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1773 à 1786. Guerre d’indépendance de 13 colonies anglaises. Washington. La Fayette. Lapérouse
16 12 1773 En Amérique, la Boston Tea Party lance la lutte pour l’indépendance : la Party en question ne ressembla pas vraiment au très british Five o’clock : des marchands coloniaux, furieux de voir que les droits avaient été levés sur l’ensemble des produits, sauf le thé, s’allièrent aux Comités de Correspondance et aux Fils de la Liberté, et, déguisés en Peaux Rouges, jetèrent à la mer la cargaison de thé de trois navires, à peu près 350 caisses ; (l’histoire ne dit pas si les poissons en redemandèrent) ; la voie était désormais grande ouverte au conflit armé. Ce sont les deux colonies les plus riches et les plus peuplées qui vont prendre l’initiative et le commandement du conflit : la Virginie et le Massachusetts, représentant les deux types de société les plus différentes des colonies. En face le gouvernement anglais ne veut pas négocier avec cette racaille d’Ecossais, d’Irlandais, de vagabonds étrangers et de descendants de forçats. 1773 Le pape Clément XIV prononce la suppression des jésuites par la bulle Dominus ac Redemptor : … en quelque province, royaume et Etat… et fait jeter le préposé général dans les cachots du Château Saint Ange. 10 05 1774 Mort de Louis XV. Son petit fils de vingt ans, jusqu’alors duc de Berry, devient Louis XVI. La couronne avait longtemps été destinée à un autre, et il n’attendait pas vraiment cette charge : Quel fardeau… et l’on ne m’a rien appris ! La réflexion, sans que l’on mette en doute son authenticité, lui échappa probablement, fruit de l’angoisse du moment, face au poids de la charge, car en fait, elle n’est pas fondée : Louis XVI avait reçu une instruction très complète et méticuleuse : il connaissait le latin, l’allemand et l’espagnol, parlait anglais à la perfection, s’exerçait à la grammaire, à la rhétorique et à la logique, pratiquait la géométrie et l’astronomie, lisait les auteurs classiques etc… Il avait été initié à la politique internationale par un des hommes les mieux avertis du royaume, La Vauguyon. Une de ses toutes premières lettres fût à l’égard des pauvres, dans un courrier adressé à l’abbé Terray, contrôleur général des Finances, et ça ne manque pas de tenue : Monsieur le contrôleur général, Je vous prie de faire distribuer deux cent mille livres aux pauvres des paroisses de Paris pour prier pour le Roi. Si vous trouvez que ce soit trop cher, vu les besoins de l’Etat, vous le retiendrez sur ma pension et sur celle de madame la Dauphine. Les rapports du couple royal, marié à seize et quatorze ans, étaient dans le genre inexistant : à la veille de l’épiphanie, en janvier 1775 circula cet épigramme :
Lavoisier, assisté de son épouse Pierrette Paulze, isole l’azote et découvre l’oxygène ; il marque les débuts de la chimie analytique. La mise en évidence des premiers alcaloïdes, la découverte de la quinine par Pelletier et Caventou donnèrent le signal aux grandes découvertes : la pharmacopée traditionnelle faite de remèdes extraits du règne végétal allait décliner lentement mais sûrement face au développement de la pharmacie issue des progrès de la chimie. Mais en France, contrairement à l’Allemagne, ce sont les mêmes personnes - les pharmaciens d’officine - qui assurèrent cette transition : les spécialités pharmaceutiques d’aujourd’hui sont issues de l’officine et trouvent leur origine dans les remèdes secrets d’autrefois. 13 09 1774 Turgot établit la libre circulation des grains, abolit la corvée royale, remplacée par un impôt fondé sur les propriétés foncières, supprime les jurandes et maîtrises [ou corporations]. Pratiquement dans le même temps, la récolte de blé est catastrophique. 1774 L’Entente cordiale n’est pas pour demain : L’Angleterre, nation inquiète et avide, plus jalouse de la prospérité de ses voisins que de son propre bonheur, puissamment armée, et prête à frapper au moment où il lui conviendra de menacer. Vergennes, Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères. L’Ossétie, lasse des incursions ravageuses des voisins, demande sa protection à l’impératrice Catherine de Russie, qui la lui accorde bien volontiers. Les Ossètes peuvent ainsi descendre dans les vallées fertiles et les cultiver. Ils sont les descendants des Scythes, des Sarmates, des Alains : que du beau monde … Dans ces mêmes années le cosaque Emilian Pougatchev, se prétendant le tzar Pierre III parvient à soulever tout le sud-est de la Russie. Les troupes de Catherine II finiront par en avoir raison, le ramèneront à Moscou où il sera écartelé. 10 04 1775 Publié en janvier, Common sense du colon d’Amérique Thomas Paine se vendra à 120 000 exemplaires en un an. Il y dit essentiellement que le moment était venu de se séparer. Mais encore, il attaque une monarchie qui tient en esclavage ses sujets, une aristocratie qui les exploite, il ridiculise « la brute royale » Georges III, aiguise l’orgueil des colons en leur montrant qu’une petite île ne peut gouverner un si grand continent. Common sense va être un catalyseur. 19 04 1775 Les troupes britanniques stationnées à Boston veulent s’emparer d’un dépôt d’armes constitué par des patriotes à Concord : ils sont reçus à coup de fusil : c’est la fusillade de Lexington : Paul Revere orfèvre franc-maçon avait cavalé toute la nuit - midnigt ride -, pour avertir de l’attaque imminente des Anglais ; les Comités de Correspondance se chargèrent d’assurer la diffusion de la nouvelle avec beaucoup d’efficacité. Le boycott des produits anglais cimente l’identité américaine : d’avril à juin, pas moins de 90 déclarations d’indépendance sont rédigées dans des assemblées municipales ou par de simples particuliers. 05 1775 La maigreur des stocks de blé provoque la guerre des farines. Elle va être réprimée, mais nombreux seront ceux qui voudront faire porter le chapeau à Turgot et sa réforme sur la libre circulation des grains. 15 06 1775 Le colonel George Washington se voit confié le commandement en chef de l’armée continentale américaine, couramment nommée les insurgents. United we stand, divided we fall, va devenir leur mot d’ordre, coulé dans le marbre un an plus tard avec le nom donné au pays : United States of America 1775 Début de la guerre d’indépendance américaine. Un parlement est érigé à Nancy. A Montpellier, Giral réalise la promenade du Peyrou et Dorbay et d’Aviler l’Arc de triomphe. A 18 ans, le marquis de La Fayette prend le commandement du régiments de dragons de Noailles en garnison à Metz, où il s’initie à la franc-maçonnerie, s’enflammant alors pour la cause américaine. Du premier moment où j’ai entendu prononcer le nom de l’Amérique, je l’ai aimée ; dès l’instant où j’ai su qu’elle combattait pour la liberté, j’ai brûlé du désir de verser mon sang pour elle ; les jours où je pourrai la servir seront comptés par moi, dans tous les temps et dans tous les lieux, parmi les plus heureux de ma vie. 04 1776 Le réseau de fontaines publiques de Paris fournit environ deux mille m3 par jour, soit une ration moyenne de quatre à cinq litres par habitant… on va chercher les compléments dans des puits insalubres… bref on ne peut pas rester dans cette situation. L’affaire est intéressante sur le plan économique car au carrefour de l’orientation des économies traditionnelles et moderne, et du service public ou privé. Deux projets sont en présence que tout oppose :
