenue à Bibracte. Vercingétorix tente de barrer la retraite des légions de César regroupées autour de Sens et les attaque près de Saint Jean de Losnes, sur les bords de la Saône, mais sa cavalerie se fait tailler en pièces par les cavaliers germains recrutés par César, qui poursuit les troupes gauloises jusque dans leur quartier général d’Alésia, aujourd’hui le Mont Auxois, en Côte d’Or, sur la commune d’Alise Sainte Reine.

09 ~ 52                       La place d’Alésia proprement dite était au sommet d’une colline escarpée, en sorte qu’elle apparaissait comme inexpugnable autrement que par un blocus. Vercingétorix s’y enferme délibérément, attendant une armée de revers que des émissaires devaient ramener ; elle arriva, faillit venir à bout des Romains, mais ceux-ci, aidés de la cavalerie germanique, et des immenses talents stratégiques de César, renversèrent in extremis la situation.

~ 51                            César a hiverné à Bibracte où il a écrit les derniers livres du De Bello Gallico , après quoi il écrase les dernières poches de résistance, car il y en a - Uderzo et Goscinny se sont très bien documentés - : notamment chez les Cadurques, dans le sud-ouest, où ils tiennent un réduit - l’actuel Puy d’Issolud - qui dispose d’une source, qui leur permet de résister aux assauts de Caninius, un des lieutenants de César, lequel va revenir lui-même sur place pour prendre l’affaire en main, construisant une tour en bois d’où ses artilleurs bombardent les assiégés de projectiles, chaque fois qu’ils vont chercher de l’eau. Les sapeurs romains percent la colline pour détourner la source.  Les fouilles permettront de retrouver les galeries creusées par les Romains et des quantités invraisemblables, de projectiles, traits de catapulte, boulets, pointes de flèches ou balles de fronde en plomb qui fusent à 400 km/h et peuvent fracasser un crâne à plusieurs centaines de mètres de distance… La supériorité militaire des Romains était écrasante.  A la fin de l’année, la Gaule, épuisée, était totalement annexée. On parle d’un million d’esclaves ramenés en Italie ; Vercingétorix mourra dans une prison après avoir été exhibé enchaîné, au triomphe du vainqueur.

En Gaule, non seulement dans toutes les cités, dans toutes les bourgades et dans toutes les régions, mais aussi dans presque chaque famille, il y a des partis politiques opposés. A leur tête se trouvent des chefs choisis pour leur prestige. C’est à eux que les Gaulois s’en remettent pour trancher et régler tous les problèmes. Cette coutume remontant à des temps très anciens semble destinée à assurer la protection de chacun contre un plus puissant. En effet, un chef de parti ne permet pas qu’on attaque ou qu’on trompe ses fidèles, car sinon, il n’a plus aucune autorité dans son parti. Cette même division se retrouve dans l’ensemble de la Gaule, dont tous les peuples sont divisés en deux grandes factions.

Jules César    De Bello Gallico           VI, 11.

Dans la région de l’Ohio, les Moundbuilders,- que l’on nommera indiens quinze siècles plus tard, faisant nôtres les erreurs de Christophe Colomb -, dressent des centaines de statues gigantesques en terre, représentant hommes, oiseaux, serpents, qui servent soit de sépulture soit de fortifications ; des Grands Lacs au golfe du Mexique et à l’ouest américain, on commerçait bijoux et armes.   1200 ans plus tard, c’est encore à eux que l’on doit la ville de Cahokia, à l’est de l’actuel Saint Louis, à la confluence du Mississipi et du Missouri ; elle comptait au moins vingt mille habitants, une place centrale de 25 ha, une pyramide de plus de 30 m. de haut

12 01 ~ 49                  César et son armée toute dévouée à sa personne, cantonnés dans leur quartier général de Ravenne, siège de la Gaule Cisalpine, franchissent le Rubicon[9], qui fait frontière avec l’Italie : alea jacta est - les dés sont jetés -. Pompée et ses partisans s’embarquent à Brindes - Brindisi - et vont préparer la guerre hors d’Italie. César entre à Rome le 1° avril, où il reconstitue un gouvernement légal tout à sa dévotion. La guerre civile va faire rage ; il reprend la lutte partout où se trouvent les partisans de Pompée, avec des fortunes diverses.

