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1 novembre 1954 à 1958. Toussaint sanglante : le début de la guerre d’Algérie
1 11 1954 En Algérie, dans les Aurès, l’instituteur Guy Monnero, se trouve à coté d’un notable musulman, dans un car qui va à Tifelel ; c’est un ancien officier de l’armée française. Des fellaghas arrêtent le car, son voisin fait le geste de prendre son arme : une rafale de mitraillette les fauche et les tue, blessant la femme de l’instituteur ; partout ailleurs sur le territoire se déclenche une vague d’attentats : la Toussaint sanglante marque le début de la guerre d’Algérie. Elle va durer huit ans. Le FLN : Front de Libération Nationale, choisit de belles jeunes femmes pour poser les bombes dans les établissements publics des pieds noirs : parmi elle, Djamila Bouhired, agent de liaison de Yacef Saadi, qui va être torturée, puis condamnée à mort en juillet 1957, libérée et graciée en 1962 par les bons soins de Jacques Verges et Georges Arnaud, qui ont monté une très efficace campagne de presse à l’international. Elle devient le Jean Moulin de l’Algérie. Vergès l’épouse, puis la plaquera avec leurs deux enfants en 1970 pour s’offrir des frissons délicieux pendant huit ans au sein du gratin mondial du terrorisme. François Mitterrand est alors ministre de l’intérieur du gouvernement de Pierre Mendès-France : il répond au premier appel au peuple algérien du FLN : Je prétends qu’actuellement, certains doivent cruellement méditer sur le déclenchement hâtif de l’émeute qui les a précipités dans une aventure qui les conduira à leur perte (…) Après le Maroc et la Tunisie (…) faut-il que l’Algérie ferme la boucle de cette ceinture du monde en révolte depuis quinze ans contre les nations qui prétendaient les tenir en tutelle ? eh bien non, cela ne sera pas parce qu’il se trouve que l’Algérie, c’est la France, parce qu’il se trouve que les départements de l’Algérie sont des départements de la République française. François Mauriac tiendra des propos bien différents : La responsabilité des fellagha dans l’immédiat n’atténue en rien celle qui, depuis 120 ans, pèse sur nous d’un poids accru de génération en génération. L’horreur de ce qui va se déchaîner doit être tout de suite adoucie par une offensive concertée contre les bas salaires, le chômage, l’ignorance, la misère et par les réformes de structure qu’appelle le peuple algérien. Et, coûte que coûte, il faut empêcher la police de torturer. 10 11 1954 Jean Monnet démissionne de son poste de président de la Haute Autorité de la CECA. 12 11 1954 Naissance d’Air Inter. François Mitterrand justifie l’envoi d’un contingent en Algérie. 15 11 1954 A l’Institut Pasteur, le professeur Pierre Lépine met au point un vaccin contre la poliomyélite. Un peu plus tard, l’Américain Albert Bruce Sabin fera de même. 28 11 1954 Gaston Dominici est condamné à mort. Son grand âge lui permit de voir sa peine commuée en perpète et il sera gracié par de Gaulle. 1954 Apparition de la pilule contraceptive orale, mise au point par l’Américain Gregory G. Pincus à partir d’un dérivé de progestérone, le noréthynodrel. La commercialisation sera autorisée aux Etats-Unis en 1960, en France en 1967. Première greffe d’organe entre jumeaux à Boston : transplantation rénale. Ron Hubbard inaugure à Los Angeles la première Eglise de scientologie. André Essel et Max Théret fondent la FNAC : Fédération Nationale d’Achat des Cadres, au début simple association qui permet aux adhérents de bénéficier de rabais allant de 7 à 25 % auprès des magasins qui ont accepté d’adhérer au principe : la défense du consommateur. Dès la première année, on comptera 50 magasins. Pour la première fois depuis 1945, l’inflation ralentit. Il y a 100 000 télévisions en France. Création du tiercé. Sartre est catégorique : En URSS, la liberté de critique est totale, et, un autre jour, ce sera : Tout anticommuniste est un chien et je ne sors pas de là. Et qu’on se rentre bien cela dans la tête ! Ah mais ! Et pour être bien sur qu’il ne s’agit pas là d’un égarement passager, souvenons-nous que le lascar n’eut pas un seul mot, - pas un seul - pendant toute la guerre contre le nazisme et l’antisémitisme. Pierre Daninos : La France est divisée en 43 millions de Français. La France est le seul pays du monde où, si vous ajoutez 10 citoyens à 10 autres, vous ne faites pas une addition mais 20 divisions. 1 01 1955 Arrivée sur les ondes d’Europe I 8 01 1955 Michel Rocard, sous le pseudonyme de Jean François Gravier publie Paris et le désert français : cela va marquer le début de prise de conscience de l’excès de centralisation et donc d’une nécessaire décentralisation. 18 01 1955 Juan Carlos est désigné comme successeur de Franco. 31 01 1955 Premier Monde Diplomatique. 5 02 1955 A l’Olympia, Gilbert Bécaud, avant Johnny et Elvis, déclenche un phénomène d’hystérie collective. 02 1955 Charles de Gaulle confie à Edmond Michelet, son futur garde des sceaux : L’Algérie est perdue. 17 03 1955 Publication de notes entre Roosevelt, Churchill et Staline lors de la Conférence de Yalta, qui prouvent que l’avancée du monde communiste n’est pas imputable à la maladie de Roosevelt, mais a bien été acceptée en toute connaissance de cause. Invention du poste radio à transistor : cristal de germanium, qui est un détecteur et un amplificateur des ondes hertziennes. Cette invention mit à mort la fraîcheur et le plaisir de vivre au quotidien. La radio qui, jusque là, avait besoin de lampes fonctionnant à l’électricité et donc restait à la maison ou à la rigueur dans certains lieux de travail, devint transportable et envahit les chantiers, les voitures, anesthésiant tout envie de s’exprimer. Il devint alors de bon ton de paraître porter tout le malheur du monde : les premiers personnages de Claire Brétécher apparurent. Et s’ils eurent tant de succès, c’est bien qu’on les rencontrait dans la vie : Jean François Kahn raconte une soirée au théâtre où il se trouvait à coté d’une critique de presse… qui ne cessa de se marrer pendant toute la soirée et le lendemain écrivit un papier disant son ennui et sa tristesse devant un spectacle aussi médiocre… Nous sommes encore quelques survivants qui avons connu un temps où les ouvriers s’en allaient au travail en chantant, où les maçons chantaient dans leurs échafaudages, où les bouviers aiguillonnaient leurs attelages en briolant, où les femmes vocalisaient en étendant leur linge aux fenêtres. Les invités au mariage chantaient (chacun sa chanson). Les enfants s’envoyaient des comptines en chantonnant. Et dans les villes, au coin des rues, on rencontrait des attroupements de badauds qui, une brochure illustrée en main, s’essayaient à fredonner la nouvelle chanson que l’accordéoniste venait leur apprendre. On chantait dans les bistrots. On chantait dans les prisons. La chanson était la culture du pauvre et son expression naturelle, sa manière de se souvenir, comme de critiquer. Les amoureuses chantaient (les amoureux aussi). Les anarchistes chantaient. Le monde était alors plein de chansons d’amateur et d’amateurs de chanson. La radio, la télévision, le walkman ont rendu le peuple muet. Le peuple écoute les professionnels. Le peuple écoute et ronge son frein. Or, un peuple qui ne chante plus est un peuple qui déchante, un peuple désenchanté. Michel Ragon. Préface de l’Anthologie de la Chanson Française de Marc Robine. Albin Michel. 1994. Il existe en Estonie, ce petit pays balte qui reprit son indépendance en 1992, une curieuse « fête des chansons » ; celle-ci a lieu tous les quatre ans, un rythme sans doute inspiré des olympiades grecques, car cette manifestation fût lancée bien avant les initiatives du baron de Coubertin, en 1869 précisément, à Tartu. Sorte d’olympiade chansonnière en effet que cette fête véritablement nationale qui réunit en une même chorale 30 000 personnes. Je dis bien « trente mille » participants, hommes, femmes jeunes gens ou enfants en âge de tenir la note ; ils chantent ensemble, devant un public que l’on m’a affirmé avoisiner les 300 000 spectateurs, évidemment rassemblés en plein air, et venant de tous les villages d’Estonie. La chanson fétiche de cette gigantesque parade s’appelle « Mu ismaa on minu arm », c’est à dire « La patrie est mon amour ». Cette sorte d’hymne national fut concu pour cette fête vers 1873 - les paroles sont de Lydia Koidula et la musique de Gustav Ernasaks -, tout Estonien sait cela, et les cite comme nous citons Rouget de Lisle… Or, il se trouve que cette cérémonie s’est prolongée, intacte, pendant les cinquante années où le pays a été soumis à la dictature soviétique, et son rôle dans le maintien de la cohésion nationale, voire dans la résistance larvée au pouvoir russe, n’a pas été mince. Il est clair, pour tout Estonien libre d’aujourd’hui, que la chanson a été l’un des éléments déterminants de la résurgence du pays après l’écroulement de l’Union soviétique. La volonté publique avait été alimentée pendant ce demi-siècle, dans cette langue finno-ougrienne impénétrable, à l’insu de la puissance dominatrice, par l’amoureux « Mu ismaa on minu arm » particulièrement apte à transmettre aux générations naissantes la tradition autrement refoulée. Il y a dans ce phénomène, peut-être unique au XX° siècle, une rigoureuse application du principe grec des « scolies ». Ce faisant, la population d’Estonie a connu des occasions héroïques dans la défense de ses chansons. Il y eut en particulier, dans les années 1980, une fête mémorable où l’orchestre - prosoviétique et russophone -, essaya de saboter l’exécution de « La patrie est mon amour » en entamant une autre musique au moment crucial où l’hymne commençait. Mais les trente mille poitrines, soutenues par l’immense foule, maintinrent jusqu’au bout leur chant patriotique, obligeant l’orchestre à capituler - un souvenir que les participants évoquent avec un frémissement d’émotion -. Pour eux, la fête des chansons a empêché l’Estonie d’être entièrement phagocytée par sa grande voisine russe. Claude Duneton. Histoire de la Chanson française. Seuil 1998. 