|
|
février 1902 à mai 1906. Montagne pelée. Premiers pogroms. Premier Tour de France
15 02 1902 La loi de protection de la santé publique rend obligatoire la vaccination antivariolique pour les bébés avant un an révolu. 4 03 1902 Création du Parti Socialiste lors du Congrès de Tours 8 05 1902 Eruption du volcan de la Montagne Pelée, dans le nord de la Martinique : gaz et cendres sont propulsés à l’horizontale à près de 550° à une vitesse de 130 à 150 mètres par seconde, provoquant la mort de 28 000 personnes en quelques secondes. Les ponts des bateaux ancrés dans le port de St Pierre, s’embrasent, et le Belem ne doit de rester intact qu’au fait d’avoir été contraint à mouiller beaucoup plus loin, faute de place dans le port de St Pierre [1]. Il reste deux survivants, un prisonnier sauvé par sa geôle, et un cordonnier, réfugié sous une table de sa maison, elle-même à l’abri du souffle. Pourtant, la Montagne Pelée n’avait pas été avare de signes avant-coureurs : premières fumerolles en 1889 et 1901, séisme le 22 avril, explosion le 24, séismes à nouveau les 29 et 30, explosions le 2 mai, pluie de cendres le 7. Mais des élections étaient prévues pour le dimanche 11 mai, et les autorités avaient convaincu les habitants de rester chez eux. De plus, tout cela se passait à une époque où les connaissances en vulcanologie étaient très embryonnaires : on ne savait donc pas discerner la gravité des signes avant-coureurs. La grand-mère d’Alexis Saint Léger – alias Saint John Perse – créole de vieille souche, d’une île proche de la Guadeloupe, parlait un jour à son petit fils de cette catastrophe où il était mort sept mille personnes ; il corrigea le chiffre en disant qu’il y en avait eu quatre fois plus ; elle rétorqua : ah, mais bien sur, si tu comptes les gens de couleur ! 20 05 1902 Indépendance formelle de Cuba : en fait les Etats-Unis, outre qu’ils conservent certaines bases militaires, dont Guantanamo, vont continuer à garder la main haute sur le pays, nommant des gouvernants qui seront à leur solde, pillant les richesses du pays à leur profit. Plantations, canne à sucre, minerais, chemins de fer, banques etc… seront sous contrôle américain. Moins de trente ans plus tard, Paul Morand en témoignera : Molle Havane, créole indolente, où sont tes vieux planteurs du temps d’Isabelle, en pantalon de nankin, à barbe double, auréolés de médailles d’or sur fond de palmiers, comme à l’intérieur des boîtes de cigares? Faut-il que les États-Unis soient un enfer pour que ceux qui en arrivent (par les nouveaux trains de cette année, qui mettent La Havane à quarante-sept heures de New York) voient en toi l’oasis de repos et de tiédeur que tu n’es plus ? Dure et riche, polie dans tous ses matériaux, propre comme un transatlantique, asphaltée, sans une ombre, sans un arbre, La Havane ne connaît plus ces désordres politiques ou militaires, ces embarras de voitures ou d’argent, toute cette anarchie latine qu’on se prend à regretter dès qu’elle est à jamais perdue. Des autos américaines, aux nickels hurlants, la déchirent en tous sens. Quartiers nègres, rues chinoises, ne sont même plus les refuges du romantisme. Ici, la respiration, c’est le cours des sucres ; ses écarts – il a passé de deux sous à trente, depuis la fin de la guerre, pour redescendre à trois – ruinent ou enrichissent, rapides comme des cyclones. C’est le sucre qui suffit à toute cette dépense, à ce luxe épouvantable, où la vanité a la plus grande part. Bonbonnières de cocottes, hôtels particuliers en blanc d’œuf, «mansions» Tudor imitées des Américains, petits Trianons en beurre, croquignoles et friandises à l’italienne. Le goût vient rarement tempérer ces excès. Toute la ville est en marbre et tout ce marbre vient d’Italie. Les nouvelles routes sont en granit. Un burg rhénan a des plafonds en nacre. De ces demeures, les dernières ne sont pas les moins belles. J’ai traversé en auto, à toute allure, le cimetière de Colomb où chaque défunt a droit à une villa de marbre, à un chalet à perpétuité, avec vitraux et gargouilles de céramique, sorte de Viroflay funéraire. Le nouvel hôpital a soixante-cinq pavillons, grands comme un de nos hôpitaux ; dans chacun, l’on soigne un type différent de maladies ; si l’on arrivait avec une de ces belles lèpres inconnues d’Asie centrale, on aurait droit à un soixante-sixième pavillon que l’on vous construirait dans la nuit. Ici, l’on compte par millions de dollars. Que ne pourrait-on faire avec tant d’argent ! Il faut dire que les dernières constructions témoignent d’un meilleur goût. L’influence de notre exposition des Arts décoratifs se fait sentir; Lalique décore de ses verres exquis plusieurs demeures ; la Renaissance espagnole et jésuite réveille l’art local; enfin, après un détour par Montparnasse, les jeunes artistes cubains demandent à l’artisanat et au folklore nègres des Antilles une inspiration très heureuse. Si l’on peut dire qu’à Cuba les États-Unis sont partout, – mainmise sur les terrains, sur les sucres, trust du tabac, industrie, tourisme, – il faut avouer que Cuba a, par ailleurs, sa revanche. En ce Monte-Carlo tropical, l’on trouve à jouer tous les jeux défendus, jusqu’au matin; plus de cinquante restaurants de nuit; quatre mille bars et cafés, pour une ville qui ne dépasse guère le demi-million d’habitants. Quarante-cinq jours de carnaval et, chaque dimanche, toute la ville masquée. Le plus beau golf; un yacht-club, d’ailleurs sans yachts. Enfin, il n’est pas besoin de le dire, tous les alcools du monde, tout ce que, depuis la Sibérie jusqu’à l’Australie, les hommes ont imaginé de faire fermenter et mis en bouteilles. Voici le «patio» de l’hôtel Sevilla, à l’heure du cocktail. Cette cour intérieure espagnole, aux piliers revêtus de faïences, d’«azulejos», au carrelage grenadin, décorée de fougères tropicales et de cages où les oiseaux des îles font plus de bruit que des Américaines, on y boit, entre midi et une heure, plus que dans toute la France. C’est une telle inflation de beautés que les cours s’en effondrent. Les bouches remuent, les yeux glissent, les rires éclatent. Atmosphère de bonnes fortunes, d’amours de hasard, de rendez-vous furtifs, de ruptures de ban, de divorces en puissance, d’ivresse, de frivolité, de reportage scandaleux et de chantage, sur laquelle plane cette honte dont les Anglo-Saxons n’arrivent jamais à se défaire, surtout lorsqu’ils prennent leurs plaisirs en commun. Tout se calme à l’heure de la sieste et reprend vers le soir, après une journée passée dans ces grands clubs hispano-américains des environs. Dîner sur les toits, tandis que, la nuit, ce luxe des tropiques est annulé par tant de constellations commerciales. Le « style » des visiteurs, à vrai dire, laisse à désirer. Hollywood, les dactylographes trop blondes, aux bas roulés, en fuite avec leur patron, les vedettes de music-hall, les boucaniers et pirates du whisky dominent. La bonne société américaine est en Floride ou au Cap-d’Ail ; les Cubains de qualité sont invisibles et murés, sauf les jours de gala, «de moda» au Country-Club. Paul Morand Hiver Caraïbe 1929 31 05 1902 La paix généreuse de Vereeniging marque la fin de la guerre des Boers : les Anglais n’exercent pas de représailles et consentent à d’importants dédommagements pour que les Boers puissent reconstituer fermes et troupeaux. 