13 avril 1598 à 1626. Edit de Nantes. VOIC. Réductions au Paraguay. Galilée. Assassinat d’Henri IV. Guerre de Trente ans. Mayflower.
Publié par (l.peltier) le 21 mars 2008 En savoir plus

13 04 1598                 Henri IV proclame l’Edit de Nantes :

Préambule                   S’il ne lui a plu permettre que ce soit pour encore en une même forme de religion, que ce soit au mois d’une même intention, et avec une telle règle, qu’il n’y ait point pour cela de trouble et de tumulte entre eux : et que nous et ce royaume puissions toujours mériter et conserver le titre glorieux de Très-Chrétien.

article I.                       Premièrement, que la mémoire de toutes choses passées d’une part et d’autre, depuis le commencement du mois de mars 1587 jusqu’à notre avènement à la couronne et durant les autres troubles précédents et à leur occasion, demeurera éteinte et assoupie, comme de chose non advenue . Et ne sera loisible ni à nos procureurs généraux, ni autres personnes quelconques, publiques ni privées, en quelque temps, ni pour quelque occasion que ce soit, en faire mention, procès ou poursuite en aucunes cours ou juridictions que ce soit

…/… article III            Ordonnons que la religion catholique, apostolique et romaine sera remise et rétablie en tous les lieux et endroits de cestui notre royaume et pays de notre obéissance où l’exercice d’icelle a été intermis pour y être paisiblement exercé sans aucun trouble ou empêchement. Défendant très expressément à toutes personnes, de quelques état, qualité ou condition quelles soient, sur les peines que dessus, de ne troubler ni inquiéter les ecclésiastiques en la célébration du divin service, jouissance et perception de la dîme, fruits et revenus de leurs bénéfices…Défendant aussi très expressément à ceux de ladite religion prétendue réformée de faire prêcher ni aucun exercice de ladite religion ès églises, maisons et habitations desdits ecclésiastiques…Défendant à toutes personnes d’en renouveler la mémoire, attaquer, ressentir, injurier ni provoquer l’un l’autre par reproche de ce qui s’est passé …mais se convenir et vivre paisiblement ensemble comme frères, amis et concitoyens, sur peine aux contrevenants d’être punis, comme infracteurs de paix et perturbateurs du repos public. 

…/… article VI           Et pour ne laisser aucune occasion de troubles et différends entre nos sujets, avons permis et permettons à ceux de ladite religion prétendue réformée vivre et demeurer par toutes les villes et lieu de cestui notre royaume et pays de notre obéissance, sans être requis, vexés, molestés ni astreints à faire chose pour le fait de la religion contre les conscience, ni pour raison d’icelle être recherchés dans les maisons où lieux où ils voudront habiter, en se comportant au reste selon qu’il est contenu dans le présent Edit.

…/… article XXII       Ordonnons qu’il ne sera fait différence ni distinction, pour le fait de ladite religion, à recevoir les écoliers pour être instruits ès universités, collèges et écoles, et les malades et pauvres ès hôpitaux, maladreries et aumônes publiques.

…/… article XXVII     Afin de réunir d’autant mieux les volontés de nos sujets, comme est de notre intention, et ôter toutes plaintes à l’avenir, déclarons tous ceux qui font ou feront profession de ladite religion prétendue réformée capable de tenir et exercer tous états, dignités, offices et charges publiques quelconques, royales, seigneuriales, ou des villes de notre dit-royaume, pays, terre et seigneuries de notre obéissance.

…/… article XXXI      Outre la chambre ci-devant établie à Castres pour le ressort de notre cour de Parlement de Toulouse, laquelle sera continuée en l’état qu’elle est, nous avons pour les mêmes considérations ordonné et ordonnons qu’en chacune de nos cours de Parlement de Grenoble et Bordeaux sera pareillement établi une chambre composée de deux présidents, l’un catholique, l’autre de ladite religion prétendue réformée, et douze conseillers dont six seront catholiques et les six autres de ladite religion, lesquels président et conseillers seront par nous pris et choisis des corps de nos-dites cours..

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Dans les lendemains de l’Edit, Henri IV fît procéder à un recensement des protestants : ils étaient environ 1 250 000, de 5 à 6 % de la population du pays, mais dans des pourcentages plus importants dans le Midi, où se dessinait un croissant huguenot, selon l’expression de Janine Garrisson, de La Rochelle à Valence.

En Béarn et en Navarre, la situation religieuse était particulière. L’édit de Nantes ne s’appliquait pas dans ces deux principautés souveraines, qu’Henri IV n’avait pas osé annexer au royaume de France, pratiquant seulement une « union personnelle » : par une sorte de cumul des mandats, il était roi de France, par ailleurs roi de Navarre et vicomte souverain de Béarn.

La situation, il est vrai, y était très différente. La religion catholique avait été abolie entre 1569 et 1571 par Jeanne d’Albret. Henri avait bien rendu un édit le 16 octobre 1572 pour la rétablir. Mais il était alors prisonnier à la cour et revenu au catholicisme sous la contrainte après la Saint Barthélemy, et cet acte que le Conseil souverain n’avait pas enregistré, n’avait jamais été appliqué.

Il ne faut pas croire que l’édit de Nantes ait été accueilli avec des cris de joie. Les parlements de Paris, Rennes, Rouen, Aix et Toulouse - villes ligueuses - refuseront de l’enregistrer, et ne s’y résigneront qu’au bout de dix ans, sous la menace d’Henri IV. Du coté protestant, Agrippa d’Aubigné fulminera contre l’« abominable édit ». Même Etienne Pasquier, modèle des Politiques, traitera l’édit, ironiquement, de « prodige » et qualifiera de « félonie » l’usage qu’en feront les huguenots.

Si l’édit de Nantes a tenu, c’est parce que, remarquable souverain, Henri IV a su l’imposer en ralliant les modérés des deux camps. Et aussi parce que le pays, exsangue, était las, immensément las de la guerre civile. Mais l’édit instaure moins la tolérance entre les deux religions qu’il n’organise la coexistence entre elles, et sur la base d’un partage territorial, ce qui est un accroc à la tradition unitaire française. En réalité cette transaction permet au mieux de « coexister dans l’intolérance ».

                                                                       Jean Sévillia              Historiquement correct.

Singulière mesure, aussi éloignée que possible de l’idée que l’on s’en fait ordinairement, avec les habitudes de penser d’aujourd’hui et l’expérience des constitutions civiles et religieuses de l’époque moderne. Le seul fait que la version originale de l’édit elle-même n’est pas constituée par un seul texte, mais par quatre (l’édit solennel et public, une annexe de cinquante-six articles « secrets » concernant le culte, un « brevet » relatif au paiement des pasteurs, un second groupe d’articles secrets sur les places de sûreté et les chambres mi-parties), ce seul fait montrait que le roi avait dû tenir compte de vœux contraires. Et ce « premier édit de Nantes » connut deux autres versions, l’une catholique où la résistance des Parlements à l’enregistrement fit introduire des changements restrictifs, l’autre protestante, non officielle mais de fait, constituée par la tolérance des assemblées politiques d’abord interdites et par une représentation à la cour, en la personne de véritables ambassadeurs. Au total, le fruit d’une lutte tenace, arbitrée par une bonne volonté conciliatrice et souple. Rien de très original, d’ailleurs, et l’on a pu montrer tout ce que l’édit de Nantes devait aux mesures de pacification antérieures. Mais fort déconcertant pour l’esprit moderne. On dit que l’édit accordait aux protestants la liberté de conscience. En fait, il faisait d’eux une confession religieuse désavantagée et un corps social et politique privilégié. D’une part, en effet, il leur refusait tout culte à Paris et dans les localités où se trouverait la cour et ne leur en reconnaissait un que dans deux localités par bailliage, chez les seigneurs haut-justiciers (les autres n’ayant droit qu’à des réunions religieuses de famille) et dans les villes et bourgs où il était célébré en 1596-1597. D’autre part, les protestants relevaient d’une juridiction spéciale, les chambres mi-parties ; admis à tous les emplois de l’État, ils voyaient leurs pasteurs devenir des fonctionnaires du fait qu’ils touchaient un traitement royal ; leurs écoles étaient subventionnées ; leurs places de sûreté et leurs garnisons à la charge de l’État, leurs assemblées politiques et leurs délégués généraux à la cour prolongeaient la situation politique favorisée qu’ils avaient conquise par les armes dans les régions où ils l’emportaient

Emile Georges Léonard                   Le Protestant français.

Les guerres de religion et leur dénouement ne sont pas seulement affaire d’épée et de théologie. Une vaste mutation de la société en constitue l’arrière-plan. Derrière les arguments religieux et dans un contexte d’affrontements métaphysiques sans précédent, s’est déroulée aussi une guerre des élites : tout se passe comme si la noblesse d’épée, sur le point de se voir dépossédée du pouvoir par l’élite des robins, dans un monde où les logiques administratives devenaient inéluctablement plus fortes, avait en quelques sorte trouvé dans l’état de guerre permanent le moyen de réaffirmer ses valeurs et de rétablir les règles d’un jeu social qui lui fût favorable, en une sorte de retour en arrière vers le Moyen Age.

Le dénouement confirme l’hypothèse : c’est en s’appuyant sur les robins et en combattant ou rachetant les derniers nobles va-t-en-guerre qu’Henri IV impose la paix. Peut alors s’engager une évolution très profonde des structures du pouvoir : la cour, les pensions et les dignités serviraient désormais à divertir la noblesse cependant que les réalités du pouvoir se joueraient ailleurs, confisquées par un roi qui s’appuie sur une élite administrative. Au conflit du roi avec la noblesse succéderait alors bientôt un conflit larvé avec sa propre administration, avec la nouvelle noblesse de robe.

[…]  Mais le roi n’aurait pas réussi si l’homme n’avait pas été à la hauteur de son entreprise historique. C’est d’abord affaire d’autorité naturelle. Le personnage s’impose face aux divergences d’une coalition fort hétéroclite, qu’il s’agisse de rappeler à l’ordre les huguenots ou, inversement, d’imposer aux parlementaires réticents l’accès des protestants aux charges officielles. Cette autorité transparaît dans le discours. C’est un discours charismatique au sens où la parole du roi ,e « je » d’Henri IV, incarne l’intérêt général, incarne la nation tout entière cotre la coalition hypocrite des intérêts particuliers et des corporatismes. Sa parole devient alors tranchante, s’anime et, parce qu’elle est parole de vérité, dissout les oppositions.

Si l’autorité personnelle lui permet d’imposer les compromis, une familiarité désarmante lui permet de réconcilier les hommes. […] La familiarité d’Henri n’est pas une faconde superficielle, une convivialité chaleureuse de façade, vernis des ambitions ordinaires.  Elle est profonde parce qu’elle repose sur une connaissance des hommes, de leur détresse et de leur vanité, parce qu’elle est aussi connaissance de soi, et que celle-ci interdit de mépriser quiconque. La crispation des vanités et des ressentiments est souvent le premier obstacle à la réconciliation des hommes. C’est parce qu’il aime les hommes comme ils sont que le charisme d’Henri traverse les cuirasses et les traités de théologie, les remparts des châteaux isolés et l’hystérie des foules.

François Bayrou        Henri IV, le Roi libre    Flammarion 1994

13 09 1598                 Au Palais de l’Escurial, mort de Philippe II d’Espagne, après trois mois d’agonie : la septicémie a fini par avoir raison du très long règne - 42 ans - du  Roi Prudent.

28 09 1598                 Les catholiques demandent à Henri IV de publier les décrets du concile de Trente : Je ferai, Dieu aidant, en sorte que l’Eglise soit aussi bien qu’elle était il y a cent ans. Mais Paris ne fut pas fait en un jour.

29 10 1598                 Gabrielle d’Estrées a donné au roi trois beaux enfants, César, Catherine-Henriette et Alexandre. Henri IV lui conte sa visite au château de Saint Germain en Laye, nursery de toute sa postérité, légitime ou bâtarde.

Jay pryns le serf an uneure avec tout le plesyr du monde, et suys arryvé ance lyeu a catreures. Je suys desandu a mon petyt logys, ou yI fayt amyrablement beau ; mes anfans my sont venus treuver, ou pour myeus dyre, lon les y a aportés. Ma fylle amande fort et ce fayt belle, mays mon fyls cera plus beau que son ayné.

Vous me conjurés mes cheres amours damporter autant damour que je vous an lesse. Ha, que vous mavés fayt plesyr, car jan ay tant que, croyant avoyr tout amporté, je craygnoys quyl ne vous an fut poynt demouré.

Je manvoys las antretenyr Morfée, mays syl me represante autre songe que de vous, je fuyré atousjamays sa compagnye. Bonsoyr pour moy, bonjour pour vous ma chere mettresse, je vous bese umylyon de foys vos beaus yeus.

Ce XXIXe octobre.    

H.

J’ai pris le cerf en une heure avec tout le plaisir du monde, et suis arrivé en ce lieu à quatre heures. Je suis descendu à mon petit logis, où il fait admirable­ment beau ; mes enfants m’y sont venus trouver, ou, pour mieux dire, l’on les y a apportés. Ma fille amende fort et se fait belle, mais mon fils sera plus beau que son aîné.

Vous me conjurez, mes chères amours, d’emporter autant d’amour que je vous en laisse. Ah ! que vous m’avez fait plaisir! Car j’en ai tant que, croyant avoir tout emporté, je craignais qu’il ne vous en fût point demeuré.

Je m’en vais, las, entretenir Morphée; mais s’il me représente autre songe que de vous, je fuirai à tout jamais sa compagnie. Bonsoir pour moi, bonjour pour vous, ma chère maîtresse, je vous baise un million de fois vos beaux yeux.

Ce vingt-neuvième octobre.

H.

11 1598                      Olivier de Serres, protestant de près de 60 ans, s’est mis à l’abri des excès des guerres de religion dans son domaine - 200 ha - du Pradel, à l’est d’Aubenas, en Ardèche où il met en pratique son goût pour l’innovation agricole. Venu à Paris pour régler la succession de son frère Jean, il est appelé à la cour.