28 03 1955 Les locomotives BB 9004 et CC 7107 dépassent 330 km/h, dans les Landes. 18 04 1955 Inauguration de la conférence des pays non alignés à Bandung, en Indonésie. A 1h15 du matin, dans une chambre de l’hôpital de Princeton, dans le New Jersey, meurt à 76 ans Albert Einstein, le plus grand génie scientifique du XX° siècle . Il avait été chassé d’Allemagne en 1933. Conformément à ses dernières volontés, son ami et exécuteur testamentaire Otto Nathan n’organise aucune cérémonie funèbre ; son corps est incinéré à 16h30 dans la plus stricte intimité et ses cendres dispersées dans un endroit tenu secret. Donc, on pourrait croire qu’ «exit Einstein ». Or, en amont, l’hôpital avait fait son travail : une autopsie au début de la matinée pour déterminer la cause exacte de la mort : c’est le docteur Thomas Harvey qui la pratique : pour cette année, c’est sa 33° autopsie de l’année et il en fait habituellement autour de 100 par an. Arthur Einstein est mort d’une rupture d’anévrisme de l’aorte abdominale. Mais bien évidemment, ce qui va devenir l’objet de toutes les curiosités, c’est son cerveau. Déception, il ne révèle alors rien de particulier : son cortex affiche un poids de 1.230 kg, ce qui le situe dans la moyenne, plutôt moyenne basse, de l’ensemble des cerveaux, venant ainsi conforter la règle de l’absence de rapport entre le poids du cerveau et le QI. Les tribulations du cerveau d’Einstein seront nombreuses et la connaissance du cerveau continuera d’avancer jusqu’à ce que l’on découvre l’existence, à coté des neurones d’autres cellules, dix fois plus nombreuses : les gliales, qui ont un rôle d’assistance aux neurones, mais interviennent aussi directement dans les processus de mémorisation et d’apprentissage du cerveau. En 1983, Marian Diamond, neuroanatomiste à Berkeley s’aperçoit que le lobe pariétal inférieur gauche du physicien présente une proportion anormalement élevée de cellules gliales. Or, les circonvolutions pariétales inférieures sont le siège des capacités de raisonnement mathématique et spatial… En 1995, Sandra Witelson, neurologue à l’Université Mac Master d’Hamilton, dans l’Ontario et son assistante Debra Kigar, découvrent que la branche postérieure de la scissure de Sylvius, un sillon qui démarre à la base du cerveau et sépare les lobes frontaux et pariétaux du lobe temporal, est anormalement courte et bifurque brusquement en arrière du sillon post central : Einstein avait des lobes pariétaux hypertrophiés (plus 15% par rapport aux cerveaux témoins). Les deux femmes montrent aussi que le lobe pariétal gauche est aussi volumineux que le droit, d’ordinaire moins imposant, puisque comprimé par des aires voisines impliquées dans le langage, ce qui pourrait expliquer que le physicien, dans sa prime jeunesse, ait été affligé d’une élocution balbutiante. Bref, pour résumer, il y a du grain à moudre …. 5 05 1955 La République Fédérale d’Allemagne devient un état souverain. Les Haut Commissaires cèdent la place à des ambassadeurs. 11 06 1955 Tragédie aux 24 heures du Mans : la Mercedes de Pierre Levegh entre en collision avec l’Austin Healey de Macklin, est catapultée en l’air et s’écrase dans les tribunes : quatre vingt deux morts, quatre vingt douze blessés. 14 05 1955 Signature du Pacte de Varsovie : accords de défense mutuelle entre les partis du bloc communiste. 15 05 1955 La France évacue le Viet Nam du nord en rembarquant ses dernières troupes à Haïphong. 26 05 1955 Jean Franco arrive au sommet du Makalu, 8 515 m. 27 05 1955 Premiers vols de l’hélicoptère Alouette II et du moyen courrier biréacteur Caravelle (les deux réacteurs sont à l’arrière du fuselage). Elle emporte soixante dix passagers à 770 km/h et volera jusqu’au 3 août 1991. 24 06 1955 Inauguration du téléférique de l’Aiguille du Midi, le plus haut d’Europe : 3 842 m. Dès 1949, le conseiller général de Chamonix, Philippe Edmond Dessailloud, manifeste son intention de ne pas abandonner le projet d’atteindre par téléphérique l’Aiguille du Midi, en dépit de la décision prise il y a un an d’arrêter les travaux sur les installations en service. L’ingénieur et comte italien Dino Lora Totino di Cervinia répond à l’appel, secondé par un autre ingénieur, Vittorio Zignoli. Très rapidement ils tirent un trait sur le tracé actuel et en proposent un autre dont le départ serait près du centre de Chamonix, avec une seule gare intermédiaire, au Plan, et ensuite une portée unique, sans pylône, pour atteindre directement le sommet de l’aiguille. Ceux qui alors crient « au fou » sont suffisamment nombreux pour que les autorités habilitées à délivrer les indispensables autorisations hésitent… elles finissent par dire oui… sous forme de pari : si vous parvenez à tendre un câble entre le sommet de l’Aiguille et Planpraz, sans toucher le rocher, vous aurez toutes les autorisations nécessaires. Le comte sera le principal bailleur de fonds de la Compagnie des téléfériques de la Vallée Blanche. La ténacité et le génie de Dino Lora Totino permirent au pari d’être tenu. Et l’aventure , à l’instar de celle de Walter Bonatti, alors le grand Monsieur de l’alpinisme mondial, eût aussi ses Grands Jours, six mois par an pendant cinq ans : aventures techniques, innovations permanentes, et aussi bien sûr défis techniques au quotidien : des froids de - 30°, des vents de 150 km / h, le rocher à concasser sur place pour faire du sable, des vieux pneus à brûler pour obtenir une température qui permette la fabrication du béton, la neige à enlever presque tous les jours… Le 27 juin 1950, ce sont trente guides italiens et français qui attendent au col du Midi l’arrivée du câble par la benne de service de l’ancienne installation ; il va falloir le dérouler depuis le sommet en direction du Plan, c’est à dire par la face Nord. Mais tout d’abord, il faut le monter au sommet de l’aiguille - 300 m de dénivelé -, et c’est encordés avec celui-ci qu’ils y parviennent en fin de matinée. Il faut du temps pour mettre l’opération en place, et le 29 juin, sept guides effectueront son déroulement le long de l’éperon Frendo… ils parviennent au Plan de l’Aiguille neuf heures plus tard : pari gagné. Sur la décennie 1990 - 2000, le sommet de l’aiguille du midi voit 450 000 visiteurs par an, 5000 par jour en période d’affluence. Résumé de La fabuleuse histoire de l’aiguille du midi et du TMB. Pascal Kober STMB Thétys 1992 30 06 1955 Décret interdisant la construction de nouvelles usines à moins de quatre vingt km de Paris. 2 07 1955 De Gaulle annonce son retrait de la vie politique. 20 et 21 08 1955 Emeutes et répressions violentes en Algérie. …. Après dix-neuf siècles de christianisme, le Christ n’apparaît jamais dans le supplicié aux yeux des bourreaux d’aujourd’hui, la Sainte Face ne se révèle jamais dans la figure de cet Arabe sur laquelle le commissaire abat son poing. Que c’est étrange, après tout, ne trouvez-vous pas ? qu’ils ne pensent jamais, surtout quand il s’agit d’un de ces visages sombres aux traits sémitiques, à leur Dieu attaché à une colonne et livré à la cohorte, qu’ils n’entendent pas à travers les cris et les gémissements de leurs victimes sa voix adorée : « C’est à moi que vous le faites ! » François Mauriac 23 08 1955 Walter Bonatti escalade en solitaire le pilier sud ouest des Drus. 6 09 1955 France Observateur est saisi après un article de Claude Bourdet 6 10 1955 Citroën sort la DS 19 ; depuis la Traction d’avant guerre, aucune voiture ne présente autant d’innovations. 1955 Le Corbusier achève Notre Dame du Haut : c’est la chapelle de Ronchamp, à coté de Belfort. Philippe Lamour crée la Compagnie nationale d’aménagement du Bas Rhône Languedoc, pour pouvoir irriguer et ainsi trouver d’autres cultures que la vigne et ses surplus constants. Premier ballet de Maurice Béjart, sur la Symphonie pour un homme seul de Pierre Henry. Les Chantiers de la Loire et ceux de Penhoët fusionnent pour donner naissance aux Chantiers de l’Atlantique. A Montgomery, en Alabama, Martin Luther King lance le boycott des autobus qui pratiquent la ségrégation : cela va durer 381 jours, au bout desquels les Noirs auront gain de cause. 7 01 1956 Mise en service de la première centrale nucléaire française de Marcoule. 22 01 1956 Albert Camus voit monter la haine : il organise une conférence à Alger, et un meeting franco-algérien, dont le thème est au cœur de l’actualité : Trève pour les civils : Nous demandons qu’en dehors de toute position politique et sans que cela entraîne aucune interprétation de la situation actuelle dans un sens comme dans l’autre, un engagement général soit pris pour assurer la protection des civils innocents. Mais il est déjà trop tard…chaque camp, chaque totalitarisme, fourbit ses armes, et parfois elles se résument à quelques mots, comme Camus, philosophe pour classe terminale de Jean-Jacques Brochier, petit commissaire politique de procès staliniens instruits d’avance pour lequel il était très probablement insupportable de voir la philosophie fragilisée parce qu’humanisée par Camus : la philosophie peut servir à tout, même à changer les meurtriers en juges. 01 02 1956 Il fait bien froid partout : on enregistre du - 26° près de Nancy, on marche dans 70 cm de neige à Saint Tropez. Même l’été sera froid : 7° en juin à Château-Chinon. 