Le deuxième projet récolte le maximum d’avis favorable mais on continue à tergiverser : et les autorités décident de s’en remettre aux conclusions d’un expert… qui penche pour l’aqueduc. Et c’est bien embêtant, car les 20 millions de livres que demande le chantier ne sont pas là ; donc, c’est l’autre projet que l’on va adopter, celui des machines à vapeur des Frères Périer, soutenu par le duc d’Orléans : il a l’avantage de ne pas demander d’argent public ; Beaumarchais se chargera de la souscription, et ce sera la naissance de la Compagnie des Eaux. Les choses n’iront pas toutes seules : on fera des bêtises : implanter la première pompe en aval de Paris, là où l’on est assuré que l’eau soit bien sale, à Chaillot : Beaumarchais s’en tirera par une pirouette en forme de constat cynique : peu importe, les Parisiens ont l’habitude de boire le soir ce qu’ils ont vidé à la rivière le matin. Les machines installées sont de Watt, 4 fois plus efficaces que les vieux modèles de Newcomen. Et même sans faire de sottises, reste la difficulté à faire passer de nouveaux comportements économiques : les bourgeois renâclent à payer les 50 livres d’abonnement que coûtent le service rendu : une distribution tous les 2 jours qui permet de remplir les réservoirs particuliers. Les frères Périer, au bout de 7 ans, n’ont que 900 abonnements en portefeuille au lieu des 60 000 escomptés : la Compagnie des Eaux sera dissoute en 1788. Les deux énormes machines de Chaillot elles, fonctionneront encore 70 ans, mais dans le cadre du service public. Résumé de Pompes à vapeur et service public. Bernard Kapp. Le Monde 28 10 1997 12 05 1776 Turgot « est démissionné » de son poste de contrôleur général des finances auquel Louis XVI l’avait nommé en juillet 1774, juste après son arrivée sur le trône. L’homme qui avait la rage du bien public, avait voulu appliquer une politique financière stricte : point de banqueroute, point d’augmentation d’impôts, point d’emprunts. Mais les conditions politiques de ses réformes économiques n’étaient pas réunies, et il lui avait fallu affronter l’opposition de la reine, des grands, des parlements, des corps de métier. Tout cela ne pouvait être une surprise pour lui-même, qui écrivait au roi un mois après sa nomination : J’ai prévu que je serai seul à combattre contre les abus de tous genres, contre les efforts de ceux qui gagnent à ces abus, contre la foule des préjugés qui s’opposent à toute réforme et qui sont un moyen si puissant dans les mains des gens intéressés à éterniser le désordre. On me peindra comme un homme dur parce que j’aurai représenté à votre majesté qu’elle ne doit pas enrichir même ceux qu’elle aime aux dépens de la subsistance de son peuple, […] ce peuple […] si aisé à tromper. 4 07 1776 La Déclaration d’indépendance des 13 colonies anglaises, qui deviennent les 13 Etats d’Amérique, est adoptée par le Congrès : Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes ont été crées égaux, ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables, parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement… …./… les anciennes colonies anglaises ont le droit d’être des Etats libres et indépendants, elles sont dégagées de toute obéissance envers la couronne de Grande Bretagne et toute union politique entre elles et l’Etat de la Grande Bretagne est rompue. Le jeune - 23 ans - Thomas Jefferson, de Virginie - en est le rédacteur, avec Benjamin Franklin pour mentor, mariant dans une langue accessible à tous, les grands principes et les décisions très directement politiques qui en découlent ; la Déclaration d’Indépendance, signée à Philadelphie, rencontra très vite un immense succès, bien au-delà des côtes américaines. Benjamin Franklin sera envoyé comme ambassadeur en France deux mois plus tard, poste occupé par après par Thomas Jefferson de 1785 à 1789. 7 09 1776 Une escadre britannique mouille dans la baie de New York : les Américains sortent alors ce qu’ils pensent être leur botte secrète : un sous-marin chargé de déposer une charge explosive sur la coque du HMS Eagle. L’inventeur en est David Bushnell : il l’a nommé The Turtle, - la Tortue -, en hommage à celui qu’aurait inventé Aristote pour son élève Alexandre. Il a la forme d’un œuf, 2,3 m. de haut pour 1,2 m. de large ; il se met en immersion par ballastage d’eau, laquelle se vide avec une pompe à main pour faire surface. C’est aussi à la main qu’est actionnée l’hélice. L’affaire ne réussira pas : le perçage de la coque de l’anglais ne pourra se faire… la mine ne sera pas fixée et explosera loin du bateau… ne faisant pas suffisamment de bruit pour que les journaux de bord anglais en fassent mention… de quoi émettre quelques doutes fort légitimes sur l’existence même de l’événement. 7 12 1776 La Fayette, son beau-frère Noailles et Ségur s’engagent par écrit devant Franklin à se mettre au service de la jeune république, en échange de quoi La Fayette se voit promis le rang de major général au sein de l’armée des insurgents. 