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26 mai 1944 au 6 mai 1945. Débarquement allié. Les camps. La Libération
26 05 1944 Bombardements de Lyon, Nice, St Etienne, Marseille, Rouen… : vingt cinq villes auront été touchées, faisant cinq mille quatre cent sept morts. Les bombardements de Rouen dureront jusqu’au 4 juin. 3 06 1944 Les Alliés ont attendu le dernier moment pour avertir de Gaulle de l’imminence du débarquement : il le prend mal, et Churchill se fâche, une première fois : De Gaulle must go !, puis une autre en face à face : Sachez le, général ! chaque fois qu’il nous faudra choisir entre l’Europe et le Grand Large, nous serons toujours pour le Grand Large. Chaque fois qu’il me faudra choisir entre vous et Roosevelt, je choisirai Roosevelt. 4 06 1944 Les cheminots français provoquent 834 déraillements, mettent hors d’usage 6000 locomotives, et perdent 2000 des leurs. La 27° division allemande quitte Redon en train : elle n’arrivera à Saint Lô que le 11 juin. Après avoir forcé le front à la bataille de Monte Cassino, le corps expéditionnaire français commandé par les généraux Juin et de Monsabert aboutit à la libération de Rome. 5 06 1944 Dwight Eisenhower, le général américain commandant l’opération Overlord s’adresse à l’ensemble des forces, et sa déclaration donne encore lieu à une colère de de Gaulle, mais difficile d’y changer quoi que ce soit quand la dite proclamation a déjà été tirée à 40 millions d’exemplaires ! Soldats, Marins et Aviateurs des Forces expéditionnaires alliées ! Vous êtes sur le point de vous embarquer pour la Grande Croisade vers laquelle ont tendu tous nos efforts pendant de longs mois. Les yeux du monde sont fixés sur vous. Les espoirs, les prières de tous les peuples épris de liberté vous accompagnent. Avec nos valeureux Alliés et nos frères d’armes des autres fronts, vous détruirez la machine de guerre allemande, vous anéantirez le joug de la tyrannie que les Nazis exercent sur les peuples d’Europe et vous apporterez la sécurité dans le monde libre. Votre tâche ne sera pas facile. Votre ennemi est bien entraîné, bien équipé et dur au combat. Il luttera sauvagement. Mais nous sommes en 1944 ! Beaucoup de choses ont changé depuis le triomphe nazi des années 1940-41. Les Nations unies ont infligé de grandes défaites aux Allemands, dans des combats d’homme à homme. Notre offensive aérienne a sérieusement diminué leur capacité à faire la guerre sur terre et dans les airs. Notre effort de guerre nous a donné une supériorité écrasante en armes et munitions, et a mis à notre disposition d’importantes réserves d’hommes bien entraînés. La fortune de la bataille a tourné ! Les hommes libres du monde marchent ensemble vers la Victoire ! J’ai totalement confiance en votre courage, votre dévouement et votre compétence dans la bataille. Nous n’accepterons que la Victoire totale ! Bonne chance ! Implorons la bénédiction du Tout-Puissant sur cette grande et noble entreprise. Le soir, la BBC diffuse les vers de Verlaine, qui annoncent l’imminence du Débarquement : Les sanglots longs des violons de l’automne 6 06 1944 Jour J : Opération Overlord : débarquement allié sur les plages de Normandie. 00 : 05 Bombardement des positions allemandes entre Le Havre et Cherbourg 1 213 bateaux de guerre, 736 navires de soutien, 864 cargos et 4 126 engins et péniches partis de Portsmouth débarquent 20 000 véhicules et 156 000 hommes sur les plages de Normandie, regroupées en 5 zones entre Saint Martin de Varreville, dans le Cotentin à l’ouest et Ouisthreham sur l’embouchure de l’Orne à l’est. 17 000 parachutés, 56 000 débarqués sur Utah et Omaha et 83 000 débarqués sur le secteur anglo-canadien. Le gros des troupes est britannique et canadien -72 000 hommes-, et américain -57 000 hommes-. Quelques Français parmi eux, dès le premier jour : les 177 hommes que commandait le capitaine de corvette Philippe Kieffer : entraînés dans les Highlands d’Ecosse au milieu des commandos britanniques, ils eurent pour objectif le Casino d’Ouistreham : 11 furent tués sur la plage, 33 Le succès de l’opération sera chèrement payé : 4 900 morts, noyés ou tombés sous les balles sur les plages elles-mêmes, et autant dans les combats au-delà des plages.12 000 avions sont engagés afin d’assurer le soutien du débarquement, dont un millier transportant les parachutistes. 5 000 tonnes de bombes sont larguées sur les côtes normandes. Les opérations de débarquement se poursuivront pendant encore plusieurs semaines. Huit heures après Eisenhower, de Gaulle intervient à la BBC : La bataille suprême est engagée ! Après tant de combats, de fureur, de douleurs, voici venu le choc décisif, le choc tant espéré. Bien entendu, c’est la bataille de France, c’est la bataille de La France… Derrière le nuage si lourd de notre sang et de nos larmes voici que reparaît le soleil de notre grandeur. 9 06 1944 La division SS Das Reich pend quatre vingt dix neuf otages à Tulle, en Corrèze, occupée peu avant par des maquisards. Mise en service des premiers aérodromes alliés sur le continent. 10 06 1944 Massacre d’Oradour sur Glâne, par la division SS Das Reich - 150 hommes -, au sein de laquelle on compte 14 Alsaciens, dont 12 malgré nous : il y aura 642 victimes, dont 244 femmes et 193 enfants brûlés à l’intérieur d’une église. 7 rescapés raconteront l’horreur. L’Alsace, depuis la défaite de juin 40, ne faisait pas partie de la zone occupée, mais avait été directement rattachée au Reich : ses habitants, considérés donc comme allemands, étaient appelés à servir sous le drapeau allemand ; et c’est ainsi qu’un peu plus de 100 000 jeunes alsaciens se retrouvèrent, malgré eux dans la Wehrmacht, voire dans les divisions nazies SS : 23 000 d’entre eux furent faits prisonniers, dont 13 000 « disparurent » sur le front de l’Est. Le dernier prisonnier à en être revenu vivant sera libéré en 1955. Condamnés en 1953 par la Cour de Justice de Bordeaux, les 14 Alsaciens seront graciés par l’Assemblée Nationale : la Commune d’Oradour renverra alors sa légion d’honneur et interdira à tout représentant de l’Etat toute participation aux cérémonies de commémoration. Les Alsaciens n’attendirent pas la seconde guerre mondiale pour connaître ces déchirements : devenus Allemands en 1870, ils étaient donc considérés comme tels dès le début de la première guerre mondiale : ceux qui se trouvaient alors sur le territoire français furent assignés à résidence : Albert Schweitzer fit partie du lot, et passa ainsi un an à la Maison de santé St Paul, à St Rémy de Provence, là même où Vincent Van Gogh fût interné à sa demande de mai 1899 à mai 1890. Il faut que nous prenions nous-même des dispositions pour que cela ne se reproduise pas. Si nos amis nous aident, tant mieux. Mais il nous appartient, indépendamment de toute sécurité générale, de faire justice et d’empêcher le renouvellement de tels crimes. Général de Gaulle, le 5 mars 1945 12 06 1944 Les 10 premiers V1, - Vergeltungswaffe - surnommés les chiens d’enfer - bombes volantes allemandes, 7,5 m de long, 5.2 m d’envergure, un poids de 3 tonnes, emportent 820 kg d’explosifs à 650 km/h, à 800 mètres d’altitude. Les Allemands en lancèrent 244 pendant ces trois jours, 24 000 au total, jusqu’à la fin de la guerre. Ils firent 4 700 morts ; mais les Mosquitos anglais étaient à même de les déstabiliser d’un coup d’aile en vol, et en détruisirent ainsi 4 600. D’autre part, leurs rampes de lancement étaient facilement repérables par un avion et furent copieusement bombardées. 14 06 1944 De Gaulle embarque sur le contre-torpilleur La Combattante et débarque sur une plage entre Gray sur mer et Courseulles. Les généraux Marshall et Arnold, les maréchaux Brooke et Smuts, l’amiral King et le premier ministre Winston Churchill, envoient un télégramme à l’amiral Lord Louis Mountbatten en poste à la tête du SEAC, sur le point de gagner contre les Japonais la bataille d’Imphal : Nous avons rendu visite ce jour aux armées britanniques et américaines établies en terre de France. Nous avons navigué entre de vastes armadas de navires et de péniches de débarquement de tous types qui mettaient à terre des hommes, des véhicules et des approvisionnements en nombre toujours croissant. […] Nous tenons à vous dire à ce stade de votre dure campagne que nous sommes pleinement conscients du fait qu’une bonne partie de ces remarquables réalisations et du succès qu’elles ont rendu possible trouvent leur origine dans les techniques mises au point par vous et votre état-major à la direction des Opérations combinées. 15 06 1944 Le sous-préfet de Bonneville, Jacques Lespes est le premier fonctionnaire civil à avoir donné l’ordre de désarmer devant la résistance : il est fusillé sans jugement. 300 bombardiers de la RAF, pilonnent le port de Boulogne sur Mer. Le général de Gaulle se rend à Bayeux, puis Isigny, détruite à 60 %, faisant le nécessaire pour que lui soit rapidement reconnue une légitimité : nomination d’un sous-préfet etc… 19 06 1944 Une tempête détruit le port artificiel américain de Saint Laurent sur Mer : il était en service depuis trois jours ; on débarquera plus de matériel directement sur les plages. L’autre port artificiel, à Arromanches, est endommagé mais pourra être remis en état et restera opérationnel pendant 8 mois : jusqu’à la fin août il verra débarquer 20 % des forces alliées. 