juillet 1925 à 1929. Lindbergh. Jeudi, puis mardi noirs. Tintin.
Publié par (l.peltier) le 28 mars 2008 En savoir plus

26 07 1925                 Création de la Chambre des Métiers.

07 1925                      Nous admettons le droit, et même le devoir, des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture, et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l’industrie.

Léon Blum, à la Chambre des Députés.

Abd el-Krim s’est emparé de plusieurs postes français au Maroc et menace Fez et Taza. Lyautey, résident général au Maroc, demande des renforts à la France, qui envoie pour aider les Espagnols, 160 000 hommes sous les ordres du général Pétain. Lyautey n’apprécie pas de voir accordé à un homme qu’il n’aime pas les renforts qui lui avaient auparavant été refusés. Il demande à être relevé de ses fonctions. Abd el Krim sera acculé à la reddition à Targuist le 27 mai 1926. Ho chi Min dira de lui : il a été notre précurseur.

7 10 1925                     La revue nègre révèle Joséphine Baker.

12 11 1925                Première séance du Cuirassé Potemkine d’Eisenstein : le film rencontre un immense succès. Le pouvoir n’exercera sa censure que sur des citations de Trotski.

12 12 1925                   Riza, ancien ânier miséreux et illettré, haut de près de 2 m, massif, la moustache agressive, capitaine de gendarmerie iranienne, est parvenu à mettre à la porte de son pays Russes et Anglais. Promu rapidement maréchal, il devient constitutionnellement dictateur, tente d’établir une république, mais se voit contraint par le clergé de devenir roi : Riza Khan, qui va prendre le nom de Riza Pehlevi[1]. On lui prête des procédés expéditifs pour nettoyer Téhéran, non seulement des troupes étrangères, mais aussi des mendiants : sa police les raflait, les embarquait dans des avions et les larguait au-dessus d’un lac salé au sud de Téhéran.

1925                             Jean Moulin, directeur de cabinet du Préfet de Savoie depuis 1922, est nommé sous-préfet d’Albertville : il a vingt six ans.

Le capitaine de Gaulle est appelé au cabinet du maréchal Pétain : il devra écrire une histoire du soldat français. Plus, Pétain impose à l’Ecole de Guerre d’organiser trois conférences de Charles de Gaulle sur l’art de la guerre ; le désaccord va naître là, qui ira s’amplifiant, sur la paternité des textes produits.

Nguyên Ai Quôc - le futur Hô Chi Minh -, fonde à Canton le Than Niên : Association de la Jeunesse révolutionnaire : c’est le noyau du futur Parti Communiste Indochinois. Auparavant, il a déjà milité à Paris et Moscou.

Création du tournoi de Roland Garros, dont l’enceinte servira de camp pour les étrangers pendant la deuxième guerre mondiale : Arthur Koestler y séjourna.

Libéria : le président King fait refouler les noirs américains.

Fusée à combustion liquide , de l’américain Robert Goddard. Naissance du disque 78 tours à procédé électromécanique. Le procédé électronique sera mis au point en 1929 par l’américain Vladimir Zworykin. Les fonctionnaires obtiennent le droit de se syndiquer. On compte 25 000 taxis à Paris : 80 ans plus tard, ils ne seront plus que 15 000, malgré bien sur une considérable augmentation de la population : comprenne qui pourra ! la cherté étant fille de la rareté, ceci explique cela : en 2008, un pas de portière se négocie entre 150 000 et 200 000 € !

Les conventions de Genève établissent des règles cherchant à « encadrer » l’exercice de la guerre : la guerre chimique - essentiellement les gaz - est proscrite. Les respecteront qui voudront.

John D. Rockefeller donne onze millions $ pour sauver d’une ruine imminente le château de Versailles, le palais de Fontainebleau et la cathédrale de Reims ; il recommencera en 1927 avec 23 millions $ ; ses enfants poursuivront dans la même voie après la seconde guerre mondiale, pour sauver le Petit Trianon.

Le gouvernement mitonne un plan d’aménagement de Paris : le plan Voisin, dans le cadre duquel Le Corbusier se propose de raser la plus grande partie de la rive droite pour y construire des tours de deux cents mètres de haut : elles ne virent pas le jour et les Parisiens l’auront échappé belle ! Certains restes eurent la vie longue : ainsi de cette autoroute sur le canal Saint Martin, qui sera encore en projet sous la présidence de Georges Pompidou, et que fera passer aux oubliettes son successeur Valérie Giscard d’Estaing.

William Christophe Handy assure le lancement du Blues, issu des chants d’esclaves noirs du Sud : il a tout simplement recopié une musique entendue sur un quai de gare dans la vallée du Mississippi. Les premiers interprètes seront Count Basie, et Bill Bill Bronzy.

8 01 1926                   Ibn Saoud, prince du Nedj, rive sud du golfe persique, chef incontesté des Wahhabites, est proclamé roi du Hedjaz, du Nedj et dépendances, c’est à dire roi de ce qui va s’appeler l’Arabie saoudite : il est bien fini le temps où, fidèle vassal de l’Angleterre appointé à raison de soixante mille livres par an, Winston Churchill pouvait ironiser sur son sort à la Chambre des Communes : si l’on rémunère ainsi ce monsieur, ce n’est pas pour ce qu’il fait, mais pour ce qu’il ne fait pas.

Dans ces années-là Rashid Rida est l’acteur principal du groupement Salafiya, défenseurs de la tradition islamique en prenant une autre voie que le wahhabisme. La revue El-Manar (Le Phare) qu’il fonda, parrainât Hassan al-Banna, créateur en Egypte en 1928 de l’Association des Frères Musulmans, qui se réfugiera très vite dans la clandestinité.

Un fait est certain, et il importe d’en mesurer les conséquences : chaque musulman, quelle que soit sa position nationale, se sent solidaire de toute la communauté islamique du monde vis à vis des puissances non musulmanes. Il est peut-être un Egyptien en face d’un Syrien, mais il est avant tout un musulman en face d’un Anglais ou d’un Français. Pendant la guerre du Rif menée par Abd el Krim, jusqu’en Perse on applaudit à la ténacité de ses montagnards contre les troupes européennes.

Gaston Wiet   Histoire Universelle      La Pléiade 1986

27 01 1926                 L’Ecossais John Logie Baird transmet l’image d’une figure humaine d’une pièce à l’autre de la Royale Institution : c’est la naissance de la télévision. Deux ans plus tard, il présentera des images télévisées en couleur ; il ouvrira un studio à Londres en 1929, qui assurera les premières transmissions d’images à longue distance.