1 07 1902 Un décret ordonne la fermeture systématique des 125 écoles catholiques dites non autorisées, car créées après la promulgation de la loi du 1° juillet 1901, et même de celles qui, appartenant à des congrégations autorisées, croyaient ne pas avoir besoin d’autorisation. Waldeck Rousseau avait pris prétexte des vœux de pauvreté et d’obéissance demandés aux religieux pour les exclure du bénéfice des droits des citoyens, puisque ces éléments venaient contribuer à l’enrichissement des congrégations. 15 07 1902 Une circulaire demande la fermeture de 2 500 écoles tenues par des religieux et religieuses, en situation administrative irrégulière. Cela va entraîner des troubles dans toute la France, particulièrement en Bretagne. 2 08 1902 Nouveau décret demandant la fermeture de 324 écoles religieuses. 15 08 1902 Le commandant Barthélémy Le Roy Ladurie, grand’père d’Emmanuel, l’historien, reçoit l’ordre de procéder à la fermeture des écoles catholiques de Douarnenez et Audierne : il ne peut s’y résoudre et donc refuse d’exécuter l’ordre. Traduit en conseil de guerre, la sanction tombe : destitution pour désobéissance à un ordre militaire, en vue du maintien de la discipline. Il sera réintégré en 1914, bien noté, décoré de la croix de guerre, mais ne sera jamais nommé colonel. 1902 La police utilise les empreintes digitales. L’Académie Goncourt est créée par Edmond Goncourt, sur une idée que son frère Jules avait mis sur testament : le chagrin de la perte de ce frère avec lequel il partageait tout : encrier, fureurs, passions, migraines et maîtresses, lui commandait de donner forme aux désirs de son frère. Observateurs attentifs de leur temps, ils écrivirent un Journal où le pire voisine avec le meilleur… le charnier de la vérité, selon leurs propres mots. Jourdain construit la Samaritaine, en fer et céramique. Fermeture des écoles appartenant aux congrégations qui ne sont pas autorisées. Fondation des établissements Carnaud et Forges de Basse-Indre, dans la Loire inférieure. L’Espagne envoie des navires de guerre devant Tanger, et la régente Marie Christine cède le pouvoir à Alphonse XIII. Le roi du Rwanda, Youhi V Musinga fait appel aux forces allemandes pour mater une révolte armée entre ethnies. Joseph Conrad publie Au cœur des ténèbres, virulente dénonciation des exactions belges commises au Congo, propriété personnelle du roi des Belges, Léopold II. A l’initiative du capitaine Clerc, introduction des skis au 15° régiment d’infanterie alpine de Briançon. Paul Payot, médecin à Chamonix, se fait envoyer des skis, et monte au col de Balme en compagnie du guide Joseph Ducroz. Six hommes, dont un anglais, Eckenstein, atteignent l’altitude de 6600 m sur les pentes du K2, 8611m. 29 01 1903 Afin de soutenir l’industrie sucrière, contre la concurrence du sucre de canne, la taxe sur le sucre passe de 60 à 25 francs par quintal. Le privilège des bouilleurs de cru sera supprimé en mars : les viticulteurs ne pourront plus recycler leur alcool en excédent. Cela, c’est pour contenter les betteraviers. La consommation de sucre en France augmente de 50 % de 1903 à 1904, pour le principal du fait des négociants fraudeurs, installés quai de Bercy en bordure du réseau ferré PLM, qui mettent ainsi sur le marché un vin de fabrication industrielle : trois millions d’hectolitres de vins de raisins secs de Grèce et de Turquie deviennent ainsi par la grâce de sucre, d’eau, d’acide tartrique, de tannin, etc… douze à quinze millions de d’hectolitres de « vin ». Le sucrage est réglementé tant en première qu’en deuxième cuvée ; le sucre est autorisé à la vendange, à raison de dix kilogrammes pour trois hectolitres, et cela c’est pour contenter les viticulteurs. Les cours remontent, accordant un répit aux viticulteurs, mais aucune de ces mesures n’apaise les esprits. 19 04 1903 Le délai accordé aux congrégations non autorisées expire : les incidents sont sérieux à Nantes, à Saint Nicolas du Port, en Meurthe et Moselle, à la Roche sur Foron, en Haute Savoie et dans l’Isère. A Paris, on se battra en mai : le préfet Lépine sera frappé à coups de bouteille. 21 04 1903 Pogrom contre les juifs, qui représentent 45 % de la population de Kichinev, capitale de la Moldavie, en Russie : 40 morts, 315 blessés. En 3 ans, 3 000 entreprises ont fermé… la crise est sévère et les Russes vont au plus facile : c’est le juif qui sera le bouc émissaire : le journaliste Kroutchevan se chargera de la besogne, distribuant sa prose aux cabaretiers qui seront contraints à le diffuser, sous peine de voir leur établissement saccagé : Le Parti des ouvriers, des chrétiens authentiques évoque notre Sauveur torturé à mort par les Juifs, les buveurs de sang avides qu’il aurait fallu depuis longtemps chasser de Russie, ennemis de notre Petit Père le tzar [...] Qui sait quel peuple vil, rusé, menteur et avide d’argent ils forment. ************************* Partout dans les rues sont éparpillés des débris de meubles, de glaces, des samovars et des lampes tordues, des pièces de linge et de vêtements, des matelas et des édredons éventrés. Les rues sont comme enneigées, car elles sont couvertes de duvet, de même que les arbres. Procès verbal de constat des déprédations 28 04 1903 La cargo mixte Guadalquivir qui appareillait de Salonique pour Constantinople est victime d’un attentat à la dynamite : De graves événements se sont produits à Salonique. Ils sont l’œuvre du « Comité révolutionnaire macédonien » qui s’est donné pour mission de conquérir l’indépendance de la Macédoine. Le principal chef de ce Comité, nommé Deltcheff maître d’école avait réuni le 13 avril dernier tous ses adhérents, et c’est à ce moment sans doute que l’insurrection fut décidée. Le plan des insurgés est d’exaspérer par des attentats le gouvernement Turc et de l’amener à exercer des répressions sanglantes : et ils comptent que des répressions forceront l’Europe à intervenir et à prendre des mesures en faveur de la Macédoine. Le premier acte des révolutionnaires a été l’attentat contre le steamer Guadalquivir de la Compagnie des Messageries maritimes à bord duquel une bombe de dynamite a éclaté. Voici, d’après l’équipage du navire, le récit détaillé des faits : L’explosion s’est produite exactement à onze heures vingt. Au moment où le navire quittait le port de Salonique. Les machines venaient de prendre la libre route. La bombe éclata au centre même du navire, dans la batterie des officiers, qui se trouvaient en ce moment à table, loin heureusement de leurs cabines Par la force de l’explosion, un tuyau de vapeur fut rompu, blessant cinq des chauffeurs, grâce à la présence d’esprit et au courage du mécanicien Le Galit, les malheureux purent être dégagés avant l’asphyxie complète. Le navire prit feu avec une telle rapidité que les hommes de l’équipage et même les officiers n’hésitent pas à dire que des substances inflammables avaient été répandues sur le navire et dans les cales ; on voyait les flammes courir sur le pont. Au milieu des cris des passagers, le commandant Combes, tout en ordonnant des mesures pour combattre l’incendie, fit mettre à l’eau les canots de sauvetage de l’arrière, les autres étant déjà devenus la proie des flammes ; les passagers, au nombre d’une vingtaine, s’y entassèrent. Pendant ce temps, tous les efforts pour conjurer l’incendie restaient