45% des cultures vont être détruites par le gel. Bien des arbres ne s’en remettront pas et accéléreront le déclin d’une agriculture familiale. On ne trouvera dans le Guide Hachette des Vins aucun millésime de 1956, sauf dans les vignobles de Loire et du Rhône. Tu peux arracher tous les oliviers. Regarde cette couche noire entre bois vif et l’écorce. C’est sec. Dans quelques jours, tout aura noirci comme après un incendie. Fichus, ces amours d’arbrisseaux Gavino Ledda Padre Padrone L’hiver attaqua la nature comme un tigre dans la nuit du premier au deux février. Ce fut une sensation abominable dès le sortir du sommeil. D’habitude, grâce aux édredons jaunes en duvet d’oie, c’était dur de se tirer du lit tellement on y était bien. Là, au contraire, on comprit tout de suite que si on ne bougeait pas, on était foutu. Ce fut le froid qui réveilla le silence. Le froid et le silence avaient arrêté le monde comme ils l’eussent fait d’une pendule. Le ruisseau ne cascadait plus de seuil en seuil au bout du bien. La fontaine ne coulait plus. On n’entendait même pas le bruit joyeux des étables en train de s’éveiller et les coqs étaient restés au perchoir, médusés. Romain s’habilla en vitesse pour aller casser la glace du bassin. Il faudrait de l’eau pour faire la pâtée des porcs et du verrat et faire boire les chevaux. On mit deux lessiveuses à chauffer sur le fourneau. Il fallut rallumer la cheminée du grand corridor qui chauffait toute la maison mais qu’on utilisait que deux ou trois fois par hiver. Le grand-père n’en croyait pas ses yeux. Il y avait quarante centimètres de neige mais ça ne tombait plus. Il regardait sa terre le grand-père et il ne la reconnaissait pas. Les arbres n’étaient plus que des tas. On avait oublié leur forme ancienne. Pour aller voir le thermomètre accroché à un clou contre le tilleul tout blanc, Florian dut se munir d’une pelle et se frayer chemin puis racler le tronc du tilleul. - Il est cassé! dit-il en le secouant. Non, il n’était pas cassé. Il marquait moins vingt-trois degrés centigrades. C’était un objet publicitaire qui proclamait « Dubonnet » en très gros caractères. C’était absurde d’ailleurs parmi tout ce désastre blanc que cette fille rieuse en maillot de bain offrant l’apéritif à celui qui regardait le thermomètre. Le mercure était recroquevillé au fond du tube comme si lui aussi avait froid mais le plus terrible, c’était le silence. Les trois chevaux étaient appuyés l’un contre l’autre et ils ne mangeaient pas. Les chiens étaient tous rentrés dans la bergerie en passant sous un battant vermoulu. Ils s’étaient mussés parmi les brebis indifférentes et lointaines qui continuaient tranquillement à ruminer. A Séderon, le jeune curé allant dire sa première messe dut se frayer chemin à la pelle dans les quatre pans de neige gelée sur quoi soufflait un vent mordant qui vous ouvrait la peau des poignets en pénétrant sous les houppelandes. Entrant dans l’église et tendant machinalement la main vers le bénitier pour se signer, le desservant rencontra la glace froide qui avait solidifié l’eau bénite et fait éclater la pierre. Avant de s’agenouiller devant le Christ, il pensa à tous ces paysans qui allaient devoir sortir pour gouverner les bêtes. Une dévote parcheminée venue sur ses pantoufles depuis la maison contiguë ne le perdit pas de vue un seul instant tout en priant. Elle dit plus tard que le prêtre était tombé à genoux sur un prie-Dieu après la messe dite et qu’il y était resté une heure à implorer la clémence du ciel. Il en eut l’orteil de chaque pied gelé à moitié mais pas la dévote décharnée qui rentra chez elle tranquillement et sans autre émotion. On entendait dire qu’en Provence c’était une tragédie, que tous les oliviers avaient éclaté, le tronc ouvert, écartelé, ce qui arrivait une fois par siècle. Il était inutile d’ouvrir les journaux quotidiens qui ne parlaient que de ça : « L’Europe grelotte », imprimaient-ils. On sentit dans l’esprit et en pleine poitrine que l’équilibre de la planète ne tenait qu’à un fil. Il n’était nul besoin d’avoir accès à la science pour s’en persuader. Il n’était que de regarder le ciel. Il n’avait jamais été ainsi : ni bleu ni noir mais jaunâtre griffé de stries qui ressemblaient à des éclaircies et n’étaient que des crevasses abyssales dressées verticales à l’envers au-dessus de nos têtes. - Couleur de pourri, disait le grand-père. La vie du paysan pour dure qu’elle ait été jusque-là devint un travail forcé à perpétuité. Il fallut pendant trois semaines casser la glace sur les abreuvoirs deux fois par jour. Les poules durent être nourries au grain dans les poulaillers car leur bec n’était pas fait pour entamer la terre par moins vingt-trois degrés. La vie des femmes ne fut pas meilleure. Il fallait courir de la cuisine au bûcher pour entretenir des feux d’enfer car tout devait être chauffé. On apportait sur les tables des oiseaux morts de froid qu’il fallait dégeler pour les plumer. Nous savions, nous, quand on venait de gouverner les agneaux car c’était en plein agnelage, que le cul sur le poêle on avait besoin d’encore dix minutes de patience pour se dégourdir l’échine. Il n’aurait pas fallu beaucoup de degrés en moins pour nous changer en statue de gel. Ceux qui étaient en contact direct avec la terre sans le truchement des villes protégées des éléments comme autrefois des bandits de grand chemin, ceux-là se persuadèrent qu’il n’y avait pas besoin de cataclysmes bruyants pour dépeupler la terre. Il suffisait de quelques degrés en moins. Seuls les chênes verts demeurèrent tels qu’ils étaient. Il faisait nuit tout le jour sous leur couvert, car au sommet des houppiers la neige avait formé une carapace de glace opaque. Toute la sauvagine rampait au pied de ces yeuses pour avoir moins froid. Les sangliers eux-mêmes ne grognaient plus. Ils déterraient les racines des arbres pour se nourrir. Pierre Magnan. Laure du bout du monde. Denoel 2006 6 02 1956 Guy Mollet est conspué à Alger, à grand renfort de tomates bien mûres qui lui sont jetées à la tête. 15 02 1956 Dans l’Express, éditorial de Françoise Giroud contre la loi de 1920 qui réprime la contraception et l’avortement : il y a à cette époque huit cent mille avortements clandestins chaque année, qui entraînent la mort de vingt mille femmes. 24 02 1956 Le XX° congrès du PCUS - Parti Communiste de l’Union Soviétique - est ouvert depuis le 14 février : 1 430 délégués représentant plus de sept millions de communistes soviétiques sont présents ; les représentants de 55 « partis frères » ont fait le voyage. Le Congrès touche à sa fin quand Khrouchtchev, lors d’une réunion à huit clos non programmée, lit pendant quatre heures un Rapport secret qui, pour l’essentiel, dénonce le culte de la personnalité qui s’est développé sous Staline. L’affaire nécessitait les ruses du paysan madré qu’était Khrouchtchev : il avait bel et bien été acteur d’une part des innombrables massacres perpétrés sous Staline, de même que nombre d’autres hauts responsables : Molotov, Vorochilov, Kaganovitch, Mikoian, Beria etc… et il s’agissait donc de ne pas tout dire. Six semaines avant le congrès une enquête sur les causes des répressions à l’encontre des membres du comité central élus au XVII° congrès de parti, en 1934 avait été demandé à une commission présidée par Piotr Pospelov, ancien directeur de la Pravda, auteur d’une Biographie abrégée de Staline En fait, le rapport Pospelov ira beaucoup plus loin, parlant par exemple, des 681 692 fusillés entre 1937 et 1938. Il déclenchera des discussions virulentes entre les membres du præsidium. : que va-t-on reprendre et que va-t-on taire ? Khrouchtchev l’emportera : Tout le monde est d’accord qu’il faut dire des choses au congrès. Il y a des nuances, en tenir compte. Nous avons tous travaillé avec Staline, mais ceci ne nous engage pas. Maintenant que les faits ont été établis, il faut parler de Staline, sinon, nous justifions ces faits (…) Nous n’avons pas honte. Il ne faut pas avoir peur. Ne pas être des philistins. Dénoncer résolument le rôle du culte de la personnalité, mais avec sang-froid. Vont y figurer l’incompétence militaire de Staline, responsable des désastres militaires de 1941-1942, la déportation des peuples caucasiens, accusés à tort de collaboration avec l’occupant nazi en 1943-1944, le conflit stérile avec Tito, les faux complots de 1948, 1951 et début 1953. Diffusé à grande échelle, le Rapport secret ne le restera bien sur pas longtemps : en quelques jours sept millions de membres du parti en prennent connaissance. Les Russes qui défendent Staline se révéleront en fin de compte être les plus nombreux. A l’étranger, il est publié dans le New-York Times le 4 juin, dans Le Monde le 6. En Italie, Togliatti en profite pour aller plus loin que le rapport dans la dénonciation du stalinisme, marquant ainsi la rupture avec Moscou ; en France Maurice Thorez et Jacques Duclos sont tellement embarrassés qu’ils parlent de rapport attribué au camarade Khrouchtchev, en Pologne, en Hongrie, il soulèvera un immense espoir : les chars russes se chargeront d’y mettre un terme, en s’arrêtant aux frontières pour la Pologne, en allant jusqu’à Budapest pour la Hongrie… ailleurs, on parlera tout simplement d’un faux… 25 02 1956 Le cercueil de Staline est retiré du mausolée de Lénine. La ville de Stalingrad devient Volgograd et au Tadjikistan, Stalinabad devient Douchanbe. 2 03 1956 Indépendance du Maroc. 9 03 1956 Troisième semaine de congés payés. 26 03 1956 Les dernières troupes françaises quittent Saigon. 27 03 1956 Henri de France procède aux premiers essais du procédé de télévision SECAM : Sequentiel Couleur A Mémoire. 6 04 1956 Jacques Yves Cousteau et Louis Malle obtiennent la Palme d’Or au festival de Cannes pour Le Monde du Silence : des millions d’hommes, femmes et enfants découvrent notre autre univers et ses enchantements. 11 04 1956 Soixante dix mille réservistes sont rappelés pour l’Algérie : violents incidents partout en France. 