12 05 1926                 Amundsen est au pôle nord, à bord du dirigeable italien Norge, en compagnie de Umberto Nobile ; trois jours plus tôt, Richard Byrd, de la Marine américaine et Floyd Bennett, l’auraient survolé[2] à bord d’un Fokker monoplan à 3 moteurs de 200 chevaux, ne dépassant pas le 200 km/h, s’exclamant au décollage : C’est Jules Verne qui m’y emmène.

9 07 1926                  Tremblement de terre sur l’île de Santorin : deux mille maisons détruites en cinquante deux secondes !

6 08 1926                   Le capitaine de corvette Yves le Prieur présente à la piscine des Tourelles à Paris le premier scaphandre autonome pratique, qui libère l’homme de tout lien avec la surface. Il inventera le détendeur automatique en 1935. Et c’est notre grand metteur en scène, captain planet, Jacques Yves Cousteau qui s’autoproclamera l’inventeur de tout cela, daignant tout de même associer le nom de Le Prieur à « son » invention.

3 09 1926                   Le gouvernement « dégraisse » : suppression de 228 tribunaux, 218 prisons, 106 sous-préfectures, 2 préfectures maritimes, 177 casernes, et des arsenaux de Lorient et de Rochefort ; 3 sous-préfectures sont déplacées ; le nombre d’arrondissements passe de 386 à 280. On recréera quelques sous-préfectures par la suite. Toujours est-il que, de nos jours, on retrouverait le pays paralysé par une grève générale pour le quart de tout cela !

18 10 1926                  Louis Lumière présente le premier film parlant.

10 11 1926                Tout en restant Dominion du Commonwealth, le Canada devient indépendant.

11 1926                     Naissance de Match, tout d’abord hebdomadaire sportif, complément illustré de L’intransigeant. C’est Jean Prouvost, qui, plus tard, en fera un magazine d’actualité générale.

10 12 1926                Aristide Briand partage le prix Nobel de la Paix avec Austen Chamberlain et Gustav Stresemann.

20 12 1926                 Pie XI met en demeure les catholiques français de prendre leurs distances avec l’Action Française. Quatre jours plus tard, Charles Maurras, par un retentissant Non possumus[3] - Nous ne le pouvons - en première page, refuse de se soumettre.

29 12 1926                 Pie XI condamne l’Action Française. Le décret était prêt, établi depuis le 29 janvier 1914 par Pie X, mais était resté non signé.

1926                            Jean Borotra remporte pour la seconde fois le tournoi de Wimbledon, et Jeannine Lanvin crée la première maison de haute couture pour hommes. A la suite de la révolte des Druzes, la France crée une République libanaise à majorité maronite et la dote d’une constitution.

Au Mexique, les catholiques ne peuvent accepter les mesures anticléricales issues de la Constitution proclamée en 1917 : c’est la guerre des Cristeros qui va les opposer pendant trois ans à l’armée fédérale.

L’industrie automobile américaine est en pleine expansion : la Compagnie Firestone se fait concéder près d’un demi-million d’hectares au Libéria pour y planter des hévéas, concession obtenue pour quatre vingt dix neuf ans en échange d’un prêt de cinq millions $, qui vient assainir les finances du pays. Elle fera la pluie et le beau temps dans le pays au point de le faire échapper quatre ans plus tard à une tutelle de la SDN à la suite d’un scandale sur des ventes de main d’œuvre à Fernando Po.

Maurice Edmond Sailland, alias Curnonsky, fameux gastronome français, a gardé un souvenir ému d’un repas au Terminus de la Motte Beuvron, en Sologne, clos sur une magnifique tarte Tatin : il en parle dans La France Gastronomique, où il lui a pris une envie de sortir des sentiers battus et de raconter un gentil bobard sur l’origine de cette tarte : ainsi, Stéphanie Tatin, en l’an 1898, par un soir de grande presse aurait laissé tomber une tarte et l’aurait remis rapidement dans son plat, comme cela venait, c’est à dire, d’abord les pommes, puis la pâte ; re-cinq minutes de four, et l’aurait servi telle quelle aux clients puisque la presse ne diminuait pas : ils en auraient redemandé, et pour longtemps… Se non e vero, e ben trovato. Et la réputation des Sœurs Tatin, décédées depuis un certain temps, mais aussi du Terminus, toujours vivant, de régionale, devint nationale. En fait, la recette consiste à cuire une tarte normalement, très abondamment beurrée et sucrée ; avant la fin de la cuisson, on sort pour mettre une autre pâte sur le dessus ; on enfourne à nouveau cinq minutes et on sert en renversant le tout sur un plat.

Megève continue à susciter l’enthousiasme :

Quelle magnifique vision que ce bassin de Megève hivernal ! Une nef immense, pure de proportions, toute feutrée de blanc, élève ses parois en courbes régulières jusqu’à des crêtes flexueuses. Dans le fond, l’Arly naissant, incertain, qui se décide paresseusement à couler vers l’Isère. On ne le devine d’ailleurs que par un sillon à peine moins blanc sur le plateau uniforme. Les maisons du village sont toutes tassées. A peine si, de loin, on distingue leurs pignons encapuchonnés. Seul, ressort le clocher métallique. La neige trompeuse semble vouloir égaliser tout le terrain. Mais, à regarder mieux, on distingue des vallons, des mamelons, des contreforts. C’est le Mont d’Arbois, les belles arêtes du Joly, les pentes du col de Sion. Dans une échancrure, on aperçoit le Mont Blanc et le Dôme de Miage.

Sur la place, un grand mouvement d’autos, de chenilles, de skieurs. Il est agréable de monter, à pied, par le sentier du calvaire, l’œuvre énorme du curé Martin Ambroise, si expressive dans sa facture naïve et gauche ; puis c’est l’émoi de la pleine neige, une infinie variété de courses pour toutes les forces. J’eus le plaisir d’être conduit par M. Gagnebin, qui fit l’aménagement avec tant de science sportive.

« Voyez, me disait-il, nous avons ici une seconde Engadine. Oui, j’entends : moins vaste que celle des Grisons. Mais c’est la même disposition de pentes, sans ruptures et sans à-pics ; la même variété de pistes et de courses ; la même ampleur, le même charme de paysages. Ici, comme là-bas, nous avons un terrain absolument rêvé pour le ski. Je connais toutes les stations françaises, et puis vous dire que l’endroit est absolument unique. »

Paul Guiton. Au cœur de la Savoie. Editions J. Rey B. Arthaud, Editeur. Grenoble. 1926.

8 03 1927                   Pie XI refuse aux membres de l’Action Française l’accès aux sacrements : le mouvement va s’en trouver considérablement diminué. Georges Bernanos sera du nombre des partants, qui finira par écrire :

La France maurassienne est aussi creuse, aussi vide que son catholicisme sans Christ, son Ordre catholique sans grâce.

