2 décembre 1804 au 30 mars 1814. Sacre de Napoléon. Trafalgar. Mungo Park. Campagne de Russie. Journal de Louis Chénot, grognard.
Publié par (l.peltier) le 21 mars 2008 En savoir plus

2 12 1804                   Sacre de Napoléon et de Joséphine, à Notre Dame de Paris : Pie VII tient la couronne en main… mais Napoléon s’en saisit, tel Charlemagne, pour se sacrer lui-même en présence du pape.

Belle capucinade ! Il n’y manquait que les cent mille hommes qui se sont fait tuer pour supprimer tout cela.

Général Delmas à Napoléon… qui le nommera à 30 lieues de Paris, hors de portée de voix.

Je réfléchissais beaucoup sur cette alliance si évidente de tous les charlatans. La religion venant sacrer la tyrannie et tout cela au nom du bonheur des hommes. Je me rinçai la bouche..

Stendhal.

Ludwig van Beethoven lui non plus n’est pas du tout content : il avait dédié sa Symphonie Héroïque, achevée en mai 1804, à Bonaparte : il lui retira sa dédicace quand il devient Napoléon : N’est-il donc, lui aussi, rien de plus qu’un homme comme les autres ? maintenant, il va lui aussi fouler aux pieds tous les droits de l’homme et devenir un tyran.

Pendant toute la période de l’Empire, la conscription touchait en moyenne un homme sur vingt cinq.

1804                           Napoléon ne peut laisser la Bretagne dépérir sous le blocus anglais : il décide de la construction d’un canal de Nantes à Brest : mais l’affaire est de longue haleine et en fait, il faudra attendre 1823 pour que démarre le chantier le plus important.

Dès les premiers tirages, les images d’Epinal de Jean Charles Pellerin rencontrent un franc succès.

Lishansky accoste sur l’île de Pâques, où il trouve encore plus de vingt statues debout.

Dans l’ouest africain, sur le territoire actuel du Nord Nigéria, Shehu Usuman dan Fodio, fonde l’empire peul. Les peuls sont nomades, ils prendront dans cette région le nom de Foulbé, ou Peuls Bororo. Majoritairement, les populations y sont haoussa, ce terme désignant d’ailleurs une unité linguistique plus qu’ethnique. L’empire Peul durera jusqu’à la colonisation britannique, en 1901.

A Ratisbonne comme à Paris, on avait  réalisé plus d’unité et de centralisation. Mais, déssèchant en France, le mouvement centralisateur fut bienfaisant pour l’Allemagne, la rapprocha de la forme d’un Etat véritable. Trois ans plus tard, Austerlitz donnait à Napoléon l’occasion d’achever son oeuvre… Le recès ou remaniement de 1806 donnait, ou peu s’en faut, à l’Allemagne la physionomie qu’elle devait conserver au XIX° siècle. Par la médiatisation d’innombrables petites souverainetés fondues dans d’autres agrandies, il n’y laissait que la trentaine d’Etats qui, à quelques changements près, devaient former de nos jours l’Allemagne unie sous la domination de la Prusse.

   Jacques Bainville.          Histoire de deux peuples, continuée jusqu’à Hitler. 1933

4 02 1805                   Numérotation des maisons des rues de Paris.

02 1805                      Frédéric Tudor, américain de Boston, décide d’exploiter les épaisses couches de glace qui se forment chaque hiver sur les lacs du Massachusetts, plus précisément le lac de Fresh Pond, pour revendre ce qu’il en reste aux classes riches des pays chauds : dans un premier temps, il confie cette cargaison aux navires qui amènent le coton du sud aux filatures de la Nouvelle Angleterre, qui ont donc besoin de fret pour le retour : mais ce n’est que le quart de la cargaison qui est exploitable : la moitié a fondu pendant les vingt jours de transport, et le quart passe au ruisseau lors des manutentions… Il affrète un voilier de cent trente tonneaux pour approvisionner la Martinique, puis Cuba et la Jamaïque. Il construit des entrepôts mieux isolées, il met en service des scies qui découpent des pains de 60 cm sur 20, il fabrique de la poudre de paille qui sert d’intercalaire entre les pains, les empêchant de se souder… Tout cela améliore considérablement les performances. En 1827, il livrera 1 500 tonnes à la Nouvelle Orléans, étendra par après son marché à l’Amérique du sud, puis aux colonies anglaises : Calcutta, Madras, Bombay, Hong Kong, Sydney, Manille. Il mourra en 1864, laissant à ses héritiers une grande entreprise dont la croissance ne semblait alors pas devoir s’arrêter… mais, en 1875, l’invention de la glace artificielle, basée sur la réfrigération à l’ammoniac, la fera rapidement péricliter.

Résumé de Bernard Kapp. Frédéric Tudor, le roi de la glace. Le Monde 26 04 2000

04 1805                      Il n’y a plus qu’un seul parti, et je ne souffrirai pas que mes journaux disent autre chose que ce qui sert mes intérêts.

                                                                                                          Napoléon à Fouché.

20 05 1805                 La constitution impériale de Haïti stipule  qu’aucun Blanc, quelle que soit sa nation, ne mettra pied sur ce territoire à titre de maître ou de propriétaire et ne pourra à l’avenir y acquérir aucune propriété. Et l’empereur Dessaline de faire tout le contraire de ce qu’avaient fait les Blancs. Les plantations sont désertées, les anciens esclaves refusant de travailler sur le lieu de leur asservissement. L’agriculture haïtienne se tourne vers les cultures de subsistance moins productives et plus extensives que les anciennes cultures d’exportation, entraînant ainsi une déforestation désastreuse. Le fossé entre mulâtres qui possèdent tous les leviers du pouvoir et noirs descendants d’esclaves se creuse.

21 10 1805                 Napoléon a donné ordre à l’amiral Villeneuve de quitter Cadix pour rallier Naples avec ses trente trois vaisseaux - dont quinze Espagnols -. Il se fait cueillir à Trafalgar par les vingt sept vaisseaux de Nelson : la flotte française s’est mise en ligne, et Nelson attaque en pointe, au milieu de la ligne, détruisant les navires français les uns après les autres : Nelson, la colonne vertébrale brisée par une balle, mourra à la fin de la bataille ; Villeneuve, prisonnier des Anglais, libéré après les funérailles de Nelson, sait que Napoléon l’a traité de lâche : il préférera se suicider dans une auberge près de Rennes plutôt que d’avoir à s’expliquer devant l’empereur, tout auréolé de la gloire d’Austerlitz. Les Anglais comptent moins de deux mille morts et blessés, les Français cinq mille, les Espagnols mille cinq cents. L’affaire fût réglée en cinq heures.

