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avril 1861 à janvier 1870. Guerre de Sécession. “Aventure” du Mexique. Jules Verne. Whymper au Cervin. Les sauterelles dévastent l’Algérie. Ere Meiji.
12 04 1861 Aux Etats-Unis, les Etats Confédérés - le Sud -, estimant que Lincoln n’est pas un président légitime, que sa cause est indéfendable, déclenchent la guerre de Sécession[1] en attaquant Fort Sumter, la forteresse fédérale qui garde l’entrée du port de Charleston. Des Français prennent part aux combats, en général dans les rangs des Etats où ils se trouvent : le général comte Régis de Trobriand est aux cotés des soldats de l’Union à la tête du 55° corps de volontaires de New York ; le fils d’un ministre de Charles X, Camille de Polignac et Pierre Beauregard, commandent des troupes françaises aux cotés des sudistes : au total, environ 26 000 Français, dont 40 % aux cotés des Unionistes et 60 % aux cotés des Condéférés. A la fin de l’année, Napoléon III, soucieux de ne pas déplaire à l’Union pour pouvoir monter son expédition au Mexique, radiera les soldats français engagés aux cotés des sudistes. Pour ce qui est des principes, les choses étaient claires et les oppositions bien nettes ; sur le terrain, il n’en allait pas de même : on pourra voir aux cotés des sudistes un régiment issu de la communauté des Noirs libres : le Louisiana Native Guards ! Dès lors que tant de choses, de si grands intérêts, des sentiments si forts étaient en jeu, la rupture était inévitable. Elle ne se produisit pas précisément sur le statut de l’esclavage, mais sur un point de droit constitutionnel : la faculté pour les États de faire sécession. A l’annonce du succès du candidat républicain à la présidence, Abraham Lincoln, la Caroline du Sud qui se retrouve à l’avant garde du séparatisme, qu’il s’agisse de la nullification ou de la sécession, prend l’initiative de sortir de l’Union ; d’autres États imitent son exemple et forment une nouvelle unité politique, les États confédérés. La sécession n’est pas encore la guerre : assurément Lincoln dénie aux sécessionnistes le droit de quitter l’Union et refuse de reconnaître le fait accompli, mais il se garde soigneusement de déclencher l’épreuve de force. C’est encore le Sud qui va prendre l’initiative des hostilités en attaquant à l’aube Fort Sumter, forteresse fédérale gardant l’entrée du port de Charleston. …/… la guerre durera quatre années pleines (avril 1861-avril 1865) et sera une des plus effroyables guerres civiles dont l’histoire ait gardé le souvenir. Dans les États du Sud le déclenchement des opérations pose un choix douloureux à la conscience de chaque citoyen : deux loyalismes se disputent sa fidélité, celui à son État et celui à l’Union. Ordinairement conciliés par la structure fédérale des États-Unis, ils reprennent leur autonomie et réclament part entière. Généralement le loyalisme l’emporte sur la Confédération érigée en rivale de l’Union. Deux groupes d’Etats sont en lutte que presque tout oppose : leurs économies, l’une industrielle, l’autre agricole, leurs sociétés marquées l’une par la croissance des villes et fondée l’autre sur la plantation, leurs modes de vie. Le rapport des forces ne parait pas égal entre eux et l’issue du combat semble inscrite par avance dans la disproportion des chiffres : vingt-trois États demeurent dans l’Union, onze ont fait sécession, vingt-deux millions d’hommes pour le Nord contre neuf pour le Sud et encore en y incluant trois millions et demi d’esclaves noirs. La comparaison des ressources ne corrige pas les désavantage du Sud : tous les centres industriels, les ports les plus actifs, les réseaux ferroviaires les plus serrés, les réserves financières sont au Nord. Et cependant la décision se fera attendre quatre années : c’est que le bilan statistique, démographique et économique ne rend pas compte de tous les éléments ; il laisse notamment échapper ce qui concerne l’aptitude au combat et la préparation psychologique. Habitués dès l’enfance à une vie de plein air, cavaliers entraînés, les propriétaires du Sud font rapidement de bons soldats, d’excellents officiers : ils bénéficient au départ de l’avantage commun à toutes les sociétés aristocratiques de pouvoir se muer sans délai en sociétés militaires. A l’inverse, le Nord doit surmonter le handicap de toutes les sociétés urbaines et démocratiques à qui une période d’adaptation est nécessaire. Au début les armées sudistes compensent heureusement l’infériorité du nombre par l’initiative, le mordant, l’habileté manœuvrière, mais peu à peu le rapport de forces se rétablit à l’avantage du Nord jusqu’à ce que la rupture d’équilibre entraîne la défaite irrémédiable de la Confédération. La guerre de Sécession est peut-être la première guerre à annoncer par son style les grands conflits du XX° siècle : elle est bien plus moderne que la courte guerre franco prussienne de 1870-1871 ; il faudra attendre la guerre russo-japonaise pour revoir certaines des innovations introduites par le Nord et le Sud. D’une durée insolite, elle pose aux belligérants des problèmes inédits. Elle est aussi une des premières à mettre aux prises des effectifs qui dépassent le million d’hommes : Lincoln institue le service militaire obligatoire en mars 1863 ; à la fin des hostilités, le Sud avait en ligne huit cent mille hommes, le Nord deux ou trois fois autant. Les méthodes, la tactique révolutionnent les habitudes ; guerre de tranchées, intensité des bombardements, acharnement des combats, longueur des engagements pour se disputer une position, utilisation des navires cuirassés. C’est déjà une guerre d’usure et de matériel ; le Sud a succombé par épuisement sous le nombre et le matériel conjugués. Guerre de type industriel, selon le caractère que les Etats-Unis imprimeront aux conflits auxquels ils participeront ultérieurement, elle pose des problèmes d’approvisionnement, d’armement et de financement dont les solutions annoncent déjà tous les expédients de l’économie de guerre. …/… La défaite du Sud, l’occupation prolongée de son territoire par les troupes du Nord et l’abolition de l’esclavage proclamée dès 1863 entraînèrent la ruine de son aristocratie et l’écroulement de son économie : les grandes plantations morcelées, la main-d’œuvre affranchie, le mode de vie compromis, telles étaient les conséquences durables de la Civil War. Les États du Sud portaient encore récemment sur leur sol, dans leur économie, dans le niveau de vie médiocre de leur population les stigmates de leur défaite : ce sont l’exploitation des gisements pétrolifères et la rapide industrialisation provoquée par la deuxième guerre mondiale qui ont tiré le Sud de sa léthargie et commencé de l’arracher à sa dépendance à l’égard du Nord-Est. La victoire du Nord tranchait en effet la vieille rivalité entre les deux pôles de la société américaine : elle signifiait que la direction de l’Union revenait à la société urbaine du Nord, à son économie fondée conjointement sur le farmer et la manufacture. Politiquement il était maintenant décidé que l’évolution amorcée par Jefferson, continuée par Jackson, défendue par Lincoln se poursuivrait à l’avenir : non seulement l’Union était sauve, mais elle resterait démocratique. René Rémond Histoire Universelle La Pléiade 1986 Dès le début de la guerre, Abraham Lincoln répond à un journaliste : Si je pouvais sauver l’Union sans libérer un seul esclave, je le ferais ; si je pouvais la sauver el libérant tous les esclaves, je le ferais ; et si je pouvais la sauver en libérant certains esclaves sans m’occuper des autres , je le ferais aussi. […] Il existe une répulsion compréhensible dans l’esprit de presque tous les Blancs à l’idée d’un amalgame indiscriminé des Blancs et des Noirs… Mais je proteste contre la fausse logique en vertu de laquelle, du moment que je ne veux pas prendre une femme pour esclave, je dois nécessairement la prendre pour épouse. Je puis me passer d’elle dans les deux cas. Je veux simplement la laisser tranquille. A certains égards, elle n’est certainement pas mon égale, mais dans son droit naturel à manger le pain qu’elle a gagné à la sueur de son front, elle est mon égal et l’égale de n’importe quel être humain. Le moins que l’on puisse dire est que l’argument, pour l’instant, est plus proche de l’instauration d’une ségrégation que de la proclamation de l’égalité de chacun devant la loi. 21 04 1861 Première coopérative de fromagerie à Valleiry. 25 04 1861 La Nouvelle Orléans compte trois mille citoyens français, qui se sont organisés pour la défense de la ville en 4 brigades. Menacées par les canons de la flotte de l’Union, les troupes confédérées quittent la ville, et ce sont les brigades françaises qui évitent à la ville le pillage généralisé. 19 05 1861 Le chirurgie américain I.I. Hayes découvre l’île d’Ellesmere, séparée de la côte nord-ouest du Groenland par le bassin de Kane, et atteint le cap Lieber, par 81°35N et 64°30′O. 06 1861 Le consul des Etats-Unis à Anvers, autorisé par son gouvernement, écrit à Garibaldi pour lui proposer un commandement dans l’armée des nordistes. Mais celui-ci fait de l’abolition de l’esclavage, sur l’ensemble du territoire un préalable non négociable ; Lincoln attendra encore 18 mois pour le faire. Et le 6 septembre, les contacts n’étant pas rompus, il ne demandait rien de moins que le commandement en chef de l’armée américaine ! Oh My God ! L’affaire en resta là. 11 10 1861 Une inondation brutale des galeries de la mine de charbon de Bessèges, dans le nord du département du Gard, entraîne la mort de cent cinquante mineurs. Les secours parviendront à trouver des mineurs encore vivants treize jours plus tard ! 1861 Julie Victoire Daubié est la première femme reçue au baccalauréat. Pierre et Ernest Michaux créent le pédalier : 2 ensembles manivelle / pédale sont fixées au moyeu de la roue avant : 2 vélocipèdes sont fabriqués en 1861, 142 en 1862 et 400 en 1865. Auguste Nefftzer fonde à Paris le journal Le Temps, qui sortira jusqu’en 1942. La 1° faucheuse inquiète le monde paysan. 1° guide touristique. Le Paraguay sous la bonne gouvernance de Carlos Antonio Lopez est devenu la deuxième puissance du Continent Américain, juste derrière les Etats-Unis. Il a fait appel à des ingénieurs anglais, il a envoyé des dizaines d’étudiants se former dans les universités européennes. On inaugure sa première ligne de chemin de fer. L’aciérie d’Ybicui est en service depuis 1854. L’arsenal d’Asuncion fournit canons et munitions à l’armée, mais aussi machines outils, tours, fraiseuses, perceuses ; un chantier naval peut construire des bateaux de 70 mètres de long ! Journalistes et diplomates qui visitent le pays en 1864 parlent avec admiration de sa jeune industrie, de ses caisses publiques bien remplies et de son impressionnante puissance militaire. De 1864 à 1870 la guerre de la Triple Alliance - Brésil, Argentine, Uruguay, armés par l’Angleterre - contre le Paraguay, tuera quatre-vingt pour cent de la population et mettra donc à terre toute ce beau travail, modèle de gestion. Un tremblement de terre de magnitude 8.5 ravage l’île de Sumatra et les îles de Nias, Siberut et quelques autres. Le Mexique, indépendant depuis quarante ans n’a connu qu’une instabilité politique quasi permanente : trente et un présidents en trente trois ans, les pronunciamiento devenant quasi annuels. Vient d’arriver au pouvoir un Indien, Benito Juarez, du parti libéral, qui parvient à mater une révolte mais a hérité de ses prédécesseurs une dette monumentale : 70 millions de pesos dus à l’Angleterre, 9 à l’Espagne et 3 à la France : il décide du report de deux ans du remboursement de cette dette. De son coté, Napoléon III nourrit le rêve de création d’une terre d’émigration chrétienne, à même d’accueillir les immigrants européens en provenance de pays à forte majorité catholique et ainsi faire contrepoids à la puissance naissante des Etats-Unis en majorité protestante. Les Américains venant de s’installer dans une très prenante guerre civile, ils ne pouvaient jouer de rôle sur des théâtres extérieurs, Napoléon III prend prétexte du report du remboursement de cette dette pour convaincre Angleterre et Espagne de se joindre à la France pour mettre en ordre les affaires du Mexique et les trois pays y envoient un corps expéditionnaire. Mais l’Angleterre et l’Espagne vont se retirer en avril 1862, et la France se retrouve seule au Mexique avec un corps expéditionnaire de douze mille hommes. 