Georges Bernanos               Scandale de la Vérité.

Marcel Bleustein Blanchet crée l’agence de publicité Publicis, remplaçant la réclame par la publicité.

7 04 1927                      Abel Gance projette Napoléon sur triple écran à l’opéra.

12 04 1927                 Les nationalistes du Kouo-min se livrent à un massacre sur les communistes à Shangaï.

10 05 1927                 Nungesser et Coli ont décollé la veille de France à bord de leur hydravion L’Oiseau Blanc, pour traverser l’Atlantique. Le 10 au matin le quotidien La Presse leur consacre sa première page :

Les heures d’or de l’aviation française :
Nungesser et Coli ont réussi.
Les émouvantes étapes du grand raid.
A 5 heures, arrivée à New-York      
etc… etc…

Malheureusement, tout est faux : Nungesser et Coli ont disparu dans l’Atlantique Nord

Le respect de la preuve avait cédé aux dérapages encouragés par les plus grands journalistes, tel ce conseil de William Randholf Hearst, magnat américain de la presse, qui répétait à ses journalistes : Surtout ne sacrifiez jamais une belle histoire à la vérité ; et c’est encore ce que dit un proverbe hindou : Dites-nous des choses qui nous plaisent et nous vous croirons.

Quand on veut à tout prix griller les confrères… La Presse ne s’en relèvera pas.

21 05 1927                 Charles Augustus Lindbergh - il a 25 ans -, traverse l’Atlantique, de New York au Bourget, à bord du Spirit of St Louis : 33h 32′ de vol pour couvrir 5 800 km, ce qui fait 173 km/h. Il est le premier à le faire en solitaire, et ceci lui permettra d’empocher les 25 000 dollars du prix Raymond Orteig, fondé bien des années plus tôt. Il survole l’Irlande et le triomphe est assuré à Paris, qu’il parvient à repérer de nuit grâce à la publicité qu’André Citroën s’est offert sur les flancs de la Tour Eiffel ; il se pose au Bourget - ce n’est qu’un champ -, à la lumière du seul phare existant. Le garçon a de l’expérience : assurant l’acheminement aérien du courrier aux Etats Unis, il a déjà eu à s’extirper par deux fois de son avion pour sauter en parachute. Il a fait confectionner son avion sur mesure, ayant été le premier à envisager un tel vol en solitaire. Il dispose du tableau de bord le plus perfectionné de l’époque ; mais malgré tout, les conditions de vol sont à proprement parler ahurissantes par rapport aux normes que l’on voit en vigueur aujourd’hui. Pas de parachute : ce sera autant de poids en moins, il a même refusé d’emporter du courrier ; pas de radio bien sur, pas de visibilité directe : il avait devant lui un réservoir, donc il avait fait monter l’équivalent d’un périscope. Pour estimer la direction du vent, il descendait au raz des vagues pour voir la direction des embruns. Mais comme cela a failli lui faire toucher un cargo, il remonte, trouvant alors le froid et l’humidité : la combinaison des deux donne du givre et le givre, c’est du poids sur les ailes et la carlingue ; le givre, c’est peut-être ce qui a coûté la vie à Nungesser et Coli dix jours plus tôt. Tout cela est trop dangereux, et il fait demi-tour. Et puis après tout, le givre ne s’épaissit pas tant que cela et ne doit pas représenter un vrai danger : il suffira de contourner systématiquement tous les nuages, ainsi, pas de givre du tout… et de nouveau demi-tour pour repartir vers l’est. De temps en temps, il s’offrait quelques minutes de sommeil, et l’avion traçait sa route alors sans pilote.

10 06 1927                 On trouve déjà des hommes pour parler de décolonisation :

Nous n’admettons pas qu’il existe un droit de conquête, un droit du premier occupant au profit des nations européennes sur les peuples qui n’ont pas la chance d’être de race blanche ou de religion chrétienne. Nous n’admettons pas la colonisation par la force (…). Nous aurons accompli ce que vous appelez notre mission civilisatrice le jour où nous aurons pu rendre les peuples dont nous occupons les territoires à la liberté et à la souveraineté.

Léon Blum                 Discours à la Chambre des députés.

25 06 1927                 Léon Daudet, incarcéré à la Santé pour ses propos lors de l’enquête sur la mort de son fils, s’évade : il a suffi pour cela que ses amis de l’Action Française téléphonent en se faisant passer pour des fonctionnaires du ministère de la Justice, demandant sa levée d’écrou, et il sort par la porte. Il ira s’installer avec sa femme à Bruxelles.

22 08 1927                 Aux Etats-Unis, les anarchistes Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti meurent sur la chaise électrique : ils viennent de passer sept ans en prison pour un meurtre qu’ils ne cessèrent de nier : à la suite de la mort suspecte de leur compagnon Andrea Salsado au printemps 1920, ils avaient décidé de porter une arme et s’étaient fait arrêter dans un tramway de Brockton, dans le Massachusetts. On leur mettra sur le dos l’assassinat de deux convoyeurs de fond. L’indignation fera le tour du monde. En France les verriers d’Albi laissent s’éteindre les fours, des échauffourées à Paris donnent lieu à des coups de feu, une bataille rangée se livre sur les grands boulevards.

Fils, au lieu de pleurer, sois fort pour être capable de consoler ta mère. Emmène la faire une grande promenade dans la campagne pour ramasser des fleurs sauvages. (…) Mais, souviens-toi toujours, Dante, dans le jeu du bonheur, il ne faut pas garder tout pour soi. (…) Aide les persécutés et les victimes parce que ce sont tes meilleurs amis. (…) Dans cette lutte qu’est la vie, plus tu aimeras, plus tu seras aimé.

Nicola Sacco à son fils Dante

Adio o mio compagna
O miel figli, o miel amici
Addio mamma
Viva l’Anarchia
Grazie a voi per tutto
Nicola Sacco 

Desidéro repitere a voi che io sono innocente
Gamai mi macchiai di alcun delitto
Quello che avete fatt per me
Perdono a quelgli uomini
Per cio’ che in questo
Momento mi si fa
Bartolomeo Vanzetti

25 08 1927                       Le conducteur de la locomotive du Montenvers de Chamonix se trompe de manette pour freiner, actionnant celle de la marche avant : le train déraille et tombe dans un ravin, faisant plus de vingt victimes. Chaque voiture ayant son autonomie de freinage, cela permit à la dernière de s’arrêter avant la chute. Néanmoins les procédures de sécurité furent revues.

14 09 1927                Isadora Duncan, star américaine de la danse, se tue accidentellement au volant de sa voiture de course à Nice : l’écharpe qu’elle portait autour du cou s’était prise dans une roue, et, la tirant toujours, son corps bascula et finit par tomber sur la chaussée de la promenade des Anglais. On la releva abîmée, couverte de poussière et de sang.