16 11 1805                 Le Colonial Office est allé chercher Mungo Park, confortablement marié et installé comme médecin à Peebles, en Ecosse, pour lui demander de terminer la reconnaissance du Niger. Il a déjà écrit Travels in the InteriorDistricts of Africa.

Parti avec quarante hommes de Pisania sur la Gambie, les rangs s’éclaircirent beaucoup, et ce sont seulement huit hommes qui parvinrent à Sansanding, au nord-est de Ségou, sur le Niger :

Je m’embarque pour l’est ; je m’abandonne au courant du Niger avec la ferme résolution de découvrir son embouchure ou de périr dans cette entreprise. Tous ceux qui sont avec moi dussent-ils mourir, fussé-je moi-même à demi-mort, je poursuivrai ma course, et si je n’atteins pas le but de mon voyage, le Niger au moins me servira de tombeau.

On ne saura plus rien précisément. Son bateau se sera probablement fracassé dans les rapides de Bussa, aujourd’hui au Nigeria, à six cents kilomètres de l’embouchure, ou bien coulé à cet endroit avec la très vive collaboration des indigènes : on retrouvera cinq ans plus tard un Noir, compagnon du disparu qui prétendit cela.

De Tombouctou, Park avait pu faire savoir que le Niger dessinait une boucle vers l’ouest, et coulait ensuite vers le sud, et qu’il n’était donc en rien tributaire du Nil.

1 12 1805                   Napoléon s’adresse à ses soldats, au bivouac dans la plaine d’Austerlitz, aujourd’hui Slavkov, en Tchékie :

Soldats, l’armée russe se présente devant vous pour venger l’armée autrichienne d’Ulm. Ce sont ces mêmes bataillons que vous avez battus à Hollabrunn, et que depuis vous avez constamment poursuivis jusqu’ici.

Les positions que nous occupons sont formidables ; et, pendant qu’ils marcheront pour tourner ma droite, ils me présenteront le flanc.

Soldats, je dirigerai moi-même tous vos bataillons ; je me tiendrai loin du feu, si, avec votre bravoure accoutumée, vous portez le désordre et la confusion dans les rangs ennemis ; mais, si la victoire était un moment incertaine, vous verriez votre Empereur s’exposer aux premiers coups, car la victoire ne saurait hésiter, dans cette journée surtout où il y va de l’honneur de l’infanterie française, qui importe tant à l’honneur de toute la nation.

Que, sous prétexte d’emmener les blessés, on ne dégarnisse pas les rangs, et que chacun soit bien pénétré de cette pensée, qu’il faut vaincre ces stipendiés de l’Angleterre qui sont animés d’une si grande haine contre notre nation.

Cette victoire finira notre campagne, et nous pourrons reprendre nos quartiers d’hiver, où nous serons joints par les nouvelles armées qui se forment en France ; et alors la paix que je ferai sera digne de mon peuple, de vous et de moi.

2 12 1805                   Le soleil d’Austerlitz brille comme jamais pour Napoléon, au sommet de sa gloire.

3 12 1805                    Napoléon félicite ses troupes :

Soldats, je suis content de vous.

Vous avez, à la journée d’Austerlitz, justifié tout ce que j’attendais de votre intrépidité ; vous avez décoré vos aigles d’une immortelle gloire. Une armée de 100 000 hommes, commandée par les empereurs de Russie et d’Autriche, a été, en moins de quatre heures, ou coupée ou dispersée. Ce qui a échappé à votre fer s’est noyé dans les lacs. Quarante drapeaux, les étendards de la garde impériale de Russie, cent vingt pièces de canon, vingt généraux, plus de 30 000 prisonniers, sont le résultat de cette journée à jamais célèbre. Cette infanterie tant vantée, et en nombre supérieur, n’a pu résister à votre choc, et désormais vous n’avez plus de rivaux à redouter. Ainsi, en deux mois, cette troisième coalition a été vaincue et dissoute. La paix ne peut plus être éloignée ; mais, comme je l’ai promis à mon peuple avant de passer le Rhin, je ne ferai qu’une paix qui nous donne des garanties et assure des récompenses à nos alliés. 

Soldats, lorsque le peuple français plaça sur ma tête la couronne impériale, je me confiais à vous pour la maintenir toujours dans ce haut éclat de gloire qui seul pouvait lui donner du prix à mes yeux. Mais dans le même moment nos ennemis pensaient à la détruire et à l’avilir ! Et cette couronne de fer, conquise par le sang de tant de Français, ils voulaient m’obliger à la placer sur la tête de nos plus cruels ennemis ! Projets téméraires et insensés que, le jour même de l’anniversaire du couronnement de votre Empereur, vous avez anéantis et confondus ! Vous leur avez appris qu’il est plus facile de nous braver et de nous menacer que de nous vaincre. 

Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous ramènerai en France; là, vous serez l’objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie, et il vous suffira de dire, “J’étais à la bataille d’Austerlitz”, pour que l’on réponde, « Voilà un brave ».

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Il avait tout. Il était complet. Il avait dans son cerveau le cube des facultés humaines. Il faisait des codes comme Justinien, il dictait comme César, sa causerie mêlait l’éclair de Pascal au coup de foudre de Tacite, il faisait 1′histoire et il l’écrivait, ses bulletins sont des iliades, il combinait le chiffre de Newton avec la métaphore de Mahomet, il laissait derrière lui dans l’orient des paroles grandes comme les pyramides ; à Tilsitt il enseignait la majesté aux empereurs, à l’académie des sciences il donnait la réplique à Laplace, au conseil d’état il tenait tête à Merlin, il donnait une âme à la géométrie des uns et à la chicane des autres, il était légiste avec les procureurs et sidéral avec les astronomes comme Cromwell soufflant une chandelle sur deux, il s’en allait au Temple marchander un gland de rideau ; il voyait tout, il savait tout ; ce qui ne l’empêchait pas de rire d’un rire bonhomme au berceau de son petit enfant ; et tout à coup, l’Europe effarée écoutait, des armées se mettaient en marche, des parcs d’artillerie roulaient, des ponts de bateaux s’allongeaient sur les fleuves, les nuées de la cavalerie galopaient dans l’ouragan, cris, trompettes, tremblement de trônes partout, les frontières des royaumes oscillaient sur la carte, on entendait le bruit d’un glaive surhumain qui sortait du fourreau, on le voyait, lui, se dresser debout sur 1′horizon avec un flamboiement dans la main et un resplendissement dans les yeux, déployant dans le tonnerre ses deux ailes, la grande armée et la vieille garde, et c’était l’archange de la guerre !

