|
|
1880 à 1888. “L’internationale”. De Long. Greely. Hugo. “L’orgueil que les navires inspirent aux hommes “
1880 Amnistie des Communards ; Louise Michel (1830-1905), revient de Nouvelle Calédonie : anarchiste au grand cœur et au courage indomptable : Je suis de celles qu’on tue, non de celles que l’on salit, elle s’était constituée prisonnière à la fin de la Commune pour libérer sa mère arrêtée à sa place : elle aura passé treize ans de sa vie en prison et déportation. Même après les tempêtes de la Commune, elle conservera intactes son exaltation : sur le bateau qui l’emmenait en Nouvelle Calédonie, les tempêtes la mettaient en transe. Sur place, elle court au devant des typhons. Libertaire, plus qu’anarchiste, elle n’a ni Dieu ni maître. Elle prône une émancipation entière et absolue du moi. Libre de tous préjugés, elle a, pour son époque, une incroyable ouverture aux autres, à tous les êtres souffrants, bêtes comprises. Prostituées, fous, délinquants, elle est seule à les entendre et à les défendre. Alors que les communards en exil font de très bons colons, elle prend le parti des Canaques, apprend leur langue et les pousse à la révolte. Une fois encore, elle fait sienne le credo romantique : Tout ce qui a vie a droit. Christophe Boltanski Le Nouvel Observateur Décembre 2007 Exaltée ? Certainement… comme l’étaient probablement Saint Augustin, Hildegarde von Bingen, Sainte Thérèse d’Avila, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus etc… Yolande Moreau sera Louise Michel au cinéma en 2009, avec un rare talent. Alphonse Laveran, médecin militaire, découvre l’hématozoaire du paludisme, ce qui lui vaudra le prix Nobel de médecine… en 1907. Auguste Lumière commence à fabriquer à Lyon des plaques photographiques au gélatino-bromure : cinq ans plus tard, son usine fabriquait 110 000 douzaines de plaques par an ; en 1905, il emploiera près de mille personnes. Pierre et Jacques Curie découvrent la piézoélectricité, et le pharmacien toulousain Léon Lajaunie le cachou. Le Certificat d’Etudes Primaires devient un examen national auquel peuvent se présenter tous les enfants dès l’âge de onze ans. L’écrit vient sanctionner par la dictée, la rédaction et l’arithmétique le triptyque lire-écrire-compter. L’oral porte surtout sur l’histoire et la géographie. Il ne vivra pas moins de 90 ans ! 50 % des élèves le réussiront en 1936. Premières émigrations de juifs, surtout russes, en Palestine ottomane : les Hovevei Tsion, - les amants de Sion -, rapidement encadrés de très près par les Rothschild pour museler les intellectuels anarchisants. La Bolivie, alliée du Pérou contre le Chili, perd la guerre - 1879-1880 - du Pacifique, et ainsi son accès à l’océan, riche en guano et nitrates, engrais fort prisés d’une agriculture intensive naissante. C’est le Chili qui prend cette bande côtière. La Polynésie est annexée à la France Ouverture du tunnel du St Gothard : Louis Fabre, d’origine genevoise, est devenu entrepreneur de travaux publics en France : il soumet une offre très basse pour la réalisation de ce tunnel de 15 km et obtient le marché en ayant pris des risques insensés : cent quatre vingt dix neuf ouvriers mourront pendant les dix ans de travaux, de 1772 à 1882, sur un chantier qui employa deux mille hommes. Louis Fabre lui-même, mourut d’apoplexie dans le tunnel en 1879. Cette nouvelle voie nord-sud permettait de délaisser la Via Mala voisine, sur le cours du Rhin postérieur, de sinistre réputation. 02 1881 Les quatre vingt treize hommes de la seconde mission Flatters sont massacrés par des Touaregs à Bir el-Gharama, près de l’oued Inouhaouen au sud d’Ouargla. Un an plus tôt, une mission déjà commandée par Flatters avait procédé aux premiers relevés pour la création d’un chemin de fer transsaharien. Qu’en est-il de ce serpent des sables [faute de pouvoir être nommé serpent de mer], que l’on avait commencé à agiter dès le second empire pour continuer à le faire tout au long de la troisième République ? Dès 1860 Louis Hanoteau proclame en inaugurant la ligne Alger-Blida: Qui sait si un jour, reliant Alger à Tombouctou, la vapeur ne mettra pas les tropiques à six journées de Paris ?
Le terrorisme russe ne va pas rester un phénomène marginal : de 1897 à 1914, les attentats terroristes feront 17 000 victimes, [sans distinction entre morts et blessés]. La répression restera limitée, environ 4 500 condamnations à mort entre 1906 et 1909, pas toutes exécutées. mars 1881 Joseph Conrad est second lieutenant à bord du Loch Etive. Il a quitté Sydney en novembre 1880 et fait route pour Londres, via le cap Horn : L’amour qu’inspirent les navires diffère profondément de celui que les hommes ressentent pour toute autre œuvre de leurs mains - l’amour qu’ils portent à leurs demeures, par exemple - en ce qu’il n’est pas entaché par l’orgueil de la possession ; l’orgueil de l’adresse, l’orgueil de la responsabilité, l’orgueil de l’endurance, peut-être, mais c’est là, néanmoins, un sentiment désintéressé. Aucun marin jamais n’a chéri un navire - même s’il lui appartenait - pour le simple profit qu’il en pouvait tirer. Aucun, je pense, ne l’a fait : car un armateur, fût-il de la meilleure espèce, n’a jamais franchi l’enceinte de ce sentiment qui réunit, dans une intime et constante camaraderie, le navire et l’homme, qui vont s’entr’aidant contre l’hostilité implacable, quoique parfois sournoise, de ce monde des eaux qui est le leur. La mer - c’est une vérité qu’il faut bien reconnaître - ignore toute générosité. Le déploiement des plus mâles vertus - courage, audace, endurance, fidélité - n’a jamais pu émouvoir cette irresponsable conscience qu’elle a de sa puissance. L’océan a la nature sans scrupule d’un féroce autocrate dépravé par une perpétuelle adulation. Il ne peut souffrir la moindre apparence de défi, et n’a jamais cessé d’être l’irréconciliable ennemi des navires et des hommes depuis que les navires et les hommes ont eu l’audace inouïe de défier ensemble sur les flots son front irrité. Il n’a cessé, depuis ce jour, d’engloutir des flottes et des hommes, sans que jamais son ressentiment pût se satisfaire du nombre de ses victimes, de tant de navires naufragés, de tant de vies perdues. Aujourd’hui, comme toujours, il est prêt à tromper et à trahir, à écraser et à engloutir l’incorrigible optimisme de ceux qui, avec l’aide fidèle des navires, tentent de lui arracher la fortune de leur foyer, la domination de leurs univers ou simplement un peu de nourriture pour apaiser leur faim. Si sa fureur n’est pas toujours disposée à écraser, elle est toujours sournoisement prête à engloutir. La merveille la plus étonnante des eaux profondes est leur insondable cruauté. J’en ai connu l’horreur pour la première fois, au milieu de l’Atlantique, un jour, il y a bien des années, où nous sauvâmes l’équipage d’un brick danois qui revenait des Antilles. Une légère brume argentée estompait la splendeur calme et majestueuse d’une clarté sans ombres, semblait rendre le ciel moins lointain, l’océan moins immense. C’était un de ces jours où la puissance de la mer semble vraiment aimable, comme la nature d’un homme robuste dans des moments d’intimité paisible. Au lever du soleil, nous avions reconnu vers l’ouest un petit point noir qu’on eût dit suspendu dans le vide, derrière un voile de gaze d’un bleu argenté qui, scintillant et frémissant, semblait par moments s’agiter et flotter au gré de la brise qui nous poussait lentement en avant. La paix de cette matinée enchantée était si profonde, si absolue, que chaque parole prononcée à haute voix sur notre pont semblait devoir pénétrer jusqu’au cœur même de cet infini mystère, né de la conjonction de la mer et du ciel. Nous ne haussions pas la voix. « Une épave remplie d’eau, je pense, commandant », fit tranquillement le deuxième lieutenant qui descendait de vigie, les jumelles dans l’étui passé en bandoulière ; et notre capitaine, sans un mot, fit signe à l’homme de barre de mettre le cap sur le point noir. Nous distinguâmes bientôt un moignon dentelé, dressé sur l’avant ; tout ce qui restait de la mâture partie. À mi-voix, sur le ton de la conversation, le capitaine développait au second le danger de ces épaves, la crainte qu’il avait de les aborder la nuit, quand soudain, un de nos hommes sur l’avant cria : « Il y a du monde à bord, commandant, je les vois! » Et cela, d’une voix extraordinaire, d’une voix que je n’avais encore jamais entendue sur notre navire : la voix surprenante d’un inconnu. Ce fut le signal d’une soudaine clameur. Le quart en bas monta en masse vers le gaillard d’avant, le cuisinier s’élança hors de la cuisine. Chacun distinguait maintenant les pauvres diables. Ils étaient là ! Et tout à coup, notre navire, qui avait le renom bien mérité de n’en craindre aucun pour marcher par brise légère, nous fit l’effet d’avoir perdu la force de se mouvoir, comme si la mer, devenue visqueuse, s’était collée à ses flancs. Et pourtant, il avançait. L’immensité, compagne inséparable de la vie d’un navire, avait choisi ce jour-là pour ne l’effleurer que d’un souffle aussi doux que celui d’un enfant endormi. La clameur de notre agitation s’était dissipée, et notre vivant navire, fameux pour toujours gouverner, n’y eût-il que juste assez de brise pour faire flotter une plume, glissait, sans une ride, silencieux et blanc comme un fantôme, vers son frère mutilé et blessé, sur le point de disparaître, dans la brume ensoleillée d’un jour de calme à la mer. Les jumelles collées aux yeux, le capitaine dit d’une voix qui tremblait un peu : « Ils nous font des signes avec quelque chose, sur l’arrière. Il posa brusquement les jumelles sur la claire-voie et se mit à arpenter la dunette. « Une chemise ou un pavillon, s’écria-t-il d’un ton irrité. Je ne peux pas distinguer… quelque sacré chiffon ou quoi ? » Il arpenta de nouveau un moment la dunette, regardant de temps en temps par~dessus la rambarde pour se rendre compte de la vitesse de notre marche. Ses pas nerveux résonnaient d’un bruit sec dans le silence du navire où tous, les yeux tournés du même côté, nous étions perdus dans une mobilité effarée. « Ça n’ira jamais, cria-t-il tout à coup. Amenez les embarcations tout de suite. Amenez. Amenez ! » Avant que j’eusse sauté dans la mienne, il me prit à part, comme un novice que j’étais, pour me donner ce conseil : « En accostant, veillez à ce qu’il ne vous entraîne pas par le fond en coulant. Vous comprenez ? » Il me fit cette recommandation à mi-voix, de façon à ce qu’aucun des hommes aux palans ne pût entendre, et j’en fus interloqué. « Grands dieux ! comme si, en pareille occurrence, on allait s’arrêter à penser au danger !» m’écriai-je en moi-même, par mépris d’une si froide prudence. Il faut bien des leçons pour faire un vrai marin, et la réprimande ne se fit pas attendre. Mon capitaine, homme d’expérience, sembla, d’un coup d’œil pénétrant, déchiffrer mes pensées sur mon visage ingénu: « Vous partez pour sauver des vies, et non pas pour aller noyer en pure perte l’équipage de votre embarcation », grommela-t-il d’un ton sévère à mon oreille. Mais comme nous débordions, il se pencha par-dessus la lisse et nous cria : « Tout dépend de la vigueur de vos