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mai 1789 à 1792. La révolution française. Mackenzie. Homéopathie. Mozart
5 05 1789 Les députés se réunissent en Etats Généraux dans la salle des Menus Plaisirs à Versailles : à l’ordre du jour la modification de l’organisation politique de la France : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen les conduit à reconnaître l’égalité civile de tous les Français : ils abolissent les ordres, le servage - il y avait encore un million et demi de serfs en France - et accordent les droits civils aux étrangers, aux comédiens. Avant la Révolution, la valeur fondamentale, c’est le Roi, dont le sacre de Reims a fait le représentant de Dieu. C’est lui qui détient la souveraineté et auquel ses sujets sont rattachés. A partir de 1789, tout est bouleversé : la souveraineté est partagée entre tous les citoyens. Le sentiment d’appartenance à la collectivité nationale remplace la fidélité au monarque. Cette idée est violemment rejetée dans tous les Etats qui viennent à bout de Napoléon en 1815. Pour un Metternich, le chancelier autrichien, grand artisan de la Sainte Alliance, l’idée de nation est doublement dangereuse : elle remet en cause la prééminence des monarques, envoyés de Dieu sur terre, et provoque le réveil des minorités dans les grands empires multinationaux comme l’Autriche, la Russie et l’Empire ottoman. Pierre Milza Le Nouvel Observateur Décembre 2007 Louis XVI dispose encore d’une large capacité de manœuvre, mais il a contre lui une partie de la cour et du Conseil du Roi, opposés aux réformes, Necker, qui se refuse à proposer aux Etats Généraux un programme de réforme, et… la maladie du petit dauphin qui va mourir de tuberculose le 4 juin, accablant roi et reine. Il répondra au député Bailly, président des députés du Tiers, qui ne cesse de lui demander des entrevues : N’y a-t-il pas un père parmi ces gens-là ? Les historiens resteront bien divisés sur sa personne : Pendant tout le cours de cette longue histoire, où l’on voit successivement paraître tant de princes remarquables, plusieurs par l’esprit, quelques-uns par le génie, presque tous par le courage, on n’en rencontre pas un seul qui fasse effort pour rapprocher les classes et les unir autrement qu’en les soumettant toutes à une égale dépendance. Je me trompe : un seul l’a voulu et s’y est même appliqué de tout son cœur ; et celui-là, qui pourrait sonder les jugements de Dieu ! ce fut Louis XVI. Alexis de Tocqueville L’Ancien Régime et la Révolution, t. l, Gallimard, 1952. Pour conjurer l’obésité menaçante, il chassait tous les jours, recherchait les rudes besognes, travaillait avec les ouvriers du château, maniant des poutres ou des blocs de pierre ; il se fit serrurier et forgeron. […] Il était gauche, timide, sauvage, honnête et bon, sans orgueil ni vanité, avec des instincts de justice, chrétien fervent, d’intelligence médiocre. La comtesse de La Mark le dépeint à Gustave III de Suède comme un homme « sans esprit, sans connaissances, sans lectures. Du moins, il a du bon sens. » Ernest Lavisse Histoire de France, 1910. 05 1789 Le prix du pain atteint des sommets ; il devient inabordable à la plupart des bourses. La Reine Marie-Antoinette commentera : Ils n’ont plus de pain… qu’ils mangent de la brioche. Les 5 et 6 octobre, les émeutiers s’en souviendront : ils obligeront la famille royale et l’Assemblée à regagner Paris aux cris de : nous ramènerons le boulanger, la boulangère et le petit mitron [1] 17 06 1789 Les députés du Tiers Etat se constituent en assemblée autonome et se proclament Assemblée Nationale. S’étaient joints à eux près de la moitié des membres du clergé. Trois jours plus tard, réunis dans la Salle du Jeu de Paume, - le roi a fait fermer leur salle de réunion - ils prêtent solennellement le serment de ne pas se séparer avant d’avoir donné une constitution au royaume : c’est un coup d’Etat, au regard du droit et des institutions monarchiques. 26 06 1789 Le roi fait venir 20 000 soldats étrangers aux portes de Paris. 9 07 1789 A partir de la mi-juillet, nombreuses émeutes anti féodales en Suisse, Hongrie, Italie. L’assemblée nationale se déclare constituante. Les citoyens qui se nomment des représentants, renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer ; le peuple ne peut parler et agir que par ses représentants. Siéyès 11 07 1789 Le roi renvoie Necker. Il le rappellera. Il avait obtenu le doublement de la représentation du tiers état aux états généraux. Le tabac est l’une des plus belles inventions fiscales. 14 07 1789 La Révolution, c’est l’avènement de la Loi, la résurrection du Droit, la réaction de la Justice. Jules Michelet 1798 - 1874 Des milices bourgeoises se sont constituées, qui ont besoin d’armes pour faire face aux soldats étrangers appelés par le roi et éviter tout débordement : elles s’emparent des 32 000 fusils et des 24 canons entreposés dans l’hospice militaire des Invalides, mais les munitions sont ailleurs… à la Bastille. Les Invalides n’ont opposé aucune résistance, et les militaires détachés pour parlementer avec le gouverneur de la Bastille, le marquis de Launay sont reçus fort civilement : l’un des sous-officiers qualifiera le déjeuner de très cordial. La Bastille est défendue par trente gardes suisses et quatre vingt quinze invalides, ces soldats blessés au combat mais qui continuent de servir. A l’extérieur des remparts il n’en va pas de même : un brasseur du faubourg Saint Antoine, déjà connu des services de police, harangue la foule pour mettre le feu à tout ça : les ci-devant Tournay et Bonnemère grimpent sur le toit d’une boutique accolée aux remparts et, accédant à l’intérieur, brisent les chaînes du pont levis : un groupe s’engouffre et de Launay donne l’ordre d’ouvrir le feu : une quinzaine de miliciens sont transportés