Il a amené son Theâtre d’Agriculture et Mesnage des Champs, un ouvrage de mille pages, dans lequel il a consigné toutes ses notes. Le mot “théâtre” désigne les traités qui exposent les théories comme s’il s’agissait de personnages d’une scène. Le terme “Mesnage” est l’équivalent de notre gestion d’aujourd’hui.

Il y en a qui se mocquent de tous les livres d’agriculture, et nous renvoyent aux paysans sans lettres, les quels ils disent estre les seuls juges compétans de ceste matière, comme fondés sur l’expérience, seule et seule règle de cultiver les champs. Certes, pour bien faire quelque chose, il la faut bien entendre premièrement. Il couste trop cher de refaire une besogne mal faicte, et surtout en l’agriculture, en la quelle on ne peut perdre les saisons sans grand dommage. Or, qui se fie à une générale expérience, au seul rapport des laboureurs, sans savoir pourquoi, il est en danger de faire des fautes mal réparables, et s’engarer souvent à travers champs sous le crédit de ses incertaines expériences. le

Le projet d’Olivier de Serres est assez simple, il propose une philosophie sereine :  bousculer un mythe paysan antique, celui de la terre fatiguée qui a besoin de se reposer pendant le temps de jachère et de friche pour les remplacer par des cultures fourragères améliorant la fertilité du sol ; transposer aux champs les expériences novatrices faites dans le jardin, en intensifiant les cultures : la fumure animale du sol, les nouvelles espèces cultivables comme la pomme de terre connue alors sous le nom de cartoufle ou truffe blanche (cultivée en Vivarais bien avant Parmentier), l’irrigation des prairies, la sélection de variétés plus productives, plus résistantes aux maladies ou plus précoces, tailler correctement les arbres, organiser et orner les jardins, cultiver la vigne, faire les vendanges et le vin ; s’occuper des troupeaux et élever les abeilles ; construire de “beaux et bons” bâtiments agricoles, cultiver les orangers, tenter l’extraction du sucre à partir de la betterave, mais la technique d’alors ne permettra pas d’atteindre le seuil de rentabilité. Il recommande le labour profond, l’alternance des cultures, le soufrage de la vigne, la création de l’assolement par l’introduction des prairies artificielles, l’essai de nouveaux semis ( melon, artichaut, maïs, houblon, riz et pomme de terre.) C’est là affaire de conseils ; pour la pratique, il en alla comme de la plupart des entreprises humaines : l’échec et la réussite se côtoient : sa campagne pour le développement de la plantation du mûrier et de l’industrie de la soie dans les Cévennes et à Paris connut un succès certain. La culture du mûrier était jusque là très localisée. Henri IV voulait l’intensifier afin de diminuer les sorties d’or nécessaires à l’achat d’étoffes étrangères, pour  qu’elle se vît rédimée de la valeur de plus de 400 000 d’or que tous les ans il en fallait sortir pour la fournir des étoffes composées en cette matière ou de la matière même.[…] Le roi ayant très bien recognu ces choses, par le discours qu’il me commanda de lui faire sur ce sujet, l’an 1599, print résolution de faire eslever des meuriers blancs par tous les jardins de ses maisons”. Il décide de faire planter 20.000 pieds de mûriers aux Tuileries et à Fontainebleau. D’autres plantations et magnaneries se développeront dans la région Lyonnaise où se fixera l’industrie de la soie. Mais le succès ne sera pas au rendez-vous pour la pomme de terre qu’il planta en Ardèche, non que celle-ci refusa de croître et embellir, mais c’est la population qui la refusa la jugeant tout juste bonne pour les cochons : puisqu’on n’en fait pas mention dans la Bible et qu’elle pousse sous la terre, ce ne peut être que « la pomme du diable ». Pomme qui avait alors pour nom cartoufle, - ou truffe blanche - qui, germanisée, deviendra la kartoffel allemande : les Allemands, probablement moins superstitieux et plus nécessiteux que les Français l’adopteront plus spontanément. Deux cents ans plus tard, Parmentier avait probablement eu vent de l’affaire et mettra en œuvre des ruses de Sioux pour la faire accepter.

Olivier de Serres mourra en 1619. Neuf ans plus tard, le domaine du Pradel sera pillé et rasé par M. de Ventadour. Reconstruit par Daniel de Serres, le fils d’Olivier, le mas de Pradel est aujourd’hui une ferme école.

Tandis que, dans ton siècle, beaucoup allaient vêtus d’armures, la croix sur l’épaule et l’épée au côté, toi tu marchais modestement, en petite collerette, barbiche et coiffé ras, dans un chemin de buis ; la bêche et le râteau étaient tes seules armes

Edmond Pilon

C’est encore sur les recommandations d’Olivier de Serres  que l’on commence à substituer à la jachère la culture de plantes fourragères comme le sainfoin et la luzerne. Ces prairies artificielles permettaient de nourrir le bétail tout en laissant reposer le sol. Cette méthode améliorait les rendements de l’assolement triennal que l’on pratiquait dans certaines régions : la surface agricole utile pouvait être cultivée à 100 %, malgré le manque d’engrais naturel.

                    Rapporté par Hardouin de Péréfixe, Histoire de Henri le Grand, 1661

7 02 1599                   Les parlementaires parisiens acquis à la Ligue exaspèrent le roi :  

Ne parlons point tant de la religion catholique ni tous les grands criards catholiques et ecclésiastiques ! Que je leur donne à l’un deux mille livres de bénéfices, à l’autre une rente, ils ne diront plus mot ! Je juge de même contre les autres qui voudraient parler. Il y a des méchants, qui montrent haïr le péché, mais c’est pour crainte de peine ; au lieu que les bons le haïssant pour l’amour de la vertu. J’ai autrefois appris deux vers latins de Horace :

Oderunt peccare boni, virtutis amore ;
Oderunt peccare mali, formidine pœnae

Les bons s’abstiennent de faire le mal par amour de la vertu, les méchants par crainte du châtiment.

Il y a plus de vingt ans que je ne les ai dits à cette heure !

« Les paroles que le roi a tenues à Messieurs de la cour de Parlement » Lettres missives de Henri IV.

Et c’est bien ainsi qu’Henri IV se rallia -  on peut dire  acheta - ces grands seigneurs de la Ligue : 3 477 800 livres pour Honorat de Savoie, marquis de Villars, 940 824 livres pour Charles de Lorraine, duc d’Elbeuf, plus 3. 888 830 livres pour se désolidariser de Philippe III d’Espagne, et à peu près de même pour le duc de Mayenne, frère de François de Guise, le « Balafré » , et de même pour Henri Joyeuse, et encore pour le duc d’Aumale. Les derniers à résister, le duc de Savoie et le duc de Mercœur, au fond de sa Bretagne, furent mis à la raison par le glaive. Tout cet argent pour acheter la paix représenta plus que le budget annuel de l’Etat : 30 millions de livres. Mais le contenu des caisses ne correspondant pas à celui des promesses, ces dernières n’eurent bien souvent aucune concrétisation.

8 04 1599                   Edit de Fontainebleau, sur l’assèchement des marais.

La force et la richesse des rois consiste en l’opulence de ses sujets. Et le plus grand et légitime gain et revenu des peuples, même des nôtres, procède principalement du labour et de la culture de la terre qui leur rend, selon qu’il plaît à Dieu, à usure le fruit de leur travail, en produisant grande quantité de blés, vins, grains, légumes et pâturages ; de quoi non seulement ils vivent à leur aise, mais en peuvent entretenir le trafic et commerce avec nos voisins et pays lointains et tirer d’eux or, argent et tout ce qu’ils ont en plus d’abondance que nous…

Henri IV        Ordonnance de Blois

Sur quoi Sully enchaînera :

Le peuple de la campagne, duquel vous aviez toujours un soin merveilleux, disant souvent au roi que le labourage et le pâturage étaient les deux mamelles dont la France était alimentée, et ses vraies mines du Pérou.

                                                                                                                      Economies royales

Mais Henri IV et Sully ne s’occupèrent pas que d’économie, ils voulaient aussi des têtes bien faites ; ayant rapidement réalisé que c’était quasiment mission impossible que de réformer l’Université, déjà mammouth, ils donnèrent tout loisir aux Jésuites, dont ils reconnaissaient le génie pédagogique, pour ouvrir des collèges : c’était en quelque sorte la création de l’enseignement secondaire. L’enseignement religieux était bien sûr inclus, mais on ne peut s’en étonner : il n’y avait pas d’existence possible hors du religieux et la notion de laïcité ne correspondait alors à aucune réalité.

10 04 1599                 Gabrielle d’Estrée, maîtresse « officielle » du roi, marquise de Monceaux,  puis duchesse de Beaufort, meurt trois jours après avoir accouché d’un quatrième enfant mort-né. Elle eut les funérailles d’une reine. Le roi, qui lui avait promis le mariage pour les jours suivants, parut sincèrement affecté… le temps, plutôt court, d’en mettre une autre sur le devant de la scène : Henriette d’Entragues.

1 10 1599                      Laquelle se révéla aussi redoutable manœuvrière pour détourner à son usage l’argent public que Gabrielle d’Estrée : elle se fit désirer jusqu’à arracher une promesse de mariage écrite de la main du roi, et elle l’obtint :

Nous, Henri quatrième, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, promettons et jurons devant Dieu, en foi et parole de roi, à messire François de Balsac, sieur d’Entragues, chevalier de nos ordres, que, nous donnant pour compagne demoiselle Henriette-Catherine de Balsac, sa fille, au cas que dans six mois, à commencer du premier jour du présent, elle devienne grosse et qu’elle accouche d’un fils, alors et à l’instant nous la prendrons à femme et légitime épouse, dont nous solenniserons le mariage publiquement et en face de notre sainte Eglise, selon les solennités en tel cas requises et accoutumées. Pour plus grandes approbations de laquelle présente promesse, nous promettons et jurons, comme dessus, de la ratifier et renouveler sous notre seing, aussitôt après que nous aurons obtenu de notre Saint Père le pape la dissolution du mariage entre nous et dame Marguerite de France, avec permissions de nous marier où bon nous semblera. En témoin de quoi, nous avons écrit et signé la présente. Au Bois -Malesherbes, ce jourd’hui premier octobre 1599

Henri

L’affaire ne fût pas du goût de Sully :

Et sut cette pimbêche et rusée femelle cajoler si bien le roi, le tourner de tant de cotés et gagner de telle sorte tous les porte-poulets, cajoleurs et persuadeurs de débauches qui étaient tous les jours à ses oreilles pour lui proposer un plaisir, et qui un autre, qu’il se laissa enfin persuader à faire cette promesse puisque, autrement, ne pouvait-il avoir l’effet de celle qui lui avait déjà tant coûté.

Sully               Economies royales

Mais la foudre tomba un jour sur la chambre d’Henriette enceinte, à Fontainebleau, et elle accoucha prématurément d’un enfant mort-né. La promesse devenait caduque, et les négociations pour un mariage avec Marie de Médicis menées par le cardinal de Gondi, reprenaient l’avantage. Ce dernier avait au moins un atout : alléger, par la dot de Marie,- plus d’un million de ducats d’or - la dette de la France à l’égard de Ferdinand, son oncle, grand duc de Toscane, l’homme le plus riche d’Europe.

24 10 1599                      Avec force arguments tous plus spécieux les uns que les autres, le mariage de Henri de Navarre avec Marguerite de Valois est annulé à Rome : les discussions avaient commencées six ans plus tôt !

1 01 1600                   Première apparition de l’appellation Vin de Champagne. Jusqu’alors, on appelait les vinc de la Champagne, vins de France, comme tous les produits ès environs de Paris et en toute l’île de France et lieux voisins. C’étaient alors des vins dits tranquilles [ non pétillants] pas même encore blancs, mais rouges clairets, rosé gris, fauvelets, flives, œil de perdrix. En fait, on connaissait dès le Moyen Age le vin diable, ou encore saute-bouchon. Le problème était d’emprisonner la pression due à la seconde fermentation, celle du printemps : ce qui, progrès de la verrerie aidant et remplacement des chevilles de bois garnies d’étoupe par des bouchons de liège venus d’Espagne, fut possible dès la seconde moitié du XVII° siècle. Le procédé de la champagnisation n’est qu’une réplique de celui déjà existant de la Blanquette de Limoux, proche de Carcassonne. Mais en fait, ce sont les Anglais qui inventèrent la méthode que l’on nommera plus tard champenoise… avec du vin venu de France, des bouchons de liège du Portugal, du sucre de leurs colonies et du verre épais. Et ils furent donc les premiers à se prendre de passion pour le sparkling champagne.

17 02 1600                 Giordano Bruno meurt à Rome sur le bûcher de l’Inquisition. Né en 1548 près de Naples, ordonné prêtre en 1573, il était doté d’une exceptionnelle mémoire, à l’époque dimension essentielle de l’intelligence. Outre la rhétorique, la logique, la théologie, le français, l’allemand, le latin, le grec, ses maîtres dominicains l’avaient formé à l’astronomie. Il écrit Cena de la Ceneri et De l’infinito universo e mondi.

Une comète à travers l’Europe, dira de lui Hegel. Visionnaire, il pressentit nombre des domaines de la science d’aujourd’hui… parlant de la structure de l’atome,

 il n’est pas nécessaire qu’il y ait beaucoup de sortes et de formes d’éléments infimes, comme du reste de lettres non plus, pour former d’innombrables espèces

Sa liberté d’esprit lui valut d’être rapidement chassé du couvent. Il se mit alors à parcourir toutes les cours et universités d’Europe, pour être finalement dénoncé à l’Inquisition par un noble de Venise : huit ans de procès suivront, à Venise, puis à Rome, il sera finalement puni sans juin verser le sang, pour reprendre l’hypocrite expression de l’Inquisition, nommant ainsi le bûcher : Vous avez certainement plus peur en prononçant cette sentence que moi en l’écoutant, crie-t-il alors à ses juges.