22 02 1862 Ernest Renan, passé par le grand séminaire, a 39 ans. Il vient d’obtenir la chaire d’Hébreu au Collège de France. Il donne sa première leçon en parlant de Jésus, cet homme incomparable. Le propos fait scandale… il n’y aura pas de seconde leçon car il est renvoyé dans un premier temps et révoqué en 1864. Il n’est pas inutile de préciser que, dans l’affaire, ce n’est pas l’adjectif incomparable qui était en question : on aurait pu croire ainsi que le tollé venait des rangs de farouches athées, laïcs impénitents qui estimaient ce qualificatif comme étant de trop. Non, l’indignation venait des catholiques qui ne purent tolérer que le mot homme fut employé pour désigner le Christ dans le cadre d’une leçon donnée au Collège de France. Il faut encore noter que cela ne l’empêchera pas de connaître un retentissant succès avec La vie de Jésus un an plus tard ni de finir sa carrière à l’Académie Française. 30 03 1862 Parution - retardée, paraît-il, par les larmes des typographes - de la première partie des Misérables, une fraternisation menaçante de tous les débris, selon les mots d’Hugo lui-même. Il recevra à ce titre 300 000 F . Le succès sera immense auprès des lecteurs, beaucoup moins chez ses pairs : Les Goncourt trouvent piquante cette fortune gagnée à la sueur de la misère d’autrui : Titre injustifié : point de misère, pas d’hôpital, prostituée effleurée. Rien de vivant : les personnages sont en bronze, en albâtre, en tout, sauf en chair et en os. Le manque d’observation éclate et blesse partout. Situation et caractères, Hugo a bâti son livre avec du vraisemblable et non avec du vrai, avec ce vrai qui achève toute chose et tout homme dans un roman par l’imprévu qui les complète.(avril 1862) Lamartine parlera d’épopée de la canaille, qui provoquera le persiflage d’Hugo : un essai de morsure par un cygne. Barbey d’Aurevilly : Les Misérables ne sont pas un beau livre, et de plus, c’est une mauvaise action. George Sand : un peu trop de christianisme Michelet : Comment ! il fait un évêque estimable et un couvent intéressant ! Flaubert : ni vérité, ni grandeur dans le fond, intentionnellement incorrect et bas dans la forme. Baudelaire, dans une lettre à sa mère : Ce livre est immonde et inepte. Mais peut-être y a t il incompatibilité entre Hugo et le haschisch : la même année, Baudelaire en chantait les plaisirs : Voici la drogue sous vos yeux : un peu de confiture verte, gros comme une noix, singulièrement odorante, à ce point qu’elle soulève une certaine répulsion et des velléités de nausée… Voilà donc le bonheur ! il remplit la capacité d’une petite cuiller ! le bonheur avec toutes ses ivresses, toutes ses folies, tous ses enfantillages ! Vous pouvez avaler sans crainte ; on n’en meurt pas. Vos organes physiques n’en recevront aucune atteinte. Plus tard peut-être un trop fréquent appel au sortilège diminuera-t-il la force de votre volonté, peut-être serez-vous moins homme que vous ne l’êtes aujourd’hui ; mais le châtiment est si lointain, et le désastre futur d’une nature si difficile à définir ! Que risquerez-vous ? demain un peu de fatigue nerveuse. Ne risquez-vous pas tous les jours de plus grands châtiments pour de moindres récompenses ? Charles Baudelaire Le poème du haschisch Les Paradis artificiels 5 05 1862 Les opérations militaires contre le Mexique commencent mal pour la France : le siège de Puebla ne parvient pas à faire tomber la ville et coûte mille morts au corps expéditionnaire français. L’affaire fait mauvaise impression à Paris et 4 mois plus tard, Napoléon III envoie vingt six mille hommes en renfort. 29 08 1862 Garibaldi, infatigable et incorrigible, s’est mis en tête de prendre Rome pour l’offrir à Victor Emmanuel II : il a débarqué à nouveau en Sicile avec ses volontaires, a passé le détroit de Messine mais est arrêté par les soldats du roi dans l’Aspromonte ; blessé gravement à la cheville, il sera évacué sur un navire du royaume de Sardaigne pour aller en prison dans la forteresse du Varignano, près de La Spezia, d’où il sortira le 22 octobre, à la faveur d’une amnistie générale accordée le 5 octobre. Il ne fallait pas faire du rebelle un martyr. 22 09 1862 Estimant que désormais, la mesure présente plus d’avantages que d’inconvénients, Abraham Lincoln proclame pour le 1° janvier 1863 l’émancipation de tous les esclaves des Etats et des régions encore en rébellion contre les Etats-Unis. Ils seront alors, désormais et pour toujours, libres. La guerre a dès lors changé de sens ; ses buts sont désormais hautement moraux et défendables. Lincoln , sans l’avoir totalement voulu devient le Grand Emancipateur. 09 1862 Pour forcer le blocus qui leur est imposé par l’Union, les Etats confédérés ont obtenu de l’Angleterre, qu’elle effectue l’entretien de leurs navires, dont l’Alabama, qui va mener la vie bien rude aux Unionistes pendant 2 ans, en capturant 65 navires ; au bout d’une longue course, il sera coulé au large de Cherbourg le 19 juin 1864. Dans le cadre du traité de Washington du 8 mai 1871, et forts de la neutralité à laquelle aurait dû se tenir l’Angleterre dans ce conflit, les Unionistes lui intenteront un procès qu’ils gagneront en septembre 1872 : les 5 arbitres obtiendront 15.5 millions $ de dommages et intérêts. 1862 Manifeste des peintres français contre la photographie ; la France s’installe en Cochinchine. 29 % des conscrits sont illettrés. Première pierre de l’Opéra, 13° salle d’Opéra à Paris depuis la fondation de cette institution par Louis XIV en 1669 : elle prendra le nom de son jeune architecte - 35 ans - jusque là inconnu : Charles Garnier. Les frères Péreire, banquiers saint-simoniens, demandent à l’Ecossais John Scott de créer un chantier naval à Saint Nazaire pour construire les paquebots de la Compagnie Générale Transatlantique. En 1836, St Nazaire comptait 635 habitants ; on y construisit un avant-port pour Nantes en 1847. Le premier paquebot sera lancé en 1864 : Princesse Eugénie. Dans le port de Barcelone, Narcis Monturiol I Estarriol fait plonger un sous-marin en bois de 17 m de long. La machine à glace de Ferdinand Carré est le clou de l’exposition universelle de Londres. Le suédois Johann Peter Johansson invente la clef à molette. Puceron d’origine américaine, le phylloxera commence à ravager les vignes du Portugal en se fixant sur les racines pour en pomper la sève, laissant des plaies infectées qui mènent à la mort du plant : il gagnera, lentement mais sûrement - en deux ans -, la France ; il détruira ainsi la moitié du vignoble représentant les deux tiers de la production de vin. Au début, ne connaissant pas la cause de la maladie, on faisait ce qui semblait devoir être bon : planter des vignes dans le sable - ça, ça restera pour donner le vin de Listel, - se promener dans les vignes au roulement de tambour censé effrayer l’insecte, fumiger à la corne de sabot, et ça, ça ne restera pas. Un riche propriétaire de Roquemaure acheta en 1868 à Rome les reliques de Saint Valentin, lequel se révélera totalement inefficace et sera reconverti dans des valeurs plus incontrôlables. Le vin était alors une affaire très juteuse : de 9 francs au milieu du siècle, le prix de l’hectolitre était monté à 42 francs entre 1856 et 1880 ! 2 ans après l’annexion, le désenchantement gagne la Savoie : Partout la tristesse et la méfiance se font remarquer, partout on trouve pour les Français, en tant que représentants de la France annexionniste, une froideur, une méfiance aussi grandes sinon plus que celle que l’on avait pour les Piémontais… Artisans ou cultivateurs, nobles ou bourgeois font preuve de la même antipathie. Les riches costumes des officiers, les habits brodés et galonnés des employés français n’y peuvent rien, nos salons restent obstinément fermés devant eux. Cela a été pour nos nouveaux maîtres une déception complète, aussi en retour de notre froideur, ils nous donnent l’injure : nous ne sommes plus, comme au moment de l’annexion, « les bons Savoisiens », le peuple loyal, aux mœurs douces et affables, nous sommes redevenus les Savoyards, les montreurs de marmottes, le pékin vil et pauvre. E. Lombard, Le Statut et la Savoie, journal chambérien. Les vertus, le niveau élevé d’alphabétisation du Queyras sont choses connues : Aux cantons qui ont le goût des procès et où les fermiers se ruinent en papier timbré, il (l’évêque de Digne) disait : « Voyez ces bons paysans de la vallée du Queyras. Ils sont là trois mille âmes. Mon Dieu ! C’est comme une petite république. On n’y connaît ni le juge ni l’huissier. Le maire fait tout. Il répartit l’impôt, taxe chacun en conscience, juge les querelles gratis, partage les patrimoines sans honoraires, rend les sentences sans frais ; et on lui obéit, parce que c’est un homme juste parmi des hommes simples. » Aux villages où il ne trouvait pas de maître d’école, il citait encore ceux de Queyras : « Savez-vous comment ils font ? disait-il. Comme un petit pays de douze ou quinze feux ne peut pas toujours nourrir un magister, ils ont des maîtres d’école payés par toute la vallée, qui parcourent les villages, passant huit jours dans celui-ci, dix dans celui-là et enseignant. Ces magisters vont aux foires où je les ai vus. On les reconnaît à des plumes à écrire qu’ils portent dans la ganse de leur chapeau. Ceux qui n’enseignent qu’à lire ont une plume ; ceux qui enseignent la lecture et le calcul ont deux plumes ; ceux qui enseignent la lecture, le calcul et le latin ont trois plumes. Ceux-là sont de grands savants. Mais quelle honte d’être ignorants ! Faites comme les gens du Queyras. » Victor Hugo. Les Misérables. Chapitre III . A bon évêque, dur évêché. Jules Verne a 34 ans et l’éditeur Pierre-Jules Hetzel édite ses Cinq semaines en ballon. C’est le début d’une longue carrière dont le succès ne se démentira pas. Le contrat qui les lie ne manque pas d’ambition : … résumer toutes les connaissances géographiques, géologiques, physiques, astronomiques, amassées par la science moderne, et refaire sous la forme attrayante et pittoresque qui lui est propre, l’histoire de l’univers… ****************** L’art de Jules Verne est d’avoir su donner une forme littéraire, neuve et passionnante à toutes ces idées de progrès, à toutes ces découvertes, de la vapeur à l’électricité, qui étaient dans l’air depuis le début du siècle. Il les a rassemblées, rendus vraisemblables, leur a donné un but, en général désintéressé, une âme, celle de ses héros, bref, il a fait de la science ce qu’Alexandre Dumas a fait de l’histoire de France : une matière vivante à laquelle les lecteurs s’initient sans effort parce qu’elle leur est enseignée à travers une fiction romanesque. Ghislain de Diesbach Figaro Hors Série Février 2005 Tout ce qui s’est fait dans le monde s’est fait au nom d’espérances exagérées. Jules Verne 30 04 1863 Les soixante cinq légionnaires du capitaine Danjou tiennent en respect pendant 9 heures mille deux cents fantassins et six cents cavaliers mexicains à Camerone, au nord-est de Puebla, au Mexique. Lorsqu’il n’y eut plus que neuf hommes valides, et vingt cinq blessés, le caporal Maine, répondit à la demande de reddition du colonel Cambas : Nous nous rendrons si vous nous faites la promesse la plus formelle de relever et de soigner notre sous-lieutenant et tous nos camarades atteints, comme lui, de blessures ; si vous nous promettez de nous laisser notre fourniment et nos armes. Enfin, nous nous rendrons si vous vous engagez à dire à qui voudra l’entendre que, jusqu’au bout, nous avons fait notre devoir. Réponse devenue le serment de Camerone. On ne refuse rien à des hommes comme vous, répondit le colonel mexicain. La Légion fera de ce jour sa fête traditionnelle.