20 06 1944 Des miliciens font sortir Jean Zay, ancien ministre du Front Populaire, de la prison de Riom : c’est pour l’assassiner. Du 6 au 22 06 1944 Saint Lô aura subi sept bombardements alliés : détruite à 90 %, elle héritera du nom de capitale des ruines. On comptera environ 400 morts. En visant ces villes carrefour, l’enjeu était de couper les grands axes qui auraient servi aux renforts allemands pour rejoindre la tête de pont allié. En fait les Allemands n’ont éprouvé aucune difficulté à contourner ces champs de ruines. Michel Boivin Les Américains débarquent à Saïpan, dans les îles Mariannes, dans le Pacifique : cinq mois plus tard ils l’utilisaient comme base pour bombarder Tokyo. 23 06 1944 Maurice Rossel, délégué du CICR, visite le camp de Théresienstadt, « vitrine » des nazis destinée à l’opinion internationale : la mascarade était la règle et le « brave homme » s’était laissée berner : orchestre jouant dans un pavillon spécialement construit pour l’occasion, fausse école. Il repartira avec des photos d’enfants souriants et bien nourris ! Trois mois plus tard, le même « brave homme » visite Auschwitz sans s’inquiéter du pourquoi et du comment des chambres à gaz. 26 06 1944 Les Américains prennent Cherbourg, le port en eau profonde tant convoité pour permettre la suite du débarquement des forces alliées : mais d’importants travaux seront nécessaires pour réparer la casse allemande, et il faudra attendre la fin juillet pour qu’il redevienne opérationnel. 6 07 1944 De Gaulle reçoit un accueil triomphal à New York. New York n’est pas Washington et encore moins la Maison Blanche, mais cela contribuera tout de même à le rendre plus fréquentable aux yeux de Roosevelt. 7 07 1944 Georges Mandel, ex-ministre des Postes, des Colonies, puis de l’Intérieur quand Paul Reynaud était président du Conseil, est assassiné en forêt de Fontainebleau par la Milice sur ordre allemand : il venait de quitter Büchenwald pour être remis aux autorités françaises. 8 07 1944 Anglais et Canadiens lâchent 2 500 tonnes de bombes sur Caen. 10 07 1944 Libération de Caen. 14 07 1944 Les prisonniers de droit commun enfermés à la Santé se soulèvent : la répression donne lieu à un massacre. 20 07 1944 A 12h45, une bombe posée par le colonel Claus von Stauffenberg explose au QG d’Hitler à Rastenburg : il y a des blessés, 4 morts, mais Hitler est sain et sauf : le colonel n’avait utilisé que la moitié des explosifs. Ayant quitté la pièce peu avant il avait regagné Berlin, persuadé de la réussite de l’attentat, et avec ses complices, il ordonne l’arrestation des SS. Cela n’ira pas plus loin ; il sera exécuté la nuit même avec ses complices et la répression fera plus de cinq mille victimes, surtout parmi les officiers de la Wehrmacht et leurs familles. 21 07 1944 Quinze mille soldats allemands montent à l’assaut du maquis du Vercors : sept cents morts. 26 07 1944 Résistance allemande à Arnhem, Pays Bas ; ils prolongeront la guerre de huit mois, en tenant des poches en Alsace, en Prusse orientale, en Hongrie, et en lançant l’offensive des Ardennes pendant l’hiver 44/45. 28 07 1944 Sur le front de Normandie, la première armée américaine atteint Coutances. 31 07 1944 Depuis le 6 juin, les Allemands ont perdu en Normandie 114 000 hommes, et comptent 40 000 prisonniers. Les pertes alliées se montent à 122 000 hommes. Antoine de St Exupéry s’envole de Bastia pour une mission de photo sur la région Rhône Alpes à bord d’un Lightning P 38, avion de reconnaissance américain, très sophistiqué, capable de voler à haute altitude et donc d’échapper à l’ennemi. Il a 44 ans et normalement ne devrait plus voler. Il a déjà eu plusieurs accidents qui ont laissé des séquelles. Un avion allemand croise sa route, 3 000 mètres plus haut, piloté par Horst Rippert[1] : il descend et l’abat. L’avion de Saint Exupéry pique dans l’eau à la verticale à 800 km/h, au sud-est de l’île de Riou, au large des calanques de Marseille. Le 20 octobre 1998, un pêcheur trouvera dans ses filets sa gourmette, sur des fonds entre - 90 m et - 300 m, ainsi que des panneaux de la carlingue de l’avion, criblés de balles. D’autres morceaux de la carlingue, trouvés en octobre 2003, après la levée de l’interdiction d’intervention, seront formellement identifiés. Le père du Petit Prince s’en est allé, et c’est toute la poésie qui est en deuil. 1 08 1944 L’armée rouge atteint Praga, aux portes de Varsovie, mais, sur ordre de Staline, n’intervient pas pour éviter l’anéantissement par les Allemands des insurgés polonais commandés par le général Komorowski ; ils refusent même à l’aviation américaine le droit d’utiliser les aéroports soviétiques pour leur porter secours. Pendant 63 jours, plus de 40 000 soldats allemands, soutenus par des chars, de l’artillerie, de l’aviation, des bombes Goliath, vont exterminer, chaque jour, 3 500 personnes : 220 000 morts. Les Polonais capituleront le 3 octobre : 50 000 personnes furent déportés dans les camps de concentration d’Auschwitz, Gross Rosen, Ravensbrück, Mauthausen et autres, le reste de la population, malades, vieillards, femmes et enfants fut dispersé dans la région de Kilce et de Cracovie. Staline substitue l’autorité du Comité de Lublin à celle du gouvernement réfugié à Londres. La 2° Division Blindée du général Leclerc débarque à Utah Beach, dans la base sud-est du Cotentin ; étoffée de bon nombre de soldats des forces de Giraud, aux ordres de l’Etat Français, elle compte 15 000 hommes : 3 000 Français libres, 3 000 évadés de France par l’Espagne, le Corps franc d’Afrique, des Corses, des ambulancières (les Rochambelles), deux unités de l’armée d’Afrique, 3 600 Libanais, Syriens, Algériens et Maroc, 500 étrangers représentants 22 nationalités dont 400 Espagnols : ma plus belle victoire est d’avoir fait une Division de toutes ces additions. Les Alliés, qui voulaient tout d’abord contourner Paris, le laisseront, bon gré mal gré foncer sur la capitale, via le Mans, Alençon Argentan, pour lui laisser les honneurs de la libération, fermant à moitié les yeux sur les véhicules « piqués » à leurs propres forces puis maquillés : sous le major de l’Ecole de guerre perçait le corsaire. Sous le monarchiste lecteur de l’Action Française - ses camarades d’étude le nommaient l’aristo -, perçait le dissident. 8 08 1944 Marcel Bigeard, 28 ans, qui a suivi depuis près d’un an un entraînement commando sous la houlette des Anglais au sein du très secret club des Pins, près d’Alger, est parachuté dans les Pyrénées pour prendre la tête des FFI de l’Ariège en s’appuyant sur les maquis tenus par des Espagnols qu’il pense anarchistes quand ils sont communistes : trente ans plus tard, quand il entrera en politique, il réalisera que ce n’est pas la même chose. 10 08 1944 Heinrich Himmler a convoqué à l’hôtel de la Maison Rouge à Strasbourg une réunion de responsables économiques et de généraux SS pour organiser d’une part le transfert massif de capitaux allemands vers l’Amérique du sud afin qu’après la défaite, un IV° Reich allemand fort pût renaître, et d’autre part l’organisation et la fuite des responsables des SS, de la Gestapo et leurs auxiliaires. Ils avaient déjà jeté leur dévolu sur la province de Missiones au nord de l’Argentine, les rives du rio Paraguay et les terres basses de la Bolivie, avec Santa Cruz pour ville principale. L’opération se nommera Odessa : Organisation der ehemaligen SS-Angehörigne - Organisation des anciens membres des SS - . Dès la fin 1944, des sous-marins allemands arrivaient de nuit à l’embouchure du Rio de la Plata, où leur cargaison était transbordée sur des barques qui remontaient le rio Paraguay jusqu’à Santa Cruz. Les Américains révélèrent en 1996 que dans le seul mois d’avril 1945, c’est environ 1 milliard de $ (valeur 1945) qui fut ainsi reçu par les compagnies d’assurances, les banques, les sociétés fiduciaires, les administrateurs de biens et les maisons de commerce de Bolivie, d’Argentine et du Paraguay. Dès la fin 1944, les Allemands achetaient dans l’Oriente bolivien de gigantesques domaines , des entreprises agro-industrielles, des élevages et des compagnies de transport. Odessa fera aussi bénéficier de ses services de très nombreux oustachis croates, et encore des Croix de fer roumains. 15 08 1944 La VII° armée américaine et le 2° corps d’armée du général de Lattre de Tassigny débarquent sur les plages de Provence, entre Saint Raphaël et Saint Tropez : cela représente 300 000 soldats français, 100 000 soldats américains, et en matériel, 2 000 bateaux et 2 000 avions. La jonction avec les troupes de Normandie sera faite le 12 septembre près de Châtillon sur Seine. Les alliés veulent empêcher les Allemands d’aller contrer ce débarquement : le verrou principal est Sisteron : on va donc essayer de détruire voies de chemin de fer et ponts, mais c’est la chapelle Notre Dame, bien haut perchée sur le pli principal de la cluse sur lequel est construite la Citadelle qui est la première à être pulvérisée. Elle avait été restaurée en 1935. Des bombardements en piqué auront raison des objectifs recherchés deux jours plus tard. 18 08 1944 Fin du gouvernement de Vichy. 