[…] être l’empire d’un tel empereur, quelle splendide destinée pour un peuple, lorsque ce peuple est la France et qu’il ajoute son génie au génie de cet homme ! Apparaître et régner, marcher et triompher, avoir pour étapes toutes les capitales, prendre ses grenadiers et en faire des rois, décréter des chutes de dynastie, transfigurer l’Europe au pas de charge, qu’on sente, quand vous menacez, que vous mettez la main sur le pommeau de l’épée de Dieu, suivre dans un seul homme Annibal, César et Charlemagne, être le peuple de quelqu’un qui mêle à toutes vos aubes l’annonce éclatante d’une bataille gagnée, avoir pour réveille matin le canon des Invalides, jeter dans des abîmes de lumière des mots prodigieux qui flamboient à jamais, Marengo, Arcole, Austerlitz, Iéna, Wagram ! faire à chaque instant éclore au zénith des siècles des constellations de victoires, donner l’empire français pour pendant à l’empire romain, être la grande nation et enfanter la grande armée, faire envoler par toute la terre ses légions comme une montagne envoie de tous côtés ses aigles, vaincre, dominer, foudroyer, être en Europe une sorte de peuple doré à force de gloire, sonner à travers l’histoire une fanfare de titans, conquérir le monde deux fois, par la conquête et par l’éblouissement, cela est sublime; et qu’y a-t-il de plus grand ?

Victor Hugo   Les Misérables 3° partie Livre IV Les amis de l’ABC

1805                           Construction de la route de la grande corniche sur le littoral méditerranéen. Les généraux britanniques traitent l’armée turque de racaille.

10 05 1806                 Rétablissement de la Cour des Comptes.

26 09 1806                 Ouverture de l’exposition industrielle de Paris : mille quatre cents exposants.

27 10 1806                 Entré à Berlin, Napoléon fait emporter à Paris les chevaux de la Porte de Brandebourg.

1806                           Napoléon a crée la Confédération du Rhin. François II, dernier empereur du Saint Empire romain germanique, de peur de voir Napoléon s’emparer de cette couronne, abdique ; il garde sa « casquette » d’empereur d’Autriche, lui conférant la succession par hérédité. C’est la fin au Saint Empire germanique. Guillaume I° de Hesse Cassel, contraint alors de quitter l’Allemagne, confie sa fortune en pièces d’or à Meyer Amschel. C’est un Juif qui a déjà une solide réputation d’agent de change : or, les Juifs n’ont pas droit à un nom de famille : ils utilisent l’enseigne de leur maison pour s’identifier : cette enseigne, c’est Roten Schild - l’écu rouge - dans Judengasse à Francfort sur le Main. Il va lui rendre son or avec une énorme plus-value : la banque Rothschild était née.

Le baron Mörner, diplomate suédois, s’est lié à Lübeck avec Jean Baptiste Bernadotte, chef de guerre respecté, qui a traité avec égards les prisonniers suédois de la campagne de 1806, restitué leurs bagages et chevaux à tous les officiers. Mörner dira à Stockholm le plus grand bien de ce maréchal de France : le roi Charles XIII s’en souviendra le temps venu, quand, en 1810, une mauvaise chute de cheval aura raison de la vie de Christian Auguste d’Augustenborg, jeune prince danois pressenti pour prendre sa succession.

En Suisse, à l’est de Lüzern, le Rossberg s’effondre dans le petit lac de Lauerz, provoquant une vague qui tue 500 villageois de Goldau.

Pour connaître l’état des patois en France, Napoléon demande autant de versions de la parabole de l’Enfant Prodigue (Luc Ch.15). A la même époque, il dicte à son ministre des Cultes Jean Portalis un catéchisme impérial où l’on peut lire :

Dieu, qui a crée les empires et les distribue selon sa volonté, en comblant notre empereur de dons, l’a établi notre souverain, l’a rendu ministre de sa puissance, et son image sur la terre. Honorer et servir notre empereur est donc honorer et servir Dieu lui-même.

Laissé à lui-même, le ministre se révélait plein de bon sens : Il faut être sobre de nouveauté en matière de législation.

Plus d’une centaine de milliers de volumes précieux de la bibliothèque fatimide du Caire partent en fumée par la volonté des Turcs.

Début de l’exploitation des eaux thermales de St Gervais.

L’Eau vive du Mont Blanc jaillit de la montagne après un passage souterrain à plus de 3000 mètres de profondeur. Bactériologiquement pure, isolée et protégée de toute infiltration, l’eau jaillit, été comme hiver, à une température constante de 32° C. Pour garder ses vertus thérapeutiques en dermatologie (traitement de l’eczéma, du prurit, du psoriasis, des cicatrices) et ses propriétés apaisantes, décongestionnantes, cicatrisantes, c’est dans cet état naturel qu’elle est utilisée.

Delesset propose de fabriquer du sucre de betterave pour compenser les effets du blocus continental. L’amiral de Beaufort établit une échelle mesurant la force des vents, allant de 1 à 12, ce dernier chiffre correspondant à des vents de 100 km / h. Ces unités prendront le nom de leur auteur.

Percier et Fontaine édifient l’Arc de triomphe du Caroussel.

Chalgrin commence l’Arc de Triomphe de l’Etoile. L’exposition de cette année couvre tout l’espace des Invalides à la Seine : Napoléon s’exclame : Le moment de la prospérité est venu : qui oserait en fixer les limites ?

Isolation de la morphine par l’allemand Friedrich Sertürner.

Les Anglais ont rencontré nombre de difficultés en Inde, et nombre aussi d’échecs militaires : trois mille hommes sont morts en vain en 1805 sous les remparts de la place forte de Bharatpour : Wellesley est rappelé à Londres, blâmé d’avoir eu le dessein systématique d’étendre le territoire, cela au mépris des décisions du Parlement. Les directeurs de la Compagnie estimaient cet empire too large for a profitable management - trop vaste pour une gestion rentable -.

En Haïti, Dessalines est assassiné. Le pays se scinde en deux : au sud, la République modérée de Pétion, au nord, le royaume du roi Christophe, ivre de mégalomanie et qui ne trouve rien de mieux à faire que de bâtir un palais de Sans-souci, à même de rivaliser avec Versailles : un tremblement de terre le détruira en 1842.

Charles Romme a publié un Tableau des vents, marées et courants du globe. Il trace les premiers contours de la météorologie marine :

L’histoire et la théorie des grands mouvements de l’atmosphère et des mers, si elles étaient portées au degré de perfection qu’elles auront peut-être un jour, serviraient à diriger les routes des navigateurs et à leur indiquer les époques auxquelles, avec plus de sûreté, ils pourraient parcourir les divers pays du globe.