bras, souquez ferme ! » Ce fut pour nous comme une joute, et je n’aurais jamais cru qu’ « au commerce » un vulgaire armement de canot pourrait faire preuve d’une ardeur aussi déterminée dans la régularité de ses coups d’aviron. Ce que notre capitaine avait clairement discerné, avant même que nous eussions quitté le bord, nous était depuis lors devenu tout à fait évident à tous. Le résultat de notre entreprise était suspendu par un cheveu au-dessus de cet abîme d’eaux qui ne rendra pas ses morts avant le jour du Jugement Dernier. C’était une joute entre les deux embarcations d’un navire et la mort, pour le prix de neuf vies humaines, et la mort avait une bonne avance. De loin, nous vîmes l’équipage du brick travailler aux pompes, continuant à pomper sur cette épave qui s’enfonçait déjà tellement, que la très faible houle, sur laquelle nos embarcations montaient et descendaient sans le moindre à-coup dans leur marche, s’élevant presque au niveau de sa lisse avant, effleurait le bout des agrès rompus qui se balançaient tristement sous son beaupré dénudé. Nous n’aurions pu, en toute conscience, choisir un meilleur jour pour notre régate, si même on nous eût donné à choisir parmi tous les jours qui se sont jamais levés sur des luttes solitaires et de solitaires agonies de navires, depuis que les pirates scandinaves se sont, pour la première fois, lancés vers l’ouest contre l’assaut des vagues atlantiques. Ce fut vraiment une belle joute. À l’arrivée, il n’y avait pas une longueur d’aviron entre la première et la seconde embarcation, la Mort venant bonne troisième au sommet de la houle suivante, autant qu’on en pouvait juger. Les dalots du brick gargouillaient doucement tous ensemble quand l’eau qui montait contre ses flancs s’abaissait nonchalamment avec un bruit doux de ressac, comme si elle jouait autour d’un immuable rocher. Ses pavois étaient partis de bout en bout, et l’on voyait le pont à fleur d’eau, comme un radeau, balayé entièrement de ses embarcations, de ses espars, de ses roufs, de tout, sauf de ses boucles et de ses entrées de pompes. J’en eus le navrant coup d’œil, tandis que je m’affermissais pour recevoir sur la poitrine le dernier homme à quitter le bord, le capitaine, qui se laissa littéralement tomber dans mes bras. Ç’avait été un sauvetage étrangement silencieux, un sauvetage sans un cri, sans une seule parole, sans un geste ni un signe, sans un échange conscient de regards. Jusqu’au dernier moment, les hommes à bord ne lâchèrent pas les pompes qui crachaient deux clairs ruisseaux sur leurs pieds nus. Leur peau brune se montrait par les déchirures de leurs chemises et les deux petits groupes d’hommes à demi nus et en haillons continuèrent à se plier en deux, face à face, pour cette besogne qui leur brisait les reins, absorbés dans ce mouvement de va-et-vient, sans même avoir le temps de jeter un regard par-dessus leur épaule pour voir le secours qui leur venait. Au moment où nous accostions, sans qu’on prît garde à nous, une voix se fit entendre, un commandement hurlé d’une voix rauque ; et alors, tels qu’ils étaient, nu-tête, du sel gris séché dans les rides et les plis de leurs visages hirsutes, hagards, nous regardant d’un air stupide de leurs yeux rouges qui clignotaient ils lâchèrent les poignées d’un commun accord, trébuchant, se bousculant, et se laissant positivement tomber sur nos têtes. Le fracas qu’ils firent en se précipitant dans les embarcations eut pour effet de rompre étrangement cette illusion de dignité tragique que notre amour-propre attache aux combats des hommes et de la mer. En ce jour exquis de brise douce et paisible, de soleil voilé, périt mon amour romanesque pour ce que l’imagination des hommes a proclamé le plus auguste aspect de la Nature. La cynique indifférence de la mer devant les mérites de la souffrance et du courage humains, mise à nu dans cette opération ridicule et panique due à la cruelle extrémité où se trouvaient neuf bons et honnêtes marins, me révolta. Je discernai la duplicité de la mer jusque dans sa plus tendre humeur. Elle était ainsi parce qu’elle ne pouvait être autrement, mais mon respect terrifié des jours premiers avait vécu. Je me sentis prêt à sourire amèrement de son charme enchanteur et à contempler haineusement ses fureurs. En un moment, avant que nous eussions débordé, j’avais considéré froidement la vie de mon choix. Ses illusions s’étaient dissipées, mais sa séduction demeurait. J’étais enfin devenu un marin. Nous avions souqué dur, un quart d’heure durant, puis, faisant lève-rames, nous attendîmes notre navire. Il venait vers nous, les voiles pleines, délicatement élancé, magnifiquement noble dans la brume. Le capitaine du brick, assis sur l’arrière, près de moi, le visage dans les mains, leva la tête et se mît à parler avec une sombre volubilité. Leurs mâts étaient partis et une voie d’eau s’était déclarée au cours d’un ouragan : ils avaient dérivé pendant des semaines, toujours aux pompes, et rencontré de nouveau du mauvais temps ; les navires qu’ils avaient aperçu ne les avaient pas vus ; la voie d’eau gagnait lentement, et la mer ne leur avait pas laissé de quoi faire un radeau. C’était dur de voir ainsi disparaître au loin navire après navire, « comme si tous s’étaient mis d’accord pour nous noyer », ajouta-t-il. Mais ils avaient continué à essayer de maintenir le brick à flot aussi longtemps que possible, et à manœuvrer les pompes sans arrêt, avec des rations insuffisantes et la plupart du temps crues « jusqu’à ce qu’hier soir, continua-t-il d’une voix monotone, juste comme le soleil se couchait, le cœur manque aux hommes. » Ici, il fit une pause presque imperceptible et reprit, avec exactement la même intonation: « Ils me dirent qu’on ne pouvait pas sauver le brick et que, quant à eux, ils en avaient assez. Je n’avais rien à dire à cela. C’était la vérité. Ce n’était pas une mutinerie. Je n’avais rien à leur dire. Ils passèrent la nuit, étendus sur l’arrière, aussi immobiles que des cadavres. Je ne me suis pas couché. Je restai de veille. Quand la première lueur du jour est apparue, j’ai aussitôt aperçu votre navire. J’ai attendu qu’il fit davantage jour. Je sentais sur mon visage la brise qui commençait à manquer. Alors j’ai crié aussi fort que je le pouvais: « Regardez ce navire ! » Mais deux hommes seulement se sont levés très lentement et sont venus près de moi. Longtemps nous ne fûmes que trois debout à vous regarder venir vers nous, tout en sentant la brise tourner presque au calme plat : mais d’autres, ensuite, se sont levés aussi, l’un après l’autre, et peu à peu j’ai eu tout mon équipage réuni derrière moi. Me tournant vers eux, je leur ai dit qu’ils pouvaient voir que le navire venait vers nous, mais que, par une si petite brise, il pourrait arriver trop tard, après tout, à moins que nous nous remettions à essayer de tenir le brick à flot assez longtemps pour vous permettre de nous sauver tous. Voilà ce que je leur ai dit et je leur ai donné l’ordre d’armer les pompes. » Il avait donné l’ordre et l’exemple aussi, en prenant lui-même les bringuebales, mais il paraît que les hommes restèrent un moment sans bouger, s’entreregardant d’un air de doute, avant de l’imiter. « Hi ! hi ! hi ! fit-il en éclatant d’un petit ricanement nerveux, fort inattendu, stupide, pathétique. Ils avaient perdu tout courage. On avait joué avec eux trop longtemps », expliqua-t-il en manière d’excuse, tout en baissant les yeux ; puis il se tut. Vingt-cinq années sont un long espace de temps - un quart de siècle forme un passé confus et lointain ; mais aujourd’hui encore, je revois les pieds, les mains et le visage brun foncé de ces hommes dont la mer avait brisé le courage. Ils étaient immobiles, couchés sur le côté, sur le vaigrage, entre les bancs, en rond comme des chiens. L’armement de mon embarcation, appuyé sur les manches de ses avirons, regardait et écoutait, comme au spectacle. Le capitaine du brick releva soudain les yeux pour me demander quel jour on était. Ils avaient perdu la date. Quand je lui eus dit qu’on était le dimanche 22, il fronça les sourcils tout en faisant un calcul mental, puis il hocha la tête tristement à deux reprises en regardant machinalement devant lui. Il avait un aspect misérable, désordonné et farouchement triste. N’eût été l’inextinguible candeur de ses yeux bleus dont le regard las et malheureux se tournait à chaque instant - comme s’il ne pouvait trouver de repos nulle part ailleurs - vers son brick abandonné et en train de couler bas, on l’eût cru fou. Mais cet homme était trop simple pour devenir fou, de cette mâle simplicité qui seule permet que des hommes puissent supporter, sains et saufs de corps et d’esprit, une rencontre avec l’enjouement meurtrier de la mer ou avec sa moins abominable fureur. Ni furieuse, ni enjouée, ni souriante, elle enveloppait à la fois notre navire au loin qui grossissait en se rapprochant de nous, nos embarcations avec les hommes que nous avions sauvés, et la coque démantelée du brick que nous laissions derrière nous, dans le vaste et paisible embrassement de sa quiétude, à demi noyée dans cette brume claire, comme en un rêve de tendre et d’infinie clémence. On ne voyait sur sa surface ni froncement, ni ride, pas le moindre pli. Et les lames de la légère houle étaient si lisses qu’on eût dit la gracieuse ondulation d’une pièce de soie d’un gris faiblement éclatant semée de rayons verts. Nous nagions sans forcer : mais quand le capitaine du brick, après avoir jeté un regard par-dessus son épaule, se leva avec une sourde exclamation, mes hommes mirent instinctivement leurs pelles à plat, sans commandement, et l’embarcation perdit son erre. Il s’appuyait d’une forte étreinte à mon épaule, tandis que son autre bras étendu, rigide, montrait d’un doigt dénonciateur l’immense tranquillité de l’océan. Après cette première exclamation qui avait suspendu l’élan de nos avirons, il ne proféra plus un son, mais toute son attitude semblait crier avec indignation: « Regardez ! » Je ne pouvais imaginer quelle vision malfaisante lui était apparue. J’étais interdit, et l’étonnante énergie de son geste immobilisé fit battre mon cœur à coups précipités, en prévision de quelque chose de monstrueux et d’inattendu. Le silence autour de nous devint écrasant. Pendant un moment la succession des ondulations soyeuses se déroula innocemment. Je les vis l’une après l’autre renfler la ligne brumeuse de l’horizon, loin, loin, au-delà du brick abandonné, et le moment d’après, balançant doucement et amicalement notre embarcation, chacune d’elles passait au-dessous de nous et s’éloignait. La cadence berceuse de cette montée et de cette descente, la constante douceur de cette irrésistible force, le grand attrait des eaux profondes réchauffait délicieusement mon cœur, comme le subtil poison d’un philtre. Mais tout cela ne dura que l’espace de quelques apaisantes secondes avant que moi aussi je me misse debout brusquement, en faisant rouler l’embarcation comme l’eut fait le plus parfait terrien. Quelque chose d’effrayant, de mystérieux, de soudain et de confus venait de se produire. J’y assistais avec une terreur incrédule et fascinée, comme on observe les mouvements