05 1863 Puebla supporte un deuxième siège et tombe aux mains des Français. 3 07 1863 Les Unionistes, au terme de 3 jours de combat, gagnent la bataille de Gettysburg sur les Confédérés : ces derniers auront perdu vingt huit mille hommes, les unionistes, vingt trois mille. 13 07 1863 La guerre de Sécession dure, et l’enrôlement devient obligatoire… sauf pour ceux qui peuvent débourser 300 $. New York est aux mains de plusieurs bandes organisées qui n’ont que la misère en commun. Faute d’avoir réalisé que les enfants du Bon Dieu étaient en fait des canards sauvages, les distingués nordistes de Washington et leurs tuniques bleues durent faire face à une révolte à l’annonce de cette mesure : l’affrontement durera plusieurs jours. La marine donnera du canon : on comptera deux mille morts, plus de dix mille blessés. Les Américains, peu fiers de l’épisode, l’oublièrent jusqu’à ce que Martin Scorcèse découvre en 1970 le livre Gangs of New York de Herbert J. Asbury, et que l’idée d’en faire un film ne le lâche plus : il sortira en 2003. 07 1863 Les troupes françaises maîtrisent les principaux centres du Mexique, dont la couronne est offerte à l’archiduc Maximilien de Habsbourg, frère de François Joseph, empereur d’Autriche ; il « importe » un gouvernement de ses proches. 19 09 1863 Quatorze ans après la mort de Chopin, des soldats russes, occupant Varsovie, jettent son piano par une fenêtre du 4° étage. 14 08 1863 Train Béziers Lodève. Henri Germain fonde le Crédit Lyonnais. 26 10 1863 Au Freemason’s Tavern - la Taverne des Francs-Maçons - de Londres, quelques gentlemen, en fondant la FA : Football Association, inventent les règles de ce jeu, presque toutes encore en vigueur aujourd’hui. 13 11 1863 Abraham Lincoln inaugure le cimetière de Gettysburg : Il y a quelque quatre vingt sept ans nos pères ont mis au monde, sur ce continent, une nouvelle nation, conçue dans la Liberté et dédiée à cette proposition : tous les hommes ont été crées égaux. Maintenant, nous sommes engagés dans une grande guerre civile, pour vérifier si cette nation, ou tout autre nation, ainsi conçue et ainsi dédiée, peut survivre longtemps. Nous sommes réunis sur un des grands champs de bataille de cette guerre. Nous sommes venus pour consacrer une partie de ce champs comme dernière demeure pour ceux qui ont donné leur vie en ces lieux afin que puisse vivre cette nation. C’est à la fois convenable et approprié que nous le fassions ainsi. Pourtant, en voyant plus loin, nous ne pouvons ni dédier ni consacrer, ni sanctifier ce coin de terre. Les hommes courageux, morts et vivants, qui se sont battus ici, l’ont déjà consacré au-delà de notre malheureux pouvoir d’ajouter ou de diminuer quoi que ce soit. Le monde ne remarquera guère, pas plus qu’il ne se rappellera longtemps ce que nous avons dit ici, mais il ne pourra oublier ce que eux y ont fait. Ce sont nous les vivants qui devons plutôt nous consacrer à la tâche inachevée que ceux qui se sont battus ici ont fait noblement avancer. Ce sont nous les vivants qui devons être dédiés pour la grande besogne qui nous reste à accomplir […] et qui devons prendre ici la grande résolution de ne pas laisser ces morts être morts en vain, de faire que cette nation, sous le regard de Dieu, naisse à nouveau dans la Liberté, et d’empêcher que le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple disparaisse de la surface de la terre. Texte est gravé à l’intérieur du mémorial de Lincoln à Washington. 1863 Premières « caravanes scolaires » dans les Alpes, organisées par des collèges libres. A Londres, mise en service de la première ligne de métro : 6,4 km de long, exploitée en traction à vapeur : c’est le Metropolitan Railway. La France établit un protectorat sur le Cambodge. Les Arméniens de l’Empire Ottoman obtiennent le droit de se doter d’une assemblée régie par une constitution nationale : mais les nombreuses révoltes durement réprimées vont étouffer dans l’œuf le projet prometteur d’autonomie. 14 03 1864 Sir Samuel Baker, très connu en Angleterre pour ses chasses à Ceylan, a remonté le Nil en compagnie de son intrépide épouse, à laquelle il a demandé de se faire la plus discrète possible… de peur que l’on ne découvre qu’il l’avait tout bonnement achetée deux ans plus tôt sur un marché d’esclaves à Vidin , au nord-ouest de l’actuelle Bulgarie ; Florence Barbara Maria Finnian von Saas était une Hongroise de Transylvanie dont la famille avait été massacrée en 1848. Il croise Speke, qui lui parle d’un autre lac que le Victoria : c’est le lac Albert, dont il voulut faire une seconde source du Nil, alors qu’il n’en est qu’une très grosse hernie, à 620 mètres d’altitude quand le lac Victoria est à 1133 mètres. Cela ne relève que de la fantaisie, mais, comme cela avait représenté pour lui-même et son épouse un voyage plein de risques et d’épreuves, là encore il fallait que son nom s’inscrivit dans l’histoire : « autant de sources du Nil que d’explorateurs », et comme les explorateurs sont nombreux… ; telle fût finalement la règle prise en compte pour satisfaire la vanité de ces messieurs. Il n’y a pas de problème de source du Nil, mais il y a un problème de ses découvreurs, précurseurs de la civilisation du tout à l’ego. Le 14 mars 1864, le lac si longtemps cherché s’offrit enfin à nos yeux. Aussi loin que la vue pouvait porter vers l’ouest et le sud-ouest, une étendue d’eau sans limites brillait comme un miroir. Partout où la terre était en vue, le lac était encaissé par des montagnes. J’allai immédiatement au bord de l’eau, j’en bus à longs traits (c’était une coutume des anciens explorateurs), remerciant Dieu de m’avoir guidé jusqu’à cette heureuse fin quand tout espoir était perdu. Je baptisai le lac Albert Nyanza comme étant une seconde source du Nil. 29 03 1864 Alexine Tinne, très riche héritière d’un Hollandais, magnat du sucre, s’est mise à voyager en compagnie de sa mère Harriet depuis la mort de son père, en 1845. Cette fois-çi, elle est de retour à Khartoum où elle retrouve sa sœur, Adriana Van Capellen, après une expédition dramatique pour atteindre l’équateur via le Nil et le Bahr al-Ghazal. L’incroyable taille de l’expédition - jusqu’à 450 personnes ! - n’en assura cependant pas le succès : elles sont parvenue un peu au sud de Waw, près de la frontière du Soudan avec la Centrafrique et le Congo. Mais sa mère, sa tante, et leurs deux bonnes hollandaises étaient mortes. 11 04 1864 Garibaldi, immensément populaire en Angleterre, a fini par répondre aux nombreuses invitations. Il est arrivé le 3 à Southampton. Il est maintenant à Londres où la police a prévu que cent mille personnes viendraient l’acclamer. Il en vient 5 fois plus : cinq cents mille. L’interminable cortège des députations venues lui rendre hommage met 6 heures pour parcourir les 5 kilomètres qui séparent la gare du palais du duc de Sutherland, où il est logé. Déjeuner d’honneur invité par le premier ministre, citoyenneté d’honneur de la ville de Londres, réceptions ininterrompues, députations d’exilés polonais, hongrois, allemands qui lui rendent hommage… c’est un triomphe. C’est au citoyen du monde que l’Angleterre cosmopolite rendait hommage. Seule la reine Victoria ne le reçoit pas : elle notait dans son journal : Honnête, désintéressé et courageux, Garibaldi l’est certainement, mais c’est un chef révolutionnaire. Tout ce tohue bohue autour d’un homme finit par inquiéter et le 17 avril, le médecin de la reine diagnostique un surmenage dangereux : il lui conseille d’annuler la tournée prévue en province. Le gêneur rentre chez lui. 1864 La Compagnie Générale Transatlantique ouvre une ligne régulière le Havre - New York avec un paquebot à roues. Dès cette époque, Bismarck[2] ne nourrissait pas une très grande estime pour Napoléon III : L’empereur est une grande incapacité méconnue. Octroi du droit de grève. Pasteurisation : les producteurs de lait, de vin ou de bière peuvent expédier leurs marchandises à distance sans craindre qu’elles ne se gâtent. Le four du Français Pierre Martin permet les premiers aciers spéciaux. Création du Comité des Forges, le patronat de la sidérurgie. Evian devient Evian les Bains : le thermalisme s’y développe et la haute aristocratie vient y chercher santé et mondanité : golf, concerts plusieurs fois par semaine, théâtre, feux d’artifice et spectacles sur le lac… on construit plusieurs palaces, dont l’Hôtel du Parc, qui hébergera 100 ans plus tard les négociateurs des accords d’Evian qui mettront fin à la guerre d’Algérie. Travaux d’endiguement de la Camargue, qui vont permettre le développement de la culture du riz. Publication en fascicules du Grand Dictionnaire Universel du XX° siècle, de Pierre Larousse. A l’article Paris, on peut lire : Paris, la France, tous les peuples obéissent à des lois bien autrement fortes que les lois fabriquées par les hommes ; nous voulons parler des lois qui régissent l’univers et qui, comparativement aux êtres, sont immuables et éternelles. Les qualités et les défauts physiques et intellectuels, en un mot l’ensemble des qualités ethniques des habitants d’une contrée dépendent :