1776 Seize jours de fêtes chômés sont supprimés. Constitution du premier réseau d’observations météorologiques par Louis Cotte et la Société royale de Médecine nouvellement créée. Il existera jusqu’en 1792, et comptera jusqu’à 206 stations d’observation dont 137 en France fonctionneront à peu près régulièrement. Le marquis Claude François de Jouffroy d’Abbans fait naviguer pendant deux mois le premier bateau à vapeur, le Pyroscaphe, 45 m. de long, sur le Doubs, près de Baume les Dames. La fièvre aphteuse apparaît pour la première fois en France dans la généralité de Moulins. Le souverain n’a que trois devoirs à remplir. Le premier, c’est le devoir de défendre la société de tout acte de violence ou d’invasion de la part d’autres sociétés indépendantes. Le second, c’est le devoir de protéger, autant qu’il est possible chaque membre de la société contre l’injustice ou l’oppression de tout autre membre, ou bien le devoir d’établir une administration exacte de la justice. Et le troisième, c’est le devoir d’ériger ou d’entretenir certains ouvrages publics et certaines institutions que l’intérêt privé d’un particulier ou de quelques particuliers ne pourrait jamais les porter à ériger ou à entretenir, parce que jamais le profit n’en rembourserait la dépense à un particulier ou à quelques particuliers, quoiqu’à l’égard d’une grande société ce profit fasse beaucoup plus que rembourser les dépenses. Adam Smith, économiste écossais. Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations. 1 01 1777 Parution du premier quotidien français, Le Journal de Paris : il durera jusqu’au 17 mai 1840. 26 04 1777 Contre le gré de sa famille, et pire, contre celui du roi qui lui avait mis une lettre de cachet aux trousses, le très jeune - 20 ans - marquis de La Fayette, appareille pour l’Amérique du port espagnol de Pasajes, tout proche de San Sebastian, à bord de la Victoria. Il abordera à Georgetown, près de Philadelphie, le 13 juin. Il écrit à sa femme : Défenseur de cette liberté que j’idolâtre, libre moi-même plus que personne, en venant comme ami offrir mes services à cette république si intéressante, je n’y porte que ma franchise et ma bonne volonté… 3 07 1777 En créant la Société des auteurs, Pierre Augustin Caron de Beaumarchais ébauche la législation sur la propriété littéraire. Le cher marquis avait plus d’une corde à son arc, se consacrant à ses heures perdues à l’espionnage en faveur de Louis XVI, sous le nom de Norac, anagramme de Caron. 31 07 1777 La Fayette devient Major Général des Insurgents, en Amérique ; Il recevra son baptême du feu le 11 septembre. Je ne peux nier que les Américains sont parfois d’un commerce difficile, surtout pour un Français. Talleyrand faisait dans la concision : Les villes américaines ? On y trouve 80 églises, mais un seul plat, et encore, il est mauvais. La réciproque valait aussi : observation d’un officier américain à son supérieur : Les gens n’aiment pas les Français. Ils prennent toute personne qu’ils ne peuvent comprendre pour un Français. 16 10 1777 Après d’importants revers face aux Anglais, qui avaient repris New-York et Philadelphie, les Insurgents, inférieurs en nombre, remportent une éclatante victoire sur des Anglais mal commandés à Saratoga, qui leur apporta l’alliance de la France, trop contente de prendre une revanche sur les désastres coloniaux de la guerre de Sept ans. Jusque là, les aides extérieures n’avaient été le fait que d’hommes venus à titre individuel, le premier d’entre eux étant La Fayette. Cette alliance n’était pas d’une spontanéité à toute épreuve : la France, par souci de neutralité, avait commencé par vouloir s’opposer à l’achat par les insurgés de navires corsaires français ; la chose n’était pas aisée et les Américains virent cela d’un mauvais œil, faisant transmettre le message suivant par Lee, leur envoyé secret à Londres : vous nous aidez, vous accueillez nos corsaires et leurs prises, auquel cas nous protégeons vos colonies ; dans le cas contraire, si vous recevez mal nos corsaires, si vous rendez les prises aux Anglais, notre Congrès acceptera la paix, et nous marcherons avec les Anglais pour prendre vos colonies. La suite des événements ne fût en rien conforme à ce schéma qui tient plus du chantage mondain que de l’analyse de la réalité, puisque l’Angleterre fût battue, et que les Américains n’eurent pas besoin d’eux pour acheter la Louisiane à Napoléon pour une bouchée de pain en 1803. Toujours est-il que le chantage mondain dût certainement peser « bon poids » dans l’attitude de la France. Début de la fabrication industrielle des montres à Beaucourt, sous l’impulsion de Frédéric Japy, un des tout premiers grands capitaines d’industrie. Il crée son atelier à 24 ans, en rachetant les machines et les inventions de son ancien maître, Jean-Jacques Jeannneret-Gris auquel, de plus, il passe commande de machines qu’il a lui-même inventé. Dans le système industriel qu’il met en place, le rythme du travail n’est plus maîtrisé par l’artisan, mais imposé par les dirigeants : le capitalisme est déjà inscrit dans la fabrique de Japy : en 1795, quatre cents ouvriers fabriqueront 40 000 montres par an, quand un artisan ne peut en faire que 24 par an. La fabrique de Beaucourt n’est pas seulement une unité de fabrication : elle comprend 2 ailes où sont logés les ouvriers, qui prennent les repas en commun avec les patrons, les femmes d’un coté, les hommes de l’autre : on est chez des luthériens ; sont déjà en place les germes du paternalisme que développeront par la suite les patrons de Mulhouse ou les Schneider du Creusot. 9 12 1777 Contournant le prêt à intérêt normalement interdit par l’Eglise, Louis XVI fonde à Paris un organisme de crédit inspiré de celui qui a déjà été mis en place à Marseille en 1696, nommé le mont de piété : à Paris on préférera le nommer chez ma tante. Moyennant l’apport d’un bien mis au clou, des prêts peuvent être accordés à des prêts avantageux. 1777 Le tourisme à Chamonix a déjà un début de logistique et des adeptes : Ce que les gens de Chamonix nomment proprement le Montanvert est un pâturage élevé de 834 mètres au-dessus de la vallée de Chamonix, et par conséquent de 1 859 mètres au-dessus de la mer. Il est au pied de l’aiguille des Charmos, et immédiatement au-dessus de cette vallée de glace dont la partie inférieure porte le nom de glacier des Bois. On y conduit ordinairement les étrangers, parce que c’est un site qui présente un magnifique aspect de cet immense glacier et des montagnes qui le bordent, et parce que l’on peut de là descendre sur la glace, et voir sans danger quelques-unes des singularités qu’elle offre. (…) Lorsqu’on s’est bien reposé sur la jolie pelouse du Montanvert, et que l’on s’est rassasié, si l’on peut jamais l’être, du grand spectacle que présentent ce glacier et les montagnes qui le bordent, on descend par un sentier rapide, entre des rhododendrons, des mélèzes et des aroles, jusqu’au bord du glacier. (…) Au bas de cette pente, on trouve ce qu’on appelle la moraine du glacier, ou cet amas de sable et de cailloux qui sont déposés sur les bords du glacier, après avoir été broyés et arrondis par le roulis et le frottement des glaces. De là on passe sur le glacier même, et s’il n’est pas trop scabreux et trop entrecoupé de grandes crevasses, il faut s’avancer au moins à trois ou quatre cents pas pour se faire une idée de ces grandes vallées de glace. Horace Benedict de Saussure Voyages dans les Alpes 1779 6 02 1778 Louis XVI et Benjamin Franklin pour les Insurgés américains signent un traité de commerce et d’amitié. L’escadre de l’amiral d’Estaing appareille pour Philadelphie et Newport. 