15 09 1807                 Etablissement du cadastre : sept ans plus tard, dix mille communes auront été cadastrées. L’opération sera achevée vers 1850.

1807                             Ignaz Pleyel fonde une manufacture de pianos.

La conduite à droite est imposée aux véhicules hippomobiles.

Jean Charles Ladoucette est préfet des Hautes Alpes. Il rapporte que chacun paie, à raison de ses biens fonds, le maître d’école chez qui, lors de la mauvaise saison, le pauvre va, comme celui qui vit dans quelque aisance… ainsi, un résultat de l’amour de l’étude a été de trouver facilement des juges de paix et des maires parmi des gens rustiques en apparence…

Sur 4319 migrants d’hiver du Briançonnais et du Gapençais, il y avait 705 instituteurs, 128 colporteurs, 501 peigneurs de chanvre, 254 bergers, 469 charretiers de ferme ou terrassiers, 56 marchands de fromage, 28 mégissiers, 83 charcutiers, 404 aiguiseurs, 25 voituriers, 6 porteurs de marmottes, 469 personnes exerçant diverses professions.

Le sous préfet Jacquet de l’arrondissement de Suse rappelle au général Jourdan que le collège d’Oulx, dans la haute vallée de la Dora constitue la pépinière des instituteurs du midi de la France.

Le préfet Bonnaire écrit que, dans le Briançonnais, chacun sent le besoin d’être instruit.

L’Angleterre abolit l’esclavage : l’affaire avait commencé trente cinq ans plus tôt, lorsqu’un esclave de Virginie, James Somerset avait été ramené en Angleterre par son maître. Il s’était enfui, avait été rattrapé et son maître l’avait traduit en justice ; mais le juge, constatant qu’aucune loi n’autorisait l’esclavage sur le sol anglais, l’avait remis en liberté.

Le général Hermann Wilhelm Daendel, d’origine hollandaise, enthousiaste des idées de la révolution, est nommé par Louis Bonaparte, roi de Hollande, gouverneur général des Indes néerlandaises…où il laissera un très mauvais souvenir : en 1809, il fit construire, sous un régime de travail forcé - on parla de douze mille morts - une route traversant l’île de part en part, la Grote Postweg, ou encore, route Daendel, pour mieux se défendre des Anglais.

11 1807                      Le général Junot occupe Lisbonne, provoquant ainsi le départ vers les côtes du Brésil des Bragance : le roi Joao VI et son fils Pedro. Nul ne se doute alors qu’il pose ainsi les premiers germes de l’indépendance du Brésil.

Rio devient la nouvelle capitale de la monarchie.

03 1808                      Naissance du baccalauréat, sous sa forme moderne, car en fait  il est dans le droit fil des baccalauréats[1], délivrés depuis le XIII° siècle par les facultés qui composent l’Université de Paris : arts, médecine, droit et théologie.

2 05 1808                   Dos de Mayo : soulèvement de Madrid contre Napoléon, via son frère Joseph, installé roi d’Espagne : il a fait abdiquer les deux monarques légitimes : Charles IV et son fils Ferdinand VII. La répression sera féroce et marquera les Espagnols pour longtemps.

Tu règneras en Espagne, mais sur les Espagnols, jamais.

Hegel parlera de l’impuissance de la victoire.

22 07 1808                 Le corps d’armée du général Dupont capitule face aux Espagnols à Baylen, en Andalousie. Quelques semaines plus tard, c’est au corps d’armée de Junot de capituler à Cintra, près de Lisbonne devant les Anglais : les premières lézardes apparaissaient dans le bel édifice de l’empire français. Les Anglais menèrent la vie dure aux Français au Portugal et en Espagne occidentale : ils débarquaient de leurs navires, livraient bataille et rembarquaient pour s’y reposer pendant que les bateaux les emmenaient sur d’autres terrains… que les Français s’épuisaient à rejoindre à pied ! Le siège de Saragosse va durer plus de quatre mois, et causera 40 000 morts !

Les patriotes espagnols n’ont pas perdu de temps et pallient la vacance du pouvoir en désignant dans chaque province des gouvernements autonomes qui se fédèrent le 25 septembre 1808 en une Junte d’Espagne et des Indes qui gouverne au nom du roi prisonnier. Les menaces napoléoniennes pesant sur cette Junte provoque une convocation des Cortès, cette fois élues par le seul peuple : les institutions « féodales » et l’absolutisme sont renversés, la nation est souveraine comme association de citoyens libres et égaux : l’Espagne a effectué sa révolution libérale : la Charte libérale sera promulguée en mars 1812, et l’Amérique espagnole applaudit à tout rompre, encourage et finance l’opposition à Napoléon.

Tout ceci ne va pas sans frictions, mais le goût de l’indépendance est pris outre atlantique, et celles-ci ne tarderont plus.

1808                           Henry Havershaw Godwin Austen est officier du Survey of India, chargé de l’établissement d’une carte détaillée de l’Inde. Ce travail de titan amènera Georges Everest, son collègue, à identifier le toit du monde en lui donnant son nom, en 1848, et lui-même laissera au deuxième sommet le nom de K2, - ses coordonnées sur la carte -.

Par décret, Napoléon restreint les libertés commerciales des Juifs dans une quarantaine de départements : ces derniers le nommeront le décret infâme. D’une validité de dix ans, Louis XVIII ne le renouvellera pas.

17 05 1809                 Napoléon annexe les Etats Pontificaux ; Pie VII l’excommunie le 10 juin et Napoléon le place en garde à vue à Savone le 6 juillet.

14 07 1809                 La Chamoniarde Maria Paradis, servante d’hôtel, est la première femme à atteindre le sommet du Mont Blanc. Elle en fit un récit qui ne manque pas de saveur et qui, de plus, est un modèle de concision, faisant preuve d’une absence totale de goût de l’exploit et d’enflure littéraire :

Je suis montée, j’ai soufflé comme les poules qui ont trop chaud, j’ai failli mourir, on m’a traîné, porté, j’ai vu du blanc et du noir, et je suis redescendue.

17 12 1809                 Entrée en vigueur du code pénal.

25 12 1809                 Organisation des provinces illyriennes : Serbie et Croatie.

1809                           Création du baccalauréat, pour sanctionner la fin des études secondaires. Auparavant, depuis le XIII°, il sanctionnait la fin des études universitaires.

La construction napoléonienne et à son apogée : l’Empire français comprend 130 départements de Brest à Hambourg, d’Amsterdam à Rome et à Trieste : 750 000 km², plus de 70 M. d’habitants, dont 30 sont français. Sur le pourtour se trouvent souvent des états satellites : Confédération du Rhin, Murat à Naples, [sous le règne duquel va naître la société secrète des Carbonari] Joseph à Madrid, et une Suisse bienveillante.