confus et rapides d’un acte de violence commis dans l’obscurité. Comme à un signal donné, le déroulement de ces lisses ondulations sembla s’arrêter soudain autour du brick. Par une étrange illusion d’optique, la mer tout entière parut s’élever au-dessus de lui dans un soulèvement accablant de toute sa soyeuse surface, où, en un seul endroit, un jet d’écume jaillit avec violence. Puis tout cet effort tomba. Tout avait disparu : la houle unie reprit son cours comme auparavant depuis l’horizon, à une cadence régulière, passant au-dessous de nous en balançant doucement et amicalement notre embarcation. Au loin, là où se trouvait le brick, une tache blanche, bouillonnante, ondulant à la surface de l’eau d’un gris d’acier semée d’éclats verdâtres, diminua rapidement dans un susurrement, comme de la neige qui fond au soleil. Et le calme infini, après cette initiation à la haine implacable de la mer, me sembla chargé de pensées redoutables et de sombres pressentiments. « Disparu ! », lança du fond de sa poitrine, le brigadier du canot d’un ton définitif. Il cracha dans ses mains et étreignit plus fortement son aviron. Le capitaine du brick abaissa lentement son bras rigide et regarda nos visages, dans un silence solennel et chargé de pensées qui nous invitait à partager sa terreur ingénue et stupéfaite. Tout d’un coup il s’assit à mon côté et se pencha gravement en avant vers mes hommes qui, souquant tous ensemble d’une nage longue et souple, tenaient fidèlement leurs yeux fixés sur lui. « Aucun navire n’aurait pu faire mieux », leur déclara-t-il, d’un ton ferme, après un moment de silence tendu, pendant lequel il sembla, les lèvres tremblantes, chercher les mots qui convenaient à un si haut témoignage. « Il était petit, mais il était bon. Je n’avais pas d’inquiétude. Il était solide. Au dernier voyage j’avais ma femme et mes enfants à bord. Aucun autre navire n’aurait pu supporter comme ça le mauvais temps qu’il lui a fallu endurer pendant des jours et des jours, jusqu’à ce que nous ayons été démâtés il y a quinze jours. Il était complètement épuisé, voilà tout. Vous pouvez me croire. Il a tenu sous nous pendant des jours et des jours, mais il ne pouvait pas tenir perpétuellement. C’était déjà assez long. J’aime mieux que ce soit fini. Jamais meilleur navire ne fut abandonné pour couler en un pareil jour. » Il était qualifié pour prononcer l’oraison funèbre d’un navire, ce fils d’une vieille race maritime, dont l’existence nationale, si peu souillée par les excès des viriles vertus, n’avait demandé à la terre que le point d’appui le plus restreint. Les mérites de ses ancêtres, marins habiles, et l’ingénuité de son cœur le rendaient bien propre à prononcer cet excellent discours. Rien ne manquait à son ordonnance, ni la piété, ni la foi, ni ce tribut de louange qu’on doit à la vertu des morts, avec l’édifiant récit de leurs exploits. Il avait aimé ce navire qui avait vécu, qui avait souffert, et il était heureux de le savoir en repos. C’était vraiment un excellent discours. Et orthodoxe, en outre, par sa fidélité à l’article cardinal de la foi d’un marin dont c’était là la confession simple et sincère. « Les navires sont bons. » Ils le sont. Ceux qui vivent avec la mer doivent, envers et contre tout, rester persuadés de cette croyance : et il me vint à l’esprit, tandis que je le regardais à la dérobée, que certains hommes, en honneur et conscience, avaient justement droit à prononcer l’oraison funèbre due à la constance d’un navire dans la vie et la mort. Après quoi, assis près de moi, laissant pendre sur ses genoux ses mains jointes, il ne fit plus le moindre mouvement jusqu’à ce que l’ombre de la voilure de notre navire vînt tomber sur l’embarcation. Alors l’éclatant hourra qui accueillait le retour des vainqueurs avec leur prix lui fit lever un visage troublé où parut un faible sourire de douloureuse indulgence. Ce sourire du digne descendant des plus anciens marin, dont l’audace et la hardiesse n’avaient laissé aucune trace de grandeur et de gloire sur les eaux, compléta le cycle de mon initiation. Sa tristesse apitoyée laissait entrevoir la profondeur infinie d’un savoir héréditaire. Le chaleureux éclat des hourras en résonnait comme un bruit enfantin de triomphe. Notre équipage criait avec une immense confiance - braves gens - ! Comme si jamais quelqu’un pouvait se prévaloir d’avoir triomphé de la mer, qui a trahi tant de navires d’un grand nom, tant d’hommes orgueilleux, tant d’ambitions avides de renom, de pouvoir, de richesse, de grandeur ! Comme j’accostais l’embarcation sous les palans, mon capitaine, de fort bonne humeur, étendant sur la lisse ses bras rouges marqués de taches de rousseur, se pencha pour m’interpeller sarcastiquement des profondeurs de sa barbe de philosophe cynique : « Ainsi, après tout, vous avez ramené votre embarcation, n’est-ce pas ? » Le sarcasme était son genre et le moins qu’on en puisse dire est qu’il lui était naturel. Cela ne l’en rendait pas plus aimable. Mais il est convenable et avantageux de se conformer au genre d’un commandant. « Oui, j’ai ramené l’embarcation en bon état, commandant » répondis-je. Et le brave homme ne put que me croire. Ce n’était pas à lui qu’il appartenait de discerner sur moi les traces de ma récente initiation. Et pourtant, je n’étais pas exactement le même jeune homme que celui qui, plein d’impatience, avait emmené l’embarcation pour une course avec la Mort, et gagné finalement le prix de neuf vies humaines. Déjà c’est avec d’autres yeux que je considérais la mer. Je la savais capable de trahir la généreuse ardeur de la jeunesse, aussi implacablement qu’elle avait, sans souci du bien ou du mal, trahi la plus basse rapacité ou le plus noble héroïsme. Ma conception de sa magnanime grandeur avait vécu. Et je contemplais la véritable mer, la mer qui se fait un jeu des hommes jusqu’à briser leurs cœurs, et qui use les robustes navires jusqu’à la mort. Rien ne peut émouvoir l’invincible amertume de son âme. Ouverte à tous et fidèle à personne, elle exerce son charme à défaire les plus braves. Aimer la mer est chose vaine. Elle ignore les liens de la foi donnée, la fidélité à l’infortune, à la longue camaraderie, à la longue dévotion. Grande est l’offre de sa perpétuelle promesse ; mais l’unique secret de sa possession, c’est la force, la force - la force jalouse, et toujours vigilante, de celui qui détient sous son toit un trésor convoité. Joseph Conrad Le Miroir de la mer 1906 2 04 1881 Ouverture de l’Ecole d’application de l’infanterie de Saint-Maixent ; elle sera transférée à Montpellier en 1967. 04 1881 Création de la Caisse Nationale d’Epargne. 25 04 1881 Deux cent cinquante mille Allemands remettent au chancelier de l’empire une pétition demandant le retrait des mesures d’émancipation des Juifs et l’interdiction de toute immigration nouvelle : c’est le début de l’antisémitisme moderne. Si le mouvement de retour en Palestine est déjà lancé, c’est vers les Etats-Unis qu’émigrent en grande majorité les victimes des pogroms renaissants : la communauté juive aux Etats-Unis compte 250 000 personnes. 16 06 1881 Jules Ferry institue la gratuité de l’enseignement primaire, de six à treize ans (ce n’est pas à proprement parler l’école qui est obligatoire, mais l’enseignement) 13 06 1881 Le capitaine de l’US Navy De Long, et son équipage, assistent, impuissants à l’écrasement par les glaces de la Jeannette, par 77°17′N et 155°48′E, à proximité d’îles auxquelles il la donné son nom : Jeannette et Henrietta. Dès le début novembre, De Long notait : Passant mes habits à la hâte, je regarde la course des glaçons, plus bruyante et désordonnée que jamais. D’immenses blocs se rencontrent, s’écrasent, ou, lancés sur notre champ, y font de larges cassures ; la glace se brise et se soulève. A chaque charge de l’ennemi, le navire se plaint, il craque dans toute sa membrure ; à chaque instant, je crois le voir arraché de son berceau. La pression est énorme ; le vacarme assourdissant. Je ne connais dans le vaste monde, aucun autre bruit qui approche cela. Les roulements et les éclats du tonnerre, les cris stridents, les plaintes, les rugissements, les craquements d’une maison qui s’effondre, combinez le tout, et vous aurez quelque idée de la commotion atmosphérique produite par ces convulsions de la banquise. Des blocs gigantesques, de sept à huit mètres de hauteur soulevés sens dessus dessous, se heurtent lourdement, et entre eux s’amassent ou s’écroulent des masses énormes de débris tabulaires : on dirait une vaste marbrerie flottante. Parfois tout s’arrête ; quelque dalle épaisse se sera achoppée sur notre champ ou en dessous ; d’autres la pressent, la poussent ; nouveaux crépitements, nouvelles clameurs : le plan des glaces s’étire, s’allonge, se gonfle en dômes ça et là. Crac ! il cède tout d’un coup, ses abords sont emportés, les dômes se fendent, la détente arrive et le défilé reprend avec ses rugissements, ses éclats , ses cris. La Jeannette avait commencé par être la Pandore, yacht de plaisance à bord duquel sir Allen Young en compagnie de Mac Clintock avait retrouvé en 1857 les traces de l’expédition de sir John Franklin, en 1845. C’est le déjà très connu sir James Gordon Bennett, propriétaire du New York Herald, et sponsor de Stanley, qui avait voulu confirmer au pôle les exploits de Stanley sous les tropiques en achetant la Pandore et en en confiant le commandement à George Washington De Long, descendant d’une famille de huguenots français. L’objectif précis était le franchissement du passage du nord-est. Il va appareiller de San Francisco le 8 juillet 1879 : ce jour-là, Nordenskjöld n’avait plus que neuf jours à rester prisonnier des glaces, après lesquels trois jours de navigation lui suffiront pour atteindre le détroit de Béring. La position de grand patron de presse de son sponsor ne pouvait laisser De Long dans l’ignorance du projet de Nordenskjöld, mais il savait aussi qu’il était parti depuis plus d’un an, qu’on n’avait aucune nouvelle de lui et qu’il était venu sans doute compléter la liste déjà longue des victimes de l’Arctique. Les deux navires se croiseront début août dans les parages des Aléoutiennes, mais personne ne peut assurer que De Long apprit la victoire du professeur suédois. Etrangement, le drame de De Long sera perçu comme antérieur à l’exploit de Nordenskjöld, alors que ce dernier a franchi le détroit de Béring plus de deux ans avant la mort de De Long. Il avait laissé des instructions précises pour l’engagement de l’équipage : célibataires, santé parfaite, force considérable, tempérance éprouvée, gaieté. Lire et écrire l’anglais. Excellents marins, ça va de soi. Musiciens, si possible. Préférer Norvégiens, Danois ou Suédois ; éviter Anglais, Irlandais, Ecossais ; refuser sans merci Français, Italiens, Espagnols. Les trente deux hommes et les vingt trois chiens quitteront le navire en tirant sur la banquise cinq traîneaux, deux cotres et une baleinière. Le 29 juillet - ils mènent leur vie de forçat depuis déjà plus d’un mois -, ils croient toucher terre : ce n’est qu’une île qu’ils baptiseront Bennet. Ils y resteront jusqu’au 7 août, se nourrissant d’oiseaux gras frits dans la graisse d’ours, buvant une eau délicieuse prise dans les ruisseaux. A la mi-septembre, deux jours d’une tempête furieuse séparent les trois bateaux ; le 17 les treize hommes du cotre de De Long accostent sur la côte de Sibérie, près de l’embouchure de la Léna : ce ne sera plus qu’un interminable calvaire qui se terminera par la mort des derniers hommes vers le 1 novembre, de faim, d’épuisement… Frédéric Bernard Revue Le Tour du Monde. Les dix hommes embarqués sur le petit cotre ont disparu : nul ne les a jamais revu. Mais les dix hommes de la baleinière commandée par Melville eurent plus de chance : la baleinière traversa la tempête sans avarie majeure et accosta chez des Yakoutes, les gens les plus braves et les plus hospitaliers du monde. Prévenu un peu plus tard que deux blancs étrangers vivaient dans une station près de la Léna, il vint les retrouver : c’était bien les deux hommes que De Long avait envoyé en avant : trop faibles pour participer aux recherches, ils se referont une santé pendant que les autres, durant vingt trois jours, par un froid glacial, parcoururent plus de mille kilomètres pour retrouver De Long et ses 9 compagnons - l’un d’eux était déjà mort avant leur départ - en vain… Ce n’est qu’au printemps suivant qu’ils y parvinrent, accompagnés de Ninderman, un des deux rescapés de De Long, commençant par découvrir une Remington pendue à un faisceau de quatre morceaux de bois, puis une bouilloire, puis les corps : le carnet sur lequel De Long écrivait depuis le départ du navire, se trouvait à trois ou quatre pieds de lui :