vains ; le feu faisait des progrès effrayants . Le Commandant Combes quitta la passerelle, qui s’effondra aussitôt, sapée par les flammes. Des embarcations de toute sorte vinrent pour porter secours. Le feu, à ce moment, dévorait le navire tout entier : officiers et équipage n’eurent que le temps d’embarquer sur les navires sauveteurs. Le Commandant Combes, dont la conduite au dire de tous, fut digne des plus grands éloges, quitta le dernier le Guadalquivir. Le Guadalquivir fut pris en remorque par le vapeur Penelope qui le conduisit à l’entrée du port de Salonique, mais toute tentative d’extinction était dès lors inutile. Le fléau avait accompli son œuvre, le navire était entièrement perdu. Par les soins du consul de France a Salonique, les hommes de l’équipage furent dirigés sur l’hôpital de la ville, pendant que les officiers et les passagers recevaient, dans les hôtels, les soins que nécessitait leur état. L’auteur présumé de l’attentat, nommé Yorghi Minof, qui était vêtu avec une certaine élégance était venu à bord avec un billet de quatrième classe. Il avait mis une grande insistance à échanger son billet de quatrième Classe contre un billet de première, ce qui devait lui permettre de pénétrer dans le centre du navire et de la batterie des officiers, où il parvint à déposer sa bombe. Il paraît certain que les dynamiteurs voulaient, par cette explosion à bord du Guadalquivir, amener toutes les autorités et de nombreuses forces de police sur les quais. Pendant ce temps, ils auraient continué leur œuvre de destruction dans la ville. Ce qui est établi, c’est que d’autres bombes éclatèrent en plusieurs points. La Banque ottomane, voisine de l’hôpital, était incendiée. Pendant toute la nuit, des détonations se succédèrent, des cris d’épouvante retentissaient de toutes parts. L’affolement règne encore à Salonique, où l’on craint de nouveaux attentatsLe Petit Parisien. Dimanche 3 mai 1903, n°747 [Dans l’entre deux guerres, le Petit Parisien, quotidien, aura le plus gros tirage du monde ! jusqu’à 2 millions d’exemplaires ! ] 29 04 1903 L’évacuation par les dragons et l’infanterie des bénédictins de la Grande Chartreuse, au bord du lac du Bourget, entraîne une émeute : le colonel de Coubertin démissionne. Ils partiront avec leurs alambics à Tarragone, reviendront en 1922… pour en repartir en 1992, déménageant à Ganagobie, au-dessus de la Durance, près de Manosque : l’affluence des touristes (environ 300 000 par an) n’était plus compatible avec la vie monastique… Mais le « remède » Ganagobie s’avéra être aussi nocif sinon pire que le mal : les touristes se mirent à leur gâter la vie, tout comme à Hautecombe. Le problème n’avait été que déplacé. D’autres Chartreux expulsés, réfugiés à Pignerole en Italie, avaient proposé deux millions de francs à Emile Combes pour qu’il les autorise à rester : ce dernier sera lavé de tout soupçon de corruption le 12 07 1904, mais les Chartreux, en cela fidèles à leurs habitudes, ne diront rien. De mars à juin, plus de 400 congrégations sont interdites. Genève garde toute sa force d’attraction pour les Savoyards : La dangereuse promiscuité des populations de la zone (de la Haute Savoie) avec l’étranger est démontrée par de nombreux faits… Il y a à Genève 35 000 Français, 23 % de la population, dont le plus grand nombre appartiennent à la Haute Savoie : ils sont très attachés à la mère patrie ; mais il est fort à craindre qu’après avoir fêté l’Escalade (fête nationale genevoise) avec les Genevois pendant plusieurs années, ils ne s’imprègnent d’idées genevoises et que, joints aux zoniens naturalisés genevois, ils ne forment le trait d’union entre la Savoie du Nord et Genève, lorsque la Suisse jugera les circonstances propices à l’annexion qu’elle n’a pu réaliser en 1860. Léon Duparc 24 05 1903 224 voitures de course s’élancent de Versailles pour Madrid : 3 jours avaient été prévus. Mais la première étape Versailles – Bordeaux vira rapidement au jeu de massacre, les pilotes se tuant par accident, tuant des spectateurs, ou des personnes passant par là sans identifier le risque, à tel point que le soir même le président de la République annula purement et simplement la course : on avait décompté 11 morts pour cette seule journée ! Ces engins « tapaient » du 140 km /h ! 1 06 1903 Le Sillon de Marc Sangnier tient son premier congrès à Belfort : il marque le début du catholicisme social. 11 06 1903 Le roi de Serbie Alexandre I°, sa seconde épouse, la reine Draga, haïe de son peuple et le premier ministre sont assassinés par un terroriste de la Main Noire sur les marches de leur palais de Belgrade. Dans la poche du premier ministre, on retrouvera une lettre non décachetée l’avertissant de l’attentat. Le pouvoir revient à l’ancienne dynastie des Karadjorgevitch, avec Pierre I°, ancien élève de Saint Cyr. L’alliance franco russe de 1893 l’incite à renverser les siennes : il abandonne la protection de l’Autriche pour se mettre sous celle de la Russie, et de la France. 26 06 1903 Refus d’autorisation législative à 81 écoles, collèges, tenus par des Congrégations religieuses : elles doivent fermer. 1 07 1903 Soixante cyclistes prennent le départ du premier Tour de France devant l’auberge Le Réveil matin, à Montgeron, au sud-est d’Orly : 19 jours plus tard, ils ne sont plus que 20 à l’arrivée et c’est Maurice Garin, né au Val d’Aoste et naturalisé français, qui l’emporte, après avoir fait 2 428 km, à plus de 25 km/h de moyenne. Sa bicyclette est de la marque Française Diamant : elle pèse 16 kg. Le climat politique, avec son nationalisme exacerbé, a poussé à la constitution d’équipes nationales. Ce nom avait été choisi par le journaliste Léo Lefèvre, employé par le journal sportif d’Henri Desgranges « dans la foulée » du Tour de France par deux enfants, de G. Bruno. Henri Desgranges a crée L’Auto Vélo en 1900 à l’initiative d’anciens annonceurs d’un autre journal, plus ancien : Le Vélo, fondé et dirigé par Pierre Giffard, créateur de la course Paris-Brest-Paris. Ce dernier s’était affiché ouvertement dreyfusard dans les colonnes de son journal, au fur et à mesure des rebondissements de l’affaire, ce qui avait profondément déplu aux annonceurs, dont le principal était Albert de Dion. Ce dernier fonda donc un journal concurrent, qui devint L’Auto en 1903, et L’Equipe en 1946. Le Vélo ne put résister au succès de L’Auto – passé de 30 000 à 95 000 exemplaires au soir de la première étape – et disparût en 1904. Au geste large et puissant que Zola, dans La Terre, donne à son laboureur, l’Auto, journal d’actions et d’idées, va lancer à travers la France, aujourd’hui, les inconscients et rudes semeurs d’énergie que sont nos grands routiers professionnels. De Paris aux flots bleus de la Méditerranée, de Marseille à Bordeaux, en passant par toutes les villes roses et rêveuses qu’endort le soleil, à travers le calme des campagnes vendéennes, tout le long de la Loire qui coule lente et silencieuse, ces hommes vont s’enfuir éperdument (…) Le trait épique du journaliste ne doit pas faire oublier ce qu’auront été pour ces coureurs les premières années du Tour de France : une épreuve d’une incroyable ingratitude et dureté : des départs au petit matin blafard, sans personne pour vous encourager, des étapes à n’en plus finir – jusqu’à 400 kilomètres – pour arriver dans les vingt heures dans des villes où personne ne vous attendait. Un règlement d’une rigidité toute militaire : un cadre cassé ? le coureur devra effectuer lui-même la soudure pour réparer ; le dérailleur ? pas question de l’autoriser [il ne le sera qu'en 1937 !] : au nom de quoi rendre les côtes plus faciles à grimper ? En 1910, sur un Tour qui comptait 4 735 km avalés à la moyenne de 29.2 km/h, à l’issue de l’étape Bagnères de Luchon – Bayonne, après 17 heures de lacets dans le Tourmalet, Octave Lapize, dit Le Frisé, double vainqueur du Paris Roubaix, lancera aux officiels : Assassins, vous êtes des assassins ! Ces officiels étaient du même tabac que les officiers qui enverront 15 ans plus tard les soldats à la mort, et c’est avec ces hommes durs à la peine que le pays pourra encaisser la guerre atroce qui se dessinait. 