24 05 1778 Pour soutenir les Insurgés américains, la France déclare la guerre à l’Angleterre. L’échec d’un débarquement en Angleterre en 1779 entraînera un enlisement de la guerre. Cette même année 1779, lors de la bataille navale de Savannah, Lapérouse, commandant l’Amazone prend l’Ariel, un navire anglais. L’anglais Wilkinson achève le 1° pont en fonte, l’Ironbridge commencé trois ans plus tôt : sa portée est de 30.5 m, constituée de pièces de fonte moulée. Apprenti tisserand dans un village anglais du Leicestershire, le jeune Ned Ludd brise son métier à tisser avec une masse. Trente ans plus tard, quand les ouvriers anglais travaillant dans les fabriques textiles du royaume s’organisèrent pour détruire les machines accusées de provoquer le chômage, ils se réclameront du « luddisme ». Et encore 20 ans plus tard, les canuts lyonnais se réclameront d’une cause « luddique ». La canicule fait deux cent cinquante mille morts. 20 03 1780 Georges Washington avait demandé à La Fayette de rentrer en France pour convaincre le roi de venir aux cotés des Insurgés. Le jeune marquis obtient gain de cause et appareille à nouveau pour l’Amérique, pour annoncer la nouvelle ; deux frégates sont entre les mains du chef d’expédition, Jean François de Galaup, comte de Lapérouse, commandant L’Astrée ; La Fayette est à bord de L’Hermione, commandée par Latouche-Tréville ; il s’était engagé à en financer la construction, mais, n’ayant pas l’usufruit de son argent, c’est le secrétaire du comte de Broglie qui avait avancé la somme nécessaire. 07 04 1780 Victor Louis réalise pour la première fois une charpente en fer : c’est au Grand Théâtre de Bordeaux. 11 07 1780 L’escadre de l’amiral Ternay à la tête d’un corps expéditionnaire de cent navires débarque à Newport, en Rhode Island les quatre mille hommes de Jean Baptiste Donatien de Vimeur, marquis de Rochambeau : maréchal depuis près de vingt ans, - il en a 55 -, il a participé au siège de Maastricht en 1748 et à la prise de Minorque en 1756 ; il ne manque donc pas d’expérience. 1780 Une académie se met en place à Grenoble. Talleyrand dira de cette époque : Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1780 n’a pas connu le plaisir de vivre.[1] Du plaisir, il en prenait aussi à ferrailler, n’ayant pas que des amis : Talleyrand boitait ; il croise une marquise qui louchait et qui, de plus, était fort imprudente : La marquise : Alors, M. De Talleyrand, comment ça marche, ce matin ? Talleyrand : Comme vous voyez, Madame. Connaissant aussi bien les diplomates que les courtisanes, il s’amusait aux devinettes, demandant ce qui les différenciait :
******************** La Princesse de Lamballe, au cœur de la vie de la cour, sera de ce fait, treize ans plus tard, au coeur des massacres de Septembre.
Théodore de Banville 1823-1891 La princesse de Lamballe. Les Princesses ********************** Au XVIII° siècle, dire que l’on était français avait une portée qui dépassait de loin la condition de sujet d’un roi précis. Cela exprimait une réalité plus profonde que le fait d’être né en tel ou tel lieu. Le patriotisme avait un sens qui dépassait tout cela : il impliquait que l’on crût aux droits de l’homme et à l’idéal du bonheur des hommes. Impossible donc au vrai patriote de sacrifier au chauvinisme ou à la fidélité aveugle envers tel ou tel gouvernement : c’était un citoyen du monde, sa patrie était l’utopie. Cet idéalisme renforça la position de la France en Europe infiniment plus que n’aurait pu le faire aucun accroissement de ses moyens militaires. Elle symbolisait la libération de l’humanité, elle aspirait à créer un type nouveau de communauté humaine dans lequel les individus ne seraient gouvernés que par la raison, la moralité et l’amour de leurs semblables. Partout dans le monde, il y eut des gens qui se considérèrent comme français par la culture, de la même manière qu’ils se seraient réclamés d’une religion. Paris était la nouvelle Rome. Etre instruit, être idéaliste et généreux, croire au progrès, apprécier le raffinement et la beauté : tout cela était synonyme d’être français. A St Pétersbourg, au Caire, à Buénos Aires, les esprits les plus cultivés se tournaient vers Paris comme vers une ville sainte et parlaient le français de préférence à leur langue maternelle. Théodore Zeldin Je suis, je m’en flatte, un bon citoyen du monde et le moins chauvin des hommes… Mais l’étroitesse d’âme a consisté précisément à refuser d’accorder ces sentiments avec d’autres élans, non moins respectables. Je n’ai jamais cru qu’aimer sa patrie empêchât d’aimer ses enfants ; je n’aperçois point davantage que l’internationalisme de l’esprit ou de la classe soit irréconciliable avec le culte de la patrie. Ou plutôt je sens bien, en interrogeant ma propre conscience, que cette antinomie n’existe pas. C’est un pauvre cœur que celui auquel il est interdit de renfermer plus d’une tendresse. Marc Bloch. L’étrange défaite. Il sera fusillé par les Allemands en 1944, encourageant un jeune résistant qui était à ses cotés pour se rendre au peloton : n’aie pas peur, petit, ça ne fait pas mal. La pompe à feu de Périer est la première machine à vapeur utilisée dans la construction mécanique. Jean-Pierre Clause, cuisinier du Maréchal de Contades, gouverneur d’Alsace, « invente » le foie gras cuit : pâtissier de formation, il a eu l’idée de farcir une pâte de foie gras et de passer le tout au four : grand succès donc pour le pâté à la Contades. Comme cela est à peu près concomitant avec l’appertisation, son nom va passer à la postérité, mais c’est en fait seulement le début de la commercialisation de ce produit, et non l’invention du produit lui-même ; on trouve d’ailleurs une recette romaine parlant déjà de cuisson du foie gras, recommandant de le griller. Mort de l’impératrice Marie Thérèse d’Autriche, qui ne se contenta pas de mettre quinze enfants au monde, dont « notre » Marie Antoinette, mais fit encore de son pays un Etat moderne, disposant d’une puissante fonction publique - cinq mille fonctionnaires au début de son règne, vingt mille