George Washington De Long 26 07 1881 Création de l’Ecole Normale Supérieure de jeunes filles à Sèvres. 3 08 1881 Les Suisses Mummery et Burgener gravissent le Grépon, 3484 m. dans les Aiguilles de Chamonix. 08 1881 L’expédition Greely, ce point noir de l’histoire américaine dans l’Arctique, dira Peary. En 1881, le lieutenant Adolphus Washington Greely est chargé par son gouvernement de diriger la station polaire américaine de Fort Conger, installée par le Protée. 81° 44′ lat. N. 64° 45′ long. O. Cette station faisait partie du programme d’action de la Seconde Année Polaire Internationale. C’était à l’époque la station située au point le plus septentrional du monde. Faute de ressources suffisantes du gouvernement, c’était aussi une des plus démunies. Secondé par Lockwood, un explorateur de tout premier plan, qui a battu le record de l’Anglais Markham en atteignant la latitude de 83° 24′, [725 km du pôle] le lieutenant Greely, du 5° régiment de cavalerie, remplit sa mission pendant une année avec une remarquable énergie. Il consigne en de très nombreuses notes magnétiques, météorologiques, océanographiques, zoologiques, botaniques les plus importantes observations scientifiques qu’aucune équipe polaire ait jusqu’alors été en mesure de rassembler. Le printemps s’achève. Les explorateurs se préparent gaiement au retour. Selon les plans, un navire en effet doit, au cours de l’été 1882, se porter aux abords du chenal de Robeson, à Fort Conger, pour rapatrier l’expédition. Il est convenu que, si ce navire ne parvient pas à les atteindre, des vivres seront déposés sur l’île Littleton (aux abords d’Etah) et sur la pointe du cap Sabine (île Pim) immédiatement à l’est de l’entrée du fjord Alexandra. On l’attend d’un jour à l’autre. Hélas ! rien ne paraît à l’horizon. Pour des raisons diverses, le navire, cette année-là, n’a pas été envoyé au-delà du détroit de Smith. En 1883, armé en toute hâte par le gouvernement fédéral qui est pris d’inquiétude, un second navire, le Proteus, repart vers le nord mais fait malheureusement naufrage dans le détroit de Smith à plus de 200 miles au sud de la station, avant même d’avoir pu l’atteindre. Pour différents motifs, ce navire n’est pas remplacé. Très autoritaire, Greely va, chaque jour davantage, se trouver discuté par ses compagnons. Déjà, le chef d’expédition ne correspond plus avec son second, Kilingsbury - et ce depuis le jour du départ du Proteus -, que par des notes, se refusant à lui parler ! Chaque partenaire a, du reste, par disposition spéciale, le droit singulier de faire grève ou de rompre son contrat. Toutes les conditions sont de la sorte réunies pour qu’un drame se noue. De semaine en semaine, il va lentement se dérouler et la base de Greely se transformer en camp de la haine et de la mort lente. 1883, nous sommes en été : Greely et vingt-quatre compagnons (dont deux Groenlandais d’Upernavik qui s’avéreront d’excellents chasseurs), terriblement inquiets de ne pas voir arriver le navire attendu depuis deux ans, quittent leur base de la baie de Lady Franklin et, par leurs propres moyens (deux canots et un petit youyou), font route vers le sud [de la baie de Lady Franklin au cap Sabine, il y a 825 km qu’ils mettront 51 jours à couvrir]. Selon des instructions écrites à suivre en cas de détresse, Greely se déplace le long de la côte ouest du chenal Kennedy et du bassin de Kane, soit le long de la côte orientale de la Terre d’Ellesmere, inhabitée et fort englacée. Erreur capitale et difficilement compréhensible après les expériences des Américains Kane et Hayes, auxquels la familiarité avec les Esquimaux Polaires nord groenlandais avait été salutaire, sinon salvatrice, durant leurs expéditions de 1853-1855 et 1860-1861. Cet étrange itinéraire de Greely le long d’une côte à la glace stérile et déserte ne pouvait apporter aucun contact avec les Esquimaux d’Etah et, par conséquent, aucune aide de leur part . Près du cap Sabine, sur une petite butte, Greely découvre des caisses de vivres apportées par le Proteus, phoquier de 467 tonneaux : cinq cents rations de pain, du thé et des conserves. C’est ainsi qu’il apprend que ce navire a fait naufrage, au nord du cap Sabine, le 23 juillet 1883. Dans un message trouvé le I° octobre 1883, parmi les caisses, le capitaine du Proteus, B.A. Garlington, déclare que le gouvernement fédéral ne désespère pas de sauver l’expédition - que Greely et ses compagnons ne perdent pas courage, dit-il en substance. Greely remet donc à une date ultérieure la poursuite de la retraite vers le sud. L’hiver, du reste, approche et il n’est que temps de construire un abri afin de pouvoir mieux affronter le froid : il s’installe à l’ouest du cap Sabine sur la plage nord de l’île Pim au camp dit Clay. Nous en sommes, à notre camp actuel du fjord Alexandra, éloignés seulement de quelques kilomètres. Camp Clay, 78° 54′ N. 74° 03′ O. Troisième hiver sous une hutte recouverte par la baleinière miraculeusement portée par les flots, après son abandon. Ils ont quarante jours de vivres, mais qu’importe ! Ne vont-ils pas être prochainement relevés ? L’attente se prolongera. plus de deux cent cinquante jours. Les glaces sont, cette année-là, très abondantes et les deux navires envoyés à leur rencontre (Proteus et Neptune) n’ont pu les atteindre. Qui plus est, la dérive des glaces empêche Greely de gagner la côte groenlandaise. Oserai-je dire que - connaissant très bien le secteur - cet argument ne me convainc pas : au cas où le détroit n’est pas franchissable par bateau l’été (du fait du mauvais temps ou des glaces), en revanche, par traîneaux, l’hiver (dès décembre) et à l’avant-printemps, le détroit peut, à pied où à traîneau, être franchi ; mon exploration présente en porte témoignage. Mais il semble que Greely, épuisé, s’accroche à ses instructions et à ce petit et dernier dépôt du cap Sabine. Ancré à cette côte d’Ellesmere inhabitée, il ne croit pas devoir se porter, aussi vite que possible, alors qu’il est encore en force, sur la côte ouest- groenlandaise, dans les villages esquimaux d’Anoritoq, d’Etah, bien connus depuis les expéditions de Kane et de Hayes. Il pouvait, à tout le moins, envoyer une mission pour réclamer du secours, au lieu de faire explorer l’ouest de l’île Pim, ce qu’il entreprend, à plusieurs reprises, avec des hommes affamés. La chasse est très médiocre malgré la présence des Groenlandais. Les explorateurs en sont vite réduits à manger du lichen de roche, leurs vêtements sont en loques. Au début, quelques crevettes sont bien pêchées sur le bord de la banquise. Plusieurs renards, même, capturés et mangés. Mais très vite, c’est la famine. Les appâts des pêcheurs sont bientôt de la chair humaine pourrie. Après des souffrances inouïes, dix-huit d’entre ces hommes vont mourir de froid et de faim l’un après l’autre. Juste avant le retour du soleil, un seul est manquant (mort le 18 février), six meurent en avril, quatre en mai et sept en juin (le dernier à Godhavn, le 8 juillet, après le sauvetage). Parmi eux : l’admirable Lockwood ; le Groenlandais Christiansen ; Kilingsbury, le second, auquel Greely refusera de parler jusqu’à son agonie ; Octave Pavy, l’explorateur-médecin, [de nationalité française] apprécié de tous, qui, se sentant condamné, se suicide en avalant ce qui reste de la pharmacie et se jette à l’eau pour ne pas être mangé. Jens, qui se noie en chassant le phoque… Il est très vraisemblable que les morts aient été la dernière ressource des survivants affamés. C’est sans doute le médecin Pavy qui, découpant habilement avec son scalpel la chair utile des morts, notamment dans l’espace intercostal, a permis au groupe de survivre. Dépeçage également des cuisses, des bras et des jambes. Ultimes marques de respect ? La face, les mains et les pieds ne furent pas touchés. Pavy était si habile que seul un examen attentif a permis de déceler le travail chirurgical qu’il exécutait sous la peau. Après sa mort, les corps des nouvelles victimes (quatre) ont été raclés par les affamés et démembrés à un point tel qu’il n’a pas été possible d’en rassembler les restes épars. Officiellement, ces quatre, ainsi que Pavy, ont été considérés comme perdus… en mer. Afin de faire bon poids, dans les bières des autres, les sauveteurs mirent… des pierres en guise de squelettes. Mais écoutons plutôt le bouleversant récit de Greely, dans son journal intitulé Dans les glaces arctiques, relation de l’expédition américaine à la baie de Lady Franklin. Paris, Hachette 1889 :
D’un navire américain, la Thétis, débarquent rapidement en effet quelques marins. Ils sont saisis d’épouvante devant le tableau qu’offrent ces deux hommes qui se traînent sur la plage. Sur une petite éminence, ils aperçoivent enfin une tente battue par le vent, d’où partent des gémissements. Un des marins éclate en sanglots. Faute de pouvoir trouver assez vite la porte de l’abri, la toile est entaillée au couteau. « La vision découverte est un spectacle d’horreur. Sur l’un des cotés, près de l’entrée, la tête tournée vers l’extérieur était étendu un homme apparemment déjà mort. La mâchoire pendante, il nous regardait les yeux ouverts, fixes et vitreux, les lèvres sans vie. De l’autre coté, il y avait un autre homme, vivant mais sans mains et sans pieds, avec une cuillère attachée au moignon de son bras droit… Vis à vis, marchant sur ses mains et ses genoux, un homme noir avec une longue barbe désordonnée dans une robe sale et déchirée, une petite calotte rouge sur la tête et des yeux brillants et fixes. Quand Colwell apparut (adjoint du commandant de la Thétis, le Capitaine Winfield Scott Schley), il se souleva et mit ses lunettes.