6 01 1810                   Traité de paix entre la France et la Suède.

30 01 1810                Création du Domaine extraordinaire, monopole de l’Etat sur le tabac et les allumettes.

30 03 1810                 Statut de l’Ecole normale Supérieure.

3 08 1810                   Le nombre de journaux est ramené à un par département. A Paris, on en comptait plus de soixante dix en 1799 : il n’en reste plus que quatre.

21 08 1810                 Charles Jean Baptiste Bernadotte, né en 1763 à Pau, maréchal d’Empire sans commandement, duc de Ponte Corvo, beau frère de Joseph Bonaparte, - il avait épousé Désiré Clary, ex fiancée de Bonaparte - est élu prince héréditaire de Suède, avec l’agrément de l’Empereur ; il embrassera la foi luthérienne et s’alliera par le traité d’Örebro le 9 04 1812 à la Russie et l’Autriche, combattant contre la France à Leipzig, en octobre 1813. Mme de Staël, qui était à Stockholm de septembre 1812 à juin 1813, encouragea vivement Bernadotte à renoncer à l’alliance avec Napoléon. Il ouvrira la Diète à la bourgeoisie des villes et des campagnes. Il obtient l’union des couronnes de Suède et de Norvège, se contentant du minimum dans l’usage de la force ; elle durera jusqu’en 1905 et il deviendra Charles XIV, en 1818 et attendra 1844 pour mourir. Il gardera tout au long de son long règne le sentiment que « pour ce qui est de la guerre, j’ai déjà donné », et donc fera preuve de sagesse et habileté, rétablissant les finances du royaume par une gestion beaucoup plus ric-rac que bling bling. Il fera creuser dans les granits de Troll-Hötta le Göta Kanal qui permet de passer de la mer Baltique à la mer du nord, en contournant le détroit du Sund contrôlé par les Danois.

Les Suédois se montrèrent satisfaits de leur roi « parachuté », bien qu’intrigués pendant tout son règne par un détail que les seules différences culturelles ne parvenaient pas à expliquer : il se baignait toujours habillé… Il fallut attendre sa mort pour avoir l’explication : il avait sur l’épaule un tatouage : Mort aux rois.

16 09 1810                 Dolores, village du Mexique au nord de Querétaro a un vieux curé métis, Miguel Hidalgo : il fixe au bout d’un mât une étoile portant l’image de la Vierge de Guadalupe, la Indita, vénérée depuis 1555, en lançant el Grito de Dolores : le cri de Dolores : Vive la Vierge de Guadalupe, vive Fernando VII[2], à bas le mauvais gouvernement.

Le Mexique avait désormais un cri et un étendard pour la révolution ; cela ne se fera certes pas du premier coup : les paysans qui marchèrent sur Mexico avec le vieux curé à leur tête se révélèrent surtout pillards et la tête de Miguel Hidalgo fût clouée sur un poteau dès le 30 juillet 1811.

10 1810                      Un fermier afrikaner emmène à Londres Saartje Baartman (Saartje est un diminutif hollandais de Sarah), femme khoisan, faisant partie des hottentots : ses fesses extrêmement proéminentes font d’elle une attraction foraine qui sera exhibée dans un théâtre de Piccadilly où on l’affublera du surnom de Vénus Hottentote. Procès il y eut…mais gagné par ses « employeurs », car la sus-nommée se dit consentante…elle finit par arriver à Paris en 1814 où elle continua à s’exhiber 15, rue Neuve des Petits Champs. Les plus éminents naturalistes du Museum - Georges Cuvier, Geoffroy de Saint Hilaire, Henri de Balinville - se penchèrent sur son cas, délivrant des certificats qui servaient de caution aux imprésarios. Elle mourut brutalement le 29 décembre 1815. La France rendit ses restes à l’Afrique du Sud début 2002.

Tout le monde a pu la voir pendant dix-huit mois de séjour dans notre capitale, et vérifier l’énorme protubérance de ses fesses, et l’apparence brutale de sa figure. Ses mouvements avaient quelque chose de brusque et capricieux qui rappelaient ceux du singe. Elle savait surtout une manière de faire saillir ses lèvres tout à fait pareille à ce que nous avons observé dans l’orang-outang. Son caractère était gai, sa mémoire bonne, et elle reconnaissait après plusieurs semaines une personne qu’elle n’avait vu qu’une fois…Les colliers, les ceintures de verroteries et autres atours sauvages lui plaisaient beaucoup ; mais ce qui flattait son goût plus que tout le reste, c’était l’eau-de-vie.

                                                                                                          Georges Cuvier, 1817

1810                           Rome, la Hollande, le Valais sont réunis à l’Empire français.

Les Frères Peugeot créent une fonderie près de Montbéliard. Rétablissement du monopole sur le tabac.

L’anglais Peter Durand invente la boite de conserve en fer blanc, et l’écossais Andrew Meikle la batteuse mécanique (le battage consiste a séparer le grain de sa tige et de l’épi).

Les troupes d’occupation en Espagne rapportent le goût pour le tabac roulé et fumé : les cigarets espagnols.

L’ambassadeur russe, Aleksandr Borissovitch Kourakine introduit le service à la russe : les plats sont apportés les uns après les autres et ainsi sont servis chauds : le service à la française - tous les plats servis en même temps - est condamné malgré les efforts de Louis XVIII pour le rétablir.

3 07 1811                    Simon Bolivar a 28 ans : créole fortuné, aristocrate franc-maçon de Caracas, il a déjà beaucoup voyagé en Europe et aux Etats-Unis : il prononce devant la Société patriotique de Caracas son premier discours en faveur de la Déclaration d’indépendance du Venezuela.

5 07 1811                    Les colonies espagnoles du nord de l’Amérique du Sud proclament leur indépendance sous le nom de Provinces Unies du Venezuela, sur le modèle des Treize colonies d’Amérique du Nord. A leur tête, Francisco de Miranda, un créole qui a été général dans l’armée de Dumouriez en 1792 et 1793, adepte des Lumières. Plus tard, il encombrera la route de Bolivar qui le livrera aux Espagnols.

Les Espagnols en dépit de leur évolution toute récente, ne peuvent admettre la situation et la « reconquête » sera faite fin 1812 : la Première République d’Amérique du Sud s’est effondrée. 18 09 1811                     Le lieutenant général anglais, sir Thomas Stamford Raffles prend l’île de Java aux Néerlandais ; huit ans plus tard, il crée la ville de Singapour pour concurrencer Batavia..