à la fin -. Elle a fusionné les administrations de l’Autriche et de la Bohème : elle était devenue la Landesmatter - la mère tutélaire de ses peuples -. Vienne était la première ville d’Europe centrale où, selon un visiteur allemand, la vie est gaie, libre, grisante, débauchée, en même temps réfléchie, sérieuse et naturelle… On voit ici des gens de tous les endroits du monde : Hongrois, Turcs, Maures, Espagnols, Italiens, Tyroliens, Suisses, bref, toutes les populations d’Europe. Son père Charles VI avait construit l’église saint Charles Borromée, la bibliothèque de la Cour, le Manège espagnol. Marie Thérèse acheva la palais de Schönbrunn. Son fils Joseph II ouvrira au public le parc du Prater. vers 1780 William Lynch, juge en Virginie met en place une justice à une seule vitesse, la plus grande possible : il réunit la cour, recrute les jurés et préside dans la foulée à l’exécution. La « loi de Lynch » - qui n’aura jamais d’existence écrite -, connaîtra un grand succès dans les territoires de l’ouest. Il devint sénateur et mourra dans son lit, respecté de tous. Le lynchage sera pour d’autres. Printemps 1781 George Washington et Rochambeau demandent de l’aide au comte de Grasse, lieutenant général des armées navales du roi : il attaque victorieusement les Antilles anglaises. Rochambeau suggère alors à Washington de cerner dans Yorktown sur la baie de Chesapeake, les troupes de l’Anglais Cornwallis pendant que l’amiral de Grasse les empêchera de partir par la mer : Washington accepte le plan de Rochambeau. 19 05 1781 Dans un Compte rendu au roi, Necker fait apparaître noir sur blanc les dépenses de la Cour : Louis XVI le prend très mal et le congédie. 21 07 1781 L’Astrée et l’Hermione croisent au nord du cap Breton, où ils rencontrent un convoi de navires anglais escorté de 6 navires de guerre : ils engagent le combat, à 1 contre 6 : 4 prennent la fuite, 2 amènent leur pavillon, dont l’un parviendra à fuir de nuit. Restera donc le sixième de bonne prise qui vaudra à Lapérouse les félicitations du roi. Un mois plus tôt, dans les parages de Saint Pierre et Miquelon, c’était trois anglais chargés de coton, de sucre et de café qui avaient été capturés. La pauvre Hermione, après une glorieuse campagne américaine, sera oubliée par la république et mourra lamentablement en s’échouant en novembre 1793 sur le plateau du Four, devant Le Croisic. Ses mânes auront le bonheur de voir une sœur jumelle mise à l’eau à Rochefort 215 ans plus tard, en juin 2008. 28 08 1781 De Grasse débarque dans la baie de Chesapeake les régiments des Antilles qui bloquent les Anglais de Cornwallis sur la presqu’île de Yorktown. 5 09 1781 L’amiral de Grasse sort vainqueur de la bataille contre les 19 vaisseaux anglais des amiraux Graves et Hood, les obligeant à faire demi-tour. Les quatre mille hommes de Rochambeau, partis de White Plains (New-York) parcourent à marche forcée les 1 000 kilomètres qui les séparent de Yorktown, dont le siège commence le 28 septembre. 19 10 1781 Victoire des Insurgés et des Français à Yorktown : c’est Rochambeau qui est à la manoeuvre. Dans la baie, la flotte française de de Grasse, parvient à empêcher la flotte anglaise de porter secours à Cornwallis, qui se rend avec ses six mille soldats et mille cinq cents marins. De Grasse sera ensuite défait aux Saintes, dans les Antilles par l’amiral anglais Rodney, mais cette défaite ne pourra couvrir celle des anglais à Yorktown : des pourparlers vont s’engager avec l’Angleterre : c’est l’incontournable Franklin qui signera les préliminaires de paix. Au sein des troupes françaises, on trouve Henri de Saint Simon, que d’aucuns considèrent comme le père de la sociologie. 9 04 1782 La reine Marie Antoinette inaugure le théâtre de l’Odéon, ce temple nouveau à la gloire de l’art dramatique. L’une des premières créées sera Le mariage de Figaro, de Beaumarchais : Dazincourt, qui jouait Figaro, était le professeur de diction de la reine, et ceci l’emportera sur les réticences du roi, qui jugeait l’œuvre subversive. 18 12 1782 Constitution de la Société qui va construire les premiers hauts fourneaux au Creusot : ils vont devenir rapidement le complexe sidérurgique le plus moderne d’Europe continentale, employant plus de mille ouvriers. 1782 Jean François de Lapérouse, albigeois et Fleuriot de Langle, breton, membres de l’Académie de marine, sont nommés à la tête d’une expédition dans la baie d’Hudson en vue d’y faire des relevés de côte mais aussi d’y étudier les possibilités de développement du marché de peaux vers l’ouest du continent, en prenant Québec comme base. Ils détruisent plusieurs forts et des postes de traite. S’en suivra la création à Montréal d’une Société pour la traite des fourrures. De 1780 à 1782, les populations d’Amérique andine se soulèvent contre les Espagnols, réclamant la suppression de la mita, l’esclavage minier, notamment à Potosi : à leur tête, des caciques : Gabriel Condorcanqui, qui va prendre le nom de Tupac Amaru II, en hommage au dernier Inca exécuté en 1571, le second, Julian Apasa, qui se fera appeler Tupac Catari. Le premier, métis de père espagnol, de mère indienne, d’une rare beauté et d’une force physique exceptionnelle, aimait les titulatures ronflantes : Don José I°, par la grâce de Dieu, Inga roi du Pérou, de la Sainte Foi, Quito, Chili, Buenos Aires et des contingents des mers du Sud, duc du Superlatif, Seigneur des Césars et Amazones avec des domaines dans le grand Païtiti, Commissaire et distributeur de la Piété divine. Le 17 11 1780, il a défait les milices de Cuzco, mais les sept mille hommes qui lui restent 6 mois plus tard sont battus le 6 avril 1781, près de Tinta. Capturé et enchaîné à Cuzco, un envoyé du vice-roi, Ardeche, viendra lui proposer de l’argent et l’exil au Mexique : il refusera et sera exécuté avec un maximum de cruauté, le 18 mai 1781 : on lui avait coupé la langue dans son cachot pour qu’il ne puisse s’adresser à son peuple et il dût assister à l’égorgement de sa femme, de ses enfants et des amis capturés en même temps que lui : ces choses-là ne s’oublient pas. Tupac Catari mènera deux sièges de La Paz, en vain : livré par un de ses lieutenants, il sera écartelé sur la place de Penas le 14 novembre 1781. Les Espagnols vont se livrer à une politique d’éradication du nationalisme inca. Dans l’immédiat, les Incas avaient été défaits, mais, 40 ans plus tard, quand sonnera l’heure des Indépendances sud américaines, le souvenir en sera encore vivace. Au Siam, - l’actuelle Thaïlande -, Rama I° fonde une nouvelle dynastie, choisit comme capitale Bangkok, faisant venir de l’ancienne capitale Ayuthia des tonnes de matériaux, pour y construire palais et remparts ; et la nouvelle capitale est une réussite qui attire rapidement commerçants chinois et indiens. Il va régner sagement, en bonne intelligence avec le clergé bouddhiste jusqu’en 1809, faisant de son pays le seul à pouvoir rivaliser avec le puissant Vietnam. 