En l’an 2000, le Vatican refusait toujours sa réhabilitation.

Philosophe, vagabond, courageux fragile, homme de foi et de vérité, Bruno n’était pas dupe du malheur qui le guettait. Il a toujours su qu’il aurait à payer cher pour avoir compris que l’Univers ne se résumait pas à une théologie prise au pied de la lettre, pour avoir eu - avec d’autres mais bien avant ceux à qui on en attribue aujourd’hui la paternité -, l’intuition de ce qui est devenu l’épistémologie, la cosmologie, la théorie générale de l’Univers, la relativité, la chimie, la génétique ; pour avoir perçu, avant même Pascal, l’importance de la beauté comme source d’accès à la vérité ; pour avoir reconnu à chaque homme tous les droits sur lui-même et aucun droit sur le reste de l’Univers.

Un jour de lassitude, au cours d’un de ces voyages sans but, pourchassé par l’ignorance et la bêtise, il écrivit ce qui reste comme l’indépassable lamento de tous les découvreurs, spectateurs de leur propre marginalité : « voyons ce qui arrivera à ce citoyen serviteur du monde, fils de son père le Soleil et de sa mère, la Terre, voyons comment le monde qu’il aime trop doit le haïr, le condamner, le persécuter et le faire disparaître ».

                                                           Jacques Attali.           Le Monde 17 février 2000

23 08 1600                 Henri IV écrit à Marie de Medicis :

Ma belle maîtresse [il ne l’a jamais vue mais a pu voir son portrait à Saint Cloud dès le mois d’avril]

J’envoie mon grand écuyer [le duc de Bellegarde] vers vous avec toutes les procurations nécessaires pour achever notre mariage. Il a d’autant plus désiré ce voyage pour avoir connu n’en pouvoir jamais faire qui me pût être si agréable, ni plus utile pour le bien universel de mon royaume et de tous mes bons servirteurs, entre lesquels, outre ce qu’il tient des premiers rangs, ils est particulièrement ma créature, et demeurant toujours auprès de moi, sans que rien ne lui soit caché, vous ne le pourrez enquérir de rien de mes nouvelles qu’il ne vous en rende bon et fidèle compte. Je remettrai donc sur lui à les vous faire entendre, vous priant d’ajouter foi à tout de qu’il vous dira de ma part, comme à moi-même.

Quant aux affaires de la guerre, jusqu’à cette heure, Dieu a béni mes serviteurs, et espère qu’il continuera, ma cause est juste, et je reconnais tout venir de lui.

Je vous tiens promesse. C’est de dedans Chambéry que je vous écris. Ce porteur est si bien instruit des affaires de la guerre que par lui vous en saurez toutes les particularités.

Je finirai donc en vous suppliant, ma belle maîtresse, de hâter votre heur [bonheur] et le mien par votre venue la plus prompte que vous pourrez. Je n’ai jamais eu un si violent désir que celui de vous voir. Que cela vous serve encore d’un coup d’éperon pour hâter votre voyage. Constance [l’un de ses messagers] a été arrêté par le duc de Savoie. Je ne sais si me le renverra. J’ai bien de quoi le lui faire rendre, mais non de quoi me revancher de m’avoir privé huit jours de vos nouvelles.

 Mon amour me contraint de vous supplier encore un coup de hâter votre voyage le plus que vous pourrez, et sur cette requête je ferai fin, vous baisant cent mille fois les mains.

Ce 23° d’août, de Chambéry.

9 12 1600                   Tout occupé à guerroyer en Savoie, Henri IV n’a pu aller à son mariage avec Marie de Médicis, qui a été célébré en grandes pompes et par procuration donnée au grand duc Ferdinand le 5 octobre à Florence. Il rencontre donc pour la première fois son épouse à Lyon habillé en soldat, et sentant mauvais comme à son habitude de la tête aux pieds. Qui plus est, il ne parle pas italien et elle ne parle pas français. Pour une première rencontre entre époux, on peut rêver mieux !

La reine arrivera à Paris le  9 février ; le roi l’y avait précédé depuis longtemps pour baiser sa maîtresse, Henriette d’Entragues.

Ces amours successives donnèrent neuf mois plus tard naissance le 27 septembre au dauphin Louis, le futur Louis XIII, et le 27 octobre à Gaston Henri de Verneuil, avec le commentaire du roi : il me naît un maître et un valet…

Plus tard, constamment au cœur de la rivalité entre les deux femmes, il lui arrivera de masquer la goujaterie de la situation derrière de fausses colères propres à calmer le jeu pour un temps :

Mademoiselle d’Entragues, quand elle parlait au roi de la princesse, ne l’appelait que sa « grosse banquière florentine », trop effrontément en vérité, et trop impudemment. De quoi Sa Majesté n’étant pas contente, et déjà, par deux ou trois fois, l’ayant reprise de son impudence, il la châtia enfin d’une rencontre fort à propos. Car lui ayant demandé un jour quand  viendrait sa « banquière » : « Aussitôt, lui répondit le roi, que j’aurai chassé de ma cour toutes les putains ! »

Pierre de l’Estoile     Mémoires

La rage d’Henriette contre Marie la poussa jusqu’au complot contre la famille royale : l’affaire fut éventée, coûta tout de même la vie à un espion de Philippe III, mais les autres complices furent graciés, et Henriette ne fit qu’un séjour un peu prolongé dans un monastère.

Tous les enfants, légitimes comme illégitimes, seront éduqués au château de Saint Germain : cela en faisait tout de même onze : trois de Gabrielle d’Estrées, deux d’Henriette d’Entragues, six de Marie de Médicis. L’enfant de Jacqueline de Bueil ne fit qu’une courte apparition et les filles de Charlotte des Essarts n’y furent pas admises.

Le Vert Galant fut, en amour, un pauvre homme. Marié deux fois à des femmes qu’il n’avait pas choisies, Henri fut la victime des contraintes politiques de sa destinée. Il le fut aussi des libertés sans limites qu’elle autorisait au détriment d’une véritable maturité affective. L’espèce de chasse éperdue à laquelle le livrait son angoisse le laissa sans lien véritable. Si l’on excepte Diane-Corisande, il n’y eut là que grande pauvreté souvent ridicule, et échec durable. […] L’amoureux méprisé, l’amant à peine supporté, l’homme bafoué ne trouvèrent jamais le port. Le politique, si. Mais la légende ne le dit pas, qui, au contraire de la vie, a mieux servi l’homme privé que l’homme public.

François Bayrou        Henri IV, le Roi libre.   Flammarion 1994

Tout cela donnait une cour qui n’avait pas bonne presse :

A la cour, on parle que de duels, puteries et maquerellages ; le jeu et le blasphème y sont en crédit.

Pierre de l’Estoile     Mémoires. Décembre 1608

On n’a jamais rien vu qui ressemble à un bordel plus que cette cour.

L’émissaire du duc de Toscane

1600                           François de Sales est né en 1567 à Thorens, en Savoie. Evêque d’Annecy ; évangélisateur du Chablais calviniste, ses méthodes agaçaient la concurrence :

Il gaste plus d’ouvrage en un jour que nous n’en pouvons édifier dans tout le mois, prêchant en ministre plus qu’en presbyte, s’oubliant jusques à nommer les hérétiques[1] ses frères, choses si scandaleuses que les Protestants en font trophée.

la charité émanait de sa personne. Infirmes, enfants, pauvres gens des hameaux, même les galeux et les puants : il ne se refusait à personne.

H. Ménabréa.

Il laissa de nombreux écrits de spiritualité, les plus connus étant L’introduction à la vie dévote et le Traité de l’amour de Dieu. Fondateur de l’ordre de la Visitation avec Jeanne de Chantal[2]. † en 1622 à Lyon, canonisé en 1665.

Il épousa toutefois quelques « bonnes habitudes » de son époque : en 1610, lors d’une tournée pastorale, il ordonna de détruire, conformément aux décrets du concile de Trente, toutes les statues « difformes », c’est à dire gothiques.

ce qui entrave le plus le plus le ministère paroissial dans mon diocèse est la conduite des grands décimateurs (collecteurs de la dîme) qui absorbent tous les revenus ecclésiastiques sans laisser aux prêtres de quoi subsister.

François de Sales au Pape

De 1587 à 1628, Shah Abbas I°, de la dynastie des Séfévides de Perse, dessine l’une des plus glorieuses périodes de la Perse :

Il y a peu de souverains qui ait fait plus réellement de bien à leur pays qu’Abbas le Grand. Il établit dans toute l’étendue de la Perse une tranquillité qui y était inconnue depuis bien des siècles. Il mit fin aux dévastations des Uzbeks, refoula ces pillards dans leur propre pays, et chassa les Turcs. Bien que doué de grands moyens et habile homme de guerre, il regarda la prospérité de ses vastes Etats comme un plus noble but que de nouvelles conquêtes. On ne saurait compter les ponts, les caravansérails et les autres monuments d’utilité publique qu’il éleva.

Malcolm, historien anglais

Lorsque ce grand prince cessa de vivre, la Perse cessa de prospérer.

Chardin

Ses immenses édifices peints, dorés, couverts d’émaux, ses murs bleus ou à grands ramages, qui reflètent les rayons du soleil, ses vastes bazars, ses jardins immenses, ses platanes, ses roses, en font le triomphe de l’élégant et le modèle du joli. Ispahan n’a pu être conçu et exécuté que par des rois et des architectes qui passaient leurs jours et leurs nuits à entendre raconter de merveilleux contes de fées.

Gobineau

A Ispahan, les dômes bleus, les minarets bleus, les donjons bleus commencent de montrer le détail de leurs arabesques, pareilles aux dessins des vieux tapis de prière.

Pierre Loti

Les Français qui ont de l’argent commencent à goûter aux charmes de la résidence secondaire qui s’appellera folie à Paris, bastide à Marseille, malouinière à Saint Malo.

vers 1600                    Les populations des principaux pays riverains de la Méditerranée sont estimés à 8 millions en Espagne, 1 au Portugal, 16 en France et 13 en Italie ; les autres riverains, musulmans sont estimés à 14 millions : 8 pour la Turquie, 3 pour l’Afrique du Nord et 3 pour l’Egypte. La surface labourable de la France est de 32 millions d’hectares, soit plus de 70 % du territoire !

La vitesse de déplacement est bien sur extrêmement variable, plus aléatoire en mer que sur terre. La Méditerranée se traverse d’est en ouest entre deux et trois mois, nord sud, de une à deux semaines. On peut atteindre des trajets de 200 km par jour. Sur terre, les vitesses moyennes sont de 100 km par jour.

On commerce, on échange, on emprunte, on prête…

Lucien Febvre s’est amusé à imaginer les étonnements d’Hérodote refaisant son périple, devant la flore qui nous semble caractéristique des pays de Méditerranée : orangers, citronniers, mandariniers, importés d’Extrême-Orient par les Arabes ; cactus venus d’Amérique ; eucalyptus originaires d’Australie (ils ont conquis tout l’espace entre le Portugal et la Syrie et les aviateurs disent, aujourd’hui, reconnaître la Crète à ses bois d’eucalyptus) ; le cyprès, ce persan; la tomate, peut-être une péruvienne ; le piment, ce guyanais ; le maïs, ce mexicain ; le riz,« ce bienfait des Arabes » ; le pêcher, « ce montagnard chinois devenu iranien » ou le haricot, ou la pomme de terre, ou le figuier de Barbarie, ou le tabac… La liste n’est ni complète, ni close. Tout un chapitre serait à ouvrir sur les migrations du cotonnier, autochtone en Égypte et qui finit par en sortir pour voyager sur les mers. Une étude serait la bienvenue aussi, qui montrerait, au XVIe siècle, l’arrivée du maïs, cet américain, dans lequel Ignacio de Asso, au XVIII° siècle, voulait voir à tort une plante à double origine, venue sans doute du Nouveau Monde, mais dès le XIIe siècle aussi des Indes Orientales, et grâce aux Arabes. Le caféier est en Égypte dès 1550; le café, quant à lui, est arrivé en Orient vers le milieu du XV° siècle : certaines tribus africaines en mangeaient les grains grillés. Comme boisson, il est connu en Égypte et en Syrie dès cette époque. En Arabie, en 1556, on en interdit l’usage à la Mecque : boisson de derviches. Vers 1550, il atteint Constantinople. Les Vénitiens l’importeront en Italie en 1580 ; il sera en Angleterre entre 1640 et 1660 ; en France, il apparaît d’abord à Marseille en 1646, puis à la Cour vers 1670. Quant au tabac, il arriva de Saint-Domingue en Espagne et par le Portugal «l’exquise herbe nicotiane» gagna la France en 1559, peut-être même en 1556, avec Thevet. En 1561, Nicot envoyait de Lisbonne à Catherine de Médicis de la poudre de tabac pour combattre la migraine. La précieuse plante ne tarda pas à traverser l’espace méditerranéen ; vers 1605, elle atteignait l’lnde ; elle fut assez souvent interdite dans les pays musulmans, mais en 1664, Tavernier vit le Sophi lui-même fumant la pipe…

La liste de ces amusants petits faits peut s’allonger : le platane d’Asie Mineure fit son apparition en Italie au XVIe siècle ; la culture du riz s’implanta au XVIe siècle également dans la région de Nice et le long des marines provençales, la laitue dite chez nous «romaine» fut rapportée en France par un voyageur qui s’appelait Rabelais ; et c’est Busbec, dont nous avons si souvent cité les lettres qui ramena d’Andrinople les premiers lilas qui, à Vienne, avec la complicité du vent, peuplèrent toute la campagne. Mais qu’ajouterait cette nomenclature à ce qui, seul, importe ? Et ce qui importe, c’est l’ampleur, l’énormité du brassage méditerranéen. D’autant plus riche de conséquences que, dans cette zone de mélanges, sont plus nombreux dès le principe les groupes de civilisations. Ici, ils demeurent volontiers distincts, avec des échanges et des emprunts à des intervalles plus ou moins fréquents. Là, ils se mêlent dans d’extraordinaires cohues qui évoquent ces ports de l’Orient, tels que nous les décrivent nos romantiques : rendez-vous de toutes les races, de toutes les religions, de tous les types d’hommes, de tout ce que peut contenir de coiffures, de modes, de cuisines et de mœurs le monde méditerranéen.