Pour qu’une réunion de citoyens (ville ou peuple) puisse être supérieure comme intelligence, il faut que le territoire qu’elle occupe soit insuffisant à la nourrir. (…) Tout arrive à Paris des points les plus divers et les plus éloignés des territoires français : vins, viandes, fruits, légumes, blés, poissons, volailles, gibiers, etc, apportant, condensés en eux, les essences des sols multiples. Les eaux aussi sont ses tributaires. Une foule de ruisseaux et de rivières, qui rejoignent la Marne et la Seine au-dessus de Paris, y apportent leurs aliments en bloc…Les eaux minérales de la France et de l’étranger y trouvent un vaste débouché. Les cafés, thés, poivres, sucres, les denrées coloniales en un mot, y arrivent de tous les points du globe. Chacun de ces produits si divers agissant sur l’homme suivant la loi des principes nutritifs ou excitants qu’ils contiennent, il en résulte de cette universalité, cette suprématie, cette prépondérance qui constitue le caractère des Parisiens pris collectivement. De ces données, nous ne prétendons pas conclure que le plus ou moins d’intelligence d’une population soit le résultat exclusif, absolu de son alimentation, plus étendu dans la capitale que dans les autres villes ; que les bibliothèques, les musées, les expositions, les spectacles, beaucoup plus nombreux et plus fréquentés ; les journaux surtout beaucoup plus répandus, et principalement aussi les étalages des boutiques si artistement ordonnés et où chacun peut venir puiser des idées ; nous croyons que tout cela contribue pour une large part au développement de l’intelligence parisienne ; mais nous sommes convaincus que cette diversité de nourriture, que nous venons d’indiquer, prépare admirablement, par ses influences occultes mais fécondes, notre suprématie. Les provinces qui ne se nourrissent que de leurs propres produits, comme la Bretagne, les peuples qui ne sortent pas de chez eux, qui gardent leurs frontières contre l’importation, qui se suffisent à eux-mêmes, seront toujours des Barbares, relativement. La supériorité de l’Angleterre, des Etats-Unis, de la France sur toutes les autres nations, la supériorité de Paris sur toutes les autres villes n’ont pas d’autres causes que leurs relations extérieures. Voilà pourquoi Paris est indécapitalisable. L’article n’a pas été rédigé par Stendhal, tout à l’opposé de ces éloges dithyrambiques : En Angleterre, l’aristocratie méprise les lettres. A Paris, c’est une chose trop importante. Il est impossible pour des Français habitant Paris de dire la vérité sur des ouvrages d’autres Français habitant Paris. […] Tôt ou tard, les provinciaux et les étrangers s’apercevront que tous les articles des journaux français sont dictés par la camaraderie. […] En revanche, rendre compte d’une relation de voyage ou d’un bon livre d’histoire qui vient de paraître à Paris ou à Londres, c’est ce qui leur est absolument impossible par la grande raison qu’avant tout il faudrait le lire et ensuite se donner le temps de le comprendre. En France, les journaux auront crée la liberté et perdu la littérature. […] La critique française manque à ce point de probité qu’il est très courant de laisser un auteur écrire pour son propre ouvrage un compte rendu qui est inséré dans les journaux des factions rivales, suivant qu’il est partisan de l’une ou de l’autre ; et cet esprit de coterie est si répandu et si bien admis que notre affirmation serait sans doute confirmée par les cercles littéraires de Paris, sans qu’elle les fasse rougir. Les journaux ainsi contrôlés par les auteurs et leurs amis sont souverains en matière de critique, car le public juge invariablement d’après les oracles. […] A Paris, la vie est fatiguée. Il n’y a plus de naturel ni de laisser-aller. […] La société de Paris déclare de mauvais goût tout ce qui est contre ses intérêts. Or, décrire d’autres manières sans les blâmer peut faire douter de la perfection des siennes […] Il me sembe qu’il faut du courage à l’écrivain presque autant qu’au guerrier ; l’un ne doit pas plus songer aux journalistes que l’autre à l’hôpital. Stendhal Chroniques envoyées à des revues anglaises de 1822 à 1830 Le Vatican met à l’index Les Misérables, Mme Bovary, Balzac et Stendhal. A Londres, on commence à construire le métro ; réunis en congrès, les ouvriers français et anglais créent l’Association Internationale des Travailleurs, en soutien au peuple polonais. 20 01 1865 Abraham Lincoln réélu pour un second mandat le 8 novembre, l’inaugure : Si l’esclavage, en Amérique, fut un de ces maux nécessaires selon les décrets de la providence divine, mais qui doit maintenant, au terme du temps fixé par Dieu, prendre fin, et s’il a donné une fois au Nord et au Sud cette guerre terrible comme le malheur dû à ceux par qui le mal est venu, allons-nous voir là une discordance d’avec ces divins attributs que les croyants et un Dieu vivant lui ont toujours reconnus ? Et pourtant, si Dieu veut que l’horrible fléau de la guerre dure jusqu’au naufrage de toute la richesse entassée par deux cent cinquante ans de travail forcé et jusqu’à ce que chaque goutte de sang jaillie sous le fouet soit payée par une autre jaillie sous l’épée, alors, ainsi qu’il fut dit voici trois mille ans, qu’il soit dit encore : « Les jugements du Seigneur sont justes et vrais ». 2 02 1865 Menton et Roquebrune deviennent français. 02 1865 Oaxaca, ville mexicaine qui avait jusque là rassemblé l’opposition au pouvoir de Maximilien est prise. 03 1865 Grégor Mendel, fils d’agriculteur, moine augustinien à Brno, au sud de la Tchéquie, expose à la Société de Sciences Naturelles les règles de reproduction des végétaux hybrides, qu’il avait établi à partir de ses travaux sur le pois Pisum. Il fonde ainsi la botanique et la génétique modernes, même si la reconnaissance de l’extension de ses découvertes à tout le règne végétal ne seront reconnues que beaucoup plus tard. 9 04 1865 Le général Robert E. Lee rencontre le général Grant à Appomatox et signe la déclaration de reddition ; le général Ulysses S.Grant et ses adjoints William T. Sherman et Philip Sheridan avaient pris le commandement de l’armée de l’Union un an plus tôt. C’est la fin de la guerre de Sécession qui aura fait quatre cent quatre vingt dix huit mille, dont trois cent soixante quatre mille cent soixante dix neuf chez les Nordistes, cent trente trois mille huit cent vingt et un chez les Sudistes, c’est à dire à peine plus de 1,5 % d’une population totale de 31.5 millions, plus que l’ensemble des guerres modernes des Etats Unis (1° et 2° guerres mondiales, guerre de Corée et du Vietnam). Les premiers navires cuirassés ont fait leur apparition ; l’utilisation du fusil à canon rayé mis au point par le Français Cunié a fait des ravages. Les Etats Unis et la Prusse demandent à la France de quitter le Mexique. Ouverture du Printemps. 14 04 1865 Abraham Lincoln, est assassiné au théâtre Ford de Washington par John Wilkes Booth, un sudiste fanatique d’une balle de revolver dans la nuque. L’assassin enjambe la balustrade qui le sépare de la scène et lance à l’assistance : Sic semper tyrannis : - Qu’il en soit toujours ainsi des tyrans - . Il s’enfuit à cheval mais sera tué quelques jours plus tard avec ses complices ; la petite bande qui avait ses habitudes à la taverne de Mary Surratt [elle sera pendue] n’avait pas de commanditaire. Pendant quatre années la haute figure d’Abraham Lincoln a animé la lutte du Nord, - la guerre de Sécession - mais par son humanité, sa sagesse et la mesure de ses vues, la noblesse de sa pensée, son nom et sa mémoire appartiennent à toute l’Union sans distinction de camp. Il prend place, après Jefferson, après Jackson, dans la galerie des présidents dont le séjour à la Maison-Blanche a écrit un nouveau chapitre dans l’histoire des États-Unis. Il est lui aussi un self-made man et sa carrière illustre à merveille l’existence des pionniers de l’Ouest : mais il a surtout apporté une conception de la démocratie généreuse, optimiste, résolument confiante dans la bonne volonté et les possibilités de chaque homme. On rapporte de lui des traits d’humanité qui honorent l’homme. Cette guerre qu’il n’avait pas voulue, à laquelle il avait dû se résoudre pour sauver l’Union dont il avait reçu la charge en dépôt, il entendait en effacer au plus vite les blessures ; vivant il eût fait prévaloir des solutions de réconciliation et d’oubli. Mais le geste d’un fanatique fit coïncider son assassinat avec la fin de cette affreuse guerre civile : la sagesse de Lincoln, sa magnanimité et sa largeur de vues manquèrent soudain aux Etats-Unis sortant de la guerre, comme quatre-vingts ans plus tard presque jour pour jour et dans des circonstances assez semblables, au début d’un nouveau mandat, Franklin Roosevelt fit défaut aux États-Unis victorieux dans la difficile tâche d’organiser la paix. René Rémond Histoire Universelle La Pléiade 1986 Les cimetières sont peuplés de gens irremplaçables, dit-on pour faire systématiquement confiance à la vie, aux talents des remplaçants. C’est vrai bien souvent mais ce ne le fut pas pour Lincoln dont la mort prématurée fut une véritable catastrophe pour les Etats-Unis. Il fallait un talent et un poids hors du commun pour gérer au mieux cette sortie de guerre, et son successeur, Andrew Johnson, n’avait ni ce poids ni ce talent, et quand la loi de l’Etat renonce à son pouvoir, c’est la loi du clan qui prend la place : et ainsi l’on verra fleurir dans le sud ces poisons que sont les codes noirs, la ségrégation, et ce gangstérisme que sera le Ku Klux Klan, au racisme nauséeux. 5 05 1865 Napoléon III accorde aux musulmans algériens la nationalité française, leur statut personnel continuant cependant à être régi par la loi coranique ou les coutumes berbères. Et à ceux qui acceptaient de renoncer à leur statut de civil musulman, était accordée la citoyenneté entière. Ceux-là eurent, dès lors, accès à la fonction publique française et se virent reconnaître des droits de représentation politique dans les institutions locales. Mais ils furent très peu nombreux à vouloir bénéficier de ces dispositions : on parle de 130 demandes ! Comme vous il y a vingt siècles, nos ancêtres aussi ont résisté avec courage à une invasion étrangère et, cependant, de leur défaite date leur régénération. Les Gaulois vaincus se sont assimilés aux Romains vainqueurs et de l’union forcée entre les vertus contraires de deux civilisations opposées est née avec le temps cette nationalité française qui, à son tour, a répandu ses idées dans le monde entier. Napoléon III 11 05 1865 Jules Jaluzot fonde Le Printemps 14 06 1865 La valeur légale du chèque est reconnue. 