10 08 1903 Accident de métro à la station Couronne : 84 morts par asphyxie. 11 et 14 09 1903 Encore un pogrom en Biélorussie, à Gomel ; mais cette fois-ci, les juifs ont décidé de se défendre… jusqu’à faire assassiner 8 mois plus tard le ministre Plehvé qui avait commandité l’affaire. 4 11 1903 Sous le parrainage des Etats-Unis, proclamation de l’indépendance du Panama. Parrainage…, car les Etats-Unis se sont réservés la concession à perpétuité d’une zone de 16 km de large de part et d’autre du futur canal, dont les travaux vont reprendre en 1905. 10 12 1903 Röntgen, Pierre et Marie Curie obtiennent le Nobel de physique. 17 12 1903 Sur la plage de Kitty Hawk, en Caroline du Nord, Wilbur et Orville Wright volent pendant douze secondes sur 36.5 m. avec Flyer 1, biplan à moteur à essence Wright-Taylor de 63 kg. Ils recommencent quatre fois et finissent par un vol de 284 mètres en 59 secondes. C’est le premier vol d’un engin plus lourd que l’air, motorisé et piloté. 1903 Les premières lignes de tramway apparaissent à Tokyo : deux ans plus tard, les tireurs de pousse-pousse mettront à profit les grandes manifestations nationalistes de septembre 1905, pour détruire plusieurs dizaines de voitures et incendier les bureaux de la Compagnie d’électricité. Le deuxième congrès du P.O.S.D.R : Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie, fondé en 1898, voit s’affronter deux stratégies différentes : celle de Lénine, partisan d’une élite militante autour d’une ligne politique unique, qui va donner naissance aux bolcheviques - majoritaires – et celle de Martov et de Plekhanov, qui préfèrent la création d’un grand parti de masse, intégrant divers courants : ils seront les mencheviks - minoritaires -. Nicolas II renvoie Sergueï Witte, son ministre des finances, principal artisan de l’essor extraordinaire du pays : il le rappellera en pleine crise en 1905 pour le renvoyer à nouveau en 1906. Chamberlain propose le territoire de l’Ouganda à Théodore Herzl, qui mourra l’année suivante, à 44 ans ; mais les assises d’une nation nouvelle avaient été jetées. Le rêve et la faim poussaient vers le sionisme les hommes et les oboles par dizaines de milliers. Le mouvement devenait une force, mais cette force nouvelle s’appuyait sur la tradition, c’est à dire, sur le retour à la terre des Hébreux. Un Etat juif, certes, mais en Palestine seulement. On le vit bien lorsque, dans les premières années du siècle, le gouvernement britannique offrit à Herzl et ses compagnons le territoire fertile et alors presque inhabité de l’Ouganda. Herzl, lui, juif occidentalisé, était d’avis d’accepter le don. Il le dit au congrès annuel. Alors il y eut un véritable délire de désespoir. Un membre de ce congrès m’a raconté qu’il a vu des délégués sanglotant, suppliant, saisis par la fièvre des prophètes et criant que, hors de Jérusalem, et de ses collines, il n’y avait point de terre juive. Ainsi fut refusée l’offre d’un pays immédiatement accessible au profit d’un sol aride et dont la possession semblait alors aussi nébuleuse que la venue du Messie. Cela semblait, cela était de la folie. Pourtant, les événements donnèrent raison aux fous. Joseph Kessel L’élan vers la Terre promise.1926 40 000 grévistes dans les textiles du Nord. Révolte en Kabylie. Première Ford de série. Charles Heudebert invente la biscotte industrielle ; le nom nous vient d’Italie, quand un boulanger commit l’erreur de cuire deux fois une pâte : bis cotte : cuite deux fois. Louis Perrier, médecin et propriétaire de la Société des eaux minérales de Vergèze, dans le Gard, vend son entreprise à l’Anglais John Harmsworth, qui invente la petite bouteille verte, laquelle s’en va conquérir le monde. Frédéric Boudou est agriculteur à Durenque, au sud de Rodez, en Aveyron. Ses 50 ans ne l’empêchent pas de rester insatisfait de sa dure vie : il s’embarque avec son épouse Eugénie Vernhes et ses sept enfants pour l’Argentine, où, ma foi, après avoir rejoint les premiers aveyronnais installés à Pigüe vingt ans plus tôt, les choses durent se passer plutôt bien, puisque, plus de cent ans plus tard, un des ses arrière petit-fils, Amado Boudou deviendra vice-président de l’Argentine, assurant en 2012 la fonction de président le temps pour la présidente Cristina Kirchner de se faire opérer d’un cancer de la thyroïde. Au Gabon, de 5 000 tonnes par an, l’exploitation de l’okoumé passera à 380 000 tonnes, 30 ans plus tard. En Amazonie, dans le haut bassin de l’Amazone et du Putumayo, en territoire péruvien, la société caoutchoutière Casa Arana & Hernanos rafle les Indiens Witotos, Mirañas, Ocainas, Andokes, Nonuyas, Muinanes et Boras pour les emmener sur ses gigantesques exploitations de caoutchouc, La Chorera et El Encanto ; au bout de dix jours, les Indiens devaient revenir aux baraquements avec 14 kilos de latex : si les 14 kilos n’étaient pas atteints, c’était le fouet et les tendons coupés. Walter Hardenburg, un ingénieur américain parlera plus tard devant la justice anglaise (la société était devenue anglaise) de ce qu’il avait vu en matière de torture : mutilation des oreilles, des jambes, des doigts, des bras. Et cela dura plusieurs décennies et les responsables finirent paisiblement leurs jours. On comptera 6 000 Indiens ayant survécu à ce régime, emmenés par leurs anciens tortionnaires à la fin de l’époque du caoutchouc. L’intolérance religieuse et politique bat son plein : Etiennette Loustau, institutrice ayant débuté dans les années 20 rapporte les difficultés de son beau-père, lui aussi instituteur : Anselme, le père de Gaston, a été déplacé cinq fois. Motif ? « Idées trop républicaines ». Sa femme Henriette, surprise un dimanche matin par une royaliste avec des boutons de manchette à l’effigie de Gambetta, a été dénoncée au maire, puis à l’administration, et expédiée ailleurs avec son mari. Etiennette Loustau, institutrice en retraite Télérama N° 2482. 