Récit de Jean Malaurie Les derniers rois de Thulé Plon 5° édition 1989 Trois ans après le drame de De Long, cet autre drame qui glace d’épouvante, n’est pas sans rappeler par son horreur celui du Naufrage de la Méduse, soixante cinq ans plus tôt : un commandement militaire, non pour faire la guerre mais pour affronter les risques d’une expédition, dont ils n’ont pas l’expérience. Ne peut-il s’agir que des aléas de tous ceux qui « essuient les plâtres » ? Moins de dix ans plus tôt, les hommes du Polaris qui savaient eux aussi ce qu’est la zizanie, étaient sortis vivants de huit mois de dérive sur des bouts de glace parce qu’ils avaient à leurs cotés quatre Esquimaux ; les hommes de Greely, refusant la solution qui leur aurait fait rejoindre une côte fréquentée par les Esquimaux s’étaient faits piéger par les dissensions, la haine, puis la mort, de faim, de dix sept hommes. 4 09 1881 Jean-Louis Mouras, de Vesoul, dépose un brevet pour une nouvelle fosse d’aisance dite vidangeuse automatique et inodore, autrement dit la fosse septique. 1 10 1881 Ouverture à Montpellier du premier lycée de jeunes filles de France. 1881 Lois sur la liberté de réunion, d’association, de la presse. Ces lois, et celles à venir, en 1901, sur la liberté d’association, en 1905, sur la séparation des Eglises et de l’Etat devront leur existence essentiellement à l’influence en haut lieu des francs-maçons. Création de HEC : Hautes Etudes Commerciales. Alexis Millardet, professeur de botanique à Bordeaux, et Gayon mettent au point la bouillie bordelaise - mélange de chaux et de cuivre - pour combattre le mildiou qui ravage le vignoble. Ce champignon s’étale en tâche huileuse sur le dos de feuilles, détruisant ainsi les inflorescences, maculant les grappes, allant jusqu’à craqueler les rameaux. Reconstitué à partir de plants américains, le vignoble français était ainsi à l’abri du phylloxera, mais sensible au mildiou. Quant il ne restait rien du plant antérieur, le viticulteurs greffaient souvent l’aramon, un cépage très productif, mais à faible degré : les deux tiers du vignoble titraient moins de onze degrés. 1° centrale électrique à Goldaning, dans le Surrey ; 1° tramway électrique Siemens à Berlin ; définition des mesures d’électricité : toutes ces nouveautés sont mises en valeur pour la première Exposition internationale d’Electricité qui se tient à Paris. Gaston Maspero, professeur au Collège de France à 27 ans, directeur général des fouilles et antiquités de l’Egypte, devait avoir « un bon contact » comme on dit aujourd’hui, et grandement conscience de la nécessité de se mêler aux autochtones, car c’est ainsi qu’il entra en relation avec un pilleur de tombes qui le conduisit sur le site où se trouvaient les momies de la XXI° dynastie. Léon Gambetta, président du Conseil envoie en Corse Emmanuel Arene, aux ordres duquel se tiendront le préfet et son administration : il fera le choix de la facilité en mettant en place un clientélisme : ce dernier épousera le clanisme local qui se verra ainsi conforté par ces distributions d’emplois, de pensions et d’avantages. La France impose son protectorat à la Tunisie. Nous pouvons dire à ces peuples (parlant des colonies) sans les tromper que là où la France est établie, on l’aime ; que là où elle ne fait que passer, on la regrette ; que partout où sa lumière resplendit, elle est bienfaisante ; que là où elle ne brille pas, elle a laissé derrière un long et doux crépuscule, où les regards et les cœurs restent attachés. Jean Jaurès 1881 Des soldats français revenant justement de Tunisie défilent à Marseille : quelques sifflets fusent, venus, dit-on, de l’importante communauté italienne : il n’en faut pas plus pour que cette dernière se voit soumise à la vindicte populaire pendant trois jours : il n’y a pas de morts mais les biens sont souvent détruits ; on parlera de Vêpres marseillaises. Affaibli par la maladie et la famine, Sitting Bull se rend. Les Indiens se lancent dans des combats perdus. Tout va être entrepris pour les parquer, les diminuer, les déposséder. Le général Sheridan - un bon Indien est un Indien mort - se charge des derniers massacres. 02 1882 L’Union Générale, banque catholique vient de faire faillite : l’antisémitisme renaissant en attribue la faute aux Rothschild : Les désastres financiers qui viennent de ravager tant de familles nous montrent le Juif tout puissant du haut de son trône et les sociétés modernes asservies au joug de ce roi sans entrailles. Les Juifs sont les rois de la finance. R.P. Bailly, Assomptionniste, directeur de la Revue La Croix, qui deviendra quotidien plus tard. 9 03 1882 Etienne Jules Marey annonce qu’il vient d’obtenir, au moyen de la photographie instantanée, l’analyse complète des différentes formes de locomotion, y compris le vol des oiseaux : c’est le chronophotographe à plaque fixe, qui annonce le cinéma. 11 03 1882 Renan ne se montre pas chaud partisan du devoir de mémoire : L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, est un facteur essentiel de la création d’une nation, et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. L’investigation historique, en effet, remet en lumière les faits de violence qui se sont passés à l’origine de toutes les formations politiques, même de celles dont les conséquences ont été le plus bienfaisantes. L’unité se fait toujours brutalement ; la réunion de la France du Nord et de la France du Midi a été le résultat d’une extermination et d’une terreur continuée pendant près d’un siècle… […] L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. Ernest Renan Conférence Qu’est-ce qu’une nation ? en Sorbonne. [Le texte intégral de cette conférence se trouve dans la catégorie Discours] 10 04 1882 Robert Koch annonce à ses collègues de la Société de physiopathologie de Berlin la découverte de la bactérie responsable de la tuberculose, le bacille qui prendra son nom. 22 04 1882 Raz de marée sur La Rochelle. 13 07 1882 Inauguration de l’Hôtel de Ville de Paris, reconstruit par Théodore Ballu et Pierre Joseph Edouard Deperthes. 13 12 1882 Alphonse Bertillon établit les premières fiches signalétiques de délinquants. 1882 L’Américain Henry Seely invente le fer à repasser électrique, qui ne fût commercialisé en France, par Calor, qu’en 1917. Ce que l’on nommait alors la réclame n’aura pas à trop se creuser la tête : votre confort ne tient qu’à un fil. Antonio Gaudi commence la construction de la Sagrada Familia à Barcelone ; on lui demande : A quoi bon décorer aussi richement des clochers de plus de cent mètres, puisqu’on le les voit pas du sol ? Les anges la verront, répond-il. Cent ans plus tard nul ne saurait dire quand elle risque d’être terminée ; lorsque ce sera le cas, elle comprendra douze clochers latéraux entourant un clocher central à plus de cent soixante dix mètres… à l’intérieur, une galerie accueillerait mille cinq cent chanteurs accompagnés par cinq orgues. Au Japon, Jigorõ Kanõ met au point le judo. Il sera introduit en France en 1935 par Kawaishi Mikinosuke. Le docteur Pinsker, un Allemand, lance l’idée de création d’une nation juive. Première de l’aiguille du Géant, qui domine Courmayeur à 4013 m. Le grand guide de Courmayeur, Emile Rey, y laissera la vie, treize ans plus tard. Ecole Normale de St Cloud, surnommée Le couvent sans crucifix. Lettre de Jules Ferry aux instituteurs pour définir la mission des hussards noirs de la république. Dès 1879, les Conseils à propos de la vie privée de l’instituteur étaient très précis : On ne verra jamais l’instituteur désœuvré les jours de congé. Cette inaction produit le plus mauvais effet sur l’esprit des populations… Il ne faut pas qu’il se conduise comme un campagnard que les futilités de la foire amusent, que les trompettes et les tambours des baladins attirent, que les sornettes, les farces grossières des pitres et des jocrisses désopilent… Il ne lui sera pas défendu d’assister à un concert où des artistes de talent se font entendre, mais il doit consulter sa bourse. Le sérieux, ou plutôt l’austérité laïque toute nouvelle dont l’Ecole normale imprégnait ses émules, se trouvait justement calquée sur la rigueur qui prévalait dans les séminaires religieux. Or, ce rigorisme imposait deux choses aux normaliens : l’abstention totale et définitive d’église, et le renoncement absolu au cabaret, deux lieux de perdition également incompatibles avec la dignité de l’enseignant moderne, ouvert sur le Progrès. …/… Un instituteur public devait montrer en toutes circonstances l’exemple d’une pureté rigide dans sa vie privée totalement engagée, par son métier, dans une laïcité militante. Un élève-maître surpris à la messe aurait été sévèrement sanctionné par son directeur ! Et puis, il y a toujours, partout, des délateurs emplis du désir de nuire… En cas de récidive le garçon aurait encouru l’exclusion pure et simple de l’école, évidemment sous un prétexte quelconque et fallacieux. Claude Duneton Le Monument Balland 2003 L’Angleterre occupe l’Egypte. L’émancipation des femmes commence en Angleterre : elles resteront propriétaires de leurs biens après le mariage. Racing Club de France. Premières colonies de vacance. Création de la ligue des patriotes qui devient le fief des revanchards (…contre les Allemands). La Conférence Internationale Polaire de Hambourg, en 1879, a décidé de la Première Année Polaire Internationale 1882-1883. L’écologie est déjà un nom, mais pas encore une réalité : Les montagnards font une chasse continuelle aux ours et aux aigles. Ils les poursuivent dans le creux des rochers, ils luttent contre elles et, de jour en jour, ces bêtes malfaisantes deviennent plus rares. G. Bruno. Le tour de France par deux enfants. 1 02 1883 Le procédé Thomas de déphosphoration de la fonte permet d’obtenir la première coulée d’acier, aux usines Wendel à Hayange. 6 02 1883 Marcel Deprez parvient à transporter à distance - 20 km pour commencer - de l’électricité. 16 06 1883 Les Assomptionnistes créent le journal La Croix. 21 07 1883 Au siège de la Société historique du Cercle Saint Simon, le diplomate Paul Cambon réunit une brochette très éclectique d’esprits éclairés, pour créer l’Alliance Française. Elle fondera et subventionnera à l’étranger des écoles françaises, formera des maîtres, offrira bourses et récompenses, organisera des conférences. Il fallait réparer l’échec des armées par la séduction de la culture. Les fondateurs de l’Alliance ont eu le génie de faire appel aux amoureux de la langue française, à des étrangers influents dans leur pays, qui ont crée des structures locales animées par des bénévoles. Un cas unique dans le monde des associations culturelles. Jean-Pierre de Launoit, président belge de l’Alliance Française en 2008. Au début du XXI° siècle, l’Alliance affiche une bien belle santé : 1 070 antennes dans 133 pays, animées par 12 000 personnes, principalement bénévoles, dont environ 8 000 enseignants, s’adressant à 442 000 élèves, l’activité culturelle plus large atteignant 6 millions de personnes. 18 08 1883 Emile Trélat fait adopter le système anglais de la chasse d’eau : quatre ans plus tard, Eugène Poubelle l’imposera à Paris. 20 08 1883 Les Français prennent Hué, capitale de l’Annam : Les Français sont entrés par deux cotés à la fois dans le grand fort circulaire que les obus de l’escadre ont déjà rempli de morts. Les derniers Annamites qui s’y étaient réfugiés se sauvent, dégringolent des murs, absolument affolés ; quelques uns se jettent à la nage, d’autres essaient de passer la rivière, dans des barques, ou à gué, pour se réfugier sur la rive sud. Les Français , qui sont montés sur les murailles du fort, tirent sur eux, de haut en bas, presque à bout portant, et les abattent en masse. Ceux qui sont dans l’eau essaient de se couvrir naïvement avec des nattes, des boucliers d’osier, des morceaux de tôle ; les balles françaises traversent le tout. Les Annamites tombent par groupes, les bras étendus ; trois ou quatre cents d’entre eux sont fauchés en moins de cinq minutes par les feux rapides et les feux de salve. Les marins cessent de tirer, par pitié, et laissent fuir le reste ; il y aura bien assez de cadavres dans le fort à déblayer ce soir avant l’heure de se coucher. Pierre Loti, attaché à l’escadre d’Extrême Orient, grand reporter pour le Figaro, le 28 septembre 1883 27 08 1883 Entre Java et Sumatra, dans les îles de la Sonde, le volcan Krakatoa[1] est en éruption depuis le 20 mai. Depuis deux jours, l’éruption est à son point culminant… détonations et explosions sont entendues à Singapour et en Australie… un panache de fumée s’élève à quinze km de haut… poussières et fragments de ponce, projetées de 70 à 80 km de hauteur, se satellisent, devenant plusieurs fois visibles depuis la France. A 18 000 km de là, des lueurs rougeoyantes embrasent le ciel des Etats-Unis. Les effondrements provoquent un raz de marée, avec des vagues de 46 mètres de haut : un bateau de guerre hollandais, le Berouw, et une canonnière sont emportés à plus de 3 km à l’intérieur des terres ; on comptera trente six mille quatre cents dix sept morts. On va ressentir jusque dans le golfe de Gascogne et dans la Manche une oscillation anormale des eaux. Le nuage de poussière qui voile le soleil abaisse d’un demi-degré Celsius la température moyenne du globe pendant un an. On enregistrera dans le monde entier des chutes de neige record durant l’hiver suivant. Les esprits en seront durablement marqués en France au point d’assurer le succès dans les années 1950 de la bande dessinée Jo et Zette (et leur singe Jocco) dont l’action se passe sur les lieux. 