4 06 1783 Les frères Etienne et Joseph Montgolfier font s’envoler un ballon gonflé de gaz chauds à Annonay devant les membres des états du Vivarais. Quelques mois plus tôt, Joseph Montgolfier se trouvait parmi les spectateurs d’une expérience de Sébastien Lenormand : ce montpelliérain, ancien assistant de Lavoisier, avait découvert dans les récits de Simon de La Loubère, envoyé par Louis XIV dans le royaume de Siam en 1687, l’histoire d’un danseur de bambou qui sautait du cerceau, soutenu seulement par deux parasols ; le vent l’emportait au hasard, parfois au sol, parfois dans les arbres ou sur les maisons, parfois dans la rivière. Il divertissait tant le roi de Siam que ce prince en fit un grand seigneur. Il construit rapidement un prototype à base de ficelles, baleines, toile et colle pour le lancer depuis un balcon de la Tour de la Babotte, proche de l’actuelle gare, lesté de poids et d’animaux. 8 06 1783 Dans la région de Sida, au sud de l’Islande, la terre s’ouvre sur 25 kilomètres : c’est le volcan de Laki, dont l’éruption est dite effusive. Le 8 juin 1783, par une claire matinée de Pentecôte, un épais nuage de sable apparût au nord des montagnes. La nuée était si vaste qu’elle recouvrit rapidement toute la région, et si épaisse qu’elle obscurcit complètement le ciel. Cette nuit-là, de violentes secousses sismiques se firent ressentir. Jon Steingrimsson, pasteur luthérien Au cours des 8 mois suivants, en 10 éruptions, il va déverser près de 15 kilomètres cubes de lave, un record historique absolu. Ce type d’éruption libère beaucoup plus de gaz que l’explosive, mais ce gaz, très chargé en dioxyde de soufre, monte beaucoup moins haut et n’atteint que la troposphère, où circulent pluies, vents et nuages. Dissous dans la vapeur d’eau, il donne de l’acide sulfurique, et cette année-là, les vents dominants allaient vers le sud-est : les pluies acides qui ne tombèrent pas sur le sud de l’Islande, allèrent sur l’Europe du nord : le 10 juin, une pluie de cendres noires recouvre le pont et les voiles des navires arrivant au Danemark ; le 16 juin, un brouillard sec s’étend sur la rivière Vltava à Prague ; il est à Berlin quelques jours plus tard. On notera ce nuage à Paris, à Padoue, à Turin, Saint Petersbourg et même Bagdad. A la fin du mois d’octobre, le nuage avait disparu, mais pas ses effets : le fluor retomba rapidement sous forme d’acide fluorhydrique : la chair des chevaux a complètement fondu. Les moutons sont encore plus gravement touchés. Pas une partie de leur corps n’est épargnée par les gonflements, notamment les mâchoires, où de larges protubérances apparaissent sous la peau. Quant aux os et aux cartilages, ils sont aussi mous que du papier mâché. Jon Steingrimsson. Les trois quarts des moutons, la moitié des chevaux et des bovins disparurent, trois mille Islandais moururent de faim. L’Angleterre connut un été particulièrement chaud et les hivers qui suivrent furent particulièrement froids : les gaz continuaient à réfléchir une partie du rayonnement lumineux. Les coupes d’arbres de l’Oural, de Sibérie et d’Alaska, indiquèrent des froids inconnus depuis 500 ans. Le Japon connut un froid exceptionnel de 1783 à 1786, entraînant une des pires famines de son histoire : on parla d’un million de morts. Le Nil et le Niger virent leur débit diminuer. Louis XVI envoya 3 millions de livres dans le nord pour secourir les sinistrés et cette catastrophe marque le début des mesures de prévention des catastrophes naturelles dans les différents pays d’Europe. 40 ans plus tard, un autre volcan, l’Eyjafjöll, fera aussi des siennes, avant de paralyser au XXI° siècle le trafic aérien de l’Europe du nord du 14 au 21 avril 2010. 27 08 1783 Jacques Alexandre Charles et les frères Robert, font s’envoler du champ de mars un ballon gonflé à l’hydrogène : il disparaît, se déchire sous l’effet de la dilatation des gaz et tombe sur Gonesse où, perçu comme une manifestation diabolique, le curé l’exorcise et la population le détruit. 3 09 1783 Le Traité de Paris entre la France et l’Angleterre reconnaît la souveraineté des Etats Unis d’Amérique, jusqu’au Mississipi, et rend à la France le Sénégal, Tabago et Sainte Lucie dans les Antilles et St Pierre et Miquelon. L’Espagne recouvre la Floride et Minorque. Pour la première fois dans l’époque moderne, des territoires coloniaux s’émancipaient de leur métropole. Les Etats-Unis comptent alors 2.8 millions d’habitants. Le « poids » de ce traité dans l’historiographie américaine aura longtemps tendance à être minoré au profit de la Déclaration d’Indépendance, le fait que tous ces Français aient été pour la plupart d’entre eux des papistes y entrant pour beaucoup. 21 11 1783 François Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlande effectuent le premier vol libre en montgolfière : parc de la Muette - la Butte aux Cailles, en 25′. L’expérience sera répétée à Lyon le 19 janvier 1784 avec sept personnes. 1783 Philip Astley, créateur du cirque moderne de Londres, installe au faubourg du Temple le premier cirque en France. Jouffroy d’Abbans remonte la Saône de Lyon à Sainte Barbe avec son Pyroscaphe, au moyen d’une pompe à feu. L’Académie des Sciences ne se montra pas intéressée. Les Américains, eux, le furent beaucoup. Grégori Potemkine, brillant favori de l’impératrice Catherine II, apporte la Crimée à la Russie, et le roi de Géorgie Ereklé II, dont le peuple est victime d’incessantes incursions perses et ottomanes, signe un traité de rattachement à la Russie, lequel deviendra effectif en 1801. 