Théophile Gautier, dans son Voyage à Constantinople, décrit minutieusement, à chaque escale, le spectacle de cet immense bal masqué. On partage son amusement, puis on se surprend à sauter l’inévitable description : c’est qu’elle est toujours la même. Partout les mêmes Grecs, les mêmes Arméniens, les mêmes Albanais, Levantins, Juifs, Turcs et Italiens… A considérer ce spectacle vivant encore, bien que moins pittoresque, dans les quartiers du port, à Gênes, à Alger, à Marseille, à Barcelone, ou à Alexandrie, on a l’impression d’une évidente instabilité des civilisations. Mais rien n’est plus facile que de se tromper, si l’on veut démêler cet enchevêtrement. L’historien pensait que la sarabande était une vieille réalité des danses espagnoles ; il s’aperçoit qu’elle vient d’apparaître à l’époque de Cervantès. Il imaginait la pêche du thon comme l’activité spécifique des marins génois, des Napolitains, des Marseillais ou des pêcheurs du cap Corse ; en fait les Arabes la pratiquaient et la transmirent vers le X° siècle. Bref il serait presque prêt à suivre Gabriel Audisio et à penser que la vraie race méditerranéenne est celle qui peuple ces ports bigarrés et cosmopolites : Venise, Alger, Livourne, Marseille, Salonique, Alexandrie, Barcelone, Constantinople, pour ne citer que les grands. Race qui les réunit toutes en une seule. Mais n’est-ce pas absurdité ? le mélange suppose la diversité des éléments. La bigarrure prouve que tout ne s’est pas fondu dans une seule masse ; qu’il reste des éléments distincts, qu’on retrouve isolés, reconnaissables, quand on s’éloigne des grands centres où ils s’enchevêtrent à plaisir.

Fernand Braudel                   La Méditerranée et le monde méditerranéen, à l’époque de Philippe II. Armand Colin. 5° édition 1982

17 01 1601                 Le traité de Lyon rend la Savoie  et le marquisat de Saluces à son duc :

en échange Henri recevait tous les pays de Besse, Bugey et Valmorey, et généralement tout ce qui peut lui appartenir jusqu’à la rivière du Rhône, dès la sortie de Genève, sera du royaume de France. Une zone de franchises est établie pour le pays de Gex, aux abords de Genève, que Louis XVI renouvellera en 1775 à la demande de Voltaire.

Au duc de Savoie qui lui demandait ce qu’il retirait de la France, Henri IV aurait répondu :

Elle me vaut ce que je veux… Parce que ayant gagné le cœur de mon peuple, j’en aurai ce que je voudrai et, si Dieu me prête encore la vie, je ferai qu’il n’y aura point de laboureur en mon royaume qui n’ait le moyen d’avoir une poule dans son pot […] et je ne laisserai point d’avoir des gens de guerre pour mettre à la raison tous ceux qui choqueront mon autorité.

Et, une fois parti son interlocuteur : Mes prédécesseurs ont mis le duc de Savoye en pourpoinct : je le mettrai en chemise.

Mais quand il n’y a rien à mettre dans son escarcelle, il peut être tenir des propos qui le rapprochent plus d’une civilité de bon aloi : de François de Sales, il dira : C’est un oiseau rare : il se trouve être à la fois dévot, docte et gentilhomme.

Il s’arrête à Aix les Bains :

Et ayant veu les bains les uns après les autres, descendit de cheval vers le grand bain auquel, avec plusieurs princes de sa cour, il se baigna et lava, par l’espace d’une heure avec autant de plaisir et de contentement comme s’il eût joui de la plus grande délectation du monde. Ce qu’il témoigna, disant que tous les bains et estuves des médecins de Paris et de France, voire même d’Europe, ne valoyent rien au regard de ceux-ci[3].

A  Aiguebelle, Sully reconnaît qu’il n’a vu en aucun endroit le sexe aussi beau.

C’est bien à Henri IV que l’on doit la primeur de l’exploitation du riz en Camargue, plus précisément à son ministre Sully : les premiers travaux commencèrent à la fin de son règne, Ravaillac l’assassina en 1610 et la première récolte fût faite trois ans plus tard…. Le roi  recommandait que l’on accompagnât sa  « poule au pot » de riz. Il n’y en eût pas de seconde avant longtemps : peut-être jugea-t-on l’endroit infréquentable : c’était en tous cas l’avis de Thomas Platter en 1596 : le pays d’Aigues Mortes est tellement infesté de moustiques,  en été, que c’est pitié (ce qui signifiait la présence de malaria).

16 04 1601                 Création d’une Assemblée de commerce, l’ancêtre de nos Chambres de Commerce et Conseil économique et social.

18 05 1601                 Michel Frotet de la Bollardière, malouin, largue les amarres pour la première  expédition française en océan indien.

1601                           Charles de Lécluse, botaniste français qui finit sa vie comme professeur à Leyde, introduit en Europe la Papas ou encore patate péruvienne, qui deviendra vite la pomme de terre, dont la profusion vaincra les famines. A la même époque donc, et avec le même légume, Olivier de Serres connaissait l’échec à Aubenas, et Charles de l’Ecluse le succès, hors de France. Mais il se fera surtout connaître comme celui qui sût acclimater la tulipe, venue de Perse, via le Palais de Topkapi chez les Turcs : il meurt en 1609, et le prix de l’oignon de tulipe flambe, pouvant atteindre celui d’une maison ; elle deviendra commune trente ans plus tard, ruinant ceux qui avaient misé sur sa rareté.

15 11 1602                 Fils d’un tailleur d’habits de la maison de Navarre, lui-même fournisseur du roi en argenterie et en soierie, puis valet de chambre ordinaire du roi, Barthélemy de Laffemas est nommé contrôleur général du commerce du royaume ; partisan d’un strict protectionnisme, il fit en sorte de limiter au mieux les importations ; c’est ainsi qu’il soutint la fabrication de la soie en France, et donc la plantation de mûrier blanc ; et il en fit de même pour les textiles fins, les cuirs, les tapis, le cristal ou les miroirs.

2 12 1602                   Charles Emmanuel tente de prendre Genève : c’est la nuit de l’Escalade qui fit peur bien sûr aux Genevois, mais tout de même pas au point de les paralyser : les trois cents hommes furent maîtrisés, désarmés, pendus ou égorgés.

Les têtes des suppliciés furent exposées sur les remparts et leurs corps jetés au Rhône.

                                                                                                           Saint Genis.

24 12 1602                 Des rochers se décrochent d’une paroi au-dessus de Sixt - dans l’actuelle Haute Savoie - et écrasent vingt six maisons.  

1602                           Les marchands hollandais fusionnent huit petites compagnies maritimes par action qui deviennent la VOIC : Vereenigde Oost Indische Compagnie : La Compagnie des Indes Orientales, recevant du prince d’Orange le privilège exclusif de navigation dans les Indes orientales et celui d’importer sans payer de droits sur aucune marchandise ; mais elle payait 3 % sur ses exportations ; lui était en outre accordé le droit de saisir tout navire étranger naviguant dans les eaux qu’elle considérait comme siennes, et qui lui étaient reconnues comme telles. Elle usa un jour de ce droit en saisissant un bateau de Saint-Malo : Louis XIV le prit très mal et leur fit payer l’affaire 550 000 mille livres !

En 1606, elle donnait du 75 % à ses actionnaires ! Au départ, ce commerce sera fait des épices locales,- girofles, muscade -, puis les Hollandais introduiront leurs cultures, notamment le café, demandant toujours plus, via les princes locaux, aux paysans, spécialisant certaines îles dans des cultures déterminées.

En 1619, pour organiser leurs activités commerciales ils firent du petit port de Jakarta leur capitale : Batavia, (l’actuelle Djakarta). Tout ce négoce ne pouvait se passer d’un bras armé, qui permit de créer en quelques années un espace économique fermé à la concurrence.

Néanmoins les conflits avec les autochtones comme avec les Portugais, les Espagnols et les Anglais seront nombreux.

Dans le Pacifique, c’était les Chinois qui mettaient à mal les intérêts financiers de l’Espagne et du Portugal en Amérique du sud :

Il sort chaque année de Canton pour les Indes de Portugal trois mille quintaux de soie, sans compter les quantités exportées au Japon et celles que chargent plus de quinze navires à destination des Philippines

…/…Ce que je raconte, ce n’est pas quelque chose qu’on m’a relaté, mais que j’ai constaté de mes propres yeux, quand j’ai vu dans le port du Callao un navire chargé de marchandises de la Chine qui valaient plus que tout ce qui était entré dans ce port depuis cinquante ans et que la valeur entière de cette province où je me trouve.

                                               Martin de Loyola, franciscain, petit neveu de saint Ignace.

20 06 1603                 Henri IV inspecte le chantier du Pont Neuf :

Le roi passa du quai des Augustins au Louvre par-dessus le Pont Neuf, qui n’était encore trop assuré, et où il y avait peu de personnes qui s’y hasardaient. Quelques uns, pour en faire l’essai, s’étaient rompu le cou et tombé dans le rivière, ce que l’on remontra à Sa Majesté, laquelle fit réponse, à ce qu’on dit, qu’il n’y avait pas un de tous ceux-là qui fut roi comme lui.

                                                                                  Pierre de l’Estoile                 Mémoires

1604                           Louis, qui n’a pas 4 ans, écrit à son père, le roi Henri IV :

Papa je say bien equivé non pas enco lisé. Moucheu de Oni a anvoié un home amé é beau caoche ou é ma maitresse linfante é une belle poupée a theu theu (sa sœur) i ma pomi un beau gan li pou couhé, je ne suis pu petit enfan, jay ben chau dans mon bechau, jay beu à vote santé Papa é Maman, ma pume é to pesante, je ne pui pu esquivé je vous baise te humbeman le main Papa é ma bonne Maman e sui Papa vote te humble é te obeissan fi é cheviteeu Dauphin.

Creusement du canal de Briare, dit canal Henri IV, pour relier la Loire et la Seine : il faudra près de quarante ans pour l’achever. Plus régulier et fiable que le transport terrestre, le transport par voie d’eau était aussi plus rapide, en moyenne. L’enjeu était d’importance, car le coût du transport était élevé, jusqu’à 80 % de la valeur des marchandises échangées, dans le cas du blé.

Le budget consacré aux routes bénéficia lui aussi d’une augmentation considérable, et Sully, grand voyer de France en tirait grande fierté ; on prit l’habitude de planter des ormes le long des routes afin que les paysans riverains ne grignotent l’emprise routière.

Quel coin, quelle place, quelle province y-a-t-il en ce royaume qui ne ressente le fruit de notre soin ? En quel lieu ne se retrouvent pas les marques de notre prévoyance […], tant de ports, tant de grands chemins réparés que la postérité croira mal aisément ou s’étonnera avec ceux de ce siècle qu’un homme seul ait entrepris et achevé un si grand nombre d’ouvrages […] Notre grand Henri vous a donné, à vous seul, la charge de tous les chemins de France, croyant que vous seul y pouvez suffire : en quoi il se trouve si bien servi, qu’il en reçoit tous les jours les bénédictions de son peuple, qui vont réfléchissant sur vous. Outre sa commodité que la facilité apporte au commerce, les ouvrages publics chassent deux grandes  pestes du royaume : l’oisiveté et la pauvreté ; vous les avez bannies avec tant d’autres maux funestes.

                                                                                                          Sully    Economies royales

Des Français tentent de coloniser l’île Sainte Croix, en Acadie, - qui deviendra plus tard la Nouvelle Ecosse - : ils avaient repéré qu’elle était à peu près à la latitude de Bordeaux et s’attendaient donc à un climat semblable : c’était sans compter avec le courant du Labrador : - laboureur - ils se retrouvèrent pris dans les glaces en hiver, sans possibilité de ravitaillement par le continent : le scorbut les décima…

Le scorbut est alors le fléau de toutes les marines du monde : cette carence en vitamine C décime les équipages qui viennent à manquer de fruits ou de légumes :

En deçà de la dite ligne, se prennent de fort dangereuses maladies qu’on nomme ordinairement mal de bouche, et d’autres l’ont nommé scorbut. Ce mal est bien souvent accompagné d’un autre qu’on nomme mal de jarret, et sont si pestilentiels qu’ils font bien souvent mourir la moitié d’un équipage. Le mal de bouche est tel qu’il s’engendre de gros morceaux de chair pourrie et baveuse dans la bouche, qui y cause grande enflure et putréfaction, laquelle il faut couper avec un rasoir et surmonter tellement que l’on ne peut prendre que choses fort liquides. Outre cela, les dents branlent si fort, qu’on les peut arracher aisément avec les doigts, sans douleur.

                                                                                                          Olivier Bonnenfant

Les rescapés, dont Samuel de Champlain, se dépêchèrent de rentrer en France, dès que les eaux redevinrent navigables.

Champlain ne se découragea pas pour autant, et il consacrera trente ans de sa vie à l’exploration du bassin du Saint Laurent, au Canada ; trois cent cinquante ans avant Line Renaud, il chante Ma cabane au Canada.

Je fis un jardin de ma résidence coloniale pour éviter l’oisiveté, entouré de fossés pleins d’eau, auxquels il y avait de fort belle truites que j’y avais mises (…) Ce lieu était tout environné de prairies où j’accommodais un cabinet avec de beaux arbres pour aller y prendre de la fraîcheur. J’y fis aussi un petit réservoir pour y mettre du poisson d’eau salée, que nous prenions quand nous en avions besoin. J’y semais quelques graines qui profitèrent bien, et y prenais un singulier plaisir ; mais auparavant, il avait fallu bien y travailler. Nous allions souvent passer le temps ; et semblait que les petits oiseaux d’alentour en eussent du contentement.