19 08 1944 Soulèvement de Paris ; Jacques Chaban Delmas, délégué militaire de région conclue avec le général Von Choltitz, gouverneur allemand de Paris, une trêve qui permettra à la ville de ne pas être détruite, contrairement aux ordres d’Hitler, et conformément aux rapports de force du jour : Von Choltitz n’avait déjà plus les moyens de détruire Paris. Vichy, le 19-8-44 Déclaration à Monsieur le Chef de l’Etat Grand Allemand En concluant l’Armistice de 1940, j’ai manifesté ma décision irrévocable de lier mon sort à celui de ma Patrie et de n’en jamais quitter le territoire. J’ai pu ainsi, dans le respect loyal des conventions, défendre les intérêts de la France. Le 16 juillet dernier, devant les rumeurs persistantes concernant certaines intentions allemandes à l’égard du gouvernement Français et de moi-même, j’ai été amené à confirmer ma position au corps diplomatique en la personne de son doyen, S.E. le Nonce Apostolique, en lui disant que je m’opposerais par tous les moyens à mon départ vers l’est. Vos représentants m’ont fourni des arguments contraires à la vérité pour m’amener à quitter Vichy. Aujourd’hui, ils veulent me contraindre par la violence, et au mépris de tous les engagements, à partir pour une destination inconnue. J’élève une protestation solennelle contre cet acte de force qui me place dans l’impossibilité d’exercer mes prérogatives de Chef de l’Etat Français Philippe Pétain 20 08 1944 Pétain, arrêté par les Allemands, part pour Sigmaringen, via Belfort. Message du Maréchal de France Chef de l’Etat aux Français Vichy, le 20 Août 1944 Au moment où ce message vous parviendra ; je ne serai plus libre. Philippe Pétain 21 08 1944 A la tête de 20 000 hommes, Georges Gingouin entre à Limoges sans effusion de sang, en ayant obtenu la reddition de la garnison allemande. Instituteur communiste, il avait pris le maquis dans le Limousin le 11 février 1941 ; trois ans plus tard, il dirigeait plus de 3 000 hommes, solidement armés par les parachutages anglais. Très free-lance, une telle indépendance ne pouvait être supportée par le Parti, qui lui reproche d’organiser la lutte dans les campagnes, alors que la ligne officielle est la guérilla urbaine. Le 13 mai 1945, à 29 ans, il sera élu maire de Limoges : le Parti va alors chercher à lui régler son compte : faux témoignages aidant, il sera inculpé d’assassinat en 1953, sera victime dans sa cellule d’une tentative de meurtre déguisée en suicide et devra attendre 1999 pour être réhabilité, ce dont il déclara ne pas être ému. 22 08 1944 Hitler envoie de son bunker berlinois une de ses dernières consignes : Paris devra être réduit en amas de ruines. Dieu merci, le général von Choltitz, commandant la place de Paris, se laissa convaincre par le consul de Suède Nordling, de n’en rien faire… ce qui l’arrangeait bien, car, de toutes façons, il ne pouvait rien faire. 23 08 1944 De Gaulle, arrivé en avion à Saint Lô trois jours plus tôt, rejoint Leclerc à Rambouillet 24 08 1944 La Nueve, compagnie commandée par le capitaine Dronne, de la 2° DB, arrive dans la soirée place de l’Hôtel de Ville : les half tracks Guadalajara, Teruel, Guernica sont les premiers, suivis d’une section de chars lourds : le Romilly, le Champaubert et le Montmirail, et une section du génie. 25 08 1944 Entrée de la 2° division blindée du général Leclerc à Paris par la porte d’Orléans. L’insurrection et la libération de Paris auront coûté aux Parisiens et à la 2° DB 1 630 morts, 4 000 blessés. Les Allemands auront perdu 4 200 hommes. Dans la salle de billard de la préfecture de police, le texte de la reddition est présenté à Von Choltitz, qui est d’accord. C’est le général Leclerc qui représente la France. Aucune mention n’est faite de la Résistance intérieure… qui ne peut l’admettre : Leclerc va ajouter le nom de Henri Rol-Tanguy, qui dirige les FFI en région parisienne. Les alliés bombardent le camp de déportés de Büchenwald : 450 déportés sont tués, 2 005 blessés ; parmi ces derniers, Mafalda d’Assia, princesse de Savoie, seconde fille du roi d’Italie, Victor Emmanuel III, épouse de Philippe de Hesse, arrêtés tous deux sur ordre d’Hitler : elle mourra de ses blessures 4 jours plus tard. Au Grand Bornand, une cour martiale improvisée juge 98 miliciens ayant pris part à la répression contre le maquis des Glières : promesse leur avait été faite qu’ils auraient la vie sauve s’ils libéraient les maquisards qu’ils détenaient prisonniers, ce qu’ils avaient fait : soixante seize d’entre eux furent cependant fusillés. Cent vingt quatre hommes, femmes et enfants, dont 49 de moins de 14 ans, sont abattus, parfois à l’arme blanche par des soldats allemands appartenant pour la plupart au 17 ° bataillon SS de Châtellerault, à Maillé, un village de 500 habitants, dans l’Indre et Loire. A l’origine, des échanges de coups de feu entre trois soldats de la Wehrmacht et huit maquisards planqués dans une ferme du hameau de Nimbré. 26 08 1944 Entouré des chefs de la Résistance encore vivants, de Gaulle descend les Champs Elysés, acclamé par un million de Parisiens. L’immense et joyeux soulagement qui déferla alors sur Paris laissa à plus d’un un certain goût d’amertume : Au fond, je n’aime pas, je n’ai jamais aimé cette ville femelle qui prétend exiger si impérieusement qu’on l’aime et dont l’effervescence tient surtout de la mousse de champagne - symbole pour moi de ce qu’il y a de pire -, dans le faire-accroire racoleur du caractère français. C’est dommage pour elle, mais jamais - et pourtant l’occasion lui en a été donné à plus d’une reprise - notre capitale n’a su figurer cette emblème de la résolution nationale qu’ont été le Moscou de 1812, le Londres de 1940, le Leningrad de 1941, le Varsovie de 1943 ; elle n’a été que le symbole, sublimé plutôt mal que bien, de nos déchirements. Julien Gracq. Carnets du grand chemin. José Corti 1992 L’histoire des mouvements de Résistance en Europe est largement mythologique, étant donné que (sauf, dans une certaine mesure, en Allemagne) la légitimité des régimes et des gouvernements de l’après-guerre devait reposer essentiellement sur leur activité dans la Résistance. La France est un cas extrême, parce que les gouvernements qui se succédèrent après la Libération étaient en rupture totale avec le gouvernement de 1940, qui avait fait la paix et collaboré avec les Allemands, et que la résistance organisée, sans parler de la résistance armée, avait été relativement faible, tout au moins jusqu’en 1944 (la population ne lui avait apporté qu’un soutien inégal). Le général de Gaulle s’appliqua à reconstruire la France en se fondant sur un mythe : au fond, la France éternelle n’avait jamais accepté la défaite. « La Résistance était un coup de bluff qui avait marché »[2], devait-il dire (André Gillois : Histoire secrète des Français à Londres de 1940 à 1944. Paris, 1973 ; réed Hachette littératures, 1992). Par un acte politique, il fut alors décidé que les seuls combattants commémorés dans les monuments aux morts seraient les résistants et ceux qui avaient rejoint les forces gaullistes. Mais la France est loin d’être le seul exemple de pays reconstruit sur cette mystique de la Résistance. Eric J. Hobsbawm L’Age des Extrêmes 1994 Nous sommes passés d’une grande injustice à une petite. La grande injustice de l’après-guerre, de 1945 à 1970, à été l’effacement de la Shoah dans la mémoire collective derrière les martyrs, les exploits gaullistes et communistes. Le Vercors a gommé Auschwitz. Maintenant, c’est l’inverse. De Gaulle, Jean Moulin, les FTP, Estienne d’Orves se sont estompés derrière le portail d’Auschwitz. La guerre, dans un manuel scolaire pour enfants de CM1, c’est le débarquement des GI et le ghetto de Varsovie. Il n’y a plus de place pour la France libre parce qu’il faut faire simple et bref. Pas plus que pour l’armée Rouge. C’est une autre injustice, un autre scandale. On devrait pouvoir garder les deux en tête, et dans son cœur. Les jeunes devraient apprendre dans l’histoire de la France libre qu’il y a quelque chose de plus grand que le bonheur et l’individu : l’honneur. Le 18 juin, qui a sauvé notre démocratie, ne fut pas un acte démocratique. C’est l’appel d’un esseulé contre l’immense majorité. Si les sondages avaient existé à l’époque, de Gaulle serait mort de ridicule dans la nuit du 18 au 19 juin 1940. « Ce qui est salutaire pour la Nation ne va pas sans blâme dans l’opinion », disait-il. Or, nous vivons en démocratie d’opinion. Ce n’est pas parce qu’on est à un contre dix qu’on a tort, et tout ne se décide pas dans l’instant. De Gaulle est un paria jusqu’à la fin 1941 et un emmerdeur jusqu’en 1944, mais il finit par imposer l’unité d’une nation à la mosaïque de tribus gauloises qu’étaient, par certains cotés, les mouvements de résistance. […] De Gaulle avait un sixième sens, celui de l’orientation, comme les oiseaux. Il sentait ce qui s’ébauche dans le présent et qui sera l’avenir. Ses pronostics ont toujours été bons, donc à contre-courant, donc impopulaires. C’est invraisemblable. Quand il dit, en juin 1940, que la guerre va être gagnée, mais que la seule question est la place qu’aura la France après la victoire ou que la Russie soviétique va se retourner contre les nazis ; et même quand il fait sa conférence de presse sur le Proche-Orient, en 1967. Il n’a commis qu’une seule grande erreur, sur l’Indochine, en 1946. Régis Debray Journal du Dimanche 4 04 2010 Quand la guerre fut finie, je suis allée à la gare car j’avais le projet de suivre les cours de l’Ecole libre des sciences politiques, rue Saint Guillaume, à Paris, en vue de devenir ambassadeur. La France était abîmée. Les trains n’allaient pas vite. Ils s’embrouillaient dans leurs