30 08 1883 En France, six cent quatorze magistrats hostiles au régime républicain sont exclus de la magistrature. 8 10 1883 Albert et Gaston Tissandier s’envolent à bord d’un dirigeable à moteur électrique, d’Auteuil à Croissy sur Seine. 4 10 1883 Georges Nagelmackers, belge de 38 ans, a décidé d’importer en Europe le principe des wagons de luxe que George Pullman a crées aux Etats-Unis. En 1872, il a crée la Compagnie des wagons-lits, et, succès aidant, il poursuit et inaugure le premier Orient Express, appelé alors Direct d’Orient : il relie Strasbourg à Giurgiu en Roumanie, via Vienne, Budapest, Bucarest. 22 10 1883 Premier tramway électrique à Annemasse. 1883 Deux cent mille chômeurs à Paris. Procès à Lyon de soixante six anarchistes. Edouard Delamare-Debouteville met au point une voiture actionnée par un moteur à gaz d’essence. Premier catalogue de la Manufacture d’armes de St Etienne, destiné à la vente par correspondance. A l’issue d’une guerre de quatre ans perdue contre le Chili, la Bolivie perd sa façade océanique. En 2009, elle projettera un tunnel pour retrouver un accès au Pacifique, par-dessous les 150 km de la frontière entre le Chili et le Pérou. L’américain Watermann crée le premier stylo à plume. A Chicago, on utilise pour la première fois une ossature métallique pour la construction d’un immeuble de dix étages, à New York, un pont suspendu relie Brooklyn à Manhattan, et à l’autre bout du pays, à San Francisco, on termine le Golden Gate Bridge, long de 2737 m. William Frederik Cody - alias Buffalo Bill - a été jusqu’alors un des meilleurs représentants de la conquête de l’Ouest. Il a commencé par encadrer les convois de chariots, puis est devenu, pour le compte de la compagnie de chemin de fer Kansas Pacific chasseur de bisons : ce sont les employés du chemin de fer qui lui donneront son surnom : au bout de dix-sept mois, le bonhomme se targuait d’en avoir abattu 4 280 ! Il est déjà connu du général Sheridan, le chef des tuniques bleues, de Gordon Bennet, le patron du New York Herald, de Stanley, mais son coup de génie va consister à faire du spectacle ambulant qu’il avait monté depuis 1872, un spectacle beaucoup plus ambitieux, faisant de sa propre vie une véritable saga : Wide West Show ; il s’entourera de vrais Indiens, pas rancuniers ni vraiment fiers - Sitting Bull, Geronimo -, deviendra héros national à New York, ira, sur les conseils de Mark Twain, le représenter en Europe, devant la reine Victoria à Londres, devant le président Sadi Carnot à Paris. Il est l’inventeur du cow-boy[2], l’homme de la conquête de l’Ouest. De ses origines jusqu’à nos jours, l’histoire des Etats-Unis fût surtout l’histoire de la colonisation du Great West. L’existence d’une zone de terres vacantes, son recul continu et la progression des pionniers vers l’ouest expliquent l’expansion américaine. […] Pour étudier la colonisation de l’Amérique, il faut d’abord rechercher comment le mode de vie européen a pénétré en terre américaine et comment l’Amérique l’a modifié ensuite en le développant et en influençant l’Europe à son tour. Notre histoire doit commencer par l’analyse des germes européens et de leur éclosion en milieu américain. Ceux qui s’intéressent à nos institutions accordent trop d’importance aux origines germaniques au détriment des facteurs américains. La frontière est le facteur d’américanisation le plus rapide et le plus efficace. La nature sauvage s’impose au colon. Elle accueille un homme aux vêtements, aux activités, aux instruments, aux modes de transport et de pensée européens, le fait passer du wagon de chemin de fer au canot d’écorce, le dépouille des divers attributs de la civilisation pour lui faire porter des mocassins et des vêtements de chasse. Puis, elle l’installe dans la cabane de rondins des Cherokees ou des Iroquois et dresse autour de lui une palissade indienne. Le colon sème bientôt du maïs et laboure le sol avec un bâton pointu. Il ne tarde pas à pousser un cri de guerre et à scalper de la façon la plus orthodoxe. Bref, la frontière constitue d’abord un milieu trop hostile pour l’homme, qui doit en accepter les conditions ou périr. Aussi celui-ci s’installe-t-il dans les clairières et suit-il les pistes tracées par les Indiens. Peu à peu, il transforme cette nature sauvage. Il n’en résulte pas pour autant un reproduction de la vieille Europe ou une simple éclosion des germes allemands initiaux, mais un produit nouveau, typiquement américain. La première frontière fût la côte atlantique, qui était pour ainsi dire la frontière de l’Europe. En se déplaçant vers l’Ouest, la frontière s’est progressivement américanisée. Telles des moraines frontales qu’entraînent des glaciations successives, les frontières laissent des traces derrière elles. Et lorsque la zone frontière est colonisée, elle conserve ses anciennes caractéristiques. Cette progression de la frontière a correspondu à une libération progressive vis-à-vis de l’Europe et à un essor continu de l’indépendance sur des bases américaines. Etudier le déplacement de la frontière, avec ses incidences politiques, économiques et sociales, et la condition des hommes qui vécurent à cette époque, c’est étudier la partie véritablement américaine de notre histoire. Frederick J. Turner. Discours à l’exposition universelle de Chicago en 1893. Charles de Foucauld, bien avant d’entrer en religion, parcourt le Maroc sous le déguisement d’un marchand juif : il va faire plus de 3 000 km, ramenant une importante moisson de renseignements qui lui vaudront la médaille d’or de la Société de Géographie. Reconnaissance au Maroc sera publié en 1888. Savorgnan de Brazza est nommé commissaire de la République dans l’Ouest africain, puis commissaire général au Congo français en 1886, ce qu’on appellera en 1910 l’AEF : Afrique Equatoriale Française : les actuels Gabon, RCA et Congo. Mais on peut être explorateur hors pair et médiocre gestionnaire - de façon générale, un gestionnaire n’est pas un créateur, et vice versa -. C’était le cas : des idées à la pelle, qui heurtaient souvent de front les intérêts des grandes sociétés coloniales, n’étaient de plus pratiquement jamais suivies de bout en bout jusqu’à leur réalisation, beaucoup plus d’exploration que d’administration depuis son bureau de Brazzaville ; on dénoncera la minceur de son aide au colonel Marchand, impatient d’en découdre avec les Anglais. Il gardera tout de même son poste jusqu’en janvier 1898, et sera alors envoyé en semi-retraite à Alger. 7 03 1884 Arrêt du préfet de la Seine, Eugène Poubelle, instituant des boîtes à ordure ménagères. La postérité leur préférera son nom. 21 03 1884 Waldeck Rousseau autorise les syndicats professionnels. 1884 Le marquis de Dion construit la première voiture à moteur à vapeur. John Kemp Starley, qui avait un oncle dans la partie, met sur le marché le Rover Safety Bicycle, ou la bicyclette de sûreté, par réaction à la dangerosité du grand bi : la bicyclette moderne est née. Rétablissement du droit au divorce. Première fibre synthétique : la rayonne. Karl Elsener crée à Zug une firme de couteaux : le fameux couteau suisse Victorinox. Le méridien de Greenwich est adopté comme étant la référence : GMT : Greenwich Mean Time. Le Petit Journal tire à 825 000 exemplaires. La loi Boisseuil, député de Charente, abaisse les droits fiscaux sur le sucre : ce faisant, on favorise les alcools de betterave ainsi que l’utilisation du sucre dans l’élaboration du vin. Ange Mariani, corse et pharmacien, commercialise un « Vin de Mariani », décoction de feuilles de coca dans du vin rouge [les cépages traditionnels sont le Nielluccio, le Sciacarello, le Vermentinu… ] : cette addition d’euphorisants fait de nombreux adeptes : la Reine Victoria, le pape Léon XIII, les présidents américains Grant et Mc Kinley, plus tard, Louis Blériot : son action énergétique m’a grandement aidé lors de ma traversée de la Manche. Les imitateurs sont légion… l’un d’eux, John Smith Pemberton, pharmacien à Atlanta, le vend sous le nom de French Wine Cola : il y a ajouté des feuilles de cola. Les ligues de tempérance bannirent peu après l’alcool sous toutes ses formes, y compris pharmaceutiques. Pemberton enleva donc le vin … il ne resta plus que le Coca et la Cola dont le mariage fut breveté en 1886. Le produit eut une vie un peu chaotique, avant d’être géré par de solides entrepreneurs qui créèrent une World Company : pendant la dernière guerre mondiale, ils s’engagèrent à pouvoir en fournir à tout soldat américain dans le monde pour la somme de cinq cents, ce qui permit d’obtenir de l’armée les financements pour construire des usines d’embouteillage là où il n’y avait rien, usines qu’ils récupérèrent à la fin de la guerre. 26 02 1885 L’ Acte Général de Berlin, conférence internationale tenue à l’initiative de Bismarck, s’achève. Les très récentes conquêtes coloniales de l’Allemagne y sont entérinées : Angra Pequeña, dans le sud-ouest africain, Douala, au Cameroun, Porto Seguro, au Togo, l’arrière pays de Zanzibar. C’est le début du déclin de l’empire portugais, dépouillé par les grandes puissances de nombre de ses droits séculaires. On voit aussi officialisée la naissance de l’Etat Indépendant du Congo : Léopold II, roi des Belges, en sera proclamé souverain le 19 juillet, à titre personnel, lu et approuvé par le parlement belge. Pour masquer un peu tout cela, il s’abritera derrière l’Association Internationale Africaine. C’est l’explorateur Stanley qui assurera la mise en place de l’exploitation économique et humaine de ce vaste territoire : 10 000 kilomètres de voies d’eau navigables, un réseau fluvial de 54 000 kilomètres², allant de l’embouchure du Congo jusqu’au Tanganika et à la source de la Lualaba. Il parvient à mettre dans son camp le prestigieux marchand d’esclaves Ahmed ben Mohammed ben Youna, plus connu sous le nom de Tippu Tib, arabe de Zanzibar. Les Noirs le surnomment Boula Matari : - celui qui fait sauter les pierres -. Stanley mourra un jour, mais Boula Matari continuera à vivre, transmué en principe d’autorité. Léopold II - le roi caoutchouc -, homme d’affaires à qui la royauté donnait des moyens d’action exceptionnels, avait mis fin à la traite des Noirs par les marchands arabes… mais c’était pour mettre tous ces hommes au travail forcé dans sa propriété du Congo, pour récolter l’ivoire et le caoutchouc, ce dernier de plus en plus nécessaire aux pays riches qui se mettaient à la fabrication du pneu. Stanley, instigateur et complice honteux de l’œuvre détestable de Léopold II au Congo. Claudine Lesage Et le sort des esclaves s’avéra finalement plutôt enviable par rapport à celui de ces populations : une armée de seize mille hommes y faisait régner la terreur : quotas de production non respectés, et ce sont mains coupées, cahutes brûlées, tortures, décapitations, mutilations sexuelles ; c’est à peu près la moitié de la population qui va être tuée. Cela durera jusqu’en 1908, quand, couvert de dettes et incapable de continuer à gérer ce territoire, Léopold II l’offrira à la Belgique. 