Petit Parisien 15 septembre 1927

15 10 1927                 Un grondement ébranle le désert près de Kirkouk, dans le nord de l’Irak : c’est le pétrole qui jaillit du puits n°1 Baba Gurgur, si abondant qu’il faut recruter à la hâte sept cents hommes pour endiguer le flot, et éviter ainsi qu’il gagne Kirkouk.

10 12 1927                   Henri Bergson reçoit le prix Nobel de littérature.

1927                             Première victoire française en Coupe Davis : Borotra, Brugnon, Cochet et Lacoste, fondateur de la chemise au crocodile.  La France ne jure que par Félix Potin :

Entre les deux guerres, les consommateurs reviennent au commerce de proximité. Félix Potin s’adapte et développe un réseau de boutiques qui rivalisent avec les tout nouveaux magasins à prix unique. La fidélité à l’entreprise est récompensée. Aux commis qui épousent des caissières, on confie des concessions dans chaque département : Potin invente la franchise. La vente par correspondance bat son plein. Potin est un art de vivre. On s’arrache les catalogues pour les fêtes de fin d’année [foie gras, chocolat, vins fins, champagnes]. Pour les reste, on y trouve de tout. Des brosses à habit, à dents, à chapeaux, à tête, à ongles, des balais à semelle montés à la ficelle, en chiendent, en coco, en pissava, en fibre d’Espagne… En 1923, le groupe compte 70 succursales… On paie des allocations familiales prénatales, viagères pour les personnels de plus de trente ans d’ancienneté, on donne aussi une prime au mariage.

Jean-Michel Dumay             Le Monde Magazine 7 août 2010

Les adeptes d‘A Muvra se regroupent dans le Partitu Corsu autonomistu.

L’architecte Robert Mallet Stevens réagit contre le modern style, en mettant en avant la fonctionnalité. Kenneth John Conant est professeur d’Histoire ancienne dans une université américaine : il a le coup de foudre pour les ruines de Cluny et va leur consacrer le reste de sa vie : cinquante ans . Ses travaux, même s’ils peuvent prêter à critique pour quelques détails, seront pour le principal d’un inestimable et immense intérêt : il est parvenu à reconstituer le plan d’ensemble de Cluny III.

Le gouvernement de Washington passe commande à Gutzon Borglum pour sculpter dans un site naturel les têtes des présidents Georges Washington, Thomas Jefferson, Abraham Lincoln et Théodore Roosevelt. Le site choisi est une montagne de granit, le Mont Rushmore, dans les Black Hills du Dakota du sud. L’ouvrage sera terminé en 1941, avec l’aide de Borglum fils ; chaque tête mesure à peu près dix-huit mètres de haut. Un des hauts lieux du tourisme / pèlerinage américain.

Les écluses d’Ijmuiden permettent aux navires de gros tonnage d’entrer à Amsterdam.

Pratiquement cent ans après Michelet, Paul Valery reprend une définition de la France, et il ne s’éloigne que très peu du premier :

La France est peut-être le seul pays où des considérations de pure forme, un souci de la forme en soi, aient persisté et dominé dans l’ère moderne. Le sentiment et le culte de la forme me semblent être des passions de l’esprit qui se rencontrent le plus souvent en liaison avec l’esprit critique et la tournure sceptique des esprits (…). Le chef d’œuvre littéraire de la France est peut-être sa prose abstraite, dont la pareille ne se trouve nulle part.

Bien loin de la légèreté française face aux bruits de botte, un juriste américain dit sa sagesse… Ce Tâchez d’être heureux est à peu près aux Si de Kipling ce qu’Athènes était à Sparte. Il est très probable que Max Ehrmann a lu Kipling : à dix sept ans d’écart, les veines des deux textes sont très proches… Ehrmann s’est peut-être dit : décidément, ces British ont la nuque bien raide, et la morale victorienne y est un peu trop présente ; mettons y un peu de la première des charités, celle qui consiste à s’aimer soi-même, et cela devrait mieux convenir au peuple américain.

Ce texte est repris sur bien des sites internet, - Desiderata - souvent avec l’erreur due à un banal qui-proquo, le disant trouvé dans la cathédrale Saint Paul de Baltimore en 1692. Auteur anonyme.

Les nécrosés du cœur, les pisse-vinaigre se gobergeront en parlant de littérature de cuisine, affichée sur les frigidaires, à coté des post-it de courses ou des penses à donner à manger au chat, toujours est-il que cela donne quelques bonnes raisons de se tenir debout, serein.

Faites attention, tâchez d’être heureux.
Allez paisiblement votre chemin à travers le bruit et la hâte
Et souvenez-vous que le silence est paix.
Autant que faire se peut et sans courber la tête, soyez amis avec vos semblables ;
Exprimez votre vérité calmement et clairement ; écoutez les autres,
Même les plus ennuyeux ou les plus ignorants.
Eux aussi ont quelque chose à dire.
Fuyez l’homme à la voix forte et autoritaire ; il pèche contre l’esprit.
Ne vous comparez pas aux autres par crainte de devenir vain ou amer
Car toujours vous trouverez meilleur ou pire que vous.
Jouissez de vos succès mais aussi de vos projets.
Aimez votre travail aussi humble soit-il car c’est un bien réel dans un monde incertain.
Soyez prudent dans vos affaires, car le monde est plein de fourberies.
Mais n’ignorez pas que la vertu existe
Que beaucoup d’hommes poursuivent un idéal et que l’héroïsme n’est pas chose si rare.
Soyez vous-même et surtout ne feignez pas l’amitié :
N‘abordez pas non plus l’amour avec cynisme
Car malgré les vicissitudes et les désenchantements
Il est aussi vivace que l’herbe que vous foulez.
Prenez avec bonté le conseil des années, en renonçant avec grâce à votre jeunesse.
Sachez que pour être fort vous devez vous préparer
Mais ne vous chagrinez pas avec vos chimères.
De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude.
Au-delà d’une sage discipline, soyez doux avec vous-même.
Vous êtes un enfant de l’univers, pas moins que les arbres et les étoiles.
Vous avez le droit d’être ici.
Quelle que soit votre opinion, l’univers va sans doute comme c’était prévu.
Soyez donc en paix avec Dieu, quel qu’il puisse être pour vous ;
Et quelle que soit votre tâche et vos aspirations.
Dans le bruit et la confusion, gardez votre âme en paix.
Malgré les vilenies, les galères, les rêves déçus
Le monde est pourtant beau.
Faites attention.
Tâchez d’être heureux.

Max Ehrmann, juriste de Terre Haute, dans l’Indiana.