21 06 1865 Création d’un enseignement professionnel. Physicien, directeur de l’Observatoire de Paris, député des Pyrénées Orientales, François Arago y avait consacré quelques joutes oratoires à l’Assemblée : Il y a chez nous un grand nombre d’autorités universitaires qui ont peu de goût, peu de bienveillance, pour les études scientifiques (…). Il a été dit ici même qu’elles étaient un métier de manœuvre (…) Ce n’est pas, en effet, avec de belles paroles qu’on fait du sucre de betterave ; ce n’est pas avec des alexandrins qu’on extrait la soude du sel marin… 14 07 1865 Ascension franco-anglaise du Cervin. L’atmosphère est électrique : deux cordées concurrentes donnent l’assaut : Antoine Carrel, d’Aoste emmène l’élite du Club Alpin Italien. Whymper et Lord Douglas ont engagé Taugwalder père et fils, respectivement guide et porteur à Zermatt. Ils forment une caravane de 7 personnes. Edward Whymper, artiste dessinateur de 25 ans, est déjà un alpiniste au palmarès prestigieux, Charles Hudson, vicaire dans le Lincolnshire, est considéré comme le meilleur montagnard amateur de son temps - il vient de faire, sans guide, le Mont Blanc par le Goûter, en redescendant par les Grands Mulets -; Hadow, son pupille, 19 ans, est bon marcheur mais alpiniste inexpérimenté, lord Francis Douglas, environ 20 ans est déjà un excellent alpiniste. Un autre guide, chamoniard, est venu renforcer la cordée : Michel Croz. Ils atteignent le sommet par l’arête suisse du Hörnli, de justesse avant les Italiens. A la descente, c’est le drame : l’un d’eux dévisse, en entraîne trois autres, dont Michel Croz : le dernier à être emporté est Francis Douglas, puis viennent, dans l’ordre Taugwalder père, Edouard Whymper et Taugwalder fils. Ces trois derniers seront saufs… car la corde s’est rompue entre Francis Douglas et Taugwalder père. Que s’est-il passé ? la corde s’est -elle cassée seule, sous l’effet du choc, ou bien Taugwalder père l’a-t-il coupée d’un geste rapide et sur ? Le récit que fît Whymper de ce drame l’innocente complètement : pour Whymper, la corde s’est rompue toute seule : Hadow vient de glisser : il entraîne dans sa chute Michel Croz, qui s’était séparé de son piolet pour l’aider à franchir un passage pourtant facile, Charles Hudson est entraîné à son tour, et enfin Lord Francis Douglas : … Tout ceci se passa avec la rapidité de l’éclair. A peine le vieux Pierre et moi eûmes-nous entendu l’exclamation de Croz que nous nous cramponnâmes de toutes nos forces au rocher ; la corde bien tendue entre nous, nous imprima à tous deux, au même moment, une violente secousse. Nous tînmes bon le plus possible ; mais par malheur, la corde se rompit entre Taugwalder et lord Francis Douglas, au milieu de la distance qui les séparait. Pendant quelques secondes, nous pûmes voir nos infortunés compagnons glisser sur le dos, les mains étendues pour tâcher de s’arrêter dans leur chute effrayante. Ils disparurent l’un après l’autre à nos yeux, sans avoir reçu la moindre blessure, et roulèrent d’abîme en abîme, jusque sur le glacier du Cervin, à 1200 mètres en dessous de nous. Dès l’instant où la corde s’était brisée, nous ne pouvions plus les secourir. Ainsi périrent nos malheureux compagnons ! Pendant près d’une demi-heure, nous restâmes à l’endroit où nous nous trouvions, sans oser faire le moindre mouvement. Paralysés par la terreur, les deux guides pleuraient comme des enfants et tremblaient tellement que nous étions menacés à tout instant de partager le sort de nos amis. Le vieux Pierre ne cessait de s’écrier : - Chamonix ! Oh ! que va-t-on dire à Chamonix ! Edward Whymper. Escalade dans les Alpes de 1860 à 1869. Ed. Librairie A. Jullien Genève 1922. Les interrogatoires de police qui suivirent le drame, s’ils ne parviennent pas à tout élucider, précisent tout de même quelques points : - … Entre Lord Douglas et Taugwalder père la corde a été moins épaisse qu’entre Michel Croz et Lord Douglas d’un coté, et Taugwalder père et Taugwalder fils de l’autre coté… Whymper. - … Je me suis attaché à Lord Douglas par une corde spéciale… Si j’avais trouvé que la corde employée entre Lord Douglas et moi n’était pas assez solide, je me serais bien gardé de m’attacher avec elle à Lord Douglas, et je n’aurais pas voulu le mettre en danger, pas plus que moi-même. Si j’avais trouvé cette corde trop faible, je l’aurais reconnu comme telle avant l’ascension du Mont Cervin et je l’aurais refusée. Pierre Taugwalder. Les interrogatoires finiront par un non lieu : Considérant : que des faits ci dessus il ne résulte aucun acte délictueux ; Commission d’enquête pour le district de Viège. 1865. Mais l’affaire n’en resta pas là et la tragédie du Cervin suscita d’innombrables rumeurs qui, loin de s’estomper, s’amplifièrent finalement en une terrible accusation : les trois survivants, et nommément le guide Zermattois Taugwalder père, avaient (ou « auraient », le texte admet les deux traductions) coupé la corde à l’instant décisif, pour sauver leur propre vie d’une mort assurée. Werner Kämpfen, Ein Bürgerechtsstreit im Wallis. Zürich, 1942. Traduction de Claude Macherel. Il est vrai qu’il y a de quoi s’étonner des contradictions entre la version de Whymper de 1922 et celle de Taugwalder, à l’occasion de son témoignage auprès des enquêteurs ; il n’y a par contre aucune contradiction entre le témoignage de Taugwalder et celui - très court et concis - de Whymper, toujours devant la commission d’enquête. Pourquoi s’est-il plus tard éloigné du récit de Taugwalder ? Whymper : la corde bien tendue entre nous, nous imprima à tous deux, au même moment, une violente secousse. Taugwalder : J’ajoute que, pour me maintenir plus solidement, je me suis tourné contre la montagne, et comme la corde entre Whymper et moi n’était pas tendue, j’ai pu heureusement la rouler autour d’une saillie de rocher, ce qui m’a donné la force nécessaire pour me sauver. Si Taugwalder dit vrai, Whymper n’aurait pas dû ressentir la secousse, car celle-ci aurait dû être encaissée intégralement par Taugwalder et le rocher autour duquel il était parvenu à enrouler la corde. D’autre part, la photo de la seule extrémité de la corde rompue - représentée dans le récit de Whymper de 1922 - (l’autre extrémité a disparu avec Lord Douglas) permet de penser que cette corde a été coupée, tant la section apparaît nette et les torons tous bien sectionnés à la même longueur . Il semble encore étonnant que les enquêteurs n’aient pas demandé à Taugwalder d’apporter ce qui restait de cette corde le reliant à Lord Douglas, - elle n’a pas été abandonnée pendant la descente puisqu’elle a été photographiée - : si elle avait été rompue, comme le rapporte Whymper, au milieu de la distance qui les séparait, cela enlevait toute possibilité de suspicion : il était matériellement impossible à Taugwalder d’aller couper cette corde à cette distance. Le fait que cette question n’ait pas été posée tend à faire penser que l’enquête a pris soin d’éviter tous les chemins qui pouvaient s’éloigner du non lieu… ce qui arrangeait tout le monde… C’est le début du grand alpinisme : sur les deux années 1864/65, Whymper gravira dans le Massif du Mont Blanc, le Mont Dolent, l’Aiguille d’Argentières, de Bionassay, la Verte par l’arête sud-est, et les Grandes Jorasses par l’arête sud-ouest. Le peintre John Ruskin, lui, parcourt les Alpes de 1832 à 1881, et il voit d’un très mauvais oeil les débuts de l’alpinisme (la version alpiniste écolo n’est pas encore admise) : il apostrophe Whymper : Vous avez fait un champ de courses des cathédrales de la Terre… Les Alpes, que vos poètes ont aimé avec tant de respect, vous les considérez comme des mâts de cocagne dans des arènes d’ours, auxquels vous vous mettez en devoir de grimper, puis que vous redescendez avec des hurlements de joie. A peu près dans le même temps, les Chamoniards exprimaient le respect qu’ils avaient de la hiérarchie catholique, en nommant Cardinal, Evêque, Moine et Nonne, quatre aiguilles d’altitude décroissante. 7 12 1865 Suède : un référendum constitutionnel fait du Riksdag un parlement bicaméral. 1865 Syronite : 1° plastique par l’anglais Parkes. Le trafic fluvial décline, au profit du trafic ferroviaire. Pasteur trouve le remède à la pébrine, la maladie du ver à soie qui avait fait son apparition à Cavaillon en 1845 ; il dépose aussi un brevet pour la conservation du vin. Un professeur de médecine montpelliérain, Fuster, prétend que la consommation de viande crue combat la tuberculose : la hantise de cette maladie était si répandue qu’elle fit naître la mode du steak saignant. Joseph Oller installe une roulotte sur l’hippodrome de La Marche, en Basse-normandie, et propose aux turfistes son invention : le pari mutuel. Dans le pari mutuel, la cote des chevaux est calculée sur la masse des paris enregistrés : plus le cheval est joué, plus sa cote est basse. Le bookmaker, lui, fixe la cote selon son estimation personnelle. Le preneur de pari mutuel ne prend aucun risque face aux parieurs, se contentant de leur fournir un service : calcul et répartition des mises. Dans la foulée, il ouvre plusieurs agences de paris dans la capitale, qui vont rapidement devenir lieux de loisirs, lesquels seront convertis en cafés-concert sitôt interdits les paris : ils auront pour nom les Fantaisies Oller, la piscine Rochechouart, premier centre hydrothérapique de Paris, le Nouveau Cirque - future salle Pleyel - et le Moulin Rouge. Mise en service par la Compagnie Générale Transatlantique de 2 bateaux à hélice sur l’Atlantique. Un convoi de femmes détenues part à Cayenne pour y trouver mari… quand les liens sacrés du mariage se font chaînes… L’américain Cyrus W Field réalise la 1° liaison télégraphique Europe-Etats-Unis. En Prusse, l’ensemble des organisations de renseignement est regroupé au sein de la Geheimfeldpolizei, dirigé par un as : Wilhem Stieber : il va installer en France un redoutable réseau d’espions qui pèsera son poids dans la défaite de 1870. La Grande Bretagne, crée le Palestine Exploration Fund, parrainé par la reine Victoria, avec misson de vérifier que l’histoire biblique est une histoire réelle, à la fois dans le temps, dans l’espace et à travers les événements afin d’offrir une réfutation à l’incroyance. Il s’agissait bien de ne pas laisser le climat révolutionnaire crée par Darwin dans le monde scientifique « contaminer » la lecture de la Bible. On pensait que l’histoire était inscrite dans la Bible et l’on refusait encore d’admettre que la Bible était inscrite dans l’histoire. 