22 05 1885 Mort de Victor Hugo, à qui la nation rendra un immense hommage le 1° juin : on parla d’un million de personnes présentes tout autour de l’Arc de Triomphe. Les prostituées de Belleville, reconnaissantes de son attitude en général - il était bon client - et de son poème Ô n’insultez jamais une femme qui tombe en particulier, seront là et mettront à profit l’immense foule des hommes pour faire de très fructueuses affaires. On vit bien deux ou trois d’entre elles lever une pancarte : aujourd’hui, l’amour est gracieux, mais elles ne furent pas suivies et c’est bien le faire boutique son cul [vieille expression africaine] qui l’emporta : business, as usual. Maurice Barrès parlera de l’humanité autour d’un cercueil. Un autre : Ce n’est pas à des funérailles que nous assistons, c’est à un sacre. Celui en qui elle (La France) s’était depuis longtemps incarnée, celui qui la faisait grande de toute sa gloire, n’est plus ! … Son cœur a cessé de battre, sa tête a cessé de penser… C’était le soleil le plus beau, le plus éclatant qui disparaît de notre horizon ! Mais il a inondé l’atmosphère de sa lumière incomparable et, lui parti, le jour qu’il a fait naître demeure… Le souvenir de l’existence de Victor Hugo, son œuvre grandiose, voilà son âme vouée à l’Immortalité, à laquelle il avait raison de croire… Pars, sans regret, noble génie, grand citoyen et grand poète… Tu as accompli ici-bas une tâche surhumaine, tu as anobli notre siècle, tu as fait meilleure l’Humanité ! Dans l’Histoire, ta figure sera grande parmi les plus grandes, belle parmi les plus belles. Ta gloire resplendissante couvrira notre époque de ses rayons, ce sera un titre d’avoir été le contemporain de Victor Hugo… Paul Doumer. Il est alors conseiller municipal de Laon et dirige La Tribune de l’Aisne, dans laquelle il publie cet éloge funèbre le 7 juin. Il sera élu président de la République en 1931. Les écrivains du futur ne seront pas plus tendres que ses contemporains : Emile Zola : On le sacre grand poète, grand dramaturge, grand romancier, grand critique, grand philosophe, grand historien, grand politique ; ou, pour mieux dire, on lui donne le siècle de haut en bas, de long en large ; il serait à lui seul tout le XIX° siècle… Eh bien, le respect m’échappe devant cette énormité… A mesure que l’âge est venu, il est tombé davantage dans une humanitairerie de bon vieillard. C’est ce que j’appellerai le gâtisme humanitaire. André Breton : Un stupide, en dépit de quelques fulgurances surréalistes. Paul Claudel : Un prêcheur impénitent. Paul Valéry : Hugo est un milliardaire, ce n’est pas un prince. Julien Gracq se montrera beaucoup plus nuancé et précis : Les souvenirs de Théophile Gautier sur les Jeune France et la première d’Hernani nous montrent, autour du jeune Hugo, une sorte de garde rapprochée, où Nerval distribuait les rôles, les positions stratégiques et les mots de passe, et où Petrus Borel - en sous-ordre - intronisait. La fraîcheur et la ferveur de ces souvenirs égrenés au temps de la vieillesse sont saisissantes. Le Hugo embourgeoisé et pair de France, le vaticinateur de Guernesey, et le barde national panthéonisé de la III° République ont éclipsé pour nous le jeune dieu des années 20, décoré par Charles X à vingt-trois ans, et invité au sacre de Reims, comme s’il y était venu au coté du roi relever la bannière de la poésie, cependant que les Jeune France pâlissaient à la seule idée de lui être présentés. Aucun autre poète français n’a connu en littérature ces commencements d’Alexandre ou de Bonaparte, cette étoile au front, ce cortège électrisé et un peu fou de jeunesse et de succès. Il dût y avoir là, dans la France tenue en lisière par la Sainte Alliance, et sous l’éteignoir morose de la Restauration, comme un début d’embellie nationale, une ébauche de revanche de Waterloo. Le Napoléon de l’alexandrin arrivait- en retard sur l’Histoire - mais il arrivait. […] Hugo peut-être, à l’occasion, dans la prose, charmant et même plein d’humour : je lis les quelques dizaines de pages qu’il a écrites sur les îles anglo-normandes en tête des Travailleurs de la mer, et je les lis avec délectation. Leur justesse malicieuse et amusée ravit d’autant plus que la même poigne (on le sent toujours) qui tout à l’heure va faire résonner l’enclume, fait patte de velours dans ces délicats coups de pinceau, et que c’est l’excédent de puissance disponible et toujours manifeste qui donne sa légèreté au capriccio souriant. Il s’amuse à jouer un moment au citoyen de Guernesey : il y a là-dedans - puisqu’il est question d’îles - quelque chose de Napoléon en chapeau de jardinier devant sa grange, trinquant avec les indigènes de Porto Ferrajo. [Lettrines 2] Verlaine :
François Forestier : Né en même temps qu’était publié « Le génie du Christianisme » il apprit la littérature grâce à son beau-père, Lahorie, qui fut l’amant de sa mère. C’était dans les règles de l’époque : cocufiage et belles lettres, doutes sur la paternité et vocation artistique. Jamais Hugo ne se déprendra de cette origine : il aimera les femmes et les livres, fera le grand écart entre la morale et l’immorale. Ah, le bel et bon hypocrite ! Un vrai dessus de cheminée ! Il prend la pose sur un rocher « battu par les flots », une main sur le cœur et l’autre sous le jupon de la cuisinière. Et puis, il ne parle que de lui, lui, lui. Comme le dit un commentateur perspicace : « C’est le grand moitrinaire ». …/… Il y en a trop. On commence par les « Djinns », poème court et rapide, on finit par « Choses vues », un fleuve immense charriant gravas et pépites ! Entre les deux, il y a combien ? Trente, quarante, cent volumes selon les éditions ? Parole, cet homme-là écrit au rouleau, comme on fait de la peinture au rouleau ! Pourtant, quelle audace ! « Cette immense brume grise faite de pluie, de faim, de vice, de mensonge, d’injustice, de nudité, d’asphyxie et d’hiver, plein midi des misérables… » Voici le XVIII° siècle renversé, la cadence bousculée, la mesure - cette mesure si française! - explosée. Hugo est dans l’avalanche : de mots, de sentiments, de cauchemars. Il invente le siècle de l’overdose. Le Nouvel Observateur Décembre 2007 6 07 1885 Louis Pasteur essaie son vaccin contre la rage sur un enfant de 9 ans : Joseph Meister. Le résultat est positif : l’enfant lui en gardera reconnaissance toute sa vie, puisque, devenu gardien à l’Institut Pasteur, il préféra mourir plutôt que d’ouvrir la tombe de Pasteur aux Allemands en 1940. Il n’est pas inutile de revenir sur sa citation la plus connue, puisque le lobby des viticulteurs s’en est emparé pour en faire son drapeau, en l’amputant du mot alcoolisé, ce qui change bigrement la perspective : donc la version originale est : Le vin est la plus saine et la plus hygiénique des boissons alcoolisées. Louis Pasteur … avis au demeurant partagé : Un litre de vin contient la huitième partie de la ration alimentaire de l’homme, et les neuf dixièmes de sa bonne humeur Professeur Louis Landouzy 28 07 1885 La reconnaissance de l’égalité des races n’est pas pour maintenant : Messieurs, il faut parler plus fort et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures. Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le droit de civiliser les races inférieures. Jules Ferry, à la Chambres des Députés. Clemenceau emploiera toute la vigueur de son verbe pour mettre à bas ces concepts de race inférieure et de race supérieure, mais il n’était alors pas au pouvoir : Races supérieures, races inférieures, c’est bientôt dit. Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est une race inférieure à l’Allemand. Depuis de temps, je l’avoue, j’y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation, et de prononcer : « homme ou civilisation inférieur ». Jules Ferry « cadrera » par la suite son propos, avec cet avertissement destiné aux colons par trop entreprenants : Les lois françaises n’ont pas la vertu magique de franciser tous les rivages sur lesquels on les importe. Si la colonisation eut ses partisans, elle eut aussi ses détracteurs, nombreux dans le camp des revanchards, qui voyaient dans ces expéditions lointaines un dérivatif face au combat à mener contre le « boche » pour retrouver l’Alsace et la Lorraine : J’ai perdu deux sœurs et vous m’offrez vingt domestiques, lançait Paul Déroulède. Eté 1885 A Rock Spring, dans le Wyoming, des Blancs attaquent cinq cents mineurs chinois, massacrant de sang-froid vingt-huit d’entre eux. 10 1885 Une grève d’ouvriers italiens de l’entreprise Tonetti met un arrêt définitif au chantier de chemin de fer d’Annecy au Semnoz, mis en route à l’initiative de Marius Vallin et Auguste Defresne. Les grèves allaient déjà bon train : 110 000 grévistes en 1880, 139 000 en 1890, 223 000 en 1900, 281 000 en 1910, 220 400 en 1913. De 64 000, en 1880, le nombre de syndiqués passera le million en 1910. 7 11 1885 La Canadian Pacific Railway Company opère la jonction des deux voies du chemin de fer transcontinental canadien. L’histoire raconte que, pour le franchissement des Rocheuses, les ingénieurs se seraient laissés guider par les aigles, qui « empruntaient » le Yellow Head Pass à 1131m. 1885 A Lorient, lancement du Formidable, cuirassé de 103 m. de long. Premiers vélos Peugeot, produits dans les usines de Valentigney, Terre Blanche et Beaulieu. En France, première moissonneuse batteuse. Transport par câble de l’électricité : La Roche sur Foron, dans la vallée de l’Arve, est le premier village, en Europe, à en être équipé. Il s’agit de courant continu qui ne deviendra alternatif qu’en 1923. Etienne Lenoir invente la bougie d’allumage électrique, indispensable au moteur à explosion. La loi autorise le sucrage des marcs. Etienne Mimard, 23 ans, fils d’un armurier de Sens, rachète, avec l’armurier Pierre Blachon, une modeste affaire de vente d’armes par correspondance à Saint Etienne. Très vite son sens commercial va développer l’affaire : il profite du « boom » du vélo pour vendre ceux des autres puis les siens sous la marque Hirondelle. Idem avec la machine à coudre Omnia. Quatre ans plus tard, il fait passer le tirage des 20 0000 tarifs albums à 300 000, envoyés à tous les chasseurs : il a pu se procurer copie du registre public des licences. Manufrance était né et l’un des ses fleurons, le Chasseur Français, qui détiendra longtemps le quasi monopole des annonces matrimoniales du monde rural. Les colonies agricoles pénitentiaires, créées il y a trente, quarante ans, n’ont pas donné les résultats escomptés : la très grande majorité des détenus était d’origine urbaine et la « valeur rédemptrice du travail de la terre » - Mundatur culpa labore : la faute est purifiée par le travail - n’avait pas vraiment prise sur ces gosses réduits en esclavage. L’époque était aussi à l’industrialisation, et on installa dans les locaux de l’abbaye d’Aniane fondée au IX° par St Benoît - à 5 km de St Guilhem le Désert, une colonie industrielle, en voulant alors faire de ces détenus des ouvriers plutôt que des paysans. L’atmosphère devint très rapidement empoisonnée par la collusion entre gardiens et population locale, qui s’entendaient pour, d’un coté fermer les yeux sur les évasions et de l’autre coté reprendre les évadés… et ainsi se partager la prime de capture. En août 1937, la révolte sera générale au sein des détenus : incendies, destructions des ateliers, dortoirs, réfectoires, évasions en grand nombre : la répression fût féroce. Bon nombre de ces enfants étaient des enfants abandonnés : on en dénombrait trente mille par an ! - aujourd’hui, le nombre de naissances « sous X » est de six cents par an. L’adoption légale n’existait pas et ces enfants étaient « placés » dans des familles, le plus souvent des paysans, ou des institutions qui percevaient un prix de journée de l’administration. Le jeune abbé Saunières, trente trois ans, est nommé à Rennes le Château, dans l’Aude. Ce n’est pas vraiment une sinécure : le presbytère est inhabitable, le toit de l’église fuit…tout est à refaire. Quelques sermons violemment anti républicains lui attirent les foudres de sa hiérarchie mais aussi la sympathie et la bourse de la comtesse de Chambord ; il trouvera encore dans les archives du presbytère voisin de Durban de quoi entreprendre les travaux de restauration de son église et de son presbytère ; mais il y trouvera aussi des documents alchimistes lui permettant de « lire » de nombreux signes de son église et d’une chapelle voisine : ainsi, d’un triangle se trouvant sculpté sur le porche d’entrée, ainsi des premières lettres des saints dont les statues décorent l’église : le G de Ste Germaine, le R de St Roch, Le A de St Antoine l’ermite, encore le A de St Antoine de Padoue, ce qui donne GRAA. Le L manquant étant dans une chapelle proche avec une statue de Sainte Lucie, pour donner finalement le GRAAL. etc etc.. la littérature sur la question abonde et le tourisme ésotérique se porte bien à Rennes le Château. La France s’est taillée sa zone d’influence en Asie en établissant un protectorat sur l’Annam- Tonkin. Dans la foulée, l’amiral Courbet occupe Formose et bombarde l’arsenal de Fuzhou… crée vingt ans plus tôt par des officiers de marine français. 26 01 1886 Deux mille mineurs de Decazeville - ce sont des mines de charbon - se mettent en grève. Ils défenestrent le directeur des houillères, qui en meurt. Quatre prévenus seront condamnés. La grève durera jusqu’au 12 juin. 4 05 1886 Près de cinq cent mille personnes ont manifesté aux Etats Unis - dont cent mille à Chicago -, le 1° mai pour obtenir la journée de huit heures… sans incident notable. Les grèves reprennent le 3 mai, et la police de Chicago tire sur des grévistes de l’usine Mc Cormick, tuant quatre ouvriers et faisant de nombreux blessés. August Spies, responsable avec Albert Parsons, de l’Association internationale des travailleurs, fait imprimer le tract suivant : Revanche ! Aux armes travailleurs ! (…) Depuis des années, vous endurez les plus abjectes humiliations (…) Vous vous épuisez au travail, (…) vous offrez vos enfants en sacrifice aux seigneurs industriels. En bref, toute votre vie, vous avez été des esclaves misérables et obéissants. Et pourquoi ? Pour satisfaire la cupidité insatiable et remplir les coffres de votre voleur et fainéant de maître. Aujourd’hui que vous lui demandez de soulager votre fardeau, il vous envoie ses tueurs pour vous tirer dessus. Pour vous tuer ! Nous vous exhortons à prendre les armes. Aux armes ! Le lendemain, à la fin d’une manifestation de protestation, place de Haymarket, c’est le drame : une bombe est lancée au milieu des policiers, faisant soixante six blessées dont sept décèderont plus tard : les policiers répliquent : on ne connaîtra jamais le nombre de morts du coté des manifestants, ni l’identité du lanceur de bombe : anarchiste ou provocateur de la police ? La répression fût sévère : huit anarchistes seront jugés, l’un d’eux se suicidera en prison en faisant sauter un bâton de dynamite, trois resteront emprisonnées et quatre seront pendus le 11 novembre 1887 ; le scandale de ce procès inique amènera la II° Internationale à faire du I° mai la journée en mémoire des martyrs de Haymarket, et du mouvement ouvrier. Spies s’exclamera : Le temps viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd’hui. L’anarchie était alors très largement représentée et active au sein du monde ouvrier américain : Tremblez, oppresseurs de la terre ! Vous avez la vue basse, mais déjà pointent à l’horizon les lueurs écarlates et sombres du jour du jugement. Texte de 1883 14 07 1886 Le général Boulanger, nouveau ministre de la guerre, est ovationné à la revue de Longchamp. 