~ 49                              Marseille la Phocéenne a pris le parti de Pompée et fermé ses portes à César : ses légions viennent à bout de la résistance de la cité, qui perd l’indépendance qu’elle avait jusque là au sein de la Narbonnaise, et César se chargera de lui faire payer ce mauvais choix. La culture grecque y était alors beaucoup plus prisée que la romaine :

Tous les citoyens de bonne famille s’adonnent à l’art oratoire et à la philosophie, au point que leur cité servait tout récemment d’école pour les barbares, qu’elle faisait des gaulois des philhellènes et que ces derniers même ne rédigeaient plus leurs contrats qu’en grec.

Strabon, VI, 5

La Grèce conquise conquit son farouche vainqueur et porta les arts dans le Latium rustique.

Horace

08 ~ 48                    Les six légions de César triomphent des neuf légions de Pompée à Pharsale, - aujourd’hui Larisa, en Thessalie - : c’est la débandade des républicains. Réfugié chez le roi d’Egypte, Pompée sera lâchement assassiné sur ordre de ses ministres le 28 septembre.

~ 48                            César, lancé à la poursuite de Pompée, se voit offrir sa tête en arrivant à Alexandrie : il fait châtier les assassins et s’en console rapidement en tombant dans les bras de la reine Cléopâtre, sœur et épouse de Ptolémée - cela faisait partie des traditions pharaoniques - . Les Egyptiens, qui n’apprécient pas que l’on séduise leur reine en s’encombrant de toute une armée, se révoltent contre César, et assiègent le palais, ce qui, vu ses occupations, ne le dérange pas outre mesure. Néanmoins, il ordonne que l’on mette le feu à la flotte égyptienne au mouillage, lequel se propage à un entrepôt proche de l’Arsenal où se trouvaient stockées, peut-être en attente d’embarquement pour Rome, quarante mille volumes qui partent ainsi en fumée. Mais, contrairement à ce que l’on peut lire chez Plutarque, ce n’est pas toute la Bibliothèque qui périt dans les flammes. Elle contenait, dit-on, plus de cinq cent mille manuscrits ! Fondée au III° siècle par les Ptolémée, elle avait une immense ambition d’universalité : ainsi une règle voulait que tout livre arrivant dans le port d’Alexandrie fût aussitôt saisi pour être copié, promesse étant faite de restituer l’original à son propriétaire. Antoine en fera très généreusement cadeau à Cléopâtre pour la consoler de la perte, très partielle de celle d’Alexandrie.

En mai 2004, deux ans après la mise en service de la Bibliothèque Alexandrina, une équipe d’archéologues égyptiens et polonais mettra à jour les restes : treize salles de conférence qui pouvaient recevoir cinq mille étudiants.

Printemps ~ 47            César passe en Asie, où il écrase Pharnace, le fils de Mithridate, et place l’un de ses protégés, l’Iduméen Antipater administrateur du Temple de Jérusalem, tandis que la Judée est confiée à Jean Hyrcan et la Galatie laissée au roi Deiotaros. Il rentre à Rome à l’automne, puis repart pour l’Afrique abattre les derniers partisans de Pompée.

6 04 ~ 46                    Suite à la victoire de César à Thapsus, ses ennemis se donnent la mort : Caton à Utique, Scipion sur mer et le roi Juba à Zamma.