routes parce que les avions ennemis et les avions amis avaient cassé beaucoup d’ouvrages d’art. La traversée des fleuves était une entreprise. Notre locomotive cherchait les ponts. Quand elle en trouvait un, elle sifflait. Parfois, elle se trompait. Elle sifflait une deuxième fois et elle faisait machine arrière. Je crois qu’elle confondait les rives gauche et droite, ça promettait pour Paris, avec la Seine au milieu.Elle avançait en tâtonnant, par détours, par zigzags et par remords, avec de brusques inspirations. Elle se faufilait énergiquement dans un fouillis de rivières, d’allées de peupliers, d’automnes, de villages, de fleurs et de viaducs, de brouillards. Paris se rapprochait et s’éloignait tour à tour. Cette lenteur et ces hésitations me plaisaient bien. Depuis ma naissance, je n’avais jamais vu ma capitale. À présent, j’étais sur la bonne voie, mais il me paraissait raisonnable d’observer des paliers de décompression, comme font les explorateurs sous-marins. Je m’habituais doucement à la géographie cachée de mon pays. Nous tentions de faire le point. Nous consultions les cartes affichées dans les cabinets et les soufflets. Mais, comme les routes de cette fin de guerre étaient tout en déviation et en « voie sans issue », nous n’en tirions pas beaucoup d’enseignements. La géographie était une science inachevée, une science humaine, trop humaine. La carte de France était déchirée par la guerre et mal recollée. Elle était pleine de trous et de griffures. Les montagnes n’occupaient pas leur place, on aurait dit des nuages et les rivières coulaient à l’envers. Un pays inconnu, un pays en train de se fabriquer, défilait dans les grandes vitres de notre wagon. Nous ne savions plus où étaient le nord et l’est. Le sud non plus. Les paysages se recroquevillaient ou s’élargissaient. Des villes se dressaient où nous attendions des collines. La France était neuve, inachevée, scintillante. La peinture n’était pas sèche. Ça nous changeait des années en noir et blanc de l’Occupation. Elle était sauvée des inconvénients qui m’avaient toujours déplu dans les cours de géographie : la fixité, la permanence, le révolu, en somme la mort. C’est ce qui m’énervait au lycée : on m’avait persuadé que la géographie était achevée puisque Dieu a mis la dernière main à son ouvrage et qu’il veille à d’autres grains. J’ai appris depuis que la figure de la Terre, loin d’être un chapitre clos, est un mouvement perpétuel, une Genèse léthargique, avec dérives de paysages, érosions, laves et fleuves disparus, îles neuves et tous ces tatouages que les ingénieurs gravent sur la peau de la terre, viaducs et tunnels, ponts et barrages… A chaque virage de notre train, ou plutôt chaque fois qu’il devait rebrousser chemin faute de pont, de viaduc ou de voie ferrée, la géographie se donnait le branle. Elle était comme un manège en bout de course. Le paysage tournait paresseusement autour de nous. Un panorama ou même un cours d’eau que les Atlas avaient loupé se déployait par surprise. Une ville inédite, avec ses maisons et ses fontaines, sortait de l’ombre. Bien sûr, on savait que cette géographie en transit était une illusion. Ça ne durerait pas. Raison de plus pour en tirer le meilleur. Une occasion à saisir. La paix allait remettre à leur place, dans les pages de l’atlas, les montagnes et les bassins fluviaux, les pitons, les cuvettes, et les rendre à leur éternité. Il n’empêche. Cette géographie en perdition n’a plus cessé de recouvrir mes mappemondes et je m’y attachais. Elle était si différente des géographies cataleptiques, durcies, réglementées dans lesquelles les hommes, désormais, sont tenus de résider. C’est pourquoi j’aime à me rappeler ce premier voyage dans la France du Nord. Il m’a enseigné qu’une fissure, une fêlure parcourt le tableau paralysé des mappemondes. Mes rêveries topographiques visent généralement à élargir cette fêlure et à la multiplier, à me persuader que tous les espaces et toutes les terres sont provisoires, inachevées et comme des fables. Gilles Lapouge La légende de la géographie Albin Michel 2009 29 08 1944 Tout le littoral méditerranéen est libéré. Si la bataille était âpre à l’ouest, c’est bien à l’est que les engagements étaient les plus importants : la Wehrmacht y avait les deux tiers de ses forces, et, pendant cet été 1944 l’Armée Rouge anéantit 30 divisions allemandes, en Finlande, aux pays Baltes, en Roumanie, Bulgarie, dans la Russie Blanche, la Galicie et la Pologne. 5 09 1944 Les alliés bombardent Le Havre : 5 000 civils tués, 80 000 sans abris, 12 500 bâtiments détruits. Nous vous attendions dans la joie, nous vous accueillons dans le deuil. Le Havre Matin du 13 09 1944, s’adressant aux libérateurs Auguste Perret, architecte de 71 ans sera chargé de réinstaller de la vie sur cette catastrophe. Aidé de 100 collègues choisis, il y parviendra, utilisant partout le béton armé. La fantaisie des vieux quartiers en est bien sur absente, mais les avenues sont larges… on respire. Il verra grand, parfois trop : la principale avenue, plus large que les Champs Elysés, n’est pas parvenue à agripper la vie sur son corps immense : elle est sinistre, lugubre, juste une machine à fabriquer de la neurasthénie. Il construira encore en 1948 le premier gratte-ciel français à Amiens : 90 m de haut. Il mourra en 1953, ses collègues poursuivront le travail au Havre. 8 09 1944 Le premier V2 est tiré depuis Gouvy, en Belgique sur Paris. En 5 minutes, il atteint Maisons Alfort, où il fait six morts et 36 blessés. Jusqu’au 27 mars 1945, les Allemands en lancèrent 3 700, essentiellement sur Londres - environ 1 400 - et Anvers - environ 1 600 -. Les 24 000 V1 et 3 700 V2 provoquèrent la mort de 8 938 personnes en Angleterre et de 6 500 en Belgique. En fait, ce gigantesque investissement, fut un mauvais calcul : Peenemünde engloutit 2 milliards de marks, le quart environ du projet Manhattan, c’est à dire, toute proportion gardée, le même effort que celui des Américains. En 6 mois d’opérations, les V2 n’emportèrent qu’une quantité d’explosifs légèrement supérieure à un seul grand raid de la Royal Air Force sur une ville allemande. Hitler entendait que l’on en construise 900 par mois. Il était absurde de vouloir répondre aux flottes de bombardiers ennemies, qui en 1944 larguèrent en moyenne sur l’Allemagne 3000 tonnes de bombes par jour pendant plusieurs mois à l’aide de 4100 quadrimoteurs, par des représailles qui auraient propulsé tous les jours 24 tonnes d’explosifs en Angleterre : la charge de bombes larguées par six forteresses volantes seulement. Albert Speer, ministre allemand de l’Armement et de la Production de guerre de 1942 à 1945 15 09 1944 Création des cours spéciales de Justice pour juger les collaborateurs de Vichy, et essayer d’enrayer les parodies de procès et les exécutions arbitraires qui se développaient ; on comptera de 11 000 à 15 000 exécutions sommaires. L’épuration prononcera à peu près 89 000 condamnations, dont 6 800 peines de mort, au sein desquelles 4 000 par contumace, 2 100 commuées, 767 exécutées, 13 500 peines de travaux forcés, 22 800 peines de prison, 46 000 peines de dégradation ou d’indignité nationale. Avec les condamnations des tribunaux militaires, on arrive au moins à 1 483 exécutions relevant du judiciaire. La Terreur Rouge habitera la mémoire de bon nombre de Français, pendant bon nombre d’années. Tandis que Mauriac mettait en cause le bien fondé d’une justice qu’il jugeait expéditive, Camus ripostait : Ces hommes qui ont tout rationné sauf la honte, ne peuvent attendre de la France ni l’oubli ni l’indulgence. Combat du 22 août 1944 27 09 1944 Il reste en Allemagne 14 574 Juifs. 7 10 1944 Les Sonderkommando - déportés chargés de la logistique des chambres à gaz et du four crématoire 4 - se révoltent à Birkenau : cela coûtera la vie à 450 d’entre eux. 14 10 1944 La brigade du général anglais Scobie arrive en Grèce, deux jours après qu’Athènes se soit libérée, les Allemands prenant la fuite devant l’avancée des Russes. Le général Scobie va exiger le désarmement de l’armée des partisans, communistes fortement aidée par la résistance yougoslave communiste : c’est le début de cinq ans de guerre civile, opposant un mouvement dominé par les communistes et une droite, souvent extrême, regroupée autour du roi. MESSAGE