à l’hôtel de ville. Dans l’après-midi, une soixantaine de gardes français arrivent sur les lieux sous la conduite d’Elie, officier et de Hulin, sous-officier, qui prennent fait et cause pour les émeutiers et installent une batterie de 5 canons, arguments suffisamment parlants pour inciter le gouverneur à se rendre : nos officiers ont assuré que les gardes suisses et les vétérans seraient épargnés, ainsi que Monsieur de Launay, bien entendu. Mais la foule envahit la Bastille et la violence ensanglante la cour. Traîné jusqu’en place de Grève, De Launay est tué, ainsi que cinq de ses hommes malgré la protection que tentent de lui offrir les gardes français. Jacques de Flesselles, prévôt des marchands, accusé d’avoir voulu sauver la Bastille, est tué d’un coup de feu, puis décapité : sa tête sera promenée dans Paris, empalée sur l’une des piques qu’il avait fait faire la veille, pour armer les milices bourgeoises ! Une fois la forteresse mise à sac, on se souvint des prisonniers : ils étaient sept : un fou, trois faussaires, un escroc, un aristocrate incestueux et un certain Charpentier, complice de Damien qui, trente ans plus tôt avait tenté de renverser Louis XV. La Bastille était une prison exclusivement réservée aux gens arrêtés sur ordre direct du roi ; à ce titre, ils avaient droit à un traitement de faveur, qui coûtait aux caisses de l’Etat dix fois plus cher par tête que pour les autres prisonniers « ordinaires ». Le peuple parisien entreprit spontanément sa destruction. Le sieur Palloy se tailla une réputation, ainsi qu’une petite fortune, en sculptant dans les pierres ainsi mises à terre de petites bastilles et autres souvenirs, qui furent envoyées dans tous les départements. Il proposait aussi aux communes des projets de monuments commémoratifs, exécutés en pierres du cachot de la Bastille. Le Roi restait encore populaire : on voyait communément circuler son portrait encadré des vers suivants :
ou encore
A son entrée à Paris le 17 juillet, La Fayette lui remet la cocarde tricolore ; une banderole l’accueille ainsi : Père des Français, et roi d’un peuple libre Cet événement prendre place dans l’histoire de la France contemporaine au rang de Fête Nationale [2], supplantant le 15 août, depuis que Louis XIII avait fait don de la France à la Vierge Marie. Napoléon III redonnera du galon au 15 Août, pour fêter l’anniversaire de la naissance de son illustre tonton. L’Ecossais Alexander Mackenzie atteint sur les côtes arctiques de l’Amérique du Nord l’embouchure du fleuve qui prendra son nom. Parti avec un groupe d’indiens en canoë de Fort Chippewyan, sur le lac Athabasca, en juin de la même année, il était de retour le 12 septembre. Montagnes et fleuves vont jouer, dès lors, jusqu’à l’océan, à se côtoyer, se contourner, se traverser, à la condition que l’ampleur du fleuve soit toujours respectée. Une seule fois cependant les masses granitiques se resserrent subitement, comme pour arrêter le fleuve ; mais celui-ci, se précipitant avec une force redoublée, maintient l’obstacle en deux remparts parallèles, amas fantastique de tours et donjons aux créneaux béants (…) Plus loin dans la zone polaire, le fleuve se place résolument vis à vis du nord ; et, entre deux baies hautaines de montagnes et de glaciers aux cimes resplendissantes, il descend une avenue très large et très droite de 70 lieues. Père Duchaussois. 4 08 1789 Du 20 juillet au 6 août la Jacquerie des paysans a donné naissance à la Grande Peur : elle se répand sur la moitié du territoire : les paysans brûlent les terriers où se trouvaient fixés les droits seigneuriaux. Leurs attaques ne cesseront qu’avec l’abolition des privilèges par les députés : l’égalité des citoyens est timidement proclamée : désormais tout soldat a son bâton de maréchal dans sa giberne. Cependant, les modalités d’application - nos fameux décrets d’application d’aujourd’hui - ne seront publiés que le 15 mars 1790, réduisant considérablement la portée de la déclaration d’origine : seuls étaient abolis gratuitement la dîme et les droits féodaux honorifiques et personnels. La dîme était certes très lourde, et sa suppression fût évidemment bien accueillie, néanmoins les multiples redevances ou droits réels devaient être rachetés à un taux onéreux ! On n’en aura pas terminé avec les troubles paysans ! La Révolution de 1789 et la suppression des privilèges débarrassa le réseau routier des dernières entraves à la circulation. La disparition des péages s’avéra un des facteurs essentiels du miracle économique du XIX° siècle. Pierre A Clément. Les chemins à travers les âges. Les presses du Languedoc.1983. 23 08 1789 Partisans et adversaires du Roi se réunissent autour de lui : les premiers sont à sa droite, les seconds à sa gauche : c’est la naissance de la droite et de la gauche en politique, que la création des chambres parlementaires viendra conforter. On s’apprête à publier les fondements de l’ère nouvelle : le marquis de La Fayette, qui a pris dans ses bagages ceux des Etats-Unis, y apporte une très large contribution. La Révolution française, c’est, se substituant à une société de sujets, à l’intérieur d’un code hiérarchique (les ordres du royaume), une société d’individus libres et égaux. De cette donnée philosophique de base découle la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la suppression des corporations, jurandes et maîtrises (loi Le Chapelier, 1791) qui quadrillaient la vie économique, l’interdiction des coalitions (grèves) et des associations entre gens de même métier (syndicats). Il faudra attendre 1864 à propos des premières et 1884 à propos de secondes pour voir atténuer la rigueur de cet individualisme économique, dont Marx dénonce à la même époque le caractère mystificateur. Jacques Julliard Le Nouvel Observateur Décembre 2007 DECLARATION DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN (SIC) Décrétés par l’Assemblée Nationale, dans les séances des 20, 21, 23, 24 et 26 août 1789, acceptés par le roi AUX REPRESENTANS DU PEUPLE FRANCOIS. PRÉAMBULE LES représentans du peuple François constitués en assembles nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli et le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernemens ont résolu d’exposer dans une déclaration solemnelle les droits naturels inaliénables et sacrés de l’homme afin que cette déclaration constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir législatif et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution et du bonheur de tous. En conséquence, l’assemblée nationale reconnoit et déclare, en présence et sous les auspices de l’Etre suprême les droits suivants de l’homme et du citoyen. ARTICLE PREMIER. I LES hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits, les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune II LE but de toute association politique est la conservation des droits naturels et inprescriptibles de l’homme : ces droits sont la liberté, la propriété, la sureté, et la résistance III LE principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation, nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressement. IV LA liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui Ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme, n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits ; ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. V LA loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n’est pas défendu par la loi ne peut-être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas. VI LA loi est l’expression de la volonté générale ; tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentans, à sa formation ; elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les citoyens étant égaux a ses yeux, sont également admissibles a toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celles de leurs vertus et de leurs talens. VII NUL homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la loi, et selon les formes qu’elle a prescrites, ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la loi, doit obéir à l’instant, il se rend coupable par la résistance. VIII LA loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaire, et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée. IX TOUT homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi. X NUL ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. XI LA libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. XII LA garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux à qui elle est confiée. XIII POUR l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable ; elle doit être également répartie entre les citoyens en raison de leurs facultées. XIV LES citoyens ont le droit de consacrer par eux-même ou par leurs représentans, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée. XV LA société a le droit de demander compte a tout agent public de son administration. XVI TOUTE société, dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni les séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution. XVII LES propriétés étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité. Parmi les signatures, celle de … Louis XVI. S’ils avaient dit « les droits du Citoyen » ou de l’homme- citoyen, je les comprendrais encore ; mais j’avoue que « l’homme », distingué du citoyen, est un être que je ne connais pas du tout. J’ai vu dans le cours de ma vie des Français, des Anglais, des Italiens, des Allemands, des Russes, etc… : j’ai même appris, dans un livre célèbre, qu’on peut-être Persan. Mais je n’ai jamais vu l’homme, s’il a des droits, je m’en moque. Joseph de Maistre Lettres d’un royaliste savoisien 4 10 1789 Sur le drapeau de la France, La Fayette intercale le blanc entre le bleu et le rouge, couleurs de la Ville de Paris : le blanc, c’est le blanc royal inspiré de la chemise de la Sainte Vierge conservée à Chartres. Le bleu, c’est celui de la capâ de Saint Martin et le rouge, celui de l’oriflamme de Saint Denis. 19 12 1789 Création des assignats : à l’origine, ce sont des billets, portant intérêt à 5 %, d’achat prélevé sur les biens du clergé. 24 12 1789 L’Assemblée donne aux protestants la citoyenneté à part entière. Clermont Tonnerre, député de la noblesse, dans une formule lapidaire, définit l’attitude envers les Juifs : la Révolution comme la République l’adopteront : Il faut tout refuser aux Juifs comme nation, et accorder tout aux Juifs comme individus. Un mois plus tard, les juifs du Midi - Avignon, Bordeaux, Bayonne - obtiendront la citoyenneté française, mais pas ceux de Lorraine et d’Alsace. 1789 Le marquis de Lessert, auvergnat, souffre affreusement du dos et du foie : en promenade à Evian, il boit l’eau d’une fontaine dans le jardin de M. Cachat : le soulagement ressenti est net et important, et il se met à en vanter les mérites ; les compliments ne tombent pas dans l’oreille d’un sourd : M. Cachat enclot sa source et commercialise l’eau ; les premiers bains seront ouverts dès 1824. Elle passe, dit-on là-bas, environ 15 ans dans les entrailles de la région à se charger en minéraux, avant de se mettre à l’air. On raconte énormément de choses, souvent contradictoires sur les effets du quinquina : le docteur allemand Samuel Hahnemann se dit : tiens, tiens, voyons cela de plus près. Et il se mit à expérimenter sur lui-même ce produit à des doses variables en constatant en effet des effets propres à chaque dosage : il en déduisit la loi de similitude, loi fondamentale de l’homéopathie. Combattu dans son pays, il fût largement reconnu en France. Il y a trois principes fondamentaux. Celui de la similitude, puisqu’on soigne avec des