Dès son retour à Rome, César célébrera son triomphe ; le sénat lui avait donné les prérogatives du princeps senatus : droit de présenter des candidats à toutes les magistratures, de revêtir la pourpre et le laurier des triomphateurs en permanence. Ce fût une fête d’une splendeur inouïe, avec princesse lagide, prince berbère, Vercingétorix, - qu’il fera égorger peu après dans sa prison -. Butin, banquets, spectacles donnèrent au peuple la sensation que le monde entier était aux pieds du dictateur.

Jean Remy Palanque            L’Occident et la République romaine. 1956

fin ~ 46                     La présence de Cléopâtre à Rome, venue avec son fils, renforce l’influence scientifique et artistique de l’Egypte.

1 01 ~ 45                   Les conclusions de Sosigène, astronome d’orient, amènent César à inaugurer une année de 365 jours, avec une année bissextile tous les trois (qui deviendront quatre) ans. Pour rattraper les incohérences du calendrier précédent, il fallut donner 422 jours à l’année ~ 46. Ce sera le calendrier Julien.

César conserve le cadre institutionnel de la République mais en vidant peu à peu le contenu : ne restent bientôt plus que les coquilles : dictateur pour dix ans, consul renouvelé chaque année, préfet des mœurs - ce qui équivalait à la censure -, il réforme considérablement le sénat, le dépouillant de bien des pouvoirs : l’imperator est de fait un véritable monarque, au demeurant populaire, remettant les dettes par un moratoire des petits loyers, supprimant la contrainte par corps ; toute la législation de César est favorable aux petits : des lois somptuaires limitent le luxe insolent des riches, une loi frumentaire institue des distributions gratuites de blé, une loi agraire installe vingt mille familles sur des terres. Il met en place un statut municipal, calqué sur l’organisation de la cité romaine. Les projets pour la transformation de Rome ne manquent pas : élargissement du pomœrium au-delà de l’ancienne enceinte, destruction des murs du ~ IV° siècle, détournement du cours du Tibre, reconstruction de la basilique Æmilia, de la curie, des rostres et de plusieurs temples. La royauté s’ouvre à lui ; on l’a déjà acclamé comme tel, on lui offre un diadème, qu’il refuse… sans doute simple manœuvre.

Combien savoureux les croquis de Lucien Jerphagnon et Pierre Grimal… Ils nous révèlent l’esprit supérieur de celui qui, en une seule année (45 av J.C.), réorganise l’administration des provinces et des villes alliées ou soumises et dilue le pouvoir de la noblesse romaine et des sénateurs (il en éleva le nombre à neuf cents, y incorporant même des sous-officiers ! ).

La même année, Jules César réforme le calendrier, fixant l’année à 365,25 jours (c’est le calendrier actuel, à peine modifié par Grégoire XIII en 1582). Il fonde Séville en Espagne, Bizerte en Afrique, Corinthe en Grèce. Il octroie la citoyenneté romaine aux habitants de la Gaule cisalpine ( l’Italie du bassin du Pô). Mais, pour endiguer la corruption et administrer ce qui était devenu un empire, il fallait contrarier le privilège d’une élite (moins de 1% des citoyens). Le Sénat, les nobles, peu ménagés par César, maugréent ferme.

Consul, dictateur, grand pontife, augure, on l’a plusieurs fois proclamé imperator (un titre décerné aux chefs victorieux).

On se demande toujours s’il était dans l’ intention de César de confisquer tout le pouvoir et de restaurer à son profit la monarchie après quatre siècles de fierté républicaine. Il ne refusa pas la couronne tressée de blanc des rois orientaux que le consul Marc Antoine posa sur sa tête le 15 février 44, malgré la vive désapprobation de la foule. Il fit même transporter la couronne contestée sur sa statue au Capitole.

On peut considérer cette démarche comme un sondage, car le dictateur n’était pas l’homme des jeux inutiles. Ses adversaires le comprirent : un mois plus tard, le 15 mars 44, vingt-trois coups de poignard transpercèrent César, à qui Antoine fit de magnifiques funérailles, tandis que la noblesse, diminuée mais soulagée, ricanait avec Cicéron.