Sikélianos Anghélos (1884-1951) 1944 Le Maréchal Erwin Rommel se suicide : Hitler, convaincu de sa participation à l’attentat qui l’a visé deux mois plus tôt, (sans doute limitée à un simple accord), a accepté cette « sortie », contre la promesse de la vie sauve pour sa famille. La popularité du maréchal était telle qu’il y avait un grand risque à lui réserver le sort réservé aux autres participants à ce complot. Le suicide sera déguisé en mort des suites d’un bombardement de sa voiture, et des funérailles nationales seront célébrées à Ulm le 17 octobre. 20 10 1944 Les Russes joignent à Belgrade les partisans de Tito : grand frère et petit frères s’embrassent, mais le petit frère ne se laissera pas étouffer. Les Allemands évacuent les Balkans. 23 10 1944 Quatre mois après les faits, les Etats Unis, l’Angleterre et l’URSS reconnaissent le Gouvernement Provisoire de la République Française. De Gaulle, acerbe : Le Gouvernement est satisfait qu’on veuille bien l’appeler par son nom. Sa ténacité aura été finalement payante : jusqu’au bout, les Américains se seront défiés de lui, laissant un ambassadeur auprès de Vichy jusqu’au dernier moment, s’apprêtant à imposer à la France leur administration (AMGOT : Gouvernement militaire allié des territoires occupés.) et leur monnaie, comme aux pays vaincus de l’Axe. Des préfets américains avaient reçu une formation pour ce faire, même les timbres étaient prêts…Heureusement que les entourages respectifs remplirent très bien leur rôle d’amortisseurs, encaissant bravement tous les coups, car la confrontation directe de telles personnalités avec de tels enjeux aurait très rapidement conduit à la rupture…et il fallait l’envergure d’un de Gaulle pour s’imposer et parvenir à présenter un front commun avec les communistes… sans lui, il est fort probable que la France aurait connu une guerre civile comme en a connu la Grèce. 24 10 1944 Louis Renault, malade et maltraité par la police française, meurt, sans même un simulacre de procès, pour collaboration et traîtrise, jamais prouvées ; placé sous tutelle de Daimler Benz pendant la guerre, les véhicules assemblés partaient pour la plupart vers l’Allemagne. Surnommé l’ogre de Billancourt avant la guerre, de Gaulle le laissa en gage aux communistes à la Libération. Ses usines seront mises rapidement sous séquestre et nationalisées le 16 janvier 1945. Il faudra attendre le 29 juillet 1967, pour qu’une loi vienne ouvrir les droits à l’indemnisation des héritiers. Louis Renault était malade depuis dix ans : atteint de troubles rénaux, il était atteint d’aphasie et avait eu rapidement recours à un assistant pour traduire ses paroles. 28 10 1944 De Gaulle ordonne la dissolution des milices patriotiques. 10 1944 Bataille aéronavale de Leyte, dans le Pacifique. Lors d’une matinée au Théâtre Français, consacrée aux poètes de la Résistance, Paul Claudel fait lire ce poème au général de Gaulle ; il sera publié dans Le Figaro le 23 décembre 1944. Ses 76 ans lui avaient conservé la vitesse requise pour retourner chemise, veste et pantalon. Tout de même, dit la France, je suis sortie ! 20 11 1944 Les généraux De Lattre de Tassigny, commandant la 1° armée, Devens, commandant le 6° groupe d’armée, Béthouart, chef du 1° Corps d’armée et Montsabert, chef du 2° Corps d’armée, posent pour l’histoire au pied du Lion de Belfort. 23 11 1944 La 2° DB libère Strasbourg. Maintenant, on peut crever. Leclerc. 24 11 1944 De Gaulle s’en va à Moscou ; il est accompagné entre autres du général Juin et de Georges Bidault. Il y signe un pacte franco-soviétique le 10 décembre qui prévoit une assistance militaire mutuelle en cas d’agression allemande. En contrepartie, la France reconnaissait de facto le gouvernement communiste de la Pologne, appelé alors comité de Lublin. 27 11 1944 René Pleven, ministre des finances chiffre à 860 milliards de francs les versements faits à l’Allemagne par le régime de Vichy. 16 12 1944 Un V2 frappe de plein fouet le cinéma Rex à Anvers : cinq cent soixante et un tués. Dans les Ardennes, là où personne ne les attendait, les Allemands livrent leur dernière grande bataille : dans le plus grand secret ils ont rassemblé deux cent mille hommes, jeunes et vieux inexpérimentés : les autres sont soit ailleurs soit morts. Le secret n’a pas que des avantages : seuls trois généraux étaient au courant : une fois l’offensive déclenchée, bien des officiers seront dépourvus des informations nécessaires pour prendre les bonnes initiatives. Les Allemands visent Anvers, port le plus important pour les alliés. Pendant deux semaines, ils vont bien malmener les Américains, qui alignent dans le secteur soixante quinze mille hommes, allant jusqu’aux portes de Bastogne, demandant au commandant des deux compagnies légères qui y stationnaient de se rendre, lequel leur répondra : des clous. Le 21 décembre, il neige et donc, l’aviation alliée est paralysée, les blindés également : le général Patton mande son aumônier qui compose l’oraison suivante, tirée à des milliers d’exemplaires : Seigneur tout-puissant et miséricordieux, nous implorons Ta bonté divine pour que Tu daignes contenir ces pluies excessives contre lesquelles nous avons dû lutter. Accorde-nous, dans Ta grâce, un temps favorable pour la bataille. 18 12 1944 Premier numéro du Monde, dirigé par Hubert Beuve Méry, libéré de Büchenwald. Il reprend la ligne de l’ex Le temps qui avait été interdit. Les grands titres :
Ainsi donc, moins de six mois avant l’effondrement du Reich, une des têtes les mieux faites de France pensait que le Reich pourrait encore durer vingt ans, et redevenir redoutable de puissance. Qu’il est difficile de ne pas projeter dans l’avenir les schémas du passé ! En page 2, un bon quart de page est consacré à la Bourse, et une petite manchette au quotidien des Français : Le ravitaillement. La ration de viande pour la semaine du 18 au 24 décembre, sera de 250 grammes (ticket 7 pour 90 gr et ticket BJ. pour 160). Régime spéciaux pour viande de cheval : ticket 2 de novembre (90 gr.) et BH. de décembre (90 gr.) A l’occasion des fêtes de Noël les consommateurs recevront sans doute un supplément de viande ; un verre de lait sera distribué à tous les enfants. Un litre de vin sera remis à partir d’aujourd’hui, et au fur et à mesure des mises en place, à chaque consommateur ayant droit au vin. Les inscriptions. - Rappelons que les consommateurs du département de la Seine doivent s’inscrire (ou se réinscrire) avant le 24 décembre cher un boucher (tickets DW. et DR.) une charcutier (ticket DQ.) et un boucher hippophagique (ticket DL.). Pour l’huile, avec le ticket DP de décembre ; et pour la margarine avec le ticket DK. Pour le chocolat, avec le ticket DT. Pour le savon américain avec le ticket H. (détaché par le commerçant) 23 12 1944 L’anticyclone sibérien est arrivé, et le froid avec lui : blindés et aviation peuvent se remettre en route : les Allemands vont encore batailler un mois, mais ce sera bien leur ultime bataille. Ils avaient compté se ravitailler en essence sur les stocks ennemis : cela avait bien marché en 1940, mais ces deux armées n’avaient plus rien de comparable. Fin 1944 On compte six cent trente mille morts en France (dont trente mille en déportation et plus de vingt mille sous les bombes alliées), plus civils que militaires. (Au procès de Nuremberg, le représentant français, Bernard de Menton avancera le chiffre de sept cent quinze mille). Le Havre, Brest, Caen, Amiens sont entièrement détruites ; la production de blé est passée de 80 M. qx. en 1938, à 60 ; les pommes de terre, de 15 à 10 ; la production d’acier a diminué de 60 %. La ration quotidienne du Parisien est de 900 calories. Tous les salaires, multipliés par 1,5 entre 1939 et 1944, augmentent de 25 %. Les prix de détail ont été multipliés par 4. Le pays est surtout très divisé : l’Union sacrée de la 1° guerre mondiale ne s’est pas du tout reproduite, et ces divisions commencent à peine à disparaître lorsque sont écrites ces lignes. Le nombre des victimes des camps de concentration est estimé à 7 120 000 et les alliés trouvèrent dans les camps en 1945 700 000 survivants. Ces 7,12 M comprendraient 4,25 M de juifs. Les principaux camps : Auschwitz 1 000 000 Treblinka 750 000 Belzec 550 000 Chelmno 150 000 Majdanelc 50 000 Sobibor 200 000 et par pays : Pologne 2 400 000 Hongrie 180 000 Grèce 60 000 Italie 9000 Russie 700 000 Allemagne 160 000 Autriche 58 000 Bulgarie 5000 Tchécoslovaquie 218 000 Pays Bas 104 000 Yougoslavie 55 000 Norvège 700 Roumanie 200 000 France 73 161 Belgique 26 000 Danemark 70 Ce sont seulement 5 % des juifs déportés qui sortirent vivants de cet enfer : 3500 sur les Les juifs résidant en France étaient avant la guerre au nombre de 330 000, dont 190 000 français et 140 000 étrangers : il est bien difficile d’admettre que les 254 000 restants ont été sauvés de la déportation par la seule solidarité des français : il était bien nécessaire que l’administration de Vichy fut complice et fasse beaucoup plus que fermer simplement les yeux : si cette administration était toute puissante pour participer à la déportation de 76 000 juifs, comment pouvait-elle être en même temps aveugle pour ne pas en faire de même pour les autres ? Les Juifs de Belgique, Hollande, Pologne, pays directement administrés par les Nazis, connurent des exterminations beaucoup plus importantes - au prorata de leur population - que les Français. Là encore, les prismes sélectifs de la mémoire préfèrent nettement que la réalité soit blanche ou noire quand en fait, elle est la plupart du temps grise. On a avancé au procès de Nuremberg[3], en 1946, le chiffre de 6 millions de morts et depuis, ce chiffre est devenu un dogme ; et on ne discute pas un dogme ; comme si dans le désordre qui suit toute guerre, on avait eu le temps, en un an, de faire ce travail sérieusement ! Ce chiffre de 6 millions comprendrait donc, outre les 4,239 M morts dans les camps, environ 1,8 M juifs morts hors des camps, pour la plupart d’entre eux de fusillades des Einsatzgruppen. Par contre, il est bien difficile de trouver des chiffres sur le génocide des Tziganes : 21 000 seraient morts à Auschwitz en 1943, sur les 23 000 qui y entrèrent, et 4 000 entre les 1° et 3 août 1944… 5 000, en provenance de Lodz, auraient été gazés à Chelmno le 13 janvier 1942. Les chiffres manquent pour Buchenwald, Birkenau, Dora. Sur une population totale d’environ 2 M. on estime à 0,5 M. le nombre de victimes tziganes du régime nazi.