04 1866 Poussées par le simoun, un vent du sud, des nuées de sauterelles envahissent l’Algérie, jusqu’au littoral : elles dévorent tout et pondent des milliards de criquets ; quarante jours après leur éclosion, les criquets ont vu leurs ailes pousser : ils s’accouplent et deviennent sauterelles. En mai, la terre algérienne est transformée en fourmilière géante. La catastrophe survient après des années d’autres malheurs : deux années consécutives d’incendies géants dans les forêts domaniales, suite à de grandes sécheresses qui réduisent parfois les récoltes de moitié. On lutte contre le phénomène à grands renforts de bruit, d’outils etc… avec une efficacité mitigée. Un an plus tard, la disette devient famine : un tremblement de terre dans la Mitidja et c’est le typhus et le choléra qui s’installent. Le 19 mars 1868, Jacquemaire, curé de Sainte Barbe du Tlélat, écrit à l’évêque d’Oran : Depuis deux mois, les Arabes qui ne se sont point encore livrés à la mendicité viennent vendre les bracelets, boucles d’oreilles et épingles, le plus bel ornement que possède la femme arabe, tous en or ou en argent. On ne leur paye pas la moitié de leur valeur, mais comme leurs besoins sont grands, ils acceptent ce qu’on leur offre. Des femmes qui, quelques semaines auparavant, n’osaient pas regarder un homme dans les yeux, en sont réduits à prostituer leur petite fille. Chaque jour, on relevait sur les chemins, dans les champs, et jusque dans l’intérieur des villes et des villages, les cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants morts de faim. A Mascara, le 3 décembre, on relevait dix cadavres d’indigènes morts de faim. Le 3, 14, le 5, 23. Tous ces morts gisaient dans des trous, au fond des ravins, sur les chemins, dans les ruisseaux même, et aussi dans un lieu que l’on appelle le marabout de Sidi-Bouran, espèce de nécropole, tombe anticipée, où se traînaient et s’entassaient tous ceux qui sentaient leur fin approcher. Abbé Burzet L’administration coloniale ne voudra jamais reconnaître la réalité de la famine du choléra et du typhus. Le Journal Officiel prétend qu’il n’y a plus lieu d’accorder de secours, les causes ayant disparu. Rochefort répondra dans La Lanterne : L’Officiel se trompe, ce ne sont pas les causes, ce sont les Arabes qui ont disparu : en 1866, le recensement donnait, indigènes et européens confondus, deux millions neuf cent trente et un mille habitants… en 1872 : deux millions cent vingt cinq mille habitants ! Sur ces huit cent lille morts, on peut en attribuer cinq cent mille aux typhus et choléra. Des colons en sont morts, mais aucun d’eux n’est mort de faim. A part quelques initiatives individuelles et des efforts importants du clergé - la Société des Attafs de Mgr Lavigerie, archevêque d’Alger - l’administration comme les colons voulurent délibérément tout ignorer. 06 1866 Georges Leclanché invente la pile économique à acide insoluble. 3 07 1866 Les Prussiens infligent une lourde défaite aux Autrichiens à Sadowa. L’Autriche de Metternich restait depuis le Congrès de Vienne le centre des nouveaux équilibres européens. Les révolutions de 1848 l’avaient déjà bien affaiblie et avec cette défaite, les centres se déplacent ; on assiste à la montée en puissance de la Prusse qui crée une confédération de l’Allemagne du nord. 2 09 1866 La bière apparaît au Café de la Rotonde. 1866 John Osterhoudt fait breveter la boite de conserve à clef ; en 1924, G.A. Leighton améliorera l’affaire en dessinant deux obliques sur la surface du métal. Sous la plume de l’Allemand Ernst Haeckel, on voit apparaître le mot d’écologie : du grec oikos : maison, en l’occurrence celle qui nous est commune, la terre et logos : étude. Par écologie, on entend la partie de la science qui concerne l’économie de la nature, l’étude de l’ensemble des relations des organismes avec leur environnement physique et biologique. Le mot va en fait tomber dans l’oubli pendant une génération : c’est Warming, un botaniste danois, qui le sortira de l’oubli en 1895. Description du syndrome de Down, ancien nom de l’actuelle trisomie 21. John Muir, né en Ecosse a émigré dans le Wisconsin quand il avait onze ans… Lors d’une matinée lumineuse, du haut du col de Pacheca, un paysage se révéla : il découvrait la vallée du Yosemite, qu’il va explorer quasiment jusqu’à sa mort en 1914. Il se présentera comme un clochard poétique, un peu géologue, un peu ornithologue. Les indiens de l’Alaska le nommaient chef des glaces, et pour l’Amérique, il devint the wilderness sage - le sage des terres sauvages -. Il va devenir en 1892 président du Sierra Club, fondé à San Francisco pour explorer, embellir et rendre accessibles les régions montagneuses de la côte du Pacifique. La vallée du Yosemite était classée State Park (parc de l’Etat de Californie) depuis 1864, mais cela tenait plus du parc d’attractions que de la réserve naturelle. Il parvint à la faire classer Parc National en 1890, à l’instar du Yellowstone, qui l’était depuis 1872. C’est sous l’influence des idées et de la parole de John Muir que Theodor Roosevelt, dont l’administration se terminera en 1909, créera 45 millions d’hectares de réserves forestières et 16 « monuments nationaux », parmi lesquels le grand canyon du Colorado. 02 1867 Les dernières troupes françaises quittent le Mexique. 28 03 1867 Le British North America Act donne naissance au Dominion canadien, qui associe les provinces du Nouveau Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, du Haut et du Bas Canada. Deux ans plus tard, la compagnie d’Hudson, renonçant à ses droits, apportait les territoires de l’ouest. Et deux ans plus tard encore, la Colombie britannique entrait à son tour dans la fédération. C’était la solution la plus satisfaisante trouvée pour que coexistent pacifiquement les deux communautés francophone et anglophone, sous l’aile protectrice de la monarchie anglaise. Le regroupement des Indiens à l’intérieur de réserves va être rapidement organisé. 1 04 1867 Victor Duruy institue la gratuité de l’enseignement primaire et met en place l’enseignement secondaire pour jeunes filles. 3° Exposition universelle, à Paris : 52 000 exposants. On sait ce qu’est le point vélique d’un navire ; c’est le lieu de convergence, endroit d’intersection mystérieux pour le constructeur lui-même, où se fait la somme des forces éparses dans toutes les voiles déployées. Paris est le point vélique de la civilisation. (…) Cette ville a un inconvénient. A qui la possède, elle donne le monde[3]. Victor Hugo. Introduction au Paris Guide, édité pour l’exposition Et, la même année, il poursuivait son rêve européen : Au vingtième siècle, il y aura une nation extraordinaire. Cette nation sera grande, ce qui ne l’empêchera pas d’être libre. Elle sera illustre, riche, pensante, pacifique, cordiale au reste de l’humanité. Elle aura la gravité douce d’une aînée. Elle s’étonnera de la gloire des projectiles coniques, et elle aura quelque peine à faire la différence entre un général d’armée et un boucher ; la pourpre de l’un ne lui semblera pas très distincte du rouge de l’autre. Une bataille entre italiens et allemands, entre anglais et russes, entre prussiens et français, lui apparaîtra comme nous apparaît une bataille entre picards et bourguignons. Elle considérera le gaspillage du sang humain comme inutile. Elle n’éprouvera que médiocrement l’admiration d’un gros chiffre d’hommes tués. Le haussement d’épaules que nous avons devant l’inquisition, elle l’aura devant la guerre. (….) Cette nation aura pour capitale Paris et ne s’appellera point la France ; elle s’appellera l’Europe. Elle s’appellera l’Europe au vingtième siècle, et, aux siècles suivants, elle s’appellera l’Humanité. L’Humanité, nation définitive, est dès à présent entrevue par les penseurs, ces contemplateurs des pénombres ; mais ce à quoi assiste le dix-neuvième siècle, c’est à la formation de l’Europe. 19 06 1867 Maximilien de Habsbourg, prisonnier des Mexicains depuis le départ des dernières troupes françaises, est exécuté : la gigantesque étourderie que fut l’aventure mexicaine, de Napoléon III s’achève en tragique fiasco. 06 1867 L’empereur d’Autriche François Joseph et son épouse Elisabeth sont couronnées roi et reine de Hongrie. C’est une reconnaissance de la volonté d’autonomie des Hongrois ; Autriche et Hongrie gardent tout de même en commun les Affaires Etrangères, l’armée et les finances. 15 10 1867 Le système féodal du Japon, à la tête duquel se trouvait depuis sept cents ans le Shôgun, cède la place à l’empereur Meiji. 18 10 1867 Le tzar de toutes les Russies vend pour 7,2 millions de $ l’Alaska aux Etats-Unis. Les Américains avaient eu 2 propositions en mains, l’une du Danemark pour acheter les îles Vierges, à l’Ouest de Porto Rico, l’autre de la Russie pour l’Alaska : toutes deux au départ au même prix. Ils n’avaient en disponible qu’un quart de la somme… il était donc exclu d’acheter les deux. Malheureusement les îles Vierges connurent dans les mois précédents un cyclone qui détruisit tout : qu’ils commencent par reconstruire se dirent les Américains, qui portèrent leur dévolu sur l’Alaska et ne s’en repentirent pas : cette colonie, devenue le 49° Etat en 1959, fournit aujourd’hui la moitié du pétrole produit aux Etats-Unis… lequel pétrole avait déjà été découvert par les Russes. Aujourd’hui, de nombreuses églises orthodoxes témoignent du passé russe du pays - les autochtones ayant trouvé dans la religion du colonisateur un ferment d’identité ; ce passé se vend par ailleurs très bien : dans les années 1970, quelques femmes se mirent en tête de créer une compagnie de danse russe… les maris rigolèrent un bon coup, mais redevinrent sérieux quand ils virent affluer les dollars rapportés par les 3 représentations par jours qu’elles donnent pour les croisiéristes à bord des paquebots de luxe en escale à Novoarchangelsk. Et quand la saison est finie, elles vont les rejoindre dans les Caraïbes pour continuer à propager la culture russe, à grand renfort de Kalinka ! 1867 Publication du Capital de Karl Marx. Dans les années 1840, celui qui n’était pas encore son collègue, mais néanmoins ami Friedrich Engels, s’amusait à lui tirer le portrait :