6 Août 1997. Un député d’Annecy, un brin provocateur, dépose un projet de loi pour la suppression des zones franches : tout aussitôt, les 207 communes zoniennes protestèrent au nom des droits que leur avait conférés le plébiscite de 1860 et leurs représentants demandèrent que rien ne fût changé au régime établi. Premier raid Chamonix – Zermatt. Exploitation hydraulique, par conduite forcée, du lac naturel [un verrou glaciaire] de la Girotte dans le Beaufortin, à 1 720 m. pour les papeteries Aubry d’Albertville. L’hôtel du Panorama à Megève dispose d’une voiture, ce qui lui permet d’aller chercher ses clients à Sallanches, où le train arrive depuis juin 1898. On compte alors trois hôtels : Le Panorama - 40 chambres -, le Mont-Blanc de François Morand Périnet – 18 chambres, et le Soleil d’Or de Mlle Adélaïde Conseil, qui aura 35 chambres en 1910. Il faut ajouter à cette capacité d’accueil 7 villas louées en meublé. En 1902, trois cents estivants feront un séjour à Megève. Hilaire Feige parle ainsi de Megève dans un guide du tourisme : Rien ne repose la vue et ne charme l’imagination comme ce val formé, dans la plaine et sur les coteaux, de terres labourables ou de belles prairies aux flancs des montagnes, de vastes forêts de sapins, coupées de charmantes oasis de verdure et, sur les sommets les plus élevés, de rocs grisâtres au duvet de frêles herbes ou tapissées de genévriers ou de rhododendrons… L’air pur et embaumé de parfums de la montagne y promet aux tempéraments délabrés une prompte convalescence et bientôt une parfaite santé. Aussi le val de Megève est-il conseillé par les sommités médicales qui l’ont étudié comme une excellente station d’air, où les malades n’auront pas à souffrir de variations brusques de température si préjudiciables, même aux santés les plus solides. 22 01 1904 Premier raid à ski Briançon – Lautaret, 56 km A R , par les Chasseurs Alpins. 8 02 1904 Le Japon a proposé à la Russie une zone de partages d’influence en Extrême Orient : le Japon garderait sa domination sur la Corée et la Russie sa position prépondérante en Mandchourie : les Russes ont refusé ; le Japon déclare alors la guerre à la Russie : une escadre japonaise torpille 3 vaisseaux russes en rade de Port Arthur et attaque la forteresse, entre Pékin et Pyong-Yang, en Corée, aujourd’hui Anshan. La flotte russe finira par se saborder. 30 03 1904 Les crucifix sont retirés des tribunaux. Les prêtres ne peuvent se présenter au concours de l’agrégation. La Chambre vote la loi prévoyant la suppression des écoles religieuses dans les dix ans à venir. 18 04 1904 Premier numéro de L’Humanité, encore socialiste avant de devenir communiste en 1921. Les vrais croyants sont ceux qui veulent abolir l’exploitation de l’homme par l’homme, et, par suite, les haines d’homme à homme ; les haines aussi de race à race, de nation à nation, toutes les haines, et créer vraiment l’humanité qui n’est pas encore. Mais créer l’humanité, c’est créer la raison, la douceur, l’amour, et qui sait si Dieu n’est pas au fond de ces choses ? … Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire : c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe. Jean Jaurès, directeur du journal 13 06 1904 Joseph Vogt, industriel de Niederbruck, dans la forêt de Nonnenbruch, aux environs de Wittelsheim, cherche du charbon, et c’est un extraordinaire gisement de potasse qu’il trouve : l’Alsace va considérablement s’enrichir. 7 07 1904 Même les congrégations religieuses qui sont autorisées ne peuvent plus enseigner : cela entraîne la fermeture de 2 400 écoles. Les biens des congrégations sont mis sous séquestre. Il reste malgré tout 662 écoles de garçons tenues par les Frères des Ecoles Chrétiennes et 1 200 écoles de filles, tenues par des religieuses. Serait-ce de cette époque que date l’expression Heureux comme Dieu en France, qui nous est venue d’Allemagne : Wie Gott in Frankreich leben, traduite elle-même du yiddish, voulant signifier par là que la France est devenue un pays tellement déchristianisé que Dieu n’a plus à se préoccuper de ses ouailles, et peut donc profiter de la vie à temps plein ? 07 1904 Seconde édition du Tour de France. Dans le col de la République, les supporters stéphanois, en cheville avec Faure, leur champion local, ont trouvé moyen de le faire passer en tête au col, et c’est à une pluie de coups de gourdin qu’ont droit les suivants. Lynché, l’Italien Gerbi a un doigt sectionné sur le guidon ! A Alès, une émeute obligera les organisateurs à tirer en l’air pour se dégager. 14 07 1904 A Fort-Crampel (Moyen Congo), le commissaire de première classe Léon Gaud, d’accord avec son collègue Georges Toqué, allume une cartouche de dynamite accrochée au cou d’un « indigène » nommé Papka, trop peu empressé à célébrer la fête nationale française. Mais il en faudrait plus à ce monstre pour être démonté, face à une foule horrifiée. Gaud n’en était pas à son coup d’essai. Auparavant, il avait fait cuire une femme vivante et ordonné à son boy de boire le bouillon ainsi obtenu. Il y a aussi l’enfermement dans une case de 6 m. x 4 m., sans ouverture, de 58 femmes et 10 enfants pendant 18 jours : 47 de ces otages étaient alors morts, leurs corps jetés par après dans le fleuve. C’est un médecin récemment arrivé qui découvrit alors les survivants au milieu des cadavres et des excréments. Devant le scandale, le gouvernement confia une mission à Pierre Savorgnan de Brazza, sorti de sa retraite algérienne : il ne pût guère que constater l’étendue des dégâts chez ces populations qu’il avait cru mettre sous la protection de son pays : il mourut à Dakar, sur le chemin du retour, le 14 septembre 1905. Il avait pris le temps de faire un rapport, … que le gouvernement s’empressa d’enterrer. C’est l’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch qui le déterrera dans les années 1960. 29 07 1904 Rupture des relations diplomatiques avec le Saint Siège. Le nonce avait été expulsé et l’ambassadeur rappelé le 21 mai. Joseph Simond escalade l’Aiguille de la République, au-dessus de Chamonix, muni d’une corde solidaire d’une arbalète. Deux guides sont postés de chaque coté de l’aiguille. La corde lancée par-dessus l’aiguille est récupérée par l’autre qui s’en sert pour se hisser au sommet. Pour ce qui est de la beauté du geste, il vaut mieux aller voir ailleurs. 2 10 1904 De 1880 à 1914, les Allemands se sont constitué le troisième empire colonial. Le premier gouverneur civil de la Namibie, dans le sud-ouest africain, a été Heinrich Goering, père de Hermann. La manière douce n’a certes été l’apanage de personne, mais c’est particulièrement vrai pour eux. Le général Lothar von Trotha a écrasé une révolte du peuple Herero le 11 août à la bataille du plateau de Waterberg, qui fait environ 60 000 morts. Il proclame alors : Moi, le grand général des soldats allemands, envoie cette lettre au peuple des Herero. Les Herero ne sont plus des sujets allemands… Le peuple des Herero doit quitter le pays. Si le peuple ne le fait pas, je l’y obligerai par le Groot Rohr (grand canon). A l’intérieur des frontières allemandes, tout Herero avec ou sans armes, avec ou sans bétail, sera abattu, je ne fais plus d’exception pour les femmes et les enfants, ramenez-les dans votre peuple ou laissez-les se faire abattre aussi. Telles sont mes paroles au peuple Herero. La plupart des survivants périront de soif et d’épuisement dans l’Omaheke (l’actuel Kalahari) ; il en restera 20 000, qui croupiront dans des camps de concentration. Mme Heidemarie Wieczorek-Zeul, ministre du Développement dans le gouvernement de Gehrardt Schroeder s’excusera pour ces atrocités en août 2004 à Okakarara. 30 10 1904 La Mutualité régale à la salle des Machines, au Champ de Mars 26 000 de ses membres : cela représente 13 km de tables ! Ils remettront le couvert, et pour 50 000 personnes le 5 novembre 1905 ! 