médicaments provoquant des symptômes semblables à ceux que manifeste le sujet malade ; l’idée est que le symptôme est une tentative d’autoguérison, qui peut échouer. L’homéopathie va dans le sens du symptôme pour nous aider à nous en sortir en donnant, en quelque sorte, plus d’énergie pour le faire. C’est l’un des principes fondamentaux de la vie et de beaucoup de thérapies, on se forme par imitation et par analogie, le bébé imite sa mère… Ensuite on est dans une conception globale du système vivant, il n’y a pas que les molécules qui sont efficaces. L’homéopathie est un vecteur qui n’est pas moléculaire. Enfin, on est sur de l’individualisation. Il n’y a pas de traitement spécifique d’une maladie ; un individu n’est pas une maladie mais sa propre maladie. Tous les symptômes doivent être pris en considération, y compris les rêves. Le diagnostic homéopathique n’est pas un diagnostic médical classique. Ces notions ne sont pas faciles à comprendre parce qu’on n’est pas dans un système cartésien. Et pourtant, ça marche. Le placebo ne peut pas tout expliquer. Dr Bernard Long, médecin homéopathique uniciste. Le Midi libre 1 mars 2008 La Compagnie d’Anzin emploie quatre mille ouvriers pour exploiter un charbon gras, de bonne qualité : on extrait alors 280 000 tonnes par an. On compte 1 426 relais de poste répartis sur 40 000 km de routes et de chemins. 15 01 1790 La Constituante divise la France en quatre vingt trois départements, - quatre vingt petits roquets plutôt que quinze gros chiens loups - mais décide en même temps que les anciennes limites de province devaient être respectées toutes les fois qu’il n’y aurait pas utilité réelle ou nécessité absolue de la détruire. L’idée essentielle était de créer des circonscriptions telles qu’on put atteindre le chef-lieu de chaque département depuis le point le plus éloigné en une journée de marche. Les départements furent divisés en districts - neuf au maximum - .Les habitants devaient pouvoir, dans le jour, aller jusqu’au chef-lieu du district et s’en retourner. Les districts eux-mêmes comprirent un certain nombre de cantons. L’unité administrative élémentaire resta la paroisse, qui reçut le nom de commune. 14 07 1790 Tout Paris est sur le Champ de Mars pour la Fête de la Fédération, l’apogée de l’union entre le peuple et son roi. L’évêque d’Autun, Talleyrand célèbre la messe sur l’autel de la Patrie : il a quand même besoin d’un souffleur car il ne connaît pas vraiment bien son texte. 07 1790 Une représentation corse est élue aux Etats Généraux en 1789 : Pascal Paoli quitte Londres pour revenir en Corse, en juillet 1790, après avoir fait un passage triomphal à Paris. Mais il éprouve déjà beaucoup de mal à faire rentrer les impôts nouveaux et la Corse vit des subsides de Paris. Attaché à la monarchie, il supporte mal l’exécution de Louis XVI, puis plus tard, ne soutient que mollement Bonaparte, qui quitte la Corse en juin 1793, poursuivi par les Paolistes. Il se tourne alors vers les Anglais, mais ceux-ci le marginalisent au profit de Pozzo di Borgo. Il repart en Angleterre et meurt à Londres en 1807. 31 08 1790 Mutinerie des soldats Suisses de la garnison de Nancy : ils ne demandaient que le versement de leur salaire… ils seront écrasés par les troupes du marquis de Bouillé : trente trois seront fusillés, quarante et un envoyés au bagne… et pourtant : … lorsqu’ils n’ont pas été payés depuis trop longtemps, ils roulent leurs drapeaux et laissent aller les choses ; d’où l’expression française « Pas d’argent, pas de Suisses ». Et quand ils le sont, leur solde est si maigre qu’ils ne peuvent pas offrir la tournée à leurs compagnons d’infortune. Ils boivent un ou deux verres à l’écart, seuls à une table ou dans leurs cantonnements, d’où la formule « Boire en Suisse ». Nicolas Bouvier. L’échappée belle. 1993 1790 Le drapeau tricolore remplace le drapeau blanc : la cocarde de la Garde nationale était rouge et bleue ; son commandant, le maréchal de La Fayette, proposa à Louis XVI d’y intercaler le blanc de la monarchie : ainsi fût fait. Sur proposition de Barnave, l’esclavage est maintenu aux colonies. Les assemblées coloniales sont interdites aux gens de couleur. Instauration de l’impôt foncier. Marie Fontaine, épouse Harel habitant à Camembert, donne naissance au camembert : ah le bel enfant que voilà ; il vivra très très longtemps et sera goûté de tous. L’ancêtre du vélo est présentée aux Parisiens : c’est le célérifère de Civrac, qui deviendra vélocifère, puis bien plus tard vélocipède. Expérimentation du télégraphe de Chappe. Alexandre Raditchev est déporté en Sibérie pour avoir dénoncé le servage et l’autocratie dans Le voyage de Saint Petersbourg à Moscou. 01 1791 En Vendée, sur la commune de Saint Christophe du Ligneron, au sud de Nantes, les oppositions à la Constitution civile du clergé se heurtent aux gardes nationaux en charge du maintien de l’ordre : la Vendée compte ses premiers morts : il y en aura des milliers d’autres. Un conflit de légitimité court depuis le début de la Révolution. En 1789, la chute de l’Ancien Régime crée un vide institutionnel et une crise de légitimité. La légitimité du pouvoir dépend du souverain, mais il y a deux souverains, le roi et la nation, comme le dit la Constitution de 1791. Cela joue à tous les niveaux. Chacun, à sa façon, se réclame d’une légitimité. Au nom de la Déclaration des droits de l’homme et de l’article 10 sur la liberté religieuse un certain nombre de communautés paysannes, instituées en communes, disent qu’elles ont le droit de défendre leur prêtres, et de ne pas appliquer la Constitution civile du clergé. Tout cela sape l’autorité de l’Etat, qui finit par être récusée tant par les partisans de la Révolution que par ses opposants. La voie est ouverte pour la guerre civile. Jean Clément Martin. L’Histoire Juillet-Août 2006 4 02 1791 Début du long calvaire de l’abbaye de Cluny, par le dépouillement de ses trésors les plus précieux. Elle sera saccagée en novembre 1793, puis vendue en 1798 comme propriété nationale. C’est Napoléon qui lui portera le coup de grâce, en perçant une rue à travers la nef. La démolition de l’abside interviendra en 1823. 