Jean-Baptiste André Godin, créateur des poêles éponymes en 1846, institue pour les ouvriers de son usine une fête du travail qui a lieu le premier dimanche de mai. Fils d’un artisan serrurier d’Esquéhéries, un village de la Thiérache picarde, il a commencé à travailler à 11 ans. Ouvrier moi-même, je n’oublierai jamais mon origine, jamais je ne voudrai que l’ouvrier courbe la tête devant moi, jamais je ne manquerai de restect à sa dignité que j’estime égale à la mienne En 1854, il avait investi le tiers de sa fortune dans l’implantation d’une colonie phalanstérienne au Texas, menée par Victor Considérant, qui s’était soldée par un échec. De 1859 à 1864, il construit aux abords de la ville de Guise un Familistère, « utopie réalisée » du théoricien socialiste Charles Fourier, inventeur du phalanstère : vaste habitat unitaire, où les logements vont de 2 à 6 pièces, les chambres pouvant faire jusqu’à 20 m². Le problème de l’architecture nouvelle consiste à trouver le moyen de donner aux familles ouvrières, non la fortune, non la richesse, ce qui est impossible, mais les agréments d’une habitation qui réunisse, au profit de la collectivité, ce que la richesse a donné aux particuliers. Il met en œuvre un véritable système de transformation sociale, en s’inspirant à la fois des principes hygiénistes et des idées d’émancipation sociale des premiers socialistes : les familistériens, qu’ils soient auxiliaires, participants, sociétaires ou associés, les quatre niveaux de la hiérarchie sociale réinventée par Godin en fonction du mérite et de l’ancienneté, disposaient de ce qu’il avait appelé les équivalents de la richesse. Grâce à la redistribution des bénéfices générés par le Capital et le travail, les mille sept cents habitants s’approvisionnaient à bas prix aux économats, bénéficiaient d’une école gratuite, mixte et obligatoire jusqu’à 14 ans, d’une protection sociale incluant la maladie (la Caisse d’assurance maladie, créée en 1846, devient obligatoire en 1861) l’invalidité, le décès. Création aussi d’une caisse de Secours aux Invalides du travail, veuves et orphelins… La gratuité des médicaments est instaurée en 1870, les visites médicales en 1872. Ils bénéficiaient d’un niveau de vie bien supérieur à la moyenne des ouvriers de la seconde moitié du XIX° siècle. L’Association Coopérative Ouvrière de Production qu’il créa en 1880, inclue une Association Capital-Travail : les salariés deviennent alors propriétaires de l’usine. Tout cela survivra pendant presque 90 ans aux guerres et aux crises économiques : en 1929, deux mille cinq cent personnes y vivaient. Classé monument historique en 1991, le Familistère sera réhabilité à partir de 2000 et un musée sera ouvert en 2010. Ce n’était ni un philanthrope ni un patron paternaliste, il ne cherchait pas à soulager le malheur mais à organiser une société pour que le malheur ne survienne pas Frédéric Panni, conservateur du patrimoine au Familistère Godin. Patron, il ne cesse de tenir un discours ouvriériste ; déiste, il est viscéralement laïque ; résolument socialiste, il refuse de spolier le capitaliste ; épris de liberté, il prône la philosophie du devoir. Guy Delabre Emmanuel Isaac Lipmann, 23 ans, installe un comptoir d’horlogerie à Besançon, où il commence par travailler pour le compte d’autrui. Ses trois enfants décideront de fabriquer sous leur propre marque : LIP était né, qui va devenir rapidement le premier horloger de France. L’arrivée des montres à quartz sera la cause principale de sa chute fracassante en 1973. Nobel invente la dynamite, mélange de nitroglycérine et de silice. Jusqu’en 1846, on ne connaissait que la poudre noire ; l’Italien Ascanio Sobrero inventa alors la nitroglycérine, particulièrement instable. Nobel chercha à perfectionner le produit en le rendant liquide ; mais ce ne fut pas sans mal, et les épaisses bonbonnes de verre, habillées de bois et de fer, contenant « l’huile explosive de Nobel » détruisirent intégralement en 1864 l’usine de Heleneborg en Suède et en 1876 l’usine de Hambourg. Ce n’est qu’en mélangeant le produit à 25 % d’une terre siliceuse à diatomées qu’il parvint à obtenir une stabilité. Il dépose les brevets nécessaires et les usines produisant de la dynamite se multiplient à l’étanger : de 11 tonnes par an en 1867, la production va atteindre 3000 tonnes en 1874, et Alfred Nobel va se retrouver rapidement à la tête d’une fortune colossale. En 1875, il ajoute 7 % de collodion à la nitroglycérine, ce qui n’est autre que le plastic, qui permettra le percement du tunnel du St Gothard, la constrution du canal de Corinthe, le dégagement du Danube aux Portes de Fer etc… N’ayant qu’une confiance très limitée dans ses héritiers, il en consacrera l’usage exclusif à la Fondation éponyme, désormais vieille reine douairière des multiples fondations de par le monde. L’affaire était donc à risque, mais il fallait bien en prendre si on voulait donner des moyens à une armée : c’est ainsi que le gouvernement français, plus précisément Gambetta, qui avait mis fin au monopole d’Etat sur les explosifs misionna Paul Barbe, officier d’artillerie et ingénieur en 1870 pour créer une dynamiterie, - elle sera opérationnelle en 1875 - : il choisit pour ce faire l’anse des Paulilles, au sud de Port Vendres, qui présentait plusieurs avantages : éloignée du front - un conflit avec l’Espagne n’était pas envisageable - et des zones habitées, un ruisseau, le Cospron, qui amène assez d’eau pour nettoyer les acides, nitrique et sulfurique, issus de la chauffe du nitrate, une voie ferrée à proximité pour amener les matières premières - nitrate et charbon - et la mer pour emmener le produit sur les navires qui iront, par exemple à Panama où Ferdinand de Lesseps tentera de faire passer un canal ; plus tard, c’est encore de là que viendra la dynamite qui permettra les travaux du tunnel du Mont Blanc. Elle connaîtra aussi son lot d’accidents : 3 morts le 25 juillet 1877 avec l’explosion d’une salle de conditionnement, 1 mort en novembre 1958 avec l’explosion d’un wagon transportant 3 tonnes de dynamite… en tout une trentaine d’accidents mortels et les maladies professionnelles dues au contact du produit, qui ne seront reconnues comme telles qu’en 1981 ! La demande va régulièrement baisser et l’usine fermera en 1984. En 1998, après être passé très près d’une réalisation de grand luxe, le site sera acquis par le Conservatoire du Littoral, géré et financé par le Conseil Général des P.O qui livreront au public en 2009 un site dépollué et magnifiquement remis en valeur. Jean Louis Lambot et Joseph Monnier, chacun de leur coté, inventent le béton armé. Près de Creil, Paul Decauville se livre aux premiers essais de labourage avec une machine à vapeur. Aristide Boucicaut, propriétaire du Bon Marché depuis 1852 avec Paul Videau, puis seul à partir de 1863 inaugure la vente par correspondance avec un catalogue décrivant mille cinq cents articles. En 1869, il commencera la construction du premier grand magasin où l’on trouvera tout en libre service : le constructeur n’est autre que Gustave Eiffel : ce sera terminé 18 ans plus tard, en 1887, 10 ans après sa mort. Sa veuve, née Marguerite Guérin léguera sa fortune pour fonder un hôpital. L’approvisionnement de l’Angleterre en thé de Chine donne ses grandes heures aux courses océaniques : la valeur de la cargaison arrivée la première était bien supérieure aux suivantes, d’où ces grandes régates sur un demi-tour du monde, sur ces fameux clippers, capables de couvrir 300 milles en 24 heures, avec des vitesses de l’ordre de 17 nœuds. En cette année 1867, on vit 2 clippers anglais, l’Ariel et le Taeping, partis en même temps de Chine, arriver dans l’estuaire de la Tamise avec seulement un mille d’écart. Le plus rapide d’entre tous, le Cutty Sark, parcourut en 1893 2180 milles en 6 jours : 670 km par jour ! La Grandière s’empare de la Cochinchine occidentale et réunit ainsi en un tout le Sud Indochinois. 14 01 1868 Niel réforme le service militaire : la première partie des conscrits fera 5 ans de service actif et 4 ans dans la réserve, la deuxième partie fera 5 ans dans la Garde Nationale. 04 1868 Au Japon, le jeune empereur Meiji, fait part à ses sujets des nouveaux principes politiques : ce sont les cinq articles du gouvernement impérial :
Les dits sujets ne vont pas traîner pour mettre en œuvre tout cela :
Les principes sont une chose, leur application autre chose : le christianisme - Kirishitan -, en dépit de l’article 4, continua à être prohibé, et on publia partout le rappel suivant : En ce qui concerne le Kirishitan, religion déraisonnable, elle continue à être strictement prohibée. Mais, là encore, la capacité d’adaptation l’emportera : se rendant compte que cette proscription était un obstacle à la révision des traités humiliants, le gouvernement reconnaîtra officiellement le christianisme et les missionnaires en 1873. Dans le même temps, de 1871 à 1873, cinquante membres du gouvernement sous la houlette de l’ambassadeur Iwakura Tomomi, vont découvrir l’Occident, qui les marque surtout par son industrie et ses institutions parlementaires. 1868 Première course cycliste sur 1 200 mètres, dans le parc de St Cloud. Leclanché crée une pile zinc/carbone. La mer recouvre entièrement l’île de Sein, et les côtes péruviennes sont frappées par un séisme de magnitude 9, faisant des milliers de morts. On en ressentira les effets jusque sur les côtes d’Hawaï. Dissolution de la section française de l’Internationale Ouvrière. Première femme médecin. Création d’une Caisse pour les accidents du travail. Création de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Henri Rochefort, dans le premier numéro de son journal La Lanterne, s’amuse : « La France, dit l’Almanach Impérial, contient 36 millions de sujets »… sans compter les sujets de mécontentement. Découverte de l’homme de Cro-Magnon - c’est le nom d’un écart de la commune des Eyzies, en Dordogne - : il a 35 000 ans. « Averse » de météorites sur Pultusk, en Pologne : il devait y en avoir environ 100 000 morceaux ; on en récoltera 218 kg de pierres. Les « pluies » de météorites sont dues à l’explosion d’une météorite sous l’effet de l’onde de choc qui se forme à l’avant. Une météorite est appelée simplement « étoile filante » à cause de la traînée lumineuse provoquée par l’échauffement de la météorite et l’ionisation en conséquence de l’atmosphère environnante. Doudart de Lagrée et Francis Garnier, parvenus au Yunnan, constatent que c’est par le fleuve Rouge que peut être drainé vers la Cochinchine le commerce de la Chine du sud. On ne résiste pas à citer un compliment s’il vient d’un anglais : Une aire considérable où jamais un Blanc n’avait mis le pied avait été soigneusement examinée, la Chine atteinte en venant du sud, une bonne partie du Yunnan explorée et relevée pour la première fois, et finalement, Ta-li-fou visitée dans les circonstances les plus difficiles. Outre cela, il avait été rassemblé sur les pays traversés une masse d’informations d’ordre non seulement géographique, mais encore social, commercial et politique. Des faits relatifs à l’histoire et aux difficiles problèmes ethnologiques de cette partie de l’Asie avaient été notés. Finalement le tout s’est trouvé incorporé par Francis Garnier dans sa très complète publication officielle. Sir Hugh Clifford 1 01 1869 Premier numéro du Journal Officiel. 