4 11 1904 Le général André est ministre de la guerre dans le gouvernement d’Emile Combes. Il se fait gifler par le député nationaliste Syveton en pleine séance du Palais Bourbon : c’est l’affaire des fiches : pour favoriser l’avancement des officiers républicains anticléricaux, le ministre a lancé une vaste enquête interne sur les opinions religieuses des gradés : Vont-ils à la messe ? Ont-il envoyé leurs enfants dans des écoles catholiques ? etc… Vingt mille fiches sont réunies et confiées pour vérification aux francs-maçons de la loge du Grand Orient de France, fer de lance de la lutte contre l’Église. Mais encore aurait-il fallu que l’intendance suive, c’est à dire qu’existent les écoles à même de former ces officiers « laïques et républicains », car, dans les faits, même au plus fort des campagnes anticléricales, l’armée et la haute fonction publique ont continué de puiser une bonne partie de leurs cadres parmi les jeunes gens issus des meilleures écoles catholiques : le collège Stanislas et l’école Sainte-Geneviève. Le système aura été tout de même suffisamment efficace pour qu’au tout début de la guerre, 10 ans plus tard, le général Joffre se voit contraint à se passer des services de 180 généraux, sur les 425 que comptait alors l’armée ! L’affaire va entraîner la chute du gouvernement Combes, et, très probablement, le meurtre de Syveton, retrouvé asphyxié par des émanations de gaz dans son cabinet de travail le 8 décembre suivant. 28 12 1904 La loi retire aux églises catholiques et aux consistoires protestants le monopole des inhumations : les municipalités créent leur services de pompes funèbres. 1904 Première machine d’imprimerie offset. Premier match international de foot. La montre bracelet fait son apparition. L’archéologue grenoblois Georges Legrain découvre dans le temple d’Amon-rê à Karnak une salle d’environ 2 300 m² contenant près de 800 statues, 18 000 figurines de bronze, des stèles etc… Cézanne n’aime pas tout ce qui fabrique un notable : Les instituts, les pensions, les honneurs ne peuvent être faits que pour les crétins, les farceurs et les drôles. Pour le compte de l’Angleterre, lord Curzon occupe par la force le Tibet : le Dalaï Lama s’exile en Inde jusqu’en 1909. Mais les Anglais feront vite machine arrière, se contentant d’indemnités de guerre, qui seront payées… par la Chine ! Sous suzeraineté chinoise depuis le milieu du XVIII° siècle, les tibétains vont mettre à profit la révolution chinoise pour chasser ces derniers : pendant 22 deux ans, le Tibet va jouir d’une indépendance de facto. En 1912, le Dalaï Lama proclamera l’indépendance du Tibet. A l’anglais qui lui parlait de la rotondité de la terre, le Dalaï Lama répondra : Vous avez de bien mauvaises lectures ! 2 01 1905 Capitulation russe à Port Arthur : jusqu’alors cédé à bail à la Russie depuis 1898, Port Arthur devient japonais. 9 01 1905 Première révolution russe à St Petersbourg. Le pope Gapone organise sur la place du Palais d’Hiver à Petersbourg une manifestation qui rassemble 200 000 ouvriers chantant Dieu sauve le tzar : une pétition doit être remise à Nicolas II. Les soldats tirent… des barricades se dressent ; on compte une centaine de morts : c’est le dimanche rouge. Bolchevistes comme libéraux, désemparés par la spontanéité du mouvement, ne surent pas canaliser le mécontentement. Nombre de socialistes juifs, dont les actions avaient entraîné de nouveaux pogroms, émigrèrent en Palestine. Witte, chef du gouvernement, sauve le pouvoir en faisant arrêter le président du soviet de Saint Petersbourg. Ecoute, écoute paysan… […] Voici comment le tzar a parlé à son peuple.[…] 200 000 ouvriers s’avancaient vers le palais. Ils avaient mis leur costume du dimanche, tous, les jeunes et les vieux. Les femmes marchaient à coté de leur maris ; les pères et les mères tenaient leurs petits enfants par la main… Des troupes occupaient toutes les rues, toutes les places où le défilé pacifique devait passer. Laissez-nous aller jusqu’au tzar, suppliaient les ouvriers. […] Et c’est alors que tout est arrivé ! […] Les coups de feu ont retenti dans un grondement de tonnerre. La neige a rougi du sang des ouvriers… Léon Trotsky Lettre ouverte aux paysans. Trois hommes font connaissance dans une cellule de prison :
2 02 1905 Joseph Pinchon et Cauméry ont écrit et illustré une des premières bandes dessinées : Les aventures de Bécassine que la maison Maurice Laudrand édite au sein de La semaine de Suzette. En 1940, les Allemands s’empresseront de mettre au pilon tout ce qui pouvait rester de Bécassine aux Editons Laudrand : Otto Abetz, patron allemand de la France occupée, était professeur de dessin et donc bien placé pour mesurer son effet corrosif ; en l’occurrence lui étaient restés en travers de la gorge les très nombreuses phrases de Bécassine comportant le terme Boche, dans les années qui suivirent la grande guerre : ceci dit, le goût de la revanche lui avait quelque peu faussé le jugement – à moins que ce ne soit sa femme, française – en prêtant à cette pauvre et gentille nigaude bretonne une capacité de nuisance qu’elle n’avait pas. Il n’y aurait donc pas eu de livre plus dangereux pour l’Allemagne nazie en 1940 à Paris ! à désespérer de l’insolence et de la causticité françaises ! 20 02 au 11 03 1905 Bataille de Moukden – aujourd’hui Shenyang – entre la Russie et le Japon : les trois armées russes se retirent à 100 kilomètres au nord de Moukden. 21 03 1905 Le service militaire est réduit de 3 à 2 ans. 25 04 1905 Fondation de la SFIO : Section Française de l’Internationale Ouvrière, qui réalise la fusion du Parti socialiste français de Jean Jaurès et du Parti socialiste de France de Jules Guesde. L’orientation repose sur trois principes : l’entente internationale des travailleurs, l’organisation du prolétariat en parti de classe pour la conquête du pouvoir, la socialisation des moyens de production et d’échange. 30 04 1905 Jean Jaurès, dans les arènes de Béziers, s’adresse aux ouvriers agricoles en grève ; c’est son premier meeting : Tant qu’une immense multitude opprimée ne pourra utiliser ses bras qu’avec la permission de la classe possédante, la République sera mutilée, boiteuse, chancelante, et nous voulons la République debout, la République aux yeux fiers et elle ne le sera que lorsque la propriété collectiviste et communiste sera substituée à la société oligarchique. [...] Quelle honte pour le capitalisme d’avoir transformé en servitude cette noble fierté du travail. Demain, le travail sera honoré et rémunéré selon sa valeur. Les hommes choisiront eux-mêmes les chefs des travailleurs comme ils les choisissent aujourd’hui dans la société politique. Ils se dresseront, pour la première fois, vers la liberté, vers la fierté, vers l’indépendance, vers le soleil en acclamant la révolution libératrice. Marcelin Albert et 30 vignerons d’Argeliers sont là, qui affichent leur programme sur le chapeau : grève des élus et refus de l’impôt, rejeté par le comité régional viticole de Béziers. Mais il n’était pas encore vraiment pris au sérieux. 