Mais, globalement, ils ne sont pas si nombreux[4] que cela à quitter leur petit Liré :

Une pesée globale (…) On peut estimer à un peu moins de deux cent mille, en 1600, les Européens hors d’Europe, face à des populations indigènes de cinquante à cent fois plus nombreuses.

            Pierre Chaunu           Conquête et exploitation des Nouveaux Mondes, 1969

5 11 1605                   Des officiers catholiques anglais ont préparé un attentat pour faire sauter l’abbaye de Westminster le jour où le Parlement doit s’y réunir avec le Roi. Une dénonciation permet d’écarter le danger mais la conspiration des Poudres suscitera une violente vague d’antipapisme qui assimilera pendant longtemps catholique à traître. Le Parlement déclare le 5 novembre jour d’action de grâces à perpétuité.

1606                           L’Espagnol Quiros, lieutenant d’Alvarez de Mendoza, prend la tête d’une expédition dans le Pacifique en partant du Mexique : il observe les Tuamotu, traverse à nouveau les Santa Cruz et découvre la principale île des Nouvelles Hébrides : il ne pourra pas s’y attarder, s’étant rapidement mis à dos les indigènes, lassés des pillages de sa soldatesque.

Son lieutenant Luis Vaez de Torres, part à nouveau et découvre Manille et la Nouvelle Guinée : la découverte de cette dernière sera tenue secrète jusqu’en 1762 !

Le service royal de la poste devient service public : chacun peut donc en bénéficier pour l’acheminement de son courrier.

24 07 1607                 Vincent de Paul, ordonné prêtre en 1600, a obtenu son diplôme de théologie à Toulouse en 1604, puis, pfft, a disparu pendant à peu près deux ans, jusqu’à cette lettre adressée à son protecteur de Dax, Monsieur de Comet, avocat à la cour, dans laquelle il conte ses aventures et mésaventures. Libéré par son maître qu’il a converti, il se trouve alors en Avignon, qu’il s’apprête à quitter pour Rome, en laissant quelques ardoises derrière lui :

Le vent nous fut aussi favorable qu’il fallait pour nous rendre, ce jour, à Narbonne, qu’était faire cinquante lieues, si Dieu n’eût permis que trois brigan­tins turcs, qui côtoyaient le golfe du Lion pour attraper les barques qui venaient de Beaucaire, où il y avait foire que l’on estime être des plus belles de la chrétienté, ne nous eussent donné la charge et attaqués si vivement que, deux ou trois des nôtres étant tués et tout le reste blessé, et même moi, qui eus un coup de flèche, qui me servira d’horloge tout le reste de ma vie, n’eussions été contraints de nous rendre à ces félons et pires que tigres, les premiers éclats de la rage desquels furent de hacher notre pilote en cent mille pièces, pour avoir perdu un des principaux des leurs, outre quatre ou cinq forçats que les nôtres leur tuèrent.

Ce fait, nous enchaînèrent, après nous avoir grossièrement pansés, poursuivirent leur pointe, faisant mille voleries, donnant néanmoins liberté à ceux qui se rendaient sans combattre, après les avoir volés. Et enfin, chargés de marchandise, au bout de sept ou huit jours, prirent la route de Barbarie, tanière et spélonque de voleurs sans aveu du Grand Turc, où étant arrivés, ils nous exposèrent en vente, après procès-verbal de notre capture, qu’ils disaient avoir été faite dans un navire espagnol, parce que, sans ce mensonge, nous aurions été délivrés par le consul que le roi tient de delà pour rendre libre le commerce aux Français.

Leur procédure à notre vente fut qu’après qu’ils nous eurent dépouillés tout nus, ils nous baillèrent à chacun une paire de braies, un hoqueton de lin, avec une bonnette, nous promenèrent par la ville de Tunis, où ils étaient venus expressément pour nous vendre. Nous ayant fait faire cinq ou six tours par la ville, la chaîne au col, ils nous ramenèrent au bateau, afin que les marchands vinssent voir qui pouvait bien manger et qui non, pour montrer comme nos plaies n’étaient point mortelles ; ce fait, nous ramenèrent à la place, où les marchands nous vinrent visiter, tout de même que l’on fait à l’achat d’un cheval ou d’un bœuf, nous faisant ouvrir la bouche pour visiter nos dents, palpant nos côtes, sondant nos plaies et nous faisant cheminer le pas, trotter et courir, puis tenir des fardeaux et puis lutter pour voir la force d’un chacun, et mille autres sortes de brutalités.

Je fus vendu à un pêcheur, qui fut contraint de se défaire bientôt de moi, pour n’avoir rien de si contraire que la mer, et depuis par le pêcheur à un vieillard médecin spagirique, souverain tireur de quintessences, homme fort humain et traitable, lequel, à ce qu’il me disait, avait travaillé cinquante ans à la recherche de la pierre philosophale, et en vain quant à la pierre, mais fort heureusement à autre sorte de transmutation des métaux. En foi de quoi, je lui ai vu souvent fondre autant d’or que d’argent ensemble, les mettre en petites lamines, et puis mettre un lit de quelques poudres, puis un autre de lamines, et puis un autre de poudres dans un creuset ou vase à fondre des orfèvres, le tenir au feu vingt-quatre heures, puis l’ouvrir et trouver l’argent être devenu or ; et plus souvent encore congeler ou fixer de l’argent vif en fin argent, qu’il vendait pour donner aux pauvres. Mon occupation était à tenir le feu à dix ou douze fourneaux ; en quoi, Dieu merci, je n’avais plus de peine que de plaisir. Il m’aimait fort et se plaisait fort de me discourir de l’alchimie et plus de sa loi, à laquelle il faisait tous ses efforts de m’attirer, me promettant force richesses et tout son savoir. […]

Un renégat d’Annecy, en Savoie, ennemi de nature, m’acheta et m’en emmena en son temat ; ainsi s’appelle le bien que l’on tient comme métayer du Grand Seigneur, car le peuple n’a rien, tout est au sultan. Le temat de celui-ci était dans la montagne, où le pays est extrêmement chaud et désert. L’une des trois femmes qu’il avait (comme grecque-chrétienne, mais schismatique) avait un bel esprit et m’affectionnait fort ; et plus à la fin, une naturellement turque, qui servit d’instrument à l’immense miséricorde de Dieu pour retirer son mari de l’apostasie et le remettre au giron de l’Église, fit me délivrer de mon esclavage. Curieuse qu’elle était de savoir notre façon de vivre, elle me venait voir tous les jours aux champs où je fossoyais, et après tout me commanda de chanter louanges à mon Dieu. Le ressouvenir du Quomodo cantabimus in terra aliena des enfants d’Israël captifs en Babylone me fit commencer, avec la larme à l’œil, le psaume Super flumina Babylonis et puis le Salve, Regina, et plusieurs autres choses ; en quoi elle prit autant de plaisir que la merveille en fut grande. Elle ne manqua point de dire à son mari, le soir, qu’il avait eu tort de quitter sa religion, qu’elle estimait extrêmement bonne, pour un récit que je lui avais fait de notre Dieu et quelques louanges que je lui avais chantées en sa présence ; en quoi, disait-elle, elle avait un si divin plaisir qu’elle ne croyait point que le paradis de ses pères et celui qu’elle espérait fût si glorieux, ni accompagné de tant de joie que le plaisir qu’elle avait pendant que je louais mon Dieu, concluant qu’il y avait quelque merveille.

Cinquante ans plus tard, apprenant qu’on avait retrouvé cette lettre, il n’eut de cesse de la récupérer pour la détruire. Mais son secrétaire la mit en lieu sûr.

1607                           Publication d’un Discours joyeux en façon de sermon fait par Maître Jean Pinard, en l’église d’Auxerre sur les climats et les vignes duditlieu.

Le bonhomme ne savait pas qu’il allait laisser son nom à la postérité. Un édit d’urbanisme précise des règles d’alignement des immeubles et de rectitude des voies publiques, interdisant les constructions en pans de bois et les encorbellements.

Un groupe de marchands emmenés par John Smith munis d’une charte de la Virginia Company of London fondent en Amérique la ville de Jamestown, en l’honneur du roi Jacques I° dans l’estuaire de la James River : c’est le début de la colonie de Virginie. Smith usera de ses brillantes qualités diplomatiques pour vivre en paix avec les autochtones Powhatan, auxquels il achète leur tabac, mais dont il finit tout de même par être prisonnier : il devra sa libération à la fille préférée du roi, Pocahontas, treize ans.[5] Très vite, la Virginie joua un rôle économique important avec la mère patrie, car elle devint pratiquement le seul fournisseur de tabac de l’Angleterre.

1608                           La vigne est déjà bien présente en Savoie, et les cépages, alors très nombreux, portaient des noms savoureux : la douce noire, le durif, le hibou - noir ou blanc -, les gouais, la rogettaz, le verpellin, l’étraire de la dui, le servanin, le joubertin, la marsanne, la mollette, la verdesse, la jacquère, la malvoisie, la mondeuse blanche, la roussane ou bergeron, l’altesse, le monterminod, la roussette. Le « progrès » tuera presque toute cette merveilleuse diversité.

Sur tout le chemin entre Chambéry et Aiguebelle, je vis une abondance infinie de ceps plantés au pied des Alpes de chaque coté de la route, en si grandes quantités qu’ils étaient deux fois plus nombreux pour un espace aussi restreint que dans le reste de la France… leur nombre était si grand, sur une longueur de dix mille entiers, qu’on ne pouvait apercevoir de place vide et inculte. Tout était planté de vignes sur les deux versants, je crois qu’il devait bien y avoir quatre mille clos. Ces vignes, à mon grand étonnement, étaient situées dans des endroits si merveilleusement escarpés qu’il semblait presque impossible que des vignerons puissent y travailler tant était forte la pente…

T. Coryat, voyageur anglais

Le jésuite Roberto de Nobili, missionnaire en Inde, décide de s’adresser directement aux brahmanes, et pour ce faire, le devient lui-même. Il s’instruit auprès d’un pénitent de la côte de Malabar, achète le bonnet rouge feu, le voile, le vêtement de mousseline des saniasis, se rase la tête, se peint le front avec la pâte de bois de santal et se retire dans une hutte de gazon proche de Madurai, au cœur du pays Tamoul, où, pendant un an, il vit en solitaire, se nourrissant d’eau claire et de légumes. Il étudie en même temps les livres sacrés des Hindous et parvient bientôt à connaître à fond leur religion. Sa renommée s’étend, des savants viennent le voir…il leur dit :

La religion primitive de l’Inde possédait quatre Védas ou lois. Vous en enseignez trois mais vous avouez qu’aucune des trois ne peut opérer le salut. Celui-ci est dans la quatrième loi que je vous apporte de l’Occident. Vous l’avez perdue mais Dieu nous l’a révélée

Beaucoup de brahmanes se convertirent, dont celui qui l’avait instruit. Il avait obtenu de Rome et des autorités religieuses de Goa que les néophytes puissent conserver une série de signes distinctifs : linea (fil), curumby (toupet), sandalum (santal) et lavatorias (ablutions). A sa mort, en 1656, la mission comptait cent mille chrétiens.

Samuel de Champlain fonde la ville de Québec : aucun lieu ne peut-être plus commode ni mieux situé : pointe de terre avancée dans le fleuve Saint Laurent, juste à l’amont de son estuaire, la rade y est excellente, les rivières alentour nombreuses, les fourrures troquées avec les Indiens abondantes et la terre fertile. L’étroitesse du fleuve à cet endroit permettait d’en contrôler facilement l’accès. Il aurait pu la nommer, comme tant d’autres, sans imagination,  le firent ailleurs, la Nouvelle Rouen ou la Nouvelle Beaucaire, il préféra un nom huron pour désigner l’endroit où un fleuve se rétrécit : Kebec. Merci, Monsieur Champlain, même si vous ne nous avez pas dit pourquoi vous avez donné la préférence à ce nom-là plutôt qu’à l’ancien Stadacone. En 1615-1616, il atteindra le lac Ontario.

Hans Lippershey, fabricant hollandais de bésicles à Middlebourg, accole deux lentilles, l’une convexe, l’autre concave au bout d’un tube et obtient ainsi l’image grandie d’un objet lointain. Le premier usage de la lunette sera militaire, lors de la guerre d’indépendance des Pays-Bas face à l’Espagne.

4 02 1609                   Pierre de Lancre lance une vaste enquête contre la sorcellerie dans le Labourd, province basque : environ six cents personnes passeront au bûcher ; trois prêtres sont brûlés : l’évêque de Bayonne parviendra à le faire mettre hors jeu neuf mois plus tard.

Il n’en fallait pas beaucoup pour être taxé de sorcellerie… il suffisait par exemple d’être rousse ; on estime à vingt mille le nombre de femmes qui passèrent au bûcher pour cette seule raison sur l’ensemble du XVII° siècle ! Dès le Moyen Age, les traîtres étaient représentés en rouge : Caïn, Judas, Dalila…

1609                           Le maréchal d’Ornano, lieutenant en Guyenne ne s’embarrasse par de circonlocutions pour dire au roi qu’il est haï du peuple plus que son prédécesseur ne l’avait jamais été, à cause des charges accablantes qu’il lui fait porter.

Et Pierre de l’Estoile, dans son Journal, dit que le peuple était trop chargé et les marchands tous morfondus

1609 - 1614               Près de 300 000 Morisques sont expulsés d’Espagne. Ils sont sa meilleure main d’oeuvre - Qui fera nos souliers ? s’exclame l’archevêque de Valence - mais considérés comme inassimilables. Nombre d’entre eux s’installeront en Tunisie, où ils reçurent bon accueil et requinquèrent l’économie. Ce ne fut pas la même chose en Algérie et au Maroc.

La hausse des prix est continuelle : souvent 100 % sur cinquante ans ; le catholicisme intransigeant de la monarchie pèsera aussi lourd dans le déclin de l’Espagne que le tarissement des mines d’argent de Zacatecas et Taxco au Mexique et du Potosi péruvien.