25 02 1791 Ogé, un riche mulâtre arrivé l’année précédente à Saint Domingue avec la volonté d’imposer l’égalité civique entre Blancs et mulâtres, est soumis au supplice de la roue. A la veille de la Révolution, Saint Domingue représente les trois-quarts de la production sucrière mondiale. En parallèle avec la canne à sucre, de moindre importance, la culture du café. Vue de la métropole la colonie a tout du pays de cocagne : des fortunes inimaginables s’y bâtissent. Mais sur place, c’est un enfer à ciel ouvert. Trente mille colons blancs y règnent sur cinq cent mille esclaves. Une classe de mulâtres, de trente mille personnes environ, s’est formée. Elle jouit de tous les droits économiques, mais reste exclue de la sphère politique, au nom de la supériorité absolue des Blancs. Chaque année, cinquante mille esclaves sont acheminées sur les côtes du pays, pour pallier le manque de bras et l’effroyable mortalité régnant chez les esclaves. Jérôme Gautheret. Le Monde 15 janvier 2010
2 04 1791 Mort d’Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau. [3] 20 06 1791 Louis XVI, profondément croyant, regrette d’avoir approuvé la Constitution civile du clergé : il n’accepte comme aumônier qu’un prêtre réfractaire, ce que le peuple veut empêcher : il cherche alors à s’enfuir de Paris : c’est la fuite à Varennes, en Argonne, sur le chemin des Pays Bas autrichiens, où il sera repris, et par après suspendu - provisoirement - de ses fonctions. Les dissensions entre l’Assemblée et les plus exaltés des révolutionnaires provoquèrent la fusillade du Champ de Mars, le 17 juillet, au cours de laquelle les gardes nationaux de La Fayette tirèrent sur les manifestants. C’est le début de la désacralisation de la personne du roi : son arrestation elle-même, passée plutôt inaperçue sur le moment, et bien « cadrée » par La Fayette : Qui applaudira le Roi sera battu, qui l’insultera sera pendu - va être reprise par les caricaturistes, bras armé des opposants les plus farouches et l’on verra paraître des libelles qui desservent aujourd’hui beaucoup plus leur auteur que le roi lui-même, tant le trait est faux et vulgaire : Son cri ressemble assez au grognement du porc. Il n’a point de queue. Il est vorace par nature. Il mange ou plutôt il dévore avec malpropreté tout ce qu’on lui jette. Il est ivrogne et ne cesse de boire depuis son lever jusqu’à son coucher… etc… etc 17 07 1791 La veille, le très radical club des Cordeliers a invité la population à venir au Champ de Mars signer une pétition hostile au roi, aux accents républicains. Deux quidams cachés sous les estrades juste pour voir sous les jupes des filles (une chanson de Souchon), sont pris pour des espions : mis à mort, décapités, leurs tête promenées au bout d’une pique. La Garde nationale arrive, et dans l’après-midi, pour une raison inconnue, tire sur la foule. On ne connaîtra pas le nombre de tués. 22 au 23 08 1791 Insurrection de cinquante mille esclaves à Bois Caïman, dans la colonie française de Saint Domingue, avec à leur tête Toussaint Breda, un guérisseur qui se fera appeler plus tard Louverture. De deux mille lors des premiers jours, le nombre des révoltés passa à quinze mille au bout de dix jours. Encore quelques semaines, et c’est un millier de plantations qui étaient brûlées. Faute d’artillerie, les esclaves prenaient difficilement les villes, mais ils excellaient en guérilla. L’année suivante, douze mille gardes nationaux furent envoyés dans l’île et mirent les insurgés en difficulté.
Aimé Césaire Cahier d’un retour au pays natal. Présence africaine 1983 Mais à l’époque, les abolitionnistes concevaient l’émancipation comme un mouvement pacifique et progressif : les massacres de colons blancs modifièrent la perception de l’esclave insurgé : On m’assure que dans ce moment-ci Santa Fe, Caracas, Mexico et même Chile sont prêts à une insurrection […] A Dieu ne plaise que ces beaux pays deviennent comme Saint Domingue un théâtre de sang et de crimes, sous prétexte d’établir la liberté ; resteraient-ils plutôt, s’il le faut un siècle de plus sous l’imbécile et barbare oppression espagnole. Francisco de Miranda, leader indépendantiste vénézuélien, créole, en 1798. 7 09 1791 Première Constitution écrite : le Roi de France devient Roi des Français. Sieyès affirmait que l’on pouvait concilier la souveraineté de la nation avec le système représentatif. La représentation, plus moderne que la démocratie directe, qui ne peut s’appliquer que dans des petits pays, a été perçue comme la grande invention de la Révolution. Le peuple est certes souverain, mais il est considéré d’une certaine manière comme un mineur : Le peuple est souverain dans un gouvernement représentatif, mais ses représentants sont ses tuteurs. Barnave 14 09 1791 L’Assemblée constituante entérine l’annexion d’Avignon et du Comtat Venaissin à la France, à la demande des populations consultées par référendum. 27 09 1791 L’Assemblée constituante vote le décret d’émancipation des Juifs, et, en déclarant que tout homme vivant en France est « libre », maintient « par défaut » l’esclavage aux colonies. 