19 04 1956 Mariage de Rainier de Monaco avec Grace Kelly. La France est représentée par François Mitterrand, garde des Sceaux. On est en 1955, Rainier s’ennuie à Monaco ; il a plié devant l’opposition de ses conseillers à un mariage avec la ravissante actrice française Gisèle Pascal[1] ; Onassis vient d’acheter 20000 actions de la Société des Bains de Mer, et menace ainsi l’indépendance de la Principauté. D’autre part les Monégasques sont inquiets de voir le prince sans descendants, car, selon l’article 3 du traité franco monégasque de 1918, la principauté, au cas où la couronne viendrait à manquer d’héritier, formerait un état autonome sous la protection de la France : en clair, cela signifie que ces chers administrés risqueraient de se retrouver mangés à la sauce du fisc français. L’aumônier du Palais dit à Rainier : Mariez vous ; épousez donc une Américaine et vous n’appréhenderez plus les cadeaux des Grecs. En mai 55, Grace Kelly vient de terminer le tournage de La main au collet et se trouve au festival de Cannes : elle demande à visiter le Palais de Monaco ; par amusement, elle demande à s’asseoir sur le trône… sur lequel elle se trouve lorsqu’entre Rainier : ils font connaissance. Elle est belle, elle est riche, elle est intelligente et, last but not least, elle est la seule star dont les contrats stipulent qu’elle ne sera jamais obligée de se déshabiller devant les caméras. Les fiançailles seront annoncées dès le 5 janvier. La mère de Rainier, plutôt excentrique, depuis longtemps séparée de son époux Polignac, viendra au mariage au bras de René Girier, alias René la Canne, fameux détrousseur de bijoux, qu’elle avait connu en se faisant visiteuse de prisons ! 1 05 1956 Cent mille manifestants pour la réunification des deux Allemagnes. 22 05 1956 En désaccord avec la politique algérienne du gouvernement, Pierre Mendès France démissionne. 3 06 1956 Suppression de la 3° classe dans les trains. 20 06 1956 Début de la bataille d’Alger. Quatre cent mille soldats français sont en Algérie. 06 1956 La loi cadre de Gaston Defferre, ministre de la France d’Outre-mer, prépare l’émancipation de l’Afrique Noire : institution du suffrage universel direct et du collège unique. Cela ne s’applique pas à l’Algérie. 19 07 1956 Formation du GPRA : Gouvernement Provisoire de la République Algérienne. 26 07 1956 Nasser s’est vu refuser par les occidentaux le financement des travaux du barrage d’Assouan ; par mesure de rétorsion, il annonce la nationalisation du canal de Suez, désapprouvée par le parlement français par 422 voix contre 160. Il prononce un discours public à Alexandrie : Et maintenant, je vais vous raconter mes démêlés avec les diplomates américains…pauvre Mister Allen, s’il vient dans mon bureau avec la note, je le chasse ; et s’il se retourne sans avoir remis la note, c’est Mister Dulles qui le chasse….Que faire pour ce pauvre Mister Allen ? …/… Ces bénéfices dont nous privait cette compagnie impérialiste, cet Etat dans l’Etat, tandis que nous mourions de faim, nous allons les reprendre…et je vous annonce qu’à l’heure même où je parle les agents du gouvernement prennent possession de la Compagnie…C’est le canal qui paiera pour le barrage….Il y a quatre ans, ici même, Farouk fuyait l’Egypte. Moi, aujourd’hui, au nom du peuple, je prends le canal… Ce soir, notre canal sera égyptien, dirigé par des Egyptiens. 8 08 1956 Incendie dans la mine de Marcinelle, en Belgique : deux cent soixante trois morts. 23 08 1956 Enceinte, Jackie Kennedy fait une hémorragie et doit accoucher prématurément : la petite fille, qui se serait appelée Arabella, est mort-née. John n’est pas là : il a jugé préférable de s’offrir du bon temps en compagnie de son frère Ted et de deux amis à bord d’un yacht avec « hôtesses » loué sur la Côte d’Azur. Son frère Bob l’informe : il répond qu’à ce point, il n’est plus nécessaire de revenir. Seule la politique parviendra à le faire revenir sur son premier mouvement, par les mots bien crus de George Smathers : John, tu ferais bien de ramener tes fesses jusqu’au lit de ta femme si tu ne veux pas que toutes les femmes d’Amérique votent contre toi en 1960. Si l’on voulait trouver des circonstances atténuantes à ce comportement de parfait salaud, on pourrait peut-être aller voir du coté de la souffrance qu’endurait John Kennedy au quotidien depuis de très longues années. Atteint de la maladie d’Addison, une forme de leucémie lente qui commence par s’en prendre aux glandes surrénales, il avait été opéré à plusieurs reprises, la dernière intervention remontant au 21 octobre 1954. Des médecins lui avaient parlé d’une fin vers les 45 ans. Quand il sera assassiné en 1963, il en aura 46 : il portait alors un corset. 23 10 1956 Enfermés dans leur cohérence qui les a mis depuis des lustres sur une orbite d’où tout contact avec le réel est devenu mission impossible, l’appareil du Parti Communiste Hongrois nomme contre-révolution l’insurrection des Hongrois contre « l’Etat des Travailleurs et des Ouvriers », puisque ainsi se nommait dans la Constitution hongroise le parti mis en place par Moscou aux lendemains de la guerre. 90 000 militaires russes y font encore régner l’ordre communiste. Huit mois plus tôt, les révélations sur les crimes de Staline avaient déjà provoqué de grandes tensions au sein du parti des Travailleurs. Les timides essais de libéralisation consécutifs à la mort de Staline ne suffisent pas à dissiper la haine du Russe. Imre Nagy, très populaire premier ministre nommé en avril 1953 avait été relevé de ses fonctions le 9 mars 1955. Au début, une manifestation d’étudiants où l’on entend : Liberté, Dehors les Russes ! Devant la maison de la Radio, ils demandent à passer sur les ondes : la police politique - l’AVO - tire alors sur la foule, tuant environ dix personnes, en blessant des centaines. Et c’est tout un peuple qui se soulève pendant treize jours. 30 10 1956 Israël attaque l’Egypte dans le Sinaï : la France et l’Angleterre leur adressent un ultimatum, et envoient leurs forces occuper Port Saïd et la partie nord du canal. 4 11 1956 Un millier de chars russes entrent à Budapest, y rétablissant l’ordre russe. La Hongrie vaincue et enchaînée a plus fait pour la liberté et la justice qu’aucun peuple depuis vingt ans. Mais, pour que cette leçon atteigne et persuade en Occident ceux qui se bouchaient les oreilles et les yeux, il a fallu, et nous ne pourrons nous en consoler, que le peuple hongrois versât à flots un sang qui sèche déjà dans les mémoires. Albert Camus 1957 20 11 1956 Les Etats Unis et l’URSS, par le biais de l’ONU, font reculer la France et l’Angleterre à Suez : ils évacueront en décembre. 25 11 1956 Fidel Castro et 81 compagnons embarquent à bord d’un vieux yacht, le Granma pour renverser Batista à Cuba, qui, informé, les cueille avec ses mitrailleuses. Lui-même et son frère Raul sont laissés officiellement pour morts. Ils sont en fait une douzaine de survivants, dont les deux frères Castro et Ernesto Guevara, à avoir échappé au massacre et avoir pu gagner la forêt, où ils vont s’enfoncer dans l’oubli au milieu des paysans qui les nourrissent. 27 11 1956 La loi interdit l’expulsion des locataires entre le 1° décembre et le 15 mars. 1 12 1956 Alain Mimoun remporte de marathon des Jeux Olympiques de Melbourne, en 2h 25′. Son grand rival et ami, Emil Zatopek, d’un an son cadet, termine sixième. 1956 Lip met sur le marché les premières montres électriques. L’Eglise admet l’accouchement sans douleur. Roger Vadim réalise Et Dieu créa la femme, avec Jean Louis Trintignant et Brigitte Bardot, au sommet de sa beauté, - qui n’est pas celle d’une playmate - : l’espièglerie y fait bon ménage avec la gentillesse ; un air de dire : viens, jouons ensemble, la vie est belle. De 1913 à 1955, le Français est passé d’une consommation de pain de 338 kg par an et par personne à 180, et en viande de 42 à 58 kg. Le Français Pierre Plantard, antisémite et antimaçonnique, crée officiellement le Prieuré de Sion, groupuscule d’illuminés en charge des documents qui détiennent la vérité sur la vie du Christ. Puis, peu à peu, sous une autre identité - Lobineau - il dépose de faux parchemins à la Bibliothèque Nationale, où il est dit que le Prieuré de Sion a été fondé en 1099 par Godefroi de Bouillon, et aurait compté dans ses rangs Newton, Botticelli, Vinci, Hugo et Cocteau… Il a deux seconds couteaux avec lui : Gérard de Sède, journaliste et ex-trotskiste et Philippe de Cherisay, aristocrate en rupture de ban. Gérard de Sède publiera en 1967 L’Or de Rennes … Rennes le Château, dans l’Aude où le tourisme ésotérique se porte bien depuis que l’abbé Saunière y dépensa des sommes rondelettes à la fin du XIX° siècle … gagnées en partie par la sympathie traduite en espèces sonnantes et trébuchantes de la comtesse de Chambord, due à ses sermons violemment antirépublicains. Les archives du presbytère voisin de Durban se révéleront aussi riches à tous points de vue. L’affabulateur et son imposture seront démasqués en 1980. En 1982, trois américains, Lincoln, Baigent et Leigh publieront L’énigme sacrée, reprenant pour du bon pain les affabulations de L’Or de Rennes. Dan Brown, l’auteur du Da Vinci Code, le best seller aux seize millions d’exemplaires prendra ses sources principalement dans ce roman « historique » américain, et encore dans quelques évangiles apocryphes, dont certains font mention du mariage du Christ et de sa descendance. Mais ceux qui voudront le lui faire payer perdront leur procès. 