2 04 1928                      Création de Danton Police, qui deviendra Police Secours.

5 04 1928                   Naissance des assurances sociales au profit des salariés dont le revenu est inférieur à un certain plafond : maternité, vieillesse, invalidité et maladie sont couvertes. L’évolution du régime social de cette époque tient pour une bonne part au fait que l’Alsace et la Lorraine étant redevenues françaises à la fin de la guerre, il était difficile, voir impossible de leur enlever les assurances sociales bismarckiennes dont elles avaient bénéficié entre 1870 et 1918 ; dès lors, c’est l’ensemble du pays qui devait bénéficier de ce régime.

16 04 1928                 Romain Rolland écrit à Gandhi

Villeneuve (Vaud) Villa Olga

Cher ami

Je ne suis pas, comme vous, un homme dont la force intérieure se réalise dans l’action - (bien que mon action soit toujours fidèle à ma pensée) - Mais l’essence de ma vie est dans une pensée. Penser vrai, penser libre, est mon besoin impérieux, ma nécessité vitale, et le rôle qui m’a été assigné. Je n’ai jamais cessé de m’y efforcer.

Ce besoin de connaître, de comprendre - (et on ne peut comprendre sans aimer) - cet effort perpétuel vers la vérité répond chez moi à un instinct religieux, très profond, longtemps obscur, puis clair-obscur, qui est devenu toujours plus lumineux. Plus je m’approche de ma fin individuelle, plus je me sens plein de Dieu. Et je le réalise tout particulièrement dans le beau et le vrai. Je sais qu’Il est bien au-delà. Mais là je le touche, je le goûte, je respire son souffle.

Ainsi, mon champ divin (si je puis dire ainsi) est, peut-être, différent du vôtre, quoiqu’ils soient contigus. Mais ils appartiennent au même Maître. Ils sont sa chair. Si grande que serait ma joie de vous voir et de vous parler, je persiste à croire que ce ne serait pas juste et bien que vous vinssiez en Europe pour cela.

Mais il serait juste et bien que vous vinssiez en Europe pour vous mettre en contact avec une jeunesse Européenne, qui a besoin de votre aide, de votre conseil et de votre lumière.

Et il est nécessaire - dans tous les cas (soit que vous veniez, soit que vous ne veniez point) - il est indispensable que vous fixiez d’une façon absolument nette, précise, et définitive, pour le monde qui vous écoute, votre doctrine, votre foi sur la question de la guerre et de la Non- Acceptation.

Nous sommes tous deux assez âgés, et notre santé est menacée; nous pouvons disparaître, d’un jour à l’autre. Il importe que nous laissions à la jeunesse du monde, qui aura à porter le redoutable fardeau du demi-siècle qui vient, un testament précis, qui puisse lui servir de règle de conduite. Je vois s’amasser sur elle des épreuves terribles. Ce n’est plus pour moi un doute que ne se prépare une ère de destruction, une époque de guerres mondiales, auprès desquelles toutes celles du passé n’auront été que des jeux d’enfants - la guerre chimique, qui anéantira des populations. Quel bouclier moral offrirons-nous à ceux qui devront faire face au monstre, auquel nous aurons échappé ? Quelle réponse immédiate au Sphinx meurtrier, qui n’attend point ? Quel mot d’ordre ?

Veuillez croire à ma respectueuse affection.

18 05 1928                 La première locomotive électrique franchit le tunnel du Somport, pour venir inaugurer à Canfranc, sur le versant espagnol, une très belle et très grande gare internationale qui aurait dû gérer le trafic ferroviaire important que ne devrait pas manquer d’entraîner l’ouverture du tunnel du Somport. Elle fait environ deux cents mètres de long, dans une belle architecture XIX°. Le trafic France Espagne ne sera jamais à la hauteur de ce très important investissement, - en 1970 un train dérailla, un viaduc s’écroula … et la SNCF ne jugea pas utile de reconstruire -. En conséquence de quoi le trafic cessa . Les erreurs de prévision pouvaient déjà coûter très cher. En 1999, les Espagnols maintiennent en service deux ou trois pièces, le reste, à l’abandon, va tout doucement à la ruine.

8 06 1928                   L’armée nationale de Chiang Kai-shek entre à Pékin, marquant en principe le rétablissement de l’unité rompue depuis douze ans. Mao Zedong a choisi de transférer le combat révolutionnaire des villes aux campagnes : il est alors installé dans le Jiangxi, - à mi-chemin entre Nankin et Canton - où il cherchera à distribuer aux paysans pauvres la terre des riches. Il a alors trente cinq ans et pour tout diplôme un brevet d’instituteur.

18 06 1928                 Roald Amundsen (il a alors cinquante six ans) disparaît à bord d’un Latham Oz, ainsi que les quatre hommes de l’équipage : les lieutenants de vaisseau Guilbaud, de Cuverville, le chef mécanicien Brazy et le radio Valette. Cet hydravion français était équipé de deux moteurs Hispano Suiza refroidis à l’eau (ce qui n’était sans doute pas le meilleur choix, mais peut-être le seul possible), était parti à la recherche de Nobile[4], dont le dirigeable Italia, après avoir survolé le pôle le 23 mai, s’était abîmé sur la banquise le 28 : le choc rompit les attaches de la nacelle où se trouvait Nobile et neuf hommes, et, allégé, le dirigeable se redressa et repartit vers le ciel, emportant les hommes restant. Un émetteur radio rescapé permit d’envoyer des messages de détresse et, quand l’un d’eux fût capté, une véritable armada se mît à la recherche des rescapés, qui disposaient de 75 kg de vivres, et d’une tente de 4 places : seize navires (dont le Pourquoi Pas ? de Charcot), vingt et un avions et mille cinq cents hommes. Six jours après la disparition d’Amundsen, le 24 juin, un petit avion, guidé par le repérage antérieur d’un autre, trop gros pour se poser, piloté par le suédois Einar Lundborg repéra la tente rouge de Nobile et réussit à se poser sur la banquise, pour ne repartir qu’avec lui.

A partir de là, les récits divergent nettement, selon les préférences politiques : Nobile avait des sympathies communistes marquées, et la chose ne pouvait pas être bien vue quand cela se passe sous un régime fasciste :

  • Pour les uns, il a été évacué le premier à sa demande, car il aurait été assuré sur la vie à la Lloyd pour une très forte somme.

  • Pour les autres, c’est contre son gré qu’il aurait été évacué par cet avion en priorité, et il aurait ensuite tout tenté pour organiser les secours à porter à ses compagnons. L’avion qui partit chercher les autres manqua son atterrissage et son pilote vint rejoindre les rescapés. Ce n’est que le 11 juillet que les survivants furent secourus : on comptait sept morts : l’un des trois partis chercher du secours et les six repartis, malgré eux avec l’Italia allégé.