…/… Rien n’est plus faux que de croire que César et son héritier Octave (le futur Auguste) se comportèrent à la façon d’un Napoléon et qu’ils transformèrent une vieille démocratie en monarchie. Tout d’abord, la République romaine n’avait rien de démocratique. Les succès de la plèbe, arrachant le pouvoir bribes par bribes aux patriciens, n’avaient pas changé le caractère oligarchique du gouvernement. Certes, il était possible de sortir du rang et de s’illustrer à Rome. La recette : vous deveniez général en chef, consul, sénateur, et votre descendance faisait désormais partie des happy few, c’est-à-dire de la nobilitas dans laquelle se recrutaient tous les magistrats de rang élevé. On se trouve bien devant une oligarchie.

En s’emparant du pouvoir, en se faisant octroyer le consulat à vie par le Sénat, Octave ne renie pas les principes républicains. Dans les périodes de danger, depuis des siècles, on nommait un dictateur, possédant le droit de vie et de mort sur tous ses concitoyens et disposant des pouvoirs les plus exorbitants. Octave, après César, devient un dictateur permanent.

Le titre d’imperator que lui confèrent les sénateurs a déjà été porté par nombre de généraux victorieux. Ce mot n’a pas le sens que nous  donnons à celui d’empereur. On s’en approche avec l’autre titre dont on bombarde le petit neveu de César : Auguste

Voilà qui est inédit. Grandiose. Honorifique au possible (on avait d’ailleurs hésité entre « Auguste » et « Romulus »). Mais le Sénat subsiste, et tous les magistrats et institutions de la République sont maintenus ou peu à peu rétablis : les consuls, les questeurs, les prêteurs, les tribuns, les censeurs, même si leurs fonctions sont pour la plupart confiées à Auguste, comme elles l’avaient été à César ! Octave-Auguste, donc, après avoir éliminé son rival Antoine, qu’il obligea à se suicider avec sa maîtresse Cléopâtre, prit en main les destinées de la « res publica », qu’il ne faut pas non plus confondre avec ce que nous appelons « république ». Res publica  peut se traduire par « ce qui est l’affaire de tout le monde ». Cette « chose publique », nous l’avons vu, était gérée par un petit nombre de gens, qui devaient leurs pouvoirs à leur naissance et au talent dont la nature les avait pourvus, mais très rarement à ce seul talent. Depuis César, la “chose publique” est l’affaire d’un homme. Et comme cet homme-là est autoritaire et tout-puissant, il a tendance à traiter chacun selon le mérite de l’intéressé ou selon sa fantaisie. La dictature va amoindrir le pouvoir des grandes familles et rendre moins humbles les humbles.

De ce qui précède, nous avons une preuve absolue : les Res Gestae rédigées par Auguste à la fin de sa vie. On y lit :

« Pendant mon sixième consulat, après avoir éteint la guerre civile en vertu des pouvoirs absolus que m’avait conférés le consentement de tous, j’ai fait passer la République de mon pouvoir dans celui du Sénat et du peuple romain ».  Et l’Empereur ajoute d’un ton modeste que cet acte méritoire a été récompensé : « J’ai été nommé Auguste. »

Jean-Paul Barbier     Civilisations disparues. Assouline         2000

15 03 ~ 44                  Marcus Brutus et Caius Cassius, chefs des républicains, assassinent César dans la Curie. Il avait cinquante sept ans. La lutte pour le pouvoir, d’abord verbale avec Cicéron, devint armée dès l’hiver, mettant aux prises Marc Antoine, lieutenant de César, et les partisans des républicains, donc de ses assassins. Antoine commence par battre en retraite devant des forces supérieures, puis bénéficie de deux ralliements qui vont le sauver : Lépide, proconsul de la Narbonnaise, et Octave, jeune homme effacé de dix neuf ans, petit neveu de César, qui va se révéler.