1811                            Les Suisses Johann Rudolf et Hieronimus Meyer arrivent au sommet de la Jungfrau, - 4166 m - par la face Est.

Napoléon classe les routes en cinq catégories, les routes impériales de première et seconde catégorie étant à la charge de l’Etat. La route de Paris à Menton via Lyon portait le N° 8, et c’est par le déclassement de la route N° 3 (Paris Hambourg) que  la 8 devint 7. Il fait planter des arbres le long de ces routes… pour que ses pious-pious arrivent bien frais au champ de bataille… moins de deux cents ans plus tard, nombre de communes et de conseils généraux feront abattre ces platanes, aveuglés qu’ils sont par l’obsession du risque zéro, comme si les chauffards, faute de platanes, n’allaient pas se planter immanquablement sur un autre obstacle… un peu plus loin.

03 1812                      Emeutes de la faim à Caen : ordonnance organisant la distribution de deux millions de soupes.

Pour la campagne de Russie, Napoléon a levé une armée de cinq cent dix mille hommes.

Décret de Moscou, réorganisant la Comédie Française.

18 06 1812                 L’Angleterre voit d’un mauvais œil les Etats-Unis entretenir des relations commerciales avec la France ; après quelques accrochages déclenchés par les Anglais, les Américains déclarent une nouvelle fois la guerre à l’Angleterre ; au nord-ouest, les Anglais cherchent à contrôler la région des grands lacs, avec l’aide des Indiens, au sud-est, ils cherchent à contrôler la Nouvelle Orléans, mais la Royal Navy découvre que le charme sacré de son invincibilité est devenu inopérant.

15 09 1812                 Rostopchine, gouverneur de Moscou, [et accessoirement père de la future comtesse de Ségur], a organisé son incendie, entassant un peu partout des matières combustibles. Il quitte lui-même la ville la veille, emportant les pompes à incendie et libérant les détenus, qu’il charge d’allumer les feux dès l’approche des Français. Attisé par un vent violent, l’incendie va faire rage pendant quatre jours. Seuls le Kremlin et 2000 maisons en réchappèrent.

L’incendie de Moscou a éclairé mon âme et rempli mon cœur d’une foi fervente que je n’avais jamais connu jusque-là.

                                                                                  Alexandre I°, tzar de toutes les Russies

19 10 1812                 Napoléon a beau être entré vainqueur à Moscou en feu, l’absence de tout ravitaillement, l’arrivée prochaine de l’hiver le contraignent à donner l’ordre de la retraite : seuls soixante mille revinrent ! quatre cent cinquante mille morts !

Ils tombent. La neige les couvre. On ne sait plus de quel coté les fleuves coulent. On est obligé de casser la glace pour apprendre à quel Orient il faut se diriger. Egarés dans l’étendue, les divers corps font des feux de bataillon pour se rappeler et se reconnaître.

Chateaubriand

29 10 1812                 Exécution du général Malet. Au juge qui lui demandait qui étaient ses complices, il avait répondu : Vous, Monsieur le président, et toute la France…si j’avais réussi.

26 11 1812                 Ce qui reste de la Grande Armée arrive devant la Bérézina, affluent du Dniepr, au nord-est de Minsk. Un soudain dégel rend impossible le franchissement à pied, sur la glace. La rivière charrie d’immenses glaçons. Le général Koutouzov, ainsi que les Cosaques pensent que Napoléon va choisir les ponts de Borisov pour y faire passer son armée. Mais non :

Il planta une épingle sur la carte. « Faites le nécessaire, démolissez le village [de Studenka, 15 km en aval]  planche par planche, amassez les matériaux pour construire au moins deux ponts, que les pontonniers et les sapeurs soient demain à l’œuvre, là où la profondeur est moindre ». […] Une seule fois, Napoléon mit le nez sur la carte et épela le nom du fameux village : Studenka.

Construits en quelques heures, les deux ponts virent passer les armées pendant trois jours, mais Napoléon jugea qu’on ne pouvait se permettre d’attendre les retardataires, même nombreux : il donna l’ordre de faire sauter et brûler les ponts. Koutouzov et les Cosaques avaient été joués, mais pas pour longtemps :

Les Cosaques se montrent sur les collines et l’artillerie de Koutouzov se dispose à tirer. […] Les boulets s’écrasent, les ponts s’affaissent. Lorsque les soldats de la rive droite mettent le feu, le choix devient simple : brûler ou se noyer. Les plus proches se précipitent à travers les flammes qui prennent aux bagages accompagnés, aux madriers, aux charrettes déglinguées, aux tabliers de bois. […] Des groupes se lancent sur les pièces de glace, d’autres nagent quelques mètres avant de disparaître dans les eaux troubles.

                                      Patrick Rambaud      Il neigeait         Livre de poche 2002

Printemps 2001, dans le fossé d’une fortification de Vilnius, capitale de la Lituanie, on découvrira les ossements de trois mille deux cents soixante soldats de Napoléon, reconnaissables aux boutons des uniformes : ils n’avaient pas été tués par les Russes entrés dans la ville vingt quatre heures plus tard, mais étaient bien morts de froid, de faim et de la septicémie que provoquent les maladies transmises par les poux ! En décembre 1812, il avait fait - 38° à Vilnius : on ne pouvait pas creuser et donc on avait déposé les corps dans ces fossés…on estime à quarante mille le nombre de soldats morts à Vilnius… c’est là, le 5 décembre, que Napoléon quitta son armée en lambeaux pour regagner précipitamment Paris : peu après le début de la retraite, il avait appris la conspiration du général Malet[3] qui, sitôt évadé de prison le 23 octobre, avait tenté de le faire passer pour mort : de retour à Paris, Napoléon sera pris d’une colère noire contre tous les gardiens des institutions : et quand bien même j’aurais été mort, il ne s’est trouvé aucun d’entre vous pour penser à mon fils, mon héritier, le Roi de Rome ! Le ciment n’avait pas encore pris, et tout cela était encore sable.

Le 18 juin 1815, Jean Annez, juge de paix à Grammont (Belgique), ramasse parmi les corps du champ de bataille de Waterloo un manuscrit ensanglanté. C’est le récit d’un certain Louis Chenot, soldat de l’armée napoléonienne, mort lors des combats, rapportant ce que fût pour lui la retraite de Russie. Ce journal de soldat, une trentaine de feuillets : La Grande Misère de Louis Chenot, ainsi que celle de ses chers Compagnons d’arme, qu’ils ont souffert dans la maudite Russie, dans les années 1812, 1813, 1814, est ensuite passé de main en main, deux siècles durant, sans jamais avoir été publié. Jean Annez l’a transmis à son frère Henri, qui l’a confié, en 1864, à son neveu par alliance, Auguste de Portemont. En 1925, la famille de Portemont le donne au général Henri Waymel, parent éloigné, qui l’a laissé à sa fille en 1960, Anne-Marie Waymel, son actuelle propriétaire.