A Rome, ceux qui guettaient l’occasion d’abattre cet homme aux sympathies « ennemies » se déchaînèrent et lui firent un procès « stalinien », l’accusant de toute la responsabilité du drame : Nobile fût mis aux arrêts, puis cassé : sa chaire d’université lui fût retirée et il s’exila en URSS jusqu’en 1936 ; il partira ensuite aux Etats-Unis et reviendra en Italie à la fin de la guerre où il sera élu député, sans le rester longtemps et retournant rapidement à ses études.

25 06 1928                 Poincaré, président du Conseil, fixe le franc à un cinquième de sa valeur de 1913. La convertibilité en or, rendue impossible par la guerre, est de retour : c’est le Franc Poincaré : 65.5 mg d’or à 90%. Il n’était alors pas simple de gérer les finances du pays, avec une Banque de France encore dans la sphère du privé, dont le conseil d’administration était aux mains des fameuses 200 familles les plus fortunées de France.

12 08 1928                           Mohammed El Ouafi - il est français -  gagne le marathon des 9° Jeux Olympiques d’Amsterdam. Virginie Hériot, 38 ans, est médaillée d’or dans l’une des épreuves de voile, à bord d’Aile VI. Héritière des Grands Magasins du Louvre, il ne lui manquait qu’une particule qu’elle gagnera en épousant le Vicomte François Marie Haincque de Saint Senoch. Tous deux sont amoureux de la mer. Elle le restera,  mais pas de son homme dont elle divorcera onze ans plus tard. Régate après régate elle se constitue un brillant palmarès de skipper, soutient le Yacht Club de France, offre des monotypes aux élèves de l’Ecole Navale, donne des conférences, publie. Georges Leygues, ministre de la marine parlera d’elle comme de l’ambassadrice de la marine française ; le poète Rabindranâth Tagore la surnomme Madame de la Mer.

31 07 1928                 Américains, Français - Compagnie Française des Pétroles, future Total -,  Anglais - Anglo-Persian, future BP, et  la Hollande - Shell -, prennent chacun 23.75% de l’Irak Petroleum Company qui a succédé à la TPC - Turkish Petroleum Company. Ils conviennent qu’ils ne se feront pas concurrence à l’intérieur des frontières de l’ancien empire turc. Les 5 % restant vont, comme auparavant, à Calouste Gulbenkian. L’accord tiendra jusqu’en 1943.

1 10 1928                 Eugène Freyssinet et Jean-Claude Séailles inventent le béton précontraint, aux propriétés de résistance et d’élasticité beaucoup plus grande que le simple béton armé.

2 10 1928                   José María Escrivá de Balaguer, jeune prêtre aragonais de 26 ans, fonde l’Opus Dei : soixante dix ans plus tard, l’organisation compte quatre vingt six mille membres. Il sera canonisé par Jean-Paul II en 2002.

1 11 1928                   Joseph Kessel fonde l’hebdomadaire Détective. Il aura les plumes de Siménon, Mac Orlan, Fargue, Morand. Premier tirage retentissant : 340 000 exemplaires.

24 11 1928                  Création du Boléro de Ravel.

A l’issue du concert, une femme s’écrie : au fou !

Ravel enchaîne : Celle-là, elle a tout compris.

Il répète dix sept fois le même thème d’une minute, en se disant : des fois que cela marcherait aussi bien que pour La Madelon ?

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Mon premier Boléro à moi était vert, fougueux, plein de jeunesse. C’était une première couche. Je l’ai donné à l’Opéra de Paris. J’étais paniquée. Et très triste, car je n’avais été distribuée qu’une seule fois. Je ne me doutais pas que je le danserais 200 fois, dont 150 représentations avec le Tokyo Ballet. La chorégraphie demande de la force, de la stamina. Deux mêmes mesures sont répétées 169 fois jusqu’au crescendo final. Musique lancinante, hypnotique qui, bien qu’elle ne dure que dix-sept minutes, fait perdre la mémoire et le fil. Perché sur la table, en pleine lumière, avec le noir tout autour, le soliste se sent tel l’animal pris dans des phares.

Et un jour, il y a un passage. Quelque chose d’intime se faufile entre vous, le rôle et les garçons qui font cercle. On commence à comprendre qu’il faut ramasser, collecter la force de ces hommes pour atteindre une sorte de nirvana qui est induit par la répétition de la musique et du mouvement, agissant comme un mantra. On se sent semblable à une déesse de l’énergie qui redistribue la puissance et sème la fertilité.

Sylvie Guillem           Le Monde 2     28 juin 2008

Je sais ce que signifiait pour sa génération cette phrase répétée, serinée, imposée par le rythme et le crescenco. Le « Boléro » n’est pas une pièce musicale comme les autres. Il est une prophétie. Il raconte l’histoire d’une colère, d’une faim.

[…] Le silence qui suit la violence des dernières mesures est terrible pour les survivants étourdis.

Jean-Marie Le Clezio           Ritournelle de la faim    Gallimard 2008.

Aux Etats-Unis, le succès de la radio la fait participer à la folie boursière :

Vers la fin des années 1920, les Américains voient l’avenir en rose. L’économie tourne à plein régime depuis la fin de la guerre et rien ne semble pouvoir s’opposer à la poursuite du miracle. Voulant profiter de l’aubaine, des millions d’épargnants ont investi toutes leurs économies dans les valeurs boursières, dont les cours n’ont cessé de grimper depuis 1923.

Au début de 1928, c’est carrément l’euphorie. Pendant dix-huit mois, la Bourse de New-York va connaître une folle activité… mais c’est une activité nouvelle, la radio, qui attire le plus massivement les spéculateurs en raison des formidables perspectives commerciales qu’elle semble ouvrir. La preuve : l’action Radio Corporation of America (RCA) est le titre le plus échangé à Wall Street pendant l’année 1929.

… diffusées en novembre 1920 à partir de l’usine Westinghouse de Pittsburgh, les premières émissions commerciales étaient essentiellement consacrées à des programmes musicaux. Les responsables de cette station pionnière, baptisée KDKA, avaient ensuite introduit de nouveaux éléments dans leurs soirées en incluant la retransmission de pièces de théâtre, de concerts, de reportages sportifs, de commentaires boursiers ou encore de discours présidentiels … le tout entrecoupé de messages vantant les qualités des appareils vendus sous la marque Westinghouse… Les statistiques font apparaître à cette date une poussée des ventes tout à fait spectaculaire avec 100 000 récepteurs écoulés en 1922, 250 000 en 1923, 1,5 million en 1924 et 2 millions en 1924, le chiffre d’affaires passant en quatre ans de 60 à 430 millions de dollars. … résultat de cet engouement : les cours boursiers s’envolent jusqu’à des niveaux records. A 114 dollars, l’action RCA représente 73 fois le dividende distribué.