25 12 1956 au 3 01 1957 Tragédie de Vincendon et Henry sur le Grand Plateau, dans le Massif du Mont Blanc. Partis de l’Aiguille du Midi le 22 décembre pour faire le Mont Blanc par l’éperon de la Brenva, ils retrouvent au refuge de la Fourche une cordée emmenée par Walter Bonatti, venu faire l’ascension de la Poire. Ce sont des alpinistes confirmés - Bonatti notera : sur certains points, leur équipement était meilleur que le nôtre. Bonatti progresse trop lentement et abandonne l’itinéraire de la Poire pour prendre celui de l’éperon de la Brenva ; le 25 en fin d’après midi, une violente tourmente s’abat sur les deux cordées qui les contraint à bivouaquer cent mètres sous le col de la Brenva. Déjà fatigués par ce bivouac, ils ne forment qu’une seule cordée pour atteindre l’arête au dessus du col. Rapidement Bonatti juge que par ce temps, la seule solution pour en sortir, est de passer par le sommet du Mont Blanc ; ils forment à nouveau deux cordées pour rejoindre le sommet car l’itinéraire en soi ne présente plus de difficulté. Gheser, le client de Bonatti a déjà les pieds partiellement gelés, et Bonatti continue son chemin après avoir vu une dernière fois la deuxième cordée, qui avance lentement, mais apparemment sans problème. En fait Vincendon et Henry perdront les traces de Bonatti et de son compagnon pour suivre celles de leur ami Dufourmantelle qui a fait cet itinéraire huit jours plus tôt, dans de très bonnes conditions ; ils bivouaqueront quand des séracs arrêteront leur progression. La tragédie se met en place, qui, en 10 jours, verra mourir lentement deux hommes à portée de jumelles, par un temps très souvent proche de la tempête, de toutes façons trop difficile pour permettre des secours efficaces : aucune caravane à pied ne parviendra à rejoindre les blessés. L’armée ayant refusé le déplacement des Alouettes II, beaucoup mieux adaptées à la montagne, mais basées à Mont de Marsan, quand ce n’est en Algérie, où la guérilla est devenue guerre, ne sont disponibles que des hélicoptères Sikorski basés au Bourget du Lac. Un Sikorski parvient à larguer aux blessés des vivres et des couvertures le 28 décembre, mais on s’apercevra plus tard qu’ils n’ont pu en faire usage, ayant déjà les mains gelées ; le 31 décembre un violent coup de vent renversera un Sikorski près des blessés : ces derniers sont déjà beaucoup trop affaiblis pour pouvoir aller jusqu’au refuge Vallot avec les quatre secouristes-pilotes et ils se font porter jusqu’à l’hélicoptère. Le pilote et co-pilote, accompagnés des deux sauveteurs - dont Honoré Bonnet, futur patron de l’équipe de France de ski -, chercheront alors à regagner le refuge Vallot, mais l’un d’eux tombera dans une crevasse, en sortira très affaibli et devra rejoindre Vincendon et Henry à l’abri dans l’hélicoptère accidenté. Il rejoindra Vallot plus tard, avec une autre caravane, mais devra être amputé des cinq doigts de la main gauche. Les différents organismes et individus concernés par ce drame ne sont pas d’accord : Compagnie des Guides, ENSA, EHM, FFM, Préfecture, Lionel Terray, Claude Dufourmantelle ; en résumé la Compagnie des Guides dit :
et pratiquement tous les autres répondent :
Les dissensions sont graves et marqueront pour longtemps le monde de la montagne. Lionel Terray donnera sa démission de la Compagnie des Guides avant de la reprendre quelques jours plus tard. A la décharge de cette dernière, sans doute ses membres avaient ils encore en mémoire le coût humain - mort de René Payot - de la recherche du Malabar Princess, en novembre 1950. (Aujourd’hui le problème n’est en fait toujours pas réglé… sinon par le contribuable). L’armée n’enverra deux Alouettes que le 2 Janvier ; personne ne pensera à faire appel à Hermann Geiger, pilote suisse spécialiste de ce genre d’intervention ; il viendra de lui-même, quand il apprendra le drame, mais trop tard, le 3 Janvier, lorsqu’est décidée l’arrêt des opérations de secours, après que les deux Alouettes soient allées récupérer, à la faveur du beau temps revenu, les sauveteurs et pilotes à Vallot. Le 20 mars 1957 une caravane de guides et secouristes viendra sur les lieux pour redescendre les corps dans la vallée : celui de Vincendon sera retrouvé dans la position où on l’avait laissé dans l’hélicoptère, preuve d’une mort sans doute relativement proche du 31 décembre, par contre celui de Henry sera retrouvé agrippé à la porte de l’hélicoptère, preuve d’une ultime tentative de sortie… on ne sait quand… Résumé du récit dans La Montagne & Alpinisme. N° 3. 1983 et d’Yves Ballu, dans Les jours du siècle, France Inter du 13 mai 1999. Tous les y’avait-qu’à… proférés a posteriori tiennent toujours un peu de la discussion de café du commerce, mais tout de même, tout de même, on ne peut s’empêcher de penser que si l’on avait pris, le 28 décembre, une heure de plus pour réfléchir, en faisant un tour de table rapide de ceux qui pouvaient avoir un avis, au lieu de charger dans le Sikorski seulement des vivres et des équipements de secours, on y aurait aussi mis deux volontaires pour aménager un petit camp de secours où ils auraient pu faire bénéficier les blessés de ces équipements et de ces vivres, plutôt que de réaliser après coup qu’ils étaient totalement démunis devant des boites de conserve que leurs doigts gelés n’étaient plus à même d’ouvrir… Assistés, ils auraient pu tenir, 8 à 10 jours, en attendant le retour d’un temps plus clément qui permette une évacuation. Peut-être aussi aurait-il été bon de faire participer à ces réunions d’organisation des secours quelques femmes : quand la vie ne tient qu’à un fil, elles sentent mieux ce qu’il faut faire pour que le fil ne casse pas. Vincendon et Henry avaient besoin d’être maternés, comme de grands blessés de guerre. 16 01 1957 Deux roquettes sont tirées un peu avant midi sur l’hôtel de la dixième région militaire à Alger : c’est le général Salan qui est visé : il a été nommé il y a un mois commandant des armées en Algérie, par le gouvernement Guy Mollet. Mais Salan, appelé par le ministre résident Robert Lacoste, vient de sortir. Son adjoint, le commandant Rodier, assis à sa place, est tué sur le coup. Les exécutants sont des extrémistes pied-noirs, fréquemment seconds couteaux de la Sécurité militaire. Les commanditaires sont regroupés dans un mystérieux Comité des six, dont font partie le député de Corse, Pascal Arrighi, Jacques Soustelle, Alain Griotteray, le docteur Kovacs, le général Cogny et un sénateur : Michel Debré. Leur but : faire porter la responsabilité de cet attentat aux terroristes algériens, faire appel à un sauveur, le général Cogny, résidant au Maroc, et partant de là, abattre la IV° république pour que Michel Debré puisse offrir la France à de Gaulle. Un mois plus tard, François Mitterrand, ministre de la justice, sauvera la mise de Michel Debré en refusant la levée de son immunité parlementaire. Le général Salan et la veuve du commandant Rodier seront l’objet de nombreuses pressions pour abandonner les poursuites. 22 01 1957 Par 302 voix contre 207, l’Assemblée Nationale se prononce en faveur du Marché Commun. 24, 25 et 26 02 1957 Trois grands articles sur Cuba sortent dans le New York Times, dont deux en première page, signés d’Herbert Matthews. Ils décrivent par le détail la corruption du régime de Batista, dénoncent le soutien américain à ce régime, décrit les groupes d’opposition, et en particulier celui de Fidel Castro et son Mouvement du 26 juillet [l’attaque de la Moncada] en lui attribuant une dimension et une efficacité qu’il est loin d’avoir. Pour le journaliste, Fidel Castro n’éprouve aucune animosité contre les Etats-Unis et, partisan d’un changement démocratique pour Cuba, il ne peut pas être communiste. Les articles ont un énorme retentissement ; ils vont en quelque sorte « faire » Castro. Ce dernier a rapidement pris conscience que l’installation dans la durée de sa situation de rescapé d’une opération de débarquement complètement ratée, en compagnie d’une douzaine de compagnons, perdus dans la forêt, menait à une mort politique rapide et définitive. C’est lui qui est parvenu à envoyer un messager à Ruby H. Phillips, correspondante du New York Times à La Havane. Celle-ci passe le message au siège qui dépêche alors Herbert Matthews. Ce dernier, 57 ans, n’a plus ses jambes de 20 ans, mais il parvient à se rendre sur les lieux où Castro lui accorde trois heures d’interview, en se livrant à une manipulation que l’on pourrait qualifier de potache, mais qui « marcha » magnifiquement : pendant l’interview, ses douze compagnons changeaient de vêtements, puis passaient à vue du journaliste, lui donnant ainsi l’illusion d’une troupe nombreuse. Raul Castro vint même interrompre l’interview pour donner des nouvelles d’une « seconde colonne » parfaitement imaginaire. Quelques jours plus tard, dans le New York Times, les troupes de Castro étaient constituées de groupes de dix à quarante combattants. Castro fait faire des milliers de copies de l’article qu’il fait distribuer sous le manteau à La Havane, et à Santiago de Cuba… propagande inespérée, début des retrouvailles avec le succès. Trois mois plus tard, il faisait main basse sur la petite caserne de la Plata, se procurant ainsi à bon compte armes et munitions ; à peu près dans le même temps, ses alliés « électoralistes » se faisaient étriller en tentant de prendre le Palais national à La Havane ; deux ans plus tard, la douzaine de jeunes révolutionnaires aux abois aura grossi jusqu’à devenir des milliers de guérilleros à même de renverser Batista. 7 03 1957 Le général Paris de la Bollardière demande à être relevé de ses fonctions en réponse à une directive du général Massu qui prescrit une accentuation de l’effort policier, c’est à dire la torture, dont la pratique divisera profondément le pays. Il parle de l’effroyable danger qu’il y aurait pour nous à perdre, sous le prétexte fallacieux d’efficacité immédiate, les valeurs morales qui seules ont fait jusqu’à présent la grandeur de notre civilisation et de notre armée. Cette prise de position lui vaut deux mois de forteresse ainsi qu’au capitaine Dabezies qui l’a approuvé publiquement. 25 03 1957 Signature du Traité de Rome instituant la CEE : Communauté Economique Européenne appelé plus couramment Marché Commun, et la Communauté Européenne de l’Energie Atomique : Euratom ; six états membres : République Fédérale d’Allemagne, Italie, Pays Bas, Luxembourg, Belgique et France. Résumons-nous : la Grèce est un pays géographiquement méditerranéen, historiquement balkanique, traditionnellement orthodoxe, estivalement égéen, sporadiquement cycladique, sportivement olympien et, depuis toujours, européen. On oublie que c’est en Crète, en un vallon boisé situé près de Gortyne, que la princesse Europe, blottie entre les bras ou les cornes de Zeus - on ne sait trop, puisque, pour la ravir, il avait revêtu l’apparence d’un taureau -, mit au monde un certain Minos, ancêtre des Européens. Si vous en doutez, allez en ce lieu émouvant et totalement ignoré : vous y verrez un panneau du Service forestier crétois vantant les charmes du Platanus orientalis, au pied duquel Minos fut enfanté et avec lui, l’Europe. Nos vrais ancêtres ne sont pas les Gaulois mais ces premiers Crétois jaillis de la semence d’un dieu. Jacques Laccarière Le Monde 8-9 août 2004 29 04 1957 Le professeur Benoît développe les manipulations génétiques en créant une nouvelle race de canards. 