Jean Cayrol. Extrait du recueil Passetemps de l’homme et des oiseaux 12 1944 Arletty ne met pas sa langue dans sa poche quand elle répond aux juges qui l’accusaient d’avoir joué devant l’occupant :
Mais Sacha Guitry, dans la même situation, avait tiré plus vite :
1944 Oswald Avery, Colin Mac Leod et Maclyn McCarthy démontrent que l’ADN - Acide Désoxyribo Nucléique - est le support de l’information génétique. 11 01 1945 Avec Megève, le Midi Libre, tient un bon os et se décide donc à ne pas le lâcher : il lui consacre la première de sa nouvelle rubrique De ma lucarne. On nous conte que soixante dix personnes des deux sexes ont été découvertes à Megève où elles étaient arrivées par wagons spéciaux afin de pratiquer les sports d’hiver, y compris, sans doute, la rumba et la biguine qui se dansent le soir en smoking et entre deux cocktails, dans le hall du Palace. Les autorités locales se sont fâchées. Ces messieurs dames ont été expulsés. N’a-t-on pas tort d’agir ainsi ? A la place de M. le commissaire régional de la République, j’aurai réuni ces clients de choix et je leur aurai tenu à peu près ce langage : « Mesdames, Messieurs, vous aimez le ski et brûlez d’en faire. Cela se conçoit, c’est un sport admirable. Je vais vous faire conduire à Gap où vous contracterez illico un engagement de six mois dans l’armée des Alpes qui réclame des skieurs. Ce sera peut-être plus long et plus dur que la petite villégiature que vous vous proposiez, mais votre patriotisme vous donnera, j’en suis sûr, le courage et l’endurance nécessaires. Au revoir et bonne chance ! » Et cela n’aurait pas empêché de savoir au moyen d’une enquête (comme on l’a décidé) par quelles complicités ces amateurs de glissades ont pu se rendre de Paris à Megève dans des wagons spéciaux, alors qu’il n’y en a pas pour transporter les nourritures essentielles aux populations sous-alimentées. André Négis, sous le pseudonyme de Fred Gérard. Le Midi Libre. 27 01 1945 Libération du camp d’Auschwitz : C’étaient quatre jeunes soldats à cheval qui avançaient avec précaution, la mitraillette au coté, le long de la route qui bordait le camp. Lorsqu’ils arrivèrent près des barbelés, ils s’arrêtèrent pour regarder, en échangeant quelques mots brefs et timides, et en jetant des regards lourds d’un étrange embarras sur les cadavres en désordre, les baraquements disloqués et sur nous, rares survivants. Primo Levi. La trêve. Charles Maurras, chef de l’Action française est condamné à la détention à perpétuité : celui qui avait été un des piliers des antidreyfusards s’exclamera : C’est la revanche de Dreyfus. 30 01 1945 Le Wilhelm Gustloff[4], paquebot allemand de 208 m de long, a été lancé en 1937 : c’est le symbole du rêve d’une Grande Allemagne. Il va devenir le Titanic de Hitler. Amarré dans le port de Gotenhafen, sur la mer Baltique, il sert depuis le début de la guerre de caserne flottante à l’Ecole des Sous-Mariniers. L’Armée Rouge poursuit sa progression inexorable vers l’ouest, et c’est tout un peuple de Prusse orientale et de Silésie qui s’enfuit devant elle, par près de - 20°, cherchant à se prémunir contre les exactions des soldats soviétiques ivres de revanche après les exactions nazies. Il ne reste qu’un seul espoir : les bateaux mouillés à Gotenhafen, très vite envahie par ces réfugiés. Le 21 janvier, l’amiral Dönitz, commandant de la Kriegsmarine, donne l’ordre de sauver tous ceux qui peuvent l’être avant l’arrivée des Russes - ce sont environ dix mille passagers qui embarqueront sur le Gustloff, qui appareille le 29 janvier en recevant une bonne nouvelle : trois sous- marins ennemis ont été repérés et sont sous surveillance ; donc, il n’y a pas de menace de sous-marin sur la route du Gustloff. C’était sans compter sur l’imprévisible : pour faire une java dans le port finlandais de Turku Alexandre Marinesko, commandant le sous-marin russe S 13, avait ignoré l’ordre de départ des trois autres sous-marins ; repéré par la police, il était menacé de suspension et avait appareillé avec plusieurs jours de retard, se mettant ainsi à chasser en solitaire. Une erreur d’interprétation fait demander au commandant du Gustloff, d’allumer les feux de position : le S 13 est à proximité, en surface : le sort du Gustloff en est jeté : après deux heures de traque, à 21h16′, le Gustloff est atteint par trois torpilles. Environ mille personnes seront sauvées par les navires d’accompagnement ou embarqués sur les canots : et c’est environ neuf mille passagers qui périrent. 6 02 1945 Exécution de Robert Brasillach, trente-cinq ans, écrivain d’extrême droite. De Gaulle a refusé sa grâce. On avait pu lire de lui dans Je suis partout : C’est sans remords mais pleins d’une immense espérance que nous vouons ces derniers (les résistants) au camp de concentration sinon au poteau. …/… Le petit matin frais où l’on conduira Blum à Vincennes (pour le fusiller) sera un jour de fête dans les familles françaises. Helléniste indiscutable, le même homme - oui, le même… comprenne qui pourra… ces gens d’Action Française étaient tous schizophrènes - avait écrit à peu près dans le même temps : Ses plaintes (parlant d’Eschyle) sur les prisonniers, sur les vaincus, sur la jeunesse jetée au combat résonnent encore d’un accent éternellement fraternel et révolutionnaire …/… le poète le plus frais de toute l’Antiquité (parlant de Théocrite), écoutant chuchoter la verte jeunesse, amoureux des jeunes corps et des jeunes printemps et chargé de toute la sensualité de la vie. Et, sept mois avant son exécution, en juillet 1944, il écrivait en présentation d’une Anthologie de la poésie grecque : A l’heure où tant de biens sont menacés comme ils pouvaient l’être à la fin du monde antique, il n’est pas mauvais peut-être de dénombrer quelques-uns de ces biens, fût-ce pour en emporter le regret. **************** Ici, il s’agit plus que d’un simple divertissement d’helléniste. Il s’agit bien d’un testament, de l’ultime compagnonnage d’un poète d’aujourd’hui avec ses frères d’autrefois, trop longtemps oubliés, et retrouvés aux heures noires de l’Occupation. C’est une lumière qu’à travers eux il redécouvre, une lumière in extremis pour l’aider à franchir le Styx. Ils sont venus trop tard dans sa vie, ces poètes, pour avoir le temps de lui dire, de lui chanter, de lui crier de choisir, comme ils l’ont fait jadis, les rives de l’amour et de la liberté. Brasillach eut beau faire au lycée ses « humanités », il n’a pas su, par elles, se garantir de l’inhumain. Jacques Lacarrière Dictionnaire amoureux de la Grèce Plon 2001 J’ai toujours eu horreur de la condamnation à mort et j’ai jugé qu’en tant qu’individu du moins, je ne pouvais y participer même par abstention. C’est tout et c’est un scrupule dont je suppose qu’il ferait bien rire les amis de Brasillach […] Ce n’est pas pour lui que je joins ma signature aux vôtres [ François Mauriac, Paul Valery, Paul Claudel…]. Ce n’est pas pour l’écrivain, que je tiens pour rien, ni pour l’individu que je méprise de toutes mes forces. Si j’avais même été tenté de m’y intéresser, le souvenir de deux ou trois amis mutilés et abattus par les amis de Brasillach pendant que son journal les encourageait, m’en empêcherait. Vous dites qu’il entre du hasard dans les opinions politiques et je n’en sais rien. Mais je sais qu’il n’y a pas de hasard à choisir ce qui vous déshonore. Et ce n’est pas par hasard que ma signature va se trouver parmi les vôtres, tandis que celle de Brasillach n’a jamais joué en faveur de Jacques Decour [écrivain résistant fusillé par les Allemands au Mont Valérien en 1942] Albert Camus Lettre du 27 janvier 1945 à Marcel Aymé Il y avait au lycée Louis-le-Grand deux classes de lettres supérieures et deux de première supérieure, baptisées K1 et K2. La salle d’étude et de travail était commune aux internes des deux khâgnes et des deux hypokhâgnes. Le soir de mon arrivée, une réunion s’y organisa presque spontanément pour protester contre le procès de Robert Brasillach, qui devait s’ouvrir dans les tout prochains jours. À ma stupéfaction, la majorité des internes des deux khâgnes de Louis-le-Grand, suivie moutonnièrement par les hypokhâgneux, proposa de donner le nom de Brasillach à une de nos salles, la mienne en l’occurrence, celle de K1. Le fait que Brasillach, lui-même ancien khâgneux de Louis-le-Grand, ait étudié sur les bancs mêmes où nous étions assis l’emportait absolument sur les appels abominables au meurtre des Juifs proférés par l’écrivain collabo