19 08 ~ 43                  Octave est entré dans Rome à la tête de sept légions et s’y fait élire consul.

27 11 ~ 43                  Formation d’un triumvirat : Antoine, Octave et Lépide, qui débute par un régime de terreur : affichage des listes de plus de deux mille proscrits, parmi lesquels cent sénateurs, condamnés sans jugement, le plus illustre d’entre eux étant Cicéron, le 7 décembre, mort d’être resté attaché à la liberté. Autre personnage qui pourrait devenir encombrant : Césarion, fils de Cléopâtre et de César, né après la mort de César : il va être assassiné sur ordre d’Octave.

~ 43                            Lyon - Lugdunum - va connaître une ascension foudroyante et deviendra, en -13, la capitale des trois Gaules. Lieu d’affaires, siège de grandes foires, bénéficiant de nombreux monopoles, le brassage des populations y favorisera la diffusion du christianisme.  Les constructions occupent d’abord la colline de Fourvière sous laquelle on creuse tout un réseau de galeries qui alimentent puits et citernes.

Octobre ~ 42              Les républicains et leurs dix neuf légions ont cherché à gagner à leur cause la Grèce : ils se font écraser dans les combats de Philippes, en Macédoine, où périssent Brutus, Caius et la plupart des chefs.

Les triumvirs n’ont plus d’adversaires, mais ils ont beaucoup trop de soldats : que faire de ces soixante deux légions - plus de trois cents mille hommes - ? Trente furent démobilisées, recevant un pécule et des terres, lesquelles furent confisquées à d’autres… ce qui favorisa les troubles et la reprise de la guerre civile, entre triumvirs, cette fois.   Dans la Narbonnaise, des milliers de vétérans de la VII° légion s’installent dans le Biterrois, constituant ainsi un vaste marché local pour les vins du cru…, du cru et d’ailleurs car ces goûts romains appellent des cépages romains entre autres l’Aminée, d’où sera issue la clairette d’Adissan.

6 10 ~ 40                    La paix de Brindes met fin à la guerre civile : Antoine épouse Octavie, sœur d’Octave. Lépide conserve l’Afrique, Octave les autres provinces d’Occident et Antoine tout l’Orient hellénique. Il installe sur le trône de Judée l’Iduméen Hérode et renoue avec Cléopâtre qu’il avait déjà rencontré dès ~ 41 : il l’aurait solennellement épousé à Antioche : ils eurent trois enfants : Alexandre, Cléopâtre Séléné et Ptolémée.

Après avoir été la captive de César, toujours soucieux des intérêts romains, elle avait fait d’Antoine un instrument docile, asservi à cet Orient qui l’avait totalement captivé.

Jean Remy Palanque            L’empire universel de Rome 1956

~ 37                                 Hérode le Grand devient roi de Judée, de Samarie, de Galilée et de Gaulanitide, avec l’aval des Romains et le soutien des Esséniens.

2  09 ~ 31                         Octave et Antoine ont fourbi leurs armes pendant toute l’année ~ 32. La lutte s’engagea sur la côte d’Arcanie, à la limite des deux mondes ; il n’y eut réellement de bataille que navale, au large du cap d’Actium, en Epire, à l’issue incertaine ; bataille de guerre civile : les forces égyptiennes étaient quasiment symboliques du coté d’Antoine. La seule chose certaine était la peur qu’avait Cléopâtre de la victoire, qui aurait ramené à Rome son Antoine : elle s’enfuit et son homme, paniqué, la suivit ; au bout du bout, en août ~ 30, chacun se suicida.