04 1957 Mao Zedong lance la campagne des Cent Fleurs : débat critique sur le fonctionnement du régime, litote qui permet d’envoyer entre quatre cent mille et sept cent mille personnes en camp de travail. 29 05 1957 Un commando du FLN assassine dans la nuit trois cents villageois de Mechta Casbah, près de Melouza. Un an plus tard, Camus écrira : Il m’a paru indécent et nuisible de crier contre les tortures en même temps que ceux qui ont très bien digéré Melouza. Chroniques algériennes. 06 1957 Début de la bataille d’Alger. 2 07 1957 Le sénateur J. F. Kennedy demande que les Etats Unis interviennent en faveur de l’indépendance algérienne. 6 07 1957 John Lennon a seize ans ; il vient de fonder un petit groupe de rock qui se produit à la fête paroissiale de Woolton, dans la banlieue de Liverpool. Paul McCartney, quinze ans, est de la fête, venu d’une autre banlieue de Liverpool. Lors d’une pause, un ami commun les fait se rencontrer à l’intérieur de l’église St Peter : Paul y va de son morceau de guitare, époustouflant John : ils ne se quitteront plus avant longtemps : les Beatles venaient de naître. 27 07 1957 Arrivée à St Tropez des 4 du Moana. Partis sur leur voilier depuis 3 ans et 28 jours, ils ont parcouru 48 000 km, effectué 1 000 plongées. 21 09 1957 Pris dans un ouragan au large des Açores, le quatre mâts barque Pamir, navire école allemand fait naufrage : des quatre vingt six membres de l’équipage, dont cinquante deux cadets, seuls six pourront être sauvés. Construit en 1905, il avait 94 m de long et 14 de large, pour 3 030 tonneaux. 23 09 1957 Le gouverneur de l’Arkansas refuse l’entrée du lycée de Little Rock à neuf élèves, parce que noirs, violant en cela la loi fédérale contre la ségrégation. Le président Eisenhower n’en viendra à bout qu’en envoyant les parachutistes. 09 1957 Paul Teitgen, secrétaire de la police à Alger, ancien résistant, démissionne : Au cours de visites récentes effectuées aux centres de détention, j’ai reconnu sur certains assignés les traces profondes de sévices ou de tortures qu’il y a quatorze ans je subissais personnellement dans les caves de la Gestapo[…]. Par ces méthodes improvisées et incontrôlées, l’arbitraire trouve toutes les justifications. La France risque, au surplus, de perdre son âme dans l’équivoque. Je n’ai jamais eu le cynisme et je n’ai plus la force d’admettre ces « bavures », résultat d’un système dans lequel l’anonymat est seul responsable. ************************ Interroger quelqu’un avec un projecteur dans les yeux, lui faire croire que sa femme a été arrêtée, le gifler, est-ce le torturer ? Où commence la torture ? Moi qui suis passé entre les mains de la Gestapo et de la police française, je sais ce qu’est la torture. Je peux vous dire que je suis absolument contre. Tout homme et toute femme méritent d’être respectés. C’est ma conviction de chrétien. Mais lorsque vous avez en face de vous un poseur de bombes qui vont exploser dans quelques minutes, vous ne vous posez pas de questions théoriques ; vous cherchez à savoir où elles se cachent pour éviter le pire. Cette question est intimement liée à celle de la guerre, de la violence. La guerre n’est jamais belle, vous savez. Mais n’y a-t-il pas parfois des maux nécessaires pour éviter le pire ? Hélie de Saint Marc, déporté à Buchenwald. La Vie du 25 11 1999. Il participera au putsch de 1961 4 10 1957 Korolev, visionnaire, Chertok, prophète, et Gloutchko, motoriste détournent un programme militaire, qui mettait une tête nucléaire énorme au sommet d’une fusée, en remplaçant la tête nucléaire par une capsule orbitale largable : ils s’attirent ainsi les sourires condescendants des militaires et lancent Spoutnik, le premier satellite : il fait une révolution autour de la terre en 95′, à la vitesse de 24 500 km/h. Pour 58 cm de diamètre, il pèse 83, 6 kg. Il enverra des signaux radio pendant 5 semaines et se désintégrera le 4 janvier 1958. 3 11 1957 Un second Spoutnik est lancé, avec à son bord la chienne Laïka, qui vivra six jours. 6 12 1957 Les Etats Unis essaient de lancer un satellite sur une fusée Vanguard : il s’appelle Pamplemousse, fait 15 cm de diamètre, pèse 1,6 kg, est muni de 6 antennes, et tout cela ne dure qu’une minute et dix secondes. Khrouchtchev, goguenard : nous, nous ne chantons pas avant d’avoir pondu notre oeuf. Les Américains ont laissé se développer une concurrence malsaine entre l’US Navy et l’US Army : la première soutenant la fusée Vanguard, la deuxième, Werner Von Braun en tête, la fusée Jupiter C, version améliorée de la Redstone. 10 12 1957 Albert Camus reçoit le prix Nobel de littérature. Jean-Paul Sartre, à la tête de la manif des maître à penser du dénigrement, ne pourra s’empêcher de tirer sa flèche de fiel : C’est bien fait ! En recevant la distinction dont votre libre Académie a bien voulu m’honorer, ma gratitude était d’autant plus profonde que je mesurais à quel point cette récompense dépassait mes mérites personnels. Tout homme et, à plus forte raison, tout artiste, désire être reconnu. Je le désire aussi. Mais il ne m’a pas été possible d’apprendre votre décision sans comparer son retentissement à ce que je suis réellement. Comment un homme presque jeune, riche de ses seuls doutes et d’une œuvre encore en chantier, habitué à vivre dans la solitude du travail ou dans les retraites de l’amitié, n’aurait-il pas appris avec une sorte de panique un arrêt qui le portait d’un coup, seul et réduit à lui-même, au centre d’une lumière crue ? De quel cœur aussi pouvait-il recevoir cet honneur à l’heure où, en Europe, d’autres écrivains, parmi les plus grands, sont réduits au silence, et dans le temps même où sa terre natale connaît un malheur incessant ? J’ai connu ce désarroi et ce trouble intérieur. Pour retrouver la paix, il m’a fallu, en somme, me mettre en règle avec un sort trop généreux. Et, puisque je ne pouvais m’égaler à lui en m’appuyant sur mes seuls mérites, je n’ai rien trouvé d’autre pour m’aider que ce qui m’a soutenu, dans les circonstances les plus contraires, tout au long de ma vie : l’idée que je me fais de mon art et du rôle de l’écrivain. Permettez seulement que, dans un sentiment de reconnaissance et d’amitié, je vous dise, aussi simplement que je le pourrai, quelle est cette idée. Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n’ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S’il m’est nécessaire au contraire, c’est qu’il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d’artiste parce qu’il se sentait différent, apprend bien vite qu’il ne nourrira son art, et sa différence, qu’en avouant sa ressemblance avec tous. L’artiste se forge dans cet aller-retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher. C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger. Et, s’ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d’une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne régnera plus le juge, mais le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel. Le rôle de l’écrivain, du même coup, ne se sépare pas de devoirs difficiles. Par définition, il ne peut se mettre aujourd’hui au service de ceux qui font l’histoire : il est au service de ceux qui la subissent. Ou, sinon, le voici seul et privé de son art. Toutes les armées de la tyrannie avec leurs millions d’hommes ne l’enlèveront pas à la solitude, même et surtout s’il consent à prendre leur pas. Mais le silence d’un prisonnier inconnu, abandonné aux humiliations à l’autre bout du monde, suffit à retirer l’écrivain de l’exil, chaque fois, du moins, qu’il parvient, au milieu des privilèges de la liberté, à ne pas oublier ce silence et à le faire retentir par les moyens de l’art. Aucun de nous n’est assez grand pour une pareille vocation. Mais, dans toutes les circonstances de sa vie, obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s’exprimer, l’écrivain peut retrouver le sentiment d’une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu’il accepte, autant qu’il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté. Puisque sa vocation est de réunir le plus grand nombre d’hommes possible, elle ne peut s’accommoder du mensonge et de la servitude qui, là où ils règnent, font proliférer les solitudes. Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s’enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir - le refus de mentir sur ce que l’on sait et la résistance à l’oppression. Pendant plus de vingt ans d’une histoire démentielle, perdu sans secours, comme tous les hommes de mon âge, dans les convulsions du temps, j’ai été soutenu ainsi par le sentiment obscur qu’écrire était aujourd’hui un honneur, parce que cet acte obligeait, et obligeait à ne pas écrire seulement. Il m’obligeait particulièrement à porter, tel que j’étais et selon mes forces, avec tous ceux qui vivaient la même histoire, le malheur et l’espérance que nous partagions. Ces hommes, nés au début de la première guerre mondiale, qui ont eu vingt ans au moment où s’installaient à la fois le pouvoir hitlérien et les premiers procès révolutionnaires ont été confrontés ensuite, pour parfaire leur éducation, à la guerre d’Espagne, à la deuxième guerre mondiale, à l’univers concentrationnaire, à l’Europe de la torture et des prisons, doivent aujourd’hui élever leurs fils et leurs œuvres dans un monde menacé de destruction nucléaire. Personne, je suppose, ne peut leur demander d’être optimistes. Et je suis même d’avis que nous devons comprendre, sans cesser de lutter contre eux, l’erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur, et se sont rués dans les nihilismes de l’époque. Mais il reste que la plupart d’entre nous, dans mon pays et en Europe, ont refusé ce nihilisme et se sont mis à la recherche d’une légitimité. Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour naître une seconde fois, et lutter ensuite, à visage découvert, contre l’instinct de mort à l’œuvre dans notre histoire. Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse. Héritière d’une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd’hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire la servante de la haine et de l’oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d’elle, restaurer à partir de ses seules négations un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d’établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu’elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d’alliance. Il n’est pas sûr qu’elle puisse jamais accomplir cette tâche immense, mais il est sûr que, partout dans le monde, elle tient déjà son double pari de vérité et de liberté, et, à l’occasion, sait mourir sans haine pour lui. C’est elle qui mérite d’être saluée et encouragée partout où elle se trouve, et surtout là où elle se sacrifie. C’est sur elle, en tout cas, que, certain de votre accord profond, je voudrais reporter l’honneur que vous venez de me faire. Du même coup, après avoir dit la noblesse du métier d’écrire, j’aurais remis l’écrivain à sa vraie place, n’ayant d’autres titres que ceux qu’il partage avec ses compagnons de lutte, vulnérable mais entêté, injuste et passionné de justice, construisant son œuvre sans honte ni orgueil à la vue de tous, toujours partagé entre la douleur et la beauté, et voué enfin à tirer de son être double les créations qu’il essaie obstinément d’édifier dans le mouvement destructeur de l’histoire. Qui, après cela, pourrait attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales ? La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu’exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts, péniblement, mais résolument, certains d’avance de nos défaillances sur un si long chemin. Quel écrivain dès lors oserait, dans la bonne conscience, se faire prêcheur de vertu ? Quant à moi, il me faut dire une fois de plus que je ne suis rien de tout cela. Je n’ai jamais pu renoncer à la lumière, au bonheur d’être, à la vie libre où j’ai grandi. Mais bien que cette nostalgie explique beaucoup de mes erreurs et de mes fautes, elle m’a aidé sans doute à mieux comprendre mon métier, elle m’aide encore à me tenir, aveuglément, auprès de tous ces hommes silencieux qui ne supportent dans le monde la vie qui leur est faite que par le souvenir ou le retour de brefs et libres bonheurs. Ramené ainsi a ce que je suis réellement, à mes limites, à mes dettes, comme à ma foi difficile, je me sens plus libre de vous montrer, pour finir, l’étendue et la générosité de la distinction que vous venez de m’accorder, plus libre de vous dire aussi que je voudrais la recevoir comme un hommage rendu à tous ceux qui, partageant le même combat, n’en ont reçu aucun privilège, mais ont connu au contraire malheur et persécution. Il me restera alors à vous en remercier, du fond du cœur, et à vous faire publiquement, en témoignage personnel de gratitude, la même et ancienne promesse de fidélité que chaque artiste vrai, chaque jour, se fait à lui-même, dans le silence. Albert Camus Discours de Suède Pressé de questions par les journalistes sur la situation en Algérie, il répond : … En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la justice, je préfère ma mère. 1957 Première photocopieuse. Mirage III B, de Marcel Dassault. Premières études en France et en Grande Bretagne sur un supersonique alors nommé Super Caravelle ; il sera rebaptisé Concorde le 13 janvier 1963, en prenant son nom dans un discours de de Gaulle. Mise en service de l’usine du gaz de Lacq. Les dépenses des Français en électroménager ont été multipliées par deux depuis 1954. Max Théret et André Essel font faire un grand saut à la FNAC en ouvrant leur propre magasin au 6, Boulevard Sébastopol. 01 1958 Les Etats Unis prêtent 650 M. de $ à la France. Naissance de la CEE : Communauté Economique Européenne, et de l’Euratom. 31 01 1958 Les Etats Unis parviennent à lancer une fusée Jupiter C, qui emporte le satellite Explorer, de 14 kg. Werner Von Braun déclare qu’en la matière, l’URSS a cinq ans d’avance. 11 02 1958 La Chine adopte l’alphabet latin. De 1958 à 1962, Mao Zedong va affamer son peuple : il nommera cela le Grand Bond en avant : en quelques mois la collectivisation des terres va être complète : c’est la fin de la propriété privée… on lance des grands travaux, on installe à la campagne des petites industries, jusqu’aux petits hauts fourneaux à feu continu pour la fabrication de l’acier ! Les paysans ne vont plus travailler qu’au minimum…la production va stagner, puis baisser, les productions industrielles seront de si mauvaise qualité qu’elles ne pourront même pas être mises en service, tout en ayant provoqué des embouteillages dans les transports ! Quand, par miracle, une production augmentait de 4 à 5 %, on annonçait des croissances de 100 %. Or les achats forcés de produits agricoles étaient fixés en fonction des chiffres déclarés…la famine était au bout. On estime qu’au total entre trente et soixante millions de personnes sont mortes des conséquences du Grand Bond en avant, entre 1958 et 1962, essentiellement dans les campagnes, avec une concentration dans trois provinces : le Henan, le Anhui et le Shandong. C’est une époque où le cannibalisme et l’anthropophagie réapparaissent. Des paysans m’ont raconté comment ils avaient échangé leurs bébés avec leur voisin pour les manger… Ailleurs, le chef de village rassemblait les hommes vaillants et en expédiait une partie mendier sur les routes pour réduire le nombre de bouches à nourrir. Des filles allaient se vendre dans les zones montagneuses où l’on trouvait au moins de quoi manger un peu. Le coût démographique est venu non seulement des conséquences sanitaires de la famine mais aussi de l’incapacité d’enfanter de nombreuses femmes et, dans les villes, de l’affaiblissement des organismes. Jean-Louis Domenach 23 02 1958 Juan Manuel Fangio, le plus grand pilote automobile du monde, est enlevé par les révolutionnaires cubains : l’affaire n’ira pas bien loin, juste le temps qu’un ancien rompu aux us et coutumes à ne pas ignorer engueule ces jeunots pour l’énorme bourde qu’ils faisaient en s’en prenant à pareil monstre sacré : on ne touche pas à la bagnole, en aucune façon. Il était libéré dès le lendemain, sous les acclamations de la foule de La Havane. 03 1958 Le FLN derrière l’Egypte, c’est le rêve de la Renaissance de l’Empire arabe. Et l’Empire arabe, c’est la guerre mondiale. Albert Camus à Poncet 04 1958 La vérité, hélas ! c’est qu’une partie de notre opinion pense obscurément que les Arabes ont acquis le droit, d’une certaine manière, d’égorger et de mutiler, tandis qu’une autre partie accepte de légitimer, d’une certaine manière, tous les excès. Chacun , pour se justifier, s’appuie alors sur le crime de l’autre. Il y a là une casuistique du sang où un intellectuel, me semble-t-il, n’a que faire, à moins de prendre les armes lui-même. Lorsque la violence répond à la violence dans un délire qui s’exaspère et rend impossible le simple langage de raison, le rôle des intellectuels ne peut être, comme on le dit tous les jours, d’excuser de loin l’une des violences et de condamner l’autre, ce qui a pour double effet d’indigner jusqu’à la fureur le violent condamné et d’encourager à plus de violence le violent innocenté. S’ils ne rejoignent pas les combattants eux-mêmes, leur rôle, [plus obscur, à coup sur ! ]doit être seulement de travailler dans le sens de l’apaisement pour que la raison retrouve ses chances. Une droite perspicace, sans rien céder sur ses convictions, eût ainsi essayé de persuader les siens, en Algérie et au gouvernement, de la nécessité de réformes profondes et du caractère déshonorant de certains procédés. Une gauche intelligente, sans rien céder sur ses principes, eût de même essayé de persuader le mouvement arabe que certaines méthodes étaient ignobles, en elles-mêmes. Mais non. A droite, on a le plus souvent entériné, au nom de l’honneur français, ce qui était le plus contraire à cet honneur. A gauche, on a le plus souvent, et au nom de la justice, excusé ce qui était un insulte à toute vraie justice. La droite a laissé ainsi l’exclusivité du réflexe moral à la gauche, qui lui a cédé l’exclusivité du réflexe patriotique. Le pays a souffert deux fois. Il aurait eu besoin de moraliste moins joyeusement résignés au malheur de leur patrie et de patriotes qui consentissent moins facilement à ce que des tortionnaires prétendent agir au nom de la France. Il semble que la métropole n’ait point su trouver d’autres politiques que celle qui consistaient à dire aux Français d’Algérie : « Crevez, vous l’avez bien mérité », ou « Crevez-les. Ils l’ont bien mérité ». Cela fait deux politiques différentes, et une seule démission, là où il ne s’agit pas de crever séparément mais de vivre ensemble Albert Camus Chroniques algériennes. Actuelles III 17 04 1958 Cinquante et un pays sont présents à l’Exposition Universelle de Bruxelles, sur un million d’hectares. Le pavillon belge : l’Atomium, représente un cristal élémentaire de métal, grossi 165 milliards de fois. 13 05 1958 Soulèvement d’Alger, qui s’empare des bâtiments du Gouvernement Général et se donne un Comité de Salut Public, animé par le général Massu. 15 05 1958 Du balcon du Gouvernement Général, le général Salan franchit le Rubicon et, à la fin de son discours lance sa péroraison : Vive la France ! Vive l’Algérie Il se retourne pour quitter le micro et se heurte à la haute silhouette de Léon Delbecque, le représentant des Gaullistes, qui lui souffle : Vive de Gaulle, mon Général ! Salan hésite une seconde, revient vers le micro, puis s’exécute : Vive de Gaulle ! Il le regrettera. Et de Gaulle, dans la foulée enchaînera à toute vitesse puisque le même jour, à 17h, il fait publier le communiqué qui fera basculer la situation : Je me tiens prêt à assumer les pouvoirs de la République. 