dans Je suis partout et d’autres feuilles à la solde des nazis. Cela ne pesait rien, ne comptait pas, et je compris alors d’emblée, avec un dégoût qui ne m’a peut-être jamais plus quitté, que le grand vaisseau France avait poursuivi impassiblement sa route, insensible à ce que d’autres éprouvaient comme un désastre, la destruction de millions de vies et de tout un monde. C’était mon premier jour, je ne connaissais personne, j’étais angoissé, intimidé, je ne comprenais rien aux lauriers dont on couvrait le talent de Brasillach, qui l’absolvait du pire, et je n’osai intervenir au milieu de ces jeunes bourgeois qui suintaient la légitimité par tous leurs orifices, regards, façons de respirer. Ils étaient passés à côté de la guerre, en avaient peu souffert, la France avait continué à « fonctionner» et eux avec. C’était là l’essentiel. Une voix tout à la fois sèche et lyrique, avec un accent du Midi dompté par un mode d’articuler et une gestuelle démonstrative acharnée à convaincre, gestes de prière en vérité, s’éleva soudain, imposa le silence, s’empara de la parole, libérant du même coup la mienne. C’était celle de Jean Cau : je le revois, maigre comme un loup dans sa blouse noire, joues creuses, pommettes hautes, nez et narines de loup, oreilles décollées. Nous commençâmes non pas à argumenter ou débattre, mais à les insulter, les défier et, très vite, à cogner, à leur jeter au visage tout ce qui nous tombait sous la main. Plusieurs furent blessés, un géant puant et ensanglanté dont je tairai le nom me frappa en pleine face. Alerté par le bruit, le surveillant général, un petit homme du nom de Louvet, à qui nous menâmes plus tard la vie très dure, ouvrit la porte à la volée. Nous lui annonçâmes que cette khâgne était un ramassis de traîtres, que si la salle était en effet baptisée du nom de Brasillach nous porterions plainte et traduirions en justice les meneurs. Le procès de Brasillach eut lieu le 19 janvier, il fut, comme prévu, condamné à mort et, malgré une pétition d’intellectuels de renom, fusillé le 6 février au fort de Montrouge. Aucune salle de Louis-le-Grand ne porta jamais son nom. Mais, à propos de sa mort, de Gaulle a écrit quelque chose de superbe, que je ne connaissais pas quand je rédigeais le premier chapitre de ce livre, et qui, j’ose le dire sans scandaliser je l’espère, nous apparente en profondeur, le Général et moi. À un correspondant qui lui reprochait de ne pas avoir gracié Brasillach, le général de Gaulle se confia d’une bouleversante façon : “Robert Brasillach fut effectivement le seul traître écrivain, parmi ceux qui n’avaient pas activement servi l’ennemi, pour lequel j’ai dérogé au principe que je m’étais fixé: je n’ai pas commué sa peine. S’il a été fusillé en ce matin glacial, triste et brumeux du 6 février 1945, malgré les appels de ses confrères les plus méritants, c’est que, lui, j’estimais le devoir à la France. Cela ne s’explique pas. Dans les Lettres aussi, le talent est un titre de responsabilité et il fallait que je rejette ce recours-là, peut-être, après tout, parce qu’il m’était apparu que Brasillach s’était irrémédiablement égaré […]. Si je me rappelle si bien ce matin-là, c’est qu’à chaque dernière nuit d’un homme que je pouvais gracier, je ne fermais pas l’œil. À ma manière, il fallait que je l’accompagne”. Claude Lanzmann Le lièvre de Patagonie Gallimard 2009 4 au 12 02 1945 Conférence de Yalta où Churchill, Roosevelt et Staline se partagent le monde ; Roosevelt, déjà malade, feint de ne pas réaliser que Staline met déjà en place tous les éléments de la guerre froide. Sur les hauteurs de Yalta, la cave de Massandra : avec ses 4 km de galeries creusées sur ordre du tsar Nicolas II, elle abrite plus d’un million de bouteilles de collection, les meilleurs crus de la planète depuis le XVIII° siècle. En leur sein, probablement les plus vieilles [de vin encore consommable] et les plus chères du mondes : cinq bouteilles de 1775, de Jerez de la Frontera, en Andalousie, le vin dont Jean Cocteau disait qu’il était le sang de la terre. De Gaulle n’a pas été invité, et lâchera son fiel avant et après, sans marquer de reconnaissance particulière à Churchill et Eden, qui avaient bataillé pour que la France soit maintenue « dans le concert des nations », lui obtenant ainsi d’être puissance occupante en Allemagne, etc… : Figurez-vous que nous avons entendu dire qu’il y aurait une réunion de plusieurs chefs de gouvernement.[…] La France n’est pas invitée à participer à cette réunion. Quoi que MM. Roosevelt, Staline et Churchill pussent décider à propos de l’Allemagne et de l’Italie, ils seraient, pour l’appliquer, amenés à demander l’accord du général de Gaulle. Quant à la Vistule, au Danube, aux Balkans, l’Amérique et l’Angleterre les abandonneraient sans doute à la discrétion des Soviets. Mais alors le monde constaterait qu’il y avait corrélation entre l’absence de la France et le nouveau déchirement de l’Europe. Mémoires de guerre. Le Salut, 3° tome. 1959. 9 02 1945 Le capitaine Alexandre Soljenitsyne a participé à l’immense bataille de Koursk ; il y a gagné son galon de capitaine ; il est bien là où il se trouve, car il s’est mis à aimer la guerre. Il fait partie des troupes qui viennent de prendre la vieille et prestigieuse ville de Königsberg, en Prusse orientale. Son supérieur, le colonel Travkine, le convoque dans sa tente pour lui demander son arme, première manifestation d’une condamnation : le courrier qu’il adressait à son ami Koka a été lu ; il y critiquait Lénine et Staline, cités sous des noms caricaturaux qui n’ont trompé personne. Il est d’abord conduit dans la cellule 69 de la Loubianka, à Moscou, avec le matricule CH 282. Condamné à huit ans de détention, il sera transféré en 1949 au camp d’Ekibastouz dans le Kazakhstan, pour être libéré le 5 mars 1953, jour de la mort de Staline. Mais la « libération » n’en est pas une car il est installé en relégation perpétuelle à Kok Teuh. Il écrit Une journée d’Ivan Denissovitch, dont il envoie le manuscrit à Tvardovski, écrivain reconnu dont le père est mort en camp, et qui a encore suffisamment d’indépendance d’esprit pour reconnaître un grand talent. Il le lit à Khrouchtchev, qui en autorise la publication en 1960 dans Novy Mir. Le numéro est épuisé en quelques jours : on en fera un nouveau tirage à 100 000 exemplaires : Avec le moment inoubliable de la parution du n° 11 de Novy Mir, l’existence de nos jeunes générations, réduites à l’ennui dès le départ, pour la première fois, reçut un coup de tonus : réveille-toi ! regarde donc ! L’histoire n’est pas achevée ! Je rentrais de la bibliothèque à la maison et à chaque kiosque à journaux je voyais mes compatriotes demander une fois de plus le numéro déjà épuisé de la revue. Et jamais je n’oublierai un de ces hommes à l’allure sauvage, dépenaillé, qui ne savait même pas le nom de la revue, mais qui demanda à la vendeuse : « Tu sais bien, là où toute la vérité est écrite ! » Ce n’était plus l’histoire de la littérature, c’était l’histoire du pays. Sergueï Averintsev Mais les ennuis reviendront, qui verra s’établir un très nouveau rapport de force entre le système communiste et un homme de plus en plus redouté de par la puissance de sa dénonciation. Prix Nobel de littérature en 1970, il est chassé d’URSS et va s’installer aux Etats-Unis, dans le Vermont, ce qui ne fera pas de lui pour autant un chaud partisan de « l’autre » système. Lors d’un discours à Harvard en 1978, il renverra dos à dos le bazar mercantile et le bazar idéologique, y gagnant le surnom de Khomeiny de l’orthodoxie : trente ans plus tard la très sévère crise de fin 2008 redorera le blason de celui qui n’aura jamais cessé d’être un grand visionnaire. Il finira par retourner dans son pays le 20 mai 1994 et y mourra le 3 août 2008. 13 et 14 02 1945 Bombardement de Dresde : 135 000 morts, 165 000 blessés, dans une ville de 700 000 habitants. Entre la fin de 1943 et février 1945, les Alliés déversèrent sur l’Allemagne 1,27 million de tonnes de bombes : 161 villes allemandes de cent mille à plus d’un million d’habitants, parmi lesquelles Berlin, Hambourg, Dresde, Francfort, Dortmund, Cologne, furent presque totalement rasées ; quelque huit cent cinquante villages furent détruits ; six cent mille victimes civiles, dont soixante quinze enfants, furent tuées. L’organisateur de cette stratégie était Sir Arthur Harris, surnommé Bomber Harris. Les derniers défenseurs de Budapest se rendent ; ils sont presque tous fusillés ; quelques uns partent en camp en Sibérie. 