28 09 1791 La Société d’Histoire Naturelle a proposé à l’Assemblée constituante la mise sur pied d’une expédition pour rechercher les disparus de l’expédition de Lapérouse. La Constituante prend un décret qui promet une récompense de 4 000 mille Francs-or à qui retrouvera trace de cette expédition. La Recherche et l’Espérance appareillent sous le commandement de Bruni d’Entrecasteaux, entouré d’une kyrielle de savants, les uns restés monarchistes, les autres républicains : sur la terre ferme, c’est déjà l’affrontement, alors en mer, quand s’ajoutent le scorbut, les fièvres, en quelques mois, cela peut devenir l’enfer. En escale au Cap le 18 janvier 1792, il y trouve une lettre de son remplaçant à l’île de France, rapportant que le commodore Hunter, de la frégate le Sirius, aurait entendu dire que des indigènes revêtus d’uniformes français auraient été vus aux îles de l’Amirauté. Hunter avait vu Lapérouse à Botany Bay. Ils parviennent à explorer le Nord et l’Est de la Nouvelle Calédonie. Mais les indigènes ne confirmèrent pas les bruits mis au compte du commodore Hunter, et il met le cap sur Tonga-Tabou où, de nouveau, les interrogatoires des indigènes l’induisent en erreur. Il explora les rivages sud de la Tasmanie en décembre, puis repartit en janvier vers Tonga Tabou, où cette fois-ci les indigènes reconstituèrent le passage de Lapérouse. Il louvoya alors dans l’archipel Santa Cruz, et, le 19 mai 1793, en vue de Vanikoro [4], il la baptise, sans s’y arrêter, île de la Recherche. On sait aujourd’hui qu’à ce moment là s’y trouvaient, presque sûrement encore en vie, les rescapés du naufrage de l’Astrolabe et de la Boussole, « installés » là depuis avril 1788, date probable du naufrage. Bruni d’Entrecasteaux décide de faire escale à Batavia, pour réparer et avoir des nouvelles de France, mais il meurt du scorbut le 21 juillet 1793. Les nouvelles de France : chute de la monarchie, dictature de la Convention, guerre sur le continent, ne seront apprises qu’à l’escale de Sorabaya le 18 octobre 1793 : la cohérence de l’expédition n’y résista pas : ses restes vont être dépecés par les Hollandais, qui emprisonneront tout ce beau monde. La Billardière, le botaniste reviendra en France en 1795, non sans avoir découvert l’Eucalyptus, et rapporté nombre d’observations sur des plantes nouvelles que l’on pourra découvrir dans sa Relation du voyage à la recherche de Lapérouse. 09 1791 Loi autorisant les propriétaires particuliers à disposer librement de leurs bois : on se mettra à couper beaucoup, au point qu’en 1825, la forêt ne couvrira plus que 15 % du pays, alors qu’elle en occupait 25 % sous Louis XV ; au XX° siècle, on atteindra 27 %. 6 12 1791 A trente cinq ans le divin Mozart tire sa révérence. Ses difficultés matérielles seront grossies à l’extrême au point de créer une légende voulant qu’il n’ait été suivi pour son dernier voyage que de son chien, ce qui est faux. Je vous déclare devant Dieu, en honnête homme, que je tiens votre fils pour le plus grand compositeur que je connaisse. Joseph Haydn à Léopold Mozart, son père, en février 1785 Je ne peux pas bien t’expliquer mon impression, c’est une espèce de vide qui me fait très mal, une certaine aspiration qui, n’étant jamais satisfaite, ne cesse jamais, dure toujours et croît de jour en jour. Même mon travail ne me charme plus. Mozart, 7 07 1791 Lettre à sa femme Nul musicien n’a accusé, avec autant de sincérité et d’intégrité, le fiasco final de toute idéologie, devant la seule question qui importe et qui, à l’heure de la mort, est inéluctable : qu’en est-il de nous-mêmes ? Jean-Victor Hocquard Ce qu’il y a encore d’humain et de sensible dans le monde, ce n’est pas la politique qui l’a préservé, ce ne sont pas seulement les rapports sociaux, c’est aussi le rêve réalisé de grands esprits qui ont donné un aperçu de la beauté de l’homme. Tout le mal du monde nous appartient mais le bien aussi, Léonard m’appartient, Mozart, Dostoïevski, Masaccio, m’appartiennent et me donnent la certitude que je ne suis pas seulement coupable de meurtre (…) Je me demande si l’art n’a pas cette petite force de nous faire sentir que nous sommes humains. Et d’empêcher d’autres dégâts majeurs. Giorgio Strehler, Le Monde du 10 juillet 1995 1791 Loi Le Chapelier qui interdit les « coalitions » de métiers (corporations, syndicats). Interdiction de la concertation sur les salaires et les prix. Pétion est élu maire de Paris. Rétablissement de la liberté de cultiver, fabriquer et débiter le tabac. Ecole d’architecture fondée par Percier et Fontaine. Perronnet achève le pont de la Concorde : ses 5 travées de 34 m. s’élèvent à 4,30 m. de hauteur. Suppression du contrôle pour accès des peintres au Salon. Berthollet invente le blanchiment par l’hypochlorite de sodium : la première usine s’installe quai de Javel. 1 02 1792 La possession d’un passeport est obligatoire pour toute personne se déplaçant dans le pays. 20 04 1792 Début de 23 ans de guerre contre tous les pays d’Europe. L’Assemblée déclare la guerre à l’Autriche, à la Hongrie et à la Bohème. Ça ne commencera pas par des succès : les défections et le passage à l’ennemi seront nombreux. Les futurs maréchaux de l’empire font « leurs classes » : deux sur trois sont franc-maçons. La guerre que firent ces premières années de la Révolution fut une guerre sainte s’il en fut jamais, une guerre de foi et d’amour. Michelet 24 04 1792 Rouget de Lisle, lieutenant en même temps que chansonnier dans un bataillon qui s’appelait Les Enfants de la Patrie écrit La Marseillaise, à la demande du citoyen Dietrich, maire de Strasbourg ; la musique pourrait être de son ami Ignace Pleyel, ou de lui-même, ou encore du choral de Luther Eine feste Burg ist unser Gott : on y relèverait de toutes façons des « emprunts » à l’exposition du 25° concerto de Mozart [5] ; quant au texte, la Société des Amis de la Constitution venait d’en faire afficher un qui lui ressemblait fort : Aux armes citoyens ! L’étendard de la guerre est déployé ; le signal est donné. Aux armes ! Il faut combattre, vaincre ou mourir. Aux armes, citoyens ! Si nous persistons à être libres, toutes les puissances de l’Europe verront échouer leurs sinistres complots. Qu’ils tremblent donc ces despotes couronnés ! L’éclat de la liberté luira pour tous les hommes. Vous vous montrez dignes enfants de la liberté, courez à la victoire, dissipez les armées des despotes ! … Marchons ! Soyons libres jusqu’au dernier soupir et que nos vœux soient constamment pour la félicité de la patrie et le bonheur de tout le genre humain. Il existe encore un chant de guerre composé en 1560 par le calviniste La Renaudie :