19 01 1784 A Annonay, Joseph et Etienne de Montgolfier quittent le plancher des vaches dans leur montgolfière : le ballon devait au départ embarquer cinq personnes ; mais, s’apercevant de quelques défaillances de leur machine - l’enveloppe a des trous, le point d’attache du brûleur est branlant - ils expliquent aux passagers que deux d’entre eux doivent rester au sol. Les nobles sautent alors à bord l’épée au clair : Nous assurerons notre place par le fer s’il le faut. Alors qu’on coupe les amarres, un jeune homme se détache de la foule et se jette dans la nacelle déjà trop pleine en clamant : Là haut, nous sommes tous égaux ! Le vol ne durera pas plus de 10 minutes, mais ce furent 10 minutes bien remplies ! Un accident entraîne la perte de 2 cloches de l’église de Megève ; on en commande 6 nouvelles à Livremont, Pontarlier : 5 en accord et la sixième en accord de tierce avec les 5 autres. On avait acheté une pièce de canon à Genève pour les mettre à la fonte. On fit une fête magnifique le jour des Saint Simon et Saint Jude (28 octobre) : Megève s’enorgueillit d’avoir le plus beau carillon de la Savoie… pendant 10 ans, puisqu’il redevint canon pour les armées de la Révolution. La Révolution en fait admit que l’on garda une cloche… qui fut rapidement baptisée la révolutionnaire. 1784 Benjamin Franklin propose d’économiser les moyens d’éclairage en changeant d’heure. Devenu responsables des Postes en Amérique, pour raccourcir la durée de navigation des navires postaux, il fait réaliser une série de prises de températures à travers l’océan atlantique qui détermine les limites du Gulf Stream, ainsi reconnu. Ces relevés lui permettent d’établir une carte hydrographique de ce courant, qui figurera en bonne place sur tous les navires. Thomas Jefferson, se rend à Paris : les jeunes Etats Unis ont besoin de savants ; en botanique, ce sera André Michaux qui partira dès l’année suivante, pour y faire en quelque sorte de l’import-export scientifique. Le gouvernement des possessions françaises d’outre-mer ne fait pas l’unanimité : Les colonies de la France contiennent, comme on vient de le voir, près de cinq cent mille esclaves ; et c’est seulement par le nombre des malheureux qu’on y mesure la fortune. Quel funeste coup d’œil ! Quel profond sujet de réflexion ! Ah! que nous sommes inconséquents, et dans notre morale et dans nos principes ! Nous prêchons l’humanité, et tous les ans, nous allons porter des fers à vingt mille habitants de l’Afrique ! Nous traitons de barbares et de brigands les Maures qui, au péril de leur liberté, viennent attaquer celle des Européens, et les Européens, sans danger et comme de simples spéculateurs, vont exciter à prix d’argent le trafic des esclaves et toutes les scènes sanglantes qui en sont les avant-coureurs ! Enfin nous nous enorgueillissons de la grandeur de l’homme, et nous la voyons avec raison, cette grandeur, dans le mystère étonnant de toutes les facultés intellectuelles : cependant une petite différence dans les cheveux, ou dans la couleur de l’épiderme, suffit pour changer notre respect en mépris, et pour nous engager à placer des êtres semblables à nous au rang de ces animaux sans intelligence, à qui l’on impose un joug sur la tête, pour se servir impérieusement de leur force et de leur instinct. Necker. L’Administration des finances de la France. C’est le mauvais choix des sujets qu’on a fait passer dans nos colonies qui les a remplies en tout temps de discorde. Comment peut-on espérer que des citoyens qui ont troublé une société ancienne puissent concourir à en faire prospérer une nouvelle ? Les Romains et les Grecs employaient la fleur de leur jeunesse et leurs meilleurs citoyens pour fonder leurs colonies : elles sont devenues des royaumes et des empires. Ce sont les célibataires, marins, de robe et de tout état ; ce sont les états-majors, qui emplissent les nôtres des passions de l’Europe, du goût des modes d’un vain luxe d’opinions corrompues, et de mauvaises mœurs. On n’eût rien craint de semblable de la part de nos simples cultivateurs. Bernardin de Saint-Pierre. Etudes de la nature En Inde, Tilka Majhi, meneur de la résistance adivasie - aborigène -, prononce un discours soulignant le droit fondamental de son peuple à vivre là où il avait toujours vécu depuis l’aube de la création. L’East India Company le pend immédiatement. 01 1785 Valentin Haüy, professeur de calligraphie à Paris, fonde rue Coquillère l’Institution royale des jeunes aveugles : il leur présente un caractère italique simplifié, aux lettres en relief, pour pouvoir lire avec leurs doigts. Mais il s’agissait de la simple gravure en relief des caractères latins : trop compliqué pour obtenir un franc succès auprès des aveugles. 24 02 1785 Le père de Napoléon, Charles, meurt d’un cancer de l’estomac à Montpellier. 1 07 1785 Le Français Jean-Pierre Blanchard et l’Américain John Jeffries traversent la Manche, de Douvres à Boulogne, en ballon. Deux mois plus tôt, Pilâtre de Rozier et Pierre Ange de Romain s’étaient écrasés à Wimereux en s’essayant à la même chose. 1 08 1785 Lapérouse et de Langle quittent Brest avec La Boussole et L’Astrolabe, pour une mission d’exploration autour du monde, ordonnée par Louis XVI ; elle concerne le commerce, l’astronomie, la géographie, la physique et l’histoire naturelle, mais surtout et en premier lieu la reconnaissance de la côte entre l’Alaska et les territoires soumis à l’influence de l’Espagne, et l’établissement d’une route des échanges avec l’Extrême Orient, y compris la Sibérie et le Kamchatka. L’importation des fourrures en Chine y balancerait les comptes de la Compagnie des Indes. Pas plus que les Français, les Espagnols ne voulaient laisser la mer de Corail sous le contrôle des Anglais. Louis XVI terminait ainsi ses instructions : Sa majesté regarderait comme un des succès les plus heureux de l’expédition qu’elle pût être terminée sans qu’il en eût coûté la vie à un seul homme Lapérouse n’a pas cru bon de retenir la candidature au poste d’assistant astronome, d’un jeune élève de l’Ecole militaire de Paris : Napoléon Bonaparte [2]. Les escales seront : Madère, Ténériffe, Brésil, Patagonie, Cap Horn, Chili [3], île de Pâques, îles Sandwich, îles Mariannes, Hawaï, Alaska. 