1 05 1905 Le lendemain Jean Jaurès visite la cave de Maraussan : Paysans, ne demeurez pas à l’écart. Mettez ensemble vos volontés et, dans la cuve de la République, préparez le vin de la révolution sociale Il en rendra compte dans la presse une semaine plus tard : Les militants se sont bien gardés de heurter ce qu’il y a de plus profond et, en un sens, de légitime dans les habitudes paysannes. Ils n’ont pas demandé à ces petits propriétaires vignerons de renoncer à leurs parcelles de propriété, assez inégales, et à l’autonomie de la production. Mais ils les ont habitués à pratiquer l’association dans un sens toujours plus communiste. Les associés de la société des Vignerons libres travaillent chacun son tout petit domaine, mais ils ont commencé par avoir un chai commun, une cave coopérative commune. Ils ont pu, ainsi, par le mélange de leurs vins, créer quatre ou cinq types et avoir leur marque. Par là, ils ont pu entrer en rapport avec les coopératives ouvrières de consommation, notamment avec les grandes coopératives parisiennes. Mais il ne leur a pas suffi d’organiser la vente. Maintenant que, dans une première application de l’association, ils ont vaincu l’esprit de défiance, ils vont plus loin, et ayant organisé la vente, ils commencent à organiser la production. Ils construisent, en ce moment, une cave de vinification. Ce ne sont plus les vins tout faits que les vignerons apporteront à la cave commune, mais les raisins, et le travail de vinification se fera dans des conditions scientifiques. J’ai eu une grande joie à visiter, avec les vignerons qui chômaient le 1° mai, le vaste terrain acquis par eux et où sont creusés les fondations du nouvel édifice. Il est tout voisin de la gare et des conduites mèneront le vin aux wagons-réservoirs qui portent aux ouvriers parisiens le bon et loyal produit des vignerons maraussanais. 3 05 1905 Un fraudeur qui a fabriqué et vendu 12 000 hectolitres de vin artificiel, est condamné à Nîmes… à 16 francs d’amende : le prix d’un hectolitre de vin. 27 05 1905 Victoire navale japonaise sur la flotte russe de l’amiral Rojestvenski à Tsushima. Cette dernière venait à peine d’arriver dans les parages : à cette époque, on ne se risquait pas encore à passer par l’océan arctique : le suédois Nordenskjöld l’avait certes fait pour la première fois 26 ans plus tôt, mais entre une expédition scientifique méticuleusement préparée et l’appareillage en urgence de toute une marine de guerre, les appréciations ne peuvent être les mêmes : aussi la flotte russe était-elle passée par le cap de Bonne Espérance… huit mois[2] ! quel long voyage pour être tout bonnement coulée par le fond à l’arrivée ! 2 destroyers et un croiseur parvinrent à se réfugier à Vladivostok, 6 autres petits navires s’abritèrent dans des ports neutres, tout le reste, c’est à dire 36 navires fut touchés coulés : 5 000 marins et officiers russes tués, 6 000 prisonniers ! le désastre pèsera lourd dans la révolution russe en cours. 31 05 1905 Visite en France d’Alphonse XIII d’Espagne ; le 1° Juin, il échappe à un attentat. 7 06 1905 Le Président du Conseil norvégien Michelsen fait voter la déchéance du roi Oscar II , jusqu’alors, roi de Norvège et de Suède, qui étaient « deux royaumes indépendants sous un même roi ». En novembre, la Norvège se donnera par referendum un nouveau roi Haakon VII, rien que pour elle. 27 06 1905 La durée du travail des mineurs est ramenée à 8 h/j, avec des paliers de 2 ans, on pourrait dire des paliers de décompression, à 9 heures, puis à 8h30′. Les marins du cuirassé Potemkine mouillé à Sébastopol se mutinent : ils en ont marre de mal manger. Quelques officiers sont tués et ils emmènent le navire à Odessa où l’escadre refuse de se rallier à eux. Ils se rendent aux autorités roumaines de Constanta. 14 07 1905 La loi donne droit à une assistance à tout Français âgé de plus de 70 ans, privé de ressources, incapable de travailler, atteint d’une maladie ou d’une infirmité incurable : avec une telle quantité de conditions à remplir, la mesure n’a pas dû vider les caisses : les intéressés devaient se compter à peu près sur les doigts de la main. 1 08 1905 Création au sein du ministère des finances, du service de la répression des fraudes et de la falsification des boissons alcoolisées, aromatisées à base de raisin ou de pomme. Elle définit le vin comme le produit exclusif de la vigne : cela sera jugé insuffisant, d’autant que l’Etat ne se dotait pas des moyens financiers aptes à faire appliquer la loi. 5 09 1905 Dans la guerre sino-russe, la médiation des Etats-Unis aboutit au traité de Portsmouth : Leao-tong est rétrocédé au Japon, qui prend aussi Port Arthur et des droits sur la Mandchourie, notamment les droits russes sur le chemin de fer sud-mandchourien, et le protectorat de la Corée. Le Japon va fournir en Mandchourie un effort économique considérable : chemins de fer, installations industrielles, développement des mines et de l’agriculture : le haricot soja nourrissait les hommes, améliorait les sols quand on le pressait en tourteaux, donnait du plastique quand on le traitait chimiquement. 17 10 1905 Le tzar Nicolas II signe le Manifeste sur le perfectionnement de l’ordre de l’Etat, qui garantit les libertés civiles et institue une assemblée législative élue - la Douma – : c’est, avant la lettre, la première Constitution russe. Deux pouvoirs se combattent alors : le gouvernement, dirigé par Witte, haï par Nicolas II, et le soviet de Saint Petersbourg, présidé jusqu’aux événements de janvier par Gueorgui Nossar-Khroustaliov, auquel succédera Léon Trotski. 24 10 1905 Les frères Wright effectuent un vol de 38 km. 30 10 1905 A Saint Petersbourg, la plus grande grève générale que le monde ait connu entérine la décision de convoquer une assemblée nationale législative. 7 11 1905 En France, la loi refuse le droit de vote aux salariés de l’Etat. 13 11 1905 Georges Claude expose à l’Académie des Sciences la mise au point dans son usine de Boulogne Billancourt de la fabrication industrielle d’air liquide. 9 12 1905 Loi de séparation des biens de l’Eglise et de l’Etat : les biens du clergé sont transférés à des associations cultuelles, les desservants des paroisses ne sont plus rétribués par l’Etat : c’est la rupture avec l’Eglise catholique et la suppression de tous ses droits. La Sorbonne abandonne la règle fondamentale qui voulait que toute thèse soit soutenue en latin. 10 12 1905 Frédéric Mistral partage avec l’Espagnol José Echegaray le Nobel de littérature. 15 12 1905 Le Père Noël pour les Marseillais s’appelle Ferdinand Arnodin qui leur apporte le Pont Transbordeur – pont à contrepoids et articulation – : il enjambe le Vieux Port à son entrée sur 240 m de long ; il est à 86 m de haut ; il a fallu 1 180 tonnes de câbles et d’acier pour construire tout cela. Il offre un restaurant d’où on a une vue imprenable sur le centre de Marseille, une nacelle suspendue au tablier de 10 m x 12 m, qui fait passer d’une rive à l’autre une automobile et 200 personnes en 1’30 » : le rendement est nettement plus élevé que celui du ferry-boat voisin. Il suscitera l’engouement des artistes, des architectes, on lui consacrera un film, un livre, des photos sur toutes les coutures. Ferdinand Arnodin est brillant ingénieur mais piètre gestionnaire : il propose à la ville de Marseille de prendre à sa charge l’intégralité des frais de construction et d’installation du pont (!) à la seule condition de s’en voir réservé l’exploitation pendant 75 ans. Après une bonne quinzaine d’années d’exploitation bénéficiaire – 1.6 million de passagers en 1919 – les frais en augmentation finiront par dépasser inexorablement les entrées en régression surtout à cause du développement de l’automobile. L’incurie administrative, la mort de Ferdinand Arnodin en 1924, les deux guerres à venir - la 1° en enlevant à l’entreprise les hommes en charge de la maintenance, la 2° en bombardant l’ouvrage le 22 août 1944 – feront le reste pour lui donner une durée de vie moindre que celle d’un homme à cette époque : 40 ans. Le 1° septembre 1945, on fera place nette des derniers vestiges. On peut lire sur une carte postale illustrant la pêche de « la sardine [3] qui bouchait le vieux port » :