Nous sommes arrivés à Moskow le 14 septembre 1812. Nous avons commencé notre retraite le 18 octobre 1812, qui a été le commencement de notre grande misère. L’armée russe,…avait déjà brûlé les villes, bourgs et villages, le moins à 9 ou 10 lieues chaque côté de la route de manière que nous soyons sans vivre n’y sans espérance d’en avoir pour les hommes n’y pour les chevaux. Les routes étaient interceptées de tous cotés par les Kosaques et l’armée russe. Nous étions toujours enveloppés des Kosaques. Nous sommes arrivés à Smolinkile 12 novembre 1812. Nous avons évacué la ville dans la nuit du 14 au 15 novembre 1812.

Lorsque j’ai été pris, j’étais blessé ; j’avais l’épaule droite démise et un coup de baïonnette dans la cuisse droite. Après avoir été pris, les Kosaques m’ont traité comme des barbares et des lâches qu’ils sont. Après avoir été leur esclave et soumis à eux, ils m’ont fait présent de sept coups de lance, même que j’eus beaucoup de peine à m’en rétablir. Nous avons été pris le 18 novembre 1812, 15 000 hommes. Dans l’espace de deux mois et six jours, nous sommes restés à 500 hommes. De 15 000, ils en ont tué et fait mourir 14 500. […]

Nous mourrions de faim et de soif. Nous étions obligés de boire de notre urine. Les scélérats qu’ils nous gardaient, comme il y avait beaucoup de bestiaux de crevé dans la ville, des chevaux, des bœufs, des vaches, des moutons et des chiens, ils allaient prendre de ces charognes, qu’il y en avait qui étaient toutes pourries, ils nous la vendaient 2 et 3 francs la livre.

Dans des endroits où qu’il y pouvait coucher 20 hommes, ils nous y mettaient 60, 70, 80. Tous les matins, il y en avait toujours 20, 25, et 30 de morts, Ils leur mettaient la corde aux pieds, ensuite ils les tiraient dehors. Ensuite ils les couchaient dehors, pour les réchauffer, ils y mettaient le feu ! Pour qu’ils ne me missent pas nus, comme mes camarades que je voyais déshabillés à chaque instant, mes habillements, ceux qui n’avaient pas beaucoup de trous, j’en faisais. Ensuite, je les raccommodais avec de mauvaises pièces de différentes couleurs ainsi que gros fil, de manière qu’ils n’en pouvaient rien faire. Et à moi, ils m’étaient bien utiles pour me garantir de la grande fraîcheur. Je n’ ai eu que les oreilles, le nez, les lèvres, les mains et les pieds qu’ils ont gelés. En route, il me pendait des glaçons aux yeux gros comme les doigts. Des larmes qui me coulaient des yeux, elles étaient à peine sorties de mes yeux qu’elles étaient gelées.

Dans l’espace des 40 jours, il en est mort passé la moitié. Sur les derniers jours, nous étions pas trop gênés dans les logements. Tous les jours les paysans passaient dans les logements pour enlever les morts. Ils en chargeaient plein des traîneaux, ensuite ils les menaient à 300 pas du village. Ils en faisaient un tas, le couvraient de bois et ensuite ils y mettaient le feu et les réduisaient en cendre.

Le gouverneur qui gouvernait cette ville aimait depuis longtemps les français. Nous voyant si accablés de misère et enfoncés si avant dans l’esclavage et que nous étions les victimes d’un grand nombre de scélérats. Comme l’humanité l’exige, il a eu un peu pitié de notre sort, il a ordonné à la police de la ville, qu’il fallait désormais nous traiter avec plus de douceur et nous faire loger dans un faubourg de la ville, chez les habitants, deux, trois et quatre au plus par maison.

Mais les habitants étaient pour le moins aussi sales que nous. Les poux sont plus communs chez eux que l’argent, parce qu’ils n’ont point d’argent : des poux ils en ont en grande quantité. Moi je peux dire que j’en ai eu autant comme l’on peut en avoir parce que si j’en avais eu davantage, ils m’auraient mangé tout vif. Ils m’avaient déjà plus de moitié mangé. Je n’avais plus que la peau étendue sur les os. Mon corps ressemblait à un squelette, j’avais les yeux morts dans la tête, je ne pouvais plus parler, presque plus de mouvements dans les membres.

Oh Grand Dieu ! Lorsque je songe à d’aussi cruels tourments, que j’ai souffert, le sang m’en frémi encore dans les veines. Si je n’avais pas passé par un chemin aussi rude ou que je n’aurais pas eu quelques espérances semblables. Non, l’on ne m’aurait jamais fait croire que l’homme est dans le cas d’endurer d’aussi grands tourments comme j’en ai enduré sans succomber au tombeau.

J’ai été six mois et huit jours sans changer de chemise : depuis le douze novembre 1812 jusqu’au vingt mai 1813. Ainsi jugez si elle devait être bien blanche ! J’en avais deux, l’une surtout, elle me garantissait beaucoup plus de la rigueur du temps mais en récompense il n’y manquait pas de compagnons !!! Lorsque je pouvais les mettre réchauffer dans un four, je ne manquais pas l’occasion lorsqu’elle était aussi avantageuse pour moi. Lorsque je retirais mes chemises du four, les poux étaient brûlés. Ils étaient ramassés en tas gros comme le pouce. De place en place dans mes chemises, lorsqu’ils étaient bien brûlés, je secouais mes chemises, les poux tombaient comme de la poussière, ainsi voyez qu’il y en avait quelques uns !

Suite d’un peu plus de soulagement à l’époque du vingt mai 1813. Depuis cette époque que nous avons eu la permission de travailler. Mais j’étais bien faible, bien misérable. Je faisais pitié. L’on aurait pas donné deux sous de ma personne, mais plusieurs journées se sont écoulées, le beau temps et les beaux jours ont commencé à renaître. Le sang a commencé de nouveau à flotter dans mes veines. Le courage et la force m’est successivement revenu. Les cheveux m’ont tombé de la tête. Une nouvelle peau s’est formée sur mon pauvre cadavre dont qu’elle en a fait tomber la vieille par morceau.

Mon corps a recommencé de nouveau à prendre de la nourriture, de sorte qu’en peu de temps je m’ai suis rétabli. J’avais un appêtit si tellement grand que j’aurais bien mangé cinq livres de pain par jour. Jour et nuit, j’avais toujours faim. Je ne pouvais pas me rassasier. J’aurais mangé le diable et ses cornes.