D’un coté, César Auguste entraîne au combat l’Italie avec le Sénat et le peuple, les Pénates et les Grands Dieux. Il est debout sur une haute poupe ; ses tempes heureuses lancent une double flamme ; l’astre paternel se découvre sur sa tête. Non loin, Agrippa, que les vents et les dieux secondent, conduit de haut son armée ; il porte un superbe insigne de guerre, une couronne navale ornée de rostres d’or. De l’autre coté, avec ses forces barbares et sa confusion d’armes, Antoine, revenu vainqueur des peuples de l’Aurore et des rivages de la mer Rouge, traîne avec lui l’Egypte, les troupes de l’Orient, le fond de la Bactriane ; ô honte ! sa femme, l’Egyptienne, l’accompagne. Tous se ruent à la fois, et toute la mer déchirée écume sous l’effort des rames et sous les tridents des rostres. Ils gagnent le large ; on croirait que les Cyclades déracinées nagent sur les flots ou que des montagnes y heurtent de hautes montagnes, tant les poupes et leurs tours chargées d’hommes s’affrontent en lourdes masses. Les mains lancent l’étoupe enflammée ; les traits répandent le fer ailé ; les champs de Neptune rougissent sous ce nouveau carnage. La Reine, au milieu de sa flotte, appelle ses soldats au son du sistre égyptien et ne voit pas encore derrière elle les deux vipères. Les divinités monstrueuses du Nil et l’aboyeur Anubis combattent contre Neptune, Vénus, Minerve. La fureur de Mars au milieu de la mêlée est ciselée dans le fer, et les tristes Furies descendent du ciel. Joyeuse, la Discorde passe en robe déchirée, et Bellone la suit avec un fouet sanglant. D’en haut, Apollon d’Actium regarde et bande son arc. Saisis de terreur, tous, Egyptiens, Indiens, Arabes, Sabéens, tournaient le dos. On voyait la Reine elle-même invoquer les vents, déployer ses voiles, lâcher de plus en plus ses cordages.

Virgile             Enéide, VII

C’était la fin du riche royaume lagide, qui devient prise de guerre d’Octave, donc lui appartenant en propre. Octave est le maître de l’empire : en août ~ 29, il peut fermer le temple de Janus, signifiant ainsi la fin des guerres qui ensanglantaient l’empire depuis si longtemps. C’est bien de ce moment que date le début de l’Empire romain.

13 01 ~27                   Octave vient au sénat résigner ses pouvoirs exceptionnels, mais les sénateurs insistent pour qu’il garde les provinces de Gaule, d’Espagne et de Syrie. L’empire est ainsi partagé en provinces sénatoriales et provinces impériales.

16 01 ~ 27                  Par sénatus-consulte, Octave reçoit le titre nouveau d’Auguste, qui lui donne une auréole sacrée, de par la référence avec les augures. Il est désormais Imperator Cæsar Augustus, placé au-dessus de toutes les magistratures, exerçant une véritable souveraineté, sans le mot de dictature. La magistrature impériale va se superposer aux magistratures républicaines sans les supprimer.

~ 25                               Auguste reçoit une ambassade des Indes.

~ 20                            Sous le règne du roi Hérode, reconstruction du Temple de Jérusalem.

~ 18                              Agrippa, gendre d’Auguste fait construire le Pont du Gard pour approvisionner Nîmes en eau, prise à la source de l’Eure, toute proche d’Uzès : Marcus Vissanius Api en est l’ingénieur en chef : 275 m de long, 75 m de haut. Les trois niveaux sont construits en pierre de taille sans liant ni scellement. La déclivité est de 0,4 %. Tout ne sera pas parfait du premier coup, mais les ajustements nécessaires furent faits.

http://www.gerard-verhoest.com/aqueducx.romain-htm 

Il est d’autres aqueducs, dont celui de Metz, long de 22 km, dont 13 enterrés depuis le captage d’une source à Gorze, qui traverse ensuite la Moselle par un pont de 1125 m, édifié sur plus de cent piles : on peut en voir encore 16 à Jouy aux Arches.