1905 Louis Blériot, Gabriel Voisin, Ernest Archdeacon mettent en route la première usine de construction d’avions, à Boulogne. Les frères Perret, architectes construisent à Paris le premier immeuble en béton. Voisin crée le premier planeur. Albert Einstein a 26 ans : il est employé au bureau des brevets de Berne ; en quatre articles publiés dans Annalen der Physik et une thèse de 37 pages, il révolutionne la physique : e = mc², les photons, le coup d’envoi de la mécanique quantique, l’espace courbe qui vient mettre à bas la gravitation universelle de Newton : tout est là. Le Père de Foucauld s’installe à Tamanrasset. Le désert, c’est Dieu sans les hommes. Balzac L’américain John Stevens reprend la suite des travaux du canal de Panama, après l’échec de De Lesseps ; le sens de l’organisation et la puissance industrielle américaine en feront un succès. Première scission au sein du PS. Première Foire de Paris. Grève des ouvriers agricoles dans le Languedoc. Premier camp naturiste. De 1885 à 1921, le prince Albert I° de Monaco aura effectué 28 campagnes scientifiques : sondages en haute mer, dragages profonds, immersions profondes de nasse, pêche au trémail ; il gardera longtemps le record du poisson pêché à la plus grande profondeur : 6 065 m : Grimaldichtys profondissimus. Il établira la première carte du fond des océans et rapportera des collections si importantes qu’il sera nécessaire de construire un musée pour les y exposer. Des lueurs phosphorescentes, petites ou grandes, fixes ou fulgurantes, évoluent portées sur des êtres qui paraissent avoir capté les derniers rayons des astres éteints, pour éclairer leur existence aux domaines de la nuit éternelle. Albert I°, prince de Monaco 1902 Dans les Alpes françaises, la route franchit les cols des Montets, pour aller de Chamonix dans le Valais, et du Glandon, pour relier la vallée de Briançon à celle de la Clarée. Insurrection à Moscou : les combats entre insurgés et troupes du tsar font 670 morts et environ 2 000 blessés. 11 02 1906 L’encyclique Vehementer Nos condamne la loi de séparation qui a bouleversé l’ordre très sagement établi par Dieu dans le monde. Pour aider un peu à comprendre la puissance de cet anticléricalisme, il peut être utile de citer la prière qu’Yves Robert mettra dans la bouche d’un gamin du film La guerre des boutons en 1960, prière qui n’avait pas du tout été créée pour les besoins du film, mais provenait bien d’une mémoire collective : elle existait dès le début du siècle et en dit long sur le degré de niaiserie dans lequel on maintenait les enfants de l’Eglise ; il faut espérer que le contenu de Vehementer Nos était autre : Le petit Jésus s’en va-t- à l’école 10 03 1906 Coup de grisou à Courrières : 1 099 morts : 45 000 mineurs se mettent en grève. 13 hommes survivront 20 jours, buvant leur urine[4], mangeant le bois des étais, et la viande du seul cheval rescapé. Un quatorzième sortira le 4 avril. C’est d’ailleurs lors de cette catastrophe que naîtra ce terme de rescapé qui avait commencé par être escapé. L’absence de réelles mesures de précaution orientera les Mines vers un service public, plus à même d’édicter les règles et de réaliser les équipements nécessaires… mais cela va prendre du temps… les Houillères ne seront nationalisées qu’en 1946, devenant alors Les Charbonnages de France. Les veuves se verront distribuer l’argent d’une collecte, dans des conditions discutées… Clemenceau enverra 20 000 hommes pour mater la grève, avec consigne d’éviter le recours à la force : le lieutenant Lautour sera cependant tué au cours d’échauffourées. 11 04 1906 Grève des facteurs parisiens : le ministre en révoque 300, qui ne seront pas réintégrés. 17 04 1906 Première réunion de la Douma - assemblée russe - : le système électoral est complexe, prend en compte un système censitaire, mais aboutit à une représentation satisfaisante de la population de l’empire. La Douma a le pouvoir de proposer des lois, mais le tzar garde un droit de veto, convoque et dissout selon son bon vouloir et peut la contourner en gouvernant par oukases. Le premier ministre Stolypine, qui vient de succéder à Witte, entreprend une série de réformes agraires dont le but est de casser le carcan de la commune paysanne traditionnelle, de casser aussi les coutumes communautaires pour permettre l’éclosion d’une paysannerie pleinement propriétaire : de 1906 à 1914, près de 20 millions d’hectares passent de la noblesse foncière à la paysannerie, 3 millions de paysans se libèrent de la tutelle pesante de la commune. Deux autre millions de paysans migrent vers la Sibérie, avec une aide substantielle de l’Etat. La réforme manquera de temps, et en 1914, c’était encore 80 % des paysans – eux-mêmes représentant les 4/5° de la population du pays – qui avaient « faim de terre », et perpétuaient le rêve du « partage noir » – l’expropriation de tous les grands propriétaires pour une redistribution au pro-rata des bouches à nourrir -. Stolypine sera assassiné à Kiev en 1911. 18 04 1906 La faille de San Andrea – 1 000 kilomètres de long – se réveille et secoue San Francisco : on compte 450 morts, 250 000 sans abri ; les canalisations de gaz ont sauté, 28 000 bâtiments sont détruits par le feu qui ravage 80 % de la ville. 10 05 1906 Les lois fondamentales de l’Empire russe sont promulguées : Witte en avait été l’inspirateur. Il mourra à l’écart des affaires en mars 1915. [1] Celui qui, au XXI° siècle, est le dernier trois-mâts barque français, – 1 200 m² de voilure, un grand mât de 34 m, 51 m de long et 531 tonneaux – aura eu la baraka tout au long de sa vie. Terminé en 1896, il échappa donc à cette éruption, puis pendant la deuxième guerre mondiale, aux bombardements allemands sur l’île de Wight, et en 1980 à la décrépitude dans la lagune de Venise par le mécénat de la Caisse d’Epargne, qui injectera 900 000 € de travaux pour lui insuffler une nouvelle jeunesse : il accueille aujourd’hui des stagiaires à raison de 130 / 140€ par jour. [2] On ne sait pas pourquoi ils n’ont pas emprunté le canal de Suez… si le Clemenceau y passe en 2006, un cuirassé russe aurait du pouvoir le faire un siècle plus tôt, mais… à quel prix ? [3] laquelle Sardine dont les Marseillais fatigués de cette histoire disent que c’était en fait le nom d’un bateau qui avait coulé à l’entrée du Vieux Port. [4] Le fait de boire son urine est présenté dans nos pays occidentaux comme l’un des derniers expédients avant la mort, où l’homme est contraint aux plus horribles extrémités ; il n’est pas inutile de mentionner tout de même que dans certaines régions de l’Inde, c’est une des meilleures et des plus sures façons de se soigner, ou au moins de faire de la prévention ; et la pratique en est courante ! autre lieux, autres mœurs … Poster un commentaire
|
|||