6 03 1869 Mendeleïev présente devant la Société chimique russe la classification périodique des éléments : tableau de tous les corps simples en fonction de l’ordre croissant des poids atomiques. 03 1869 Mort de Lamartine, né en 1790, et de Sainte Beuve, né en 1804. On l’a échappé belle, car le lascar - Lamartine, pas Sainte Beuve - ne fût pas très loin de se croire immortel et, quelques 20 ans plus tôt, n’avait pas eu besoin de paillettes, de télévision, de César ni de Goncourt pour gonfler son Ego : Il est évident que Dieu a son idée sur moi, car je suis un vrai miracle à mes yeux. Je ne puis pas comprendre, autrement que par un souffle de Dieu, l’inconcevable popularité dont je jouis ici. 10 05 1869 Jonction des deux tronçons de la ligne de chemin de fer est-ouest des Etats-Unis, à Promontory Point, sur la rive nord du lac Salé dans l’Utah. Le Central Pacific était parti de l’ouest, à Sacramento et l’Union Pacific de l’est, à Omaha, sur le Missouri dans le Nebraska, tous deux avec des millions $ d’aides gouvernementales, des millions d’hectares de terres attribuées à grands renforts de pots de vin habilement distribués à Washington, et pour ouvriers des vétérans de la guerre de Sécession, des immigrés irlandais posant jusqu’à 8 kilomètres de voies par jour, succombant souvent aux rigueurs climatiques quand ce n’était dans les combats contre les Indiens où, dit-on, le crime et la vertu marchaient la tête haute. Ce n’est pas seulement l’ajout d’un épisode pittoresque à l’histoire américaine ou un chapitre curieux à l’histoire des transports au XIX° siècle : c’est une date de la croissance politique des États-Unis. Désormais l’obstacle des Rocheuses est surmonté, le désert traversé, la distance annulée, les deux océans reliés. L’achèvement du premier transcontinental, bientôt suivi de plusieurs autres, symbolise et garantit l’unité politique et matérielle du continent. René Rémond Histoire Universelle La Pléiade 1986 24 05 1869 John Wesley Powell, partiellement aidé par quelques institutions scientifiques, s’embarque pour la découverte du Grand Canyon du Colorado, depuis la Green River. Ils découvrent des peintures rupestres, des poteries, preuves d’une présence indienne antérieure à l’arrivée des conquistadors, et des champs de melons et de maïs, preuves de la présence des indiens Paiutes et des Havasupai… ils rencontrent même des Mormons… 07 1869 Premier câble sous-marin transatlantique entre Brest et Saint Pierre et Miquelon. Il continuera sur les Etats Unis. 7 08 1869 Le lyonnais Thévenon gagne un course de vélo à Carpentras, mais on le déclasse car il a des roues entourées de caoutchouc : c’est Pierre Michaux qui en a eu l’idée, ce qui ne l’empêchera pas de mourir dans la misère. Au salon de vélocipède de Paris est proposé un prototype de transmission par dérailleur, mais il va rester prototype de très longues années : le goût du progrès technique de ces débuts de l’industrialisation ne semble pas avoir pénétré alors le monde du vélocipède. 28 09 1869 Le papetier Aristide Bergès[4] réalise la première conduite forcée, sur le flanc est du Grésivaudan, dans la combe de Lancey, pour produire de l’électricité, à l’aide d’une turbine. 13 ans plus tard, la technique s’améliorera grandement en reliant une chute de 500 m. non pas à une machine, mais à une dynamo : la houille blanche était née. Avec elle, l’énergie peut-être transmise à de grandes distances, et utilisée avec une souplesse jamais atteinte. Certes, cela ne se fera pas en un jour : il faudra régler le délicat problème des pertes en ligne, ce qui ne se fera qu’avec l’invention des transformateurs statiques dans les années 1880. 7 10 1869 La troupe tire sur les grévistes à Aubin : quatorze morts. 17 11 1869 L’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, apparentée à la famille de Ferdinand de Lesseps, inaugure le canal de Suez, à bord du navire impérial L’Aigle. C’est la gloire de l’Industrie et des Affaires éclairant le monde. C’est Henry Morton Stanley, journaliste au New York Herald Tribune, qui en fait le reportage. Invité par Ferdinand de Lesseps, Thomas Cook obtiendra en 1870 le monopole du transport des voyageurs sur le Nil ; ses croisières connaîssant un retentissant succès vont devenir régulières, à bord de bateaux à vapeur luxueux, construits en Angleterre, assemblés en Egypte. Tous ces clients aisés se feront les successeurs des pilleurs de tombes du bas Empire : le fléau va sévir sur jusque dans les années 1930. Il construira un hôtel à Louxor en 1877. Il était devenu la référence mondiale en matière de voyage. Lucy Duff Gordon a précédé de peu cet emballement pour l’Egypte, puisqu’elle est installée à Louxor depuis 1862 où elle trouve un climat propice à soigner sa tuberculose ; elle a eu le temps de faire le tour des monuments et s’intéresse maintenant aux belles égyptiennes : Si je peux trouver une belle fellahah ici, je la ferai photographier pour vous montrer, en Europe, ce que peut-être une poitrine de femme, car je l’ignorais avant de venir ici - c’est la plus belle chose du monde. La danseuse que j’ai vue faisait bouger ses seins par un effort musculaire extraordinaire, d’abord l’un puis l’autre ; on aurait dit des pamplemousses, et glorieusement indépendants de tout corset ou soutien. Lettre à son mari 1869 Invention du celluloïd à Oyonnax. Ouverture du Café de Flore. Charles Cros invente la photographie en couleur par trichromie. Charles Soulier prend les premières photos depuis le sommet du Mont Blanc : quatre vues plongeantes sur les massifs en contrebas, en petit format. Auguste Rosalie Bisson, célèbre photographe parisien, avait voulu faire croire que cette première était à son actif,[5] mais les photos qu’il avait pris le 23 juillet 1861, l’avaient été d’un peu plus bas que le sommet, même si lui-même y était parvenu. Il avait déjà fait d’autres tentatives, en 1859 et 1860, sans succès : il s’agissait de véritables expéditions : 25 porteurs se chargeaient de 250 kg d’appareils de photo, plaques, produits chimiques… etc. Zenobe Gramme, belge, invente le courant continu. Le chimiste suisse Friedrich Miescher découvre l’existence de l’ADN : acide désoxyribonucléique, en isolant du noyau de cellules une molécule faite d’acide phosphorique, d’un sucre unique (le désoxyribose) et de quatre éléments organiques appelés bases. Importants travaux d’endiguement du Rhône et création de réseaux de drainage et d’irrigation : pour rentabiliser ces derniers on plantera du riz : 20 ans plus tard, en 1890, on comptait 1 000 ha de riz, utilisé en nourriture animale. Depuis 1860, Armand David, missionnaire lazariste et basque, arpente l’Extrême Orient avec l’aval de Napoléon III : il découvre au Tibet le grand panda et le plus bel arbre d’ornement qui soit : le Davidia involucrata, ou encore arbre aux colonnes. L’ordinaire de la marine s’améliore grâce à la margarine, inventée par Hyppolite Mège-Mouriès, dans le cadre d’un concours lancé par Napoléon III visant à inventer un produit qui permette de remplacer le beurre. Au départ, la margarine est à base de graisse de boeuf, aujourd’hui remplacée par des graisses végétales. Achèvement de la ligne de chemin de fer New-York - San Francisco : une semaine suffit pour traverser le pays quand il fallait 4 mois auparavant ! Avec une production de houille de 100 millions de tonnes par an, l’Angleterre produit les deux tiers du charbon mondial. Un comité annécien organise une campagne visant à l’extension de la zone à tout le département de la Haute Savoie ; la guerre de 1870 fera passer ce projet aux oubliettes. De 1861 à 1869, l’académicien Michel Chasles achète pour 2.5 millions de francs 1990 pas moins de 30 000 fausses lettres autographes à Vrain Lucas, de 25 ans son cadet et qui, n’étant ni latiniste, ni bachelier, n’avait pu intégrer le personnel de la Bibliothèque Nationale : c’est là néanmoins qu’il prit son inspiration pour fabriquer des lettres de Cléopâtre à César, de Socrate, Platon, Cicéron, de Ponce-Pilate à Tibère, de Castor, médecin gaulois à Jésus-Christ, de Marie-Madeleine à Lazare, de Dagobert à Saint Eloi, de Jeanne d’Arc à ses parents, le tout écrit dans un style bien négligé, « façon » français du XVI ° siècle. Varin Lucas passa 24 mois en prison, mais, le ridicule ne tuant pas, Michel Chasle vécut encore dix ans. 01 1870 John David Rockefeller (le nom vient du français Roquefeuille, puissante famille du pays d’Oc, au Moyen Âge) fonde la Standard Oil of New Jersey, qui va prendre par tous les moyens une situation de monopole de l’extraction et du raffinage du pétrole aux Etats-Unis… tant et si bien qu’il sera condamné en 1911 au nom de la loi anti-trust… il sera alors obligé de scinder sa société en 34 autres qui s’appelleront, entre autres, Exxon, Chevron, Mobil. [1] La guerre de Sécession est un terme adopté en Europe. Les Américains garderont toujours le terme de Civil War, qui rend mieux compte de ses caractères les plus importants, et c’est bien l’aspect de guerre civile qui fut prédominant. [2] Nommé chancelier en septembre 1862, il était auparavant ambassadeur de Prusse en France. [3] lui-même, farouche opposant à Napoléon III « le petit », était exilé depuis 1852, d’abord à Jersey, puis à Guernesey. [4] Cf le Musée de la Houille Blanche. Maison Bergès. Lancey. 38190 Villard-Bonnot Tel / Fax : 34 76 45 66 81 [5] On dit encore que ce pourrait être le fait de Joseph Tairraz, qui était au sommet du Mont-Blanc le lendemain, le 24 juillet 1861.
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