Bernard Kapp. Quand Wall Street spéculait sur la radio. Le Monde 14 mars 2000

4 12 1928                   A onze mois d’une crise sans précédent, la Maison Blanche n’est pas vraiment habitée par la lucidité :

Jamais le Congrès des Etats-Unis réuni pour dresser l’Etat de l’Union n’a été conforté à des perspectives plus souriantes qu’aujourd’hui… Les immenses richesses créées par nos entreprises et notre industrie, mais aussi épargnées par notre économie, ont été réparties de la manière la plus large au sein de la population et ont été canalisées en un flux régulier au service de la charité et des affaires du monde. Les conditions de vie ont franchi le cap de la nécessité pour entrer dans la région du luxe. La production toujours plus grande est absorbée par une demande intérieure croissante et un commerce extérieur en expansion. Le pays peut considérer le présent avec satisfaction et envisager l’avenir avec optimisme.

Calvin Coolidge, président des Etats-Unis.    Message au Congrès

10 12 1928                 Le Nobel de médecine va à Charles Nicolle, directeur de l’Institut Pasteur de Tunis, pour ses travaux sur le typhus.

1928                           Alexander Fleming découvre la pénicilline, qui ne pourra bénéficier aux malades que beaucoup plus tard, lorsque l’Australien Howard Florey pourra en obtenir un concentré, en 1941. Mais en 1999, un anglais très « fair-play » assurera avoir les preuves que cette paternité revient à Ernest Duchesne, jeune médecin qui, à vingt trois ans, en 1897, soutint une thèse intitulée Contribution à l’étude de la concurrence vitale chez les micro organismes, thèse qui ne sortit de l’oubli qu’en 1949 !

Première maison en verre et acier, de P. Chareau, dans la rue St Guillaume. Premier porte-avion français : le Béarn, un ancien cuirassé transformé au chantier naval de la Seyne.

Création d’une école de ski qui formera les éclaireurs skieurs du 27° BCA ( Bataillon de Chasseurs Alpins) d’Annecy.

Le troisième système d’immatriculation des véhicules à moteur, prévoit, toujours sur plaques noires, des chiffres de série suivis d’une immatriculation départementale avec codes départementaux par lettres, qui pouvaient être suivies d’un autre chiffre de série. L’Hérault était immatriculé GP, le Gard FN, l’Aude BT, la Lozère JZ, les P-O NT

Le maréchal Lyautey reviendrait bien volontiers à une France sans pays d’Oc :

Au moment où la guerre tournait mal, en 1917, je me disais : s’il faut refaire une grande Lotharingie allant de la Suisse à la mer du Nord et englobant la Franche Comté et la Lorraine, ne m’y trouverais-je pas très bien ? Je n’aime pas le drapeau tricolore, je n’aime que le drapeau lorrain ! Je me sens chez moi dans toute la vallée du Rhin, à Mayence, à Cologne, parce que je suis Franc. Je ne me sens pas bien à Béziers…

Maréchal Lyautey, à Jean de Pange

L’URSS décide d’attribuer aux Juifs le district de Biro-Bidjansky, à la frontière de la Chine du nord-est. Il en vint tout de même quelques milliers des Etats-Unis et d’Amérique du sud. L’affaire sera même officialisée en 1934, avec la création de la Région Autonome juive du Birobidjan, avec pour langue officielle le yiddish. Mais cela ne suffira pas à faire prendre la mayonnaise : en 1939, le Birobidjian ne comptera que dix huit mille Juifs sur cent neuf mille habitants : un climat très dur et une énorme gabegie auront raison du projet.

10 01 1929                 Hergé (RG, pour Rémi Georges) crée le personnage de Tintin, dans Tintin au pays des soviets, qui sera édité à 500 000 exemplaires. La série complète des aventures  de Tintin totalisera 220 millions d’exemplaires. De Gaulle lui rendra hommage : Il est mon seul rival international, mais il le fera aussi pour Vercingétorix, le premier résistant de notre race.

11 02 1929                 Le pape Pie XI et le gouvernement italien de Mussolini normalisent leurs relations par les accords de Latran, qui abrogent la loi des Garanties de 1871 et reconnaissent la souveraineté papale sur l’Etat du Vatican ; ils sont assorties d’une convention financière et d’un concordat religieux.

14 02 1929                 Etant parvenu à acheter juges et policiers de Chicago, Al Capone s’est rendu quasiment maître de Chicago. Ses affaires sont florissantes grâce au contournement de la loi sur la Prohibition. La proximité de Chicago avec le Canada permet un approvisionnement facile en alcool.  Il lui reste encore à se débarrasser de la bande d’Irlandais rivaux, emmenés par Bugs Moran, ce qu’il fait en abattant ses lieutenants : c’est le massacre de la Saint Valentin. Tout cela n’empêche nullement le bonhomme de jouir d’une grande popularité, c’en est même la cause, à telle enseigne que les producteurs d’Hollywood lui demanderont de jouer son propre rôle à l’écran ! Il faudra toute l’obstination d’Eliot Ness pour l’envoyer derrière les barreaux en 1931 : en dépit d’un train de vie fastueux, le bonhomme n’avait jamais payé d’impôts !

02 1929                        L’Orient Express, reste bloqué par la neige pendant 5 jours à 130 km d’Istanbul.

2 06 1929                 René Lacoste gagne le tournoi de Roland Garros, Cochet et Borotra celui de Wimbledon un mois plus tard, et la France la Coupe Davis, fin juillet, pour la troisième fois !

27 06 1929                 Réforme pénale en URSS : les détenus condamnés à une peine égale ou supérieure à trois ans seront transférés dans des « camps de travail » : le nombre de détenus soumis au travail forcé explose : 180 000 en 1930, 520 000 en 1933, 1 800 000 en 1938, 2 400 000 en 1941 ! La criminalisation des petits délits est ahurissante : quelques épis de blé pris dans un champ collectif : dix ans de camp !

3 10 1929                   Constitué dès 1918, le royaume des Serbes, Croates et Slovènes prend le nom de Yougoslavie. Alexandre I° en est le roi depuis 1921 et le restera jusqu’à son assassinat à Marseille en 1934 par un oustachi croate.

18 10 1929                    Le commandant Charles de Gaulle est nommé au Liban : - vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples [Mémoires de Guerre - Lorient] ; il loge à la Résidence des Pins de Beyrouth, où il va s’ennuyer ferme pendant 3 ans, ne goûtant pas les joies des courses de chevaux qui se tiennent à l’hippodrome voisin : c’était bien la peine d’être dans la cavalerie !