Le Morisque est resté inassimilable. L’Espagne n’a pas agi par haine raciale [laquelle semble presque absente dans cette lutte], mais par haine de civilisation, de religion. Et l’explosion de sa haine, l’expulsion, est l’aveu de son impuissance.

…/… La lame de fond n’a pu tout emporter de ce qui s’était fiché à jamais dans le sol de l’Ibérie : ni les yeux noirs des Andalous, ni les mille toponymes arabes, ni les milliers de mots embarqués dans le vocabulaire des anciens vaincus, devenus les nouveaux vainqueurs. Héritage mort, dira-t-on ; et peu importe que les recettes culinaires, que les métiers, que les fonctions de commandement parlent encore de l’Islam dans la vie quotidienne de l’Espagne ou du Portugal son voisin. Et pourtant, en plein  XVIII° siècle, à l’époque de la prépondérance française, se maintient, dans la Péninsule, un art vivant, véritable art mudejar, avec ses stucs, ses céramiques et la douceur de ses azulejos.

Fernand Braudel       La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II. Armand Collin         5°édition 1982

1609 - 1759               Pour protéger les Indiens Guaranis du servage colonial et des razzias des chasseurs d’esclaves, Philippe III d’Espagne et le supérieur général des Jésuites autorisent la fondation d’un Etat autonome dans la région du cours moyen et supérieur des fleuves Parana et Paraguay : en cent cinquante ans, les jésuites créèrent trente huit « réductions »[6] , groupant cent dix mille indigènes sur un territoire grand comme la moitié de la France : la confédération des villages guaranis dépendait directement du roi d’Espagne et lui payait ses impôts. Mais aucun européen autre que les pères jésuites ne devait pénétrer sur son sol. Deux religieux assistés par un conseil de notables élus dirigeait chaque « réduction ». Les habitants étaient groupés dans des agglomérations de plusieurs milliers d’habitants ; à l’école, on apprenait la langue indigène : une grande place était accordée aux sports, aux fêtes et au théâtre. La peine de mort était inconnue. Toutes les maisons étaient semblables. Il n’y avait ni riches, ni pauvres, ni salaire, ni argent. Tout était commun. On donnait un logement aux jeunes mariés. On abritait dans un local particulier les femmes veuves ou seules. On cultivait le maté et les céréales ; on travaillait le textile et un peu le fer. L’Etat avait un commerce avec l’extérieur et aussi une armée qui, à partir de 1641, fut capable de protéger les Guarani contre les razzias des esclavagistes : l’une de leurs expéditions fut taillée en pièces. A la fin du XVIII° siècle, on y comptait 800 000 têtes de bétail qui faisait, avec la production de maté, une boisson très appréciée dans toute la partie sud de cette Amérique, la fortune de la province. En 1750, un traité partagea les « réductions » entre l’Espagne et le Portugal. Une guerre s’ensuivit entre les Guaranis, opposés au partage et les Espagnols alliés pour l’heure aux Portugais. Les jésuites furent soient massacrés, soit rappelés : en février 1756, les Indiens seront écrasés. En 1767, les « réductions » n’existeront plus.

Dans son Essai sur les mœurs, Voltaire, pourtant peu suspect de sympathie pour les Jésuites, parlera de la République guaranique comme d’un triomphe de l’humanité.

7 01 1610                   Galiléo Galilei, - Galilée pour les français -, né à Pise en 1564, est professeur de mathématiques, mécanique, astronomie et architecture militaire.

Il a pu se procurer une lunette de vue mise au point en 1604 par le Hollandais Zacharie Jansen. Il a fixé une lentille convergente de l’autre coté du tube, en faisant ainsi un oculaire qui grossit trente fois.

L’on voit que la Lune  n’est pas d’une surface égale, lisse et polie comme beaucoup de gens le croient d’elle comme des autres corps célestes.

                                               A Venise, Galilée       Lettre au Grand Duc de Toscane

Il perfectionne beaucoup le télescope et est donc le premier à l’appliquer à l’observation des astres.

J’ai vu le plus beau et le plus ravissant spectacle qui soit (…) des sujets de grand intérêt pour tous les observateurs des phénomènes naturels (…) d’abord pour leur excellence intrinsèque, ensuite pour leur absolue nouveauté, et enfin à cause de l’instrument même qui m’a permis d’en avoir l’appréhension. Le télescope nous met clairement sous les yeux d’autres étoiles que nul n’a jamais vues encore, et dont le nombre est dix fois plus élevé au moins que celui des étoiles déjà connues.

…/… Toutes les controverses qui, depuis tant de siècles, agitent les philosophes sont d’un seul coup balayées par le témoignage irréfutable de nos yeux, et nous voici libérées des dissensions verbeuses sur ce sujet, car la Galaxie n’est rien d’autre qu’une masse d’étoiles innombrables, réparties en différents groupes. Sur quelque partie de cette masse que l’on dirige le télescope, aussitôt une foule d’étoiles apparaît.

                                                                                  Extrait de Sidereus nuncius

Pour Galilée, la découverte la plus importante était celle des quatre satellites de Jupiter, preuve que la terre n’était pas un cas unique. Reconnaissant dans le système de Jupiter et de ses satellites un modèle réduit du système postulé par Copernic, il valide ainsi l’hypothèse de l’astronome polonais, et c’est là son génie :

Nous disposons d’un solide argument, propre à vaincre les scrupules de ceux qui admettent la rotation des planètes autour du Soleil dans le système de Copernic, mais sont si troublés par l’idée que la lune puisse se déplacer autour de la Terre alors que l’une comme l’autre décrivent une orbite d’une année autour du Soleil, qu’ils tiennent cette théorie de l’univers pour irrecevable : car nous n’avons plus affaire maintenant à une seule planète tournant autour d’une autre, et toutes deux parcourant une vaste orbite autour du Soleil, mais notre vue même nous présente quatre satellites qui tournent autour de Jupiter, [qui, plus tard, seront nommés Io, Europe, Ganymède et Callisto] à la façon de la Lune autour de la Terre, tandis que l’ensemble du système décrit une énorme orbite autour du Soleil en l’espace de douze ans.

Il va recevoir la tonsure, c’est à dire qu’il va être membre du clergé, même si la tonsure n’engage pas de façon irrévocable ; il rencontrera un triomphe à Rome en 1611 - reçu par le pape Paul V, des sociétés savantes…et même par les Jésuites ! Il acceptera la mission d’expertiser les textes et illustrations qu’avait ramenés du Mexique le médecin Hernandez, le postulat de base de la démarche étant que tout ce qui était inconnu alors de la science occidentale ne pouvait être que tenu pour faux :

J’ai vu les peintures de cinq cents plantes indiennes et je devais confirmer si c’étaient des faux, en niant l’existence de telles plantes sur le globe, ou si elles existaient ; et en ce cas, dire si elles étaient intéressantes et utiles.

En 1615, il écrira à la duchesse Christine de Lorraine : L’Ecriture n’apprend pas comment est le ciel mais comment on va au ciel.

29 11 1609                 Le prince de Condé s’enfuie à Bruxelles auprès des Espagnols avec son épouse, Charlotte-Marguerite de Montmorency. Le mariage a été abondamment pourvu de cadeaux par le roi… fou amoureux de la belle, âgée d’à peu près quinze ans : Henri IV espère avoir ainsi acquis ses grâces, mais le jeune Condé, qu’il pensait plus soumis, n’a pas accepté de jouer le jeu. L’histoire se greffe sur un contentieux délicat lié à la succession du duc de Klève et de Jülich - villes allemandes, la première proche de la frontière des Pays Bas, au nord-ouest d’Essen, la seconde au nord-est d’Aix la Chapelle. Il est mort le 25 mars sans laisser d’héritier direct. La position stratégique de ces domaines, au contact de l’Empire germanique, des Pays Bas et de la France excite les convoitises qui sont protestantes et allemandes d’une part et catholiques et espagnoles d’autre part ; la « gifle »  du jeune Condé met Henri IV du coté des Allemands et le voilà parti pour la guerre. La France a mobilisé près de 100 000 hommes. Le roi doit rejoindre une armée de 37 000 hommes rassemblés à Chalons sur Marne le 19 mai. Ainsi donc, pour mettre quelque territoire plutôt lointain dans le giron de la France et surtout pour moucher un jeune duc qui a eu l’impertinence de ne pas céder sa jeune épouse au roi, on allait mettre en jeu la vie de quelques milliers d’hommes ! On ne sait pas exactement ce qu’il advint de ces préparatifs après l’assassinat du roi, mais Marie de Médicis dut très probablement démobiliser ces 100 000 hommes : je vais faire savoir au jeune Condé qu’il peut rentrer en son pays  puisque  sa jeune Charlotte n’a plus rien à craindre de feu mon époux et oublions au plus vite toutes ces foutaises  de succession du duc de Clèves.

13 05 1610                 Marie de Médicis a longuement insisté pour être sacrée et couronnée, estimant cela nécessaire pour affirmer son autorité sur le royaume : la cérémonie se déroule à Saint Denis. Elle vient consacrer un état de fait : il y avait sept ans que la reine participait au Conseil.

****************** 

La violente amour que j’ai de mes sujets m’a rendu tout aisé et honorable.

Ces mots figurent sur le socle de la statue de Henri IV, dans la salle des conférences de l’Assemblée nationale, au Palais Bourbon.

14 05 1610                 Henri IV s’en va rendre visite à Sully à l’Arsenal. A la sortie du Louvre, il décide d’inspecter les décorations préparées pour l’entrée solennelle de la reine. François Ravaillac, catholique fervent et plus que fanatique, illuminé venu d’Angoulême, met à profit un arrêt dû aux encombrements rue de la Ferronnerie pour assassiner le roi de trois coups de couteau.

Ravaillac, s’élançant sur lui de furie, avec un couteau qu’il tenait en sa main, en donna deux coups l’un sur l’autre dans le sein de Sa Majesté, dont le dernier porta droit au cœur, duquel il coupa l’artère

Pierre de l’Estoile

Le mercredi 8 septembre 1610, la nouvelle est arrivée d’Espagne à Mexico, on a su qu’ils avaient assassiné le roi de France, don Henri IV, et celui qui l’a assassiné était un vassal, c’était un de ses serviteurs et de ses pages ; ce n’était pas un chevalier, pas un noble, mais un homme du peuple. On a su qu’il l’a égorgé en pleine rue alors que le roi allait dans son coche en compagnie de l’évêque-nonce. Pour l’égorger, le serviteur lui a remis une lettre dans son coche afin que le roi se penchât pour la regarder. C’est alors qu’il l’a égorgé sans qu’on sache pourquoi. Le roi circulait dans la ville, il parcourait une rue afin de voir si elle était convenablement décorée pour les célébrations données en l’honneur de son épouse qu’on allait couronner reine de France.

Domingo Francisco de San Antón Muñón Chimalpahin Cuauhtlehuanitzin

Qui est donc ce monsieur ? C’est un noble chalca, une seigneurie indienne au sud de la vallée de Mexico. Il a relaté cet événement lointain dans son journal. Il est chrétien et même convers de l’ordre des Antonins : à ce titre il est en charge d’un ermitage extra-muros, à Xoloco, au sud de Mexico, et comme la charge s’avère plutôt légère, il peut consacrer beaucoup de temps à son amour de l’écriture.

Sans aucunement renier ses origines, il prend ses distances avec elles : Nos aïeux les anciens, qui étaient encore païens, ne savaient rien de cela (il s’agit de la prédiction d’une éclipse) et c’est pour cette raison qu’ils étaient si troublés.

La relation de l’assassinat de Henri IV a mis quatre mois pour aller de Paris à Mexico, via Madrid, Séville, l’Atlantique et le Mexique. On ne peut pas dire que les vagues de l’Atlantique aient beaucoup déformé les faits qui, pour l’essentiel, sont conformes à ce que l’on en a su.

Quatre mois, c’est bien évidemment très long à nos yeux, mais rien n’allait bien vite alors : sur des distances bien moindres, la nouvelle de la Saint Barthélemy mettra dix jours pour arriver à Barcelone, quatorze à Madrid. Celle de Lépante, onze jours pour arriver à Venise, dix sept à Naples, dix huit à Lyon et vingt quatre à Paris et Madrid.

Si cet indien de petite noblesse, cultivé, a estimé que cet événement avait sa place dans son journal, c’est peut-être qu’il reprenait à son compte les arrière pensées de son Souverain universel : Philippe III d’Espagne, que la conversion d’Henri IV n’avait pas vraiment convaincu. Mais c’est surtout parce qu’il habitait Mexico, qui avait été la plus grande ville du monde à cette époque, carrefour de la plupart des civilisations, des nouvelles du monde et des circuits commerciaux. S’y côtoyaient Espagnols, Portugais, Flamands, Indiens, métis, mulâtres et Noirs d’Afrique et aussi des Français, des Italiens, et même un bon millier d’Asiatiques débarqués des Philippines, de la Chine ou du Japon.

D’aucuns disent qu’il flottait dans l’air comme un parfum de ce que l’on nomme aujourd’hui mondialisation, et l’intérêt pour la France faisait partie de cet universalité nouvelle.

15 05 1610                 Marie de Médicis vient au Parlement en un « lit de justice » pour se faire officiellement proclamer régente. Un « lit de justice », c’est une procédure jusqu’alors utilisé de façon tout à fait exceptionnelle, par le roi, devant le parlement pour l’obliger à entériner une décision sur laquelle il est en désaccord, une sorte d’article 13 si l’on veut. Marie de Médicis crée ainsi un précédent, auquel donneront suite désormais les souverains pour souligner l’absolutisme royal. Le roi Louis XIII, âgé de huit ans, par la voix du chancelier, confie la régence à sa mère :

le roi séant en son lit de justice déclara la reine mère régente en France, pour avoir soin de l’éducation, de la nourriture de sa personne, et l’administration des affaires de son royaume pendant son bas âge.