La liberté d’utilisation des textes et des musiques était alors complète ; la propriété littéraire et musicale ne sera reconnue que plus d’un demi-siècle plus tard ; il serait donc anachronique de parler de plagiat… car c’était la règle. Appelé tout d’abord « Hymne de guerre au Maréchal De Luckner », puis « chant de guerre pour l’armée du Rhin », il devint « l’hymne des Marseillais » et enfin « la Marseillaise » : c’est un Varois d’Escragnolles, François Mireur, qui, s’étant entiché de cet hymne au moment où il terminait sa médecine à Montpellier, le chanta devant des enrôlés provençaux à Marseille, et ces derniers allèrent jusqu’à Paris sur cette musique. Prohibée en 1815, elle devint le chant de ralliement de tous les révolutionnaires, jusqu’à la prise du palais d’Hiver de Saint Petersbourg, en 1917 : elle sera alors « détrônée » par l’Internationale. De très nombreuses adaptations circulèrent : la marseillaise des cotillons 1848, la marseillaise du peuple 1848, la marseillaise de la commune 1871, la marseillaise anticléricale 1881, la marseillaise fourmisienne 1891, la marseillaise de la paix 1892, la marseillaise des requins 1911. La version actuelle est une harmonisation d’Ambroise Thomas datant de 1887, venue prendre la place de celle de Berlioz. 25 04 1792 Nicolas Pelletier, bandit parisien, inaugure la guillotine, place de Grève. Le docteur Guillotin, professeur d’anatomie, laissa malgré lui son nom au rasoir national ; il ne fit en fait que le recommander aux exécuteurs, par souci d’épargner aux condamnés, les ratés de la hache : l’engin avait déjà été en service en Ecosse, en Allemagne et en Italie au XVI° siècle : en France c’est le Dr Antoine Louis qui la construisit. Elle prendra plusieurs sobriquets : le Louison, la veuve, l’abbaye de Monte-à-regret… 9 08 1792 La colère du peuple est la conséquence du silence des lois. Un élu du Var 10 08 1792 La Commune emprisonne Louis XVI aux Tuileries, que les sans-culottes mettent à sac : il sera transféré à la prison du Temple. 19 08 1792 Le maréchal de La Fayette commande l’armée du nord ; il n’a jamais caché son soutien au roi et se voit accusé par l’Assemblée : il passe alors chez les émigrés, mais c’est en prison pour 5 ans que le mettent les Autrichiens, à Olmütz. Il en sortira grâce aux victoires de Bonaparte et se tiendra désormais éloigné du tumulte de la vie politique. 23 08 1792 Longwy tombe aux mains des Prussiens. 2 au 6 09 1792 Massacres de Septembre : de onze cents à quatorze cents prisonniers détenus dans les prisons parisiennes sont exécutés après un jugement sommaire, soit la moitié de la population incarcérée à Paris. Une amie de la Reine, la princesse de Lamballe, sera décapitée, sa tête enrubannée de viscères, son cadavre mutilé ; Mademoiselle de Sombreuil, sera contrainte pour sauver son père, gouverneur des Invalides, à boire un verre de sang. Hier fut un jour sur lequel il faut peut-être jeter un voile Roland, ministre de l’Intérieur Comment peut-on voir ainsi frappés indistinctement petits scélérats et grands coupables ? […] Mais ces actes sont cependant indispensables pour retenir par la terreur les légions de traîtres cachés dans nos murs Marat Comment se fait-il qu’un peuple chez lequel on a délibéré solennellement si on n’abolirait pas la peine de mort, même à l’égard des grands criminels, l’année d’après baigne dans le sang et attente à la vie des hommes avec la légèreté la plus révoltante ? Carra Annales patriotiques Les partis sont revenus rôder autour du sang répandu. Nés de la peur et du désespoir, les massacres de Septembre ont fait à la Révolution, dans le monde, dans l’histoire, infiniment plus de mal que n’en auraient pu faire, même lâchés dans Paris, les prisonniers qu’on égorgea. Jean Jaurès La Commune n’a pas provoqué les massacres de Septembre, mais elle n’a pas cherché à les maîtriser. 16 09 1792 Les diamants de la couronne sont volés au garde meuble. 20 09 1792 Dumouriez et Kellermann mettent en fuite les Prussiens à Valmy : cela va être perçu comme la première victoire de la Révolution sur l’étranger… quitte à tordre passablement le cou à la réalité. L’armée va reprendre confiance en elle et répétera l’exploit. Les forces françaises étaient en fait très majoritairement composées de soldats de métier, seuls s’y ajoutaient quelques bataillons de volontaires. Dumouriez étrennait généreusement - 20 000 coups de canon - une artillerie nouvelle conçue par Gribeauval. Elle découragea très rapidement les Prussiens, déjà éprouvés par des pluies diluviennes et un très mauvais ravitaillement : la dysenterie provoquée par les raisins verts affaiblissait toute l’armée : de plus il y avait du nouveau à l’est où les Russes avaient franchi la frontière de Pologne ; il était urgent d’y aller : Brunswick donna promptement l’ordre de la retraite. Il laissait cent quatre vingt quatre morts sur le champs de bataille, les Français, trois cents. Les généraux prussiens et francs-maçons répugnaient à livrer bataille aux enfants du Siècle des Lumières. Il se murmure même que le duc de Brunswick aurait été acheté par Georges Danton : on retrouvera dans son héritage en 1806 les diamants de la couronne du roi de France ! Goethe, présent sur les lieux, prophétisa : De ce lieu et de ce jour, date une ère nouvelle dans l’histoire du monde. Et plus tard, Michelet : Sur cette toute jeune armée planait quelque chose, comme une lueur héroïque. Instauration de l’état civil laïque. Le divorce est autorisé. 