1785 Louis XVI encourage Antoine Augustin Parmentier à promouvoir la culture de la pomme de terre. Pharmacien des armées, Parmentier avait été prisonnier des Prussiens durant la guerre de 7 ans, et c’est en 1756 qu’il fît connaissance de la pomme de terre, - là-bas nommées les racines de Hanovre - au fond d’une prison prussienne. Sitôt libéré, il s’intéresse à ce qui l’a nourri et livre en 1772 un Examen chimique de la pomme de terre à l’Académie de Besançon, qui a lancé un concours sur l’étude des substances alimentaires qui pourraient atténuer les calamités d’une disette. L’expérience se fait sur 54 arpents de la plaine des Sablons, à Neuilly, à l’intérieur d’une enceinte gardée par des gens d’arme qui avaient reçu pour mission de fermer les yeux sur les chapardages nocturnes. Il offre quelques branches fleuries de solanacée au Roi, qui en décore son chapeau et le corsage de Marie-Antoinette, et l’affaire est un succès : 35 000 ha plantés en 1793. Dix fois plus en 1815 ! Dans ces années là, les Irlandais étaient les plus grands consommateurs de pomme de terre : pas moins de 3,5 kg par personne par jour ! Aujourd’hui, ils ont encore le record avec 0,39 kg/personne/jour. Quant à la France, il lui faudra bien des efforts pour retrouver son statut d’antan, car aujourd’hui, toutes les études sont là pour constater que la pomme de terre n’a plus la frite. Si le retard à l’adopter en France fût aussi manifeste, c’est que le refus de cette nouvelle production est lié aux superstitions du Moyen Age encore dominantes. Le Mal (l’Enfer) est sous terre. Ces tubercules qui veulent entrer en compétition avec le blé, plante sacrée productrice du pain[4] et de l’hostie, sont donc des objets sataniques. Parce qu’elle est une production souterraine, la pomme de terre est un végétal qui a une connotation diabolique. Elle est censée diffuser la lèpre, voire la peste. Du fait de son appartenance aux Solanacées productrices de toxines, elle est vite assimilée aux autres plantes de cette famille (mandragore, datura, belladone), toutes herbes de sorcière. Didier Spire. Patrick Roussel. INRA 1999. John Walter crée The Times, qui tirera à 5 000 exemplaires en 1815, 50 000 en 1854. Victor Amédée III a décidé 5 ans plus tôt la modernisation de la route du col de Tende : elle est désormais carrossable, avec une largeur de 6 mètres, obtenue par le travail de 6 000 bagnards et militaires. Le tunnel de 3 182 m. attendra 1882 pour être opérationnel. Dans les gorges de la Saorge, rive gauche de la Roya, avant Fontan, on peut voir une plaque de 7 m sur 11 m sur laquelle on peut lire : Moi, je crée une route royale. Le roi de Naples a pris comme premier ministre lord Acton, né à Besançon et d’origine anglaise, auteur d’une formule tous les jours vérifiée : Le pouvoir rend fou, et le pouvoir absolu rend absolument fou A Bagnols sur Cèze, Jean Baptiste Madier, là-bas nommé Lou Globo, s’élève au-dessus du plancher des vaches à bord d’un ballon. 05 1786 Mozart donne les Noces de Figaro à Salzbourg : c’est un triomphe. Le public bisse les airs, à tel point que l’empereur Joseph II s’estime obligé de publier un arrêté pour interdire ces rappels intempestifs, afin de maintenir la durée de la représentation dans les limites normales… - le même qui, quatre ans plus tôt, trouvait que L’enlèvement au sérail contenait trop de notes ! -. 30 05 1786 Au cours de l’escale à Maui, une des îles Hawaï, alors nommée Mowée, Lapérouse donne son sentiment sur la nature de sa mission : Quoique les Français fussent les premiers qui, dans ces derniers temps, eussent abordé l’île Mowée, je ne crus pas devoir en prendre possession au nom du Roi. Les usages des Européens sont, à cet égard, trop complètement ridicules. Les philosophes doivent gémir sans doute de voir que des hommes, pour cela seul qu’ils ont des canons et des baïonnettes, comptent pour rien soixante mille de leurs semblables ; que, sans respect pour leurs droits les plus sacrés, ils regardent comme un objet de conquête une terre que ses habitants ont arrosé de leur sueur et qui, depuis tant de siècles, sert de tombeau à leurs ancêtres. Ces peuples ont heureusement été connus à l’époque où la religion ne servait plus de prétexte aux violences et à la cupidité. Les navigateurs modernes n’ont pour objet, en décrivant les moeurs des peuples nouveaux, que de compléter l’histoire de l’homme ; leur navigation doit achever la reconnaissance du globe, et les lumières qu’ils cherchent à répandre ont pour but unique de rendre plus heureux les insulaires qu’ils visitent, et d’augmenter leurs moyens de subsistance. ******************* Un climat nouveau enveloppe le monde moderne. Physiciens et géographes ont conscience d’une marche progressive. N’a-t-on pas vu au Paraguay s’élever les murailles du royaume d’Utopie, de la cité du Soleil ? Une assemblée de philosophes, de « technocrates », ne peut-elle, en Égypte ; faire mieux encore et régénérer l’Afrique inconnue ? Depuis le Grand Siècle, des princes ont libéré du secret les cartes nautiques et les relations des voyageurs. Les escadres en formation de combat laissent passer la corvette du capitaine Cook. Maldonado et Borda, prisonniers de guerre, sont honorés à Londres. Sir Joseph Banks, avec une autorité souveraine, fait délivrer des passeports aux voyageurs et restituer aux savants français les collections tombées aux mains des combattants britanniques. Les études des voyageurs ont permis de requérir l’émancipation des Noirs. Missionnaires et savants ont proclamé l’éminente dignité des gens de couleur. L’humanisme de la Renaissance n’eut pas cette audace. Cent cinquante ans de critique historique ont souvent confirmé, rarement mis en doute, les récits des explorateurs des temps modernes. L’honnête homme se retrouve sous le déguisement du prince oriental, l’accoutrement du Juif errant, la rude écorce du soldat et du navigateur. Heureuse époque où les sciences et les arts s’exprimaient avec clarté par la chaire et par le livre, où Messieurs de Port-Royal se faisaient fort d’enseigner la logique en quelques jours, où l’explication des énigmes du monde était développée avec la précision et l’élégance d’une démonstration mathématique. Pierre Jacques Charliat Les explorateurs NLF 1955 13 07 1786 Lapérouse relâche à Port des Français en Alaska, aujourd’hui Lituya Bay, à 80 milles au sud-est de Yakuta, par 58°N depuis le 4 juillet. Précipitées sur les rochers par un courant de marée, 2 chaloupes faisant la liaison entre les navires et la terre, s’y fracassent, tuant vingt et un marins. Lapérouse fit ériger une inscription sur l’île du Cénotaphe, au milieu de la baie :
[1] Mais, à peu près dans le même temps - en 1789, on pourra lire sur les cahiers de doléances : Le nombre de nos enfants nous désespère, nous n’avons pas de quoi les nourrir, les vêtir. Villageois de La Caure, dans le baillage de Châlons. [2] la chose n’est pas sans rappeler une certain nez de Cléopâtre qui, s’il avait été plus court, dixit Blaise Pascal, aurait changé le sort du monde [3] Chili, où il retrouve des marins français « prisonniers de l’amour » dont un certain Guillaume Pinochet … en cherchant bien, on pourrait sans doute aussi trouver un Bachelet… [4] le seul chiffre de 0.5 kg / jour de pain par personne en dit long sur la force de l’habitude alimentaire que cela représentait. Poster un commentaire
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