Pierre de l’Estoile     Mémoires

Une tragédie de cette importance, les commentateurs de tous poils ont quelque peine à admettre de prime abord qu’elle soit l’œuvre d’une homme seul : et donc ils sont nombreux à se demander : qui a armé le bras ? Au cours des siècles se construira une légende de Marie de Médicis donnant l’ordre d’assassiner son mari, et ce ne sera pas le fait que d’obscurs amateurs de sensationnel : on comptera Michelet parmi eux ! Certes, le duc d’Epernon, proche de Marie, pouvait rêver de la disparition du roi, mais cela ne suffit pas à faire de Marie la tête du complot !

Marie de Médicis commencera par conserver les ministres de Henri IV, à l’exception de Sully, puis sa compagne de jeu, venue d’Italie dans ses bagages, Leonora Galigaï, fut amenée de plus en plus sur le devant de la scène et surtout son mari, Concino Concini, à partir de septembre 1616. C’est cet entourage italien de Marie de Medicis qui nous apporta l’opéra.

15 11 1610                 Des Espagnols partis du Mexique se perdent dans le Pacifique : ils arrivent au Japon :

Don Rodrigo de Vivero, venant du Japon, près de la Chine, a fait son entrée dans la ville de Mexico (…) Il s’était égaré sur la mer lors de son retour sur Mexico et il a perdu toute sa cargaison, mais une tempête a jeté son navire sur les côtes du Japon ; don Rodrigo est arrivé devant l’empereur du Japon, il a conversé avec lui et s’est fait son ami, tant et si bien que l’empereur lui a prêté la fortune que Rodrigo a rapportée à Mexico, et il a en outre amené quelques Japonais avec lui.

Chimalpahin.

1610                           Charles Emmanuel I° ordonne la construction d’une nouvelle route entre Turin et Nice : c’est la route du col de Tende. La France adopte avec empressement l’usage de la glace : cela nous vient d’Italie.

vers 1610                    La peste aurait ravagé la côte est américaine, décimant les tribus indiennes.

06 1611                      Henry Hudson, fameux marin anglais, a déjà atteint en 1607 la latitude de 80°23′N, et établi pour le compte des Hollandais la colonie de Nieuw Amsterdam, confortée ensuite par Peter Stuyvesant, et qui va devenir New York. A bord du Discovery, armé par les Merchants Aventurer, avec un équipage d’une vingtaine d’hommes, il cherche le passage du Nord-Ouest. Il arrive tardivement en août dans la baie qui porte son nom. Cap au sud…et il passe un terrible hivernage dans la Baie de Rupert, donnant sur la Baie James, où le navire est bloqué par les glaces…et lorsque Hudson annonce la poursuite de l’expédition, c’est la mutinerie : quatorze mois sans avoir vu le pays, c’est trop : Hudson, son fils de seize ans, ainsi que sept membres de l’équipage sont abandonnés sur une barque à la dérive : on ne les reverra jamais. Les mutins, non sans plusieurs décès, parviendront à rejoindre l’Angleterre, via l’Irlande : seuls Habacuc Prickett et Robert Bylot seront acquittés…pour les autres ce sera la prison.

29 10 1611                 Depuis six ans était venu en Russie ce que les historiens nommeront le Temps des Troubles : en l’absence de loi de succession au trône, et après la mort de Boris Godounov en 1605, la porte s’était ouverte aux faux Dimitri, le fils d’Ivan IV. Si bien qu’en 1610, les moscovites avaient offert le trône à Wladislaw, fils du roi de Pologne Sigismond III, sous réserve de sa conversion à l’orthodoxie, ce que le père ne peut accepter, décidant alors de conquérir le pays manu militari, avec les Suédois à ses cotés.Ce que fait Zolkieski : Sigismond est bien le seul souverain étranger à être parvenu à s’installer durablement - plus d’un an - à Moscou : Napoléon, puis la Wehrmacht de Hitler s’y casseront les dents. Moscou sera libéré en novembre 1612, par une armée populaire.

1611                           Début à Paris de l’enfermement des pauvres dans des hôpitaux où ils partagent leur temps entre les exercices religieux et le travail forcé.

1612                           En Islande, éruption de l’Eyjafjallajökull.

02 1613                      En Russie, l’Assemblée des Etats, - le Zemski sobor - choisit pour tzar Michel Romanov.

4 03 1614                   Une ambassade japonaise, en route pour Rome, fait halte à Mexico.

Tous les Japonais veulent se faire chrétiens. Plaise à Dieu Notre Seigneur que tout se passe bien, qu’en eux s’affirme constamment la grâce divine comme ils le désirent et le souhaitent, et si réellement ils viennent de leur entière volonté, que Dieu Notre Seigneur les aide et les sauve pour qu’en Sa présence ils puissent être et vivre éternellement. Amen.

                                                                       Chimalpahin, chroniqueur mexicain

1614                           L’émigration, de saisonnière, devient souvent permanente : le Savoyard se dirige vers les Allemagnes : les marchands de Souabe se plaignent de la concurrence des colporteurs savoyards. Certains vont en Autriche. En 1614, on compte trois cents familles d’émigrants en Valais. Cette forte émigration explique une alphabétisation plus importante que dans les plaines, car cela permettait à l’émigré de conforter ses compétences professionnelles et d’entretenir les attaches familiales pendant les longues séparations.

A Lyon en 1586, les 2/3 de Lyon sont enfants descendus de Savoyens et comme sujets de Victor Amédée.

H. Ménabréa.

2 04 1615                   Salomon de Brosse entreprend la construction pour Marie de Médicis du palais du Luxembourg, qui sera achevé en 1621. Au milieu du XIX° siècle, on disait de lui qu’il était le plus beau du monde. Marie de Medicis inaugure ainsi une pratique des reines de France : le mécénat.

24 04 1615                 Champlain s’embarque encore et toujours pour le Canada, en compagnie de quatre pères récollets, religieux réformés de Saint François. Il marche hardiment vers l’ouest à la tête d’un parti de Hurons : cours de l’Ottawa, lac Huron, lac Oneida, au sud-est de l’Ontario, où il se heurte aux Iroquois. Il ne cessera de rêver de porter le drapeau blanc sur les rives du Pacifique, mais mourra avant que d’y être parvenu, le jour de Noël 1635. L’un de ses amis exprimait en vers sa pensée :

Fy les lasches poltrons qui ne bougent d’un lieu.
Leur vie, sans mentir, me paroit trop mesquine (…)
Il nous promet encore de passer plus avant
Réduire les Gentils et trouver le Levant
Par le nord, ou le sud, pour aller à la Chine (…)

mai 1616                    Baffin et Bylot, marins anglais ayant une grande expérience de pilote, longent à bord du Patience les côtes du Groenland jusqu’aux îles d’Upernivik. Ils atteignent 77°45′N, coupent le détroit de Smith, longent la Terre Ellesmere puis découvrent les îles Carrey et le détroit de Jones. Plus loin, ils découvrent l’entrée du détroit de Lancaster, sans réaliser qu’ils sont tout près de forcer le passage du Nord-Ouest. Ils font demi-tour et, de retour au pays - l’Angleterre - affirment que ce n’est pas par là qu’il faut passer !

septembre 1616          Le prince de Condé, révolté pendant 9 mois, de septembre 1615 à juin 1616, est embastillé. Depuis octobre 1614, la régence a pris fin puisque Louis XIII vient d’entrer dans sa quatorzième année, âge de la majorité royale : Marie de Médicis est donc devenue « chef du conseil », conseil confié à un ministère de combat où Richelieu est aux Affaires étrangères et à la guerre, le tout sous l’ostensible protection de Concini qui accède alors, -mais alors seulement - à un rôle politique gouvernemental.

1616                           Les hollandais Wilhem Schouten et Jacob Lemaire reconnaissant la pointe sud de l’Amérique du sud et lui donnent le nom de leur port d’origine : Hoorne…qui sera simplifié en Horn. Ils poursuivirent leur voyage sur les Tuamotu, les Tonga et Futuna (îles Hoorne).

Dans l’exploration du Pacifique, les Hollandais, dont l’indépendance vis à vis des Espagnols est encore fraîche, supplantent rapidement ces derniers.

24 04 1617                 Louis XIII, pour monter sur le trône, - il a 16 ans - donne ordre à Monsieur de Vitry d’arrêter Concini ; en fait-il trop ? avait-il des ordres non écrits ? toujours est-il qu’il va au-delà et l’assassine ; sa mère est exilée à Blois ; elle ne l’avait jamais aimé, reportant son amour sur son second. Il confie le gouvernement à Charles d’Albert de Luynes. Leonora Galigaï ne survivra que quelques mois à son époux Concini : décapitée puis brûlée.

1617                           Gustave Adolphe de Suède fait de son pays la grande puissance de l’Europe du Nord : il a vaincu les Russes, il va vaincre les troupes du Saint Empire.

Grâce à nos victoires, les marchands et les négociants de nos villes ont un centre à Narva pour tout le commerce russe dont maintenant ils pourront tirer de gros profits. Il leur est désormais possible de poursuivre leurs échanges commerciaux avec toute la Russie, partout où il leur plaira. […] Aussi, je vous demande à vous, les nobles, et à tous les autres qui réclament des octrois de terre […] partez vers ces nouvelles terres, et construisez-vous des fermes aussi grandes que vous voudrez, ou du moins d’une étendue que vous puissiez gérer ! Je vous accorderai des privilèges et des exemptions ; je vous accorderai toutes les faveurs.

7 03 1618                   Le Palais de Justice de Paris prend feu. La Sainte Chapelle, la Chambre dorée et la Conciergerie sont épargnées de justesse. On ne saura pas si l’incendie était accidentel ou criminel. Quatre ans plus tard, la reconstruction était terminée sur les plans de Salomon de Brosse. Fleurit dans les jours suivants ce gentil quatrain :

Certes ce fut un triste jeu
Quand à Paris dame Justice
Pour avoir mangé trop d’épices
Se mit le Palais tout en feu

23 05 1618                 Les Etats de Bohème étaient parvenus à obtenir de l’Empereur de Bohème-Hongrie une Lettre de Majesté, édit de tolérance permettant la coexistence pacifique des différentes églises. Son successeur Ferdinand II de Habsbourg, ou encore Ferdinand de Styrie se mit à favoriser les catholiques à l’excès, et les dissidents, emmenés par Gábor Bethlen, calviniste devenu voïvode de Transylvanie, relevèrent la tête en convoquant un congrès pour porter plainte et exposer ses doléances à l’empereur : mais ce dernier fit interdire la réunion où devait être lue sa réponse ; le congrès convoqua alors les deux lieutenants de l’Empereur, Martinic et Slatava à qui étaient confiés l’administration des pays tchèques ; ils furent écoutés une journée et, le lendemain, jetés par les fenêtres du château de Prague : la Défenestration marque le début de la guerre de Trente ans… même si les deux lieutenants et Fabricius, le secrétaire de l’empereur, ne furent que légèrement blessés, car leur chute fût amortie par un tas de fumier ! Les catholiques voulurent y voir un miracle et en remercièrent la Vierge.

Le refus par les principautés allemandes et par l’Europe de l’unité de l’Allemagne broya celle-ci. Elle fût déchiquetée par des guerres continuelles commencées en 1546 et achevées en 1648 par les traités de Westphalie qui mirent fin à la guerre de Trente Ans[7] et à toute existence de l’Allemagne. Cette guerre fut d’une sauvagerie inconnue jusque-là et qui restera inégalée jusqu’en 1940. Presque tous les grands Etats européens s’y engagèrent mais seul le territoire de l’Allemagne la subit. Entre le quart et le tiers de la population allemande fut anéantie et, en bien des endroits, beaucoup plus…

Le pays était si dévasté que, sans aucun combat, dix-sept mille hommes moururent de faim en trois mois… Les chances de revenir d’une campagne étaient très inférieures à celles d’un poilu de Verdun… Pendant trente ans, de 1618 à 1648 , la France s’employa à éradiquer toute possibilité d’une puissance catholique allemande unifiée. Ce faisant, elle suscita un sentiment de haine dont les Allemands parlent encore quatre cents ans plus tard. C’est de cette époque que date la notion d’ennemi héréditaire et l’ennemi héréditaire ce fut d’abord les Français pour les Allemands, non l’inverse. Il faut bien mesurer ce que fût la guerre de Trente Ans. C’est comme si la guerre de 14 s’était poursuivie d’une seule traite jusqu’en 1944 avec un rythme de destruction de la population allemande égal à celui des pires années de la Seconde Guerre mondiale. Imaginez une guerre qui coûterait dix-sept millions de morts à la France d’aujourd’hui !

Philippe Delmas. De la prochaine guerre avec l’Allemagne. Odile Jacob 1999.

Grimmelshausen, qui a participé à la guerre de Trente Ans, rend compte de son expérience à travers les aventures de Simplicius Simplissimus. On est ici à la bataille de Wittstock, dans les années 1630 :

Sous la rafale, les froussards se tapirent comme s’ils voulaient rentrer en eux-mêmes, tandis que les soldats courageux, qui en avaient vu bien d’autres, laissaient passer la mitraille sans pâlir. Dans la bataille, chacun cherchait à prévenir la mort en massacrant le premier qui s’offrait à lui. L’affreuse fusillade, le cliquetis des armures, le fracas des piques, les cris des blessés et des assaillants, s’ajoutant aux accents des trompettes, au bruit des tambours, aux coups de sifflet, tout cela faisait une musique terrible. On ne voyait rien qu’un épais nuage de fumée et de poussière qui semblait vouloir voiler l’horrible spectacle des morts et des blessés. On entendait les plaintes déchirantes des moribonds.