4 09 1886 A Skeleton Canyon, en Arizona, proche du Mexique, Goyakla - alias Geronimo - se rend au général Miles. Chef de la tribu apache des Chiricahua, cela faisait des années qu’il tenait tête à des troupes en nombre bien supérieur aux siennes. Il n’avait pu se résigner à la vie de réserve. Le meurtre de sa mère, de sa femme et de ses enfants par des mexicains en 1858 en avait fait un ennemi implacable des Blancs. Il mourra à 80 ans à Fort Sill, au sud-ouest d’Oklahoma City, le 19 février 1909. 27 10 1886 Inauguration en rade de New York de la Statue de la Liberté, 46 mètres de haut, (et encore autant pour le piédestal) réalisée par Auguste Bartholdi. L’idée était venue du juriste libéral Edouard de Laboulaye, proche de Tocqueville, pour commémorer le centenaire de la naissance des Etats-Unis et célébrer l’amitié franco-américaine. Une souscription ouverte dès 1865 avait permis à la France de l’offrir aux Etats Unis. C’est Viollet le Duc qui avait imaginé les structures métalliques qui arment la tête et la main brandissant la torche. Après sa mort, Gustave Eiffel prendra sa suite, concevant la potence interne, colonne vertébrale de la statue. Pour la tête, le modèle était Jeanne Emilie Baheux de Puysieux, qui deviendra l’épouse de Bartholdi. La statue était prête depuis 1884, montée chez le fondeur Gayet, boulevard de Courcelles… mais les Américains eux, n’étaient pas prêts à la recevoir… et c’est Joseph Pulitzer, propriétaire du quotidien The World, qui déploya l’énergie nécessaire pour faire réaliser le piédestal, sur l’île Bedloe, au débouché de la rade de New York, site choisi par Bartholdi. 30 10 1886 Le personnel enseignant des écoles primaires devra être laïcisé dans les cinq ans à venir. La charte de l’instruction publique comprend 68 articles. 1886 Premier championnat de tennis. Création du premier établissement thermal à Thonon les Bains. A Froges, en Isère, Paul Louis Heroult met au point la fabrication par électrolyse de l’aluminium. Louis Lefevre-Utile fabrique ses premiers biscuits Petit Lu à Nantes. Le tonnage transporté dans la traversée de l’Atlantique par navires à vapeur devient plus important que celui transporté par voilier. Edouard Drumont publie La France Juive, qui deviendra vite un best-seller, diffusé à des centaines de milliers d’exemplaires, réédité près de 200 fois : il y oppose le Sémite, qui est mercantile, cupide, intrigant, subtil, rusé à l’Aryen enthousiaste, héroïque, chevaleresque, désintéressé, franc, confiant jusqu’à la naïveté… Tout vient du Juif, tout retourne au Juif. Le garçon n’avait pas eu une enfance des plus heureuses, hanté par le déclin social de sa famille du à l’internement psychiatrique de son père à Charenton : il avait alors dans les quinze ans et connut la misère pendant plusieurs années. Georges Bloy - frère de l’écrivain Léon Bloy - est condamné à six ans de bagne plus six ans de déportation à la Nouvelle-Calédonie pour avoir tenté de défendre, en Indochine, les indigènes contre l’administration française. Léon s’en souviendra… et de bien d’autres : C’est à trembler de la tête aux pieds de se dire que les belles races américaines, du Chili au nord du Mexique, représentées par plusieurs dizaines de millions d’Indiens, ont été entièrement exterminées, en moins d’un siècle, par leurs conquérants d’Espagne. Ça, c’est l’idéal qui ne pourra jamais être imité, même par l’Angleterre, si colonisatrice pourtant. Il y a des moments où ce qui se passe est à faire vomir les volcans. On l’a vu, à la Martinique et ailleurs. Seulement, le progrès de la science empêche de comprendre et les horreurs ne s’arrêtent pas une seule minute. Pour ne parler que des colonies françaises, quelle clameur si les victimes pouvaient crier ! Quels rugissements, venus d’Algérie et de Tunisie, favorisées, quelquefois, de la carcasse du président de notre aimable République ! Quels sanglots de Madagascar et de la Nouvelle-Calédonie, de la Cochinchine et du Tonkin ! Pour si peu qu’on soit dans la tradition apostolique de Christophe Colomb, où est le moyen d’offrir autre chose qu’une volée de mitraille aux équarrisseurs d’indigènes, incapables, en France, de saigner le moindre cochon, mais qui, devenus magistrats ou sergents-majors dans des districts fort lointains, écartèlent tranquillement des hommes, les dépècent, les grillent vivants, les donnent en pâture aux fourmis rouges, leur infligent des tourments qui n’ont pas de nom, pour les punir d’avoir hésité à livrer leurs femmes ou leurs derniers sous ! Et cela, c’est archi-banal, connu de tout le monde, et les démons qui font cela sont de fort honnêtes gens qu’on décore de la Légion d’honneur et qui n’ont pas même besoin d’hypocrisie. Revenus avec d’aimables profits, quelquefois avec une grosse fortune, accompagnés d’une longue rigole de sang noir qui coule derrière eux ou à côté d’eux, dans l’invisible - ils ont écrasé tout au plus quelques punaises dans de mauvais gîtes, comme il arrive à tout conquérant - , et les belles-mamans, éblouies, leur mijoteront des vierges. J’ai devant moi des documents, c’est-à-dire tels ou tels cas. On pourrait en réunir des millions. L’histoire de nos colonies, surtout dans l’Extrême Orient, n’est que douleur, férocité sans mesure et indicible turpitude. J’ai su des histoires à faire sangloter les pierres. Mais l’exemple suffit de ce pauvre brave homme qui avait entrepris la défense de quelques villages Moï, effroyablement opprimés par les administrateurs. Son compte fut bientôt réglé. Le voyant sans appui, sans patronage d’aucune sorte, on lui tendit les simples pièges où se prennent infailliblement les généreux. On l’amena comme par la main à des violences taxées de rébellion, et voilà vingt ans qu’il agonise dans un bagne, si toutefois fois il vit encore. Je parlerai un jour, avec plus de force et de précisions, de ce naïf qui croyait aux lois. Léon Bloy. Le Sang du pauvre 1909 Dans ces années 1880, d’autres écrivains n’étaient pas plus tendres pour les colonisations plus proches comme celle de l’Algérie : Notre système de colonisation consistant à ruiner l’Arabe, à le dépouiller sans repos, à le poursuivre sans merci et à le faire crever de misère, nous verrons encore d’autres insurrections Guy de Maupassant Et vingt ans plus tard, on entendra encore : La France a, pendant soixante dix ans, dépouillé, chassé, traqué les Arabes pour peupler l’Algérie d’Italiens et d’Espagnols. Anatole France Albaret et Sandoz font partie des cadres de la célèbre entreprise d’horlogerie Japy, à Beaucourt sur le Territoire de Belfort. De retour d’un voyage d’études aux Etats-Unis, ils remettent leur rapport : [en caractère droit, ce qui concerne l’Amérique, en italique, ce qui concerne Beaucourt]
23 02 1887 Un séisme sous-marin au large de l’Italie secoue la Ligurie et les Alpes Maritimes. On comptera six cents morts en Italie, une dizaine sur la Côte d’Azur. Le village de Castillon est rasé, une trentaine de maisons sont évacuées à Nice. 20 04 1887 Le Lebel, premier fusil à répétition remplace le Gras. 08 1887 Le canal de Tancarville améliore la liaison fluviale Paris - Le Havre. 6 11 1887 Chemin de fer à crémaillères à Langres : 132 mètres de dénivellation. 1887 Liaison Marseille Corse en ballon. Disque en cire de l’allemand Emile Berliner. Premiers verres de contact. Daimler et Benz réalisent la première voiture à essence. Première coopérative laitière à Chaillé, en Charente maritime : la vache a remplacé les vignes ravagées par le phylloxera. Sept ans plus tard, on en comptera quarante rien qu’autour de Surgères. Les Italiens entreprennent la construction d’une ligne de chemin de fer en Erythrée depuis le port de Massawa sur la mer Rouge. Il atteindra la capitale Asmara, à l’ouest en 1911, puis encore dix sept ans plus tard Agordat, toujours plus à l’ouest. Dans les années 1920, il y aura jusqu’à quarante liaisons quotidiennes entre la capitale et le port : 118 km. La ligne sera fermée en 1976 par l’occupant éthiopien. Puis les Erythréens prendront à cœur de la restaurer, telle quelle, grâce aux archives cachées des Ethiopiens par un patriote : c’est ainsi qu’en 2008, un train à vapeur - machines et wagons sont d’origine : le début du XX° siècle - reprend du service entre la capitale Asmara et Massawa - pour le plus grand plaisir des rares touristes, et pratiquement d’eux seuls. Les bookmakers sont interdits sur les champs de course de chevaux où seuls sont autorisés les paris mutuels : manipulant les directeurs de sociétés de course, les journalistes, les ministres de l’intérieur et de l’agriculture, Albert Chauvin et Joseph Oller sont parvenus à leur fin : ils ont tout l’appareil des paris mutuels en main. Les deux compères vont se fâcher un an plus tard, mais leurs successeurs seront assez sages pour réaliser qu’il y a en France de la place pour deux : aux Carrus, successeurs des Chauvin la province et Vincennes, aux descendants d’Oller la capitale et quelques bastions dans l’ouest. Première publication de l’Internationale. Les paroles sont d’Eugène Pottier, écrites dans une cache où il se terrait après la semaine sanglante de 1871. En 1888, le futur maire de Lille, Gustave Delory, propose à Pierre Degeyter, animateur de la chorale socialiste La Lyre des Travailleurs, de le mettre en musique. Interprétée pour la première fois le 23 juillet 1888, son succès se limitera d’abord aux milieux ouvriers du Nord. Chantée par l’ensemble des participants du 14° Congrès du Parti Ouvrier Français en juillet 1896, elle détrôna vite la Marseillaise, devenant l’hymne du mouvement syndicaliste ; traduite en russe en 1902, elle accompagnera bientôt la révolte des marins russes du Potemkine et restera l’hymne officiel de l’Union Soviétique jusqu’en 1941. Il faudra pourtant attendre le 8 mars 1926, avant qu’elle ne soit officiellement déposée à la SACEM, après un long procès qui aura opposé Pierre Degeyter à son propre frère Adolphe. Devant le succès de l’œuvre, celui-ci prétendit, en effet, en être le véritable compositeur. Dans un premier temps, en 1914 - soutenu inexplicablement par Gustave Delory -, il obtiendra gain de cause auprès du tribunal de Paris ; mais, rongé par le remords, il se pend en 1916, après avoir adressé à son frère une lettre dans laquelle il reconnaît avoir menti. Faisant alors appel, Pierre Degeyter finira par avoir gain de cause et être rétabli dans ses droits.
02 1888 Mise en service de la ligne de chemin de fer Bastia-Corte. 02 1888 Mise en service du viaduc ferroviaire de Garabit, sur la Truyère, sur les plans de Léon Boyer, réalisé par Gustave Eiffel : le tablier de 565 m a été mis en place par lançage, la portée centrale mesurant 165m, à 122 m au-dessus de la Truyère. Les travaux avaient commencé en 1882. 120 ans plus tard, la technique sera reprise pour la construction du viaduc de Millau. Le Cantal a fait sienne à cette occasion la définition que se donne la Suisse : le pays du progrès dans la tradition : Pendant très longtemps, ce fut l’usage très répandu en France, d’emmurer un chat vivant dans les premières pierres d’un édifice, maison, château, pont. Lors de la construction du viaduc de Garabit, un chat fut précipité dans la vallée, mais comme la chute, plus de cent mètres, ne l’avait pas tué, les gens jetèrent un second chat. …/… car, pour durer, une construction doit être « animée », c’est à dire recevoir à la fois une vie et une âme. Ce que seul le sacrifice sanglant permet car la mort violente est créatrice. Ainsi le corps charnel donne-t-il vie au corps architectonique. Véronique Guibert de la Vaissière. Saint Guilhem le Désert et sa région.
[1] le volcan lui-même se nomme en fait Perbuatan, et c’est la toute petite île - 24 km² - sur laquelle il se trouve qui se nomme Krakatoa. [2] Au départ, le cow-boy était un convoyeur de bétail du Texas - principal héritage du passé espagnol - vers les gares d’Abilene et de Dodge City où ils étaient embarqués avec comme destination finale les abattoirs de Chicago. Poster un commentaire
|
|||