24 10 1929                 Jeudi noir à Wall Street : 13 millions de titres sont vendus quand la moyenne quotidienne de vente des titres tourne autour de 4 millions.

26 10 1929                   Hitler organise un meeting de protestation contre le plan Young.

29 10 1929                  Mardi noir à Wall Street : 16 millions de titres sont bradés : les cours s’effondrent.

Les causes principales sont à rechercher dans la surproduction liée à l’achèvement de la reconstruction et à l’émergence de nouvelles capacités de production ; la demande ne pouvait suivre les capacités de production : la spéculation suivit la surproduction. La crise s’étendra au monde entier en huit mois. Même s’il n’y a qu’un million d’Américains sur 123 directement concerné par cet effondrement des cours de la Bourse, la vitesse de propagation de l’incendie va rapidement entraîner celle des 122 autres millions qui n’avaient même pas de quoi jouer à ces jeux-là.

La production industrielle américaine baissera d’un tiers de 1929 à 1933… il en fût de même pour l’Allemagne, très liée à l’économie américaine par l’importance des prêts que lui avaient consenti les Etats-Unis. La crise toucha aussi la production primaire, tant de denrées alimentaires que de matières premières. Au Brésil, pour s’efforcer d’empêcher l’effondrement des cours, les producteurs brûlaient le café dans les locomotives en place du charbon.

Pour tous ceux qui, par définition, n’avaient ni accès ni contrôle sur les moyens de production (à moins de pouvoir réintégrer une famille de paysans dans quelque village), c’est à dire les hommes et les femmes salariés, le marasme eut pour première conséquence un chômage d’une ampleur inimaginable, sans précédent et plus durable qu’on ne l’avait jamais prévu. Dans la pire période (1932-1933), entre 22 et 23 % de la main d’œuvre britannique et belge, 24 % des Suédois, 27 % des Américains, 29 % des Autrichiens, 31 % des Norvégiens, 32 % des Danois et pas moins de 44 % des travailleurs allemands se retrouvèrent sans emploi. Et, fait non moins important, même la reprise d’après 1933 ne devait pas faire tomber le taux de chômage moyen des années 1930 au-dessous des 16-17 % en Grande Bretagne et en Suède ou à moins de 20 % dans le reste de la Scandinavie, en Autriche et aux Etats Unis. Le seul Etat occidental qui ait réussi à éliminer le chômage fut l’Allemagne nazie, entre 1933 et 1938. Aussi loin qu’ils puissent remonter dans leurs souvenirs, jamais les travailleurs n’avaient connu pareille catastrophe économique.

… La Grande Crise a détruit le libéralisme économique pour un demi-siècle. En 1931-1932, la Grande-Bretagne, le Canada, toute la Scandinavie et les Etats Unis abandonnèrent l’étalon or[5], toujours considéré comme le fondement d’échanges internationaux stables ; en 1936, ils furent rejoints par des adeptes encore plus fervents du lingot d’or : les Belges et les Hollandais et, pour finir, même par les Français.

… Les années 1929-1933 furent un véritable canyon : tout retour à 1913 était désormais non seulement impossible, mais impensable

Eric J. Hobsbawm     L’Age des extrêmes. 1994

7 11 1929                   Staline proclame « le Grand Tournant » qui n’est rien d’autre qu’un renforcement du totalitarisme, lequel va s’exercer principalement sur les paysans : le retour partiel à une économie de marché et à la propriété privée crée par la NEP en 1921 leur avait permis de connaître presque dix ans de vie relativement confortable ; Staline lance une grande opération de collectivisation forcée qui va les regrouper, de gré ou de force, dans des exploitations collectives fortement mécanisées, kolkhozes, - fermes à statut coopératif -, et sovkhozes, - fermes d’Etat - ;  ce bouleversement secoua le pays profond beaucoup plus que ne l’avaient fait les dix jours d’octobre 1917 : en quelques semaines, brutalement arraché à ses modes de vie et de travail séculaires, le paysan russe bascula dans l’absurde, la confusion et le chaos. La collectivisation détruisit la civilisation paysanne traditionnelle, engendrant un spécimen jusque là inconnu, désabusé, apathique et clochardisé : le « kolkhozien ». En trois ans, les récoltes de céréales vont diminuer de 15 % à 20 %.

12 12 1929                 Louis-Victor de Broglie obtient le prix Nobel de physique.

1929                           Les tramways sont remplacés par les autobus qui, à cette époque, roulent deux fois plus vite (aujourd’hui, c’est le contraire).

Clarence Birdseye, américain, dépose le brevet du quick freezing - congélation rapide -. Frigéco sort le premier réfrigérateur français. Première caravane, tirée par une voiture. A Grenoble, création de l’Ecole des Ingénieurs Hydrauliciens. Seul un immeuble sur 25 dispose à la fois de l’eau, gaz, électricité, tout à l’égout, chauffage central. Mise au point du verre Securit par Saint Gobain. Le pharmacien Marcel Berger donne son nom à une lampe qui assainit les atmosphères intérieurs.

Premières chaînes de magasin à petits prix : Les Nouvelles Galeries créent Uniprix, Le Printemps Prisunic en 1931, et les Galeries Lafayette, Monoprix en 1932. Jean Prouvost, patron de La Lainière de Roubaix, crée le statut de la franchise. Marc Sangnier fonde les Auberges de Jeunesse.  

Alexandre I° de Yougoslavie, en renforçant les slaves du Sud, développe le nationalisme croate.

Erich Maria Remarque (anagramme de Kramer) écrit A l’Ouest, rien de nouveau : cinq cent mille exemplaires en Allemagne. Il s’installera en Suisse et sera déchu de la nationalité allemande lors de l’Anschluss, en 1938.

Citroën produit cent mille voitures par an, deux fois plus que Renault.

Plan Young : la dette de l’Allemagne est ramenée à 116 milliards de marks or, avec un paiement échelonné sur 59 ans.



[1] Pehlvi est le nom de la langue iranienne issue des influences de l’araméen sur la langue parlée en Iran sous l’empire parthe, au début de notre ère.

[2] Il est préférable d’utiliser le conditionnel car il n’est pas sur que Byrd soit vraiment passé au-dessus du pôle.

[3] Ainsi parlaient les premiers martyrs chrétiens, sous la Rome d’avant Constantin.

[4] Amundsen surmontait ainsi ses « frictions » avec Nobile, chacun ayant cherché à tirer la couverture à lui après le succès de l’expédition du Norge.

[5] Sous sa forme classique, l’étalon-or, donne à une unité monétaire, par exemple à un billet d’un dollar, une valeur correspondant à un poids précis en or contre lequel, sur demande, la banque l’échangera.


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