(…) La terre, qui a coutume de recouvrir les morts, était alors semée de cadavres : ici gisait une tête que son propriétaire naturel avait perdu, là un corps auquel il manquait la tête ; certains avaient les entrailles affreusement arrachées du corps ; d’autres avaient la tête fracassée et la cervelle en bouillie. On voyait des corps inanimés privés de leur sang et des vivants souillés de sang étranger. Il y avait des bras arrachés dont les doigts remuaient encore comme s’ils voulaient se jeter à nouveau dans la mêlée. Le sol était couvert de jambes séparées du tronc. On voyait des soldats mutilés qui suppliaient qu’on hâtât leur trépas, bien que leur mort ne fît pas de doute. Pour résumer d’un mot, la vue de ces misères était navrante.

Et il est aussi cru pour dire l’exploitation du petit peuple :

Tout le faix reposait sur eux et les accablait au point qu’il leur faisait suer l’argent de leurs bourses et livrer même celui qui était caché derrière sept serrures. Et quand l’argent n’était point livré, les commissaires des vivres les étrillaient si bien […] qu’ils leur tiraient des soupirs du cœur, les larmes des yeux, le sang de dessous les ongles et la moelle des os.

Grimmelshausen.      La vie de l’aventurier Simplicius Simplissimus, 1668

L’enrichissement rapide des chefs de guerre - Wallenstein et Tilly chez les catholiques, mais aussi Mansfeld, Thurn, chez les protestants - s’explique essentiellement par le système des « contributions » que la plupart de ces condotierri imposent aux territoires qu’ils contrôlent. Il s’agit à l’origine d’un contrat signé entre un chef de guerre et un prince (ou l’empereur lui-même) qui autorise le premier à prélever, en contrepartie de sa « protection », un tribut sur les habitants des territoires occupés. Le système se généralise à partir des années 1623-1625. Il entraîne la démission de fait du pouvoir politique, et donne ainsi aux bandes armées, et à ceux qui les dirigent, une indépendance presque totale. On a estimé à 1 500 le nombre des condottieri ainsi employés par contrat pendant la guerre de Trente Ans.

Jean Delumeau         Une Histoire du Monde aux Temps Modernes. Larousse 2005

1618                                 Construction des premiers microscopes.

9 05 1619                   Jens Eriksen Munk, militaire danois et grand pêcheur à la baleine, parvient à persuader son roi Christian IV de lui confier l’organisation d’une expédition vers le Nord-Ouest : il appareille avec le Enhjørningen - Licorne - et le Lamprenen - Lamproie -, qui portent soixante hommes d’équipage. Arrivés dans le détroit d’Hudson, une tempête de nuit sépare les deux navires. Ils se retrouvent deux semaines plus tard et un premier hivernage commence à l’embouchure de la rivière Churchill : le scorbut s’ajoute au froid pour faire trépasser quasiment tout le monde… Au printemps, il ne reste que trois survivants qui vont se nourrir de racines, de baies, de feuilles et d’herbes. L’un des deux navires est devenu une fosse commune où se décomposent les cadavres.

A la mi-juin, les trois rescapés trouvent suffisamment d’énergie pour organiser leur retour : ils repartent à la mi-juillet sur le Lamprenen, arrivent à la mi-août dans le détroit d’Hudson

… le scorbut revient… ils vont braver plusieurs tempêtes, et le Lamprenen, qui n’est plus qu’une épave flottante, finit par toucher les côtes norvégiennes après plus de soixante jours de navigation.

1619                           Sir Thomas Roe est ambassadeur d’Angleterre à la cour du Grand Moghol, en Inde : il « cadre » les missions de la Compagnie des Indes Orientales[8] : le principe vaudra encore jusqu’à la fin du XVIII° siècle, et ceux qui voudront y déroger le paieront :

Celui qui cherche des profits doit tenir la mer et mener pacifiquement son commerce ; mais s’embarrasser, de gaieté de cœur, de garnisons et d’expéditions, c’est pure folie.

Charles Fleury, flibustier de Rouen et aussi capitaine protestant, collectionne les ratés depuis une dizaine d’années aux Antilles, aux Açores, en Acadie, mais il ne se décourage pas et en 1618, il appareille de Dieppe avec deux navires et deux barques muni d’une lettre de marque l’autorisant à piller tout bien espagnol ou portugais ; et là encore le mauvais sort, bien aidé par les disputes et  l’amateurisme, mena l’affaire au bord du désastre : aussi, début 1619, séparé des autres navires, l’Espérance de Fleury, remontant vers les Antilles, donnait de plus en plus l’image de la désespérance, avec les allures de vaisseau fantôme :  

En cet état, notre navire était comme abandonné, hors duquel on jetait tous les jours des corps qui mouraient, l’un demandant du pain, l’autre de l’eau, l’autre en blasphémant et maudissant sa vie, l’autre celle de celui qui était cause qu’il s’était embarqué audit voyage, l’autre en baillant et faisant comme s’il eut mangé quelque chose, de sorte que c’était chose épouvantable à voir et entendre ces diversités de plaintes, qui étaient prononcées d’une voix si cassée et languissante, qu’on eut dit qu’elle sortait de quelque caverne souterraine tant elle était confuse. D’ailleurs, on ressemblait à de vrais squelettes, ou corps qui eussent été enterrés quelques jours car depuis la plante des pieds jusqu’à la tête, nous étions couverts d’un e crasse si noire et tenante et gluante, que nous ressemblions plutôt à des fantômes qu’à des hommes, qui fut la cause que quand nous arrivâmes aux Indes, les sauvages croyaient que nous fussions des diables, disant que les Français n’étaient pas faits comme nous.

Le chroniqueur du bord.

8 11 1620                   Ferdinand II de Habsbourg, champion de la Contre Réforme écrase les Tchèques conduits par l’électeur palatin Frédéric V sur le plateau de la Montagne Blanche, proche de Prague : le destin des pays tchèques était scellé pour plusieurs siècles.

21 11 1620                 Le Mayflower, trois mâts de vingt sept mètres, après des erreurs de navigation, mouille sur les rives de l’Hudson, proche de Cape Cod, en un lieu qu’on baptisera Plymouth ; à son bord, cent deux émigrants, dont 41 puritains anglais, les Pilgrim Fathers, avec à leur tête William Bradford, considérés comme les pères fondateurs des Etats-Unis ; ils ont rédigé un contrat, le Mayflower Compact, qui contient les bases de la démocratie américaine ; ce sont des protestants rigoureux, empêchés de pratiquer à leur guise en Angleterre, et tout d’abord réfugiés pendant quatorze ans en Hollande, pour repousser et dénier toute accointance avec l’impiété et la mauvaiseté.

Ces protestants aux belles mains blanches n’y connaissaient évidemment rien en agriculture et l’aide des Indiens durant l’hiver leur fût précieuse - à telle enseigne qu’ils voulurent s’en souvenir avec le Thanksgiving day - ; il n’empêche que, seize ans plus tard, les premières hostilités étaient déclenchées contre les Pequots, la tribu indienne qui occupe les actuels Connecticut et Rhode Island.

Ceux qui échappèrent au feu périrent taillés en pièces ou passés au fil de l’épée. Ils furent rapidement dispersés et seul un petit nombre réussit à s’échapper. On a parlé de quatre cents morts rien que pour ce jour-là. C’était un spectacle horrible que de les voir se tordre dans les flammes et tout ce sang répandu sur le sol. Tout aussi horrible était la puanteur qui se dégageait de cet endroit. Mais la victoire semblait comme un doux sacrifice à Dieu, qu’ils remercièrent d’avoir œuvré si merveilleusement pour eux et de leur avoir ainsi livré leurs ennemis, permettant une rapide victoire sur un si vaillant et si exécrable ennemi.

William Bradford                  History of the Plymouth plantation

vers 1620                    Le métier de médecin est d’adoucir les peines et les douleurs, lorsque cet adoucissement peut conduire à la guérison, mais aussi lorsqu’il peut servir à procurer une mort calme et douce.

                                                                                  Francis Bacon. 1561 -1626.

1622                               Première compagnie de mousquetaires de la garde du Roi : ce seront ceux d’Alexandre Dumas père, vêtus de gris et montant des chevaux gris.

A leurs cotés, on pouvait aussi trouver un régiment de cavaliers croates auxquels on a voulu attribuer l’origine de la cravate, car ils avaient pour habitude de porter un foulard noué autour du cou. En langue croate, ce nom s’écrit Hvart et la prononciation ressemble beaucoup à « cravatte ». Même si l’on trouve dans la langue française ce mot utilisé antérieurement à la présence de Croates en France, la mode dont bénéficia alors la cravatte semble bien due au port de ce foulard par ces mercenaires croates.

En Inde, le gourou Arjoun, chef religieux des Sikhs, est exécuté pour avoir hébergé Khousrau, prince fugitif en rébellion contre son père, l’empereur Jahanguir : jusque là paisible communauté religieuse, - le sikhisme est apparu en Inde un siècle plus tôt, syncrétisme de l’islam et de l’hindouisme - les Sikhs vont devenir une communauté guerrière.

de 1621 à 1627           Alger est au sommet de sa gloire et puissance barbaresque : on y compte quelque vingt mille captifs, pour moitié gens de la « meilleure chrétienté » : Portugais, Flamands, Ecossais, Anglais, Danois, Irlandais, Hongrois, Esclavons, Espagnols, Français, Italiens ; pour moitié hérétiques ou idolâtres, Syriens, Egyptiens et mêmes des Japonais et des Chinois, des gens de la Nouvelle Espagne, des Ethiopiens. Les corsaires algérois passent Gibraltar, aidés en cela, dit-on, par Simon Danser, alias Simon Raïs, de son vrai nom Simon Simonsen, redoutable corsaire hollandais. La course musulmane s’est mariée à la course océane.

15 06 1624                 Diego Carillo Mendoza Pimentel, marquis de Gelves, vice roi de la Nouvelle Espagne, face au développement non contrôlé de la population, met en place des organes de surveillance, qui permettront de condamner les vagos - sans domicile fixe - à un exil de six ans de l’autre coté du Pacifique, c’est à dire aux Philippines. Le petit peuple de Mexico, Indiens, Noirs, Métis, se révolte durant trois jours, et mettent à sac le palais ; le clergé séculier est à leurs cotés. La noblesse mexicaine et les franciscains parviennent à ramener le calme, mais le vice-roi a bel et bien été chassé…

Dans l’autre vice-royauté espagnole, en Amériques du sud, au plus près de l’argent du Potosi, les rivalités entre Basques, Castillans, Estremaduriens ont fait rage pendant deux ans et ont pris des tournures de guerre civile.

1624                           Plus de cent ans après l’arrivée en Europe de la syphilis, plus de soixante dix ans après la disparition des bains publics, la répulsion pour l’hygiène, l’eau et la toilette restent aussi marquées :

Nous nous en (des salles de bains) pouvons plus commodément passer que les Anciens, à cause de l’usage du linge que nous avons, qui nous sert aujourd’hui à tenir le corps net, plus commodément que ne pouvaient le faire les étuves et bains aux Anciens, qui étaient privés de l’usage et commodité du linge.

                Louis Savot.               Architecture française des bastiments particuliers

Il ne tient qu’à nous de faire de grands bains, mais la propreté de notre linge et l’abondance que nous en avons valent mieux que tous les bains du monde.

                                   Charles Perrault        Parallèles des Anciens et des Modernes.1688

Le Hollandais Cornelius Van Drebbel essaie à Londres le premier prototype de sous-marin : il est en bois, recouvert de cuir graissé ; il dispose de six rames et peut transporter 16 personnes à une profondeur de cinq mètres. Mais l’amirauté ne s’y intéressera pas .

1625                           Avec l’ouvrage Droit de la guerre et de la paix, le juriste hollandais Hugo de Groot, [Grotius] jette les prémices du droit international, première tentative de codification du droit de la guerre :

J’ai remarqué dans tout le monde une licence si effrénée par rapport à la guerre que les nations les plus barbares en devraient rougir. On court aux armes ou  sans raison ou pour de très légers sujets ; […] on foule aux pieds tout droit divin et humain ; comme si, dès lors, on était autorisé et fermement résolu à commettre toute sorte de crime sans retenue.

1625 à 1637                Dernière épidémie de peste :

Qu’un seul jour de ce mois (juin) on compta mille cinq cents cadavres sur le pavé causant une puanteur suffocante ; il en décédait alors vingt huit d’un soleil à l’autre (…)De tant de morts ou malades, on n’a pas eu le moyen d’en secourir cinq cents..

Dominique de Lautaret, docteur de l’Université de Montpellier, à propos de la peste à Digne en l’an 1629

31 07 1626                 La Déclaration royale de Nantes ordonne la destruction des châteaux forts sans utilité stratégique.



[1] en grec, hairesis veut dire « choix ».

[2] devenue religieuse après avoir été veuve d’un mari mort jeune, mais qui avait eu le temps de lui laisser six enfants ; elle était ainsi la grand’mère de Marie de Rabutin, la future Mme de Sévigné.

[3] Quelques siècles plus tard, fin 19°, début 20°, le succès avait apporté avec lui un règlement pour le moins contraignant : Nul ne peut entrer dans les piscines s’il est reconnu que la nature de ses infirmités est cause de répulsion.

[4] Surtout quand le pouvoir interdit l’émigration à certains d’entre eux, comme le fit Richelieu pour les Protestants.

[5] Mais cela, on n’est pas du tout obligé d’y croire.

[6] C’est le thème de la pièce de théâtre Sur la terre comme au ciel, de l’allemand Fritz Hochwälder, - 1952 - , et encore du film Mission des années 1980, avec Robert de Niro.

[7] On estime le nombre de morts à 2 071 000, plus que les 1 869 000 des guerres napoléoniennes. La Traité de Westphalie reconnaissait aux Habsbourg le droit de ne tolérer dans leurs possessions que la religion catholique.

[8] Ce sont deux agents de la Compagnie anglaise des Indes orientales, le colonel Watson et le vice-résident Weeler, qui, au début du XVIII° siècle, commenceront à exporter l’opium du Bengale en Chine : 150 ans plus tard l’affaira sera devenue si florissante que les Anglais ne reculeront pas devant une guerre pour l’imposer de façon officielle à la Chine.

 


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