23 02 1945 Joe Rosenthal photographie six soldats américains [5] hissant la bannière étoilée au sommet du Mont Suribachi, sur l’île japonaise d’Iwo Jima, au cœur du plus violent affrontement de la guerre du Pacifique. La photo va devenir icône, et Roosevelt voudra en tirer partie : il demande que les six hommes soient rapatriées pour effectuer une tournée dans le pays pour lever l’argent dont il manque tant pour la guerre. Trois sont morts dans les jours suivant la photo, les trois survivants font une tournée du pays, triomphale, et parviennent à lever 26 milliards $ en bons du Trésor. 4 au 10 03 1945 La France et l’Angleterre décident de l’évacuation du Liban et de la Syrie. 16 03 1945 En 17 minutes, 300 000 bombes incendiaires rayent de la carte la ville de Würzburg 24 03 1945 L’empereur Bao Daï proclame l’indépendance du Viet Nam. La France promet à l’Indochine l’octroi des libertés démocratiques et de l’autonomie économique. 03 1945 Anne Frank meurt dans le camp de concentration de Bergen Belsen. 1 04 1945 Les Américains débarquent à Okinawa : 23 jours plus tard, la totalité de la marine japonaise était détruite. Mais l’île ne tombera que trois mois plus tard. 4 04 1945 « Libérée », la Hongrie est un champ de ruines : 500 000 morts et autant de blessés, 1 million des « personnes déplacées » - celles qui avaient fui devant les Russes -. Enlèvement, pillage, vols, viols, exécutions sommaires deviennent le quotidien de ceux qui restent. Et pour le pays, c’est le pillage économique au profit de l’URSS. L’enseignement du Russe dans les écoles devient obligatoire. 7 04 1945 Hitler met en œuvre les solutions du désespoir : 120 avions suicides s’envolent pour attaquer les bombardiers alliés : la moitié d’entre eux meurent en touchant leurs cibles. 9 04 1945 Nationalisation d’Air France. Dietrich Bonhoeffer, pasteur protestant, Wilhelm Canaris, amiral, chef de l’Abwehr, Karl Oster, général, Hans Sack, juriste militaire, Ludwig Gehre, capitaine, impliqués dans la tentative d’attentat contre Hitler le 20 juillet 1944, sont pendus à Flossenbürg. 11 04 1945 Les soldats de la III° armée du général Patton libèrent Buchenwald. A l’occasion de la cérémonie commémorative de ce jour, Jorge Semprun se souvient : La place d’appel de Buchenwald, dans le vent glacial de l’Ettersberg - vent d’une éternité mortifère, qui y souffle éternellement, même au printemps -, est un lieu rêvé pour parler de l’Europe, tout d’abord. Car Buchenwald a été un camp nazi jusqu’en avril 1945. Les derniers déportés, des partisans yougoslaves, l’ont quitté au mois de juin de cette année. Mais, dès septembre, le camp a été rouvert sous l’appellation Speziallager n°2, camp spécial numéro deux de la police soviétique de la zone d’occupation russe. Jorge Semprun, né en 1923. Le Monde des 7 et 8 mars 2010. 12 04 1945 Roosevelt meurt. C’est le vice président Harry S. Truman, qui prend la tête de la plus grande puissance du monde. 13 04 1945 Les Russes prennent Dresde et Vienne. 15 04 1945 A l’approche des armées américaines, le camp de Floha a été évacué la veille, pour l’une de ces innombrables errances que l’on baptisera marches de la mort. Les SS font monter les prisonniers trop fatigués dans une charrette tirée par un tracteur : trente quatre Russes y montent et vingt trois Français : François Auberger y a été poussé par un kapo dont il était devenu la tête de turc ; le tracteur se dirige en lisière de la forêt de Reitzenhain, proche de la petite ville de Marienberg : les SS fusillent tout le monde : seul un jeune Russe parviendra à s’échapper. 16 04 1945 Les Russes cherchent à construire sur l’Oder des ponts flottants pour y faire passer ses chars : Hitler lance contre eux des avions suicides ; seuls deux ou trois sortiront vivants de leur mission, en se déroutant dès le décollage. 18 04 1945 Les Allemands cessent le combat à Royan. Ils tiendront Dunkerque, Lorient, Saint-Nazaire et La Rochelle jusqu’à la capitulation du 8 mai. 24 04 1945 A sa demande, Pétain traverse la Suisse pour se rendre aux autorités françaises ; interné à Paris, il a 89 ans. 25 04 1945 Russes et Américains font leur jonction sur l’Elbe, à Torgau. Certains Allemands n’avaient pas attendu que la jonction soit faite : Reinhard Gehlen était à la tête d’une organisation d’espionnage de l’URSS pour le compte des nazis ; il négocia un accord secret avec les Américains par lequel il continuerait à exercer cette activité mais pour leur compte et c’est ainsi que plusieurs centaines d’anciens nazis furent libérés des prisons allemandes pour rejoindre l’Organisation Gehlen. 28 04 1945 Mussolini est arrêté à Dongo, sur les bords du lac de Côme en compagnie de sa maîtresse Clara Petacci et quinze hiérarques fascistes : tous sont exécutés ; Mussolini et Clara Petacci sont ensuite exposés à la foule, pendus à des crocs de boucher. Qui pourrait déplorer cette exécution sommaire, qui constitue l’aboutissement logique d’une telle destinée, dont, depuis l’Antiquité, l’histoire de l’Italie, offre tant d’exemples ? René Courtin Le Monde 3 Mai 1945 A Caserte, en Italie, les Allemands signent une capitulation face aux Alliés et aux Italiens, dont les partisans avaient vu leurs rangs grossir avec les citadins, insurgés depuis quatre jours. 30 04 1945 Dans son bunker de Berlin, Hitler se suicide, après avoir ordonné que son corps soit brûlé : on retrouvera une photo de son cadavre, dont l’analyse révélera qu’elle avait été truquée, mais de cendres de cadavre… point. D’où les hypothèses, devenant vite légende, qui se mirent à fleurir sur son départ d’Allemagne à bord d’un sous marin en direction de Mare Del Plata. 04 1945 Treize nouvelles déclarations de guerre à l’Allemagne : Equateur, Paraguay, Pérou, Chili, Venezuela, Turquie, Uruguay, Egypte, Syrie, Liban, Arabie Saoudite, Finlande, Argentine. Pendant la guerre de 1939-1945, les populations du Proche-0rient montrèrent leurs antipathies envers les puissances qui les contrôlaient. Les gouvernements, plus sages, coopérèrent, avec plus ou moins de bonne volonté et finalement se rangèrent en dernière heure aux côtés des vainqueurs en faisant le geste symbolique de déclarer la guerre à l’Allemagne et même au Japon. Cette attitude sans danger n’était qu’une habile manœuvre pour pouvoir participer au Congrès international qui traiterait de la paix et faire valoir des revendications. Dès la fin des hostilités, les États du Proche-Orient posent le problème de la révision de leurs rapports avec les puissances occidentales : en Egypte ce sont des discours au Parlement, en Iran, c’est une note diplomatique ; en Syrie, de violentes manifestations. Gaston Wiet Histoire Universelle La Pléiade 1986. Tous les adhérents de cette Ligue des Etats Arabes, une fois acquise leur indépendance, feront de l’islam une religion d’Etat. 1 05 1945 Les indépendantistes algériens défilent derrière un drapeau algérien : c’est insupportable pour la France qui réprime : premiers morts. 2 05 1945 Les Russes occupent Berlin. 5 05 1945 A la nouvelle de l’arrivée prochaine des Américains, alors à Plzen, la population de Prague s’insurge ; mais un accord entre hauts commandements russe et américain - la conférence de Yalta en avait décidé ainsi - bloque les Américains, laissant les Russes arriver à Prague à marche forcée : ils y seront le 9, annonçant dans les jours suivants un régime démocratique de type nouveau. En fait, les communistes mettront trois ans pour faire de la Tchécoslovaquie une démocratie populaire.
[1] Ce n’est qu’en 2008 qu’il rendra cela publique. Saint Exupéry, l’ultime secret. Luc Vanrell. Jacques Pradel. Editions du Rocher 2008. [2] La citation est encore reprise par Eric Roussel, dans Charles de Gaulle, Gallimard 2002 [3] avec ses lapsus qui en disent bien long : ainsi, celui du procureur soviétique Smirnov qui parla un jour de l’antisémitisme excessif des Russes. [4] nom du dirigeant du parti nazi suisse, assassiné par un juif en 1936. Il avait fait de Davos un repaire nazi, où les Suisses ne se donnaient même pas la peine de sauver les apparences de la neutralité. [5] En fait, c’est la photo d’un remake qui sera faite, lorsqu’un gros bonnet, en visite sur l’île peu après la fin des combats exigera pour lui le drapeau qui flottait, planté au cœur de la bataille, pendant laquelle on ne se promenait pas avec un photographe. Poster un commentaire
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