21 09 1792 Le général Montesquiou entre à Chambéry : sa proclamation révolutionnaire est lue à Megève le 26 septembre. Deux divisions, l’une suisse, l’autre sarde, soit douze cents hommes tentent de fuir par le col du Bonhomme : n’y étant pas parvenue, ils reviennent loger à Megève, puis repartent pour Hauteluce par le col de Véry, aidés et accompagnés de Mégevans. Megève vit passer beaucoup de nobles et de clercs dans les semaines suivantes, en route pour la Suisse. 22 09 1792 La Convention adopte le calendrier républicain, qui restera en service jusqu’au 1 01 1806, partant de l’équinoxe d’automne. L’année est composée de 12 mois de 30 jours divisés en 3 décades, auxquels on ajoute 5 ou 6 jours complémentaires pour que l’année ait une durée moyenne de 365,25 jours. Gilbert Romme en est le principal artisan et c’est à Fabre d’Eglantine - nom que s’était donné Philippe François Nazaire Fabre, après avoir obtenu l’églantine aux jeux Floraux de Toulouse - que l’on doit les nouveaux noms : Ce 22 septembre 1793 correspond donc au 1° Vendémiaire de l’an I . Janvier Pluviôse Février Ventôse Mars Germinal Avril Floréal Mai Prairial Juin Messidor Juillet Thermidor Août Fructidor Septembre Vendémiaire Octobre Brumaire Novembre Frimaire Décembre Nivôse En 1780, lors d’un séjour à Maastricht, il avait écrit les parole de L’Hyménée, sur une musique du violoniste Victor Simon : il pleut, il pleut bergère, rentre tes blancs moutons… La création de ces noms bucoliques ne sera pas un sésame suffisant pour lui laisser la vie sauve, et la Convention, assoiffée de sang, l’enverra à la guillotine le 16 germinal, an II, soit le 5 février 1794. Il avait 44 ans. Il est vrai que le calendrier romain (ou julien, ou grégorien) présentait son lot d’anachronismes, mi-païen (Janvier vient de Janus, Mars est romain aussi, Juin se réfère à Junius Brutus, premier consul de Rome, Juillet à Jules César, Août à Auguste, 31 jours chacun pour ne pas faire de jaloux), mi-chrétien pour les mois suivants, qui portent seulement un numéro d’ordre, mais cet ordre n’est plus respecté, puisque Septembre n’est plus le septième mois mais le neuvième… etc, depuis qu’en 1582, par la réforme grégorienne, le début de l’année avait été avancé du 1° mars au 1° janvier. 22 10 1792 La Savoie est débaptisée pour devenir les Allobroges. 27 11 1792 Annexion de la Savoie par les troupes de la Convention, occupation qui durera jusqu’en 1813. Vaincus pendant la campagne d’Italie, les Piémontais cèdent en 1795 leurs droits sur la Savoie et Nice qui, unis à Genève, forment le canton, puis le département du Léman. 27 12 1792 La Savoie devient le 84° département, celui du Mont Blanc, divisé en sept districts, quatre vingt trois cantons, six cent cinquante deux communes. 1792 Rapport de Condorcet sur l’éducation. Un an plus tard, les Universités, jugées incompatibles avec les principes de la Révolution, seront fermées, soit trente deux établissements. On va vivre un peu plus d’un siècle comme cela, c’est à dire avec les seules - et toute nouvelles - grandes écoles pour enseignement supérieure ; les universités ouvriront à nouveau en 1896, sous la III° République. Utilisation de l’oxygène dans le traitement de l’asthme. George Vancouver, matelot anglais sorti du rang à force de « cours du soir », d’application, a déjà trois tours du monde à son actif, dont deux sous les ordres de Cook. Il a sous les pieds deux bons bâtiments armés en guerre, le Discovery de Cook et le Chatham. Il parvient à négocier avec le gouverneur espagnol de la Haute Californie, l’abandon des droits espagnols sur toute la région au nord du 48°N, aujourd’hui un peu au sud de la frontière Canada-Etats-Unis. Son nom et celui de ses officiers resteront attachés à la région : Puget, Broughton, Mudge, Baker, Menzies… Pierre Charles L’Enfant, architecte, venu aux Etats-Unis avec La Fayette a été pressenti pour établir le plan de la ville de Washington, lequel a été accepté pour l’essentiel. Mais les Américains demandent des changements que ne veut pas accepter L’Enfant : quand l’on a à faire à des protestants, il est embêtant de refuser de mettre de l’eau dans son vin : il est remercié. Les Américains se débrouilleront sans lui par la suite, par exemple avec James Hoban, qui entreprend la construction de la Maison Blanche en faisant venir la pierre de l’île de Korçula, proche de Dubrovnik, et le marbre rose à griotte du Salon Ovale, de Cabrières, dans l’Hérault, en France. Le roi Gustav III de Suède est assassiné au cours d’un bal masqué. L’affaire inspirera Verdi qui nommera un opéra Un ballo in maschera en 1859. C’est son successeur, Charles XIII, qui choisit Bernadotte pour le remplacer après sa mort en 1818. [1] Le petit mitron est donc le cadet du petit dauphin, né en 1785 et qui mourra au Temple le 8 juin 1795. [2] Disons que l’erreur a été avalisée par l’histoire, car en fait, la Fête Nationale n’a été instituée qu’un an plus tard, le 14 juillet 1790, qui est la fête de la Fédération [3] dont Rivarol disait : Ce grand homme a senti de bonne heure que la moindre vertu pouvait l’arrêter sur le chemin de la gloire, et jusqu’à présent il ne s’en est permis aucune[…] il est capable de tout, même d’une bonne action. Très populaire, il va être inhumé au Panthéon, où il ne fera pas de vieux os : il en sera retiré en 1793, quand on découvrira sa correspondance avec la cour. [4] Alors nommée Mannicolo, ou Malicolo, ou encore Vanikolo, 12° S, 167° E. [5] Il est bien évident qu’il y a similitude, mais, au regard de la loi d’aujourd’hui, le nombre de notes identiques est inférieur à celui requis pour être autorisé à parler de plagiat.
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