05 1958 EDF a depuis longtemps dans ses cartons un projet de barrage sur la Durance à Serre Ponçon ; le souvenir douloureux de la mise en eau du barrage de Tignes rend la grande maison prudente, d’autant que ce sont deux villages - Savines et Ubaye - qui doivent être noyés : Jean Giono est sollicité pour la réalisation d’un documentaire. Ce dernier, après un premier refus, finira par accepter de participer au scénario : Je ne suis pas partisan du barrage, mais j’ai trouvé là une vérité respectable et je m’y suis intéressé. Le documentaire deviendra un long métrage - L’eau vive - avec Pascal Audret, la voix de Guy Béart, réalisé par François Villiers. Présenté au festival de Cannes, il sera très controversé… mais pas par Jean Luc Godard qui y verra le film le plus formidablement neuf de tout le cinéma français d’après la Libération. 1 06 1958 De Gaulle est nommé président du conseil et l’assemblée lui vote les pleins pouvoirs par 329 voix contre 224. 4 06 1958 De Gaulle est à Alger où il développe avec une maestria sans pareille l’art de parler pour ne rien dire et dans le fond, de manipuler : c’est le si fameux Je vous ai compris, qui marque le début des malentendus. 6 06 1958 Vive l’Algérie française De Gaulle, à Mostaganem 18 06 1958 En l’honneur de Winston Churchill, de Gaulle ouvre à nouveau la liste des Compagnons de la Libération : il est donc le 1038° et dernier à recevoir cette décoration. Elle lui sera remise en novembre, lors d’un voyage en France. 3 08 1958 Le sous-marin atomique américain Nautilus effectue la première liaison Pacifique - Atlantique en passant sous la calotte glaciaire de l’Arctique. 4 09 1958 De Gaulle présente le projet de constitution de la V° République[2] , qui sera approuvé par référendum le 29.avec 79.25 % de oui. Le préambule renvoie à la Constitution du 26 Août 1789, sans mentionner précisément qu’on a abandonné l’Être Suprême en cours de route… les chicaneurs s’en amuseront. Presque cinquante ans plus tard, le texte n’aura guère changé, mais les successeurs se seront profondément ramollis : Comment le pouvoir tolère-t-il un tel abaissement ? C’est, pardi, qu’il a peur. Il redoute que la résistance corporatiste des syndicats, la contestation unique en Europe d’une extrême gauche vouée à l’utopie anticapitaliste et la passivité populaire n’emportent le pays dans des tourbillons dangereux. De Gaulle avait cette hantise. Pour résister à une récurrente « médiocrité française », il n’eut de cesse de constituer un exécutif fort pour écarter le bien national de la démagogie des partis. La V° République fût édifiée dans cette obsession. Hélas, dans la cascade de ses successeurs le marbre du fondateur est devenu une argile, une pâte à modeler. A toutes les peurs individuelles et collectives s’est ajoutée la peur de gouverner. L’œil rivé sur la météo électorale, tenu en laisse par les caprices sondagiers de l’opinion, le pouvoir (…) compatit plus qu’il ne gouverne. Il fait le beau pour complaire à d’infinies doléances qu’il comprend, excuse, partage et déplore à l’unisson. Aux afflictions du peuple, il ajoute sa commisération. Ainsi le sceptre gaullien s’égare-t-il dans les chrysanthèmes. Ainsi, sur la V° République outragée, s’étend l’ombre portée de la IV° Claude Imbert Le Midi Libre 4 09 2005 Les tenants du manichéisme politique condamnent sommairement la cohabitation, inscrite dans les textes : Un des aspects de la crise du modèle politique, souvent passé sous silence, est la crise de la Constitution de la V° République inaugurée par la cohabitation, en 1986. A partir de ce moment-là, on a accepté que les Institutions fonctionnent selon la lettre de la Constitution, mais en parfaite contradiction avec son esprit. Le propos du général de Gaulle, bon ou mauvais, avait été de renforcer l’exécutif. Non seulement la cohabitation a fait fonctionner la Constitution de la V° République à l’inverse de son propos originel, en divisant l’exécutif, et donc en le paralysant, mais encore, elle a complètement vidé le système français de sa capacité représentative. Le principe même du gouvernement représentatif est l’alternance entre une majorité et une opposition, de sorte qu’une partie de la nation se reconnaît dans le gouvernement, et une autre partie dans l’opposition. Dès lors qu’il y a une fusion au sommet, et qu’un conseil des ministres de droite est présidé par un chef d’Etat de gauche, ou inversement, les identifications partisanes sur lesquelles repose le gouvernement représentatif sont faussées. Et, progressivement, le sentiment que le système n’a plus aucune qualité représentative s’impose. Toutes les aberrations électorales que nous avons connues en découlent. Pierre Manent, Le Monde 4-5 décembre 2005 19 09 1958 Au cours d’une conférence de presse tenue au Caire, Ferhat Abbas annonce la création du GPRA : Gouvernement Provisoire de la République Algérienne. 2 10 1958 Sékou Touré proclame la République de Guinée : la rupture avec la France est brutale et durable, sanction de l’affrontement de deux orgueils. Trente ans plus tard, ce pays, comblé par la nature, est encore un des plus arriérés du monde. La Côte d’Ivoire voisine, au sous sol beaucoup moins riche, a suivi la politique opposée avec la France, et s’en trouvera plutôt bien… jusqu’à la mort d’Houphouët Boigny. Deux fortes tendances s’affrontaient alors quant à l’avenir des pays de l’AOF : le Sénégal avec à sa tête Léopold Sedar Senghor qui penchait vers une fédération de ces pays, dotée d’importants pouvoirs et La Côte d’Ivoire, avec à sa tête Félix Houphouet Boigny, partisan d’une évolution vers des indépendances qui reprennent les frontières dessinées par la colonisation : ainsi la Côte d’Ivoire n’aurait-elle pas à partager ses richesses avec des voisins plus pauvres. 11 10 1958 La sonde américaine Pioneer I ne parvient pas à tenir son orbite et brûle en rentrant dans l’atmosphère terrestre. 28 10 1958 Décès de Pie XII. Pendant les 10 années de la terreur nazie, quand notre peuple a souffert un martyr effroyable, la voix du pape s’est élevée pour condamner les bourreaux et pour exprimer sa compassion envers les victimes. Golda Meïr, ministre des affaires étrangères d’Israël, à l’ONU. Ce n’était pas par conformisme religieux que s’exprimait ainsi cette grande personnalité israélienne, car sa langue était loin d’être de bois : Laissez-moi vous dire ce que nous, Israéliens, avons contre Moïse. Il nous a conduits pendant quarante ans à travers le désert pour finalement nous installer dans le seul coin du Moyen Orient où il n’y a pas une seule goutte de pétrole. Un nouveau pape est appelé à régner : ce sera Jean XXIII, donné pour pape de transition mais qui mettra en route le Concile de Vatican II, en Janvier 59. Il faudra quand même presque trois ans de préparation avant l’ouverture, le 11 octobre 62. 3 11 1958 Inauguration du palais de l’UNESCO à Paris, construit par Marcel Breuer, Pier Luigi Nervi et Bernard Zehrfuss. http://whc.unesco.org/fr/list 21 12 1958 De Gaulle est élu président de la République Française, par un collège de quatre vingt mille notables, qui lui accordent 78.5 % de leurs voix. 29 12 1958 A Cuba, les élections de novembre ont été un fiasco avec des records d’abstention et de fraude. Les deux colonnes de Fidel Castro, emmenées par Guevara et Cienfuegos ont pris depuis plusieurs jours le contrôle de Las Villas, dans le centre de l’île. Batista et ses proches s’enfuient. Guevara et Cienfuegos arriveront à La Havane trois jours plus tard. 31 12 1958 Instauration des assurances chômage ASSEDIC: ASSociation (1901) pour l’Emploi Dans l’Industrie et le Commerce. 1958 Hervé Bazin a déjà en tête les dernières élégantes variations d’une misogynie que les soubresauts de 1968 mettront à mal : Cette langue est absolument complice du sexe opposé. Nous sommes floués, nous les hommes, par le lexique. Que la terre, la mer, comme la plaine soient du féminin, on veut bien : ce sont, à l’horizontale, de grandes fécondes, au-dessus de quoi l’air, le feu, l’arbre, l’oiseau, qui se dégagent à la verticale, sont correctement masculins. Mais le reste, hélas ! Devrait-on parler de mère patrie quand ce sont les hommes qui se font tuer ? Pourquoi l’amour est-il masculin au singulier (où il est ambigu), féminin au pluriel (où il est noble) ? Pourquoi la passion, l’émotion, la sensibilité sont-elles féminines, tandis que nous sont laissées le rut, le sexe, ces grands sales ? Pourquoi la vertu en face du vice ? L’humilité, la charité en face de l’orgueil et de l’égoïsme ? Creusez la question, et bientôt vous verrez se dégager une règle : le masculin dégrade. A la Nation s’oppose l’Etat, réalité plus rude (quelque chose comme son mari). C’est baisser dans l’ordre des valeurs que passer de la fortune à l’argent, de la contribution à l’impôt, de la puissance au pouvoir, de la vocation au métier, de la volonté à l’entêtement, de la justice au droit, de la destinée au sort. Vive la République ! A bas le gouvernement ! Sublime est la parole, mince le propos, vulgaire le bagou … …/… Je te signale tout de même un oubli, singulier de leur part : elles nous ont laissé « le » bonheur. Pardi ! Ce n’est qu’un mythe. Je penserai à « la » joie que donnent si bien les Annick. Hervé Bazin Le Matrimoine 1967 Lequel Hervé Bazin ne faisait ainsi qu’exprimer des choses qui étaient “dans l’air du temps” : circulait alors l’histoire suivante : Il y a trois choses qu’une femme sait faire avec trois fois rien : un chapeau, une salade, et une scène de ménage. Mark Twain
[1] Décédée en 2007 à 83 ans [2] laquelle ressemble comme une sœur à celle élaborée par le colonel de la Roque, fondateur des « Croix de feu » avant la guerre. Poster un commentaire
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