Nous restent encore de cette époque les arcs d’Orange et de Glanum, la Maison Carrée en ~2  de Nîmes [Carrée, non par son plan rectangulaire mais par ses angles « bien carrés » ; on l’appelait encore temple des Césars, les petits fils d’Auguste, Caius et Lucius] et celui de Livie à Vienne, en ~ 7, et encore le trophée de la Turbie, élevé à la gloire d’Auguste au plus haut point de la voie Aurélia, à 450 m. au-dessus de Monaco, gloire insupportable à Louis XIV qui voudra le détruire mais ne parviendra qu’à diminuer sa hauteur de 50 à 35 mètres. Ce trophée marquait la soumission des Ligures, qui permit le prolongement de Gênes à Arles de la vieille voie Aurelia, devenue Julia Augusta. Et encore le canal au lit entièrement pavé de pierres venant doubler l’Aude entre Narbonne et la mer qui permettait une rentrée rapide et facile des grands vaisseaux par le grau de Port la Nouvelle jusqu’au Port de Narbonne.

~12                             Lépide étant mort, les comices confèrent à Auguste le sacerdoce suprême du grand pontificat ; un véritable culte, instauré en Orient dès ~ 29, pénètre alors en Occident : aux portes de Lyon est édifié un autel commun à toutes les cités gauloises. L’affaire sera répétée à Cologne trois ans plus tard, puis sur l’Elbe pour la Germanie, puis à Tarragone pour l’Espagne.

~ 10                            La ville d’Autun, dès sa fondation devient le siège d’une université fréquentée par les enfants de la noblesse gauloise. D’autres suivront : Lyon, Vienne, Trèves, Toulouse. La plus renommée sera celle de Bordeaux, au IV° siècle.


 


[1] Si l’on retient que le terme Gaulois est une création romaine, il n’est pas certain que ceux-là, installés à l’est des Alpes, soient les mêmes que ceux qui se trouvaient à l’ouest, mais enfin, ne chipotons pas puisque le propos est élogieux.

[2] qui relie l’Italie à l’Espagne et ce, depuis le VI° siècle av. J.C., aménagée à l’initiative des commerçants ioniens, aidés sans doute des populations indigènes celtes.

[3] Selon un rapport rédigé en 1956 par Marc de Lavis Trafford, médecin et président de la Société d’Histoire et d’archéologie de Maurienne,  il y aurait eu au VIII°siècle un éboulement qui aurait entraîné la disparition de l’ancien col du Petit Mont Cenis, symétrique au sud à celui du Clapier : de l’époque romaine au VIII° siècle, le franchissement des Alpes empruntait la petite vallée d’Ambin, puis remontait le vallon du lac de Savine. Il existe de fait sur le versant italien de nombreux vestiges d’une voie romaine entre l’ancien col du Petit Mont Cenis et la Haute Clarée, qui conduit à Suse. Les italiens n’ont jamais cessé d’appeler ce col le col de la voie Romaine.

[4] … lequel donnera son nom au livre , en grec - biblia - et donc, au Livre des livres : la Bible. C’est le latin qui en fera un nom au féminin singulier quand c’était un pluriel en grec : les livres.

[5]  La technique était nouvelle dans le bassin méditerranéen, mais elle avait déjà été mise en œuvre dès ~ 460 par les scribes du roi achéménide qui écrivaient en araméen, langue qui finit par s’imposer dans tout le Moyen Orient.

[6] Sans doute un des coins les plus inhospitaliers au monde ; on y a enregistré en hiver des vents de 190 km/h. En mai se lève le vent dit des « cent vingt jours », dont les rafales atteignent 100 km/h. En été une chaleur torride est garantie, de même qu’un froid intense en hiver ; et c’est aussi le paradis des taons.

[7] même si c’est une graminée, dans l’usage qu’en font les Chinois, il peut être assimilé à du bois.

[8] Les Chinois ont trouvé à Cherchen, dans le Xinjiang, la province la plus occidentale, des momies datant de ~ 1000, d’origine celte.

[9] qui se jette dans l’Adriatique à Rimini.


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