Ceux qu’ils habitent les villes ne sont esclaves que de la couronne. Ils vendent eux-mêmes leurs propres enfants à ceux qu’il les veulent acheter. Ils ne vendent pas cher, un garçon de 16, 18 et 20 ans, se vend depuis 25 à 30 francs, une fille se vend 20 à 25 francs. Tous les habitants des campagnes appartiennent aux barons de sorte qu’ils peuvent en disposer à leur gré. Ils peuvent les battre, les tuer et les vendre.

Les barons nous ont sollicités beaucoup, pour rester chez eux, qu’ils nous auraient donné des emplois, que nous n’aurions point travaillé, nous aurions commandé les paysans, être chef d’atelier ou homme d’affaires. Dans la ville que, il en a resté 45 de 400 hommes. Pour y rester, il fallait se faire débaptiser et se faire baptiser russe parce qu’ils ne sont pas sont pas de même religion : ils sont Catholiques apostoliques asmatiques grecs et non romains. Moi, jamais leurs promesses ne m’ont tentées.

L’ordre de notre bienheureux départ est arrivé dans les gouvernements que nous étions le 4 juin 1814. Ils nous ont fait partir le 24 du dit mois, le jour de St Jean pour nous rendre dans notre chère patrie. Nous avons marché plusieurs fois 80, 90 et 100 lieues sans trouver une ville.

…/…Donc qu’il y avait 364 lieues en Russie que nous les avons faites en 37 jours de marche.

…/…Lorsque nous avons été arrivé à la Pologne, nous avons encore eu 11 jours de marche avant que d’entrer en Prusse.

…/…Nous avons continué de marcher jusqu’à la fin de tous les pays étrangers pour entrer dans notre belle France par Landau, première ville de France.

                                                                       Louis Chenot, † à Waterloo le 18 06 1815

1812                            La fièvre aphteuse se répand dans tous les départements, notamment dans le nord.

Louis Braille a trois ans : il traîne dans l’atelier de maroquinerie de son père  et accidentellement s’enfonce un couteau dans l’œil : une ophtalmie sympathique le rend ensuite complètement aveugle, ce qui ne l’empêche pas de devenir rapidement violoncelliste et organiste ; à l’âge de dix ans, il reçoit une bourse pour l’Institution des Jeunes aveugles, fondée par Valentin Haüy : trouvant l’alphabet romain illisible par des aveugles, il se met à élaborer un nouveau système qui permettrait aux aveugles, non seulement de lire, mais aussi d’écrire : il y parvint en simplifiant un système inventé par le capitaine d’artillerie Charles Barbier, utilisé par les soldats pour communiquer la nuit : Braille réduisit à six points la grille de douze points de Barbier. Trop révolutionnaire et trop simple pour être admis immédiatement, l’invention de 1829 dût attendre 1837 pour être adoptée.

21 06 1813               Napoléon est battu à Vitoria par le duc de Wellington, auquel Beethoven dédie la symphonie La Bataille.

11 12 1813                  Napoléon réinstalle sur le trône d’Espagne Ferdinand VII.

1813                           Le genevois Augustin Pyrame de Candolle, professeur à Montpellier, élabore la taxonomie, ensemble des principes de la classification des espèces botaniques

Le Français Henri Meynard atteint le sommet du Breithorn.

La Grande Russie a eu raison de la Grande armée de Napoléon : pour la reconstituer, il lève successivement en janvier 1813, 150 000 hommes de la classe 1814, 100 000 des classes 1809 à 1812, 100 000 dans le premier ban de la Garde nationale, 180 000 en avril, 160 000 de la classe 1815 et 120 000 des classes 1808 - 1814, en octobre, 150 000 des classes 1803 à 1814, en novembre…. On est tout près du million.

Simon Bolivar est parvenu à lever une armée, pas plus de 1000 hommes, avec lesquels il reprend le Venezuela : il se fait nommer dictateur et jouit de pouvoirs d’exception limités dans le temps. Limités dans le temps, ils le seront de toutes façons, car les partisans encore nombreux du roi et de l’Eglise reprennent le pouvoir dès 1814 : celui qu’on nomme déjà le Libertador s’exile en Haïti où il avait déjà trouvé auprès du président Pétion armes, bateaux et soldats. Il y retrouvera encore aide et soutien à condition d’affranchit tous les esclaves d’Amérique du Sud partout où ses troupes seraient victorieuses.

Il se démène pour unifier les différentes guérillas vénézuéliennes et grenadines.

Le Paraguay, peuplé d’Indiens Guarani, devient indépendant ; c’est alors sans doute le pays le plus arriéré et le plus pauvre du Nouveau Monde : Gaspar Rodriguez de Francia, Dictateur suprême de la République guarani commence par engager dès 1814 une réforme agraire radicale : tous les grands domaines sont expropriés et l’Etat récupère ainsi plus de la moitié des terres du pays : la plus grosse part en sera louée à des familles de paysans : la production agricole sera ainsi stimulée, amenant entre autres un rente régulière à l’Etat. Francia installe le pays dans un protectionnisme à géométrie variable, interdisant tout achat à crédit sur les marchés extérieurs. A sa mort en 1840, il sera remplacé par Carlos Antonio Lopez.

3 01 1814                   Les Autrichiens occupent Montbéliard.

5 01 1814                   Un autre curé de village du Mexique, José Maria Morelos, zambo -  métis d’Indien et de Noir -, reprend le flambeau de Miguel Hidalgo, parvient à rassembler sous la bannière de la citoyenneté nouvelle les deux communautés, mais le nouveau vice roi nommé par l’Espagne disperse son armée à Pururuan. Il sera fait prisonnier le 22 décembre 1815 et fusillé dans le dos par après.

21 02 1814                 Arrivée à Vesoul de Monsieur, comte d’Artois, frère du prétendant au trône.

24 03 1814                 Les Autrichiens occupent Lyon.

30 03 1814                 De Buonaparte et des Bourbons, brochure de Chateaubriand, sort de presse : radicalement hostile à l’empereur, cette publication va marquer le début de sa carrière politique.



[1] du latin bacca laurea, baie de laurier, le laurier étant symboliquement le signe qui distingue les vainqueurs, que ce soit  de la guerre, des épreuves intellectuelles ou plus précisément des concours de poésie.

[2] Fils de Charles IV, chassé d’Espagne comme son père par Napoléon, mais resté très populaire.

[3] auquel on prête le mot : si tu vois un fou qui se prend pour Napoléon, dis-lui bien que son état empire.

 


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